Alfred Niaudet
Alfred Niaudet, électricien
renommé, est né le 2 mars 1835 et décédé
le 11 octobre 1883 , à lâge de 48 ans.
Fils de Prosper Niaudet et Mathilde Lassieur (1813-1896),
il avait deux surs : Sophie (1837-1907, épouse de Marcellin
Berthelot) et Alice (1839-1929).
Le 5 octobre 1845, Edgar Daugas entre au collège Louis Le Grand,
il y effectue toute sa scolarité. C'est là qu'il rencontre
Alfred Niaudet, Henri Rouart, Paul Valpinçon et Ludovic Halévy,
qui resteront ses amis.
1877 Niaudet par Edgar Daugas, Musée des Beaux-Arts de Virginie.
Il fût :
- Membre de la Société Française de Physique dès
sa fondation.
- Collaborateur Puis Directeur de la société Bréguet
- Administrateur de la Société Générale
des Téléphones, de la Compagnie électrique,
et de la Société déclairage publique.
- Président de la Compagnie internationale des Téléphones.
sommaire
En 1870, il organisait le service télégraphique
de larmée du Rhin ; enfermé à Metz, il créait
un système de communications aériennes pour tromper le
blocus. Habillé en civil, il sen échappait pour
rejoindre les armées de la Défense nationale.
1873-1874 Alfred Niaudet-Breguet vient faire
des recherches sur la machine de Gramme au laboratoire de recherches
physiques de la faculté des sciences de Paris.
ÉVOLUTION DES TRANSPORTS DÉNERGIE. Le 19 mai 1873,
Par Planté et Niaudet attirèrent sur la question lattention
de lAcadémie des Sciences.
1874 La Nature - Revue des sciences, 1874. Alfred Niaudet-Breguet
| EXPLOSEUR MAGNÉTO-ÉLECTRIQUE de breguet.
Supposez un aimant en fer à cheval, sur
les branches duquel sont enroulés des fils conducteurs
isolés ; supposez une armature de fer doux appliquée
sur les pôles de laimant. Si on vient à éloigner
rapidement larmature, il se produit dans le fil conducteur
un courant électrique dune durée presque instantanée.
Si on rapproche larmature et quon lapplique
de nouveau sur les pôles de laimant, il se produit
dans le fil un second courant présentant les mêmes
caractères que le premier, mais en sens contraire.
Cette expérience, due à Faraday, est le principe
de lexploseur représenté par la figure ci-jointe.
Exploseur
magnéto-électrique
Pour obtenir un courant au moyen de cet appareil, il suffit de
donner un coup de poing sur le manche, doù résulte
le brusque arrachement de larmature. La simplicité
de cette manuvre fait souvent donner à cette machine
le nom de coup de poing.
Quand on ramène larmature au contact, on obtient
un second courant de sens contraire.
Pour la principale des applications de cet instrument, linflammation
de la poudre, il y a intérêt à avoir un courant
de grande tension ; aussi convient-il demployer le premier
courant, celui darrachement, par cette seule raison que
le mouvement peut être accompli plus rapidement que le mouvement
contraire. Pour augmenter encore la tension du courant, on a recours
à un artifice singulier qui mérite de nous arrêter
un instant.
Le levier de larmature porte un petit ressort que la figure
montre en avant et à gauche, et qui touche par son extrémité
à une vis. Quand on écarte larmature et laimant,
le ressort cesse de toucher la vis. Mais, comme au point de départ,
il est bandé, le contact entre la vis et le ressort ne
cesse quaprès que larmature a fait environ
les deux tiers de son mouvement. Lun des bouts du fil conducteur
enroulé sur les branches de laimant est mis en communication
avec le levier de larmature, lautre bout communique
avec la vis ; par conséquent, le courant produit par le
coup de poing est enfermé dans lappareil, du moins
pendant les deux tiers du temps de sa production. Cette disposition
qui, à première vue, paraît destinée
à faire perdre la plus grande partie du courant, a, au
contraire, pour effet daugmenter la tension, parce que le
courant qui est fourni par lappareil est, non plus le courant
dinduction magnéto-électrique, mais lextra-courant
de ce courant dinduction, cest-à-dire le courant
dinduction qui se produit au moment de la rupture du circuit
local du courant magnéto-électrique.
En fait, la simple addition du ressort et de la vis dont nous
venons de parler, augmente dans le rapport de 1 à 5 la
tension du courant. On lapprécie dune manière
grossière en comparant les chocs que lappareil donne
quand on met deux doigts sur les bornes terminales, et on le constate
dune manière plus nette par le nombre des amorces
quon peut enflammer dans lun et lautre cas.
Grâce à ce perfectionnement et à une heureuse
proportion entre les parties de la machine, on peut arriver à
enflammer de la poudre de chasse extra-fine placée entre
deux pointes de métal très-voisines.
En réalité, dans la pratique, on emploie dans la
confection des amorces, des poudres spéciales, notamment
celle indiquée par M. Abel, chimiste de larsenal
anglais de Woolwich. La poudre dAbel est plus sensible que
la poudre de chasse ordinaire ; aussi peut-on enflammer simultanément
dans un seul circuit un nombre assez grand damorces, et,
par suite, mettre le feu à plusieurs mines ou à
plusieurs canons à la fois. Le seul défaut de cette
poudre est quelle saltère avec le temps, et
quau bout de dix-huit mois ou deux ans elle nest plus
inflammable.
Ce défaut est écarté dans de nouvelles amorces
dues à un officier du génie, et qui ne contiennent
aucune substance susceptible de saltérer avec le
temps. En attendant que ces amorces françaises se répandent,
on est réduit aux amorces anglaises qui ont servi pendant
la guerre à quantité de travaux de destruction et
qui rendent dans la paix de grands services aux ingénieurs
pour la percée des tunnels et labatage des roches.
On a construit des exploseurs qui, dun seul coup de poing,
peuvent enflammer vingt amorces dAbel ; mais cette grande
puissance nest obtenue quen sacrifiant la légèreté
de lappareil (ces instruments puissants pèsent 12
à 13 kilogrammes}. Dans la plupart des cas, on se contente
dappareils plus petits qui pèsent 8 kilogrammes et
qui sont capables denflammer dix à douze amorces
dans le laboratoire, et den faire partir six à huit
sur le terrain. Enfin le génie fait étudier des
appareils de très-petite dimension et dun poids très-réduit,
desquels on nattend que trois ou quatre explosions simultanées,
cest-à-dire une force suffisante pour être
absolument sûr dune explosion sur le champ de bataille.
Lexploseur est lappareil magnéto-électrique
le plus simple qui ait jamais été réalisé,
et on peut ajouter quil nest pas possible den
concevoir un plus simple, puisquil ny entre que les
trois parties indispensables à répéter lexpérience
de Faraday. En effet, on ny voit quun aimant, une
armature de fer doux et du fil de cuivre recouvert de soie. Malgré
cette extrême simplicité, il y a tout lieu de croire
que linstrument se perfectionnera encore notablement et
acquerra, à égal poids ou à égal volume,
une énergie plus grande. Ainsi lemploi des aimants
Jamin, qui na encore été pratiqué quà
titre dessai, ne peut manquer de donner de bons résultats.
Il faut bien se garder de croire que lexploseur soit comparable
en énergie à la bobine de Ruhmkorff. Le seul avantage
quil présente sur ce puissant appareil est quil
se suffit à lui-même et quil est toujours prêt
à fonctionner, tandis que la bobine dinduction a
besoin dêtre excitée par une pile. Sur le terrain,
et notamment à la guerre, cet avantage est tout à
fait capital ; cela est trop évident pour quil y
ait lieu dy insister.
Applications diverses de lappareil
Lappareil qui nous occupe est susceptible dautres
applications que linflammation de la poudre, et dès
lors il ne doit plus être appelé exploseur. Tout
dabord il est facile de lemployer dans la télégraphie.
On a pu voir parmi les objets exposés à Vienne,
par la maison Breguet, un télégraphe Morse sans
pile, dont le manipulateur nétait autre chose quun
exploseur de petite dimension. On connaît la clef Morse,
dont la manipulation consiste en une série de battements
longs et courts diversement espacés. Il suffit de répéter
ces battements avec le manche de lexploseur pour produire
une série de courants positifs à larrachement,
négatifs au retour, qui font fonctionner un récepteur
Morse à armature polarisée. Cet instrument parait
être le télégraphe militaire par excellence,
parce quil réduit au minimum le poids et le volume
des appareils, et parce quil dispense de la pile, qui est
lembarras capital de la télégraphie ambulante.
On a objecté que les télégraphes Morse employés
en France nétant pas à armature polarisée,
les stations ordinaires de la télégraphie ne pourraient
pas être mis en communication avec les télégraphes
de larmée. Cette objection est plus spécieuse
que sérieuse. On a vu en effet, pendant la dernière
campagne, que larmée dinvasion, cest-à-dire
larmée allemande, na presque jamais pu faire
usage des postes français qui ont toujours été
désorganisés au bon moment ; larmée
française, au contraire, constamment en retraite, employait
presque toujours les stations ordinaires de la télégraphie
comme stations militaires. Dailleurs, il y a tout lieu de
croire que les appareils à armature polarisée se
répandront en France comme en Angleterre et en Allemagne,
et dès lors linconvénient signalé se
réduira de jour en jour. Rien ne serait plus aisé
que de concevoir un télégraphe à cadran magnéto-électrique
fondé sur le même principe, et les officiers du lécole
régimentaire du génie de Montpellier ont fait des
essais dans cette voie.
Nous avons eu loccasion de voir récemment en Angleterre
une autre application du même appareil réalisée
par Sir Charles Wheatstone et déjà assez répandue
; il sagit dun compteur de tours de roue. Un excentrique
placé sur laxe dont on veut compter les tours vient
à chaque révolution arracher larmature dun
appareil analogue à celui que présente la figure
et produit des courants qui sont envoyés dans un récepteur
ou compteur facile à imaginer. Au lieu de compter des tours
de roue, on peut compter les allées et venues du piston
dun corps de pompe, soit dans un moteur à vapeur,
soit dans toute autre machine.
Dautres problèmes pourraient encore être résolus
au moyen de cet artifice, et nous serions trop heureux si nous
avions pu mettre quelque lecteur sur la voie dune invention
nouvelle.
A. Niaudet.
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Publications 1876
- La machine magnéto-électrique de Gramme, par Alfred
Niaudet-Bréguet. (Télégraphie Journal,
vol. III, pages 185, 196, 223).
- Les piles secondaires de M. Planté, par A. Niaudet-Breguet.
(Télégraphie Journal, volume III, page 272).
- Nouvelle machine électro-magnétique à courant
continu, par Alfred Niaudet. (The télégraphie
Journal, vol. IV, page 100).
sommaire
En Septembre 1877 A la réunion annuelle
de l'association Britanique (BAAS) à Plymouth, on apprit les
progrés fait depuis et W.Preece,
avec la participation de Bell, ils firent la première démonstration
pratique avec la fameuse paire de Hand-Téléphones amené
par WH Preece.
A cette réunion assiste Alfred
Niaudet, neveu de Mr
Louis Bréguet (père) et célébre
constructeur de matériel éléctrique chez Bréguet,
qui parle couramment l'Anglais et qui est aussi membre de la "Society
of telegraph Engineers".
Le lendemain Niaudet recoit des mains même de l'inventeur
une paire de téléphones (photo ci contre au musée
du cnam) pour les amener en France.
Ces deux téléphones traverserent la Manche, dans une
boite fermée à clef. Ils étaient en bois de
frêne blanc tout à fait rustique et assez semblable
à un bilboquet, la paire sera par la suite, donnée
par la veuve A.Breguet au Musée des arts et métiers
à Paris en 1884 et y sont toujours visibles.
Breguet sans tarder fit une présentation devant un
petit comité apartenant à l'institut et Collége
de France.
Fin septembre 1877 Niaudet et Breguet organisent une présentation
à l'Académie des Sciences à Paris.
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Puis A. Niaudet fait ses premières expériences
et une présentation à Paris début novembre 1877
et termine en annonçant que M. Bell lui avait formellement promis
de venir bientôt à Paris et dy prendre la parole
dans une réunion scientifique. Ce sera une fête pour les
admirateurs de lheureuse invention du téléphone.
Le 2 Novembre 1877
, Alfred Niaudet et Antoine Breguet expérimentent
" le téléphone" devant des membres de l'institut
et du collége de France.
Ci dessous deux lettres de correspondance entre
Bell et Niaudet sont echangées, la première rédigée
par Alfred Niaudet, le 8 novembre 1877, quelques jours après
la première démonstration dun téléphone
en France ;

« Cher Monsieur, merci infiniment pour votre intéressante
lettre et pour les journaux que vous mavez transmis. Je serai
à Paris pendant six ou huit jours et jespère vous
y rencontrer. Je vous envoie un journal contenant les comptes rendus
de ma conférence ici. Les remarques de Sir William
Thomson ont été si brillantes quelles devraient
certainement être traduites en français et auront
un grand poids. En hâte, vôtre, sincèrement. Alexander
Graham Bell. »
La seconde lettre écrite par Alexander Graham Bell le lendemain,
9 novembre, à Alfred Niaudet. Lettre autographe signée
au physicien Théodore Schneider.
  
« Monsieur, Pourriez-vous menvoyer une douzaine de brochures
(éclairage industriel par la lumière électrique
Heilmann et Schneider) ou plutôt pourriez-vous me les faire
envoyer par limprimeur Vve Bader et Cie à qui il me serait
agréable den envoyer le prix. Cette brochure mest
quelque fois demandée et je voudrais pouvoir la faire lire aux
personnes qui la désirent.
Vous aurez vu par les petits imprimés de la Soc. de Physique
que jai eu le plaisir dy montrer le 2 novembre dernier,
les deux premiers téléphones qui aient été
introduits en France.
Cest une invention bien extraordinaire, dans son état actuel
; elle se perfectionnera certainement, mais dès à présent,
on ne peut se défendre dune certaine émotion quand
on entend la voix dun ami au travers dun fil télégraphique.
Hier soir, nous avons essayé entre Paris et St Germain et malgré
un temps affreux, nous avons entendu bien des mots, reconnu la voix
de notre correspondant, entendu chanter Au Clair de la Lune. Jétais
saisi comme si je navais jamais entendu le téléphone.
Croyez, Monsieur, à mes sentiments dévoués. Alf.
Niaudet. 6 rue de Seine »
Le 21 Novembre 1877, Bell arrive à
Paris guidé par A.Niaudet , pour participer à ce rendez
vous historique. Bell et Pierret conviennent de faire des essais sur
les lignes télégraphiques de l'état.
Dès le lendemain A.G Bell communique sur une ligne spéciale
de son domicile de Paris avec Léon Say au ministère des
finances et des postes et télégraphes puis avec le ministre
de la guerre.
Décembre 1877 A.Niaudet
et C. Roosevelt créent la "Societé
Anonymes des Téléphones Bell"
Cest la première société de téléphonie
créée en France . Son siège social est situé
au 1, rue de la Bourse, à Paris.
La Société Anonyme des Téléphones Bell sera
présente à lexposition universelle de 1878.
|
COMMUNICATION D'ALFRED NIAUDET À LA
SÉANCE DU 7 DÉCEMBRE 1877
L'année dernière, à
l'Exposition de Philadelphie, on présenta plusieurs appareils
nouveaux se rattachant à la télégraphie.
Parmi ces appareils, le plus extraordinaire
était le téléphone imaginé par M.
Bell, transmettant la voix humaine.
Des expériences furent faites dans lesquelles plusieurs
personnes entendirent des mots prononcés par d'autres personnes
dans une ville voisine.
Parmi les auditeurs de ces sons venus de
si loin, de ces paroles voyageuses, se trouvait l'un des hommes
les plus illustres de la science européenne, Sir William
Thomson, qui se trouvait à Philadelphie comme membre du
Jury international.
Sir William Thomson, quelque temps après,
en septembre 1876, rendait compte de ces expériences à
l'Association britannique réunie à Glasgow, et précisait
même les mots qu'il avait ainsi entendus.
Cette nouvelle se répandit promptement
en Europe, et on se rappelle encore que l'illustre physicien avait
dit que cet instrument était la merveille des merveilles
de la télégraphie.
Il était difficile de douter, et
cependant quelques personnes doutèrent encore ; et parmi
celles qui ne doutèrent plus, beaucoup pensèrent
que le téléphone était et resterait un objet
de pure curiosité, un instrument de science, un objet bon
à meubler les armoires des cabinets de physique.
Tout au plus pouvait-on admettre que cet appareil
télégraphique, avant d'arriver à l'état
pratique, aurait à passer par de nombreux et lents progrès.
Cette année, à la réunion
tenue au mois d'août à Plymouth par l'Association
britannique, on apprit que ces progrès nombreux avaient
été réalisés et que loin d'avoir été
lents, ils avaient été d'une rapidité tout
à fait extraordinaire.
L'instrument très-imparfait de 1876,
était devenu, en 1877, presque parfait; sa simplicité
était devenue telle qu'il ne parait pas possible de la
dépasser.
En 1876, les deux instruments, transmetteur
et récepteur, étaient dissemblables, et dans les
expériences faites à Philadelphie, on n'avait pu
que parler d'un côté et entendre de l'autre.
En 1877 les deux appareils étaient
devenus identiques, et par conséquent on pouvait parler
et entendre avec tous deux.
Une circonstance fortuite m'a conduit à
Londres le mois dernier. Je fus mis en rapport avec l'inventeur.
Je lui proposai de faire connaître son invention en France.
Il me confia les deux premiers téléphones qui aient
touché le continent européen, et que voici.
Je ne vous parlerai pas en détail
de toutes les formes par lesquelles a passé l'invention
de M. Graham Bell ; d'autant que je ne les connais pas toutes
et que l'intérêt de cette chaîne d'idées
serait beaucoup diminué par une certaine discontinuité.
Je me hâterai donc de vous donner la description de l'appareil.
DESCRIPTION DE L'INSTRUMENT
La figure ci-contre vous montre ses différentes
parties.
Une membrane de fer fort mince est placée
devant l'entonnoir ou embouchure de lappareil ;
Derrière cette membrane une tige
d'acier aimantée, placée perpendiculairement à
la membrane ;
Sur cette tige d'acier une toute petite
bobine de fil de cuivre, toute courte et toute voisine de la membrane.
Voilà tout le téléphone,
qui est enfermé dans une boite de bois, dont la forme extérieure
reproduit le profil de l'appareil intérieur.
FONCTION DE L'INSTRUMENT
Examinons maintenant comment il fonctionne,
et disons d'abord que les téléphones transmetteur
et récepteur sont reliés l'un à l'autre par
deux fils ou par un fil et la terre, de telle sorte qu'il y ait
un circuit complet dans le sens télégraphique du
mot.
Partons du transmetteur ; on le présente
à sa bouche, on parle dans l'entonnoir, dans l'embouchure,
comme on parlerait dans un vulgaire porte-voix; la membrane de
fer vibre à l'unisson de tous les sons que produit successivement
et même simultanément la voix; de ces vibrations
il résulte des approchements et éloignements de
la membrane de fer par rapport au pôle de l'aimant et par
suite des courants d'induction dans le fil de la petite bobine.
Vous vous souvenez, en effet, que tout mouvement
réciproque entre un aimant entouré d'un fil conducteur
et un morceau de fer entraine la production de courants électriques,
dits courants d'induction dans le fil.
Quand le fer s'approche de l'aimant, le courant d'induction est
d'un sens que j'appellerai direct ; quand le fer et l'aimant s'éloignent,
le courant est de sens inverse. L'intensité de ces courants
dépend de l'étendue du mouvement réciproque,
et par conséquent, dans le téléphone, de
l'amplitude des vibrations, elle dépend aussi de la durée
du mouvement.
Par conséquent la production des courants dans le petit
appareil que je vous présente, est calquée sur les
mouvements vibratoires de la membrane, et si on faisait sur le
tableau deux courbes ou diagrammes pour représenter l'un
et l'autre phénomène, ces deux courbes seraient
identiques.
Et cette courbe, vous le remarquerez, sera symétrique par
rapport à l'axe des abscisses (ce sera une sinusoïde
avec quelques altérations et complications). Cette symétrie
explique comment un galvanomètre même fort délicat
est impuissant à accuser l'existence des courants du téléphone
; les courants positifs et négatifs se succédant
avec une extrême rapidité, leur action sur l'aiguille
du galvanomètre est compensée, balancée et
finalement inappréciable au galvanomètre.
Il me reste à expliquer le fonctionnement
de l'appareil récepteur, qui est, comme je l'ai déjà
dit, identique au transmetteur.
La série d'actions, de phénomènes
que nous avons analysés dans le premier appareil se reproduit
ici dans un ordre inverse ; tout ce qui était cause devient
effet; tous les effets deviennent causes. Les courants arrivent
dans le fil de la bobine, augmentent ou diminuent le magnétisme
du barreau ; il en résulte des attractions de la membrane
et des diminutions d'attractions, et enfin des mouvements de va-et-vient
de cette membrane, des mouvements vibratoires. Ces
mouvements vibratoires sont absolument correspondants, pour le
nombre, pour l'amplitude, pour la nature à ceux de la première
membrane, et si on présente ce second instrument à
son oreille on entend toute la succession des sons qui ont impressionné
la première.
Je vous ai dit que les mouvements vibratoires
de la seconde membrane étaient correspondants à
ceux de la première ; je n'ai pas dit qu'ils fussent identiques,
égaux. Il est bien entendu, en effet, que le mouvement
perpétuel n'est pas réalisé ici, et que dans
le système en question nous avons, comme dans toutes les
machines, une perte résultant de la transmission et des
transformations de la force. Ceci explique
comment les sons perçus par l'oreille sont notablement
affaiblis.
APPAREILS EN DÉRIVATION OU EN CIRCUIT
Jusqu'ici nous avons considéré
deux appareils seulement, un à chaque station ; mais il
est possible de mettre à chaque endroit deux téléphones.
Ces deux téléphones sont placés en dérivation
; le courant qui arrive de l'autre extrémité de
la ligne se dérive, se partage entre les deux. On
peut disposer les choses encore d'une autre manière ; on
peut mettre plusieurs téléphones dans un même
circuit ; c'est-à-dire que le courant passe successivement
dans les différents appareils ; il n'est pas douteux qu'on
ne puisse en mettre un assez grand nombre en circuit ; mais je
suis porté à croire que le nombre serait limité.
Quoi qu'il en soit du nombre maximum possible,
je puis dire que j'ai fait l'expérience avec trois appareils
; l'un étant dans la cave, l'autre au rez-de-chaussée,
le dernier au premier étage. Chacun des trois interlocuteurs
entendait ce que disaient les deux autres, et la conversation
a été possible, bien que réduite à
des échanges de communications fort simples.
PUISSANCE DE SON DE L'INSTRUMENT
Les personnes qui essaient pour la première fois le téléphone
éprouvent un mécompte ; elles entendent mal. Il
faut se tenir en garde contre cette première impression.
Il faut comprendre qu'il est difficile d'entendre, si l'on se
trouve placé dans un endroit où il y a un grand
bruit. Ainsi à la fin de la séance, ceux d'entre
vous qui mettront l'oreille au téléphone seront
singulièrement gênés par la présence
dans la salle d'un grand nombre de personnes qui parleront entre
elles et produiront un bruit général et ambiant,
duquel il sera difficile de s'isoler.
Pour rendre l'audition plus nette, il y
a un très-grand avantage à employer deux téléphones
en dérivation ; on les place un à chaque oreille
en ayant soin de les bien appliquer contre le pavillon de l'oreille
afin d'arrêter autant que possible les sons étrangers
et de les empêcher de venir frapper le tympan. D'ailleurs,
quand on engage une correspondance, il y a grand avantage à
maintenir constamment un instrument à l'oreille pour ne
rien perdre des interruptions ou des paroles coupées de
son interlocuteur ; cela est beaucoup facilité par l'emploi
de deux appareils dont un seul est transporté de la bouche
à l'oreille.
Les expériences qui se feront ici,
donneront lieu aux mêmes remarques que toutes celles qui
se font par des personnes non habituées; chacun voudra
entendre et personne ne se donnera la peine de parler; il faudra
que chacun y incite une grande complaisance, se dévoue
pour parler au correspondant qui désirera entendre, et
surtout qu'on ne perde pas de vue cette règle absolue :
que le téléphone doit être toujours à
l'oreille pour entendre ou à la bouche pour parler; ne
quittant l'une que pour retourner à l'autre.
TRANSMISSION DU TIMBRE
Une des propriétés les plus
merveilleuses et les plus inattendues du téléphone
est celle de transmettre le timbre des sons, à ce point
qu'il est possible de distinguer la voix d'une personne de celle
d'une autre. Si vous avez occasion de correspondre
avec une femme, vous verrez à quel point il est impossible
de se méprendre sur le sexe de linterlocuteur ; et
si vous connaissez la voix de cette femme, vous la reconnaîtrez
comme si elle vous parlait de la pièce voisine. Sir
William Thomson disait récemment à. Glasgow, dans
un meeting qu'il présidait, qu'il est possible avec le
téléphone de Bell d'entendre à une distance
de 50 milles, et non-seulement entendre quels mots sont prononcés,
mais de savoir qui les a prononcés parmi les 900 millions
de créatures humaines qui peuplent la terre. Un
son simple ne peut avoir que deux qualités : la hauteur
et l'intensité.
Le son peut être grave ou aigu et
cela entre des limites très-étendues qui correspondent
de 32 vibrations à 16,000 vibrations environ par seconde
; voilà la hauteur du son. Un son
d'une hauteur donnée peut être faible ou fort : voilà
l'intensité.
Mais il n'y a pas dans la nature de son
absolument simple ; si une corde vibre, si un tuyau raisonne,
si une voix humaine chante ou parle, elle rendra un son que vous
reconnaîtrez aussitôt, et que vous appellerez par
son noms si vous avez l'oreille exercée ; vous direz :
voilà le la normal, ou voilà son octave, ou voilà
l'ut, ou tel autre. Vous avez en effet l'impression
d'un son fondamental, et c'est de celui-là que vous indiquez
le nom; mais ce son principal est accompagné de plusieurs
autres. Chaque fois qu'un instrument se
fait entendre, ce n'est pas un son comme le croit le vulgaire
que vous percevez, c'est un concert.
La composition de cet accompagnement du
son principal est différente pour le violon, pour le haut-bois,
pour la voix humaine qui chante a et pour celle qui chante o ou
quelqu'autre voyelle. Cette variété
est ce qu'on appelle le timbre. N'est-il pas bien extraordinaire
qu'une membrane, et notamment une membrane de fer, vibre à
l'unisson à la fois de plusieurs sons coexistants, en laissant
à chacun son intensité relative et son importance
dans le concert dont j'ai parlé. Cela
est si étonnant qu'on serait fondé à n'y
pas croire si on n'en avait la preuve irrécusable dans
l'expérience du téléphone. Car c'est là
une particularité singulièrement frappante de l'invention
de M. Bell qu'elle tranche certaines questions d'acoustique qui
n'étaient pas fort claires.
PORTÉE DE L'INSTRUMENT
Les expériences qui se feront ici
se feront à courte distance, d'un étage à
l'autre. J'ai eu occasion d'assister à
la première expérience faite en France, à
une distance un peu notable ; nous étions à Paris,
notre interlocuteur à Saint-Germain. Après quelques
moments d'hésitation et de manque d'entente, comme il arrive
si souvent entre les bureaux télégraphiques, j'avais
l'appareil à l'oreille et tout d'un coup j'entendis la
voix de notre correspondant, comptant, suivant nos conventions
: un, deux, trois ; ce fut un moment de véritable émotion.
Malgré le temps qui était
détestable et qui devait nuire à l'isolement de
la ligne, on parvint à échanger quelques mots ;
on nous chanta de Saint-Germain le Clair de la Lune, et moi je
criai une série de bravos qui furent reçus avec
joie. L'expérience a été
faite quelques jours plus tard entre Paris et Mantes, 58 kilomètres.
Il parait qu'en Allemagne on a fait des
expériences à des distances à peu près
du même ordre. On m'écrit de Cologne qu'un service
régulier est établi à Berlin entre le bureau
central des Postes et le palais de la Direction des Postes, qui
sont à deux kilomètres l'un de l'autre. Mais il
n'est pas vrai qu'un service soit établi entre Varzin et
Berlin, comme les journaux l'ont dit ; cette assertion a été
démentie.
En Angleterre, où on nous a devancé
comme vous savez, on a fait bien des expériences à
distance ; la plus intéressante a consisté à
parler de la côte d'Angleterre à Jersey, par le câble
sous-marin. Cette expérience est capitale, non pas tant
à cause de la distance, qu'à cause des conditions
particulières aux câbles sous-marins; on était
fondé à croire que le téléphone ne
pourrait pas fonctionner sur les lignes sous-marines ou souterraines;
et malgré le premier démenti donné par le
câble de Jersey, je serais tenté de dire qu'on n'ira
pas beaucoup plus loin dans ces conditions particulières.
M. Bell m'a affirmé l'autre jour
qu'il avait eu occasion de faire une expérience en Amérique
à travers une ligne de 258 milles, soit 415 kilomètres,
de Boston à New-York. Les personnes
qui ont l'habitude de dire qu'il n'y a rien de nouveau sous le
soleil, feront bien, je crois, de réserver ce dicton pour
une autre occasion.
VITESSE DU SON. VITESSE DE L'ÉLECTRICITÉ
Vous remarquerez que l'un des traits du
téléphone est qu'il augmente prodigieusement la
vitesse du son. Dans l'air, les vibrations
sonores se traînent misérablement à une vitesse
de 333 mètres par seconde ; dans le fil de fer qui sert
à la construction des lignes télégraphiques
aériennes, elle arriverait à 5127 mètres
ou environ. La vitesse de propagation de
l'électricité, ou du moins ce qu'on appelle ainsi,
est bien plus grande ; vous savez qu'elle n'est pas fixe et invariable,
mais, au contraire, variable avec la matière qui lui sert
de véhicule et avec plusieurs autres circonstances. Quoi
qu'il en soit, il est difficile de l'évaluer à moins
de 40 mille kilomètres par seconde dans les lignes aériennes,
et dès lors vous voyez que si je disais que M. Bell a donné
des ailes à la parole humaine, j'emploierais une figure
fort insuffisante à donner idée du gain de vitesse
obtenue.
ACTIONS INDUCTRICES DES FILS VOISINS
Dans les expériences auxquelles j'ai
assisté entre Paris et Saint-Germain, il s'est produit
un phénomène auquel on ne peut guère se soustraire,
et que vous me reprocheriez de ne vous avoir pas signalé.
Le téléphone est mis en mouvement
par des courants d'une faiblesse extrême, dès lors
vous concevez que des courants très-faibles peuvent le
troubler. Si des fils sont placés à quelque distance
de celui qui sert au téléphone, leur action inductrice
s'exercera. Chaque fois qu'ils seront interrompus et rétablis,
il se produira des courants induits dans le fil du téléphone,
et on entendra des claquements de la membrane vibrante, ou plutôt
des deux membranes vibrantes, car les deux appareils sont affectés
naturellement de la même façon. Ce
sont là les sons anormaux que nous avons entendus lors
de l'expérience de Saint-Germain, et qu'on entendra toutes
les fois qu'on opérera sur des lignes à plusieurs
fils et surtout aux heures du service le plus actif.
Il est fort remarquable qu'on distingue
très-bien la nature des appareils qui fonctionnent sur
les fils voisins ; nous reconnaissions, sans qu'il fût possible
de s'y méprendre, la transmission de l'appareil à
cadran : c'était un bruit de moulin à café
coupé et intermittent. La transmission
du Morse se distinguait également, et je suis persuadé
que si une seule correspondance Morse s'échangeait dans
le voisinage, il serait possible d'écouter cette correspondance
et de commettre ainsi des indiscrétions qui en temps de
guerre, par exemple, pourraient avoir une incalculable importance.
Quand, au contraire, et c'est le cas général
en temps de paix, on se trouve dans le voisinage de plusieurs
fils travaillant le Morse, on n'entend qu'une série confuse
de bruits sans signification qui ont été fort justement
comparés par mon ami, M. Preece, électricien de
l'administration anglaise des télégraphes de l'État,
au bruit de la grêle frappant les carreaux.
Dans des expériences poursuivies
à l'administration des télégraphes français
(rue de Grenelle-Saint-Germain), sous la direction d'un homme
savant et ingénieux que beaucoup d'entre vous connaissent,
de M. Bontemps, on a observé les mêmes bruits causés
par les courants du voisinage; on distinguait les envois de courants
des pendules électriques qui donnent l'heure dans les bureaux
et dont les fils côtoyaient sur une certaine longueur celui
du téléphone; les personnes habituées reconnaissaient
très-bien la transmission de l'appareil de Hughes, et on
m'a même affirmé que les employés qui entendent
habituellement ces appareils et qui arrivent à lire au
son certains mots du moins, pouvaient, dans le téléphone,
reconnaître la cadence de ces mêmes mots reçus
ou transmis par un appareil Hughes. Ce qui
est fort important au point de vue de la pratique, c'est que ces
bruits n'empêchent pas d'entendre les paroles prononcées
par le correspondant. Je n'oserais pas affirmer qu'ils ne gêneront
jamais la correspondance, mais je puis dire qu'ils ne l'ont pas
empêchée dans plusieurs cas venus à ma connaissance.
Et vous rencontrerez la même affirmation dans une communication
récente de M. Pollard, ingénieur de la marine à
Cherbourg, communication adressée à l'Académie
des sciences.
APPLICATIONS
Je ne parlerai que très-brièvement
des applications du téléphone, qui est un porte-voix
à portée fort longue. Il remplace les porte-voix
dans beaucoup d'établissements où les distances
sont très-grandes et où on entend mal avec les tuyaux
acoustiques ordinaires.
Les ingénieurs des mines paraissent
unanimes à penser que le téléphone rendra
de grands services pour communiquer avec le fond des puits et
des galeries. Des essais ont été faits dans des
houillères anglaises et ils ont eu un plein succès.
M. Bell m'a parlé d'une lampe d'invention
nouvelle qui trahit la présence du grisou, en chantant
d'une manière particulière, comme fait la lampe
philosophique qu'on montre dans les cours de chimie. Sir William
Thomson et lui ont fait l'essai et constaté qu'avec le
téléphone on entendrait ce chant de la lampe à
grande distance, de sorte que l'ingénieur en chef pourrait
de son bureau surveiller de temps à autre la composition
de l'air de la mine. Le téléphone
se prêtera merveilleusement aux communications avec un ballon
captif et ce sera une de ses applications à l'art militaire
; déjà nos officiers s'en sont préoccupés.
Le téléphone pourrait servir
à bord des navires ? quelques personnes le croient : je
n'ai pas d'opinion à ce sujet et pas encore d'expérience
sérieuse à vous rapporter. J'espère qu'il
en sera fait bientôt à bord des navires de l'escadre
de la Méditerranée. Ce que
je pourrais dire de plus, chacun de vous l'imaginera sans peine,
et je ne voudrais pas vous retenir pour vous faire des comparaisons
faciles entre les télégraphes et les téléphones.
En dehors des applications à la correspondance,
il y en aura certainement d'autres, et je vous demande la permission
de vous en signaler une, et de prendre date, devant vous, pour
une idée que je n'ai pas encore eu le temps de mettre à
l'essai.
Je voudrais employer le téléphone
à accuser l'existence de courants extrêmement faibles.
Supposez, en effet, une source très-faible d'électricité,
une source douteuse et que vous vouliez reconnaître ; faites
passer ce courant dans un fil fort long enroulé sur une
bobine, enroulé parallèlement à un autre
fil aboutissant à un téléphone. Si le courant
de la source interrogée existe, et qu'on l'interrompe un
grand nombre de fois au moyen d'un commutateur quelconque, il
induira des courants dans le fil du téléphone qui
rendra des sons ou de simples bruits. Remarquez
que cette méthode est susceptible de multiplication, car
vous pourrez augmenter à volonté le nombre des circonvolutions
du fil qui réagissent toutes les unes sur les autres. On
augmenterait encore la sensibilité du système en
mettant des fils de fer dans l'âme de la bobine, comme on
le fait dans les appareils d'induction de Ruhmkorff.
ANTERIORITE
Vous savez, Messieurs, que quand un inventeur
annonce sa découverte, on commence par lui dire que le
fait est faux, et ensuite qu'il n'est pas nouveau. C'est
la règle générale, elle a été
appliquée au téléphone. Tant que le téléphone
est resté en Amérique, toute l'Europe doutait, et
bien des gens sérieux avouent de bonne grâce aujourd'hui
qu'ils se refusaient absolument à croire à ce qui
se répétait. On disait : A beau mentir qui vient
de loin. Le téléphone est
venu en Angleterre, cela n'a pas encore suffi. Mais un beau jour
il a franchi le Pas-de-Calais ; il est arrivé à
Paris, et alors cet instrument est devenu, du jour presque au
lendemain, la préoccupation de toute l'Europe.
Il n'est plus question de nier sa capacité
; mais nous sommes aujourdhui dans la seconde période,
celle pendant laquelle on recherche les antériorités
et pendant laquelle on entreprend de démontrer à
l'inventeur que son invention n'est pas nouvelle et pas de lui.
Il est certain que des inventions aussi extraordinaires
ne se font pas en un seul jour, et qu'elles ne sont pas comme
Minerve, qui sortit tout armée du cerveau de Jupiter. M.
Bell a passé par bien des appareils compliqués avant
d'arriver à cet appareil d'une simplicité absolue
que je vous présente.
Avant lui des hommes ingénieux avaient
cherché à transmettre des sons ; et le premier en
date est un M. Philip Reis de Francfort, qui publia son travail
en 1861 dans les Jahres Berichte des Franckfurter Vereins der
Naturwissensehaften pour 1860-1861. Cet
appareil, dont j'ai montré un exemplaire fort ancien à
la Société de physique, fait le plus grand honneur
à son inventeur ; vous en trouverez la description dans
le Journal de Physique qui va paraître ; dans le journal
la Nature, avec la signature de M. Bontemps ; dans le Magasin
pittoresque, dans un fascicule qui parera bientôt. Mais
l'appareil de M. Reis ne transmettait ni l'intensité du
son, ni le timbre; il ne transmettait que la hauteur du son, et
encore ne faisait-il cette besogne que d'une manière assez
imparfaite. Après M. Reis sont venus
d'autres inventeurs de téléphone ; mais, à
mon avis, ni les inventions de M. Elisha Gray (de Chicago) et
de M. Lacour (de Copenhague), ni les autres qui sont venues à
ma connaissance ne présentent un grand intérêt.
Sir Willliam Thomson a exprimé son
avis à Glasgow, en disant que les téléphones
qui ont précédé celui de Bell en différent
autant que les battements de la main diffèrent des sons
de la voix humaine. Je ne sais pas de plus
importante autorité à invoquer.
PROGRÈS POSSIBLES
Si je vous disais que M. Bell a fait une
chose tellement parfaite qu'il n'est pas possible de l'améliorer,
vous ne me croiriez pas. Mais je me garderai bien de dire et de
croire moi-même pareille chose. On
a parlé de téléphones qui emploieraient une
pile et qui, moyennant cette complication nouvelle donneraient
des sons plus intenses que celui de M. Bell. Ce serait là
un progrès important ; malheureusement les expériences
qui ont été faites à Londres n'ont pas encore
réussi. Espérons qu'on réussira bientôt.
On a parlé d'appareils qui enregistreraient
la voix et qui partant de cet enregistrement la reproduiraient
ensuite, soit tout de suite, soit dans dix ans ou dans cinquante
ans. Si invraisemblable que puisse paraître une pareille
allégation, je n'hésite pas à dire que je
crois que nous verrons cette merveille, que nous la verrons bientôt.
Vous trouverez mon affirmation moins osée,
quand vous saurez que M. Marcel Deprez l'un de nos plus ingénieux
et savants confrères s'occupe de cette question depuis
longtemps déjà, avec M. Napoli. Ces Messieurs ont
réalisé un appareil reproducteur de la voix humaine.
Au centre d'une membrane ébranlée
par la voix est placé un petit style fort léger
qui écrit sur du noir de fumée. La courbe qu'il
trace, pour qui saurait la lire, serait une écriture sténographique
d'une fidélité absolue. Cette courbe sert à
la production d'une lame métallique dentelée dont
les dentelures reproduisent la courbe. Cet organe mécanique
une fois réalisé on comprend comment il peut servir
par sa translation à commander un levier d'une extrême
légèreté, qui par son autre extrémité
agit sur une membrane. Cette seconde membrane
reproduit par conséquent toutes les vibrations de la première,
amplifiées ou diminuées à volonté.
Elle fait entendre les sons qu'a entendus précédemment
la première membrane.
De là au téléphone,
la distance n'est pas fort grande, et je n'y insiste pas.
Je dirai un mot du téléphone
multiple de M. Trouvé, dont lAcadémie des
sciences a été saisie dernièrement. Il est
formé de quatre membranes, formant les quatre côtés
latéraux dune boîte cubique ; ces quatre membranes
vibrent simultanément et concourent à produire des
courants dinduction, dont l'effet peut être concentré
sur une seule des membranes du récepteur. L'idée
est ingénieuse, comme toutes celles de ce fécond
inventeur.
Quoi quil en soit des surprises que
nous réserve lavenir et le génie persévérant
des inventeurs, veuillez reconnaître avec moi, Messieurs,
que si M. Bell cessait de travailler à partir daujourdhui,
il pourrait encore dire : J'ai fait ma tâche,
que mes successeurs fassent la leur.
M. le Président remercie M. Niaudet de
son intéressante communication.
|
Ce texte est extrait
de l'exposé de A. Niaudet Volume 30
année 1877.
En 1878 Niaudet édite un ouvrage
Téléphone et Phonographe, consultable
cette page
et un exposé dans "LA NATURE",
REVUE DES SCIENCES 23 mars 1878
Le phonographe d'Edison.
- Cet instrument extraordinaire, réalisé en Amérique
et annoncé par les journaux, vient de passer l'Atlantique
et d'arriver à Paris. Un exemplaire de cet appareil, apporté
par M. Puskas, concessionnaire des brevets européens de l'inventeur,
a été présenté le lundi 11 mars à
l'Académie des sciences et le vendredi 15 à la Société
française de physique.
Le phonographe remplit une double fonction ; son nom n'indique que
la première ; il écrit les sons, ceux de la voix ou
ceux rendus par un instrument quelconque, voilà la moitié
; il est capable de les reproduire après et d'en donner comme
le portrait, voilà l'autre moitié. L'enregistrement
des sons avait déjà été obtenu d'une
autre façon, notamment dans le phonautographe de Scott et
Knig, dont la description se trouve dans tous les traités
de physique récents. Mais la reproduction des sons au moyen
de la trace qu'ils ont laissée dans l'enregistreur,... elle
a été rêvée, cherchée, essayée
par plusieurs, elle n'a jamais été réalisée
avant M. Edison.
Le phonographe ou machine parlante d'Edison
(1/6 grandeur d'exécution, agrandir) .
L'appareil que nous avons vu est représenté
par la figure ci-jointe ; il est d'une simplicité qui ne
pourra pas être dépassée et qu'à certains
égards même on sera obligé d'abandonner pour
obtenir plus de perfection dans le rendu. Il présente une
membrane toute semblable à celle des téléphones,
tenue par sa circonférence dans une bague métallique,
A. Cette membrane porte, fixé à sa surface inférieure
un petit style métallique placé perpendiculairement
à son plan et très rigide. C'est devant cette membrane
qu'on parle, et c'est le style qui écrit les vibrations
de la membrane.
Lenregistrement se fait sur un cylindre métallique,
M, qu'on meut au moyen d'une manivelle. L'axe du cylindre est
taillé en vis, ou en terme technique, taraudé, et
l'un de ses collets ou supports fonctionne comme écrou
; de telle sorte que, quand on tourne la manivelle, le cylindre
non seulement tourne, mais encore progresse. La surface du cylindre
présente elle-même un pas de vis de même hauteur
que l'axe ; si bien que la pointe du style, pendant le mouvement
du cylindre, se trouve continuellement dans la rainure pratiquée
à sa surface.
Quand ou veut employer l'instrument, il faut commencer par placer
sur le cylindre un papier d'étain, pareil à celui
dans lequel on enveloppe le chocolat ; on colle ce papier métallique
avec une colle ordinaire suivant une des génératrices
du cylindre, afin de l'envelopper complètement. Avec les
mains on appuie de manière à faire pénétrer
le papier dans la rainure, qu'on voit se dessiner au travers de
l'étain. On amène alors la membrane dans sa position
d'action, on l'assujettit solidement au moyen d'une vis de serrage,
le style appuyant légèrement sur le fond du canal
hélicoïdal présenté par le papier. On
parle et en mémo temps on tourne le cylindre ; la membrane
vibre et le style fait dans le papier d'étain une série
de marques plus ou moins profondes et de formes variées,
qu'un puissant microscope permettrait seul d'étudier. Voilà
l'inscription, c'est-à-dire la première partie de
l'invention d'Edison ; voilà ce qu'on avait fait avant
lui et voilà ce qu'on avait fait mieux que lui, quand on
se proposait simplement d'écrire les vibrations pour en
étudier les formes. Mais ce mode d'inscription a été
l'idée de génie et comme l'a fort bien dit M. Marcel
Deprez à la Société de physique, l'emploi
de ce papier d'étain a rendu possible la reproduction des
sons, qui avait été cherchée en vain par
d'habiles et savants expérimentateurs. Voici comment on
procède pour tirer de l'instrument ainsi préparé
les sons qu'on lui a dit ou plus exactement criés à
l'oreille. On écarte la membrane, on fait tourner le cylindre
en sens inverse jusqu'à ce qu'il soit ramené à
la position qu'il occupait au début de l'expérience
; on rapproche la membrane et le style se retrouve au contact
du papier d'étain. On tourne de nouveau et dans le même
sens que la première fois. La membrane, poussée
par le style, qui est lui-même guidé par les marques
ou cavités antérieurement produites, la membrane,
disons-nous, vibre et reproduit les sons qui avaient déterminé
l'inscription. Ces sons, amplifiés par une sorte de porte-voix
placé contre l'anneau A (voy. la figure) contenant la membrane,
peuvent être entendus à distance.
Ou ne peut se rendre compte sans l'avoir entendu, de l'impression
singulière que cause cette petite voix grêle sortant
de l'instrument ; jusqu'au dernier moment on doute et quand les
sons distincts, quoique faibles, viennent frapper l'oreille, on
éprouve un étonnement et une satisfaction qui se
sont traduits à la Société de physique en
applaudissements et en rires des personnes qui remplissaient la
salle.
Insistons sur les particularités de cet instrument, grâce
auxquelles il réalise ce qu'il était si difficile
de produire. Le papier d'étain est comme suspendu au-dessus
du vide formé par le pas de vis tracé sur le cylindre
; il présente une certaine rigidité à cause
de sa tension, mais comme il n'est pas soutenu par derrière,
il présente en même temps une certaine flexibilité.
Grâce à ces propriétés, la feuille
d'étain est capable de recevoir les impressions qu'y fait
le style inscripteur, et ensuite de les rendre à la membrane
quand on fait passer une seconde fois le style devant la feuille
écrite. Le papier d'étain n'est pas encore, parait-il,
ce qu'il y a de mieux pour cet usage ; M. Edison emploie maintenant
des feuilles de cuivre, sans doute de cuivre rouge, très
minces et qui donnent de meilleurs résultats.
Nous avons supposé implicitement dans ce qui précède
que la rotation du cylindre était uniforme ; mais il est
clair que le mouvement donné directement par la manivelle
ne peut pas être parfaitement régulier. Pour atténuer
ce défaut, on a mis à la seconde extrémité
de l'axe un lourd volant, V, montré sur notre figure, qui,
dans une certaine mesure, corrige les variations de vitesse produites
par l'action de la main. Il est facile de concevoir des appareils
d'horlogerie, grâce auxquels on obtiendrait un mouvement
très uniforme ; c'est un point sur lequel il n'y a pas
à insister.
Quand il s'agit de reproduire des paroles articulées par
la voix humaine, les inégalités de vitesse ont peu
de conséquence ; le son monte ou baisse légèrement
quand le cylindre se hâte ou se ralentit. Mais quand on
reproduit des sons musicaux, le défaut est plus sensible.
On comprend en effet que plus la rotation est rapide, plus le
son rendu est aigu, et la même inscription peut donner des
notes très différentes suivant qu'on tourne plus
ou moins vite.
Et par suite, si on inscrit successivement les quatre notes d'un
accord parfait do, mi, sol, do, sur le cylindre, on le rendra
juste, à la condition qu'on tourne tout à fait régulièrement
et pendant l'inscription et pendant la reproduction du son ; mais
pour peu que la vitesse n'ait pas été uniforme l'une
des deux fois, l'accord n'est pas juste.
On peut noter ici en passant que, avec le téléphone,
les sons musicaux sont plus aisément rendus que les articulations
de la voix ; tandis qu'avec le phonographe tel que nous l'avons
entendu, c'est l'inverse.
Nous l'avons dit, et nous ne pouvons que le répéter,
ces petites imperfections de rendu seront corrigées par
des appareils donnant un mouvement très régulier.
D'autre part, M. Edison a récemment annoncé par
le télégraphe à son représentant en
Europe qu'il était arrivé à reproduire exactement
le timbre de la voix humaine. Ce sera une nouvelle merveille ou
plutôt un parachèvement d'une merveille mécanique
; mais dès à présent on ne saurait trop admirer
le résultat obtenu et la simplicité extraordinaire
des moyens mis en uvre pour l'obtenir.
Parmi les perfectionnements qui ont été déjà
réalisés, parait-il, par M. Edison, nous en indiquerons
un seul : dans de nouveaux appareils le papier d'étain
se place non plus sur un cylindre, mais sur une plaque dans laquelle
on a tracé une rainure qui a la forme d'une spirale d'Archimède,
ou, pour parler le langage vulgaire, la forme d'un limaçon.
Le mouvement de cette plaque est combiné de manière
que le style porté par la membrane trace ses inscriptions
dans la rainure spirale. Cette disposition est certainement plus
compliquée que celle qui a été montrée
à Paris ; mais elle permet de placer plus aisément
et plus promptement la feuille d'étain et surtout elle
permet, la feuille une fois écrite, de la placer sur un
autre appareil qui fera la reproduction, ce second appareil pouvant
être dans une autre ville et dans une autre partie du monde
que le premier.
C'est dans ces conditions qu'il sera possible
à la Société française de physique
d'entendre une communication verbale de M. Edison, communication
qui aura été confiée à l'étain
quinze jours auparavant et qui aura, passé l'Atlantique
dans une enveloppe de lettre. Cette chose extraordinaire n'a pas
encore été réalisée, mais elle le
sera certainement, pour peu que M. Edison veuille continuer de
suivre la voie dans laquelle il est entré si brillamment.
Ajoutons en terminant que le phonographe peut être combiné
avec le téléphone, et sans parler de ce qui pourra
être fait, disons que des expériences ont été
exécutées à Bruxelles, dans lesquelles la
membrane du phonographe était mise, au moment de la reproduction,
en présence d'un aimant de téléphone. Les
vibrations produites dans la membrane par le style commandé
par la feuille d'étain préalablement écrite,
déterminaient des courants d'induction téléphoniques
dans le fil qui entourait l'aimant et se trouvaient reproduites
dans un téléphone récepteur placé
à distance.
Alfred NIAUDET.
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sommaire
Niaudet publia de nombreux ouvrages délectricité
et collabora à plusieurs publications scientifiques.
1878
Exposé des applications de l'électricité.
Machine de M. Niaudet-Breguet.
M. A. Niaudet-Breguet a combiné récemment une machine
Clarke multiple possédant lavàntage de pouvoir se
passer de commutateur.
La
fig. 140 représente cet appareil.
Cest, comme on le voit, une série de 12 bobines placées
entre deux plateaux et tournant entre les pôles de deux aimants
fixes. Les bobines des électro-aimants sont toutes rattachées
les unes aux autres, le bout entrant de chacune étant lié
au bout sortant de la bobine voisine, exactement comme une série
déléments voltaïques réunis en tension.
Quand le plateau tourne dans le sens de la flèche, en supposant
le pôle nord de laimant en bas et le pôle sud en haut,
voici ce qui se passe dans une bobine quelconque à mesure quelle
séloigne du pôle N : il sy développe
un courant dun certain sens, et ce courant reste de même
sens pendant tout le temps que la bobine va du pôle N au pôle
S ; mais pendant la seconde demi-révolution de la bobine, elle
séloigne du pôle S et sapproche du pôle
N, et par conséquent le sens du courant est inverse de ce quil
était dans la première moitié du mouvement.
Yoyons maintenant ce qui se passe dans lensemble. A un moment
quelconque, considérant toutes les bobines placées à
la droite de la ligne des pôles, elles sont toutes parcourues
par des courants de même sens qui sont associés en tension.
Au même moment les bobines placées à gauche de la
ligne des pôles sont parcourues par des courants de sens inverse
aux premiers et, comme eux, associés en tension. La somme des
courants de droite est dailleurs manifestement égale à
celle des courants de gauche. Lensemble peut donc être considéré
comme deux piles de 6 éléments opposées lune
à l'autre par leurs pôles de même nom. Or, si un
circuit électrique est mis en communication par ses deux extrémités
avec les points où ces deux séries déléments
sont opposées, il est parcouru à la fois par les courants
des deux piles qui se trouvent alors associés en quantité
comme dans la machine Gramme.
Par analogie, pour recueillir les courants développés
dans la machine de M. Niaudet, il faut établir des frotteurs
qui touchent les points de liaison des différentes bobines entre
elles au moment où ils passent sur la ligne des pôles.
A cet effet, linventeur, sinspirant de la machine Gramme,
a placé des pièces métalliques qui, dirigées
radialement, communiquent avec les points de jonction des bobines et
sur lesquelles se fait la prise des courants.
1879 La Lumière éléctrique
La Pile de M. Niaudet au chlorure de chaux . La
Nature 1880
Cette pile disposée à peu près
comme la pile Léclanché (1 modèle), a pour
substance dépolarisante du chlorure de chaux mêlé
à des fragments de charbon qui remplissent lintérieur
du vase poreux où plonge le charbon, et pour liquide excitateur,
une solution de chlorure de sodium (eau salée) dans laquelle
est immergée la lame de zinc.

Lhydrogène dû à la décomposition
de leau, réagit sur le chlorure de chaux pour former
de leau et de lacide chlorhydrique, doù
il résulte, dans la solution excitatrice, du chlorure de
zinc et du chlorure de calcium, corps très-solubles et bons
conducteurs, ce qui rend la pile énergique et constante.
I)e plus comme le zinc nest pas attaqué dune
manière appréciable en présence du chlorure
de chaux, la pile suse fort peu quand elle ne sert pas, et
laddition du sel marin la rend encore moins résistante.
La force électro-motrice de celte pile est de 1 volt 6 .Bien
quelle se polarise plus que la pile de Daniell, elle reprend
sa force électro-motrice par le repos. Sa résistance
est d'environ 5 ohms. Mais ce qui est remarquable dans cette pile,
cest la suspension de toute attaque du zinc quand le circuit
est ouvert. Il paraît que,lodeur du chlorure de chaux
se trouve rendue inoffensive par un bouchage hermétique du
vase poreux avec un bouchon entouré de poix. |
1880
- La Lumière éléctrique Machines nmgnèto-èlectriqiies.
Nous nous proposons, dans ce travail, dexposer les principes et
les principes seulement de toutes les machines connues qui ont fourni
quelques résultats pratiques... En 1876: M. Niaudet, utilisant
la disposition des bobines de Clarke, et produisant linduction
par les deux extrémités de la bobine à la fois,
comme dans la machine de lAlliance, â construisit une machine
à courants continus dans laquelle les courants sont recueillis
par un collecteur du principe de Gramme....
En se reportant au diagramme et à ce que nous allons dire sur
le collecteur de Gramme, il est facile de concevoir le. fonctionnement
de la machine de M. Niaudet ...
- Edition du "Traité élémentaire
de la pile électrique". Alfred Niaudet.
- Niaudet est aussi membre de la Société
Française de Physique dès sa fondation et deviend administrateur
de la Société Générale
des Téléphones.
- Alfred Niaudet : Appareil indicateur
du niveau de leau.
1881
- La Lumière éléctrique Sifflement de
larc voltaïque.
... M. A. Niaudet vient de communiquer à lAcadémie
une note dans laquelle il montre que les sifflements que produit souvent
larc voltaïque, correspondent à une diminution subite
du potentiel des deux charbons entre lesquels séchange
larc voltaïque. Ces variations du potentiel de larc
sont assez notables et répondent à des variations en sens
inverse de lintensité du courant général.
Voici les résultats qui ont été obtenus en faisant
usage du galvanomètre de M. Marcel Deprez pour la mesure des
intensités et des forces électro-motrices ...
- M. Niaudet vient de publier un ouvrage sur les machines magnéto
et dynamo-électriques.
- Mémoires et compte-rendu des travaux de la société
des ingénieurs civils Vol. 36, 1881 , long exposé sur
la pile.
- A. Niaudet : Télégraphe optique
- A. Niaudet : Nouveau récepteur téléphonique de
W.H. Preece
- A. Niaudet : Pile secondaire de M. Faure
- A. Niaudet : Arc voltaïque
Ses publications : Dans lhebdomadaire La Nature
Machine magnéto-électrique de Gramme,
N°22 - 1er Novembre 1873
Exploseur magnéto-électrique de Bréguet, N°35
31 Janvier 1874
Chronographe du Dr Marey, N°49 9 Mai 1874
Pile secondaire de M. Planté, N°56 28 Juin 1874
Observations sur les paratonnerres, N°58 11 Juillet 1874
Nouveau moyen déviter lincrustation des chaudières
à vapeur, N°74 31 Octobre 1874
Rhéotome liquide à direction invariable de M. Ducretet,
N°92 - 6 mars 1875
Aimants Jamin, N° 106 - 12 juin 1875
Nouvelle machine magnéto-électrique à courants
continus, N°132 - 11 Décembre 1875
Correspondance sur la machine Gramme, N°139 - 29 Janvier 1876
Télégraphie militaire. Système de M. Trouvé,
N°155 - 20 Mai 1876
Pile au chlorure dargent de M. Warren DE LA RUE, N°159 - 17
Juin 1876
Pile humide de M. Trouvé, N°168 - 19 Aout 1876
Éclairage à lélectricité, N°214
- 7 Juillet 1877
Bougie électrique de M. Jablochkoff, N°204 - 28 Avril 1877
Le phonographe dEdison, N°251 23 mars 1878
Plume électrique dEdison, N°255 20 avril 1878
Appareil indicateur du niveau de leau, N°393 - 11 Décembre
1880
Description de la plus grande bobine dinduction construite jusquà
ce jour, N°348 - 31 Janvier 1880
Ligne électrique sous-marine de Marseille à Alger, N°391
- 27 Novembre 1880
Et bien d'autres publicatons dans divers ouvrages et
revues autres.
Livres :
Machines magnéto-électriques Gramme, Hippolyte Fontaine,
1875
Le téléphone de A. Graham Bell, C. Roosevelt, 1877
Téléphones et phonographes : étude complète
de ces inventions, J. Baudry 1878.
Traité élémentaire de la pile électrique,
J. Baudry 1880.
Machines électriques a courants continus, J. Baudry 1881.
sommaire
Le TÉLÉPHONE DE M. GOWER
publication dans "La Nature du 22 février 1879 :
Nous avons sous les yeux la copie du mémoire
présenté par M. Gower à lAcadémie
le lundi 27 janvier 1879, et dont les Comptes rendus
ont donné un extrait. Nous allons résumer la discussion
quil contient des mérites comparatifs des différents
systèmes téléphoniques. Il paraît démontré
que les courants électriques interrompus sont impropres à
la transmission de la parole articulée. Ils permettent de
produire à distance des bruits dune hauteur déterminée
ou des notes musicales ; mais ils paraissent incapables de donner
les effets du timbre. Rappelons pour fixer les idées que
le téléphone de Reis est le type des appareils électriques
reproducteurs des sons sans leur timbre, fondés sur lemploi
des courants interrompus. On les appelle téléphones
musicaux, quoiquils ne fassent entendre quune fort mauvaise
musique.
Lemploi des courants appelés par M. Bell ondulatoires
a permis de franchir lénorme distance qui sépare
les téléphones dits musicaux des téléphones
articulants. Les courants ondulatoires sont ceux dont lintensité
subit des variations qui peuvent être figurées par
une courbe ondulée analogue à celle qui représente
les phénomènes du son. Ces variations dintensité
peuvent être obtenues de deux façons :
1° En faisant varier la résistance du circuit, tandis
que la source électrique reste invariable ;
2° En faisant varier la force électromotrice de la source
tandis que la résistance du circuit reste fixe ; nous avons
dans ce cas deux classes de téléphones articulants.
A la première appartient le transmetteur à charbon
de M. Edison et les microphones. Dans tous ces appareils des variations
dans le contact entre deux pièces faisant partie du circuit,
déterminent des variations dans la résistance du courant
fourni par une pile constante. La seconde classe comprend les téléphones
magnéto-électriques de Bell qui, après avoir
excité tant détonnement et dadmiration
en 1877 viennent de recevoir entre les mains de M. Gower une puissance
dont on ne pouvait les croire susceptibles.
Le téléphone de M. Gower est représenté
par les figures ci-jointes, qui sont faites à léchelle
de 1 et donnent par conséquent la dimension de linstrument
qui a reçu le nom de téléphone chronomètre.

Une des préoccupations de lauteur a été
de faire emploi des aimants les plus forts possible, tout en réduisant
au minimum la dimension des boîtes contenant linstrument.
Il a fait construire des aimants du meilleur acier français
connu, supérieur pour cet usage seul à tous ses rivaux
anglais. Il a adopté la forme fermée NOS. Enfin ces
pièces ont été aimantées par lemploi
dun électro-aimant fort gros, excité par le
passage du courant dune puissante machine Gramme. Les deux
pôles portent chacun une petite pièce de fer oblongue
sur laquelle est montée une bobine de fil ; cette forme aplatie
essayée déjà autrefois en Amérique par
M. Gower et rejetée, a été reprise par lui
et lui a donné de meilleurs effets que la forme cylindrique,
sans doute à cause de la force extraordinaire de laimant.
Une boîte de laiton contient les organes que nous venons de
décrire; son couvercle, de même métal, porte
la membrane vibrante qui est quelque peu plus épaisse que
dans les appareils du même genre construits jusquici
; elle est maintenue sur toute sa circonférence par une bague
de laiton et les vis qui lattachent au couvercle ne touchent
en aucun point la membrane. Le disque de métal qui forme
le couvercle nest séparé que par une chambre
excessivement mince de la membrane vibrante, circonstance importante,
comme on sait; car sil est important de diminuer les effets
de résonnance de la boîte elle-même, au-dessous
de la membrane, il lest bien plus encore de les écarter
complètement au-dessus. M. Gower assure dautre part
que ce couvercle présente une vibration appréciable
daccord avec celle de la membrane elle-même. La forme
ancienne de lembouchure téléphonique a été
abandonnée, et on a pu sans rien perdre de lintensité
du son faire usage de tuyaux acoustiques souples avec leurs embouchures
ordinaires.
Cette disposition paraît extrêmement commode, car il
devient facile de parler et dentendre sans se lever de sa
table, tandis que le téléphone est solidement suspendu
au mur. On arrive ainsi à toute la commodité que présentent
les porte-voix ordinaires. Pour compléter la ressemblance
avec les tuyaux acoustiques, M. Gower a pourvu son appareil dun
avertisseur ou appel qui forme la particularité la plus nouvelle
de son instrument. On voit sur la membrane une pièce A, représentée
à part et en plus grand ; elle se compose dun tube
recourbé à angle droit, ouvrant par un bout T sur
le dessus de la membrane et par lautre dans la boîte
; elle contient une anche vibrante. Si on souffle dans le tuyau
acoustique, lair chassé dans ce tube A, fait vibrer
lanche et par communication solide la membrane entre en un
mouvement vibratoire dont les excursions sont beaucoup plus étendues
que dans les téléphones ordinaires ; elles le sont
assez pour quon les sente au doigt. Ces vibra, tions intenses
produisent des courants induits dune intensité considérable
dans le téléphone transmetteur ; il en résulte
au récepteur une vibration correspondante qui fait entendre
un son assez fort. Cet appel peut être entendu dans toute
une pièce si grande quelle soit, alors même quil
ny règne pas un silence absolu. Le timbre particulier-
de ce son contribue dailleurs à le rendre facilement
perceptible au milieu dun certain bruit ambiant.
Ainsi se trouve résolu le problème, si souvent cherché,
de transmettre au moyen du même instrument un appel assez
fort et ensuite la parole articulée. On pourrait croire que
laddition sur la membrane du tube A contenant cette anche
vibrante, trouble la netteté de la transmission ; il nen
est rien et il paraît même que ce poids ; ainsi placé,
joue le rôle détouffoir et contribue à
rendre plus distincte et plus naturelle la parole articulée.
Le téléphone chronomètre a été
expérimenté dans la salle des séances de lAcadémie
des sciences le 27 janvier et dans la salle relativement petite
de la Société de physique le 5 février. On
a pu constater que lappel était entendu dans toute
la salle de lInstitut ; on a entendu également de tous
les points de cette pièce les sons dun cornet à
piston joué près dun transmetteur. Enfin la
parole articulée a pu être entendue à distance;
des phrases simples parlées à voix haute au transmetteur,
ont été entendues à cinq ou six mètres
du récepteur, résultat qui navait jamais été
obtenu jusquà ce jour. Pour entendre à distance
de linstrument il faut larmer dun grand cornet
résonnateur, dans le genre de celui quon emploie pour
renforcer les sons du phonographe; mais dans la pratique lemploi
du tuyau acoustique nous paraît préférable.
Avec le cornet dont nous venons de parler on peut encore exécuter
une expérience curieuse quon fait dailleurs avec
tous les bons microphones (à piles) ; on parle devant le
transmetteur en se tenant à un mètre ou deux de linstrument,
et la parole est clairement reproduite par le récepteur écouté
de près.
A. NIAUDET. |
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1883 Vu dans "La Nature" de 1883 NECROLOGIE
Alfred Niaudet. La science et lindustrie
viennent de faire, en la personne de M, Alfred Niaudet, la perte dun
de leurs plus dévoués et de leurs plus éminents
serviteurs. Membre de la Société française de physique
depuis sa fondation, coopérateur depuis de longues années
à la maison Bréguet, dont il avait concouru à maintenir
les bonnes traditions scientifiques, administrateur de la Société
générale des Téléphones, de la Compagnie
électrique, de la Société l'Éclairage électrique,
président de la Compagnie internationale des Téléphones,
M. Niaudet avait, plus que personne, contribué à développer
en France les industries qui se rattachent à lélectricité.
En même temps il trouvait le moyen de collaborer aux publications
scientifiques, de faire paraître différents mémoires
sur les machines dynamo-électriques, sur la téléphonie
et la télégraphie, et deux ouvrages qui font autorité,
sur les piles électriques et sur les moteurs dynamo-électriques.
En 1870, il organisait le service télégraphique
de larmée du Rhin ; enfermé dans Metz, il créait
un système de communications aériennes pour tromper le
blocus ÿ ensuite il séchappait sous un vêtement
civil pour rejoindre les armées de la Défense nationale.
M. Alfred Niaudet, avant la longue maladie qui la enlevé
à la science, était un de nos meilleurs et de nos plus
zélés collaborateurs ; nos lecteurs apprécieront,
comme nous, la déplorable perte de ce savant et de cet homme
de bien.
1883 La Lumière éléctrique
FAITS DIVERS
Après la mort de M. Alfred Niaudet, tout récemment
emporté après une longue maladie, nous apprenons celle
de M. L. Breguet, membre de lAcadémie des sciences et du
Bureau des longitudes. Jeudi dernier, il assistait encore au banquet
des membres de lInstitut, et rien ne faisait présumer une
mort aussi rapide. M. Breguet, petit-fils du célèbre mécanicien
dont le nom est resté une des gloires de lhorlogerie de
précision, est un des premiers qui se sont occupés des
applications électriques en France; cest lui qui a organisé
les premières lignes télégraphiques en ce pays,
et qui a construit les premiers appareils télégraphiques
qui ont fonctionné sur nos lignes. Son télégraphe
à cadran est connu de tout le monde, et il en combina dautres
de divers modèles, qui lui furent demandés à diverses
époques par ladministration des lignes télégraphiques.
Pendant longtemps, il fut le seul constructeur qui construisait les
appareils électromagnétiques de précision, et on
lui doit une foule de modèles de chronographes, dhorloges
et denregistreurs électriques. La maison Breguet créa
la plupart des habiles constructeurs qui exploitent aujourdhui
à Paris ce genre dindustrie. Il avait dailleurs fait,
dès 1837, avec M. Masson, des expériences sur les bobines
dinduction électriques, qui conduisirent à la bobine
de Ruhmkorff. Appelé à construire beaucoup dappareils
employés pour la détermination des différences
de longitudes et lastronomie, il fut nommé membre du Bureau
des longitudes, et, en 1873, il fut proclamé membre de lInstitut
en remplacement de M. Passy. Après avoir survécu à
son fils, Antoine Breguet, électricien distingué, qui
avait pris une grande part dans lorganisation de lExposition
de 1881, et à son neveu, M. Niaudet, le praticien bien connu,
il sest trouvé frappé, à son tour, par une
embolie, dans sa 78e année ; il a été enlevé
subitement à la science et à ses amis, dans la plénitude
de ses facultés et sans quaucune infirmité pût
faire présager une fin aussi prompte.
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