Le photophone
de Bell.
La Radiophonie.
Sous le nom de radiophonie on comprend la transmission et la reproduction
des ondes sonores par voie téléphonique, au moyen des
rayons lumineux. Cette action est basée sur les changements
de capacité et de conductibilité électrique quéprouve
le sélénium selon lintensité de la lumière
à laquelle il est exposé.
Cest le 27 août 1880 que le professeur Graliam Bel. présenta
à Boston à l'American Association for the Advancement
of Science, un rapport sur les résultats des expériences
faites par lui et son ami Summer Fainter sur lemploi du sélénium
dans la téléphonie. Ce rapport peut se résumer
ainsi :
On sait depuis longtemps, que du sélénium fondu et vivement
refroidi est non conducteur de lélectricité, et
prend une couleur vitreuse dun brun foncé. Mais si lon
refroidit lentement le sélénium après lavoir
fondu, il prend une apparence métallique mate, couleur de plomb,
et une structure cristalline; il devient en outre opaque, et, à
la température ordinaire, conducteur de lélectricité.
Sa résistance au courant électrique augmente toujours
dans son passage de létat solide à létat
liquide, et exposé à la lumière du soleil, le
sélénium perd rapidement sa capacité conductrice.
Par suite des nombreuses recherches faites par divers expérimentateurs,
on a reconnu que la résistance du sélénium contre
le courant électrique varie considérablement suivant
les différences delà lumière qui le frappent,
et en particulier W. Siemens a découvert que certains séléniums,
sensibles aux influences de la lumière et de la chaleur, se
conduisent tout à fait différemment par rapport au courant
électrique, et que certaines plaques de sélénium
ne donnent souvent, sous laction de la lumière, que le
cinquième de la résistance quelles possédaient
dans lobscurité.
Au lieu de se servir comme les autres chercheurs dun galvanomètre,
Bell, dans ses expériences sur le sélénium, employa
un téléphone à laide duquel il put se rendre
compte par louïe de ces phénomènes, qui suivent
les mêmes lois que celles qui régissent linduction.
Par une série de changements rapides de lumière et dobscurité,
il se produit dans le sélénium des changements correspondants
de conductibilité électrique, et lon peut au moyen
du téléphone comparer le nombre de ces changements dans
lunité de temps au nombre des vibrations de sons musicaux
perceptibles par loreille. En outre il se présentait
un fait, particulièrement favorable et observé par Bell,
cest que, même des courants électriques assez faibles,
pour ne produire dans le téléphone, par une simple interruption
ou fermeture du circuit, aucun son susceptible dêtre entendu,
font naître, par une suite rapide dinterruptions sur le
sélénium, des sons parfaitement distincts, et que lon
peut dautant mieux entendre quils sont dun degré
plus élevé.
Bell chercha alors à téléphoner au moyen dun
faisceau de rayons lumineux parallèles. Il disposa à
cet effet un appareil, dans lequel laction de la voix produisait
dans le faisceau des rayons lumineux des changements dintensité
correspondant aux ondes produites par la voix dans lair ambiant.
Bell et Fainter eurent dabord à se préoccuper
de préparer des plaques de sélénium sensibles,
pour former ce que lon appelle la pile au sélénium
ou batterie au sélénium, afin de pouvoir utiliser la
particularité du sélénium dont nous avons parlé;
ce premier travail, en raison de la très grande résistance
que le sélénium oppose au passage du courant, nétait
pas sans difficultés.
Pour diminuer cette résistance autant quil est possible,
on ne peut employer le sélénium que sous la forme de
petites feuilles, pour ainsi dire de peaux, extrêmement minces,
car laction du téléphone réuni à
lappareil radiophonique se trouve dérangée par
des courants trop forts en tous cas, il était nécessaire
; que la résistance de la pile au sélénium, qui
atteint sa plus grande force dans lobscurité, ne dépassât
pas 300 ohms, et que sous laction dune lumière
intensive elle pût diminuer de moitié.
Les premiers essais qui furent tentés pour la solution de ce
problème, et qui consistaient à appliquer entre deux
plaques de platine ou de fer une mince pellicule de sélénium
pour faciliter le passage du courant électrique, ne donnèrent
aucun résultat, le sélénium nayant pu être
mis en contact suffisant avec les surfaces métalliques. Bell
et Fainter pensèrent enfin au laiton, lequel, bien quil
se produise du cuivre sélénié par action chimique,
constitue une matière particulièrement propice à
cet usage, précisément à cause de cette action
chimique, qui produit le contact intime dont on a besoin.
Découvrons à travers la presse de l'époque les
évolutions des travaux de Bell sur le Photophone.
sommaire
Dans la revue "L'Année scientifique
et industrielle" : ou Exposé annuel des travaux scientifiques,
des inventions et des principales applications de la science à
l'industrie et aux arts, qui ont attiré l'attention publique
en France et à l'étranger, par Louis Figuier,
on y lisait :
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M. Graham Bell a justifié avec
éclat la haute récompense que la France lui a
accordée, en 1880, en lui décernant le
prix Volta.
C'est, en effet, peu après la proclamation du prix décerné
à M. Graham Bell que le physicien américain a
fait connaître sa prodigieuse découverte du photophone.
Nous disons sa prodigieuse découverte. Il est impossible,
en effet, de concevoir une plus brillante, une plus étonnante
création que celle dont M. Graham Bell a enrichi la science
en 1880. M. Graham Bell a fait parler la lumière.
Ces mots suffisent pour faire apprécier l'immense originalité,
et en même temps la portée extraordinaire de cette
découverte.
....
Dans les expériences qui ont été faites
à Paris, à la fin du mois.d'octobre 1880, dans
les ateliers de M. Bréguet, les rayons du foyer électrique
étaient reçus sur un réflecteur parabolique,
qui les condensait tous en un même point : le foyer de
ce miroir. C'est à ce foyer que se trouvait le fragment
de sélénium à impressionner. Ce dernier
faisait, comme précédemment, partie du circuit
d'une pile et d'un téléphone ordinaire.
.... suit une brève description du système et
ci dessous l'exposé de A Bréguet .
...
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sommaire
Le dispositif permettait la transmission du son sur
un faisceau lumineux. Bell croyait que le photophone était
son invention la plus importante « la plus grande invention
que j'aie jamais faite, plus grande que le téléphone
». L'idée du photophone était donc de moduler
un faisceau lumineux : l'éclairement variable résultant
du récepteur induirait une résistance variable correspondante
dans les cellules au sélénium, qui étaient ensuite
utilisées par un téléphone pour régénérer
les sons captés au niveau du récepteur. La résistance
électrique du sélénium cristallin varie inversement
avec l'éclairage qui lui tombe dessus, c'est-à-dire
que sa résistance est plus élevée lorsqu'il est
dans l'obscurité et plus faible lorsqu'il est exposé
à la lumière.
Télécharger le brevet 235 496 du 14 dec
1880 Alexander Graham Bell; Sumner Tainter
La Nature de 1880 y consacre aussi un article sur le Photophone ...et
c'est dans le Journal Télégraphique de 1886 que la publication
de A Bréguet sera la meilleure.
1886 le "Journal
Télégraphique "
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Transmettre électriquement le son
et la parole sans autre conducteur que des rayons de lumière,
tel est le merveilleux problème dont M. le Professeur
Bell a donné récemment la solution à
l'Association américaine pour l'avancement des sciences.
Parmi les nombreux articles que cette intéressante
communication a provoqués dans les journaux spéciaux,
celui que M. Antoine Bréguet a publié dans
la Revue scientifique du 25 Septembre dernier nous paraît
donner une des descriptions les plus claires et les plus
complètes du principe et des procédés
imaginés par M. Bell. Nous le reproduisons ici avec
l'autorisation de l'auteur.
Alexander GraJiam Bell, le célèbre
inventeur du premier téléphone articulant,
a fait, il y a peu de temps, au dernier meeting de l'Association
américaine, une communication du plus haut intérêt.
Sa découverte consiste dans un instrument appelé
par lui Photophone, parce qu'il sert à transmettre
les sons par l'intermédiaire d'un rayon lumineux.
Tandis que le téléphone ordinaire nécessite
des conducteurs métalliques pour joindre entre elles
les deux stations en correspondance, le Photophone récepteur
est tout-à-fait indépendant de son transmetteur.
Il suffit qu'un faisceau de lumière puisse traverser
l'espace d'un poste à l'autre sans rencontrer aucun
obstacle opaque.
Encore verrons-nous que cette condition n'est pas rigoureusement
absolue, et que certaines natures d'écran n'empêchent
pas toujours les communications verbales de s'établir.
Le principe sur lequel est fondé
le photophone est déjà connu depuis plusieurs
années.
sommaire
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C'est à M. Willoughby Smith que
revient l'honneur de l'avoir découvert. Le 12 Février
1873, ce physicien annonçait à la Société
des ingénieurs télégraphistes de Londres
que le sélénium présente une résistance
bien plus faible au passage du courant électrique, lorsqu'il
est exposé à la lumière, que s'il se trouve
dans l'obscurité. De là à imaginer un appareil
téléphonique mettant à profit ce singulier
phénomène, il n'y avait pas loin, et, en réalité,
la pensée en vint à plusieurs personnes presque
simultanément. Nous citerons entre autres M. Adriano Paiva,
professeur à l'Académie de Porto ; M. Senlecq, d'Ardres,
etc.
Mais, avant d'examiner avec quelque détail
les projets, plus ou moins heureux, de ces divers savants, il
n'est pas sans intérêt do reprendre la question do
plus haut et de faire ici une histoire sommaire du sélénium.
C'est en 1817 que Berzélius et Gottlieb
Gahn découvrirent ce métalloïde, à Gripsholm,
en cherchant à préparer de l'acide sulfurique au
moyen des pyrites de fer. Ils constatèrent, dans l'acide
obtenu, la présence d'une substance d'un rouge tirant sur
le brun clair qui, soumise à la flamme du chalumeau, dégageait
une odeur .analogue à celle du tellure. Berzélius
crut pendant quelque temps qu'il pourrait, par ce procédé,
isoler ce dernier corps ; mais il n'y parvint pas. Il prépara
alors une plus grande quantité du nouveau produit et put
en extraire des sulfures de mercure, de cuivre, de zinc, de fer,
d'arsenic et de plomb, mais jamais aucune trace de tellure. Il
no se rebuta point et acquit enfin la conviction qu'il était
en présence d'un nouveau corps simple qui offrait avec
le tellure de grandes analogies comme propriétés
chimiques. Pour marquer cette parenté, il appela le corps
qu'il venait de préparer, sélénium le mot
tellure venant lui-même de tellus, terre.
Bien que, à beaucoup d'égards, le
sélénium et le tellure aient souvent le même
rôle, chimiquement parlant, ces deux métalloïdes
offrent une grande dissemblance si l'on examine leurs propriétés
électriques. Le tellure est un excellent conducteur de
l'électricité ; le sélénium est, comme
Berzélius l'avait montré, une substance isolante.
Knox remarque pourtant, en 1837,
que le sélénium devient conducteur lorsqu'il est
fondu à l'aide de la chaleur. Hittorff, en 1852,
montre que, même à des températures ordinaires,
son pouvoir conducteur devient appréciable s'il se trouve
sous une de ses formes allotropiques. Quand il est brusquement
refroidi à partir de son point de fusion, il est isolant;
alors la forme qu'il affecte est la forme vitrée, amorphe
; sa couleur est brun foncé, noire à la lumière
réfléchie, et sa surface est extrêmement brillante.
En lames minces, il est transparent et parait, à la lumière
transmise, d'un magnifique rouge de rubis.
Lorsque le sélénium est refroidi,
au contraire, avec ménagement, ses caractères physiques
sont tout autres. Sa couleur rappelle colle du plomb, sa structure
est cristalline et ressemble à celle d'un métal.
C'est sous cette forme que Hittorff l'a trouvé conducteur
de l'électricité aux températures ordinaires.
Il trouva aussi que sa résistance électrique subissait
une décroissance continue lorsqu'on le chauffait jusqu'à
la fusion, et que cette résistance s'accroissait brusquement
au passage de l'état solide à l'état liquide.
On savait déjà que le sélénium, exposé
aux rayons du soleil, passe de l'une de ses formes allotropiques
à l'autre, et cette observation présente
quelque importance pour ce qui nous reste à dire.
Le sélénium était déjà connu
depuis soixante ans environ ot n'avait pu trouver à s'utiliser
à aucun titre dans les arts. C'était une simple
curiosité chimique. On le préparait en crayons cylindriques,
la plupart du temps à l'état amorphe, c'est-à-dire
la forme sous laquelle il ost isolant.
M. Willoughby Smith crut que, en raison de sa grande résistance,
cette substance pourrait lui rendre service dans un mode d'épreuve
des câbles sous-marins qu'il avait imaginé. Ses expériences
lui montrèrent qu'en effet cette résistance était
considérable. Quelques crayons de sélénium
accusaient une résistance do 1400 megomis. C'était
l'équivalent d'une ligne télégraphique de
fil de fer de 4 millimètres de diamètre qui unirait
la terre au soleil ! Mais il fut reconnu que cette résistance
était singulièrement variable, et. on voulut trouver
la cause de cette bizarrerie. Ce fut alors que M May, préparateur
¦de M- Willoughby Smith, découvrit que le sélénium
était plus conducteur à la lumière que dans
l'obscurité.
Afin de s'assurer que c'était bien un effet
de la. lumière et que la température ne jouait aucun
rôle dans ce phénomène, le sélénium
fut entouré d'eau et les rayons lumineux ne l'at'teignaient
qu'après avoir traversé plusieurs centimètres
de liquide. Même dans ces conditions, la simple approche
d'une bougie allumée produisait une déviation relativement
considérable de l'aiguille d'iin galvanomètre dont
le circuit Comprenait une pile et la barre de sélénium.
La lumière du magnésium eii combustion réduisait
la résistance totale à la moitié de sa valeur.
.
Au premier abord, ces résultats si inattendus
rencontrèrent dans le monde savant, sinon de l'incrédulité,
au moins quelque peu de scepticisme. Mais ils ne tardèrent
pas à être confirmés par les travaux du lieutenant
Sale, de Draper, de Môss et de plusieurs autres physiciens.
sommaire
M. Sale soumit le sélénium
aux différentes radiations spectrales et observa que l'effet
maximum se produisait au maximum de température. Mais M.
Adams du King's Collège reconnut au contraire que
le maximum a lieu en pleine lumière, c'est-à-dire
en pleine radiation jaune verdâtre.
Lord Eosse, voulant élucider la question,
plaça une barre de sélénium et une pile thermo-électrique
dans des conditions identiques, afin de voir si la chaleur les
influencerait de la même manière. Il les soumit à
l'action de la chaleur obscure émanant de corps échauffés
; il interposa, entre ia source lumineuse et le sélénium,
une cuve d'alun qui devait arrêter au passage les rayons
calorifiques. Dans le premier cas, le galvanomètre montrait
que la pile seule était influencée; dans le second
cas, c'était au contraire le sélénium. La
question était tranchée. M. Adams constata, en outre,
que la lumière froide de la lune impressionnait le sélénium,
et M. Wemer Siemens découvrit même que certaines
espèces particulières subissaient quelquefois des
effets opposés de la part de la lumière et de la
chaleur. Le même électricien put préparer
un échantillon de sélénium dont la résistance
variait de 15 à 1 lorsqu'il le faisait passer de l'obscurité
à une vive lumière.
M. Werner Siemens eut l'idée de
profiter de cette propriété pour réaliser
un photomètre d'un nouveau genre et d'une trèsgrande
sensibilité.
Le jeu en est aisé à comprendre. Un courant constant
traversait, d'une manière continue, à la fois une
tige de sélénium et un galvanomètre. Lorsque
la lumière tombait sur le sélénium, sa résistance
diminuait et, par suite, l'intensité du courant augmentait.
L'aiguille du galvanomètre était alors déviée,
et l'on conçoit qu'il soit possible de graduer empiriquement
un tel instrument afin de savoir qu'une déviation de tant
de degrés représente une lumière de tant
de becs Carcel. M. Siemens construisit encore un oeil artificiel
dont les paupières s'abaissaient à la lumière
et s'ouvraient dans l'obscurité et dont on peut trouver
la description dans la Revue scientifique du 2 Septembre 1876.
sommaire
Les applications Commençaient.
De plusieurs côtes, on Imaginait à la fois des dispositions
qui n'étaient, il faut l'avouer, que rarement mises à
exécution, pour résoudre un autre problème
des plus attrayants. Il s'agissait de faire pour la vue ce que
le téléphone avait fait pour le son. Il fallait
trouver le moyen de voir électriquement de Paris ce qui
se passe au même moment aux antipodes !
Les gens confiants dans l'électricité et
il n'en manque pas, se mirent à la besogne et se
torturèrent l'esprit pour arrivera découvrir la
solution si désirée:
Il serait certainement malaisé de démontrer qu'un
tel problème est insoluble, et, à vrai dire, il
n'est pas probable qu'il le soit. Mais il est difficile, à
n'en pas douter, et les solutions ne furent pas trouvées.
Ces recherches donnèrent lieu pourtant à d'ingénieuses
idées, qui méritent d'être mentionnées.
M. Adriano de Paiva fut le premier peut-être à
songer à une application de cette nature. Un journal américain
avait annoncé l'apparition d'un certain Télectroscope
fondé, comme le téléphone, sur la transmission
électrique.
II se compose, dit l'article eu question, de deux chambres, placées
l'une au point de départ, l'autre au point d'arrivée.
Ces chambres sont reliées entre elles par. des fils métalliques
convenablement (!) combinés. La paroi antérieure
et interne de la chambre de départ est hérissée
de fils imperceptibles dont l'extrémité apparente
forme, parleur réunion, une surface plane. Si l'on place
devant cotte surface un objet quelconque, et si les vibrations
lumineuses, répondant aux détails des formes et
des couleurs de cet objet, sont saisies par chacun des fils conducteurs
et transmises à un courant électrique, elles se
reproduisent identiquement à l'extrémité
de ces fils.
Cette note, évidemment, ne signifiait pas
grand'chose, sinon que le germe d'une idée nouvelle était
dans l'air. Il est aisé de décrire des appareils
en parlant de conducteurs convenablement combinés, et notre
conviction est que cette soi-disant invention n'a jamais reçu
le moindre commencement d'exécution. Néanmoins M.
A. de Paiva, y mettant du sien, la rendit un peu moins irréalisable
en lui donnant un point d'appui scientifique, tiré justement
des propriétés du sélénium. Une plaque
de sélénium formait la plaque sensible. .
Ce corps ( La Télescopie électrique basée
sur l'emploi du sélénium) par A. de Paiva ),
dit l'autenr, jouit d'une propriété récemment
découverte. Interposé dans le circuit d'un galvanomètre
et d'une pile, il fait dévier l'aiguille d'une manière
notable, toutes les fois qu'un faisceau lumineux vient tomber
sur lui. Ces déviations sont d'ailleurs différentes
sous l'influence des diverses radiations du spectre, comme le
montrent les nombres suivants Couleurs. Déviations
:
Ultra-violet 139
Violet 148
Bleu 158
Jaune 178
Bouge 188
Ultra-rouge 180
Evidemment, l'appareil de M. de Paiva présentait d'immenses
difficultés d'exécution, peut-être insurmontables
dans l'état actuel de la science ; mais enfin l'idée
première pouvait se défendre.
M. Senlecq, d'Ardres, avait songé à
un Télectroscope moins ambitieux, puisqu'il n'aurait
transmis au loin que des dessins exécutés à
la main, en quelque sorte, et non, directement, des panoramas
naturels. Mais, par contre, l'invention semblera plus réalisable.
On va en juger.
Cet appareil serait basé sur cette propriété
quo posséderait le sélénium d'offrir une
résistance électrique variable et très-sensible
selon les différentes gradations de lumière.
L'appareil consisterait dans une chambre noire ordinaire contenant
au foyer une glace dépolie et un système de transmission
de télégraphe autographique quelconque. La pointe
traçante du transmetteur destinée à parcourir
la surface de la glace dépolie serait formée d'un
morceau de sélénium maintenu par doux ressorts faisant
pince, communiquant l'un avec la pile, l'antre avec la ligne.
La pointe do sélénium fermerait le circuit. En glissant
sur les surfaces plus ou moins éclairées de la glace
dépolie, cette pointe communiquerait, à des degrés
différents et avec une grande sensibilité, les vibrations
de la lumière.
Le récepteur aurait également une pointe traçante
en plombagine ou en crayon très-tendre, reliée à
une plaque trèsmince de fer doux maintenue à peu
près comme dans les téléphones Bell, et vibrant
devant un électro-aimant gouverné par le courant
irrégulier émis dans la ligne. Ce crayon, appuyant
sur une feuille de papier disposéo do manière à
recevoir l'impression de l'image produite dans la chambre noire,
traduirait les vibrations de la plaque métallique par une
pression plus ou moins accentuée sur cette feuille de papier.
La pointe traçante en sélénium parcourrait-elle
une surface éclairée, le courant augmenterait d'intensité,
l'électroaimant du récepteur attirerait à
lui avec plus de force la plaque vibrante, et le crayon exercerait
moins de pression sur le papier. Le trait, alors formé,
serait peu ou point apparent. Le contraire se produirait si la
surface était obscure, car la résistance du courant
augmentant, l'attraction de l'aimant diminuerait le crayon, pressant
davantage le papier, y laisserait un trait plus noir.
Cette description ne laisse-t-elle pas, en effet, peu de chose
à désirer au point de vue scientifique ?
Ce télectroscope ne paraît pas aujourd'hui plus prodigieux
que ne paraissait le téléphone de Bell, lorsqu'il
ne nous était encore connu que par les premières
descriptions.
Il n'a pas tenu cependant les promesses que son inventeur en attendait.
Le silence s'est fait sur lui, et ni M. Senlecq, ni d'autres personnes
qui avaient eu des idées analogues à la sienne n'ont
mis le public à même d'expérimenter un instrument
achevéa).
sommaire
Nous arrivons maintenant au photophone de Graham
Bell.
Si le sélénium y est toujours mis à contribution
comme dans les appareils précédents, le but est
pourtant loin d'être le même. Bell n'a eu qu'un objectif:
construire un téléphone qui n'eût pas besoin
de conducteurs.
Le problème a déjà de quoi tenter,
et il parait qu'il est, dès à présent, résolu
d'une manière tout-à-fait satisfaisante.
Tous les savants qui avaient étudié
le sélénium, MM. Willoughby Smith, Sale, Draper,
Moss, Adams, Kosse, Day, Sabine, Siemens, s'étaient tous
servis du galvanomètre. Bell pensa à lui substituer
son téléphone.
Mais, ainsi qu'on le sait, ce téléphone ne peut
accuser que des variations de courant et non pas l'existence de
courants continus si puissants qu'ils soient. C'est seulement
lorsque le courant devient plus fort ou plus faible, que la membrane
de fer s'abaisse ou se relève et rond un son.
Si donc on veut constater la présence d'un courant dans
un circuit téléphonique, il faut interrompre ce
courant un grand nombre de fois pondant un temps très-court,
de manière à produire uno suite de courants intermittents.
Au lieu d'interruptions, do simples modifications dans l'intensité
du courant impressionnent aussi le récepteur, quoiqu'à
un moindre degré. Ajoutons que des courants, trop faibles
pour être révélés par le téléphone
lorsque le circuit est coupé et rétabli une seule
fois, deviennent perceptibles lorsque les ouvertures du circuit
se répètent fréquemment à court intervalle.
Afin de rendre sensibles les propriétés
du sélénium à l'aide de son appareil, Bell
disposa son expérience comme il suit: un crayon de sélénium
fut traversé par le courant continu d'une pile et placé
dans le circuit d'un téléphone articulant.
On faisait tomber sur le sélénium un rayon de lumière
éclipsé un grand nombre de fois dans l'espace d'une
seconde, autrement dit une série d'émissions lumineuses
successives et très-rapprochées. Chacune de ces
émissions causait une variation dans la résistance
du sélénium, et par suite, dans l'intensité
du couant dont le circuit était le siège. Le téléphone
qui se trouvait placé dans ce circuit subissait donc des
alternatives d'aimantation correspondantes.
S'il se produit de la sorte 435 éclairs,
435 variations de courant s'ensuivront et la plaque du téléphone
récepteur exécutera 435 vibrations, c'est-à-dire
la note LA du diapason normal. Cette disposition pourra donc servir
à transmettre les sons musicaux. Il reste à savoir
si le timbre de ces sons peut aussi se transmettre ou, ce qui
revient an mémo, si la voix humaine peut être ainsi
perçue avec toutes ses finesses.

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Pour y parvenir, Bell dispose deux petites lames
voisines et parallèles L, L' percées de fentes étroites
F F absolument en regard l'une de l'autre, de manière qu'un
faisceau lumineux puisse les traverser librement.
L'une de ces lames L est solidaire d'un support fixe, tandis que
l'autre dépend d'une membrane téléphonique
mince M à laquelle elle est perpendiculaire.
Lorsqu'on parle contre une membrane, celle-ci vibre et entraîne
la lame dans tous ses mouvements. Mais alors les doux fentes cessent
d'être en regard et le faisceau lumineux se trouve éclipsé
à certains instants, en entier ou en partie.
En somme, ce faisceau subit constamment, dans son intensité,
des variations qui correspondent rigoureusement aux diverses amplitudes
des vibrations de la membrane. C'est ce que Bell appelle un rayon
de lumière ondulatoire. Voilà pour la station transinettrice.
A l'autre station, séparée do la
première par une distance quelconque, on a disposé
l'appareil récepteur qui se compose du sélénium,
de la pile et du téléphone articulant. Le rayon
ondulatoire dirigé sur le sélénium l'impressionne
à chaque instant en raison de son intensité. Il
s'ensuit des variations ondulatoires de la résistance du
métalloïde et des vibrations correspondantes dans
le téléphone.
En un mot, on entend par ce téléphone les paroles
prononcées vis-à-vis de la membrane de la première
station.
Début mars 1880 M. Bell cite une
expérience faite à la distance de 213 mètres.
Son aide M. Tainter se trouvait dans les combles de la
maison d'école de Franklin, à Washington,
et le système récepteur était place à
la fenêtre de son laboratoire, 1325 L street. Il raconte
avoir entendu distkictemement les paroles suivantes, en plaçant
le téléphone à son oreille:
« Mr. Bell, if you hear what I say, corne to the window
and wave your liât. »
(Monsieur Bell, si vous entendez ce que je vous dis, venez à
la fenêtre et agitez votre chapeau.)
En présence d'une relation aussi précise,
il n'y a plus qu'à s'incliner et croire, tout miraculeux
que puisse paraître le photophone.
Mais pour en arriver là, Bell a rencontré un certain
nombre de difficultés dont il a dû commencer par
triompher.
Lorsqu'il entreprit l'ordre de recherches qui
vient de le conduire à un si magnifique résultat,
il reconnut que le sélénium possédait une
résistance do beaucoup supérieure à celle
de ses téléphones, ce qui constituait un premier
obstacle à une bonne réussite. Il dut s'occuper
de réduire cotte résistance et de construire des
téléphones en rapport avec les conditions nouvelles
qui s'imposaient à lui.
Cette grande résistance provenait, paraît-il, de
deux causes distinctes : on premier lieu, de la forme physique
du sélénium, et, en second lieu, do la nature du
métal en contact direct avec lui.
Bell réussit à modifier quelque peu la forme cristalline
et put ainsi réduire la résistance d'un même
échantillon do 250 000 ohms à 300 ohms (dans l'obscurité).
Au jour, la résistance baissait encore à 155 ohms.
Ces premiers progrès lo mirent à même d'annoncer
à l'Institution royale do la Grande Bretagne, dans la séance
du 17 Mai 1878, qu'il était possible d'entendre l'ombre
et la lumière au moyen du sélénium !

sommaire
C'était en général de platine
qu'on se servait pour prendre contact sur le sélénium
afin de compléter le circuit. Bell reconnut qu'il est impossible
d'obtenir un bon contact dans ces conditions et il a augmenté
la conductibilité de ces points d'attache en se servant
de laiton. Il suppose qu'il s'exerce entre le sélénium
et le laiton une action chimique favorable à l'intimité
de leur contact. Il compare le sélénium fondu à
l'eau qui ne touche réellement bien que les substances
qu'elle mouille et non les substances grasses.
La préparation qui permet d'obtenir le sélénium
à l'état de conductibilité convenable consiste
à le soumettre à la chaleur d'un four à gaz.
On observe l'aspect de sa surface et il arrive un moment où
celle-ci se ternit comme par une buée et qu'elle prend
une apparence métallique et cristalline. Alors on retire
le sélénium du four et on le laisse se refroidir
au dehors. L'opération dure quelques minutes on tout, et
il n'est pas besoin, en réalité, d'opérer
le refroidissement avec lenteur, comme l'avaient recommandé
les précédents expérimentateurs.
Vu au microscope, le sélénium obtenu de cette manière
offre l'aspect de « flaques de neige grisâtres sur
un sol de rubis».
Si l'action de la chaleur avait été prolongée,
le microscope aurait montré comme une foule do cristaux
pris en masse, analogues aux basaltes.
Préparé ainsi, le sélénium
présente la conductibilité désirable. Mais
il est une autre condition non moins importante qu'il est nécessaire
de réaliser. Le sélénium ne doit pas seulement
être bon conducteur, il doit encore être sensible
aux influences les plus rapides, les plus courtes de la lumière
; car, s'il exigeait un temps appréciable, mesurable pour
mieux dire, pour modifier sa résistance sous l'action d'un
rayon lumineux, il aérait impuissant à traduire
toutes les nuances incessamment variables de ce dernier, et le
timbre au moins, si ce n'est la note elle-même, ne pourrait
en aucune façon se transmettre. L'impression lumineuse
est, sans nul doute, superficielle. Il faut donc tailler le sélénium
suivant des formes qui présentent une surface immense eu
égard à leur masse. C'est ce à quoi M. W.
Siemens avait déjà songé lorsqu'il préparait
pour ses expériences le sélénium en forme
de spirale plane trèsmince et très-resserrée.
Plus de cinquante appareils de genres différents ont été
expérimentés par Bell, à seule fin de produire
des variations d'intensité dans un faisceau lumineux. Nous
en passerons quelques-uns on revue.
Tout d'abord, on doit remarquer que la source
de lumière peut être directement influencée
de manière à augmenter on diminuer son intensité.
C'est ce qu'on pourrait faire, par exemple, en agissant sur le
robinet d'un conduit de gaz. On pourrait aussi agir sur un rayon
lumineux d'intensité constante à l'aide d'un écran
qui masquerait ou démasquerait la lumière en un
point quelconque do son parcours.
C'est ce dernier procédé qui a paru le plus commode.
Mais il donne lieu lui-même à de nombroux dispositifs
très-différents les uns des autres.
La lumière pourrait encore être polarisée,
et, dans ce cas, on la modifierait par des influences magnétiques
ou électriques à la façon de Faraday.
Une autro méthode consisterait à faire passer la
lumière à travers une lentille à foyer variable
comme colle du docteur Cusco.
Mais la meilleure disposition, parmi toutes celles qui ont été
essayées, consiste à faire réfléchir
le faisceau lumineux sur un miroir plan et flexible tel qu'une
feuille de mica argenté ou de verre mince. On parle alors
contre ce miroir et ce sont ses propres vibrations qui modifient
constamment la direction du rayon réfléchi.
Quant à la source de lumière, on s'est servi du
soleil dont les rayons, concentrés à l'aide d'une
lentille sur le miroir, étaient rendus parallèles
par une autre lentille aussitôt après leur réflexion.
Mais les transmissions se produisent également lorsqu'on
emploie un foyer électrique et même une lampe à
gaz ou à pétrole.
A l'arrivée, les rayons étaient reçus dans
un réflecteur parabolique qui les obligeait tous à
concourir au même point, son foyer, où se trouvait
placé le fragment de sélénium à impressionner.
Comme précédemment, ce dernier faisait partie du
circuit d'une pile et d'un téléphone ordinaire.
Bell a cherché à déterminer la nature des
radiations en jeu dans ces phénomènes si remarquables
II a, à cet effet, disposé ses expériences
d'une manière un peu différente de celle que nous
venons do décrire.
Les éclipses successives de lumière
étaient produites à l'aide d'un disque ordinaire
do phénakisticope, c'est-à-dire d'un disque percé
de fenêtres sur tout son pourtour et animé d'un mouvement
rapido de rotation. Les sons obtenus ainsi dans lo téléphone
récepteur avaient une intensité relativement considérable.
Si la vitesse de rotation était assez grande et uniformo,
on entendait une certaine note, toujours la mémo ; si la
vitesse augmentait, le son s'élevait, et si la vitesse
diminuait, le son s'abaissait. En plaçant la main sur lo
trajet de la lumière, aucun bruit n'était plus perçu.
Si la main obturait le faisceau lumineux à des intervalles
déterminés correspondant à une et deux secondes,
par exemple, on entendait des bruits brefs ou prolongés
comme ceux qui dans les parleurs télégraphiques
correspondent aux signaux de l'alphabet Morse.
Voilà, en passant, une ingénieuse application
du photophone à la télégraphie ordinaire.
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Les choses ainsi disposées, diverses substances
absorbantes furent placées sur le trajet du pinceau lumineux.
On reconnut de cotte façon qu'une solution d'alun ou de
sulfure de carbone n'affaiblit que dans une faible mesure l'intensité
des sons, tandis que du sulfure de carbone contenant de l'iode
en dissolution les arrête d'une manière presque absolue.
Les écrans opaques semblent devoir arrêter également
toute espèce de transmission ; cependant M. Bell affirme
qu'une feuille mince de caoutchouc placée entre la source
de lumière et le disque tournant n'empêche pas complètement
le phénomène sonore de se produire, bien que l'on
paraisse agir sur un faisceau obscur.
Il serait prématuré, sans de nouvelles et nombreuses
expériences, de se prononcer sur la nature de ces radiations
efficaces, quoique obscures ; mais il est difficile de mettre
en doute leur influence, puisque le photophone a fonctionné
malgré un écran composé de deux feuilles
de caoutchouc séparées l'une de l'autre par une
cuve d'alun en dissolution saturée.
Nous n'en avons pas fini avec les faits surprenants
que nous révèle M. Bell.
Si l'on fait tomber sur une feuille de caoutchouc lé rayon
de lumière rendu vibratoire, pour ainsi dire, par le disque
perforé, cette feuille de caoutchouc rend un son, comme
il est facile de s'en assurer on en approchant l'oreille.
Le sélénium taillé eii lame mince jouit encore
de la même propriété et non seulement
le sélénium mais encore l'or, l'argent, le
platine, le fer, l'acier, le laiton, le cuivre, le zinc, le plomb,
l'antimoine, le maillechort, les alliages de Jenlrin et de Bàbbitt,
l'ivoire, le celluloïde, la gùtta-percha, le papier,
le parchemin, le bois, le mica et le verre argenté ! !
Les seules substances absolument réfractaires ont été
le charbon et le verre mince, et pourtant. M. Bell pense qu'il
est là en présence d'une propriété
nouvelle et générale des corps. Il pense que toute
espèce de substance est capable de rendre un son sous l'action
d'une lumière scintillante. Il affirme avoir entendu des
sons suffisamment nets à travers des tubes de caoutchouc,
de laiton et de bois qui, d'abord éclairés par la
lumière du soleil, étaient tout à coup plongés
dans l'obscurité.
Vraiment, si l'on n'avait pas affaire à
Bell, à l'inventeur de ce téléphone auquel
personne ne croyait avant son apparition, on serait en droit de
refuser toute créance à la communication qu'il vient
de faire au congrès de Boston.
Le photophone prouve une fois de plus que toute
cause capable de modifier les propriétés électriques
des corps peut servir à réaliser un téléphone
articulant.
Ces modifications peuvent viser la force électromotrico,
alors aucune pile, aucune énergie extérieure
ne sera mise à contribution ; c'est le cas du téléphone
de Bell et le cas du téléphone à mercure.
Elles peuvent viser la capacité des corps, et, dans ce
cas, aucune dépense d'énergie extérieure
ne serait nécessaire. Il n'existe pas d'ailleurs de téléphone
fondé sur les variations de capacité, bien que des
essais aient été tentés dans ce sens par
plusieurs physiciens.
Elles peuvent encore viser la résistance des corps,
alors il est indispensable d'introduire un courant électrique,
c'est-àdire une énergie extérieure dans le
système ; c'est le cas du microphone, du téléphone
d'Edison, et c'est le cas aussi du photophone sujet de cette étude.
Mais si ces divers procédés rendent
possible la transmission ou la reproduction de la voix humaine,
c'est aussi grâce à la délicatesse prodigieuse
de notre ouïe. Aucune méthode connue d'amplification
n'a été capable de révéler physiquement
les déplacements vibratoires d'une membrane téléphonique
réceptrice, lorsque celle-ci servait à recueillir,
non une note musicale, mais la parole. Et cependant ces déplacements
existent. Cela prouve donc uniquement qu'ils sont d'une amplitude
extraordinairement petite. C'est justement là le secret
de la possibilité des téléphones. Pour des
variations si faibles, d'un jeu si peu étendu, l'élasticité
des lames métalliques, la pression de deux substances déjà
eii contact, la résistance électrique d'un conducteur,
la sensibilité à la lumière, etc., peuvent
être considérées, comme rigoureusement proportionnelles
aux causes qui les forcent à se modifier. En d'autres ternies,
les effets sont dans la plus complète dépendance
des causes.
Cela explique aussi pourquoi il est si difficile
d'augmenter la puissance des téléphones au delà
d'une certaine limite. Passé une certaine amplitude, la
dépendance en question n'existe plus, les appareils fonctionnent
mal.
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Quelles pourront être les applications
pratiques du photophone ?
Il est toujours dangereux de risquer des prophéties,
qu'elles soient optimistes ou pessimistes. Nous croyons pourtant
que le photophone ne détrônera pas le téléphone.
Sans doute il est éminemment commode de pouvoir transmettre
dos messages sans l'intermédiaire de conducteurs coûteux,
embarrassants et sujets à des accidents. Mais ces conducteurs
peuvent suivre des chemins détournés, tandis qu'un
rayon lumineux devra toujours être rectiligne. Il sera nécessaire,
pour correspondre par le photophone, de disposer les deux stations
de manière qu'aucun obstacle opaque, aucun mur, aucune
maison, aucune montagne ne les sépare, ne coupe la ligne
droite qui les réunit. On pourrait certainement se servir
de réflecteurs, de miroirs métalliques ou autres,
pour dévier le rayon, si cela est absolument indispensable
; mais ces réflexions absorberaient une notable part du
faisceau incident, et, lui enlevant la puissance, elles en réduiraient
la portée.
Et cependant serait-il absurde d'espérer
qu'on puisse arriver un jour à établir de véritables
relais photophoniques ? Non certainement au point de vue théorique.
Qui pourrait empêcher lo rayon lumineux d'impressionner
un récepteur de sélénium dont la membrane
agirait à son tour sur un rayon appartenant à une
nouvelle source locale de lumière, et ainsi de suite?
Nous ne voyons pas à priori d'objection scientifique au
fonctionnement de ces relais successifs, et leur réalisation,
si elle est jamais possible, permettra alors de mettre en correspondance
deux points quelconques sans les astreindre à se voir l'un
l'autre, suivant une ligne rigoureusement droite.
Mais les expériences manquent à cet égard.
Bell n'en parle pas, et c'est une simple espérance, un
peu téméraire, que nous nous risquons à formuler.
En dehors des applications publiques ou privées,
il resterait encore bien des cas où cet appareil serait
capable de rendre de réels services. Nos lecteurs se rappelleront
sans doute les travaux géodésiques accomplis par
le colonel Perrier et le général Ibanez, pour relier,
par des triangulations directes, l'Espagne à l'Algérie.
Les feux électriques de la Sierra-Nevada et des montagnes
africaines étaient réciproquement visibles pour
ces deux stations. Eh bien, n'aurait-on pas pu utiliser ces mêmes
feux pour se parler d'Espagne en Algérie au moyen du photophone
?
Le téléphone avait déjà paru faire
mentir les lois do la physique qui assignent une durée
notable à la propagation des sons.
Le photophone semble mettre en défaut un autre dogme scientifique
beaucoup plus absolu. On enseigne, en effet, que les sons ne se
propagent pas dans le vide éthéré. Mais,
puisque la lumière se transmet dans le vide aussi bien
et même mieux qu'elle ne se transmet à travers l'atmosphère,
est-il possible de dire plus longtemps que la parole ne se propage
pas dans le vide ?
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Depuis la publication de cet article, le Professeur
Bell est venu lui-même en Europe et M. Antoine Bréguet
ayant pu l'assister dans quelques-unes de ses expériences
a, sous le titre « Les appareils photophoniques de MM. Bell
et Tainter », complété et précisé
par un nouvel article inséré dans la Revue scientifique
du 9 Octobre, la description des procédés employés
par l'inventeur et par son collaborateur M. Tainter, ainsi que
le compte-rendu des résultats obtenus.
D'après la disposition la plus employée
et celle qui donne les meilleurs résultats pour la transmission
des sons et de la parole à de plus grandes distances, les
rayons parallèles provenant de la source lumineuse, le
soleil, par exemple, sont réfléchis par un miroir
et concentrés ensuite, à l'aide d'une lentille,
en un foyer placé à une petite distance du tube
téléphonique transmetteur de façon à
ce que l'irradiation des rayons partant du foyer soit recueillie
sur une feuille mince de verre ou de métal formant miroir
(d'une épaisseur d'un dixième de millimètre)
et qui obture le tube téléphonique à l'embouchure
duquel on parle. Réfléchis de nouveau par ce second
miroir, les rayons sont reçus par une seconde lentille
qui les rend parallèles et les conduit à un grand
réflecteur parabolique situé au point de réception
et au foyer duquel est placé le récepteur de sélénium.
Dans le circuit de ce récepteur sont intercalés
une pile et un téléphone.
Ceci posé, on saisira facilement la marche
de l'appareil. sous l'influence de la parole, c'est-à-dire
des vibrations de l'air du tube transmetteur, le miroir mince
qui en obture l'orifice se bombe ou se creuse, devient convexe
ou concave et, par conséquent, les rayons lumineux qu'il
reçoit s'épanouiront ou se concentreront. L'intensité
lumineuse qu'il projettera à distance sur le réflecteur
parabolique changera à chaque vibration et le récepteur
de sélénium, à son tour, subira des variations
incessantes dans sa résistance, variations correspondant
à celles de la pression de l'air dans le tube transmetteur,
ce qui revient à dire que la parole sera transmise.
M M. Bell et Tainter ont imaginé deux formes
pour le récepteur de sélénium : celle d'un
disque pressé entre deux plaques de cuivre, pour le cas
où les rayons reçus par le réflecteur parabolique
sont bien parallèles, ou, comme cette condition est difficile
à obtenir au delà de certaines distances, celle
d'un cylindre où le sélénium remplit les
cavités comprises entre des piles de disques de cuivre
et de mica. Sous l'une et l'autre forme, les dispositions sont
très-ingénieusement combinées pour satisfaire
à ces deux conditions presque contradictoires que le sélénium
offre à la lumière une surface aussi grande que
possible et cependant qu'il ne présente qu'une trèsfaible
résistance au passage du courant.
Tout en nous référant pour plus
de détails sur le dispositif des expériences et
des appareils au second article de M. Bréguet et aux figures
qu'il contient, nous lui emprunterons pour terminer quelques observations
qui ne sont pas sans intérêt sur les phénomènes
accessoires que ces expériences ont donné lieu de
constater.
Dans le cours de ses recherches, M. Bell a été
amené à découvrir, comme on passant, bien
dos faits dont on n'avait pas la plus petite notion avant lui.
Nous en avons énuméré un certain nombre dans
le premier article que nous avons consacré au photophone;
mais nous devons revenir sur quelques-uns d'entre eux, notamment
sur ceux dont M. Bell vient do nous rendre témoins.
On se rappelle que M. Bell avait vérifié
qu'une foule de substances recevant directement de la lumière
vibratoire rendaient un son, et il avait cité comme seules
exceptions le charbon et le verro mince. Aujourd'hui, ces derniers
corps essayés avec plus de soins n'ont pas été
différents des autres ; il est donc très-probable
que M. Bell a découvert là une propriété
absolument générale et dont les conséquences
peuvent être considérables au point de vue do la
constitution de la matière.
En réalité, M. Bell n'a pas réussi
à faire parler toutes ces substances, mais seulement à
les faire chanter, autrement dit, M. Bell a démontré
que c'était bien la lumière et non la chaleur qui
agissait ici, en vérifiant qu'une cuve d'alun placée
sur le trajet des rayons n'empêchait pas le phénomène
sonore de se produire, tandis qu'une dissolution d'iode supprimait
toute espèce de sons. les sons se trouvent reproduits indépendamment
de leur timbre ; mais il ne serait pas possible d'affirmer que
l'articulation ne pourra jamais s'obtenir dans ces conditions.
C'est une nouvelle voie à explorer, et nous serions bien
surpris si elle ne tenait pas lès promesses qu'elle semble
promettre aux chercheurs.
Le sélénium présentant de
grandes analogies avec le soufré et lé tellure,
il était naturel de chercher si ces deux corps jouissaient
aussi de la faculté d'être sensibles à l'action
de la lumière, et si leur résistance électrique
subissait des modifica-, fions correspondantes. Pour lé
tellure, la question fut tranchée immédiatement,
puisqu'on savait qu'il était, dans toutes les circonstances,
bon conducteur de l'électricité.
Mais le soufre est généralement
connu comme isolant. G. Knox avait bien annoncé, en 1839,
que le phosphore, le soufre et l'iode conduisent.l'électricité
lorsqu'ils sont rendus fluides à l'aide de la chaleur ;
mais Faraday avait discrédité cette affirmation
une année après, en ce qui concerne le soufre et
le phosphore, si bien que personne ne se préoccupa plus
de ce qu'avait dit Knox.
Mi Bell, dans ses patientes et longues recherches
sur la meilleure forme allotropique à donner au sélénium,
eut l'idée de reprendre l'expérience de Knox. Il
parvint à donner au soufre une forme telle qu'il le trouva,
même à l'état solide, sensible à l'influence
de la lumière. Il ne se laissa pas distraire de la vraie
direction qu'il s'était imposée'pour parvenir à
réaliser son merveilleux photophone, et il s'est réservé
de revenir plus tard à une étude approfondie du
soufre afin de voir s'il ne pourrait pas être substitué
au sélénium dans la photojriionie.
Ce même esprit de méthode qui lui
avait servi à ne pas sortir du chemin qu'il s'était
tracé, quelque résultat qui pût le le frapper
en route, a empêché aussi M. Bell de faire l'essai
de différentes lumières artificelles pour son photojmone.
A notre grand étonnement, il n'avait pas même tenté
d'y appliquer la lumière électrique avant son arrivée
à Paris.
A vrai dire, le soleil de Washington, plus brillant
que le nôtre en toute saison et surtout au mois d'Octobre,
suffisait grandement à réaliser toutes les expériences
possibles sur la sensibilité du sélénium.
Mais à Paris, le soleil faisait souvent défaut ces
derniers jours et il nous a fallu, de gré ou de force,
employer la lumière de l'arc voltaïque.
Les résultats obtenus ont été, comme on pouvait
s'y attendre, des plus satisfaisants, et nous espérons
d'ici peu, grâce à ce soleil artificiel, rendre le
monde scientifique témoin des belles expériences
du professeur Graham Bell.
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Plusieurs
pages des notes de Bell sont également incluses en format
pdf
Bell et Tainter obtiennent leur brevet sur le photophone
le 14 décembre 1880. (BELL, A.G. and TAINTER, S., Photophone
patent 235,496 granted 14 December 1880).
Ils obtiennent le même jour deux brevets sur la préparation
des cellules de sélénium. (Patents 235497 et 235590).
 
 
Schémas du photophone de Bell et Tainter (extraits de BELL,
A.G., "Production of Sound by Light", American Journal of
Science, 20, October 1880.
L'appareil de Bell et Tainter occupe aujourd'hui une
place quasi mythique dans l'histoire des technologies de communication,
pourtant riche en appareils oubliés.
En février 1995, un groupe d'étudiants de l'Université
de Virginie ont déposé une demande de brevet pour une
version améliorée du photophone de Bell et Tainter.
Mais ce sont surtout les travaux menées à partir
de 1960 sur les rayons laser, débouchant notamment sur le lancement
en 1978 du Compact Disc Audio, qui ont donné l'illustration que
l'hypothèse de Bell - transmettre le son à travers la
lumière - était loin d'être absurde.
sommaire
L'idée de la vision à distance vient elle de Bell ?
Début mars 1880, Graham Bell et son associé
Tainter déposèrent auprès du Franklin Institute
deux boîtes scellées dont on ignore le contenu.
Ce dépôt suscite les imaginations. Dès février
1880, le Boston Transcript avait publié un article
affirmant, comme Figuier deux ans plus tôt, que Bell
avait mis au point un appareil permettant de voir à distance.
Cette nouvelle, reprise par la prestigieuse revue Nature, le 15 avril
1880, était fantaisiste puisque le pli concernait le photophone,
c'est à dire un appareil permettant de transmettre le son en
recourant à la lumière, mais non un appareil de vision
à distance.
Cette rumeur aura néanmoins un impact intéressant
pour les développements de la télévision à
distance : elle va conduire à la publication, un peu précipitée,
de diverses contributions qui elles sont bien relatives à l'hypothèse
de la vision à distance recourant aux propriétés
du sélénium
L a réaction la plus prompte est celle de J.PERRY, J. et AYRTON,
W.E., « Seeing by Electricity », Nature, 21, 21 April 1880.
Dans cet article, les deux auteurs déclarent explicitement qu'ils
publient cet article afin que Bell ne soit pas le seul à tirer
avantage de ce qui est supposé être la définition
d'un système de vision par l'électricité
basé sur les propriétés du sélénium.
Le conflit de brevets entre Bell et Gray sur le téléphone
n'est probablement pas étranger à cette démarche.
Cet article suscite lui-même la réponse de J.E.H. Gordon
: "Seeing by electricity", letter, Nature, 29 April 1880,
ainsi que la publication de l'article anonyme "Seeing by Telegraph",
English Mechanic and World of Science, 31, 30 April 1880 et de celui
de H.E. Bolton, "Seeing by electricity", letter, English Mechanic
and World of Science, 14 May 1880.
Le 5 juin 1880, faisant également suite au dépôt
du pli par Bell, le Scientific American publie l'article "Seeing
by Electricity". Cet article est le premier qui mentionne les travaux
(menés depuis 1877) de Georges R. Carey et, pour la première
fois aux Etats-Unis, ceux du français Constantin Senlecq. Cet
article provoque lui-même la publication de SAWYER, W.E., "Seeing
by Electricity", Scientific American, 42, 12 June 1880.
Le 1er juillet 1880, le Comte Th. du Moncel,
autorité en France en matière d'électricité
et de télécommunication, publie son premier article sur
la vision à distance du MONCEL, Th., "Le Téléphote
et le Diaphote", La Lumière électrique, 1er juillet
1880.
L'idée de la vision à distance lui paraît devenir
une hypothèse plausible "car pour qu'un homme de l'importance
de Bell s'en soit occupé, il faut que l'idée soit sérieuse".
La simple rumeur aura donc suffit à libérer les imaginations,
au grand bénéfice du progrès de la science.
On a parfois émis l'hypothèse que l'attribution
du télectroscope par Figuier à Graham Bell provenait
également de la confusion avec les travaux de Bell sur le photophone.
Mais la spécification provisoire du photophone est datée
du 2 janvier 1879 et le résultat des travaux n'ont été
révélés qu'en septembre 1880.
Un article de L'Illustration, 25 septembre 1880 - peut-être attribuable
à Th. du Moncel - expliquant que le photophone de Bell, "comme
on l'avait dit à tort un instant n'est pas un téléphote".
Bell a conservé la coupure de cet article. (The Alexander Graham
Bell Papers at the Library of Congress).
Le malentendu est levé en septembre 1880
par une lecture que Bell fait lors d'une réunion de l'American
Association et dont le contenu est publié dans Nature : BELL,
A.G., "Selenium and the Photophone", Nature, 22, 23 Sept.
1880.
Un article plus détaillé sera publié quelques semaines
plus tard : BELL, A.G., "Production of Sound by Light", American
Journal of Science, 20, October 1880.
L'appareil que Bell propose, le photophone, permet de produire et reproduire
le son en recourant aux propriétés du sélénium
et n'a rien à voir avec la transmission des images
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L'arc parlant pour la téléphonie sans
fil (1901-1902)
Ruhmer a utilisé le sélénium
pour développer un photophone, dans le prolongement des travaux
de Graham Bell et de Mercadier.
Il a fait des démonstrations sur la rivière Havel et sur
le lac du Wansee en 1901-1902.
Le Photographophon basé sur l'usage du sélénium:
Dans un article sur l'arc parlant, paru en 1901 dans l'lektrotechnische
Zeitschrift (98 février,t. XXII, p. 196), M. E. Ruhmer signalait
limportance
pratique que pouvait avoir ce nouveau et intéressant phénomène
pour la réalisation de la téléphonie sans fil.
L'arc parlant est obtenu, comme on le sait, lorsque les oscillations
de conrants produites par la parole dans un circuit microphonique sont
superposées d'une manière convenable au courant continu
quî alimente larc. Aux variations de température
qui se prodnisent dans larc parlant
sonl liées des varialions de mème sens dans l'intensité
de la lumière émise, Si cette lumière, dont les
variations correspondent exactement aux vibrations sonores recues par
la plaque du microphone, est projetée sur un morceau de sélénium
faisant partie d'un circuit téléphonique, le téléphone
du poste récepteur reproduira exactement la parole transmise,
car le sélénium réagit et change de résistance
aux moindres variations déclairement,
La téléphonie sans fil devenait donc possible par ce moyen,
au moins en principe, Cest ce que montrèrent dès
le début les expériences du
D' Simon, à Francfort. La figure 1 donne schématiquement
les dispositifs à employer pour réaliser la transmission
de la parole.
La lumière parlante est projeté par un réfleeteur
parabolique dans la direction du récepteur, et peut ainsi franchir
des distances assez considérables
sans dispersion notable .
(Nota ) Dans ses expériences, l'auteur emploie pour concentrer
la lumière un bon projecteur Sehuekert qu'il préfère
aux projecteurs sphériques Mangin, à cause de la moindre
divergence. Le projecteur parabolique employé de 35 cm de diamètre
avait un angle de divergence de 0°,3 pour un arc de 7 ampères,
mnis cette divergence s'élevait à 3° au moiîns
pour un arc de 30 ampères.
Le réglage des charbons à la main, dans la lampe du projecteur,
doit être préféré au réglage automatique,
à cnuse d'uné action induetive défavorable exercée
par les bobines employées dans ce dernier réglage.
Fig. 1.
Schéma d'un dispositif pour téléphonie sans fil,
Le poste transmetteur comprend, ainsi quon le voit dans la figure
1, outre le projecteur, nne batterie d'accumulateurs alimentant l'arc,
le
microphone, et la bobine d'induction dont le secondaire est en série
avec larc.
(Nota ) Il ne faut pas, autant que possible, employer le courant
d'une dynamo pour alimenter l'arc; les légères variations
périodiques de courant dues au collecteur de la machine, suffisent
pour occasionner dans la flamme un bourdonnement qui se transmet au
téléphone de la station réceptrice, et dans certains
cas peut reudre difficiles les communications.
- À la station réceptrice est un miroir parabolique
qu'on peut orienter facilement dans toutes les directions, et dans laxe
optique duquel est placé un élément cylindrique
de sélénium .
(Nota ) Les morceaux de sélénium employés ont tous
la forme cylindrique pour que, placés suivant l'axe optique du
miroir parabolique, ils reçoivent uniformément sur leur
pourtour la lumière projetée par le transmelteur.
Aussi M. Ruhmer a-t-il cherché, et réussi d'ailleurs,
à préparer d'une facon particulière (!) Les expériences
réussissent également bien pendant le jour, à condition
naturellement de ne pas exposer directement aux rayons solaires le miroir
réflecteur du poste récépleur; dans le cas où
le miroir doit être dirigé du côté du soleil,
un simple écran suffit à détourner du miroir les
rayons solaires directs,
Ce séléniam est monté en série avec
une batterie de piles ou d'accumulateurs et deux téléphones,
La parole est donce transportée entre les deux
slations sous forme d'ondulations lumineuses, et les vibrations sonores
sont rendues de nouveau dans le cireuit téléphonique du
poste récepteur, grâce aux propriétés particulières
du sélénium, dont la résistance varie avec l'éclairement
auquel il est soumis,
Il résulte de ce qui précéde que la bonne transmission
de la parole par ce procédé dépendra de nombreux
facteurs : l'amplitude des oscillations du courant microphonique, la
superposition rationnelle de ce courant au courant dalimentation
de la lampe, l'intensité de ce dernier courant, la valeur et
la bonne installation du miroir parabolique, la clarté et la
transparence de lair, la grandeur du miroir récepteur,
la sensibilité de l'élément de sélénium,
et enfin le choix judicieux de la tension de la batterie en circuit
avec le sélénium, et des résistances de téléphones.
Au premier abord il semble que les résultats doivent être
d'autant meilleurs que lintensité normale de larc
est plus grande; pour une certaine variation de l'intensité,
la variation de la couleur de l'are et par suite de la lumière
émise, est en effet d'autant plus grande que lintensité
moyenne est elle-même plus grande, Seulement, le sélénium,
et particulièrement lélément fendre, comme
il est dit plus loin, réagit d'autant plus (aiblement pour une
même variation déclairement, qu'il est dèjà
plus éclairé. De sorte qu'en augmentant l'intensité
normale, d'un côté on accentue bien les variations de lumière,
mais de l'autre on diminue la sensibilité du sélénium;
une autre circonstance empêche d'ailleurs demployer de trop
fortes intensités, cest que le cratère devenant
trop étendu cause une diverence considérable du faisceau
lumineux et quune faible partie seulement de la lumière
émise parvient au miroir collecteur de l'appareil récepteur,
L'intensité de la transmission sera la plus forte pour un certain
éclairement du sélénium qui dépend de la
courbe de sensibilité. On doit proportionner les appareils de
telle façon que les téléphones montés en
série avec l'élément réagissent le mieux
pour l'intensité du courant correspondant à cet éclairement
critique. De plus, lintensité de l'arc variera avec les
distances et augmentera en même temps que ces distances,
L'auteur a obtenu les meilleurs résullats : pour des distances
de 1 à 2 km avec des arcs de 4 à 5 ampères, pour
3 à 4 km avec des arcs de 8 à
10 ampères et pour des distances de 5 à 7 km avec des
arcs de 12 à 16 ampères.
 |
La position rigoureuse du cratère
positif au foyer du projecteur est une condition importante à
remplir, de même que la direction exacte du laisceaw qui nest
pas toujours facile à obtenir dès que la distance
devient un peu grande et que les postes ne sont pas absolument fixes
(installations sur un bateau par exemple).
Dans le jour (!) les diflicultés de pointage sont encore
beaucoup plus grandes.
Pour faciliter le pointage dans tous les cas, il est avantageux
de joindre au projecteur une lunette à réticule, les
axes des deux instruments étant rigoureusement parallèles,
La brume ou même la pluie, tout en diminuant la portée
des communications, n'empèchent pas leur netteté aux
distances modérées, Bien que les essais eussent été
faits sur le Wannsee et le Havel, et que le soir il y eût
presque toujours du brouillard à la surface de leau,
la transmission fut toujours très bonne. La qualité
de lélément de sélénium employé
a naturellement la plus grande influence sur la valeur de la transmission
téléphonique, surtout à de grandes distances.
Ce sélénium doit être sensible, non seulemement
aux rayons lumineux en général, mais spécialement
à ceux qui subissent les variations d'intensité les
plus considérables. Les recherches de lauteur l'ont
amené à trouver que ce sont les rayons à courte
longueur donde qui représentent plus particulièrement
la lumière parlante, ll est donc nécessuire de rendre
le récepteur sensible aux ondes courtes. Or on sait que la
résistance dun élément de sélénium
ordinaire décroit beaucoup plus dans la partie rouge du spectre
que dàns les autres, le violet et lultra violet sont
presque sans action. des éléments de sélénium
spécialement sensibles au contraire, aux longueurs d'onde
qui intéressent la phototéléphonie. À
côté de la haute sensibilité pour ces longueurs
d'onde, une autre qualité importe également au plus
haut point, c'est la faculté que doit posséder lélément
de changer très rapidement de résislance; son inertie
doit être très faible. Suivant le mode de préparation
du sélénium, on peut en obtenir deux espèces
qui se comportent tout dillféremment lorsqu'ils sont exposés
à la lumière, L'auteur désigne ces deux variétés
sous le nom de sélénium tendre et sélénium
dur. Les séléniums durs, soumis à de faibles
impressions lumineuses, sont presque insensibles ; leur variation
relative de résistance est beaucoup moindre que lorsquils
sont vivement éclairés c'est exactement l'inverse
qui se passe pour les séléniums tendres. Par conséquent,
il est avantageux d'employer un élément dur pendant
le jour ou à de petites distances, c'est-à-dire toutes
les fois que le récepteur est éclairé assez
vivement.
Au contraire, l'élément tendre est indiqué
pour les communications dans l'obseurité ou à grande
distance. Mais, s'il n'est pas possible de changer d'élément
suivant les ciréonstances,
l'emploi dun sélénium tendre est à préférer
dune facon générale.
Dans ces derniers temps, la sensibilité des séléniums
employés s'est acerue dans des proportions considérables.
Il y n quelques années, on était trés content,
pour les applications qu'on avaiît en vue, de trouver un sélénium
dont la résistance uu soleil était la moitié
ou le tiers de la résistance dans lobscurité.
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Avec ces éléments, la phototéléphonie
n'aurait jamais été possible à plusieurs kilomètres.
Mais on est arrivé très rapidement à préparer
des séléniums beaucoup plus sensibles. En 1901, l'auteur
employait pour ses essais un élément de la maison Clausen
et de Bronck, dont la résistance diminuait dans le rapport de
10 à 1 lorsque le sélénium passait de l'obscurité
à la lumière du soleil. M. le professeur Simon, à
Goltingue, emploie dans ces derniers temps un élément
préparé par M. Gillay, a Delft, quil tient «
pour le meilleur qui ait été construit ». La résistance
denviron 533 000 ohms
à lobscurité tombe à 26 000 ohms pour un
éclairement denviron 400 lux. M. E. Ruhmer a préparé
de son côté de nouveaux éléments à
lames minces qui possèdent en moyenne une sensibilité
égale à la précédente, quelques-uns même
une sensibilité supérieure. Ils ont, daprès
lauteur, sur les éléments Giltay, le grand avantage
de réagir très bien aux courtes longueurs donde;
cette supériorité explique que jusqu à présent
M. Simon, bien quil emploie un excellent miroir de Schuckert,
de 90 cm de diamètre, nest pas parvenu à parler
plus loin que 2,5 km, tandis que M. Rhumer, dans une expérience
faite le 25 juillet dernier, a obtenu une excellente transmission à
7 km de distance, et les appareils nétaient nullement à
la limite de leur puissance.
Daprès lauteur, les éléments employés
par lui, préparés dune façon spéciale,
peuvent être sensibilisés pour toutes les longueurs donde,
et en outre la propriété de revenir très rapidement
à leur résistance primitive dans l'obseurité.
La résistance à l'obscurité de l'élément
sensibilisé est de 120000 ohms elle s'abaisse à 15000
ohms, au voisinage immédiat d'une lampe à incandescence
de 16 bougies. La figure à montre la courbe de résislance
de cet élément.
A l'appareil récepteur (fig. 3) le cylindre de sélénium
était monté au foyer dun miroir parabolique de 50
em de diamèlre et 70 mm de longueur focale. La tension de la
batterie était de 100 volts.
Fig. 3. Essais de téléphonie sans
fil de E. Ruhmer. Au premier plan, à terre, poste récepteur
; sur lun des des bateaux, à larrière plan,
poste transmetteur .

Fig. 4. Carte des cessais de téléphonie sans fil
de E, Kuhiner, transmission maxima 7 km en suivant la plus grande flèche,
Comme téléphone de réception, étaient intercalés
dans le circnit deux téléphones à haute sensibilité
et à grande résistance, à membranes minces et faibles
aimants. Les expériences se firent dans les environs de Berlin,
sur le Wannsee et la Havel. Le poste récepteur était installé
à terre, et le transmetteur sur un bateau qui pouvait s'éloigner
progressivement dans une direction convenable; le projécteur
employé élait un projécteur de torpilleur Schuckert,
de 35 cm de diamètre, Plusieurs séries d'expériences
furent faites les 4, 8, 9, 16 et 25 juillet, et dans des conditions
très variées: atmosphère transparente, temps brumeux,
pluie, pendant le jour et dans la soirée : lous les essais donnèrent
de bons résultats,
Dans la dernière expérience en partieculier temps
légèrement brumeux la réception de la parole
fut très intense et très claire, et la disposition
des lieux seule ne permit pas de dépasser la distance de 7 km
entre les deux postes: le récepteur était sur la plate
forme de la tour Kaiser-Wilhelm (fig. 4) et le projecteur sur le bateau
« Germania » qui s'éloignait dans la direction de
Plauen-Insel.
Ces résultats sont donc intéressants et encourageants,
et lauteur estime qu'après quelques modifications reconnues
avantageuses dans le cours de ses expériences, on pourra par
ce procédé lumineux, téléphoner sans fil
facilement, à des distances de beaucoup supérieures à
celles qui ont été atteintes précédemment.
Ce type d'expérience représentait une
alternative par rapport à la wireless telegraphy (T.S.F.) développée
par Marconi, qui ne transmettait que des signaux Morse et est quasi
contemporaine des premières expériences de transmission
hertzienne de la voix par Fessenden (1900)
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Avec les évolutions et inventions qui suivirent,
les premiers « films parlants » (films sonores) reposaient
sur le système Western Electric Vitaphone (vers 1926)
qui utilisait des enregistrements sur disque qui étaient (espérons-le)
synchronisés avec l'action à l'écran. Ce nest
quavec linclusion dune bande sonore optique sur le film
que le véritable film sonore a été créé.
Western Electric
a été le pionnier dans ce domaine, à la fois avec
le système Vitaphone et son système son sur film
légèrement plus tardif.
RCA est entré dans le domaine en 1928 avec son propre système
son sur film qu'ils ont appelé "Photophone".
Ces deux compagnies furent en concurrence féroce
pour le secteur du son de théâtre tout au long des années
1930.
Chaque fois qu'un système de son était
installé dans un théâtre, et surtout lorsqu'il remplaçait
le système du concurrent, une plaque comme celle-ci était
apposée sur un mur du hall d'entrée ou sur un mur extérieur
où les spectateurs seraient sûrs de la voir.
La plaque
présentée ici date du milieu des années 1930, est
un moulage en bronze d'environ 8 pouces de diamètre.
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