Introduction
par Catherine Bertho
Entre 1879 et 1927, le réseau parisien vit au rythme du
téléphone français, dont il illustre fidèlement
les évolutions, tant juridiques et politiques que techniques.
Dans un premier temps, entre 1879 et 1889, il est confié à
une compagnie concessionnaire, la Société générale
des téléphones (SGT).
Sous la surveillance pointilleuse de l'administration des télégraphes
et des autorités parisiennes, la SGT bâtit un premier
réseau qui a la particularité d'être entièrement
souterrain et calqué sur celui des égouts.
Après 1889 et la « nationalisation » du téléphone,
une seconde période commence : l'administration engage une
refonte du réseau parisien pour tenir compte à la fois
de l'évolution de la technique et de la croissance du nombre
des abonnés.
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Mais deux incidents montrent les
limites de ces efforts : l'incendie
du central Gutenberg en 1908, puis la crue de 1910 perturbent
profondément un réseau dont l'insuffisance est désormais
dénoncée de toutes parts.

L'automatisation du téléphone parisien, étudiée
à partir de 1922, devrait être l'occasion de le rebâtir
sur des bases techniques et économiques solides.
Cependant, en 1927, on est encore loin d'avoir rompu avec l'héritage
du vieux réseau de la Société générale
des téléphones.
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1883 Paris compte Onze centraux
| Désignation |
Emplacement |
Nombre des abonnés au
1er Août 1883. |
| A |
27, avenue de l'Opéra |
706 |
| B |
Rue Logelbach, Parc Monceaux.
|
328 |
| C |
204, boulevard La Ville tte
|
193 |
| D |
10, place de la République. |
432 |
| E |
24 et 26, rue de Lyon |
100 |
| F |
20, avenue des Gobelins |
7l |
| G |
Rue du Bac. 62 |
187 |
| H |
123, rue Lecourbe |
43 |
| I |
80, rue de Passy |
62 |
| L |
42, rue de Lafayette |
396 |
| M |
25, rue Etienne Marcel |
220 |
| 0 |
Rue de la Pépinière |
pas ouvert |
|
Quel est le régime des téléphones en France
en cette année 1911 ?
Le fonctionnement du réseau téléphonique de
Paris a été l'objet, ces dernières années,
de plaintes les plus vives ; on a même vu les abonnés
s'unir pour défendre leurs droits. Il est intéressant
de jeter un coup d'oeil sur le développement pris dans notre
capitale par ce nouvel engin de progrès, et de constater
les améliorations indéniables, apportées en
ces derniers temps à l'ensemble du réseau.
Cela ne nous empêchera pas, sans rechercher toutes les causes
des défectuosités existantes qui sont à la
fois d'ordre technique, financier et administratif, de signaler
les points faibles à corriger et les fautes à éviter.
En France, les communications téléphoniques constituent
un monopole d'État, au même titre que les communications
télégraphiques.
Le soin de remplir les obligations de ce monopole est confié
au Ministère des Travaux publics, des Postes et des Télégraphes.
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Cliquez sur un
étage pour voir en détail
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Le journal illustré du 3 septembre
1893
Enfin l'hôtel des téléphones
est achevé et il faut espérer que les abonnés
cesseront de gémir sur la lenteur et la difficultés
des communications provenant de ce qu'a chaque station, chaque fil
devait être embranché, ce qui faisait perdre beaucoup
de temps.
Cet Hotel des téléphones est un magnifique monument
situé rue Gutenberg.
Il a été bâti sur la petite bande de 1000 mètres
de terrain qui resta à l'Etat, entre la rue du Louvre et la
rue Jean-Jacques Rousseau, après l'édification de l'hotel
des Postes.
Commencé en Avril 1891 sous la direction de JM. Boussard,
architecte, auquel on devait dèjà les plans de la Caisse
d'Epargne Centrale, située rue Saint Romain, ul présente
un aspect entièrement nouveaux, tant par l'emploi presque exclusif
de la brique vernissée et du fer, que par la prédominances
des vides sur les pleins, ce qui lui donne l'aspect d'une vaste ruche
vitrée. La grande façade, tout en fer, fait preuve d'une
hardiesse inaccoutumée dans l'emploi du métal ; le complément
est en brique émaillées de couleur blanche veinées
de vert, suivant des procédés qu'on dit restitués
de l'industrie persane.
Il en résulte pur l'ensemble un aspect de légèreté
et un éclat qu'on est plus habitué à trouver
aux constructions orientales qu'a celles de l'occident. La moindre
pluie lavera spontanément toute cette faïence et la fera
paraitre éternellement neuve.
De l'aveu de personnes autorisées, ayant visité la plupart
des installations téléphoniques de l'Europe et de l'Amérique,
les salles de l'hôtel des Téléphones de Paris
sont les plus belles qui existent au monde. |
Au
début de l'utilisation du téléphone, le Gouvernement
concéda l'exercice de ce monopole, pour un certain nombre de
réseaux urbains et notamment pour celui de Paris, à
une Société fermière. Il se réservait
seulement l'exploitation des lignes interurbaines et, à titre
d'essai, celle de quelques réseaux urbains.
Ce n'est qu'au 1er septembre 1889 que, le réseau de la Société
fermière ayant été racheté, l'administration
des Postes et des Télégraphes fut chargée d'exploiter
l'ensemble du service téléphonique.
A cette date, Paris comptait 6.500 abonnés. Vingt ans après,
en 1909, le réseau comprenait 65.000 postes principaux.
Modèle
ADER type installé depuis 1879
|
Sous l'il
de l'administration.
Le 26 juin 1879, le ministère des Postes et Télégraphes
publie un arrêté déterminant les conditions auxquelles
pourront être concédés les réseaux téléphoniques.
Trois sociétés se portent candidates pour le réseau
de Paris.
Au bout de trois mois, elles fusionnent ; le 30 septembre 1879, la
Société générale des téléphones
se trouve seule à pied d'uvre, dotée de 400 souscripteurs
et chargée de réaliser le premier réseau téléphonique
français.
La tâche n'est pas particulièrement facile. Les termes
de la concession sont sévères, et l'on peut penser que
la lourdeur des charges qui pèsent sur la rentabilité
de la concession n'est pas étrangère aux difficultés
du téléphone français.
Ainsi, la concession est d'une durée très courte (cinq
ans), alors qu'en Belgique les concessions sont de vingt-cinq ans
; en Espagne, vingt ans ; en Autriche, dix ou cinq ans selon la ville.
En outre, l'État se réserve de prélever 10 %
des recettes brutes, soit, pour les quatre premières années
d'exploitation et pour l'ensemble des réseaux de la SOT, 433
000 francs. |

Modèle PASQUET mural vers 1915 |
Ces contraintes
se retrouvent dans les conditions qui président à
l'établissement du réseau : d'une part, la SGT
agit sous l'oeil sévère et parfois suspicieux
de l'administration ; d'autre part, elle uvre dans Paris,
ville aux institutions anciennes dont le sous-sol est à
la fois très convoité et très réglementé.
Les clauses de la concession prévoient un curieux partage
entre l'administration des télégraphes et les
compagnies concessionnaires : aux compagnies, la responsabilité
de l'équipement de l'abonné, du poste téléphonique
jusqu'à la |
façade de l'immeuble, ainsi que la responsabilité
des centraux téléphoniques ; à l'administration,
celle des fils et câbles, qu'elle se réserve le droit
de poser aux frais de la compagnie concessionnaire.
Par ailleurs, à l'exemple de ce qui s'est fait pour le télégraphe
vingt ans plus tôt, la Ville et la préfecture de Paris
imposent à la compagnie de renoncer aux fils aériens
et d'emprunter le réseau des égouts.
Or, c'est une exigence qui, dans un premier temps au moins, est contradictoire
avec l'état de la technique.
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Comme ceux du télégraphe, les tout
premiers réseaux étaient prévus « en
aérien », avec un seul fil par abonné et retour
par la terre.
Il faut plusieurs mois pour qu'on se rende compte, aux États-Unis
comme en Europe, qu'un circuit à deux fils est nécessaire.
Par ailleurs, établir les fils téléphoniques
en parallèle dans les égouts, comme on le fait au
début, provoque des phénomènes électriques
qui se traduisent, soit par un bruit de « friture »
insupportable, soit par la possibilité d'écouter les
conversations adressées à un abonné voisin.
Autant d'obstacles sérieux à une exploitation commerciale.
On comprend que la Société générale
des téléphones tienne à faire savoir à
ses abonnés potentiels, dans un article paru en 1882 dans
le journal de vulgarisation scientifique la Nature, qu'en adoptant
le circuit à deux fils et les câbles torsadés
elle a réussi à éliminer ces inconvénients.
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L'installation
du réseau téléphonique dans les égouts
a, à l'origine, des avantages dont la SGT ne manque pas de
se féliciter devant ses actionnaires : les fils sont simplement
posés sur des herses métalliques suspendues à
la voûte des égouts.
On évite ainsi de coûteux et impopulaires terrassements.
En outre, les égouts donnent la plupart du temps la possibilité
de pénétrer chez l'abonné sans travaux supplémentaires.
Cependant, cette contrainte, jointe à la surveillance de l'administration
des Postes et Télégraphes, ne facilite pas la gestion
et oblige à des négociations répétées.
Témoin les démarches que doit faire la société
Gower concessionnaire d'un des trois réseaux parisiens
avant son absorption par la SGT pour raccorder ses quarante-huit
premiers abonnés.
  |
Tout à l'égout
Ainsi, le 24 septembre 1879, Gower a demandé à la
préfecture du département de la Seine l'autorisation
de faire établir dans les égouts de Paris 101 lignes
téléphoniques .
Un plan est joint à la demande. Cela ne se fera ni sans frais
ni sans délais.
La société doit d'abord verser une provision de 20
000 francs, un cautionnement spécial de 5 000 francs, plus
un cautionnement supplémentaire de 20 000 francs.
Cela fait, le directeur des travaux de Paris affirme aux gérants
de la société : « Je ne vois aucun inconvénient
à ce que vous procédiez, dès à présent,
à l'établissement des fils » sauf bien sûr
à donner avis du début des travaux au moins à
trois ingénieurs détenteurs de l'autorité sur
une parcelle du sous-sol : l'ingénieur de l'assainissement
pour le service des égouts, l'inspecteur des eaux et l'ingénieur
de la section intéressée en ce qui concerne les tranchées
sur la voie publique ».
|
Soumise
à la surveillance des hommes des égouts, la société
Gower l'est aussi à celle des ingénieurs des télégraphes.
Le 27 octobre, elle adresse à l'ingénieur chargé
de poser « son » réseau la nomenclature des premiers
câbles.
Ceux-ci sont modestes : il y a en tout huit lignes à chacune
six conducteurs qui divergent à partir de la rue Neuve-des-Petits-Champs,
siège de la société.
Cela permet accessoirement de voir qui sont les quarante-huit premiers
abonnés : des banques, dont celles qui financent la compagnie
(la Société générale, qui utilise le réseau
un peu comme un réseau intérieur entre ses propres bureaux,
le Crédit mobilier, la Société financière,
la Banque franco-égyptienne, la Banque générale
de change), des financiers (Chambre syndicale des agents de change),
des hommes d'affaires intéressés dans le financement
des sociétés de télégraphie sous-marine
et de téléphone (Erlanger), des journaux (la Lanterne,
le National), ainsi que l'agence Havas.
Le réseau bénéficie au départ de la concentration
de ce type d'activités autour de la Bourse, et le trajet des
fils suit le tracé des rues avoisinantes. |

|
La
prévision d'extension du réseau est réduite à
sa plus simple expression.
Deux jours plus tard, le 29 octobre, la société Gower
précise à l'inspecteur qu'elle « le prie de bien
vouloir utiliser le sixième fil de la sixième ligne
(un câble à six conducteurs) pour le Cercle franco-américain,
4, place de l'Opéra ».
Mais cette courtoisie ne dure pas.
Lors des dures discussions pour le renouvellement de la concession
en 1884 et en 1889, la SGT est mise en cause pour le grand nombre
d'abonnés qui attendent encore leur raccordement.
Elle fait alors peser la responsabilité du retard sur l'administration,
incapable, selon ses avocats, de réaliser le réseau
au rythme demandé.
Et il est vrai que, dans un premier temps, la mise en place des liaisons
bute sur l'insuffisance de l'approvisionnement en câbles.
Hormis l'adoption précoce des circuits à deux fils,
choix « moderniste » dont on ne cessera par la suite de
féliciter la SGT, les caractéristiques du réseau
sont encore très frustes. |

Tous les câbles sont isolés, sur le modèle des
câbles sous-marins, à la gutta percha.
Il n'existe que deux types de câbles : d'une part, les lignes
auxiliaires qui relient entre eux les bureaux ; d'autre part, les
câbles qui desservent les abonnés.
Les deux fils constituant chaque circuit sont réunis dans
les égouts en câbles de sept paires toronnées
et protégées par une enveloppe de plomb.
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Le
réseau a cependant fait l'objet de quelques choix de structure
délibérés.
Ainsi, la société explique que « tous les fils
qui joignent les divers bureaux centraux de Paris passent tous par
un point central situé 27 avenue de l'Opéra.
On aurait pu établir des lignes reliant les bureaux deux à
deux par le chemin le plus court.
Cette méthode aurait diminué la longueur totale de câbles
employée à ce service. On a cependant préféré
le système du point central d'où rayonnent les fils
venant de tous les bureaux ».
Cela permet de tirer parti des rosaces sur lesquelles les fils correspondant
à chaque abonné sont disposés à l'aboutissement
des câbles : « Si on reconnaît que le bureau C fait
un usage peu actif de ses fils auxiliaire avec D, tandis que les communications
entre D et I sont actives et sont quelquefois retardées par
le manque de lignes, la manuvre à faire est facile. [...]
On disjoint un fil double CD à son extrémité
C dans la rosace et on le relie à un câble libre venant
du bureau I. »
|
Cette adaptation du réseau au trafic observé
ne vaut pas seulement pour les lignes auxiliaires.
Pour faciliter le travail des opératrices, « il y a
lieu de réunir [sur les tableaux], autant que possible, les
abonnés en groupes sympathiques, si on nous permet cette
expression, c'est-à-dire en groupes de personnes causant
le plus habituellement ensemble.

Rosaces
|
|
Cette distribution des abonnés n'est pas
une chose une fois faite ; il y a des mutations fréquentes,
pour diverses raisons : changement de domicile d'un abonné,
arrivée d'un nouvel abonné, etc. (3) ».
Ce type de gestion n'est possible que pour un petit réseau.
Au 31 décembre 1883, la SGT compte 3 039 abonnés.
Le plus gros central, Opéra, a 603 abonnés ;
le plus petit (rue Lecourbe) 50.
Comment sont établies à Paris les
canalisations souterraines ?
A partir de 1882, le réseau se structure, et ses caractéristiques
techniques se mettent en place.
Borné par les fortifications, le réseau téléphonique
parisien s'organise autour de huit, puis de douze bureaux «
centraux ».
Dans le courant de l'année 1912 même, une nouvelle
circonscription téléphonique est créée,
qui dessert le poste central, rue Marcadet.Il importe de signaler
que le nouveau numéro des abonnés, qui y seront reliés,
au lieu de commencer par les chiffres 1, 2, 3,....8 ou 9, comporte
d'abord le nom du bureau, les deux groupes de chiffres qui suivent
indiquant, comme dans les autres cas, la place qu'occupe la ligne
téléphonique sur le multiple (Ex. : Marcadet 11-37).
|

RÉPARTITION DES BUREAUX CENTRAUX DU RESEAU DE PARIS.
Les chiffres placés au-dessous du nom de chaque bureau indiquent
la classe d'abonnés desservis par ce bureau ;
l'abonné 728-43 sera relié au 43e Jack de la 28e section
du multiple de Saxe ;
l'abonné 1018-24 sera relié au 24e jack de la 18e
section du nouveau multiple des Archives
|
|
Les artères principales, partant d'un bureau
central, sont formées de câbles qui sont installées
en égout ou en tranchée ; ils se rendent ainsi jusqu'à
certains points terminus, d'où se détachent les branches
allant chez les divers abonnés.
Ces points terminus constituent les boîtes de coupure du réseau.
Presque tous ces câbles sont à isolement de papier
et à enveloppe de plomb, avec possibilité de circulation
d'air comprimé à 3 kilos de pression, dans l'intérieur
du câble, entre le bureau et les chambres de coupure.
Quelle que soit leur longueur, ils sont uniformément en fil
de cuivre de 1 millimètre. Une ligne d'abonnés à
deux fils, formant un câble « une paire », on
emploie suivant les cas, pour les artères principales, des
câbles de 224, 112, 56, 28 ou 7 paires.
En plus de l'air que l'on insuffle dans les gros câbles, au
départ des bureaux, d'autres conduites aboutissent aux chambres
même de coupure ; l'air comprimé peut arriver ainsi
directement jusqu'aux boîtes de raccordement situées
dans les chambres.
Cet air, destiné à dessécher les câbles
et à augmenter par suite leur isolement, est obtenu absolument
sec, en le faisant passer au préalable sur du chlorure de
calcium, qui retient toute trace d'humidité.
|
 |
Les lignes d'abonnés,
à leur arrivée dans le bureau central, sont d'abord
connectées sur un répartiteur général,
placé la plupart du temps en sous-sol ; elles sont conduites
ensuite aux répartiteurs intermédiaires et au
multiple. |
Vue en coupe d'un Multiple.
Les câbles issus de la pièce de la Rosace, étaient
raccordés sur les positions du multiple fonction de chaque
numéro des abonnés. |
|
1911 Situation actuelle du réseau parisien.
Le réseau de Paris, qui vient d'être complètement
transformé, n'est pas encore à batterie centrale «
intégrale », c'est-à-dire sans aucune pile chez
l'abonné.
Pour différentes raisons et jusqu'à nouvel ordre,
l'Administration des Téléphones s'est résolue
à maintenir dans les postes simples les piles microphoniques
et à ne réaliser la centralisation de l'énergie
que pour l'appel.
Cette disposition réduit au minimum les modifications à
effectuer dans le montage des anciens postes d'abonnés ;
il suffit, en principe, de remplacer la sonnerie trembleuse par
une magnétique et d'ajouter un condensateur dans son circuit.
Les bornes de sonnerie de l'appareil sont alors reliées directement
aux bornes de ligne, car il n'y a plus ni bouton, ni pile d'appel.
Avec un tel poste, l'abonné possède déjà
la plupart des avantages de la batterie centrale, tels que l'automatisme
de l'appel et de la fin de communication.
Il suffit, en effet, pour appeler le bureau central, de décrocher
le récepteur et, pour donner le signal de fin, de le raccrocher.
La sonnerie magnétique, montée en permanence sur la
ligne avec son condensateur, ne résonnera qu'au passage d'un
courant alternatif d'appel.
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SCHÉMA DE MONTAGE D'UN ANCIEN POSTE D'ABONNÉ. TRANSFORME
POUR LA BATTERIE CENTRALE.
L, ligne. L1, L2,. bornes de ligne.
S1, S2, bornes de sonnerie. C, condensateur.
- S, sonnerie magnétique.
Cr. crochet-commutateur fermant le circuit de ligne par le
contact c et le circuit primaire par les contacts a et b.
R, récepteurs. I, bobine d'induction.
T, transmetteur. ZM, CM. bornes de la pile microphonique
PM.
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Description
et fonctionnement des bureaux centraux.
On peut se rendre compte de l'importance de cette batterie centrale,
en disant qu'au bureau de Gutenberg, elle atteint une capacité
de 4.000 ampère-heures, avec un débit normal de 300
à 400 ampères.
Il y a, en réalité, deux batteries de ce genre, fournissant
du courant sous 24 volts, fonctionnant à tour de rôle
et formées chacune de deux groupes de 12 volts reliés
en tension.
C'est ce courant qui circule dans les lignes et actionne les relais
d'appel.
Deux autres batteries de 12 volts desservent les lampes d'appel.
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Fig. III. SALLE DES MACHINES DU BUREAU DE WAQRAM ( RUE DESRENATJDES).
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Les
unes et les autres sont rechargées à l'aide de moteurs-générateurs,
branchés sur la distribution de ville.
La période de charge des batteries de 24 volts est de 9 heures.
Des machines d'appel fournissent le courant alternatif à
25 périodes, nécessaire au fonctionnement des sonneries
magnétiques placées chez les abonnés.
Les différents relais qui entrent dans la constitution du
multiple (appel, supervision, etc.) sont groupés sur un même
meuble spécial. Il en est de même des translateurs
, intercalés, comme nous l'avons vu, dans le circuit des
cordons de fiches.
Sur un tableau spécial sont groupés les fusibles ,
que traversent les lignes de tous les abonnés ; ce sont des
fils de plomb qui fondent, lorsque l'intensité du courant
devient trop grande et peut endommager la ligne.
Une lampe, placée sur ce tableau, s'allume alors instantanément
et attire l'attention du surveillant.
Nous avons étudié précédemment ce qu'était
un multiple.
Nous savons comment la téléphoniste, pour répondre
à la demande d'un des abonnés, relie par un cordon
souple le Jack individuel de celui-ci avec l'un des jacks généraux
de l'abonnée demandé.
|

BÂTI DES TRANSLATEURS DIT BUREAU DE SAXE.

TABLEAU DE FUSIBLES DU BUREAU DE SAXE
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Mais il peut arriver aussi qu'un abonné,
relié à un multiple A, désire entrer en communication
avec un abonné appartenant à un multiple B. Ce résultat
est obtenu à l'aide de lignes auxiliaires, reliant entre
eux les deux bureaux A et B.
Ces lignes sont divisées en deux groupes : le premier quitte
le bureau A sous le nom de lignes de départ et parvient au
bureau B sous l'appellation de lignes d'arrivée. Inversement,
le deuxième groupe constitue les lignes de départ
pour B et d'arrivée pour A.
Les lignes de départ sont mises, a l'aide de jacks généraux
qui les répètent dans tous les groupes du multiple
A, à la disposition de chaque téléphoniste.
Ces groupes sont appelés groupes de départ .
Si un abonné du multiple A demande un abonné du multiple
B, la demoiselle reliera par un cordon souple le jack individuel
de son abonné avec le jack général d'une de
ses lignes de départ vers le bureau B ; dans celui-ci, cette
même ligne, sous le nom de ligne d'arrivée, sera mise
en relation avec l'abonné demandé.
Toutes ces lignes d'arrivée, destinées uniquement
à permettre la mise en communication des abonnés du
multiple A avec ceux du multiple B, se terminent au bureau B par
un simple cordon souple et une fiche. Toutes les fiches des lignes
d'arrivée sont placées sur un multiple spécial
formant ce qu'on appelle les groupes d'arrivée.Sur ces groupes
sont distribués, comme dans les groupes de départ,
tous les jacks généraux des abonnés du bureau
B.
|
GROUPES
DE DÉPART DU BUREAU DE SAXE

|
Des lignes
spéciales, dites de service, relient les demoiselles du bureau
A avec les téléphonistes des groupes d'arrivée
du bureau B .

SCHÉMA D'INTERCO.MILUNICATION DE DEUX ABONNÉS. RELIÉS
A DES MULTIPLES DIFFÉRENTS. Un
abonné, relié au bureau central A, demandant une communication
avec un abonné relié au bureau central B, la demoiselle
du groupe de départ de A, sur lequel se trouve le jack individuel
du premier abonné, réunit ce jack à l'aide d'un
roi-don souple et de deux fiches avec l'un des jacks généraux
d'une ligne auxiliaire se dirigeant vers B. la ligne auxiliaire, libre
à ce moment et qu'elle doit employer, lui a été
indiquée, à l'aide d'une ligne de service, par la demoiselle
du groupe d'arrivée, au bureau B, des lignes auxiliaires venant
de A. Celle-ci n'a plus qu'à introduire la fiche terminant
la ligne auxiliaire choisie dans l'un des jacks généraux
de l'abonné demandé. La communication est ainsi établie. |
C'est en utilisant ces lignes de
service, que la téléphoniste de B indique à
la demoiselle de A le numéro de la ligne de départ
qu'elle doit employer pour lui passer l'abonné demandeur.
Si l'abonné du multiple B ne répond pas ou si sa ligne
n'est pas libre, la téléphoniste du groupe d'arrivée
de B, sans plus perdre son temps, place la fiche monocorde dans
un des jacks spéciaux dits « jacks de non réponse
» ou « jacks d'occupation » qui, reliés
à un vibrateur, l'ont entendre à l'abonné de
A le rythme particulier, signe convenu de non réponse ou
d'occupation de l'abonné demandé.
Ce dispositif réalise
une notable économie de temps, puisqu'il supprime toute
conversation entre l'opératrice et le demandeur.
Un bureau spécial sert à établir les
communications interurbaines.
Lorsqu'un abonné désire entrer en conversation
avec celui d'une autre ville, sa téléphoniste
le met en rapport avec la « table » interurbaine,
sur laquelle le circuit intéressé est raccordé. |
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GROUPES D'ARRIVÉE DU BUREAU DE SAXE.
A, jacks généraux.
B, jacks d'occupation et de non-réppnse.
G, monocordes des lignes auxiliaires d'intercommunication.
D, lampes de supervision.
E, boutons d'appel.
F, poste d opératrice.
G, prise de poste d'opératrice.
H, lampe pilote d'appel.
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Grand Hall des multiples du bureau de WAGRAM |
Les multiples des bureaux centraux de Paris sont
disposés, soit en file dans une longue salle, comme au bureau
de Saxe, soit autour d'un grand hall et sur deux étages,
comme au bureau de Wagram.
Ces bureaux, qui sont encore à l'heure actuelle en voie de
transformation ou d'achèvement, comportent des services accessoires
destinés à augmenter l'hygiène et le confort
du personnel.
Une cantine fournit, au prix coûtant, des repas chauds et
des boissons hygiéniques.
Au bureau de Passy Sablons, d'agréables terrasses qui dominent
tout le quartier offrent aux demoiselles pendant l'été
un peu d'air et de fraîcheur.
On voit, par ces quelques détails, le souci que prend l'État
pour faciliter aux téléphonistes leur tâche
fatigante, énervante et souvent ingrate.
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Cantine du bureau de Saxe |

Salle de repos du bureau de Saxe
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1889 Paris compte 6 300
lignes :
comment faire face ?
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En 1889, lors de la reprise du réseau par l'État,
la croissance du nombre des abonnés (6 300) impose de revoir
la géographie du réseau, ainsi que son exploitation
et les spécifications techniques des câbles employés.
Un article paru dans la Nature donne le point de vue de l'administration
à cet égard.
A lire ces lignes, l'abonné est le principal ennemi du réseau
; la multiplication des services offerts, une complication dont on
se passerait bien ; la réalisation d'un service satisfaisant
pour le public, « un idéal aussi irréalisable
que la pierre philosophale ou le mouvement perpétuel ».
Il faut dire que, en ces années 1890, les centraux manuels
ont atteint les bornes de leurs possibilités.
Les gains de productivité se font essentiellement en augmentant
la productivité du personnel (rationalisation du travail des
opératrices, chronométrage), ce qui conduira d'ailleurs
aux grandes grèves de 1906-1909.
L'autre moyen d'obtenir des gains de productivité consiste
en une réorganisation du réseau.
Celle-ci est rendue nécessaire par l'expansion du téléphone
parisien : non seulement le nombre des abonnés a crû
globalement, mais le taux de croissance varie beaucoup d'un central
à l'autre. |
En 1883, il y avait 3 000 abonnés
au total à Paris ;
en 1890, 7 800.
Le quartier de l'Opéra, y compris le secteur de la rue Lafayette,
compte toujours un fort pourcentage d'abonnés, mais le cur
du système s'est déplacé vers les quartiers
industriels et commerciaux de la rue Etienne-Marcel et de la place
de la République.
Faut-il, pour répondre à cette évolution, multiplier
le nombre de centraux ? Plus ceux-ci sont disséminés,
moindre est la longueur de chaque ligne d'abonné ; on obtient
donc un coût d'établissement moins élevé,
ainsi qu'une meilleure qualité de transmission, puisque,
en l'absence de tout dispositif d'amplification, l'affaiblissement
est directement proportionnel à la longueur du câble.
En revanche, la nécessité de passer au moins par deux
centraux pour la majorité des communications devient une
gêne considérable : lenteur d'établissement
des communications, affaiblissement du signal compensant le gain
réalisé par le raccourcissement des lignes.
Enfin, la multiplication des centraux multiplie les opératrices,
dont le salaire est devenu le poste le plus lourd dans l'exploitation
du réseau.
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Les mystères
du réseau
En 1890-1891, l'administration décide donc de modifier le réseau
de Paris.
L'idéal serait de relier tous les abonnés de Paris à
un central unique : le nombre des abonnés et la longueur des
lignes nécessaires empêchent de recourir à cette
solution. On adopte alors une solution médiane : le nombre
des bureaux de quartier sera réduit à quatre seulement,
dont l'un beaucoup plus important que les autres.
Le grand bureau central sera localisé rue Gutenberg, près
des Halles, pour tenir compte du déplacement du centre de gravité
du trafic, et pourra desservir 6 000 abonnés du centre. Un
autre bureau, avenue de Wagram, desservira 3 000 abonnés à
Auteuil, à Passy et aux Batignolles ; un troisième bureau,
rue de Belleville, reliera 6 000 abonnés à Ménil-montant,
la Villette, Belleville, etc. ; un quatrième bureau desservira
la rive gauche.
Le tout devrait permettre d'atteindre 20 000 abonnés.
Parallèlement, les spécifications techniques des câbles
évoluent et la structure du réseau se complique. L'administration
abandonne les câbles sous plomb de la SGT, car l'expérience
a montré que la gutta percha qui servait d'isolant, si elle
est pratiquement inaltérable en milieu sous-marin, perd ses
propriétés lorsqu'elle est exposée à l'air.
Les nouveaux câbles sont isolés au papier et à
circulation d'air.
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En même temps, le réseau
est systématiquement hiérarchisé, et de nouvelles
notions, comme les manchons de jonction ou les chambres de coupures,
sont introduites.
En 1891, l'organisation du réseau est la suivante :
« La ligne double, sans fil de plomb isolé à
la gutta percha, partant de l'appareil d'un abonné arrive
à l'égout, où elle rencontre d'autre lignes
doubles et suit parallèlement ces autres lignes jusqu'à
un manchon de jonction qui sert à relier 7 abonnés
à un câble sous plomb à 14 fils isolés
au papier.
Sept câbles semblables correspondant à 49 abonnés
aboutissent à une chambre de coupure, d'où part un
câble à 104 conducteurs (49 lignes plus 3 de réserve).
Ces câbles à 104 conducteurs arrivent directement dans
le bureau central . Hiérarchiser ainsi le réseau permet
de disposer de réserves de transmission, seule la dernière
partie de la ligne devant être construite pour raccorder un
nouvel abonné. Cela permet aussi de procéder plus
rapidement aux réparations.
Enfin, en 1891, l'administration se préoccupe de la qualité
de la transmission, donc de la longueur des lignes : si la longueur
moyenne des câbles à 2 fils reliant chaque abonné
à un manchon de jonction est faible, la longueur moyenne
des câbles de 7 abonnés est de 2 km et celle des câbles
de 49 abonnés de 1 600 m, ce qui correspond à une
qualité de transmission assez médiocre.
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En
outre, l'évolution technique des câbles et l'augmentation
de leur capacité commencent à poser le problème
de la localisation du réseau dans les égouts : l'encombrement
à proximité des centraux est excessif.
A partir de 1891, l'administration des téléphones
tente, non sans de grosses difficultés, d'établir
quelques liaisons en tranchées.
Surtout, après 1900, un procès met aux prises l'administration
et la Ville de Paris. Celle-ci n'avait autorisé la SGT à
se servir des égouts que moyennant une taxe très élevée,
un droit de location basé sur le kilomètre de ligne
posée. Après le rachat par l'État, l'administration
des télégraphes a cessé purement et simplement
de payer quoi que ce soit à la Ville, arguant qu'il s'agissait
d'un réseau d'intérêt public.
Vers 1901, l'arriéré est tel que, de toute façon,
l'administration ne pourrait plus payer. En outre, la taxation sur
la base du fil ne rend plus compte des progrès de la technique,
à une époque où, pour une grande longueur de
fil, les câbles assurent une faible occupation des égouts
: elle correspond à une redevance d'un million de francs
par an. Mais le procès fait apparaître que l'administration
n'a aucune idée de la longueur des câbles qu'elle a
enterrés dans le sous-sol de Paris, ni de leur localisation
; à cet égard, la carence de la SGT a été
manifeste. A partir de 1884, craignant le non-renouvellement de
sa concession, la société a cessé totalement
d'investir dans le réseau, y compris en hommes.
Après 1889, l'administration reste faible numériquement,
même si la direction des services téléphoniques
de Paris en représente le secteur le plus qualifié
et le plus autonome.
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Téléphone SIT dit "le trèfle"
vers 1900
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Le naufrage
II faut une dizaine d'années pour appliquer réellement
le plan de 1891. Tous les bureaux créés par la SGT,
à l'exception de celui de Passy, sont successivement fermés
: trois en 1894 ; trois en 1895 ; deux en 1900. Ils sont remplacés
par d'autres. Le central Gutenberg, le plus important, est commencé
dès 1893.
Pour la rive gauche, un central neuf est mis en service en 1900,
avenue de Saxe. Enfin le central de la rue des Sablons, inauguré
en 1908, dessert Passy et Auteuil. Cependant, le nombre de quatre
centraux seulement, annoncé dans les études de 1891,
ne peut être tenu.
Après les modifications de circonscriptions intervenues en
1904 pour rentabiliser au maximum les disponibilités existantes,
la ville de Paris, en 1907-1908, est divisée en sept circonscriptions
correspondant à sept centraux téléphoniques.
Une série d'événements et d'accidents met alors
en lumière le fait qu'on a atteint les limites du système
: le dimanche 20 septembre 1908, le central Gutenberg, sur lequel
on a concentré l'essentiel du trafic des quartiers d'affaires
(18 000 abonnés), prend feu. La reconstruction d'un central
provisoire durera trois mois, pendant lesquels tout le quartier
entre la Bourse et le Marais est privé de téléphone.
Il ne faut pas oublier de noter les difficultés auxquelles
s'est heurtée l'Administration, au moment même de la
mise en service de la batterie centrale.
Le premier multiple de ce système venait d'être relié
à 18.000 abonnés, au bureau de Gutenberg, quand le
dimanche 20 septembre 1908, un incendie y éclata vers 7 heures
du soir. A minuit, les répartiteurs et les multiples étaient
complètement détruits.
La violence du sinistre avait été si grande que la
construction elle-même était dans un état lamentable
; aucune utilisation de l'immeuble n'était possible ; il
fallait le raser et reconstruire.
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Carte Postale : incendie du central
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Rôle néfaste de l'incendie de l'Hôtel de Gutenberg
en 1908 et des inondations de 1910 .
Carte Postale : incendie du central Gutenberg
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Carte Postale : incendie du central Gutenberg avant puis après
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La situation
était donc fort difficile.
On édifia un bâtiment provisoire en fer et en briques,
sur la rue Gutenberg, où furent installés deux nouveaux
multiples équipés à la batterie centrale, commandés
en hâte, l'un à la Société des Ateliers
Thomson-Houston, l'autre à la Société de Matériel
Téléphonique Aboilard.
La première utilisa le matériel déjà préparé
par elle, en vue de la transformation à la batterie centrale
de trois bureaux de la périphérie ; les délais
de livraison et d'installation étaient de un mois et demi pour
les groupes de départ et de deux mois et demi pour le tout.
La seconde construisit les groupes de départ et commanda en
Amérique les groupes d'arrivée, qui lui furent envoyés
complètement équipés ; les délais consentis
étaient de deux mois.
Ce bâtiment provisoire, commencé le 23 septembre, était
mis à la disposition des constructeurs le 12 octobre.
En attendant l'installation des multiples, les lignes de la Présidence
de la République, des Ministères et des grandes administrations
avaient été rattachées en égout sur des
lignes de service et renvoyées, dès le 22 septembre,
aux bureaux de la périphérie. |

VUE DES BARAQUEMENTS DE GUTENBERG, DU COTÉ DE I,A RUE
DU LOUVRE.
Ces rattachements de ligne furent continués les jours
suivants et, le 31 octobre, 483 lignes d'abonnés, journaux,
services publics et établissements financiers, ainsi que
220 cabines téléphoniques étaient rétablies
et fonctionnaient normalement dans ces bureaux.
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VUE DE L'INTÉRIEUR DES BARAQUEMENTS AVEC LES DEUX MULTIPLES.
Pendant ce temps, le déblaiement et la réfection du
répartiteur d'entrée avaient été entrepris
par les ouvriers de l'administration, travaillant de jour et de nuit.
Ces travaux, ainsi que ceux concernant, la réparation des câbles,
étaient achevés à la fin de novembre. Le 5 décembre,
l'installation des multiples était terminée et les abonnés
successivement raccordés; le 25 décembre, aussi bien
pour les circuits urbains que pour les interurbains, le service était
entièrement rétabli. État et constructeurs avaient
accompli un véritable tour de force. |

VUE D'ENSEMBLE DES GROUPES DE DÉPART PENDANT LE MONTAGE.
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Une année
plus tard, le réseau entier devait souffrir d'une autre calamité
et l'on n'a pas oublié les dégâts causés
par l'inondation de janvier-février 1910.
C'est le réseau souterrain qui est victime de l'inondation.
Le réseau comprenait alors des câbles à circulation
d'air de 224, 112, 27, 7 et 1 paires, 147 chambres de coupure abritant
1 300 têtes de câbles, 12 000 pièces de raccord
(dites « manchons ») posés en égout.
La moitié des égouts n'est libre que vers mars ; 1 000
lignes ne sont pas dégagées avant avril ; le réseau
n'est entièrement restauré que le 4 mai. Le sinistre
met en lumière le fait que, « faute de ressources en
matériel et en personnel, le réseau de Paris n'avait
pas été, depuis plusieurs années, l'objet d'un
entretien régulier ».
E. Estaunié, directeur de l'École supérieure
de télégraphie, rapporteur devant la commission des
inondations, souligne qu'il est urgent « de revenir sur des
méthodes d'économie au jour le jour, qui se traduisent
ensuite par des pertes désastreuses ». Un débat
s'instaure dans la presse : faut-il ou non sortir le téléphone
des égouts ? L'administration ne prétend pas revenir
au réseau aérien, mais elle prévoit au moins
de déplacer toutes les chambres de coupure au rez-de-chaussée
d'immeubles. |
Ces deux anecdotes ne constituent-elles
pas deux bons points, en faveur de notre Administration si dénigrée
?
Les plans de rénovation du réseau reviennent à
l'ordre du jour. En effet, 1909-1910 est une période d'intense
débat public sur la crise du téléphone et sur
son financement. En particulier, en 1910, le sénateur Steeg
dépose une proposition de loi sur la réorganisation
financière et administrative du ministère des Postes
et Télégraphes.
La même année, le rapporteur du budget de ce ministère,
Charles Dumont, préconise la séparation du budget
général, la tenue de comptes d'exploitation sur le
modèle industriel, la préparation de plans d'équipement.
Tout cela, en matière de téléphone, s'appuie
sur les études menées sur le réseau de Paris
depuis 1907-1908.
Le programme à réaliser est le suivant : installer
un central autonome pour l'interurbain, reconstruire Gutenberg,
installer dans la circonscription de Gutenberg quatre autres multiples
neufs d'une capacité de 10 000 abonnés, dédoubler
trois circonscriptions, en créer deux autres... Cela revient,
en plus de la construction de Tinter et de la reconstruction de
Gutenberg, à créer neuf bureaux nouveaux d'un coup.
Le projet est déposé en 1914 la période
n'est guère propice. C'est seulement au moment de l'introduction
de l'automatique que cela se révélera possible.
|
|
Une grave question : l'État doit-il monopoliser
la construction des appareils téléphoniques ?
II y a, hélas! d'autres sujets se rattachant à l'exploitation
téléphonique, sur lesquels il y a moins de félicitations
à adresser à l'État.
La question la plus brûlante aujourd'hui, et qui est tout
à fait à l'ordre du jour, est certainement celle de
la construction des appareils d'abonnés.
Elle intéresse au plus haut point les Parisiens, qui l'ignorent
en général ou n'en saisissent pas l'importance.
Avant de l'exposer impartialement, examinons rapidement quelles
sont les causes principales qui concourent au mauvais fonctionnement,
dont se plaignent actuellement les abonnés du réseau
de Paris.
Ce sont :
1° le développement extrêmement rapide du réseau.
Remarquons que ce développement se produit malgré
le taux prohibitif de l'abonnement, et l'on en est arrivé
à se demander si l'Administration ne maintiendrait pas ce
taux avec intention, se sentant incapable de donner satisfaction
aux nombreuses demandes éventuelles qui seraient formulées,
si une diminution du prix de l'abonnement était consentie.
|
 
Modèle Ader avant 1900 , modèle Pasquet vers 1902
Ces appareils étaient encore alimentés avec une pile
micro.
2° La conservation de la pile alimentant le microphone du poste
de l'abonné. Comme nous l'avons vu, en effet, l'État
a bien appliqué la batterie centrale au réseau de
Paris, mais elle l'a fait avec timidité, reculant devant
l'adoption de la batterie centrale « intégrale ».
Il s'en suit que cette pile, s'épuisant lentement, est cause
d'une transmission défectueuse.
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3° L'insuffisance
du poste d'abonné, transformé par le batterie centrale.
Nous avons examiné plus haut les modifications, apportées
au-montage du poste d'abonné, pour permettre son fonctionnement
avec le nouveau système. Il faut avoir soin de remarquer, lorsque
l'abonné se sert de son appareil, que ses récepteurs
sont traversés par tout le courant de la batterie d'accumulateurs,
placée au bureau.
Dans les postes construits spécialement pour un réseau
à batterie centrale, nous savons, au contraire, que les récepteurs
sont intercalés dans le circuit primaire avec un condensateur,
ce qui leur évite le passage continuel du courant, lorsque
l'on fait usage de l'appareil. Ce courant permanent désaimante,
en effet, ces organes qui s'affaiblissent bien inutilement.
L'Administration, considérant au contraire que les dérangements
fréquents des appareils d'abonnés étaient dus
au mauvais état de ces appareils, a inscrit au chapitre 22
du budget de 1911 un crédit de 100.000 francs, pour «
fourniture à titre onéreux de 2.500 apparais à
batterie centrale aux nouveaux abonnés du réseau de
Paris. »
Ce petit crédit, en apparence insignifiant, est une indication
de la volonté de l'État de fournir lui-même les
appareils à tous les abonnés dans un avenir prochain
et de créer ainsi un nouveau monopole. |
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Modèle Marty 1910
Modèle normalisé, adapté à la
batterie centrale. Le courant de sonnerie est fourni par une
magnéto manoeuvrée par la manivelle. |
Inutile de dire que tous les constructeurs de
téléphones, différents groupements d'électriciens,
la Chambre de Commerce elle-même s'émurent à
cette nouvelle et s'inquiétèrent de voir adopter
une décision, qui menaçait de détruire une
industrie en plein progrès.
Une campagne ardente s'ouvrit alors ; elle est loin d'être
terminée.
On sait qu'à Paris l'abonné doit fournir son appareil
; il a le choix, pour cela, parmi ceux que l'Administration après
examen a reconnus comme étant d'un fonctionnement satisfaisant.
L'abonné peut donc donner satisfaction à ses idées
de goût et d'esthétique ; aussi bien la qualité
de l'appareil lui est-elle garantie par le contrôle de l'État.
|
Nous avons
vu qu'avec ce système de grands progrès ont été
accomplis dans le construction des appareils téléphoniques,
surtout en ce qui concerne les microphones.
Nous estimons qu'il conviendrait de laisser la porte ouverte à
tous perfectionnements.
Qu'adviendra-t-il, en effet, si l'État adopte un type unique
d'appareils sur tout son réseau ? Ou ce sera l'arrêt
du progrès, ou une dépense énorme à chaque
perfectionnement nouveau à appliquer.
Quant au prix de l'appareil, que l'Administration déclare pouvoir
vendre bien meilleur marché que les constructeurs, il faut
se rendre compte que les prix actuels s'appliquent à des postes
marchant avec piles microphoniques chez l'abonné ; or, ces
postes sont beaucoup plus compliqués que les postes nouveaux
à créer, qui devraient fonctionner en batterie centrale
intégrale.
Nous croyons donc, qu'avant d'adopter le principe du monopole, il
y aurait lieu de voir si la fourniture des appareils par l'Administration
est d'un intérêt général et si elle ne
va pas, au contraire, apporter le trouble dans les industries électriques
et supprimer l'émulation des fabricants pour la recherche des
perfectionnements. |
De plus, à l'heure où, dans l'industrie,
la main-d'uvre est réduite, grâce à
l'emploi de machines perfectionnées, la question se pose
de savoir s'il y a lieu, plutôt que de conserver les appareils
existants, de supprimer les demoiselles et de matérialiser
le rêve de nombreux Parisiens : le téléphone
sans téléphonistes.
Ce sont ces questions que l'on se posait en 1910.
Je vous laisse méditer sur le chemin parcouru et les progrès
et qui ont été faits.
Poire Bell fabriquée
par Breguet en 1878
Poursuivons notre visite en regardant quelques vieux documents,
toujours sur les centraux de Paris .
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PLAN
DU PREMIER CENTRAL OPERA

Ci dessus : vue en coupe, dessous
le Sous sol . En fond vue du 1er étage
Vue dS
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1993 l'Hotel central des téléphones, GUTENBERG
Le journal illustré du 3 septembre 1893
Enfin l'hotel des des téléphones est achevé
et il faut espérer que les abonnés cesseront de
gémir sur la lenteur et la difficultés des communications
provenant de ce qu'a chaque station, chaque fil devait être
embranché, ce qui faisait perdre beaucoup de temps.
Cet Hotel des téléphones est un magnifique monument
situé rue Gutenberg. Il a été bâti
sur la petite bande de 1000 métres de terrain qui resta
à l'Etat, entre la rue du Louvre et la rue Jean-Jacques
Rousseau, après l'édification de l'hotel des Postes.
Commencé en Avril 1891 sous la direction de M. Boussard,
architecte, auquel on devait dèjà les plans de la
Caisse d'Epargne Centrale, située rue Saint Romain, ul
présente un aspect entièrement nouveaux, tant par
l'emploi presque exclusif de la brique vernisée et du fer,
que par la prédominances des vides sur les pleins, ce qui
lui donne l'aspect d'une vaste ruche vitrée. La grande
façade, tout en fer, fait preuve d'une hardiesse inaccoutumée
dans l'emploi du métal ; le complément est en brique
émaillées de couleur blanche veinées de vert,
suivant des procédés qu'on dit restitués
de l'industrie persane.
Il en résulte pur l'ensemble un aspect de légèreté
et un éclat qu'on est plus habitué à trouver
aux constructions orientales qu'a celles de l'occident. La moindre
pluie lavera spontanément toute cette faïence et la
fera paraitre éternellement neuve.
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Au
tout début, les opératrices étaient debout

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Notre gravure permet d'apprécier l'affectation
des divers étages.
A chacun d'eux un immense hall de 60 métres de long recevra
90 employés, soit 240 pour les trois étages.( étage
1, étage 2 , étage 3 )
Les murs sont décorés jusqu'a la cimaise de faïences
de couleur et les planchers tapissés de linoléum épais
pour éviter le bruit et les poussières.
Un simple coup d'éponge doit pouvoir nettoyer ces immenses
salles du haut en bas.
Les verrières sont en verre martelé, dit verre de
cathédrale; elles interceptent la vue et n'enlèvent
pas le jour.
A gauche de la porte d'entrée du rez de chaussée est
une salle affectée au service des cabines téléphoniques
publique.
Le sous sol est aménagé pour recevoir les arrivées
de câbles, les rosaces de raccordement ,les salles de batteries
et d'énergie.
Le dernier étage est utilisé pour faire des expositions.
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Cliquez sur un étage
pour voir en détail
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L'exposition universelle de Paris
La vie Illustrée du 27 Avril 1900
En son éloquent discours d'inauguration de l'Exposition,
M. le Ministre du Commerce, célébrant le prodigieux
essor scientifique du 19 ème siècle, a rappelé
les grandes inventions qui bouleverseront la vie économique
de notre société : la vapeur, l'électricité,
le téléphone.
« Le téléphone, ce sorcier, dit M. Millerand,
fait entendre à notre oreille la parole et jusqu'au timbre
de la voix d'un ami séparé de nous par des centaines
de lieues. »
Et le ministre eut raison de qualifier de sorcier, l'appareil merveilleusement
ingénieux qui est maintenant si bien entré dans nos
habitudes que c'est à peine si, de temps à autre,
nous songeons encore à nous étonner des résultats
obtenus en quelques années.
Le Téléphone et les Téléphonistes
Il n'entrerait pas dans le cadre de cette publication de faire une
étude technique sur les principes, les perfectionnements
du téléphone : mais il a paru intéressant de
dire aux lecteurs, d'une façon succincte, le fonctionnement
si compliqué du réseau parisien, d'en montrer les
rapides transformations, et aussi de calmer bien des impatiences
en rappelant l'écrasant labeur des jeunes filles préposées
au service.
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salle d'audition à l'exposiion universelle
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Il y a, actuellement, à Paris, environ 23.000
abonnés, qui sont répartis entre huit postes centraux
dont voici la nomenclature :
--Tous les abonnés dont le numéro commence par un
1, sont directement reliés au poste de la rue Gutenberg,
2e étage.
-- Ceux dont le numéro commence par un 2, sont reliés
au 3e étage de la rue Gutenberg
-- par un 4, à la rue Chaudron,
-- par un 5 à la place Vagram et à la rue Desrenaudes
-- par un 6, à Passy
-- par un 7, rue Lecourbe et boulevard Saint-Germain
-- par un 8, boulevard Port-Royal
-- par un 9, rue de la Roquette.
Le poste le plus important est celui de la rue Gutenberg qui réunit
à lui seul 14000 abonnés sur 23000 : ce n'est pourtant
ni le mieux installé, ni le plus perfectionné.
Il tient le milieu entre le poste du boulevard Saint-Germain où
sont les plus anciens appareils,et celui de la rue Desrenaudes où
nous trouverons les innovations dernières.
Au boulevard Saint-Germain l'installation est déplorable,
dans une salle obscure, insalubre, où une cinquantaine de
jeunes filles sont empilées, manquant d'air, obligées
de se tenir continuellement debout.
Hâtons-nous de dire, d'ailleurs, que ce bureau disparaîtra
d'ici quelques mois, ainsi que celui de la rue Lecourbe, et que
tous deux seront remplacés par celui de l'avenue de Saxe
qu'on est en train de construire.
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A la rue Gutenberg, le système
dit multiple constitue une amélioration considérable
sur le système du Boulevard St- Germain.
Voyons le deuxième étape.
Le meuble, qui occupe toute la longueur d'une grande salle, bien
éclairée et bien aérée, se divise en
42 tables..
Devant chaque table sont assises trois téléphonistes
et chacune d'elles doit s'occuper de 80 abonnés dont les
annonciateurs sont placés à portée de sa main.
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Mais ici, si chaque téléphoniste
ne peut recevoir l'appel que des 80 abonnés dont elle a
le soin, elle peut directement donner la communication avec les
6000 abonnés dont le numéro commence par un 1 et
elle a devant elle six mille petits trous, les jack, dont chacun
correspond au numéro d'un abonné.
Suivons mainlenant l'opération.
L'annonciateur donne le numéro de l'abonné qui sonne
: aussitôt la demoiselle prend un cordon, terminé
par une fiche en cuivre, et l'enfonce dans le jack de cet abonné
avec lequel elle se met en communication en abaissant une clef;
si l'abonné appelant n'est plus à l'appareil, elle
le rappelle à l'aide d'un bouton situé à
gauche de la clef.
Si l'abonné appelant demande un abonné dont le numéro
commence par un 1 l'opération est simple : elle prend une
seconde fiche en cuivre et la présente sur le bord du jack
correspondant à l'abonné appelé : elle entend
aussitôt à l'aide du récepteur appliqué
à son oreille, si la ligne est libre ou non : si la ligne
n'est pas libre il y a une sorte de craquement et elle répond
à l'abonné appelant qu'il faut attendre un peu.
Si au contraire la ligne de l'abonné appelé est
libre, la téléphoniste enfonce complètement
sa fiche dans le jack et elle sonne à l'aide d'un bouton
situé à droite de la clef. Dès que l'abonné
appelé a répondu elle n'a plus qu'à relever
sa clef et la communication est établie entre les deux
abonnés.
La communication terminée, elle remet tout en place, l'annonciateur
et les deux fiches qui servirent à la communication.
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Si
le numéro de l'abonné appelé commence par un
2 ou par tout autre chiffre, il faut, comme au boulevard St-Germain,recourir
à une autre téléphoniste soit de l'étage
supérieur soit des bureaux dont nous avons donné la
nomenclature, et les deux abonnés communiquent par l'intermédiaire
d'une ligne auxiliaire à laquelle tous deux sont momentanément
reliés.
Il en va de même pour le cas où un abonné demande
une des lignes interurbaines : la téléphoniste le
met en communication par l'intermédiaire de ses collègues
qui, au premier étage de la rue Gutenberg, sont préposées
au service des lignes de la province et de l'étranger.
Notons maintenant que derrière les téléphonistes
assises à leurs tables, se tiennent les surveillantes : il
y a une surveillante pour 4 tables,c'est-à-dire pour 12 téléphonistes,
et par une disposition ingénieuse, chaque surveillante, installée
à son bureau, peut à l'aide du microphone entendre
les téléphonistes, ce qu'elles disent et répondent
aux abonnés, en un mot se rendre compte de leur travail.
De l'autre côté du meuble se tiennent les téléphonistes
affectées au service de l'arrivée, c'est-à-dire
qui donnent aux différents bureaux la communication avec
les 6000 abonnés du 2' étage de la rue Gutenberg.
Au l'étage du poste de la rue Gutenberg, inauguré
en 1893, sont les abonnés dont le chiffre commence par un
2 et nous pouvons voir déjà ici certain perfectionnement
que nous i retrouverons plus loin à la rue Desrenaudes. Au
1" étage sont placées les lignes interurbaines;
ici la téléphoniste a en plus de son service habituel
une comptabilité à tenir pour les communications qui
se paient à part, et des numéros d'ordre à
donner aux abonnés qui demandent la communication avec les
villes de province et de l'étranger dont les circuits sont
déjà occupés ou retenus.
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L'installation de la rue Gutenberg est convenable
: l'air et la lumière n'y font pas défaut et les jeunes
filles ne sont pas dans de mauvaises conditions hygiéniques
: chacune d'elles a à sa disposition une petite armoire en
bois qui lui sert de vestiaire.
Et comme la coquetterie ne perd jamais ses droits chez la Parisienne,
si vous ouvrez la porte d'une de ces armoires, vous ne manquerez
pas de trouver un miroir devant lequel la jeune fille se recoiffe
hâtivement, son travail accompli; et puis,faut-il le dire,
sur un des rayons, l'inévitable petite boîte de poudre
de riz !

Allons maintenant, si vous le voulez bien, à la rue Desrenaudes
: nous y trouvons un bureau nouvellement installé dans un
bâtiment d'une sobre élégance.
Du haut en bas, la visite en est des plus intéressantes :
dans une cave aboutit, à la sortie des égouts, une
énorme gaine maçonnée et parfaitement étanche
qui contient les câbles, à 224 paires de fils.
Ces câbles sortent de leur gaine à l'étage supérieur
en montent verticalement : ils ne sont plus alors que revêtus
de papier, desséché au moyen de l'air comprimé,
Les câbles aboutissent au répartiteur où tous
les fils se séparent les uns des autres et se fixent sur
des bornes en cuivre appelées amorces Là les fils
extérieurs sont en contact avec les fils intérieurs
qui vont alors sur une grande grille horizontale où ils prennent
le numéro de l'abonné.
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Après avoir traversé la salle des
accumulateurs où une dynamo charge les plaques et fournit
l'électricité nécessaire pour le service des
sonneries et des microphones, nous arrivons en haut dans une superbe
et vaste salle inondée de lumière où travaille
le personnel.
Là les meubles sont les mêmes que ceux du troisième
étage de la rue Gutenberg, c'est le même système
dit multiple, les avertisseurs sont situés en haut et au
dessus des jack, la téléphoniste n'a jamais à
y toucher : un disque s'abaisse quand l'abonné sonne; il
se relève de lui-même quand la conversation a pris
fin.
Et maintenant que nous avons ainsi étudié de façon,
hélas très superficielle, les installations et les
appareils, faisons un peu connaissance, si vous le voulez bien,
avec la demoiselle du téléphone, celle que tant de
gens, vraiment un peu injustes maudissent et bousculent
pour sa prétendue lenteur.
S'il était donné à tous de visiter les postes
téléphoniques, j'affirme que les abonnés les
plus cassants, les plus grincheux, mettraient davantage de courtoisie
et de patience dans leurs réclamations
C'est un métier vraiment épuisant que celui de téléphoniste
: le récepteur fixé à l'oreille par un ressort
surre-tête, la jeune fille est placée devant le microphone
suspendu en face de sa bouche; de cette façon elle a les
mains complètement libres pour les diverses manipulations
que nous avons précédemment décrites.
|
Beaucoup de débutantes ne
peuvent supporter ce serre-tête à cause des migraines
qu'il donne et sont obligées de renoncer à la profession.
Celles qui résistent sont astreintes à un labeur extrêmement
pénible : les communications, surtout à certaines
heures de la journée notamment de 9 h. et demie à
midi, de 5 heures à 6 h et demie, se succèdent sans
interruption et il faut à la téléphoniste une
extraordinaire habileté et une expérience consommée
pour répondre à toutes et ne pas commettre d'erreur.
Certaines téléphonistes donnent jusqu'à 250
communications à l'heure ! Croyez-vous qu'elles aient le
temps de bavarder comme certains les en accusent ?
Quelques-uns s'imaginent aussi que les téléphonistes
se distraient à écouter certaines communications intéressantes
: il est vrai que la disposition des appareils le leur permet; mais
en réalité elles n'en ont jamais le temps et d'ailleurs
les surveillantes s'en apercevraient aussitôt.
Ainsi, toute négligence, toute impolitesse est sûrement
réprimée, et le public se trouve très suffisamment
armé contre les fautes possibles de la téléphoniste.
Celle-ci, par contre, est-elle toujours protégée coinre
la grossièreté, l'impertinence, l'injustice de certains
abonnés : pour cela, non.
Il y a, paraît-il, des abonnés, véritables goujats,
qui adressent à ces femmes, à ces jeunes fiIles, des
injures
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immondes, des expressions d'une révoltante
ignominie; d'autres, vieux marcheurs libidineux, ou gigolos dépravés,
trouvent extrêmement amusant de débiter quelques, saletés
pornographiques à ces laborieuses employées. L'administration
pourrait, dans ce cas, couper la ligne et supprimer l'abonnement
de ces malotrus personnages.
En réalité, elle n'use guère de ce moyen de
répression; et c'est, à mon avis, regrettable.
Le public a le droit d'être bien servi et il a raison de se
montrer exigeant pour le bon fonctionnement des services ; mais
il a le devoir de respecter la dignité et la pudeur de ces
jeunes filles qui travaillent si courageusement pour un bien faible
salaire.
La téléphoniste débute à 1000 francs
par an, sur lesquels une retenue de 500 est faite pour la retraite
: elle a en plus 200 francs de frais de séjour à Paris
et 1 franc par jour de présence pour indemnité de
nourriture. Elle peut compter sur une augmentation de 100 francs
tous les 15 ou 18 mois.
Telle est la situation des demoiselles du téléphone;
situation peu enviable en vérité, mais à laquelle
elles tiennent. Aussi voient elles avec une grosse inquiétude
l'essai qui va être tenté au bureau de Wagram dont
la réouverture fut faite avec une vingtaine de jeunes gens.
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Et puis, un autre danger plus terrible encore
les menace : je veux parler du téléphone automatique,
invention américaine qui bouleverserait tous les services,
et supprimerait les téléphonistes.

On peut déjà en juger, par l'installation qui a
été faite de quelques appareils dans une boutique
du boulevard Magenta, car les lignes actuellement existantes peuvent
toutes servir au téléphone automatique Au poste
central chaque abonné est représenté par
un appareil de 30 centimètres appelé selecteur et
muni de cent contacts métalliques d'où partent des
fils qui vont rejoindre un autre appareil appelé connecteur.
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C'est le connecteur qui sert d'intermédiaire
entre le sélecteur de l'abonné qui appelle et le sélecteur
de l'abonné appelé.
Chez l'abonné un appareil spécial se compose comme
les autres d'un récepteur pour entendre, d'un porte-voix
pour parler : mais il y a en plus une roue qui sert à appeler
directement l'abonné ivec lequel on veut être en communication.
Cette roue porte les chiffres de 0 à 9.
Pour avoir la communicalion il suffit de former le nombre, représentant
le numéro de l'abonné appelé en ramenant successivement,
à un point de contact, les chiffres indiqués sur la
roue et nécessaires à la formation de ce nombre.
Cela fait, il suffit de sonner et l'appel va directement à
l'abonné demandé La conversation terminée,
le seul fait de raccrocher le récepteur remet tout en place
et la ligne redevient libre.
Tout est prévu dans cet appareil : lorsque, par exemple,
la ligne de l'abonné n'est pas libre, le connecteur au lieu
de la donner, met l'abonné qui appelle en communication avec
un petit phonographe qui répond « pas libre ».
C'est tout simplement merveilleux et d'une simplicité extraordinaire.
Mais pourquoi faut-il que tout progrès se réalise
aux dépens des uns et au profit des autres ?
Hélas l'inventeur n'est pas encore venu, qui apportera un
remède efficace à ces conflits douloureux d'intérêts
opposés. H. T.
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Téléphone à cadran
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L'HOTEL CENTRAL DES TÉLÉPHONES A PARIS
Exrait de "Le Figuier"
----- Bureau Téléphonique de l'avenue de l'Opéra
-----
Cet hôtel a été ouvert au service en février
1894. Il occupe un côté de la rue Gutenberg, qui le
sépare de l'hôtel des Postes.
Il se compose essentiellement d'une immense galerie vitrée
de soixante-deux mètres de long sur douze mètres de
large, construite sur trois étages au-dessus d'une série
d'arcades en granit sous lesquelles on remise les fourgons de l'administration.
Il y a une entrée rue du Louvre, une autre rue Jean-Jacques-Rousseau.
La charpente, toute en fer, est d'une grande légèreté.
Sa teinte bleu-vert s'harmonise heureusement avec les applications
de .terre cuite et la nuance plus pâle des briques employées
pour la construction de la rotonde qui flanque le bâtiment
à chacune de ses extrémités. L'aspect général
est nouveau et gracieux.
La salle des cabines publiques occupe le rez-de-chaussée
de la rotonde faisant le coin de la rue du Louvre. Ces cabines,
au nombre de sept, sont larges de deux mètres ; chacune est
garnie d'un bureau et d'un fauteuil.
Les accumulateurs sont logés dans le sous-sol. Le laboratoire
pour les essais de résistance et de conductibilité
des fils est au rez-de-chaussée.
La nouvelle installation offre sur l'ancienne de notables avantages.
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Dans le système défunt,
une téléphoniste était, à chaque bureau,
chargée de répondre aux appels de vingt-cinq abonnés.
Mais elle ne pouvait mettre elle-même un de ceux-ci en communication
qu'avec les vingt-quatre autres de son groupe, et, quand on lui
demandait un groupe différent, elle était obligée
de s'adresser à une autre employée. Si l'appelé
était libre, l'employée n° 2 le mettait en communication
avec le fil auxiliaire qui la reliait à l'employée
n° 1, et celle-ci devait, à son tour,relier ce fil auxiliaire
au fil de l'appelant.
Si l'appelé n'était pas libre, le n° 2 en avisait
le n° 1, qui prévenait son client. Pendant ces diverses
manipulations, les signaux d'appel d'autres abonnés continuaient
à tomber devant les deux téléphonistes, qui
tenaient à gagner du temps. Aussi, en attendant la réponse
de l'employée n° 2, l'employée n" 1 prenait
les ordres d'autres appelants, et les inscrivait sur un carton pour
les exécuter aussitôt que possible. De là résultait
un entrecroisement continuel, source d'erreurs dont pâtissaient
tous les abonnés, et qui se compliquait encore quand le fil
de l'appelé aboutissait à un autre bureau.
Le progrès essentiel que réalise le nouveau système
consiste en ce que chaque téléphoniste peut donner
elle-même directement aux abonnés dont elle a charge
la communication avec les cinq mille autres dont le fil aboutit
au bureau central.
La combinaison grâce à laquelle on a réalisé
ce résultat est simple ; il n'y avait... qu'à la trouver.
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Du domicile de chaque abonné
partent deux fils réunis de distance en distance par groupes
de quatorze , lesquels convergent eux mêmes vers divers points
où on les rassemble en faisceaux de quatre-vingt-dix-huit,
dits groupes de cent, qui, à travers les égouts, arrivent
dans les caves de l'hôtel de la rue Gutenberg.
Ces groupes sont logés dans un caniveau de soixante-dix centimètres
de côté, pouvant contenir cent câbles et cent
conducteurs, soit dix mille fils qui représentent cinq mille
abonnés.
En sortant du caniveau, chaque câble de cent se divise en
deux câbles de cinquante, qui vont, à quelques mètres
de là, s'éparpiller sur le distributeur.
On ne saurait mieux comparer ce distributeur qu'à un casier
à bouteilles.
Les tringles sont garnies de pitons en cuivre dont chacun reçoit
un fil d'abonné.
Puis les conducteurs sont de nouveau groupés, en câbles
de quarante cette fois, qui, passant sur d'énormes fourchettes
en fer, traversent successivement trois plafonds pour apparaître
dans la galerie vitrée, où ils vont être de
nouveau distribués dans le commutateur multiple.
Ce commutateur, qui seul a coûté un million de francs,
présente dans son ensemble l'aspect d'un immense piano. Placé
au milieu de la galerie, dont il suit le grand axe sur une longueur
de cinquante-deux mètres, il est à double face.
Il se compose, sur chaque face, d'une série de vingt-trois
tables identiques accolées les unes aux autres, et dont chacune,
longue de deux mètres, forme un tout complet. Examinons une
de ces tables.
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La
partie supérieure verticale, qui constituerait le buffet
du piano, renferme le tableau T.
Elle est divisée en six panneaux, dont chacun, mesurant
quatre-vingt centimètres de haut sur vingt-cinq de large,
contient cinquante rangées de vingt trous, soit en tout
mille trous.
Chaque centaine porte un numéro d'ordre, toutes les cinq
rangées, sur le cadre du panneau, et chaque trou est numéroté
dans sa centaine.
Les six panneaux formant la table sont donc percés de six
mille trous, désignés sous le nom américain
de jacks.
Regardons un instant derrière ces trous.
Les fils des abonnés, que nous avons quittés tout
à l'heure au moment où ils sortaient du plancher,
sont logés derrière ces panneaux .
Chacun de ces fils prend contact avec un pivot monté dans
le trou dont le numéro correspond à celui de l'abonné
que le fil représente.
Cette promenade des fils a nécessité un million
deux cent mille soudures.
Chacune des vingt-trois tables se compose de six panneaux semblables
sur lesquels les numéros se répètent en occupant
toujours la même place, et le fil d'un abonné s'accroche
à son numéro dans chacune des tables.
Cette répétition, appelée multiplage, permet
donc de prendre communication avec les six mille abonnés
sur n'importe quelle table du commutateur.
Laissons provisoirement la petite tablette M supportant les fiches,
dont le rôle sera indiqué tout à l'heure,
et arrêtons-nous au tableau des annonciateurs..
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Des
numéros recouverts par un volet mobile en cuivre sont disposés
sur cinq rangées partagées en trois groupes dont chacun
forme une section de la table, laquelle section est desservie par
une téléphoniste. Il faut donc trois employées
par table.
Ces numéros vont de 1 à 80 pour la première
section, de 81 à 160 pour la deuxième, de 161 à
240 pour la troisième, de 241 à 320 pour la première
section de la deuxième table, et ainsi de suite. Chaque fil
d'abonné, après les prises de contact successives
dans le tableau de chaque table, vient aboutir à l'un de
ces numéros, qui se découvre à l'appel du dit
abonné.
De cette disposition il résulte que l'employée chargée
d'une section a devant elle quatre-vingts abonnés pouvant
l'appeler. Elle met elle-même ces abonnés en communication
avec les deux mille abonnés aboutissant aux trous des deux
panneaux de sa section, et, en allongeant le bras, avec les quatre
mille autres répartis dans les quatre autres panneaux de
la table qui se trouvent deux par deux à sa droite et à
sa gauche. Une sixième rangée de volets cache des
carrés rouges qui servent d'annonciateurs de fin de conversation.
Enfin, sur la petite tablette placée au-dessus du tableau
des annonciateurs, on voit, en F, cinq groupes de dix paires de
fiches mobiles à cordon souple ; sur la tablette inférieure,
en G, sont disposés de petits leviers, ou clefs. Chaque clef
et la paire de boutons d'appel qui l'accompagne est reliée
à l'un des cordons dont la fiche se trouve juste en face.
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Bureau Téléphonique avenue de l'Opéra : poste
réservé au service de la Bourse
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En
M est une planchette percée de trois trous, dite mâchoire
de prise de communication, où l'employée plante les
fiches du cordon attaché au récepteur, lequel est
fixé à un cercle de nickel s'adaptant à la
tête.
Le transmetteur est logé dans un cornet de nickel suspendu
devant la téléphoniste, qui peut l'amener à
ses lèvres, et dès lors écouter et parler en
conservant la liberté de ses deux mains.
Cette disposition, un peu longue à expliquer, mais facile
à comprendre, permet d'établir instantanément
toutes les communications.
Supposons, par exemple, que l'abonné n° 6 sonne. Aussitôt
un volet tombe, et le n° 6 apparaît sur le tableau des
annonciateurs. D'une main la téléphoniste plante une
fiche dans le jack n° G, qui se trouve dans une des deux rangées
du bas, tandis que de l'autre elle baisse la clef située
en face de cette fiche.
Gela fait, elle demande : « Qui voulez-vous? » L'abonné
répond, par exemple : « 507. »
La téléphoniste prend la seconde fiche du groupe et
l'approche du jack général 507. Si l'abonné
est déjà en communication au moment où la fiche
entre dans son trou, la téléphoniste entend un bruit
particulier produit par le passage du courant. Elle retire la fiche,
prévient l'appelant par les mots « en communication
», remet les deux fiches en place, puis relève la clef
et l'annonciateur.Tout cela se passe en moins de temps qu'il n'en
faut pour l'expliquer.
Au contraire, la ligne est-elle libre, la téléphoniste
introduit sa seconde fiche dans le jack 507 et sonne avec le bouton
placé devant la clef. La communication est dès lors
établie, et l'employée n'a plus qu'à-relever
la clef qui avait pour effet de la mettre elle-même en communication
avec les deux abonnés qui vont causer.
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Quand la conversation est terminée, l'appelant
sonne, l'annonciateur rouge se découvre, et l'employée
remet les deux fiches en place.
Actuellement, l'organisation du bureau central suffit au service
des abonnés ; du moins elle assure ce service dans des conditions
fort satisfaisantes. Mais il faudra certainement augmenter l'importance
de l'installation, attendu que le nombre des abonnés s'élève
continuellement. Ce nombre était de six mille quatre cents
le 1er janvier 1890, date de la prise de possession par l'État;
il atteint aujourd'hui treize mille cinq cents, quatorze mille avec
la banlieue. L'augmentation annuelle est d'environ 10 %.
La statistique a établi que chacun de ces abonnés
demande en moyenne cinq communications par jour. En réalité,
certaines personnes en réclament cent cinquante, tandis que
d'autres se contentent d'utiliser leur appareil deux ou trois fois
par semaine.
Le service est particulièrement actif à quatre heures
du matin dans le quartier des Halles et à la Villette ; à
l'heure de la Bourse, dans tous les bureaux ; et, de minuit à
une heure du matin, dans les environs de Passy et des Champs-Elysées,
où les clubmen et leurs amis font une grande consommation
d'électricité.
On cause chaque jour cent quarante fois avec Londres et deux cent
quatre-vingts fois avec Bruxelles.
La moyenne minima officielle pour obtenir une communication est
de trois minutes;quant à la moyenne maxima,... elle n'existait
pas jusqu'à présent. Mais l'administration affirme
que cela va changer.
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Depuis le 1er janvier 1890, une
innovation assez importante a été introduite au Bureau
de l'avenue de l'Opéra dans le service des téléphonistes.
Il s'agit du Poste assis . Le « Poste assis » ne reçoit
que les communications des autres Bureaux, communications qu'il
a pour devoir de distribuer dans le Bureau même de l'avenue
de l'Opéra. Ainsi, une fois l'appel d'un des Bureaux entendus,
la téléphoniste du « Poste assis » se
met en communication, en abaissant un des petits leviers, ou touches,
placés devant elle, avec sa collègue du « Poste'debout
» chargée d'un « groupe d'abonnés »
et, à l'aide de son appareil Berthon-Ader, elle lui fait
part de la demande du Bureau appelant et lui indique en même
temps le numéro et le nom de la ligne qu'elle doit prendre.
Exemple : « Sur 12, Lafayette, donnez X. » II ne reste
à la téléphoniste du « Poste debout »
qu'à appeler de suite l'abonné demandé, abonné
qui fait partie de son « groupe » et à le mettre
en communication.
Dans la nouvelle installation, chaque téléphoniste
a sous la main toutes les lignes des autres Bureaux. Elle peut donc,
après avoir reçu l'appel d'un abonné de son
groupe, le mettre en communication avec le bureau auquel est reliée
la personne demandée.
Avant l'introduction de ce système, le même service
exigeait la présence de deux téléphonistes
: la première, recevant l'appel des Abonnés et prévenant
la seconde, qui appelait les Bureaux intéressés.
Le « Poste assis » du Bureau de l'avenue de l'Opéra
comporte huit téléphonistes qui suffisent pour recevoir
toutes les demandes des autres Bureaux et les transmettre aux trente-six
téléphonistes du « Poste debout ». D'où
économie du personnel et simplification du service.
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CHRONIQUE DE L'ÉLECTRICITÉ
REVUE SCIENTIFIQUE ILLUSTRÉE du 28 Août 1885
Les mois que nous traversons sont spécialement favorables
à la visite des égouts de Paris les plus vastes et
les mieux entretenus du monde entier. Les entrées réservées
aux curieux sont situées l'une près de l'église
de la Madeleine, l'autre sur la place du Châtelet, à
quelques pas de la fontaine.
Les jours de visite, une petite tente est dressée au-dessus
de l'entrée, et des lambrequins de toile donnent au petit
escalier ordinaire de messieurs les égoutiers un air de cérémonie
tout à fait rassurant comme propreté.
Les visiteurs s'installent successivement dans d'élégants
wagonnets à douze places, puis quatre égoutiers, tout
de blanc habillés, s'attèlent aux wagonnets et leur
donnent en courant sur les trottoirs de l'égout une vitesse
pour le moins égale à celle des bons fiacres. Arrivé
place de la Concorde on quitte les wagonnets pour monter dans de
larges barques flottant sur l'eau même du grand collecteur
qui va se jeter dans la Seine à Asnieres, mais comme tous
les collecteurs se ressemblent, la visite s'arrête à
la Madeleine d'où partira un nouveau convoi appelé
à parcourir les mêmes égouts en sers inverse.
Lorsqu'on a la bonne fortune d'être dans le même wagonnet
qu'un des ingénieurs de la ville de Paris, on recueille une
foule de renseignements très intéressants.
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Les gros tuyaux goudronnés
qui suivent l'égout tantôt à droite tantôt
à gauche et quelquefois à la clef de voûte sont
les conduites d'eau potable ou d'eau d'arrosage. Le tuyau gros comme
le poing, est celui de la poste pneumatique, le tube d'un pouce
de diamètre est celui des horloges également pneumatiques.
Les tuyaux de gaz sont absolument exclus des égouts comme
présentant un danger analogue à celui du grisou, dans
les galeries de mines, et cette exclusion est d'autant plus humiliante
pour le gaz que sa rivale l'électricité est admise
avec tous les honneurs dus à son importance, et tous les
tuyaux de plomb qu'on aperçoit sur les côtés
de la voûte contiennent des câbles télégraphiques
ou téléphoniques.
La façon de poser les câbles mérite une description
spéciale.
Cette opération à laquelle les Parisiens assistent
journellement, consiste à présenter au-dessus d'une
ouverture spéciale, appelée un regard, une énorme
bobine en tôle de fer sur laquelle sont enroulés quatre
cents mètres de câbles environ. En se reportant à
la vue même de l'égout, on comprendra facilement la
manuvre que comporte la pose d'un câble télégraphique
ou téléphonique, cette pose a toujours lieu sous la
surveillance de l'Etat.
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Un ingénieur de la Société générale
des Téléphones nous épiait, paraît-il,
dans notre récente visite des égouts et raconte dans
le Petit Bleu du 24 courant qu'il a aperçu en même
temps l'ingénieur de M. Dauderni prendre des mesures minutieuses,
relatives aux dimensions des voûtes.
Il ne se trompait qu'à moitié : notre compagnon de
visite n'avait que faire des diverses dimensions des voûtes,
dont, d'ailleurs, M. Huet venait de lui envoyer les plans; mais
il étudiait, dans le but de les éviter, les fautes
commises par ses prédécesseurs; il nous faisait même
remarquer le piteux état de certains câbles téléphoniques
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Ces
câbles, appartenant évidemment à la Société
générale des Téléphones, semblaient
prêts à tomber de vétusté; au lieu d'avoir
la rigidité des câbles télégraphiques
placés au sommet de la voûte, ils pendaient péniblement
entre leurs clous d'attache, semblables à des guirlandes
funéraires ; c'était horrible à voir.
Si la pose a été mal faite, que la Société
s'en prenne à l'Etat; si au contraire les quatre ou cinq
ans au plus qui te sont écoulés depuis la fondation
de la Société des téléphones ont suffi
pour produire dans les câbles les allongements intempestifs
que nous avons constatés, comme ont pu le faire tous nos
covisiteurs, la Société fera bien de prendre un parti
énergique et de remplacer immédiatement tous ses câbles
en gutta-percha sortant de son usine Ratier, par des cales Berthoud-Borel
dont elle a prudemment acheté les brevets en France, et dont
elle semble ne rien faire.
L'idée d'employer pour les câbles terrestres ou en
égout une matière putrescible comme la gutta-percha,
est déjà une idée assez baroque de M. Cochery;
l'ancien ministre avait au moins comme excuse qu'il n'était
pas électricien. Les directeurs de la Société
des téléphones ne sont pas dans le même cas,
et puisqu'ils ont acheté les brevets Berthould-Borel, c'est
qu'ils comprenaient qu'il leur faudrait tôt ou tard renoncera
à la gutta, et alors pourquoi continuent-ils à faire
poser des câbles coûteux, susceptibles de fondre dans
les égouts voisins des lavoirs, des établissements
de bains, et en général de tous les endroits où
les eaux de condensation des machines à vapeur sont rejetées
à une température élevée ?
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La gutta-percha est, jusqu'à présent,
le meilleur isolant applicable aux câbles sous marins qui
ne durent que quinze ans et sont amortis en conséquence.
Pour les câbles eu égout. la gutta est un non-sens,
et si on ne l'amortit pas par un prélèvement d'au
moins dix pour cent par an, c'est la ruine à bref délai
pour tout réseau télégraphique ou téléphonique.
Lorsqu'on n'a pas à vaincre d'énormes difficultés
de pose, et c'est le cas pour les câbles terrestres, on n'a
que l'embarras du choix, entre des matières beaucoup plus
isolantes que la gutta. telle que les résines, les paraffines,
le verre, etc., et qui ont en plus l'avantage d'avoir une durée
presque indéfinie.
La Société des téléphones a acheté
les brevets Benhoud-Borel qui lui permettraient de faire des câbles
à la colophane sans amortissement obligatoire; elle préfère
continuer à fabriquer des câbles en gutta qu'elle n'amortit
que depuis moins d'un an par un prélèvement dérisoire
de 2 %, et qu'avant cette époque elle n'avait pas amorti
du tout; c'est un comble.
Du reste, depuis que sans posséder un seul brevet de principe,
la Société des téléphones a intenté
un procès en contrefaçon à tous les fabricants
de téléphones, avec l'intention bien arrêtée
de faire durer le procès aussi longtemps que possible, bien
entendu, on doit s'attendre à tout de la part de cette Société
processive, elle ferait mieux d'avouer que jusqu'à présent
elle n'a fait qu'abuser de la complaisance de M. Cochery, de la
naïveté de ses actionnaires, et surtout de la patience
de ses abonnés.
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Depuis que grâce au changement de Ministère et à
l'énergie du conseil municipal il a été accordé
une nouvelle concession, la société que nous ménagions
comme on doit ménager tout ennemi vaincu ne cesse de revendiquer
la légitimité d'un monopole en sa faveur; elle espère
revenir dans les fourgons de l'étranger; elle donne un retentissement
exceptionnel à l'éloquence de M. Vandenpereboom, l'étonnant
ministre belge qui accorde des concessions sans monopole, mais auxquelles
il n'admet pas qu'on fasse concurrence. Le Petit Bulletin bleu de
la Société internationale des téléphones,
sur jumelle en liquidation de la Société actuelle,
ne suffit plus à la sur survivante et les plus grands
journaux sont remplis de ses jérémiades.
Pauvre Petit Bleu ! tu avais inventé pourtant la menace la
plus terrible pour les prochains réseaux téléphoniques.
Tu avais découvert un moyen à peu près certain
de les rendre odieux au public en annonçant discrètement
que les nouveaux réseaux seraient fatalement amenés
à fusionner avec tes maîtres ! C'était évidemment
la plus habile manuvre a suivre pour effrayer d'abord les
abonnés écurés par le monopole in partibus
de la Société et le sans-gêne avec lequel sont
reçues leurs réclamations;c'était ensuite un
moyen de retarder le départ des actionnaires inquiets qui
ne trouvent plus à qui repasser à trois cent trente
francs des actions qu'ils ont payées neuf cents francs et
plus.
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|
Il y a malheureusement un obstacle insurmontable
à cette fusion que la Société des téléphones
semble espérer puisqu'elle en menace le public. Cet obstacle,
c'est l'insanité du plan de son réseau, Feu Lartigue,
dans les conférences qu'il fit en 1881 à l'Exposition
et que nous avons écoutées, était obligé
d'avouer que plus la Société aurait d'abonnés
et moins elle gagnerait d'argent. Ou, tout paradoxal que cela paraisse,
c'était absolument vrai. La faute en est à ce que
le réseau étant composé par une série
de bureaux auxiliaires, et n'ayant pas un seul bureau central proprement
dit, tout nouveau bureau complique le service des connexions dans
une proportion supérieure à celle des bénéfices
résultant de l'accroissement du nombre des abonnés.
Puisque de l'aveu même de son ancien directeur l'ingénieur
Lartigue, le réseau de la Société générale
des téléphones a besoin, pour être viable, d'être
très limité, à qui espère-t-on faire
croire qu'un entrepreneur habile à défendre son argent,
comme c'est son. droit, ira épouser un système condamné,
non seulement par l'expérience, mais encore par ceux-là
mêmes qui ont été sinon les auteurs, au moins
les exécutants du plan dont nous avons été
les premiers à signaler l'absurdité.
Toute nouvelle Société ou tout entrepreneur de téléphonie
qui fusionnerait avec la Société générale
serait obligé de suivre le plan de son réseau et arriverait
par conséquent, dès sa fusion, à l'arrêt
obligatoire dans la voie de bénéfices, signalé
par feu Lartigue.
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Nous en appelons au témoignage de tous
ceux qui, en 1881, à l'Exposition d'électricité,
ont écouté attentivement la conférence du
regretté directeur de la Société générale
des téléphones.
Nous ne faisons pas à la mémoire de Lartigue l'injure
de l'accuser d'être l'auteur du projet de réseaux
par séries de bureaux auxiliaires.
Nous avons de bonnes raisons de croire qu'il a dû subir
la volonté des financiers administrateurs de la Société.
Ces messieurs n'ont cherché qu'à multiplier leurs
enseignes dans le but d'écouler plus rapidement l'énorme
paquet des titres qu'ils avaient créés. Toutes les
fois que les financiers auront la haute main dans l'exploitation
d'une grande invention, gogo peut être sûr de voir
son bas de laine s'en aller en coupons d'abord et bientôt
à l'égout
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