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De la Compagnie
industrielle des télécommunications à la Compagnie
industrielle des téléphones
1 - La Compagnie Industrielle des Téléphones CIT
La Compagnie industrielle des télécommunications
(CIT), est une ancienne entreprise liée au département
de la Manche, implantée à Querqueville.
Le 2 février 1880, la Compagnie des téléphones
est constituée avec un capital de 5 millions de francs pour exploiter
les brevets d'Edison, de Gray
et de Breguet. Le Conseil d'administration est présidé
par le riche banquier Amédée Jametel (frère du sénateur)
et constitué de la Banque franco-égyptienne, Kohn-Reinach
& Cie, Lévy Crémieu, Ernest May, Charles Ferry, Morel-Kahn,
rejoint par le CIC.
En 1881, le capital est augmenté à
25 millions et la compagnie, fusionnant avec la Société
française des téléphones, devient la Société
générale des téléphones SGT qui
exploite le réseau téléphonique de villes françaises
jusqu'à la nationalisation de son réseau téléphonique
le 16 juillet 1889 qui se concentre alors sur la fabrication industrielle
d'équipements téléphoniques.
En 1894, elle devient la Société industrielle
des téléphones (SIT), elle est spécialisée
dans la fabrication des centraux téléphoniques., elle a son
siège social 10, avenue Latécoère à Vélizy-Villacoublay
(Yvelines).
2 - LA SOCIETE GENERALE
DES TELEPHONES SGT
Le ministère des Postes et des Télégraphes,
créé, sous la troisième République, est issu
de la fusion de deux administrations : d'une part, la Direction de l'exploitation
postale, rattachée jusqu'alors au ministère des Finances
; d'autre part, la Direction des lignes télégraphiques,
qui avait longtemps relevé du ministère de l'Intérieur.
Le 26 juin 1879 : Adolphe Cochery, ministre
des Postes et Télégraphes prend un arrêté autorisant
la création de sociétés d'exploitation du téléphone,
Le 8 septembre 1879 : publication par les trois sociétés
exploitantes du téléphone de la première "liste
de souscripteurs" français, comportant 80 noms,
Les trois
sociétés exploitant les premiers réseaux de téléphones
sont :
- la Société Anonyme des Téléphones Bell,
fondée en décembre 1877, exploitant les brevets Bell,
- la Société du Téléphone Edison, fondée
le 5 décembre 1878, détentrice des brevets Edison,
- la Compagnie du Téléphone Gower, fondée en juillet
1879, utilisant les brevets Gower et Bell
Les trois systèmes trop différents n'arrivent pas à
raccorder leurs nouveaux abonnés. De plus la ville de Paris avait
donné une autorisation mais provisoire aux deux sociétés
pour utiliser les égouts, envisage de réglementer la situation
et de prélever une redevance pour cela.
La société Edison tente de rarccorder ses clients en aérien,
mais d'une part cela était trop couteux, et d'autres parts de nombreux
propietaires refusaient la fixation de câbles aux toitures et façades
de leur habitations.
Devant ce problème, John Harjes représentant de la Société
Française des Téléphones, et la banque Franco-Egyptienne
renouent les contacts avec la Compagnie des Téléphones,
contribue au rapprochement des deux sociétés trouvant l'une
et l'autre leur intérêt financier. De plus la Compagnie des
Téléphones trouve intéressant de pouvoir récupérer
les brevets Edison et de pouvoir augmenter sa capacité de production.
Pour la Société Générale
des Téléphones , cette alliance devait lui permettre
de se développer en province et retrouver une existence légale.
Pour ces raisons c'est la Compagnie des Téléphones qui va
absorber l'autre société, bien que cella n'arrangeait pas
Edison.
- Le 16 et 17 août 1880, est fondée officiellement la
Société Générale
des Téléphones. Cette société,
présidée par Amédée Jametel, est créée
dans le but prévisionnel de fusionner la Compagnie des Téléphones
(Gower) et la Société Française des Téléphones
(Système Edison et autres).
Edison tenant à ce que son nom apparaisse dans la nouvelle société,
s'en sort satisfait
- le 7 et 30 octobre 1880, au cours de la première assemblée,
la fusion entre la Compagnie des Téléphones (Gower) et la
Société Française des Téléphones Système
Edison et autres, est officialisée. La
Société Générale des Téléphones
est pérennisée.
Le directeur nommé de la SGT est Henri Lartigue, ex directeur de
la Compagnie des Téléphones.
Création de la Société
Générale des Téléphones
En-tête courrier de la Société Générale
des Téléphones
Société anonyme dont les statuts ont été dressés
par M. Dufour, notaire à Paris, le 16 novembre 1881, définitivement
constituée le 31 décembre suivant, modifié par délibération
de lAssemblée générale du 12 juillet 1888.
(Transformation de la Société générale des
téléphones (systèmes Edison, Gover et autres), laquelle
avait été constituée par statuts du 2 février
1880, modifiés les 16 et 17 août suivant, au capital de 8,650,000
fr. divisé en 17,300 actions de 500 fr. et a été
dissoute et mise en liquidation par délibération de lAssemblée
générale du 14 novembre 1881.)
La Société a pour objet :
1° La création et lexploitation de réseaux téléphoniques;
2° Lexploitation des brevets apportés à la Société
et de tous autres dont elle pourra devenir propriétaire par la
suite ;
3° La fabrication et la vente des instruments, appareils, câbles
et matériel ayant pour but une application quelconque de lélectricité;
4° Lacquisition, la création ou la location de toutes
usines et immeubles nécessaires au fonctionnement de sés
services.
La Société peut aussi concourir à la formation et
à la constitution de Sociétés similaires ou sy
intéresser, dans telle forme quelle jugera convenable.
Enfin elle peut faire tous les actes de commerce et dindustrie se
rattachant directement ou indirectement aux objets ci-dessus définis.
Dénomination. Société
générale des téléphones (réseaux
téléphoniques et constructions électriques).
Siège social. A Paris, rue Caumartin, 41
Durée. Quatre-vingt-dix-neuf ans, du 31 décembre
1881, date de la constitution définitive, au 31 décembre
1980.
Capital social. 25 millions de fr., divisé en 50,000
actions de 500 fr. dont :
17,300 ont été attribuées, entièrement libérées,
à la liquidation de lancienne Société générale
des téléphones (systèmes Edison, Gover et autres),
en représentation de lapport de tout son actif, consistant
dans ses brevets dinvention, ses appareils, marchandises, créances,
etc., ci 17.300 15,400 ont été souscrites en espèces
et au pair par la Banque descompte, la Banque franco-égyptienne
et la Société internationale des téléphones,
auxquelles elles ont été réservées à
raison du concours prêté par elles à la formation
de la Société, ci 15.400 Et 17,300 ont été
aussi souscrites en espèces et au pair, et émises en souscription
réservée de préférence aux actionnaires de
lancienne Société générale des téléphones
dissoute, ci 17.300 Ensemble 50,0.00 actions de 500 fr., ci 50.000 entièrement
libérées et au porteur.
Les intérêts et dividendes sont payables aux époques
fixées par le Conseil dadministration.
Conseil Conseil dadministration de sept à dix-huit membres,
renouvelables à raison de trois membres par an, devant être
propriétaires chacun de 50 actions inaliénables pendant
la durée de leurs fonctions.
Assemblée Assemblée générale ordinaire
annuelle dans le courant du premier semestre, composée de tous
les propriétaires de 5 actions au moins, qui les ont déposées
quinze jours au moins avant la date de la réunion. 5 actions donnent
droit à une voix, sans quaucun actionnaire puisse réunir
plus de cent voix, soit en son nom, soit comme mandataire.
Année sociale, du 1er janvier au 31 décembre. Inventaire
général au 31 décembre.
Bénéfices Sur les bénéfices annuels,
nets de toutes les charges, il est prélevé :
1° 5 % pour constituer la réserve légale, ce prélèvement
cessant dêtre obligatoire lorsque la réserve aura atteint
le dixième du capital social ;
2° La somme suffisante pour servir aux actions 5 »/ des
sommes dont elles sont libérées;
3° 10 % de lexcédent seront alloués au Conseil
dadministration; 4° 5 % ou telle partie de 5 % dudit excédent
que le Conseil jugera utile seront donnés au personnel de la Société.
Ces prélèvements opérés, lAssemblée
générale peut prélever, en outre, une somme destinée
à la création dun fonds de prévoyance ou damortissement.
i Le restant est réparti proportionnellement à toutes'les
actions.
Titres. Actions nos 1 à 17300, teinte vert pomme
sur fond blanc, portant le libellé de : « Société
générale des téléphones (réseaux téléphoniques
et constructions électriques), Société anonyme au
capital de 25 millions de francs, divisé en 50,000 actions de 500
fr. Statuts aux minutes de M° Dufour, notaire à Paris, le 16
novembre 1881 (assemblées générales constitutives
des 22 et 31 décembre 1881). Siège social à Paris.
Action auporteur de 500 fr., entièrement libérée,
n°... » Actions nos 17301 à 50000, teinte mauve sur fond
blanc, portant le libellé de : « Société générale
des téléphones (réseaux téléphoniques
et constructions électriques). Société anonyme au
capital de 25 millions divisé en 50,000 actions, etc... Action
au porteur de 500 fr., libérée de 250 fr., n°... »
Au-dessous, cases pour les troisième et quatrième versements
de 125 fr. chacun.
Tous ces 50,000 titres nont aucune date et sont munis de coupons
numérotés, sans date déchéance, dont
le dernier porte le n° 27. (Le coupon n° 6 a été
payé le 16 juillet 1888.) Timbre sec sur le titre et les coupons.
Souche à gauche.
Le payement des coupons seffectue au. siège social, rue Caumartin,
4L Admission à la cote des 50,000 actions, au comptant, le 17 juillet
1882. Et à terme, des 32,700 actions nos 17301 h 50000, le 12 septembre
1887, et des 17,300 actions nos 1 à 17300, le 10 août 1888.
Administrateurs Administrateurs MM. J. Lair, président;
E. May, vice-président; Halfon, Bivort, Ed. Duchateau, G. Lebey,
H. de Parville, Siegel, A. Vernes, Vuigner, Wallerstein, E. Ylasto, A.
Ylasto, L. Weiller.
Vu dans le Journal officiel de la République
française du 17 Novembre 1881
A PARIS, Le plus gros central, Opéra,
a 603 abonnés ; le plus petit rue Lecourbe en a 50.
les canalisations souterraines : A partir de 1882, le réseau
se structure, et ses caractéristiques techniques se mettent en
place.
Borné par les fortifications, le réseau téléphonique
parisien s'organise autour de huit, puis de douze bureaux « centraux
».
RÉPARTITION DES BUREAUX CENTRAUX de PARIS.
Les chiffres placés au-dessous du nom de chaque bureau indiquent
la classe d'abonnés desservis par ce bureau ;
l'abonné 728-43 sera relié au 43e Jack de la 28e section
du multiple de Saxe ;
l'abonné 1018-24 sera relié au 24e jack de la 18e section
du nouveau multiple des Archives
Mais la répartition par centraux a évolué. Le quartier
de l'Opéra y compris le secteur de la rue Lafayette compte toujours
un fort pourcentage d'abonnés mais le coeur du système s'est
déplacé vers les quartiers industriels et commerciaux de
la rue Etienne Marcel et de la place de la République.
Plus de détails
sur les Réseaux et Centraux manuels.
La plus importante exposition téléphonique
fut celle de la S.G.T .
La SGT est propriétaire ou concessionnaire
exclusive, en France, des brevets relatifs aux appareils indiqués
dans son catalogue comme brevetés. Elle entend exercer tous ses
droits sur les appareils et sur leurs dérivés couverts par
ses brevets.
En conséquence, elle seule construit ou fait construire les appareils
faisant lobjet de ses brevets; ils ne peuvent être vendus
que par elle ou par les intermédiaires auxquels elle en fournit;
ils portent tous sa marque et son poinçon.
Tout appareil qui ne porterait pas cette marque sera réputé
contrefait. La Société poursuivra les constructeurs, introducteurs,
vendeurs et détenteurs dappareils contrefaits. M. Ader,
qui avait présidé de la manière la plus intelligente
et la plus heureuse à toutes ces installations, fit ainsi reconnaître
la supériorité de son appareil et les appareils de diverses
sortes posés chez les abonnés furent tous retirés
et remplacés par le téléphone à microphone
Ader.
De cette époque date réellement l'extension de la téléphonie
en France.
Elle avait établi dans l'intérieur du Palais de l'Industrie
un bureau central desservant une trentaine de stations repérées
par des numéros et éparpillées dans toutes les parties
du Palais.
Pour diminuer les bruits ambiants, chaque poste téléphonique
était installé dans une sorte de guérite en bois
de chêne dont l'intérieur était capitonné sur
toutes ses faces (en quelque sorte ce furent les premières cabines
téléphoniques publiques).
Ce qui détermina le triomphe de la téléphonie, à
l'Exposition d'électricité, celui d'abord la distribution,
à l'intérieur du palais, d'un certain nombre
de pavillons téléphoniques, sortes de petits réduits
dans lesquels on avait établi des pupitres de téléphone
Ader, que le public faisait lui-même
parler. La commission supérieure de l'Exposition avait pensé,
avec raison, que c'était là le meilleur moyen de convaincre
les visiteurs de la valeur et de l'utilité pratique de la nouvelle
invention de la téléphonie.
Mais ce qui fit particulièrement le succès de la téléphonie,
ce fut le coup de théâtre c'est le cas de le dire
des auditions musicales. M. Ader parvint à résoudre
le problème, jusque-là fort imparfaitement résolu,
de faire entendre à plusieurs kilomètres de distance un
orchestre, des churs et des chants d'opéra.
Déjà sans doute, et dès les premiers temps de sa
découverte, c'est-à-dire en 1877, M. Graham Bell était
parvenu, en modifiant son transmetteur, à faire entendre, de Boston
à Salem, des chants, un solo d'instrument et même quelques
morceaux d'orchestre. Mais si l'on essayait d'augmenter le nombre des
chanteurs et des instruments, l'audition devenait confuse et incomplète.
M. Ader s'occupa, avec une ardeur sans égale,
à vaincre toutes les difficultés du transport téléphonique
des représentations théâtrales, et il parvint à
en triompher merveilleusement. En disposant sur le théâtre
plusieurs transmetteurs microphoniques, convenablement distribués,
et aboutissant tous au même récepteur, il parvint à
faire entendre au Palais de l'industrie les chants, l'orchestre et les
churs qui composaient une représentation du Grand Opéra.
Le plus grand succès de Ader, fut l'installation des auditions
téléphoniques du grand Opéra. désigné
sous le nom de "théatrophone",
et fonctionne en stéréophonie.
Devant la scène de lopéra des "transmetteurs"
(larges plaques posées sur des tiges de graphite), sont disposées
de chaque côté de la loge du souffleur. Chaque série
est reliée à lun des deux écouteurs dont dispose
lauditeur restituant ainsi le "relief" du son.
Si le téléphone est une révélation pour la
majorité des visiteurs, ce nest pourtant pas une nouveauté
à Paris.
Il y existe un réseau dont ses promoteurs nhésitent
pas à affirmer quil est "le plus parfait de ceux fonctionnant
aujourdhui, tant en Europe quaux Etats-Unis" .
Ecouteurs
à l'exposition 
La SGT se distingua avec la mise en place dans lenceinte de lexposition
du « théâtrophone»
permettant dentendre les spectacles donnés à lOpéra
ou à la Comédie française.
Transmetteurs à
l'Opéra
Des micros sont installés de chaque côté de la scène
de l'Opéra Garnier et permettent découter lopéra
en restant chez soi. Il s'agit de simples micro au carbone à simple
phase, une technologie ancienne qui ne permettait pas un très bon
rendu acoustique et musical. Même si les micros sont installés
de chaque côté de la scène cela ne signifie pas que
le spectacle était retransmis en stéréo.
Le système sera rapidement étendu à d'autres salles
de spectacle. Le Tribut de Zamora de Charles Gounod fut le premier opéra
de lhistoire à être retransmis via des fils téléphoniques
dans un autre immeuble. Au lendemain de la quinzième représentation,
on pouvait lire dans Le Ménestrel du 22 mai 1881 : « [Le
téléphone] a été mis en communication avec
la salle de lOpéra, à lheure même des
représentations. Réussite complète ! On entendait
parfaitement, rue Richer [dans les magasins de lOpéra], les
voix de Mmes Krauss, Dufrane, Janvier, celles de MM. Sellier, Melchissédec
et Lorrain, dans Le Tribut de Zamora. » « C'est très
curieux. On se met aux oreilles deux couvre-oreilles qui correspondent
avec le mur, et l'on entend la représentation de l'Opéra,
on change de couvre-oreilles et l'on entend le Théâtre-Français,
Coquelin, etc. On change encore et l'on entend l'Opéra-Comique.
Les enfants étaient charmés et moi aussi »
... Inventeur et maître duvre de ce système qui
fut lun des clous de cette exposition, Clément Ader fut
récompensé par une médaille dor
Ce succès contribua à renforcer les liens entre Ader et
la Société générale des téléphones.
Cest au cours de lannée 1881, en effet, que cette dernière
devint propriétaire des inventions de Clément Ader et quelle
sassura sa collaboration exclusive en matière de téléphonie.
Durant la première moitié des années 1880, la collaboration
Ader SGT, fut intense et, en 1884, Clément Ader était à
lorigine de près de 74 brevets et certificats daddition.
Limplication de Ader dans la téléphonie lui permet
par ailleurs délargir son réseau dinfluence
: impressionné par le succès de linstallation au Palais
de lindustrie, Adolphe Cochery, ministre des Postes et Télégraphes,
le fait nommer chevalier de la Légion dhonneur :
Pendant près de vingt ans, Clément Ader fut donc un collaborateur
essentiel de la Société des téléphones.
Ader écrivit à M. Chaumet, sous-secrétaire aux postes,
pour l'informer qu'il était disposé à donner à
l'État la marque des récepteurs-Ader "dont il pourrait
exclusivement se servir". (Ader fournira dans sa vie d'autres marques
de désintéressement).
La réponse vint à quelque temps après sous la sous
forme d'un avertissement de l'administration des P.T.T. lui réclamant
le paiement de sa ligne téléphonique personnelle. Ader,
inventeur des appareils téléphoniques français, répondit
qu'il ne paierait pas, laissa couper sa ligne et jamais plus de sa vie
n'eut de téléphone à son domicile.
1882 La souveraine SGT , s'inquiète des trop nombreux constructeurs
qui commençaient à proposer des téléphones
pour les installations domestiques et à lui faire de l'ombre. Elle
obtint du gouvernement de pouvoir relier sur un même fil à
abonnement réduit, deux abonnés habitant un même immeuble.
C'est un appareil spécial installé à chaque étage
permet à chacun des locataires de communiquer avec tous les abonnés
du réseau et réciproquement.
Dans les administrations importantes, la Société générale
des Téléphones a eu l'idée d'installer des petits
réseaux téléphoniques destinés à desservir
tous les services intérieurs. De petites lignes, partant des bureaux
des différents chefs de services d'une même administration,
viennent aboutir à un tableau central à plusieurs directions
; ces lignes peuvent être en nombre illimité.

Le tableau central étant relié lui-même au bureau
central du réseau de la Société, il s'ensuit que
chaque chef de service peut, de son bureau, être directement mis
en communication, non seulement avec ses collègues, mais avec tous
les abonnés du réseau.
Les principaux téléphones
Ader
..   

Catalogue illustré SGT 1891
Le réseau interubain est aérien, il utilise
les poteaux du télégraphe. Il en coute une taxe de 1 Franc
pour cinq minutes de conversation.
1883 Parmi les installations particulières faites par la
Société générale des Téléphones
en Seine er Marne et dans l'Essonne, quelques-unes méritent dêtre
signalées : Dabord celle de Monsieur le baron de Rothschild,
comprenant environ 90 kilomètres de fil double et reliant le château
de Ferrières à lhôtel de la rue Laffitte. Monsieur
le baron de Rothschild peut, grâce à un commutateur spécial,
communiquer, à tous les instants du jour et de la nuit, de son
château de Ferrières, avec tout le réseau téléphonique
de Paris (voir histoire sur Fontainebleau).
II y a ensuite les installations de Monsieur Decauville, à Petit-Bourg,
à la gare dEvry et à Corbeil, douze postes téléphoniques
relient entre eux tous les ateliers. Les chefs de gare dÉvry,
Petit-Bourg et de Corbeil peuvent ainsi prévenir par le téléphone
Monsieur Decauville de larrivée en gare de ses marchandises.
( Journal "L'INTRANSIGEANT" du 25-7-1883)
1883 la SGT décide
de leur faire un procès pour contrefaçon pour essayer
d'enrayer cette concurence.
La SGT est représenté par Armengaud Jeune, ingénieur
conseil et administrateur de la société, et J.E.Engrand
avoué de 1ere instance auprès du tribunal de la Seine. Suivirent
des saisies descriptives chez certains constructeurs et fait assigner
devant le tribunal de la Seine des sociétés dont : La Société
anonyme Maison Bréguet; Maiche, Lenczewski, Journaux, De Locht-Labye
, Beillahache, M portevin fils... Mildé fils, la Société
du gaz de nice , Bert et D'Arsonval, D'Argy ...
A.Jeune expert en brevet tend à prouver que les appareils dérivent
des brevet français d'Edison pour l'emploi du micro à charbon
et de la bobine d'induction.
Le régime des réseaux exploités par l'Etat fut également
fixé par un arrêté en date du 1er janvier 1883.
Pour diminuer la dépense à la charge de l'Etat, l'Administration
admit le principe de la contribution de l'abonné en vue de l'établissement
de la ligne : l'abonné avance une certaine somme et l'Etat le rembourse
en ne lui faisant pas payer ses futures redevances annuelles.
L'abonnement est moins élevé que celui de la S.G.T., il
est de 200 Francs pour les réseaux de moins de 200 abonnés
et 150 Francs pour les autres mais contrairement à la S.G.T qui
fournit le poste, les abonnés doivent acheter leurs appareils.
L'Etat installe le poste et fournit les piles et les accessoires moyennant
une redevance supplémentaire de 75 Francs. Pour la même prestation
et pour un réseau de plus de 200 abonnés, le coût
à la S.G.T est donc de 400 Francs et 425 Francs pour un réseau
d'Etat.
l'État qui a certes concédé les réseaux de
certaines villes à l'industrie privée, n'en a pas pour autant
renoncé à ses droits, et décide d'ouvrir en propre
des réseaux téléphoniques dans d'autres villes, moins
peuplées, donc moins favorables à l'essor du téléphone.
Ainsi, le 1er avril 1883, l'Administration ouvre-t-elle à l'exploitation
téléphonique les réseaux téléphoniques
des villes de Reims et de Roubaix-Tourcoing puis Saint Quentin
le 31 décembre 1883.
De son côté la Société Générale
mettait en service ses derniers réseaux :
- Calais le 1er juillet 1883,
- Rouen le 15 juillet 1883,
- Alger le 26 juillet 1883,
- et Oran le 10 août 1883.
Au 1er janvier 1883, la Société générale
des Téléphones comptait 2.692 abonnés à Paris
et 1.500 dans les autres départements.
En septembre de la même année, le nombre total des abonnés
de la Société s'élevait à 4.739, répartis
de la manière suivante :
Paris, 2.992; Lyon, 528 ; Marseille, 336 ; Bordeaux, 280; le Havre, 191;
Lille, 128; Nantes, 89; Saint-Pierre-lès-Calais,85; Rouen, 62;
Oran, 30; Alger,18.
A Rouen, le réseau ne put être établi qu'en 1883.
Une des causes du retard qu'a subi l'établissement définitif
des lignes dans cette ville provient de la difficulté qu'éprouva
la Société à obtenir des propriétaires l'autorisation
de poser les supports sur les toits de leurs immeubles.
Saint-Pierre-les-Calais (Calais-Saint-Pierre depuis la fusion des deux
municipalités), aujourd'hui le premier centre manufacturier du
Pas-de-Calais, est une des villes de France où le téléphone
a pris le plus rapide accroissement.
Au 1er décembre 1883, son réseau téléphonique
comptait 87 abonnés, tandis que Rouen n'en avait à la même
époque que 63 pour une population plus que triple.
Un certain nombre d'installations téléphoniques furent faites,
dans le courant de cette année, chez des propriétaires d'usines
de Paris et des environs qui ont leurs fabriques et leurs maisons reliées
par une ligne téléphonique privée.
Au 31 décembre 1883, la SGT compte 3 039 abonnés.

Le bureau téléphonique manuel SGT de la
Villette à Paris
Le succès qui venait de couronner les efforts
de la Société générale des Téléphones,
avait fait comprendre aux plus incrédules toute la valeur de la
nouvelle invention et l'avenir qui lui était réservé.
Aussi, dans la session ordinaire de 1882, le ministre des postes et des
télégraphes demanda aux Chambres et en obtint un crédit
de 250.000 francs destiné à expérimenter l'exploitation
de réseaux téléphoniques dans certaines villes de
province.
Pour diminuer les dépenses de premier établissement, l'administration
fit participer l'abonné aux frais de construction de la ligne;
voici les bases du régime sous lequel les réseaux de l'État
sont exploités d'après l'arrêté du 1er janvier
1883.
La part contributive de l'abonné aux frais d'installation est :
Pour les lignes aériennes dans le périmètre de distribution
gratuite des télégrammes par kilomètre de fil simple
de.................................. 150 francs
Pour les lignes souterraines : En câble multiple............. 500
francs, En câble simple............... 900 francs
En dehors du périmètre de distribution gratuite, les fils
sont considérés comme des lignes privées, et soumis
aux règlements spéciaux. Les appareils sont également
fournis par l'abonné.
Ainsi un abonné, relié au bureau central par un fil de 1
kilomètre, aura à payer au moment de la mise en service
de sa ligne :
Pour 1 kilomètre de ligne....... 150 francs
Pour achat d'appareil............. 133 francs
Pour piles et installations........ 75 francs
Le premier réseau Normand fut celui d'Elbeuf mis en service
le 25 novembre 1884 avec 46 abonnés.

Au 31 mars 1884 , la S.G.T dessert en tout et pour tout
11 villes avec un total de 5.079 abonnés en France+Algérie,
dont 3.227 pour Paris.
Les 11 villes desservie sont : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes,
Lille, le Havre, Rouen, Saint-Pierre-lès-Galais, Alger et Oran.
En 1884 furent mis en service les réseaux de Halluin, Troyes, Nancy,
Dunkerque et Elbeuf.
1884, renouvellement de la concession.
Voici le texte du décret autorisant la Société
générale des Téléphones à établir
des bureaux publics :
Les cinq premières années furent très
difficiles, voire conflictuelles, car les complications vinrent des difficultés
rencontrées pour l'installation des câbles devant relier
les centraux et les abonnés, car la SGT fut confrontée à
des complications pour leur approvisionnement.
Le raccordement des utilisateurs prit des retards significatifs
déclenchant, par la même, des mécontentements des
futurs abonnés.
Cette situation fit que le renouvellement de la concession fut tendu entre
l'administration et la Société Générale des
Téléphones ! Au regard des argumentaires consolidés,
il fut tout de même prolongé de cinq années.
En 1880, à la fusion des sociétés premières
en une seule société qui porte encore aujourdhui le
nom de Société générale des téléphones,
la ville de Paris, autorisée par le conseil municipal, ouvrit moyennant
redevance ses égouts à la téléphonie comme
elle les avait déjà ouverts à titre gracieux à
la télégraphie.
Elle loua pour quatre ans un espace de trente centimètres de large
sur dix dépaisseur à la voûte des égouts,
ce qui permit à la Société dy faire
sceller des crochets triples, et qui permettent dy accrocher cinquante
et uncâbles multiples à quatorze conducteurs chacun.
1884 L'affaire de contrefaçon
de 1882 intentée par la SGT fait surface.
Les avocats de la SGT produisent un document pour instruire le futur procès
( à lire dans la lumière électrique du 21 mars 1885),
pour Louis Maiche la conclusion est sans appel "Ce parleur de M.Maiche
reproduit tous les caractères distinctifs du système Edison";
L.Maiche ne peut pas luter contre la mauvaise foi de la puissante et souveraine
SGT. Et c'est pareil pour les autres sociétés poursuivies
: La Société anonyme Maison Bréguet; Lenczewski,
... Bert et D'Arsonval, d'Argy, Mildé .... Cela entraina la faillite
de Locht Labye ainsi que d'autres constructeurs.
1885, premières lignes entre deux villes
La première communication téléphonique entre
deux villes, se déroula en 1885, entre Rouen et Le Havre, distantes
de 92 kilomètres.
Les communications interurbaines, dites de longues distances, furent établies
le 30 novembre 1885, entre Paris et Reims (172 kilomètres).
1885 LA CRISE TÉLÉPHONIQUE Vu dans "La Lmière
Electrique"
Une crise sérieuse sévit actuellement sur l'industrie, on
le repète de tous côtés. Elle ne nous est point particulière
et s'étend sur plusieurs pays; toutefois il paraîtrait que
la France est spécialement atteinte. Le fait a-t-il toute la gravité
quon lui attribue ? Je ne sais et ce nest pas à nous
de le rechercher ici ; toutefois je ne suis pas éloigné
de croire quil est vrai en somme, et si, pénétrant
dans le domaine des économistes, il mest permis dindiquer
une des causes qui,ont pu lamener, je proposerai la suivante qui
tient à un phénomène général.
Notre industrie vient de traverser une ère de brillante prospérité.
Le point de départ de cette phase heureuse remonte à une
époque' déjà assez éloignée, trente
ou quarante ans peut-être. A cette époque, sous l'influence
de causes diverses, notre industrie se constitua dans un état de
progrès, elle prit le pas sur les autres et dut à cet eftort
une suite dannées prospères. Mais pendant ce temps
les autres ne restaient point inactifs; ceux qui sinstallaient profitaient
de tous les progrès réalisés, disposaient doutillages
de plus en plus perfectionnés; le jour est venu où lensemble
de cette industrie a égalé, puis dépassé la
nôtre. Il eût fallu à celle-ci, pour suivre le mouvement,
une continuité defforts, une énergie de renouvellement
incessant qui se rencontrent bien rarement : je dirai tout à lheure
quelles raisons en sont cause.
Des phénomènes pareils se présentent dune façon
très frappante dans lindustrie scientifique et sont pour
nous très intéressants à constater ; ils
constituent une des formes du développement de la science appliquée.
Ils ont même une beaucoup plus grande rapidité dévolution,
surtout lorsquil sagit de lapplication dune découverte
nouvelle, parce qualors la marche de la science est extrêmement
rapide, et que d'un jour à lautre son progrès inattendu
vient tout renouveler.
Une crise de ce genre me paraît se manifester dans lindustrie
si récente de la téléphonie : il semble que les procédés
mis en usage sont déjà arriérés et quun
renouvellement simpose.
Lidée que jémets peut, au premier aspect, paraître
un peu surprenante; on se demande, en jetant un coup dil général,
quelle grande découverte a ainsi depuis quelque temps bouleversé
la téléphonie ;je demande que lon prenne bien les
mots au sens exact; dabord les découvertes importantes
en téléphonie ne manquent pas, mais surtout, je nai
pas dit, science téléphonique, jai dit, industrie
téléphonique, cela est différent. Quelle grande
découverte est intervenue depuis vingt ans dans lindustrie
de la fabrication des draps, ou de a soie, ou telle autre? aucune peut-être,
et néanmoins loutillage a complètement changé;
une quantité de petits perfectionnements, de modifications de détail,
sont venus qui ont simplifié les manuvres, augmenté
le rendement de louvrier, diminué les frais généraux,
réduit les loyers, en sorte quun outillage qui était
le progrès il y a quelques années, est ruineux aujourdhui.
Il serait long et minutieux de détailler tous les perfectionnements
de ce genre intervenus dans la téléphonie depuis quelques
années, ils ont été, chacun à son heure, décrits
dans ce journal; les réunir et voir lensemble qu'ils forment
est un travail que nous entreprendrons un de ces jours ; mais il nest
pas nécessaire de le faire pour voir sur quoi repose la prévision
que jindique; elle sappuie sur des symptômes très
clairs.
Il y a quelques années feu M. Lartigue, directeur de la Société
générale des téléphones, fit à la Société
de physique une communication au sujet du service téléphonique.
Il dit dans ce document que le nombre des conversations saccroît
dans une proportion beaucoup plus grande que le nombre des abonnés,
par la raison que chaque abonné nouveau demande à converser,
sinon avec tous, au moins avec plusieurs des anciens, en sorte que le
nombre des conversations serait, jusquà un certain point,
proportionnel au carré du nombre des abonnés. Il concluait
nettement de ce fait que les frais généraux de cette industrie
particulière n'éprouvaient pas une diminution relative lorsque
le nombre des affaires augmentait, ce qui a lieu dans toutes les industries.
Je fus très frappé de cette révélation et
jen emportai lidée quune industrie ainsi constituée
ne pouvait prospérer, puisquelle ne pouvait sétendre
avec fruit. Son idéal devait nécessairement être non
pas, comme il leût fallu, pour elle et pour le public, un
nombre toujours croissant dabonnés payant moins cher, mais
un nombre de plus en plus restreint dabonnés à des
prix toujours croissants; conditions inadmissibles; et je restai persuadé
que M. Lartigue avait exagéré les choses.
Nous avons su depuis quil nen était rien, le directeur
était linterprète fidèle des idées de
la Société générale; au renouvellement de
concession qui vient davoir lieu, elle na pas abaissé
son prix; elle nétend son réseau quavec une
grande lenteur (400 abonnés nouveaux seulement dans lannée
1884), il semble bien que son but est celui que nous disions: peu dabonnés
à haut prix. Peut-elle faire de bonnes affaires ainsi? cest
son affaire, mais ce qui est la nôtre, à nous public, comme
à nous électriciens, cest que de pareilles conditions
dindustrie ne sauraient nous convenir.
Nous nentendons nullement, quon le remarque bien, mettre en
doute les intentions de la Société, elle fait ce quelle
peut, et ne demanderait certes
pas mieux que de satisfaire tout le monde et elle-même; si elle
ne le fait pas, cest parce quelle ne le peut pas, c'est que
son outillage ne le lui permet pas. Il faut bien quil en soit ainsi
puisque, fondéeune des premières, elle est restée
la plus chère de toutes (la Russie exceptée). Depuis, on
a installé
des services nombreux, tous moins cher; lEtat français lui-même,
et lon sait sil est généralement cher, demande
au maximum 400 fr., au minimum
150. A quoi cela tient-il? à loutillage, à lorganisation,
qui sont arriérés et défectueux : si lon demande
exactement par où, je pourrais bien signaler quelques points, par
exemple, labus des bureaux secondaires, qui augmentent beaucoup
les lenteurs et les frais genéraux. Je nessaierai pas de
discuter point par point toute linstallation, cest un grand
travail, ce qui me suffit pour aujourdhui, cest de signaler
le mal dans son ensemble.
Quant au remède, il est évident, il faut sans hésiter
porter une main ferme dans tout le système et le modifier, le transformer,
suivantles nécessités nouvelles, suivant les conditions
déjà obtenues ou signalées par dautres. Cest
ce que beaucoup dindustries eussent dû faire plus tôt.
Je sais très bien que cela nest pas facile. Pour renoncer
à un outillage installé non sans recherches et sans efforts,
pour changer une organisation compliquée, bouleverser les habitudes
dun personnel, il faut une dose dénergie peu fréquente
chez un homme seul, bien plus rare dans une Société, toujours
moinsdisposée à linitiative.
Il faut autre chose aussi, il faut une certaine prospérité;
une industrie qui attend, pour se transformer, lheure de la décadence,
ne le peut plus; là vitalité manque, les ressources font
défaut; cest malheureusement le cas, paraît-il, pour
quelques-uns de nos établissements industriels; ce nest
pas, jen suis très convaincu, celui de la Société
générale, elle est jeune et vivante, elle est à même
de voir la difficulté et de surmonter la crise; dans les cas semblables,
il ne faut pas dhésitation, il ne faut pas sen prendre
à ceux qui signalent la situation et leur en savoir mauvais gré,
il faut le regarder en face et y apporter le remède nécessaire;
cest uvre de sang-froid et dintelligente énergie.
Cest, ce me semble, ce que la Société générale
doit faire; dans lintérêt de la science et de lindustrie
téléphoniques, on doit compter quelle le fera.
Frank GERALDY.
Réponse un mois plus tard
... Mais revenons à la téléphonie: Notre collaborateur
Geraldy parlait, dans le dernier numéro du journal, de la crise
téléphonique en France, et il
en recherchait modestement la cause. Je crois quil la trouvera facilement
sil veut fouiller un peu lhistoire des agissements de la Société
des Téléphones, qui a eu laudace de monter une Compagnie
au capital de vingt-cinq millions et lhabileté de les faire
verser presqu'entièrement à
ses actionnaires, avant de leur avouer les conditions draconiennes de
la tolérance quinquennale accordée par le ministre sous
le nom de concession. La Société avait dépensé,
au 31 décembre 1883, plus de douze millions, rien quen brevets
dont le ministre a exigé la nullité envers lEtat,
et en câbles, dont léquivalent ne coûterait certes
pas quinze cent mille francs. Aujourdhui, le ministre lui fait en
province une concurrence directe.
Le conseil municipal, écuré de voir Paris condamné
à un prix dabonnement au téléphone double ou
triple de celui de certaines capitales européennes, refuse provisoirement
à la Société générale des téléphones
un renouvellement du bail des égouts, et dune façon
définitive toute concession qui aboutirait à un monopole
de fait. Il nen faut pas davantage je crois, pour produire une crise
sur une industrie à peine acclimatée.
Le fisc a criblé la Société de redevances. Le rachat
par lEtat est devenu impossible, car aucun ministre ne voudra se
compromettre au point de faire payer douze millions au moins, par les
contribuables, ce qui, à dire dexpert, natteindrait
pas même aujourdhui un million et demi. Les capitalistes hésitent
un peu à créer de nouvelles Sociétés sur lesquelles
le mauvais génie allongerait de suite sa main crochue.
Malgré son état de possession, la situation de la Société
nest guère enviable; il se peut que ses administrateurs en
sortent indemnes, mais le public actionnaires et le public abonnés
nont nullement lieu d'ètre satisfaits, et l'ignorance de
leurs véritables risques dans laquelle les ont laissés dune
part les fondateurs et de lautre le ministre compétent, soulèvera
très prochainement de justes plaintes, car nul na le pouvoir
de repêcher dans les égouts les sommes follement dépensées.
Il était si simple de laisser grandir en liberté une science
nouvelle, laissant aux municipalités seules le soin de réglementer
linstallation des réseaux dans les villes, et au ministre
des voies et communications (travaux publics) la réglementation
des lignes de jonction de ville à ville.
Létat eût attendu, comme il la fait pour les
tabacs et les allumettes, que la téléphonie ait dit son
dernier mot, et ceût été un grand bonheur pour
tout le monde que ce dernier mot ne fût jamais dit.
Lingénieur des postes et télégraphes chargé
du contrôle des réseaux téléphoniques est M.
Caël, le promoteur de laccroissement du prix de labonnement
au Téléphone, encore na-t-on pas osé aller
jusquau chiffre de 1000 francs que proposait cet ingénieur.
M. Caël a succédé à M. Richard, aujourdhui
retraité et devenu, à la mort de M. Lartigue, administrateur
délégué de la Société générale
des Téléphones. On trouvera plus loin, dans les «
faits divers », la circulaire que ceite Société vient
d'adresser à tous sesabonnés et où elle leur
rappelle que nul na le droit de se servir du téléphone
que l'abonné lui-même ou les personnes demeurant avec lui.
La circulaire ne dit pas si MM. les ingénieurs de la Société
ont inventé un galvanomètre assez sensible pour indiquer
que la personne qui appelle le central demeure ou ne demeure pas avec
l'abonné, et si la conversation transmise est dun usage véritablement
personnel.
Je recommande tout spécialement la lecture de cette circulaire;
je pense quaprès lexamen de ce monument de bêtise
administrative, nul ne sétonnera que la France, malgré
le génie des savants et lhabileté exceptionnelle de
ses constructeurs, soit encore au dernier rang de toutes les nations civilisées
comme emploi de lélectricité.
Notre ennemi, cest notre maître,
Je vous te dis en bon français. (LAFONTAINE.)
J. BOURDIN.
Les abonnés du téléphone viennent
de recevoir la circulaire suivante :
SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DES TÉLÉPHONES
(Réseaux téléphoniques et Constructions électriques)
Société anonyme au capital de 25 millions de francs 1, ruc
Caumartin Paris, le 16 janvier 1885.
Monsieur,
Ainsi que lindique votre contrat dabonnement, les correspondances
téléphoniques ne peuvent avoir pour objet que les usages
personnels des abonnés. Le nouveau cahier des charges établi
par M. le ministre des postes et des télégraphes et portant
la date du 18 juillet 1884, confirme de nouveau cette obligation dans
lestermes suivants :
Art. 2. Les communications ne pourront être demandées
et utilisées que par les signataires de l'abonnement, leurs employés
et les personnes demeurant avec eux; elles devront être strictement
limitées à l'usage particulier des abonnés, et utilisées
seulement à partir de leur domicile, toute communication faite
au profit de tiers non abonnés étant rigoureusement interdite.
Il sera notamment interdit aux abonnés dautoriser, «
moyennant une rétribution quelcouque, qui que ce soit à
faire usage de leurs appareils, toute infraction à cette
règle pouvaut entraîner la résiliation du contrat
d'abonne ment, avec dommages et intérêts, sans préjudice
des autres poursuites qui pourraient être intentées aux contrevenants.
En vous rappelant ces dispositions strictes et formelles auxquelles chaque
abonné est tenu de se soumettre, et dont M. le ministre des postes
et des télégraphes, par une lettre que nous venons de recevoir,
nous rappelie lapplication en termes formels; je ne saurais trop
insister sur ce point, que
si votre appareil était mis à la disposition de personnes
autres que celles désignées à larticle 2 précité
du cahier des charges, vous vous exposeriez à des poursuites et
à linterruption doffice de vos communications.
Veuillez agréer, Monsieur, lassurance de ma considération
distinguée.
L'Administrateur délégué,
Richard.
SUR LES INDUSTRIES ÉLECTRIQUES
Les considérations que jai présentées dernièrement
au sujet de la crise téléphonique mont valu diverses
communications, lettres, conversations, où lon a pris parti
très vivement pour ou contre lopinion émise. Quelques-uns
trouvaient que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes
téléphoniques, dautres au contraire, réclamaient
que tout fût changé sans délai. Il est inutile de
dire que lune et lautre de ces idées me paraissent
exagérées; en tout cas, il parait certain que a question
intéresse vivement.
Rien n'est plus naturel, en effet, car cest une des faces de la
grande question des industries électriques, question déjà
posée depuis quelques années, et qui tous les jours prend
des proportionsplus grandes. Elle nous intéresse tous et simpose;
il nest pas permis, en effet, dabandonner la science au moment
où elle va quitter le laboratoire sans nous inquiéter un
peu de la façon dont elle fera son chemin dans le monde. Lapplication
est
lutilisation, le fruit de la théorie; lindustrie est
la forme dernière de la découverte. Je nignore pas
que le passage de lune à lautre de ces choses
n'est pas seulement du ressort des hommes détude,il y faut
dautres agents; mais jestime que lhomme de science ne
doit pas sen désintéresser complètement, et
que, de plus, le caractère scientifique de linvention doit,
sous peine derreurs et dembarras graves, donner un tour particulier
à lindustrie résultante.
Puisque ces réflexions sont venues à propos de la Société
des téléphones, nous la conserverons, si lon veut,
comme un exemple fort convenable.
La Société générale des téléphones
constitue, en effet, une entreprise sérieuse, assise sur une base
scientifique solide, très digne de considération et d'étude.
Nous la mettons complètement en dehors de la foule de Sociétés
qui furent créées il y a quelques années et qui ont
disparu comme font les bulles de savon lancées en lair. On
sensouvient, vers 1881-1882, une incroyable éclosion de Sociétés
électriques se montra, en Angleterre surtout; la moindre lampe,
la pile la plus insignifiante devenaient le prétexte dune
Société à capital limité, mais très
gros, avec force lords, amiraux, etc., dans les conseils dadministration.
En ce temps là, nous avons poussé des cris dalarme;
nous voyions bien clairement que tout cela était artificiel et
allait tomber dun jour à l'autre, et nous craignions que
lélectricité ne restât pourlongtemps déconsidérée.
Lécroulement eut lieu,en effet, mais la science nen
souffrit pas trop Cest que, au fond, tout le monde savait bien ce
qui en était. On connaît ce jeu des enfants : on se passe
de main en main un tison rougi; tant quil brille, petit bonhomme
vit encore, mais celui dans les mains duquel le tison séteint
a perdu. Pendant deux ans, les financiers et le public, dun commun
accord, jouèrent à petite action vit encore; on se passait
de main en main des morceaux de papier sans sinquiéter de
ce qui était écrit dessus. Le jeu fini, on ne rendit pas
lélectricité trop responsable des pertes faites à
son occasion.
Néanmoins la crise fut assez rude ; des entreprises périrent
qui auraient pu vivre, dautres en emportèrent de graves blessures.
Les vraiment sérieuses même en eurent quelques atteintes.
Je range la Société générale des téléphones
parmi celles-là. Il faut bien le dire, elle nest pas tout
à fait exempte des caractères spéciaux du moment
où elle est née. Elle eût dû être une
industrie scientifique, elle a été dabord une affaire.
Ce nest pas que je prétende écarter complètement
ce côté des choses ; pour être une industrie, il faut
être une affaire, cela est certain, il faut la collaboration du
capital, sa rémunération, etc. Mais le lecteur entend bien
ce que je veux dire; il y a affaire et affaire ; il y a celle où
lon veut fonder une exploitation de longue durée, où
lon attend des capitaux engagés, une rémunération
peut-être élevée, mais peut-être aussi lointaine,
où lon procède avec modération, sinstalle
avec prudence et maturité, comme les gens qui veulent faire feu
qui dure. Ce sont les affaires industrielles. Et puis il y a les autres;
celles où il faut profiter vite,vendre vite son papier; passer
la main, ce sont les affaires de bourse On ne peut le nier, la Société
à son origine a penché passablement dans ce sens, elle avait
aussi heureusement sa bonne part de lautre, c'est ce qui la
maintenue et peut la sauver.
Ce petit vice originel tient à bien des causes, mais surtout à
une cause générale qui gêne toutes les affaires scientifiques.
Aujourdhui ceux qui disposent du capital, les financiers, ne savent
pas le premier mot de la science : ils sentent par leur instinct dhommes
daffaires que lavenir, le présent même sont là,
mais cest tout ce quils savent. Absolument hors détat,
sauf un très petit nombre dexceptions, de distinguer la valeur
réelle dune découverte, ils se déterminent
par dautres considérations; ils ne se demandent pas si lapplication
sera fructueuse ; ils cherchent si laffaire est vendable. De son
côté, le public ne cherche nullement à séclairer;
il ne lit aucun journal spécial, il voit quelques expériences
dapparence brillante, reçoit des prospectus flamboyants bourrés
de gros chiffres et le voilà parti. Lexploitation, la durée,
cest le souci du petit nombre des gens spéciaux qui restent
attachés à lentreprise.
Ce sont pourtant de bonnes affaires que les applications scientifiques;
parmi toutes celles qui peuvent être entreprises, je nhésite
pas à affirmer que ce sont elles qui présentent le moins
daléa.
Elles sont discutables à fond, ne dépendent que delles-mêmes
: leur objet, étant toujours dune utilité précise,
nest pas soumis aux caprices de la mode; peu de hasards extérieurs,
seulement, il faut les étudier scientifiquement et les développer
méthodiquement.
Cest ce qui na pas eu lieu pour la plupart des Sociétés,
et en particulier pour celle des téléphones. La prudence
eût voulu quon se constituât tranquillement, dabord
sur des bases restreintes permettant des modifications fréquentes;
il fallait ne pas trop embrasser, de peur de mal étreindre.
Plusieurs Sociétés pouvaient coexister, non seule ment sans
inconvénient pour elles, mais à leur grand avantage; chacune
recherchant le mieux de son côté, on se fût bientôt
rencontré sur un terrain commun, celui de la pratique régulière
et du bon marché. Alors lheure de la fusion fût venue,
la constitution dune grande Société se fût naturellement
justifiée, et celle-là sans difficulté eût
pris possession du vaste terrain ainsi préparé.
Ce nest pas là ce quon a fait, laffaire neut
pas été assez brillante. Dès lorigine on a
absorbé les concurrences et prétendu à un monopole,
je ne dis pas légal, mais de fait. Dans les conditions où
on sinstallait, en effet, un monopole seul pouvait permettre à
la Société de vivre, puisquelle ne repose pas sur
la large base dune exploitation toujours croissante à un
prix toujours plus bas. Et en même temps quon commettait cette
erreur, on commettait la faute contradictoire d'accepter une concession
de très courte durée, qui obligeait la Société
à remettre son existence en question à des
époques très rapprochées.
Ce ne sont pas là, je le répète, les conditions dans
lesquelles doit sinstaller une exploitation vraiment scientifique.
Il lui faut la modération dans les débuts, l'expérimentation
et la modification incessantes, le développement graduel, mais
illimité, enfin la patience chez les participants qui doivent se
considérer comme de véritables associés.
Ces conditions demandent, pour se réaliser, un certain état
desprit de la part des initiateurs comme de la part des associés
définitifs; on ne saurait faire à la Société
des téléphones le reproche de ne les avoir pas rencontrées,
elles sont rares, je lai dit tout à lheure; mais sil
ny a pas là de sa faute, il ny en a pas moins un danger.
La constitution originelle a des vices fondamentaux; il faut, si lon
peut, y remédier. Cela nest certainement pas impossible,
nous lavons déjà dit. A côté de cette
tendance fâcheuse, la Société a très utilement
travaillé, elle travaille encore, et n'est pas sans faire des progrès
dont on doit la féliciter; il faut que son excellent personnel
spécial fasse pénétrer son esprit dans out lorganisme,
que lon comprenne quun renouvellement graduel mais incessant
du matériel, une poursuite énergique du perfectionnement
et du bon marché doivent être les buts; en un mot, que la
Société ne doit reculer devant aucune résolution
pouvant étendre et simplifier son service: que la valeur de la
Société et son avenir sont là; cest ainsi quelle
deviendra vraiment une industrie électrique. Elle peut le faire,
et elle le fera sans doute ; si elle ne le faisait pas.....
Frank GERALDY.
C'est pas fini :
LA CRISE TÉLÉPHONIQUE suite février 1885
Au mois de juillet dernier, le public qui sintéresse au sort
de la téléphonie en France, et il est nombreux, se demandait
anxieusement dans quelles
conditions allait être renouvelée la concession de la Société
Générale des Téléphones, que quelques-uns
considèrent hardiment comme une sorte de
monopole accordé gracieusement sous le manteau de la cheminée,
tandis que dautres plus sceptiques sattendaient à voir
le Gouvernement faire pour cette science nouvelle ce quil venait
de faire quelques semaines avant pour la fabrication des allumettes, cest-à-dire
une mise en adjudication.
Quant à la solution du rachat par lEtat, nul ny croyait,
si ce nest pourtant quelques gogos dactionnaires, de ceux
qui gardent précieusement en portefeuille les titres de l'emprunt
mexicain ou les actions des galions de Vigo.
Laffaire en était là, quand tout à coup on
vit surgir du ministère des postes et télégraphes
un projet de loi qui, je lespère du moins, étonna
tout le monde. M. Cochery demandait à la Chambre le droit de renouveler
la concession de la Société, sans monopole bien entendu,
et priait en même temps l'Assemblée de lui interdire daccorder
à quiconque des concessions plus longues que cinq ans. Ce projet
fut, comme tous les projets de loi, renvoyé à une commission
parlementaire.
Jignore ce qui se passa dans le sein de la commission, et leffet
que produisit sur elle un projet où le ministre demandait la permission
d'accorder des concessions à titre gracieux et priait en même
temps quon lui défendit de les accorder pour plus de cinq
ans.
Un député de Paris, connu par ses courageuses revendications
en faveur de l'industrie privée, craignant peut-être que
ce délai obligatoire de cinq ans
ne fût un obstacle à la création de toute nouvelle
Société sérieuse, tandis que la possibilité
du renouvellement devenait, entre les mains du ministre, un moyen de créer
un monopole occulte à la Société existante, déposa
un contre-projet où il réclamait la mise en adjudication,
conformément aux lois qui régissent la matière et
donnant la préférence aux postulants, qui, tout en payant
le tribut à lEtat, offriraient au public les conditions dabonnement
les plus économiques. Ce contre-projet fut renvoyé, je crois,
à la commission. M. Cochery, appelé à s'expliquer,
déclara que ladjudication était, selon lui, une sorte
de monopole dont il était lennemi, et jura ses grands dieux
qu'il accorderait immédiatement des concessions rivales à
tout Français présentant des garanties sérieuses.
Devant tant de libéralisme, la commission dégagea très
habilement sa part de responsabilité dans le projet ministériel,
en déclarant que du moment que M. Cochery ne demandait pas dargent
au pays, il navait, à son corps défendant, quà
se passer dautorisation, comme il lavait, du reste, déjà
fait une première fois.
Le bulletin mensuel du ministère des postes et télégraphes
du 4 août 1884 enregistra la nouvelle décision ministérielle
et les conditions auxquelles devaient satisfaire les aspirants à
de nouvelles concessions, ainsi que les bases sur lesquelles le ministre
effectuerait, si bon lui semblait, le rachat à un moment quelconque
et sans être tenu d'en donner les motifs, il est certain quà
moins d'avoir en poche une bonne promesse verbale du ministre, un capitaliste,
et à plus forte raison un grand industriel, y regarderait à
deux fois avant de profiter des intentions libérales de larrêté
ministériel.
Il y a dans la rédaction un point qui nous a paru dune obscurité
fâcheuse et de nature à paralyser toute tentative de concurrence
à la Société en possession de la faveur du ministre
actuel; nous voulons parler du mode dévaluation du réseau
en cas de rachat, ou plutôt des deux modes bien distincts dévaluation
laissés au choix du ministre.
En effet, si nous comprenons bien larticle 24, le réseau
pourra être racheté à dire d'experts, cest-à-dire
pour sa valeur réelle au moment du rachat si les experts sont des
hommes vraiment compétents.
Dun autre côté, si le ministre le préfère,
le prix de rachat aura pour bases les chiffres de premier établissement
ressortant des livres commerciaux de
la Société, avec une dépréciation annuelle
de 2 0/0, plus lintérêt légal de ces 2 0/0,
cest-à-dire un infiniment petit du second ordre.
Mais tout le monde sait quun câble en égout dure à
peine 8 à 12 ans en moyenne, et que par conséquent 2 0/0
répété douze fois conserverait au câble une
valeur nominale de 76 0/0 de son prix dachat, alors que son âge
réel exigerait son remplacement intégral.
Ces deux bases d'estimation peuvent conduire à des chiffres dont
lun serait décuple de lautre, et si le choix est à
la volonté du ministre, il eût été plus simple
de remplacer larticle 24 par cette simple phrase :
* Le ministre pourra, quand il le voudra, racheter le matériel
de toute compagnie de téléphones, pour le prix que bon lui
semblera.
Nous commençons à comprendre pourquoi le petit bulletin
bleu qui sert dorgane à la Société générale
des téléphones sentête à appeler M. Cochery
le Justinien de la téléphonie; cest évidemment
que les décisions de M. le ministre ont un parfum byzantin qui
caractérise bien le Bas-Empire.
Un nouveau projet de loi vient de sortir du cabinet du ministre des postes
et télégraphes; nous l'avons publié sans commentaires
dans notre dernier numéro; qu'il nous soit permis de dire ici que
ce projet est né dans des circonstances bien curieuses. La Société
générale des téléphones absorbe en égout
tout lemplacement que la ville lui a loué, par des câbles
beaucoup trop gros quelle fabrique elle-même. Le conseil municipal,
maître desgouts de Paris, s'est aperçu récemment quautoriser
la Société à conserver un pareil matériel
en égout revenait à lui constituer un de ces monopoles de
fait qui répugnent tant à M. Cochery, et que la conséquence
du renouvellement du bail consenti il y a quatre ans à la Société,
retirait aux Parisiens toutes chances de voir développer la téléphonie
et tous moyens dabaisser le prix d'abonnement par la libre concurrence.
Le conseil a donc cru devoir ajourner sa décision au 1er mai; grand
émoi, comme bien vous pensez, à la Société
générale des téléphones, et ce ne peut être
que sur les instances réitérées de ladite Société
que M. Cochery s'est décidé à pré senter le
projet de loi dont nous venons de parler et qui, si la Chambre le vote,
linvestira du droit de réquisitionner les toits de toutes
les maisons de France pour y planter des supports pour fils télégraphiques,
téléphoniques ou autres, et incidemment tous les petits
égouts, y compris ceux de Paris, bien entendu. Que pensent MM.
les députés dune mesure qui rappellera à la
France les plus mauvais jours de lannée terrible; que dira
le conseil de la ville de Paris, très au courant aujourdhui
de tous les dessous de cartes ? Cest ce quun avenir prochain
nous apprendra. Les mots ou autres, qui reviennent à plusieurs
reprises dans le projet, et le mot électricité, tombant
par-ci par-là, trahissent suffisamment larrière-pensée
de M. Cochery de faire main-basse sur toutes les affaires étrangères,
jusquà présent, à son ministère et où
lélectricité sera en jeu. A force de présider
des expositions et des congrès, M. Cochery s'est figuré
être devenu le premier électricien de France, comme Latour
dAuvergne en était le premier grenadier.
On lui a sans doute caché lhilarité qui sétait
emparée de MM. les commissaires grands et petits de lexposition
de 1881 un matin quil leur fit demander sérieusement si la
quantité de fluide qui allait se développer au moment de
la mise en marche ne constituerait pas un danger foudroyant; le pauvre
Antoine Bréguet qui, en sa qualité de secrétaire,
avait probablement ouvert le pli ministériel, en était consterné,
il semblait en avoir subi le choc en retour.
Si le ministère des postes et télégraphes doit devenir
le ministère de l'électricité, quon mette à
sa tête quelquélectricien incontesté. Il serait
surtout préférable de laisser, comme le font tous les gouvernements,
lélectricité grandir en liberté sans lemmaillotter
dans aucuns langes ministériels.
J Bourdin.
1885 Dans le Journal Universel d'Electricité
, on lit :
En 1881, Dauderni entre en relation avec un ingénieur
de Bagnères-de-Luchon, Léon Daguzan, qui a mis au point
plusieurs procédés pour la fabrication de lasphalte.
Daguzan souhaite créer une société pour développer
son usine de Saint-Gaudens mais il manque de capitaux ; il se tourne donc
vers Dauderni qui apporte 60 000 francs dans laffaire. Plus importantes
mais aussi plus obscures et donc plus difficiles à cerner furent
les affaires parisiennes de Dauderni, notamment ses relations avec Cornélius
Herz, le fameux docteur Herz autour duquel se construisit le célèbre
scandale de Panama. La plupart des financiers véreux étant
experts dans lart de brouiller les pistes, il nest pas aisé
de faire toute la lumière sur leurs activités. Comme Herz
était passé maître en la matière, nous navons
pas totalement démêlé ces relations Dauderni / Herz.
Néanmoins, Dauderni et Herz avaient, à lévidence,
passé plusieurs contrats officieux qui donneront lieu à
controverse après le décès de Dauderni en 1886. Le
point nodal de ces relations semble résider dans les tractations
pour le contrôle du marché téléphonique parisien...
M. SARRIEN a pensé que la résistance de
la Société des téléphones à baisser
ses prix navait pas dexcuse avouable, et il vient d'accorder
à M. DAUDERNI, le riche entrepreneur de travaux publics, bien connu,
une concession parallèle à celle que M. Cochery avait accordée
à la Société générale des téléphones.
Nous avons le plaisir d'annoncer à tous ceux qui n'ont dautre
reproche à faire au téléphone que son prix élevé,
que le réseau Dauderni ne coûtera quun franc par jour,
soit 365 francs par an, au lieu de 600 que prend la Seciété
générale des téléphones. Disons aussi que,
sappropriant les merveilleux appareils magnétiques de MM.
Abdank ABAKANOWICZ ET MARCEL DEPREZ, les nouveaux abonnés nauront
pas à supporter, dans leurs appartements, les horribles boites
à piles quil faut, presque tous les mois, renouveler ou nettoyer,
sous peine dêtre envahi par les infectes odeurs ammoniacales
quelles finissent toujours par dégager.
Le jour où M. Sarrien a signé la concession de M. Dauderni,
et celui où le Préfet de la Seine, déjà autorisé
par le Conseil municipal, aura ouvert au nouveau concessionnaire les égouts
de la ville de Paris, seront deux dates heureuses pour lindustrie
parisienne. Une clause très importante, due à linitiative
du Conseil municipal, oblige les concessionnaires à donner mutuellement
et gratuitement la correspondance à leurs abonnés respectifs.
Nous publierons prochainement le texte du contrat des abonnements au réseau
Dauderni.
...
Voici près dun an que nous nous efforçons de démontrer
que la Société générale des téléphones
encombre nos égouts dun réseau dont le plan a été
déplorablement conçu. La multiplicité des bureaux
auxiliaires a été la conséquence fatale de lorganisation
précaire à laquelle M. Cochery a condamné la téléphonie.
Nayant ni le courage dentreprendre la téléphonie
sous sa responsabilité ministérielle, ni la loyauté
de respecter une industrie nouvelle nayant que ses brevets pour
toute protection, lancien ministre des postes et télégraphes
a créé à ses successeurs (il espérait peut-être
nen avoir jamais) une situation dune extrême délicatesse.
La Société générale des téléphones
sest fondée en 1880 à un capital déjà
formidable. 8.650.000 francs, à 2.000 et quelques cents francs
par chaque nouvelle installation, cela représentait déjà
quatre mille abonnés. Lannée suivante, en 1881, la
Société portait son capital à 25 millions : et pourquoi
tant de millions, grands dieux !
La Société va-t-elle acheter un vaste immeuble doù
rayonnera un puissant réseau, susceptible de satisfaire une dizaine
de milliers dabonnés au moins ? Pas du tout : le public a
mordu à lhameçon, il a payé 7 et 800 francs
les actions émises à 500 francs; les syndicats ont empoché
de ce fait .3 ou 4 millions sur cette première affaire; lappétit
vient en mangeant et lon triple le capital, espérant tripler
la prime; quant à la téléphonie, les financiers habiles
qui forment le conseil dadministration nen ont guère
souci; cela regardera lingénieur directeur de faire suer
à cette piètre exploitation un dividende rémunérateur,
et le pauvre Lartigues na pas tardé à
suser à cette ingrate besogne. Lingénieur administrateur
qui le remplace, M. Richard, ingénieur en retraite
des postes et télégraphes sera-t-il plus heureux ? Il est
permis den douter en examinant le dernier bilan.
A qui la faute, si tant de millions ont été employés
pour une part à la téléphonie, et pour le reste en
achats dusines destinées à construire toutes sortes
dappareils électriques et autres, et même toutes sortes
darticles de ménage en gutta-percha ou en caoutchouc.
En lisant le dernier rapport présenté à lAssemblée
générale du 20 juin dernier, on voit même figurer
à lactif une certaine somme de 993.000 francs pour participation
dans diverses entreprises, sans autre désignation. Les commissaires
nont pas osé avouer les noms des industriels soutenus par
la Société générale des téléphones,
et même les actionnaires ont mis une discrétion rare à
ne pas demander dautres détails sur lemploi dune
somme de près dun million ; cest leur affaire, et cette
caisse de fonds secrets souvrira bien un jour ou lautre.
Notre joyeux confrère le Petit Bleu, en rendant compte de lAssemblée
générale du 20 juin, termine sa narration par ces quelques
paroles dites par un actionnaire convaincu :
« Et surtout pas de concessions
A moins que ce ne soit une concession de vingt ans, a répondu
finement le président.
Les espérances du président doivent, à lheure
présente, sêtre envolées au pays des chimères,
et les dispositions du ministère à légard de
la Société générale paraissent bien modifiées
depuis le départ de M. Cochery.
Le nouveau ministre des postes et télégraphes devait-il,
par pitié pour les gogos de la Société, respecter
le monopole de fait, dû à la complaisance de son prédécesseur,
ou devait-il, sautorisant du droit inscrit par son prédécesseur
même dans tous les traités antérieurs, accorder une
nouvelle concession à qui lui offrait de construire un nouveau
réseau avec des prix dabonnements réduits équivalents,
malgré les frais élevés de la pose souterraine, aux
prix dabonnement dont jouissent le commerce et lindustrie
des autres nations européennes ?
Le nouveau ministre a pensé que la résistance de la Société
des téléphones à baisser ses prix, navait pas
d'excuse avouable, et il vient daccorder à M. Dauderni,
le riche entrepreneur de travaux publics, bien connu, une concession parallèle
à celle que M. Cochery avait accordée à la Société
générale des téléphones. Nous avons le plaisir
dannoncer à tous ceux qui nont dautres reproches
à faire au téléphone que son prix élevé,
que le réseau Dauderni ne coûtera quun franc par jour,
soit 365 francs par an, au lieu de 600, que prend la Société
générale des téléphones.
Disons aussi que, sappropriant les meilleurs appareils magnétiques
de MM. Abdank Abakanowicz et Marcel Deprez, les nouveaux abonnés
nauront pas à supporter dans leurs appartements, les horribles
boites à piles quil faut presque tous les mois renouveler
ou nettoyer, sous peine d'être envahis par les infectes odeurs ammoniacales
quelles finissent toujours par dégager.
Le jour où M. Sarrien a signé la concession de M. Dauderni,
et celui où le préfet de la Seine, déjà autorisé
par le conseil municipal aura ouvert au nouveau concessionnaire les égouts
de la ville de Paris, seront deux dates heureuses pour lindustrie
parisienne. Une clause très importante, due a linitiative
du conseil municipal, oblige les concession naires à donner mutuellement
et gratuitement la corres pondance à leurs abonnés respectifs.
Nous publierons prochainement le texte du contrat des abonnements au réseau
Dauderni.
En 1885, au terme de la concession obtenue en 1879 pour une durée
de six ans par la Société des Téléphones,
le Ministère des Postes et Télégraphes lance un appel
doffre pour le renouvellement de la concession du réseau
téléphonique de Paris. Dauderni fait une proposition visant
à installer un second réseau de téléphones
publics et privés, concurrent de celui de la Société
des Téléphones. Empruntant les canalisations des égouts
de la ville, ce « réseau Dauderni » envisageait de
proposer un prix dabonnement annuel de 365 francs, tarif très
compétitif par rapport à ceux pratiqués par la Société
des Téléphones. En juin 1885, le ministère des Postes
et Télégraphes lui ayant donné son accord, Dauderni
dépose alors les 370 000 francs de caution exigés par lÉtat
et la Ville de Paris .
Cet épisode technico-financier donna lieu à de multiples
interprétations et à une vive polémique dans la presse.
Pour les uns, tels les rédacteurs du Matin ou du Gaulois, Dauderni
nétait que le prête-nom de Herz. Cornélius Herz
aurait proposé ses bons offices au ministre Cochery qui nappréciait
guère le monopole de fait dont bénéficiait la Société
des Téléphones depuis 1879. Il aurait uvré
pour que la seconde concession soit
attribuée à Jean-Baptiste Dauderni, travaillant pour lui,
avant de négocier dès lautomne 1885 la fusion des
deux concessions. Pour dautres journalistes, comme le rédacteur
de LÉtoile, eu égard à la réussite professionnelle
du personnage, « il serait ridicule de présenter Dauderni
comme lhomme de paille du docteur Herz » ; au contraire, manipulé
par Herz, Dauderni aurait été lune de ses victimes.
En 1893, au moment du procès généré par le
scandale de Panama lors dune interpellation du gouvernement, le
nom de Dauderni resurgira dans la bouche du député, le sulfureux
Lucien Millevoye :
« Cet aventurier [Cornélius Herz] a eu le génie de
lintrigue ; parmi ses victimes, il y en a qui ne laccuseront
plus ; qui comme Dauderni, comme le baron Reinach, ont emporté
dans la tombe le secret des pactes funestes quils avaient contractés
avec lui
».
Il est délicat de se prononcer sur ces relations entre Herz et
Dauderni tant laffaire est opaque et compliquée, dautant
que les deux thèses en présence ne sont pas incompatibles
: Dauderni a pu, faire office dhomme de paille de Herz tout en étant,
infine, victime de ses agissements. Certains indices, tels la réclamation
de Herz à propos de la caution de 370 000 francs ou le domicile
parisien de Dauderni, au 31 de la rue des Italiens, adresse de lhôtel
particulier acquis par Herz en 1880, portent à croire que Dauderni
avait effectivement agi pour le compte de Herz. Il semble enfin que Dauderni
revendit la concession des Téléphones parisiens à
Herz puisquil détenait depuis janvier 1886 des traites sur
Herz pour un montant de 300 000 francs mais rien nindique quil
ait perçu le montant de la vente.
Aussi dans la "La Lumière Electrique" de 1885
:
Parmi les nombreux reglements relatifs à la téléphonie,
mis en vigueur par le ministre des postes, il en est un qui provoque de
nombreuses réclamations et cause beaucoup de mécontentements.
Cest celui qui interdit à la Société des téléphones
dautoriser ses abonnés à communiquer gratuitement
avec le réseau par des cabines installées dans les bureaux
centraux. Un assez grand nombre dabonnés avaient pris des
arrangements basés sur cette faculté et la considéraient
comme un droit: le ministre y ayant vu une concurrence possible à
ses cabines payantes, a cru pouvoir user des droits que lui a réservés
le cahier des charges pour y mettre fin; il a même refusé
jusquici daccorder des abonnements pour communiquer par les
cabines, comme il la fait en province; mais il est probable que
devant limpopularité de ses décisions, il ne tardera
pas à changer davis,
comme il a la bonne habitude de faire en pareil cas. Il y a maintenant
14 cabines publiques ouvertes à Paris le nombre de communications
fournies par elles la semaine dernière sest élevé
à 625 environ. Les deux plus fréquentées sont celles
de la Bourse et du Grand-Hôtel.
1886 Nous lisons dans Le Bullelin international des Téléphones
:
Parmi les dernières mesures prises par M. Cochery au sujet de lusage
des cabines téléphoniques publiques de Paris, il en est
une qui a soulevé et soulève encore de nombreuses réclamations.
On sait que la Société générale des téléphones
avait mis dans chacun de ses bureaux un appareil à la disposition
de ses abonnés. Cétait là un complément
assez naturel de labonnement, qui augmentait singulièrement
les services du nouveau mode de communication.
Cependant, dès louverture des cabines publiques et payantes
dans les bureaux de poste et de télégraphe, est arrivée
une circulaire du Ministre enjoignant à la Société
de supprimer à ses abonnés lusage gratuit des appareils
des bureaux. La Sociéié na pu que se conformer à
cet ordre. Ainsi, comme le dit la Chambre syndicale des produits chimiques,
qui a pris linitiative de convoquer les abonnés du réseau
parisien, à leffet de réclamer contre la décision
de M. Cochery « de par la volonté du Ministre, tous les abonnés
des téléphones seraient, du jour au lendemain, devenus les
auxiliaires nécessaires de son service. Veuillez, en effet, supposer
un instant une grève générale ou même partielle
des abonnés, et les cabines publiques payantes n'ont plus raison
dêtre, leurs clients de cinq minutes ne trouvant plus personne
pour les écouter à l'autre extrémité du fil.
»
Les intéressés ont donc de justes raisons pour se plaindre
de la situation qui leur est faite ; ils réclament aujourdhui
le maintien parla Société à tous ses abonnés
de la communication gratuite au moyen de lappareil établi
dans ses bureaux de quartier. Nous espérons que le Ministre ne
pourra leur
refuser cette demande.
La réunion convoquée par la Chambre syndicale des produits
chimiques aura lieu le vendredi 8 mai, à trois heures de laprès-midi,
9, place des Vosges. Lordre du jour porte la nomination dun
Comité pour la défense des intérêts généraux
des abonnés au téléphone.
Nous tiendrons nos lecteurs au courant des incidents qui surviendront
dans cette question, très importante pour la population parisienne.
1886 en janvier, le nombre total des abonnés, en France,
était de 7.173. répartis sur 22 réseaux.
Onze de ces réseaux, exploités par la Société
générale des Téléphones, formaient un total
de 6.180 abonnés.
1887, arrive la première liaison internationale
entre Paris et Bruxelles. Il en coute une taxe de 3 Francs pour cinq minutes
de conversation.
Après seulement huit années dexistence,
de 1879 à 1887, le décret du 30 mai 1887 supprime le ministère
des Postes et Télégraphes, ses services sont alors rattachés
au ministère des Finances. Par décret du 15 juin 1887, une
direction générale des postes et des télégraphes
est constituée, composée dun service central et de
trois divisions (matériel et construction, exploitation et comptabilité).
Dès le 5 janvier 1889, les services des postes et des télégraphes
passent sous la tutelle du ministère du Commerce et de lIndustrie,
en raison de limportance accrue de ces services dans le domaine
des communications.
Le téléphone la SGT et la République
Le téléphone est la première innovation
technique majeure à laquelle est confrontée la République.
La première période de lhistoire du téléphone
en France est celle dun régime semi-libéral né
presque par défaut, tant les pouvoirs publics semblent se désintéresser
de la nouvelle technologie. Quatre raisons au moins justifient cette orientation.
La première est assurément budgétaire. En effet,
Adolphe Cochery, premier ministre des Postes-et-Télégraphes
a sans doute hésité à demander à la nation,
via ses représentants, des crédits supplémentaires
déjà difficilement obtenus pour la modernisation du télégraphe,
tandis que les finances publiques sont engagées dans lambitieux
plan Freycinet. En deuxième lieu, lavènement du téléphone
intervient, dans un contexte de chaos administratif : les services postaux
et télégraphiques accaparés par des problèmes
de fusion et dautonomie ne peuvent considérer larrivée
du téléphone que comme une source de complication supplémentaire.
En outre les experts du service technique de télégraphie
nentrevoient à lorigine aucune filiation entre télégraphe
et téléphone. Enfin, comme le souligne un rapport de 1882
rédigé par lingénieur et député
républicain Charles Baïhaut, les ingénieurs des télégraphes
nont pas cru dans un premier temps en lavenir de cette nouvelle
technologie. Hervé Mangon, ingénieur des Ponts-et-Chaussées
et député de la Manche, ajoute même en 1884, avec
un brin de condescendance, que les ingénieurs « regardaient
encore (en 1877) le téléphone comme une simple curiosité,
sans intérêt pour la pratique » . Il est vrai que les
premières expériences ne se sont guère avérées
concluantes, tant les capacités du nouvel instrument de communication
semblaient limitées. On ne pouvait réaliser que des réseaux
locaux ; or, ladministration de lÉtat, par définition,
a une vocation nationale.
Ladministration se déleste par conséquent de cette
invention encombrante en accordant son exploitation à la Société
générale des téléphones, créée
le 10 décembre 1880 et disposant dun capital social de 25
millions de francs . La concession accordée dès 1879 comporte
des « conditions draconiennes » . Il y est stipulé
que les câbles téléphoniques seront établis
par les techniciens de ladministration, que lÉtat soctroiera
10 % du produit brut réalisé par la SGT soit 35 %
de la recette nette et quil pourra racheter à tout
moment les droits et les matériels de la société.
Enfin, la concession est limitée à cinq courtes années,
ce qui nautorise aucune rentabilité dans laffaire.
La convention revêt donc un caractère indubitablement léonin,
dans la mesure où ladministration se borne à déléguer
temporairement lautorité que lui confère le monopole
sur les communications, prête à lassurer directement
en cas davancées notoires. En outre, ce système lui
permet dobtenir des avantages financiers, laissant tous les inconvénients
à la jeune société. En ce sens, la convention de
1879 met en place un régime de liberté étroitement
contrôlée aux perspectives à courte vue. De fait,
la situation de la SGT devient rapidement problématique.
Dès 1881, le nombre de candidats augmente plus vite que celui des
abonnés raccordés. Ainsi, au 31 décembre, 911 souscripteurs
sur 3 000 attendent toujours leur ligne. Les capacités de production
de la firme savèrent incapables de suivre le rythme de la
demande. Ce succès est en fait une source dennuis pour les
administrateurs de la SGT qui incriminent tout à la fois les brides
imposées par ladministration et par la municipalité
parisienne qui exige un réseau souterrain, ainsi que « lapathie
des constructeurs français, qui manquent une belle occasion ».
Parallèlement, la société doit essuyer un faisceau
de critiques de plus en plus virulentes. Sa situation de monopole est
dénoncée par nombre dhommes daffaires comme
par la plupart des chambres de commerce. Tous critiquent la tarification
trop élevée qui est, à vrai dire, la condition sine
qua non de lamélioration des résultats de la firme
au cours de ces années. Dès 1884, le député
de Farcy propose létablissement dun régime de
libre-concurrence, afin de faire chuter les tarifs, mais il rencontre
lopposition conjuguée de la SGT elle-même et de nombreux
parlementaires, dont beaucoup rallient les vues de ladministration.
Lexpérience semi-libérale du téléphone
entre dès lors dans une ère de turbulences. En effet, les
rapides succès commerciaux de la SGT ont tôt fait de raviver
lintérêt de ladministration pour le téléphone.
Dès 1882, un crédit supplémentaire de 250 000 francs
est octroyé au ministère des Postes-et-Télégraphes
« pour létablissement de lignes téléphoniques
». La modestie des crédits demandés, étonnante
au premier abord, sexplique aisément si lon noublie
pas que ladministration, toujours prudente, ne souhaite, dans un
premier temps, que procéder à des expériences . Le
rapporteur du projet de loi gouvememental est Charles Baïhaut. Défenseur
ardent des intérêts de lÉtat face à lindustrie
privée, gambettiste intimement persuadé du rôle initiatique
des pouvoirs publics dans la voie du progrès technique, promoteur
du développement des télécommunications à
la Chambre, le député de Seine-et-Oise est tout désigné
pour défendre lidée dun réseau téléphonique
établi par les soins de ladministration. Son rapport, déposé
le 4 juillet 1882, se situe deux ans avant la fin de la concession et
de son éventuel renouvellement. Il apparaît donc comme un
avertissement pour la SGT quant aux intentions du gouvernement. «
Grâce aux crédits ouverts, note le rapporteur, le gouvernement
installera des téléphones sur certains points ; la société
suivra sa marche de son côté. La question sera donc entière
aux approches de 1884 ». Autrement dit, le député
souhaite instaurer une concurrence entre le secteur public et lindustrie
privée, bien que les dés soient dès lorigine
pipés. Baïhaut exploite ainsi l insuffisance de service
offert par la société privée. « Lexploitation
téléphonique, déclare-t-il, dans ces limites restreintes,
ne suffit plus aux besoins actuels ; un grand nombre de villes demande
des réseaux, et il devient indispensable détendre
les communications téléphoniques en dehors des localités
pour en faire jouir les usines ou les habitations isolées »
n. Conscient désormais des réelles possibilités du
téléphone, le gouvernement entend bien le faire entrer dans
le giron du service public.
C'est donc bien la première étape visant à mettre
un terme à lexpérience inaugurée en 1879. Cela
montre aussi en creux le jeu parasitaire de ladministration, dès
lors quune innovation, qui relève de ses attributions prétendument
naturelles, devient un moyen de domination de lespace social. Au
nom de sa propre logique, lÉtat nhésite donc
pas à sacrifier les intérêts dune société
privée quil avait, sans le moindre souci de contradiction,
encouragé à se développer quelques années
auparavant.
Le réseau téléphonique se développe dorénavant
en partie sous limpulsion de ladministration des Postes-et-Télégraphes.
Entre 1882 et 1886, une douzaine de lignes sont établies dans les
villes du nord de la France, puis à partir de 1885, sept longues
relations interurbaines parcourent le territoire. Le schéma de
ladministration est résolument traditionnel : hormis la première
ligne Rouen-Le Havre, le réseau téléphonique rayonne
autour de la capitale en suivant les grands axes de communication français
.
Les tarifs proposés par lÉtat sont beaucoup plus bas
que ceux pratiqués par la Société générale
du téléphone.
Fort de ces succès, le gouvernement dépose un projet de
loi destiné à régler les concessions téléphoniques
en 1884. Cest à Hervé Mangon, ancien professeur au
Conservatoire des Arts-et-Métiers et spécialiste reconnu
du génie rural, quéchoit la défense de ce texte.
Ce rapport déposé deux jours après la signature dun
arrêté permettant la création dun réseau
interurbain et lannée même du renouvellement de la
concession savère donc dun intérêt particulier.
Si le député de la Manche, et avec lui lensemble de
la commission spéciale, ne revient pas sur lévidence
du « droit de lÉtat au monopole des transmissions de
la parole comme de lécriture », son interrogation porte
davantage sur la forme pratique de lexercice de ce droit. Entre
lexploitation directe et la concession, le dilemme nobéit
pas tant à des considérations économiques, qui paraissent
secondaires pour lingénieur dÉtat, quà
des implications dordre juridique. Tout un questionnement relatif
aux clauses de concessions, de rachat ou de police, ainsi quaux
éventuelles résistances ou exigences des particuliers et
des communes lors de la pose des lignes, souligne lurgence dune
législation générale du téléphone que
ne saurait satisfaire le présent projet de loi, trop restreint
dans ses ambitions.
Il faut donc sortir du provisoire. Le développement inéluctable
du réseau téléphonique, comme plus tard du réseau
électrique, doit aboutir à une réflexion juridique
densemble. En bon ingénieur dÉtat, Mangon ne
peut logiquement concevoir la réalisation de nouveaux réseaux
sans un cadre législatif précis, universel et susceptible,
de surcroît, de défendre les intérêts de ladministration
tutélaire. En filigrane, apparaît également le souci
de ne pas conférer aux futurs concessionnaires de ces nouveaux
réseaux le pouvoir que lÉtat accorda naguère
aux grandes compagnies de chemins de fer. La crainte sous-jacente de recréer
un monopole privé joue assurément, dans une Chambre de plus
en plus radicale, un rôle important lors de la décision de
1889. Le texte de Mangon dépasse, de par sa portée, le projet
circonstantiel soumis à la commission qui préfère
« la présentation dune loi générale sur
linstallation et lexploitation des téléphones
».
Chargée dexaminer le projet de loi « portant autorisation
de traiter avec les villes pour létablissement des réseaux
téléphoniques dintérêt local et demprunter
à la Caisse des dépôts et consignations les sommes
nécessaires pour effectuer le rachat des réseaux exploités
par la Société Générale du Téléphone
», la commission spéciale réunie à partir du
28 mars 1889 prépare en fait la nationalisation
du téléphone.
Lénoncé exprime clairement les intentions du gouvernement.
La cheville ouvrière de cette commission est Georges Cochery,
le fils dAdolphe Cochery, qui fut le premier
ministre des Postes-et-Télégraphes. Polytechnicien, Georges
a démissionné assez rapidement de lartillerie pour
épauler son père au sein de la nouvelle administration.
Député républicain du Loiret depuis 1885, Cochery
se distingue en 1889 par un rapport exhaustif sur la question du téléphone
depuis son apparition en France et dans le monde. Le texte, déposé
deux mois jour pour jour après le début des travaux de la
commission, montre la diligence de cette dernière à régler
laffaire avant que nintervienne le prochain renouvellement
de la concession, ainsi que son accord tacite avec les vues gouvernementales.
Les arguments avancés par Georges Cochery sont le modèle
même du discours dingénieur républicain, attaché
à la mystique de lÉtat. Le premier est commercial
: le retard pris par la France en matière de téléphone
est évidemment imputé à la SGT dont les tarifs trop
élevés ont freiné lessor de la demande «
alors que les réseaux de lÉtat, dans les villes dune
certaine importance ont progressé rapidement » . Le deuxième
argument fait appel, dans la continuité du premier, à des
considérations dégalité sociale. Jusqualors,
le téléphone a été le privilège de
quelques grandes villes qui seules, en raison de leur importance et de
la certitude dune exploitation lucrative, présentaient un
intérêt pour la compagnie privée. Ce principe nen
demeure pas moins antidémocratique aux yeux du rapporteur invoquant
ipso facto la notion de « service public ». De ceci, il découle
que : « entre le monopole dune compagnie privée et
le monopole de lÉtat lhésitation nest
pas possible ». A lautorité publique qui « se
préoccupe avec sollicitude des intérêts des abonnés
», revient le devoir détendre le réseau. De
même que Freycinet en 1878 à propos des chemins de fer, Cochery
invoque la nécessité de « sillonner la France, ou
certaines parties au moins de la France, de grandes lignes téléphoniques,
se ramifiant en certains points au moyen de réseaux locaux qui
en donnent lusage aux particuliers à partir de leur domicile
». Ainsi, la politique économique de la République
doit être mue par le souci constant de lintérêt
général, cette vieille notion théorique dont la déclinaison
pratique et moderne sappelle « service public » et qui
ne conçoit pas le progrès technique sans universalité
sociale.
Le troisième argument, corollaire des deux précédents,
est dordre technique. Laccès universel au téléphone
nest possible que dans la mesure où le développement
de sa technologie le permet ; or, lévolution de cette donnée
au cours de la décennie a modifié le regard des pouvoirs
publics à légard du téléphone. «
Si donc le téléphone est un appareil télégraphique,
annonce le rapporteur dans son préambule historique, cest
un appareil télégraphique qui ne se substitue pas simplement
aux autres, mais les complète. Son emploi nest pas limité
comme lest celui des autres appareils télégraphiques
». Non seulement, la filiation entre les deux vecteurs modernes
de la communication est désormais explicitement reconnue, mais
on admet également implicite¬ ment la supériorité
du téléphone sur le télégraphe. Pour la première
fois sans doute, la puissance publique explicite, par la voix de son rapporteur,
la place quelle assigne à la jeune technologie, à
savoir une fonction au moins complémentaire dune technologie
confirmée. Pour cette raison même, lavenir frappe dincapacité
le secteur privé qui ne « peut prévoir toutes les
extensions que la science donnera à la téléphonie
». Seul lÉtat, par son dégagement vis-à-vis
des contingences immédiates de la rentabilité, par une sorte
de prescience, peut abolir toute entrave à lavènement
du progrès. Son impartialité est la garantie même
de celui-ci.
Le dernier argument est plus prosaïque puisque budgétaire.
Il nest pas, au demeurant, celui qui a le moins contribué
à emporter la décision des députés qui redoutent
plus que tout la réouverture du « grand livre de la dette
». Cochery, qui est seul à disposer du dossier financier,
tente donc de rassurer la représentation du pays en présentant
la nationalisation comme une bonne affaire. « Depuis six ans, assure
le rapporteur avec tableaux à lappui, les réseaux
de lÉtat fonctionnent avec des tarifs inférieurs de
plus de 30 % à 50 % à ceux de la Société Générale
des Téléphones, tout en réalisant des bénéfices
importants (...) ». Ainsi le produit net de 1886, qui sélevait
à 226 000 francs, compensait déjà largement le crédit
de 250 000 francs octroyé en 1882. Lexploitation savère
par conséquent fructueuse pour le Trésor, en dépit
même du dédommagement de 400 000 francs que produit la redevance
de la SGT. Si la nationalisation du téléphone est acceptée,
cest parce quelle est au mieux une manne fiscale, au pire
une affaire qui ne coûtera rien aux finances publiques.
Pour cette raison même, le projet de loi nest assorti daucun
programme financier denvergure. Cest la contradiction majeure
dun projet qui naccompagne les intentions grandioses daucun
plan de développement concret. Les voies et moyens envisagés
consistent à généraliser le principe des avances
remboursables sans intérêt, étrenné par la
ville de Limoges en décembre 1888. Limpulsion étatique
repose en réalité sur linitiative des municipalités
et des conseils généraux. Ce projet, qui reçoit ladhésion
écrasante de 412 députés sur 476 18, sengage
en réalité sous les plus mauvais auspices. La loi de 1889
hypothèque durablement lavenir du téléphone
en lui refusant tout programme de développement dont la responsabilité
incombe pourtant à lEtat, ainsi que la martelé
Georges Cochery.
Lannée 1889 est
une année charnière en
raison du vote de la loi du 16 juillet qui permet à lÉtat
de racheter les réseaux exploités par la Société
générale des téléphones.
Cette « nationalisation » entraîne une réorganisation
administrative au sein de la direction générale ; la division
de lexploitation est scindée en deux entités ; lexploitation
postale est ainsi distincte de lexploitation électrique qui
sorganise en deux bureaux : correspondances télégraphiques
et correspondances électriques (loi du 14 août 1889). Lorganisation
administrative est à nouveau modifiée par le décret
du 2 février 1892 ; une division regroupant le matériel
et lexploitation électrique est alors créée.
Après dix ans dexploitation privée, le téléphone
est « nationalisé » Le 30 septembre 1889,
la Société Générale des Téléphones
fut nationalisée par décision de l'État par la
loi du 16 juillet 1889; la majorité du capital était détenue
par la banque de la Société Générale.
Les réseaux téléphoniques déjà installés
regroupaient 11314 utilisateurs dont près de la moitié à
Paris.
1890 il y a 10 000 abonnés au téléphone en France.
Le téléphone constitue alors un service
coûteux, réservé aux grandes entreprises et aux riches
particuliers, dont lextension dépend de la construction de
réseaux dans les villes et de lignes interurbaines. Incapable dassurer
les investissements nécessaires, ladministration recourt
au système des avances remboursables qui permet à une collectivité
locale de construire à ses frais un réseau sur son territoire
et de se rembourser sur les recettes de lexploitation. Cependant,
ce système aboutit à la multiplication des petits réseaux
et ne permet pas le financement des lignes interurbaines.
Tandis que la Société Générale des Téléphones
poursuit la fabrication et la location de ses appareils aux usagers, l'Administration
des P&T entreprend d'attribuer à chaque abonné un numéro.
Ce premier plan de numérotation prévoit un numéro
à cinq chiffres à Paris où il y a plusieurs centraux
téléphoniques. Ainsi, le 8e abonné du 2e standard
du central de Wagram se voit attribuer le 502-08. Le premier chiffre désignant
le central de rattachement, les deux suivants le standard et les deux
derniers labonné parmi la centaine de lignes de chaque standard
ou pupitre. Lorqu'il n'y a qu'un central, le numéro est de un à
quatre chiffres. Un annuaire des abonnés est édité
et à partir de 1897, il demandé aux usagers dannoncer
à lopératrice le numéro et non plus le nom
du correspondant, ce qui souleva nombre de protestations. Ce n'est qu'un
début ...
1891 La nécessité de lintervention du Parlement
lors des concessions de monopoles faites par lEtat.
Note sous Conseil d'Etat, 24 juillet 1891, Société générale
des téléphones c/ l'Etat, S. 1893.3.97.
Cet arrêt renferme une décision de principe relative aux
concessions de monopoles faites par lEtat à des Compagnies
fermières. A quelle autorité administrative appartient-il
de faire de pareilles concessions ? Est-ce au ministre dans les traités
quil passe pour ]organisation des services ? Est-ce au chef
de lEtat par décret ? Est-ce au Parlement, et une loi est-elle
nécessaire ?
Avec infiniment de raison; le Conseil dEtat sest arrêté
à la dernière opinion, il faut lintervention du Parlement
et une loi.
Comme cela ressort des faits ci-dessus exposés, tout le procès,
abstraction faite de demandes accessoires et dincidents de procédure,
roulait sur la question de la validité du traité passé
avec la Société des téléphones, traité
non ratifié par le Parlement; et cette question de validité
elle-même était posée au point de vue des concessions
du monopole.
La décision de principe est donc claire, indiscutable.
Ce quil est intéressant de rechercher ce sont les raisons
juridiques de cette décision. Les raisons de convenance politique
et gouvernementale, tout le monde les voit; mais il importe de les fortifier
de raisons juridiques. (voir
en détail)
1891. Telephonic Installation on The Spanish Ironclad
"Pelayo". Déatil du téléphoneSGT à
bord du Pelayo

En 1892 au 2 rue des Entrepreneurs (actuelle rue Robert Keller) et
rue Emeriau, sinstalle la Société générale
du téléphone, reprise par la Compagnie générale
délectricité (CGE).
3 - LA SOCIETE INDUSTRIELLE
DES TELEPHONES SIT
Fin 1893 Toutes les formalités relatives
à la reconstitution de la Société des Téléphones
récemment dissoute ont été remplies, et les statuts
de la société nouvelle ont été déposés
chez Mo Dufour, notaire.
Cette société, au capital de 5,600,000 francs, prendra le
titre de Société industrielle des Téléphones
(constructions électriques, caoutchouc, câbles).
La première assemblée constitutive aura lieu vraisemblablement
dans le courant de la semaine prochaine.
La réunion de celle société avec les établissements
Menier, dont H a été question à lassemblée
générale des actionnaires du 5 septembre, seffectuera
après la constitution définitive de la Société
industrielle des Téléphones en décembre 1893.
Son siège social est situé au 25, rue du 4 septembre, à
Paris.
Elle possède la quasi-totalité des brevets en matière
de téléphonie : Gower, Edison, Blake, Crossley, Ader
Le nouveau directeur technique spécialisée en téléphonie,
est Gérard Bailleux. Celui-ci met rapidement au point un
nouveau transmetteur à grenaille à base de parcelles danthracite
concassées. Il équipe bientôt une nouvelle gamme de
téléphones de luxe.

Berthon-Ader
« Le transmetteur vertical porte une embouchure permettant de parler
à voix basse, même à grande distance, et les récepteurs
sont munis dune poignée évitant la fatigue dans les
conversations un peu longues ».
Les financements du téléphone sont alors reversés
au budget général de lÉtat. La situation va
ainsi s'étendre sur une durée de 31 ans...
« Le transmetteur vertical porte une embouchure
permettant de parler à voix basse, même à grande distance,
et les récepteurs sont munis dune poignée évitant
la fatigue dans les conversations un peu longues ».
1936 La SIT disparaît, rachetée par
la Compagnie Générale dÉlectricité.
4 - LA COMPAGNIE INDUSTRIELLE DES TELEPHONES
CIT
Avec le même sigle CIT mais en 1946
la CGE crée la Compagnie
industrielle des téléphones CIT qui va négocier,
Plan Marshall oblige, avec laméricain AT&T les licences
et brevets pour les télécommunications.

Siège en 1947 : 2 Rue des Entrepreneurs 75015 Paris - France (Direction
générale, service commercial et usine), puis 33 Rue Émeriau,
Paris 15e (années 1950) Elle fusionna au milieu des années
1960 avec Compélec.
La mise en service effective du câble téléphonique
coaxial Paris-Toulouse a lieu le 29 juillet 1947, la Station d'Amplification
des Lignes Souterraines Grande Distance (LSGD) de Paris Saint-Amand, a
été installée par la CIT.
Le système L43 (nom complet : LESIGNE 43) est un
Commutateur automatique, mis en conception par la CIT, sous la responsabilité
de M. l'Ingénieur Henri Louis Lesigne qui à partir de l'année
1943, utilisant le même matériel que le R6
N1 mais adopte un principe de sélection différent, sans
dispositif Orienteur. En effet, dans ce système, les sélecteurs
sont actionnés directement par les enregistreurs, à laide
dun réseau de commande par fils distincts des fils véhiculant
les conversations téléphoniques, ce qui permet d'économiser
des baies d'équipements et de faire théoriquement baisser
le coût des Commutateurs. Première mise en service d'un Commutateur
L43 dans le réseau téléphonique en France le 7 juillet
1951 à Nancy-Stanislas II. ...
La CIT construit une usine en 1958 suivie d'une extension
en 1965. Elle est spécialisée dans la fabrication de pièces
détachées de centraux téléphoniques de type
électromécanique : commutateur Crossbar
CP 400. Son seul client est l'administration des PTT et aussi du matérielà
courants porteurs, détection sous-marine, transmission de données,
matériel électrique, télécommunications, informatique,
toutes applications de l'électronique, de la mécanique et
de l'énergie nucléaire ...
Afin de mettre au point dans les meilleures conditions
et les meilleurs délais.un système de ce genre spécifiquement
français, l'ordonnance n° 58-812 du 8 septembre 1958 a créé
la « Société mixte pour le développement de
la technique de la commutation dans le domaine des télécommunications
» (SOCOTEL) groupant l'État (ministère des finances
et ministère des P. T. T. ) et les fournisseurs habituels de matériel
de commutation téléphonique et télégraphique
; c'est ainsi que la Compagnieindustrielle des téléphones
( C. I. T. ), la société des téléphones Ericsson
et l'Association des ouvriers en instruments de précision (A. O.
I. P. ) ont participé à la création de la SOCOTEL
. On peut penser que les deux grandes autres sociétés de
commutation.
En 1970, le premier autocommutateur temporel est mis en service à
Lannion (Côtes-d'Armor), le Platon. Il sera suivi en 1972 des commutateurs
numériques.
Elle prend sa nouvelle dénomination en 1971 après sa fusion
avec la Société alsacienne de constructions atomiques et
électroniques Alcatel.
Elle emploie 1 800 personnes en 1973. L'usine de Querqueville reçoit
la visite de François Mitterrand le 16 décembre 1982 lors
d'un déplacement officiel du président de la République
dans la Manche
En 1985 la CIT absorbe Thomson Télécommunications
et devient Alcatel. Elle reçoit
aussi les apports de la division commutation publique de Thomson CSF.
Téléphone et de la branche équipements de transmission
de LTT.
Trois plans sociaux marquent la vie de l'entreprise.
En 1987, 200 salariés sont licenciés.
En 1990 l'effectif d'Alcatel CIT passe de 23 181 salariés en 1978
à 12 443 salariés, nombre prévisionnel pour 1990.
En 2024 Alcatel CIT forme la division Networks de Nokia France .
La Compagnie Industrielle des Téléphones a construit des
matériels pour la Radiodiffusion Française (dont des amplificateurs)
dès les années 40 et une gamme d'appareils téléphoniques
sous la marque CIT et L'Industrielle des Téléphones
de la CGE.


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