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Le télautographe est une invention permettant de
transmettre à distance de l'écriture, des copies de documents
ou du dessin au trait.
Le terme telautograph apparaît dans la langue anglaise en 1878.
En français, le terme télautographe apparaît en 1887,
au moment de l'annonce de l'appareil d'Elisha Gray, qui sera breveté
le 31 juillet 1888 et présenté à l'Exposition universelle
de Chicago en 1893.
sommaire
L'idée de la photographie à distance
(1856)
Le grand photographe Nadar reproduit dans son article
"Gazebon vengé", publié en 1891 dans la revue
Paris-Photographe de son fils Paul et repris dans son livre de souvenirs
Quand j'étais photographe (1900), l'amusante lettre qu'il a reçue
en 1856 d'un certain Gazebon, propriétaire du café
du Grand-Théâtre à Pau.
"Monsieur, M. Mauclerc, artiste dramatique, de passage en notre ville,
m'a fait voir ainsi qu'aux habitués de mon établissement
son portrait daguerreotipé nous a t'il dit par vous à Paris,
tandis que lui était aux Eaux-Bonnes (par le procédé
électrique.) « Plusieurs personnes qui ignorent les progrès
de l'électricité se sont refusées à ajouter
foi aux affirmations de M. Mauclerc dont pour ma part je n'ai pas douté
un seul instant ayant un peu étudié le Daguerreotipe dans
un temps.
"Je viens donc vous prier monsieur de me tirer mon portrait d'après
le même procédé et de me l'envoyer le plus promptement
possible. Recevant journellement la meilleure société et
même un grand nombre d'Anglais surtout en hiver, je vous engage
à appliquer tous vos soins à ce travail, ne pouvant que
vous être favorable, beaucoup de personnes se proposant de vous
écrire pour avoir aussi leur portrait. Je le désire tiré
en couleur et s'il est possible assis à l'axe des tables de ma
grande salle de billards. J'ai l'honneur de vous saluer".
Pau, le 27 août 1856. GAZEBON, Propriétaire du café
du Grand-Théâtre, Grande-Place.

Photo stéréoscopique de Pau (entre 1862 et 1868)
Nadar se gausse évidemment de cette demande naïve, mais il
termine son article par une référence à la brochure
de Raphael-Eduard Liesegang, Beiträge zur elektrischen Fernsehen,
qui vient de paraître et dans laquelle son collègue allemand
propose la transmission de photographies par un appareil qu'il désigne
comme un Phototel. Cette anecdote illustre l'attente précoce
d'une possibilité de faire et de recevoir des photographies à
distance. Dans le présent article, nous ne visons pas à
décrire l'évolution technique, mais la manière dont
le lexique témoigne de ce mouvement.
sommaire
Les télégraphes copieurs
Avant le télautographe le concept de transmissions de caractères
d'écritures ou de dessins reposant sur des mécanismes de
crayons copieurs synchronisés avait été réalisé
par plusieurs inventeurs :
1843 : Alexander Bain - brevet de télégraphe électromagnétique
imprimable. Alexander Bain a introduit les concepts de trame, de ligne
de balayage et de pixel ainsi que la synchronisation entre l'émetteur
et le récepteur.
1848 : première démonstration d'un appareil de transmission
d'image (avec une liaison Brighton-Londres) par Bakewell.
1862 : premier service de transmission d'images entre Lyon et Paris (pan-télégraphe
de l'Abbé Caselli).
1869 : service de transmission d'images entre Paris et Lyon (Meyer).
1872 : expérience de transmission d'images entre Paris et Marseille
(d'Arlincourt).
Comme il s'agit de transmission de dessin au trait ou de manuscrits, on
a considéré rétrospectivement que les appareils de
d'Alexander Bain, Frederick Bakewell et le pantélégraphe
de Giovanni Caselli relevaient de la télautographie.
Dès le 14 juillet 1860, le journal The Builder utilise l'expression
electro-photo-telegraphy pour désigner le pantélégraphe
de l'Abbé Caselli, même si celui-ci ne transmet pas des photographies
mais uniquement des dessins et fait partie de ce qui sera désigné
comme "télégraphes copieurs".
Pantélégraphe
de Caselli
En 1862, tele-photography est utilisé aux Etats-Unis pour
désigner le système de télégraphe optique,
utilisant des lampes, mis au point par William C. Bridges, mais encore
une fois, il ne s'agit pas de transmission de photographies. (Proceedings
of the Franklin Institute, 1862, p. 357)
Apparition du mot photo-télégraphe (1863)
Les expériences de transmissions des "télégraphes
copieurs", permettant la transmission de dessins, menées par
Bain, de Bakewell, de Caselli et la mise en service du pantélegraphe
de Caselli à partir de 1863 ont fait imaginer que la transmission
de photographies devrait être elle aussi possible. Présentant
le sténo-télégraphe Morse de Victor Schruff, le chroniqueur
A. Voiseux, dans Le Pays, 11 avril 1864, écrit :
"Nous avons aujourd'hui le sténo télégraphe
? Qui sait si nous n'aurons pas un jour le photo-télégraphe.
Utopie dira-t-on sans doute. Nous en convenons presque nous-mêmes,
quoique nous puissions étayer ce que nous avançons sur des
considérations assez logiques. Car en fin qui peut prouver que
le courant électrique qui se manifeste par une vive étincelle
à son point de départ et à celui de son arrivée
n'est pas un jet de lumière dont la vitesse de propagation est
si intense qu'il échappe à nos sens, et qu'au moyen de procédés
photographiques il ne remplira pas les fonctions des rayons solaires ?
Une autre théorie de ce genre, la télégraphie acoustique,
a déjà eu d'ailleurs un assez grand retentissement."
Eugène Godard et la phototélégraphie
Des "expériences de phototélégraphie" sont
annoncées chez Eugène Godard en 1868 (L'Opinion nationale,
11 mars 1868). Eugène Godard était un aéronaute expérimenté,
qui avait fait sa première ascension en 1847 et à qui Napoléon
III avait "aéronaute de l'Empereur". C'est en sa compagnie
que Nadar réalisa ses photographies aériennes en 1858 et
c'est peut-être ce dont il est question dans ces "expériences
de phototélégraphie".
Eugène Godard supervisa des opérations de reconnaissance
aérienne en 1859 durant la guerre opposant la France à lAutriche.
En 1863, il fait construire un nouveau ballon, Le Colosse, (qui sera en
définitive appelé L'Aigle) conçu pour les observations
scientifiques et militaires et permettant l'immobilité parfaite
nécessaire à la prise de vue photographique. (Le Peuple,
22 novembre 1863). Le 31 juillet 1867, à l'occasion d'une fête
chez Camille Flammarion, Godard expérimente un télégraphe
optique dont il est l'inventeur, "système simple et rapide
qui serait surtout applicable en temps de guerre aux ballons captifs et
aux navires d'observation". (Le Figaro, 2 août 1867). Le 2
octobre 1868, Godard fait à Nantes une conférence de démonstration
de son système de télégraphe aérostatique,
maritimes et militaires" (sic). (Le Phare de la Loire, 1er octobre
1868).
Il n'est pas clair si, chez Godard, les notions de "phototélégraphie"
et de "télégraphie aérostatique" se recouvrent.
Le couplage des vols de ballons et de la télégraphie optique
avec télégraphe Chappe avait déjà été
expérimenté durant la Révolution française.
Les Américains ont cependant bien expérimenté les
liaisons de télégraphie électrique à partir
de ballons. (Voir Le Spectateur militaire., 1866, p. 106-110)
En 1870, Godard construisit une série de ballons destinés
à transporter des personnes et du courrier hors de Paris alors
assiégée. Mais sa contribution alla plus loin. Selon son
arrière arrière petit neveu Philippe Foubert,
"Eugène avait inventé un système pour tenter
de communiquer avec l'extérieur de la capitale un système
de télégraphie optique adapté par ses soins à
l'aérostation. Celui-ci était d'une très grande simplicité
et n'exigeait qu'un personnel très restreint. Il était en
outre sûr et rapide dans la transmission, ce qui était alors
une qualité très appréciable. Il fonctionnait le
jour entre deux points, à vue directe, ou entre deux points séparés
par des obstacles (grâce à deux petits ballons captifs) au
moyen d'un cyldindre se repliant sur lui-même; manoeuvré
suivant une instruction particulière pour les signaux; de nuit,
entre deux points séparés par une distance que n'était
limitée que par la portée des rayons lumineux, au moyen
d'un fanal dont on augmentait la puissance à l'aide de la lumière
électrique, manoeuvré d'après un code (les ballons
rendaient ici le même service qu'au cas précédent,
ils servaient de transmetteurs et de récepteurs) ; enfin, en tout
temps, mais à une moindre distance, au moyen d'instrument donnant
un son défini. La transmission pouvait avoir lieu simultanément
à plusieurs points de l'horizon".
Télégraphe
autographique de d'Arlincourt Illustrated London News, 21 December 1878
Un texte de Gastion Tissandier de 1875, Simples notions
sur les ballons et la navigation aérienne, évoque les expériences
de "télégraphie aérostatique" menées
par l'armée américaine en 1862, mais il s'agit en fait de
prises de photographie depuis des aérostats. On voit donc qu'une
certaine imprécision terminologique régnait. Quoi qu'il
en soit, en 1883, Eugène Godard présentait encore la "télégraphie
aérostatique" au Théâtre Robert-Houdin en avril
1883 (La vie artistique, 1er avril 1883) et aux Arènes des Sports
qu'il organise Place Saint-Ambroise en mars 1885 (Le radical, 16 mars
1885).
Des expériences de photo-télégraphie durant le siège
de Paris (1870)
Il est fait mention dans Le Moniteur de la photographie du 1er octobre
1876 et dans le journal L'Univers, 3 octobre 1876, d'expériences
sur des appareils photo-télégraphiques menées par
le Ministère de la guerre et de la marine. Un article du journal
Le Constitutionnel le 12 juillet 1878 mentionne que "Le photo-télégraphe,
appliqué pendant la guerre, (c'est à dire la guerre franco-prussienne
de 1870-1871) et sous sa forme primitive entre Paris et les forts, pour
les communications militaires, et la télégraphie pneumatique,
servant à l'envoi des dépêches manuscrites originales
dans l'intérieur des villes de Paris et Berlin".
Il est probable que cette notion précoce de phototélégraphie
correspondait en fait à des systèmes de télégraphe
optique à base de projecteurs, dont Max de Nansouty a laissé
une description très complète dans sa contribution au recueil
Sciences et guerre. Un certain Maurat, enseignant, et le colonel Laussedat
proposèrent le recours à un système de télégraphie
par faisceau lumineux, utlisant les projecteurs Mangin, qui s'avéra
efficace.
En 1886, Annuaire de la Société météorologique
de France évoque les appareils de phototélégraphie
utilisés par un corps d'officier au Pic du Midi; En 1898 encore
La Petite République qualifiait de phototélégraphie
un système de ce type, le Téléphoto, mis au point
par M. Broughton pour les navires de la Marine américaine.
La microphotographie durant le Siège de Paris (1870)
comme premier système de transmission à distance de photographies.
En fait, le premier système de communication à distance
de photographie est la technique de "micro-photographie" ou
des "dépêches microscopiques", mise au point par
M. Dargon durant le Siège de Paris et évoquée par
Saint-Edme, Legouvé, Tisserand, Figuier, Nadar et qui permettait
de transmettre des photographies de dépêches véhiculées
par des pigeons.
Comme l'explique Saint-Edme, "Dargon était parvenu à
reproduire, sur une pellicule de collodion de 3 ou quatre centimètres
de côté, 144 petits carrés contenant 1600 dépêches.
Or la légèreté des pellicules permit d'en confier
jusqu'à 20 à un seul pigeon; 20 fois 1600 font 32,000; on
voit donc que le nombre de 30,000 dépêches portées
par un seul pigeon, n'a rien d'exagéré. Pour augmenter les
chances de succès, les dépêches étaient généralement
tirées à 30 ou 40 exemplaires, et confiées à
un nombre égal de pigeons portant chacun un exemplaire."
A la fin de son ouvrage Merveilles de la photographie, (1874), Gaston
Tissandier, directeur de la revue La Nature, grand vulgarisateur scientifique
et qui a été impliqué dans les vols aérostatiques
durant le Siège, imagine que les photographies pourront être
transmises par télégraphe.
Le terme tele-photography apparaît en Angleterre en 1881, comme
titre d'un des premiers articles de Shelford Bidwell (Nature, 10 Février
1881). Les mots téléphotographe et téléphotographie
apparaissent en français dans un article de Th. du Moncel dans
La Lumière électrique du 19 mars 1881 à l'occasion
de la présentation des travaux de Shelford Bidwell. (Voir également
(Le Temps, 25 mars 1881 ; Le Rappel, 25 mars 1881). C'est également
la référence aux travaux de Bidwell qui fait entrer le mot
Téléphotographie dans la langue allemande. (Beibla¨tter
zu den Annalen der Physik und Chemie. ... bd. 5 (1881)
Les travaux de Bidwell n'ont pas de suite immédiate et le terme
ne s'établit pas vraiment. SI le Meyer Lexicon allemand, en 1888,
lui réserve une entrée avec référence à
Bidwell, Ernest Jacquez l'utilise une fois dans son Dictionnaire d'électricité
et de magnétisme; étymologique, historique, théorique,
technique avec la synonymie française, allemande & anglaise,
1887 mais ne lui consacre pas d'entrée, alors qu'il en réserve
une à télectrososcope.
Second sens de téléphotographie (1889)
Cette absence d'utilisation conduit à l'apparition d'un second
sens, à partir de la fin des années 1880 (1889 apparemment)
: le terme téléphotographie va être utilisé
pour désigner la photographie recourant au télé-objectif.
Les premières expériences de recours à des procédés
permettant de recourir à des vues amplifiées remontent aux
années 1850, mais les travaux de Lacombe (1886) puis de Fribourg
et Allote de la Fuye imposent l'idée du téléobjectif.
Cet usage est validé par le Congrès international de photographie
de 1889. Il est utilisé à partir de 1892 par les revues
spécialisées de photographie (Bulletin du Photo-Club, Paris
Photographe,...) C'est dans ce sens que l'utilise par exemple le capitaine
du Génie F. Bouttiaux, dans son article "La téléphotographie
en ballon", Revue de l'Aéronautique, 1894 ou encore en 1900,
Gustave Eiffel dans un ouvrage détaillé sur sa tour. (La
tour de trois cent mètres).
Le même usage se trouve en anglais.
Ce sens nouveau s'impose rapidement dans la presse professionnelle et
la presse grand public.
Phototélégraphie, facsimile telegraph
Téléphotographie s'imposant pour désigner la photographie
recourant au télé-objectif, c'est le terme "phototélégraphie"
qui va réapparaître pour la transmission des images à
distance.
Aux Etats-Unis, l'occurrence la plus ancienne de "photo-telegraphy"
pour désigner la transmission des images apparaît en août
1879 dans une citations des travaux de George R. Carey dans la revue The
Locomotive Firemen's Monthly Magazine. p.236. Je ne le retrouve qu'en
1882 à l'article "Photography" de la Spons' Encyclopædia
of the Industrial Arts, Manufactures, and Commercial : "The day indeed
may be not be distant when photo-telegraphy may become an accomplished
fact, when it will be possible to telegraph a portrait from one continent
to one other".
Il semble que le mot photo-telegraphy apparait ensuite
en Europe en avril 1880 à l'occasion d'une présentation
à la Physic Society of London des travaux du Professeur George
Minchin sur le caractère photosensible du selenium. Quelques mois
plus tard, le correspondant londonnien du journal de Plymouth Western
Daily Mercury, 13 December 1880) rapporte qu'il a eu un entretien avec
un responsable de l'American Cable Company qui annonce que les nouveaux
câbles transatlantiques vont être posé par l'entreprise
et que l'entreprise a passé un accord exclusif avec un électricien
de Dublin pour une amélioration définie comme extraordinaire
et qui aurait été présentée quelques mois
auparavant devant un petit groupe de personnes à Londres. L'inventeur
propose de "flasher" en un instant une colonne ou une page de
journal d'une taille ordinaire, par une nouvelle application de phototélégraphie
("by a new adoption of photo-telegraphy"). Il est possible que
cet inventeur soit le Professeur Minchin, qui était irlandais.
On le trouve déjà en Angleterre, dans un
article de The Standard en 1878. Comme il s'agit de transmission de dessin
au trait ou de manuscrits, on a considéré rétrospectivement
que les appareils de Bain, Bakewell et le pantélégraphe
de Caselli relevaient de la télautographie. Le terme a été
encore été utilisé pour désigner l'appareil
de l'italien Luigi Cerebotani, puis un perfectionnement de l'appareil
de Gray par Forster Ritchie (présenté par Lipmann
à l'Académie des Sciences en mars 1901) ou des appareils
inventés par des Français tels que Brouer (1902) ou Berjonneau
(1907) ou allemand tels que les allemands Grühn (1905) ou Gustav
Grzanna (1908)
Le mot phototélégraphie réapparait
en français en 1886 dans un article du Moniteur de la photographie
qui rend compte de cette proposition d'appareil. Il va devenir plus fréquent
que téléphotographie, mais celui-ci ne disparaît pas
complètement.
L'auteur anonyme de "Téléphonotagrahie et phototélégraphie"
dans le Journal des économistes note :
"A la vérité le nom définitif de l'invention
n'est peut-être pas encore trouvé, ou tout au moins adopté
: les uns parlent de téléphotographie, les autres de photo-télégraphie,
tout le monde s'entend du reste. Cependant il y a bien deux chioses différentes
qui font l'objet de désignation un peu confuses. Il y a déjà
longtemps que l'on a trouvé le moyen de photofraphier à
très longue distance, par exemple des sommets montagneux peu facilement
accessibles, et cela en adjoignant à l'appareil photographique
une façon de télescope, qui agrandit l'image à des
proportions suffisantes, avant qu'elle passe par l'objectif de l'appareil
photographique proprement dit, et vienne impressionner la plaque sensible.
Pour cela, les gens d'esprit exact voudraient voir réserver le
mot de téléphotographie à distance, ou à l'aide
d'un télescope. Au contraire on emploierait l'expression phototélégraphie
pour la transmission télégraphique d'une image photographique.
Nous allons voir que dans les appareils que nous avons en vue, ce n'est
pas toujours une image photographique proprement dite que le courant électrique
transmet par des conducteurs télégraphiques (ou téléphoniques).
En tout cas, en matière de langage, c'est le plus souvent l'usage
qui fait loi, en dépit des racines et des motifs scientifiques.
Mettons pour l'instant télé- photographie, puisque c'est
le mot le plus usité."

J. FERAT, "Téléphotographe", in E. DESBEAUX,
Physique populaire, Librairie Marpon et Flammarion, Paris, 1891
1891 BERT Emile dépose un Brevet
211651 "appareil permettant de transmettre télégraphiquement
les dessins, imprimés, écriture, etc., dit Télautographe"
En 1895, lorsque Willoughby dépose une demande de brevet pour un
système de transmission de dessin, qui sera brièvement utilisé
par le San Franciso Call, il le désigne également comme
"photo-telegraphy".
Par télautographie, on entend surtout à
la fin du XIXème siècle les appareils de transmission d'images
s'inscrivant dans la tradition des "télégraphes copieurs"
de Bain, de Caselli ou celui, plus récent, de Amstutz (1891, 1894).
a télautographie n'est pas un terme nouveau. Il est entré
dans la langue française en 1887, à l'annonce de l'appareil
d'Elisha Gray, qui sera présenté à l'Exposition universelle
de Chicago en 1893.
Prof. Gray's
Telautograph", Chicago Tribune, 25 June 1887
Edouard Hospitalier, "Le télautographe", La
Nature, 22 avril 1895, p.323-324
LE TÉLAUTOGRAPHE
Comme létymologie de son nom lindique, le télautographe
est un appareil destiné à reproduire l'écriture
à distance. La première solution de ce problème
est relativement moderne, car les télégraphes de Caselli,
de Lenoir et de Meyer, qui ont précédé la plume
électrique de Cowper, de 1879, nétaient pas des
télautographes, au sens rigoureux du mot, mais bien des appareils
reproduisant des dessins à distance.
La plume électrique de Cowper était, on se le rappelle,
constituée par un transmetteur et un récepteur placés
à distance et reliés par des conducteurs électriques
qui leur communiquaient des déplacements synchroniques et géométriquement
identiques ou proportionnels. En écrivant avec le transmetteur
sur une bande de papier se déroulant avec une vitesse uniforme,
on traçait sur le récepteurles mêmes caractères
sur une seconde bande de papier se déroulant dans le même
sens relatif dun mouvement également uniforme.
Cet appareil ingénieux présentait, au point de vue pratique,
de graves inconvénients : il obligeait le correspondant à
écrire sur une bande de papier qui se déroule, opération
qui ne va pas sans un certain apprentissage; il ne permettait décrire
que sur une bande étroite, rendant toute correction et tout
changement impossible; il traçait, enfin, un trait continu,
donnant ainsi à lécriture une allure générale
à laquelle nous ne sommes pas habitués.
Une compagnie sétait formée en Amérique,
il y a quelques années, pour exploiter linvention de
Cowper simplifiée et rendue plus pratique, mais en laissant
subsister tous les inconvénients que nous venons de signaler
: le succès na sans doute pas répondu aux espérances
de ses promoteurs, car nous nen avons jamais plus entendu parler.
Lappareil que nous présente aujourdhui M. le professeur
Elisha Gray, est un immense pas en avant dans la solution du problème,
car le télautographe permet décrire sur une feuille
de papier immobile, davancer et de reculer, de se reprendre,
deffacer, de couper les mots, enfin de reproduire à distance
tous les mouvements que produit lécrivain sur son papier.
Cest, en un mot, la solution générale dun
problème, dont la plume électrique de Cowper ne résolvait
quun cas très particulier.
Les renseignementsqui nous parviennent,sont trop généraux
et trop sommaires pour nous permettre de décrire linvention
en détail; nous nous contenterons de mettre sous les yeux de
nos lecteurs l'aspect de lappareil transmetteur où lon
écrit (fig. 1), et le récepteur, où l'écriture
est reproduite (fig. 2); nous publions en outre un spécimen
réduit des résultats obtenus (fig. 3).

Nous nous réservons de donner une description complète
de l'appareil, en utilisant les renseignements que M. le professeur
Gray a bien voulu nous promettre de nous fournir prochainement. Signalons
cependant quelques particularités intéressantes et originales
du système. Comme l'appareil écrivant du poste transmetteur,
ne joue aucun rôle dans la transmission, on peut se servir dune
pointe quelconque : un crayon, un stylographe ou même un cure-dent.
Au poste récepteur, la plume doit être très légère
pour pouvoir suivre rapidement tous les mouvements; on fait usage
dun tube de verre effilé à son extrémité,
et rempli dune encre très fluide.
Lorsque la partie de la bande indéfinie de papier sur laquelle
on écrit, est couverte, on la fait avancer dune certaine
quantité, comme pour la machine à écrire lorsquon
change de ligne. Dans le type actuel, la surface disponible sur laquelle
on écrit sans déplacer le papier, a 62 millimètres
de largeur et près de 10 centimètres de longueur. Malgré
la complexité de ses organes, le télautographe est un
appareil appelé à un usage général, un
appareil populaire, pouvant être manipulé par quiconque
sait tenir une plume. Dans lesprit de son inventeur et de ceux
qui préparent son exploitation il sagirait détablir
des réseaux et des bureaux centraux télautographiques
à linstar des bureaux téléphoniques actuels,
avec des avantages spéciaux, tels que linviolabilité,
le caractère essentiellement secret et permanent des messages,
ainsi que la possibilité de transmission, même en labsence
du destinataire. Quant à la rapidité, elle nest
limitée que par lhabileté de lécrivain;
elle a pu atteindre trente et jusquà trente-cinq mots
par minute.

Fig. 3. Fac-similé dun message du télautographe.
A gauche, transmission;à droite, reproductionau récepteur.
Par lemploi possible de relais, la distance de transmission
des messages télautographiés, semble être illimitée,
et lon entrevoit lépoque où un banquier
de New-York signera un chèque à San-Francisco aussi
rapidement quil communique aujourdhui avec son correspondant
par les procédés télégraphiques ordinaires.
Quel est lavenir pratique et industriel réservé
au télautographe ? Dans létat actuel des choses,
il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de le prévoir.
Comme le fait remarquer avec raison notre confrère anglais
The Electrical World, le succès matériel obtenu par
certaines inventions dépend en grande partie de la sagacité
administrative et des acultés organisatrices de ceux qui les
exploitent.
Malgré toute sa valeur réelle, le téléphone
n'eût pas obtenu un développement aussi rapide sil
était tombé entre des mains moins habiles que celles
qui lont fait valoir, tandis que le phonographe, dont on entrevoyait
de multiples et intéressantes applications, se débat
depuis longues années sans pouvoir trouver place au soleil.
Le télautographe est une invention dun mérite
intrinsèque très réel, son succès commercial
et pratiquedépendra, dans une large mesure, des dispositions
qui seront prises pour son exploitation.
Notre confrère estime que le sort commercial du télautographe
est tombé dans daussi bonnes mains que lidée
première dans celle de M. le professeur Elisha Gray, car ce
dernier a su le développer et l'amener à la forme presque
définitive dune machine pratique. Les premiers appareils
définitifs, expérimentés simultanément
à New-York et à Chicago le 21 mars dernier, sinstallent
actuellement à lExposition,où ils constitueront,
sans aucun doute, une des plus curieuses attractions. |
En 1898 SILBERSTEIN Friedrich,POLLAK Anto,VIRAG Josef
déposent un brevet
280148 "appareil dit télautographe"
En 1929, R. Mesny l'utilise encore téléphotographie
dans le titre de sa Conférence à la Société
française des électriciens, "La téléphotographie
d'amateur". Les dictionnaires de la seconde moitié du XXème
siècle témoignent de la prolongation des deux sens.
La même substitution se produit en allemand. Dans
un ouvrage consacré à la téléphotographie
(Die Fernphotographie, 1897), F. Paul Liesegang note : "Le terme
"téléphotographie" était également
utilisé dans le passé pour la phototélégraphie,
c'est à dire la transmission d'une image de lentille sur de grandes
distances au moyen d'un courant électrique. La téléphotographie
et la phototélégraphie ont le même objectif : nous
rendre indépendants des limitations de l'espace." Phototelegraphie
va également s'imposer pour désigner la transmission des
images à distance. On le trouve, par exemple en 1898 dans la brochure
du Major autrichien Benedict Schöffler, Die Phototelegraphie und
das Elektrische Fernsehen.
Essais au télautographe à I Hôtel des Téléphones.
Source La Nature de 1901
M. Ritchie, linventeur du télautographe dont
nous avons donné la description, il y a quelque temps, a fait lundi
5 mars, à lHôtel des Postes, de bien curieuses expériences
avec son appareil. Nous avons assisté à cette séance
intéressante. LAdministration avait mis à la disposition
de M. Ritchie, la ligne de Paris à Lyon. Les appareils transmetteur
et récepteur, situés devant les spectateurs, étaient
reliés lun à lautre par une ligne qui passait
par Lyon, de sorte que ces deux instruments, physiquement si rapprochés,
étaient séparés par une « distance électrique
» de 1024 kilomètres.
M. Ritchie nous a confié quil navait jamais opéré
jusquici sur une aussi grande distance. On devait donc sattendre
à ce quun tel essai, entrepris sans aucun réglage
préliminaire, ne donnerait pas de résultats bien concluants.
Cest ce qui sest vérifié.
Les mots que M. Ritchie traçait sur le transmetteur se reproduisaient
bien et même lisiblement au récepteur, mais les lettres étaient
tremblées et visiblement déformées. Selon linventeur,
ce défaut était dû à des phénomènes
dinduction, causés par des lignes télégraphiques
voisines de la ligne utilisée. On entendait distinctement, en effet,
en branchant un téléphone sur la ligne, le ronron familier
de lappareil Baudot. Après quelques tentatives infructueuses
de réglage, M. Ritchie, qui navait pas sous la main loutillage
nécessaire, a décidé de remettre son essai à
plus tard, afin davoir le temps de se procurer ce qui lui manquait.
Ajoutons que le télautographe, branché ensuite sur une ligne
sans induction de 1500 ohms, se comporta merveilleusement bien.
1902 Le telautographe, Cest un curieux appareil
élcetrique qui permet de transmettre a distance des signes decriture
quelconcjues et meme des dessins. Jusqu ici le telautographe n'avait servi
qua des experiences restreintes. Le voici qui semble sur le point
d'entrer dans la pratique courante.
I.administration des postes vient en effet de faire executer d'interessants
essais sur l'emploi de cet appareil.
Les experiences failes sur les lignes telephoniques entre Paris et Lyon
et Paris et Rouen out parfaitement reussi, a part un leger tremblement
dans l ecriture a la reception, par suite des inductions en cours de route.
Cest un petit inconvenient auquel 1'iuventeur, 1ingeuicur Ritchie,
devra remedier.
Le telautographe sera essayé ensuite au point de vue pratique dans
les Ministeres avant d'être mis à la disposition du public.
Cet appareil serait adjoint dans un certain temps a nos téméphones,
ce qui nous pernieltrait d"entendre la voix et de voir en même
temps l'ecriture de nos correspondants. Voila un mode de correspondance
qui va singulierement simplifier le travail des facteurs.
- 1901 M. Korda a présenté le télautographe
système Elisha Gray-Ritchie qu'il a fait fonctionner devant lauditoire.
Il y a quelques années déjà que M. Voisenat avait
présenté à la Société internationale
des Electriciens et à la Société des Ingénieurs
civils l'appareil dElisha-Gray. On se rappelle que cet appareil
fournissait du problème de la transmission de lécriture,
une solution très satisfaisante, mais encore bien compliquée.
Il comportait quatre fils, ce qui nécessitait lemploi d'une
ligne spéciale. La régularité de son fonctionnement
avait été constatée entre Paris el Londres, grâce
a l'emploi de deux lignes téléphoniques qui réunissent
les deux capitales. Mac Scherson trouva le moyen de revenir à deux
fils seulement, mais c'est à Ritchie que revient le mérite
d'avoir pu, peu de temps après la mort du professeur Gray, débarrasser
l'appareil de tous les mécanismes délicats.
1° Pour donner le mouvement parallèle au papier, on emploie
deux circuits en dérivation alimentés par une batterie d'accumulateurs,
le retour se faisant par le sol. Dans chacun de ces circuits se trouve,
à lappareil transmetteur, un rhéostat, un récepteur,
un ampèremètre à cadre mobile. Le crayon traçant
est relié à deux tringles, dont les déplacements
entraînent le frotteur du rhéostat; la plume réceptrice
est entraînée par des tringles fixées aux deux cadres
mobiles, les résistances sont calculées de façon
que lamplitude des mouvements au transmetteur soit reproduite au
récepteur.
2° Pour appuyer la plume sur le papier on transmet des courants alternatifs
sur la double ligne. La main qui tient le crayon, appuyant sur le papier,
provoque la fermeture du primaire d'une bobine de RuhmkorIF dont le secondaire
agit, par lintermédiaire d'un condensateur, sur la ligne;
un autre condensateur recueille ces
courants à l'arrivée.
3° Pour donner du papier chaque fois que l'on arrive au bout d'une
ligne, un contact spécial rompt les communications précédentes
et fait fonctionner, à l'arrivée et au départ, par
lintermédiaire d'un relais, des ressorts qui déplacent
la bande de 15 mm. En mème temps, la plume se trempe dans l'encre.
Des dispositions accessoires permettent d'utiliser la ligne pour les transmissions
téléphoniques et assurent la mise en étal de réception
dès que l'on a cessé d'écrire.
L'appareil a fonctionné, avec beaucoup de succès, devant
la Société.
Vu dans la lumière électrique de 1901 : TÉLAUTOGRAPHE
RITCHIE
I. Objet et CARACTÈRES DISTINCTIFS DE LAPPAREIL.
« Le télautographe Ritchie est un appareil destiné
à transmettre lécriture et, dune façon
générale, tout dessin ou tracé linéaire
à une distance quelconque en utilisant les lignes téléphoniques
à deux fils. » Telle est la définition précise
quen a donnée M. Lippmann à lAcadémie
des Sciences, et qu'il a fait suivre dune description succincte
où il met surtout en valeur le principe des différentes
fonctions de lappareil, et quil termine par lappréciation
suivante :
« En somme, le télautographe est, avec le télégraphe
et le téléphone, un troisième agent qui vient
compléter nos moyens déconomiser le temps et de
supprimer la distance, mais qui a cet avantage surles deux autres
de laisser entre les mains du destinataire un autographe quil
peut recevoir même en son absence. »
Depuis la présentation de cette note par le savant académicien,
lappareil a été présenté à
la Société de Physique et à la Société
dEncouragement par M. Désiré Korda, qui sest
attaché à définir avec beaucoup de précision
les caractères particuliers de la transmission télautographique
et les différences essentielles qui apparaissent quand on compare
lappareil Ritchie à ses prédécesseurs et
à ses émules. On ne saurait préciser en meilleurs
termes les caractères distinctifs et les avantages de cet appareil,
aussi ferons-nous à la première conférence de
M. Korda les emprunts suivants :
« Lappareil constitue le « télégraphe
» par excellence, cest-à-dire un dispositif permettant
la reproduction de l'écriture à distance. Ce ne sont
plus les signes conventionnels du Morse ou du siphon recorder, ni
des caractères dimprimerie, mais bel et bien lécriture
autographe de lexpéditeur qui apparaît sur le papier
de l'appareil récepteur avec tout ce qui lui est personnel,
c'est-à-dire avec tous ses défauts et tous ses avantages,
avec ses caractères plus ou moins embrouillés, avec
ses illustrations, croquis et dessins, avec ses ratures et son authenticité.Jamais
une chose aussi difficile na été réalisée
par des moyens électriques plus simples. Nous sommes loin des
plaques hachurées, préparées chimiquement davance
dans lingénieuse invention due, il y a cinquante ans
à labbé Caselli, de même que des organes
synchroniques réalisant limpression
mécanique des hachures employées par ceux qui suivaient
la trace du savant abbé italien.»

Le télautographe procède dune manière beaucoup
plus directe. Il met en rapport immédiat lexpéditeur
et le destinataire comme sil sagissait dun échange
de conversation téléphonique, la seule différence
dans le résultat par rapport aux téléphones étant
que la conversation est écrite au lieu dêtre parlée.
Les caractères tracés par lexpéditeur apparaissent
au fur et à mesure de leur inscription sur le papier du destinataire
et celui-ci peut répondre de même dès que son
« interlocuteur » a cessé décrire.
Cest une suite de lettres échangées sans le ministère
du facteur et sans timbre-poste.
ELISHA GRAY, lillustre inventeur du microphone, le savant américain
mort il y a quelques semaines a peine, sétait attelé
depuis longtemps à la solution du problème que nous
venons de signaler. Malheureusement, le résultat très
encourageant qu'il a obtenu le fut au détriment de la simplicité
et par conséquent de la possibilité dune application
vraiment pratique. Sans parler de la construction compliquée,
délicate et coûteuse de son appareil, du réglage
très difficile à cause de tous les organes mécaniques
quil contenait : moteur, mouvement d'horlogerie, embrayage,
etc., le télautographe primitif de M. GRAY était entaché
d'un grave inconvénient pratique, celui de nécessiter
quatre fils entre les postes en communication.
M. MACPHERSON, un des élèves de M. Gray a réussi
à éliminer cet inconvénient très important
et à ramener le nombre de fils nécessaires à
deux, mais sans pouvoir se passer des organes délicats, des
bobines et contacts sans nombre. C'est à un autre élève
de M. Gray, à un électricien anglais M. Riychie que
fut réservé e mérite davoir pu simplifier
et mettre au point linvention du maître, et lappareil
que nous avons sous les yeux est le résultat de ses recherches.
Dans cet appareil, plus de mouvement dhorlogerie, plus de complications
mécaniques. Un nombre très restreint délectro-aimants
et les deux fils qui réunissent les deux postes en correspondance
suffisent, au moyen dun artifice ingénieux, à
transmettre toutes les manuvres de lappareil .
fig3
Maintenant quon a bien compris les fonctions du télautographe
Ritchie et ses conditions demploi, on peut voir, par la figure
4 où ont été réunies pour nos lecteurs
les reproductions dun message original confié à
lappareil, et de la transcription effectuée par ce dernier
au bout dune ligne équivalant à une distance de
plus de 100 km, quil sacquitte de ses fonctions avec une
exactitude presque parfaite, tant dans la transmission du dessin que
de l'écriture ; et on peut aborder létude des
principes simples auxquels il a été fait appel et des
moyens de réalisation ingénieux qui ont été
employés.
II. COMPOSITION D'UN POSTE TÉLAUTOGRAPIQUE.
Tout d'abord, le premier effort d'analyse conduit à
reconnaître de suite la nécessité, pour chaque
correspondant, d'avoir deux appareils distincts, pour la transmission
et la réception des messages, et il peut avoir avantage à
se réserver aussi l'usage du téléphone sur la
méme ligne, ce qui ne présente aucune difficulté.
C'est ce qu'ont pu voir par eux-mêmes les visiteurs de lExposition
annuelle de la Société Française de Physique,
où figuraient deux postes complets reliés par une ligne
artificielle de 300 ohms par fil, et cest à laide
du même ensemble d'appareils qua été obtenue
la transmission du croquis et du texte présentés figure
4.
Enfin cest au même modèle que se rapportent aussi
les photographies 1, 2 et 3. Le téléphone, du modèle
à main, bien connu, est visible à gauche de ces photographies
; il se met lui-même hors circuit lorsqu'il est posé
sur ses crochets à la manière ordinaire, et il se substitue
au récepteur télaulographique lorsqu'on le retire pour
en faire usage. Le transmetteur est de même substitué
au récepteur du poste par le jeu d'un commutateur simple représenté
figure 7, et sur lequel nous devrons revenir plus loin. Lexpéditeur
du message, par le jeu de ce commutateur, met en circuit son transmetteur
et renverse la connexion à la terre de la batterie- locale
u tilisée pour la transmission électrique d'un poste
à l'autre : il réalise ainsi les connexions représentées
par l'un quelconque des croquis de la
figure 4, qui sont destinés à faire comprendre le principe
de cette transmission électrique.
III. Principes de L'APPAREIL ET LEUR RÉALISATION.
On comprendra le fonctionnement de chacun des éléments
représentés par les figures quand on aura passé
en revue les principes essentiels de la transmission ils doivent assujettir
la plume réceptrice c' à reproduire les mouvements du
crayon c (fig. 5), ce qui implique évidemment la réalisation
des problèmes suivants :
1 ° Reproduction des mouvements du crayon parallèlement
à la surface du papier.
2° Mouvements de la plume pour la conservation des intervalles
de lécriture.
3° Lavancement simultané du papier dans les deux
postes.
4° Enfin les fonctions accessoires nécessaires à
la commodité de la transmission.
5 ° Reproduction des mouvements du crayon parallèlement
à la surface du papier.
La réalisation mécanique de l'identité
des mouvements de la plume et du crayon est assurée par deux
systèmes mécaniques articulés, représentés
séparément :

Dans ces mécanismes 1er Juin 1901 identiques, c et c' représentent
respectivement le crayon transmetteur et la plume réceptrice,
a e, a' e' des points fixes ; et, pour que c' reproduise fidèlement
les mouvements du crayon dans le plan de la figure, il suffit que
les tiges a' b' et d' e' reproduisent fidèlementle mouvement
des tiges a b et de. Là intervient le principe de la transmission
électrique du mouvement, que représente les croquis
donnés (fig. 4 et 6) et qui utilisent les variations d'intensité
de deux courants continus distincts, passant dans les fils 3 et 5,
sous le voltage total des batteries locales. Ces circuits 3 et 5 se
ferment par la terre, et comportent res pectivement deux rhéostats
C et D dont le frotteur mobile est solidaire des tiges a b, d e, et
deux galvanomètres correspondants dont l'équipage mobile
est solidaire des tiges d'c',a' b'. On conçoit que le système
soit réglé de façon à assurer l'égalité
des déplacements des liges correspondantes dans les deux postes.
Pour cela, les éléments en jeu dans la transmission
doivent être évidemment réglés de manière
que toute intensité possible dans chaque circuit corresponde
à des positions angulaires identiques pour les bras calés
sur les axes respectifs du rhéostat et du galvanomètre
correspondant.
Par éléments en jeu, nous entendons :
a. Le voltage de la batterie, qui doit être constant : les batteries
des deux postes, mises en série lors des transmissions, et
donnant chacune 24 volts, réalisent celle condition avecfacilité,
puisque les deux circuits ne prennent qu'un courant minime, 1/10 d'ampère
au maximum.
b. Lintensité de champ des galvanomètres, qui
doit être constante ; aussi les aimants permanents ont-ils été
remplacés par de puissants électro-aimants excités
par la batterie locale du poste et saturés.
c. La résistance de chaque ligne et de son rhéostat,
qui doivent être théoriquement constantes, pour assurer
la conformité absolue du message transcrit avec l'original.
On voit de suite qu'un appareil réglé pour ces conditions
et pour une distance de transmission donnée ne le sera plus
pour une distance différente. Dans le cas où des postes
échelonnés devraient correspondre entre eux, on devrait
admettre de ce fait une certaine déformation, ou léviter
par des rhéostats auxiliaires qui compliqueraient lappareil.
Heureusement, la déformation est si faible qu'il n'y a pas
lieu, en général, de recourir à pareille complication.
La valeur élevée de la résistance des rhéostats
par rapport à celle de la ligne (rapport dans le cas qui nous
occupe) a pour premier avantage d'atténuer beaucoup les déformations
observées si la longueur de la ligne vientà varier;
et son second avantage est dassurer aux galvanomètres
une plus grande constance de sensibilité pour les diverses
positions de leur équipage mobile. Cela a permis de construire
des rhéostats à sections uniformes, sur les principes
exposés par les figures 11 à 14.
d. Enfin, lisolement des lignes doit être élevé
et constant : il est soumis seulement à la tension dune
batterie, et la différence de volts entre la ligne et la terre
ne dépasse pas par conséquent 24 volts.
2° Mouvements d'abaissement et de soulèvement de la plume
pour la conservation des intervalles de l'écriture.
Pour obtenir au récepteur les séparations de
mots qui correspondent au soulèvement du crayon transmetteur,
il faut donner à la plume réceptrice les mêmes
mouvements simultanés de soulèvement. Il faut de plus
que le dispositif ne trouble le jeu régulier des galvanomètres,
ni par les courants électriques, ni par les frottements sur
léquipage. La première nécessité
interdit lemploi dun relais à courant continu,
la seconde oblige à certaines délicatesses de construction.
Lemploi des courants alternatifs ou vibratoires étant
ici nécessaire, on la réalisé très
ingénieusement comme permet de se le représenter la
figure 6.
Le circuit secondaire de la bobine de Ruhmkorff qui le produit est
branché en dérivation, au delà des rhéostats,
entre les lignes 3 et 5, et il est coupé par un condensateur
qui prévient le passage du courant continu dans la dérivation.
En deça des galvanomètres est branché, à
lautre extrémité, le circuit du relais K, qui
obéit à laction du courant vibratoire transmis,
en ouvrant ou en fermant le circuit de l'électro M, par le
jeu duquel se soulève ou sabaisse la plume. Linductance
élevée des cadres des galvanomètres et des relais
E E' prévient tout passage du courant vibratoire dans leurs
circuits, et par conséquent tout effet perturbateur sur lappareil.
Quant aux perturbations qui seraient à craindre pour les autres
appareils avec un courant vibratoire parcourant un fil simple ou un
circuit dune certaine self-induction, elles doivent cesser de
lêtre si les deux fils constituant le circuit sont convenablement
réunis dans toute leur longueur, comme il arrive dordinaire
dans les lignes téléphoniques à deux conducteurs.
3° Avancement du papier et priise d'encre.
Lavancement du papier n'est pas automatique, et les rouleaux
qui le délivrent aux appareils sont normalement immobiles dans
les deux postes. L'expéditeur réalise lavancement
simultané dune même quantité de papier dans
les deux postes (15 mm dans lappareil exposé), par la
seule manuvre dun levier quil meut avec son crayon,
et qui exécute les opérations suivantes :
a. Au porte transmetteur : a. Le déplacement et le retour dune
pince à papier qui donne l'avancement voulu.. L'interruption
du courant à la batterie. b. Au porte-récepteur : a.
Laller et le retour dune pince commandée par un
électro par lintermédiaire dun relais..
Linterruption du courant de la batterie et de lexcitation
du galvanomètre.. La prise dencre.
4° Commutateur.
Lappareil Ritchie, ainsi réalisé pour satisfaire
à ses fontions essentielles, serait cependant incomplet pratiquement
sil nétait pourvu dun commutateur multiple
dont nous avons tout dabord dit la nécessité,
et dont nous allons exposer le fonctionnement et dappels et
de dispositifs pratiques auxquels nous consacrerons quelque attention,
parce quils parachèvent lappareil en le rendant
véritablement pratique.
Nous avons vu que le téléphone et le télautographe
nétaient point frères ennemis, mais sassociaient
volontiers pour constituer une communication parfaite. La mise en
service du téléphone se fait par le jeu même des
crochets à ressorts sur lesquels cet appareil repose. Il se
substitue de la sorte au récepteur ou au transmetteur du télautographe.
La mise en fonctionnement de lun ou lautre de ces derniers,
nécessite sa mise en circuit d'abord, et ensuite l'inversion
de la ballerie locale, pour que les batteries des deux postes soient
en série lors du fonctionnement seulement, en opposition en
cas dexpectative.
5° Sonnerie dappel.
Il est bien évident que lappareil doit toujours
être laissé sur récepteur et que celui-ci serait
incomplet sil ne lui était pas adjoint une sonnerie qui
fonctionne en cas dappel de lautre poste. Cest de
cette sonnerie que nous allons indiquer maintenant la double fonction,
les constructeurs la faisant servir aussi comme avertisseur automatique
au cas où, par oubli, le poste serait abandonné à
létat de transmission, et non à létat
de réception comme nous venons de le recommander.
La sonnerie est constamment reliée par une de ses extrémités
au pôle négatif de la batterie locale. Lorsque le récepteur
du télaulographe est en circuit, il suffit dappuyer sur
un bouton à lautre poste pour mettre un des fils à
la terre et actionner la sonnerie. En effet, un courant passe de la
batterie à la terre à travers lenroulement du
relais E' dont larmature est attirée. Le circuit de la
sonnerie se trouve fermé en dérivation sur la batterie
locale. Le relais E' porte deux enroulements en sens inverse, en série
chacun avec un des fils de la ligne, de façon que les courants
égaux et de même sens sont sans action sur lui.
Lorsque le transmetteur est en circuit, le circuit de la sonnerie
est fermé sur une bobine de 200 ohms et un interrupteur. Tant
que le bras de la personne qui écrit est posé sur la
planchette, le circuit est coupé par linterrupteur; aussitôt
que le bras se lève, la planchette animée d'un mouvement
de bascule et soulevée par un ressort appuie sur linterrupteur
au moyen d'un bras et ferme le circuit de la sonnerie qui se met à
fonctionner; elle ne s'arrète que lorsque lopérateur
a pressé avec le crayon le boulon A du commutateur dont il
a été parlé plus haut, opération par laquelle
le récepteur est remis en circuit. On ne peut donc pas quitter
l'appareil sans l'avoir mis en état de réception.
IV. Construction.
La disposition générale des appareils atteste
une grande ingéniosité, et leur construction se caractérise
surtout par les soins apportés pour éviter toute
délicatesse de construction et dentretien. On a rejeté
délibérément tous mécanismes dhorlogerie,
engrenages, échappements, etc. et on na pas admis dautre
intermédiaire, quand il en a fallu introduire entre lopérateur
et les mécanismes distants, que des relais électriques
constitués par de simples électros.
En dehors de ceux-ci on a :
Au transmetteur, un système de bras articulés, deux
rhéostats, un commutateur, le mécanisme davancement
du papier et différents contacts.
Au récepteur, un système de bras articulés, deux
galvanomètres et leurs amortisseurs à liquide, le mécanisme
davancement du papier, et la barre de soulèvement de
la plume.
Tout ceci fonctionne en utilisant uniquemen t:
1 ° Des axes tournant entre des pointes coniques; 2° Des articulations
à rotule; 3° Des articulations composées d'un il
et d'un axe; 4° Des flexions de ressorts.
Aussi les constructeurs estiment-ils que l'entretien est pratiquement
nul, et quil suffit de veiller à lapprovisionnement
de lencre et du papier nécessaires au maximum une fois
par mois. Lavenir dira si ces prévisions sont justifiées.
Revenons sur les figures 6,15, 16, 17, 18, pour détailler plus
complètement le fonetionnement des divers organes en jen.
Lorsque les deux appareils sont en ordre de communication, nn courant
local passe dans lélectro-aimant M qui soulève
la plume (fig. 6.) ce courant lui étant fourni par le contact
établi par le relai E qui attire son armature pendant tout
le temps qu'on écrit. Quand le crayon du transmetieur presse
sur la plaque sur laquelle le papier est tendu, cette plaque ayant
un petit déplacement vertical établit un contact envoyant
du courant dans le circuit primaire d'ine bobine d'induction F dont
le trembleur se met à vibrer, (Pour simplifier la figure 6
les prises de courant local aux deux pôles de la batterie sont
simplement indiquées par des amorces portant les signes + ou
.)
Le courant vibratoire secondaire est transmis à la ligne à
travers le condensateur I, puis parcourt lenroulement du relai
K à traversle condensateur L. L'armature de K est attirée
et le cireuit de courant local de M esl rompu, La plume, primitivement
soulevée par la barre XY (fig, 3), agissant sur les deux brus
du support, tomhe en contact avéc le papier. La sell-induction
des bobines et des relais du récepteur élant considérable,
le conrant vibratoire ne les traverse pas d'une façon sensible
et le circuit de ce courant se ferme comme suit : Cireuit secondaire
de la bobine F, condensateur I, ligne 5, condensateur L, relai K et
ligne 3,
(!) Supposons que, avec le crayon du transmetteur, l'expéditeur
pousse jusqu'à fond de coursect relâche ensuite le V
situé à gauche de la plaque rectangulaire où
l'on écrit et actionnant le levier o (fig. 6). Ce mouvement,
transmis à angle droità une bielle reliée à
un volet et un châssis mobile permet de pincer le papier et
de le faire avancer d'environ 15 mm,
À chaque va-et-vient en même temps le contact 17 coupe
et rétablit le conrant qui passe sur la ligne,
Au récepteur, un relai E dont l'enroulement est pris par moitié
en série avec chacun des fils de ligne et fait dans le même
sens, à son armature attirée quand le courant même
minimum passe sur ses fils, Un courant local passe alors dans les
éleetros P qui, agissant sur le volet et le châssis mobile,
pinee le papier et provoque son déplacement d'une quantité
égale à celle obtenue sur le transmelteur,
Lorsque le courant est interrompu sur les fils de ligne, l'armature
de E cesse d'être atlirée et le courant local passant
dans les électros P est rompu; le papier est relâché
et le châssis retombe par son poids sur ses butées inférieures.
Lorsque le crayon du transmetteur est placé dans le V du levier
de manoeuvre, la plume réceptricé qui reproduit exactement
ses mouvements vient se placer au-dessus dun encrier; lorsquen
poussant le V on coupe le courant de ligue le châssis élévateur
de papier retombant, un bras quiy est lixé vient appuyer sur
le bras du galvanomètre de gauche et fait plonger la plume
dans lencrier,
L'appareil étant à l'état de répos, le
commutateur (fig. 7) est maintenu abaissé par un cran découpé
dans le levier o (tig. 6), le pôle positif de la balterie est
en contact avec la terre et le récepteur en cirenit avec la
ligne: ce résultat est oblenu par le contact des trois touches
milien avec les trois tonches inférieures. L'appareil est alors
disposé pour enregistrer les messages sans quil y ait
aucune manoeuvre à faire. Lorsque l'opérateur, avant
de commencer à écrire, pousse le levier 0 avec le crayon,
le commutateur, dégagé du cran, devient libre, se soulève
par l'effoet dn ressort à lame, met le pôle négatifà
la terre et le transmetteur en circuit à la place du récepleur
l'appareil est alors en ordre de trausmission. Pour remettre lappareil
à létat de récoption, il suffit de presser
avec le crayon sur le bouton À, le commutateur rentre dans
le cran du levier 0 et reste abaissé. Sur ce récepleur
en ordre de marche, s'inscrit le message transerit par l'expéditeur,
Pour résumer les notions précédemment données
gux l'usage et le fonctionnement du télautographe, supposons
qu'on ait à transmettre un messäge écrit, et examinons
les manoeuvres à faire :
Tout d'abord, les deux postes étant en ordre de marche out
leurs récepteurs en cireuit, ce que ne représente pas
la figure 6; mais on peut aisément, en s'aidant d'elle, rétablir
par la pensée les conditions convenables de transmission, en
se représentant les connexions du poste de droite identiques
à celles du poste de gauche. Les deux balteries sont opposées
et ne donnent lieu à aucun courant entre les deux postes, Tous
les circuits locaux sont ouverts ainsi que le représente la
partie gauche de la ligne y compris les électros de champ de
galyanomètre que la figure ne représente pas, Le châssis
élévateur de papier porte un contact latéral
qui ferme ce cirouit d'excitation quand il est à sa position
supérieure, c'est-à-dire quand lélectro
P cst excité ct alors seulement, Il n'y à donc aucune
dépense de conrant. Ponr correspondré avec l'autre poste,
il fant inverser la pilé locale, ce qu'on fait, en même
temps que la mise en cireuit de notre transmettenr, en poussant avec
le crayon lé levier 0 (fig. 6), qui dégage ct met én
jeu le commutateur À, Les connexions sont alors celles de la
figure 6. Pour l'appel, on presse un bouton au poste transmetteur
semblable an bonton d'appel représenté au poste récepteur
qui met un fil à la terre,
L'électro E', à deux enroulements opposés, allire
son armalure &l aclionne la sonnerie. Après l'appel et
dès que la sonnerie à cessé, le velai E est snffisant
pour attirer son armature et dommer du courant à lélectro
P. Celui-ci soulève le châssis à papier portant
un contact qui ferme lexcitation des galvanomètres. Dès
lors ceux-ci peuvent enregistrer nos communications, le relais K et
lélectro M fonctionnent pour conserver les intervales
automatiquement et lélectro P par l'intermédiaire
du relai E commandé à la volonté de l opérateur
par le levier V, agit pour renouveler le papier.
(uant aux annonciateurs téléphoniques, leur commande
par conrant continu à la manière ordinaire alfecterait
les galvanomètres et on devrait s'en interdire lusage
et leur substituer des relais à conrants alternatils, ce qui
serait facile,
Laissons, d'ailleurs, la parole anx promoteurs du télautographe,
mieux préparés que nousà en énumérer
les avantages et les applications probables et citons quelques extraits
d'une note qu'ils nous communiquent,
- Le premier de tous les avantages du télautographe, c'est
qu'il est silencieux. C'est inuppréciable.
- Le téléphone oblige à parler devant tontes
les personnes présentes dans la pièce et à les
mettre, malgré soi, au courant de ce que l'on dit. Même
duns les cabines publiques, à la Bourse où ailleurs,
on entend ce qui se dit. Quand vous êtes dans votre burcau,
à votre magasin, ete,
et qu'on vous appelle au téléphone,
vous êtes obligé de répondre 'coram populo',
- Au contraire, le message télautographique arrive, vous répondez
par écrit, personne n'entend rien. Les bruits de conversation
qui peuvent se faire antonr de vons ne sont pas enlendus par votre
correspondant; enfin votre message ne pent pas être surpris
par les indiscrets, il est silencieux.
- En ontre, quelque soit le temps, quelle que soit là friture
que l'on entend sur la ligne et qui souvent interrompt la conversation
téléphonique, le message télautographique passe
toujours et viecnt sinscrire au récepteur avec la même
netteté: ce dernier point est d'une importance capitale pour
les communications à longue distance.
- On a donc à tous les points de vue, sécurité
absolue aussi bien contre les indiscrets quh contre les mauvaises
conditions de la ligne.
- De plus, comme votre récepteur est toujours en communication
avec la ligne quand vous ne vous servez pas de votre appareil, il
sensuit que vous recevez en tout temps, nuit et jour, tous les
messages qui vous sont adressés même en votre absenee
où votre sommeil, et qu'en rentrant dans votre burean vous
trouvez inscrit sur votre télautographe toutes les communications
qui vous ont été adressées,
- Ce n'est que quand on se sera servi du télautographe pendant
quelque temps qu'on se rendra bien compte des services qu'il rend
et de son absolue névessité.
- Quaud un pareil agent est trouvé, il est impossible de ne
pas l'adopter ; il s'impose par son ntilité,
- Le « télautographe » laisse dans les mains une
preuve, un autographe qui sont tonjours de la plus haute importance.
- La communication cst indélébile, les chiffres les
prix, les cours, les date, les heures des rendez-vous ne peuvent plus
s'onblier ni se nier,
-Qui cela intéresse-t-il ?
-Tout le monde, toutes les professitons tpus les jours et à
toutes les heures,
- Les conditions d'un ordre d'achat ou de vente sont sanctionnées
par le témoignage écrit du « télautographe
».
- Les stipulatfons d'un marché quelconque sont instantanémeut
fixées et signées, chacun a dans les mains un document
indiseutable, ce qui, en dehors de la sécurité immédiate,
fait gagner 24 où 48 heures au moins.
- L'envoi des croquis et dessins par le « télautographe
» prendra de suite un développement considérable,
étant donné le temps quon y gagnera.
- L'ingénieur où l'industriel qui envoie ou reçoit
le croquis des modificalions à apporter à une machine,
qui donne l'état d'une pièce en fabrication, indique
les difficultés où Ia solution, propose une modification,
etc.
- L'architeete qui communique au macon, au peintre, au bronzier, au
menuisier, etc,, etc,, les indications nécessaires donmant
des détails de toute nature,
- Le commercant demandant à ses fabricants des ohjets de tons
genres; forme d'une pièce de mobilier, relief d'un bijou, dessin
d'une étolle ou d'un motif dune dentelle, d'un ornement,
dune passementerie, pièee de porcelaine, verre à
vitre à remplacer, coupe d'un vètement et mille autres
choses.
- La police pourra par le télautographe envoyer instantanément
le décalque de la photographie duu criminel à
toutes les frontières,
- Dans les ministères, les préfectures, les administrations
publiques, les responsabiltés sont fixées par lexistence
du message télautographique. On ne pent plus nier ce que lon
à dit ou prétendre avoir mal entendu ; on n'a plus à
faire téléphoner par un employé qui se trompe
et perd du temps.
- Les préfets recovront avec sécuvité les ordres
du ministère de l'Intérieur.
- Les commissaires de police, ceux de leur préfet,
- Le « télautographe » peut au besoin communiquer
en même temps un même message à un nombre quelconque
d'appareils reliés au même trangmetteur,
- Le ministre de l'Intérieur peut communiquer personnellement,
confidentiellement et instantanément par une
seule communication avec tous ses préfets,
- Le ministre de la Guerre avec tous les commandants de corps d'armée,
mobilisation.
- Le ministre de la Marine avec tous les ports de France.
- Le ministre de la Justice avec tous ses parquets,
- Le préfet de Police avec Lous ses-commissaires de police,
etc,
- Les chemins de fer avec toutes les gares de la ligne et prévenir
aiusiles nombreux accidents qui résultent de communications
mal reçues et en tous cas établir la responsabilité.
- An liuu d'envoyer des messages téléphonés qui
arrivent sans cesse incompréhensibles, incomplets ou modifiés,
on enverra des messages télautographiques; le destinataire
recevra aînsi le message même de l'expéditeur,
de son écriture et qui n'aura pu par conséquent être
déformé en aucune manière.
- Les banques, les grandes institutions, les grandes industries, ete.,
trouveront dans le télautographe un instrument inappréciable
pour leur service intérieur, dont il serait trop long d'expliquer
ici tous les avantages.
Nous venons d'énumérer ici les applications les plus
en vue du « télautographe »; mais, il est bien
évident qu'il en existe une foule d'autres moins importantes
peut-êlre, mais qui cependant, par leur nombre, contribueront
pour une large part au développement et à la généralisation
de l'emploi du « télautographe ».
V. CONCLUSION.
Nous pensons déjà que le fonctionnement de lappareil
suffit à expliquer son très légitime succès
à lExposition de Physique. Il est à espérer
que ce ne sera pas un pur succès de curiosité, mais
quil en résultera des applications pratiques: on peut
dautant mieux lespérer que l'installation de lappareil
n'exige aucune modification essentielle des réseaux existants
et que la construction nen est pas onéreuse.
Lappareil ne prétend pas du reste se substituer au télégraphe
ou au téléphone, puisquil est bien loin dégaler
le rendement du premier pour la rapidité des transmissions
et quil vise surtout à perfectionner les avantages du
second, dont il est lauxiliaire précieux .
Nous ne savons pas si ces espérances seront promptement réalisées,
mais nous sommes informés déjà que plusieurs
pays européens entrent dans la voie dapplication et quil
nest pas impossible que la France sy engage dans des conditions
similaires.
Les promoteurs demandent en général une licence dexploitation
sur les lignes téléphoniques existantes, et prennent
à leur charge l'installation et lentretien des appareils.
|
sommaire
On voit aussi apparaître le terme de facsimile telegraph
(pour désigner notamment les appareils de Hummel (et de Donlany)
(Voir par exemple le chapitre "Automatic Facsimile Telegraph System"
dans le recueil Telegraphy, 1901).
A quelle téléphotographie se sont intéressés
les frères Lumière en 1900 .
La polysémie du terme téléphotographie n'est pas
sans entraîner des contresens chez les historiens. Un échange
de lettres en mai 1900 entre Aimé Laussédat, Directeur du
Conservatoire national des arts et métiers et Auguste Lumière
évoque les essais de téléphotographie que mène
celui-ci à l'époque. Les éditeurs de la correspondance
commentent : "La Téléphotographie est l'ancêtre
du bélinogramme. On remarque que les frères Lumière
s'intéressent aux applications les plus diverses de la photographie.
(...)". Il ne serait pas inconcevable qu'en 1900 les frères
Lumière s'intéressent en effet à la transmission
des images, question régulièrement traitée par les
revues de photographie. Cependant, les termes des lettres de Laussédat
qui évoque la photographie de reconnaissance topographique dans
le contexte d'une exposition de métrophotographie indiquent clairement
que c'est bien d'expérience de téléphotographie au
téléobjectif qu'il est question et non de transmissions
de photographies à distance. Telle était d'ailleurs la grande
spécialité, depuis 1852, du Colonel Laussédat, auteur
d'un ouvrage L'Art de lever les plans (1893).et connu pour son utilisation
du téléobjectif pour la mesure de la hauteur du château
de Vincennes.
Télautographie, phototelegraphie : les distinctions d'Arthur
Korn.
La distinction entre téléphotographie
et télévision ne comemnce à se décanter que
durant la première décennie du XXe siècle. Plusieurs
des appareils présentés par Constantion Perslyi, au Congrès
international de l'Electricité (Paris, 1900), dans son état
de l'art "Télévision au moyen de l'électricité",
qui introduit le mot "télévision" dans la langue
française et anaglaise, sont en fait des appareils de transmission
d'images fixes.
Le Professeur de l'Université de Munich Arthur
Korn est le premier à réussir, dans les années 1902-1907,
des expériences de transmission de photographies recourant aux
propriétés du sélénium et il insiste sur la
complexité plus importante de la vision à distance parr
rapport à la transmission d'image fixe.. Il utilise d'abord le
terme de Fernphotographie puis va opter pour le terme de Phototelegraphie
qu'il oppose, dans ses écrits la Telautographie. Pour lui, la Phototelegraphie
suppose le transfert de l'image en signal électrique par recours
au sélénium et permet la transmission des demi-teintes,
alors que la Telautographie, dans la filiation Bain / Bakewell / Gray
permet uniquement la transmission de dessins et de textes manuscrits :
"il ne s'agit pas de supprimer des éléments teintés
d'une image, par exemple envoyer une photographie au loin à l'aide
de courants quantitativement gradués, comme cela est nécessaire
pour la phototélégraphie. il s'agit plutôt du transfert
de dessins au trait, d'écriture manuscrite, etc." Son ouvrage
majeur, publié en collaboration avec Glatzel en 1911, s'appelle
Handbuch der Phototelegraphie und Teletaugraphie.
La démonstration en novembre 1907 par Edouard Belin
d'un système ne recourant pas au sélénium mais permettant
la transmission des demi-teintes par un procédé analysant
le relief des épreuves photographiques relève pourtant des
procédés de télautographie. Mais le succès
de Belin, désigné comme téléphotographie,
va imposer ce terme dans la langue française et telephotography
dans la langue anglaise. Korn va dès lors recourir en allemand
au terme de Bildtelegraphie pour désigner l'ensemble des différents
procédés, y compris celui de la transmission sans fil, par
recours à la "méthode indirecte" par chiffrage
des images qu'il expérimente à partir de 1922 et que des
auteurs allemands vont désigner comme Bildfunk alors qu'en anglais
prévaut l'expression wireless telephotigraphy et en français
transmission d'images sans fil. L'hypothèse de la transmission
des images sans fil est formulée par Nikola Tesla dès 1893,
mais comemnce à se développer à la fin du 19ème
siècle dans le prolongement des expériences de Marconi et
de Popoff.
Le terme télécopie apparaît en français
dans les années 1960 pour désigner les procédé
de reproduction à distance de documents graphiques (texte, dessin,
photographie) sous la forme d'un autre document géométriquement
semblable à l'original, par l'intermédiaire de terminaux
raccordés au réseau téléphonique et rend désuet
le terme de "télégraphie fac-simile" qui était
utilisé dans les années 1950 en utiulisant le terme de fac-simile
qui était apparu en 1808. Dans la langue anglaise fax inclut la
notion de transmission et l'historien John Coopersmith présente
le fax comme un héritier de la telephotography.
sommaire
Le télautographe est inventé en 1888
par Luigi Cerebotani (italie). Il obtient un important succès
commercial auprès des banques, des journaux et des administrations
et est à l'origine de la fondation de la Gray Electric Company.
- Jules Verne utilise l'appareil dans son roman L'Île à hélice
(1895)
- Perfectionnée par Elisha Gray en 1897, puis par
Foster Ritchie (présenté par Gabriel Lipmann à l'Académie
des Sciences en mars 1901) l'invention fut utilisée par les compagnies
de chemins de fer pour les communications entre les postes d'enclenchement.
- D'autres télautographes sont inventés
par le français Brouer (1902) et les allemands Grühn (1905)
et Gustav Grzanna (1908).
- Le télautographe Grühn 1905 , "La
transmission à distance des écritures et dessins" Revue
générale des sciences pures et appliquées 18 novembre
1905.
La transmission des écritures et dessins.
L'idéal que les inventeurs de dis positifs de transmission
instantanée se sont proposé depuis longtemps, c'est
de construire des appareils téleoptiques au moyen desquels
les événements se passant en un lieu donné soient
rendus visibles à des endroits éloignes, au moyen d'une
transmission télégraphique.
Bien qu'étant loin d'une solution véritable, ce problème
a été résolu en partie par l'invention d'appareils
permettant la transmission à distance des écritures
et
même des photographies. Le Professeur Korn, à
Munich, a été tout particulièrement heureux dans
ses expériences de transmission oût élevé
et de sa forte consommation d'énergie, n'entrera pas, sans
doute, de sitôt dans la pratique courante. On peut espérer,
au contraire, un véritable succès pratique d'un autre
appareil beaucoup moins coûteux et plus modeste, qui se borne
à la transmission des écritures et des traits nous entendons
parler du telautographe Gruhn, appareil qu'on peut facilement relier
à toute ligne téléphoniqueexistant' Présenté
au pub)ic il y a déjà plusieurs années, cet instrument
vient ae recevoir des perfecuonnememts considérables qui en
augmentent l'utilité et qui en favoriseront, sans doute, l'adoptionplus
générale.
Les figures 1 et 2 représentent le mode de fonctionnement de
l'appareil.
Un crayon t à âme de graphite est articulé sur
un bras de levier H. Ce dernier, qui est très mobile. permet
au crayon de se déplacer dans toute direction voulue à
travers le plan du dessin sans gêner l'opérateur.
L'autre bout du bras de levier est attaché à l'intérieur
de l'appareil à un axe de rotation, susceptible de se déplacer
suivant la ligne AB.
Le crayon peut, par conséquent, exécuter un mouvement
quelconque, et ses déplacements impriment un double mouvement
oscillatoire et de va-et-vient au bras
du levier. Dans la figure 1, r est une résistance fixe et s
une résistance mobile qui est rigidement reliée au bras
de levier a par la tige qu'on remarque dans la figure; ces deux résistances
sont en rapport avec une batterie de huit éléments de
pile sèche; b est un petit archet collecteur monté sur
le levier mobile, dont il est iisolé, et o est une barre collectrice
fixe. Ces deux collecteurs de courant sont reliés aux fils
de transmission d et e. Or, une partie du courant de la batterie s'écoulant
à travers les collecteurs dans les fils de transmission, on
comprendrait aisément que les courants traversant ces derniers,
loin d'être constants, sont modifiés par toute variation
de position du crayon inscripteur. A tout point du plan du dessin
correspondent, par conséquent, deux intensités de courant
diflérentes, mais bien définies,de façon que
les mouvements du crayon sont, pour ainsi dire, convertis en modifications
de courant. Les lignes spiralées de la figure 1 représentent
des cordons conducteurs flexibles.

Les courants transmis à la station réceptrice reviennent
soit par la terre, soit à travers un troisième conducteur.
A la station lointaine, les caurants pénètrent dans
un appareil de réception (fig 2), où l'on a disposé
une petite lampe électrique projetant un mince pinceau lumineux
sur un miroir très petit. Après avoir été
réfléchi par ce dernier, le pinceau lumineux va frapper
un autre miroir, le réfléchissantà son tour sur
du papier sensible à la lumière. Une lentille interposée
sert à concentrer les rayons lumineux dans un foyer bien défini.
Les deux petits miroirs ne sont point immobiles, mais se meuvent sous
l'influence des courants qui leur sont transmis, leurs axes de rotation
portant des aiguilles magnétiques. Ces dernières reçoivent
un mouvement oscillatoire sous l'action des bobines g et h traversées
par les courants qui arrivent. L'un des miroirs oscille de haut en
bas et l'autre de droite à gauche, conformément aux
mouvements du crayon inscripteur de l'appareil de transmission. Il
s'ensuit que le rayon réfléchi exécute ces mêmes
mouvements, qui se combinent en un mouvement résultant.
On comprendra sans peine qu'on puisse diriger le rayon lumineux de
tous côtés au moyen des deux miroirs avec la même
facilité que le crayon inscripteur de l'appareil de départ.
Le mouvement de ce dernier a, en effet, été décomposé
dans l'appareil de transmission en deux mouvements, vertical et horizontal
respectivement, qui se recombinent dans l'appareil de réception
pour reconstituer le mouvement original. C'est dire que le rayon lumineux
est devenu un crayon inscripteur se mouvant sur le papier photographique
avec la même vitesse que la pointe de graphite et simultanément
avec cette dernière, ce qui produit sur ce papier une inscription
photographique.
Le développement de ces impressions lumineuses est opéré
automatiquement par l'appareil, un petit électromoteur retirant
la dépêche de la boîte. Le procède de dévetoppement
ne demande que 10 secondes, c'est-à-dire que, 10 secondes après
que l'opérateur a déposé son crayon, la dépêche
autographiée est arrivée à l'autre station.
Les expériences faites par l'Administration des Postes allemandes
ont démontré la possibilité d'employer une même
ligne téléphonique simultanément pour téléphoner
et pour faire jouer le téiautographe, sans donner lieu à
la moindre perturbation. Même à des distances considérables
(par exemple entre Berlin et Dresde, soit sur 200 kilomètres),
le tétautographe a été essayé avec un
succès complet.
Cet appareil rendra des services surtout dans le cas où le
téléphone n'assurerait pas le secret de la missive ou
qu'on désire en posséder une reproduction écrite.
Les transactions de banque, par exemple, profiteront du téiautographe,
qui leur permettra de transmettre les signatures par télégraphe.
Alfred Gradenwitz |
Arthur Korn, en 1906, conçoit un télautographe
qui permet la transmission de dessins, photographies et manuscrits. La
première photo est publiée, l'aviateur Ziepfel, est transmise
de Berlin à Paris et publiée dans Le Matin le 31 janvier
1909, mais c'est surtout The Daily Mirror qui va utiliser l'appareil en
1909 et 1910 pour publier des images transmises de Paris et Manchester
vers Londres.
En 1907, Édouard Belin invente un dérivé
du télautographe, qui, après divers perfectionnements, deviendra
le bélinographe.
Le Telautographe (1908-1913) de Arthur Korn, un
des inventeurs majeurs de la téléphotographie.
La Gironde, 28 mars 1907
Le Matin, 31 janvier 1909
Le télautographe de Korn : une alternative éphémère
aux faiblesses de l'appareil de téléphotogarphie.
Le 31 janvier 1909, Le Matin publie en première page, sous
le titre "PRODIGE !
" une photographie de l'aviateur Zipfel, qui vient de ravir le
public berlinois avec son biplane. C'est la première image transmise
depuis la capitale allemande par le nouvel appareil d'Arthur Korn, le
télautographe. L'article décrit les dernières opérations
et l'émotion de Korn à l'occasion de cette première
transmission. Thomas Thorne Baker, le principal corrrespondant de Korn
au Daily Mirror témoigne dans son livre The telegraphic transmission
of photographs (1910) : "Je suis arrivé à Paris le
lendemain matin et j'ai vu une grande foule de gens regarder le tirage
photographique, qui était exposé de la manière habituelle
au Matin dans leurs vitrines donnant sur le boulevard."
Avec cet appareil Korn cherche à dépasser les limites de
son appareil de téléphotographie qui avait eu un succès
d'estime en 1906, mais était limiter aux portraits et était
de transmission assez lente. Le télautographe apparaît comme
une solution intéressante, mais va finalement avoir une carrière
assez limitée.
La Gironde, 28 mars 1907
Le 28 mars 1907, La Gironde, quotidien de Bordeaux, publie un petit article
"La photographie pat fil télégraphique" qui ne
semble pas avoir eu d'écho mais contient pourtant une information
de première main, et probablement inédite à l'époque.
Gustave Will, le collaborateur de Korn, cemui qui apapraît avec
lui sur la fameuse photo de k'inventeur dans son laboratoire de Munich,
annonce que "le professeur Korn vient de réaliser un nouveau
perfectionnement par lequel il peit transmettre des paysages et des groupes
photographiés en douze minutes et des portraits en six minutes
avec une netteté plus grande qu'auparavant en douze minutes".
Une information similaire est publiée le même jour par le
Allgemeine Zeitung et le lendemain par le Münchner Neueste Nachrichten.
Les précisions techniques et les exemples ne sont pas encore fournis,
mais on a là les premiers indices de ce qui va bientôt être
connu comme le Telautograph.
Sans donner de détails, Korn confime l'orientation
de ses travaux dans cette direction lors de sa conférence au Daily
Mirror, le 9 novembre 1907.
Allgemeine Zeitung, 28 März
1907
Il a en fait déjà obtenu son brevet allemand Empfänger
für elektrische Ubertragung von Handschriften, Strichzeichnungen
und anderen graphischen Darstellungen. D.R.P. 33 429 le 10 décembre
1906, ce qui signifie qu'il devait en avoir fait la demande quelques mois
plus tôt. Le brevet français a été demandé
le 21 décembre 1906 et obtenu le 18 avril 1907. On peut donc supposer
que les mieux informés de la conférence du 1er février
1907 étaient déjà au courant de ce prochain appareil.
Un premier article de Korn '"Über neue Methoden der Telautographie'",
décrivant le nouvel apapreil paraît dans le Physikalische
Zeitschrift, 11 février 1907, dix jours après la conférence
de Paris.
Lors de la séance du 27 avril 1908, Jules Carperentier
présente à l'ouverture de la séance hebdomadaire
de l'Académie des Sciences un phototélégraphe perfectionné
construit d'après les données du Professeur Korn. Assez
curieusement, cette présentation n'est pas mentionnée dans
le compte-rendu. Elle est mentionnée le lendemain par divers journaux,
Le Matin, Le Figaro, L'Echo de Paris, L'Opinion nationale,..., L'article
du Figaro évoque Caselli, mais il s'agit toujours d'un téléphotographe
perfectionné recourant au sélénium, et pas encore
du Telautograph.
Le 2 octobre 1908, le Münchner Neueste Nachrichten
indique que le Professeur Korn ne se rendra pas à New York comem
cela avait été envisagé, car il travaille sur la
télautographie. On a là la première indication publique
que l'inventeur travaille sur une autre hypothèse que l'emploi
du sélénium. Vers la fin de l'année 1908, les nouveaux
télautogarphes sont installés à Paris, à L'Illustration
et à Berlin, sous la supervision de Bruno Glatzel, au Berliner
Lokal Anzeiger
La télautographie n'est pas un terme nouveau. Il
est entré dans la langue française en 1887, à l'annonce
de l'appareil d'Elisha Gray, qui sera présenté à
l'Exposition universelle de Chicago en 1893. On le trouve déjà
en Angleterre, dans un article de The Standard en 1878. Comme il s'agit
de transmission de dessin au trait ou de manuscrits, on a considéré
rétrospectivement que les appareils de Bain, Bakewell et le pantélégraphe
de Caselli relevaient de la télautographie. Le terme a été
encore été utilisé pour désigner un perfectionnement
de l'appareil de Gray par Forster Ritchie (présenté
par Lipmann à l'Académie des Sciences en mars 1901) ou des
appareils inventés par le français Brouer (1902) et les
allemands Grühn (1905) et Gustav Grzanna (1908).
La description de l'appareil: L'article du Matin fournit
une description simple de l'appareil
Schéma La Nature, 6 mars
1909
Une description plus technique de l'appareil et une gravure
seront fournies par La Nature dans son édition du 6 mars 1909.
L'auteur de l'article; R. Villers, compare le télautographe de
Korn et cekui de Ritchie et est plutôt sévère
pour l'appareil de Korn "Les vitesses de transmission ne sont pas
très considérables : 500 mots à l'heure pour les
écritures et 2000 pour les sténogarmmes. Rappelons que l'apapreil
Baudot transmet 20 000 mots à l'heure, et le Pollak-Virag 40 000.
Notre description a mis en évidence un certain nombre de points
: pour utiliser l'appareil Korn, il faut un matériel spécial
: feuilles métalliques, encre isolante, etc. En outre l'apapreillui-même
est extrêmement délicat et ne être manoeuvré
par des personnes inexpérimentées : il exige des manipulations
habiles. Bref, il ne paraît pas susceptible de doubler le téléphone
et ses usages seront par là même restreints".

Schéma du télautographe (La Science et la Vie, décembre
1918) et Le télautographe du Professeur Korn Source : The Inland
Printer, December 1912
Villers ne semble pas avoir compris que l'objectif de
Korn n'était pas de proposer un nouvceau système de transmissiond
'écritures, mais bien de d'images et de dessin, comme le rappelle
Thorne Bake : "Dès le début, la stricte limitation
des portraits imposée par l'utilisation des instruments au sélénium
s'est fait sentir et, avec l'introduction du télautographe, un
nouveau champ de travail commercial s'est ouvert. Il y a sans doute un
grand nombre d'hommes et de femmes importants ou intéressants dans
le monde, mais il y a chaque jour des centaines de « clichés
d'actualité » intéressants, et si les portraits des
premiers deviennent parfois plus ou moins épuisés, la «
photo d'actualité » est toujours disponible et suscite l'intérêt."
L'appareil ne semble aps avoir été beaucoup
utilisé par L'Illustration et Le Matin. Dans un rapport de la Commission
du budget de l'Assemblée nationale proposant la cération
d'un Ministère des Postes et télécommunications,
publié le 28 avril 1911, on trouve quelques lignes sur l'appareil.
Après avoir constaté l'échec du phototélégarphe
de Korn, le rapporteur écrit : "L'inventeur lui-même
se borne maintenant à des essais de "télautographie",
c'est à dire de transmission de dessins et d'images de trait, qui
ne présente ni le même intérêt, ni les mêmes
difficultés, ni le même caractère d'inédit
que la "téléphotographie" proprement dite"
A ces limites, le rapport oppose l'appareil de Belin comme "la seule
solution actuellement pratique du problème".
Le Telautograph au Daily Mirror
C'est finalement le Daily Mirror qui, une fois encore, va faire l'usage
le plus intensif du nouvel apapreil de Korn, mais seulement pendant quelques
mois.
Comme l'explique Thorne Baker, responsable des publications photographiques
du Daily Mirror, 'Le télautographe, tel qu'il a été
conçu par le professeur Korn est en réalité une combinaison
de l'émetteur de Caselli avec le galvanomètre et le récepteur
photographique d'Einthoven utilisés dans les machines au sélénium.
Dès le début, la limitation stricte imposée par l'utilisation
des instruments au sélénium aux portraits simples s'est
fait sentir, et avec l'introduction du télautographe, un nouveau
champ d'activité commercial s'est ouvert. Il y a beaucoup d'hommes
et de femmes dans le monde qui présentent un intérêt
éphémère suffisant pour que leurs photographies soient
télégraphiées, mais il y a chaque jour des centaines
d'instantanés d'actualité intéressants", et
si les portraits deviennent parfois plus ou moins épuisés,
la photo d'actualité est toujours disponible et attire l'attention."
(T. Thorne Baker, 1926)
Un appareil est construit par Shanger Shepherd en janvier
1909 et tous les efforts sont faits pour que le systèpme soit près
à l'occasion de la visite du roi Edouard VII à Berlin. Le
2 février, le quotidien publie la photo de Zipfel, inversée
et sans que les modalités de transmission de Paris à Londres
soient explicites. Il est intéressant de constater que plusieurs
photographies dont on dispose de la version française apparaissent
inversées dans The Daily Mirror, mais également dans le
Handbuch der Phototelegraphie und Telautographie de Korn et Glatzel. (1911)
A partir de février 1909, The Daily Mirror publie des photographies
transmises avec le nouveau procédé de Korn, le Telautograph,
qui permet de transmettre des images d'événements sportifs,
de groupes, de paysages, etc.
La première photographie transmise au telautograph entre Berlin
et Paris, celle de l'aviateur Zipfel, est publiée dans l'rédition
du 2 février 1909 du Daily Mirror.

A gauche Image transmise de Berlin vers Paris, février 1911
(Source : KORND und GLATZEL, 1911)
Le 19 février 1909, The Daily Mirror publie côte
à côte une photographie d'Edmond Rostand en compagnie de
l'acteur Coquelin aîné, qui vient de décéder
et une photographie du roi Edouard VII, arrivant à Berlin, dans
la calèche où il est accompagné du Kaiser Guillaume
II. Ces deux photographies ont été transmises entre Berlin
et Paris.
The Daily Mirror, 19 February
1909
La publication de photogarphies en, provenance de Paris
se ralentit après le 13 mars 1909.
A la mi-mars, un appareil est installé par The Daily Mirror à
Manchester, ce qui permet d'envoyer des photos au siège du journak
à Londres.
Le 27 mars 1909, The Daily Mirror innove en publiant pour la première
la photographie d'un événement sportif, en l'occurence l'arrivée
du Grand National Finish, télégraphié de Manchester
à Londres en 6 minutes. A la même occasion, le quotidien
annonce que des expériences de tarnsmission d'images sans fil sont
menées par Korn et Thorne Baker....
Cependant, dans le courant de l'année 1909, The Daily Mirror va
progressivement abandonner le Telautograph de Korn et lui préférer
le Telectograph de Thomas Thorne Baker.
Au total entre le 2 février 1909 et le 10 février 1910,
ces sont 74 photographies ou dessins qui ont été publiés
par The Daily Mirror, en provenance soit de Paris soit de Manchester.
Il serait intéressant de vérifier si les photographies en
provenance de Paris ont été publiées soit dans L'Illustration,
soit dans Le Matin. Il n'est pas évident que ce soit le vas pour
toutes les photographies. Le public anglais a probablement disposé
d'images de la vie parisienne auxquelles les Parisiens n'aveint pas accès.
Malgré leurs faibles qualités techniques, nombreuses de
ces photos ont un intérêt historique et certaines ne manquent
pas de qualités formelles.
Le développement du télautographe de Korn sur le continent
est plus difficile à suivre.
Une ligne a été ouverte entre Berlin et Paris mise en place
en 1909.
Le 1er juillet 1910, The Daily Mirror, annonce que Korn prépare
une liaison Berlin-Londres, mais il ne semble pas que celle-ci ait finalement
été installée.
Une démonstration a été faite à l'Exposition
internatioanle de Turin en 1911. Korny y a réalisé des expériences.
Une ligne entre Monte-Carlo a été ouverte eta été
active à partir d'avril 1912. Le 9 avril est annoncé un
nouveau record : la transmission d'une image en 15 minutes sur le circuit
Berlin-Paris-Monte Carlo, soit 1500 kilomètres.
Dans son article "La transmission télégraphique des
images et photographies", La Science et la Vie, décembre 1918-janvier
1919, Jacques Deslions indique qu'un noiuvel apapreil a été
installé dans un grand hebdolamaire en 1912. Il s'agit évidemment
de L'Illustration, mais la date paraît bien tardive et serait à
confirmer.
Le 7 septembre 1912, l'hebdomadaire viennois Illustrierte Kronen Zeitung
présente à ses lecteurs le télautographe d'Arthur
Korn et de son collègue Bruno Glatzel à l'occasion du voyage
de l'Empereur d'Allemagne Guillaume II à Bâle. Deux dessins
illustrent l'article. ...
Cet article se termine à ce stade car le sujet
est très vaste, pour plus de détails, je vous renvoi vers
ce site : DOSSIER
Télautographie et téléphotographie.
Bonne lecture.
sommaire
Chronologie de la transmission d'images fixes
1843 : Alexander Bain - brevet de télégraphe électromagnétique
imprimable
1848 : première démonstration d'un appareil de transmission
d'image (avec une liaison Brighton-Londres) par Bakewell
1862 : premier service de transmission d'images entre Lyon et Paris (pan-télégraphe
de l'Abbé Caselli)
1869 : service de transmission d'images entre Paris et Lyon (Meyer)
1872 : expérience de transmission d'images entre Paris et Marseille
(d'Arlincourt)
1870-1876 : recherches d'Edison sur le télégraphe autographique
à partir de 1878 : nombreux projets de transmission d'images recourant
aux propriétés photosensibles du sélénium
1878 : Les contributions d'Adriano de Paiva : l'hypothèse du sélénium
et la prescience de l'ubiquité
1878 : Constantin Senlecq, un pionnier français
1878-1879 : Denis D. Redmond, ohptalmologue réalise les premières
expérimentations
1878-1880 : Les propositions de George R. Carey
1878 : Le telefotoskop de Julian Ochorowicz
1879 : Le téléphotographe à un seul fil de C.M. Perosino
1880 : W.E. Sawyer critique les propositions de G.R. Carey
1880-1881 : Les premiers travaux britanniques sur la vision à distance
(1880-1881) : J. Perry et W.E. Ayrton
1881 : Shelford Bidwell réalise les premières démonstrations
de télé-photographie recourant au sélénium
1882 : proposition de balayage par prisme de Nicol (W. Lucas)
1882 : la roue à miroirs de Ll. B. Atkinson
1884 : Le télescope électrique de Paul Nipkow, breveté
en 1885
1885 : Première demande d'un brevet de téléphotographie
(Gemmil)
1885 : la première contribution russe (P.I. Bachmetiev)
1889 : le phoroscope et la roue à miroirs de Lazare Weiller
1891 : le Phototel de Raphael Eduard Liesegang
1898 : Brevet d'Henri Bauer
1904 : phototélégraphie recourant au sélénium
(Système Korn)
1888 : telautograph (Elisha Grey)
1890 : téléphanie d'Henry Sutton
1891 : démonstration de phototélégraphie (Système
Amstuz)
1896 : télégraphe autographique d'Edison
1897-1901 : Telediagraph d'Ernest A. Hummel
1898 : Brevet de Küstler (transmission sans fil d'images)
1899 : Brevet de Greville Williams (Transmission par T.S.F.)
1901 : Expérience de W.J. Clarke (transmission hertzienne d'un
dessin avec telediagraph)
1904 : Brevet de Gregorio Pansa (tansmission sans fil d'autographes)
1907 : phototélégraphie par télégraphe (Système
Belin)
1908 : Telautograph d'Arthur Korn
1909 : Brevet de Garcia (transmission sans fil)
1922 : phototélégraphie par T.S.F. (Système Belin)
1922 : méthode indirecte par T.S.F. (Arthur Korn)
sommaire
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