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Décembre
1877 première conversation téléphonique entre l'Angleterre
et la France
Alors que G
BELL, arrivé en France termine sa présentation du téléphone
en décembre 1877, Voici ce que l'on a pu lire dans la presse
:
1877 Revue des idées nouvelles : bulletin du progrès
: dans la philosophie, les sciences, les lettres, les arts, l'industrie,
le commerce et l'agriculture.
Le téléphone à Paris.
Moins avancés sous ce rapport que les Anglais et les Allemands,
nous navons point encore appliqué chez nous la grande et
belle invention américaine de M. Graham Bell. Cependant, il y a
un pas de fait. Le téléphone qui a été exhibé
lautre jour à lAcadémie des Sciences, par M.
Bréguet, a fonctionné plus récemment encore entre
la France et lAngleterre, à titre dessai, et des inspecteurs
de lignes télégraphiques anglais et français, placés
les uns à Saint-Margaret, sur la côte anglaise, près
de Douvres, les autres à Sangatte, près de Calais, ont pu
très-bien causer à travers le détroit.
Nous avons déjà donné une description (voir notre
numéro de juin) du téléphone, et nous pourrions nous
y tenir, mais en voici une autre qui nous parait plus nette et plus fidèle,
et que pour notre part nous préférons. Aussi bien, depuis
lors, M. Graham Bell a beaucoup perfectionné son instrument. Aujourdhui,
par exemple, le transmetteur et le récepteur ne sont quun
seul et même appareil à double fonction. Cest extérieurement
comme intérieurement un cylindre de bois, au milieu duquel se trouve
un aimant. Lune des extrémités de cet aimant est maintenue
par une vis, et à lautre se trouve une bobine de fil de cuivre
isolé. En face du pôle de laimant, sur la partie supérieure
du cylindre, est tendue une membrane en fer doux, protégée
par une pièce de bois cave et hémisphérique qui sert
à la résonnance En dehors du cylindre de bois le fil de
cuivre de la bobine senroule sur deux bornes, doù partent
les conducteurs qui vont aboutir aux bornes du cylindre correspondant.
Là, le chemin suivi parle son est le même, en étant
inverse, cest-à-dire que le son passe par la bobine du second
cylindre, impressionne magnétiquement laimant de ce second
cylindre exactement comme il a fait celui du premier et met en mouvement
la membrane de réception exactement comme il a fait celle de transmission.
Chaque cylindre tout monté tient peu de place. Il na guère
plus de 12 centimètres de longueur et au plus 6 de largeur. Il
faut remarquer, et cest là un grand point, tant par léconomie
que par la rapidité dinstallation qui en résulte,
que le fonctionnement du téléphone de Graham Bell se passe
tout à fait de pile. Pour ce qui est de la portée du son,
M. Bréguet a reconnu quen interposant
une résistance égale à celle que produiraient 1000
kilomètres de fil il entendait encore son interlocuteur très-distinctement
pourvu quil parlât sans précipitation. M. Graham Bell,
étant parvenu à se faire entendre, en interposant une résistance
plus considérable que celle qui provient de la longueur du câble
transatlantique, ne doute pas quon ne puisse arriver durant lexposition
de 1878 â communiquer oralement de Paris à New-York et vice
versa.
* * *
Ce nouveau téléphone est ce qu'on a appelé le Butterstamp
car il ressemble à à tampon pour marquer les mottes de beurre.
Récit
de l'univers illustré page 754 du
1 décembre 1877
Nous lisons dans "la France" que le téléphone
vient de fonctionner entre la France et l'Angleterre.
Deux cornets acoustiques aimantés ont élé
placés la semaine dernière a Saint-Margaret,
sur la côle anglaise, près de Douvres, et a Sangate,
près de Calais, puis reliés entre eux par un fil
métallique.
Des conversations ont été échangées
ainsi à travers le détroit, les résultats
obtenus ont paru très satisfaisants aux inspecteurs des
lignes de Douvres et de Calais.
Ces téléphones ont aussi été présentés
par le Professeur Hughes, l'inventeur du microphone à M.
Despointes, Manager de la "Submarine Telegraph company"
Anglaise.
La même chose a eu lieu dans des expériences entre
Brest et Penzance (Angleterre méridionale)
En 1996, c'est un collectionneur Australien de l'ACTS
Tony Falzons qui a pu acquérir cette historique paire
de téléphones Bell et nous raconter son histoire.
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Ces téléphones
sont la paire originale donnée par BELL à l'Angleterre
en 1877 et utilisés pour converser entre L'Angleterre et
la France pour la toute première fois.

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Traduction :
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Collection de Tony Falzon
Photos - page suivante
J'ai obtenu ces combinés de Bob Slesser. Bob était
responsable de l'installation des sous-réseaux de Melbourne,
où je travaillais à l'époque. Il me les a montrés
pour la première fois en 1980, lorsqu'il a appris que je
collectionnais les téléphones. Il les avait achetés
pour le travail et me les a prêtés pendant quelques
semaines. Je lui ai demandé s'il souhaitait les vendre. Il
m'a répondu qu'ils appartenaient à sa mère
et qu'elle ne voulait pas s'en séparer pour le moment, mais
il m'a promis de me prévenir s'ils étaient mis en
vente.
J'ai été muté à Miami TIC Gold Coast,
dans le Queensland, en 1989, mais je suis resté en contact
avec Bob, l'appelant de temps en temps, espérant avoir la
chance de les acquérir un jour. Je l'ai rappelé en
1996 et, à ma grande surprise, il m'a dit qu'ils étaient
disponibles si je les voulais.
Les téléphones ont été transmis de génération
en génération dans la famille et ont finalement rejoint
ma collection.
New Court St, Swithins Lane
Londres E.C., 9 septembre 1907
Ces combinés téléphoniques constituent la paire
originale utilisée pour les premières communications
réussies entre lAngleterre et la France. Ils furent
offerts par le professeur Hughes,
inventeur du microphone, à M. Despointes, directeur
de la Submarine Telegraph Company, puis donnés par le fils
de M. Despointes à Thomas Towler, New Court St, Swithins
Lane.
La lettre ci-dessus, datée de 1907, ainsi
que celle de Bob Slesser (à gauche), datant de 1996, illustrent
le parcours de ces récepteurs historiques jusqu'à
la collection de Tony Falzon. Thomas Fowler, mentionné dans
la lettre ci-dessus, était l'arrière-grand-père
maternel de Bob Slesser.
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En France on ne sais pas si les téléphones
étaient identiques comme ceux fabriqués par Hugues ou par
des téléphones fabriqués par Breguet..
En 1889, le réseau téléphonique
français passa sous la tutelle de l'Administration des Postes et
Télégraphes. La Poste anglaise et cette même Administration
française achetèrent conjointement la même année
les câbles sous-marins de la Compagnie télégraphique
sous-marine.
Autant la situation des télégraphes
est brillante, autant celle des téléphones est triste; ils
sont entre les mains de l'industrie privée et ni le Gouvernement
ni le public n'ont encore invité l'Administration à les
prendre en mains; M. Preece n'hésite pas à déclarer
que lorsque l'Etat en aura pris la gestion, on ne tardera pas à
réaliser pour la téléphonie des progrès aussi
surprenants que pour la télégraphie.
La prochaine étape fut, comme indiqué précédemment,
la construction d'une ligne téléphonique câblée
reliant Londres à Paris.
M. Preece venait de concevoir un câble fluvial pour traverser l'estuaire
du Río de la Plata et relier par téléphone les villes
de Buenos Aires et de Montevideo. Ce câble mesurait 45 kilomètres
(28 miles), mais les caténaires en bronze portèrent la longueur
totale de la ligne à 300 kilomètres (186 miles) et la puissance
de transmission à 10 400 kJ/s (10 400 kJ/s). La qualité
de la communication sur cette ligne est cependant excellente.
Plus tard en 1891 eu lieu la première
communication publique entre Londres et Paris (avec
des téléphones plus perfectionnés pour franchir les
plus grandes distances).
Le journal "The Guardian" a relaté cetévénement
:
Le téléphone Londres-Paris 10 mars 1891
Notre correspondant à Douvres a télégraphié
hier soir : le câble sous-marin destiné à la liaison
téléphonique avec Paris a été posé
aujourd'hui à travers la Manche ; toutefois, le raccordement de
l'extrémité côté anglais, à St Margarets
Bay, n'aura lieu que demain matin. Les travaux ont été réalisés
dans des conditions très défavorables : tempêtes de
neige et de grésil aveuglantes et vent d'est violent. La mer s'est
abattue avec force sur le littoral anglais vers la fin de la journée.
Liaison téléphonique Londres-Paris 15 mars 1891
Notre correspondant à St Margarets Bay a télégraphié
hier soir : l'inquiétude quant à la qualité de la
liaison téléphonique entre Londres et Paris et plus
particulièrement du câble traversant la Manche a été
levée grâce aux essais effectués hier et aujourd'hui
; des conversations ont pu être tenues avec succès entre
St Margarets et Paris. Une partie de l'équipe chargée
des travaux s'est rendue à Paris pour mener des essais à
l'autre extrémité du réseau, et les premiers mots
ont été échangés par câble hier soir.
Des appareils français et anglais ont été utilisés,
mais les résultats ont été bien meilleurs avec les
instruments anglais, le son étant faible et indistinct avec les
appareils français. Des salutations amicales ont été
échangées. La transmission de la voix était si parfaite
que non seulement les paroles étaient audibles, mais il était
également possible, dit-on, de distinguer les voix elles-mêmes.
Les câbles sont désormais reliés à Londres,
de sorte que les prochains essais se dérouleront entre les capitales
anglaise et française. Aujourd'hui, le câblier *Monarch*
a récupéré les deux extrémités du câble
télégraphique Calais-Douvres, qui était rompu depuis
plusieurs semaines.
Ouverture
de la ligne téléphonique franco-britannique .
L e Premier ministre, Lord Salisbury, en conversation avec le président
français Sadi Carnot. Caricature de John Tenniel parue dans *Punch*
le 28 mars 1891.
La Poste Britanique annonce le lancement imminent du service téléphonique
public Londres-Paris., pour 3 minutes, d'une valeur de 40 £
d'aujourd'hui (2020).
15 mars 1891

Dans les essais de télégraphie et de téléphonie
simultanées, effectués entre Paris et Londres, au mois d'avril
1893, l'office anglais réalisait une importante amélioration.
sur l'emploi du système duplex Wheatstone et Hughes.
Cette dernière application fut même l'objet d'expériences
si variées et d'observations si minutieuses qu'elle ressortit bientôt
comme l'une des plus importantes du programme. En même temps un
service pratique en duplex Hughes fut étudié et organisé
successivement sur les câbles de Calais-Douvres, Boulogne-Folkestone
et Dieppe-Newhaven. Le câble du Havre, ne pouvant fournir le rendement
normal, avait été, dès le début, complètement
éliminé. Les résultats acquis pendant la période
d'essais furent tels que l'administration française et l'office
anglaise résolurent de maintenir provisoirement en service régulier
une installation duplex Hughes, Quand se produisit l'interruption du câble
de Boulogne à Folkestone, le 14 février, il y avait près
de deux ans que le poste central de Paris et le post-office de Londres
utilisaient journellement, dans des conditions très satisfaisantes,
ce système de transmission télégraphique. Aussi,
lors de l'interruption du 14 février, le premier soin des correspondants
fut-il de constituer d'autres installations duplex.
Revenons à la communication anglaise :
25 mars 1891 Le fait que l'établissement de la liaison téléphonique
entre l'Angleterre et la France ait suscité relativement peu d'intérêt
alors qu'il y a quelques années encore, une telle réalisation
relevait de la pure utopie illustre une fois de plus à quel
point nous sommes aujourd'hui habitués aux prodiges. On peut légitimement
espérer que le développement rapide de ce nouveau moyen
de communication favorisera les bons rapports et la compréhension
mutuelle entre les deux pays. Certes, la barrière de la langue
subsistera ; car, bien qu'un phonographe capable de traduire ait été
présenté lors du dîner « Red Lion » de
la British Association il y a deux ans, nous ne pouvons guère espérer
voir cette invention appliquée aux communications téléphoniques
transmanche.
L'identité de langue constitue évidemment un atout majeur
pour la liaison téléphonique entre Bruxelles et Paris. Toutefois,
si les Français ne parlent généralement pas anglais,
la connaissance du français se répand rapidement dans notre
pays ; cet obstacle à la conversation téléphonique
ne devrait donc pas s'avérer insurmontable. Dans un premier temps,
ce nouveau moyen de communication servira sans doute davantage la presse
que le commerce ; les journaux du continent disposent en effet depuis
longtemps de services téléphoniques internationaux réguliers.
L'avantage profitera probablement plus aux lecteurs du continent qu'aux
lecteurs anglais ; il est en effet de notoriété publique
que nous sommes bien mieux informés des affaires du continent que
les nations continentales ne le sont de nos propres actions et sentiments.
Nous gagnerions pourtant beaucoup à une meilleure connaissance
du continent, car il est incontestable, par exemple, que les barrières
protectionnistes érigées par nos voisins à notre
encontre reposent en grande partie sur de simples préjugés.
Si l'on veut que ce nouveau triomphe de la science appliquée apporte
un bénéfice réel, il est évident que les tarifs
pratiqués doivent être modiques. Comme l'a souligné
un correspondant belge du *Times*, des échanges fréquents
et libres seront impossibles si les services postaux appliquent des tarifs
cinq fois et demie supérieurs à ceux en vigueur sur la liaison
franco-belge. L'objectif n'est certainement pas de faire de la liaison
téléphonique Londres-Paris un simple jouet coûteux.
Une taxe de huit shillings pour trois minutes ne ferait que renforcer,
sur le continent, l'image d'une Grande-Bretagne avide, au lieu de favoriser
la compréhension souhaitable et plus agréable
de la véritable générosité de notre politique
nationale.
De notre correspondant à Londres 2 avril 1891
Avant que la liaison téléphonique avec Paris ne s'inscrive
durablement dans le paysage économique des deux capitales, une
ultime expérience a consisté à relier, à Paris,
la ligne anglaise à celle de Marseille. Les paroles prononcées
à Londres furent distinctement perçues sur les rives de
la Méditerranée, et une réponse parvint, douce mais
claire, après avoir traversé plus de huit cents milles de
terre et de mer. Hier, la communication entre Londres et Paris fut ouverte
gratuitement au public ; les bureaux furent pris d'assaut pendant plusieurs
heures, permettant aux milieux d'affaires de se familiariser avec ce nouveau
téléphone et d'en consacrer le succès.
Aujourd'hui, un flux constant de clients payants s'est succédé
; par ailleurs, de nombreuses grandes entreprises et de grands hôtels,
aux deux extrémités de la ligne, ayant sollicité
l'installation de liaisons privées actuellement en cours
de mise en place , il apparaît que le téléphone
sous-marin est en train de passer, sans bruit, du statut de dernière
merveille scientifique à celui d'élément banal et
ordinaire de l'équipement de tout bureau d'affaires.
En France dans "Le Panthéon de l'industrie" :
journal hebdomadaire illustré du 01 mai 1891, on lisait :
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La ligne téléphonique entre Paris
et Londres.
Nous avons fait connaître autrefois des travaux
fort intéressants relatifs à la téléphonie
à grande distance. Les transmissions se font à des
distances de plus en plus grandes ; le 15 mars 1891, on a pu converser
téléphoniquement entre Londres et Paris.
On a pu craindre un moment que l'ouverture de la nouvelle ligne
ne fut bien retardée, car le vaisseau qui portait le câble
téléphonique destiné à relier la France
et l'Angleterre a été assailli par une violente tempête.
Les journaux ont raconté son odyssée. Les ingénieurs
français à bord du Monarch ont pu croire un moment
que leur ouvrage était perdu. L'opération de la pose
du câble a été rendue très difficile
; mais il a définitivement été posé,
et l'on se souvient aussi sans doute que le premier message envoyé
d'Angleterre en France a été un verset de la Bible,
qui n'était pas trop mal choisi, mais qui ne laissa pas d'étonner
un peu ceux qui ne s'attendaient qu'aux courtoises banalités
des inaugurations officielles.
M. Preece est l'ingénieur
électricien en chef de la poste d'Angleterre ; il avait particulièrement
étudié la question de la transmission téléphonique
à grande distance ; il avait bien compris que, pour ces transmissions
à grande distance, il y a deux obstacles à vaincre,
la résistance de la ligne d'abord et puis sa capacité
électrostatique; la limite de perceptibilité des transmissions
est en rapport avec le produit de ces deux facteurs. L'unité
de résistance se nomme l'ohm; l'unité de capacité
se nomme farad (une abréviation assez malheureuse de Faraday)
et comme le farad est trop grand pour les besoins de la pratique,
on fait usage d'une unité moindre qu'on nomme le microfarad.
Quand le produit de la résistance d'une ligne mesurée
en ohms par sa capacité électrostatique mesurée
en microfarads, dépasse 15,000, la transmission devient pratiquement
impossible. Pour être dans de bonnes conditions, il ne faut
pas rester beaucoup au-dessous de 5,000 et ne pas trop s'approcher
de 10,000.
On voit ici l'utilité de ces recherches théoriques,
dont les résultats s'expriment dans quelques lois connues
des électriciens ; elles leur donnent des moyens pratiques
de résoudre certaines questions difficiles; ces quantités
mesurables, ohms, microfarads, etc., fournissent à l'électricité
des indications précieuses ; il suffit d'établir des
câbles, dans certaines conditions données, car on sait
mesurer dans ces câbles les éléments dont nous
venons de parler.
Entre Londres et Paris, quel câble a-t-on été
conduit à choisir pour obtenir une transmission convenable
?
La maison Siemens, de Londres, a fait un câble
à quatre conducteurs, dont chacun est fait d'un toron de
sept fils de cuivre, isolé par dos couches de gutta-percha.
Ces quatre conducteurs forment une âme couverte par du fil
de jute tanné, protégé par une armature de
seize fils de fer de sept millimètres de diamètre,
le tout enduit d'un mélange de résine minérale
et de sable.
De Londres â Douvres, et de Paris à Calais, la ligne
est aérienne ; les fils sont passés sur des isolateurs
et des poteaux. Dans Paris même, la ligne est souterraine
sur sept kilomètres de longueur entre les fortifications
et la direction des postes et des télégraphes.
Nous parlerons prochainement des appareils téléphoniques
employés aux extrémités de la ligne; à
Londres, on préconise le système dit Gower-Bell
; à Paris, celui de M. Roulez, qui est nouveau. Rien
n'est encore décidé d'une manière définitive
au sujet de ces appareils.
Le système Gower-Bell a été
appuyé par M. Preece et ses collaborateurs ; le système
Roulez, par M. Amiot et.les ingénieurs français.
Tous les deux ont sans doute leurs avantages et leurs défauts,
mais tous les deux peuvent rendre de bons services. Comme tous les
transmetteurs actuellement en usage (on a donné le nom de
transmetteurs aux instruments qui transforment les sons articulés,
caractérisés par des vibrations sonores, en courants
électriques), ils sont tous deux des variétés
du microphone â charbon du professeur D.-E. Hughes.
Le principe de ce dernier appareil est la variation de la résistance
électrique du charbon sous l'influence de la pression; cette
variation de la résistance du charbon avait été
découverte par Th. du Moncel en
1856 (l'on retrouve toujours ce nom â l'origine de toutes
les applications de l'électricité), et il avait été
utilisé pour la première fois dans la téléphonie
par Edisson. Hughes a utilisé dans
l'appareil qui porte le nom de microphone la résistance d'un
contact imparfait ; son invention date de 1878. Tous les transmetteurs
sont actuellement fondés sur ces variations de résistance
dans les contacts imparfaits, variations qui se produisent quand
les vibrations d'un son articulé modifient le contact. Si
l'on emploie le charbon, c'est il cause de ses propriétés
physiques ; il ne s'oxyde pas, ne fond pas, il est mauvais conducteur
de la chaleur. Dans le microphone Hughes, il y a une petite roue
en charbon., avec des sortes de dents, fixée derrière
le diaphragme en bols qui reçoit et transmet les vibrations
sonores. Dans le microphone Roulez, le microphone est formé
par un bloc de charbon percé de petits trous, remplis des
filaments brisés des fils charbonneux employés dans
les lampes à incandescence» Les bouches de ces petites
ouvertures sont couvertes par le diaphragme. La finesse des filaments
charbonneux donne une grande délicatesse au microphone Roulez.
Nous avons dit que le câble téléphonique
qui relie Londres et Paris a été construit à.
Londres, par la maison Siemens. Nous dirons, à ce sujet,
que cette industrie de la construction des câbles sous-marins
a pris racine en France. La Compagnie générale
des téléphones, qui a cessé, en
1889, d'exploiter les réseaux téléphoniques
qu'elle avait installés, a établi une usine â
Calais nour la construction des câbles sous-marins. M. Max
de Nansouty en a donné une description dans le Génie
civil. Veut-on savoir quelle est la valeur des câbles sous-marins
actuellement reposant au fond des mers dans le monde entier ?
Cette valeur s'élève à un milliard de francs,
et pourtant cette industrie n'a que vingt ans d'existence. Il était
vraiment temps que la France ne restât point à la remorque
de l'Angleterre dans la construction de ces câbles. L'Italie
nous a déjà précédés; l'Angleterre
a quatre grandes usines, « les frères Siemens »,
le « Telegraph Construction and Maintenance oompany »,
l' « India Rubber Gutta Percha and Telegraph works company
» et « Henley's works ». En Italie, il y a la
Société Pirelli à la Spezzia.
La Société des téléphones
créa une première usine à Bezons, pour fabriquer
les âmes des câbles sous-marins et des côtes.
L'emplacement était peu commode ; on choisit ensuite Calais,
qui a un nouveau port facile d'accès et un grand bassin;
MM. Weyher et Richemond, et M. Brasseur, de Lille, fournirent les
machines â vapeur; aujourd'hui la fabrication peut se faire
couramment; elle n'offre aucune difficulté spéciale,
car il nes'agit que d'entourer un conducteur en [cuivre d'une gaine
isolante et d'une armaturr. La production de l'usine est calculée
pour une longueur de câble de 500 mille marins; un câble
transatlantique fournirait à peine six mois de travail à
l'usine.
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Avril 1893 Dans les essais de télégraphie
et de téléphonie simultanées, effectués entre
Paris et Londres, l'office anglais réalisait une importante amélioration.
sur l'emploi du système duplex Wheatstone et Hughes.
Cette dernière application fut même l'objet d'expériences
si variées et d'observations si minutieuses qu'elle ressortit bientôt
comme l'une des plus importantes du programme.
En même temps un service pratique en duplex Hughes fut étudié
et organisé successivement sur les câbles de Calais-Douvres,
Boulogne-Folkestone et Dieppe-Newhaven.
Le câble du Havre, ne pouvant fournir le rendement normal, avait
été, dès le début, complètement éliminé.
Les résultats acquis pendant la période d'essais furent
tels que l'administration française et l'office anglaise résolurent
de maintenir provisoirement en service régulier une installation
duplex Hughes,
Quand se produisit l'interruption du câble de Boulogne à
Folkestone, le 14 février, il y avait près de deux ans que
le poste central de Paris et le post-office de Londres utilisaient journellement,
dans des conditions très satisfaisantes, ce système de transmission
télégraphique.
Aussi, lors de l'interruption du 14 février, le premier soin des
correspondants fut-il de constituer d'autres installations duplex.
LE CABLE SOUS-MARIN DE CALAIS A DOUVRES
Les premières liaisons télégraphiques
terrestres à longue distance remontent en Europe à 1840
: il y avait notamment une liaison filaire entre la capitale du Royaume-Uni,
Londres, et la ville portuaire de Douvres, ainsi qu'une liaison entre
Paris et Calais. À partir de ce moment, les inventeurs des deux
pays, au nombre desquels les Anglais William Cooke (18061879) et
Charles Wheatstone (18021875), singénièrent
à concevoir une liaison filaire sous-marine pour relier leurs deux
grandes capitales
Le 28 août 1850, à bord du vapeur Goliath, un navire équipé
d'une bobine massive, ils entreprirent de poser le câble sous-marin
en partant de Douvres. Bénéficiant d'une mer calme et d'une
météorologie clémente, ils purent ainsi poser quelque
35 km de câble jusqu'au pied des falaises du cap Gris-Nez. L'entreprise
parut des plus satisfaisantes, d'autant que les premiers signaux étaient
très peu affectés de parasites. C'est ainsi que les premiers
télégrammes furent échangés entre les deux
capitales, dont une dépêche au Prince-président des
Français, que le projet fascinait.
Le bruit de fond s'expliquait par la dispersion du signal, c'est-à-dire
une célérité dans le milieu de propagation dépendant
de la fréquence, mais cet effet était encore mal compris.
Plus grave, on s'aperçut le matin suivant que la liaison
était coupée.
La cause exacte était obscure, mais l'on devinait que la fragilité
du câble l'exposait à des ruptures locales. Ce n'est que
bien plus tard, en 1865, que le bruit se répandit qu'un pêcheur
français aurait accroché le câble avec ses filets
: ayant remonté ce qu'il prit pour une algue, le pêcheur
découvrit avec surprise qu'elle « contenait de l'or. »
Toujours est-il que la tentative avait échoué.
Mais les frères Brett, loin de se décourager, reprirent
leurs recherches et s'attachèrent la collaboration d'un ingénieur
en vue, Thomas Crampton , pour développer un câble beaucoup
plus résistant, dont la conception allait demeurer d'ailleurs pratiquement
inchangée pendant près d'un siècle : quatre fils
de cuivre entrelacés de calibre 16 (1,25 mm de diamétre),
garnis de fils d'étoupe entrecroisés, le tout armé
de 10 fils de fer galvanisés entrelacés (8 mm). Cela donnait
un câble pesant près de 4 kg/m, qui ne nécessitait
plus de lest. Le câble, une fois réalisé, formait
un brin d'un seul tenant long de 40 km. On l'enroula sur un tambour renforcé
large de près de 2 m, d'un diamètre intérieur de
5 m et d'un diamètre extérieur de 10 m : cela représentait
une masse totale de 180 t.
Une fois le câble chargé à bord, la pose démarra
au petit matin du jeudi 25 septembre 1851. Sous le commandement du capitaine
Bullock, les HMS Blazer, Fearless et Red Rover quittèrent la baie
St. Margarets, à 5 km au nord-est de Douvres, faisant route
vers le terminal maritime de Sangatte, à 35 km. Le câble
ayant été connecté au terminal anglais de Douvres,
on déroula le reste en contrôlant la vitesse du Blazer, chargé
du tambour d'enroulement et tiré par deux remorqueurs ; le vapeur
Fearless ouvrait la marche et corrigeait au besoin le cap. Il y avait
un autre remorqueur en réserve.
On avait posé la moitié du câble lorsque, sous un
vent fort et une mer agitée, une des amarres se rompit et le Blazer
dériva de plus de 2 km. Malgré cet incident et le contretemps
qu'il entraîna, l'équipage rallia vers 18 h les abords de
Sangatte. Le ciel s'obscurcissant rapidement, on préféra
jeter l'ancre sans accoster. La plupart des passagers furent emmenés
par barque vers Calais ; mais au matin suivant, le temps s'était
encore dégradé. Parvenu à seulement 2 km des côtes
de France, il fallut poser une balise, y amarrer l'extrémité
du câble et le brin restant. Le Blazer, ainsi soulagé de
ce fardeau, put regagner l'Angleterre. Il fallut attendre deux jours pour
que la tempête se calme, et la pose s'acheva le dimanche 28 septembre
1851. Le lundi, on testait les premiers échanges avec le terminal
de Sangatte, relié à Calais, et le même jour, la connexion
était établie entre Londres et Paris. On utilisa pour cette
communication un télégraphe de Foy et Breguet. Au fil des
années, le câble s'avéra extrêmement robuste,
et la liaison, économiquement très rentable.
Le câble existant de Douvres à Calais, entre lAngleterre
et la France, depuis 1852, était devenu insuffisant, en raison
des nombreuses relations de ces deux grands pays. On voulut jeter un second
câble aboutissant à Saint-Malo (côtes du département
dIlle-et-Vilaine), et qui, par conséquent, devait être
plus long que celui de Douvres à Calais. Cette opération
rencontra des difficultés, mais le peu de profondeur de la mer
permit de les surmonter.
Une bourrasque amena la rupture du câble. Quelques mois après,
la marée qui parcourt ces rivages avec une grande vitesse, provoqua
le même accident. On répara le câble, qui fut déplacé
et fixé au rivage, au moyen de fourches de fer scellées
dans le roc. Un autre accident, causé par un orage, détériora
ce câble. La foudre vint le frapper dans sa partie aérienne,
traversa le bureau et les appareils, parcourut 28 kilomètres de
fil et séchappa par une partie faible de lenveloppe
isolante.
Le 20 octobre 1858, une ancre de navire rompit le câble de Douvres
à Calais, et il fallut remédier à ce grave accident.
Pour aller à la recherche dun câble rompu ou perdu,
on commence par déterminer approximativement, à laide
du galvanomètre, le point sur lequel sest fait la rupture.
Lingénieur trace sur une carte marine, la route qui a été
suivie à lépoque de la pose du câble ; puis
il se porte avec un bateau à vapeur, à 1 kilomètre
environ au-dessus ou au-dessous du câble, selon que la marée
descend ou monte. Dans cette position on jette un grappin à cinq
crochets, qui draguent le fond de la mer. On attache une vingtaine de
mètres de chaîne de fer à ce grappin, pour en augmenter
le poids, et lon fixe le tout à une corde qui senroule
sur une poulie solidement fixée sur le pont du navire. Lorsque
le grappin a rencontré le câble, la corde se tend et le navire
est pour ainsi dire à lancre. Alors, pour amener le conducteur
à la hauteur de lavant du navire, on tire, soit par les bras
de léquipage, soit au moyen dune petite machine à
vapeur spéciale que les Anglais appellent Donkey-Engine. Seulement
il faut prendre de grandes précautions pendant le relèvement,
qui doit se faire avec une extrême lenteur. Lorsque le câble
est relevé, on le hisse à bord, après lavoir
attaché à une chaîne ; puis on suspend une poulie
sur le côté du navire. On engage le câble retiré
de leau sur la gorge de cette poulie, sans détacher le câble
de la chaîne, afin quil ne retombe pas à la mer. Cette
chaîne est fixée solidement à bord, de sorte que,
lorsque le navire, après avoir marché dans la direction
du point de rupture, reconnaît quil sen approche, à
ce que le déroulement du câble devient très-fort,
on tend fortement la chaîne qui le retient, on le hisse à
bord pour mettre à lépreuve sa conductibilité
électrique et fixer son extrémité à une bouée,
puis on rejette le tout à la mer.
La même opération se fait pour lautre bout du conducteur
; seulement on soude à son extrémité un morceau de
câble, et on le déroule soigneusement en se dirigeant sur
lautre bouée abandonnée précédemment.
Là, on fait une nouvelle épissure (soudure) ; puis on attache
le câble ainsi réparé à des cordes, et on le
coule doucement au fond de la mer, de crainte quil ne se noue ou
ne senroule.
Cest par ces moyens que fut repêché et réparé,
en 1858, le câble de Douvres à Calais, histoire vue dans
l"s "Annales Télégraphiques" de 1859.
1859 METHODE EMPLOYÉE POUR RÉPARER LE CABLE
SOUS-MARIN DE CALAIS A DOUVRES ,
Rompu le 20 octobre 1858 par une ancre de navire.
Les diverses parties du monde rivalisent, depuis quelque temps, d'activité
dans l'établissement de lignes télégraphiques sous-marines,
et l'échec de la Compagnie transatlantique n'a pas ébranlé
la confiance générale en ce genre d'établissement
.
Les lignes sous-marines se multiplient donc sous toutes les latitudes,
et le développement en kilomètres de celles que l'on projette
aujourd'hui est considérable. Malheureusement, sous toutes les
latitudes aussi , les lignes sous-marines sont sujettes à se détériorer
ou à se rompre, et il nous semble presque aussi important de perfectionner
les procédés de réparation des câbles que d'améliorer
les méthodes d'immersion.
Nous nous empressons de consigner ici le détail des opérations
effectuées dernièrement pour repècher et réparer
le câble de Calais à Douvres, rompu le 20 octobre 1858 par
une ancre de navire.
Nous tirons nos renseignements d'une lettre de l'ingénieur anglais
docteur Andrews, que M. Alexandre, directeur de l'Administration des lignes
télégraphiques, a bien voulu nous communiquer. Après
avoir demandé à la boussole, tous les renseignements qu'elle
peut fournir sur la nature et le lieu de l'accident, l'ingénieur
chargé de la réparation trace soigneusement sur une carte
marine la direction suivie lors de la pose du câble. Il sait de
la sorte dans quelle région de la mer il doit manuvrer pour
en repêcher les bouts. Cette opération est la première
dont on ait à s'occuper .
Le bâtiment quitte les côtes d'Angleterre et s'arrête
à un demi-mille environ au-dessous ou au-dessus du câble
, suivant que la marée monte ou descend. Supposons la marée
montante. On jette à l'eau un grappin en fer armé de cinq
crochets, dont l'un au moins laboure le lit du détroit, tandis
que le bâtiment entraîné par le courant dérive
lentement de l'ouest vers l'est et se rapproche du câble. On a eu
soin, pour augmenter le poids du grappin, d'y attacher 10 brasses d'une
chaîne de fer à laquelle on lie une corde qui vient s'enrouler
sur une poulie solidement fixée à bord. Au moment où
les crochets du grappin s'engagent sous le câble, le bâtiment
se trouve pour ainsi dire à l'ancre et s'arrête . Pour amener
le câble à la hauteur de l'avant du navire, on se sert d'une
petite machine fixée sur le pont (Que les Anglais appellent
donkey-engine), ou, à son défaut , des cabestans du
steamer et de poulies. Cette opération exige de grandes précautions
et doit se faire lentement, de peur de rompre le conducteur qu'on élève
peu à peu, après s'en être approché autant
que possible. Au moment où le câble arrive à la hauteur
de l'avant, on l'entoure d'une chaîne et on le hisse sur le pont.
On suspend ensuite au flanc du navire une poulie, dans la gorge de laquelle
on laisse redescendre le câble, toujours attaché à
la chaîne. Cette chaîne, dont le but est d'empêcher
le câble de retomber à la mer, est fortement fixée
à bord et est assez distendue pour permettre le passage aux ils
qui forment l'enveloppe extérieure du conducteur , dans le cas
même où ils feraient des nuds. C'est alors seulement
qu'on enlève le grappin. Le bâtiment, sous l'action combinée
des roues et de la marée, se met lentement en marche vers l'extrémité
rompue du câble, qui file doucement sur la gorge de la poulie. Au
moment où l'on s'approche du point de rupture, c'est-à-dire
au moment où le déroulement du câble devient très
rapide, on tend fortement la chaîne qui l'entoure, de façon
à le serrer contre le flanc du navire; puis on le hisse à
bord jusqu'au point de rupture, on le fixe à une corde à
laquelle est attachée une bouée, on essaye les fils avec
l'Angleterre et on jette le tout à la mer. Le câble va reposer
sur le fond du détroit et la bouée flotte à la surface
de l'eau.
On repêche ensuite par le même procédé la section
du câble partant de Calais et on essaye les fils avec la France.
On épisse (Episser, réunir un boutde corde à un
autre en entrelaçant leurs torons), à l'extrémité
de cette section, un bout de câble neuf, que le bâtiment déroule
avec précaution en se dirigeant sur la bouée précédemment
abandonnée.
Lorsqu'on est arrivé près de cette bouée , on hisse
sur le pont la section du câble venant de Douvres , on épisse
à cette section le câble neuf que l'on vient de dérouler,
et la communication télégraphique est rétablié
entre les deux rives de la Manche .
Le conducteur ainsi complété est suspendu par des cordes
aux flancs du navire, qui dérive lentement sous l'action de la
marée, tandis qu'on le dépose avec soin aufond du détroit,
afin de l'empêcher de se nouer et de s'enrouler sur lui-même
J. GROSJEAN.
Une illustration du câble fabriqué par la société
Siemens Brothers est présentée ici. Il a été
posé par le navire câblier H.M.T.S. « Monarch »
et les agents de l'administration des Postes en mars 1891, alors qu'une
violente tempête de neige et d'autres conditions météorologiques
défavorables perturbaient considérablement les opérations.
La longueur du câble est de 20 milles marins : il relie St Margaret's
Bay, près de Douvres, à Sangatte, près de Ca..

Cette ligne téléphonique a été suivie d'une
autre en 1893 entre l'Écosse et l'Irlande (Glasgow-Belfast), et
l'on a envisagéégalement la possibilité d'établir
des communications téléphoniques avec Bruxelles et Berlin.
Le câble sous-marin utilisé ici est en tous points identique
au câble anglo-continental que nous venons de décrire, à
ceci près que les âmes gainées et enroulées
sont entourées d'une bande de laiton, ceci afin de lutter contre
les attaques du Limnoria terebrans, un ver ressemblant à un mollusque,
différent du teredo des mers orientales. Ce ver affectionne particulièrement
la gutta-percha et le chanvre utilisés pour le gainage, et on a
constaté ces dernières années qu'il infestait même
ces eaux (non tropicales). Cela est probablement dû au fait que
des câbles provenant des tropiques sont ramenés en Angleterre
lors de réparations, et que des germes sont transmis dans les usines
de câbles ; en effet, l'âme est souvent regainée pour
une seconde utilisation. Ainsi, depuis 1893, la Poste a pris l'habitude
d'appliquer un ruban métallique sur l'âme de tous ses câbles.
C'est aussi en partie pour cette raison que le Département spécifie
systématiquement du chanvre plutôt que du jute pour la gaine
intérieure ; toutefois, on peut douter que le premier résiste
mieux aux ravages des tarets sous-marins que le second.
Une communication du commandant W.A.J. O'Meara, présentée
le 15 décembre 1910 lors d'une réunion de l'Institution
of Electrical Engineers à Londres, fournissait les détails
suivants concernant le câble de 1891 :
BRÈVE DESCRIPTION DU PREMIER CÂBLE TÉLÉPHONIQUE
ANGLO-FRANÇAIS. Mis en service le 1er avril 1891.
Il s'agissait d'un câble à quatre conducteurs différant
peu de ceux utilisés à l'époque pour la télégraphie,
si ce n'est par la taille des conducteurs eux-mêmes. Chaque conducteur
était constitué d'une âme en cuivre toronné
formée de 7 fils identiques, d'un poids total de 160 livres par
mille marin (knot), isolée par 300 livres de gutta-percha par mille
marin. Les diamètres extérieurs du toron de cuivre (d) et
de l'isolant en gutta-percha (D) étaient respectivement de 0,108
et 0,390 pouce, soit un rapport D/d de 3,61.
La résistance mesurée du conducteur à 75 °F (environ
24 °C) était de 7,453 ohms, et la capacité électrostatique
mesurée de 0,275 microfarad par mille marin. L'armature était
constituée de 16 fils de fer galvanisé, d'un diamètre
de 0,280 pouce chacun, posés avec un pas de 18 pouces ; le diamètre
extérieur du câble fini était d'environ 2,2 pouces.
Dans les causeries scientifiques de PARVILLE
de 1895 on lisait :
La ligne Paris-Londres.
Le 1er avril a été définitivement livrée au
public la ligno téléphonique Paris-Londres. C'est un événement
d'une certaine importance pour le commerce et l'industrie. On se rappelle
quo la tempête qui régna du 9 au 14 mars sur les côtes
obligea le Monarch, navire anglais chargé de la pose, à
laissé couler le câble au fond de la mer et à le retenir
à ses extrémités par deux bouées.
On profita d'une accalmie pour le relèvera ses deux points d'atterrissement
près de Calais et de Douvres. Le 15 mars, pour la première
fois, la voix humaine franchit la Manche. C'est seulement le 18 mars que
l'on put téléphoner régulièrement non plus
de Douvres à Calais, mais de Londres à Paris et réciproquement.
Il semble que daus un certain public on ait conçu des craintes
sur la possibilité d'établir des communications téléphoniques
à
travers la mer. Il n'y avait cependant aucun doute à avoir à
cet égard. Le succès a été complet. Il était
prévu.
On connaît fort bien aujourd'hui les conditions dans lesquelles
il faut se placer pour obtenir de bonnes transmissions téléphoniques.
On peut les indiquer en quelques mots.
Depuis les anciens travaux analytiques de sir William
Thomson et les expériences
do Fleeming Jenkin et Cromwell Warloy, on les pressentait nettement. Elles
ont été particulièrement définies par sir
W.-ll. Preece, ingénieur électricien en chef du Post Office
do Londres (1887).
Il existe deux obstacles à la transmission téléphonique
à une distance iudéfinie. C'est d'abord la résistance
électrique du fil de ligne au passage du courant ; cette résistance
grandit naturellement avec la longueur de la ligne, toutes choses égales
d'ailleurs; c'est ensuite la capacité électrostatique du
fil et de son enveloppe. Fils et enveloppe absorbent pour leur compte
une grande quantité d'électricité. Si le câble
est très long, tout le courant finit par rester en route. Or, il
est maintenant établi que la limite de perceptibilité des
sons dépend non pas seulement de la résistance de la ligne
ou bien do sa capacité électrostatique, mais du produit
do la résistance par la capacité. Lorsque ce produit de
la résistance de la ligne (exprimée en ohms) par sa capacité
(exprimée en microfarads) dépasse le nombre 15.000, 1a transmission
devient très difficile, pratiquement impossible.
Elle est bonne quand ce produit ne dépasse pas 10.000, excellente
quand on se maintient dans les limites inférieures à 7.000;
tout à fait remarquante à partir de 5.000.
Cette loi connue, il suffit évidemment, pour
obtenir de bonnes transmissions, de l'appliquer dans toute sa simplicité.
Théoriquement, cornme on peut diminuer la résistance d'un
càble métallique en augmentant le diamètre des fils,
il serait possible de concevoir une ligne extrêmement longue et
satisfaisant aux conditions indiquées. Malheureusement, la question
économique est prépondérante en pratique; et l'on
ne saurait adopder des diamètres de fils de bronze de plus en plus
grands.
Ainsi, pour aller de France en Amérique, à travers l'Atlantique,
les câbles devraient être plus gros que deux bons biceps juxtaposés.
Les prix résultant seraient inabordables.
La téléphonie à très grande distance est impraticable,
eu égard au prix de revient. Elle le restera sans doute jusqu'à
ce quo de nouvelles découvertes permettent de tourner cette dilliculté
aujourd'hui insurmontable.
En ce qui concerne la traversée sous-marine de Douvres à
Calais la certitude de la réussite était absolue. Il y avait
déjà un précédent : la ligne de Buenos-Ayres
à Montevideo à travers le rio do la Plata est en service
déjà depuis près de deux ans. Pour cette ligne, le
produit de la résistance par la capacité atteint 10.400.
Pour la nouvelle ligne Paris-Londres, on avait décidé de
no pas dépasser le nombre 6.000, qui correspond, comme nous l'avons
dit, à une bonne transmission. Le problèmeà résoudre
consistait donc uniquement à déterminer les dimensions du
càble do façon à employer le moins de métal
possible pour diminuer la dépense, à fixer les diamètres
respectifs du conducteur et de son enveloppe isolante .Les calculs ont
été faits par M. Kempe, ingénieur du Post Office.qui
a été conduit à une spécification de câble
à quatre conducteurs. Le câble a été construit
par MM. Siemens frères de Londres. Il mesure extérieurement
environ 38 millimètres de diamètre.
Il ronfermeà l'intériour quatre conducteurs de cuivre; chacun
d'eux est composé d'un toron de sept fils isolé de son voisin
par trois couches de gutta soudées au chatterton. Ces quatre conducteurs
recouverts de gutta sont réunis par du fil de jute tanné
et enveloppé avec une armature composée de seize fils de
fer do 7 millimètres de diamètre. Tout cet ensemble est
enduit de la composition de Clark, résine minérale et sable.
Sur les quatre conducteurs, deux servent seulement aux transmissions téléphoniques,
ligne d'aller, ligne de retour; les deux autres sont destinés à
la télégraphie internationale. Les lignes aériennes
de Douvres à Londres et de Calais à Paris sont en fils de
cuivre posés sur poteaux.
( Les fils de cuivre placés sur les poteaux sont non pas placés
parallèlement, mais croisés successivement comme pour les
lignes de Paris-Marseille, disposition destinée à annuler
les influences perturbatrices des autres lignes télégraphiques
installées sur les mémes poteaux.)
La ligne anglaise part en réalité de Saint-Margaret's-Bay
entre Douvres et Deale ; elle a environ 137 kilomètres de ce point
au Post Office. La ligne française a boutit à Sangatte,
entre Boulogne et Calais, après avoir suivi la ligne du Nord par
Montdidier. Elle a près de 330 kilomètres de développement.
La longueur du détroit est d'environ 34 kilomètres. En sorte
qu'au total la distance franchie par la ligne doit être d'un peu
plus de 500 kilomètres.
Depuis les fortifications de Paris jusqu'à la direction des postes,
la transmission se fait à travers une ligne souterraine double
de 7 kilomètres de longueur en càble Fortin-Hermann.
On voit qu'en définitive la communication est établie sur
un circuit métallique entièrement fermé, comprenant
à chaque poste extrôme deux récepteurs téléphoniques
et un transmetteur microphonique comme partout ailleurs.
Les appareils téléphoniques employés auraient pu
être semblables à ceux dont on se sert sur le réseau
de Paris.
La plupart des téléphones actuels donnent des résultats
satisfaisants. En général, la plus ou moins grande netteté
d'un instrument est sujette à discussion et n'est sans doute qu'une
question de pure appréciation.
Strictement on pourrait dire que pour chaque ligne il faut « un
instrument accordé». C'est ainsi qu'à Londres on a
préféré adopter le système bien connu Gower-Bell
. A Paris on a mis en service les appareils de M. Roulez, à charbon
et à membrane en charbon, fabriqués à la direction
des postes et télégraphes. Ce qu'il y a de certain, c'est
que la ligne est très bonne, comme on devait s'y attendre, et qu'on
perçoit la voix avec une netteté parfaite et une intensité
suffisante. On a pu faire entendre distinctement à Londres le Mage,
aux applaudissements des auditeurs anglais. Ce genre d'expérience
est déjà vieillot ; on en use couramment aux Etats-Unis,
mais enfin il est toujours intéressant, surtout quand il s'agit
de faire entendre l'opéra de Paris aux habitants do Londres .
( En Amérique, encore tout récemment, avec les Loud Speahing
téléphones Edison disposés sur les lustres et les
appliques d'une grande salle et munis de porte-voix, on a réussi
à faire entendre à plus de mille personnes un concert transmis
à 736 kilomètres de distance. Nous ne savons trop pourquoi
on n'adopte pas ce dispositif curieux à Paris. L'appareil Edison
permet do distribuer la musique dans toutes les parties d'une salle sans
grande déformation des sons.)
Les communications entre Londres et Paris n'ont lieu en ce moment
que de bureau central à bureau central .
A Paris, à la Bourse et avonue de l'Opéra. Le prix de la
conversation est fixé provisoirement à 10 fr. pour trois
minutes. Dans chaque poste, uno horloge spéciale est mise en mouvement
quand la communication commence et la conversation est coupée automatiquement
par l'horloge quand les trois minutes sont écoulées.
Câbles Fortin-Hermann.
M. Fortin-Iermann a imaginé un système de câble
qui, tout en plaçant le conducteur dans les mêmes conditions
que les fils aériens, supprime en
glande partie, sinon en totalité, les effets dinduction et
diminue la capacité électrostatique si nuisibles à
la propagation des courants ondulatoires dans les lignes souterraines.
Le conducteur métallique est introduit dans de petits cylindres
en bois imprégnés de paraffine, se touchant et formant chapelet;
le tout est ensuite enfermé dans un tuyau de plomb qui, en isolant
le fil, permet de le poser dans l'eau ou dans la terre. La courbe d'air
renfermée dans le tuyau constitue le meilleur diélectrique
au point de vue de la libre circulation du courant.
Les ligures 233 et 234 montrent la disposition intérieure du câble
Fortin-Hermann à un et à plusieurs conducteurs.

Les résultats obtenus sont très satisfaisants, et lemploi
des lignes exfermées se généralise chaque jour. Du
reste, la capacité électrostatique n'est que de 0,05 microfarad
par kilomètre ; la résistance, de 13 ohms; et lisolement,
de 200 mégohms.
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