2 - LA SOCIETE GENERALE DES TELEPHONES
Le ministère des Postes et des Télégraphes,
créé, sous la troisième République, est
issu de la fusion de deux administrations : d'une part, la Direction
de l'exploitation postale, rattachée jusqu'alors au ministère
des Finances ; d'autre part, la Direction des lignes télégraphiques,
qui avait longtemps relevé du ministère de l'Intérieur.
Le 26 juin 1879 : Adolphe Cochery, ministre
des Postes et Télégraphes prend un arrêté
autorisant la création de sociétés d'exploitation
du téléphone,
Le 8 septembre 1879 : publication par les trois sociétés
exploitantes du téléphone de la première "liste
de souscripteurs" français, comportant 80 noms,
Les trois
sociétés exploitant les premiers réseaux de téléphones
sont :
- la Société Anonyme des Téléphones Bell,
fondée en décembre 1877, exploitant les brevets Bell,
- la Société du Téléphone Edison, fondée
le 5 décembre 1878, détentrice des brevets Edison,
- la Compagnie du Téléphone Gower, fondée en juillet
1879, utilisant les brevets Gower et Bell
Les trois systèmes trop différents n'arrivent pas à
raccorder leurs nouveaux abonnés. De plus la ville de Paris avait
donné une autorisation mais provisoire aux deux sociétés
pour utiliser les égouts, envisage de réglementer la situation
et de prélever une redevance pour cela.
La société Edison tente de rarccorder ses clients en aérien,
mais d'une part cela était trop couteux, et d'autres parts de
nombreux propietaires refusaient la fixation de câbles aux toitures
et façades de leur habitations.
Devant ce problème, John Harjes représentant de la Société
Française des Téléphones, et la banque Franco-Egyptienne
renouent les contacts avec la Compagnie des Téléphones,
contribue au rapprochement des deux sociétés trouvant
l'une et l'autre leur intérêt financier. De plus la Compagnie
des Téléphones trouve intéressant de pouvoir récupérer
les brevets Edison et de pouvoir augmenter sa capacité de production.
Pour la Société Générale
des Téléphones , cette alliance devait lui permettre
de se développer en province et retrouver une existence légale.
Pour ces raisons c'est la Compagnie des Téléphones qui
va absorber l'autre société, bien que cella n'arrangeait
pas Edison.
- Le 16 et 17 août 1880, est fondée officiellement la
Société Générale
des Téléphones. Cette société,
présidée par Amédée Jametel, est créée
dans le but prévisionnel de fusionner la Compagnie des Téléphones
(Gower) et la Société Française des Téléphones
(Système Edison et autres).
Edison tenant à ce que son nom apparaisse dans la nouvelle
société, s'en sort satisfait
- le 7 et 30 octobre 1880, au cours de la première assemblée,
la fusion entre la Compagnie des Téléphones (Gower) et
la Société Française des Téléphones
Système Edison et autres, est officialisée. La
Société Générale des Téléphones
est pérennisée.
Le directeur nommé de la SGT est Henri Lartigue, ex directeur
de la Compagnie des Téléphones.
Création de la Société
Générale des Téléphones
En-tête courrier de la Société Générale
des Téléphones
Société anonyme dont les statuts ont été
dressés par M. Dufour, notaire à Paris, le 16 novembre
1881, définitivement constituée le 31 décembre
suivant, modifié par délibération de lAssemblée
générale du 12 juillet 1888.
(Transformation de la Société générale
des téléphones (systèmes Edison, Gover et autres),
laquelle avait été constituée par statuts du
2 février 1880, modifiés les 16 et 17 août suivant,
au capital de 8,650,000 fr. divisé en 17,300 actions de 500
fr. et a été dissoute et mise en liquidation par délibération
de lAssemblée générale du 14 novembre
1881.)
La Société a pour objet :
1° La création et lexploitation de réseaux
téléphoniques;
2° Lexploitation des brevets apportés à
la Société et de tous autres dont elle pourra devenir
propriétaire par la suite ;
3° La fabrication et la vente des instruments, appareils, câbles
et matériel ayant pour but une application quelconque de
lélectricité;
4° Lacquisition, la création ou la location de
toutes usines et immeubles nécessaires au fonctionnement
de sés services.
La Société peut aussi concourir à la formation
et à la constitution de Sociétés similaires
ou sy intéresser, dans telle forme quelle jugera
convenable.
Enfin elle peut faire tous les actes de commerce et dindustrie
se rattachant directement ou indirectement aux objets ci-dessus
définis.
Dénomination. Société
générale des téléphones (réseaux
téléphoniques et constructions électriques).
Siège social. A Paris, rue Caumartin, 41
Durée. Quatre-vingt-dix-neuf ans, du 31 décembre
1881, date de la constitution définitive, au 31 décembre
1980.
Capital social. 25 millions de fr., divisé en
50,000 actions de 500 fr. dont :
17,300 ont été attribuées, entièrement
libérées, à la liquidation de lancienne
Société générale des téléphones
(systèmes Edison, Gover et autres), en représentation
de lapport de tout son actif, consistant dans ses brevets
dinvention, ses appareils, marchandises, créances,
etc., ci 17.300 15,400 ont été souscrites en espèces
et au pair par la Banque descompte, la Banque franco-égyptienne
et la Société internationale des téléphones,
auxquelles elles ont été réservées à
raison du concours prêté par elles à la formation
de la Société, ci 15.400 Et 17,300 ont été
aussi souscrites en espèces et au pair, et émises
en souscription réservée de préférence
aux actionnaires de lancienne Société générale
des téléphones dissoute, ci 17.300 Ensemble 50,0.00
actions de 500 fr., ci 50.000 entièrement libérées
et au porteur.
Les intérêts et dividendes sont payables aux époques
fixées par le Conseil dadministration.
Conseil Conseil dadministration de sept à dix-huit
membres, renouvelables à raison de trois membres par an,
devant être propriétaires chacun de 50 actions inaliénables
pendant la durée de leurs fonctions.
Assemblée Assemblée générale
ordinaire annuelle dans le courant du premier semestre, composée
de tous les propriétaires de 5 actions au moins, qui les
ont déposées quinze jours au moins avant la date de
la réunion. 5 actions donnent droit à une voix, sans
quaucun actionnaire puisse réunir plus de cent voix,
soit en son nom, soit comme mandataire.
Année sociale, du 1er janvier au 31 décembre. Inventaire
général au 31 décembre.
Bénéfices Sur les bénéfices annuels,
nets de toutes les charges, il est prélevé :
1° 5 % pour constituer la réserve légale, ce prélèvement
cessant dêtre obligatoire lorsque la réserve
aura atteint le dixième du capital social ;
2° La somme suffisante pour servir aux actions 5 »/
des sommes dont elles sont libérées;
3° 10 % de lexcédent seront alloués au Conseil
dadministration; 4° 5 % ou telle partie de 5 % dudit excédent
que le Conseil jugera utile seront donnés au personnel de
la Société.
Ces prélèvements opérés, lAssemblée
générale peut prélever, en outre, une somme
destinée à la création dun fonds de prévoyance
ou damortissement. i Le restant est réparti proportionnellement
à toutes'les actions.
Titres. Actions nos 1 à 17300, teinte vert
pomme sur fond blanc, portant le libellé de : « Société
générale des téléphones (réseaux
téléphoniques et constructions électriques),
Société anonyme au capital de 25 millions de francs,
divisé en 50,000 actions de 500 fr. Statuts aux minutes de
M° Dufour, notaire à Paris, le 16 novembre 1881 (assemblées
générales constitutives des 22 et 31 décembre
1881). Siège social à Paris.
Action auporteur de 500 fr., entièrement libérée,
n°... » Actions nos 17301 à 50000, teinte mauve
sur fond blanc, portant le libellé de : « Société
générale des téléphones (réseaux
téléphoniques et constructions électriques).
Société anonyme au capital de 25 millions divisé
en 50,000 actions, etc... Action au porteur de 500 fr., libérée
de 250 fr., n°... » Au-dessous, cases pour les troisième
et quatrième versements de 125 fr. chacun.
Tous ces 50,000 titres nont aucune date et sont munis de coupons
numérotés, sans date déchéance,
dont le dernier porte le n° 27. (Le coupon n° 6 a été
payé le 16 juillet 1888.) Timbre sec sur le titre et les
coupons. Souche à gauche.
Le payement des coupons seffectue au. siège social,
rue Caumartin, 4L Admission à la cote des 50,000 actions,
au comptant, le 17 juillet 1882. Et à terme, des 32,700 actions
nos 17301 h 50000, le 12 septembre 1887, et des 17,300 actions nos
1 à 17300, le 10 août 1888.
Administrateurs Administrateurs MM. J. Lair, président;
E. May, vice-président; Halfon, Bivort, Ed. Duchateau, G.
Lebey, H. de Parville, Siegel, A. Vernes, Vuigner, Wallerstein,
E. Ylasto, A. Ylasto, L. Weiller. |
sommaire
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Le 10 décembre 1880, l'État
transfère enfin à M. Amédée Jametel,
Président de la Société
Générale des Téléphones,
la concession d'exploitation accordée le 8 septembre 1879
détenue depuis le 21 avril 1880 par la Banque Franco-Égyptienne,
à la demande de cette dernière.
La formation de cette Société téléphonique
fut accueillie avec joie par les hommes de progrès.
Elle établit son siège social à Paris, 66
rue Neuve-des-Petits Champs, et le transféra plus
tard au 41 rue Caumartin.
Cette Société s'occupa activement et avec un plein
succès de l'établissement de ses réseaux
téléphoniques en province, et de la réorganisation
du réseau de Paris déjà installé depuis
1879.
Cependant cette concession à durée limitée
n'est valable que jusqu'en 1884.
Alfred Niaudet,
qui
a reçu des mains même de Bell les deux
téléphones importés en France, aussi membre
de la Société Française de Physique dès
sa fondation et devient un administrateur de la Société
générale des Téléphones. Un autre
administrateur redoutable est Jules Armengaud, ingénieur
conseil en brevets d'invention.
La SGT inaugura le service téléphonique
de Paris avec 400 souscripteurs. Les premiers utilisateurs furent
le réseau bancaire, donc banques, financiers, hommes d'affaires
et des journaux.
Fin 1880 la SGT compte plus de 450 abonnés sur Paris et
460 en attente de raccordement. Et chaque abonné ne passe
pas plus d'un appel par jour en moyenne.
Sa gestion soulève de nombreuses critiques : les tarifs
sont trop élevés et la société, qui
craint de perdre son monopole, ninvestit guère.
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Le réseau de 430 Km au moment de la fusion des
compagnies sagrandit rapidement pour atteindre 820 Km en 1881.
Cette extension a permis de nouveaux points daccès se traduisant
par de nouveaux abonnés.
La
Société Générale des Téléphones
racheta les divers réseaux, lexemple
de la France sera rapidement suivi.
Dès 1880, une prospection commerciale fut entreprise pour
constituer des réseaux dans différentes grandes villes
de province.
La S.G.T. mit en service successivement les réseaux de
- Lyon, le 15 octobre 1880,
- Marseille, le 15 décembre 1880,
- Nantes, le 15 janvier 1881,
- Le Havre, le 15 avril 1881,
- et Bordeaux le 30 juin 1881.
Au commencement de 1881, la SGT comptait déjà sept bureaux
centraux desservant son réseau de Paris et avait construit plus
de trois cents lignes.
« Le nombre des abonnés sest élevé
de 454 à 1240, sur lesquels 905 sont reliés. Le nombre
de communications demandées en une semaine, qui était
de 4000 en octobre, a atteint 45 000 la semaine dernière ; il
a plus que décuplé.
La mise en uvre de lexposition de 1881 a été
confiée au Ministère des Postes et Télégraphes
désigné sous le sigle P&T.
Le téléphone c'est la merveille,
le grand évènement de lExposition de 1881 pour
le public, et lon peut ajouter, pour les savants eux-mêmes.
Cest une foule qui se précipite tous les soirs dans
les quatre salles destinées aux démonstrations du
téléphone. Il faut attendre souvent plusieurs heures
avant dentrer, par groupes de vingt, dans une salle dont les
murs sont tapissés de tapis dOrient et le sol recouvert
dun épais tapis. Là, chacun peut écouter
pendant 5 minutes les airs qui se chantent ou se jouent à
lOpéra relié à la salle par une ligne
traversant les égouts.
Laccueil est enthousiaste : " Il faut avoir entendu dans
les téléphones de lExposition dElectricité,
pour se rendre exactement compte de la délicatesse avec laquelle
les sons se trouvent transmis. Non seulement on entend les artistes,
mais on reconnaît leur voix, on distingue les murmures du
public dans la salle, on perçoit ses applaudissements. |
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La plus importante exposition téléphonique
fut celle de la S.G.T .
La SGT est propriétaire ou concessionnaire
exclusive, en France, des brevets relatifs aux appareils indiqués
dans son catalogue comme brevetés. Elle entend exercer tous ses
droits sur les appareils et sur leurs dérivés couverts
par ses brevets.
En conséquence, elle seule construit ou fait construire les appareils
faisant lobjet de ses brevets; ils ne peuvent être vendus
que par elle ou par les intermédiaires auxquels elle en fournit;
ils portent tous sa marque et son poinçon.
Tout appareil qui ne porterait pas cette marque sera réputé
contrefait. La Société poursuivra les constructeurs, introducteurs,
vendeurs et détenteurs dappareils contrefaits. M. Ader,
qui avait présidé de la manière la plus intelligente
et la plus heureuse à toutes ces installations, fit ainsi reconnaître
la supériorité de son appareil et les appareils de diverses
sortes posés chez les abonnés furent tous retirés
et remplacés par le téléphone à microphone
Ader.
De cette époque date réellement l'extension de la téléphonie
en France.
Elle avait établi dans l'intérieur du Palais de l'Industrie
un bureau central desservant une trentaine de stations repérées
par des numéros et éparpillées dans toutes les
parties du Palais.
Pour diminuer les bruits ambiants, chaque poste téléphonique
était installé dans une sorte de guérite en bois
de chêne dont l'intérieur était capitonné
sur toutes ses faces (en quelque sorte ce furent les premières
cabines téléphoniques publiques).
Ce qui détermina le triomphe de la téléphonie,
à l'Exposition d'électricité, celui d'abord la
distribution, à l'intérieur du palais, d'un certain nombre
de pavillons téléphoniques, sortes de petits réduits
dans lesquels on avait établi des pupitres de téléphone
Ader, que le public faisait lui-même
parler. La commission supérieure de l'Exposition avait pensé,
avec raison, que c'était là le meilleur moyen de convaincre
les visiteurs de la valeur et de l'utilité pratique de la nouvelle
invention de la téléphonie.
Mais ce qui fit particulièrement le succès de la téléphonie,
ce fut le coup de théâtre c'est le cas de le dire
des auditions musicales. M. Ader parvint à résoudre
le problème, jusque-là fort imparfaitement résolu,
de faire entendre à plusieurs kilomètres de distance un
orchestre, des churs et des chants d'opéra.
Déjà sans doute, et dès les premiers temps de sa
découverte, c'est-à-dire en 1877, M. Graham Bell était
parvenu, en modifiant son transmetteur, à faire entendre, de
Boston à Salem, des chants, un solo d'instrument et même
quelques morceaux d'orchestre. Mais si l'on essayait d'augmenter le
nombre des chanteurs et des instruments, l'audition devenait confuse
et incomplète.
M. Ader s'occupa, avec une ardeur sans
égale, à vaincre toutes les difficultés du transport
téléphonique des représentations théâtrales,
et il parvint à en triompher merveilleusement. En disposant sur
le théâtre plusieurs transmetteurs microphoniques, convenablement
distribués, et aboutissant tous au même récepteur,
il parvint à faire entendre au Palais de l'industrie les chants,
l'orchestre et les churs qui composaient une représentation
du Grand Opéra. Le plus grand succès de Ader, fut l'installation
des auditions téléphoniques
du grand Opéra. désigné sous le nom de "théatrophone",
et fonctionne en stéréophonie.
Devant la scène de lopéra des "transmetteurs"
(larges plaques posées sur des tiges de graphite), sont disposées
de chaque côté de la loge du souffleur. Chaque série
est reliée à lun des deux écouteurs dont
dispose lauditeur restituant ainsi le "relief" du son.
Si le téléphone est une révélation pour
la majorité des visiteurs, ce nest pourtant pas une nouveauté
à Paris.
Il y existe un réseau dont ses promoteurs nhésitent
pas à affirmer quil est "le plus parfait de ceux fonctionnant
aujourdhui, tant en Europe quaux Etats-Unis" .
Ecouteurs
à l'exposition 
La SGT se distingua avec la mise en place dans lenceinte de lexposition
du « théâtrophone»
permettant dentendre les spectacles donnés à lOpéra
ou à la Comédie française.
Transmetteurs à
l'Opéra
Des micros sont installés de chaque côté de la scène
de l'Opéra Garnier et permettent découter lopéra
en restant chez soi. Il s'agit de simples micro au carbone à
simple phase, une technologie ancienne qui ne permettait pas un très
bon rendu acoustique et musical. Même si les micros sont installés
de chaque côté de la scène cela ne signifie pas
que le spectacle était retransmis en stéréo.
Le système sera rapidement étendu à d'autres salles
de spectacle. Le Tribut de Zamora de Charles Gounod fut le premier opéra
de lhistoire à être retransmis via des fils téléphoniques
dans un autre immeuble. Au lendemain de la quinzième représentation,
on pouvait lire dans Le Ménestrel du 22 mai 1881 : « [Le
téléphone] a été mis en communication avec
la salle de lOpéra, à lheure même des
représentations. Réussite complète ! On entendait
parfaitement, rue Richer [dans les magasins de lOpéra],
les voix de Mmes Krauss, Dufrane, Janvier, celles de MM. Sellier, Melchissédec
et Lorrain, dans Le Tribut de Zamora. » « C'est très
curieux. On se met aux oreilles deux couvre-oreilles qui correspondent
avec le mur, et l'on entend la représentation de l'Opéra,
on change de couvre-oreilles et l'on entend le Théâtre-Français,
Coquelin, etc. On change encore et l'on entend l'Opéra-Comique.
Les enfants étaient charmés et moi aussi »
... Inventeur et maître duvre de ce système
qui fut lun des clous de cette exposition, Clément Ader
fut récompensé par une médaille dor
Ce succès contribua à renforcer les liens entre Ader et
la Société générale des téléphones.
Cest au cours de lannée 1881, en effet, que cette
dernière devint propriétaire des inventions de Clément
Ader et quelle sassura sa collaboration exclusive en matière
de téléphonie.
sommaire
Durant la première moitié des années 1880, la collaboration
Ader SGT, fut intense et, en 1884, Clément Ader était
à lorigine de près de 74 brevets et certificats
daddition. Limplication de Ader dans la téléphonie
lui permet par ailleurs délargir son réseau dinfluence
: impressionné par le succès de linstallation au
Palais de lindustrie, Adolphe Cochery, ministre des Postes et
Télégraphes, le fait nommer chevalier de la Légion
dhonneur :
Pendant près de vingt ans, Clément Ader fut donc un collaborateur
essentiel de la Société des téléphones.
Ader écrivit à M. Chaumet, sous-secrétaire aux
postes, pour l'informer qu'il était disposé à donner
à l'État la marque des récepteurs-Ader "dont
il pourrait exclusivement se servir". (Ader fournira dans sa vie
d'autres marques de désintéressement).
La réponse vint à quelque temps après sous la sous
forme d'un avertissement de l'administration des P.T.T. lui réclamant
le paiement de sa ligne téléphonique personnelle. Ader,
inventeur des appareils téléphoniques français,
répondit qu'il ne paierait pas, laissa couper sa ligne et jamais
plus de sa vie n'eut de téléphone à son domicile.
1882 La souveraine SGT , s'inquiète des trop nombreux constructeurs
qui commençaient à proposer des téléphones
pour les installations domestiques et à lui faire de l'ombre.
Elle obtint du gouvernement de pouvoir relier sur un même fil
à abonnement réduit, deux abonnés habitant un même
immeuble. C'est un appareil spécial installé à
chaque étage permet à chacun des locataires de communiquer
avec tous les abonnés du réseau et réciproquement.
Dans les administrations importantes, la Société générale
des Téléphones a eu l'idée d'installer des petits
réseaux téléphoniques destinés à
desservir tous les services intérieurs. De petites lignes, partant
des bureaux des différents chefs de services d'une même
administration, viennent aboutir à un tableau central à
plusieurs directions ; ces lignes peuvent être en nombre illimité.

Le tableau central étant relié lui-même
au bureau central du réseau de la Société, il s'ensuit
que chaque chef de service peut, de son bureau, être directement
mis en communication, non seulement avec ses collègues, mais
avec tous les abonnés du réseau.
Les principaux téléphones
Ader
..
  

Catalogue illustré SGT 1891
Le réseau interubain est aérien, il utilise
les poteaux du télégraphe. Il en coute une taxe de 1 Franc
pour cinq minutes de conversation.
1883 Parmi les installations particulières faites par
la Société générale des Téléphones
en Seine er Marne et dans l'Essonne, quelques-unes méritent dêtre
signalées : Dabord celle de Monsieur le baron de Rothschild,
comprenant environ 90 kilomètres de fil double et reliant le
château de Ferrières à lhôtel de la
rue Laffitte. Monsieur le baron de Rothschild peut, grâce à
un commutateur spécial, communiquer, à tous les instants
du jour et de la nuit, de son château de Ferrières, avec
tout le réseau téléphonique de Paris (voir
histoire sur Fontainebleau).
II y a ensuite les installations de Monsieur Decauville, à Petit-Bourg,
à la gare dEvry et à Corbeil, douze postes téléphoniques
relient entre eux tous les ateliers. Les chefs de gare dÉvry,
Petit-Bourg et de Corbeil peuvent ainsi prévenir par le téléphone
Monsieur Decauville de larrivée en gare de ses marchandises.
( Journal "L'INTRANSIGEANT" du 25-7-1883)
1883 la SGT décide
de leur faire un procès pour contrefaçon pour essayer
d'enrayer cette concurence.
La SGT est représenté par Armengaud Jeune, ingénieur
conseil et administrateur de la société, et J.E.Engrand
avoué de 1ere instance auprès du tribunal de la Seine.
Suivirent des saisies descriptives chez certains constructeurs et fait
assigner devant le tribunal de la Seine des sociétés dont
: La Société anonyme Maison Bréguet; Maiche, Lenczewski,
Journaux, De Locht-Labye , Beillahache, M portevin fils... Mildé
fils, la Société du gaz de nice , Bert et D'Arsonval,
D'Argy ...
A.Jeune expert en brevet tend à prouver que les appareils dérivent
des brevet français d'Edison pour l'emploi du micro à
charbon et de la bobine d'induction.
Le régime des réseaux exploités par l'Etat fut
également fixé par un arrêté en date du 1er
janvier 1883.
Pour diminuer la dépense à la charge de l'Etat, l'Administration
admit le principe de la contribution de l'abonné en vue de l'établissement
de la ligne : l'abonné avance une certaine somme et l'Etat le
rembourse en ne lui faisant pas payer ses futures redevances annuelles.
L'abonnement est moins élevé que celui de la S.G.T., il
est de 200 Francs pour les réseaux de moins de 200 abonnés
et 150 Francs pour les autres mais contrairement à la S.G.T qui
fournit le poste, les abonnés doivent acheter leurs appareils.
L'Etat installe le poste et fournit les piles et les accessoires moyennant
une redevance supplémentaire de 75 Francs. Pour la même
prestation et pour un réseau de plus de 200 abonnés, le
coût à la S.G.T est donc de 400 Francs et 425 Francs pour
un réseau d'Etat.
l'État qui a certes concédé les réseaux
de certaines villes à l'industrie privée, n'en a pas pour
autant renoncé à ses droits, et décide d'ouvrir
en propre des réseaux téléphoniques dans d'autres
villes, moins peuplées, donc moins favorables à l'essor
du téléphone.
Ainsi, le 1er avril 1883, l'Administration ouvre-t-elle à l'exploitation
téléphonique les réseaux téléphoniques
des villes de Reims et de Roubaix-Tourcoing puis Saint
Quentin le 31 décembre 1883.
De son côté la Société Générale
mettait en service ses derniers réseaux :
- Calais le 1er juillet 1883,
- Rouen le 15 juillet 1883,
- Alger le 26 juillet 1883,
- et Oran le 10 août 1883.
Au 1er janvier 1883, la Société générale
des Téléphones comptait 2.692 abonnés à
Paris et 1.500 dans les autres départements.
En septembre de la même année, le nombre total
des abonnés de la Société s'élevait à
4.739, répartis de la manière suivante :
Paris, 2.992; Lyon, 528 ; Marseille, 336 ; Bordeaux, 280; le Havre,
191; Lille, 128; Nantes, 89; Saint-Pierre-lès-Calais,85; Rouen,
62; Oran, 30; Alger,18.
A Rouen, le réseau ne put être établi qu'en 1883.
Une des causes du retard qu'a subi l'établissement définitif
des lignes dans cette ville provient de la difficulté qu'éprouva
la Société à obtenir des propriétaires l'autorisation
de poser les supports sur les toits de leurs immeubles.
Saint-Pierre-les-Calais (Calais-Saint-Pierre depuis la fusion des deux
municipalités), aujourd'hui le premier centre manufacturier du
Pas-de-Calais, est une des villes de France où le téléphone
a pris le plus rapide accroissement.
Au 1er décembre 1883, son réseau téléphonique
comptait 87 abonnés, tandis que Rouen n'en avait à la
même époque que 63 pour une population plus que triple.
Un certain nombre d'installations téléphoniques furent
faites, dans le courant de cette année, chez des propriétaires
d'usines de Paris et des environs qui ont leurs fabriques et leurs maisons
reliées par une ligne téléphonique privée.
Au 31 décembre 1883, la SGT compte 3 039 abonnés.
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A PARIS, Le plus gros central, Opéra,
a 603 abonnés ; le plus petit rue Lecourbe en a
50.
les canalisations souterraines : A partir de 1882,
le réseau se structure, et ses caractéristiques
techniques se mettent en place.
Borné par les fortifications, le réseau téléphonique
parisien s'organise autour de huit, puis de douze bureaux «
centraux ».
RÉPARTITION DES BUREAUX CENTRAUX de PARIS.
Les chiffres placés au-dessous du nom de chaque bureau
indiquent la classe d'abonnés desservis par ce bureau ;
l'abonné 728-43 sera relié au 43e Jack de la 28e
section du multiple de Saxe ;
l'abonné 1018-24 sera relié au 24e jack de la 18e
section du nouveau multiple des Archives
Mais la répartition par centraux a évolué.
Le quartier de l'Opéra y compris le secteur de la rue Lafayette
compte toujours un fort pourcentage d'abonnés mais le coeur
du système s'est déplacé vers les quartiers
industriels et commerciaux de la rue Etienne Marcel et de la place
de la République.
Plus de détails
sur les Réseaux et Centraux manuels.
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Le bureau téléphonique manuel SGT de la
Villette à Paris
 
Le succès qui venait de couronner les efforts de la Société
générale des Téléphones, avait fait comprendre
aux plus incrédules toute la valeur de la nouvelle invention
et l'avenir qui lui était réservé.
Aussi, dans la session ordinaire de 1882, le ministre des postes et
des télégraphes demanda aux Chambres et en obtint un crédit
de 250.000 francs destiné à expérimenter l'exploitation
de réseaux téléphoniques dans certaines villes
de province.
Pour diminuer les dépenses de premier établissement, l'administration
fit participer l'abonné aux frais de construction de la ligne;
voici les bases du régime sous lequel les réseaux de l'État
sont exploités d'après l'arrêté du 1er janvier
1883.
La part contributive de l'abonné aux frais d'installation est
:
Pour les lignes aériennes dans le périmètre de
distribution gratuite des télégrammes par kilomètre
de fil simple de.................................. 150 francs
Pour les lignes souterraines : En câble multiple.............
500 francs, En câble simple............... 900 francs
En dehors du périmètre de distribution gratuite, les fils
sont considérés comme des lignes privées, et soumis
aux règlements spéciaux. Les appareils sont également
fournis par l'abonné.
Ainsi un abonné, relié au bureau central par un fil de
1 kilomètre, aura à payer au moment de la mise en service
de sa ligne :
Pour 1 kilomètre de ligne....... 150 francs
Pour achat d'appareil............. 133 francs
Pour piles et installations........ 75 francs
Le premier réseau Normand fut celui d'Elbeuf mis en service
le 25 novembre 1884 avec 46 abonnés.

Au 31 mars 1884 , la S.G.T dessert en tout et pour tout
11 villes avec un total de 5.079 abonnés en France+Algérie,
dont 3.227 pour Paris.
Les 11 villes desservie sont : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes,
Lille, le Havre, Rouen, Saint-Pierre-lès-Galais, Alger et Oran.
En 1884 furent mis en service les réseaux de Halluin, Troyes,
Nancy, Dunkerque et Elbeuf.
1884, renouvellement de la concession.
Les cinq premières années furent très difficiles,
voire conflictuelles, car les complications vinrent des difficultés
rencontrées pour l'installation des câbles devant relier
les centraux et les abonnés, car la SGT fut confrontée
à des complications pour leur approvisionnement.
Le raccordement des utilisateurs prit des retards significatifs
déclenchant, par la même, des mécontentements des
futurs abonnés.
Cette situation fit que le renouvellement de la concession fut tendu
entre l'administration et la Société Générale
des Téléphones ! Au regard des argumentaires consolidés,
il fut tout de même prolongé de cinq années.
 |
Toujours en 1884, les premières
cabines téléphoniques furent installées dans
les bureaux de postes de la capitale.
On commença l'installation de cabines téléphoniques
publiques à Paris et dans quelques villes de province.
Ces cabines, qui rendent tant de services, existent actuellement,
à Paris, dans tous les bureaux de postes et télégraphes
et les bureaux centraux de la Société générale
des Téléphones, au nombre de 82 à Paris,
et 77 dans les villes de province. |
1884 L'affaire de contrefaçon
de 1882 intentée par la SGT fait surface.
Les avocats de la SGT produisent un document pour instruire le futur
procès ( à lire dans la lumière électrique
du 21 mars 1885), pour Louis Maiche la conclusion est sans appel "Ce
parleur de M.Maiche reproduit tous les caractères distinctifs
du système Edison"; L.Maiche ne peut pas luter contre la
mauvaise foi de la puissante et souveraine SGT. Et c'est pareil pour
les autres sociétés poursuivies : La Société
anonyme Maison Bréguet; Lenczewski, ... Bert et D'Arsonval, d'Argy,
Mildé .... Cela entraina la faillite de Locht Labye ainsi que
d'autres constructeurs.
1885, premières lignes entre deux villes
La première communication téléphonique entre
deux villes, se déroula en 1885, entre Rouen et Le Havre, distantes
de 92 kilomètres.
Les communications interurbaines, dites de longues distances, furent
établies le 30 novembre 1885, entre Paris et Reims (172 kilomètres).
sommaire
1885 LA CRISE TÉLÉPHONIQUE Vu dans "La Lmière
Electrique"
Une crise sérieuse sévit actuellement sur l'industrie,
on le repète de tous côtés. Elle ne nous est point
particulière et s'étend sur plusieurs pays; toutefois
il paraîtrait que la France est spécialement atteinte.
Le fait a-t-il toute la gravité quon lui attribue ? Je
ne sais et ce nest pas à nous de le rechercher ici ; toutefois
je ne suis pas éloigné de croire quil est vrai en
somme, et si, pénétrant dans le domaine des économistes,
il mest permis dindiquer une des causes qui,ont pu lamener,
je proposerai la suivante qui tient à un phénomène
général.
Notre industrie vient de traverser une ère de brillante prospérité.
Le point de départ de cette phase heureuse remonte à une
époque' déjà assez éloignée, trente
ou quarante ans peut-être. A cette époque, sous l'influence
de causes diverses, notre industrie se constitua dans un état
de progrès, elle prit le pas sur les autres et dut à cet
eftort une suite dannées prospères. Mais pendant
ce temps les autres ne restaient point inactifs; ceux qui sinstallaient
profitaient de tous les progrès réalisés, disposaient
doutillages de plus en plus perfectionnés; le jour est
venu où lensemble de cette industrie a égalé,
puis dépassé la nôtre. Il eût fallu à
celle-ci, pour suivre le mouvement, une continuité defforts,
une énergie de renouvellement incessant qui se rencontrent bien
rarement : je dirai tout à lheure quelles raisons en sont
cause.
Des phénomènes pareils se présentent dune
façon très frappante dans lindustrie scientifique
et sont pour nous très intéressants à constater
; ils
constituent une des formes du développement de la science appliquée.
Ils ont même une beaucoup plus grande rapidité dévolution,
surtout lorsquil sagit de lapplication dune
découverte nouvelle, parce qualors la marche de la science
est extrêmement rapide, et que d'un jour à lautre
son progrès inattendu vient tout renouveler.
Une crise de ce genre me paraît se manifester dans lindustrie
si récente de la téléphonie : il semble que les
procédés mis en usage sont déjà arriérés
et quun renouvellement simpose.
Lidée que jémets peut, au premier aspect,
paraître un peu surprenante; on se demande, en jetant un coup
dil général, quelle grande découverte
a ainsi depuis quelque temps bouleversé la téléphonie
;je demande que lon prenne bien les mots au sens exact; dabord
les découvertes importantes
en téléphonie ne manquent pas, mais surtout, je nai
pas dit, science téléphonique, jai dit, industrie
téléphonique, cela est différent. Quelle grande
découverte est intervenue depuis vingt ans dans lindustrie
de la fabrication des draps, ou de a soie, ou telle autre? aucune peut-être,
et néanmoins loutillage a complètement changé;
une quantité de petits perfectionnements, de modifications de
détail, sont venus qui ont simplifié les manuvres,
augmenté le rendement de louvrier, diminué les frais
généraux, réduit les loyers, en sorte quun
outillage qui était le progrès il y a quelques années,
est ruineux aujourdhui. Il serait long et minutieux de détailler
tous les perfectionnements de ce genre intervenus dans la téléphonie
depuis quelques années, ils ont été, chacun à
son heure, décrits dans ce journal; les réunir et voir
lensemble qu'ils forment est un travail que nous entreprendrons
un de ces jours ; mais il nest pas nécessaire de le faire
pour voir sur quoi repose la prévision que jindique; elle
sappuie sur des symptômes très clairs.
Il y a quelques années feu M. Lartigue, directeur de la Société
générale des téléphones, fit à la
Société de physique une communication au sujet du service
téléphonique. Il dit dans ce document que le nombre des
conversations saccroît dans une proportion beaucoup plus
grande que le nombre des abonnés, par la raison que chaque abonné
nouveau demande à converser, sinon avec tous, au moins avec plusieurs
des anciens, en sorte que le nombre des conversations serait, jusquà
un certain point, proportionnel au carré du nombre des abonnés.
Il concluait nettement de ce fait que les frais généraux
de cette industrie particulière n'éprouvaient pas une
diminution relative lorsque le nombre des affaires augmentait, ce qui
a lieu dans toutes les industries.
Je fus très frappé de cette révélation et
jen emportai lidée quune industrie ainsi constituée
ne pouvait prospérer, puisquelle ne pouvait sétendre
avec fruit. Son idéal devait nécessairement être
non pas, comme il leût fallu, pour elle et pour le public,
un nombre toujours croissant dabonnés payant moins cher,
mais un nombre de plus en plus restreint dabonnés à
des prix toujours croissants; conditions inadmissibles; et je restai
persuadé que M. Lartigue avait exagéré les choses.
Nous avons su depuis quil nen était rien, le directeur
était linterprète fidèle des idées
de la Société générale; au renouvellement
de concession qui vient davoir lieu, elle na pas abaissé
son prix; elle nétend son réseau quavec une
grande lenteur (400 abonnés nouveaux seulement dans lannée
1884), il semble bien que son but est celui que nous disions: peu dabonnés
à haut prix. Peut-elle faire de bonnes affaires ainsi? cest
son affaire, mais ce qui est la nôtre, à nous public, comme
à nous électriciens, cest que de pareilles conditions
dindustrie ne sauraient nous convenir.
Nous nentendons nullement, quon le remarque bien, mettre
en doute les intentions de la Société, elle fait ce quelle
peut, et ne demanderait certes
pas mieux que de satisfaire tout le monde et elle-même; si elle
ne le fait pas, cest parce quelle ne le peut pas, c'est
que son outillage ne le lui permet pas. Il faut bien quil en soit
ainsi puisque, fondéeune des premières, elle est restée
la plus chère de toutes (la Russie exceptée). Depuis,
on a installé
des services nombreux, tous moins cher; lEtat français
lui-même, et lon sait sil est généralement
cher, demande au maximum 400 fr., au minimum
150. A quoi cela tient-il? à loutillage, à lorganisation,
qui sont arriérés et défectueux : si lon
demande exactement par où, je pourrais bien signaler quelques
points, par exemple, labus des bureaux secondaires, qui augmentent
beaucoup les lenteurs et les frais genéraux. Je nessaierai
pas de discuter point par point toute linstallation, cest
un grand travail, ce qui me suffit pour aujourdhui, cest
de signaler le mal dans son ensemble.
Quant au remède, il est évident, il faut sans hésiter
porter une main ferme dans tout le système et le modifier, le
transformer, suivantles nécessités nouvelles, suivant
les conditions déjà obtenues ou signalées par dautres.
Cest ce que beaucoup dindustries eussent dû faire
plus tôt. Je sais très bien que cela nest pas facile.
Pour renoncer à un outillage installé non sans recherches
et sans efforts, pour changer une organisation compliquée, bouleverser
les habitudes dun personnel, il faut une dose dénergie
peu fréquente chez un homme seul, bien plus rare dans une Société,
toujours moinsdisposée à linitiative.
Il faut autre chose aussi, il faut une certaine prospérité;
une industrie qui attend, pour se transformer, lheure de la décadence,
ne le peut plus; là vitalité manque, les ressources font
défaut; cest malheureusement le cas, paraît-il, pour
quelques-uns de nos établissements industriels; ce nest
pas, jen suis très convaincu, celui de la Société
générale, elle est jeune et vivante, elle est à
même de voir la difficulté et de surmonter la crise; dans
les cas semblables, il ne faut pas dhésitation, il ne faut
pas sen prendre à ceux qui signalent la situation et leur
en savoir mauvais gré, il faut le regarder en face et y apporter
le remède nécessaire; cest uvre de sang-froid
et dintelligente énergie. Cest, ce me semble, ce
que la Société générale doit faire; dans
lintérêt de la science et de lindustrie téléphoniques,
on doit compter quelle le fera.
Frank GERALDY.
Réponse un mois plus tard
... Mais revenons à la téléphonie: Notre collaborateur
Geraldy parlait, dans le dernier numéro du journal, de la crise
téléphonique en France, et il
en recherchait modestement la cause. Je crois quil la trouvera
facilement sil veut fouiller un peu lhistoire des agissements
de la Société des Téléphones, qui a eu laudace
de monter une Compagnie au capital de vingt-cinq millions et lhabileté
de les faire verser presqu'entièrement à
ses actionnaires, avant de leur avouer les conditions draconiennes de
la tolérance quinquennale accordée par le ministre sous
le nom de concession. La Société avait dépensé,
au 31 décembre 1883, plus de douze millions, rien quen
brevets dont le ministre a exigé la nullité envers lEtat,
et en câbles, dont léquivalent ne coûterait
certes pas quinze cent mille francs. Aujourdhui, le ministre lui
fait en province une concurrence directe.
Le conseil municipal, écuré de voir Paris condamné
à un prix dabonnement au téléphone double
ou triple de celui de certaines capitales européennes, refuse
provisoirement à la Société générale
des téléphones un renouvellement du bail des égouts,
et dune façon définitive toute concession qui aboutirait
à un monopole de fait. Il nen faut pas davantage je crois,
pour produire une crise sur une industrie à peine acclimatée.
Le fisc a criblé la Société de redevances. Le rachat
par lEtat est devenu impossible, car aucun ministre ne voudra
se compromettre au point de faire payer douze millions au moins, par
les contribuables, ce qui, à dire dexpert, natteindrait
pas même aujourdhui un million et demi. Les capitalistes
hésitent un peu à créer de nouvelles Sociétés
sur lesquelles le mauvais génie allongerait de suite sa main
crochue.
Malgré son état de possession, la situation de la Société
nest guère enviable; il se peut que ses administrateurs
en sortent indemnes, mais le public actionnaires et le public abonnés
nont nullement lieu d'ètre satisfaits, et l'ignorance de
leurs véritables risques dans laquelle les ont laissés
dune part les fondateurs et de lautre le ministre compétent,
soulèvera très prochainement de justes plaintes, car nul
na le pouvoir de repêcher dans les égouts les sommes
follement dépensées.
Il était si simple de laisser grandir en liberté une science
nouvelle, laissant aux municipalités seules le soin de réglementer
linstallation des réseaux dans les villes, et au ministre
des voies et communications (travaux publics) la réglementation
des lignes de jonction de ville à ville.
Létat eût attendu, comme il la fait pour les
tabacs et les allumettes, que la téléphonie ait dit son
dernier mot, et ceût été un grand bonheur
pour tout le monde que ce dernier mot ne fût jamais dit.
Lingénieur des postes et télégraphes chargé
du contrôle des réseaux téléphoniques est
M. Caël, le promoteur de laccroissement du prix de labonnement
au Téléphone, encore na-t-on pas osé aller
jusquau chiffre de 1000 francs que proposait cet ingénieur.
M. Caël a succédé à M. Richard, aujourdhui
retraité et devenu, à la mort de M. Lartigue, administrateur
délégué de la Société générale
des Téléphones. On trouvera plus loin, dans les «
faits divers », la circulaire que ceite Société
vient d'adresser à tous sesabonnés et où
elle leur rappelle que nul na le droit de se servir du téléphone
que l'abonné lui-même ou les personnes demeurant avec lui.
La circulaire ne dit pas si MM. les ingénieurs de la Société
ont inventé un galvanomètre assez sensible pour indiquer
que la personne qui appelle le central demeure ou ne demeure pas avec
l'abonné, et si la conversation transmise est dun usage
véritablement personnel.
Je recommande tout spécialement la lecture de cette circulaire;
je pense quaprès lexamen de ce monument de bêtise
administrative, nul ne sétonnera que la France, malgré
le génie des savants et lhabileté exceptionnelle
de ses constructeurs, soit encore au dernier rang de toutes les nations
civilisées comme emploi de lélectricité.
Notre ennemi, cest notre maître,
Je vous te dis en bon français. (LAFONTAINE.)
J. BOURDIN.
Les abonnés du téléphone
viennent de recevoir la circulaire suivante :
SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DES TÉLÉPHONES
(Réseaux téléphoniques et Constructions électriques)
Société anonyme au capital de 25 millions de francs 1,
ruc Caumartin Paris, le 16 janvier 1885.
Monsieur,
Ainsi que lindique votre contrat dabonnement, les correspondances
téléphoniques ne peuvent avoir pour objet que les usages
personnels des abonnés. Le nouveau cahier des charges établi
par M. le ministre des postes et des télégraphes et portant
la date du 18 juillet 1884, confirme de nouveau cette obligation dans
lestermes suivants :
Art. 2. Les communications ne pourront être demandées
et utilisées que par les signataires de l'abonnement, leurs employés
et les personnes demeurant avec eux; elles devront être strictement
limitées à l'usage particulier des abonnés, et
utilisées seulement à partir de leur domicile, toute communication
faite au profit de tiers non abonnés étant rigoureusement
interdite.
Il sera notamment interdit aux abonnés dautoriser, «
moyennant une rétribution quelcouque, qui que ce soit à
faire usage de leurs appareils, toute infraction à cette
règle pouvaut entraîner la résiliation du contrat
d'abonne ment, avec dommages et intérêts, sans préjudice
des autres poursuites qui pourraient être intentées aux
contrevenants.
En vous rappelant ces dispositions strictes et formelles auxquelles
chaque abonné est tenu de se soumettre, et dont M. le ministre
des postes et des télégraphes, par une lettre que nous
venons de recevoir, nous rappelie lapplication en termes formels;
je ne saurais trop insister sur ce point, que
si votre appareil était mis à la disposition de personnes
autres que celles désignées à larticle 2
précité du cahier des charges, vous vous exposeriez à
des poursuites et à linterruption doffice de vos
communications.
Veuillez agréer, Monsieur, lassurance de ma considération
distinguée.
L'Administrateur délégué,
Richard.
SUR LES INDUSTRIES ÉLECTRIQUES
Les considérations que jai présentées dernièrement
au sujet de la crise téléphonique mont valu diverses
communications, lettres, conversations, où lon a pris parti
très vivement pour ou contre lopinion émise. Quelques-uns
trouvaient que tout était pour le mieux dans le meilleur des
mondes téléphoniques, dautres au contraire, réclamaient
que tout fût changé sans délai. Il est inutile de
dire que lune et lautre de ces idées me paraissent
exagérées; en tout cas, il parait certain que a question
intéresse vivement.
Rien n'est plus naturel, en effet, car cest une des faces de la
grande question des industries électriques, question déjà
posée depuis quelques années, et qui tous les jours prend
des proportionsplus grandes. Elle nous intéresse tous et simpose;
il nest pas permis, en effet, dabandonner la science au
moment où elle va quitter le laboratoire sans nous inquiéter
un peu de la façon dont elle fera son chemin dans le monde. Lapplication
est
lutilisation, le fruit de la théorie; lindustrie
est la forme dernière de la découverte. Je nignore
pas que le passage de lune à lautre de ces choses
n'est pas seulement du ressort des hommes détude,il y faut
dautres agents; mais jestime que lhomme de science
ne doit pas sen désintéresser complètement,
et que, de plus, le caractère scientifique de linvention
doit, sous peine derreurs et dembarras graves, donner un
tour particulier à lindustrie résultante.
Puisque ces réflexions sont venues à propos de la Société
des téléphones, nous la conserverons, si lon veut,
comme un exemple fort convenable.
La Société générale des téléphones
constitue, en effet, une entreprise sérieuse, assise sur une
base scientifique solide, très digne de considération
et d'étude. Nous la mettons complètement en dehors de
la foule de Sociétés qui furent créées il
y a quelques années et qui ont disparu comme font les bulles
de savon lancées en lair. On sensouvient, vers 1881-1882,
une incroyable éclosion de Sociétés électriques
se montra, en Angleterre surtout; la moindre lampe, la pile la plus
insignifiante devenaient le prétexte dune Société
à capital limité, mais très gros, avec force lords,
amiraux, etc., dans les conseils dadministration. En ce temps
là, nous avons poussé des cris dalarme; nous voyions
bien clairement que tout cela était artificiel et allait tomber
dun jour à l'autre, et nous craignions que lélectricité
ne restât pourlongtemps déconsidérée. Lécroulement
eut lieu,en effet, mais la science nen souffrit pas trop Cest
que, au fond, tout le monde savait bien ce qui en était. On connaît
ce jeu des enfants : on se passe de main en main un tison rougi; tant
quil brille, petit bonhomme vit encore, mais celui dans les mains
duquel le tison séteint a perdu. Pendant deux ans, les
financiers et le public, dun commun accord, jouèrent à
petite action vit encore; on se passait de main en main des morceaux
de papier sans sinquiéter de ce qui était écrit
dessus. Le jeu fini, on ne rendit pas lélectricité
trop responsable des pertes faites à son occasion.
Néanmoins la crise fut assez rude ; des entreprises périrent
qui auraient pu vivre, dautres en emportèrent de graves
blessures. Les vraiment sérieuses même en eurent quelques
atteintes. Je range la Société générale
des téléphones parmi celles-là. Il faut bien le
dire, elle nest pas tout à fait exempte des caractères
spéciaux du moment où elle est née. Elle eût
dû être une industrie scientifique, elle a été
dabord une affaire. Ce nest pas que je prétende écarter
complètement ce côté des choses ; pour être
une industrie, il faut être une affaire, cela est certain, il
faut la collaboration du capital, sa rémunération, etc.
Mais le lecteur entend bien ce que je veux dire; il y a affaire et affaire
; il y a celle où lon veut fonder une exploitation de longue
durée, où lon attend des capitaux engagés,
une rémunération peut-être élevée,
mais peut-être aussi lointaine, où lon procède
avec modération, sinstalle avec prudence et maturité,
comme les gens qui veulent faire feu qui dure. Ce sont les affaires
industrielles. Et puis il y a les autres; celles où il faut profiter
vite,vendre vite son papier; passer la main, ce sont les affaires de
bourse On ne peut le nier, la Société à son origine
a penché passablement dans ce sens, elle avait aussi heureusement
sa bonne part de lautre, c'est ce qui la maintenue et peut
la sauver.
Ce petit vice originel tient à bien des causes, mais surtout
à une cause générale qui gêne toutes les
affaires scientifiques. Aujourdhui ceux qui disposent du capital,
les financiers, ne savent pas le premier mot de la science : ils sentent
par leur instinct dhommes daffaires que lavenir, le
présent même sont là, mais cest tout ce quils
savent. Absolument hors détat, sauf un très petit
nombre dexceptions, de distinguer la valeur réelle dune
découverte, ils se déterminent par dautres considérations;
ils ne se demandent pas si lapplication sera fructueuse ; ils
cherchent si laffaire est vendable. De son côté,
le public ne cherche nullement à séclairer; il ne
lit aucun journal spécial, il voit quelques expériences
dapparence brillante, reçoit des prospectus flamboyants
bourrés de gros chiffres et le voilà parti. Lexploitation,
la durée, cest le souci du petit nombre des gens spéciaux
qui restent attachés à lentreprise.
Ce sont pourtant de bonnes affaires que les applications scientifiques;
parmi toutes celles qui peuvent être entreprises, je nhésite
pas à affirmer que ce sont elles qui présentent le moins
daléa.
Elles sont discutables à fond, ne dépendent que delles-mêmes
: leur objet, étant toujours dune utilité précise,
nest pas soumis aux caprices de la mode; peu de hasards extérieurs,
seulement, il faut les étudier scientifiquement et les développer
méthodiquement.
Cest ce qui na pas eu lieu pour la plupart des Sociétés,
et en particulier pour celle des téléphones. La prudence
eût voulu quon se constituât tranquillement, dabord
sur des bases restreintes permettant des modifications fréquentes;
il fallait ne pas trop embrasser, de peur de mal étreindre.
Plusieurs Sociétés pouvaient coexister, non seule ment
sans inconvénient pour elles, mais à leur grand avantage;
chacune recherchant le mieux de son côté, on se fût
bientôt rencontré sur un terrain commun, celui de la pratique
régulière et du bon marché. Alors lheure
de la fusion fût venue, la constitution dune grande Société
se fût naturellement justifiée, et celle-là sans
difficulté eût pris possession du vaste terrain ainsi préparé.
Ce nest pas là ce quon a fait, laffaire neut
pas été assez brillante. Dès lorigine on
a absorbé les concurrences et prétendu à un monopole,
je ne dis pas légal, mais de fait. Dans les conditions où
on sinstallait, en effet, un monopole seul pouvait permettre à
la Société de vivre, puisquelle ne repose pas sur
la large base dune exploitation toujours croissante à un
prix toujours plus bas. Et en même temps quon commettait
cette erreur, on commettait la faute contradictoire d'accepter une concession
de très courte durée, qui obligeait la Société
à remettre son existence en question à des
époques très rapprochées.
Ce ne sont pas là, je le répète, les conditions
dans lesquelles doit sinstaller une exploitation vraiment scientifique.
Il lui faut la modération dans les débuts, l'expérimentation
et la modification incessantes, le développement graduel, mais
illimité, enfin la patience chez les participants qui doivent
se considérer comme de véritables associés.
Ces conditions demandent, pour se réaliser, un certain état
desprit de la part des initiateurs comme de la part des associés
définitifs; on ne saurait faire à la Société
des téléphones le reproche de ne les avoir pas rencontrées,
elles sont rares, je lai dit tout à lheure; mais
sil ny a pas là de sa faute, il ny en a pas
moins un danger. La constitution originelle a des vices fondamentaux;
il faut, si lon peut, y remédier. Cela nest certainement
pas impossible, nous lavons déjà dit. A côté
de cette tendance fâcheuse, la Société a très
utilement travaillé, elle travaille encore, et n'est pas sans
faire des progrès dont on doit la féliciter; il faut que
son excellent personnel spécial fasse pénétrer
son esprit dans out lorganisme, que lon comprenne quun
renouvellement graduel mais incessant du matériel, une poursuite
énergique du perfectionnement et du bon marché doivent
être les buts; en un mot, que la Société ne doit
reculer devant aucune résolution pouvant étendre et simplifier
son service: que la valeur de la Société et son avenir
sont là; cest ainsi quelle deviendra vraiment une
industrie électrique. Elle peut le faire, et elle le fera sans
doute ; si elle ne le faisait pas.....
Frank GERALDY.
C'est pas fini :
LA CRISE TÉLÉPHONIQUE suite février 1885
Au mois de juillet dernier, le public qui sintéresse au
sort de la téléphonie en France, et il est nombreux, se
demandait anxieusement dans quelles
conditions allait être renouvelée la concession de la Société
Générale des Téléphones, que quelques-uns
considèrent hardiment comme une sorte de
monopole accordé gracieusement sous le manteau de la cheminée,
tandis que dautres plus sceptiques sattendaient à
voir le Gouvernement faire pour cette science nouvelle ce quil
venait de faire quelques semaines avant pour la fabrication des allumettes,
cest-à-dire une mise en adjudication.
Quant à la solution du rachat par lEtat, nul ny croyait,
si ce nest pourtant quelques gogos dactionnaires, de ceux
qui gardent précieusement en portefeuille les titres de l'emprunt
mexicain ou les actions des galions de Vigo.
Laffaire en était là, quand tout à coup on
vit surgir du ministère des postes et télégraphes
un projet de loi qui, je lespère du moins, étonna
tout le monde. M. Cochery demandait à la Chambre le droit de
renouveler la concession de la Société, sans monopole
bien entendu, et priait en même temps l'Assemblée de lui
interdire daccorder à quiconque des concessions plus longues
que cinq ans. Ce projet fut, comme tous les projets de loi, renvoyé
à une commission parlementaire.
Jignore ce qui se passa dans le sein de la commission, et leffet
que produisit sur elle un projet où le ministre demandait la
permission d'accorder des concessions à titre gracieux et priait
en même temps quon lui défendit de les accorder pour
plus de cinq ans.
Un député de Paris, connu par ses courageuses revendications
en faveur de l'industrie privée, craignant peut-être que
ce délai obligatoire de cinq ans
ne fût un obstacle à la création de toute nouvelle
Société sérieuse, tandis que la possibilité
du renouvellement devenait, entre les mains du ministre, un moyen de
créer un monopole occulte à la Société existante,
déposa un contre-projet où il réclamait la mise
en adjudication, conformément aux lois qui régissent la
matière et donnant la préférence aux postulants,
qui, tout en payant le tribut à lEtat, offriraient au public
les conditions dabonnement les plus économiques. Ce contre-projet
fut renvoyé, je crois, à la commission. M. Cochery, appelé
à s'expliquer, déclara que ladjudication était,
selon lui, une sorte de monopole dont il était lennemi,
et jura ses grands dieux qu'il accorderait immédiatement des
concessions rivales à tout Français présentant
des garanties sérieuses. Devant tant de libéralisme, la
commission dégagea très habilement sa part de responsabilité
dans le projet ministériel, en déclarant que du moment
que M. Cochery ne demandait pas dargent au pays, il navait,
à son corps défendant, quà se passer dautorisation,
comme il lavait, du reste, déjà fait une première
fois.
Le bulletin mensuel du ministère des postes et télégraphes
du 4 août 1884 enregistra la nouvelle décision ministérielle
et les conditions auxquelles devaient satisfaire les aspirants à
de nouvelles concessions, ainsi que les bases sur lesquelles le ministre
effectuerait, si bon lui semblait, le rachat à un moment quelconque
et sans être tenu d'en donner les motifs, il est certain quà
moins d'avoir en poche une bonne promesse verbale du ministre, un capitaliste,
et à plus forte raison un grand industriel, y regarderait à
deux fois avant de profiter des intentions libérales de larrêté
ministériel.
Il y a dans la rédaction un point qui nous a paru dune
obscurité fâcheuse et de nature à paralyser toute
tentative de concurrence à la Société en possession
de la faveur du ministre actuel; nous voulons parler du mode dévaluation
du réseau en cas de rachat, ou plutôt des deux modes bien
distincts dévaluation laissés au choix du ministre.
En effet, si nous comprenons bien larticle 24, le réseau
pourra être racheté à dire d'experts, cest-à-dire
pour sa valeur réelle au moment du rachat si les experts sont
des hommes vraiment compétents.
Dun autre côté, si le ministre le préfère,
le prix de rachat aura pour bases les chiffres de premier établissement
ressortant des livres commerciaux de
la Société, avec une dépréciation annuelle
de 2 0/0, plus lintérêt légal de ces 2 0/0,
cest-à-dire un infiniment petit du second ordre.
Mais tout le monde sait quun câble en égout dure
à peine 8 à 12 ans en moyenne, et que par conséquent
2 0/0 répété douze fois conserverait au câble
une valeur nominale de 76 0/0 de son prix dachat, alors que son
âge réel exigerait son remplacement intégral.
Ces deux bases d'estimation peuvent conduire à des chiffres dont
lun serait décuple de lautre, et si le choix est
à la volonté du ministre, il eût été
plus simple de remplacer larticle 24 par cette simple phrase :
* Le ministre pourra, quand il le voudra, racheter le matériel
de toute compagnie de téléphones, pour le prix que bon
lui semblera.
Nous commençons à comprendre pourquoi le petit bulletin
bleu qui sert dorgane à la Société générale
des téléphones sentête à appeler M.
Cochery le Justinien de la téléphonie; cest évidemment
que les décisions de M. le ministre ont un parfum byzantin qui
caractérise bien le Bas-Empire.
Un nouveau projet de loi vient de sortir du cabinet du ministre des
postes et télégraphes; nous l'avons publié sans
commentaires dans notre dernier numéro; qu'il nous soit permis
de dire ici que ce projet est né dans des circonstances bien
curieuses. La Société générale des téléphones
absorbe en égout tout lemplacement que la ville lui a loué,
par des câbles beaucoup trop gros quelle fabrique elle-même.
Le conseil municipal, maître desgouts de Paris, s'est aperçu
récemment quautoriser la Société à
conserver un pareil matériel en égout revenait à
lui constituer un de ces monopoles de fait qui répugnent tant
à M. Cochery, et que la conséquence du renouvellement
du bail consenti il y a quatre ans à la Société,
retirait aux Parisiens toutes chances de voir développer la téléphonie
et tous moyens dabaisser le prix d'abonnement par la libre concurrence.
Le conseil a donc cru devoir ajourner sa décision au 1er mai;
grand émoi, comme bien vous pensez, à la Société
générale des téléphones, et ce ne peut être
que sur les instances réitérées de ladite Société
que M. Cochery s'est décidé à pré senter
le projet de loi dont nous venons de parler et qui, si la Chambre le
vote, linvestira du droit de réquisitionner les toits de
toutes les maisons de France pour y planter des supports pour fils télégraphiques,
téléphoniques ou autres, et incidemment tous les petits
égouts, y compris ceux de Paris, bien entendu. Que pensent MM.
les députés dune mesure qui rappellera à
la France les plus mauvais jours de lannée terrible; que
dira le conseil de la ville de Paris, très au courant aujourdhui
de tous les dessous de cartes ? Cest ce quun avenir prochain
nous apprendra. Les mots ou autres, qui reviennent à plusieurs
reprises dans le projet, et le mot électricité, tombant
par-ci par-là, trahissent suffisamment larrière-pensée
de M. Cochery de faire main-basse sur toutes les affaires étrangères,
jusquà présent, à son ministère et
où lélectricité sera en jeu. A force de présider
des expositions et des congrès, M. Cochery s'est figuré
être devenu le premier électricien de France, comme Latour
dAuvergne en était le premier grenadier.
On lui a sans doute caché lhilarité qui sétait
emparée de MM. les commissaires grands et petits de lexposition
de 1881 un matin quil leur fit demander sérieusement si
la quantité de fluide qui allait se développer au moment
de la mise en marche ne constituerait pas un danger foudroyant; le pauvre
Antoine Bréguet qui, en sa qualité de secrétaire,
avait probablement ouvert le pli ministériel, en était
consterné, il semblait en avoir subi le choc en retour.
Si le ministère des postes et télégraphes doit
devenir le ministère de l'électricité, quon
mette à sa tête quelquélectricien incontesté.
Il serait surtout préférable de laisser, comme le font
tous les gouvernements, lélectricité grandir en
liberté sans lemmaillotter dans aucuns langes ministériels.
J Bourdin.
sommaire
Aussi dans la "La Lumière Electrique" de 1885
:
Parmi les nombreux reglements relatifs à la téléphonie,
mis en vigueur par le ministre des postes, il en est un qui provoque
de nombreuses réclamations et cause beaucoup de mécontentements.
Cest celui qui interdit à la Société des
téléphones dautoriser ses abonnés à
communiquer gratuitement avec le réseau par des cabines installées
dans les bureaux centraux. Un assez grand nombre dabonnés
avaient pris des arrangements basés sur cette faculté
et la considéraient comme un droit: le ministre y ayant vu une
concurrence possible à ses cabines payantes, a cru pouvoir user
des droits que lui a réservés le cahier des charges pour
y mettre fin; il a même refusé jusquici daccorder
des abonnements pour communiquer par les cabines, comme il la
fait en province; mais il est probable que devant limpopularité
de ses décisions, il ne tardera pas à changer davis,
comme il a la bonne habitude de faire en pareil cas. Il y a maintenant
14 cabines publiques ouvertes à Paris le nombre de communications
fournies par elles la semaine dernière sest élevé
à 625 environ. Les deux plus fréquentées sont celles
de la Bourse et du Grand-Hôtel.
1886 Nous lisons dans Le Bullelin international des Téléphones
:
Parmi les dernières mesures prises par M. Cochery au sujet de
lusage des cabines téléphoniques publiques de Paris,
il en est une qui a soulevé et soulève encore de nombreuses
réclamations. On sait que la Société générale
des téléphones avait mis dans chacun de ses bureaux un
appareil à la disposition de ses abonnés. Cétait
là un complément assez naturel de labonnement, qui
augmentait singulièrement les services du nouveau mode de communication.
Cependant, dès louverture des cabines publiques et payantes
dans les bureaux de poste et de télégraphe, est arrivée
une circulaire du Ministre enjoignant à la Société
de supprimer à ses abonnés lusage gratuit des appareils
des bureaux. La Sociéié na pu que se conformer à
cet ordre. Ainsi, comme le dit la Chambre syndicale des produits chimiques,
qui a pris linitiative de convoquer les abonnés du réseau
parisien, à leffet de réclamer contre la décision
de M. Cochery « de par la volonté du Ministre, tous les
abonnés des téléphones seraient, du jour au lendemain,
devenus les auxiliaires nécessaires de son service. Veuillez,
en effet, supposer un instant une grève générale
ou même partielle des abonnés, et les cabines publiques
payantes n'ont plus raison dêtre, leurs clients de cinq
minutes ne trouvant plus personne pour les écouter à l'autre
extrémité du fil. »
Les intéressés ont donc de justes raisons pour se plaindre
de la situation qui leur est faite ; ils réclament aujourdhui
le maintien parla Société à tous ses abonnés
de la communication gratuite au moyen de lappareil établi
dans ses bureaux de quartier. Nous espérons que le Ministre ne
pourra leur
refuser cette demande.
La réunion convoquée par la Chambre syndicale des produits
chimiques aura lieu le vendredi 8 mai, à trois heures de laprès-midi,
9, place des Vosges. Lordre du jour porte la nomination dun
Comité pour la défense des intérêts généraux
des abonnés au téléphone.
Nous tiendrons nos lecteurs au courant des incidents qui surviendront
dans cette question, très importante pour la population parisienne.
sommaire
1886 en janvier, le nombre total des abonnés, en France,
était de 7.173. répartis sur 22 réseaux.
Onze de ces réseaux, exploités par la Société
générale des Téléphones, formaient un total
de 6.180 abonnés.
1887, arrive la première liaison internationale
entre Paris et Bruxelles. Il en coute une taxe de 3 Francs pour cinq
minutes de conversation.
Après seulement huit années dexistence,
de 1879 à 1887, le décret du 30 mai 1887 supprime le ministère
des Postes et Télégraphes, ses services sont alors rattachés
au ministère des Finances. Par décret du 15 juin 1887,
une direction générale des postes et des télégraphes
est constituée, composée dun service central et
de trois divisions (matériel et construction, exploitation et
comptabilité).
Dès le 5 janvier 1889, les services des postes et des télégraphes
passent sous la tutelle du ministère du Commerce et de lIndustrie,
en raison de limportance accrue de ces services dans le domaine
des communications.
Lannée 1889 est une
année charnière en raison du vote de la loi du 16 juillet
qui permet à lÉtat de racheter les réseaux
exploités par la Société générale
des téléphones.
Cette « nationalisation » entraîne une réorganisation
administrative au sein de la direction générale ; la division
de lexploitation est scindée en deux entités ; lexploitation
postale est ainsi distincte de lexploitation électrique
qui sorganise en deux bureaux : correspondances télégraphiques
et correspondances électriques (loi du 14 août 1889). Lorganisation
administrative est à nouveau modifiée par le décret
du 2 février 1892 ; une division regroupant le matériel
et lexploitation électrique est alors créée.
Après dix ans dexploitation privée, le téléphone
est « nationalisé » Le 30 septembre 1889,
la Société Générale des Téléphones
fut nationalisée par décision de l'État par
la loi du 16 juillet 1889; la majorité du capital était
détenue par la banque de la Société Générale.
Les réseaux téléphoniques déjà installés
regroupaient 11314 utilisateurs dont près de la moitié
à Paris.
1890 il y a 10 000 abonnés au téléphone en
France.
Le téléphone constitue alors un service coûteux,
réservé aux grandes entreprises et aux riches particuliers,
dont lextension dépend de la construction de réseaux
dans les villes et de lignes interurbaines. Incapable dassurer
les investissements nécessaires, ladministration recourt
au système des avances remboursables qui permet à une
collectivité locale de construire à ses frais un réseau
sur son territoire et de se rembourser sur les recettes de lexploitation.
Cependant, ce système aboutit à la multiplication des
petits réseaux et ne permet pas le financement des lignes interurbaines.
Tandis que la Société Générale des Téléphones
poursuit la fabrication et la location de ses appareils aux usagers,
l'Administration des P&T entreprend d'attribuer à chaque
abonné un numéro. Ce premier plan de numérotation
prévoit un numéro à cinq chiffres à Paris
où il y a plusieurs centraux téléphoniques. Ainsi,
le 8e abonné du 2e standard du central de Wagram se voit attribuer
le 502-08. Le premier chiffre désignant le central de rattachement,
les deux suivants le standard et les deux derniers labonné
parmi la centaine de lignes de chaque standard ou pupitre. Lorqu'il
n'y a qu'un central, le numéro est de un à quatre chiffres.
Un annuaire des abonnés est édité et à partir
de 1897, il demandé aux usagers dannoncer à lopératrice
le numéro et non plus le nom du correspondant, ce qui souleva
nombre de protestations. Ce n'est qu'un début ...
1891 La nécessité de lintervention du Parlement
lors des concessions de monopoles faites par lEtat.
Note sous Conseil d'Etat, 24 juillet 1891, Société générale
des téléphones c/ l'Etat, S. 1893.3.97.
Cet arrêt renferme une décision de principe relative aux
concessions de monopoles faites par lEtat à des Compagnies
fermières. A quelle autorité administrative appartient-il
de faire de pareilles concessions ? Est-ce au ministre dans les traités
quil passe pour ]organisation des services ? Est-ce au chef
de lEtat par décret ? Est-ce au Parlement, et une loi est-elle
nécessaire ?
Avec infiniment de raison; le Conseil dEtat sest arrêté
à la dernière opinion, il faut lintervention du
Parlement et une loi.
Comme cela ressort des faits ci-dessus exposés, tout le procès,
abstraction faite de demandes accessoires et dincidents de procédure,
roulait sur la question de la validité du traité passé
avec la Société des téléphones, traité
non ratifié par le Parlement; et cette question de validité
elle-même était posée au point de vue des concessions
du monopole.
La décision de principe est donc claire, indiscutable.
Ce quil est intéressant de rechercher ce sont les raisons
juridiques de cette décision. Les raisons de convenance politique
et gouvernementale, tout le monde les voit; mais il importe de les fortifier
de raisons juridiques. (voir
en détail)
Conseil dEtat, 24 juillet 1891 Décision
citée par : Maurice Hauriou, La nécessité de
lintervention du Parlement lors des concessions de monopoles
faites par lEtat.
Le Conseil dEtat; Vu la loi du 2 mai 1837 et le décret
du 27 décembre 1851; Vu la loi du 27 juillet 1870;
Vu les lois des 7-14 octobre 1790 et 24 mai 1872;
Vu la loi du 28 pluviôse an VIII; Vu la loi du 22 juillet
1889; Vu les art. 1153 et 1154, C. civ.; Sur le recours
dirigé contre larrêté du conseil de préfecture
du département de la Seine du 25 février 1890;
En ce qui touche la validité du traité du 22 juillet
1886 :
Considérant que ce traité a pour objet
la concession, pour une durée de trente-cinq ans, de lexploitation
de tous les réseaux téléphoniques urbains existants,
et de létablissement et de lexploitation de tous
les réseaux à créer pendant la même période
en France et en Algérie; que, si lEtat devait être
propriétaire des réseaux, il nen abandonnait
pas moins lexploitation, et sinterdisait même,
par lart. 16 du traité, la faculté de racheter
la concession jusquà lexpiration de la quinzième
année; que le traité contenait donc une cession du
droit exclusif, que le gouvernement tient de la loi du 2 mai 1837
et du décret-loi du 27 décembre 1851, détablir
et demployer les lignes électriques pour la transmission
des correspondances et de percevoir des taxes afférentes
à lexécution de ce service public; quil
suit de là que ce traité ne pouvait devenir valable
quen vertu de lapprobation législative; que la
société requérante ne saurait invoquer en sens
contraire une résolution votée par la Chambre des
députés, le 17 juillet 1884, en présence dun
projet dune nature et dune portée toutes différentes;
Considérant que, de ce qui précède,
il résulte que la Société générale
des téléphones ne saurait se prévaloir de linexécution
du traité pour réclamer une indemnité,
et quelle nexcipe daucun fait qui ait pu engager
à un autre titre la responsabilité de lAdministration;
Art. 1er. La requête est rejetée. |
1891. Telephonic Installation on The Spanish Ironclad
"Pelayo". Déatil du téléphoneSGT à
bord du Pelayo

En 1892 au 2 rue des Entrepreneurs (actuelle rue Robert Keller)
et rue Emeriau, sinstalle la Société générale
du téléphone, reprise par la Compagnie générale
délectricité (CGE).
sommaire
3 - LA SOCIETE INDUSTRIELLE
DES TELEPHONES
Fin 1893 Toutes les formalités relatives
à la reconstitution de la Société des Téléphones
récemment dissoute ont été remplies, et les statuts
de la société nouvelle ont été déposés
chez Mo Dufour, notaire.
Cette société, au capital de 5,600,000 francs, prendra
le titre de Société industrielle des Téléphones
(constructions électriques, caoutchouc, câbles).
La première assemblée constitutive aura lieu vraisemblablement
dans le courant de la semaine prochaine.
La réunion de celle société avec les établissements
Menier, dont H a été question à lassemblée
générale des actionnaires du 5 septembre, seffectuera
après la constitution définitive de la Société
industrielle des Téléphones en décembre 1893.
Son siège social est situé au 25, rue du 4 septembre,
à Paris.
Elle possède la quasi-totalité des brevets en matière
de téléphonie : Gower, Edison, Blake, Crossley, Ader
Le nouveau directeur technique spécialisée en téléphonie,
est Gérard Bailleux. Celui-ci met rapidement au point
un nouveau transmetteur à grenaille à base de parcelles
danthracite concassées. Il équipe bientôt
une nouvelle gamme de téléphones de luxe.

Berthon-Ader
« Le transmetteur vertical porte une embouchure permettant de
parler à voix basse, même à grande distance, et
les récepteurs sont munis dune poignée évitant
la fatigue dans les conversations un peu longues ».
Les financements du téléphone sont alors reversés
au budget général de lÉtat. La situation
va ainsi s'étendre sur une durée de 31 ans...
« Le transmetteur vertical porte une embouchure
permettant de parler à voix basse, même à grande
distance, et les récepteurs sont munis dune poignée
évitant la fatigue dans les conversations un peu longues ».
1936 La SIT disparaît, rachetée
par la Compagnie Générale dÉlectricité.
sommaire
Avec le même sigle CIT mais en
1946 la CGE crée la Compagnie
industrielle des téléphones CIT qui va négocier,
Plan Marshall oblige, avec laméricain AT&T les licences
et brevets pour les télécommunications.

Siège en 1947 : 2 Rue des Entrepreneurs 75015 Paris - France
(Direction générale, service commercial et usine), puis
33 Rue Émeriau, Paris 15e (années 1950) Elle fusionna
au milieu des années 1960 avec Compélec.
La mise en service effective du câble téléphonique
coaxial Paris-Toulouse a lieu le 29 juillet 1947, la Station d'Amplification
des Lignes Souterraines Grande Distance (LSGD) de Paris Saint-Amand,
a été installée par la CIT.
Le système L43 (nom complet : LESIGNE 43) est
un Commutateur automatique, mis en conception par la CIT, sous la responsabilité
de M. l'Ingénieur Henri Louis Lesigne qui à partir de
l'année 1943, utilisant le même matériel que le
R6 N1 mais adopte un principe de sélection
différent, sans dispositif Orienteur. En effet, dans ce système,
les sélecteurs sont actionnés directement par les enregistreurs,
à laide dun réseau de commande par fils distincts
des fils véhiculant les conversations téléphoniques,
ce qui permet d'économiser des baies d'équipements et
de faire théoriquement baisser le coût des Commutateurs.
Première mise en service d'un Commutateur L43 dans le réseau
téléphonique en France le 7 juillet 1951 à Nancy-Stanislas
II. ...
La CIT construit une usine en 1958 suivie d'une extension
en 1965. Elle est spécialisée dans la fabrication de pièces
détachées de centraux téléphoniques de type
électromécanique : commutateur Crossbar
CP 400. Son seul client est l'administration des PTT et aussi du
matérielà courants porteurs, détection sous-marine,
transmission de données, matériel électrique, télécommunications,
informatique, toutes applications de l'électronique, de la mécanique
et de l'énergie nucléaire ...
Afin de mettre au point dans les meilleures conditions
et les meilleurs délais.un système de ce genre spécifiquement
français, l'ordonnance n° 58-812 du 8 septembre 1958 a créé
la « Société mixte pour le développement
de la technique de la commutation dans le domaine des télécommunications
» (SOCOTEL) groupant l'État (ministère des finances
et ministère des P. T. T. ) et les fournisseurs habituels de
matériel de commutation téléphonique et télégraphique
; c'est ainsi que la Compagnieindustrielle des téléphones
( C. I. T. ), la société des téléphones
Ericsson et l'Association des ouvriers en instruments de précision
(A. O. I. P. ) ont participé à la création de la
SOCOTEL . On peut penser que les deux grandes autres sociétés
de commutation.
En 1970, le premier autocommutateur temporel est mis en service à
Lannion (Côtes-d'Armor), le Platon. Il sera suivi en 1972 des
commutateurs numériques.
Elle prend sa nouvelle dénomination en 1971 après sa fusion
avec la Société alsacienne de constructions atomiques
et électroniques Alcatel.
Elle emploie 1 800 personnes en 1973. L'usine de Querqueville reçoit
la visite de François Mitterrand le 16 décembre 1982 lors
d'un déplacement officiel du président de la République
dans la Manche
En 1985 la CIT absorbe Thomson Télécommunications
et devient Alcatel. Elle reçoit
aussi les apports de la division commutation publique de Thomson CSF.
Téléphone et de la branche équipements de transmission
de LTT.
Trois plans sociaux marquent la vie de l'entreprise.
En 1987, 200 salariés sont licenciés.
En 1990 l'effectif d'Alcatel CIT passe de 23 181 salariés en
1978 à 12 443 salariés, nombre prévisionnel pour
1990.
En 2024 Alcatel CIT forme la division Networks de Nokia France .
La Compagnie Industrielle des Téléphones a construit des
matériels pour la Radiodiffusion Française (dont des amplificateurs)
dès les années 40 et une gamme d'appareils téléphoniques
sous la marque CIT et L'Industrielle des Téléphones
de la CGE.


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