Charles
Bourseul 1829-1912
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Fin 1848, Charles
Bourseul, jeune homme savant et modeste, enlevé à
ses études paisibles, devenait soldat de l'armée
d'Afrique; mais, passionné pour la science, et doué
d'une de ces intelligences privilégiées qui permettent
d'en atteindre toutes les hauteurs, il ne se désespérait
pas.
« Je n'ai plus mes professeurs, disait-il, mais j'ai
encore mes livres ; ils seront mes amis, mes guides, mes consolateurs.
»
En 1849, le jeune Charles Bonrseul. fils d'un officier de l'armée,
et soldat lui-même au 43.éme de Ligne, faisait
à ses camarades de la garnison d'Alger un cours de mathématiques
qui attira sur lui l'attention et le bienveillant intérêt
de M. le gouverneur général de l'Algérie.
A cette époque, le prince Bonaparte vit l'intérêt
de la nouvelle invention du télégraphe électrique
dans un gouvernement autoritaire. La loi du 29 novembre 1850
étendit le télégraphe électrique
à toute la France. Les services furent ouverts le 1er
mars 1851 et en janvier 1855 toutes les préfectures étaient
reliées à Paris par télégraphe électrique.
Après des études secondaires, Charles Bourseul
entra dans l'administration des Télégraphes en
1851.
Dans ces fonctions, Bourseul fut un des premiers à
utiliser le Morse, alors dans toute sa nouveauté en France
(1853). |
Intéressé d'autre part par les problèmes
d'acoustique, Bourseul
rédigea en 1854 un article dans la presse "l'illustration"
où il pressentait déjà le futur téléphone.
Fait étonnant : En 1854 Bourseul et tous les scientifiques du monde
entier ignoraient que à Cuba Antonio
Meucci avait déjà mis
au point un téléphone pour ses besoins propres.
First telephone
link, established by Antonio Meucci in Clifton, between 1854 and 1856
Qui est Bourseul
? (Voir
en ligne une biographie)
Peu nombreux sont les Français qui sont en mesure de répondre
à cette question.
La plupart des manuels de physique taisent son nom. Le bibliographe
du dictionnaire Quillet commet même une erreur lorsqu'il
indique que Bourseul était électricien de son état.
Charles Bourseul est né à Bruxelles, en 1829,
de parents français.
Il fit ses études aux Lycées de Douai, puis; d'Alger.
Entré dans l'Administration des P.T.T. en 1851,
après un échec à Polytechnique, comme simple
employé au bureau télégraphique de Paris-Bourse,
il termina sa carrière comme Directeur des Postes du Lot.
En cette qualité il habita 8, rue des Cadourques, à
Cahors. (villa des Cadourques), de 1878 à 1887.
Les parents de Mme Michelet, étaient propriétaires
de l'immeuble. Encore adolescente elle joua avec les enfants de
Bourseul.
Elle se souvient très bien avoir assisté et même
participé aux expériences de téléphonie
auxquelles se livrait presque en permanence M. Bourseul, soit
dans le parc, soit entre les divers bâtiments.
Esprit scientifique, Bourseul, affecté au service des transmissions,
améliora les appareils qu'il utilisait pour son travail.
Cinq appareils télégraphiques inventés par
Bourseul sont déposés au Conservatoire des Arts
et Métiers à Paris :
N° 15079, commutateur inverseur, a fiche 1878.
N° 151084, commutateur inverseur, à manette 1883
N° 15135, sonnerie polarisée, à manette 1875
N° 15136, sonnerie polarisée, à trembleurs 1877
N° 15137, sonnerie polarisée, à trembleurs 1880.
C'est en étudiant la transmission de la phrase écrite
qu'il fut amené à découvrir la transmission
électrique de la phrase parlée.
Au préalable, il se livra à de patientes études
des sons du langage, tout d'abord du, point de vue acoustique
et physiologique.
Voici dans quelles circonstances.
En 1851 Charles Bourseul habitait Metz avec son père. Un jeune
tailleur de cette ville leur amena ses deux jeunes enfants, tous deux
sourds-muets de naissance, et leur expliqua comment à force
de soins et de persistance il était parvenu à les faire
parlelr.
Il avait patiemment analysé les sons articulés en
s'occupant surtout de la position des organes qui concourent à
la formation de ces sens.
Les enfants avaient fini par saisir le secret de cet admirable
mécanisme. Ils répétèrent d'abord
des sons simples, puis des syllabes, puis des mots entiers. L'aîné
même, qui pouvait avoir 8 à 9 ans, était parvenu
à lire à .haute voix. Les résultats obtenus
par cet homme l'avaient vivement frappé.
Charles Bourseul, comprit l'utilité que devait offrir pour
l'étude de la philologie et de la linguistique une analyse
complète des sons du langage, analyse portant sur ces sons
en eux-mêmes en dehors des langues auxquelles ils peuvent
appartenir, applicable par suite au classement des sons dans toutes
les langues.
Quelques mois, plus tard, du fait de sa nomination à Paris,
il eut à sa disposition la bibliographie complète
de son sujet.
Il constata avec étonnement que la méthode du tailleur
de Metz n'était pas nouvelle, mais qu'elle avait été
simplement oubliée.
Parmi lès livres très curieux qu'il put consulter,
on trouve un ouvrage en texte latin publié à Amsterdan,
en 1690, par Conrad Aman, et intitulé « Surdu's Loquens
».¦
Il est donc établi que, lorsque en 1854, il entreprit
de reproduire électriquement les, sons articulés,
Bourseul avait mûrement étudié la question
et possédait des éléments sérieux
de succès.
Il est nécessaire de noter qu'avant la découverte
de Bourseul relative à la transmission de la parole par
l'intermédiaire du courant électrique, d'autres
savants avaient étudié et réalisé
la transmission des sons non articulés à distance
par la voie électrique.
1837. MM. Pages et Henry, physiciens américains,
avaient constaté qu'une tige métallique, soumise
à des aimentations et à des désaimentations
très, rapides, pouvait émettre des sons et que ces
sons étaient en rapport avec le nombre dés émissions
de courant qui les provoquaient.
1852. M. Froment obtint à distance la production de
sons musicaux au moyen d'un vibrateur électrique.
1853. M. de la Rive, de Genève, reprenant l'expérience
de Pagès, augmenta les vibrations en employant des fils
de grande longueur placés dans des bobines..
Mais c'est à Charles Bourseul que revient ]e mérite,
alors qu'il avait 25 ans, de la découverte du principe
de la transmission de la parole et non plus des sons, par l'intermédiaire
du courant électrique.
(agrandir)
Texte complet de
l'article depresse
"l'illustration" du 26 août 1854 page 139.
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Personne n'avait recommandé
le simple soldat au général; il s'était
recommandé de lui-même, et le général
reconnaissant son mérite, lui avait généreusement
tendu une main protectrice et amie. II y a dans ce simple fait
un touchant éloge du soldat et du général.
Aujourd'hui libéré du service militaire, M. Charles
Bourseul habite Paris, et c'est lui qui est l'auteur de l'article
curieux qu'on va lire. Nous lui souhaitons tout le succès
que lui-même il ose entrevoir, et nous serions heureux
de le voir attacher son nom à la merveilleuse découverte
de la transmission électrique de la parole
L'életricité a fait depuis peu tant de
miracles ! pourquoi ne ferait-elle pas encore celui-là,
en dépit de l'Académie, où l'on traite
de folie, ou, quand on veut être poli, d'utopie, tout
ce qui n'a pas encore été appliqué ? ce
qui est encourageant, il faut l'avouer, pour les inventeurs,
pour ces sublimes initiateurs sans lesquels I'académie
ne serait qu'une collection de fossiles.
Disons-le encore une fois, pour soutenir l'ardeur des génies
à la recherche de l'inconnu : il n'y a rien à
attendre, si ce n'est un insolent sourire, de ces tabelions
de la science fut on et tant d'autres l'ont appris à
leurs dépens ; mais, si vous parlez, aujourd'hui à
un académicien de la vapeur et du télégraphe
électrique, il vous dira que la chose était bien
simple et que, si l'Académie avait voulu s'en donner
la peine, la découverte eut été faite beaucoup
plus tôt. Lisez la note de M. Charles Bourseul.
PAULIN.
« On sait que le principe sur lequel est fondée
la télégraphie électrique est le suivant
:
« Un courant électrique, passant dans un fil
métallique, arrive autour d'un morceau de fer doux,
qu'il convertit en aimant.
« Dès que le courant n'a plus lieu, l'aimant
cesse d'exister.
Cet aimant, qui prend le nom d'électro-aimant, peut
donc tour a tour attirer, puis lâcher une plaque mobile,
qui, par son mouvement de va-et-vient, produit les signaux
de convention employés dans la télégraphie.
« Quelquefois on utilise directement ce mouvement,
et on lui fait produire des points ou des traits sur une
bande qui se déroule par un mouvement d'horlogerie.
Les signaux de convention sont alors formes par des combinaisons
de ces traits et de ces points.
Tel est le, télégraphe américain,
qui porle le nom de Morse, son inventeur.
« Tantôt on convertit ce mouvement de va-et-vient
en un mouvement de rotalion. On a alors soit les télégraphes
à cadran des chemins de fer, soit les télégraphes
de l'Etat, qui, au moyen de deux fils et de deux aiguilles
indicatrices, reproduisent tous les signaux du télégraphe
aérien autrefois en usage.
(Imaginons maintenant qu'on dispose sur un cercle, horizonlal
mobile, les lettres, les chiffres, les signes de ponctuation,
etc.
on conçoit que le principe énoncé pourra
servira choisir à distance tel ou tel caractère,
à en déterminer le mouvement, et par conséquent
à l'imprimer sur une feuille placée à
cet effet.
Tel est le télégraphe imprimant.
«On a été plus loin. Au moyen du même
principe et d'un mécanisme assez compliqué, on
est parvenu a ce. résultat, qui, de prime abord, semblerait
tenir du prodige : l'écriture elle-même se reproduit
à distance; et non-seulement l'écriture, mais
un trait ,.. une courbe quelconque; de sorte qu'étant
à Paris vous pouvez dessiner un profil par les moyens
ordinaires, et le même profil se dessine en même
temps à Francfort.
« Les essais faits en ce genre ont réussi ;
les appareils ont figuré aux expositions de Londres.
Il y manque néanmoins quelques perfectionnements
de détails.
« II semblerait impossible d'aller plus avant dans
les régions du merveilleux.
Essayons cependant de faire quelques pas de plus encore.
Je me suis demandé, par exemple, si la parole
elle-même ne pourrait pas êlre transmise par
l'électricité; en un mot, si l'on ne pourrait
pas parler à Vienne et se faire entendre à
Paris. La chose est praticable; voici comment
:
« Les sons, on le sait, sont formés par des vibrations,
et apportés à l'oreille par ces mêmes vibrations
reproduites dans les milieux intermédiaires.
« Mais l'intensité de ces vibrations diminue très
rapidement avec la distance, de sorte qu'il y a, même
au moyen des porte-voix, des tubes et des cornets acoustiques,
des limites assez restreintes qu'on ne peut dépasser.
Imaginez que l'on parle près d'une plaque mobile assez
flexible pour ne perdre aucune des vibrations produites par
la voix ; que cette plaque établisse et interrompe successivement
la communication avec une pile, vous pourrez avoir à
distance une autre plaque qui exécutera en même
temps exactement les mêmes vibrations.
« II est vrai que l'intensité des sons produits
sera variable an point de départ où la plaque
vibre par la voix, et constante au point d'arrivée
où elle vibre par l'électricité, mais
il est démontré que cela ne peut altérer
les sons.
«Il est évident d'abord que les sons se reproduiraient
avec la même hauteur dans la gamme.
« L'étal actuel de la science de l'acoustique ne
permet pas de dire, a priori, s'il en sera tout à fait
de même des syllabes articulées par la voix humaine.
On ne s'est pas encore suffisamment occupé de la manière
dont ces syllabes sont produites.
On a remarqué, il est vrai, que les unes se prononcent
des dents, les autres des lèvres, etc. ; mais c'est la
tout.
« Quoi qu'il en soit, il faut bien songer que les syllabes
se reproduisent exactement, rien que par les vibrations des
milieux intermédiaires; reproduisez exactement ces vibrations,
et vous reproduirez exactement aussi les syllabes. « En
tous cas, il est impossible, dans l'état actuel de la
science, de démontrer que la transmission électrique
des sons est impossible.
Toutes les probabilités, au contraire, sont pour
la possibilité.
« Quand on parla pour la première fois d'appliquer
l'électro-magnétisme à la transmission
des dépêches, un homme haut placé dans
la science traita cette idée de sublime utopie, et
cependant aujourd'hui on communique directement de Londres
à Vienne par un simple fil métallique.
Cela n'était pas possible, disait-on, et cela
est.
« Il va sans dire que des applications sans nombre
et de la plus haute importance surgiraient immédiatement
de la transmission de la parole par l'électricité.
« A moins d'être sourd et muet, qui que ce soit
pourrait se servir de ce mode de transmission, qui n'exigerait
aucune espèce d'appareils.
Une pile électrique, deux plaques vibrantes
et un fil métallique suffiraient.
« Dans une multitude de cas, dans de vastes
établissements industriels, par exemple,
on pourrait, par ce moyen, transmettre à distance
tel ordre ou tel avis, tandis qu'on renoncera à opérer
cette transmission par l'électricité, aussi
longtemps qu'il faudra procéder lettre par lettre
et à l'aide de télégraphes exigeant
un apprentissage et de l'habitude.
« Quoi qu'il arrive, il est certain que., dans un
avenir plus ou moins éloigné, la parole sera
transmise à distance par l'électricité.
J'ai commencé les expériences; elles
sont délicates et exigent du temps et de la patience;
mais les approximations obtenues font entrevoir un résultat
favorable.
Paris, le 18 août 1854.
CHARLES BOURSEUL
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Le 18 août 1854, Bourseul rédigea
une note qui parut dans le journal L'illustration,
du 26 août 1854, signée de son nom.
Avant de donner sa copie au journal, Bourseul, respectueux de la discipline,
consulta ses chefs qui l'autorisèrent à la publier tout
en l'invitant à : « s'occuper de choses sérieuses
».
Les savants de l'époque accueillirent, eux aussi, avec scepticisme
l'idée de Bourseul :
Le grand technicien anglais Preece
trouva « l'idée très belle, mais sa réalisation
douteuse ».
Du Moncel, membre de l'Académie
des sciences et ingénieur-conseil de l'Administration des télégraphes,
à qui l'on doit vraisemblablement la remarque citée
plus haut faite à Bourseul, n'inséra dans un de ses
ouvrages la note du. malheureux Bourseul qu'en la traitant de «
conception fantastique », et « d'idée qui n'est
qu'à l'état de rêve ».
Et pourtant, dans ce même ouvrage : Exposé des applications
de l'électricité, du Moncel avait dit, quelques
chapitres auparavant, ne pas vouloir, « pour l'honneur de la
France, raconter les honteuses intrigues mises en uvre à
la Chambre des députés pour faire rejeter, une première
fois, la télégraphie électrique, parce que ce
serait dévoiler ce triste esprit de coterie et de jalousie
qui s'oppose, en France, au développement de toutes les inventions,
et que nous retrouverons encore dans toute sa force, dans plusieurs
questions du même genre ».
Le savant qui s'exprimait de la sorte ne reconnut lui-même que
bien plus tard, mais, du reste, très, loyalement, la valeur
des idées de Charles Bourseul.
Cette note cependant contenait le germe d'une invention géniale.
Le téléphone y est clairement décrit (plaque
mobile vibrante, électro-aimant, pile, fil conducteur) ; s'il
restait à déterminer les modalités qui pouvaient
conduire à la réalisation pratique, il n'en est pas
moins certain que l'originalité de la conception appartient
entièrement à Bourseul.
Bien que la suggestion de Bourseul fût imparfaite puisqu'il
imaginait de faire varier par tout ou rien le courant électrique
au lieu de le moduler, il est permis de croire qu'elle eût entraîné
l'invention du téléphone bien avant Graham
Bell si des expériences suffisamment poussées avaient
été entreprises.
1860-1880 À cette époque, les
inventeurs de téléphones se multiplièrent en
Europe et dans les campagnes de l'Est des Erats-Unis et notamment
autour du Bureau des brevets, comme le faisaient les sauterelles au
Kansas ; et nombre d'entre eux, comme il ressortait de leurs déclarations,
travaillaient sur leur idée bien avant que Bell n'ait pensé
au téléphone.
Les pionniers, les plus illustres prétendants à la patérnité
du téléphone sont :
* Sylvanus Cushman, a soutenu quil
lavait réalisé un appareil, à Racine, dans
le Wisconsin en 1851, que ses expériences électriques
lui auraient soudainement permis dentendre le coassement des
grenouilles dans un marais voisin.
* Charles Bourseul avait expliqué en 1854 quon pourrait
se servir de plaques flexibles vibrant en fonction des variations
dans la pression de lair pour ouvrir ou fermer un circuit électrique.
* L'américain A. Holcomb. suivant
les travaux de Reiss en 1860 confectionne un appareil très
semblable à celui de Bell.
* Litalien Antonio Meucci avait travaillé
dans les années 1850 à des variantes primitives du téléphone.
* Lallemand Philipp Reis, avait inventé
un émetteur capable denvoyer des sons audibles sur un
fil télégraphique, avait employé pour la première
fois le mot téléphonie dans une conférence en
1861 ...
* Elysa Gray, le plus célèbre
rival de Bell, qui, allié à la Western Union, essayait
depuis 1866 de transmettre des sons par le télégraphe.
* James W. McDonough
de Chicago, Illinois prétend avoir inventé un récepteur
téléphonique en 1875 avant celui de Bell ...
* Daniel Drawbaugh
prétend avoir inventé un téléphone
(date incertaine) 1866-67 ...
* Dolbear comme
Meucci, Reis, Gray,
Drawbaugh, sera au coeur de l'affaire
Dolbear c. American Bell Telephone Company, en
1888.
Dans le compte rendu du procès Bell de 1887 on y trouve :
- La publication de Bourseul (il y en avait plusieurs dans les
archives) principalement citée dans l'argumentation était
la communication originale de X. Charles Bourseul imprimée
dans le tome XXIV de "L'Illustration", Paris, 26 août
1854
...
- La première conception de l'art de transmettre la parole
par l'électricité.
Charles Bourseul, en 1854, publiait dans un journal parisien sa croyance
qu'une parole pouvait être transmise par l'électricité,
et disait :
"La chose est réalisable de cette manière. Nous
savons que les sons sont produits par des vibrations, et sont rendus
sensibles à l'oreille par les mêmes vibrations qui sont
reproduites par le milieu intermédiaire. . . Supposons qu'un
homme parle près d'un disque mobile, suffisamment flexible
pour ne rien perdre des vibrations de la voix ; que ce disque établisse
et rompe alternativement la connexion avec une batterie ; vous pouvez
avoir à une certaine distance un autre disque qui exécutera
simultanément les mêmes vibrations.
"Quoi qu'il en soit, remarquez que les syllabes ne peuvent reproduire
sur le sens de l'ouïe que les vibrations du milieu intermédiaire.
Reproduisez précisément ces vibrations, et vous reproduirez
précisément ces syllabes. . . . J'ai fait quelques expériences
dans cette direction. . . . Les approximations obtenues donnent un
résultat favorable. »
Sauf qu'il est maintenant douteux que dans le cas d'une transmission
vocale réussie « ce disque fait et interrompt alternativement
la connexion », etc., le langage de Bourseul soit un énoncé
précis et complet de la loi de fonctionnement exprimée
et brevetée par la cinquième affirmation de Bell. Bourseul
suggère une condition absolue, qui est, avec une fidélité
absolue, réaffirmée dans l'affirmation de Bell, comme
on le verra en les plaçant côte à côte dans
les mots identiques de chaque auteur.
- Bourseul parle spécifiquement de la transmission de la
« parole » par l'électricité sur un fil,
et de sa reproduction par un appareil approprié ; et dit :
« Je me suis demandé, par exemple, si la parole elle-même
ne pouvait pas être transmise par l'électricité
; en un mot, si ce qui est dit à Vienne ne peut pas être
entendu à Paris ? . . .
La chose est réalisable de cette façon : .
Suivant alors la suggestion d'un appareil qui peut être suffisamment
illustrée par le schéma électrique suivant :
« Nous savons... que les sons sont produits par des vibrations.
Observez que les syllabes ne peuvent reproduire que sur le sens de
l'ouïe » (c'est-à-dire à la station de réception
éloignée de Vienne et de Paris) « les vibrations
du milieu intermédiaire (le fil de ligne) . . . reproduisez
précisément ces vibrations » (c'est-à-dire
les vibrations de la syllabe originale) « et vous reproduirez
précisément ces syllabes. »
Publications Reis et Bourseul, page 3
...
- Réclamation pour la transmission électrique de
la parole.
3. Reis, Bourseul et Bell disent chacun : « Nous transmettrons
et reproduirons des sons électriquement au moyen de membranes,
de conducteurs et d'aimants (Bourseul et Reis ajoutent « parole
», ce que Bell omet).
4. Reis et Bourseul disent : « Nous ferons cela en parlant à
une membrane reliée à un fil et à une batterie,
et ferons ainsi en sorte que les vibrations de l'air accompagnant
tout son soient prises par un courant électrique, et au moyen
de ce courant, reproduites, de manière à donner à
l'auditeur la même sensation que les vibrations originales équivalentes
auraient eues. Pour ce faire, cependant, l'arrangement mécanique
doit être tel qu'il permettra aux syllabes de reproduire leurs
vibrations - afin qu'aucune ne soit perdue - à travers tous
les médias intermédiaires (y compris bien sûr
le fil).
5. Bell dit : « Je ferai cela grâce à une méthode
et un appareil permettant de provoquer des ondulations électriques
de forme similaire aux vibrations de l'air accompagnant de tels sons.
»
...
- Nous n'avons aucune preuve que Bourseul ait jamais construit
un appareil spécifique. Son rôle dans l'évolution
de cet art a consisté à reconnaître et à
énoncer le processus de la nature, ouvrant ainsi à l'invention
la tâche de fournir des arrangements mécaniques permettant
d'exploiter ce processus.
Rendre le processus ainsi découvert et énoncé
sous le contrôle de l'homme était l'uvre de l'invention.
Le mettre en pratique était un problème mécanique.
Le succès obtenu à l'heure actuelle est le fruit de
l'action conjointe de Reis, Bell, Edison, Hughes, Blake et de nombreux
autres ; la plupart d'entre eux ont demandé et obtenu des brevets
pour leurs dispositifs spécifiques. Bell seul a demandé
un brevet pour le processus découvert de la nature auquel servent
tous ces dispositifs inventés ; ou en d'autres termes pour
obtenir le résultat naturel auquel les efforts mécaniques
sont destinés.
...
Ce n'est que 22 ans plus tard, en 1876, que Graham
Bell réalisa le premier appareil.
Il eut l'idée d'adopter un noyau de fer alinenté à
l'électro-aimant. La pile étant par ailleurs supprimée,
le courant entre le transmetteur et le récepteur était
provoqué par les variations du flux magnétique en relation
directe avec les vibrations de la plaque ; cette dernière,
ayant très peu d'inertie et aucun contact à assurer,
reproduisait non seulement le nombre des vibrations, mais également
l'amplitude et la forme de ces vibrations.
En 1876 également, Edison améliora
le téléphone de Bell en employant une pile pour
renforcer les, courants ondulatoires, c'est-à-dire les
ondulations sonores.
On est en droit de penser que Graham Bell, qui bien que physicien,
était attaché à une maison de sourds et muets
de Boston, a eu connaissance des travaux de Bourseul.
En effet, dans un article de la grande revue technique anglaise,
« The Electricien », du 25 août 1883,
la priorité de l'invention du téléphone était
accordée à Bourseul.
Cet article signalait qu'en Allemagne, en avril 1881, au
cours d'une conférence faite à la Société
d'électricité de Francfort, le capitaine Rolthof
déclarait formellement : « Si nous tombons d'accord
qu'il faut appeler le véritable inventeur d'une découverte
celui qui a. conçu clairement l'idée nouvelle et
exposé avec précision les moyens de la réaliser,
le téléphone a certainement été inventé
par Bourseul en 1854. »
Des descriptions plus ou moins détaillées avaient
été insérées dans la presse scientifique
allemande de l'époque, notamment un article du 28 septembre
1854, publié dans le Didaskalia, supplément diu
Frankfurter journal, décrit avec une telle précision
l'objet même de l'invention qu'il ne fait aucun doute, ainsi
que le capitaine Rolthof l'affirmait, que les divers physiciens
qui ont travaillé la matière aient eu connaissance
de l'invention de Bourseul.
Le conférencier estimait tout à fait incroyable
que les travaux de notre compatriote fussent restés ignorés
de Graham Bell.
En conclusion, Rolthof demandait que Bourseul fût reconnu
comme le « père du téléphone ».
Cet hommage tomba dans l'oubli.
Vu dans les annales télégraphiques de 1878 Un
article de Mr. LOIR , Inspecteur des lignes télégraphiques.
Charles Bourseul, jeune. et modeste fonctionnaire,
n'avait ni les moyens financiers, ni le tempérament qu'il
eût fallu pour continuer la lutte. Découragé
par ceux-là même qui, dans les sphères administratives
ou scientifiques, eussent dû le soutenir, il abandonna ses
expériences sur lesquelles l'oubli se fit peu à
peu.
A l'époque où M. Bourseul
, sous-inspecteur des lignes télégraphiques à
Auch , écrivait son article du 26 août 1854
, il était employé, depuis quelques mois seulement
, dans l'administration . Jeune, inexpérimenté ,
il ne sut pas ou n'osa pas tenter les démarches nécessaires
à la réalisation de son uvre . Découragé
par les publications scientifiques où son projet était
traité de rêve fantastique , et distrait par ses
devoirs professionnels , M. Bourseul suspendit malheureusement
le cours de ses expériences téléphoniques.
Cependant il arriva promptement à une position supérieure
qui lui permit de reprendre les études phonographiques
et phonologiques ayant servi de base à son invention ;
il fit alors paraître , dans les Annales télégraphiques
, tome III , année 1860 , numéro de Mars-Avril ,
un article très-remarqué , extrait d'un manuscrit
terminé aujourd'hui et qui n'a pas encore été
livré à l'impression .
Dans la séance de l'Académie des sciences , du 26 novembre
1877, M. du Moncel , à propos d'une note de M. Pollard , «
fait remarquer que l'invention du téléphone pourrait
être considérée comme remontant à plus
de vingt ans ; il rappelle , en effet , que dans les deux éditions
de 1854 et 1856 de son Exposé des applications de l'électricité
, il décrit un système imaginé par M. Ch. B***
, dans lequel le téléphone est indiqué à
peu près tel qu'il existe actuellement ; bien que la condition
principale qui a résolu le problème n'y soit pas mentionnée
, l'inventeur paraissait être sur la voie . « Il est probable
, ajoute M. du Moncel , que les essais tentés par M. B ***
devaient être analogues à ceux qu'a tentés dernièrement
, avec une pile , M. Richemond , et qui ont fort bien réussi
. « M. B*** n'a pas donné signe de vie depuis vingt ans
; mais sa note est bien raisonnée et montre qu'il était
bien au courant de la physique. Si je n'y ai pas attribué une
grande importance , c'est qu'aucune disposition précise n'était
indiquée.
« Quoi qu'il en soit , on ne peut se dissimuler que c'est M.
G. Bell qui est l'inventeur du téléphone , car, entre
une première idée et sa réalisation définitive
, il y a tout un monde. » La conclusion de M. du Moncel ne paraît
pas rigoureusement exacte ; cela tient , sans nul doute , à
ce que , dans son ouvrage , ce savant n'a reproduit que la deuxième
partie du rapport de M. Bourseul ; s'il s'était reporté
au texte primitif , il eût certainement affirmé que la
description du téléphone était complète
, puisque rien n'y manquait plaque mobile vibrante , électro-aimant
, fil conducteur , pile et théorie exacte . Dans de semblables
conditions , la différence entre l'idée et sa réalisation
n'est plus un monde , c'est affaire de temps et surtout d'argent .
A l'époque où M. Bourseul s'est occupé de cette
question , les sociétés savantes , destinées
à venir en aide aux chercheurs , n'étaient pas encore
fondées , et combien alors d'heureuses conceptions ont dû
être rejetées dans l'oubli faute des ressources nécessaires
à leur production !
Sans vouloir diminuer le mérite de M. G. Bell , il est cependant
permis de revendiquer , en faveur de M. Bourseul , une large part
dans l'invention du téléphone , et l'on est d'autant
plus en droit de se demander si M. Bell n'a pas eu connaissance du
rapport de M. Bourseul que , bien des années auparavant , le
père de M. Bell avait déjà mis en application
, en Angleterre , une idée préconisée par le
père même de M. Bourseul , au sujet du moyen de faire
parler les sourds-muets .
M. Charles Bourseul rend compte de ce fait de la manière suivante
:
« Voici dans quelles circonstances je fus amené à
m'occuper de l'étude des sons du langage , au point de vue
acoustique et physiologique : « En 1851 , j'habitais Metz avec
mon père . Un pauvre tailleur de cette ville nous amena un
jour ses deux jeunes enfants , tous deux sourds - muets de naissance
, et nous expliqua comment , à force de soins et de persistance
, il était parvenu à les faire parler . Il avait patiemment
analysé les sons articulés , en s'occupant surtout de
la position des organes qui concourent à la formation de chacun
de ces sons . Les enfants avaient fini par saisir le secret de cet
admirable mécanisme . Ils répétèrent d'abord
les sons simples , puis les syllabes , puis des mots entiers . L'aîné
, qui pouvait avoir huit ou neuf ans , était même parvenu
à lire à haute voix . « Mon père jugea
qu'il serait utile de vulgariser cette méthode. Il avait des
relations dans la presse ; il publia un article qui fut reproduit
par les journaux de la capitale . Le tailleur de Metz fut mandé
à l'École des sourds- muets de Nancy, puis à
Paris , et il fit école.
« Les résultats obtenus par cet homme m'avaient vivement
frappé . Je compris l'utilité que devait offrir pour
l'étude de la philologie et de la linguistique une analyse
complète , sérieuse , des sons du langage , faite sur
ces sons en eux-mêmes, en dehors des langues auxquelles ils
peuvent appartenir, applicable, par suite , au classement des sons
dans toutes les langues. Je m'occupai de cette étude avec beaucoup
d'ardeur , et, un an plus tard , étant venu habiter Paris ,
j'eus à ma disposition toutes les ressources nécessaires
pour travailler avec fruit. J'eus bientôt la bibliographie complète
de mon sujet. En poursuivant ces travaux, je constatai, à mon
grand étonnement , que la méthode du tailleur de Metz
avait simplement été perdue de vue , mais qu'elle n'était
pas nouvelle. Parmi les livres très curieux qui me passèrent
alors par les mains , je trouvai , en effet , un ouvrage, en texte
latin , publié à Amsterdam, en 1692 , par Conrad Aman
, et intitulé « Surdus loquens. » Ce titre seul
était , comme on le voit, toute une révélation
. « Ce fut également au cours de ces recherches que je
rencontrai un ouvrage des plus rares, dans lequel j'appris que les
signaux des frères Chappe n'étaient autre chose que
des chiffres chaldéens , résultat que j'ai eu occasion
de faire connaître dans les Annales télégraphiques
.
« Ce qui précède a pour but d'établir qu'en
1854, lorsque j'entrepris de reproduire électriquement les
sons articules , j'avais mûrement étudié la question
, j'avais à ma disposition des éléments sérieux
de succès . »
D'après ce qui précède , on voit qu'il existe
une singulière coïncidence entre les points de départ
des travaux de MM. Bourseul et Bell ; leurs études sont les
mêmes et, dès 1854 , M. Bourseul décrit l'appareil
que M. Bell fait construire vingt ans plus tard en le perfectionnant.
Sans nul doute le téléphone est l'uvre de M. Bell
, mais on ne peut refuser à M. Bourseul le mérite de
l'idée et de l'invention.
Du
Moncel, celui-là même qui avait traité l'idée
de Bourseul de conception fantastique, après avoir donné
lecture, à l'Académie des sciences, le 26 novembre 1877,
d'une note envoyée par Pollard relative à des essais
de téléphone, fit remarquer que l'invention du téléphone
pouvait être considérée comme remontant à
plus de vingt ans.
Il rappela que, « dans son Exposé des applications de
l'électricité, il avait décrit un système
imaginé par Ch. B dans lequel le téléphone est
indiqué à peu près tel qu'il existe actuellement.
»
Et, après avoir cité des passages de la note du 18 août
1854, du Moncel ajouta : « M. Ch. B. n'a pas donné signe
de vie depuis vingt ans, mais sa note est très bien raisonnée
et montre qu'il était bien au courant des phénomènes
de la physique. »
Puis, dans, une séance ultérieure, le 25 février
187:8, du Moncel dit encore : « Les téléphones
à piles, dont les types les plus intéressants sont ceux
de MM. Edison et Richemond, ont été la première
expression de cette importante invention.
Le système décrit il y a vingt-quatre ans par M. Ch.
Bourseul, dont j'ai déjà parlé, était
disposé ainsi. »
Le mérite reconnu
Et, sur ce, Ch. Bourseul donna « signe de, vie »,
car on peut lire, au compte rendu de la séance du 18 mars
1878 : « M. Ch. Bourseul fait connaître à l'Académie,
par l'entremise de M. du Moncel, qu'il est l'auteur des essais
dont M. du Moncel a fait mention à propos de l'histoire
du téléphone ; essais qui avaient été
publiés sous le nom de Ch. B.
S'il n'a pas donné suite à ses travaux sur cette
question, c'est qu'il s'est trouve. découragé par
son entourage. »
« On lui avait tant de fois répété,
lit-on dans lé Journal Officiel du 24 mars, où il
est rendu compte de cette séance, que l'idée était
irréalisable, qu'il avait fini par renoncer aux études
qu'il avait commencées. »
Et, pour comble, dans ce compte rendu, Officieil figure le nom de
l'inventeur, en l'appelant Boursonne Agé de près de
50 ans, c'était là première fois qu'il se Voyait
désigné publiquement comme l'auteur des idées
qu'il avait eues et soumises à ses chefs, alors qu'il avait
à peine 25 ans.
D'après les renseignements recueillis récemment
auprès de Cadurciens, Graham Bell serait venu à
Gahors pour mettre au point l'idée de Bourseul. Le fait
est infirmé par Mme Jauzac elle-même, fille du savant
français.
Mais Bell écrivit une lettre à « Charles Bourseul,
France ». Dans cette lettre, qui parvint à son destinataire
malgré l'adresse incomplète, Bell demandait à
Bourseul de construire un appareil téléphonique
que lui-même était capable d'exploiter en Amérique.
Il offrait en fait une collaboration commerciale à Bourseul
avec participation aux bénéfices.
Le savant français refusa.Ce n'est que longtemps après
que Bell; écrivit de nouveau à Bourseul pour l'informer
qu'il avait apporté des modifications sérieuses
à l'appareil primitivement construit sur les données
de Bourseul et que la loi lui reconnaissait le droit d'invention.
Ceci prouve, s'il en était encore besoin, que Bell
avait pris connaissance des travaux de Bourseul.
Nous avons cru devoir réserver, pour la fin de notre exposé
sur la première partie de l'uvre de Bourseul, l'article
du journal L'Illustration, du 21 novembre 1908, qui reprend la
note de Bourseul publiée dans le même journal du
26 août 1854.
Cet article est suivi d'une interview réservée au
rédacteur de L'Illustration par M. Bourseul, qui, à
la retraite, habitait à l'époque chez sa fille à
Malakoff.
Cet article constitue la pièce la plus importante de notre
argumentation, il apporte la preuve irréfutable de l'initiative
qui, dans l'invention du téléphone, appartient à
Bourseul.
Il ne nous était pas: possible dans ces conditions d'en
faire un extrait et, encore moins, de le résumer ou de
l'interpréter.
L'article de « l'Illustration » du 21 novembre
1908 LE TELEPHONE, INVENTION FRANÇAISE
Une Révélation de « l'Illustration »
en 1854
Dans son numéro du 26 août
1854, L'Illustration accueillait un article qui eût
dû, semble-t-il, provoquer une émotion profonde,
car il faislait présager, annonçait, avec d'étonnantes
précisions, une invention par quoi toute la vie sociale,
trente ans plus tard, allait être bouleversée.
Mais le monde, qui a ses raisons, est peu accueillant, en
général, aux précurseurs.
Il attendit son heure ; il l'attendit jusqu'en 1876, où
l'Américain Graham Bell lui présenta... l,e
téléphone.
Il avait même fallu quelque vaillance à Paulin, alors
directeur de notre journal, pour donner l'hospitalité à
la prose d'un chercheur inconnu.
Il avait fait galamment les choses, au surplus, et c'est avec
une fougue tout à fait entraînante, voire un
tantinet subversive, qu'il présentait l'inventeur à
son public en ces termes : En 1848, un jeune homme savant
et modeste, enlevé à ses études paisibles,
devenait soldat de l'armée d'Afrique ; mais, passionné
pour la science et doué d'une de ces intelligences
privilégiées qui permettent d'en atteindre toutes
les hauteurs, il ne se désespérait pas : «
Je n'ai plus mes professeurs, disait-il, mais j'ai encore
mes livres ; ils seront mes amis, mes guides, mes consolateurs.
»
En 1849, enfin, le jeune Charles Bourseul, fils d'un officier
de l'armée et soldat lui-même du 43ème
de ligne, faisait à ses camarades de la garnison d'Alger
un cours de mathématiques qui attirait sur lui l'attention
et le bienveillant intérêt de M. le Gouverneur
général de l'Algérie.
Personne n'avait recommandé le simple soldat au général
; il s'était recommandé de lui-même et
le général, reconnaissant son mérite,
lui avait généreusement tendu une main protectrice
et amie.
Il y a dans ce simple fait un touchant éloge du soldat
et du général. Aujourd'hui libéré
du service militaire, M. Charles Bourseul habite Paris, et c'est
lui qui est l'auteur de l'article curieux qu'on va lire.
Nous lui souhaitons tout le succès que lui-même
il ose entrevoir, et nous serions heureux de le voir attacher
son nom à la merveilleuse découverte de la transmission
électrique de la parole. L'électricité
a fait depuis peu tant de miracles ! Pourquoi ne ferait-elle
pas encore celui-là, en dépit de l'Académie,
où l'on traite de folie, ou, quand on veut être
poli, d'utopie, tout ce qui n'a pas encore été
appliqué, ce qui est encourageant, il faut l'avouer,
pour les inventeurs, pour ces sublimes initiateurs sans lesquels
l'Académie ne serait qu'une collection de fossiles.
Disons-le encore une fois, pour soutenir l'ardeur des génies
à la recherche de l'inconnu : il n'y a rien à
attendre, si ce n'est un insolent sourire, de ces tabellions
de la science. Fulton et tant d'autres l'ont appris à
leurs dépens ; mais, si vous parlez aujourd'hui à
un académicien de la vapeur et du télégraphe
électrique, il vous dira que la chose était
bien simple et que, si 1'Académie avait voulu s'en
donner la peine, la découverte eût été
faite beaucoup plus tôt; Eh bien ! savantissimi doctores,
voici un problème.
Lisez la note de M. Charles Bourseul.
PAULIN.
|
L'article de l'inventeur suivait cette présentation. Le
voici reproduit in extenso ;
« On sait que le principe sur lequel
est fondée la télégraphie électrique
est le suivant :
« Un courant électrique, passant dans un fil
métallique, arrive autour d'un morceau de fer doux,
qu'il convertit en aimant.
« Dès que le courant n'a plus lieu, l'aimant
cesse d'exister cet aimant qui prend le nom d'électro-aimant,
peut donc tour à toar attirer, puis lâcher une
plaque mobile qui, par son mouvement de va-et-vient, produit
les signaux de convention employés dans la télégraphie.
« Quelquefois, on utilise directement ce mouvement,
et on lui fait produire des points ou des traits sur une bande
qui se déroule par un mouvement d'horlogerie. Les signaux
de convention sont alors formés par des combinaisons
de ces traits et de ces points.
Tel est le télégraphe américain, qui
porte le nom de Morse, son inventeur.
« Tantôt on convertit ce mouvement de va-et-vient
en un mouvement de rotation. On a alors soit les télégraphes
à cadran des chemins de fer, soit les télégraphes
de l'Etat qui, au moyen de deux fils et de deux aiguilles
indicatrices, reproduisent tous les signaux du télégraphe
aérien autrefois en usage.
« Imaginons maintenant qu'on dispose sur un cercle horizontal
mobile les lettres, les chiffres, les signes de ponctuation,
etc... :
on conçoit que le principe énoncé pourra
servir à choisir à distance tel ou tel caractère,
à en déterminer le mouvement et, par conséquent,
à l'imprimer sur une feuille placée à
cet effet. Tel est le télégraphe imprimant.
« On a été plus loin. Au moyen du même
principe et d'un mécanisme assez compliqué,
on est parvenu à ce résultat qui, de prime abord,
semblerait tenir du prodige : l'écriture elle-même
se reproduit à distance , et non seulement l'écriture,
mais un trait, une courbe quelconque ; de sorte qu'étant
à Paris, vous pouvez dessiner un profil par les moyens
ordinaires, et le même profil se dessine en même
temps à Francfort.
« Les essais faits en ce genre ont réussi ; les
appareils ont figuré aux expositions de Londres.
Il y manque néanmoins quelques perfectionnements de
détails.
« Il semblerait impossible d'aller plus avant dans les
régions du merveilleux. Essayons cependant de faire
quelques pas de plus encore.
Je me suis demandé, par exemple, si la parole elle-même
ne pourrait pas être transmise par l'électricité
; en un mot, si l'on ne pourrait pas parler à Vienne
et se faire entendre à Paris. La chose est praticable
; voici comment :
« Les sons, on le sait, sont formés par des vibrations
et apportés à l'oreille par ces mêmes vibrations
reproduites dans les milieux intermédiaires.« Mais
l'intensité de ces vibrations diminue très rapidement
avec la distance, de sorte qu'il y a, même au moyen des
porte-voix, des tubes et des cornets acoustiques des limites assez
restreintes qu'on ne peut dépasser. Imaginez que l'on parle
près d'une plaque mobile assez flexible pour ne perdre
aucune des vibrations produites par la voix ; que cette plaque
établisse et interrompe successivement la communication
avec une pile, vous pourrez avoir à distance une autre
plaque qui exécutera en même temps exactement les
mêmes vibrations.
« Il est vrai que l'intensité des sons produits
sera variable au point de départ où la plaque
vibre par la voix et constante au point d'arrivée où
elle vibre par l'électricité, mais il est démontré
que cela ne peut altérer les sons.
« Il est évident d'abord que les sons se reproduiraient
avec la même hauteur dans la gamme.
« L'état actuel de la science de l'acoustique
ne permet pas de dire, à priori, s'il en sera tout
à fait de même des syllabes articulées
par la voix humaine. On ne s'est pas encore suffisamment occupé
de la manière dont ces syllabes sont produites.
On a remarqué, il est vrai, que les unes se prononcent
des dents, les autres des lèvres, etc... ; mais c'est
là tout.
« Quoi qu'il en soit, il faut bien songer que les syllabes
se reproduisent exactement, rien que par les vibrations des
milieux intermédiaires ; reproduisez exactement ces
vibrations et vous reproduirez exactement aussi les syllabes.
« En tout cas, il est impossible, dans l'état
actuel de la science, de démontrer que la transmission
électrique des sons est impossible.
Toutes les probabilités, au contraire, sont pour la
possibilité.
« Quand on parla pour la première fois d'appliquer
l'électro-magnétisme à la transmission
des dépêches, un homme haut placé dans
la science traita cette idée de sublime utopie, et
cependant, aujourd'hui, on communique directement de Londres
à Vienne par un simple fil métallique.
Cela n'était pas possible, disait-on, et cela est.
« Il va sans dire que des. applications sans nombre
et de la plus haute importance surgiraient immédiatement
de la transmission de la parole par l'électricité.
« A moins d'être sourd et muet, qui que ce soit
pourrait se servir de ce mode de transmission, qui n'exige
aucune espèce d'apparence.
Une pile électrique, deux plaques vibrantes et un fil
métallique suffiraient,
« Dans une multitude de cas, dans de vastes établissements
industriels, par exemple on pourrait, par ce moyen, transmettre
à distance tel ordre ou tel avis, tandis qu'on devra
renoncer à opérer cette transmission par l'électricité
aussi longtemps qu'il faudra procéder lettre par lettre
et à l'aide de télégraphes exigeant un
apprentissage et de l'habitude.
« Quoi qu'il arrive, il est certain que, dans un avenir
plus ou moins éloigné, la parole sera transmise
à distance par l'électricité.
J'ai commencé les expériences, elles sont délicates
et exigent du temps et de la patience, mais les approximations
obtenues font entrevoir un résultat favorable
.« Paris, le 18 août 1854.
Charles BOURSEUL. » |
Un inventeur de quatre-vingts ans
Cet article on le verra plus loin ne tomba peut-être
pas uniquement dans des oreilles de sourds.
Il fit pourtant, jé crois, moins de bruit à son apparition
qu'il ne vient d'en faire ces jours derniers.
Car, la liberté l'ayant tout à coup exhumé
de la collection de l'Illustration, où il dormait tranquillement,
des journaux, tour à tour, l'ont reproduit.
On a reparlé un peu de Charles Bourseul, revendiqué
pour lui, pour la France, l'honneur de l'une des grandes inventions
du XIXe siècle.
Et ce tardif caprice de la gloire a amené un sourire un peu
désabusé, mais heureux quand même, sur les lèvres
fines d'un beau vieillard, vaillant encore, retiré loin du
bruit, en un coin paisible de la banlieue de Paris.
Car M. Charles Bourseul vit toujours. Dans une riante maisonnette
de Malakoff, où je viens d'avoir le plaisir de le rencontrer,
droit, vif, grisonnant, pas plus, et portant allègrement
les ans, il coule, tendrement chéri, entouré de soins
dévoués par une fille affectionnée, une vieillesse
si admirable que les plus pessimistes, à le voir seulement,
se reprendraient à aimer la vie, entrevoyant la possibilité
d'un pareil déclin.
C'est le soir d'un beau jour.
Il a aujourd'hui quatre-vingts ans sonnés. Il entra dans
la vie à la faveur d'une aventure de roman. Son père,
comme le disait Paulin, était officier sous la Restauration.
Son régiment traversant un beau jour Bouchain, dans le Nord,
le tambour fit accourir à la fenêtre d'une maison de
Bergstaet la rue de la Montagne deux exquises jeunes
filles.
Le lieutenant Bourseul leva les yeux. Ce fut le coup de foudre.
A force de savantes intrigues, ayant réussi à obtenir
le billet de logement qu'il souhaitait, le soir même il dormait
sous le même toit que celle à qui, dans un regard,
il avait donné sa vie, prêt à sacrifier pour
l'amour d'elle jusqu'à son avenir. De fait, il lui fallut
pour l'épouser démissionner.
Le jeune ménage quitta même la France, alla s'établir
à Bruxelles, où M. Bourseul avait trouvé une
place de commis à la librairie Tarlier, si bien que Charles,
leur fils aîné, devait naître en terre étrangère.
A quelques années de là, nous retrouvons la famille
à Alger.
Le père a pu reprendre du service. Le fils suit les cours
du lycée, où il a comme professeurs MM. Simon, le
fondateur de l'observatoire de Marseille, et J.-Ch. d'Almeida, l'auteur,
avec Boutan, d'un traité de physique dont les hommes de ma
génération ont plus ou moins sérieusement culotté
les feuillets.
Deux professeurs pour lui seul ; il n'y a pas d'autre élève
dans sa, classe. Et comme il montre pour les sciences physiques
un penchant déterminé, M. d'Almeida l'élève
à la brochette. des relations vraiment affectueuses s'établissent
entre le professeur et l'élève.
Heureux jours, et avec quelle émotion, après tant
d'années écoulées, le charmant vieillard se
les remémore encore, évoquant la vision de cette salle
de cours où, seul à seul avec le maître, il
était distrait de temps à autre par le passage furtif,
d'un chacal familier.
En 1851, Charles Bourseul était de retour en France, à
Paris, en quête d'une situation sociale. Il errait, assez
désemparé, quand, au hasard d'une flânerie,
il rencontra, à la terrasse de la Rotonde, au Palais-Royal,
qui ? son ancien professeur, M. d'Almeida lui-même.
Quelle joie! Que fais-tu ? interrogea le maître, Rien,
hélas ! Je cherche. , Entre donc aux télégraphes,
c'est une carrière neuve, un homme intelligent s'y doit créer
un bel avenir.
Le conseil était sage et même assez facile à
suivre, le jeune homme le saisit au vol. Dès le lendemain,
il demandait à voir MI. Boyer, directeur du personnel. On
l'introduisait sans délai. Quel âge d'or, décidément
! Dans le cabinet, causant avec le directeur, était assis
un homme d'âge respectable, aux lèvres soigneusement
rasées, les deux mains appuyées sur une canne de jonc,
une physionomie populaire, et que l'arrivant reconnut aussitôt
: M. de Béranger en personne, le chantre de Lisette et du
Dieu des bonnes gens.
Il demeura en; tiers, dans l'entrevue, bonhomme, bienveillant. M. Boyer
demanda simplement à l'aspirant fonctionnaire s'il se sentait
de taille à faire, sans trop de fautes, une dictée de
vingt lignes : c'était là tout l'examen. Charles Bourseul
avait prévu la question.
Il apportait une uvre imprimée de sa façon,
une brochure de vingt pages sur la puissance de la chaleur. Il n'en
fallait pas tant : Béranger manifesta quelque sympathie pour
ce jeune confrère, et M. le directeur prononça le
« dignus es intrare ».
Séance tenante, il fit accompagner le nouvel employé
au 103 de la rue die Grenelle. Toutefois, sur le palier, il le rappela.
Il n'avait pas, comme on dit, été question du prix.
« Vous savez, mon ami, dit M. B,oyer, que vous aurez toute
votre vie 900 fr. par an, »
La prophétie n'allait pas tenir contre les circonstances,
et surtout contre l'ardeur du jeune homme au travail, son désir
de faire son chemin.
Raconter en détail la carrière administrative de M.
Bourseul, ce serait écrire l'histoire même de la télégraphie,
depuis ses débuts.
Il connut encore, rue deGrenelle, la tour du télégraphe
aérien et manipula la machine de Chappe. Il travailla avec
le Bréguet primitif, où il fallait suivre d'un il
attentif les oscillations de deux aiguilles minuscules. Puis, un
beau matin, le directeur réunit le personnel et lui dit :
« Le premier d'entre vous qui, en quarante-huit heures, apprend
l'alphabet morse, je le garde à Paris et il n'aura plus à
redouter d'être jamais expédié à Quimper-Côrentin.
»
Trois seulement furent capables dé ce tour de force. M. Bourseul,
pour sa part, fut nommé au bureau du Luxembourg, à
1.500 fr. par an .
C'était le premier échelon franchi vers les hauts postes
administratifs. Il devait, de degré en degré, parvenir
jusqu'à la direction départementale du Lot, ou la retraite
vint l'atteindre.
La genèse d'une invention
C'est merveille d'entendre M. Charles Bourseul
égrener ainsi ses souvenirs.
Sa mémoire est prodigieuse, son intelligence merveilleusement
saine et vigoureuse encore ; et, surtout, sa belle humeur
est inaltérable. Il parle de verve, allègre,
souriant. On dirait, à le voir, un sexagénaire,
tout au plus.
La rosette rouge d'officier de la Légion d'honneur
étoile sa boutonnière, car si l'Administration
ne fut pas toujours très tutélaire à
l'inventeur, elle a, ultérieurement, reconnu son erreur,
et M. de Selves mit toute sa bonne grâce habituelle
à la réparer, en accordant à M. Bourseul,
déjà à la retraite, cette tardive récompense.
On peut se représenter quelle somme de travail, d'efforts
soutenus, de zèle jamais ralenti, de dévouement
de toutes les heures au bien du service représente,
pour un fonctionnaire parti du plus modeste emploi, la carrière
qu'a fournie M. Charles Bourseul.
Tant de soins n'absorbaient pourtant ni toute son intelligence,
ni tout son temps.
Adolescent encore, à Metz, il avait été
frappé à la rencontre d'un jeune sourd-muet
qu'on était arrivé à faire parler ; et
déjà curieux résolu, chercheur ingénieux,
il s'était appliqué à étudier
le mécanisme de l'émission des sons.
Plus tard, il devait reprendre ces études, avec la collaboration
de sa jeune femme. Son désir de savoir l'entraînait
jusqu'à se faire mouler la bouche, afin de fixer les diverses
positions des lèvres dans l'émission des voyelles.
L'aide que lui apportait Mme Bourseul consistait à
verser dans sa bouche ouverte le plâtre à mouler
qui devait garder l'empreinte, puis à l'aide de fils
déposés dans l'épaisseur, à détacher
ce moule.
Et l'inventeur nous racontait, comme une plaisante aventure,
qu'un jour la ménagère, retenue à la
cuisine par quelque ragoût qui brûlait, tardait
tant à revenir qu'il avait pensé étouffer
sous sa bouchée de plâtre.
Bientôt, le mécanisme de la voix n'eut plus pour
lui aucun secret. Un phénomène qu'il constata un
jour, en accordant un vieux piano de famille, à savoir
que les cordes métalliques, toutes ensemble, et pas seulement
les harmonies, résonnaient lorsqu'on émettait dans
leur voisinage certaines notes parlées, l'intrigua de nouveau
fortement et le poussa à de nouvelles études ; l'électricien,
d'autre part, continua parallèlement les travaux professionnels
auxquels l'obligeait son métier.
Enfin, il y eut rencontre, tengente, si l'on peut dire, entre
toutes ces recherches. Tant de données acquises de part
et d'autre se condensèrent, se cristallisèrent.
Après avoir songé d'abord à créer,
avec le courant électrique comme auxiliaire, une machine
parlante, Charles Bourseul eut l'idée qu'on a vu exposée
plus haut dans son article : il avait invente le téléphoné.
Il ne s'agissait pas de suggestion en l'air, à la Jules
Verne, d'hypothèses vagues, inventions plus ou moins
géniales, mais imprécises.
Le schéma, donné ici, de l'appareil qu'il
avait conçu et qu'il a reproduit de mémoire,
c'est le dessin sommaire .d'un « récepteur électrique
parfait » selon le mot d'un écrivain américain.
(Reproduction du dessin donné par Bourseul dans, son
article de l' « Illustration »)
Le courant d'une pile P traverse la bobine d'un électro-aimant.
En face de cet électro-aimant est disposée une
lame métallique mince V, susceptible de vibrer sous
l'action de la parole et, à chaque vibration, de fermer
au point de contact a le circuit électrique constitué
par le fil L. L' et la terre, ou un fil de retour, comme c'était
le cas dans le téléphone primitif, on détermine
ainsi le passage intermittent du courant à travers
la ligne L, réunie en b à la plaque.
A l'autre extrémité, un poste tout semblable,
dont la lame, actionnée au passage du courant dans
l'électro-aimant B', devra, théoriquement, en
vertu des principes énoncés tout au long dans
l'article de M. Ch. Bourseul, qu'on a lu plus haut, répéter
toutes les vibrations de celle du poste expéditeur.
Inversement, tout son émis au poste B' sera transmis
de même à B.
Tous les spécialistes connaissent de longue date les
travaux de M. Bourseul ; aucun, s'il est de bonne foi, ne
lui conteste l'honneur de son invention. Dans la « chronologie
des découvertes électriques » que
dressait, en 1882, la Lumière Electrique,
on débute par cette date : « 1854. Première
idée de la transmission électrique de la parole,
avec la description complète des moyens à employer,
émise par M. Bourseul. »
Chose curieuse, c'est peut-être en Amérique,
qu'on a revendiqué avec le plus d'énergie pour
votre compatriote la gloire d'avoir inventé le téléphone.
J'ai là, sous les yeux, un, feuillet jauni die l'Elecirical
Review du 7 décembre 1888, où l'on explique
tout au long comment Graham Bell, qui, en 1876, fit breveter
son téléphone, ne pouvait absolument pas ignorer
les recherches de son précurseur français ;
et cette opinion avait été sanctionnée,
antérieurement, par un arrêt de la Cour suprême
des Etats-Unis, rendu dans un procès soutenu par Graham
Bell.
En. effet, un ouvrage intitulé Wonders of Electricity
(Les Merveilles de l'Electricité), paru à New-York
en 1872, au moment même où Bell
travaillait la question , décrit tout au long
l'appareil de Bourseul, et ce, d'une façon, si complète,
qu'un ingénieur américain, M. Barney,
put construire lui-même d'après ce texte, et
avant la publication des brevets de Graham Bell, l'appareil
assez primitif quant aux matériaux employés,
les débris d'une boîte de cigares, et dont il
fit hommage à M. Bourseul.
Ce même M. Barney avait voué à
notre compatriote un vrai culte et quand parut le second brevet
de Bell, en 1877, il en envoyait un exemplaire à M..
Bourseul, en soulignant à. l'encre rouge toutes les
parties de la description qui concordaient, avec celle de
l'inventeur français, et en criblant les marges d'annotations
justicières :
« Bourseul, 1854 » ! Il est à noter que,
dans son premier appareil, en 1876, Graham Bell, croyant réaliser
un perfectionnement, avait adoptté, pour la lame vibrante,
une membrane baudruche. Or, c'était une grosse erreur,
une hérésie.
Et l'Américain s'en convainquit si bien que, dans son
appareil définitif, il revenait là la membrane
métallique, avouant qu'il n'avait pu obtenir avec la
baudruche aucun résultat, et donnant, alors, une copie
pure et simple de, l'appareil de Bourseul.
Soyons justes, pourtant : c'est lui qui eut l'heureuse idée
d'adopter pour l'électro-aimant un noyau de fer aimanté,
supprimant ainsi les piles et créant le téléphone
magnétique actuellement en usage.
Mais le téléphone, même alors, demeurait l'instrument
de laboratoire que tous nous avons connu. Il fallut l'invention
du microphone, en 1877, par Emile Berliner,
un peu dépouillé, lui aussi, de sa gloire
par Hughes et par le bruyant Edison
, pour que la merveilleuse invention entrât dans le
domaine des applications pratiques. -
On serait fondé à s'étonner que M. Charles
Bourseul, fonctionnaire excellent, n'ait pas été
encouragé dans ses recherches par l'Administration
à laquelle il appartenait, et qui eût du se faire
honneur de revendiquer pour lui la belle part de gloire à
laquelle il avait droit.
Mais on connaît, de reste, l'état d'esprit administratif.
Nourri dans le sérail, M. Charles Bourseul, moins que
personne, dut être surpris et, dans sa paisible maisonnette
de Malakoff, chéri par sa fille, aimé de son
bon chien Sultan, il parle de tout cela sans amertume ; aucun
souvenir des luttes passées ne saurait figer sur ses
lèvres son sourire de brave homme. Il sait que l'avenir
est grand réparateur d'injustices .
Gustave BABIN. |
L'uvre de Charles Bourseul après 1876
Ce n'est qu'en 1876, quand on parla du téléphone inventé
par Graham Bell, que Charles Bourseul reprit effectivement ses travaux
et modestement s'attacha à perfectionner divers appareils électriques.
Il construisit notamment trois appareils qui furent adoptés
par l'Administration, dont les types primitifs figuraient aux expositions
de l'électricité de 1878, 1879, 1900. "
Il inventa le transmetteur rural modèle 1890., qui figure sous
le numéro 16.100 au Conservatoire des Arts et Métiers
de Paris.
Cet appareil demeura en service dans l'Administration pendant de nombreuses
années.
Alors qu'il était Directeur des Postes du Lot, il fit, les
1" juillet et 2 décembre 1878, en présence des
membres de là Société des Etudes du Lot, deux
expériences de téléphone à l'aide d'appareils
construits par lui.
C'est vraisemblablement les toutes premières expériences
en public réalisées en France, avec succès, depuis
l'invention de Bell.
Nous avons repris intégralement les textes de ces deux séances.
Les procès-verbaux des séances de la Société
des Etudes du Lot
|
Dans le BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ
DES ÉTUDES LITTÉRAIRES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUES
DU LOT
on peut y lire : à Figeac
L'an 1878 et le 11 avril, les membres de la section figeacoise
de la Société des Etudes du Lot se sont réunis
dans la grande salle de l'hôtel de ville, sous la
présidence de M. Gustave Bazille, avocat, directeur
de ladite section.... M. Sawicki présente
un téléphone avec lequel il est fait diverses
expériences, ainsi qu'un radiomètre, instrument
formé d'un petit globe de verre dans l'intérieur
duquel se trouvent de petites ailettes en fer blanc, tournant
d'un mouvement lent aux rayons du soleil et dans le vide.
Ces ailettes sont mises en mouvement par la chaleur et les
rayons solaires ...
Puis en Séance du 8 juillet 1878 Bourseul perfectionna
le microphone de Hughes, qu'il disposa de manière
à permettre les communications à de très
grandes distances.
Séance du 8 juillet 1878
Présidence de M. CÀVIOLE, directeur trimestriel
.....................
M. le Président annonce que M. Bourseul, directeur
des postes et télégraphes du département
du Lot, a offert de faire à la Société
quelques expériences de téléphonie.
M. Bourseul, il y a une vingtaine d'années, avait imaginé
un système de transmission du son au moyen des courants
électro-magnétiques ; il fait part de son idée
à M. de Vougy, son employé, en rapport avec M.
du Moncel, électricien de l'administration, qui ne crut
pas à la possibilité de la chose et qui l'a communiquée
à l'Académie des sciences que depuis la découverte
du physicien américain Bell.
Il est regrettable qu'on n'ait pas ajouté plus d'importance
à la communication du jeune télégraphiste
et que sa découverte soit restée ignorée.
Sans cela, le téléphone aurait été
probablement inventé depuis longtemps et la France
aurait eu la gloire de le devoir à un de ses enfants.
M. le Président donne la parole à M. Bourseul
pour l'explication dii téléphone.
M. Bourseul expose sommairement les principes sur lesquels
repose le télégraphe électrique. Il
dit quelques mots des électro-aimants, des courants
d'induction et du parleur électrique en usage depuis
longtemps dans les bureaux des télégraphes.
Il en déduit que le téléphone et le microphone,
son dérivé, ne sont que des corollaires de ce
parleur. M. Bourseul décrit divers systèmes de
téléphones et entre autres celui de l'Américain
Bell, qui est le plus universellement connu.
Ce dernier se compose d'un électro-aimant (aimant entouré
d'un fil de cuivre recouvert de soie) en avant duquel est disposée
une plaque métallique vibrante. L'aimant et la plaque
sont enfermés dans une boîte en bois présentant
la forme d'une patère de rideau. La partie large de la
boîte est fermée par un espèce d'entonnoir
percé en son centre d'une petite ouverture et faisant
l'office de cornet acoustique. La partie étroite porte
à son extrémité deux vis qui permettent
de faire communiquer aux deux pôles de l'électro-aimant
les fils destinés à transmettre le courant électrique
et la parole qu'il transporte à distance.
Ces, fils sont reliés à la station d'arrivée
à un appareil semblable à celui de la station
de départ. Aucune pile n'est nécessaire pour
produire le courant électrique. Quand on parle devant
l'entonnoir du téléphone à la station
de départ, la plaque métallique entre en vibration
; ces vibrations déterminent dans la boîte
du téléphone une série de condensations
et de dilatations de l'air qu'elle contient.
Ces condensations et dilatations de l'air ont pour effet
de produire dans l'électro-aimant des courants électriques
qui se transmettent par le fil de ligne à l'électro-aimant
du téléphone de 1a station d'arrivée.
Il se produit alors à cette station des phénomènes
inverses à ceux constatés à la station
de départ : l'air du téléphone entre
en mouvement et la plaque vibrante reproduit les sons qui
ont été émis au départ. On les
entend en approchant de l'oreille le cornet acoustique.
Le microphone n'est autre chose qu'un téléphone
dans léquel on augmente l'intensité de la
parole transmise.par l'addition d'une pile dans le circuit
que parcourt le courant électrique
.M. Bourseul avait installé des appareils dans la
salle de la Société, au deuxième étage
de l'Hôtel de Ville, et dans celle de l'Orphéon
située au premier. Les conversations les plus animées
se sont échangées entre les dieux salles sans
interruption jusqu'à dix heures du soir.
Les auditeurs ont pu se rendre facilement compte de l'importance
de la découverte qui leur était mise sous les
yeux et ils ont compris combien elle pourrait être utile
lorsqu'à l,a suite de perfectionnements, qui ne tarderont
sans doute pas à se réaliser, la science de la
téléphonie aura acquis son entier développement.
Ils se sont retirés en remerciant M. Bourseul de son
intéressante conférence.
Séance du 2 décembre 1878
Présidence de M. ARNAULT, directeur trimestriel
.....................
Objet de la séance : Expérience de l'électrophone,
nouvel appareil inventé par M. Bourseul, Directeur
des Postes et Télégraphes à Cahors.
L'assistance est divisée en deux groupes : l'un est
placé à la mairie, dans la salle des séances
de la Société, l'autre s'est rendu au château
d'eau distant d,e la mairie d'environ 1 km.
Les deux stations sont reliées par le fil télégraphique
de secours en cas d'incendie. Ce fil est transformé
pour la circonstance en fil électro-phonique.
Avant l'ouverture de la séance, plusieurs assistants
engagent spontanément entre les deux stations des
conversations suivies.
M. le Président profite d'un instant de suspension pour
déclarer la séance ouverte.
Il ajoute que les assistants n'étant pas tous présents
dans la salle, la lecture du procès-verbal de la
séance précédente et les communications
de M. le Secrétaire général sont remises
à la prochaine réunion.
M. Bourseul, au château d'eau, et M. Pelet, à
la mairie, expliquent le jeu des appareils.
Un courant électrique de quelques couples passe dans
le fil unique qui relie la mairie au château d'eau,
la terre complète le circuit.
A chaque station sont deux appareils à travers lesquels
passe le courant : un appareil expéditeur devant
lequel on parle et un appareil récepteur que l'on
tient constamment à l'oreille.
L'appareil récepteur est encore le téléphone
de M. Bell qui dans la séance de juillet, porté
successivement de la bouche à l'oreille, tenait lieu
des deux appareils. Cette disposition avait l'inconvénient
de ne rien transmettre chaque fois que l'un des deux interlocuteurs
changeait trop tôt ou trop tard son instrument de
position.
La présence de deux appareils à chaque station
fait disparaître cet inconvénient, la personne
qui a la réplique plus prompte peut interrompre l'autre
aussi facilement que dans un tête à tête.
Le téléphone de M. Bell est aussi trop sensible
aux bruits étrangers, sa suppression partielle remédie
en partie à cet autre inconvénient.
L'appareil expéditeur est la partie nouvelle de
la découverte de M. Bourseul.
Cet appareil, exécuté par M. Sarcos, se
compose d'une boîte verticale en bois de placage.
Cette boîte a environ dix centimètres de hauteur,
dix centimètres de largeur et un centimètre
d'épaisseur. Elle est fixée sur un socle
en bois que l'on place sur un coussinet destiné à
intercepter les vibrations sonores étrangères.
La boîte est remplie de poudre de coke très
fine. Ses deux faces principales, au-devant de l'une desquelles
on parle, sont percées d'un trou d'environ un centimètre
carré. Chacun, de ces trous est fermé par
un morceau de charbon.
Les deux charbons pénètrent dans la boîte
jusqu'à la distance de quelquès millimètres
l'un de l'autre ; l'intervalle qui les sépare est
occupé par la poudre de charbon ; extérieurement,
ils communiquent avec deux boutons à vis de pression
fixés sur le socle par lesquels ils sont maintenus
en contact avec les électrodes.
La voix fait vibrer les parois et le contenu de la boîte,
d'où résultent des variations qui modifient
le courant jusqu'à l'appareil récepteur.
Là elles produisent des vibrations qui reproduisent
les sons articulés et même le timbre de la
voix assez fidèlement pour qu'on reconnaisse quelle
est la personne qui a parlé.
L'interposition de la poudre de charbon entre les deux conducteurs
est un perfectionnement très important.
Sans cette poudre, il n'est pas possible, il est vrai, de
régler la distance et la mobilité des conducteurs
de manière que le courant soit affecté convenablement
par les vibrations sonores ; mais ce réglage, qui
dépend de l'intensité des sons à transmettre,
de la distance de la station et de plusieurs autres causes
accidentelles, est très difficile à obtenir
et à conserver.
L'électrophone de M. Bourseul n'a point besoin
d'être réglé. M. Bourseul travaille
à d'autres perfectionnements.
Le fil électrophonique de l'expérience longe
sur partie de son parcours les fils du télégraphe.
Aussi, jusqu'à neuf heures du soir, des courants
induits accidentels s'y développent au point que
le bruit des appareils télégraphiques est
transmis en même temps que la voix, ce qui occasionne,
par moment, quelque trouble dans l'audition et nécessite
des répétitions.
M'ais après la fermeture des bureaux télégraphique,
les conversations les plus animées s'établissent
entre les deux stations avec autant de facilité et
d'entrain que si l'on eût été dans une
salle unique.
L'heure à laquelle se terminent d'ordinaire les séances
de la Société étant arrivée,
M. Arnault, président, transmet à M. Bourseul,
au château d'eau, les félicitations et les
remerciements de la réunion de la mairie et, après
un échange d'adieux entre les deux stations, chacun
se retire.
Fin 1878 : RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA
SOCIÉTÉ DES ÉTUDES,
...
Je ne veux pas sortir du domaine de la science sans vous
rappeler les belles expériences faites au sein de
de notre Société par M. Bourseui, direc-
teur des postes et télégraphes du Lot. M.
Bourseui nous a d'abord montré, dans une première
séance, les applications du téléphone
et du microphone ; mais de nouvelles recherches lui ayant
permis d'inventer cet autre appareil, auquel il a donné
le nom d'électrophone, il s'empressa, dans une séance
ultérieure, d'expérimenter devant vous sa
découverte ; vous avez pu constater combien, au moyen
du nouvel appareil, les paroles prononcées étaient
exactement reproduites par le fil conducteur, intermédiaire
fidèle des nombreux admirateurs de M. Bourseul, réunis
les uns dans notre salle des séances, les autres
au Château d'eau.
L'ingénieux inventeur de l'électrophone se propose,
nous assure-t-on, d'apporter de nouveaux perfectionnements à
son appareil. Nous espérons que ses efforts mettront
enfin en lumière les mérites de M. Bourseul et
que nous finirons par nous apercevoir que les inventeurs américains
n'ont pas seuls l'initiative de ces découvertes qui depuis
quelques années, occupent à si juste titre le
monde savant. ...
Séance du 2 décembre 1878
: OBJET DE LA SÉANCE :
Expérience de l'électrophone,
nouvel appareil inventé par M. Bourseul, Directeur
des Postes et Télégraphes à Cahors.
L'assistance est divisée en deux groupes : l'un est
placé à la Mairie, dans la salle des séances
de la Société; l'autre s'est rendu au Château
d'eau distant de la Mairie d'environ 1 kilomètre.
Les deux stations sont reliées par le fil télégraphique
de secours en cas d'incendie. Ce fil est transformé
pour la circonstance en fil électrophonique.
Avant l'ouverture de la séance plusieurs assistants
engagent spontanément entre les deux stations des
conversations suivies.
M. le Président profite d'un instant de suspension
pour déclarer la séance ouverte. Il ajoute
que les assistants n'étant pas tous présents
dans la salle, la lecture du procès-verbal de la
séance précédente et les communications
de M. le secrétaire général sont remises
à la prochaine réunion.
M. Bourseul, au Château d'eau, et M. Pelet, à
la Mairie, expliquent le jeu des appareils;
Un courant électrique de quelques couples passe dans
le fil unique qui relie la Mairie au Château d'eau.
La terre complète le circuit.
A chaque station sont deux appareils à travers lesquels
passe le courant : un appareil expéditeur devant
lequel on parle, et un appareil récepteur que
l'on tient constamment à l'oreille.
L'appareil récepteur est encore le téléphone
de M. Bell qui dans la séance de juillet, porté
successivement de la bouche à l'oreille, tenait lieu
des deux appareils. Cette disposition avait l'inconvénient
de ne rien transmettre chaque fois que l'un des deux interlocuteurs
changeait trop tôt ou trop tard son instrument de
position.
La présence de deux appareils à chaque station
fait disparaître cet inconvénient. La personne
qui a la réplique plus prompte peut interrompre
l'autre aussi facilement que dans un tête à
tête.
Le téléphone de M. Bell est aussi trop sensible
aux bruits étrangers, sa suppression partielle remédie
en partie à cet autre inconvénient.
L'appareil expéditeur est la partie nouvelle de la
découverte de M. Bourseul. Cet appareil exécuté
par M. Sarcos se compose d'une boîte verticale
en bois de placage. Cette boîte a environ dix centimètres
de hauteur, dix centimètres de largeur et un centimètre
d'épaisseur. Elle est fixée sur
un socle en bois que l'on place sur un coussinet destiné
à intercepter les vibrations sonores étrangères.
La boîte est remplie de poudre de coke très fine.
Ses deux faces principales, au-devant de l'une desquelles on
parle, sont percées d'un trou d'environ un centimètre
carré. Chacun de ces trous est fermé par un morceau
de charbon.
Les deux charbons pénètrent dans la boîte
jusqu'à la distance de quelques millimètres l'un
de l'autre ; l'intervalle qui les sépare est occupé
par la poudre de charbon ; extérieurement, ils communiquent
avec deux boutons à vis de pression fixés sur
le socle par lesquels ils sont maintenus en contact avec les
électrodes.
La voix fait vibrer les parois et le contenu de la boîte,
d'où résultent des variations qui modifient
le courant jusqu'à l'appareil récepteur. Là
elles produisent des vibrations qui reproduisent les sons
articulés et même le timbre de la voix assez
fidèlement pour qu'on reconnaisse quelle est la personne
qui a parlé.
L'interposition de la poudre de charbon entre les deux conducteurs
est un perfectionnement très important. Sans cette poudre,
il n'est pas impossible, il est vrai, de régler la distance
et la mobilité des conducteurs de manière que
le courant soit affecté convenablement par les vibrations
sonores ; mais ce réglage qui dépend de l'intensité
des sons à transmettre, de la distance de la station
et de plusieurs autres causes accidentelles est très
difficile à obtenir et à conserver. L'électrophone
de M. Bourseul n'a point besoin d'être réglé.
M. Bourseul travaille à d'autres perfectionnements.
Le fil électrophonique de l'expérience longe
sur une partie de son parcours les fils du télégraphe.
Aussi jusqu'à neuf heures du soir des courants induits
accidentels s'y développent au point que le bruit
des appareils télégraphiques est transmis
en
même temps que la voix, ce qui occasionne, par moments,
quelque trouble dans l'auditoire et nécessite des
répétitions. Mais après la fermeture
des
bureaux télégraphiques, les conversations
les plus animées s'établissent entre les deux
stations avec autant de facilité et d'entrain que
si l'on eût
été dans une salle unique.
L'heure à laquelle se terminent d'ordinaire les séances
de la Société étant arrivée,
M. Arnault, président, transmet à M. Bourseul,
au Château d'eau,
les félicitations et les remerciements de la réunion
de la Mairie, et, après un échange d'adieux
entre les deux stations, chacun se retire.
|
NB Le nom de "Electrophone" a déjà été
utilisé par L. Maiche qui le
15 septembre 1878 avait fabriqué un prototype qu'il appela
: l' Electrophone .
Autre trace vue dans la presse
Un article "The Telegraphic Journal" du 15
Fevrier 1879 sur le télectroscope de Senlecq
fait référence au télégraphe
autographique de D'Arlincourt (un des premiers systèmes
de transmission d'images fixes) et le "téléphone
imaginaire de C. Bourseul".
En comparant la proposition de Senlecq à celle de
Bourseul, The Telegraphic Journal laisse ainsi entendre
que son hypothèse, bien que non encore effective,
pourrait bien un jour trouver son application réelle.

|
En 1879 Bourseul imagine un microphone à
grenaille : "deux charbons de cornue cylindriques sont enfoncés
dans un manchon de caoutchouc très souple. Le manchon serre les
deux charbons qui s'y trouvent placés à 1/2 mm l'un de
l'autre. Il se forme ainsi un petit espace clos que je remplis de poudre
de coke"
1879 Vu dans "La Lumière Electrique"
Perfectionnement dans les téléphones.
Nous recevons une communication très-intéressante
de M. Bourseul, directeur des postes et télégraphes
à Cahors.
Les lecteurs de la Lumière électrique savent que M.
Bourseul, bien avant les travaux de Reiss, de Gray et de Bell, avait
prévu linvention du téléphone et indiqué
ses dispositions essentielles. Nous donnons un résumé
de sa lettre avec les passages qui ont paru le plus utiles. Il sagit
dune disposition nouvelle de microphone transmetteur, ne donnant
pas les grincements, sons accessoires, articulations étouffées
qui se produisent fréquemment. Lauteur décrit
son appareil, qui est très-simple, de la façon suivante
:
« Deux charbons de cornue cylindriques sont enfoncés
dans un manchon de caoutchouc très-souple. Le manchon
serre les deux charbons qui sy trouvent placés
à 1/2 millimètre lun de lautre. Il
se forme ainsi un petit espace clos que je remplis de poudre
de coke. Lorganisation constituée est à
la fois dune extrême sensibilité et dune
très-grande docilité, cest-à-dire
très-facile à régler. »
Lappareil est susceptible dapplications diverses; disposé
de manière que les charbons soient comprimés, soit
par une pression directe, soit par une traction du caoutchouc qui
les unit, il forme un très-bon musicotasimètre, et
manifeste des différences de température excessivement
faibles.
Tendu au contraire, il devient un transmetteur des bruits excessivement
sensibles« Si l'un des crayons, dit M. Bourseul, étant
percé dun trou, on suspend à ce petit appareil
un poids de réglage, on peut, en choisissant convenablement
ce poids, arriver a une sensibilité dépassant
tout ce que lon peut imaginer. Un appareil de ce genre
était suspendu sous une planchette de sapin placée
horizontalement dans une chambre au second étage. Au
rez-de-chaussée, on repassait du linge; à chaque
coup de fer, le galvanomètre déviait vigoureusement.
A 600 mètres environ se trouve une caserne dinfanterie,
chaque sonnerie de clairon, lorsquelle commençait,
mettait laiguille en action, et le galvanomètre
déviait au moindre mouvement fait dans la chambre, »
Mais cet appareil, à cause de sa sensibilité même,
est impropre à transmettre la parole. M. Bourseul, par
une étude méthodique, arrive à la conclusion
que voici :
« Jai tout dabord constaté quil
nest possible de reproduire fidèlement les sons
articulés que si, au repos, la ligne est parcourue par
un courant constant dont lintensité dépend
des conditions dans lesquelles est construit le téléphone
récepteur. Avec le téléphone dont je me
suis constamment servi, jemployais deux éléments
Callaud pour des circuits nexcédant pas 2 kil.
de résistance; quelle que fut dailleurs, cette
résistance du circuit, jai toujours obtenu le maximum
de netteté avec un courant marquant 35 degrés
au galvanomètre ordinairement employé en télégraphie.
Au-dessous de cette déviation, lintensité
augmente, mais il y a des grincements; au-dessus, les sons s'étouffent
et deviennent nasillards. Ce fait explique pourquoi le
microphone de Hughes, dont les contacts sont incertains et ne
donnent pas, dans la position de repos, un courant constant,
produit tantôt lun, tantôt lautre des
inconvénients signalés; c'est bien un microphone,
mais ce nest pas un électrophone. Linstrument
nest pas apte à reproduire la parole. »
Ayant ainsi piccisé les conditions et de nouveau démontré
le principe des courants ondulatoires, M. Bourseul, après
au moins deux cents essais, arrive à constituer un instrument
formé dune caisse sonore dans laquelle son électrophone
est placé verticalement, sappuyant sur le fond par
lintermédiaire dun tube souple en caoutchouc
et dune rondelle de liége, retenu en haut par une vis
de pression traversant la paroi supérieure.
Cet appareil permet, paraît-il, une transmission très-parfaite
de la parole à des distances variant de 50 à 75
kilom. Ce résultat remarquable ne satisfait point lauteur,
qui se propose dessayer des dispositions variées
et de résoudre les nombreuses questions qui se posent
dans létude dun appareil de ce genre. Nous
suivrons avec soin ces travaux et tiendrons nos lecteurs au
courant de leurs progrès. |
Fin 1889 il fera sa dernière innovation
de transmetteur équipé d'écouteur Aubry :
Transmetteur Bourseul Brevet N° 201 002
du 28 sept 1889
En 1890 Bourseul décède à
l'age de 83 ans
L'hommage public à Charles Bourseul
|
Les dernières années de sa vie.
sa statue élevée à St-Céré
lorsqu'en 1887, Charles Bourseul prit sa retraite, il n 'emporta,
malgré son uvre, pas d'autres récompenses,
pour ses services, que la croix de Chevalier de lia Légion
d'honneur, qui lui fut remise à Paris, en 1881, à
l'occasion de l'exposition d'électricité.
Ce fut seulement lors, de l'Exposition Universelle de 1889,
de Philadelphie, que le nom de Bourseul fut salué
publiquement comme celui d'un homme de génie méconnu,
précisément par Graham Bell et Edison, qui se
trouvaient avoir recueilli la gloire de l'invention dont le
premier il avait eu l'idée.
Hommage public lui fut encore rendu par Jules Roche, Ministre
du Commerce et de l'Industrie, quand il ouvrit à Paris,
le ler mai 1890, la Conférence télégraphique
internationale.
Regrettant qu'un tel homme fût resté incompris,
il lui fit donner par M. de Selles, Directeur général
des Postes, la croix d'Officier de la Légion d'honneur,
ainsi qu'une allocation de 2.000 fr. à titre de mission
permanente.
Charles Bourseul n'en est pas moins mort pauvre, ne laissant
à ses nombreux enfants et petits-enfants (il avait
six enfants) que son nom qui demeurait presque ignoré.
Son départ de l'Administration fut d'ailleurs assez
mouvementé. Accusé d'être réactionnaire
pour avoir recueilli chez lui le Supérieur des Capucins
lors de l'expulsion de cet ordre religieux, il reçut
sa mise en disponibilité d'office. Il put heureusement
se justifier et fut mis à la retraite avec rappel du
trailtement qui lui avait été supprimé.
M. de Monzie, Sénateur du Lot, fit d'ailleurs allusion
à cet incident dans le discours qu'il prononça
à l'occasion de l'inauguration du monument de Bourseul.
Dans le style élégant et alerte qu 'on lui connaît,
il dit notamment : « D'aucuns prétendent que
notre héros était d'esprit réactionnaire.
Puissent les esprits avancés montrer dans les voies
et dans les applications de la science une hardiesse égale
à celle de ce réactionnaire. Puissent surtout
les démocrates reconnaître et proclamer qu'ils
auront failli à leur mission s'ils ne se font pas les
serviteurs, les commis-voyageurs de tous les progrès
techniques. »
Après sa mise à la retraite, Charles Bourseul se
retira d'abord à Malakoff chez une de ses filles.
A partir de 1908, il passa les dernières années
de sa vie à la « Villa des Buissonnets », avenue
Victtor-Hugo, à St-Céré, où il habitait
avec sa fille, Mme Bourget, Directrice en retraite des écoles
primaires supérieures de jeunes filles de St-Géré
et de Ghasseneuil (Charentes).
L'activité intellectuelle de Bourseul ne se limitait
pas d'ailleurs aux seuls travaux se rapportant à l'électricité.
Esprit cultivé, alerte et fécond, il abordait
avec facilité des sujets totalement différents.
C'est ainsi qu'il rédigea un livre sur les sourds-muets.
Pour Mme Jauzac, sa fille, qui était dans l'enseignement,
il fit une grammaire qui était d'une simplicité
telle que d'après les déclarations mêmes
de Mme Jauzac une élève d'intelligence moyenne
connaissait très bien, les règles de la langue
française à L'âge de 12 ans.
Peu avant sa mort, il travaillait encore à la mise
au point de deux traités : l'un, la « Chimie
des Chimies », offert par la famille à l'Académie
des sciences, l'autre, « La gamme et les sons »,
également offert à l'Académie de Musique.
Il mourut le 24 novembre 1912, à l'âge de
84 ans, et son corps repose dans le cimetière de
St-Céré.
Sur sa tombe, M. Bessac, pharmacien, voisin et ami intime
de Bourseul, prononça un discours dont nous avons extrait
le passage suivant : ..
« La fin de ce grand homme fut semblable à sa vie.
Il s'est éteint doucement dans la paisible retraite qu'il
s'était choisie à St-Céré, auprès
de ses filles qui l'aimaient avec une tendresse passionnée.
Souvent, je passais des heures calmes auprès de ce doux
vieillard dont j'aimais la causerie délicate, et c'étaient
de longs entretiens sur des sujets de philosophie morale, sur
les problèmes de la vie et de l'au-delà, sur nos
tristesses et sur nos espoirs... Nous admirions ensemble le paysage
grandiose qui s'étend, comme une large fresque, devant
la terrasse de sa maison, et il aimait les grands peupliers de
lia vallée se perdant dans la brume du soir.
Dans son ermitage, il vivait parmi les choses familières,
loin du bruit de la foule et des agitations vaines, qui auraient
troublé le crépuscule de, sa vie méditative.
Jusqu'à la dernière heure il poursuivit les
études qui occupèrent toujours sa pensée
et ses écrits posthumes révéleront, peut-être
un jour, des découvertes qui changeront encore les
conditions de la vie.
Il pensait à tout : à l'unification de la matière,
aux rapports mathématiques des accords et des harmonises,
à la recherche de l'absolu.
Son esprit actif allait de la physique à la chimie
et se perdait dans ces problèmes de hautes mathématiques
qui touchent à la métaphysique.
Humaniste fervent, il se reposait par la lecture de quelques
pages d'Horace ou de Virgile et feuilletait son La Fontaine,
pour lequel il avait une particulière affection.
Son âme était profondément religieuse
et sa pensée s'élevait, très pure, vers
le Dieu de Bonté et de Justice.
Maintenant il repose dans la grande sérénité
du dernier sommeil, après une vie toute faite d'amour
pour les siens et de travail pour l'humanité. »
La Société des Etudes du Lot, qui avait accueilli
Bourseul, ne l'oublia pas après sa mort.
Bourseul laissa une fille dans le dénuement.
Elle héritait, il est vrai, du tiers légal de la
retraite paternelle, mais comment vivre ?
En 1913 M. Dumont, ministre des finances, a eu un beau geste.
Il a doté la fille de Bourseul d'un bureau de tabac. Les
1500 francs environ que lui rapportera cette libéralité
suffiront à ses goûts simples. Et l'Etat aura ainsi
facilement esquivé le reproche d'ingratitude envers un
modeste savant, auteur d'une de nos richesses nationales .
Dans la séance du 2 décembre 1912, tenue
sous la présidence de l'abbé Viguier, les membres
de la Société des Etudes du Lot, en rappelant les
expériences faites à Cahors par Bourseul, émirent
le vu que le Conseil municipal donnât le nom de ce
savant à une des nouvelles rues de Cahors.
Au cours de la séance du 6 octobre 1913, M. le Chanoine
Albe, Président, proposa d'adresser des remerciements à
M. le Maire et au Conseil municipal de Cahors pour ce qu'ils avaient
répondu au désir de la Société en
donnant, à une des rues de la ville, le nom de Charles
Bourseul.
Cette rue, qui part de la rue Wilson pour aboutir place Antonin-Bergon,
longe d'un côté l'Hôtel des Postes.
La plaque qui y fut apposée le 13 février 1914 porte,
en enregistrant la réalité des faits :
RUE CHARLES-BOURSEUL INVENTEUR DU TÉLÉPHONE 1829-1912
Quatre villes seulement en France ont donné le nom de Bourseul
à une de leurs rues : Paris, Direction régionale
et Chèques postaux. Cahors, où il exerça
les fonctions de Directeur des P.T.T. Malakoff, où il vécut
au début de sa retraite. Saint-Céré, où
il mourut.
Nous avions donc raison d'indiquer plus haut-que les Français
ont ignoré et ignorent encore celui dont l'idée
géniale à contribué à l'une des plus
grandes découvertes du xx siècle.
Cependant, la ville de Saint-Géré
a tenu à honorer tout particulièrement l'un de ses
enfants adoptifs.
Le 31 octobre 1922, sous l'impulsion de M. de Monzie, sénateur
et conseiller général de Saint-Géré,
un Comité était constitué en vue d'ériger
sur une place de Saint-Géré un monument à
la gloire de Charles Bourseul.
M. Lafon, sous-secrétaire d'Etat aux P.T.T., avait accepté
la présidence d'honneur de ce Comité et autorisé
qu'une souscription soit ouverte dans les services de l'Administration.
Le montant des souscriptions était centralisé par
M. Gibert, receveur principai des P.T.T. à Cahors, trésorier
du Comité. Il avait été demandé la
somme de 1 fr. à chaque souscripteur.
Les abonnés au téléphone, bénéficiaires
directs de l'invention de Bourseul, furent sur le plan national
invités à participer à cette souscription.
Le monument élevé place de L'Arvol, dû au
ciseau du sculpteur Cipriani, représente Bourseul debout
sur une ,colonne élevée.
L'illustre savant tient dans sa main un récepteur téléphonique
; sur la face du socle a été gravée l'inscription
: « A Charles Bourseul, inventeur français du téléphone,
dont l'uvre appartient au, monde et le souvenir à
Saint-Ciéré ». Sur les autres côtés
du socle sont gravées les armes de Saint-Céré,
Cahors, Gourdon et Figeac.
L'inauguration eut lieu le 12 octobre 1924 sous la présidence
de M. Robert, sous-secrétaire d'Etat aux P.T.T., et en
présence de la famille Bourseul. Assistaient notamment
à cette manifestation : M. Castagne, maire ; de Monzie,
Loubet, Fontamille, sénateurs ; Malvy, Bouat et Calmon,
députés ; l,e préfet et les hauts fonctionnaires
du département ; M. Lafomt, Directeur départemental
des P.T.T. du Lot, ainsi que ses collègues des départements;
voisins.
De nombreux discours furent prononcés. Nous en avons relevé
les extraits ci-après. De M. Castagné, maire et
ami de Bourseul :
« Le Conseil municipal a voulu que l'emplacement de ce monument
fût tout près de cette route touristique d'Auvergne
à Padirac et Rocamadour, où passent de nombreux
étrangers, afin que l'image de celui dont l'invention appartient
au monde entier puisse s'imposer aux regards de tous et attester,
qu'au-dessus de toute autre considération, nous avons placé
la reconnaissance due au réel inventeur français
du téléphone. »
De M. de Monzie, sénateur : « J'ai d'assez sérieuses
raisons personnelles pour soutenir que le lieu de naissance n'a
rien de commun avec le lieu d'élection. Il faut, à
tout le moins, laisser ,ce droit d'élire une petite patrie
définitive à tous les déracinés, à
tous les sans-patois, aux errants die la vie moderne. Charles
Bourseul, en choisissant cette terre pour y reposer, l'a désignée
à nos soins pour qu'y fût posé le monument
dû à sa mémoire.
Ce n'est pas la première fois que Saint-Céré
sert de refuge à quelque grand esprit désenchanté.
Devant qu'il fût « ensépulcré »
ici selon son vu, le poète français de Maynard,
contemporain et rival de Malherbe, composait à Saint-Céré
ces vers qui auraient pu tout aussi bien figurer en frontispice
sur la maison de Bourseul l'inventeur : Las
d'espérer et de me plaindre des muses, des grands et du
sort, c'est ici que j'attends la mort, sans la désirer
ni la craindre.
« Je partage, au nom de tous ceux que la petite ville protégée
de collines recueillit et abrita au long des temps : le refuge
est doux d'une douceur dans laquelle toute amer tu me se dissout.
Pays de retraite, mais non pays en retraite. Il y a de la passion
latente dans cette atmosphère calme. Notre saison, Monsieur
le Ministre, c'est l'automne roux qui dore les châtaigniers,
alanguit les soirs et pacifie les curs. Or, il est bien
vrai que tous nos curs ont besoin d'être pacifiés.
Chacun de nous porte en soi la déception d'avoir vu tel
de ses rêves réalisé par d'autres, d'avoir
subi quelque plagiat d'amour ou de pensée. »
Après. avoir rappelé les patientes recherches de
Bourseul, M. Pierre Robert, sous secrétaire d'Etat aux
P.T.T., apporta les preuves de la priorité de lia découverte
de Charles Bourseul et conclut : « En somme, il est entièrement
établi qu'il existe une coïncidence très nette
entre les travaux de Bourseul et de Bell, que leurs études
sont les mêmes et que, dès 1854, Bourseul a donné
la théorie exalcte du téléphone et décrit
le système complet que Bell a réalisé 22
ans plus tard.
Sans nul doute, la réalisation du téléphone
est l'uvre du savant américain, mais on n'en saurait
refuser à Bourseul le mérite de l'idée die
la véritable invention. »
Malheureusement, la statue de Bourseul fut enlevée et son
bronze utilisé au cours de la dernière guerre.
Un Comité local envisage la réédification.
Saisie d'une demande de subvention par la Municipalité
de St-Céré, l'Administration des P.T.T. a accepté'
le principe d'une participation aux frais d'érection.
Depuis, le projet de remise sur socle de la statue n'a reçu,
faute de fonds, aucun commencement d'exécution.
Dans ces conditions, nous pensons que la Société
des Etudes du Lot se doit d'appuyer de sa forte personnalité
le désir de la Municipalité et du Syndicat d'Initiative
de St-Céré. Elle contribuera ainsi à honorer
un grand savant dont les tenaces efforts se heurtèrent
à l'incompréhension de ises contemporains.
Nous prions donc notre président, M. Fourgous, de bien
vouloir examiner s'il ne conviendrait pas d'émettre un
vu dans le but d'attirer l'attention des pouvoirs publics
sur le projet de réédification de la statue de Bourseul.
Il pourrait être précisé, en outre, que la
Société des Etudes du Lot désire dès
maintenant participer aux manifestations qui pourraient avoir
lieu si le projet était réalisé .
Ce vu pourrait être notamment adressé au Conseil
général, à la Municipalité de St-Céré,
ainsi qu'à l'Administration des P.T.T.
Georges MAUREL, Charles MIGNAT
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On verra par le compte rendu de la séance du
10 juillet 1952 publié dans le présent Bulletin que la
Société des Etudes du Lot a voté dans ce sens la
motion suivante : « La Société des Etudes du Lot.
après avoir entendu, dans sa séance du 10 juillet 1952,
une communication sur Charles Bourseul par deux de ses membres : MM.
Maurel et Mignat, Inspecteur principal et Inspecteur-rédacteur
des Postes du Lot, communication retraçant avec des renseignements
inédits le rôle de cet homme de science, méconnu
du public et trop ignoré des manuels scolaires, dans l'invention
et le perfectionnement du téléphone,
« Décide que cette étude paraîtra dans
son Bulletin ;
« Emet le vu que l'on rétablisse à St-Céré,
où Charles Bourseul passa les dernières années
de sa vie, la statue de ce dernier qui s'élevait avant 1940
sur une place publique ;
« Déclare, par avance, s'associer à la manifestation
qui pourrait marquer cet hommage. »
Cette motion a reçu dans la Presse, ainsi qu'auprès
de diverses personnalités ou groupements et de l'Administration
des Postes, un accueil des plus bienveillants.
Le journal France-Illustration, en rappelant dans son numéro
du 30 août 1952 l'article de 1854, a bien voulu s'associer
au vu émis par la Société des, Etudes
du Lot pour le rétablissement de la statue de St-Céré.
J. F.
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