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1888 La Téléphonie Interurbaine
LA TÉLÉPHONIE
INTERURBAINE ET LE BUREAU TÉLÉPHONIQUE DE LA BOURSE A PARIS
Extrait de "La Lumière Electrique" 1888
Il serait oiseux dinsister sur les avantages des communications
interurbaines et sur le développement rapide de celles-ci; les
premiers, si importants et si nombreux, ont été énumérés
trop souvent pour quil y ait lieu de sy arrêter encore;
quant au développement des relations téléphoniques,
Sans vouloir nous engager dans les détails dune statistique
qui risquerait de nous entraîner trop loin, nous constaterons cependant
que la France a perdu depuis longtemps déjà la position
prépondérante quelle occupait en Europe au point de
vue de lextension des applications du téléphone.
A part le réseau de Paris qui donnait à la France cette
situation prépondérante, le téléphone ne sest
pas implanté dans les villes de province avec autant de succès
quon laurait cru au début.
Il ne nous appartient pas de rechercher les motifs de ce faible développement,
cause du rang inférieur quoccupe la France dans la statistique
téléphonique urbaine.
Notre pays sest aussi laissé distancer par ses voisins dans
le développement de la téléphonie interurbaine, nationale
entendons-nous bien; car la France a été la première
à inaugurer le service téléphonique international
par la création de la ligne de Paris à Bruxelles, et cette
inauguration a eu lieu au moment même où ladministration
dun grand empire, ressuscitant des procédés dun
autre âge, supprimait les rares communications téléphoniques
établies entre quelques petites localités frontières
et le réseau dune ville étrangère voisine.
Le rapprochement est dautant plus permis que les statistiques ne
tiennent guère compte de ces faits, auxquels pourtant on ne peut
refuser une valeur économique et morale, sinon statistique.
Abstraction faite des États-Unis dAmérique, où
lexploitation du télégraphe et du téléphone
est entre les mains de Compagnies privées indépendantes
du contrôle de lÉtat, le monopole télégraphique
dEtat existait en Europe au moment de linvention du téléphone.
Dans certains pays, lAllemagne, entre autres, lEtat a immédiatement
monopolisé le téléphone à son profit. Dans
dautres, la France, par exemple, il a accordé, au début,
des concessions à diverses Compagnies, puis il a ensuite refusé
toute concession pour construire et exploiter lui-même les nouveaux
réseaux. Dans dautres pays enfin, tous les réseaux
urbains sont aux mains des Compagnies particulières.
Dès quil sest agi détablir les communications
interurbaines, lÉtat est immédiatement intervenu en
vertu de son monopole télégraphique, en sorte que dans les
pays où les réseaux sont en totalité ou en partie
entre les mains des Compagnies, le développement des liaisons interurbaines
a été entravé par les compétitions des deux
parties. Cest notamment le cas, en France, où les réseaux
téléphoniques les plus importants, savoir ceux de Paris,
Lyon, Marseille, Bordeaux, Le Havre, etc., ont été construits
et sont exploités par la Société
générale des téléphones, tandis que ceux
de Lille, Reims, Roubaix-Tourcoing, Troyes, Lille, etc. sont sous la direction
de lAdministration des télégraphes.
Le système Van Rysselberghe
de télégraphie et de téléphonie simultanées
donna lieu, au début, à de grandes espérances pour
le développement futur de la téléphonie à
grande distance; si ces expériences ne se sont pas toutes réalisées,
elles ont du moins donné à la téléphonie interurbaine
une impulsion quelle naurait sans doute pas eue de sitôt.
Les résultats satisfaisants obtenus en Belgique
avec le système Van Rysselberghe, engagèrent lAdministration
française à lappliquer dabord entre Le Havre
et Rouen ; après quelques tâtonnements, on réussit
à faire bien fonctionner le système.
Encouragé par ce succès, on entreprit dautres communications
et actuellement (1888) Paris est relié avec Reims, Rouen, Le Havre,
Lille et Bruxelles ; linauguration de la communication avec Lyon
et Marseille est attendue dun jour à lautre.
La première ligne importante ouverte au public a été
celle de Paris à Reims, mettant en communication
le réseau de cette ville et le palais de la Bourse ; louverture
eut lieu le 1er décembre 1885.
Nous donnons quelques détails sur la construction de cette ligne,
afin de mieux faire ressortir plus loin les modifications adoptées
dans létablissement des lignes téléphoniques
actuelles.
Les communications ont été établies au moyen de conducteurs
télégraphiques existant déjà et dont laffectation
a été conservée.
On a utilisé quatre conducteurs télégraphiques qui
sétendent sans discontinuité de Paris à Reims
et dont trois se prolongent au-delà de cette dernière ville;
lun deux possède encore un parcours de 450 kilomètres
au-delà de Reims. Trois conducteurs sont constitués par
un fil de fer galvanisé de 4 millimètres de diamètre,
le quatrième par un fil de 5 millimètres.
Tous ces conducteurs possèdent deux sections sous câble,
savoir la traversée du tunnel de Vierzy, à 91 kilomètres
de Paris et dont la longueur est de 1,4 k. m. environ, et la traversée
de Paris, de la Bourse aux fortifications; cette dernière a été
effectuée à laide de câbles spéciaux
renfermant les conducteurs en cuivre sous gutta-percha et tressés
deux à deux; le raccordement a lieu au point de jonction de la
ligne sur chemin de fer avec le câble en égout et les séparateurs
Van Rysselberghe sont placés en cet endroit. Le raccordement à
Reims a lieu à laide dun fil de bronze de 2 millimètres
sur une longueur de 1,9 k. m.
Les éléments de la ligne sont alors :
- Embranchement spécial de Paris, en câble téléphonique
.6,570 kilomètres
- Ligne aérienne télégraphique utilisée...........................
153,862 km
- Câble sous plomb au tunnel de Vierzy...........................
1,425 km
- Embranchement spécial de Reims en fil de bronze........... 1,900
km
Les quatre fils aériens sont placés, sur la plus grande
partie du parcours, sur le côté gauche de la voie; de Paris
à Reims, par Soissons, le côté droit est occupé
par les nombreux fils de la Compagnie du Nord et par dautres conducteurs
de lEtat. Un cinquième fil est placé sur les mêmes
poteaux que les conducteurs téléphonique et des sert Roubaix.
A partir de Soissons, la voie appartient à la Compagnie de lEst,
mais la disposition des fils reste la même, le cinquième
fil de 5 millimètres desservant alors Le Havre.
La ligne Paris-Reims est donc entièrement en fil de fer et a été
installée dans les conditions prévues pour lapplication
du système Van Rysselberghe au moment où il a vu le jour;
on sait que le savant belge se proposait simplement dapproprier
les lignes télégraphiques au service téléphonique,
tandis quon construit actuellement des lignes nouvelles pour le
service téléphonique seulement, quitte à les utiliser
ensuite pour le service télégraphique.
Cest quon a reconnu, depuis les premiers es sais de M. van
Rysselberghe, limportance dun facteur complètement
ignoré jusqualors, savoir : la substitution du cuivre au
fer dans les lignes téléphoniques pour les communications
interurbaines. Limportance de cette substitution est très
considérable, puisque la capacité et la selfinduction de
la ligne sont beaucoup plus faibles, à résistances égales,
avec du fil de cuivre quavec du fil de fer, et ces trois éléments
sont ceux qui déterminent la qualité de la transmission
téléphonique.
La baisse considérable qui sétait produite dans le
prix du cuivre, jusquau récent relèvement du cours
produit par les manuvres du syndicat des métaux, a aussi
beaucoup contribué à généraliser lemploi
des lignes de cuivre.
Dès que létablissement de la ligne téléphonique
Paris-Bruxelles fut décidé, les deux Administrations belge
et française décidèrent quun circuit double
en bronze serait posé entre ces deux villes.
La nécessité du circuit double pour les transmissions téléphoniques
à longue distance est maintenant reconnue par tout le monde; cest
le seul moyen dobtenir une transmission satisfaisante de la voix,
indépendante des influences extérieures. Cette condition
est aussi importante que lemploi dun conducteur bien isolé,
de faible résistance, et de faible capacité.
Actuellement le cuivre, dont lemploi pour la téléphonie
interurbaine et même urbaine devient de plus en plus général,
se présente sous forme de fils à quatre états différents:
cuivre pur recuit, cuivre non recuit ou dur, bronze et fil composé.
Les fils de cuivre pur non recuits sont dépourvus de ténacité
et servent à construire les âmes des câbles sous-marins
ou souterrains pour la télégraphie, pour la téléphonie,
la lumière électrique.
Les fils de cuivre dur sont employés surtout en Amérique
; la charge de rupture des fils de petit diamètre va jusquà
45 kilogrammes par millimètre carré. Quant à la durée
de ces fils, les renseignements précis manquent. Il semble, en
tout cas, probable quavec le temps et sous linfluence de la
température létat moléculaire produit par lécrouissage
du cuivre doit se modifier, en sorte que les qualités mécaniques
du fil, qui dépendent essentiellement de lécrouissage,
doivent aussi saltérer.
Cependant, sil en faut croire les renseignements de M. W. M. Mayer,
les résultats obtenus par la Baltimore and Ohio Telegraph C°
qui emploie plus de 12000 kilomètres de fils en cuivre dur, sont
très rassurants, relativement aux modifications des propriétés
mécaniques du fil; des essais faits sur les fils au moment de leur
pose et après un service de quatre années, ont montré
que leur ténacité et leur ductilité navaient
subi aucune altération.
Le bronze est surtout employé sur le continent, soit comme bronze
phosphoreux, silicieux ou chromeux ; la ténacité de ces
fils peut varier dans des limites étendues, mais, malheureusement,
la résistance électrique varie en sens inverse. Pour les
réseaux urbains, on emploie des fils de grande ténacité;
ainsi, sur les réseaux français, le fil de bronze silicieux
doit avoir une traction minima de rupture de 70 kilogrammes par millimètre
carré. Les conducteurs des lignes interurbaines doivent avoir,
par contre, une grande conductibilité. En Belgique, on exige pour
tous les fils autres que celui de 1,4 m.m. une conductibilité de
95 % et une charge minima de rupture de 45 kilogrammes par millimètre
carré. En France, la conductibilité doit être de 96
%, tandis que la charge de rupture limite est de 45 kilogrammes pour les
fils de 2 millimètres et de 40 kilogrammes pour ceux de 4,5 m.m.
Le fil composé employé aux États-Unis est formé
dune âme dacier recouverte de cuivre, il réunit
ainsi la ténacité du premier à la conductibilité
du second ; les ingénieurs américains paraissent satisfaits
des résultats donnés par ce fil.
Après ces considérations sur les matériaux de construction
des lignes téléphoniques, il nous resterait à donner
quelques détails sur les autres lignes françaises. Outre
les deux circuits en fer de Paris à Reims que nous avons étudiés
précédemment, il faudrait considérer les lignes en
fil de bronze silicieux de 2 millimètres, de Paris au Havre et
de Paris à Lille, et là ligne télégraphique
en fer, appropriée au service téléphonique, de Paris
à Rouen; il faudrait y ajouter encore les deux lignes en bronze
de Paris à Bruxelles et celle de Paris à Marseille. Létude
de ces dernières lignes notamment permettra, en se reportant à
ce que nous avons dit dé la ligne de Paris à Reims, de juger
des changements considérables apportés à laménagement
des lignes téléphoniques interurbaines.
Ces lignes téléphoniques ayant déjà été
étudiées, nous ne nous arrêterons pas longtemps sur
leur construction.
Pour les deux lignes de Paris à Bruxelles, on a employé
du fil de bronze silicieux de 3 millimètres de diamètre
et dune conductibilité de 98 % de celle du cuivre pur et
dune résistance à la rupture de 42 à45 kilogrammes
par millimètre carré. Les croisements ont lieu en général
tous les kilomètres, sauf dans les extrémités du
parcours très chargées de fil, où ils ont lieu tous
les 300 mètres.
Le dispositif du croisement est le même pour toutes les lignes,
pour celles de Paris au Havre, de Paris à Lille, comme pour celles
de Paris à Bruxelles et de Paris à Marseille.
Le fil de bronze silicieux de la ligne de Paris à Marseille a un
diamètre de 4,5 m. m. et les mêmes propriétés
mécaniques et électriques que le fil de 3 millimètres,
déjà considéré.
En outre, tous les parcours souterrains de ces lignes sont effectués
à laide de câbles Fortin-Hermann, suffisamment connus
de nos lecteurs pour quil soit inutile de les décrire.
La dépense dune ligne spéciale en cuivre peut paraître
exagérée, mais limportance des frais est bien diminuée
si lon tient compte de laffectation de cette ligne à
double fil au service télégraphique.
Chaque ligne téléphonique donne à ladministration
des télégraphes deux fils télégraphiques,
dont les conditions de résistance et disolement ne laissent
guère à désirer, vu les soins apportés à
la construction ; il suffit, pour cela, dappliquer le système
van Rysselberghe, dont la figure 1 donne le schéma.
Les fils Li et L2 formant le circuit téléphonique il suffit
de placer le poste télégraphique en dériva tion sur
le fil L2 comme sur le fil L, ; ce poste doit être muni des appareils
anti-inducteurs bien con nus, savoir : les deux électro-aimants
graduateurs A et A' et le condensateur C ; les deux condensateurs séparateurs
S servent à isoler la ligne téléphonique de la ligne
télégraphique.
Les deux lignes de Paris à Bruxelles ont ainsi fourni des circuits
télégraphiques excellents . Leur isolement et leur conductibilité
sont assez grands pour que le service ait pu être continué
à laide de ces fils, alors quil était interrompu
à la suite des intempéries, sur toutes les autres lignes
télégraphiques ordinaires. La nouvelle ligne de Paris à
Marseille fournira également un appoint considérable au
service télégraphique, si chargé entre ces deux villes.
Après le bref aperçu qui précède sur la construction
des lignes téléphoniques, il faut considérer linstallation
des appareils, et, en particulier, celle du bureau central de la téléphonie
interurbaine, bureau installé, comme on sait, dans le palais de
la Bourse, à Paris.
Linstallation de ce bureau a été faite sous la direction
de M. de la Touanne, ingénieur des télégraphes, qui
est maintenant à la tête de lexploitation. Nous devons
à son aimable obligeance, les détails qui vont suivre.
Avant daller plus loin, disons que le bureau de téléphonie
interurbaine est installé dune manière assez défectueuse,
à cause de l'exigüité du local qui na pas permis
de placer le tableau central en dehors de la salle dattente, renfermant,
en outre, les cabines de conversation A certaines heures de la journée,
dans les moments où les affaires sont très actives, la salle
en forme de couloir affectée au service téléphonique,
est littéralement bondée de personnes attendant leur tour.
On conçoit combien le service doit être difficile et fatigant
au milieu de toute cette foule; il faut vraiment admirer la sûreté
et la célérité avec la quelle les employés
remplissent leur service, nonobstant tous ces inconvénients.
Il résulte de cette réunion de tous les services dans la
même salle, un désavantage très marqué pour
le public. Les appels des employés de Paris sont entendus par toutes
les personnes présentes et parmi celles-ci peuvent se trouver plusieurs
concurrents ; on voit donc que la sûreté et la discrétion
du service fie sont pas suffisamment sauvegardées.
Les critiques qui précèdent natteignent que lAdministration
télégraphique qui devrait trouver dans le Palais de la Bourse,
ou ailleurs, un local suffisamment vaste. Il est vrai que ce transfert
nest peut-être pas facile, mais il est absolument nécessaire,
vu lextension toujours croissante de la téléphonie
interurbaine.
Ce changement simposera forcément un jour ou lautre,
alors que la plus grande partie des villes de France seront reliées
directement à Paris; mais plus on tardera, plus la modification
sera coûteuse et difficile.
Au début de la téléphonie interurbaine, les communications
seffectuaient entre les bureaux centraux seulement, et non pas directement
entre les abonnés. Plus tard, on a réalisé cette
communication directe.
La difficulté de la communication directe résulte surtout
de ce que les réseaux téléphoniques, sauf celui de
Paris, sont construits avec un seul fil ; labonné de Paris
peut être relié directement aux deux fils du circuit téléphonique,
mais celui de Reims ou de Bruxelles ne peut lêtre quindirectement,
à laide dune bobine dinduction ou translateur.
Or, chacun sait que la présence dun translateur dans un circuit
téléphonique diminue dans une torte proportion lintensité
de la transmission ; pour permettre aux abonnés de Bruxelles, par
exemple, de correspondre directement avec ceux de Paris, on a dû
transformer leur circuit local à fil simple en circuit à
fil double.
A Paris, les lignes téléphoniques interurbaines, aboutissant
au bureau de la Bourse, sont en communication immédiate avec les
appareils des cabines publiques. Les abonnés ordinaires du réseau
de Paris sont reliés, par lintermédiaire des bureaux
de quartier, au bureau central de lavenue de lOpéra,
relié par une ligne directe au bureau de la Bourse ; la communication
de Bruxelles, par exemple, avec un abonné de Paris, adonc lieu
par lintermédiaire de ce dernier bureau.
Il existe, en outre, une troisième catégorie de communications
; certaines personnes ont, en effet, demandé la construction de
lignes particulières allant de leur domicile au Palais de la Bourse.
Il faut donc que linstallation puisse satisfaire au service de ces
trois genres de communications.
Nous ne dirons rien de linstallation des téléphones
et des microphones ; les abonnés ont leur poste ordinaire. Au bureau
de la Bourse on emploie le microphone dArsonval,
dont le fonctionnement est très satisfaisant ; la pile du microphone
est la pile à potasse et oxyde de cuivre de M M. Lalande et Chaperon,
modèle à spirale ;le fonctionnement eu est très régulier,
malgré des fermetures de circuit très prolongées.
Par suite du caractère particulier des lignes téléphoniques
inti rurbaines qui sont toutes utilisées simultanément par
le service télégraphique, lappel des abonnés
et des bureaux centraux présente des difficultés spéciales.
Il faut permettre aux abonnés de Paris reliés à Bruxelles
par lintermédiaire du bureau de lavenue de lOpéra,
de donner le signal de fin de conversation. Les fils interurbains étant
aménagés suivant le système van Rysselberghe, la
ligne téléphonique est coupée, en quelque sorte,
par les condensateurs et ne peut pas donner passage à des courants
permanents; il aurait donc fallu utiliser des courants alternatifs et
installer chez chaque abonné, à côté ds sa
batterie ordinaire, une bobine de Rhumkorff, pour servir aux appels, si
M. de la Touanne navait eu lidée d'une solution beaucoup
plus simple et plus pratique, permettant de ne changer en rien linstallation
et les habitudes des abonnés.
« On sait que, par suite des extra-courants développés
dans un électro-aimant, au moment où varie lintensité
du courant qui le parcourt, il peut offrir au passage des courants téléphoniques
une résistance fictive de beaucoup supérieure à celle
due au fil enroulé seulement.
« Malgré les appréhensions qui faisaient redouter
pour les communications à longue distance, ungrand affaiblissement
de la voix, si on plaçait une dérivation quelconque entre
les fils de la double ligne, on supposa quen choisissant un électro-
aimant convenable (fig. 2) on pourrait, sans dommage, le mettre en dérivation
et lui faire jouer le rôle dannonciateur fermant le circuit
parisien, tandis que la dérivation ainsi offerte aux courants présenterait
une résistance pratiquement suffisante pour que, sur le circuit
principal, la voix ne fut pas diminuée dune manière
appréciable.

Lexpérience réussit parfaitement ».
Lannonciateur est constitué par un électro-aimant
droit à pôles recourbés et à joues épanouies
de quatre centimètres de longueur ; la résistance totale
des spires est de 800 ohms environ.
Cet annonciateur a la même forme quun relais américain
datant de 1863 et que M. de laTouanne a retrouvé, après
avoir imaginé le modèle ci-dessus, dans les collections
de la direction générale des télégraphes.
Larmature de cet électro-aimant, attirée par le courant
permanent de labonné, déclenche le guichet qui tombe
et avertit lemployé que la conversation est terminée.
Outre le bureau de la Bourse, il faut aussi avertir le bureau central
de l'avenue de lOpéra, par lintermédiaire duquel
la communication est établie. Or, comme nous lavons dit plus
haut, les liaisons des lignes dabonnés sont faites, dans
le cas des communications à grande distance, en excluant du circuit
tous les électro-aimants dont les effets perturbateurs sont bien
connus aujourdhui.
La Société générale des téléphones
a proposé alors et fait adopter un relais de construction particulière,
de faible résistance et sans noyau de fer doux. Ce relais, dû
à M. Ader, est formé dune sorte
de galette de fil, mobile à lextrémité dun
pendule, dans le champ dun aimant permanent et fermant, dans son
mouvement, un circuit local qui comprend un appareil dappel.
Lappel des abonnés reliés directement à la
Bourse offrait une nouvelle difficulté ; ces abonnés étant
à des distances variables et, pour quelques-uns, assez considérables,
il aurait fallu, pour les appeler, une pile relativement forte dont le
courant aurait alors provoqué laimantation du noyau en fer
doux de lannonciateur placé à demeure en dérivation
sur la ligne; lorsquà son tour labonné aurait
voulu appeler, lannonciateur naurait plus fonctionné,
ou mal fonctionné, au cas où le courant naurait pas
eu une direction convenable provoquant la désaimantation du noyau
de fer de lannonciateur.
Cest pourquoi lappel des abonnés directs se fait à
laide dune machine magnéto-électrique fournissant
des courants alternatifs dont lintensité est graduellement
décroissante avec la vitesse de rotation, ce qui donne une valeur
très faible au magnétisme résiduel.
La pile du poste téléphonique ordinaire de labonné
rencontre donc les conditions les plus favorables pour actionner l'annonciateur,
quelque soit le sens du courant; labonné reçoit, par
contre, une sonnerie polarisée à côté de celle
qui lui sert pour les appels locaux.
Les systèmes que nous venons de décrire se rapportent tous
aux appels des abonnés de Paris.
Lappel des deux bureaux urbains se fait, comme on sait, au moyen
de lappel phonique imaginé par M. Sieur. Quoique
cet appareil ne soit pas inconnu de nos lecteurs, rappelons-en le principe
en quelques mots.
Imaginons un téléphone sur la membrane du quel repose une
pointe fixée à lextrémité dun
pendule très mobile ; si le téléphone est parcouru
par un courant ondulatoire, le pendule sera chassé par les vibrations
de la membrane et cessera d'avoir avec elle un bon contact. On peut ainsi
obtenir un signal à laide dune pile locale en fermant
celle-ci dun côté à travers une sonnerie ou
un annonciateur, de lautre par la membrane et le pendule.
Lorsque la membrane téléphonique est au repos, la majeure
partie du courant suit le circuit dont elle fait partie, et le reste est
insuffisant pour faire marcher la sonnerie; quand, au contraire, le pendule
est chassé, le contact devenant mauvais, le courant passe en totalité
dans la sonnerie qui se met en mouvement. Ce montage est celui quavait
adopté M. Van Rysselberghe ; son appareil était en outre
lourd et massif, et la construction en était passablement défectueuse.
M. de la Touanne a réduit lusure de la pile en évitant
de la fermer en court-circuit; pour cela, il a établi un annonciateur
à enroulement différentiel de grande résistance,
lun des circuits étant fermé directement sur la pile,
lautre indirectement à travers le pendule et la membrane.
Quand le pendule est au repos, laction des deux courants sannule
; quand il oscille, au contraire, lun des deux prédomine
et le guichet de lannonciateur tombe; la pile, dans cette combinaison
nest donc jamais fermée en court-circuit. Ce procédé
sest montré bien meilleur que celui qui consistait à
intercaler lannonciateur directement dans le circuit de la pile,
de la membrane et du pendule, le signal étant dû à
labandon de larmature par lélectro-aimant; le
fonctionnement de ce système est beaucoup moins sûr et moins
franc que celui du précédent.
La figure 3 donne une vue de lappel phonique.

A est un aimant permanent sur lequel la bobine est fixée avec son
noyau également aimanté,
Cette bobine porte un enroulement double imaginé par M. de la Touanne,
pour combattre les effets dinduction sur la ligne. Lappel
phonique étant intercalé dans la ligne, pendant toute la
durée de la conversation, on a remarqué que si lembrochage
de cet appareil avait lieu avec un enroulement simple, léquilibre
des deux fils était rompu et lon entendait alors beaucoup
plus distinctement la friture télégraphique. Cette expérience
montrant bien limportance de la similitude parfaite des deux moitiés
du circuit, M. de la Touanne a réparti les spires de lappel
phonique sur les deux moitiés L1, et L2 du circuit de la
bonné (fig. 6) en employant un enroulement bifilaire. Malgré
la séparation des deux actions du courant sur la membrane téléphonique,
son fonctionnement ne laisse rien à désirer.
Le petit pendule B oscille autour de laxe C, et le contact a lieu
entre la pointe D et la membrane M. Les deux petites masses E placées
au-dessus de laxe doscillation et fixées aux extrémités
dune même tige filetée servent à régler
la position du centre de gravité par rapport au plan de la membrane
et à modifier à volonté le contact de celle-ci avec
la pointe D. Lappareil se place verticalement contre la paroi. La
tige filetée étant horizontale et très près
de laxe, la pesanteur ne peut pas en provoquer le déplacement
à la faveur des vibrations dues aux appels; le réglage une
fois obtenu est ainsi permanent.
Si lon compare cet appareil avec le modèle primitif de M.
van Rysselberghe, on remarque, outre les dimensions plus restreintes et
le soin apporté à la construction et au réglage de
toutes ses parties, que la tige du petit pendule composé est un
peu plus longue; on a en effet augmenté sa période doscillation
afin quelle ne coïncide pas avec celle du ressort de la bobine
de Rhumkorff qui produit le courant oscillatoire dappel.
Linstallation des cabines noffre rien de particulier. La figure
4 donne la reproduction de lintérieur de lune delles.
Le poste est un poste micro-téléphonique ordinaire avec
microphone Ader ou dArsonval et téléphones dArsonval.
Fig 4 Fig 5
La pile du microphone est formée par six éléments
Lalande-Chaperon groupés en deux séries de trois éléments
et renfermés dans la caisse placée à la partie inférieure
de la cabine; Lun des deux appuie-bras placés à la
hauteur du microphone a subi une petite modification; on y a adapté
un petit pupitre qui peut se replier à volonté contre la
paroi, et dont lutilité a bientôt été
appréciée par le monde des affaires qui fréquente
le bureau téléphonique de la Bourse.
Le bureau de ia Bourse renferme actuellement sept cabines ; elles nont
pas daffectation spéciale quoique lon utilise toujours,
autant que possible, la même cabine pour le service de la même
ligne; ainsi, pour la ligne la plus difficile, on prendra de préférence
la cabine dont le poste micro-téléphonique est le meilleur.
Le tableau général est représenté par la figure
5; il renferme les 6 séries correspondantes de contact A, C, D,
A,C, D' et les contacts placés en F; ces contacts sont
du système à crochets de Sieur, en usage dons le réseau
téléphonique de Paris; le tableau porte, en outre, les 2
séries dannonciateurs à guichets B et B' et les 16
annonciateurs E.
Les postes téléphoniques des employés qui desservent
le tableau sont au nombre de deux, en T et T'; M est le générateur
magnéto-électrique employé pour lappel des
abonnés reliés directement au bureau de la Bourse; R, R'
sont les deux boutons sur lesquels pressent les employés lorsquils
veulent appeler le poste de lavenue de lOpéra et les
bureaux centraux des villes desservies; en pressant sur M on ferme le
circuit primaire dune bobine de Rhumkorff dont le courant secondaire
est envoyé à volonté sur lune ou lautre
des lignes à laide des cordons et des crochets mobiles.
Au tableau central aboutissent dabord les 7 lignes à longue
distance qui sont : les deux circuits de Bruxelles, les deux circuits
de Reims, puis ceux de Lille, de Rouen et du Havre ; il faut y ajouter
les 7 circuits qui relient le bureau de la Bourse avec lavenue de
lOpéra, puis les deux circuits particuliers de lAgence
Havas et de la Compagnie générale transatlantique, enfin
les 8 circuits qni aboutissent aux postes micro-téléphonique
des cabines de la Bourse et à la cabine du service de nuit.
Dans quelques semaines, il faudra encore y ajouter la ligne de Paris à
Marseille, desservant également Lyon.
Les lignes interurbaines aboutissent aux crochets des rangées A
et A', et après passage de lappel phonique à ceux
de C et C', les circuits des cabines aux crochets des rangées D
et D et enfin les autres aux crochets de la série F ; les
annonciateurs des rangées B et B' correspondent aux lignes de A
et A' et ceux de la série E aux crochets de F.
Les annonciateurs de B et B' sont donc commandés par les appels
phoniques des lignes correspondantes; ils sont, comme nous lavons
déjà dit, à enroulement différentiel; ceux
de la série E sont placés en dérivation sur le circuit
téléphonique de labonné.
Considérons un circuit, par exemple, le circuit n° 1, de Bruxelles;
les extrémités L1, L2 de ce circuit, branchées sur
la ligne téléphonique à laide des deux condensateurs
séparateurs, sont reliées aux deux crochets du. contact
numéro 1 de la rangée, contact que nous désignerons
pour abréger par A,.

Au repos, ces crochets sont en contact avec les vis numéros 1 et
2; le courant venant de L, passe donc (fig. 6) par le ressort et la vis
i puis de là à travers un des enroulements de l'électro-aimant
de lappel phonique; après avoir traversé les ressorts
et les vis du contact C, il arrive dans le second enroulement de lappel
et enfin au ressort et à la vis 2 pour regagner ensuite le fil
L2.
Le courant dappel traverse donc les spires de lappel phonique
qui actionne lannonciateur correspondant B,. Lemployé
se met alors en communication avec Bruxelles en intercalant son appareil
téléphonique T dans le circuit; pour cela ii insère
le crochet mobile qui termine les deux cordons de son appareil téléphonique
dans le crochet fixe A,.
Si labonné de Bruxelles, par exemple, demande la communication
avec un abonné de Paris, lemployé place alors un crochet
dans le contact C, et lautre dans un des 7 contacts qui correspondent
au bureau de lavenue de lOpéra; ces deux crochets étant
reliés par un cordon souple.
Le bureau de lavenue de lOpéra donne alors la communication
avec labonné demandé. Lorsque la conversation est
terminée, celui-ci presse sur son bouton dappel et envoie
un courant permanent qui déclenche lannonciateur inséré
en dérivation sur la ligne. Lemployé du bureau central
peut contrôler la conversation et donner les indications nécessaires
aux deux correspondants en mettant son appareil téléphonique
en dérivation sur la ligne par linsertion de sa fiche dans
le crochet correspondant des rangées A et A', dans le crochet A,,
par exemple, pour le cas que nous avons considéré.
Pour appeler Bruxelles, lemployé place le crochet de la bobine
de Rhumkorff dans le crochet fixe A, et presse ensuite sur le bouton ;
R les courants induits de la bobine sont alors lancés sur la ligne
et actionnent lappel phonique de Bruxelles.
Les détails qui précèdent suffisent à montrer
le fonctionnement du tableau central et de linstallation du bureau
de la Bourse.
Il nous reste à donner quelques indications sur la régularité
du service et le fonctionnement de linstallation complète.
Nous ne considérerons pas la question des taxes et celle de laffluence
du public; nous y reviendrons dailleurs prochaine ment et nous étudierons
alors les observations que M. de la Touanne a faites au bureau de la Bourse
et les conclusions quil en a tirées.
Considérées au point de vue technique seulement, on peut
dire que les communications interurbaines qni partent actuellement de
Paris donnent des résultats excellents si les lignes sont en cuivre.
La communication avec Bruxelles, par exemple, est excellente; les conversations
entre bureaux centraux sont aussi faciles quentre abonnés
du même réseau; la voix est forte, nette et bien timbrée.
Au début du service, la transmission était encore meilleure
que maintenant, ce qui provenait de la qualité de la ligne et des
appareils employés.
Entre abonnés la transmission est moins bonne, car les postes dabonnés
ne peuvent pas être réglés aussi facilement que ceux
des bureaux centraux.
A ce point de vue, Bruxelles est dans un état dinfériorité
bien marqué; on emploie dans le réseau de cette ville les
microphones Blake qui sont excellents lorsquils
sont bien réglés, mais qui ont le grand inconvénient
de se dérégler très facilement; ce cas se présente
fréquemment, trop fréquemment même pour la régularité
du service.
Par contre, les abonnés de Bruxelles voulant correspondre avec
Paris ont un circuit double, qui permet une communication plus parfaite.
Les abonnés de Bruxelles seulement partagent cet avantage; ceux
de Reims, de Lille, de Rouen et du Havre n'ont quun fil simple.
Les communications avec Lille et le Havre qui ont lieu par une ligne en
bronze de 2 millimètres sont aussi très bonnes; on nen
peut pas dire autant de celles avec Reims (163 kilomètres) et Rouen
(132 kilomètres); les circuits de ces deux liaisons sont en fer;
on a utilisé pour Rouen comme pour Reims les fils télégraphiques
existants.
La transmission avec Reims, entre bureaux centraux est assez difficile,
la voix est faible, peu nette, mais avec un peu dhabitude on peut
converser assez facilement. On sent bien quon est à la limite
de la transmission.
La ligne de Rouen, de 30 kilomètres plus courte, donne une transmission
assez bonne, bien meilleure que celle de Reims, mais pas aussi bonne que
celle du Havre. Le service gagnerait en rapidité et en qualité
si lon remplaçait les deux circuits en fer de Paris à
Reims par un seul circuit en cuivre.
Louverture imminente de la ligne de Paris à Marseille ajoutera
un nouveau chaînon aux communications qui vont sétablir
dans un avenir prochain entre Paris et les villes de province, et qui
donneront, il faut lespérer, une nouvelle im pulsion au développement
des réseaux locaux.
Quelles que soient les critiques dont le système de M. van Rysselberghe
a été lobjet, on est forcé de reconnaître
que cest grâce à lui que des communications aussi étendues
ont pu être établies.
On lui a injustement reproché des mécomptes dont les causes
devaient être cherchées partout ailleurs, dans lemploi
des translateurs et dans celui des lignes en fer, par exemple; au point
de vue télégraphique, il charge bien un peu la ligne par
lintercalation des électro-aimants et des condensateurs,
mais sans lui aurait-on construit la ligne de Paris à Marseille
qui aurait dû être alors établie sur un tracé
nouveau, au lieu dutiliser simplement les poteaux existants, comme
on la fait ?
Dans ce qui précède, nous avons étudié spécialement
linstallation des bureaux téléphoniques de la Bourse,
sans nous attacher aux détails des applications qui ont été
faites du système de M. van Rysselberghe; ce système est
trop connu de chacun pour que nous ayons cru utile détudier
en détail les connexions établies sur les lignes appropriées.
Le développement de la téléphonie interurbaine nest
donc plus quune affaire de temps. La voie à suivre est trouvée,
et il ne reste plus quà marcher dans la direction indiquée
par lexpérience de ces dernières années. Cependant,
deux facteurs, outre le temps, interviennent encore dans ce développement,
savoir : le prix de revient des lignes et leur rendement ; mais, en considérant
ces deux facteurs, nous entrerions en plein dans le côté
économique et financier de la téléphonie interurbaine,
et nous sortirions du cadre de notre travail ; aussi, réservons-nous
létude de cette question pour un prochain article.
1888 Suite de l'évolution Paris Marseille :
L'inauguration officielle de la ligne téléphonique directe
de Paris à Marseille, a eu lieu vendredi matin, le 3 de ce mois
d'août.
La première communication a été échangée
entre M. Peÿtral, ministre des Finances, qui se trouvait à
Marseille, et M. Coulon; le directeur général des Postes
et
Télégraphes, à Paris.
Le décret fixant les taxes nayant été publié
que le jour même, les délais de promulgation nont pas
permis douvrir la ligne au public avant le lundi suivant, le 6 août.
La ligne pouvant être également utilisée pour les
communications entre Paris et Lyon, un avis de la direction générale
des postes et télégraphes va déterminer lalternance
des heures auxquelles les communications pourront avoir lieu, soit entre
Paris et Marseille, soit entre Paris et Lyon, et vice versa.
Aux termes du décret de promulgation, la taxe à percevoir
pour les correspondances téléphoniques échangées
entre les villes suivantes est fixée provisoirement, pour cinq
minutes de conversation, à 3 francs entre Paris et Marseille, 2
francs entre Paris et Lyon, et 1 fr. 50 entre Lyon et Marseille.
Septembre 1888 LES TARIFS DE LA TÉLÉPHONIE INTERURBAINE
Nous avons étudié précédemment la construction
et linstallation des lignes téléphoniques interurbaines
en France et à létranger, mais sans tenir compte du
côté financier et économique de la question. Nous
voulons maintenant essayer de combler cette lacune et nous nous efforcerons
de tirer de notre étude des conclusions aussi précises que
possible.
Les tarifs de la téléphonie interurbaine dépendent
dune manière intime des frais de réfection et damortissement
des lignés et appareils et des dépenses de lexploitation.
Il faut évidemment fixer les tarifs de manière que le rendement
financier soit suffisant, non seulement pour couvrir les frais de lexploitation
et le service des intérêts et de lamortissement, mais
aussi pour donner un bénéfice convenable.
Cette considération est nécessaire, aussi bien si cest
lEtat qui exploite que si cest une compagnie privée
: la seconde vise à faire des bénéfices pour les
répartir aux actionnaires, le premier pour les appliquer à
multiplier et à étendre les lignes sans faire appel au budget.
Ayant de discuter sur lextension possible et probable de la téléphonie
interurbaine, il faut avoir une base solide pour juger du rendement des
lignes projetées.
Pour être rémunérateur, ce rendement dépend
dune taxe que le public nest que trop disposé à
trouver un peu élevée. Il nous faut donc justifier cette
taxe et, pour cela, nous étudierons successivement tous les éléments
qui influent sur les tarifs.
Dans la partie de notre travail qui traite des dé penses de la
construction, de lentretien et de lexploitation des lignes
téléphoniques, nous nous sommes surtout guidé sur
les calculs que M. dela Touanne a publiés dans les Annales Télégraphiques.
Nous commencerons donc par étudier le prix détablissement
de la ligne et des appareils.
a) Soient : L la longueur de la ligne en kilomètres, d le diamètre
en millimètres du fil à employer, R la résistance
et p le poids kilométrique du fil de même alliage et de 1millimètre
de diamètre. La résistance de chaque fil aura pour expression
X = RL / d2 (2=au carré)
Il faut fixer la valeur de la résistance que lon veut donner
à la ligne ; actuellement, en donnant au circuit double une résistance
de 2 000 ohms, on se trouve encore dans les conditions dune bonne
transmission moyenne ; pour des lignes de très grande longueur,
linfluence de la capacité tendrait à diminuer cette
valeur limite. On aura donc x = 1 000 pour chaque circuit, doù
d2 = RL / 1000 ; le poids total de fil employé dans la ligne à
deux fils est donc P = 2p RL2 / 1000 doù, pour le
prix S du fil, s étant celui de l'unité de poids, S = (2
sp R / 1000) L2
b) La valeur moyenne des frais de pose étant de m par kilomètre,
la construction de la ligne que nous supposerons formée de fils
aériens posés sur des appuis existants, sélève
donc à m L.
c) La ligne étant construite sur des poteaux existants, il faut
armer les fils télégraphiques voisins dappareils anti-inducteurs
van Rysselberghe, ce qui occasionne une dépense fixée par
M. de la Touanne à une somme variable de 10 francs par kilomètre,
plus une somme fixe quon peut évaluer à 10000 francs
pour les lignes de 300 kilomètres et plus, et à la moitié
de cette somme pour les lignes plus courtes.
d) Lachat des microphones, pour les postes extrêmes, des cabines,
des accessoires, occasionne une dépense de 1 800 francs environ.
Quant aux dépenses courantes, elles se composent:
e) De lentretien des lignes, e par kilomètre.
f} De celui des appareils;
g) . Du loyer des immeubles ;
h) Du traitement du personnel, composé de deux employés
par ligne, un à chaque extrémité; ces traitements
sélèvent à 4000 francs en moyenne ; il faut
ajouter à cette somme le salaire du garçon de bureau, du
mécanicien, que lon peut fixer à 600 francs par ligne;
j) De lamortissement, en dix ans, du capital engagé et de
lintérêt de celui-ci à 5 % ; le taux de lamortissement
est de 0,08723, en admettant, pour les annuités, un intérêt
de 3 %.
En considérant ce qui précède, on voit que la longueur
de la ligne intervient, sous une double forme, dans le prix de revient,
dabord au carré pour le prix d'achat du fil, puis à
la simple puis sance pour le prix de construction. Les termes en L1 et
L2 prennent rapidement une importance prépondérante ; lamortissement
varie donc comme le carré de la distarce, et lentretien de
la ligne comme cette distance seulement.. Or, le nombre de communications
quil est possible détablir est indépendant de
la longueur de la ligne: le prix de revient de chaque communication est
donc proportionnellement beaucoup plus élevé sur une longue
ligne que sur une ligne de faible longueur.
Comme le fait remarquer M. de la Touanne, il serait donc illogique détablir,
dès le début, une taxe uniforme, car on se trouverait en
face de ce dilemme : exploiter les longues lignes sur une base ruineuse,
ou créer des taxes prohibitives pour les lignes courtes. Plus tard,
on pourra arriver à une certaine compensation, quand la multiplication
des lignes à taxes modiques et rémunératrices balancera
les déficits provenant des longues lignes moins nombreuses.
On saisit mieux linfluence de la longueur des lignes sur les charges
annuelles, en faisant les calculs daprès les indications
précédentes pour les lignes de longueurs différentes,
variant entre 50 et 1200 kilomètres.
Avec M. de la Touanne, nous prendrons pour les constantes des formules
que nous avons établies plus haut, les valeurs suivantes :
R == 21 ohms, ce qui équivaut à une conductibilité
de 95 % de celle du cuivre pur
p = 7,15 kilogrammes (densité 9,1) ;
s =3 francs; ce prix est un peu élevé mais non exagéré,
si lon tient compte de la hausse actuelle des prix du cuivre ;
ces chiffres se rapportent à des fils de bronze.
Dans le calcul des frais de pose, on a admis 150 francs par kilometre
pour lensemble des deux fils et, dans les frais dentretien,
on a tenu compte du droit dusage à payer à ladministration
télégraphique, pour lutilisation des appuis télégraphiques
; lentretien et le droit dusage réunis ont été
fixés à 50 francs par kilomètre.
Avec les nombres ci-dessus, le calcul donne pour le diamètre du
fil à employer pour des lignes
de longueurs différentes, les valeurs suivantes :
Ligne de 50 kilomètres. 1,02 millimètres de diamètre
--- 100 ----------------- 1,45
150 ----------------- 1,78
200 ----------------- 2,05
300 ----------------- 2,05
600 ------------------ 3,5
1200 ---------------- 5,0
On voit donc que le diamètre du fil, pour une ligne de 300 kilomètres
de longueur est de 2,5 m.m. ; pour des longueurs inférieures, le
diamètre diminue, mais, dans la pratique, on ne prendra pas, même
pour des lignes de 50 kilomètres, un fil inférieur à
2,5 m.m.; car, outre les considérations relatives à la résistance
mécanique de la ligne qui ne peut être indéfiniment
abaissée, il faut tenir compte des raccordements des lignes téléphoniques
rayonnant à 100 ou 200 kilomètres du même centre ;
ces raccordements reconstituant des lignes de 300 kilomètres et
plus, on se trouve de nouveau à la limite supérieure de
la transmission.
Dans le calcul du prix de revient, il faut distinguer deux cas :
1° Le fil sert exclusivement à la téléphonie
;
2° Il est employé simultanément pour la téléphonie
et pour la télégraphie.
Dans le premier cas, h tomolité des frais damortissement
et dentreticu est supportée par la téléphonie
; dans le second, il faut taire le partage de ces frais entre les deux
exploitations. Mais ce partage nest pas très facile, car
si lon utilise avec empressement les conducteurs téléphoniques
pour les transmissions télégraphiques, on aurait reculé
devant la dépense sil avait fallu les poser de suite pour
lusage exclusif de la télégraphie.
Lévaluation des parts respectives des deux exploitations
varie donc suivant les circonstances.
M. de la Touanne, pour simplifier la répartition, impute à
la télégraphie la totalité des frais dentretien
de la ligne, le service des intérêts et lamortissement
étant supportés en entier par la téléphonie.
Cette manière de voir ne tient peut-être pas suffisamment
compte de tous les éléments en jeu; elle est, en particulier,
défavorable aux longues lignes. Cest pourquoi nous avons
refait les calculs, en mettant au compte de la télégraphie
le tiers des frais détablissement et la moitié des
frais dentretien de la ligne.
Nous ne prétendons pas que ce mode de répartition des frais
soit meilleur que le précédent ; il donne seulement un élémentdappréciation
de plus.
Dans le tableau qui résume les calculs indiqués plus haut,
nous avons placé, sous la rubrique A, la dépense annuelle
et le prix de revient de chaque communication, calculés dans lhypothèse
que la ligne est à lusage exclusif de la téléphonie
; sous les les rubriques B et C se trouvent les mêmes éléments
calculés d'après les deux manières indiquées
plus haut, dans le cas dune exploitation simultanée de la
ligne par le télégraphe et par le téléphone.
Deux faits principaux résultent des calculs précédents:
dabord, le prix élevé des communications téléphoniques
pour les distances considérables ; ensuite, labaissement
notable du prix de revient de chaque communication pour les lignes affectées
également au service télégraphique.
Pour une ligne de 1200 kilomètres, le prix de chaque communication
ressort donc à 19 francs dans le premier cas, et à 12 fr.
10 c. dans le second, daprès le calcul G; lutilisation
du fil par la télégraphie amène donc une diminution
de 37 % dans le prix de chaque communication. Cette diminution nest
que de 35 % pour une ligne de 300 kilomètres, et de 22 % pour une
ligne de 50 kilomètres:
Nous avons représenté par les courbes A et G de la figure
7, les variations du prix de chaque communication, avec la longueur de
la ligne, ce prix étant calculé daprès les
hypothèses A et G mentionnées plus haut.
Fig 7
Fig 8
Comme le fait remarquer M. de la Touanne, cest dans lutilisation
simultanée du même circuit pour la téléphonie
et la télégraphie quon trouvera probablement les moyens
datténuer, sans péril, les taxes afférentes
aux longues lignes; cest, en effet, sur les directions quelles
desservent quon manque, en général, de conducteurs
télégraphiques ou, du moins, quon a le plus besoin
den établir dans de bonnes conditions de conductibilité.
Il y a là une cause de nivellement relatif entre les tarifs des
lignes longues et ceux des lignes courtes.
Nous avons admis un nombre de communications égal à 15 000
par année; ce nombre peut paraître un peu bas; il lest
en effet; mais, dans l'établissement du devis dune ligne,
il vaut mieux se baser sur un faible trafic que sur un mouvement daffaires
accentué.
La durée de chaque communication a été fixée
généralement à 5 minutes; 50 communications par jour
correspondent donc à une utilisation complète de la ligne
pendant un peu plus de quatre heures. Mais, rien nest plus variable
que le trafic téléphonique; les communications se succèdent
rapidement au moment où les affaires sont le plus actives On connaît
fort bien ce phénomène dans tous les réseaax téléphoniques
urbains. Le nombre des communications passe par deux maxima bien marqués,
dont lheure varie suivant les habitudes locales; la courbe, figure
8, montre, par exemple, les variations des communications effectuées
à la station centrale du réseau de Montréal le 30
juin 1886.
On a relevé, au bureau de la téléphonie interurbaine,
à la Bourse de Paris, pour tous les jours ouvrables des quatre
semaines comprises entre le 18 septembre et le 16 octobre, le nombre des
communications échangées entre Paris et le Havre pendant
les différentes heures de la journée; les résultats
ont été totalisés, et lon a construit avec
ces données la courbe de la figure 9, où les intervalles
horaires sont portés en abscisses, et le nombre total correspondant
aux communications pendant les 24 jours ouvrables est porté verticalement.
Fig 9
Cette courbe montre très nettement laffluence des correspondants
à certains moments de la journée; il en résulte des
retards souvent très considérables qui causent un grand
préjudice au service téléphonique, le public se lassant
datten dre pendant une heure la communication demandée.
Les taxes téléphoniques trop basses avec une seule ligne
amènent donc un encombrement et, partant, donnent lieu à
un service défectueux, Il est donc préférable daugmenter
les taxes, de manière à avoir un public régulier,
que lon peut alors contenter, et qui, par son affluence normale,
permet, à laide des bénéfices réalisés,
de songer à la construction dun second circuit.
Une autre cause de lencombrement des lignes provient de ce que l'unité
de durée des communications est un peu trop grande ; on sait quelle
est de cinq minutes. Il en résulte que les correspondants se laissent
aller volontiers à des conversations inutiles ; cet inconvénient
ne pourra qu'aller en augmentant, le public shabituant de plus en
plus à utiliser complètement le temps qui lui est laissé.
Ainsi, sur la ligne de Paris-Bruxelles, on a relevé, du 5 au 14
mai 1887, 62 communications dune minute, 127 de 2, 96 de 3, 42 de
4, et 49 de 5, soit 285 conversations au-dessous de 3 minutes, et 91 de
plus de 3 ; au mois de décembre de la même année,
il ny a plus de conversationsdune minute; celles de 2 minutes
ne s'élèvent plus quà 53, celles de 3 sont
montées à 121, celles de 4 à 83, et celles de 5 à
139; on a donc 174 conversations de 3 minutes et au-dessus, et 222 de
plus de 3. La durée moyenne de chaque conversation donc passé
de 2,70 minutes à 3,78 minutes, ce qui fait une augmentation de
40 %.
Dans lintérieur des réseaux urbains, où les
conversations ont lieu entre les abonnés pour qui la préoccupation
dutiliser tout le temps payé nexiste pas; la durée
moyenne dune conversation est de 3 minutes. Cest pourquoi
on devrait fixer la durée de chaque conversation à 3 minutes
au lieu de 5 ; cest dailleurs ce qui a été fait
déjà sur la ligne de Hambourg à Berlin.
La durée de la communication téléphonique a une certaine
analogie avec le nombre de mots dun télégramme. Au
début de la télégraphie, on a généralement
établi les tarifs sur la base du té légramme de 20
mots; le nombre de mots de chaque télégramme sélevait
alors à plus de 15 en moyenne. Dès que les taxes ont été
calculées à raison de tant par mot, ce nombre moyen sest
rapidement abaissé; en Suisse, par exemple, il atteint à
peine 11 environ; léducation du public sest donc faite
dans le sens dune rédaction plus concise des télégrammes.
Le phénomène analogue aura lieu pour la téléphonie
interurbaine.
Il nous semblerait même plus rationel détablir les
tarifs de la téléphonie interurbaine de la ma nière
suivante:
- La taxe dune communication se composerait dune taxe fixe,
déterminée par la longueur de la ligne, plus une taxe variable
calculée à raison de tant par minute de conversation ; la
durée de chaque conversation ne pouvant excéder 10 minutes.
- La taxe fixe et la taxe mobile seraient fixées de manière
à obtenir la taxe ordinaire pour une conversation de 3 minutes.
Ainsi, pour la ligne de Paris-Bruxelles, où la taxe est de 3 francs
par conversation normale (fixée à 5 minutes), le prix de
chaque communication serait calculé sur la base dune taxe
fixe de t franc, et dune taxe variable de 50 centimes par minute.
La taxe fixe de 1 franc resterait acquise à ladministration,
au cas où la
communication naurait pu avoir lieu, par suite de labsence
du correspondant appelé. Calculée de cette manière,
la taxe serait de 1 fr. 50 c. pour la conversation dune minute,
de 2 fr. 50 c. pour celle de 3 minutes, de 3 fr. 50 c. pour celle de 5,
et de 6 francs pour celle de 10 minutes. Pour la ligne de Paris à
Lille, par exemple, où la taxe actuelle est de 1 franc par 5 minutes,
la nouvelle taxe se composerait dun droit fixe de 50 centimes et
dun droit proportionnel de 25 centimes par minute.
Les correspondants ayant tout intérêt à abréger
la conversation, la ligne pourrait desservir un public plus nombreux,
surtout en temps de presse, et les recettes augmenteraient dautant,
tout en offrant au public un service plus perfectionné.
On objectera peut-être à ce mode de calcul quil est
un peu compliqué ; on a fait la même objection au tarif mobile
en télégraphie, qui a néanmoins conquis rapidement
la faveur du public. Lobservation de la durée de chaque conversation
nest pas aussi difficile quon le croit. En tout cas, rien
ne serait plus simple que dinstaller dans chaque cabine un compteur
chronométrique se mettant en marche dès que lemployé
qui a établi la communication, en ferme la porte sur le
correspondant, et sarrêtant aussitôt que celui-ci l'ouvre,
à la fin de la conversation.
Le principal obstacle à létablissement des communications
téléphoniques à grande distance réside donc
dans le prix de revient trop considérable de chaque communication,
et ce prix de revient est en grande partie déterminé par
les frais de construction de la ligne. Ces frais énormes deviennent
absolument prohibitifs pour des distances un peu élevées.
Il ne faut pas cependant désespérer de lavenir de
la téléphonie à grande distance; on arrivera certainement
à diminuer les prix de revient établis plus haut. Lemploi
du cuivre dur au lieu dubronze amènerait déjà une
économie de 15 % environ. Ensuite, les cours du cuivre ne pourront
certainement pas se maintenir au taux actuel pendant longtemps, et qui
sait si la réaction qui suivra certainement la hausse exagérée
que le marché subit en ce moment, ne permettra pas datteindre
des prix stables de moitié moins élevés qu'aujourd'hui.
En outre, les grandes lignes télégraphiques en fer seront
peu à peu remplacées par des fils en cuivre quon aura
soin de choisir de manière à pouvoir être utilisées
par la téléphonie; il est, à cet égard, très
heureux que les besoins de la télégraphie rapide soient
les mêmes que ceux de la téléphonie, leurs exigences
réunies pouvant provoquer la construction dune ligne que
lune delles seulement naurait pas décidée.
Enfin, les essais de téléphonie multiples entrepris en Amérique
aboutiront sans doute à un résultat pratique; ce succès
équivaudra alors à une diminution de moitié du prix
de revient de chaque communication.
Toutes ces causes réunies détermineront certainement une
diminution sensible dans le prix des communications et cette diminution
provoquera à son tour une extension cnsidérable et rapide
de la téléphonie interurbaine.
En considérant la France seulement, on peut se demander quelle
serait lextension du réseau téléphonique interurbain.
Les prévisions sont grandement facilitées par la suprématie
politique, financière et commerciale de Paris qui formera naturellement
le centre du grand réseau interurbain français. Les premières
lignes auront donc pour but de relier les villes les plus importantes
au point de vue du trafic avec Paris.
Les circuits devant être établis de manière à
assurer une communication téléphonique aussi parfaite quentre
abonnés du même réseau, il faudra donc donner aux
fils les dimensions adoptées précédemment.
Pour toutes les lignes dont la longueur est inférieure à
300 kilomètres, on emploierait un fil de 2,5 m.m. et pour les autres
un fil dont le diamètre serait calculé daprès
les mêmes conditions.
Il en résulterait donc une différence bien marquée
entre les réseaux reliés à Paris. Tous ceux dont
la distance totale, calculée en passant par Paris est inférieure
à 300 kilomètres, pourraient être mis en communication
par lintermédiaire du bureau de téléphonie
interurbaine de Paris.
Pour fixer les idées, voici la liste de quelques villes de province
avec la distance (légale) de Paris, en kilomètres : Troyes
(161), Le Havre (21 3), Rouen (126), Amiens (128), Lille (214), Reims
(161), Nancy (3i6), Troyes (161), Dijon (304), Bourges (232), Orléans
(115), Tours (236), Angers (302).
En augmentant de 1 millimètre le diamètre du fil de ces
lignes, cest-à-dire en lui (donnant une valeur de 3,5 m.
m., on pourait alors réunir tou! tes ces villes entre elles sans
que la limite de 600 kilomètres fut sensiblement dépassée;
il est vrai que la dépense de cuivre serait doublée. Ce
qui précède montre déjà combien le problème
est plus difficile que pour un pays moins étendu ; il suffit pour
sen convaincre de considérer la solution proposée
dans le Journal télégraphique de
Berne, n° du 25 octobre 1886, par M. le Dr Rothen, directeur-adjoint
des télégraphes suisses, pour assurer létablissement
des communications interurbaines en Suisse.
Les difficultés augmenteraient encore, si lon voulait rattacher
les villes les plus éloignées; quelaues exemples feront
mieux ressortir les frais énormes quoccasionnerait lextension
complète du réseau interurbain. Ainsi, Marseille est à
833 kilomètres de Paris (distance légale), Nice à
880, Montpellier à 750, Toulouse à 706, Bordeaux à
561, Nantes à 427, Brest à 574, Saint-Étienne à
464, Lyon à 468, Besançon à 388.
Quant à la téléphonie internationale qui consisterait
à relier les principales villes de lEurope entrelles,
on peut la considérer comme bien problématique tant que
des progrès nouveaux n'auront pas permis de saffranchir des
conditions qui rendent la construction des lignes si coûteuses.
Il faut, en effet, se rappeler que Paris est à 2000 kilomètres
de Naples, à 2 100 de Lisbonne, à 2700 de Saint-Pétersbourg
et à 3200 de Gonstantinople.
Le projet de M. van Rysselberghe de faire de Vienne, en Autriche, le centre
dun réseau téléphonique international, nous
paraît pour le moins aussi éloigné de sa réalisation,
car il y a un fait quon semble oublier trop souvent. On est porté
à confondre la transmission téléphonique obtenue
dans des essais scientifiques avec celle des conversations ordinaires;
la transmission peut être possible sur une ligne donnée entre
gens du métier et dans des conditions particulières,sans
quon
puisse songer à en faire profiter le public. A cet égard,
il faut adopter comme règle que toute communication téléphonique,
pour être comme ciale, doit être aussi bonne que dans lintérieur
dun réseau urbain et avec de bons appareils.
Revenant au projet de réseau interurbain français, il nous
faut voir si les avantages de ce réseau seraient aussi grands quon
le pense. Les communications directes, de Lille à Paris, par exemple,
pourraient être établies sans retard; il nen serait,
par contre, pas de même des communications indirectes, de Lille
à Dijon par exemple, car il faudrait alors immobiliser les deux
lignes de Paris-Lille et de Paris-Dijon, et attendre, en général,
un certain temps, que ces lignes fussent libres. Il en résulterait
donc facilement un encombrement,sur certaines lignes tout au moins, et
les correspondants devraient attendre longtemps la communication demandée;
or, lattente trop longue d'une communication est la négation
même du service téléphonique; ce dernier suppose,
en effet, l'instantanéité de la transmission conjointement
avec le caractère direct et personnel de celle-ci.
Ces deux facteurs surtout caractérisent la téléphonie
interurbaine, comparativement à la télégraphie qui
transmet la correspondance même indirectement par voie de réexpédition.
Il faudrait donc, coûte que coûte, satisfaire les exigences
du public et organiser un service très rapide, de manière
à éviter lencombrement des lignes.
Comme le fait remarquer M. de la Touanne,le moyen le plus sûr consisterait
à établir des taxes très élevées qui
éloigneraient le public, pour lequel la communication téléphonique
peut être remplacée sans inconvénient par une communication
télégraphique. « Les fortes taxes effraient beaucoup
moins quon ne limagine le public commerçant. La marchandise
de haut prix, a-t-on dit à propos de la tarification des chemins
de fer, supporte facilement les taxes de transport; son écoulement
est facilité par ailleurs, tandis que la marchandise courante est
forcée de calculer jusquaux frais les plus minimes. Il en
est ainsi des communications téléphoniques. La valeur en
est extrêmement variable et, par suite, le prix en peut être
modifié dans de larges limites ; la communication à 200
ou 3oo kilomètres est déjà tout autrement appréciable
quune communication à 4 ou 5,et le correspondant nhésitera
pas, pour lavoir, à quintupler ou sextupler sa dépense.
« Entre New-York et Philadelphie, dont la distance est celle de
Paris à Reims, la taxe est de 5 francs (1 dollar). On objecte parfois
que dans ces conditions, la télégraphie doit opposer une
concurrence ruineuse; un ingénieur de la Compagnie propriétaire
naturellement porté, par conséquent, à sexagérer
le danger, répond à cela quil nen est rien et
que, comme la poste, comme le télégraphe lui-même,
le téléphone a un champ dactivité propre et
bien distinct.
« Aucun individu ne paiera un dollar pour un message téléphonique
sil peut atteindre le même résultat par lenvoi
dun télégramme de 10 cents (50 centimes), mais il
ne dépensera pas davantage 10 cents pour un télégramme
si une carte postale de 1 cent lui suffit. Si la téléphonie
à longue distance est en compétition avec une industrie
existante, cest avec celle des chemins de fer, de la même
manière à peu près que la téléphonie
locale empiéterait sur lindustrie des voitures et des omnibus.
On ne voit pas d'ailleurs que les Compagnies de transport et de téléphonie
souffrent de la concurrence ».
Nous nous arrêterot.s sur cette citation de M. de la Touanne; dans
un prochain article nous étudierons les tarifs adoptés en
France et à létranger, et les modifications quils
ont subies avec le temps ; dans cet article nous ferons égale ment
une étude aussi complète que possible de lextension
qua prise la téléphonie interurbaine dans les principaux
pays étrangers....
1888 Le point :
Lorsque le téléphone fut introduit en France, on ne manqua
pas de faire les plus beaux projets, on voyait déjà toutes
les villes un peu importantes pourvues de
leur réseau et reliées avec Paris, qui eût formé
ainsi une sorte de bureau central pour la France entière.
Il a fallu en rabattre depuis et, aujourdhui, on est à peu
près fixé sur lavenir de la téléphonie
interurbaine.
Malgré le succès incontestable de la ligne Paris-Marseille,
il paraît certain que, si lon arrive un jour à relier
Paris avec les principales villes, celles-ci ne pourront pas être
réunies entrelles par ces lignes, au moins au-delà
dun certain rayon, 400 à 500 kilomètres peut-être,
et encore, si les communications sont possibles, les frais d'établissemeut
de ces lignes sont-ils considérables et ces installations ne peuvent-elles
guère être entreprises que par lEtat.
Il ny en a pas moins aujourdhui un grand intérêt
à ce que les réseaux de province se développent davantage
et, à ce propos, il est regrettable que la Compagnie qui, avec
létat a le monopole de ces réseaux, ne leur ait pas
encore donné plus dextension.
On sait que, actuellement, le nombre de ces réseaux nest
que de 27, y compris celui de Paris; il ont été concédés
à la Compagnie générale des téléphones,
16 sont exploités directement par lEtat, qui a également
pris à sa charge la construction des réseaux interurbains
reliant Paris au Havre, à Reims, Lyon, Lille, Marseille et, enfin,
à Bruxelles.
On sait aussi que, par un traité en date du 25 novembre 1886, le
Ministre des Postes et télégraphes a concédé
pour 35 ans à la Société fermière des téléphones
lexploitation de tous les réseaux téléphoniques
urbains créés ou à créer sur toute létendu
du territoire ; seulement, ce traité ne sera définitif quaprès
lapprobation du Parlement qui en est saisi mais comme on ne peut
prévoir quand aura lieu cette ratification et que le nombre des
villes réclament le téléphone augmente chaque jour,
on a dû chercher une solution provisoire.
Voici ce que propose lAdministration des Postes et Télégraphes
par une circulaire du Directeur général, M. Coulon, circulaire
adressée aux directeurs de chaque département.
LEtat ferait établir le devis de linstallation
des réseaux et de leur exploitation jusquen 1890, en partant
des demandes d'adhésion reçues dans les différentes
villes et, sil convient aux administrations Communales de faire
lavance de cette dépense, lEtat Construira le réseau,
la ville percevant les redevances des abonnés jusquà
concurrence de la somme avancée.
On sait que cette redevance consiste, pour les abonnés des réseaux
urbains de lEtat, en une contribution de 150 francs par kilomètre
de fil de la ligne qui les relie au poste central, et à un abonnement
annuel de 200 fr., en outre des frais détablissement des
appareils. On espère ainsi éteindre en moins de 2 ans les
frais
détablissement et dentretien pendant cette période.
Si, dans lintervalle, le Parlement ratifiait le traité intervenu
en 1886, eh, bien, lEtat en serait quitte en réglant au mieux
le reliquat avec les municipalités, auxquelles il tiendrait compte
des redevances quil recevrait de la Société fermière.
Il est certain que ce système assurerait une bonne construction
des réseaux, avec uniformité de procédés et
de matériel, ce qui nest pas à dédaigner, et
avec une économie... douteuse. Seulement, on peut se demander si
le but, qui était, rappelons-le,de gagner du temps, serait atteint
?
Pour faire les enquêtes, contre-enquêtes, devis, rapports,
projets de loi dintérêt local, etc., etc., il faut
du temps, presque autant que pour obtenir la ratification du Parlement.
Aussi, pouvons- nous encore attendre, avant de voir la téléphonie
prendre un développement un peu plus rapide et plus en rapport
avec les exigences du public.
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Nous avons annoncé que, par suite de laction des autorités
de Saint-Louis réduisant labonnement au téléhone
de 500 à 250 francs par an, la compagnie Bell de cette ville avait
refusé de continuer le service et de renouveler les abonnements
expirés.
Nous apprenons quun entente provisoire est intervenue et la compagnie
consent à continuer le service à 250 fr. par an, en attendant
la décision des tribunaux qui ont été saisis de la
question, car la compagnie Bell conteste la légalité de
la mesure prise par les autorités.
En cas dune décision favorable aux intérêts
de la compagnie, les abonnés payeront lancien prix de 500
fr. par an, mais la compagnie se réserve sa liberté daction
en cas dune décision contraire.
La suite de l'interurbain en France est repris dans la page
: LIGNES TÉLÉPHONIQUES INTERURBAINES
|
1888 DESIGNATION DES LIGNES
|
Distance en Km
|
Date de la mise en service
|
| Rouen-Havre |
90
|
01
Jan 1885
|
| Paris-Reims |
172
|
01
Dec 1885
|
| Elbeuf-Louviers |
20
|
01
Fev 1886
|
| Rouen-Elbeuf |
20
|
01
Fev 1886
|
| Rouen-Louviers |
40
|
01
Fev 1886
|
| Paris-Havre |
228
|
08
Mai 1887
|
| Paris-Rouen |
140
|
25
Juin 1887
|
| Paris-Lille |
250
|
01
Dec 1887
|
| ParisBruxelles.1ecircuit |
335
|
24
Fev 1887
|
| ParisBruxelles.2.circuit |
|
15
Mars1888
|
| Paris-Lyon |
512
|
06
Août 1888
|
| Paris-Marseille |
863
|
06
Août 1888
|
|
Marseille-Lyon
|
352
|
06
Août 1888
|
| Paris-Versailles |
19
|
18
Nov 1889
|
| (1) Réseau tout
à fait local et limité. |
1889 Le Petit Journal du 2 juin publie linformation suivante
:
« Le bureau télégraphique de la Bourse est, nous l'avons
constaté a mainte et mainte reprise, lun des plus incommodes
et des plus mal installés qui soient en France. C'est pourtant lun
des plus importants puisque sa recette quotidienne sélève
en moyenne à 10000 francs. LAdministration sest enfin
aperçue quil y avait peut-être quelque chose à
tenter pour améliorer cette installation, et voici le projet qui
a été adopté :
« Aussitôt que la Bourse du commerce sera construite, laile
sud de la Bourse, occupée par les courtiers, deviendra libre et on
y transférera les bureaux des commis dagents de change qui
se trouvent actuellement, dans laile nord. Les guichets du télégraphe
seront transportés au rez-de-chaussée de laile nord
quils occuperont entièrement et où seront placées
35 cabines téléphoniques.
« Le bureau télégraphique considérablement agrandi
parce changement de local se trouvera de plâin-pied avec la «
corbeille » et le service des dépêches des agenrs de
change y gagnera beaucoup en rapidité. Un escalier qui viendra déboucher
sur la place de la Bourse, en face de l'entrée du bureau souterrain
où se fait actuellement le service de nuit, donnera accès
au public extérieur.
« Quant au premier étage où se trouvent en ce moment
les guichets, il sera transformé en un buffet dont la concession
est déjà accordée.
« Tel est le projet dans son ensemble, puisse-t-il être réalisé
bientôt! »
1889 Le prince Baudouin de Belgique, neveu du roi Léopold
et héritier présomptif, a fait, la semaine dernière,
une visite à la Tour Eiffel.
Après avoir longuement admiré le panorama, lidée
vint au prince de téléphoner à Bruxelles du haut de
la troisième plateforme. Mais il fallut plus de vingt minutes de
pourparlers pour obtenir la communication. La permission nayant pas
été obtenue davance, on dut la demander au directeur
des télégraphes. Le bureau de la Bourse où aboutissent
les deux circuits téléphoniques Paris-Bruxelles ayant établi
la communication demandée, le prince téléphona à
linspecteur du bureau de Bruxelles d'aller porter à S. M. le
roi des Belges, au comte et à la comtesse de Flandre et au colonel
de son régiment ses salutations, et de leur dire combien il était
ravi de son ascension.
Cest la première fois qu'une communication téléphonique
a été établie entre le sommet de la Tour Eiffel et
une villeétrangère.
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