Johann Philipp Reis
Reis Né le 7 janvier 1834 à Gelnhausen en Allemagne
En juillet 1860, Philipp Reis a fait une démonstration
du « téléphone » à son ancien professeur
de physique Poppe dans sa maison de Friedrichsdorf. Il transmet la
mélodie « Muß i denn zum Städtele hinaus »
depuis un bâtiment arrière à travers la cour jusqu'à
une pièce de la maison. Là, le récepteur de l'aiguille
à tricoter est fixé à une boîte à
cigares, dont la résonance rend les sons clairement audibles
dans toute la pièce. Il s'agit de la première démonstration
certifiée du téléphone et également de
la première du haut-parleur.
Voir
le livre biographie de Philipp Reis
Contexte : Le premier essai de téléphonie
électrique date de 1837.
A cette époque, un Américain nommé Page reconnut
qu'un barreau aimanté peut émettre des sons lorsqu'il
est soumis alternativement à des aimantations et à des
désaimantations rapides.
En approchant brusquement les pôles d'un aimant en fer à
cheval d'une bobine aplatie roulée en hélice, il obtenait
un son auquel il donna le nom de battement magnétique.
Des interruptions fréquentes du courant augmentaient notablement
l'effet des vibrations de Page et donnaient naissance à des
sons distincts très intenses.
En 1854, un Français, Charles Bourseul, publia sur la transmission
électrique de la parole un travail dans lequel il disait :
« Imaginez que l'on parle près d'une plaque mobile assez
flexible pour ne perdre aucune des vibrations produites par la voix,
que cette plaque établisse et interrompe successivement la
communication avec une pile, et vous pourrez avoir à distance
une autre plaque qui exécutera en même temps les mêmes
vibrations... Il est certain que, dans un avenir plus ou moins éloigné,
la parole sera transmise à distance par l'électricité.
J'ai commencé à faire des expériences à
cet égard ; elles sont délicates et exigent du temps
et de la patience, mais les approximations obtenues font entrevoir
un résultat favorable. » Page et Bourseul, sont donc
les précurseurs de Philippe Reis, qui réussit à
construire le premier téléphone électrique.
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Reis
en 1860, est professeur de physique dans une école de Friedrichsdorf.
« Je fus amené, écrivit-il en 1868, à poursuivre,
dans l'intérêt de mes leçons, un travail que j'avais
commencé depuis longtemps au sujet des organes de l'ouïe,
et j'eus bientôt la joie de voir mes efforts couronnés
de succès : je réussis à inventer un appareil
au moyen duquel il est possible de rendre claires et évidentes
les fonctions de l'ouïe, et qui peut aussi servir à reproduire
toute espèce de sons à n'importe quelle distance par
le courant électrique. »
Passionné de sciences, c'est également un ingénieux
inventeur amateur : il met au point en 1860 le premier appareil électrique
capable de transmettre une mélodie musicale à distance,
un modèle d'oreille humaine dans lequel une membrane joue le
rôle de tympan et une pièce de platine celui du marteau.
Il le nomme « telephon ». On peut considérer cet
appareil comme le premier des « téléphones ».
Il décrit cet appareil dans un document de 1863 et le nomme
téléphone pour lémetteur et appareil de
reproduction pour le récepteur.
Reis a construit
son premier modèle de téléphone en 1858, quatre
ans après l'article de Bourseul.
Une variante du deuxième modèle de Reis a été
construite dans la seconde moitié de 1862 par Wilhelm von
Legat, inspecteur des Télégraphes royaux prussiens,
Certains auteurs considèrent celui-ci comme le troisième
modèle de Reis, tandis que d'autres de manière
plus appropriée l'appellent le modèle «
Reis-Legat ».
Reis poursuit ses expérimentations et développe un troisième
modèle Il en fit la première démonstration à
la Société de Physique de Francfort-sur-le-Main le 4
juillet 1863 .
En 1864, il affirme pouvoir également transmettre
la parole.
Il réalise la même année une démonstration
devant l'association de physique de Francfort. Il ne sera jamais considéré
comme l'inventeur du téléphone, nayant pas réussi
à vendre son projet et à améliorer son appareil
afin de lui trouver une utilisation pratique ; en revanche, il demeure
à lorigine du mot "téléphone".
L'instrument de Reis n'était destiné qu'à la
reproduction des sons musicaux.
C'était un téléphone musical, qui ne transmettait
que la hauteur du son ; toutefois il renfermait les éléments
essentiels des téléphones-actuels.
Cet instrument était formé de deux parties bien distinctes
: le transmetteur et le récepteur.
Le transmetteur se composait d'un tube A, débouchant dans une
boîte sonore, à la partie supérieure de laquelle
se trouvait une membrane bien tendue qui vibrait à l'unisson
des ébranlements qu'elle recevait.

Téléphone de Reis Postmuseum Frankfurt
Au centre de cette membrane était un petit
disque de platine qui communiquait par la borne H avec l'un des
pôles d'une pile voltaïque et qui transmettait le courant
au fil de ligne chaque fois que la membrane, soulevée par
les sons émis devant l'embouchure de l'instrument, venait
à rencontrer l'extrémité du fil conducteur
aboutissant à la borne H.
L'autre pôle de la pile était relié à
la terre.
Le récepteur était constitué par une tige de
. fer DD, autour de laquelle était enroulé un fil
de cuivre recouvert de soie.
Cette tige s'appuyait sur deux chevalets EE et était placée
sur une boîte creuse très sonore GG', qui renforçait
les vibrations déterminées par les interruptions successives
du courant dans la tige métallique.
Le fil de ligne arrivait à l'une des extrémités
de la spirale de cuivre, et le circuit était complété
par l'autre extrémité, qui communiquait avec la terre.
Le récepteur reproduisait synchroniquement toutes les vibrations
de la membrane du transmetteur; la mesure et la tonalité
d'une mélodie étaient très fidèlement
exprimées.
Quand on chantait ou quand on jouait d'un instrument quelconque
à l'embouchure du tube A, la membrane entrait en vibrations,
et pendant ces vibrations la pointe de la tige et du disque o, qui
n'était autre chose qu'un interrupteur du courant, éprouvait
une succession de contacts et de disjonctions avec la membrane.
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Bibliographie ISBN 3-89570-496-2 Geiger-Verlag, 1998
Das Telephon von Philipp Reis 316 Seiten mit zahlreichen Abbildungen.
ISBN: 3-00-004284
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Le téléphone de Reis
n'eut pas le succès qu'il méritait, dit M. Louis Figuier
dans les Merveilles de la science. Personne ne sut entrevoir l'avenir
réservé à ce remarquable appareil, que les
physiciens allemands regardèrent comme un simple perfectionnement
du vibrateur de Page.
Il existe en Allemagne un recueil scientifique qui fait autorité,
les Annales de physique de Poggendorff, dans lequel sont publiés
tous les travaux de physique ayant une véritable valeur.
Philippe Reis sollicita de Poggendorff l'insertion de son mémoire
dans ce recueil magistral; mais Poggendorff ne daigna pas donner
asile à l'uvre d'un pauvre instituteur inconnu du monde
savant.
Il arrête ses recherches en 1865, atteint de tuberculose.
Il décède à Friedrichsdorf en Allemagne le
24 janvier 1874, deux ans avant "l'invention du téléphone"
par Bell.
En 1947, STC, une compagnie de téléphones allemande,
effectue des essais avec le téléphone mis au point
par Philipp Reis et se rend compte que l'appareil transmettait bien
la parole, bien que le son fût faible.
STC est alors liée à AT&T, la société
créée par Bell. L'affaire est étouffée
car elle aurait porté préjudice à l'entreprise
si on avait pu penser que Bell n'était pas le vrai inventeur
du téléphone.
Dans la presse Américaine le "Manufacture
and builder" de mai 1869, on pouvait lire

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Un article publié par le New York Times
le 22 mars 1876 est consacré au téléphone
de l'allemand Philipp Reis (désigné par erreur comme
"Prof. Reuss") moins de deux mois avant la première
démonstration publique du speaking telephone par Gramam Bell
au M.I.T. le 25 mai 1876.
L'article ne s'intéresse pas aux caractéristiques techniques
de l'appareil de Reis mais imagine les conséquences catastrophiques
que cette invention va avoir pour la fréquentation des salles
de concerts et la représentation des oeuvres - les opéras
de Wagner sont citées comme exemple type - et donc pour l'économie
de la vie musicale.
L'anné suivante, un amusant dessin, illustrant la partition
de la chanson "The Wondrous Telephone" de Thomas P. Westendorf
(1877) imaginera une situation inverse : le public va toujours au
concert, mais pour écouter par téléphone. L'orchestre
a disparu et le chef d'orchestre est seul en scène.
Le journal "New York Times" , 22 mars
1876, page 8 publia :
Prof. Reuss, a distinguished German performer on telegraphic instruments,
has recently made an invention which cannot fail to prove of great
interest to musicians, and, indeed, to the general public. The telephone--for
that is the name of the new instrument--is intended to convey sounds
from one place to another over the ordinary telegraph-wires, and it
can be used to transmit either the uproar of a Wagnerian orchestra
or the gentle cooing of a female lecturer. In appearance, the telephone
somewhat resembles a Morse instrument; but in addition to the usual
quantity of magnets and polished brass, it is provided with an ear-trumpet
and a curious collection of miscellaneous machinery of small size,
but of presumably enormous horse-power. When Mme. TITIENS is singing,
or Mr. THOMAS' orchestra is playing, or a champion orator is apostrophizing
the American eagle, a telephone, placed in the building where such
sounds are in process of production, will convey them over the telegraph-wires
to the remotest corners of the earth. By means of this remarkable
instrument, a man can have the Italian opera, the Federal Congress,
and his favorite preacher laid on his own house. Before many years
we shall probably read in the advertisements of house agents descriptions
of houses to let in which hot and cold water and Baptist preachers
are laid on in every room; of others fitted throughout with gas and
congressional orators; and still others in which the front parlor
is telephonically connected with the Academy of Music, and the back
parlor contains a series of instruments by means of which fifty eminent
preachers, of different denominations, can be kept constantly on draught.
The universal use of the telephone will, of course, be viewed with
disapprobation by the sound-producing part of the community, just
as the introduction of labor-saving machines was met by the hostility
of the laboring classes. No man who can sit in his own study with
his telephone by his side, and thus listen to the performance of an
opera at the Academy, will care to go to Fourteenth street and to
spend the evening in a hot anti crowded building. In like manner,
many persons will prefer to hear lectures and sermons in the comfort
and privacy of their own rooms, rather than to go to the church or
the lecture-room. The rural visitor who spends a Sunday in town, and
reads a printed notice in the office of his hotel to the effect that
"TALMAGE'S sermons, drawn from the wood, can be had at 11 o'clock
in the telephonic room," will, of course, give up his original
intention of risking a journey to Brooklyn, and will listen to the
trembling telephone as its sympathetic brass vibrates to the tones
of the resonant Brooklyn orator. Thus the telephone, by bringing music
and ministers into every home, will empty the concert-halls and the
churches, and the time may come when a future Von Büllow
playing a solitary piano in his private room, and a future Talmage
preaching in his private gymnasium, may be heard in every well-furnished
house on the American continent.
It is an unpleasant task to point out a possibly sinister purpose
on the part of an inventor of conceded genius and ostensibly benevolent
intentions. Nevertheless, a patriotic regard for the success of our
approaching Centennial celebration renders it necessary to warn the
managers of the Philadelphia Exhibition that the telephone may really
be a device of the enemies of the Republic. WAGNER is to write an
overture for the exhibition, and it is assumed that thousands of people
will go to Philadelphia to hear it. Somebody is to make an oration,
and somebody else is to deliver a poem after the roar of the overture
has died away, and it is believed, that there are persons who wish
to listen to both. Moreover, the Declaration of Independence is to
be read in connection with the opening of the Exhibition, and those
who have never seen a copy of that document will, of course, be anxious
to hear it read. But what if Prof. REUSS, with deliberate malice,
and at the instigation of the European despots, should distribute
telephones to all the cities of America, and thus enable their citizens
to listen to overture, oration, poem, and Declaration, without the
trouble and expense of going to Philadelphia? What possible success
would in such case attend an exhibition to which nobody but Philadelphians
with free passes would come? There is so far nothing to indicate that
this is Prof. REUSS' dark design, but as all foreign despots, from
the Queen, in the Tower of London, to the Prince of Monaco, in the
backroom of his gambling palace, are notoriously and constantly tearing
their hair as they hear of BELKNAP and PENDLETON, and note the progress
and prosperity of our nation, it is not impossible that they have
the infamous scheme of attacking the Centennial Celebration with telephones.
However, there is one comfort. If the Wagner overture is written in
the author's characteristic style, no telephone made of weaker materials
than sixteen-inch steel plates can successfully report it. With the
first grand crash of WAGNER'S brass and bass-drums every telephone
will fly into pieces and an awful silence will settle over the land,
except within a distance of say fifty miles from the center of musical
disturbance.
Traduction
Le professeur Reuss, éminent musicien allemand spécialisé
dans les instruments télégraphiques, a récemment
inventé un instrument qui ne manquera pas d'intéresser
les musiciens, et même le grand public. Ce nouvel instrument,
baptisé « téléphone »,
est conçu pour transmettre des sons d'un endroit
à un autre via les lignes télégraphiques ordinaires.
Il peut servir à retransmettre aussi bien le tumulte d'un orchestre
wagnérien que les doux murmures d'une conférencière.
Son apparence rappelle celle d'un appareil Morse ; mais outre les
aimants et les pièces en laiton poli habituels, il est doté
d'un cornet acoustique et d'un curieux ensemble de mécanismes
divers, de petite taille mais d'une puissance vraisemblablement considérable.
Lorsque Mme Titiens chante, que l'orchestre de M. Thomas joue ou qu'un
orateur de renom encense l'aigle américain, un téléphone,
installé dans le bâtiment où ces sons sont produits,
les transmettra par les lignes télégraphiques jusqu'aux
confins du monde. Grâce à cet instrument remarquable,
un homme peut avoir l'opéra italien, le Congrès fédéral
et son prédicateur préféré diffusés
directement chez lui.
D'ici quelques années, on lira probablement dans les annonces
immobilières des descriptions de maisons à louer où
l'eau chaude et froide et des prédicateurs baptistes sont diffusés
dans chaque pièce ; d'autres entièrement équipées
au gaz et où l'on entend les discours des orateurs du Congrès
; et d'autres encore où le salon principal est relié
par téléphone à l'Académie de musique,
et le salon secondaire abrite une série d'appareils permettant
de diffuser en permanence les discours de cinquante prédicateurs
éminents, de différentes confessions.
L'usage généralisé du téléphone
sera, bien sûr, mal vu par les classes laborieuses, tout comme
l'introduction des machines à fabriquer des appareils ménagers
a suscité l'hostilité des classes ouvrières.
Nul homme qui peut, depuis son bureau, son téléphone
à portée de main, et ainsi écouter un opéra
à l'Académie, ne voudra se rendre rue Quatorze et passer
la soirée dans un immeuble surchauffé et bondé.
De même, beaucoup préféreront écouter des
conférences et des sermons dans le confort et l'intimité
de leur chambre plutôt que d'aller à l'église
ou à la salle de conférence. Le visiteur rural qui passe
un dimanche en ville et lit une annonce imprimée dans la réception
de son hôtel indiquant que les sermons «TALMAGE'S»,
tirés du bois, peuvent être entendus à 11 heures
dans la salle téléphonique », renoncera bien sûr
à son intention initiale de risquer un voyage à Brooklyn
et écoutera le téléphone trembler, dont le laiton
sensible vibre au rythme de la voix du célèbre orateur
de Brooklyn.
Ainsi, le téléphone, en apportant musique et ministres
dans chaque foyer, videra les salles de concert et les églises,
et le jour viendra peut-être où lon pourra entendre
un futur Von Büllow jouant seul du piano dans sa chambre et un
futur Talmage prêchant dans son gymnase privé, dans chaque
maison bien meublée du continent américain.
Il est désagréable de souligner un dessein potentiellement
sinistre de la part dun inventeur au génie reconnu et
aux intentions apparemment bienveillantes. Néanmoins, par souci
patriotique du succès de notre centenaire qui approche, il
est nécessaire davertir les organisateurs de lExposition
de Philadelphie que le téléphone pourrait bien être
un instrument des ennemis de la République. WAgner compose
une ouverture pour l'exposition, et l'on suppose que des milliers
de personnes se rendront à Philadelphie pour l'écouter.
Quelqu'un prononcera un discours, et quelqu'un d'autre récitera
un poème après que les acclamations de l'ouverture se
seront dissipées ; on pense qu'il y a des gens qui souhaitent
entendre les deux. De plus, la Déclaration d'indépendance
sera lue à l'occasion de l'ouverture de l'exposition, et ceux
qui n'ont jamais vu d'exemplaire de ce document seront, bien sûr,
impatients de l'entendre. Mais que se passerait-il si le professeur
Reuss , avec une malice délibérée et à
l'instigation des despotes européens, distribuait des téléphones
dans toutes les villes d'Amérique, permettant ainsi à
leurs citoyens d'écouter l'ouverture, le discours, le poème
et la Déclaration, sans les difficultés et les dépenses
liées au déplacement à Philadelphie ? Quel succès
pourrait bien connaître, dans ce cas, une exposition à
laquelle seuls les Philadelphiens munis de laissez-passer gratuits
se rendraient ? Rien, jusqu'à présent, n'indique que
tel soit le sombre dessein du professeur Reuss , mais comme tous les
despotes étrangers, de la Reine à la Tour de Londres
au Prince de Monaco, à Dans l'arrière-salle de son tripot,
les gens, notoirement et constamment, s'arrachent les cheveux en entendant
parler de BELKNAP et PENDLETON , et en constatant les progrès
et la prospérité de notre nation, il n'est pas impossible
qu'ils aient le projet infâme d'attaquer les célébrations
du centenaire avec des téléphones. Cependant, il y a
une consolation. Si l'ouverture de Wagner est écrite dans le
style caractéristique de l'auteur, aucun téléphone
fabriqué avec des matériaux plus fragiles que des plaques
d'acier de seize pouces ne pourra la retransmettre correctement. Avec
le premier grand fracas des cuivres et grosses caisses de de WAGNER
retentissent, tous les téléphones voleront en éclats
et un silence épouvantable s'installera sur le pays, sauf à
une distance disons de cinquante miles du centre de la perturbation
musicale.
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Dans "Les annales télégraphiques"
de 1876 on pouvait lire :
Le Télégraphe parlant (Téléphone).
On fait certain bruit depuis quelques jours autour d'une « véritable
merveille télégraphique », pour employer l'expression
dont on s'est servi. On viendrait de découvrir tout dernièrement
le moyen de transmettre la parole à des distances quelconques.
Il suffirait de parler à portée du télégraphe
pour se faire entendre d'un bout à l'autre de l'Europe. On
chanterait à New-York et l'on entendrait à Londres.
Le morceau de musique joué à Paris serait entendu à
Vienne, et réciproquement. On pourrait, avec un fil télégraphique,
faire assister toute la province à l'audition d'un opéra
nouveau, de la vraie musique de chambre, cette fois ! Rien n'empêcherait
de louer son fil télégraphique et d'entendre à
domicile le meilleur orchestre du monde. J'en passe ... - L'avenir
nous réserve très vraisemblablement de pareilles surprises
; mais n'allons pas si vite.
La nouvelle est vraie en príncipe : on peut transmettre des
sons par un fil électrique ; on peut même reproduire,
tant bien que mal, à distance, une mélodie, c'est exact;
ce qui ne l'est plus, c'est que nous ne sachions cela que d'hier;
la nouvelle est vieille, et il n'est pas inutile de rétablir
les faits sous leur véritable jour. Nous écrivions en
1863 : « Bientôt on parlera sans doute à distance;
le télégraphe Caselli transmet au loin le dessin qu'il
vous plaît de lui confier, le plan, le paysage, etc., il dessine,
il peint même. La parole se transmettra comme la pensée,
comme l'écriture. Ce résultat n'est pas encore obtenu
dans toute sa généralité; mais les premiers essais
tentés dans cette voie sont assez concluants pour qu'il soit
permis d'espérer leur réalisation prochaine. C'est à
M. Reuss, professeur de physique à Friedrischsdorf,
qu'est due l'expérience très intéressante que
nous allons faire connaître. « Un public nombreux était
réuni dans le grand amphithéâtre de physique de
l'Association de Francfort. Cent mètres au delà, M.
Reuss avait établi son appareil dans une salle bien close.
A un moment donné, il recommanda le silence aux auditeurs du
grand amphithéâtre ; tout à coup une voix descendit
comme du plafond ; puis un chant se fit entendre pendant plusieurs
minutes . D'où venait la voix ? On eût dit le chant à
la fois triste et mystérieux de sylphes, de gnomes voltigeant
dans l'air. L'effet était saisissant. « M. Reuss avait
prié une artiste de Francfort de chanter derrière son
appareil placé à 100 mètres de l'amphithéâtre.
Les sons avait été transmis par un fil télégraphique
jusque dans la salle... >>> Dès cette époque,
comme on le voit, on pouvait transmettre les sons par le télégraphe.
L'appareil dont il a été question ces jours-ci a été
expérimenté en Amérique par les professeurs Thomson
et Watson. C'est le télégraphe électrique de
M. le professeur Reuss. Il a reproduit le son à distance en
Amé- rique comme à Francfort ; c'est tout naturel. Le
secret du télégraphe parlant est bien facile à
faire con- naître. L'appareil transmetteur consiste en une grande
boîte carrée en bois, fermée sur sa face supérieure
par une mince membrane. C'est un tambour carré. Un gros porte-voix
est fixé sur une des faces latérales. On parle devant
son embouchure; le son, renforcé par la caisse sonore, entre
à l'intérieur et fait vibrer la membrane . C'est le
mouvement vibratoire de la membrane qui devient le point de départ
de la transmission . A cheval sur cette membrane est disposée
une mince lame de platine qui oscille avec elle ; à chaque
oscillation, la lame vient butter sur une autre lame métallique
en relation avec un fil électrique ; à chaque contact
des deux lames, un courant électrique passe dans le fil. Les
vibrations de la membrane engendrent les vibrations similaires de
la lame, et celles-ci produisent une succession de courants électriques
dans le fil télégraphique. Voilà pour la station
de départ. Voyons l'arrivée. A l'arrivée, on
remarque une espèce de boîte à violon au- dessus
de laquelle, en guise de cordes, est installée une tringle
en fer, ou plutôt une aiguille à tricoter de 30 centimètres
de longueur environ. Autour de l'aiguille on a enroulé des
spires de fil de cuivre isolées les unes des autres par un
tissu de soie. C'est tout. Le fil télégraphique du départ
aboutit à la spire qui entoure l'aiguille de fer. Les courants
électriques lancés dans le fil par l'appareil transmetteur
arrivent dans la spire et réagissent sur l'aiguille. Celle-ci
se met à vibrer à son tour comme une corde de violon;
les vibrations de la membrane de l'appareil transmetteur retentissent
ainsi sur l'aiguille du récepteur. La membrane recueille le
son, l'aiguille le reproduit. M. Reuss n'a fait ici que tirer un ingénieux
parti d'une observation recueillie autrefois par Page et Henry : ces
deux physiciens remarquèrent que lorsqu'on soumet une baguette
de fer doux à une série rapide d'aimantations et de
désaiman- tations, la baguette entre en vibration et rend un
son. Le passage du courant électrique dans la spire a pour
effet d'aimanter l'aiguille en fer doux qui perd instantanément
son aimantation quand le courant est interrompu. Ces aimantations
et désaimantations successives engendrent le son, qui est renforcé
par la boîte résonnante . Et c'est ainsi qu'un son peut
courir à travers l'espace sur un fil télégraphique.
Il est remarquable que, dans cette expérience, les vibrations
de la baguette soient précisément synchrones des vibrations
de la membrane, et, par suite, reproduisent exactement celles de l'instrument
que l'on fait jouer devant le porte-voix. La hauteur de son et l'intervalle
des notes sont parfaitement conservés, ces deux éléments
qui constituent la caractéristique de la mélodie. Jusqu'ici,
et malgré les perfectionnements apportés depuîs
1863, le téléphone est resté sans application.
Comme moyen télégraphique, l'appareil est moins rapide
que le télégraphe ordinaire. Le son produit est métallique,
un peu nasillard, et assurément la voix la moins harmonieuse
n'a aucun intérêt à se faire reproduire à
distance par cet appareil ; toutefois , en se servant de plusieurs
aiguilles bavardes au lieu d'une, en étudiant mieux la caisse
résonnante, en transmettant les vibrations à des corps
sonores d'un timbre plus agréable, nous ne doutons pas que
l'on ne parvienne à une solution complète. Ainsi, M.
Frédéric Katsner est parvenu à construire un
orgue à flammes dans lequel les vibrations de la flamme dans
des tubes donnent des sons harmonieux ; peut- être la vibration
électrique communiquée à ces flammes chantantes
fourniraient-elle des sons d'un timbre agréable. On ne saurait,
en tout cas, trop attirer l'attention des physiciens sur le télégraphe
parlant; il peut devenir, entre leurs mains, un appareil télégraphique
susceptible d'application, et assurément l'un des instruments
les plus curieux qu'ait vus naître notre époque si riche
en découvertes de toute nature.
DE PARVILLE, D
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