Jean Gustave Bourbouze

1886 Un correspondant de la Revue Scientifique vient d’adresser la lettre suivante à ce journal à propos des expériences récentes de télégraphie sans fils du professeur Graham Bell.
• Permettez-moi de rappeler à ce sujet que ces expériences si intéressantes ont été réalisées pour la première fois en France par M. Bourbouze en 1870.

« A cette époque, et pour remédier au défaut de communications entre Paris assiégé et la province, M. Bourbouze fit des essais de ce système sur la Seine, entre le pont Napoléon et Saint-Denis. Ces expériences, faites au moyen d’un petit nombre d’éléments et d’un galvanomètre — le téléphone n’était pas connu à cette époque — eurent un succès assez satisfaisant pour décider M. d’Almeida à partir en ballon afin de communiquer par ce moyen avec Paris; sur ces entrefaites, l’armistice fut signé, et la désorganisation qui régnait alors interrompit la suite des expériences.
« Ce n’est qu’en 1876 que M. Bourbouze fit ouvrir à l’Académie le pli cacheté qu’il avait déposé en 1870. M. du Moncel voulut alors réclamer la priorité du système, mais les titres qu’il apporta à l’appui ne furent pas de nature à décider en sa faveur.

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Qui était Mr Bourbouze ?

Jean Gustave Bourbouze est né le 17 septembre 1825 à Paris, en France.
N'ayant pas fait d'études supérieures, Bourbouze a débuté sa vie professionnelle comme simple ouvrier mécanicien , perfectionnant ses compétences pratiques en construction d'instruments et en ingénierie de précision grâce à une expérience concrète dans des ateliers parisiens. Son aptitude mécanique exceptionnelle et sa fiabilité l'ont rapidement distingué, lui valant la reconnaissance d'éminents universitaires qui appréciaient sa capacité à réaliser des conceptions complexes avec exactitude et ingéniosité. Ces compétences fondamentales, acquises sans diplôme universitaire, ont fait de lui un talent recherché dans les milieux scientifiques .

En 1849, à l'âge de 23 ans, Jean-Gustave Bourbouze succéda à Jean Thiébault Silbermann comme préparateur des cours de physique et conservateur du cabinet de physique à la Faculté des sciences de Paris, à compter du 1er février. Sa nomination fut influencée par les professeurs Claude Pouillet et César Despretz, qui reconnurent ses qualités exceptionnelles en mécanique pour la manipulation d'appareils scientifiques délicats.Cette nomination marqua sa transition de la formation de mécanicien à un rôle clé dans la physique académique, mettant à profit ses compétences de mécanicien acquises dans des ateliers antérieurs. En tant que préparateur, ses principales tâches consistaient à préparer les démonstrations de physique, à entretenir et à utiliser le matériel du laboratoire, et à apporter son soutien aux cours dispensés par Pouillet, Despretz et d'autres membres du corps professoral. Ces responsabilités le plaçaient à l'intersection de la physique expérimentale et de la conception instrumentale, facilitant ainsi le bon déroulement des cours et la mise en place des dispositifs de recherche à la Sorbonne .
L'entrée de Bourbouze dans des partenariats avec d'éminents physiciens est née de sa nomination en 1849 comme préparateur à la Faculté des sciences de Paris, où il a commencé à soutenir les travaux expérimentaux en physique à la Sorbonne. Tout au long des années 1850 et 1860, Bourbouze collabora étroitement avec d'éminents physiciens français tels que Paul Desains et Jules Jamin, dont il fut le préparateur pour les cours de physique à la Sorbonne. Il était chargé de la préparation des démonstrations expérimentales, de la précision des appareils et de l'animation des cours, privilégiant les illustrations pratiques des principes physiques, notamment sa propre invention d'un moteur électrique dans les années 1840. Une critique de l'époque notait que Bourbouze était bien connu de tous les étudiants en physique de la Sorbonne, ayant participé à la préparation des cours de Desains et de Jamin pendant trente ans, jusqu'à la fin des années 1870. Son rôle s'étendait également à l'électricité et à la mécanique, domaines dans lesquels il perfectionna les dispositifs expérimentaux afin d'améliorer la clarté et la précision de l'enseignement. Bourbouze contribua également à la vulgarisation scientifique, notamment par des conférences en soirée à la Sorbonne organisées par Jamin. Ces événements, ponctués de projections spectaculaires et d'expériences à grande échelle, comme la production d'arcs électriques par des bobines de Ruhmkorff, attiraient jusqu'à 2 000 spectateurs et mettaient en avant les applications pratiques de la physique. Lors d'une démonstration marquante en 1864 au Conservatoire des arts et métiers, Bourbouze participa à la réalisation d'un bobinage de 100 km de fil pour une bobine d'induction de forte puissance, permettant ainsi des projections lumineuses et électriques saisissantes. Ces collaborations illustrèrent l'expertise de Bourbouze en tant qu'intermédiaire entre la physique théorique et l'instrumentation pratique, assurant la liaison entre la recherche académique et la diffusion des connaissances auprès d'un public plus large. En 1862, Bourbouze élargit ses responsabilités en devenant préparateur et responsable des travaux pratiques de physique à l'École supérieure de pharmacie de Paris, où il encadra les cours des professeurs Jean-Louis-Henri Buignet et François Leroux, intégrant ainsi la physique à la formation pharmaceutique. Dès 1867, il contribua à la création d'infrastructures spécialisées à la Faculté des sciences, notamment le laboratoire de recherches physiques dirigé par Jamin pour les travaux expérimentaux avancés et le laboratoire d'enseignement de la physique dirigé par Desains, à vocation pédagogique, consolidant ainsi son rôle dans le développement institutionnel de la physique expérimentale .

Durant le siège de Paris (septembre 1870 – janvier 1871)
Pendant l’invasion prussienne, alors que la plupart de nos bureaux télégraphiques étaient saccagés et les communications interrompues, c’est grâce au système de transmission optique que l’on put correspondre avec les forts qui environnaient Paris.
En novembre 1870, le Comité d’initiative pour la défense nationale de Marseille proposa au gouvernement de Tours un système de signaux lumineux, basé, comme celui qu’exécutaient à Paris MM. Maurant et Laussedat, sur l’émission de rayons lumineux brefs et longs, correspondants aux signaux du vocabulaire Morse.
Ce projet était présenté par un inspecteur des télégraphes, M. Ternant, qui avait vu fonctionner avec succès un système analogue dans le golfe Persique. M. Ternant avait fait des essais entre la mairie de Marseille et l’ancien poste sémaphorique, situé en haut de la tranchée, et les expériences avaient parfaitement réussi. Il proposait de communiquer avec Paris, par-dessus la première ligne d’investissement des armées prussiennes, qui, alors, ne dépassait pas un rayon de 40 kilomètres. La connaissance que l’on avait des hauteurs des environs de Paris, dans ce rayon, indiquait avec précision tous les points que l’on pouvait choisir pour envoyer, sans obstacle, des rayons lumineux sur les points culminants de la capitale, qui les aurait perçus sans difficulté.
Malheureusement, un des membres du Comité de la défense nationale, venu de Paris, se montra défavorable au projet.
Sur les indications de M. Lissajous, M. Santi, opticien de Marseille, construisit un télégraphe optique basé sur l’émission de rayons brefs ou longs, et permettant l’emploi de l’alphabet Morse.
Mais la ligne d’investissement de Paris, qui s’était considérablement étendue
, empêcha de s’occuper davantage de ce mode de communication.

MM. Bourbouze et Paul Desains essayèrent d’envoyer de Paris à Rouen un courant électrique, auquel la Seine eût servi de conducteur, et que l’on eût recueilli au moyen de galvanomètres à aiguilles très sensibles. En novembre 1870, Bourbouze avait déposé une description scellée de la méthode – « Sur les communications à distance par les cours d’eau » – à l’Académie des sciences, qui fut ouverte en 1876 sans que les détails ne soient publiés.
Le dispositif consistait à générer des courants puissants à partir de batteries placées au-delà des lignes ennemies et à les détecter à Paris grâce à des galvanomètres à aiguille de haute sensibilité reliés à des plaques métalliques immergées dans le fleuve.
Malheureusement, les conditions hivernales rigoureuses posèrent des difficultés considérables ; le 14 janvier 1871, lorsque les efforts atteignirent Poissy, la Seine était complètement gelée, ce qui interrompit les tentatives jusqu’à l’armistice du 28 janvier.

Des essais préliminaires furent menés entre l'Hôtel de Ville et une manufacture de Saint-Denis, démontrant la faisabilité du système sur de courtes distances.
Des essais ont effectivement prouvé que le plan était réalisable, mais avant qu'il puisse être mis en pratique, l'armistice a été déclaré, et le dispositif est devenu inutile.


Outre les questions de communication, Bourbouze organisa l'éclairage électrique de Paris afin de maintenir les services essentiels malgré le blocus. Il installa et géra des lampes à arc électrique dans les forts et les espaces publics stratégiques, assurant ainsi l'éclairage nécessaire aux opérations de défense et au moral des civils alors que les réserves de gaz s'épuisaient. Cet effort fut particulièrement salué pour son utilité concrète, qui a permis de préserver le fonctionnement de la ville pendant l'isolement. Les contributions de Bourbouze pendant la guerre ont été honorées par sa nomination comme Chevalier de la Légion d'honneur par décret du 31 décembre 1872 (décerné en 1873), sur la base du rapport du ministre de la Guerre, reconnaissant son rôle dans les innovations scientifiques en matière de défense.

Jean-Gustave Bourbouze s'est forgé une réputation de constructeur habile d'instruments scientifiques, reconnu pour la fabrication d'appareils de précision indispensables à l'enseignement et à la recherche en physique à la Faculté des sciences de Paris et à l'École supérieure de pharmacie.
Son expertise mécanique, acquise dès sa formation initiale, lui a permis de produire des appareils fiables qui ont facilité les démonstrations expérimentales en salle de classe et en laboratoire, en privilégiant la précision et l'utilité pédagogique. En 1862, Bourbouze conçut une machine pour l'étude graphique des lois de la chute des corps, permettant la représentation visuelle des trajectoires de mouvement ; cet appareil fut présenté par le physicien César-Mansuète Despretz à l'Académie des sciences et décrit en détail dans une publication de 1863. Il contribua également à l'élaboration d'hygromètres pour la mesure de l'humidité lors d'expériences. Les travaux de Bourbouze s'étendaient à l'acoustique, comme en témoigne la Sirène de M. Bourbouze , une sirène améliorée permettant un contrôle précis de la hauteur du son pour l'étude des ondes sonores, fonctionnant efficacement dans l'air ou dans l'eau, comme l'indiquent les catalogues de l'époque. Il développa également un système de projection mobile pour les conférences publiques à la Sorbonne, facilitant la visualisation dynamique de phénomènes physiques afin de stimuler l'intérêt du public lors des séances de vulgarisation. En optique et en acoustique, Bourbouze appliqua la méthode optique de Jules-Antoine Lissajous à l'étude des tuyaux acoustiques, créant des dispositifs permettant de visualiser les vibrations harmoniques grâce à des figures d'interférence, pour une meilleure compréhension de la propagation des ondes. Ses contributions à l'électricité comprennent le Moteur électrique de M. Bourbouze , un moteur électrique présenté dans des traités du XIXe siècle sur les applications électriques, illustrant la production d'énergie pratique pour les laboratoires. De plus, la Lampe de Bourbouze-Wiessneg , un dispositif d'éclairage collaboratif, fournissait un éclairage stable pour les expériences d'optique, alliant le savoir-faire de Bourbouze en matière de construction aux progrès de la technologie des lampes. Parmi ses instruments électriques, Bourbouze construisit un électromètre de Branly, dont un exemplaire est conservé au musée Teyler de Haarlem, et, au milieu des années 1880, il développa le prototype de l'instrument piézoélectrique à quartz de Pierre Curie. Dans l'ensemble, les instruments de Bourbouze couvraient les démonstrations de physique en mécanique, acoustique, optique et électricité, privilégiant la précision et la valeur pédagogique, bien qu'il ait par la suite déposé quelques brevets pour ses innovations. Un exemple notable de ses instruments électriques est le galvanomètre vertical à fléau , introduit en 1870 et présenté à l'Académie des sciences par Jules Jamin ; cet appareil très sensible utilisait un faisceau équilibré pour détecter les courants faibles, comme décrit dans le Journal de pharmacie et de chimie.

Au cours des dernières années de sa carrière, Jean-Gustave Bourbouze a apporté des contributions majeures à la science des matériaux grâce à ses innovations brevetées dans les techniques d'assemblage des métaux. Le 6 juin 1884, il obtint un brevet français pour un procédé de brasage de l'aluminium utilisant un alliage aluminium-étain, résolvant ainsi la difficulté persistante d'assembler ce métal léger, dont les applications industrielles étaient limitées par sa faible adhérence aux brasures traditionnelles. Cette méthode consistait à préparer les surfaces par étamage avec des alliages composés d'étain et d'aluminium en proportions variables – par exemple 10 parts d'aluminium pour 44 parts d'étain pour des joints malléables, adaptés au façonnage et au martelage – permettant des liaisons robustes et inaltérables, particulièrement utiles pour les instruments de précision tels que les appareils optiques et géodésiques. L'innovation fut présentée dans une note à l'Académie des sciences, soulignant son potentiel pour accroître l'utilité de l'aluminium dans la fabrication. Les travaux de Bourbouze sur l'alliage aluminium-étain se sont poursuivis au-delà du brevet initial, sa veuve continuant les études expérimentales après son décès en 1889. Ces travaux ont abouti à la présentation de nouveaux alliages d'aluminium à des sociétés savantes. Ils ont mis en évidence son rôle dans l'amélioration des compositions d'alliages pour des propriétés mécaniques accrues, telles qu'une résistance à la traction supérieure (jusqu'à 10 kg/mm² pour les pièces forgées) et une faible densité (environ 2,85 g/cm³), favorisant ainsi les applications de fabrication de précision. Un rapport sur un nouvel alliage d'aluminium attribué à Bourbouze a été publié dans le Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale, incluant une analyse d'Henry Le Chatelier. Fort de son expertise en laboratoire, Bourbouze a également contribué aux progrès des technologies électriques et de projection, facilitant la mise au point d'outils de démonstration plus performants pour l'enseignement et la recherche en physique, et améliorant la projection des phénomènes électriques et des fonctionnalités des instruments dans le milieu universitaire.

Gabriel Lippmann, dans la préface de la compilation posthume de 1896, Modes opératoires de physique de J.-G. Bourbouze , le loue comme un « inventeur ingénieur » pour ces réalisations techniques et leur impact durable sur l'ingénierie de précision.

Après la mort de Bourbouze en 1889, ses anciens élèves Auguste-Alexandre Pihan et Henri-Marie Armagnat ont poursuivi sa mission pédagogique en perpétuant les « cours Bourbouze », rouvrant les cours de physique gratuits en 1893 au 340 rue Saint-Jacques à Paris. .

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