Johann Philipp
Reis
Reis Né
le 7 janvier 1834 à Gelnhausen en Allemagne
En juillet 1860, Philipp Reis a fait une démonstration
du « téléphone » à son ancien professeur
de physique Poppe dans sa maison de Friedrichsdorf. Il transmet la
mélodie « Muß i denn zum Städtele hinaus »
depuis un bâtiment arrière à travers la cour jusqu'à
une pièce de la maison. Là, le récepteur de l'aiguille
à tricoter est fixé à une boîte à
cigares, dont la résonance rend les sons clairement audibles
dans toute la pièce. Il s'agit de la première démonstration
certifiée du téléphone et également de
la première du haut-parleur.
Voir
le livre biographie de Philipp Reis
Contexte : Le premier essai de téléphonie
électrique date de 1837.
A cette époque, un Américain nommé Page reconnut
qu'un barreau aimanté peut émettre des sons lorsqu'il
est soumis alternativement à des aimantations et à des
désaimantations rapides.
En approchant brusquement les pôles d'un aimant en fer à
cheval d'une bobine aplatie roulée en hélice, il obtenait
un son auquel il donna le nom de battement magnétique.
Des interruptions fréquentes du courant augmentaient notablement
l'effet des vibrations de Page et donnaient naissance à des
sons distincts très intenses.
En 1854, un Français, Charles Bourseul,
publia sur la transmission électrique de la parole un travail
dans lequel il disait : « Imaginez que l'on parle près
d'une plaque mobile assez flexible pour ne perdre aucune des vibrations
produites par la voix, que cette plaque établisse et interrompe
successivement la communication avec une pile, et vous pourrez avoir
à distance une autre plaque qui exécutera en même
temps les mêmes vibrations... Il est certain que, dans un avenir
plus ou moins éloigné, la parole sera transmise à
distance par l'électricité. J'ai commencé à
faire des expériences à cet égard ; elles sont
délicates et exigent du temps et de la patience, mais les approximations
obtenues font entrevoir un résultat favorable. » Page
et Bourseul, sont donc les précurseurs de Philippe Reis, qui
réussit à construire le premier téléphone
électrique.
sommaire
Reis
en 1860, est professeur de physique dans une école de Friedrichsdorf.
« Je fus amené, écrivit-il en 1868, à poursuivre,
dans l'intérêt de mes leçons, un travail que j'avais
commencé depuis longtemps au sujet des organes de l'ouïe,
et j'eus bientôt la joie de voir mes efforts couronnés
de succès : je réussis à inventer un appareil
au moyen duquel il est possible de rendre claires et évidentes
les fonctions de l'ouïe, et qui peut aussi servir à reproduire
toute espèce de sons à n'importe quelle distance par
le courant électrique. »
Passionné de sciences, c'est également un ingénieux
inventeur amateur : il met au point en 1860 le premier appareil électrique
capable de transmettre une mélodie musicale à distance,
un modèle d'oreille humaine dans lequel une membrane joue le
rôle de tympan et une pièce de platine celui du marteau.
Il le nomme « telephon ». On peut considérer cet
appareil comme le premier des « téléphones ».
Il décrit cet appareil dans un document de 1863 et le nomme
téléphone pour lémetteur et appareil de
reproduction pour le récepteur.
Reis a construit
son premier modèle de téléphone en 1858, quatre
ans après l'article de Bourseul.
Une variante du deuxième modèle de Reis a été
construite dans la seconde moitié de 1862 par Wilhelm von
Legat, inspecteur des Télégraphes royaux prussiens,
Certains auteurs considèrent celui-ci comme le troisième
modèle de Reis, tandis que d'autres de manière
plus appropriée l'appellent le modèle «
Reis-Legat ».
Le document suivant est un rapport de Wilhelm von
Legat, communiqué à l'Union télégraphique
austro-allemande (Verein) en 1862 et publié dans le «
Journal » de cette société. Il a été
reproduit intégralement dans le « Polytechnisches Journal
» de Dingler, pour 1863, . Ce rapport est d'une grande importance.
Il est cité par Graham Bell dans son premier récit sur
le téléphone. C'est ce même rapport qui, en 1875
ou 1876, sous forme de manuscrit traduit, a été remis
à M. Edison par le président de la Western Union Telegraph
Company de l'époque, et qui a constitué le point de
départ des travaux ultérieurs d'Edison.
Sur la reproduction des sons par voie électro-galvanique.
Par V. Legat , inspecteur des télégraphes royaux prussiens
à Cassel.
[Traduit du Journal de la Société
télégraphique austro-allemande (édité
par le Dr Brix), vol. ix. p. 125, 1862. (Zeitschrift des deutschösterreichischen
Telegraphen-Vereins, 1862.)]
|
Il pourrait être intéressant de
faire connaître à un public plus large les idées
suivantes concernant la reproduction des sons par voie électro-galvanique,
récemment présentées par M. Philipp Reiss
de Friedrichsdorf, devant la Société de physique
et lors des réunions de l'Institut libre allemand (Freies
Deutsches Hochstift) à Francfort-sur-le-Main ; et d'exposer
également ce qui a été accompli jusqu'à
présent dans la réalisation de ce projet, afin
que, s'appuyant sur les expériences accumulées
et l'efficacité du courant galvanique, ce qui a déjà
été mis au service de l'intellect humain pour
le progrès de sa correspondance puisse également
être mis à profit à cet égard.
Ce qui est annoncé ici ne concerne
pas l'action du courant galvanique dans le mouvement d'un appareil
télégraphique de quelque construction que ce soit
destiné à produire des signaux visibles , mais
son application à la production de signaux audibles
de tonalités !
Les ondes sonores, qui, en agissant dans
nos oreilles, éveillent en nous la sensation du son,
en mettant tout d'abord la peau du tambour en vibration, sont
ensuite, comme on le sait, transmises à la partie interne
de l'oreille et aux nerfs auditifs qui s'y trouvent par un mécanisme
d'une finesse remarquable : les osselets de l'ouïe (comprenant
le marteau, l'enclume et l'étrier). L'expérience
de reproduction des sons repose sur le principe suivant : utiliser
une imitation artificielle de cet appareil à levier et
la mettre en mouvement par les vibrations d'une membrane semblable
à la peau du tympan de l'oreille, et ainsi ouvrir et
fermer un circuit galvanique relié par un conducteur
métallique à une station distante.
Avant de décrire l'appareil nécessaire,
il pourrait toutefois être nécessaire de revenir
sur la façon dont notre oreille perçoit les vibrations
d'une tonalité donnée, et les vibrations totales
de toutes les tonalités agissant simultanément
sur elle ; car c'est ainsi que seront déterminées
les différentes conditions requises que doivent remplir
les appareils d'émission et de réception pour
la résolution du problème posé.
Considérons d'abord les processus
nécessaires à la perception d'un son par l'oreille
humaine ; nous constaterons que chaque son résulte d'une
condensation et d'une raréfaction répétées
plusieurs fois dans un certain laps de temps. Si ce processus
se déroule dans le même milieu (l'air) que celui
où se trouve notre oreille, la membrane sera, à
chaque condensation, poussée vers la cavité du
tympan, et à chaque raréfaction, elle se déplacera
dans la direction opposée.
Ces vibrations nécessitent un mouvement
similaire des osselets de l'ouïe, et permettent ainsi une
transmission aux nerfs auditifs.
Plus la condensation d'un milieu conducteur
de son est importante à un instant donné, plus
l'amplitude de vibration de la membrane et des osselets de l'ouïe,
ainsi que leur action, seront grandes ; et inversement, l'action
sera proportionnellement moindre. Il incombe donc aux organes
de l'ouïe de communiquer fidèlement aux nerfs auditifs
toute condensation et raréfaction se produisant dans
le milieu environnant ; tandis qu'il appartient aux nerfs auditifs
de nous faire prendre conscience du nombre ainsi que l'amplitude
des vibrations qui en résultent dans un laps de temps
donné.
Ici, dans notre conscience, un nom précis
est donné à une certaine composition, et ici les
vibrations portées à la conscience deviennent
des « tonalités ».
Ce que nos nerfs auditifs perçoivent
est donc l'effet sur notre conscience d'une force qui, selon
sa durée et son ampleur, peut, pour une meilleure compréhension,
être représentée graphiquement.
Soit, par exemple, la longueur de la ligne
ab une durée de temps définie quelconque, et soit
les courbes au-dessus de cette ligne les condensations (+),
et les courbes en dessous de cette ligne les raréfactions
(-) ; alors chaque ordonnée érigée à
l'extrémité d'une abscisse nous donne la force
de la condensation en conséquence de laquelle la peau
du tambour vibre, au moment indiqué par la position du
pied de l'ordonnée.
Tout ce qui dépasse ce qui est
présenté de cette manière ou par des courbes
similaires est imperceptible pour notre oreille, et cela suffit
à nous faire prendre conscience de chaque note et de
chaque combinaison de notes. En effet, si plusieurs notes sont
produites simultanément, le milieu conducteur du son
est soumis à l'influence de plusieurs forces agissant
simultanément et obéissant aux lois de la mécanique.
Si toutes les forces agissent dans le
même sens, l'amplitude du mouvement est proportionnelle
à la somme des forces. Si les forces agissent en sens
opposés, l'amplitude du mouvement est proportionnelle
à la différence entre les forces opposées.
Par conséquent, il est possible,
à partir des courbes de plusieurs tons simultanés,
de composer, en partant de ces principes, obtenir une courbe
de condensation qui exprime exactement ce que notre oreille
perçoit à la réception de ces sons agissant
simultanément.
L'objection généralement formulée à
ce sujet, selon laquelle un musicien, voire n'importe qui, est
capable d'entendre séparément les sons individuels
qui composent cette courbe, ne saurait constituer une preuve
du contraire. En effet, un expert en colorimétrie discernera,
par exemple, dans le vert un mélange de jaune et de bleu
dans leurs diverses nuances ; et l'on peut tout aussi bien expliquer
l'un par l'autre par le fait que, pour la personne concernée,
les éléments qui constituent le produit du son
qui atteint sa conscience sont parfaitement connus.
Daprès ce qui a déjà
été expliqué, il est facile de construire
les courbes de condensation de différentes notes, accords,
etc., et pour plus de clarté, voici quelques exemples
:
Fig.1,2 et 3 ; REPRODUCTION OF TONES IN THE ELECTRO-GALVANIC
WAY
Fig 1 Planche I. montre une courbe de combinaison de trois tons,
dans laquelle toutes les proportions des composants se répètent
successivement.
La figure 2 montre une telle courbe de
plus de trois tons, dans laquelle les proportions du dessin
ne peuvent plus être données aussi clairement ;
pourtant, le musicien expérimenté les reconnaîtrait
ici, même si en pratique il pourrait être difficile
pour lui de distinguer, dans de tels accords, les tons séparés.
Cette méthode de démonstration
de laction des sons sur loreille humaine offre lavantage
dune perception très claire du processus ; et ce
qui est démontré ( Fig. 3 ) montre également
pourquoi une dissonance doit affecter notre oreille de manière
désagréable.
Cette apparente digression par rapport à
l'objectif énoncé était nécessaire
pour indiquer que dès qu'il nous est possible de créer
n'importe où et de n'importe quelle manière, des
vibrations dont les courbes et les amplitudes sont similaires
aux vibrations d'une note donnée, ou d'une combinaison
donnée de notes, nous procureront la même impression
que celle que cette note originale ou cette combinaison originale
de notes aurait produite sur nous.
L'appareil décrit ci-après
offre la possibilité de créer ces vibrations de
toutes les manières souhaitées, et l'emploi de
l'électro-galvanisme nous donne la possibilité
de faire naître, à une distance donnée,
des vibrations similaires à celles qui ont été
produites, et ainsi de reproduire en tout lieu les sons qui
ont été émis ailleurs.
Fig 4 A est l'émetteur de Tonabgeber) et B le récepteur
de Tonempfänger.
Dans la figure 4, planche II. Dans le dispositif
présenté ici, A est l'émetteur (Tonabgeber)
et B le récepteur (Tonempfänger), ces deux instruments
étant installés à des stations différentes.
Je précise toutefois que, par souci de clarté,
le mode d'assemblage des instruments pour une utilisation interchangeable
dans les deux sens est omis, d'autant plus que l'ensemble n'est
pas présenté comme un fait définitif, mais
afin de diffuser plus largement les résultats obtenus.
La possibilité d'étendre la portée du dispositif
au-delà de la limite actuelle du fonctionnement direct
du courant galvanique peut également être négligée,
car ces points peuvent être facilement pris en compte
par des précautions mécaniques et n'affectent
pas l'essentiel des phénomènes décrits.
Passons maintenant à l'émetteur,
Fig. A. Il est mis en communication d'un côté avec
le conducteur métallique menant à la station voisine,
et par ce biais avec le récepteur, Fig. B ; de l'autre
côté, il est connecté, au moyen de la puissance
électromotrice, C, à la terre ou à un conducteur
de retour métallique. L'émetteur,
Fig. A , est constitué d'un tube conique, ab , de environ
15 centimètres de longueur, 10 centimètres à
l'avant et 4 centimètres à l'arrière.
(Les essais pratiques ont démontré
que le choix du matériau de ce tube n'a aucune incidence
sur l'utilisation de l'appareil, et qu'une plus grande longueur
de ce tube, pour garantir le bon fonctionnement de l'appareil,
est par ailleurs sans effet. Une largeur excessive du cylindre
nuit à l'utilité de l'appareil ; il est donc recommandé
que la surface intérieure soit aussi lisse que possible.)
L'étroite ouverture arrière
du cylindre est fermée par une membrane, o , de collodion,
et au milieu de la surface circulaire formée par cette
membrane repose une extrémité, c , du levier,
cd , le point d'appui, c , dont, soutenu par un palier, reste
relié au conducteur métallique.
Le choix de la longueur des deux bras
du levier, ce et ed , est déterminé par les lois
de la force des leviers. Il est recommandé que le bras
ce soit plus long que le bras ed afin de transmettre le moindre
mouvement de c au point d avec la force maximale possible ;
toutefois, il est souhaitable que le levier lui-même soit
aussi léger que possible pour quil puisse suivre
les mouvements de la membrane. Un suivi imprécis du levier
cd produit des sons impurs au niveau du récepteur. Au
repos, le contact dg est fermé et un ressort délicat
n maintient fermement le levier dans cette position.
La deuxième partie de cet appareil,
le pilier, f , est constituée d'un support métallique,
qui est uni à un pôle de la batterie, C, tandis
que le deuxième pôle de la batterie est relié
au conducteur métallique de l'autre station.
Sur le support, f , se trouve un ressort,
g , avec un contact, qui correspond au contact en d du levier
cd , et dont la position est réglée par une vis,
h . Afin de ne pas affaiblir le fonctionnement
de l'appareil par communication des ondes aériennes produites
lors de l'utilisation de l'appareil contre l'arrière
de la membrane, il est recommandé, lors de l'utilisation
de l'appareil, de placer sur le tube ab , à angle droit
par rapport à son axe longitudinal, un écran d'environ
50 centimètres de diamètre, qui se fixe fermement
sur la surface extérieure du tube.
Le récepteur, Fig. B , est constitué
d'un électroaimant, mm , qui repose sur une boîte
de sondage, uw , et dont les bobines de fil sont respectivement
connectées au conducteur métallique et à
la terre ou au conducteur de retour métallique.
En face de l'électroaimant, mm
, se trouve une armature, qui est reliée à un
levier, i , qui est aussi long que possible, mais léger
et large.
Le levier, i , est fixé, en pendule,
au support, k , et ses mouvements sont régulés
par la vis, l , et le ressort, p .
Afin d'améliorer le fonctionnement
de l'appareil, ce récepteur peut être placé
dans un foyer d'une cavité elliptique de taille correspondante,
auquel cas, l'oreille de celui qui écoute les sons reproduits
peut être placée au second foyer de cette cavité.
Le fonctionnement des deux appareils décrits
ici est le suivant :
Au repos, le circuit galvanique est fermé.
Dans l'appareil ( Fig. A) , en parlant
(en chantant ou en y introduisant les sons d'un instrument)
dans le tube ab , la condensation et la raréfaction de
l'air présent dans ce tube provoquent un mouvement de
la membrane qui ferme le tube à son extrémité
étroite, correspondant à cette condensation ou
raréfaction. Le levier cd suit le mouvement de la membrane
et ouvre et ferme le circuit galvanique en dg , de sorte qu'à
chaque condensation de l'air dans le tube s'ensuit une ouverture
et à chaque raréfaction une fermeture du circuit
galvanique.
En conséquence de ce processus, l'électroaimant
de la figure B (le récepteur) se démagnétise
et se magnétise en fonction des condensations et des
raréfactions de la masse d'air dans le tube A, ab [l'embout
buccal de l'émetteur], et l'armature de l'aimant vibre
de manière similaire à la membrane de l'appareil
émetteur. La plaque i , reliée à l'armature,
transmet ces vibrations à l'air environnant l'appareil
( figure B) , qui restitue ainsi les sons produits à
l'oreille de l'auditeur.
Nous ne traitons donc pas ici d'une propagation
du son par le courant électrique, mais seulement d'un
transfert vers un autre lieu des sons qui ont été
produits, par une cause semblable mise en jeu à ce second
lieu, et un effet semblable produit.
Il ne faut cependant pas oublier ici que
l'appareil précédent reproduit certes les vibrations
originales en nombre égal, mais que l'égale intensité
des vibrations reproduites n'a pas encore été
atteinte, et que la production de celles-ci est réservée
à l'achèvement de l'appareil.
L'une des conséquences de cette
incomplétude temporaire de l'appareil est que les différences
plus subtiles des vibrations originales sont plus difficiles
à discerner : autrement dit, la voyelle apparaît
plus ou moins indistincte, d'autant plus que chaque ton dépend
non seulement du nombre de vibrations du milieu, mais aussi
de la condensation ou de la raréfaction de celui-ci.
Cela explique également que, dans
les expériences pratiques menées jusqu'alors,
les accords, les mélodies, etc., étaient transmis
avec une fidélité remarquable, tandis que les
mots isolés, prononcés comme lors de la lecture,
de la parole, etc., étaient perçus plus indistinctement.
Néanmoins, ici aussi, les inflexions de la voix, les
modulations de l'interrogation, de l'exclamation, de l'étonnement,
de l'ordre, etc., étaient exprimées distinctement.
Il ne fait aucun doute qu'avant d'espérer
une utilisation pratique avec des résultats satisfaisants,
ce dont il a été question ici nécessitera
encore des améliorations considérables, et en
particulier la science mécanique devra compléter
l'appareil à utiliser ; cependant, je suis convaincu
par des expériences pratiques répétées
que la poursuite du sujet ici exposé présente
le plus grand intérêt théorique, et que
notre siècle intelligent ne manquera pas de son utilisation
pratique.
[Cet article a également été
réimprimé intégralement dans le Dingler's
Polytechnisches Journal, vol. clxix, p. 29, 1863.]
L'article précédent présente
un intérêt particulier, en raison notamment du
caractère unique des instruments qui y sont décrits,
et du mystère qui entoure son auteur. Wilhelm von Legat
était inspecteur des Télégraphes royaux
prussiens à Cassel. On ignore comment et quand il fit
la connaissance de Philipp Reis peut-être lors
du service militaire de ce dernier à Cassel en 1855.
Aucun des amis proches ou collègues de Reis encore en
vie ne peut fournir d'informations sur la nature des relations
de von Legat avec Reis, car ils ignorent même son nom,
hormis dans ce rapport. Pourtant, il fut membre de la Société
de physique de Francfort-sur-le-Main pendant un an seulement
(1862), année de rédaction de ce rapport. Il est
possible qu'il ait assisté à la conférence
de Reis en octobre précédent. Il est probable
qu'il ait assisté à sa conférence suivante,
en mai 1862, devant le Freies Deutsches Hochstift. Le docteur
Brix, alors rédacteur en chef du « Journal of the
Telegraph Union », minforme que linspecteur
von Legat a fondé son article sur des informations obtenues
directement de Reis, quil connaissait, et que larticle
a été soumis à Reis avant dêtre
remis au jury.« Journal ». Le type particulier d'émetteur
décrit dans le rapport de von Legat présente également
d'importantes similitudes avec celui que Reis aurait utilisé
au Hochstift. On ne connaît aujourd'hui aucune trace des
deux formes décrites par l'inspecteur von Legat. Les
recherches menées à Francfort et à Cassel
n'ont rien donné. von Legat n'a décrit son invention
ni à la Société des naturalistes locale,
ni ailleurs à Cassel. Il connut une fin tragique pendant
la guerre de Bavière en 1866, lors de la bataille près
d'Aschaffenburg ; selon certains, il aurait été
tué par balle, selon d'autres, il serait tombé
de cheval
|
Reis poursuit ses expérimentations et développe
un troisième modèle Il en fit la première démonstration
à la Société de Physique de Francfort-sur-le-Main
le 4 juillet 1863 .
En 1864, Reis affirme pouvoir également
transmettre la parole.
Il réalise la même année une démonstration
devant l'association de physique de Francfort. Il ne sera jamais considéré
comme l'inventeur du téléphone, nayant pas réussi
à vendre son projet et à améliorer son appareil
afin de lui trouver une utilisation pratique ; en revanche, il demeure
à lorigine du mot "téléphone".
L'instrument de Reis n'était destiné qu'à la
reproduction des sons musicaux.
C'était un téléphone musical, qui ne transmettait
que la hauteur du son ; toutefois il renfermait les éléments
essentiels des téléphones-actuels.
Cet instrument était formé de deux parties bien distinctes
: le transmetteur et le récepteur.
Le transmetteur se composait d'un tube A, débouchant dans une
boîte sonore, à la partie supérieure de laquelle
se trouvait une membrane bien tendue qui vibrait à l'unisson
des ébranlements qu'elle recevait.

Téléphone de Reis Postmuseum Frankfurt
Au centre de cette membrane était un petit
disque de platine qui communiquait par la borne H avec l'un des
pôles d'une pile voltaïque et qui transmettait le courant
au fil de ligne chaque fois que la membrane, soulevée par
les sons émis devant l'embouchure de l'instrument, venait
à rencontrer l'extrémité du fil conducteur
aboutissant à la borne H.
L'autre pôle de la pile était relié à
la terre.
Le récepteur était constitué par une tige de
. fer DD, autour de laquelle était enroulé un fil
de cuivre recouvert de soie.
Cette tige s'appuyait sur deux chevalets EE et était placée
sur une boîte creuse très sonore GG', qui renforçait
les vibrations déterminées par les interruptions successives
du courant dans la tige métallique.
Le fil de ligne arrivait à l'une des extrémités
de la spirale de cuivre, et le circuit était complété
par l'autre extrémité, qui communiquait avec la terre.
Le récepteur reproduisait synchroniquement toutes les vibrations
de la membrane du transmetteur; la mesure et la tonalité
d'une mélodie étaient très fidèlement
exprimées.
Quand on chantait ou quand on jouait d'un instrument quelconque
à l'embouchure du tube A, la membrane entrait en vibrations,
et pendant ces vibrations la pointe de la tige et du disque o, qui
n'était autre chose qu'un interrupteur du courant, éprouvait
une succession de contacts et de disjonctions avec la membrane.
sommaire

Bibliographie ISBN 3-89570-496-2 Geiger-Verlag, 1998
Das Telephon von Philipp Reis 316 Seiten mit zahlreichen Abbildungen.
ISBN: 3-00-004284
sommaire
Le téléphone de Reis
n'eut pas le succès qu'il méritait, dit M. Louis Figuier
dans les Merveilles de la science. Personne ne sut entrevoir l'avenir
réservé à ce remarquable appareil, que les
physiciens allemands regardèrent comme un simple perfectionnement
du vibrateur de Page.
Il existe en Allemagne un recueil scientifique qui fait autorité,
les Annales de physique de Poggendorff, dans lequel sont publiés
tous les travaux de physique ayant une véritable valeur.
Philippe Reis sollicita de Poggendorff l'insertion de son mémoire
dans ce recueil magistral; mais Poggendorff ne daigna pas donner
asile à l'uvre d'un pauvre instituteur inconnu du monde
savant.
Il arrête ses recherches en 1865, atteint de tuberculose.
Il décède à Friedrichsdorf en Allemagne le
24 janvier 1874, deux ans avant "l'invention du téléphone"
par Bell.
En 1947, STC, une compagnie de téléphones allemande,
effectue des essais avec le téléphone mis au point
par Philipp Reis et se rend compte que l'appareil transmettait bien
la parole, bien que le son fût faible.
STC est alors liée à AT&T, la société
créée par Bell. L'affaire est étouffée
car elle aurait porté préjudice à l'entreprise
si on avait pu penser que Bell n'était pas le vrai inventeur
du téléphone.
Dans la presse Américaine le "Manufacture
and builder" de mai 1869, on pouvait lire

sommaire
Un article publié par le New York Times
le 22 mars 1876 est consacré au téléphone
de l'allemand Philipp Reis (désigné par erreur comme
"Prof. Reuss") moins de deux mois avant la première
démonstration publique du speaking telephone par Gramam Bell
au M.I.T. le 25 mai 1876.
L'article ne s'intéresse pas aux caractéristiques techniques
de l'appareil de Reis mais imagine les conséquences catastrophiques
que cette invention va avoir pour la fréquentation des salles
de concerts et la représentation des oeuvres - les opéras
de Wagner sont citées comme exemple type - et donc pour l'économie
de la vie musicale.
L'anné suivante, un amusant dessin, illustrant la partition
de la chanson "The Wondrous Telephone" de Thomas P. Westendorf
(1877) imaginera une situation inverse : le public va toujours au
concert, mais pour écouter par téléphone. L'orchestre
a disparu et le chef d'orchestre est seul en scène.
Le journal "New York Times" , 22 mars
1876, page 8 publia :
Prof. Reuss, a distinguished German performer on telegraphic instruments,
has recently made an invention which cannot fail to prove of great
interest to musicians, and, indeed, to the general public. The telephone--for
that is the name of the new instrument--is intended to convey sounds
from one place to another over the ordinary telegraph-wires, and it
can be used to transmit either the uproar of a Wagnerian orchestra
or the gentle cooing of a female lecturer. In appearance, the telephone
somewhat resembles a Morse instrument; but in addition to the usual
quantity of magnets and polished brass, it is provided with an ear-trumpet
and a curious collection of miscellaneous machinery of small size,
but of presumably enormous horse-power. When Mme. TITIENS is singing,
or Mr. THOMAS' orchestra is playing, or a champion orator is apostrophizing
the American eagle, a telephone, placed in the building where such
sounds are in process of production, will convey them over the telegraph-wires
to the remotest corners of the earth. By means of this remarkable
instrument, a man can have the Italian opera, the Federal Congress,
and his favorite preacher laid on his own house. Before many years
we shall probably read in the advertisements of house agents descriptions
of houses to let in which hot and cold water and Baptist preachers
are laid on in every room; of others fitted throughout with gas and
congressional orators; and still others in which the front parlor
is telephonically connected with the Academy of Music, and the back
parlor contains a series of instruments by means of which fifty eminent
preachers, of different denominations, can be kept constantly on draught.
The universal use of the telephone will, of course, be viewed with
disapprobation by the sound-producing part of the community, just
as the introduction of labor-saving machines was met by the hostility
of the laboring classes. No man who can sit in his own study with
his telephone by his side, and thus listen to the performance of an
opera at the Academy, will care to go to Fourteenth street and to
spend the evening in a hot anti crowded building. In like manner,
many persons will prefer to hear lectures and sermons in the comfort
and privacy of their own rooms, rather than to go to the church or
the lecture-room. The rural visitor who spends a Sunday in town, and
reads a printed notice in the office of his hotel to the effect that
"TALMAGE'S sermons, drawn from the wood, can be had at 11 o'clock
in the telephonic room," will, of course, give up his original
intention of risking a journey to Brooklyn, and will listen to the
trembling telephone as its sympathetic brass vibrates to the tones
of the resonant Brooklyn orator. Thus the telephone, by bringing music
and ministers into every home, will empty the concert-halls and the
churches, and the time may come when a future Von Büllow
playing a solitary piano in his private room, and a future Talmage
preaching in his private gymnasium, may be heard in every well-furnished
house on the American continent.
It is an unpleasant task to point out a possibly sinister purpose
on the part of an inventor of conceded genius and ostensibly benevolent
intentions. Nevertheless, a patriotic regard for the success of our
approaching Centennial celebration renders it necessary to warn the
managers of the Philadelphia Exhibition that the telephone may really
be a device of the enemies of the Republic. WAGNER is to write an
overture for the exhibition, and it is assumed that thousands of people
will go to Philadelphia to hear it. Somebody is to make an oration,
and somebody else is to deliver a poem after the roar of the overture
has died away, and it is believed, that there are persons who wish
to listen to both. Moreover, the Declaration of Independence is to
be read in connection with the opening of the Exhibition, and those
who have never seen a copy of that document will, of course, be anxious
to hear it read. But what if Prof. REUSS, with deliberate malice,
and at the instigation of the European despots, should distribute
telephones to all the cities of America, and thus enable their citizens
to listen to overture, oration, poem, and Declaration, without the
trouble and expense of going to Philadelphia? What possible success
would in such case attend an exhibition to which nobody but Philadelphians
with free passes would come? There is so far nothing to indicate that
this is Prof. REUSS' dark design, but as all foreign despots, from
the Queen, in the Tower of London, to the Prince of Monaco, in the
backroom of his gambling palace, are notoriously and constantly tearing
their hair as they hear of BELKNAP and PENDLETON, and note the progress
and prosperity of our nation, it is not impossible that they have
the infamous scheme of attacking the Centennial Celebration with telephones.
However, there is one comfort. If the Wagner overture is written in
the author's characteristic style, no telephone made of weaker materials
than sixteen-inch steel plates can successfully report it. With the
first grand crash of WAGNER'S brass and bass-drums every telephone
will fly into pieces and an awful silence will settle over the land,
except within a distance of say fifty miles from the center of musical
disturbance.
Traduction
Le professeur Reuss, éminent musicien allemand spécialisé
dans les instruments télégraphiques, a récemment
inventé un instrument qui ne manquera pas d'intéresser
les musiciens, et même le grand public. Ce nouvel instrument,
baptisé « téléphone »,
est conçu pour transmettre des sons d'un endroit
à un autre via les lignes télégraphiques ordinaires.
Il peut servir à retransmettre aussi bien le tumulte d'un orchestre
wagnérien que les doux murmures d'une conférencière.
Son apparence rappelle celle d'un appareil Morse ; mais outre les
aimants et les pièces en laiton poli habituels, il est doté
d'un cornet acoustique et d'un curieux ensemble de mécanismes
divers, de petite taille mais d'une puissance vraisemblablement considérable.
Lorsque Mme Titiens chante, que l'orchestre de M. Thomas joue ou qu'un
orateur de renom encense l'aigle américain, un téléphone,
installé dans le bâtiment où ces sons sont produits,
les transmettra par les lignes télégraphiques jusqu'aux
confins du monde. Grâce à cet instrument remarquable,
un homme peut avoir l'opéra italien, le Congrès fédéral
et son prédicateur préféré diffusés
directement chez lui.
D'ici quelques années, on lira probablement dans les annonces
immobilières des descriptions de maisons à louer où
l'eau chaude et froide et des prédicateurs baptistes sont diffusés
dans chaque pièce ; d'autres entièrement équipées
au gaz et où l'on entend les discours des orateurs du Congrès
; et d'autres encore où le salon principal est relié
par téléphone à l'Académie de musique,
et le salon secondaire abrite une série d'appareils permettant
de diffuser en permanence les discours de cinquante prédicateurs
éminents, de différentes confessions.
L'usage généralisé du téléphone
sera, bien sûr, mal vu par les classes laborieuses, tout comme
l'introduction des machines à fabriquer des appareils ménagers
a suscité l'hostilité des classes ouvrières.
Nul homme qui peut, depuis son bureau, son téléphone
à portée de main, et ainsi écouter un opéra
à l'Académie, ne voudra se rendre rue Quatorze et passer
la soirée dans un immeuble surchauffé et bondé.
De même, beaucoup préféreront écouter des
conférences et des sermons dans le confort et l'intimité
de leur chambre plutôt que d'aller à l'église
ou à la salle de conférence. Le visiteur rural qui passe
un dimanche en ville et lit une annonce imprimée dans la réception
de son hôtel indiquant que les sermons «TALMAGE'S»,
tirés du bois, peuvent être entendus à 11 heures
dans la salle téléphonique », renoncera bien sûr
à son intention initiale de risquer un voyage à Brooklyn
et écoutera le téléphone trembler, dont le laiton
sensible vibre au rythme de la voix du célèbre orateur
de Brooklyn.
Ainsi, le téléphone, en apportant musique et ministres
dans chaque foyer, videra les salles de concert et les églises,
et le jour viendra peut-être où lon pourra entendre
un futur Von Büllow jouant seul du piano dans sa chambre et un
futur Talmage prêchant dans son gymnase privé, dans chaque
maison bien meublée du continent américain.
Il est désagréable de souligner un dessein potentiellement
sinistre de la part dun inventeur au génie reconnu et
aux intentions apparemment bienveillantes. Néanmoins, par souci
patriotique du succès de notre centenaire qui approche, il
est nécessaire davertir les organisateurs de lExposition
de Philadelphie que le téléphone pourrait bien être
un instrument des ennemis de la République. WAgner compose
une ouverture pour l'exposition, et l'on suppose que des milliers
de personnes se rendront à Philadelphie pour l'écouter.
Quelqu'un prononcera un discours, et quelqu'un d'autre récitera
un poème après que les acclamations de l'ouverture se
seront dissipées ; on pense qu'il y a des gens qui souhaitent
entendre les deux. De plus, la Déclaration d'indépendance
sera lue à l'occasion de l'ouverture de l'exposition, et ceux
qui n'ont jamais vu d'exemplaire de ce document seront, bien sûr,
impatients de l'entendre. Mais que se passerait-il si le professeur
Reuss , avec une malice délibérée et à
l'instigation des despotes européens, distribuait des téléphones
dans toutes les villes d'Amérique, permettant ainsi à
leurs citoyens d'écouter l'ouverture, le discours, le poème
et la Déclaration, sans les difficultés et les dépenses
liées au déplacement à Philadelphie ? Quel succès
pourrait bien connaître, dans ce cas, une exposition à
laquelle seuls les Philadelphiens munis de laissez-passer gratuits
se rendraient ? Rien, jusqu'à présent, n'indique que
tel soit le sombre dessein du professeur Reuss , mais comme tous les
despotes étrangers, de la Reine à la Tour de Londres
au Prince de Monaco, à Dans l'arrière-salle de son tripot,
les gens, notoirement et constamment, s'arrachent les cheveux en entendant
parler de BELKNAP et PENDLETON , et en constatant les progrès
et la prospérité de notre nation, il n'est pas impossible
qu'ils aient le projet infâme d'attaquer les célébrations
du centenaire avec des téléphones. Cependant, il y a
une consolation. Si l'ouverture de Wagner est écrite dans le
style caractéristique de l'auteur, aucun téléphone
fabriqué avec des matériaux plus fragiles que des plaques
d'acier de seize pouces ne pourra la retransmettre correctement. Avec
le premier grand fracas des cuivres et grosses caisses de de WAGNER
retentissent, tous les téléphones voleront en éclats
et un silence épouvantable s'installera sur le pays, sauf à
une distance disons de cinquante miles du centre de la perturbation
musicale.
sommaire
Dans "Les annales télégraphiques"
de 1876 on pouvait lire :
Le Télégraphe parlant (Téléphone).
On fait certain bruit depuis quelques jours autour d'une « véritable
merveille télégraphique », pour employer l'expression
dont on s'est servi. On viendrait de découvrir tout dernièrement
le moyen de transmettre la parole à des distances quelconques.
Il suffirait de parler à portée du télégraphe
pour se faire entendre d'un bout à l'autre de l'Europe. On
chanterait à New-York et l'on entendrait à Londres.
Le morceau de musique joué à Paris serait entendu à
Vienne, et réciproquement. On pourrait, avec un fil télégraphique,
faire assister toute la province à l'audition d'un opéra
nouveau, de la vraie musique de chambre, cette fois ! Rien n'empêcherait
de louer son fil télégraphique et d'entendre à
domicile le meilleur orchestre du monde. J'en passe ... - L'avenir
nous réserve très vraisemblablement de pareilles surprises
; mais n'allons pas si vite.
La nouvelle est vraie en príncipe : on peut transmettre des
sons par un fil électrique ; on peut même reproduire,
tant bien que mal, à distance, une mélodie, c'est exact;
ce qui ne l'est plus, c'est que nous ne sachions cela que d'hier;
la nouvelle est vieille, et il n'est pas inutile de rétablir
les faits sous leur véritable jour. Nous écrivions en
1863 : « Bientôt on parlera sans doute à distance;
le télégraphe Caselli transmet au loin le dessin qu'il
vous plaît de lui confier, le plan, le paysage, etc., il dessine,
il peint même. La parole se transmettra comme la pensée,
comme l'écriture. Ce résultat n'est pas encore obtenu
dans toute sa généralité; mais les premiers essais
tentés dans cette voie sont assez concluants pour qu'il soit
permis d'espérer leur réalisation prochaine. C'est à
M. Reuss, professeur de physique à Friedrischsdorf,
qu'est due l'expérience très intéressante que
nous allons faire connaître. « Un public nombreux était
réuni dans le grand amphithéâtre de physique de
l'Association de Francfort. Cent mètres au delà, M.
Reuss avait établi son appareil dans une salle bien close.
A un moment donné, il recommanda le silence aux auditeurs du
grand amphithéâtre ; tout à coup une voix descendit
comme du plafond ; puis un chant se fit entendre pendant plusieurs
minutes . D'où venait la voix ? On eût dit le chant à
la fois triste et mystérieux de sylphes, de gnomes voltigeant
dans l'air. L'effet était saisissant. « M. Reuss avait
prié une artiste de Francfort de chanter derrière son
appareil placé à 100 mètres de l'amphithéâtre.
Les sons avait été transmis par un fil télégraphique
jusque dans la salle... >>> Dès cette époque,
comme on le voit, on pouvait transmettre les sons par le télégraphe.
L'appareil dont il a été question ces jours-ci a été
expérimenté en Amérique par les professeurs Thomson
et Watson. C'est le télégraphe électrique de
M. le professeur Reuss. Il a reproduit le son à distance en
Amé- rique comme à Francfort ; c'est tout naturel. Le
secret du télégraphe parlant est bien facile à
faire con- naître. L'appareil transmetteur consiste en une grande
boîte carrée en bois, fermée sur sa face supérieure
par une mince membrane. C'est un tambour carré. Un gros porte-voix
est fixé sur une des faces latérales. On parle devant
son embouchure; le son, renforcé par la caisse sonore, entre
à l'intérieur et fait vibrer la membrane . C'est le
mouvement vibratoire de la membrane qui devient le point de départ
de la transmission . A cheval sur cette membrane est disposée
une mince lame de platine qui oscille avec elle ; à chaque
oscillation, la lame vient butter sur une autre lame métallique
en relation avec un fil électrique ; à chaque contact
des deux lames, un courant électrique passe dans le fil. Les
vibrations de la membrane engendrent les vibrations similaires de
la lame, et celles-ci produisent une succession de courants électriques
dans le fil télégraphique. Voilà pour la station
de départ. Voyons l'arrivée. A l'arrivée, on
remarque une espèce de boîte à violon au- dessus
de laquelle, en guise de cordes, est installée une tringle
en fer, ou plutôt une aiguille à tricoter de 30 centimètres
de longueur environ. Autour de l'aiguille on a enroulé des
spires de fil de cuivre isolées les unes des autres par un
tissu de soie. C'est tout. Le fil télégraphique du départ
aboutit à la spire qui entoure l'aiguille de fer. Les courants
électriques lancés dans le fil par l'appareil transmetteur
arrivent dans la spire et réagissent sur l'aiguille. Celle-ci
se met à vibrer à son tour comme une corde de violon;
les vibrations de la membrane de l'appareil transmetteur retentissent
ainsi sur l'aiguille du récepteur. La membrane recueille le
son, l'aiguille le reproduit. M. Reuss n'a fait ici que tirer un ingénieux
parti d'une observation recueillie autrefois par Page et Henry : ces
deux physiciens remarquèrent que lorsqu'on soumet une baguette
de fer doux à une série rapide d'aimantations et de
désaiman- tations, la baguette entre en vibration et rend un
son. Le passage du courant électrique dans la spire a pour
effet d'aimanter l'aiguille en fer doux qui perd instantanément
son aimantation quand le courant est interrompu. Ces aimantations
et désaimantations successives engendrent le son, qui est renforcé
par la boîte résonnante . Et c'est ainsi qu'un son peut
courir à travers l'espace sur un fil télégraphique.
Il est remarquable que, dans cette expérience, les vibrations
de la baguette soient précisément synchrones des vibrations
de la membrane, et, par suite, reproduisent exactement celles de l'instrument
que l'on fait jouer devant le porte-voix. La hauteur de son et l'intervalle
des notes sont parfaitement conservés, ces deux éléments
qui constituent la caractéristique de la mélodie. Jusqu'ici,
et malgré les perfectionnements apportés depuîs
1863, le téléphone est resté sans application.
Comme moyen télégraphique, l'appareil est moins rapide
que le télégraphe ordinaire. Le son produit est métallique,
un peu nasillard, et assurément la voix la moins harmonieuse
n'a aucun intérêt à se faire reproduire à
distance par cet appareil ; toutefois , en se servant de plusieurs
aiguilles bavardes au lieu d'une, en étudiant mieux la caisse
résonnante, en transmettant les vibrations à des corps
sonores d'un timbre plus agréable, nous ne doutons pas que
l'on ne parvienne à une solution complète. Ainsi, M.
Frédéric Katsner est parvenu à construire un
orgue à flammes dans lequel les vibrations de la flamme dans
des tubes donnent des sons harmonieux ; peut- être la vibration
électrique communiquée à ces flammes chantantes
fourniraient-elle des sons d'un timbre agréable. On ne saurait,
en tout cas, trop attirer l'attention des physiciens sur le télégraphe
parlant; il peut devenir, entre leurs mains, un appareil télégraphique
susceptible d'application, et assurément l'un des instruments
les plus curieux qu'ait vus naître notre époque si riche
en découvertes de toute nature.
DE PARVILLE, D
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