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Les
satellites de télécommunication
En 1955, un chercheur américain des
Bell Telephone Laboratories, J. R. Pierce, avait proposé dans un
article intitulé « Orbit radio relay », paru dans la
revue Jet-Propulsion, dutiliser des satellites géostationnaires
pour assurer des liaisons à très grande distance.
Ce projet mit cependant une dizaine dannées à être
réalisé : en effet, si le lancement du satellite soviétique
Spoutnik I date de 1957, il faudra attendre, néanmoins, plusieurs
années pour que soit résolue le problème des contraintes
techniques liées à la mise sur orbite à très
haute altitude dune charge ayant une masse suffisante.
Toutefois, des expériences de lancement furent entreprises dès
1958 : les Etats-Unis lancèrent sur orbite basse le premier
satellite de télécommunications, prénommé
« Score » (Signal communication by orbiting relay equipment)
; il sagissait en fait dun relais à transmission différée,
réémettant par télécommande un message reçu
et enregistré antérieurement : un tel relais ne peut être
intégré dans un réseau de télécommunications
à transmission instantanée, mais il peut par contre être
utilisé pour la collecte ou la diffusion de données, ainsi
que pour certaines applications militaires.
Le lancement du satellite « Courrier », en octobre
1970, permit dexpérimenter plus complètement cette
technique de retransmission différée, qui assure une grande
discrétion des communications ; sans nul doute, un certain nombre
de satellites militaires à mission secrète continuent à
utiliser cette technique.
Les premiers essaies réalisés avec des satellites en orbite
à de hautes altitudes correspondent au satellite réflecteur
Echo I. Ce satellite est composé dun ballon plastique
métallisé de plus de 30 mètres de diamètre.
Il fut lancé en août 1960, par lAgence américaine
pour laéronautique et lespace (NASA), sur une orbite
daltitude moyenne de 15 00 kilomètres.
Plusieurs expériences de télécommunications ont été
faites avec le satellite Echo I, en particulier entre les Etats-Unis et
la France : un signal émis aux Etats-Unis fut reçu à
Issy-les-Moulineaux au moyen dune antenne de 3 mètres de
diamètre, puis de 10 mètres. Ces expériences ont
permis de vérifier les conditions de propagation des ondes radioélectriques,
notamment à incidence rasante, et la dérive de fréquence
due à leffet Doppler ; en outre, elles ont contribué
à la mise au point des techniques de poursuite.
Cependant, les véritables expériences de télécommunications
ne commencèrent quaprès le lancement du satellite
Telstar I par la NASA, en juillet 1962. Ce satellite, construit
par les Bell Telephone Laboratories, comportait un répétiteur
actif de télécommunications ; il gravitait sur une orbite
elliptique dont lapogée était située au dessus
de lhémisphère nord à environ 5 000 kilomètres
daltitude.
Ladministration française des PTT construisit en quelques
mois (octobre 1961 juillet 1962), grâce à la collaboration
de lAT&T et des Bell Telephone Laboratories, une station terrienne
à Pleumeur-Bodou (Côtes du Nord). Cette station, identique
à la station de lAT&T située à Andover
(Maine), était opérationnelle au début de juillet
1962 et put ainsi capter les premières images de télévision
en provenance des Etats-Unis. Quelques heures plus tard, la station britannique
installée en Cornouailles, recevait, elle aussi, les premières
images transmises au-dessus de lAtlantique.
Plusieurs satellites de télécommunications dits «
à défilement », par opposition aux satellites géostationnaires,
furent lancés par les Etats-Unis après Telstar I : ce furent,
en 1963 1964, Relay I, puis Telstar II, puis Relay II,
dont lapogée sest élevé jusquà
10 000 kilomètres, augmentant ainsi la durée de visibilité
de part et dautre de lAtlantique.
Un grand pas fut franchi lorsquon démontra la possibilité
de maintenir un satellite stationnaire par rapport à la Terre,
ce qui fut mis en oeuvre avec les satellites Syncom, notamment le satellite
Syncom III, qui permit de retransmettre, en 1964, les images des
jeux olympiques de Tokyo.
En 1964, 18 pays formèrent à Washington le Consortium international
de télécommunication par satellite, Intelsat.
En avril 1965, cétait le lancement du premier satellite géostationnaire,
Intelsat I (prénommé « Early Bird »).
Ce satellite avait une capacité de transmission de 240 communications
simultanées ou dun canal de télévision. Le
lancement dIntelsat I marque le véritable début de
lère des télécommunications par satellites.
Lutilisation des satellites permit aux pays continentaux, nayant
pas daccès direct à locéan, détablir
leurs liaisons internationales sans transiter par dautres pays.
Depuis 1965, le développement des télécommunications
par satellites a suivi pas à pas le développement des techniques
de mise sur orbite et le perfectionnement des satellites et des stations
terriennes . Comme dans le cas des câbles sous-marins, la course
aux grandes capacités de trafic sengagea très vite.
De 240 communications téléphoniques (ou un canal de télévision)
pour les satellites Intelsat I et II (1965 1967), on passa, avec
la série Intelsat V (début des années 80)
à 12 000 communications téléphoniques simultanées
et 2 canaux de télévision. Cependant, le développement
et le perfectionnement de la technique des télécommunications
par satellites ne sapprécient pas uniquement en fonction
de critères
quantitatifs. Par exemple, à partir de la génération
Intelsat II, en 1967, il a été possible de disposer de ce
quon appelle « laccès multiple » qui permet
à un groupe de stations terriennes dêtre reliées
deux à deux grâce à un seul satellite, alors quavec
Intelsat I, seules, des liaisons point à point (un seul émetteur
et un seul récepteur) étaient possibles. Le réseau
Intelsat est une réussite remarquable.
En 1968, on ne comptait encore que 11 pays équipés de stations
terriennes, le nombre total dantennes était alors de 14.
En 1975, 72 pays étaient desservis par le réseau Intelsat,
qui comprenait 114 stations terriennes et 141 antennes.
La souplesse dexploitation des satellites de télécommunications
se développe donc en même temps que leur capacité
de transmission saccroît. Alors quun câble sous-marin
est essentiellement une artère point à point, un système
de télécommunications par satellites, apparaît comme
un réseau doté, non seulement dune fonction de transmission,
mais aussi, sous une forme particulière, de certaines fonctions
sapparentant à la commutation.
Depuis le début des années 80 jusquà aujourdhui,
lexpansion des réseaux de télécommunications
par satellites na cessé de saccroître dans le
monde entier et lon a assisté, en outre, à la mise
en place de liaisons par satellites pour des besoins « domestiques
» ou « régionaux » dans de nombreux pays : Russie,
Canada, Etats-Unis, Inde, Indonésie, Japon, Chine, Europe, etc.
Le développement des réseaux régionaux de télécommunications
par satellites est un élément important car il introduit
une dimension nouvelle dans le concept de réseau de télécommunications.
La création, en 1977, aux USA du consortium Satellite Business
Systems (SBS) regroupant la Comsat, IBM et une société dassurances,
est très significative à cet égard. Ce premier satellite
de télécommunication privé fut lancé en 1980.
La technologie du système utilisée était particulièrement
avancée pour lépoque, puisquil utilisait déjà
des transmissions sous forme numérique (transmissions de données,
de parole et dimages). 200 stations de réception furent rapidement
installées sur le territoire américain ; ces stations étant
essentiellement destinées à écouler un trafic daffaires
très rémunérateur.
Lapparition de ce nouvel opérateur de télécommunication
privé (SBS) fut non seulement une réussite technique, mais
elle constitua aussi un événement qui marqua un tournant
dans la structure et lorganisation même des télécommunications.
Le monopole de droit ou de fait des grands organismes publics de télécommunications,
des opérateurs publics tels que lAT&T, France Télécom,
etc., fut remis en question par la création de tels réseaux
privés.
Revenons en arrière : Le 7 janvier 1959,
la France décide de se lancer officiellement à son tour
dans la Course à l'Espace.
L'Administration des Télécommunications y prendra
une place de choix, grâce au Centre National d'Études
des Télécommunications (CNET). Ainsi, le CNET
participe-t-il, lui aussi, à la Course à l'Espace, en
concevant les dispositifs de guidage, de télécommande
et de télécommunications équipant les fusées
françaises VÉRONIQUE.
Le 12 août 1960 Le premier « satellite
de télécommunications », Echo I, lancé
par les Américains en août 1960, nétait en fait
quun énorme ballon de 30 m de diamètre. Recouvert
dune mince pellicule de métal, il devait jouer le rôle
dun miroir, relais passif permettant aux ondes émises depuis
le sol dêtre reflétées vers un autre point de
la planète.
Le
satellite ECHO 1A dans la base de lancement de Cap Canaveral
Le satellite, une fois lancé, est placé en orbite à
1500 km de la Terre.
Ainsi, une onde qui est projetée de la surface de la Terre
dans sa direction se réfléchit-elle en un autre point
de la planète.
Le signal n'est pas réamplifié par le satellite. ECHO
1A est un miroir sphérique.
L'antenne-cornet
hyperfréquence.
Le premier véritable satellite, Courrier
B, fut lancé en octobre 1960. Il était
doté déquipements électroniques, permettant
de recevoir puis damplifier le message avant de le réémettre.
Il ne fonctionna que 17 jours.
Première expérimentation en 1960,
en France, la Compagnie Générale d'Électricité
construit une antenne réceptrice pour le compte du CNET. Elle
est implantée à Nançay, dans le Cher.
Ainsi les Ingénieurs des Télécommunications affectés
au CNET vont-ils pouvoir s'entraîner à la poursuite et
à la réception des ondes réfléchies par
satellite dès Août 1960.
La
tour de Nançay supportant l'antenne réceptrice pointant
vers le satellite ECHO 1A.
Le premier centre de télécommunication
par satellite de Pleumeur-Bodou (il y en aura deux)
En Mars 1959, le Département
des Essais en Vol commence son installation sur l'aérodrome
de Lannion-Servel. La remise en état de ce vieil aérodrome,
associé à tout l'espace disponible de la lande bretonne
permet de s'affranchir des sujétions du siège du CNET
installé à Issy-les-Moulineaux, à deux pas de Paris,
et permet de pouvoir construire facilement toutes sortes d'installations
techniques radio sans obstacle, sans limite... Les faits étant
vérifiés, et l'expérience concluante, la décision
définitive de construire le CNET
à Lannion est confirmée.
Le site de Pleumeur-Bodou avait été
retenu pour y implanter le centre de télécommunications
par satellite à proximité des nouveaux laboratoires
du CNET, récemment implantés à Lannion. Cent
dix hectares de landes sont prévus pour construire trois antennes.
La Compagnie Général dÉlectricité
(CGE), amorce le chantier en octobre 1961. Cest un chantier
gigantesque.
En dehors du site, sur lîle Losquet située à
7 km de lantenne principale, on érige un pylône
de visée dune hauteur de 200 mètres supportant
un simulateur de satellite.
Le 19 mai 1960, M. le Ministre
des Postes et Télécommunications - Michel Maurice-Bokanowski
pose la première pierre des futurs laboratoires du CNET à
Lannion.
En attendant que la France dispose de fusées et
de lanceurs fonctionnels sûrs, le pays est obligé de se tourner
vers le libérateur américain.
Aussi, la France est-elle prête à s'associer avec les USA
pour développer son propre savoir et à terme sa future industrie
spatiale.
Les USA veulent aussi continuer à se développer, et pour
rayonner, ont besoin de collaborer avec des pays amis pour mener à
bien leurs programmes de développement, en matière de télécommunications
spatiales...
Leur programme consistant à placer sur orbite le premier satellite
de télécommunications actif (c'est à dire qui amplifie
les signaux reçus de la Terre avant de les réémettre
vers la Terre).
Or, pour communiquer, il faut être au moins deux. Et si les USA
veulent lier conversation par satellite, ils doivent bien aider à
l'implantation de stations jumelles ailleurs dans le monde en fournissant
un matériel compatible avec leur technologie, s'ils veulent réussir
au plus vite.
ATT souhaite implanter une imposante station satellite sur chaque continent.
Concernant l'Europe de l'Ouest, les négociations avec la France
aboutissent. L'opérateur de télécommunications américain
ATT s'associe donc avec les PTT et fournira le matériel électronique
nécessaire à la France, ainsi que l'antenne.
La Station de Télécommunications Spatiales américaine
:
Le 30 septembre 1961, le radôme provisoire (shelter)
américain est érigé avec succès à Andover,
dans l'état du Maine.
Fin Décembre 1961, le radôme définitif américain
est déployé, une fois le montage de l'antenne achevé.
Le radôme est constitué de 9 parties distinctes assemblées
entre elles ; chaque partie est fabriquée dans un film étanche
de nylon traité.
Le radôme a été fabriqué par la société
spécialisée Birdair Structures Inc. à Buffalo, USA.
Le poids du radôme provisoire est de 12 tonnes, son épaisseur
est de 1,3 millimètres, sa hauteur est de 48 mètres et son
diamètre de 64 mètres.
Le radôme est maintenu en permanence en légère surpression
de 7 millibar (soit 70 kg / m²) de plus par rapport à l'atmosphère,
pour rester érigé et résister au vent.
Le radôme est présent pour protéger l'antenne et tous
les équipements électroniques, de la chaleur, du soleil,
de la pluie, du froid, de la neige et du gel. L'enceinte est maintenue
à température et hygrométrie constante.

La Station de Télécommunications Spatiales française
: de l'autre côté de l'Atlantique
En 1961 Pierre Marzin
négocie avec AT&T la mise en place dune deuxième
station terrienne à louest de lEurope, en plus
de celle des Anglais, installée en Cornouaille britannique,
pour assurer des transmissions de télévision via le
satellite défilant Telstar vers la station américaine
dAndover au nord-est des Etats-Unis.
Cette station est installée à Pleumeur-Bodou
près de Lannion et laccord signé avec
les Bell Labs permet linstallation des mêmes équipements
que ceux dAndover. Pour lessentiel cest lassistance
technique des Bell Labs, qui permettra linstallation de la station
de Pleumeur-Bodou, le groupe CGE apportant son expertise technique
pour les installations électriques et une équipe du
CNET
faisant son apprentissage pour assurer lexploitation de la station.
Lantenne est du type cornet, mesure 54 mètres et pèse
environ 340 tonnes. Sa précision est de lordre du centième
de degré. Conçu par Planned Milton et construit par
lentreprise Bird Air Inc, un radôme en dacron de 27 tonnes
gonflé sous pression protège ces installations.
D'Octobre 1961 à fin Juin 1962, est
construite une extension du CNET à Pleumeur-Bodou consistant
en la Station des Télécommunications Spatiales destinée
à recevoir des images télévisées transmises
entre les USA et la France via le satellite artificiel TELSTAR
1.
L'implantation de notre premier Centre de Télécommunications
Spatiales le plus à l'ouest du pays s'impose techniquement
dans la mesure où il vaille mieux se rapprocher au plus près
de son correspondant (les USA) dans le cadre de liaisons réalisées
par satellites erratiques (c'est-à-dire non géostationnaires)
pour gagner le plus de temps de contact possible, et dans une zone
peu urbanisée moins exposées aux parasites radioélectriques.
Printemps 1961, le satellite expérimental
Telstar 1 a été conçu et fabriqué
par les Bell Labs.
Ce satellite fut d'ailleurs
le premier lancement privé de l'histoire. Il a été
placé sur une orbite elliptique, faisant le tour de la Terre
en 157 minutes, inclinée à 45° sur l'équateur.
Tracker 136 MHz. 
Dispositif de détection et de suivi du satellite TELSTAR 1
lorsque sa trajectoire passe à portée du Centre Spatial
de Pleumeur-Bodou.
Une fois détecté, le satellite est pris en poursuite
par le premier Tracker 136 MHZ, puis le second Tracker 4080
MHz de haute précision prend le relais et l'antenne PB1
est alors orientée et calée sur le satellite.
Le Centre de Calcul du Centre de Télécommunications
Spatiales de Pleumeur-Boudou est équipé d'un ordinateur
IBM 1620, pour assurer les opérations de coordination de la
Station Spatiale :
- Il réalise en direct la commande de pointage des diverses
antennes (antenne Cornet principale et les deux antennes de poursuite)
au cours d'un passage du satellite TELSTAR, afin de permettre la réception/émission
des signaux.
- Il enregistre en direct (sur Bandes Magnétiques) les trajectoires
de passage du satellite TELSTAR, bandes qui permettront, par leur
relecture ultérieure, une analyse exhaustive à postériori
de la course réelle du satellite.
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L'Antenne PB1 sous le radôme :
PB1 est constituée en partie en acier
et en alliage d'aluminium (duralumin).
Poids : 300 tonnes.
Hauteur : 29 mètres.
Largeur totale : 54 mètres.
Longueur du réflecteur : 36 mètres.
Surface réflectrice utile de l'antenne : 400 mètres
carrés.
Il sera mise hors service en Fin 1975 (remplacée par
l'antenne PB 4).
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Le 3 avril 1962, le Radôme provisoire
(Shelter) se déchire au cours d'une tempête phénoménale.
Il faut le remplacer.
Le 1er mai 1962, le second Radôme provisoire (Shelter)
est reçu en urgence des USA, l'installation commence. Ce Shelter
est en réalité celui utilisé initialement pour
le Radôme d'Andover. Une fois devenu inutile aux USA après
la pause du Radôme définitif à Andover courant
Avril 1962, il a été expédié en urgence
à Pleumeur-Bodou après notre catastrophe subie, et celui-ci
a tenu.
Le 7 mai 1962, le second Radôme provisoire (Shelter)
est érigé en remplacement du précédent.
Le 10 juillet 1962 Le satellite type actif
(avec émetteur et récepteur) est lancé de Cap
Canaveral par une fusée Thor Delta et placé sur une
orbite elliptique inclinée de 45° sur lEquateur,
décrite en 2 h 37.
La durée maximale dutilisation entre lEurope et
les États-Unis est de 20 minutes pour certains passages seulement.
Dès la sixième orbite, lantenne de Pleumeur-Bodou
capte dans dexcellentes conditions les premières images
de télévision directe transmises à partir des
États-Unis.
Le 10 juillet 1962 la station de Pleumeur-Bodou reçoit
les premières images télévisées transmises
au-dessus de lAtlantique.
Cette première mondiale donne un formidable coup de projecteur
médiatique sur cette coopération Franco-Américaine
Le 11 Juillet 1962 Le satellite Telstar permit de
réaliser la première transmission dimages de télévision
transatlantique, entre la station AT&T dAndover (États-Unis)
et la station du CNET de Pleumeur -Bodou (Côtes du Nord) . la
Mondovision est née.
Radôme définitif abritant l'antenne PB1, été
1962.
Le 12 juillet 1962, première émission
télévisée transmise via le satellite TELSTAR
1 dans le sens France vers USA : M. le Ministre des P et T - Jacques
Marette s'adressant aux USA, puis, Yves Montand chantant "La
chansonnette" apparaît sur les téléviseurs
américains.
La première émission publique était
programmée douze heures après la mise en orbite, et
aurait eu lieu si les Américains n'avaient pas oublié
de mettre la balise de Telstar en route (4.080 MHz), ce qui empêcha
sa localisation par la station française de Pleumeur-Bodou...
L'orbite suivante, le récepteur au sol tombe en panne : la
lampe (eh oui...) qui génère les hyperfréquences
grille sans avertissement, il faut la remplacer d'urgence. A 23 h
18 TU (temps universel) l'émetteur du satellite est activé,
et l'acquisition est effective alors que Telstar 1 se trouve encore
à 3° sous l'horizon. Il est 23 h 47 TU exactement lorsque
la mire américaine apparaît sur les écrans de
contrôle de la station réceptrice, le monde vient de
rapetisser brusquement ! Les cris de joie fusent, des techniciens
ont la larme à l'il. Apparaît alors une image de
studio présentant l'interview de Fred Kappel d'ATT et du docteur
Fisk de Bell Labs. Cette émission historique durera sept minutes.
Le 13 juillet 1962, première communication
téléphonique internationale FRANCE-USA via le satellite
TELSTAR 1.
Aujourd'hui pour la téléphonie fixe, les satellites
de communications apportent une technologie complémentaire
à la fibre optique qui compose les câbles sous-marins.
Ils sont aussi utilisés pour des applications mobiles, comme
des communications vers les navires ou les avions, vers lesquels il
serait impossible d'utiliser du câble.
Le 19 octobre 1962, M. le Président
de la République - Charles de Gaulle inaugure à Pleumeur-Bodou
la Station des Télécommunications Spatiales.
Le 21 février 1963, TELSTAR 1 cesse
de fonctionner .
On apprit plus tard que les transistors d'émission du satellite
avaient été progressivement détruits par les
radiations résiduelles de deux explosions nucléaires
stratosphériques, la première faisant partie du programme
Starfish et remontant au 9 juillet 1962 (soit la veille du lancement
de Telstar !), l'autre soviétique en octobre 1962.
TELSTAR 1 reste présent en orbite !
Le 24 juillet 1964, un accord créant une organisation
internationale de télécommunications est signé
à Washington et les 13 pays fondateurs : Australie, Belgique,
Canada, Danemark, États-Unis d'Amérique, France, Grande-Bretagne,
Irlande, Italie, Japon, Pays-Bas, RFA et Suisse.
L'accord est signé pour une période initiale de 5 ans.
Il s'agit du Comité Intérimaire des Télécommunications
par Satellites.
Une des premières décisions de ce comité sera
d'éliminer la solution d'un réseau de satellites erratiques
pour les usages civils (et notamment de télécommunications),
solution qui serait devenue à terme ingérable et incontrôlable
; au profit de satellites géostationnaires contrôlables,
ajustables et télécommandables facilement depuis le
sol terrestre.
Les satellites erratiques, en revanche, sont toujours abondamment
utilisés discrètement par tous les pays technologiquement
avancés, pour un usage militaire d'espionnage et de contre-espionnage.
Le premier satellite réellement en orbite
géostationnaire sera le satellite Syncom 3, lancé
le 19 août 1964 par la firme Hughes Aircraft Company
d'Howard Hughes.
Un satellite en orbite géostationnaire semble fixe à
un observateur à la surface de la Terre. Il fait le tour de
la Terre en 23h 56 min, à vitesse constante, à la verticale
de l'équateur.
L'orbite géostationnaire est très pratique pour les
applications de communication car les antennes au sol, qui doivent
impérativement être pointées vers le satellite,
peuvent fonctionner efficacement sans devoir être équipées
d'un système de poursuite des mouvements du satellite, système
coûteux et compliqué à exploiter. Dans le cas
d'applications nécessitant un très grand nombre d'antennes
au sol (comme la diffusion de bouquets de télévision
numérique), les économies réalisées sur
les équipements au sol justifient largement la complexité
technologique du satellite et le surcoût de la mise sur une
orbite relativement haute (près de 36 000 km).
Le 6 avril 1965, un nouveau satellite,
géostationnaire cette fois-ci, est lancé en orbite
avec succès : il s'agit du satellite Intelsat 1, plus
connu sous le nom de Early Bird.
Ce satellite est capable de transmettre entre les USA et la France
240 communications téléphoniques simultanées,
ou 1 programme de télévision (au choix), le tout
24H/24 et dans les deux sens. Early Bird sera désactivé
en 1969.
Depuis, Early Bird continue de tourner en orbite géostationnaire
autour de la Terre.
La capacité des satellites de télécommunications,
limitée initialement à 300 circuits téléphoniques
va augmenter en profitant des progrès de l'électronique
pour atteindre 200 000 circuits à la fin du XXe siècle.
La France était en avance, le premier satellite de communication
géostationnaire canadien, était le Anik 1, lancé
le 9 novembre 1972 ; il restera en exploitation jusqu'au 15 juillet 1982.
Le 2 mai 1965, les premières images émises depuis
les USA sont visibles sur les écrans de contrôle à
Pleumeur-Bodou .
Le 21 juin 1965, l'exploitation téléphonique de
la première liaison téléphonique intercontinentale
par satellite commence, en service régulier - après la mise
en service des suppresseurs d'écho nécessaires pour compenser
le décalage du quart de seconde entre la France et les USA, décalage
très préjudiciable pour les usagers.
Le 28 juin 1965, après une première semaine d'exploitation
technique réussie, l'exploitation téléphonique régulière
entre le continent américain et le continent européen est
officiellement inaugurée en France.
La capacité d'exploitation du satellite Intelsat 1 F1 - HS303 -
Early Bird est de 240 circuits téléphoniques permanents.
L'émission/réception s'effectue grâce à l'antenne-radôme
PB1 côté français.
Le CNET et le programme national de télécommunications
Le CNET fut associé à ces développements
et devint linterlocuteur technique dINTELSAT, organisation
internationale chargée de gérer le nouveau système
de télécommunications. Son développement impliqua
une évolution régulière des installations de
Pleumeur-Bodou.
L'antenne PB2, décidée en 1966 est mise en service
le 29 septembre 1969.
Elle marquait une première étape démancipation
puisque sa conception et sa réalisation avaient été
totalement françaises
PB2
Antenne parabolique, prototype de conception entièrement française
de 27,5 mètres de diamètre.
Désormais, toute les antennes satellites mises en service seront
de type parabolique ; le type cornet est abandonné.
Puissance rayonnée de 5 kW émise par tubes à
ondes progressives.
PB2 communique avec le satellite Intelsat III, en orbite géostationnaire
au dessus de l'océan Atlantique.
Le 27 mars 1972, la République Française signe l'accord
d'exploitation relatif à l'organisation internationale de télécommunications
par satellites INTELSAT, afin d'officialiser la situation.
C'est grâce au programme Intelsat (dominé par les USA)
que la France va pouvoir enfin s'affranchir des anciennes liaisons
téléphoniques internationales radioélectriques
(établies par voie entièrement manuelle au départ
de Paris-Archives).
Déjà, à partir de 1970, la France, via ses industriels
tels que Thomson-CSF ainsi que France Câble Radio (filiale de
l'Administration française des PTT ) commence à déployer
dans ses départements d'outre-mer ainsi que dans moult pays
d'Afrique Noire, des Stations d'Émission / Réception
par satellite, et participer ainsi au désenclavement téléphonique
de ces territoires et de ces pays.
Lachèvement de PB3, en décembre 1973,
complétait cette évolution.
Le 15 octobre 1973, est mise en service la 3ème antenne
du site Pleumeur-Bodou : PB3.
Antenne
parabolique de conception française de 30 mètres de
diamètre.
PB3 est étrennée à l'occasion du voyage de M.
le Président de la République - Georges Pompidou en
République populaire de Chine.
Puissance rayonnée de 5 kW émise par tubes à
ondes progressives.
PB3 sera inaugurée officiellement le 17 décembre 1973
par M. le Directeur du Cabinet du Ministre des P et T - Jacques Maire
en présence de M. le DGT - Louis-Joseph Libois et de M. le
Directeur du CNET - Jacques Dondoux.
Le Premier satellite de télécommunications
géostationnaire stabilisé trois-axes a été
Symphonie-A, premier du programme franco-allemand, lancé
le 19 décembre 1974.
Le 19 janvier 1975, est mise en service la
4ème antenne du site Pleumeur-Bodou : SYMPHONIE.
Elle sera renommée ultérieurement PB5, c'est
aussi une antenne parabolique de conception française de 16,5
mètres de diamètre.
En Juin 1976, est mise en service la 5ème antenne du
site Pleumeur-Bodou : PB4.
C'est une antenne parabolique de conception française de 32,5
mètres de diamètre.
Puissance rayonnée de 5 kW émise par tubes à
ondes progressives.
La série des Intelsat 6 lancée
à partir de 1989 dépasse deux tonnes en orbite.
Ces satellites peuvent relayer 24 000 circuits téléphoniques
et trois canaux de télévision couleur. Au sol
les radômes ont disparu, des antennes de réception plus
petites sont disponibles pour les particuliers.
En concevant la première génération
de satellites de télécommunications commerciaux français,
le CNET valorisa le savoir-faire accumulé depuis les temps
pionniers de Pleumeur-Bodou.
En février 1979, sur proposition du directeur général
des télécommunications, le gouvernement français
décidait la réalisation dun programme national
de télécommunications par satellites.
Un comité de programme, coprésidé
par France Télécom et par le Centre National dÉtudes
Spatiales (CNES) fut constitué pour coordonner les efforts.
Le CNET était responsable du suivi de la réalisation
de la charge utile confiée à Alcatel Espace. Matra était
maître duvre pour lintégration finale
du satellite.
En 1983, est mise en service la 6ème antenne du site Pleumeur-Bodou
: PB6.
Antenne parabolique de conception française de 32,5 mètres
de diamètre.
Le lancement le 4 août 1984 de Télécom 1A,
premier dune série de trois satellites, ponctuait par
un succès ce grand projet national.
Le fait quil fut lancé par une fusée Ariane donna
sans doute un caractère particulièrement important à
cette mission qui marquait lémancipation de lEurope
dans un domaine déterminant pour son avenir.
En 1985, est mise en service la 7ème antenne du site
Pleumeur-Bodou : PB7.
Antenne parabolique de conception française de 32,5 mètres
de diamètre.
En Janvier 1988, est mise en service la 8ème
antenne du site Pleumeur-Bodou : PB8.
Antenne parabolique de conception française de 13 mètres
de diamètre. Première utilisation à l'occasion
de la retransmission des Jeux Olympiques d'hiver à Calgary
(transmissions de données et de programmes TV).
En 1989, est mise en service la 8ème
antenne du site Pleumeur-Bodou : PB9.
Antenne parabolique de conception française de 13 mètres
de diamètre.
En 1990 - 1992 , sont mises en service 2 antennes
sur site Pleumeur-Bodou : PB10, PB11.
PB10 : 16 mètres de diamètre,
PB11 : 13 mètres de diamètre,
Le 6 juillet 1991, le Centre de Télécommunications
Spatiales de Pleumeur-Bodou devient aussi le Musée des Télécommunications
Internationales ouvert au public et sauvegarde ainsi les installations
de l'antenne radôme PB1.
...
Même concurrencée par les câbles optiques
terrestres ou sous-marins, l'application qui est toujours la plus
importante pour les satellites de communication est la téléphonie
internationale.
Les centraux locaux transportent les appels jusqu'à une station
terrienne (aussi appelée téléport), d'où ils
sont émis en direction d'un satellite géostationnaire. Ensuite
ce satellite les retransmet vers une autre station qui procède
à la réception et l'acheminement final.
Les téléphones mobiles satellitaires (depuis des bateaux,
avions, etc.) eux se connectent directement au satellite. Ils doivent
donc être en mesure d'émettre un signal et de le pointer
vers le satellite même en cas de mouvements (vagues sur un bateau,
déplacement et turbulences en avion).
Sans oublier les stations d'Émission/Réception
par satellites construites par la France, hors métropole :
Le 7 février 1972, Antilles Françaises,
Station des Trois-Îlets, implantée en Martinique à
Fort-de-France, capacité 60 voies.
Le 5 avril 1972, Sénégal, Station de Gandoul, près
de Dakar.
Le 8 avril 1972, Madagascar, Station Philibert Tsiranana, à Arivonimamo
Le 27 novembre 1972, Côte d'Ivoire, Station d'Akakro, près
d'Abidjan.
Le 2 juillet 1973, Gabon, Station de N'Koltang, près de Libreville.
Le 8 décembre 1973, Cameroun, Station de Zamengoe, près
de Yaoundé.
Le 12 mars 1974, Réunion, Station de la Rivière-des-Pluies.
Le 12 septembre 1974, Guyane Française, Station de Trou-Biran (dessert
également le Guyana, ex-Guyane Néerlandaise).
Le 17 septembre 1976, Nouvelle-Calédonie, Station Île-de-Nou,
près de Nouméa.
En 1977, Togo, Station de Cacavelli, près de Lomé.
Le 5 septembre 1978, Polynésie Française - Tahiti, Station
de Papenoo, près de Papeete.
En 1978, Tchad (le projet a-t-il été réalisé
? cf. début de la seconde guerre civile en 1980).
En 1979, le Congo (Brazza), Station de Mougouni.
En Mai 1981, la Guinée (Conakry),
En 1981, Saint-Pierre-et-Miquelon, Station de Pain-de-Sucre...
Le deuxième centre de télécommunication
par satellite de Bercenay-en-Othe.
Dès 1965, pour ne pas laisser tous
ses ufs dans le même panier, il est projeté la
construction du deuxième Centre de Télécommunications
Spatiales français de Bercenay-en-Othe, sis à mi-chemin
entre Paris et Reims.
Le 1er septembre 1972, l'annonce publique de cette future
station est faite par M. le Ministre des Transports - Robert Galley,
qui était jusqu'au mois de Juillet 1972, Ministre des P et
T.
L'année 1974 marque le début des travaux de
construction de la station.
En Décembre 1977, le Centre de Télécommunications
Spatiales de Bercenay-en-Othe est mis en exploitation avec ses premières
liaisons par satellites.
À sa mise en service, le CTS de Bercenay-en-Othe est pourvu
de 500 circuits intercontinentaux opérationnels par satellites
via son antenne BY1.
Bercenay-en-Othe présente les avantages d'être situé
à proximité et à mi-distance des Centres de Transit
Internationaux de Paris et de Reims et d'être sis dans une zone
à faible densité de faisceaux hertziens ce qui limite
les risques de brouillages.
Le 10 février 1978, le Centre de Télécommunications
Spatiales de Bercenay-en-Othe est officiellement inauguré par
M. le Ministre de la Coopération - Robert Galley (représentant
M. le Secrétaire dÉtat aux P et T - Norbert Ségard,
absent), en présence de M. le Directeur Général
des Télécommunications - Gérard Théry
et de M. le Directeur des Télécommunications du Réseau
International - René Colin de Verdière, la DTRI étant
responsable du CTS.
Le 6 juin 1978 marque le jour de la première
transmission par satellite de télécopie en couleur intercontinentale
(USA vers France).
La une d'un journal de presse US est émise vers la Station
Spatiale ETAM qui transmet vers le satellite Intelsat IV qui retransmet
à l'antenne satellite BY1 du Centre de Télécommunications
Spatiales de Bercenay-en-Othe. La transmission de donnée étant
acheminée par les P et T jusque dans les environs de Lyon dans
le journal de presse français.
Article de presse relatant l'événement réussi
du 6 juin 1978.
Fin 1979, mise en service de la seconde antenne
BY2, jumelle de BY1.
Les satellites en orbite terrestre basse
Une orbite terrestre basse est une orbite
circulaire entre 350 et 1400 km de la surface de la Terre; en conséquence
la période de révolution des satellites est comprise
entre 90 minutes et 2 heures. En raison de leur faible altitude, ces
satellites sont uniquement visibles dans un rayon de quelques centaines
de kilomètres autour du point à la verticale duquel
se trouve le satellite. De plus les satellites en orbite basse se
déplacent rapidement par rapport à un point fixe sur
Terre, donc même pour des utilisations locales, un grand nombre
de satellites sont nécessaires si l'application exige une connectivité
permanente.
Les satellites en orbite terrestre basse sont beaucoup
moins chers à mettre en orbite que les satellites géostationnaires,
et grâce à leur proximité avec le sol, demande
une puissance de signal moins importante. Le coût de chaque
satellite étant bien moindre, il peut être intéressant
d'en lancer en plus grand nombre, le lancement étant aussi
moins cher, ainsi que les équipements nécessaires à
l'exploitation au sol.
Un ensemble de satellites fonctionnant de concert
est connu sous le nom de constellation satellitaire.
Plusieurs de ces constellations fournissent des services de téléphonie
sans fil par satellite, à l'origine vers des zones isolées.
Le réseau Iridium par exemple utilise 66 satellites. Dun
coût estimé à environ 3,4 milliards de $
Le réseau Globalstar se compose, quant à lui, de 60
satellites.
Une autre utilisation possible de ces systèmes
est l'enregistrement de données reçues lors du passage
au dessus d'une zone terrestre, et sa retransmission lors du passage
sur une autre zone. Ce sera le cas avec le système CASCADE,
du projet canadien CASSIOPE de communication par satellite.
Mais la rentabilité n'est pas au rendez-vous et
les projets sont arrêtés ou leurs objectifs sont revus à
la baisse. Les trois quart des revenus proviennent aujourd'hui de la télévision
par satellite en pleine expansion sur tous les continents.
Les satellites en orbite de Molniya
Les satellites géostationnaires sont nécessairement
à la verticale de l'équateur.
En conséquence, ils sont assez peu intéressants sous
des latitudes élevées : dans de telles régions,
un satellite géostationnaire apparaîtra très bas
sur l'horizon; la liaison pourra alors être perturbée
par les basses couches de l'atmosphère.
Le premier satellite Molniya a été lancé le 23
avril 1965 et fut utilisé pour des transmissions expérimentales
de télévision, l'émission se faisant depuis Moscou,
et différentes réceptions en Sibérie et dans
l'Extrême-Orient Russe, à Norilsk, Khabarovsk, Magadan
et Vladivostok.
En novembre 1967, les ingénieurs soviétiques créèrent
un système de télévision nationale par satellite
unique, appelé Orbita, basé sur des satellites Molniya.
L'orbite de Molniya se caractérise par un apogée
de l'ordre de 40000 km situé au dessus de l'hémisphère
nord et un périgée de l'ordre de 1000 km est au dessus
de l'hémisphère sud. De plus son inclinaison sur l'équateur
est forte, 63,4°.
Les propriétés de cette orbite garantissent que le satellite
passe la plus grande partie de son orbite au dessus des latitudes
les plus nordiques, période durant laquelle son empreinte au
sol change relativement peu puisqu'il se déplace plus lentement.
Sa pousuite en est ainsi facilitée.
La période de cette orbite est d'une demi-journée (12h),
ce qui rend le satellite utilisable durant 8h à chaque révolution.
Ainsi, une constellation de trois satellites Molniya (plus un de secours
en orbite) pouvait fournir une couverture permanente des latitudes
nord.
Les satellites en orbite de Molniya sont essentiellement
utilisés pour des services de téléphonie et
de télévision au dessus de la Russie.
Une autre application permet de les utiliser pour des systèmes
de radio mobile (même sous des latitudes moins élevées)
car les véhicules circulant dans des aires fortement urbanisées
ont besoin de satellites avec des élévations importantes
pour garantir une bonne connectivité même en présence
d'immeubles élevés.
Le DoD des Etats-Unis utilise également une
telle orbite pour des satellites de surveillance et de communications.
2000 Les satellites dans les réseaux de
télécommunications : l'échec des constellations
mobiles, de Laurent Gille
|
En juin 1990, la firme américaine
Motorola, spécialiste reconnue des radiocommunications,
annonce son intention de construire un système mondial
de communications mobiles par satellite baptisé Iridium .
La proposition en fait sourire plus dun, le système
proposé reposant sur lutilisation des orbites basses,
quasiment abandonnées par le secteur des télécommunications
depuis les années 1960, et de nombreux obstacles se faisant
déjà jour.
Mais certains perçoivent tout de suite lintérêt
dun tel système et à la mi-1990, des opérateurs
de communications par satellites comme Telesat Mobile (Canada),
American Mobile Satellite (US), puis lorganisation Internationale
Inmarsat entament leur propre réflexion sur la faisabilité
dun tel réseau mondial.
La construction dune constellation de 77 satellites telle
que prévue au départ, et le remplacement de 12
dentre eux chaque année représentent par
ailleurs un marché potentiel fabuleux pour les constructeurs
aéronautiques.
Après consultations, lAméricain Lockheed
est choisi en avril 1991 entre de nombreux constructeurs pour
concevoir, développer et assurer la maîtrise duvre
des petits satellites du projet Motorola et Raytheon les antennes,
notamment parce quen montant tous les deux au capital
dIridium, leur engagement est également financier.
Le tour de table monté par Motorola laisse dans lindustrie
de nombreux exclus, qui craignent de se voir marginaliser sur
le marché des petits satellites. Les études engagées
à la suite de lannonce de Motorola tendent à
confirmer la faisabilité et donc lintérêt
de tels systèmes pour les années à venir.
La réaction viendra en octobre 1991, avec la présentation
à Télécom 91 à Genève du
projet Globalstar.
Globalstar sinspire largement de son prédécesseur,
tout en tenant compte des critiques formulées à
son encontre.
Ce système est le fruit dune co-entreprise entre
Qualcomm et Loral Space Systems, derrière laquelle se
trouve lAlliance constituée entre Aérospatiale,
Alcatel Espace et Alenia, que rejoindra bientôt DASA.
LAlliance est en quelque sorte le pôle européen
concurrent de Matra Marconi Space et de BAe, tous deux impliqués
à lorigine dans Iridium.
Ces initiatives qui viennent de lamont (des fabricants
déquipement) vont obliger les opérateurs
terrestres, qui sont dailleurs sollicités, à
se positionner. De concurrent direct des réseaux terrestres,
Iridium est devenu, après modification, un système
complémentaire, comme lest Globalstar depuis le
début. Inmarsat, opérateur international de télécommunications
maritimes et aéronautiques, est contraint de réagir
dans la mesure où son marché traditionnel maritime
et aéronautique serait totalement remis en cause par
la mise en place dun système global dont les terminaux
seraient plus pratiques et meilleur marché, de même
que les communications sous certaines hypothèses.
Cest lorigine du Projet 21, annoncé en septembre
1991, établi comme société indépendante
sous le nom dICO en 1995.
Le concept de constellation
À travers les différents systèmes proposés
se dessinent plusieurs grandes options.
Il y a dune part lidée de constellation de
petits satellites en orbite terrestre basse (en dessous de 2
000 kilomètres), qui inspire les plus connus des projets
que sont Iridium ou Globalstar. Mais il y a aussi les systèmes
mixtes, combinant des satellites en orbite basse, en nombre
réduit, avec des satellites géostationnaires servant
de relais.
Cétait le cas dun système envisagé
par Inmarsat dans le cadre de son « Projet 21 ».
Il ne faut pas oublier non plus les orbites moyennes que proposait
le système de TRW, Odyssey, dont les satellites devaient
évoluer à une altitude denviron 10 000 kilomètres,
solution finalement retenue par ICO, concrétisation du
projet 21.
Enfin, en dehors de leur altitude, les orbites proposées
par les différents systèmes sont soit polaires
(Iridium, Globalstar), soit elliptiques (Ellispo), ou encore
inclinées (Odyssey). Le choix dune orbite (type
et altitude) résulte dun arbitrage délicat
entre de nombreux paramètres parmi lesquels le nombre
de satellites, leur puissance démission, celle
des terminaux terrestres, le type de couverture recherchée
ou encore la qualité du bilan de liaison.
Ces hésitations architecturales montrent que les constellations
LEO ne sont pas intrinsèquement meilleures que les systèmes
GEO : elles ont pour elles de réduire les délais
de propagation et donc dassurer (théoriquement)
une meilleure qualité de communication, dautoriser
des terminaux plus petits, mais ont une économie difficile
dans la mesure où les satellites sont inactifs une grande
partie de leur temps, à travers le survol de zones inhabitées
ou de faible trafic.
Si ces projets trouvent leur origine aux USA, cest pour
deux raisons principales. Il y a dabord le fait que le
marché américain est sans conteste le plus grand
marché domestique au monde en ce qui concerne les services
de communications mobiles. Cest en même temps lun
des plus solvables. Mais on peut surtout voir lorigine
de ces projets, qui émanent des constructeurs, dans les
sommes colossales investies pendant des années par les
militaires américains dans le domaine spatial. Les nombreux
contrats de R & D quils ont générés,
ont donné aux industriels américains une avance
sans doute importante sur leurs concurrents européens.
Certains observateurs considèrent ainsi le projet Iridium,
qui a donné en quelque sorte le coup denvoi à
la présentation des différents projets, comme
une version civile de lIDS américain, dont le concept
de constellation de satellites en orbite basse remonte aux années
1970.
Heurs et malheurs du projet Iridium
Lobjectif de Motorola à travers Iridium est avant
tout de créer un nouveau marché pour les années
à venir, tant en ce qui concerne le matériel de
radiocommunication embarqué que les terminaux pour usagers.
La mise en place dIridium donnerait également à
la firme américaine une position de force en termes de
brevets et de normes. Motorola emploie donc dès le départ
les grands moyens pour faire passer son projet.
Le projet Iridium propose à lorigine un système
très élaboré dune constellation formée
de 77 satellites, ramenée ensuite à 66, dun
coût estimé à environ 3,4 milliards de $.
Certains éléments du système sont à
la pointe de la technologie et la combinaison de ces technologies
sur un même petit satellite fut souvent perçue
comme problématique par bon nombre dobservateurs.
De par sa configuration, Iridium dans sa version dorigine
avait vocation à devenir un réseau fermé,
qui aurait court-circuité les réseaux terrestres
des pays desservis, permettant sans doute à la commercialisation
du système de bénéficier dun «
effet club ». Mais au fur et à mesure que le système
gagne en crédibilité, la perspective de sa mise
en service suscite des réactions plutôt hostiles
de la part de certains opérateurs traditionnels qui y
voient un défi à leurs monopoles nationaux.
La conception dIridium évolue donc et en janvier
1992 Motorola annonce que les terminaux Iridium fonctionneront
sur un mode dual permettant laccès à la
fois au réseau de satellites et aux réseaux cellulaires
terrestres, de façon à ce quà partir
dun seul terminal le client puisse choisir en fonction
de la couverture de la zone et du prix des services. Le système
devient donc coopératif et non plus concurrent des réseaux
cellulaires. De même, pour résoudre le problème
du by-pass des réseaux terrestres est-il décidé
que lappel dun abonné dIridium capté
par le satellite le plus proche donnera lieu à versement
dune redevance à lexploitant de la zone doù
il sera émis, à condition que cela soit possible,
cest-à-dire quil y ait un exploitant en situation
de monopole. Lorsque lappel est destiné à
un abonné dIridium, quil provienne soit dun
autre abonné, soit du réseau terrestre, la communication
est acheminée via le réseau de satellites.
Techniquement, le projet est également confronté
à plusieurs difficultés, liées cette fois-ci
au problème de la miniaturisation des fonctions à
embarquer sur de petits satellites. Après linflation
de la masse annoncée pour les satellites, passée
de 350 kg à lorigine à près du double
à la mi-1992 pour satisfaire aux exigences des systèmes
de liaison entre satellites et de commutation à bord,
larchitecture du système doit être simplifiée.
Motorola forme en 1991 une compagnie indépendante chargée
de porter (et donc de financer) le projet Iridium : Iridium
LLC reçoit de la FCC en 1992 une licence expérimentale
et signe un contrat clé en mains de 3.37 milliards de
$ avec Motorola pour le développement, la construction
et la livraison du système spatial. À la conférence
administrative mondiale sur les fréquences en Espagne
en 1992, des fréquences sont réservées
pour les satellites LEO.
Commence alors le long développement du projet. Iridium
lève 800 millions de $ en 1993 en capital, puis un montant
équivalent en 1994 et enfin 315 millions en 1996, portant
le capital à 1,9 milliard de $ : 19 actionnaires stratégiques
détiennent ce capital parmi lesquels Motorola pour 17,3
%, Nippon Iridium qui regroupe notamment DDI et Kyocera, pour
11,1 %, O. tel. o pour 8,8 %, Krunishev pour 4,3 %, Telecom
Italia pour 3,9 %, Lockheed et Raytheon détenant à
eux deux 1,7 %.
Le complément du financement est apporté par deux
emprunts bancaires placés par la Chase et BZW (Barclays
Bank), un de 750 millions de $ en 1996, et un autre de 800 millions
en 1997, une introduction en bourse (IPO) pour 240 millions
de $ en 1997 également et un apport complémentaire
de 350 millions de $ en obligations à haut rendement
en 1998 : ce sont ainsi plus de 4 milliards de $ qui sont levés
pour le projet Iridium en lespace de 5 ans (1993-1998).
Le déploiement du système sopère
entre 1997 et 1998 : 47 satellites sont mis en orbite en 1997,
les derniers létant en 1998 avec un taux de réussite
de 100 %. Les lancements se poursuivent en 1999 et on estime
aujourdhui que 88 satellites environ ont été
lancés offrant la capacité prévue de 66
satellites actifs et 6 satellites de secours : 16 satellites
seraient effectivement défaillants. Et, alors que le
système devait entrer en service le 3 septembre 1998,
celle-ci ninterviendra que le 1 novembre, ce retard traduisant
des problèmes importants de qualité des communications
et des terminaux. Devant faire face en sus à des problèmes
de livraison des terminaux, Iridium démarre lannée
1999 en posture difficile, la clientèle visée,
le haut de gamme professionnel, étant particulièrement
exigeante sur la qualité des services offerts.
Le constat fait au deuxième trimestre 1999 est accablant
:
Le nombre de clients abonnés au
31 mars nest que de 10 294, alors que la compagnie sétait
engagée vis-à-vis de ses banquiers sur un chiffre
de 27 000 clients. Pour le premier trimestre 1999, Iridium annonce
des revenus de 1,451 million de $ et une perte de 505 millions
de $.
Émise à 20 $, laction Iridium, après
avoir coté plus de 60 $ en 1998, descend à moins
de 7 $. Le PDG est conduit à démissionner.
Iridium se trouve dans lincapacité de faire face
à ses remboursements et doit renégocier en catastrophe
ses emprunts pour obtenir des délais de paiement de la
part des banques.
Iridium redéfinit sa stratégie commerciale en
baissant considérablement ses tarifs de façon
à gagner de nouveaux clients : alors quen novembre
1998, la minute de communication était vendue 7 $, elle
est proposée au début de 1999 entre 1,89 et 3,99
$. Le prix des terminaux est abaissé de 4 000 à
3 000 $. 15 % des effectifs de 550 personnes sont licenciés
et Iridium se focalise sur les marchés dits verticaux,
par secteur dactivité, en cherchant à reprendre
la main sur un marché largement confié aux opérateurs
cellulaires jusquà présent.
La firme fait face à un besoin de fonds
important (1,65 milliards en 1999) quelle ne peut plus
espérer de ses ventes. Nayant pratiquement plus
de fonds propres au terme de son premier trimestre plein dexploitation,
elle dépend totalement des négociations engagées
avec ses créanciers. Motorola, qui détient alors
17,3 % dIridium. et sest porté caution demprunts
importants, doit passer une provision de 126 millions de $ sur
le premier semestre 1999. Veba (O. tel. o) provisionne 108 millions
de $.
Malgré cette situation plus que délicate, les
échéances de négociation sont repoussées
à plusieurs reprises, indiquant lexistence de négociations
sous-jacentes. Le DoD annonce un soutien de lordre de
220 millions de $ en achats de services. Le Department of State
annonce également en juillet 1999 lacquisition
dun millier de terminaux environ pour équiper quelques
300 représentations diplomatiques et autres des États-Unis
à létranger.
Lespoir de trouver un repreneur diminue fortement en mars
2000 quand Craig McCaw, qui a entre-temps sauvé ICO,
jette léponge après avoir envisagé
dinjecter 600 millions de $ dans laffaire. Le 17
mars 2000, Iridium débranche ses utilisateurs des réseaux
commutés, ceux-ci pouvant néanmoins toujours communiquer
entre eux. Le juge des faillites donne à Motorola le
droit de détruire le système spatial. La recherche
de repreneurs conduit toutefois Motorola à conserver
le système en activité. En juillet 2000, la banque
daffaires Castle Harlan qui proposait 50 millions de $
se retire également. En novembre, un autre investisseur,
qui confierait lexploitation à Boeing, tente un
dernier accord.
Les raisons dun échec
Cette situation, qui impacte dès 1999 de façon
négative tous les projets de constellations, mérite
quelques analyses. Léchec dIridium trouve
son origine grossièrement dans trois facteurs :
Des difficultés opérationnelles
Une sur-estimation du marché potentiel
Un positionnement marketing déficient
Les trois facteurs ont leur importance. Iridium
a retenu une solution technique extrêmement ambitieuse,
issue vraisemblablement pour partie de projets élaborés
dans le cadre de la guerre des étoiles. Conçu
entre 1987 et 1992, le projet a retenu des liaisons inter-satellites
et une commutation à bord, techniques certes testées
sur des matériels militaires, mais délicates à
mettre au point et à opérer. On peut se demander
si le recours à des techniques militaires dont seuls
disposent les USA, recours qui a longtemps été
jugé comme un avantage compétitif contestable
dans la mesure où les concurrents non américains
ny avaient pas accès, ne sest pas révélé
au bout du compte un handicap plus quun avantage. Pareil
raisonnement peut sappliquer au projet de constellation
multimédia Teledesic, qui depuis son annonce, a été
dallégement en allégement de façon
à réduire sa complexité initiale. Les projets
européens équivalents, Globalstar et Skybridge,
sont partis sur des ambitions techniques beaucoup plus modestes,
dont ils espèrent que cela renforce leur crédibilité.
Le positionnement commercial dIridium et surtout lévaluation
initiale du marché paraissent les erreurs majeures. Iridium
tablait initialement sur un marché de 6 millions dabonnés,
chiffre revu ensuite à la baisse à 1,8 millions
dabonnés fin 2001 et 0,5 million fin 1999. Pourquoi
ces données apparaissent-elles à posteriori (comme
dailleurs elles létaient à priori)
insuffisantes pour assurer la rentabilité des systèmes
?
- Elles ont été établies dans un contexte
où le développement prévisible des réseaux
cellulaires était bien inférieur à celui
quils ont connu de 1995 à nos jours ; en 1991-1992,
on tablait sur un marché cellulaire se chiffrant à
quelques dizaines de millions dabonnés ; on compte
désormais en centaines de millions dabonnés.
Certes, cette extension du marché devrait augmenter dautant
le marché potentiel des constellations LEO puisque le
nombre de personnes connaissant des problèmes de couverture
croît avec la taille du marché, mais sous les réserves
suivantes.
- Lexplosion des marchés mobiles terrestres a conduit
également à une explosion de leur couverture.
Iridium visait notamment comme marché potentiel les populations
riches des pays en développement, tels la Chine ou lInde,
dont on nespérait pas un équipement rapide.
Or, ces pays font partie désormais des tous premiers
marchés cellulaires et les zones urbaines à forte
activité économique sont désormais correctement
desservies.
- De plus, cette extension des marchés a permis une décroissance
inattendue des prix, tant des terminaux que des communications.
Le prix de la minute mobile rejoint inéluctablement le
prix de la minute fixe et la recette moyenne dun abonné
cellulaire est en passe de rejoindre la recette moyenne dun
abonné fixe. Cest bien évidemment dans ce
nouveau contexte que les utilisateurs jugent non seulement la
qualité du service offert, mais le prix (et le poids)
du terminal tout comme le prix des communications. La comparaison
des réseaux terrestres est impitoyable pour les opérateurs
de constellations.
- Les réseaux cellulaires, compte tenu de la croissance
de leurs marchés, considèrent le roaming international
offert par ces constellations comme marginal par rapport à
celui quils sont dores et déjà en
mesure doffrir ; aucune incitation forte nexiste
pour ces opérateurs avec lesquels Iridium a conclu des
contrats peu contraignants.
- Plus spécifiquement pour Iridium, lévolution
institutionnelle du secteur des télécommunications,
sur la période de développement 1992-1998, a été
considérable : elle sest notamment accompagnée
dune dérégulation sévère et
dune libéralisation des marchés qui a induit
une réduction considérable des prix des communications
longue distance, notamment internationales, et fait actuellement
voler en éclat le système de tarification internationale
bâti sur des accords bilatéraux. Iridium, qui offre
un service de bout en bout, doit donc faire face à une
forte baisse des communications internationales sur lesquelles
il avait bâti la crédibilité de son business
plan.
- Enfin, avec un débit possible de 2,4 kbps par ligne,
Iridium ne pouvait prétendre prendre pied sur des services
data, aussi frustres soient-ils.
Très manifestement, lévolution de lenvironnement
terrestre, technique, économique et institutionnel, a
été sous-estimée par les projets spatiaux,
notamment Iridium. Cest avec en perspective lévolution
future des réseaux terrestres quil faudra analyser
les projets de constellation multimédia.
De plus, Iridium a proposé à sa clientèle
une tarification complexe et élevée. Alors que
les clients potentiels attendaient un prix à la minute
voisin de 3 $, ils se sont vu proposer des tarifs destination
par destination oscillant entre 6 et 9 $ . En juin 1999,
Iridium décide de simplifier sa structure tarifaire en
ne proposant plus que quatre types de services avec des tarifs
sétageant de 1,59 à 3,99 $ la minute. Le
terminal est proposé à 1 495 $ aux États-Unis
: mais il est trop tard pour obtenir une remontée immédiate
de la commercialisation.
Les projets Globalstar et ICO
Les difficultés dIridium ont pesé lourd
sur les autres gros projets de constellations mobiles quétaient
Globalstar, ICO ou Ellipso. Ces projets diffèrent sensiblement
dIridium :
Architectures spatiales différenciées
(orbites LEO, MEO ou elliptiques) ; nombre et masse/puissance
des satellites en concordance
Architectures télécom également très
variées (pas de liaisons inter-satellites, nombre de
gateways, etc.)
Rentabilité assise sur des plans daffaires peu
comparables.
Issue du projet 21 étudié par
Inmarsat, ICO, établie en janvier 1995 et introduite
au Nasdaq en juillet 1998, rassemble les grands actionnaires
dInmarsat, cest-à-dire principalement des
opérateurs de télécommunications européens.
ICO est lopérateur qui réclame le plus de
fonds. Ses 12 satellites sont des satellites de classe géostationnaire
placés sur des orbites moyennes (10 000 km). ICO a passé
commande à Hughes de ses 12 satellites et Hughes a pris
en contrepartie une participation de 2,3 % au capital de ICO
comme Lockheed Martin lavait fait au capital de Iridium
et Loral à celui de Globalstar.
Alors quICO a besoin de plus de 5 milliards de $, il nen
a rassemblé en juin 1999 que 3. Un placement de 500 millions
de $ en juin 1999 nest pas souscrit après report
de léchéance à fin juillet : incapable
de payer ses fournisseurs et de rembourser la charge de sa dette
en août 1999, ICO se place à son tour sous la protection
du Chapitre XI de la loi américaine sur les faillites
le 27 août 1999. En novembre 1999, Craig McCaw sauve ICO
en promettant dapporter 1,2 milliard de dollars à
la compagnie. Un premier renflouement de 500 millions via sa
holding personnelle Eagle River Investment a lieu fin 1999 qui
lui donne le contrôle à 74 % de ICO .
Mais, en mars 2000, ICO connaissait de nouvelles difficultés
avec la perte de son premier lancement par une fusée
Sea Launch. Après renégociation des contrats de
construction des satellites avec Hughes et apport complet des
1,2 milliard de $ par les repreneurs, New ICO était fusionné
en juillet 2000 avec Teledesic et quittait le business de la
téléphonie mobile pour rejoindre celui des services
« multimédia ».
Parallèlement, deux projets qui avaient
reçu de la FCC en 1997 des licences GMPCS quittaient
sans bruit la scène, Constellation Communications Inc.
et Mobile Communications Holding Inc. Si la première
était dépourvue de toute crédibilité
financière, la seconde, MCHI, constituait une alternative
plus sérieuse puisquelle portait le projet Ellipso
qui avait reçu un soutien financier important de ses
fournisseurs, Boeing en août 1998 et Arianespace en août
1999 . Ellipso visait essentiellement un marché
de stations fixes dans les pays mal équipés :
le projet présentait une meilleure progressivité
de linvestissement et les orbites elliptiques retenues
offraient une meilleure utilisation des satellites. Doté
dun budget prévisionnel de 1,4 milliard de $, comprenant
la construction des satellites, leur lancement et leur mise
en uvre, Ellipso a principalement négocié
des crédits avec ses deux principaux fournisseurs, Boeing
et Arianespace, qui sont également entrés au capital
; les fonds réunis nont pas suffi toutefois à
financer le projet, Boeing nayant pas confirmé
des rumeurs de reprise. Il est vrai quentre temps, lindustrie
avait également dû déplorer la mise en faillite
en août 2000 dOrbcomm, opérateur dune
flotte de 35 satellites dédiés à des services
non téléphoniques.
Ne reste alors au début 2000 que Globalstar sur le marché.
Si Globalstar prétend disposer dune économie
différente, cest que le projet se positionne comme
boucle locale radio satellite complémentaire, se chargeant
juste de connecter des usagers qui ne se trouveraient pas dans
une zone desservie par des réseaux terrestres compatibles
avec leur terminal au réseau fixe local à travers
des gateways en nombre important, sans apporter de réelle
valeur en termes de services, ceux-ci étant du ressort
des opérateurs de ces gateways. Globastar a choisi un
schéma où la société mère
assure le service spatial, et le raccordement terrestre est
effectué par des sociétés partenaires qui
mettent en place zone par zone la commercialisation et les gateways
nécessaires ouvrant sur les réseaux terrestres.
LEurope est ainsi répartie entre trois sociétés
:
Tesam, société
commune à France Télécom (51 %) et Alcatel
(49 %), couvre la France, le Benelux, la péninsule ibérique,
la Pologne et la Tchéquie ainsi que de nombreux pays
méditerranéens, africains et latino-américains,
Vodafone dessert le Royaume Uni, la Grèce et dautres
zones (Australie),
Elsacom a la charge notamment de lAllemagne, la Suisse
et lItalie.
Globalstar peut ainsi profiter de la baisse
des coûts des communications internationales sur les réseaux
terrestres qui sont systématiquement empruntés
à la différence dIridium. Son business plan
ne repose dailleurs pas sur le roaming international,
mais uniquement sur la desserte des zones dombre des réseaux
cellulaires terrestres. En offrant des terminaux bi-mode, Globalstar
espère donc à travers le monde recueillir le marché
des utilisateurs des zones rurales peu denses, sans doute principalement
professionnels. Cest le médecin, le vétérinaire
du Massif Central qui sont visés. Pour ne pas dépendre
uniquement des opérateurs cellulaires en place qui pourraient
prendre une marge importante sur des usagers marginaux pour
eux, Globalstar devrait mettre en place une distribution autonome
de terminaux et de services, de façon à générer
une concurrence naturelle avec les autres canaux de distribution.
Le business plan de Globalstar comme celui dICO reposaient
donc sur le potentiel apporté par le marché cellulaire.
Chacun des deux opérateurs visait 1 à 2 % du marché
cellulaire, qui représente environ 500 millions dabonnés
fin 2000, soit à cette date de 5 à 10 millions
de clients potentiels. Globalstar estime que son point mort
sera atteint avec 1 million de clients, ce qui signifie par
exemple datteindre sur le marché français
environ 50 000 abonnés. Globalstar compte également
sadresser au marché fixe en proposant dans les
pays en développement des cabines publiques (à
un prix denviron 3 000 à 3 500 $) dans lesquelles
le prix des communications sera sans doute moins élevé.
Tesam estime par exemple que plus de 50 % du marché africain
sera un marché « fixe », de raccordement
de zones non desservies sur les réseaux nationaux.
Globalstar avait levé environ 4 milliards de $ de capitaux
en juin 1999 . Il a continué à rassembler
des fonds principalement auprès de ses actionnaires en
lan 2000 pour assurer son exploitation . Globalstar
a subi la défaillance dun lancement de 12 satellites
par une fusée Zenit 2 en septembre 1998. Fin août
1999, Globalstar peut ouvrir de façon expérimentale
à lautomne 1999 son système qui peut opérer
avec 32 satellites. La poursuite des lancements permet datteindre
en février 2000 les 52 satellites du système complet
et le service est ouvert commercialement progressivement à
compter de fév-rier 2000. 8 satellites de secours sont
en construction chez Loral. Tirant leçon des déboires
dIridium, Globalstar commercialise son service avec une
politique tarifaire ajustée, terminaux moins chers et
minutes plus économiques.
Avec des frais en année courante denviron
850 millions de $, Globalstar doit réunir environ 1 million
de clients pour les couvrir, objectif annoncé par ses
principaux actionnaires pour la fin 2000. Or, les résultats
du troisième trimestre 2000 font apparaître 21
300 abonnés et un trafic de 2,3 millions de minutes sur
le troisième trimestre, soit un peu plus de 100 minutes
par abonné, montant bien inférieur au trafic moyen
attendu. On est donc très loin du compte et sur des chiffres
très voisins de ceux dIridium après 6 mois
dactivité : la recette cumulée des 9 mois
2000 atteint 2,5 millions de $. Laction chute brutalement
en novembre 2000 sur ces mauvais résultats.
Globalstar fait feu de tout bois, comptant sur son extension
géographique pour accélérer son développement,
et mettant laccent de plus en plus sur les marchés
verticaux, dont il faut reconnaître quils restent
des marchés de niche : bus brésiliens, équipement
des avions, militaires, etc. Globalstar tente de développer
également les services data, mais reste contraint par
un débit de 9,6 kbps par canal. Le constat quil
est possible de faire fin 2000 est accablant : Iridium a laissé
une ardoise de plus de 4 milliards de $, ICO denviron
3, Globalstar a déjà perdu 1,3 milliard de dollars.
On voit mal comment Globalstar pourra échapper au sort
de ses prédécesseurs, au risque dentraîner
des difficultés considérables pour Loral voire
Qualcomm.
Dans un marché qui se révèle extrêmement
étroit, il faut en plus tenir compte de la concurrence.
Outre les services offerts à partir de satellites existants,
notamment le service Planet de la Comsat supporté par
les satellites Inmarsat (avec des terminaux plus importants
que les terminaux GMPCS), plusieurs projets sont en cours de
développement portés par les principaux industriels
:
Le système Lockheed Martin en Asie
(AceS) opérationnel en 2000,
Un projet Hughes au Moyen-Orient, Thuraya, dont le lancement
doit intervenir avant la fin 2000,
Un projet africain, Rascom, visant les postes fixes, dont la
mise en service ne devrait pas intervenir avant 2002.
Ces projets sintéressent aux marchés
mobiles ou fixes, avec des terminaux presque similaires, et
des coûts inférieurs. Les dates prévues
douverture, 2000-2002, vont rendre la concurrence ardue
à Globalstar.
La décennie 90 a vu la sphère financière
prendre le « contrôle » de lindustrie
des télécommunications.
Après avoir soutenu à bout de bras des innovations
jugées périlleuses, et qui se sont confirmées
telles, dans les satellites LEO comme dans les valeurs Internet,
elle risque de dédaigner ces secteurs dont la pertinence
nécessite seulement dêtre mesurée
à sa juste valeur. Leffet de yo-yo semble aujourdhui
dans son amplitude maximale. Les conséquences stratégiques
pourront en être considérables pour de nombreux
acteurs.
|
L'AVENIR
Europe : feu vert
à la constellation souveraine de satellites de télécommunications
17 novembre 2022 Le Parlement européen
a voté en faveur de la mise sur orbite d'Iris2, une
nouvelle constellation de satellites pour les communications
haut débit qui doit rendre l'UE indépendante des opérateurs
étrangers tels que Starlink.
Une constellation de satellites qui vise à offrir une connectivité
à toute l'Europe et à l'Afrique. "Un grand pas
pour notre résilience et un pas de géant pour notre
souveraineté technologique", a salué Thierry Breton,
commissaire au marché intérieur sur Twitter. Le réseau
doit être actif à partir de 2024 . "Ces
satellites seront utiles aux gouvernements, mais aussi aux citoyens,
en apportant l'internet dans les zones les moins connectées.
Je suis également heureux qu'ils soient un exemple de durabilité
spatiale et environnementale, comme l'a demandé le Parlement
européen", a déclaré le rapporteur du texte
Christophe Grudler.
| Les constellations de satellites de connectivité
: une alternative ?
Eutelsat, Kuiper
vs Starlink !
05 avril 2022, Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon,
signe la plus grande acquisition commerciale de fusées
de l'histoire : 83 lanceurs auprès de trois partenaires
: Arianespace pour 18 Ariane 6 ; United Launch Alliance (ULA),
coentreprise formée par Boeing et Lockheed Martin, pour
38 fusées Vulcan et enfin Blue Origin, la propre société
spatiale du milliardaire, pour 12 New Glenn (et 15 en option).
Leur mission ? Déployer en orbite basse la majorité
des 3 .236 satellites de Kuiper, la constellation géante
d'Amazon, d'ici à cinq ans.
Entre 30 et 39 satellites Kuiper seront
embarqués à bord de chacune des 18 Ariane 6. Au
total, la fusée européenne déploiera entre
540 et 702 satellites Kuiper. Point commun entre les trois fusées
: aucune n'a encore volé.
Mais Jeff Bezos est pressé car
il a l'obligation de lancer au moins 50 % de ses satellites
d'ici à 2026, et le solde d'ici à 2029, s'il ne
veut pas perdre les fréquences attribuées par
l'agence américaine des télécoms (FCC)
en 2020. Et le fondateur d'Amazon veut combler son retard
sur Elon Musk, dont la constellation Starlink est opérationnelle
depuis 2020.
Les milliardaires Elon Musk (SpaceX), Richard
Branson (Virgin Galactic), et Jeff Bezos (Blue Origin) se sont
ainsi imposés comme les acteurs emblématiques
de ce que l'on appelle désormais le New Space. 2.056
satellites ont été envoyés en orbite en
2022. Dix ans plus tôt, ils n'étaient qu'une centaine.
Sur ces 5,7 satellites lancés en moyenne chaque jour,
une majorité appartient à la société
SpaceX qui détient déjà 45% de l'ensemble
des satellites actifs en orbite basse. Si la conquête
spatiale constituait autrefois un enjeu géopolitique
majeur pour les Etats, ces derniers ont délaissé
le secteur ces dernières années, laissant le privé
occuper un rôle de plus en plus important.
L'année 2015 a en effet marqué
un tournant historique dans le domaine spatial, avec la mise
en place du Space Act aux Etats-Unis. Alors que
jusque-là l'espace extra-atmosphérique ne pouvait
faire l'objet d'aucune appropriation (Traité de 1967
; en réalité ce traité na jamais
été appliqué, les traités de lONU
nayant aucune force légale), le Space Act a ouvert
l'utilisation des ressources spatiales, jusqu'alors réservées
aux Etats, aux entreprises privées. Dès l'année
suivante, les privés y ont investi 1,8 milliard de dollars,
soit près de deux fois plus de fonds que lors des quinze
précédentes années combinées. La
même année, le budget de la NASA qui représentait
4,4 % du budget fédéral américain total
en 1965, est passé à 0,50 %. Il s'est donc opéré
une véritable ouverture aux acteurs privés qui
semblent désormais avoir pris le pas sur les agences
spatiales gouvernementales.
De son coté, décidé
en mars 2023, le programme de lUnion européenne
IRIS2 (Infrastructure de résilience, dinter-connectivité
et de sécurité par satellite) de constellation
satellitaire de connectivité sécurisée,
constituera le premier réseau de satellites multi-orbitaux
en Europe.
Après Galileo et Copernicus, voici venir Iris2.
C'est le nom de la future constellation européenne de
satellites qui doit devenir l'alternative à Starlink
(SpaceX) pour les communications haut débit. Les députés
européens ont voté en faveur du projet, qui est
sur la table depuis 2021, le 14 février. Iris2
est destinée tant à des usages militaires et souverains
que grand public. Elle devrait reposer sur plusieurs centaines
de satellites multi-orbitaux.
Ce projet à 2,4 milliards d'euros
est un enjeu de souveraineté européenne, à
l'heure où les États-Unis et la Chine déploient
leurs propres constellations. Les États-Unis viennent
justement de valider le lancement de plusieurs milliers de satellites
de la future constellation Kuiper (Amazon). L'Agence spatiale
européenne apportera 642 millions d'euros supplémentaires.
Les investissements destinés aux services commerciaux
grand public seront portés par le privé. Le coût
total est évalué à 6 milliards d'euros.
Début 2023 Parmi les annonces
majeures, celle dune offre internet par satellite a fait
grand bruit. Adoptée par Elon Musk pour le réseau
mobile avec son réseau de satellites Starlink,
cette technologie va donc gagner le catalogue Orange «
courant 2023.
Avec son offre internet par satellite, Orange promet
doffrir du haut débit partout pour le prix de la
fibre.
Développée en partenariat avec Eutelsat, loffre
de lopérateur utilisera le satellite Connect
VHTS qui offrira une capacité totale de 500 Gb/s
et couvrira lensemble du territoire français.
Concrètement, les abonnés au service bénéficieront
de débits allant jusquà 100 Mb/s en réception
et 10 Mb/s en émission. Cest quasiment trois fois
moins que ce que propose lopérateur avec ses offres
fibre, mais cela reste très rapide.
Avec cette offre, Orange court-circuite
celles de sa filiale Nordnet qui propose déjà
ce type dabonnement par satellite. Mais chez Nordnet,
il faut débourser de 40 à 80 euros par mois pour
100 Mb/s de débit descendant et, surtout, une limite
de 150 Go de données. Loffre dOrange devrait
être plus abordable pour une utilisation illimitée
avec, en prime, une compatibilité avec la technologie
Wi-Fi Mesh (optimise la couverture du foyer).
Loffre internet par satellite dOrange vise les foyers
ne pouvant bénéficier du très haut débit,
comme ceux situés dans les zones blanches.
La plupart du temps, ces clients vivent dans des régions
reculées où le réseau terrestre (ADSL ou
fibre) nest pas ou peu présent et où les
investissements seraient trop coûteux pour lopérateur.
Cette démarche sinscrit dans le plan France Très
Haut Débit supervisé par le gouvernement. Il souhaitait
que 100% des foyers soient raccordés au Très Haut
Débit. Par « très haut débit »
le gouvernement entend des débits supérieurs à
30 Mb/s. La solution dOrange répond donc à
cette problématique, en attendant le déploiement
de la fibre sur lensemble du territoire prévue
pour fin 2025. Si tout va bien
Stratégique pour la France et lEurope,
cette constellation sera constituée de 290 satellites
placés sur deux orbites différentes : basse (jusquà
2 000 km) et moyenne (entre 2 000 et 35 786 km) ; dotée
dun budget de 10,6 milliards deuros, IRIS2 nentrera
en service quen 2030-2031.
Opérationnel en 2027 Iris2 servira
à la fois à apporter une connexion haut débit
dans les zones peu ou pas couvertes par les réseaux terrestres,
et à assurer un service sécurisé pour les
États, notamment en cas de crise nécessitant une
infrastructure de secours.
Les premiers appels d'offres, réservés aux acteurs
européens, sontêtre lancés. Une place importante
sera réservée aux start-up.
Les premiers satellites pourraient être mis sur orbite
fin 2024, pour un service pleinement opérationnel en
2027.
Les méga-constellations
Depuis les années 1990, les missions
des constellations ont évolué. Iridium de Motorola
(77 satellites) en 1997 et Global Star (48 satellites) dune
commandite de 10 sociétés, dont Alcatel, Qualcomm,
Vodaphone,
, en 1998, devaient compléter la couverture
assurée par les premiers téléphones mobiles.
Mais il fallait un téléphone satellitaire et payer
un abonnement très cher. Le marché était
restreint. Cest O3B (acronyme de « Other 3 Billion
», par référence aux 3 milliards de population
mondiale non encore couverte par Internet), imaginé par
Greg Wyler en 1993, qui a démocratisé le concept
de réduction de fracture numérique. Opérationnel
en 2014, O3B na cependant que partiellement rempli sa
mission avec une flotte de 20 satellites, autour de la ceinture
tropicale.
La promesse des méga-constellations,
ces flottes de centaines, voire de milliers de satellites, orbitant
entre 450 et 1.500 km autour de la Terre : offrir du web haut
débit. Elles consacrent la convergence entre le numérique,
le cloud et le spatial.
Il sagit de connecter, partout,
tout le temps, et à bas prix, les 7,7 milliards de terriens
au sein dun réseau universel. 43 % nont pas
encore accès à internet ; y compris dans les régions
développées comme lUnion européenne
où 10 % des foyers ne sont pas connectés. La connectivité
par satellite permet en effet de combler les zones blanches,
en rase compagne, en montage ou en pleine mer, que ne couvrent
pas les réseaux filaires (fibre optique, câble,
ASDL) ou non filaires (4G, 5G, THD radio).
Leur marché sélargit
à tous les acteurs économiques et étatiques
: les citoyens, les foyers individuels, les entreprises, les
opérateurs mobiles, les organismes gouvernementaux, ainsi
que les objets mobiles (avions, bateaux, trains, camions, voitures,
, et aussi les États ! Et tout spécialement
dans des régions pas ou mal desservies et éloignées,
que ce soit aux États-Unis, en Afrique ou en Australie,
zones pour lesquelles cest une solution viable, voire
unique, qui change la donne.
La course aux constellations géantes
a été lancée en mai 2019 lorsque SpaceX,
la société spatiale dElon Musk, a déployé
en orbite basse (à 550 km) les premiers « petits
» satellites (de 250 kilos environ) de Starlink, qui,
dans une première phase, à raison dun lancement
de sa fusée Falcon 9 tous les quatre jours, en comptera
12.000 (44.000 dici à la mi-2027 pour couvrir la
surface de la Terre). Très loin des stations géostationnaires,
à 36.000 km de la terre, et qui ne couvrent quune
zone à la manière dune lampe torche braquée
sur une orange.
La constellation dElon Musk est
aux avant-postes dune vague qui met au défi les
opérateurs de télécoms historiques. Si
les 110 projets de constellations de télécoms
qui ont été recensés dans le monde ne trouveront
pas tous leur place sur un marché qui sera rapidement
encombré, la révolution est en marche.
Opérateur historique de droit français
créé en 1977, Eutelsat a mis en orbite
une flotte de 37 satellites géostationnaires (GEO), à
36 000 km d'attitude. De son côté, OneWeb a fait
le choix de déployer au 1T 2023 une constellation de
quelque 618 satellites en orbite basse (LEO), soit à
quelques centaines de kilomètres d'altitude. En combinant
orbite géostationnaire et orbite basse, Eutelsat Group
(né de la fusion des deux sociétés en septembre
2023) rivalise Starlink pour fournir des services de communications
à haut débit et à faible latence pour un
prix abordable.
Kuiper, la constellation dAmazon
de Jeff Bezos, se lance avec ses 3.236 satellites prévus.
Accusant un net retard, ce dernier devrait lancer début
octobre 2023 les deux premiers satellites de démonstration
de sa constellation. Vodafone a déjà fait savoir
quil travaillerait avec Kuiper, pour étendre la
portée de ses réseaux 4G et 5G en Europe et en
Afrique.
Dautres projets sont en piste. Le canadien
Telesat doit mettre en service, dici fin 2023,
LightSpeed, doté de 298 satellites à base dintelligence
artificielle, visant principalement les marchés professionnels
et gouvernementaux. Si le succès est au rendez-vous,
LightSpeed comptera 1.400 satellites interconnectés,
formant un réseau internet dans lespace. Autre
acteur de poids à entrer sur ce marché, Boeing,
qui se distingue avec une constellation multi-orbites de 147
satellites déployés dici à 2030,
dont 132 en orbite basse et 15 placés entre 27.355 et
44.221 km daltitude, soit plus haut que lorbite
géostationnaire (à 36.000 km de la Terre) où
tournent les gros satellites de télécoms.
Egalement dans lintérêt
des Etats.
À côté des acteurs privés, les États
voient dans les constellations un moyen dassurer leur
souveraineté numérique. À leurs yeux, ces
infrastructures sont aussi stratégiques que leur système
de positionnement - GPS américain, Galileo en Europe,
Glonas en Russie et Beidu en Chine - et dobservation de
la Terre (Copernicus en Europe).
Aux États-Unis, le Pentagone a signé des contrats
avec Starlink mais veut se doter dune capacité
en propre. En mars 2022, Washington a débloqué
un budget, réparti entre trois fournisseurs de satellites
- Lockheed Martin, Northrop Grumman et York Space - pour déployer
Transport Layer, un réseau de communications par internet
de nouvelle génération ultrasécurisées,
fort de 126 satellites. Avec Transport Layer, le Pentagone veut
saffranchir des constellations privées, susceptibles
dêtre piratées.
Objectif identique pour lEurope
qui veut garantir la protection et lintégrité
de ses données et disposer dun système de
secours, capable dassurer la continuité dinternet
en cas de saturation ou deffondrement des réseaux
terrestres suite à une crise, une panne géante
ou une cyberattaque. Cette réassurance spatiale est au
cur du projet européen de constellation, à
base de technologies quantiques cryptées. Présenté
début 2021, le programme Iris devrait être lancé
en novembre 2022. La constellation européenne doit compter
600 satellites, qui seront interconnectés avec des satellites
GEO. Les premiers services devraient être opérationnels
à partir de 2024. La Russie, avec le projet Sfera (600
satellites) et la Chine avec GuoWang (plus de 12.920 satellites),
ainsi que l'agence américaine de développement
de l'espace, rattachée au ministère de la Défense,
qui en prévoit entre 300 et 500, sinscrivent dans
ce mouvement.
La BA des méga-constellations
En janvier 2022, les Tonga ont été
frappées par une éruption volcanique qui a déclenché
un tsunami et coupé le câble Internet sous-marin
de lîle de 825 km, interrompant les liaisons de
communication du pays avec le reste du monde. Starlink de SpaceX
est intervenu pour restaurer lInternet des Tonga pendant
la réparation du câble.
Fin février 2022, lors de la guerre
en Ukraine, Starlink a prouvé, dans des conditions dramatiques,
son efficacité. Interpellé le 26 février
par Mykhailo Fedorov, le vice-premier ministre ukrainien sur
Twitter, deux jours après linvasion de lUkraine
par la Russie, Elon Musk a réagi très vite. Il
a déplacé des satellites Starlink au-dessus de
lUkraine et activé le service quelques heures plus
tard. Ainsi, entre autres services, les drones utilisés
par larmée ukrainienne reçoivent les coordonnées
précises des chars russes. Par ailleurs, de nombreux
Ukrainiens peuvent également rester connectés
au monde extérieur. Cependant, des coupures du réseau
Starlink, très utilisé par les Ukrainiens pour
les communications, se sont multipliées dès l'automne
2022 sur le champ de bataille, obligeant parfois l'armée
ukrainienne à des replis en urgence. Pour plusieurs raisons
! Ainsi, toujours en 2022, Elon Musk dit avoir demandé
à ses ingénieurs de couper le signal Starlink,
afin de brouiller les drones chargés d'explosifs qui
filaient vers la flotte navale russe en Crimée ; il craignait
que la Russie réponde à cette attaque par une
riposte nucléaire.
La mort des câbles sous-marins ?
Les constellations de satellites
ne conduiront pas à lextinction des câbles
de télécommunications sous-marins géants,
dont près de 500 relient le monde.
Certes les réseaux satellites présentent
un avantage clé par rapport aux réseaux câblés
sous-marins : les utilisateurs nont quà acheter
un kit de liaison montante (box internet) pour se connecter.
Pendant ce temps, il faut des semaines ou des mois pour poser
un câble sous-marin. Mais les systèmes satellites
sont aussi chers que les câbles sous-marins sont «
bon marché ».
Par ailleurs, les câbles sous-marins
traitent, beaucoup plus rapidement, des centaines de térabits
de données par seconde et peuvent connecter des continents
entiers. Les réseaux par satellite et les câbles
sous-marins sont donc en réalité complémentaires
et ne sont pas destinés à se faire concurrence.
« Les réseaux satellites sont les rampes daccès
aux autoroutes que sont les réseaux sous-marins. »
Ces constellations sont, pour linstant
du moins, avant tout destinées à couvrir les zones
délaissées par les opérateurs télécoms,
les grands espaces américains, australiens, ou les zones
blanches en Europe. Les opérateurs télécoms
ne sont même pas dans la compétition des satellites.
Dans quelques années, les terminaux pourraient être
suffisamment petits pour être portatifs. Il nest
donc pas exclu que les technologies évoluent suffisamment
pour que le satellite devienne une alternative économiquement
concurrentielle aux réseaux mobiles terrestres.
|
Histoire d'une fiction
Le satellite éducatif par Pierre
Mglin
Quelques jours après le lancement par la Nasa de
Telstar 1, premier satellite opérationnel de télécommunications,
le 10 juillet 1962, ATT,
qui en
était propriétaire, voulut marquer l'événement.
Mais il fallait faire vite et bref : non seulement l'engin n'avait devant
lui que quelques mois de fonctionnement, mais encore son utilisation effective
était limitée à la durée de ses passages au-dessus
des stations d'émission réception, soit environ vingt minutes
à chaque fois. Non sans ironie, le correspondant à Paris
du New York Times John Crosby, raconte comment s'engagea alors la chasse
aux programmes destinés à inaugurer l'ère spatiale
: « Toutes les télévisions nationales ont reçu
l'ordre de transmettre quelque chose, n'importe quoi mais quelque chose,
pour le nouvel appareil miracle. " C'était un jouet tout neuf,
et on ne pouvait s'empêcher de l'essayer ", dit-on ici ».
Plus facile à dire qu'à faire cependant. Que diffuser un
mois d'août, quand les grands événements sont ordinairement
plutôt rares ? « La CBS a ratissé toute l'Europe, continue
Crosby, et n'a découvert d'important qu'un concours d'avaleurs
de saucisses, qu'on a consciencieusement retransmis par le truchement
de l'extraordinaire boule, même s'il s'agissait d'un fait divers
qui aurait pu voyager à dos de chameau sans rien perdre de son
essence. »
Ainsi l'Histoire retiendra-t-elle que l'une des premières émissions
de télévision en direct entre l'Europe et l'Amérique
fut consacrée à un concours
d'avaleurs de saucisses !
LE SATELLITE, LE CHAMEAU ET LE MAÎTRE D'ÉCOLE
Faut-il s'en indigner en stigmatisant le décalage entre une technologie
si puissante et l'usage vulgaire qui en fut fait ? A cette question, Marshall
McLuhan (1977, p. 226) qui cite (pour le critiquer) l'article de Crosby
répond par la négative. Ce qu'en effet, selon le théoricien
canadien, le satellite permettrait, à la différence du voyage
à dos de chameau, ce seraient l'instantanéité et
la proximité, facteurs propres aux médias électroniques,
radio et télévision, auxquels il conférerait une
dimension planétaire.
L'« intérêt humain » (ibidem, p. 291) s'en trouverait
du même coup élargi aux dimensions d'un village devenu global,
même si c'est la retransmission d'un concours d'avaleurs de saucisses
qui est en cause...
Sans chercher à trancher entre Crosby et McLuhan en nous prononçant
à notre tour sur les mérites comparés du satellite
et du chameau, et sur les poids relatifs du médium et du message,
nous retiendrons de leur controverse trois éléments susceptibles
d'alimenter ce propos.
- Le premier a trait à l'obligation qu'illustre de manière
caricaturale le syndrome de l'avaleur de saucisses : obligation singulière
selon laquelle, en surcapacité récurrente, le secteur des
télécommunications spatiales doit - davantage et plus impérativement
que tout autre - inventer et promouvoir des utilisations de nature à
justifier l'ampleur des efforts industriels et des investissements financiers
à engager. A fortiori quand ces investissements font appel à
l'argent des contribuables. C'est ici qu'intervient, une première
fois, le satellite éducatif ou plus précisément le
maître d'école, utilisateur tout désigné d'une
technologie que personne d'autre (hormis les militaires) ne veut expérimenter.
Depuis ATS 1, en 1971 aux USA, jusqu'à Olympus (1), aujourd'hui
en Europe, le même phénomène se répète
régulièrement.
- Le deuxième élément porte sur l'idéologie
planétaire qui sous-tend le discours sur les communications spatiales.
Comme en témoigne McLuhan, caution maintes fois sollicitée,
les années 60 et 70 sont marquées par les idéaux
d'une solidarité et d'une prise de conscience nouvelles induites
par la diffusion instantanée des mêmes images sur toute la
surface du globe. A nouveau intervient le satellite éducatif, mais
cette fois sous la forme d'une fiction : celle d'une machine à
communiquer universelle tirant symboliquement sa dimension intrinsèquement
éducative de l'étendue de sa couverture et non plus comme
précédemment de ses usages pédagogiques, en-deçà
des messages qu'elle véhiculerait et des utilisations auxquelles
elle se prêterait.
- Le troisième élément - seulement évoqué
en conclusion concerne ce qui est plus fondamentalement en jeu à
travers cette fiction : si elle est le fruit de la rencontre entre l'utopie
mondialiste propre aux contextes de l'aprèsguerre et de la décolonisation
et un optimisme technologique d'autant plus agressif qu'il se nourrit
des hauts faits de la conquête spatiale et de la compétition
américanosoviétique, l'on doit se demander dans quelle mesure
n'y transparaissent pas également des visées probablement
plus politiques et commerciales. Leurs objets ? Tester à moindre
frais et dans les conditions privilégiées de l'expérimentation
éducative la mise en uvre de réseaux sans frontières
associant audiovisuel et télécommunication dans la perspective
de leur « opérationalisation » ultérieure et,
plus lointainement, en vue d'autres « transnationalisations ».
Le syndrome de l'avaleur de saucisses : les éducateurs à
la rescousse
Ce que Crosby et McLuhan ignoraient vraisemblablement, c'est qu'à
l'époque de Telstar, plusieurs groupes de spécialistes en
provenance de grandes institutions éducatives, de l'Unesco, de
l'ACCT et de fondations nordaméricaines ainsi que de l'industrie
astronautique (Nasa, ministère canadien des Communications ou Cnes)
étudiaient déjà de près les possibilités
offertes par les systèmes satellitaires aux éducateurs et
planificateurs en développement. Ainsi, dans les années
60, des projets comme Saci au Brésil, Serla dans les Andes ou Socrate
à destination de dix-sept pays d'Afrique francophone sont-ils les
témoignages de cet intérêt précoce. D'autres
projets , plus ambitieux encore mais moins avancés, comportaient
ni plus ni moins l'objectif d'une alphabétisation universelle que
de nombreux experts, à l'instar de Gaston Berger, estimaient enfin
devenue réalisable grâce aux systèmes modernes de
communication.
Nouveaux avatars, histoire ancienne Sans doute a-t-il fallu, pour des
débuts de réalisations, attendre les satellites de la décennie
70. Réalisations
autrement modestes au demeurant. C'est que la technolgie s'est révélée
moins fiable et plus coûteuse que prévu, et les émissions
à diffuser, insuffisantes ou inadaptées ; pire encore, la
« super-médiathèque volante », pour reprendre
une expression fréquemment employée alors, est apparue n'avoir
de réelle utilité que quand, localement, des infrastructures
pédagogiques pouvaient assurer des fonctions de relais. Or justement,
dans les pays en développement, ces infrastructures étaient
la plupart du temps déficientes et, paradoxalement, celles qui
existaient avaient parfois tendance à être plus déstabilisées
que renforcées par la présence satellitaire.
Il n'empêche que les expériences pédagogiques auxquelles
les satellites de communication ont donné lieu frappent rétrospectivement
par leur nombre et par leur diversité. Ainsi, entre 1971 et 1981,
plus d'une centaine d'opérations, de taille inégale il est
vrai, ont-elles été effectuées un peu partout dans
le monde, figurant parmi les applications les plus originales -parfois
parmi les seules à mettre au compte des satellites expérimentaux
: essentiellement trois satellites américains (ATS 1, 3 et 6),
deux satellites canadiens (Hermès et Anik-B), et le satellite franco-allemand
Symphonie. Qu'en retenir ? Les quelques milliers d'heures
d'émissions scolaires et de formation pour adultes de Site (via
ATS 6) et de Step (via Symphonie) en Inde, les multiples expérimentations
de réseaux communautaires et de coopération universitaire
au Canada (via Hermès), les sessions successives de téléséminaires
franco-ivoiriens et franco-québécois (via Symphonie) , l'implantation
de la télévision éducative en Colombie britannique,
en Alaska, dans les Appalaches et les Rocheuses (via les ATS) et bien
d'autres expériences encore.
Une question vient immédiatement à l'esprit, celle des raisons
et modalités des associations qui y ont présidé :
comment experts de l'éducation et du développement, d'un
côté, et industriels spatiaux, de l'autre, ont-ils été
amenés à prendre en commun de telles initiatives et à
coordonner leurs ressources, alors qu'ils appartenaient à des secteurs
d'activité si différents, qu'ils relevaient de modes de
fonctionnement si hétérogènes, et qu'a priori il
s'agissait d'opérations risquées et coûteuses pour
les uns et sans profit pour les autres ?
Pour essayer de comprendre, il faut donc, avec un peu de recul, commencer
par observer que si le projet est nouveau, l'histoire, elle, est plutôt
ancienne : ce qui s'est produit avec les satellites qui viennent d'être
cités et ce qui, mutatis mutandis, continue de se produire aujourd'hui
n'n'est peut-être que la reprise, seulement plus spectaculaire,
d'une convergence à laquelle, dans le champ de l'éducation,
l'arrivée de chaque nouvel outil de communication donne lieu régulièrement.
Non cependant sans poser, dans ce cas particulier, quelques problèmes
spécifiques que l'on va voir aussi.
L'intérêt (plus ou moins) désintéressé
des sphères industrielles.
D'un côté en effet, celui des sphères industrielles
et des responsables spatiaux, l'idée de l'utilisation pédagogique
des satellites a commencé par bénéficier des contributions
plus ou moins successives de trois séries d'intervenants fort différents
les uns des autres.
Se manifestent tout d'abord de grandes figures de la recherche scientifique,
des ingénieurs ou des experts de haut rang, désireux par
conviction personnelle de faire servir les innovations à des causes
sociales ou humanitaires, spécialement à la diffusion du
savoir. Même si la lignée des inventeurs solitaires et souvent
idéalistes, celle des Niepce ou des Edison, appartient à
une époque révolue,ce sont encore de véritables militants
de la cause pédagogique des satellites qui apparaissent en première
ligne, quelques-uns acquérant en cette occasion un statut tutélaire.
Tels Vikram Sarabhai, en Inde, instigateur dès 1963 du programme
de recherches spatiales et fervent défenseur de Site, ou John Chapman,
du ministère canadien des Communications, l'un des pères
du satellite Hermès et de ses utilisations éducatives et
communautaires, ou encore Jean d'Arcy, en France, ardent promoteur du
satellite comme « réponse révolutionnaire aux besoins
d'éducation, d'unification nationale, de promotion du développement
et de lien avec le reste du monde » des pays en développement
(in François Cazenave, 1984, p. 135).
Ensuite, toujours du côté des satellites mais dans des perspectives
moins désintéressées, se présentent les responsables
politiques. S'ils attachent eux aussi du prix aux applications pédagogiques
, c'est pour s'en servir comme bancs d'essai ou opérations de prestige.
Le satellite n'est plus seulement mis à l'épreuve en situation
réelle ; le voici littéralement mis en spectacle, dramaturgies
expérimentales à l'appui, les mêmes acteurs jouant
souvent les mêmes rôles : celui du pionnier, de l'évaluateur,
du décideur, de l'utilisateur anonyme, etc. Dans quel but ? Faire
la preuve de l'efficacité du système auprès de l'opinion
publique et des clients potentiels. La métaphore musicale filée
par Hubert Curien (1980, p. 23), à l'époque président
du Cnes, à partir du nom même de « Symphonie »,
le dit clairement : « (Ces utilisateurs) ne seraient pas ici aujourd'hui
si la mélodie ne les avait pas quelque peu charmés... »
Mélodie d'autant plus charmante qu'elle s'accompagne de facilités
techniques et financières : à chaque fois, le Cnes - comme
la Nasa et le ministère canadien des Communications fournit gratuitement
l'accès au satellite et toute l'infrastructure au sol.
La troisième vague, enfin, est celle des industriels de programmes
et de matériels. A leur tour, ils se montrent favorables aux applications
pédagogiques, mais avec des préoccupations encore différentes.
C'est pour les marchés d'appel qu'offre la formation dont les publics,
dans le système formel, ont l'avantage d'être captifs et
pour les débouchés qu'elle pourrait offrir si la technologie
se développe, notamment en entreprise et à domicile. Ce
sont donc des motivations typiquement commerciales qui poussent - ou ont
poussé - les responsables d'Olympus ou ceux du satellite privé
Astra, après ceux des satellites du début, à solliciter
et à favoriser, au moins dans un premier temps, la présence
d'institutions éducatives sur leurs canaux.
Ainsi se déroule, réalisant la convergence de ces trois
types disparates d'interventions, le scénario bien rôdé
dont, à son tour, après d'autres outils de communication,
le satellite est le bénéficiaire. Encore faut-il un contenu
à ce projet d'utilisation pédagogique. Il est donc indispensable
que de l'autre côté, celui des sphères éducatives
elles-mêmes, une certaine volonté d'utiliser la technologie
se fasse jour également, et que des stratégies adéquates
soient mises en uvre. Or, à ce stade, qui est celui de la
définition des usages, commencent les difficultés.
Sommation d'usage
Certes, du côté des sphères éducatives sommées
de se servir du « jouet tout neuf », comme à chaque
fois se mobilisent professionnels de l'innovation pédagogique,
technologues de l'éducation, planificateurs et réformateurs,
toujours prêts à saisir l'occasion - voire le prétexte
- d'un instrument nouveau pour rénover méthodes et structures
des systèmes de formation et en élargir l'influence hors
de l'école proprement dite, par le biais de l'action culturelle,
du développement communautaire et des réseaux de l'éducation
populaire.
Leur activisme, pourtant, n'est pas suffisant. Il ne suffit de toutes
façons jamais pour l'implantation durable d'une innovation technologique
quelle qu'elle soit, c'est-à-dire pour son appropriation effective
par ceux à qui elle est destinée. A cet égard, la
trajectoire de nombre de ces produits nouveaux vite remisés dans
les placards d'une salle de classe - circuits fermés de télévision,
magnétoscopes, micro-ordinateurs, etc. - est là pour rappeler
l'urgence de laisser du temps au temps afin que s'exerce la logique des
usages sociaux, même lorsque les bonnes fées de l'industrie
se penchent sur le berceau. En outre, dans ces circonstances, la présence
de ces innovateurs dispense d'autant moins d'un argumentaire convaincant,
que non seulement a priori le maître d'école n'attend pas
grand chose du satellite mais surtout que le satellite lui-même
ne paraît pas avoir grand-chose à proposer au maître
d'école.
Double handicap par conséquent, dont le premier est bien caractérisé
par la formule lapidaire de J. Murray Richmond (1978, p. 159), co-évaluateur
des programmes canadiens via Hermès : « An Evaluator's Paradox
: Demonstrations in the Absence of Demonstrated Need ».
Quant au second, c'est celui auquel se heurtent les promoteurs du satellite
: l'imprévisibilité de ses usages.
Des satellites pour quoi faire ?
En leitmotiv revient en effet la question : « Des satellites, pour
quoi faire ? ». Ainsi, à propos de Hermès en 1977,
est-ce le ministre canadien des Communications en personne, Jeanne Sauvé
(1978, p. 1), qui évoque ses doutes, la nuit où Hermès
fut lancé : « Pour les chercheurs et les ingénieurs,
Hermès était un chef d'oeuvre de la technologie moderne,
le satellite des télécommunications le plus puissant au
monde. Mais les expérimentateurs, eux, devaient le mater, apprendre
à s'en servir et à le mettre au service de la population
». Et de s'interroger : « Cette réussite même
incite à se demander pourquoi il était nécessaire
de mettre au point un satellite du genre d'Hermès. » Emanant
de celle qui a la responsabilité de toute la politique spatiale
canadienne, et adressée à une assemblée d'universitaires
censés y répondre par leurs propres utilisations, l'interrogation
a de quoi inquiéter...
A plus forte raison inquiétera-t-elle si l'on se réfère
à ce qui se passe ordinairement pour les autres technologies qui,
à leurs débuts ou ultérieurement, suscitent rarement
des questionnements si radicaux sur leur emploi et sur leur utilité.
Assez instructif, à cet égard, l'avis de deux ingénieurs
du Cnes, Bernard et Puech (1975, p. 29), comptant parmi les artisans du
programme Symphonie. Ils commencent par citer l'informatique puis le nucléaire
: « La technique informatique permet de traiter un très grand
nombre de données et d'obtenir des informations précises
dont l'importance est considérable. La technique nucléaire
est développée pour fournir de l'énergie à
l'Humanité » Ces deux techniques, disent-ils en substance,
n'ont donc pas (ou plus) à faire la preuve de leur utilité
sociale : elle est évidente. Ce n'est cependant pas, selon eux,
le cas du satellite : « La technique astronautique, au contraire,
ne s'est pas présentée jusqu'ici comme chargée de
satisfaire un besoin de l'Humanité ou comme susceptible de modifier
son cadre de vie. Les débouchés professionnels sont donc
fixés quantitativement, par des décisions gouvernementales
inspirées par une politique, soit de prestige, soit de défense,
voire par une politique scientifique, mais ils ne sont pas liés
à un marché résultant d'une demande, à court
ou à moyen terme, de la population » (ibidem).
Ainsi esquissé par nos deux ingénieurs, le rapprochement
est éclairant, car s'il est exact que la diffusion de l'ordinateur
s'est accompagnée de discours promotionnels mettant l'accent sur
la promesse - parfois prématurée - des succès à
venir, elle a au moins autant été précédée
et préparée à ses débuts 18 par un ensemble
de considérations idéologiques si structurées et
cohérentes qu'elles donnent l'impression d'un véritable
programme visant à imposer à la société le
modèle cybernétique d'une rationalité machinale ;
l'informatisation est donc alimentée par un projet social qu'elle
alimente à son tour.
Rien de tel pour les satellites, dont l'indétermination atteint
un degré maximal : pas de demande ni de marché (pour les
nouveaux engins), comme le signalent à juste titre Bernard et Puech
; d'où, par conséquent, incertitude quant aux services à
mettre en uvre et imprévisiblité des usages à
favoriser, l'ensemble renvoyant plus fondamentalement à ce que
l'on pourrait caractériser comme une vacance programmatique touchant
peu ou prou la totalité du secteur astronautique. Plusieurs facteurs
sont à l'origine d'une telle vacance, à commencer par la
nouveauté et les aléas d'un secteur qui n'a jamais cessé
de réserver à ceux qui y travaillent de bonnes (et de moins
bonnes) surprises. Rares sont, à cet égard, les domaines
scientifiques et industriels où l'imprévu tient une si grande
place : quand chaque lancement de navette ou de fusée reste aujourd'hui
encore une aventure, que dire du comportement en orbite des satellites
- notamment de communication - ponctué d'incidents et de pannes
! Aussi n'est-il guère étonnant que les nouvelles générations
d'engins ne suscitent pas l'intérêt et encore moins l'empressement
que provoquent souvent les systèmes informatiques au fur et à
mesure de leur mise sur le marché.
Utilisations de fortune
Au contraire, si les satellites sont expérimentaux dans ces années
70 et 80, c'est en bonne part contraints et forcés.
Ils sont lancés, et ce n'est qu'une fois qu'ils sont en orbite
que l'on s'aperçoit vraiment - ou, pour mieux dire, que l'on s'aperçoit
officiellement qu'il se trouve peu de clients pour vouloir ou pour pouvoir
les utiliser. Vient alors, avec les applications culturelles et éducatives
au sens large, le temps des utilisations de fortune. Moins, en fait, pour
accéder aux vux des défenseurs de l'utilisation pédagogique
des satellites (qui n'en demandaient pas tant) que pour combler (ou pour
masquer) l'absence d'autres propositions.
Est-ce pour autant que l'interrogation « Des satellites, pour quoi
faire ? » trouve sa réponse ? Certainement pas.
Seulement, ce sont maintenant les éducateurs qui (se) la posent,
et dans des termes parfois virulents, même lorsqu'ils émanent,
au Canada, de l'un des experts les plus engagés en faveur du projet
satellitaire. Il s'agit de John Daniel (1978, pp 11-12), l'autre responsable
de l'évaluation générale du programme Hermès,
répondant indirectement à l'invitation de Jeanne Sauvé
: « Le satellite Hermès a coûté environ 60 millions
de dollars. Si vous ajoutez à cela 40 millions de dollars pour
les services d'encadrement, le lancement et l'installation de plusieurs
stations terriennes, vous arrivez à 100 millions de dollars au
bas mot. Pour un satellite qui a une durée de vie utile d'à
peu près deux ans [...] soit quelques 1000 jours, cela veut dire
plus de 100 000 dollars par jour ».
Et John Daniel de faire ensuite implicitement allusion aux arguments de
ceux qui, adversaires des satellites (et surtout de leurs utilisations
pédagogiques), prônent le recours à des technologies
plus souples et plus économiques : « Il est tout de même
important de se rappeler ces coûts parce que, compte tenu des utilisations
qu'on propose, il y a bien d'autres choses qu'on peut faire avec 100 000
dollars par jour ». Ces propos reflètent parfaitement les
réticences des milieux éducatifs - et pas uniquement au
Canada - face à un système qui, dans ces conditions, leur
apparaît difficilement compatible avec les attentes et les besoins
les plus urgents de la communauté scolaire et universitaire.
Sans doute certains, dans ces milieux, vont-ils néanmoins relever
ce qu'ils tiennent pour un défi et mettre effectivement en uvre
des réalisations pionnières, souvent avec quelques réticences.
Il n'en reste pas moins qu'aussi novatrices et diversifiées soient-elles,
ces applications ne sauraient à elles seules résoudre le
problème des débouchés des satellites de communication
à plus long terme et a fortiori fournir sa caution à une
politique volontariste en faveur des télécommunications
spatiales.
En attendant que, avec la stabilisation de la technologie, d'autres champs
d'application se dessinent éventuellement, les satellites de communication
continuent donc de souffrir d'un déficit d'utilité...
Pour entreprendre de le combler par d'autres moyens, la référence
éducative, une seconde fois, va être sollicitée, mais
d'une manière bien différente : non plus sur le plan de
l'utilité mais sur celui de la légitimité.
DE L'UTILITÉ À LA LÉGITIMITÉ : L'INVENTION
DU SATELLITE ÉDUCATIF
A côté du projet d'implantation effective du satellite à
l'école, se développe un autre projet : celui, fictionnel,
d'un satellite présenté comme intrinsèquement éducatif.
En tant que fiction, le satellite éducatif n'est pas sans réalité.
Simplement, sa réalité est d'un autre ordre, davantage du
côté d'une tentative pour attribuer au satellite (en général)
une légitimité de compensation, à défaut de
son utilité pédagogique et sociale, difficilement trouvable.
Et cette légitimité, il la tirerait idéalement de
deux aspects complémentaires : d'une part, de sa dimension mythologique
de machine à communiquer à usage planétaire, et,
d'autre part, de l'utopie à laquelle il donnerait corps d'un espace
public régi par une forme communicationnelle de démocratie.
Le système nerveux : mythologie de la machine à
communiquer planétaire
Au départ, il y a donc l'intuition exprimée par McLuhan
(implicitement ou explicitement reprise par nombre de promoteurs spatiaux)
selon laquelle la dimension intrinsèquement éducative du
satellite résiderait moins dans le contenu des messages qu'il achemine
que dans la forme universelle de son réseau. Autrement dit, ce
qu'il y aurait d'éducatif dans l'usage satellitaire et ce dont
il tirerait sa valeur, ce serait sa dimension planétaire. Reste
à voir en quoi elle consiste. C'est-à-dire comment et dans
quelle mesure elle donne lieu à une mythologisation susceptible
d'attribuer au satellite la légitimité dont ses promoteurs
ont besoin.
Une métaphore peut être opportunément mentionnée,
celle du système nerveux, qui, chez les tenants du satellite éducatif,
sert à caractériser le fonctionnement du réseau,
sur un registre voisin mais justement différent d'une autre métaphore,
prevalente, elle, dans le discours des promoteurs de l'informatique :
celle du cerveau. D'où vient la différence ? De ce qu'au
figuré le satellite n'est pas destiné à jouer le
rôle d'une « machine à gouverner », au sens où
l'entendent pour l'ordinateur les cybernéticiens,
N. Wiener ou le père Dubarle par exemple, mais celui d'une «
machine à communiquer ». En d'autres termes, si l'ordinateur,
instance externe et (supposée) objective de régulation,
peut se substituer aux hommes pour gérer la société,
le satellite au contraire servirait à mettre en relation des hommes.
Bien plus, en tant que système nerveux, il rechercherait en permanence
des voisinages inédits et favoriserait l'avènement de socialites
différentes et plus riches. Aussi, quand la mythologie de l'ordinateur
renverrait à l'idéal d'un cerveau électronique consacré
à la rationalisation et à la simplification des relations
et procédures, débouchant sur une forme d'homogénéisation
sociale, le satellite serait, lui, à l'inverse, présenté
par ses
promoteurs comme l'instrument d'une hétérogénéité
et d'une complexification croissantes dont il serait à la fois
l'outil et le régulateur.
Figure ambivalente par conséquent que celle du satellite, entre
ordre et désordre, comme l'attestent ces mots d'Yves Sillard (1978,
p. 2-3), directeur général du Cnes, à l'intention
des utilisateurs universitaires francoivoiriens du satellite Symphonie
: « Dans une société moderne aux mécanismes
de plus en plus complexes, à la spécialisation croissante,
où l'interdépendance entre les différentes disciplines,
entre les différentes nations, entre les différents continents,
est chaque jour plus évidente, les communications - et de bonnes
communications - sont en effet un outil indispensable à un développement
harmonieux. Elles constituent le système nerveux de l'activité
humaine, sans lequel cette activité serait rapidement vouée
au désordre et à l'anarchie la plus complète. »
Du télégraphe au satellite
A partir de cette ligne de partage entre les figures respectives de l'ordinateur
et du satellite, entre le thème de la gestion informationnelle
(par le cerveau) et celui de l'irrigation communicationnelle (par le système
nerveux), les attributs symboliques du satellite apparaissent plus distinctement.
Une illustration en en est d'ailleurs fournie par un extrait du discours
de Michael Oliver (1978, p. 80), recteur de l'université Carleton,
pour l'inauguration d'une session avec Stanford via Hermès : «
Exactement comme le télégraphe a solidarisé un continent
en le faisant passer dans un autre âge, nous allons voir comme les
satellites de communication offrent une perspective largement ouverte
pour les communications interpersonnelles, dans un monde plutôt
saturé de communications de masse ». Ce qui est frappant
dans cette filiation du télégraphe au satellite, c'est qu'à
la standardisation elle oppose la solidarisation, non plus du seul continent
américain, mais du monde entier.
Cette solidarisation, précise encore le recteur de Carleton, ne
serait pas celle, artificielle, d'un monde saturé de communications
de masse mais celle du réseau interpersonnel dont le satellite,
outil de démassification, serait le vecteur par excellence.
Nous sommes bien sûr dans l'ordre du discours : celui d'une construction
mythologique en quête d'un objet, lui-même fictif. Mais ce
qui compte en l'occurrence, c'est précisément la réalité
de cette fiction, c'est-à-dire sa finalité : investir le
satellite d'une légitimité qui lui viendrait de son efficience
intrinsèque, solidarité et interactivité. D'où
sa dimension proprement éducative, que souligne l'éloge
de Peter Glotz23 (1980, p. 16) : « C'est pourquoi j'attache une
grande importance aux programmes éducatifs de Symphonie justement.
Avec le développement des satellites de communication nous avons
réalisé une nouvelle dimension de la communication internationale.
Ils peuvent, s'ils sont correctement utilisés, faire avancer la
coopération internationale à travers l'éducation,
la science et la culture, et ils peuvent ainsi fournir une contribution
importante à la paix et à la sécurité dans
le monde. » Certes, lyrisme de commande et phraséologie officielle
sont de rigueur : la communication au service du rapprochement des peuples
et de la paix dans le monde est, comme on le sait, l'un des topoï
de la diplomatie, spécialement franco-allemande. Toutefois, derrière
les lieux communs, le glissement, une nouvelle fois, n'en est que plus
visible : de l'usage pédagogique des satellites à la dimension
éducative du satellite.
Le « lieu psychologique » : utopie de la démocratie
communicationnelle
Le second thème constitutif de la fiction du satellite éducatif
résulte de l'application de la métaphore du système
nerveux au champ politique. C'est celui de l'utopie d'une démocratie
fondée d'une part sur un accès généralisé
au savoir, d'autre part sur le fonctionnement d'un espace public entièrement
transparent. Sous ces deux espèces, le satellite de communication
est censé « donner corps » à l'idéal
d'une démocratie communicationnelle, la formule étant de
Bernard Clergerie (1975, p. 6l), directeur de l'Audecam: « Une véritable
démocratie de l'information et du savoir pourra donner corps aux
rêves, à l'époque impossible, de l'encyclopédisme
et de Condorcet. »
Et Gilles Willett (1975, p. 67) d'aller sensiblement dans le même
sens en évoquant, à propos du satellite, un lieu qui «
n'a pas à être situé géographiquement, bien
au contraire.
Il s'agirait plutôt d'un lieu psychologique ». A travers ces
références à la démocratie communicationnelle
et à l'utopie du « lieu psychologique », s'esquisse
plus largement encore une entreprise, complémentaire de la précédente,
pour promouvoir une vulgate du développement, sorte de théorie
tous usages et tous terrains de la démocratie à l'ère
de l'industrialisation et de la mondialisation de la communication, aussi
bien pour les pays en développement que pour les pays développés.
Jean d'Arcy s'en est fait le héraut, à l'ONU notamment,
comme Anna Casey-Stahmer, auprès du ministère canadien des
Communications et de la Nasa en a été l'un des artisans
les plus convaincus.
Mais surtout, ces prédictions prennent plus de relief si on les
rapproche de celles de l'un des principaux évaluateurs du programme
Site en Inde, T.V. Srirangan (1980, p. 34) décrivant l'impact du
satellite : « La technologie du satellite marque le début
d'un chapitre nouveau et excitant de l'histoire de l'Humanité.
C'est une composante vitale de la révolution de l'électronique
et des télécommunications qui s'est répandue à
grande vitesse à travers le monde et dont l'impact pourrait bien
se révéler d'une portée encore plus grande que celui
de la révolution industrielle. » Le messianisme du satellite
ouvrant « un chapitre nouveau et excitant de l'histoire de l'Humanité
» relèverait du pur discours publicitaire s'il émanait
d'un promoteur spatial. Mais justement, c'est bien un haut responsable
de l'éducation et du développement qui le tient !
LE FIN MOT DE L'HISTOIRE ?
Rétrospectivement, un enthousiasme si peu tempéré
ne laisse pas de susciter une certaine perplexité. A lui seul,
l'optimisme technologique ne saurait en effet l'expliquer entièrement
: ne faut-il pas beaucoup de candeur pour croire de cette façon
en un satellite solidarisant le monde déchiré par l'affrontement
des deux blocs ou faisant faire aux pays en développement le bond
magique qui leur permettrait de rattraper des retards si longtemps accumulés
? En réalité, même si, en ces années 70, l'aura
de la conquête spatiale et les accents épiques de la «
nouvelle frontière » font sentir leurs effets jusque dans
les sphères éducatives, le satellite, machine fictionnelle,
n'en cristallise pas moins des enjeux qui les concernent plus directement.
S'opère alors une sorte de renversement : cependant que, par rapport
à l'extérieur, le satellite favorise les représentations
cuméniques que l'on a vues, visant même à faire
oublier l'inquiétante présence en coulisse des projets militaires,
il est, à usage interne, l'objet de féroces affrontements.
Trois exemples donnent une idée de la virulence des stratégies
et des contre-stratégies dont il est l'enjeu, opposant ses partisans
et ses adversaires et, plus encore, les uns aux autres, ceux qui, pour
lui, prônent des emplois concurrents.
MJ. Smith, F. R. Scobee, R. E. McNair, E. S. Onizuka, G. Jarvis, Judith
Resnik et une enseignante Sharon C. McAuliffe composaient l'équipage
de Challenger qui périt le 28 janvier 1986 dans l'explosion de
la navette.
Audiovisualistes contre informaticiens
Tout d'abord, ce n'est pas un hasard si, à quelques exceptions
près, les opérations concernées relèvent de
la filière audiovisuelle et non de la filière informatique,
sa rivale traditionnelle en technologie éducative. C'est au contraire
le signe que les audiovisualistes ont trouvé dans les satellites
expérimentaux l'occasion d'une relance qui, face à l'arrivée
des premières applications de l'enseignement assisté par
ordinateur, prend l'allure d'une véritable contre-attaque. A l'université
du Québec par exemple, les promoteurs de Platon se sont, en règle
générale, tenus à l'écart - ou ont été
écartés - d'Hermès et de Symphonie.
De même en France, si plusieurs tentatives téléinformatiques
ont été envisagées sur Symphonie, elles en sont toutes,
significativement, restées à l'état de projets.
Ce qu'il y a d'intéressant dans ces petites et grandes manuvres,
c'est qu'elles portent la marque d'âpres luttes d'influence se soldant
par de bien réels ostracismes, fruits de clivages plus graves et
plus profonds que ne le sont de simples divergences disciplinaires entre
experts. En réalité deux filières technologiques
sont en présence, impliquant deux branches industrielles de programmes
et de matériels. Certes, leur face-à-face n'est pas nouveau
dans le champ pédagogique, mais, au moment des satellites, il revêt
une intensité et une portée toutes particulières.
Après coup, l'on s'aperçoit en effet que ce sont les priorités
et les modèles d'une technologie éducative sur la voie de
son industrialisation et à la recherche de son indispensable diversification
socio-économique qui ont, en ces circonstances, commencé
à se dessiner.
Une preuve en est que l'évolution des médias éducatifs
s'en trouve durablement influencée, comme en témoigne aujourd'hui
le partage entre trois options : sur le versant audiovisuel, d'une part
une télévision éducative héritière
des formes conventionnelles de la télévision scolaire mais
auxquelles le satellite apporte la dimension transnationale et la diversité
des canaux qui sont celles d'Eurostep ou de Channel E, et d'autre part
des réseaux de services, plus proches de la vidéotransmission
que de la radiodiffusion.
Méga réseaux contre médias légers
Ensuite, au sein même de la filière audiovisuelle, une autre
opposition, non moins décisive, divise tenants de la production
lourde et tenants d'utilisations légères et alternatives
celles de la vidéo communautaire ou des self-media. Si, pour des
raisons trop longues à expliquer ici, ce sont les premiers qui
l'emportent, ce n'est ni sans difficulté, ni, à nouveau,
sans conséquences pour les développements ultérieurs
des usages éducatifs des nouvelles technologies d'information et
de communication. De fait, il apparaît après coup que les
programmes expérimentaux ont servi de répétitions
générales à la formation de mégaréseaux
éducatifs en radiodiffusion (Eurostep) ou en télécommunication
(Europace). Mais cela aura été au détriment des visées
initiales.
Les grands perdants du satellite éducatif sont en effet les militants
de la rénovation pédagogique, pris à contrepied par
le recentrage qui suit la période expérimentale dont ils
ont pourtant été la cheville ouvrière. Pour eux,
la disqualification a un goût d'autant plus amer qu'à la
faveur du satellite s'imposent les formules pédagogiques les plus
conventionnelles, alors que c'était contre elles justement qu'ils
s'étaient mobilisés : médiatisé, le cours
magistral trouve une nouvelle jeunesse ; sous l'alibi moderniste du réseau
large bande, les modes d'enseignement les plus traditionnels et les moins
interactifs reprennent du service ; des organisations lourdes, bureaucratiques
et centralisées se mettent en place là où avaient
été préconisées des structures souples capables
de fédérer des initiatives et de démultiplier les
ressources locales. Et surtout, au lieu d'aider à enrichir l'offre
de programmes et de services en dynamisant l'appareil éducatif
de production, les réseaux satellitaires accentuent le clivage
entre deux secteurs : d'un côté, la production audiovisuelle
traditionnelle, soumise au régime exclusif de la subvention, conserve
la pratique artisanale du coup par coup, de la conception de prototypes
et de l'accumulation de stocks de programmes disparates et difficiles
à réutiliser, et, de l'autre côté, un secteur
dynamique et lucratif, dans les formations de pointe ou dans l'apprentissage
des langues, est investi par des producteurs privés, éditeurs,
sociétés de services et de conseil, les seuls à bénéficier
finalement d'expériences en marge desquelles ils s'étaient
prudemment tenus. Ainsi mis hors circuit, les rénovateurs pédagogiques
apparaissent dès lors comme les victimes paradoxales de cette illusion
du satellite éducatif, qu'ils ont eux-mêmes commencé
par forger et entretenir.
Scénario global contre coopération internationale
Enfin, si les programmes expérimentaux des années 70 et
80 passent aujourd'hui pour les premiers tests en grandeur réelle
des pratiques et des effets de la transnationalisation satellitaire que
nous connaissons, c'est que des deux modèles de transnationalisation
en présence, un seul a survécu. Celui-là est directement
issu du scénario global à l'enseigne au free flow of information.
Non qu'en soi, ce principe, officiellement adopté par les Nations
Unies, puisse susciter des oppositions. C'est l'application qui en est
faite qui est problématique, spécialement quand l'US Information
Agency s'en recommande pour contribuer directement à des programmes
expérimentaux tels que Peacesat ou US Aid, via la série
des ATS.
Difficile alors de ne pas y voir les postes avancés d'une stratégie
en vue de s'assurer de la maîtrise totale, économique, culturelle
et idéologique, des réseaux intercontinentaux. Stratégie
à laquelle, à leur niveau, d'autres pays comme le Canada
et la France entreprennent de répliquer avec leurs propres moyens
et sur leur propre zone d'influence.
Dans ces conditions, on n'imagine pas comment, devenues champ clos où
s'affrontent les intérêts géopolitiques de quelques
grands Etats, les télécommunications spatiales auraient
pu encore, pour les applications pédagogiques, faire place au second
modèle de transnationalisation, celui d'une coopération
internationale travaillant au rééquilibrage des échanges
Nord-Sud et à une diversité culturelle stimulée.
C'est le modèle que tardivement - et avec l'insuccès que
l'on sait - les rédacteurs du rapport McBride préconisaient
au nom d'un « nouvel ordre mondial de l'information et de la communication
».
Telles sont les ambivalences du satellite éducatif. Il y a loin,
apparemment, des programmes expérimentaux des années 70,
marginaux et éphémères, aux entreprises d'aujourd'hui,
structurées financièrement et institutionnellement stabilisées,
comme Eurostep ou Europace, a fortiori aux utilisations satellitaires
qui touchent dorénavant surtout l'information ou la « planète
divertissement ». Pourtant, ce sont les premiers qui ont ouvert
la voie aux secondes. Et pour couvrir et cautionner cette ouverture, il
aura fallu une fiction, suffisamment fictive et en même temps suffisamment
réelle : c'est à cela qu'en fin de compte le satellite éducatif
aura servi...
Une première version de ce texte a fait l'objet d'une présentation
orale au séminaire conjoint des universités Paris XII et
Paris XIII (Paris-Nord). Sa partie centrale reprend un passage d'une communication
intitulée « Le satellite et le maître d'école,
mythologies planétaires » prononcée dans le cadre
du 4e colloque international Science et Science-Fiction du Centre d'étude
de la métaphore, université de Nice-Sophia Antipolis, en
avril 1991 (actes à paraître).
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