Système automatique Bernheim

Edmond Bernheim (1864-1907), ingénieur à la Société Industrielle des Téléphones de 1887 à 1893. était aussi en 1903, consultant, à titre d’expert, au sujet d’affaires ferroviaires.
... L’exploitation ferroviaire se fait sur une voie unique pourvue, à intervalles variables selon le tracé, de tronçons d’évitement pour le croisement de deux convois. Dits « garages », ces voies d’évitement qui excèdent rarement une centaine de mètres, sont pourvues d’aiguillages à commandes manuelles couplés à des disques de ralentissement indiquant au conducteur la position de l’aiguille avant son franchissement. Les évitements se trouvent en palier (terrain plat) et au pied des rampes d’accès aux plateaux ou aux buttes. La plupart, ainsi que les bifurcations placées aux extrémités de longs tronçons en palier, sont pourvus de prises pour téléphones mobiles, système Bernheim . Ce dispositif, utilisé avec un certain succès sur le circuit de l’exposition de 1889, constitue une forme de cantonnement téléphonique pour la sécurité de l’exploitation sur un réseau qui ne dispose pas d’appareils de signalisation, à la manière des lignes de chemin de fer à gabarit normal...

Mémoires et comptes rendus des travaux de la Société des Ingénieurs Civils, 46e année. Février 1893.
Mars 1893. — Emploi des téléphones dans les chemins de fer . Etude technique des appareils, par Edmond Bernheim.
MM. G. Dumont et Ed. Bernheim ont fait, à l'Académie des Sciences, une communication sur l'emploi des téléphones dans les chemins de fer. M. Dumont a rappelé que, bien que l'on ait songé, dès l'origine de l'invention, à utiliser le téléphone dans les chemins de fer, ce n'est que depuis quelques années que son emploi tend à s'y généraliser. Il a exposé que la communication qu'il présentait traitait le sujet choisi, au point de vue des services que le téléphone rend actuellement et de ceux qu'il peut rendre ; des conditions dans lesquelles il doit être installé, et enfin au point de vue
des types d'appareils les plus perfectionnés dont la pratique a sanctionné l'emploi. Les deux premiers points ont été traités par M. G. Dumont, le dernier par M. Bernheim sur les divers systèmes de téléphone utilisés par les chemins de fer. M. Bernheim a donné divers renseignements sur leur mode de fonctionnement, les particularités de leur construction et les avantages qu'ils présentent pour telle ou telle application, enfin sur les accessoires destinés à les compléter. Les explications de M. Bernheim ont été facilitées par de nombreux dessins affichés dans la salle et par des projections lumineuses, ainsi que par de nombreux postes téléphoniques installés tout exprès dans la salle et qu'il a fait fonctionner...

 

Exposé de E. ESTAUNIE 1893 dans les "Annales Télégraphiques" détaille ce système .
Un système , appliqué depuis six ans dans un certain nombre d'installations particulières comme dans les réseaux ferroviqres , est dû à M. Bernheim . Pour chaque mise en communication , il oblige l'abonné à manoeuvrer une ou plusieurs manettes . On lui laisse donc une beaucoup plus grande part d'initiative que ne le permettrait une exploitation de grand réseau. A priori, c'est un inconvénient grave . Par ce fait, également , le problème s'est trouvé considérablement simplifié et ramené en somme à la recherche d'un procédé d'appel ; c'est à ce point de vue surtout nous l'avons montré que s'étaient placés les Américains .
Dans l'appel Bernheim il est fait usage de relais sans armature de fer et à peu près semblables aux relais Ader .

La fig.1 donne le dessin d'un d'entre eux , assez complètement pour qu'il soit inutile de s'arrêter à une description détaillée .
Chaque poste d'abonné est desservi par deux fils et muni de deux de ces relais , un sur chaque conducteur . Une terre est à l'état normal établie aux extrémités de la boucle du circuit . Sur chacun des fils on peut , par suite , envoyer un courant spécial actionnant les relais qui y sont embrochés . Le jeu convenable des deux palettes provoque , dans chacun des postes , la fermeture de son circuit d'appel.

La fig. 50 représente le dispositif des butées proposé par M. Bernheim :
Au poste 6 par exemple , les deux relais doivent s'ap- pliquer sur leurs butées de droite pour amener l'appel .
Au poste 5 , le relais du fil 1 doit aller à gauche et le relais du fil 2 doit demeurer immobile , etc.
On a marqué , pour plus de commodité , à l'aide de flèches le mouvement que doivent prendre les armatures pour obtenir en chaque poste la formation du circuit local. Dans ces conditions , M. Bernheim propose d'embrocher sept postes sur un même circuit , chacun d'eux pouvant répondre à un appel déterminé à l'exclusion de tous les autres . En réalité on peut , comme l'a fait remarquer M. Serruau , augmenter ce nombre de deux . La fig . 51 donne , indiquée de la même façon que précédemment , la succession des combinaisons dans cette hypothèse.

Dans le premier dispositif proposé par M. Bernheim , on ne supposait nullement qu'un des postes jouât le rôle de station centrale par rapport aux autres . Chacun d'eux était donc muni :
1° D'une clé d'appel A et d'autant de touches t qu'il y avait d'autres postes embrochés . En abaissant une de ces touches déterminées , on amenait sous les butées de la clé A les pôles de pile nécessaires à l'appel du poste choisi .
2º De deux commutateurs à six lames B et B' , et de deux commutateurs à deux lames C et C' . Aux deux postes extrêmes , ce dispositif était d'ailleurs simplifié et réduit à un commutateur à deux lames G. Ces commutateurs permettent , comme on va le voir , de faire communiquer avec la terre les extrémités des deux fils de ligne dans chacune des sections qui se trouvent de part et d'autre d'une portion occupée .
Un poste quelconque d'une section inoccupée peut donc encore communiquer avec un poste de la même section que lui. Remarquons d'abord qu'à l'état normal les commu- tateurs sont orientés comme l'indique la fig. 52.














Les postes téléphoniques et les claviers sont en dehors du circuit ; en outre , les relais r, r , sont tous embrochés sur les fils et sont par suite susceptibles de recevoir l'appel .
Supposons maintenant que le poste 2 désire appeler le poste 4 . Il déplace d'abord vers la gauche les commutateurs C et B'.
Le déplacement de C a pour résultat de mettre à la terre les extrémités des deux fils du circuit venant du côté gauche du poste .
Le poste 1 , par suite , est bloqué et ne peut plus surprendre la conversation .
La manœuvre de B' a pour effet d'introduire à l'extrémité des deux fils du circuit de droite , le clavier d'appel et le poste téléphonique nº 2 .
Si l'abonné abaisse ensuite la touche 4 , il appellera le poste 4 en appuyant sur la clé d'appel double A.
On a vu , d'après le schéma des appels (fig. 50) , que pour appeler le poste 4 il fallait envoyer sur le fil 2 un courant faisant osciller la palette de relais vers la gauche. Aucun courant ne doit au contraire passer sur le fil 1. Il est facile , en suivant les communications du croquis , de vérifier que les choses se passent bien ainsi .
Chaque poste doit , en outre , sonner autant de coups qu'il y a d'unités dans son numéro d'ordre . Le poste 4 sait donc immédiatement qu'il est appelé par le poste nº 2 situé à sa gauche . Pour que la conversation s'établisse , il suffira que chacun des postes 4 et 2 orientent leurs commutateurs . Au poste 4 on dévie B et C' vers la gauche , C et B' restant à la position de repos . Au poste 2 , on relève la touche t , et on laisse B ' et C vers la gauche . On a indiqué plus haut pour ce poste 2 l'effet de cette position de B ' et C. Au poste 4 , en déplaçant B et C' vers la gauche , B' et C restant fixes , on a fait communiquer avec le téléphone du poste la portion de la ligne située à gauche du poste 4. Le déplacement de C ' à gauche a eu en même temps pour résultat de mettre à la terre la section de ligne du côté droit .
Cette dernière peut donc être encore utilisée par les postes 5 et 6.

La fig. 52 donne un ensemble de communications permettant, en outre , aux divers postes de substituer à leurs postes téléphoniques des appareils télégraphiques . Il est inutile de s'arrêter sur ce point. Il est facile , d'après ce qui précède , de voir que si le système dû à M. Bernheim est praticable dans le cas d'installations privées , il devient d'une application malaisée dans une exploitation de réseau. Il est toujours délicat de confier à un public absolument inexpérimenté des manœuvres de commutateurs . A fortiori , semblera- t-il plus dangereux de lui laisser un choix entre ces manœuvres . Les seules opérations qui peuvent être faites par l'abonné doivent être d'une nature tellement simple qu'une erreur de sa part soit impossible ; de plus elles ne doivent jamais être de nature à entraver le service dans le cas d'oubli ou de fausse manœuvre .

Le système Bernheim , en dépit de son ingéniosité , ne répond pas à cette condition . Les modifications que lui a fait récemment subir son inventeur n'ont pas supprimé ce défaut et c'est la raison pour laquelle nous n'y insisterons pas ici .

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Dans le JOURNAL UNIVERSEL DaÉLECTRICITÉ de 1889, on trouve une autre façon de détailler ce système :

INTERCOMMUNICATIONS TÉLÉPHONIQUES ET TÉLÉGRAPHIQUES (système bernheim)
L’installation de bureaux secondaires permettant de mettre un même poste en communication avec plusieurs autres, est une des charges des services téléphoniques. Elle entraîne de sérieuses dépenses de personnel et d’entretien, et introduit dans le service des complications et des retards;
remplacer ces bureaux par des systèmes automatiques est un problème depuis longtemps posé, il a déjà reçu plusieurs solutions qui ont été â leur heure décrites dans ce journal. Toutes sont par malheur compliquées et délicates, en sorte qu’aucune ne semble avoir été sérieusement appliquée.
M. Bernheim en apporte une qui paraît simple, mais qui en échange ne s’applique qu’à des cas limités, c’est-à-dire à un nombre d'intercommunications peu élevé.
L’organe fondamental de ce système est un relai non polarisé. Entre les branches d’un fort aimant permanent en fer à cheval A se trouve suspendue la bobine r (fig. 1) formée d’un disque à gorge profonde autour de laquelle on a enroulé un certain nombre de spires de fil isolé, intercalées dans le circuit de la ligne. Cette bobine est suspendue par une extrémité sur des pivots lui permettant d’osciller, lorsque le courant la traversant, elle est soumise aux actions des aimants fixes.
Des butées D convenablement disposées sont placées d’un côté ou de l’autre du pendule. Ce relai sera, suivant le sens du courant qu’il reçoit, appelé vers l’un des pôles de l’aimant.
Dans le système de M. Bernheim, on fait usage de deux fils conducteurs ; à chacun des postes qu'onveut mettre en communication, on place un de ces relais sur chacun des fils. Pour que le poste soit appelé il faut que les deux relais soient sur leurs butées, ils ferment alors un circuit local renfermant une pile et une sonnerie.
On conçoit immédiatement qu’il peut y avoir plusieurs combinaisons distinctes amenant cet appel. Appelons A l’un des fils et le relai qu’il porte, B l’autre fil et son relai. Nous fermons le contact d’avance sur B, pour appeler on pourra fermer A sur le pôle nord en lançant dans le fil A un courant d’un sens déterminé ou sur le pôle sud en envoyant sur ce même fil un courant de sens contraire : soit deux combinaisons. Inversement nous fermons d’avance le contact sur A, pour compléter nous avons deux moyens en amenant B soit au pôle nord soit au pôle sud de l’aimant, ci deux combinaisons nouvelles, soit quatre. Enfin nous pouvons laisser normalement les deux contacts ouverts et les fermer en envoyant dans les deux fils deux courants parallèles, tantôt dans un sens tantôt dans l'autre, amenant les deux pendules soit sur les pôles sud soit sur les pôles nord. En tout six combinaisons.
On se rendra compte du mode de réalisation par les figures 50 et 51, la première indique schématiquement l’arrangement des circuits, la seconde donne l’idée de la disposition des relais sur les fils principaux et le circuit local.
Pour que l’appel se fasse, il faut que les relais F1- F2 du poste appelé se trouvent simultanément au contact de leurs butées.
Si nous envoyons un courant positif dans le fil 1 (fig. 50) et que nous n’en envoyions aucun dans le fil 2, le relais du poste 3, placé sur le fil 1 mettra son armature en mouvement dans un sens tel que celle-ci viendra au contact de sa butée.
Le relais du même poste placé sur la ligne 2, ayant normalement son armature en contact avec sa butée, le circuit local dans lequel se trouvent intercalés les deux relais et leurs butées se trouvera fermé par le fait de cette seule émission de courant.
La figure 3 qui est le diagramme théorique des communications intérieures servant à recevoir l’appel dans le poste 3, permet de comprendre suffisamment le principe.

A une émission du courant positif dans le fil Lcorrespond la fermeture du circuit local dans lequel est intercalée la pile P actionnant la sonnerie S.
Nous avons donc appelé le poste 3.
En envoyant simultanément un courant positif dans chacune des lignes 1 et 2, nous déterminerons un mouvement du pendule de chacun des relais du poste 6 dans un sens tel que la déviation aura pour effet de mettre au contact les armatures avec leurs butées.
Les deux butées reliées simultanément au massif des relais disposés dans le circuit du courant local détermineront le mouvement de la sonnerie Nous aurons donc ainsi effectué l’appel du poste 6.
La figure 52 montre en détail l’ensemble d’installation de deux des postes disposés sur une seule ligne à deux fils, chacun de ces postes destiné à téléphoner et à télégraphier à chacun des six autres. A chacune des stations sont disposés une clef d’appel A et un certain nombre de touches t permettant, lorsqu’on les abaisse, d’envoyer des courants de sens différents. .
Chaque poste est, en outre , muni de deux commutateurs à six lames B B' et de deux commutateurs à deux lames C C.
Chacun des deux postes extrêmes n’a qu’un commutateur à deux lames G. Ces commutateurs G sont destinés à couper la terre aux postes extrêmes de façon que le courant émis circule sur la ligne et n’aille pas directement à la terre.
Cette disposition des commutateurs, ainsi qu’on peut le concevoir, permet de faire communiquer avec la terre les extrémités des deux fils de chacune des sections qui se trouvent d’un côté et de l’autre d’une section de ligne occupée, ce qui permet à un poste quelconque situé sur l’une ou l’autre de ces sections inoccupées d’appeler un autre poste situé sur la même section que lui.
Par convention, chaque poste sonne autant de fois qu’il y a d’unités dans son numéro d’ordre, le poste appelé sait donc par qui il est appelé, il sait aussi si la communication est demandée pour le télégraphe ou pour le téléphone au moyen d’un signal spécial précédent ou suivant l’appel et dispose en conséquence les divers commutateurs B B' CC' et D.
Le poste appelant prend les mêmes dispositions dans l’établissement des connexions intérieures de son poste.
L’appareil téléphonique dans le cas de transmission télégraphique et téléphonique sur une même ligne est mis en court circuit hors de cette ligne ; on le place dans la ligne en déviant le commutateur à 6 lames de gauche, si on veut correspondre avec un poste de gauche, dans le cas d’une transmission à droite en déplaçant celui de ce côté.

L’iustallation du système Bernheim présente encore l’avantage qu'un poste intermédiaire entre deux postes qui communiquent entre eux ne peut se mettre en dérivation dans le circuit; par conséquent aucune indiscrétion ne peut se produire, car on ne peut écouter à ce poste qu’en coupant la communication entre les deux postes parlants.
La clef d’appel A sert en même temps de manipulateur pour télégraphier et envoyer des signaux.
Les touches dont les différents postes sont pourvus sont disposées comme le montrent la figure 5 et 6 la figure 5 qui est une coupe dont la figure 6 est le plan. Les figures 7 et 8 représentent en perspective la même clef levée et baissée.
Chaque poste est en outre pourvu de galvanomètres g, destinés à indiquer le genre de transmission qui affecte la ligne traversant un poste, soit qu’on télégraphie, soit qu’on téléphone.
Lorsqu’on télégraphie, les aiguilles des galvanomètres des postes placés sur la section de la ligne affectée indiquent par leur déviation
que le courant passe; on ne peut donc appeler.
Entre deux postes qui communiquent téléphoniquement les galvanomètres ne dévient pas, mais si un poste intermédiaire veut sonner, le courant ne passe pas, puisqu’il n’y a pas de terre aux extrémités ; le galvanomètre par conséquent ne dévie pas et l’employé sait par là que la ligne est occupée.
Si au lieu de 2 fils nous employons 3 fils de ligne, nous pourrons appeler d’un poste dans 17 autres, en employant 4 fils et davantage, nous mettons en communication directe 26 postes en plus.
On trouve donc une application avantageuse du système pour les réseaux téléphoniques de petites villes, puisque avec un nombre de fils restreint on pourra se passer de bureau central et économiser les nombreux frais d’installation et d’exploitation qu’il entraîne. On prévoit divers autres cas où on pourra appliquer avantageusement le système Bernheim.

Ainsi sur les lignes de chemins fer, on pourra mettre en communication pour s’appeler entre elles et communiquer les stations disposées sur une même ligne. Les postes des réseaux municipaux d’incendie ou de police pourront être reliés de cette manière.
On embranchera les signaux de chemins de fer manœuvrables à distance, étc,, etc.
Avant de terminer nous donnerons quelques détails sur une installation de ce système faite par la Société générale des Téléphones.
Dans cette application M. Bernheim avait une difficulté à résoudre.
La série des postes étant reliée à l’un des bureaux centraux du réseau téléphonique de Paris, il fallait mettre l’un quelconque des abonnés placés sur la ligne en communication avec les abonnés du réseau de Paris.
Pour les appels des différents postes au bureau central il n’y avait rien à changer au système tel que nous l’avons décrit plus haut.
La communication a lieu sur un circuit entièrement métallique avec une terre branchée en dérivation ; entre cette terre et la ligne, on a intercalé une résistance de 1000 ohms, laquelle a été reconnue n’influencer nullement la conversation qui reste très nette.
Voici à quoi servait cette terre.
Il fallait que les abonnés pussent donner le signal de fin de conversation. Comme les abonnés de la ligne Bernheim, sonnent avec une terre, ils peuvent le faire avec une terre en dérivation. La palette de l’annonciateur étant attirée ferme un circuit local qui va faire tomber les annonciateurs du bureau central placés sur la communication établie. De cette façon les téléphonistes sont toutes prévenues de la fin de la conversation et retirent leurs fiches.
A. Guilloux

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Quelle conclusion pratique convient-il de tirer de cette longue revue des systèmes téléphoniques automatiques ?

Les appareils proposés peuvent être divisés en deux groupes .
Les premiers , d'un fonctionnement peu sûr ou ne sauvegardant pas l'indépendance entière des communications ne pourraient être acceptés dans des réseaux tels que les réseaux français où le public est accoutumé à une grande régularité dans le service .
Les seconds , solutions ingénieuses et complètes de la question , n'arrivent à ce résultat qu'en utilisant des organes délicats et coûteux .
Leur prix de revient dépasserait dans la plupart des cas l'économie de fil correspondante .
Beaucoup d'appareils indiqués par leurs auteurs plutôt que réalisés , ont été soumis à l'appréciation du public depuis l'origine de cette étude .
Sans avoir la prétention d'avoir passé en revue la totalité des systèmes possibles , on peut dire que la plupart rentrent pourtant dans les catégories diverses dont le principe a été exposé ici . Dans aucun cas , ce n'est l'ingéniosité qui a manqué ; s'il est un reproche à faire , c'est au contraire une trop grande complexité de moyens , complexité entraînant du même coup une élévation de prix considérable et un entretien difficile .
Enfin , un fait nouveau est survenu qui a modifié complètement la nature du problème : l'exploitation des grands réseaux tend à se faire désormais à peu près exclusivement à l'aide d'appareils multiples .
Comme la complication de ces multiples se prêterait mal à des règles particulières d'appel concernant des groupes d'abonnés spéciaux , la recherche des petites stations automatiques s'est trouvée , par ce fait même , reléguée au second plan .
Quelque simples qu'elles soient , elles ne paraissent plus pouvoir trouver place dans le nouvel outillage mis en œuvre .
Les conclusions auraient donc été , à première vue , assez décourageantes si , des conditions nouvelles de l'exploitation téléphonique , n'avait surgi l'idée audacieuse et , il faut l'espérer , féconde d'étendre le champ de la station automatique , en l'obligeant à mettre en communication non plus deux , six ou même dix abonnés , mais la totalité des abonnés d'un réseau .
On voit à ce desideratum divers avantages .
Les multiples téléphoniques , actuellement en service, ont réussi à supprimer l'intermédiaire des lignes de renvoi , et les téléphonistes desservant ces dernières . Un seul employé suffit pour établir une communication entre deux abonnés quelconques .
Le multiple automatique supprimerait ce dernier intermédiaire et laisserait au public le soin de se mettre lui-même directement en relation avec les abonnés qu'il désire . Le bureau central n'existerait plus qu'au point de vue machines le personnel actuel deviendrait inutile , et l'unique intervention d'un mécanicien surveillant le fonctionnement de l'appareil resterait nécessaire .
La voie nouvelle est encore trop récente pour qu'il soit possible de donner ici des appareils réalisés

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Système automatique Verner et Tedesco

Toutefois , ne fut-ce que pour indiquer la possibilité de résoudre ce problème , il est nécessaire de terminer cette étude par une description sommaire du principe de l'autocommutateur téléphonique de MM . Verner et Tedesco .

Dans ce système , chaque abonné est relié au bureau central à l'aide de 2 fils l'un dit fil d'appel sert uniquement à la mise en contact avec la ligne désirée l'autre sert à la conversation et est appelé par l'inventeur fil de son .
Au bureau central , tous les fils de son sont reliés àdes barres verticales i , i ,, pouvant au besoin pivoter légèrement sur elles - mêmes .
Chacune de ces barres est ensuite reliée électriquement à une courroie horizontale recouverte de matière conductrice C , C2 , etc. Il y a donc autant de courroies que de fils et de barres .
Ces courroies peuvent décrire , dans leur déplacement , une sorte de spirale carrée entre les parties de laquelle passent les barres i, i,, etc. Elles sont disposées les unes au-dessus des autres de manière à former des colonnes verticales .

La projection horizontale d'une de ces courroies est représentée fig . 54 . aaa sont des tiges polies servant de support et dirigeant la course : i, i, i, sont les barres verticales dont on a parlé plus haut. En regard de chaque courroie , ces dernières sont armées , en outre , de contacts portés par des ressorts . La courroie est munie d'un contact analogue . Grâce à ce dispositif quand cette dernière se déplace , on conçoit qu'elle se mette successivement en rapport avec chacune des barres i, i, et par conséquent avec chacun des fils de son des abonnés . La courroie est mise en marche par une transmission D qu'actionne une machine ; l'arbre d est toujours en mouvement et tend à entraîner la roue R. Un cliquet commandé par un électro-aimant arrête le mouvement et , par suite , empêche le déplacement de la courroie. Le fil d'appel se rend à cet électro-aimant, puis à la terre . A chaque manœuvre de l'armature , le cliquet est soulevé , une dent de la roue R peut passer et la courroie avance d'un contact .
Si les barres verticales ont été disposées dans l'ordre de numéro des abonnés , pour que l'un d'eux se mette en relation avec l'abonné n ° 365 , il lui suffira d'envoyer 365 émissions sur son fil d'appel . Outre les circuits ordinaires , le poste d'un abonné comprend, à cette intention , un appareil d'appel et un avertisseur . L'appareil d'appel comporte extérieurement des cadrans pareils à ceux d'un compteur , et servant à compter les mille , centaines , dizaines et unités . Chacun de ces cadrans porte 10 numéros (0 à 9) . Pour appeler l'abonné 365 , il suffira de mettre l'aiguille des centaines sur 3 , celle des dizaines sur 6 , celle des unités sur 5 . La manœuvre de ces aiguilles provoque , à l'aide de trains d'horlogerie sur laquelle il est inutile d'insister , le nombre de fermetures correspondantes du circuit d'envoi . Il convient de remarquer qu'au central , les barres verticales sont groupées par dix et qu'entre chaque dizaine est laissée une place libre . C'est devant cette place libre que s'arrête le contact de la courroie lors- qu'on met l'aiguille sur 0 . Au repos , le fil de son aboutit à l'avertisseur qui est une sonnerie combinée avec un voyant. Le fonctionnement s'explique de lui -même ; il suffit d'appuyer sur le bouton d'appel lorsqu'on a amené la courroie du central à sa position convenable pour envoyer l'appel dans l'indicateur de l'abonné choisi . Cet appel provoque , en outre , un autre résultat .

La fig . 53 montre , en effet , que des électro-aimants sont placés en dérivation sur le fil de son de chacun des abonnés .
Le passage du courant d'appel dans les électros provoque une faible rotation des tiges i , i , autour de leurs axes . Grâce à leurs ressorts , les plaques de contact réunies en m ne se séparent pas mais aucunecourroie nouvelle ne peut plus entrer en contact avec les barres qui ont tourné .
Les deux abonnés qui causent ne risquent point d'être dérangés .

Il serait de peu d'intérêt d'entrer dans plus de détails , ou même d'indiquer les simplifications considé-ables dont le projet de ces inventeurs est susceptible . Ce qu'il était bon de montrer , c'est que l'idée du multiple automatique est posée . Elle paraîtra sans doute hardie et d'une réalisation encore impossible à beaucoup de praticiens . La même incrédulité a accueilli , il y a dix ans, la première idée des multiples dont l'usage aujourd'hui se répand universellement. Il n'y a pas de problème nouveau qui , de prime-abord , n'excite l'étonnement . Celui - ci ne se heurte à aucune impossibilité . Il est de plus particulièrement intéressant, puisque sa solution serait de nature à amener une transformation totale dans l'exploitation téléphonique courante .

E. Estaunié

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