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Le téléphonographe
et le téléphote
Rappelons que en 1880 on se souvient encore de
lémotion causée en France par lannonce de la
merveilleuse découverte de M. Graham Bell, le téléphone.
Il y a trois ansà peine que lappareil du savänt américain
est connu en France, et lon sait quelle multitude d'instruments
sont déjà vehus se greffer sur la première invention.
Aujourd'hui les nouvelles découvertes de M. Bell, faites en collaboration
avec M. Sumner Tainter, paraissent devoir reçuler les limites du
possible au delà de celles de linvraisemblable. On se souvient
que le téléphone se compose presque toujours de trois éléments
essentiels :
1° Un fransmetteur ou parleur, engendrant le courant électrique
ou le distribuant, suivant les vibrations qui viennent frapper la plaque
devant laquelle on parle;
2° Un fil qui sert de véhicule à la parole transportée
sous forme délectricité
3 ° Un récepteur, qui transforme de nouveau le courant électrique
en vibrations sonores, reproduisant la parole.
Dans le nouvel appareil de MM. Bell et Tainter, tout cela est transformé.
Le photophone, ainsi que son nom dérivé du grec l'indique,
transmet la parole à distance par lintermédiaire d'un
rayon lumineux.
Le rôle du transmetteur consiste à faire vbrer en quelque
sorte un rayon de lumière ; ce rayon de lumière traverse
l'espace qui sert de véhicule et vient frapper le récepteur,
qui transforme ces ondes lumineuûses en ondes sonores.
Après les recherches infructueuses faites pour réaliser
la télégraphie sans fil, M. Bell réalisait du premier
coup le problème infiniment plus complexe de la téléphonie
sans fil.
Examinons maintenant dun peu plus près par quels procédés
remarquablement simples ce résultat est obtenu :
Un poste complet de téléphonie optique se compose de deux
appareils dont le rôle est parfaitement distinct :
1° Un transmetteur produisant le rayon lumineux dintensité
ondulatoire ;
2° Un récepteur transformant le rayon ondulatoire en ondessonores.
Diagrame théorique
du photophone de MM. Bell et Sumner-Tainter.
Transmetteur Lorsquon projelte
un faisceau de rayons de lumière sur une surface plane polie, ce
faisceau est réfléchi dans une direction donnée en
un faisceau parallèle.
Cest lexpérience classique qui a tant amusé
notre enfance. Si, par un moyen quelconque, nous rendons convexe la surface
de ce miroir, le faisceau ne era.plus parallèle, il sera dispersé,
étalé sur une surface plus grande, et son inlensité
envoyée dans une dtrection donnée diminuera, et diminuera
d'autant plus, que sa surface réfléchissante sera plus bombée.
Ceci admis, rien de plus facile à concevoir que le transmetteur
employé par M. Bell.
- Concevons un miroir plan très mince M et très flexible
formé dune lame de mica argenté, par exemple, ou dune
de ces glaces si fines qui servent aux préparations scientifiques.
Projetons un faisceau F de lumière intense sur ce miroir,
la lumière du soleil convient parfaitement pour cette expérience
qui réussit aussi très bien avec la lumière oxhydrique,
et envoyons le faisceau de lumière réfléchi
par ce miroir dans la direction du récepteur.
En parlant maintenant devant la face vostérieure de ce petit miroir,
les vibrations vont changer sa forme, et il prendra une courbure, une
convexité qui dépendra à
chaque instant de la vibration qui le frappe à linstant considéré.
Le faisceau de lumière réfléchie par la face antérieure
et envoyé au récepteur variera dintensité avec
la forme du miroir vibrant comme une plaque de téléphone
ordinaire, et lon aura ainsi un appareil résolvant parfaitement
la première partie du problème qui consiste à projeter
sur le récepteur un rayon de lumière dintensité
variant avec les vibrations de la voix.
Avant darriver à cette forme simple de transmetteur, MM.
Bell et Tainter ont imaginé une cinquantaine dappareils plus
ou moins propres à réaliser cette onde lumineuse..lls ont
employé des lentilles à foyer variable, analogues aux léntilles
du docteur Cusco, un rayon de lumière polarisée et modifié
par des actions magnétiques, etc.
La disposition simple que nous venons de décrire est celle qui
a donné jusquici les meilleurs résultats. Ajoutons
encore que les rayons réfléchis traversent une lentille
B placée au poste récepteur dont la fonction est de les
rendre parallèles pour quils aillent frapper le récepteur
avec une intensité suffisante touf en conservant le caractère
vibratoire qui leur a été communiqué par le miroir.
Voyons maintenant comment le récepteur transforme ce faisceau lumineux
S en ondes sonores. ;
Récepteur. Le faisceau arrive au récepteur
sur un miroir parabolique qui le concentre à son foyer. Cest
au foyer de ce miroir parabolique que se trouve lâme de la
transmission, un pelit morceau de sé/éruum S convenablement
préparé. Avant d'alier plus loin, nous devons-dire quelques
mots du sélénium et de ses singulières propriétés,
qui ont été si bien mises à contribution dans le
récepteur du photophone. Le sélénium, découvert
par Berzélius en 1817, est un métalloïde de la famille
de l'oxygène, du soufre et du tellure. ll se présente sous
deux états principaux très différents. Lorsque après
avoir été fondu il est refroidi très rapidement 1l
est à létàt vilreux, dune couleur brune
foncée, très noir vu par la lumière réfléchie,
et présentant une surface très brillante. Lorsque, au contraire,
après l'avoir fondu on le laisse refroidir très lentement,
1l prend une couleur bleuâtre, une contexture cristalline et toutes
les apparences dun métal. Il est entièrement opaque
à la lumière, et il a été désigné
sous cette dernière forme par le nom de sélénium
granulé, cristallin, métallique.
Berzélius trouva que le sélénium était un
mauvais conducteur de lélectricité. En 1837, Knox
reconnut quil devient un excellent conducteur une fois fondu, puis
il resta dans les laboratoires à titre de curiosité chimique.
que la conductibilité électrique du sélénium
augmente lorsquil est exposé à la lumière et
diminue lorsquil est dans lobscurité. |
Ce fait singulier fut annoncé à la société
des ingénieurs télégraphistes de Londres, le 12 février
1373. Cette propriélé ne reçut depuis cette époque
qu'une seule application faite par MM. Willonghby, Smith et Willlam Siemens
à un photomètre basé sur cette propriété.
Les expériences de M. May, accueillies dabord avec une certaine
incrédulité, furent confirmées par les expériences
de MM. Sale, Draper, Adam, ete. Cest cette propriété
singulière qui a été mise à profit par
MM. Bell et Tainter pour constituer la partie essentielle de leur récepteur...
La téléphonographie (du grec télé, loin;
phônè, voix, et graphô, jécris) est un
ensemble dappareils qui permet de transmettre et décrire
la voix au loin.
Cest une combinaison du téléphone et du phonographe.
On parle devant un phonographe; ce phonographe répète les
paroles devant un téléphone B, qui les transporte à
lendroit voulu; là, le récepteur D parle devant un
phonographe E. Les paroles sinscrivent, comme si lon avait
parlé devant, et le phonographe les reproduira quand on le désirera
et autant de fois quon le voudra. Voilà le principe de la
téléphonographie.
Dans le téléphone, ce sont deux personnes qui se parlent;
dans le téléphonographe, ce sont, deux machines, deux phonographes
qui conversent, dont lun inscrit tout ce que lui confie lautre.
Dans le monde réel de Bell comme dans le
monde imaginaire de Robida, qu'il
s'agisse de l'espace domestique ou de l'espace public, ses usages seront
permanents et multiples. Le téléphone est partout. Non seulement
il permet une communication universelle mais inaugure également
un nouveau paysage sonore, une nouvelle modernité : « des
milliers de timbres et de sonneries venant du ciel, des maisons, du sol
même, se confondent en une musique vibrante que Beethoven, s'il
avait pu connaître, eût appelée la grande symphonie
de l'électricité... »
En ce qui concerne le téléphonoscope, Robida est plus proche
des auteurs de canulars, qui indiquent des appareils simplistes mais pour
mieux esquisser les usages futurs, que des vulgarisateurs scientiiques.
Cette conception interactive du téléphonoscope nest
pas propre à Robida : on la retrouve déjà dans le
célèbre dessin Telephonoscope de du Maurier (décembre
1877), mais aussi dans le canular du New York Sun ou chez de Paiva.
Mise en scène de sons nouveaux, nouveau paysage sonore mais également
nouveau paysage urbain
Ainsi Robida, contemporain des premières
bornes téléphoniques, ancêtres de ce qui plus tard
deviendra cabines téléphoniques, décrit-il un espace
public où la technique sera omniprésente « Dans les
rues, de distance en distance, se trouve une borne téléphonique
dont la boîte s'ouvre au moyen d'une clef que possèdent tous
les abonnés, c'est à dire la presque généralité
des Parisiens... ». Or, le téléphone tel que Robida
le conçoit n'est pas seulement instrument interactif. Il est utilisé
également comme instrument de diffusion d'informations. Les journaux
envoient leurs compte rendus par téléphone à leurs
abonnés .
D'ailleurs, le téléphone « siffle » en permanence
et les nouvelles sont distribuées à jet continu. Ainsi le
journal L'Epoque donne quatre fois par jour des nouvelles du monde entier
et si l'actualité s'en fait sentir publie des dépêches
à jet continu.
Si Robida donne au téléphone une dimension que nous ne lui
connaissons pas, il est en cela très représentatif de la
confusion qui pendant une bonne dizaine d'années a existé
entre reproduction et transmission de la parole.
Notre auteur se riant de la difficulté « invente »
un instrument dont les usages sont multiples. A la fois interphone et
téléphone mains libres puisque avec lui inutile de parler
avec un « conducteur à l'oreille » (ici Robida oppose
à la pratique complexe des premiers téléphones une
ergonomie plus simple), mais aussi le téléphonographe permet
également aux journalistes de dicter leurs articles qui, ensuite,
seront diffusés aux abonnés : « voici un phonographe
clicheur, vous allez lire très distinctement votre article dans
l'appareil, on portera le cliché au téléphonographe
qui le répétera dès que la chronique en transmission
sera terminée...»
On peut bien entendu reconnaître dans les principales applications
du téléphonographe lanticipation de la radio, à
cette diférence près que Robida, et pour cause, na
pas imaginé la transmission hertzienne et que cest dun
réseau de type téléphonique quil sagit.
sommaire
En France, le terme téléphonographe
apparaît dès 1878 dans l'article de A. Niaudet, "Le
phonographe d'Edison".
Le livre de Niaudet se termine ainsi :
" Le phonographe peut servir de transmetteur pour le téléphone
on peut mettre un téléphone transmetteur devant la membrane
du phonographe pendant la reproduction ; le téléphone sera
impressionné par le phonographe et transmettra les sons qui lauront
frappé à un second téléphone à une
distance quelconque. Lexpérience a été faite
; mais on pourrait faire plus et mettre, devant la membrane du phonographe,
un aimant de téléphone porteur de sa bobine et composer
ainsi un téléphone dont la membrane serait elle du phonographe.
On supprimerait ainsi un intermédiaire et leffet serait plus
satisfaisant; mais nous navons pas encore eu le temps de faire cette
expérience.
Sera-t-il possible de faire l'inverse, de parler à Paris dans
un téléphone, et de faire écrire dans un téléphonographe
à Saint-Cloud les sons prononcés à Paris ? On n'ose
plus prononcer le mot impossible; mais, si l'on y réussit, ce sera,
pour les gens compétents et sincères, un nouvel et immense
étonnement; carles vibrations de la membrane du téléphone
récepteur sont d'une amplitude extraordinairement petite..."
Giffard évoquait aussi le téléphonographe dans sa
brochure de 1878 sur le phonographe.
Dans "The Life and Inventions of Thos". A.
Edison, paru en 1890, Luther Stirienger attribue à Edison l'invention
d'un telephonograph qu'il présente ainsi :"M. Edison appelle
« telephonograph » la combinaison d'un téléphone
fonctionnant dans une station éloignée et d'un phonographe.
Le diaphragme de l'embouchure du phonographe est actionné par un
électro-aimant de la même manière que le diaphragme
d'un récepteur téléphonique ordinaire, et de cette
manière, un enregistrement d'un message parlé à distance
peut être obtenu et transformé en son à volonté."
Nous ne disposons pas de suffisament d'éléments pour déterminer
si cette rencontre lexicale est fortuite ou si elle résulte d'un
échange entre les deux inventeurs.
Conçu le 17 août 1877 selon les archives d'Edison,
le phonographe et le téléphone, combinés, forment
un instrument appelé Telephonograph
Le tambour du phonographe est représenté en coupe. Le diaphragme,
au lieu d'être mis en vibration par la voix, est mis en vibration
par les courants qui parcourent l'hélice H et qui proviennent d'une
station éloignée. Il s'agit d'une simple combinaison des
deux instruments, comme le montre le schéma ci-joint.
Le tambour du phonographe est représenté en coupe. Le diaphragme,
au lieu d'être mis en vibration par la voix, est mis en vibration
par les courants qui traversent l'hélice H et proviennent d'une
station distante. L'objectif de ce nouvel instrument est d'obtenir un
enregistrement des paroles prononcées au bureau distant, qui peut
être converti en son si nécessaire. Cet instrument confère
une signification supplémentaire au phonographe.
Dans un article publié par un nouveau journal américain,
"The Phonogram", M. Edison rappelle quil y a déjà
une dizaine dannées, il avait songé à combiner
le phonographe avec le téléphone, en vue de substituer aux
communications verbales et éphémères des inscriptions
permanentes et authentiques.
Au mois de février 1889, à une conférence de M. Ranimer
sur Edison et ses inventions, faite devant le Franklin Institute de Philadelphie,
des paroles prononcées et des airs chantés à New-York
ont été parfaitement entendus à Philadelphie , cest-à-dire
à une distance de 163 kilomètres, au moyen du téléphonographe.
Cest merveilleux.
Le mot » téléphote » avait été
popularisé en France dès 1882 par le comte Théodore
du Moncel (1821-1884), autorité en matière délectricité
et de télécommunications, dans son article » Le téléphote
» in Le Microphone, le radiophone et le phonographe. Paris
: Librairie Hachette
sommaire
1880 Le Téléphonographe de M. Lagriffe.
M. Lagriffe croit être parvenu, au moyen de lappareil que
nous représentons ci-dessous, à déterminer des vibrations
assez énergiques de la part de la plaque d'un téléphone
récepteur, pour imprimer sur la feuille détain
dun phonographe, des gaufrages capables de reproduire la
parole transmise, quand on vient à tourner celui-ci. Il emploie
naturellement, comme transmetteur, un parleur microphonique, et des courants
assez intenses pour déterminer des vibrations mécaniques
résultant deffets électro-magnétiques attractifs.
Voici, du reste, la description quil donne de cet appareil auquel
il avait donné le nom de télépbonographe et
dont il a fait, dit-il, un très-bon téléphone double.
« Son téléphonographe se compose de deux aimants permanents
A1 et A2, disposés face à face, et munis de leurs bobines
électro-magnétiques O1 O2
« Entre ces bobines, sont placés deux électro-aimants
droits E dont les noyaux doivent être exactement placés en
face les noyaux des bobines O1 O2, comme la plaque vibrante dans le téléphone.
Les polarités, des électros E et des aimants en P2, côté
droit de lappareil, doivent être réciproquement de
même nom, et celles des aimants de la partie gauche, en P1, doivent
être de noms contraires. Ces deux forces magnétiques sont
combinées pour augmenter lamplitude des vibrations.
« Les deux électros E doivent être liés ensemble
et montés solidement sur la tige R, qui est elle-même fixée,
par lextrémité droite, au centre de la plaque vibrante
Vi et par lextrémité gauche au ressort droit F. Cet
ensemble doit être bien réglé et bien équilibré,
pour obéir facilement aux moindres mouvements de la plaque Vi,
qui doit être assez mince et presque libre, surtout lorsque lappareil
est récepteur.
« La roue B, munie de deux leviers X et Y, a une fonction aisée
à comprendre. Elle est finement dentée ainsi que la tige
R qui la commande, et, par le levier X plus ou moins allongé, on
règle la profondeur des gaufrages du stylet S. par le levier Y,
on peut même accentuer les mouvements du stylet. Un microphone convenable
sert de transmetteur.
« Les électros E et T, ainsi que les bobines O1 O2, doivent
avoir leur fil enroulé dans le même sens et être placés
dans le circuit du microphone. Il est essentiel de diriger le courant
voltaïque, de manière à conserver à tous les
organes leurs polarités existantes. Nous nous bornons à
lénonciation des principes, négligeant plusieurs détails
nécessaires A la bonue construction de lappareil.
« En supprimant de lappareil précédent la roue
B, et l'électro T, et en établissant des plaques vibrantes
V2 et V3 sur les noyaux de lélectro E, fixés au centre
sur la tige R, on obtient un téléphone très-puissant
qui fonctionne sans pile; mais, dans ce cas, les noyaux de lélectro
E, du côté droit en P2, doivent être garnis en acier
trempé pour leur conserver une polarité permanente. Les
plaques vibrantes V2 et V; doivent être entaillées dans les
noyaux de lélectro E pour laisser leurs polarités
à nu.
« Ce téléphone a deux tubes acoustiques, l'un pour
la transmission, et lautre pour la réception ; ils sont placés
latéralement, entre les deux plaques V2 et V3. La manoeuvre incommode
de la bouche à loreille est ainsi évitée, «
Dans le phonographe perfectionné employé dans lappareil
précécdent, le cylindre est remplacé par une roue
C(fig. 2), sur la circonférence A de laquelle est pratiquée
une rainure I . La feuille détain est remplacée par
un ruban métallique de 4 à 5 millimètres de largeur,
qui se préente dune manière continue sous la pointe
du stylet.
A mesure que le ruban métallique se déroule, il se place
exactement dans le vide pratiqué sur la circonférence de
la roue C, au moyen dun guide.
La partie du ruban qui se présente au gaufrage est parfaitement
tendue au moyen de deux petits galets Bi B2 garnis de caoutchouc, qui
exercent une pression convenable. La face inférieure du ruban métallique
est recouverte dun enduit qui en augmente la consistance, et le
rend électriquement isolé; car il est soumis A laction
d'un bain galvano-plastique pour recevoir une couche métallique,
ce qui rend l'épreuve durable.
« On peut par le même moyen obtenir une contre-épreuve
du gaufrage en métal massif, et on a ainsi une matrice qui peut
fournir des copies en très-grand nombre au moyen dun laminoir
particulier. »
sommaire
En 1892 est publié dans la collection « Bibliothèque
des Merveilles » un livre de Eugène Dubief intitulé
"Le journalisme" à l'aspect précurseur.
Ce qui est le plus saisissant dans ce livre, cest le chapitre I.
"Moyens d'information", de la deuxième partie intitulée
'Le journal aujourd'hui', dans lequel lauteur se lance dans la prospective,
imaginant linformation au XXe siècle. Rappelons que nous
sommes en 1892 en pleine période du développement de lélectricité
et de ses applications ; le télégraphe a été
inventé par Morse en 1838, le téléscripteur en 1874
et le phonographe en 1877, tous les deux par Edison, le téléphone
par Bell en 1874, la première projection cinématographique
faite par les frères Lumière à lieu en 1895. Dans
cette ambiance de progrès et de positivisme notre auteur se projette
dans le futur proche et image lévolution du métier
de journalisme à partir de ces inventions.
Il imagine alors un journal parlé quil appelle le "téléphonographe"
et il nous dit : « Chaque abonné, mis par un fil en communication
avec son journal, naura plus quà tourner une boucle
dacier et à écouter. Non seulement, il aura ainsi
les dernières nouvelles recueillies, mais il entendra, avec ou
sans commentaires, le sermon du prédicateur, lopéra
nouveau, le discours du ministre ; il saura même, à point
nommé, où ont éclaté les applaudissements
ou les murmures. Impossible à lorateur de retoucher la sténographie,
ou au critique influent de trop vanter ou de trop dénigrer le jeu
des artistes. Déjà aussi on parle denseigner par le
téléphonographe la musique, la déclamation, les langues
vivantes. » ...
sommaire
Elias Elkan Ries (1862 - 1928) inventeur prolofique
mais oublié, était un électricien et inventeur de
renom aux Etats-Unis à la fin du XIXeme siècle et au début
du XXeme. ll a obtenu plus de 200 brevets relatifs notamment au chauffage
électrique, aux systèmes ferroviaires à courant alternatif,
au soudage électrique, au rivetage électrique et bien d'autres.
En 1951, sa fille Estelle publie une biographie apologétique, cherchant
à sauver la mémoire de son père de l'oubli.
Né à Baden, en Allemagne, il arrive avec sa famille à
Baltimore à l'âge de trois ans. Il étudie au Maryland
Institute et au John Hopkins University.
En 1876, à l'âge de quatorze ans, il devient opérateur
de télégraphe.
En 1881, il écrit à Edison en espérant
se faire engager par l'Edison Company à Menlo Park. Selon un notice
biographique dans la Jewish Encyclopedy, il aurait obtenu quelques contrats
avec l'entreprise et se serait établi pendant un temps à
New York.
En 1884, il revient à Baltimore. A l'inverse d'Edison, il est un
partisan du courant alternatif.
En 1885 et 1886, il donne des contributions dans des publications profesionnelles
sur les transports urbains recourant au courant alternatif, trois ans
avant les conférences de Nikola Tesla. Il obtient en 1887 son premier
brevet, consacré au soudage électrique.
En 1887 il fonde la Ries Electric Tramway System. Avec son associé
Albert H Henderson il obtient également un brevet pour une application
permettant d'augmenter la puissance de traction des locomotives et autres
véhicules propulsés par l'électricité. Le
brevet couvre l'utilisation de moteurs électriques pour augmenter
la puissance de traction fractionnée. Ses travaux sur le rôle
de l'émectricité dans la puissance motrice des locomotives
lui vaudront une importantre connaissance dans les milieux professionnels
et en 1887 il fait une conférence sur le sujet à l'Amerrican
Association for the Advancement of Sciences.
En 1888 il obtient cinq brevets pour un système de chauffage électrique
et un brevet pour un système de contrôle de sécurité
des ascenseurs.
En 1889, il obtient son premier brevet relatif au tramway électrique.
En 1893, il invente un système de tramway électrique adopté
par une des lignes de Baltimore. Son association avec Henderson tourne
mal et conduira à une longue suite de procès.
Selon sa fille Estelle, "La création la plus originale
de Ries est sans conteste ce qu'il a d'abord appelé la photophonographie,
un procédé de reproduction photographique de la parole et
d'autres sons. Le film parlant était une conséquence tout
à fait logique de cette création.
Depuis les premiers brevets que le jeune Eli a déposés sur
la télégraphie et les instruments télégraphiques,
Ries s'est toujours intéressé à l'étude du
son et des instruments sonores. Il a ainsi obtenu un brevet pour un appareil
qui ressemblait à un phonographe ordinaire mais qui était
en fait un phonographe "longue distance". Il l'a appelé
un téléphonographe".
Le terme phono-photograph n'était pas vraiment à un néologisme.
Il sera par la suite utilisé pour désigner d'autres appareils.
Assez curieusement, The Philadelphia Inquirer l'utilisera pour désigner
l'appareil annoncé par Edison le 12 mai 1891, que l'on croit être
un appareil de vision à distance, mais qui sera en réalité
le kinetograph.
La description du téléphonographe, donnée
par Estelle Ries à partir d'une note (vers 1890) de son père
est la suivante :
"Dans cette machine de reproduction sonore, la transparence du disque
photographique varie en fonction des ondes sonores originales qui le produisent,
ce faisceau de lumière tombant sur une surface de sélénium
en connexion avec une batterie et un récepteur téléphonique
et un reproducteur. Les impressions sont réalisées sur celluloïd
ou film, dans lequel le fond normal est opaque à la lumière,
tandis que la ligne du disque est plus ou moins transparente ou translucide.
Ces disques sont reproduits par la projection d'un faisceau de lumière
à travers une ouverture en forme de trou d'épingle."
Estelle Ries écrit aussi, mais sans fournir de
références précises :
"Il ny a plus aucun doute dans lesprit de ceux qui ont
consulté les archives et les brevets que Ries a été
le premier à synchroniser le mouvement et le son sur un seul film.
Lune des premières choses quil a faites, à son
arrivée à New York en 1896, a été dinspecter
le mécanisme dalimentation et de projection du film de plusieurs
machines cinématographiques, et il a ensuite conçu et développé
un certain nombre de plans et de moyens opérationnels pour prendre
et reproduire des images animées parlantes. Et le premier brevet
connexe, qui sera plus tard intégré au brevet final, a également
été déposé par Ries en 1896.
sommaire
Le 27 juillet 1896 NAHORSKY dépose
un brevet Système d'appareil dit téléphonographe,
N° 280110
Sur le site de l'Inpi on retrouve d'autres brevets :
brevet
135067 Date de dépot 14.02.1880 KLINKERFUES Wilhelm "téléphonographe
ou porte-voix perfectionné"
brevet
155366 Date de dépot 09.05.1883 "système d'appareil
de transmission et de transcription des dépêches téléphoniques,
dit téléphonographe-scribographe Dandigny" DANDIGNY
Armand-Félix-Saint Cyr
brevet 194327 Date de dépot 28.11.1888 "système
de téléphonographe " LAMBRIGOT
Jacques-Paul / inspecteur des lignes télégraphique
brevet
203742 Date de dépot 12.02.1890 "téléphonographe"
ISCOVITS et BRANDEI.
brevet
277468 Date de dépot 27.04.1898 "téléphonographe"
GUNTHER VON KRONMYRT Raimund junior.
brevet
305375 Date de dépot 14.11.1900 "téléphonographe'
BURCKHARDT
brevet
299173 Date de dépot 11.04.1900 "téléphone
haut parleur et téléphonographe " DUSSAUD
sommaire
Le TELEPHOTE
L'article "Mutuellisme et communisme" qui paraît
dans "Le Prolétaire du 9 août 1890" est probablement
le premier qui essaye de penser, d'un point de vue socialiste, les technologies
de communication récemment apparues (phonographe) ou annoncées
(téléphonographe, téléphote
- et non téléphone, suivant une coquille fréquente
à l'époque). Il se situe dans le prolongement des rumeurs
qui avaient circulé à l'occasion de l'Exposition universelle
de Paris sur le téléphote imputé à Edison
et sur celui, annoncé par la presse mais jamais documenté
de Courtonne. Il évoque également le téléphonographe,
un appareil propose en 1880 par Lagriffe pour enregistrer les conversations
téléphoniques décrit ci dessus.
Le terme Telephote, qui va connaître une certaine
fortune pendant plus de vingt ans comme le principal terme utilisé
pour désigner un appareil permettant la vision à distance
(en concurrence avec le terme télectroscope, lancé par Figuier
en 1878 et qui sera utilisé par Senlecq, Carey et de Paiva).
Peut-être le terme a-t-il été inspiré par le
telefotografo proposé en mars 1879 par le chercheur italien Carlo
Maria Perosino ? Mais il n'y a aucune indication que l'article du professeur
italien soit déjà connu aux Etats-Unis à cette date.
Il résulte de l'accouplement de deux mots grecs (tele-, lointain
et photo-, lumière). Il est dommage qu'il ait été
abandonné car il était plus élégant que télévision,
qui mêle une racine grecque et une racine latine. On notera que
le chapeau de l'article du Wheeling Daily Intelligencer du 20 février
1880 parlera d'une demande de brevet pour un téléscope électrique
(electric telescope), formulation qui rappelle étrangement celle
de l'article "La telescopia electrica" d'Adriano de Paiva publié
dans O Instituto en octobre 1879.
Parallélement Edison a commencé à
travailler sur l'image animée avec son assistant W.K.L. Dickson
vers 1887 .
En février 1888, il a reçu la visite d'Edward Muybridge
et il semble que les deux hommes aient discuté de la possibilité
de combiner le Zoopraxinoscope et le phonographe. Le 8 octobre 1888 rédige
un caveat où il annonce son projet de mettre au point un appareil
permettant la reproduction des images en mouvement, ce qu'il appelle un
kinetoscope et charge son assistant Dickson de travailler sur ce projet.
La déclaration au Boston Journal, 12 mai 1889
: le projet de "far-sight machine"
Texte de l'article
"Edison's Latest", Boston Journal, May 12, 1889
Le 12 mai 1889, le Boston Journal publie les déclarations
d'Edison concernant ses projets pour l'Exposition universelle de 1892,
dont il était alors envisagé qu'elle se tienne à
New York, et qui en définitive aura lieu à Chicago. L'inventeur
annonce qu'il travaille sur pas moins de soixante-dix inventions différentes.
"Une des plus particulières et qui promet de grand résultats
est ce que j'appelle une machine à voir au loin (a far-sight machine).
Au moyen de celle-ci, j'espère être en mesure d'accroître
la portée de la vision par centaines de miles, de manière
telle qu'un homme à New York puisse voir les images de ses amis
à Boston avec une facilité similaire à celle de voir
une performance en scène. Ce serait une invention valable pour
une place proéminente à l'Exposition internationale et j'espère
l'avoir perfectionné bien avant 1892. Mais ce n'est pas tout. Je
puis en toute tranquillité annoncer de nombreuses améliorations
aux inventions électriques, de différentes espèces
qui vont intéresser et instruire les visiteurs de toutes les parties
du monde".
Cette déclaration d'Edison, peu citée par ses biographes,
a cependant été largement reproduite ou citée par
la presse professionnelle et par la presse américaine (notamment
Electrical Review, 25 May 1899 ; Scientific American, 1st June 1889 La
déclaration au Boston Journal arrive en Angleterre un mois plus
tard et suscite un certain scepticisme "Was Mr. Edison in the
Earnest ?" titre la St James Gazette (12 June 1889). "We confess
that a declaration attributed to Mr. Edison by the Electrical Review rather
tries our faith. (...) If this be acomplished the modest request 'Yeah
gods annihilate but time and space and make two lovers happy' will not
need to be repeated. By the aid of the phonograph or the telephone and
the 'long night machine' Edwin and Angelina will be made happy at low
cost" écrit The NottinghamEvening Post (13 June 1889). "Mr
Edison, who has become more deaf than ever...", titre la Freeman's
Journal, Dublin, Friday 21 June 1889. En juillet, le magazine satirique
britannique publie des dessins sur la "far sight" machine"
du Profesor Goaheadison qui permet de voir entre "Schicago and Borston".
Les coupures de presse dans le scrapbook tenu par son assistant Bachelor
confirment l'intérêt de l'inventeur pour la vision à
distance.
La déclaration d'Edison sur le téléphote
à Paris en juillet 1889

"Conversations for the Times. Professor Goadheadison's Latest",
Fun, 3 July 1889
En France, le mythe d'Edison atteint son apogée
à l'occasion de la visite que fait l'inventeur à l'occasion
à l'Exposition universelle de 1889.
Edison visite l'Exposition universelle de Paris en août 1889 et
son guide n'est autre qu'Etienne Marey, qui lui fait visiter l'Exposition
française de photographie (où exposent entre autres Nadar
et les frères Lumière) et lui montre les résultats
qu'il avait obtenu avec son chronophotographe.
Avant l'arrivée d'Edison, Le Figaro et l'édition parisienne
du New York Herald rendent compte, le 23 juillet, d'un pli qui aurait
déposé à l'Académie des sciences par un inventeur
français, M. Courtonne, présentant les principes
d'un téléphote concurrent de celui d'Edison. Cette information
sera largement reprise dans la presse française et états-unienne,
sans qu'il soit possible d'identifier avec précision ce M. Courtonne.
Une rumeur circule, dès avant l'arrivée
d'Edison à Paris selon laquelle il arrivait "avec le téléphote
dans la poche". Dans l'article "Sa Majesté Edison",
dans le Figaro du 8 août 1889, dans lequel il compare l'inventeur
à Zeus, Georges Robert écrit : "Edison a inventé
le téléphone, le phonographe, une lumière qui détrône
cette vielle lune cassée qui promène depuis des siècles
ses morceaux sur nos têtes. Il invente le téléphote.
Il fait tout pour nous. Ne faisons nous rien pour lui ?" Le journaliste
paraît bien informé ...
Lors de son arrivée au Havre, le 11 août, Gaston Calmette
observe l'enthousiasme du public : "Tous impatients de saluer enfin
Edison, le grand chercheur auquel la science moderne doit ses progrès
les plus surprenants, Edison qui n'est jamais venu sur le continent européen
et qui, chaque année, jette sur ce vieux monde qui ne le connaît
pas quelques-unes de ses découvertes sublimes : hier, la lampe
électrique incandescente et le téléphone, aujourd'hui,
le microphone et le phonographe; demain peut-être, le téléphote,
cet instrument merveilleux au moyen duquel on pourra voir à dix
mille lieues la personne qui vous parlera !" Calmette rapporte même
un entretien avec le Dieu : "Quand on l'interroge sur le téléphote,
il répond que ses travaux sont en excellente voie et qu'avant un
an il en fera connaître les résultats. En attendant, il va
créer une Société des phonographes analogue à
la Société des téléphones" (Le Figaro,
12 août 1889).
"G. Calmette, "Edison en France", Le Figaro, 12 août
1889.
Le 13 août, l'édition parisienne du New York Herald rapporte
un entretien que son journaliste a obtenu avec Edison dans son appartement
de l'Hotel du Rhin. Sous le sous-titre "A Seeing Machine", une
des questions porte explicitement sur la possible invention par Edison d'"une
machine à l'aide de laquelle un homme à New York pourrait
voir ce que faisait sa femme à Paris", comme une sorte de reprise
du fidélimètre de Robida. Edison répond en riant :
"Je ne sais pas si ce serait un réel bienfait pour l'humanité.
Les femmes protesteraient." Mais Edison confirme qu'il travaille sur
la question et que ce sera sa priorité en rentrant aux Etats-Unis
: "Cette invention-là serait utile et pratique et je ne vois
pas pourquoi elle ne deviendrait pas bientôt une réalité,
et une des premières choses que je ferai en rentrant en Amérique
sera d'établir cet appareil entre mon laboratoire et mes ateliers
de téléphone." De manière étonnante (car
on ne trouve pas de trace ailleurs de cela), il affirme avoir déjà
obtenu "des résultats satisfaisants en reproduisant des images
sur cette distance, qui est seulement d'un millier de pieds". Et de
manière tout aussi étonnante, il affirme qu'il serait ridicule
de parler de la possibilité de se voir de New York à Paris,
ce que la rotondité de la terre empêcherait de faire !
Le 16 août, Le Figaro rend compte de cette conversation.
"Une conversation avec
Edison" (extrait), Le Figaro, 16 août 1889
The Brooklyn Citizen, en date du 7 octobre 1889, sous
le titre "Edison's Talk" fait référence à
l'entretien de Paris, et évoque, avec un certain scepticisme son
annonce de l'importance de son entreprise au pavillon américain
de l'Exposition universelle. "Au sujet d'autres propositions, nous
ne sommes pas aussi sûrs. Il adore titiller ses auditeurs avec des
déclarations extraordinaires, mais tellement extraordinaires sont
les choses qu'il a faites qu'on n'est sage à ne pas se prononcer
trop avant entre faits et plaisanteries. Il confie qu'il est en train
de travailler sur un instrument qui transportera sur la distance l'apparence
aussi bien que la voix d'une personne qui parle, ou, en d'autres mots
qui soumettra la photographie à la transmission électrique
de manière telle qu'on puisse voir aussi bien qu'entendre son propre
correspondant à des milliers de miles de distance. Pour surprenante
que soit cette proposition, elle ne l'est guère plus que le phonographe
ou le téléphone. De fait, cette proposition serait seulement
une modification du téléphone. Celui-ci enregistre les variations
des impulsions de l'air, ce qui produit sur l'esprit, à travers
l'oreille, l'impression du son. Le téléphote transportera
les impulsions beaucoup plus délicates de la lumière. La
différence entre les deux est la longueur d'ondes, mais leur relation
est établie de nombreuses manières bien que jamais autant
que par le fait que l'appareil auditif et l'appareil occulaire dans la
tête d'un homme sont interchangeables, en tout cas en ce qui concerne
les nerfs de transport et qu'ils sont analogues dans la méthode
de recevoir et de transmettre des sensations. Cela ne devrait surprendre
personne si dans un siècle on puisse voir l'illumination de la
cathédrale Saint-Pierre à partir d'un bureau de téléphote
(telephote office) à Brooklyn".
Si tel est bien ce qu'Edison a dit, il n'y a rien de très
original par rapport à ce qui s'écrivait depuis 1877 et
le délai annoncé (un siècle) indiquait clairement
qu'il y avait beaucoup du concept à la réalité. La
rumeur de son invention va pourtant se propager. Dans l'article "Le
téléphote" paru dans Le magasin pittoresque (1889),
C.Colin rend compte de l'attribution intempestive à Edison de l'invention
d'un appareil permettant de transmettre les images à distance.
Il est piquant de constater qu'un historien contemporain tel que Jacques
Perriault, pourtant heureux précurseur de l'"archéologie
de l'audio-visuel", se base sur l'article de Colin pour attribuer
à son tour l'invention du téléphote à Edison.
("Nous terminerons par une autre invention de T.A. Edison, qui montre,
à son tour, combien les modèles technologiques de ces hommes
étaient en avance sur leur époque".)
The Star, Beattie, Kansas,
16 August 1889
L'Illustration,
14 septembre 1889
Edison's Talk",
Brooklyn Citizen, 7 octobre 1889
Après Paris, Edison part pour Berlin, puis Heidelberg et repasse
à Londres avant de s'embarquer pour les Etats-Unis. On retrouve
dans les clippings des archives d'Edison un article de l'édition
du 23 septembre 1889 du New York Herald faisant suite à un entretien
avec Edison, victime d'un refroidissement à Londres mais très
satisfait de son séjour à Paris. Interrogé sur ses
projets projets, il élude la question, mais indique que ses prochains
travaux ne sont pas sans rapport avec l'électricité.
Le 6 octobre, Edison est de retour à New York et
commente pour les journalistes les résultats de son voyage. L'Exposition
de Paris l'a enthousiasmé, mais il indique n'avoir rien appris
en matière d'électricité. Il confirme qu'il travaille
sur un appareil qui permettrait de voir son interlocuteur au téléphone,
mais qu'il n'est pas sûr qu'il y ait un marché, or il ne
s'intéresse qu'aux inventions qui ont un débouché
commercial. Ce pragmatisme a surpris ses interlocuteurs européens.
Le 28 avril 1893, dans son laboratoire de West Orange, Edison reçoit
l'envoyé du Figaro, l'écrivain et bibliophile Octave Uzanne.
Les deux hommes ont sympathisé lors de la visite de l'inventeur
à Paris, en 1889. Peut-être Uzanne avait-il évoqué
à cette occasion le génie prospectif de son ami Albert Robida,
qui, dans Le Vingtième siècle (1882) avait poussé
beaucoup plus loin que Du Maurier la déclinaison des usages possibles
du téléphonoscope ?
Uzanne, qui visiblement ignore les articles de la presse américaine
de mai 1891, demande à Edison si le kinetographe est la même
chose que le téléphote. La réponse, qui paraît
dans Le Figaro du 9 mai 1893 est cinglante.

Pour Edison le Téléphote n'a jamais existé
sommaire
L'inventeur Henri Courtonne (1854-1940) est peu
connu bien qu'il ait eu un notoriété significative dans
la presse française, britannique et états-unienne en 1889
et en 1892, dès lors qu'il a été présenté
comme le principal rival d'Edison pour l'invention d'un téléphote.
Henri Auguste Courtonne est né à Chartres
le 17 novembre 1854, fils de Louis Auguste Courtonne, marchand chapelier
et de Félicie Dechevaux Dumesnil, demoiselle de magasin. Il fait
ses études à l'Institution Notre-Dame de Chartres, puis
des études de chimie, dans un établissement qui reste à
identifier. A l'âge de vingt-trois ans, il adresse à l'Académie
des Sciences une note sur la solubilité du sucre dans l'eau (Le
Constitutionnel, 21 novembre 1877).
En 1882, une note de chimie organique est publiée dans les Comptes
rendus de l'Académie des Sciences.
Différentes sources (des mentions dans des congrès des recueils
de chimie, des catalogues) indiquent qu'il exerçait dans la chimie
appliquée, notamment la saccharimétrie et l'industrie sucrière.
Il jouit d'une certaine notoriété. Ses travaux sont cités
et discutés dans des revues de chimie belge et américaines.
Les archives de l'INPI proposent cinq brevets sur des sujets tels qu'un
produit tartrifuge (1885), des procédés de secrétage
de feutre pour la fabrication de chapeaux (1891) et l'épuration
des moûts fermentescibles (1891). Il est notamment connu pour la
conception de fours à mouffle, d'incinérateurs, d'un densimètre,
d'un dessicateur de mélasse qui seront commercialisés.
Les informations collectées par les généalogistes
indiquent qu'il a vécu une partie de sa vie en Normandie (mariage
à Bois-Guillaume près de Rouen en 1884, décès
à Rouen en 1940).
Son nom apparaît dans la presse française le 23 juillet 1889
dans le contexte de l'ouverture de l'Exposition universelle de Paris.
Un projet de téléphote déposé
à l'Académie des sciences le 22 juillet 1889
Depuis le 15 juin, la presse française rend compte de la supposée
invention d'un appareil de vision à distance attribuée à
Edison. Il s'agit de la far sight machine, parfois désignée
comme far seeing machine annoncée par le Boston Journal, le 12
mai. L"appareil en question n'a pas de nom dans la presse française
et aucun article, jusqu'à cette date, n'a utilisé le mot
téléphote à son sujet.
Le 23 juillet différents quotidiens (Le Figaro, Paris, Le Petit
Marsellais, Le Gaulois, l'édition parisienne du New York Herald
le 23 juillet 1889) mentionnent qu'un M. Couronne (parfois Courton) a
déposé la veille un pli cacheté à l'Académie
concernant un téléphote, concurrent de celui d'Edison et
qu'il fera connaître ses expériences avant la fin de l'année.
Le Figaro, 23 juillet 1889, au centre droite Edition parisienne du
New York Herald, 23 juillet 1889. Adroite Le Gaulois, 23 juillet 1889
Paris, 23 juillet 1889
Le New York Herald commet une coquille et écrit telephole que l'on
retrouvera dans certains journaux français. L'information est reprise
les jours suivants par différents quotidiens régionaux Mémorial
de la Loire et de la Haute-Loire, Le Rappel, Le Soir, La Gazette de France,
24 juillet 1889 ; Courrier de Saône et Loire, La Petite République,
Journal des Villes et des Campagnes, 25 juillet 1889 ; La Démocratie
du Cher, Le Petit Parisien, 26 juillet 1889)

Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 24 juillet 1889
et La Petite République, 24 juillet 1889
La propagation internationale de la nouvelle
Outre ces articles, le nom de Courtonne apparaît dans un article
de L'Indépendance belge du 12 août 1889, qui évoque
une possible rencontre avec Edison lors de son passage à Paris
à l'occasion de l'Exposition universelle.
L'information publiée dans la presse française est reprise
en Angleterre, dès le 24 juillet dans The Daily Telegraph ou encore
dans le Evening Star le 24 juillet,

Le Petit Républicain, 10 août 1889 et Electrical Review,
24 August 1889
Evening Star, 24 July
1889
Cet article du Evening Star évoque représente une des
mentions très précoces du télescope électrique
de Nipkow, dont l'invention avait été rapportée dans
le journal new yorkais Electrical World en novembre 1885. La première
mention connue du disque de Nipkow dans la presse anglophonne grand public
se trouve dans le Freeman's Journal de Dublin, le 21 juin 1889. Le "Herr
Korzel" mentionné est l'inventeur du Photoskop, un canular
qui a circulé en juillet dans la presse allemande et anglaise.
La même information apparaît le même jour dans le Eastern
Daily Press, le Belfast News Western Daily Mercury, le 24 dans le Edinburgh
Evening News, le 26 dans le Irish Times et le Scottish Leader puis le
28 dans Aldershot Military Gazette, Whitstable Times and Herne Bay Herald,
le 4 octobre dans Leominster News and North West Herefordshire & Radnorshire
Advertiser
Le Telegraphic Journal and Electrical Review du 16 août traduit
l'article de l'Indépendance belge. La nouvelle est également
citée dans la presse photographique 'Wilson's Photographic Magazine,
The Photographic News) Quelques semaines plus tard, des journaux britanniques
parleront d'un M. Courton. Dans la presse britannique, la nouvelle circule
jusqu'en octobre 1889.
La nouvelle arrive à New York et est reprise le 9 août par
de nombreux journaux (Chicago Tribune, Boston Post, The Daily Freeman,...)
et circule dans la presse quotidienne jusqu'à la fin octobre. Une
dépêche du 9 août, reprise par divers quotidiens, insinue
que le départ d'Edison pour Paris résulterait de l'annonce
de M. Courtonne, l'"inventeur bien connu", ce qui était
probablement faire beaucoup d'honneur à celui-ci. On trouve dans
les Edision's Papers un recueil de coupures de presse réalisé
en date du 18 août 1889 par Toledo Commercial comprenant plusieurs
articles citant l'annonce de Courtonne. ([SM035-F] Menlo Park Scrapbook
Series). Edison était probablement plus préoccupé
à ce moment par les travaux de William Freese-Greene et Ottoma
Anschütz, qui pouvaient entrer en concurrence avec le Kinetograph,
que par ceux de l'improbable Courtonne.
Le Western Electrician de Chicago, le 7 septembre 1889,
indique qu'Edison aurait écrit au jeune inventeur français
pour lui proposer de le rencontrer. Dans son entretien avec le journaliste
anglais Robert Sherard (Pall Mall, 19 août 1889), qui a lieu à
Londres après son passage à Paris, Edison avoir entendu
parler de prétentions de concurrents européens à
sa far seeing machine mais de ne rien savoir à leur sujet.
Aucun mémoire ou pli cacheté sur le téléphote
n'est mentionné dans les tables des Comptes rendus de l'Académie
des Sciences des années 1881-1895.
On a pu se demander si ce téléphote Courtonne
n'était pas une simple invention de la presse, visant à
flatter le nationalisme français.
Le traitement de l'information par La Petite République, Journal
bon marché est particulièrement savoureux. Comparant les
délais annoncés pour la démonstration des expériences
par les eux inventeurs (deux ans pour Edison, six mois pour "Courton"),
le journal estime qu'"Edison sera donc en retard de dix-huit mois
sur son concurrent". D'où l'accroche : "Enfoncé,
Edison !" et la chute "Pends-toi, Edison !"
L'article le plus détaillé est celui qui paraît le
9 août dans Le Voltaire et est repris le 10 août dans Le Petit
Républicain (Toulouse). Le journaliste, Georges Robert, qui dit
avoir rencontré Courtonne, indique que celui-ci ne souhaite ne
pas donner de détails : il a trouvé le principe, il lui
reste à faire "certaines expériences définitives"
mais "l'invention est faite et sera publique dans trois mois".
Il n'en sera évidemment rien. En attendant, le journaliste disserte
sur les usages de l'invention : les militaires pourront observer les mouvements
des troupes ennemies (idées sur laquelle enchérira Marconi
en 1926) les journalistes pourront décrire les événements
sans se déplacervoyager ne sera plus nécessaire.
Le téléphote au service de la propagande politique ?
L'article le plus intéressant provoqué par les rumeurs concernant
les téléphotes de Courtonne et d'Edison est probablement
celui paru en août 1890 dans Le Prolétaire, l'organe officiel
du Parti des socialistes de France, animé par Paul Brousse, qui
imagine, dans le cadre d'une réflexion générale sur
le rôle de la science dans la voie vers le socialisme, la visibilité
à distance de Paul Déroulède, le propagandiste revanchard
et boulangiste, honni par la gauche.
La brève réapparition du téléphote de Courtonne
en 1892
Du téléphote annoncé par Courtonne en juillet 1889,
on n'en sait pas plus qu'Edison. Il fait cependant son retour en juillet
1892 dans le Figaro Photographe, un supplément conçu par
l'écrivain Lartin Laya et publié par Le Figaro à
l'occasion de l'Exposition internationale de la photographie qui se tient
au Champ de Mars. Ce supplément de 80 pages, à vocation
pédagogique, exceptionnel pour l'époque, propose 150 photographies
de personnalités, de paysages dont une de Sarah Bernhardt réalisée
par Nadar. Il présente un historique de la photographie, les différentes
techniques de cet art ainsi que les différentes techniques d'impression,
des réalisations artistiques, une planche alors exceptionnelle
du Jugement dernier dans la Chapelle sixtine ou encore les travaux expérimentaux
de Muybridge, Marey, Lippmann ou Londe.
Le supplément est annoncé dans l'édition du 12 juillet
dans un long article de la rédaction intitulé "Figaro-Photographe".
Cet article promotoonnel explique l'importance de la photographie et les
différentes facettes de celle-ci présentées dans
la publication. Après avoir citer les expériences de Marey
pour rendre la parole aux bègues grâce à la photographie;
l'artcle met Courtonne à l'honneur : "Elle (la photographie)
va supprimer le distances : un chimiste français, M. Henri Courtonne,
ne vient-il pas, devançant Edison, d'inventer un apparelil, le
Téléphote, dont les lecteurs du Figaro-Photographe auront
la primeur et frâce auquel l'image, photographiée à
Paris, est électriquemement transportée à Londres,
où elle se fixe instantanément ; en sorte qu'on pourra voir
d'ici les revues de l'empereur Guillaume, les chasses du Tsar ou la messe
de Léon XIII".
L'honneur fait à Courtonne est assez étonnant. Les explications
données sur le téléphote restent purement théorique
et rien n'est démontré.
Courtonne a-t-il réellement cru au potentiel de son appareil ou
a-t-il été la victime involontaie d'une imposture ?
Le 17 septembre 1892, on peut lire dans le Western Electrician dans un
article "Electricty at the World's Fair" relatif à l'Exposition
universelle de New York .
"M. de Ville, de Paris, était à Chicago la semaine
dernière pour représenter une société française
qui projette de transmettre, par voie électrique, et de reproduire
dans d'autres villes, des photographies des événements qui
se tiendront le mois prochain à Jackson Park et de la revue navale
de New York. M. de Ville affirme que l'invention, dont sa société
détient les droits, a été conçue par M. Henri
Courtonne, un chimiste français. Ce dernier travaille assidûment
depuis plusieurs années à perfectionner le système,
avec l'aide de nombreux scientifiques français de renom. M. de
Ville ne prétend pas comprendre la méthode employée
ni les principes sous-jacents. Il indique que l'invention bénéficie
d'un important soutien financier et que sa visite à Chicago a pour
seul but d'organiser la transmission des photographies à New York
et dans d'autres villes. Dans une interview, M. de Ville déclare
:
« Les New-Yorkais peuvent rester dans leur ville et assister aux
discours et à la cérémonie d'inauguration. Ils peuvent
même séjourner à New York ou à San Francisco
et vivre l'Exposition universelle avec la même intensité
que s'ils étaient à Jackson Park, et ce, quasiment simultanément.
Nous savons que c'est possible. Mais nous souhaitons, si possible, reproduire
cet effet à Londres, Paris, Madrid, Berlin, Rome et Saint-Pétersbourg.
Notre projet bénéficie d'un tel soutien financier, énergétique
et d'une telle détermination qu'il est tout à fait envisageable
de surmonter l'obstacle que représente le gaspillage d'eau que
représente l'Atlantique. Si tel est le cas, l'Exposition sera véritablement
l'Exposition universelle de Chicago. Car, jour après jour, pendant
les six mois de ce grand événement international, les images,
les scènes et les expositions de Jackson Park seront reproduites
à l'identique dans tous les grands centres du monde civilisé.
»
On ne trouve nulle part dans la presse française mention de la
collaboration de nombreux scientifiques français, d'un soutien
financier ni de la création d'une quelconque société
commerciale. Encore moins d'un brevet. Le fait que ce H.E. de Ville se
déclare incapable d'expliquer les principes de l'appareil a dû
susciter la méfiance.
Faute d'information plus détaillé, il est impossible de
savoir à ce stade quel était le concept de Courtonne. Peut-être
sera-t-il possible de retrouver un jour son pli déposé à
l'Académie des Sciences ou des archives conservées par la
famille, qui pourraient nous en dire plus.
Henri Courtonne, mort en 1940 à l'âge de
86 ans, aura pu assister aux développements de la téléphotographie,
démontrée en 1902 par Arthur Korn (qui le mentionne brèvement
dans son Handbuch fur Photontelgraphie und Telautographie, 1911) et à
la naissance de la télévision dans les années 20.
- 1902 Appareil pour la téléphotographie électrique,
par Arthur Korn.
Quand on envoie des ondes hertziennes aux électrodes dun
tube à vide, où régne une pression de 0,2 à
2 mm, il sen échappe des radiations chimiques extraordinairement
actives et dont lintensité est très sensible aux moindres
modifications introduites dans le circuit extérieur.
L'auteur a songé à utiliser ces rayons actiniques pour la
téléphotographie électrique. Tout revient à
transformer dans le transmetteur, l'énergie lumineuse en énergie
électrique, et inversement dans le récepteur, le courant
en lumière (ou radiations photographiques).
Le transmetteur est basé sur la variation de résistance
du sélénium sous l'action d'un faisceau lumineux; le principe
du récepteur, imaginé par lauteur, consiste à
dessiner l'image à reproduire au moyen des rayons chimiques dont
nous venons de parler, réglés par les courants issus du
poste transmetteur, grâce à un dispositif qui permet à
ces courants de réduire ou daccroître l'interruption
ménagée sur le circuit des ondes émanant d'une bobine
de Tesla.
La figure 1 représente le schéma du montage des deux postes:
à, bloc de séléniam protégé contre
la lumière extérieure par l'entonnoir b; w, châssis
muni de la plaque photographique qui porte l'image à reproduire;
y, source lumineuse (lampe de projection); c, lentille qui concentre la
lumière sur une petite ouverture carrée d' pratiquée
dans l'écran d en avant du châssis,
La lumière qui a traversé le chässis w est reçue
sur une deuxième lentille e, au sommet de lentonnoir, et
dispersée sur le bloc de sélénium. En déplacant
le châssis, on éclairera successivement toutes les parties
de l'image. Si on ferme le circnit d'une batterie d'accumulateur sur a,
laiguille du galvanomètre sera plus ou moins déviée
selon que le sélénium sera plus ou moins éclairé,
L'auteur se sert dun galvanomètre très sensible, muni
dun système astatique h h' suspendu à un fil de cocon
; par l'intermédiaire dun bout de caoutchouc k. Perpendiculairement
et vers le milieu de ce dernier on dispose une aiguille de laiton qui
porte à une de ses extrémités un index l' ; lautre
extrémité, comme on le verra plus loin, est connectée
au circuit du secondaire t dune bobine de Tesla, L'équipement
du transmetteur comprend encore une aiguille verticale fixe m avec index
m en face de l'; lautre bout de m est aussi relié au
cireuit, qui est ainsi coupé par lintervalle m' variable
avec les déviations de l'équipage mobile Ak'.
Les parties essentielles du poste récepteur
sont : le tube à vide n et un appareil de Tesla,
Le pôle o du tube est relié par le
conducteur à l'aiguille fixe m, tandis que laiguille mobile
est en relation avec lune des bornes p du secondaire d'une bobine
de Tesla; lautre borne » correspond avec une grande capacité
(batterie de jarres). Le pôle o' est à la terre et constitué
par une lame de platine; l'électrode active o est un bâtonnet
de zine. On entoure le tube cathodique de papier détain,
recouvert lui-même dune feuille de papier noir, sauf une croisée
carrée et très petite, pratiquée en regard de lextrémité
du cylindre de zinc. Cest par v que séchapperont les
rayons chimiques qui impregsionneront la pellmule sensible, Celle-ci tapisse
la paroi interne dun tube concentrique au tube à vide et
animé d'un double mouvement de rotation et de translation
ainsi que le châssis w,
Les mouvements de ces deux pièces sont combinés de telle
sorte que chaque carré, découpé dans lobjet,
donne une image bien distincte sur la pellicule. Avant chaque expérience,
on doit procéder à un nouveau réglage de lappareil,
en agissant successivement sur loscillateur du Tesla et sur la distance
l'm'. Cette mise au point, d'ailleurs très délicate, dépend
de la nature de lépreuve, positive ou négative que
lon désire obtenir. Plaçons-nous dans le premier cas,
c'est-à-dire quun blanc de la plaque devra se reproduire
en blanc sur l'image. Il ne doit pas alors se produire de rayons actifs
dans le tube; cette condition sera satisfaite si la distance l'm' est
assez grande, On dirigera donc le courant dans un sens tel qu'il tende
à écarter lesdeux index quand il augmente, la position déquilibre
du galvanomètre correspondant d'ailleurs à la valeur minima
de la distance explosive pour laquelle les radiations seront assez intenses
pour impressionner le papier sensible proportionnellement aux tons noirs
de l'original.
L'auteur donne les fac-similé de deux épreuves obtenues
dans ces conditions. L'objet à reproduire était partagé
en 20 tranchesde 20 carrés chacune, soit en tout
400 carrés. La petite fenêtre du transmetteur avait 5 mm
de côté; celle du récepteur, 2,5 mm. Pour chaque carré
lapose était de 2 secondes.
On pourra certainement abaisser le temps de pose à 1/10 seconde,
et réduire les dimensions des ouvertures respectivement à
1et 0,5 mm.
L'appareil ainsi perfectionné donnera des images d'une très
grande exactitude. L'auteur signale, en terminant son article, lapplication
de son récepteur au téléautographe basé soit
sur le principe de Bakewell soit sur le principe de Gray; la seule condition
à remplir est un synchronisme absolu entre le récepteur
et le transmetteur.
sommaire
Emile DESBEAUX " Le téléphote"
Extrait de Physique Populaire, E. Flammarion, 1891, pp. 247-263
Émile Desbeaux, étaitt un dramaturge, auteur de romans pour
la jeunesse, journaliste, publiciste et fut également directeur
du Théâtre de l'Odéon. Il est connu du grand public
pour ses livres de vulgarisation scientifique, en particulier son ouvrage
Physique populaire, initialement publié par E. Flammarion
en 1891 en tant que quatrième volume de la "Bibliothèque
Camille Flammarion" et dont il existe diverses rééditions.
Une recension du livre dans La Revue scientifique 27 décembre
1890 se terminait ainsi : "En résumé, le livre de M.
Desbeaux est un"très bon livre, abordable, je ne dirai pas
à tous, mais aux jeunes gens instruits qui ne sont pas spécialement
destinés à être des mathématiciens ou des physiciens.
Livre vraiment moderne, puisquil traite le merveilleux des temps
modernes, cest-à- dire ces grandes révélations
de la science contemporaine qui, aujourdhui, gouverne le monde.
Cest un vrai livre détrennes, qui remplacera avec avantage
les récits de voyages ou daventures qui commencent à
devenir très monotones."
Le chapitre 6 est intitulé "Le téléphote",
mais en réalité présente les différents instruments
d'optique (lentilles, microscope, téléscope, lanterne magique,
etc.), le téléphote étant l'appareil manquant que
Desbeaux appelle de ses voeux. Nous extrayons ici les pages qui sont plus
strictement relatives au téléphote. Elles sont particulièrement
intéressantes car elles sont publiées moins de deux ans
après l'article important de Lazare Weiller "De la vision
à distance par l'électricité", dont la présentation
d'un phoroscope et ses fondements théoriques (les propriétés
photosensibles du sélénium, l'analyse des oscillations par
les diapasons de Lissajous) est proposée de manière simplifiée
et plus accessible au public profane.
Après avoir rappellé les propriétés photosensibles
du sélénium, Desbeaux explique la nécessité
d'une substance permettant la recomposition de l'image en restituant les
éclats et les couleurs. Il évoque la nécessité
d'un électrophosphore et voit dans l'illuminator d'Ayrton et Perry
une tentative de résoudre ce problème. Il présente
ensuite les miroirs oscillants et les diapasons de Lissajous.
L'article de Maurice Leblanc "Sur la transmission électrique
des impressions lumieuses", qui, le premier a pris comme point de
départ les analyses de Lissajous et a suggéré le
recours aux miroirs oscillants, n'est pas cité, mais il s'inscrit
très clairement dans sa lignée. Enfin Desbeau présente
le phoroscope de Lazare Weiller avec, pour l'appareil récepteur,
un téléphone manométrique. Curieusment, il fait l'impasse
sur l'aspect de la proposition de Weiller qui va avoir un impact réel
dans le développement de la télévision mécanique
: la roue à miroir.

A gauche Le transmetteur du téléphone de Desbeaux. On notera
la présence d'un diapason.
A droite Poste récepteur du téléphote avec téléphone
manométrique (imaginé par Desbeaux d'après Lazae
Weiller)
Desbeaux conclut sa présentation en exprimant sa
conviction que le problème de la vision à distance sera
résolu.
La présentation séduisante du téléphote
par Desbeaux ne semble pas avoir convaincu les lecteurs de l'époque.
Comme le remarque l'auteur de la recension publiée par La Revue
scientifique.
"Malheureusement, M. Desbeaux ne nous donne pas cet appareil ; il
nous fait espérer qu'on l'aura un jour, et il fournit même
quelques indications sur le principe qu'on pourrait appliquer pour répondre
à ce desideratum, soit une transmission par la vibration du sélénium.
Avec le téléphote, dit M. Desbeaux en terminant, nous pourrons
voir au bout du monde en n'importe quelle contrée terrestre, résolvant
ainsi le plus extraordinaire des problèmes !"
Quant à Anatole France, il consacrera, après
la lecture du livre de Desbeaux au téléphote un article
à la fois sceptique et ironique, en faisant cette remarque inquiète
(...) "peut-être que les femmes ne seront pas jolies au téléphote"
Revenons à Elias Elkan Ries
En 1896, Ries s'établi définitivement à New York.
A l'occasion de son arrivée à Manhattan, il publie un article
"Electrical Forecast" dans le New York Journal, qui sera repris
le 18 juin 1896 dans le St-Louis Globe Democrat. Entre autre prédictions,
il inclut la vision à distance, considérant que le problème
est aussi simple à résoudre que celui de la transmission
de la voix par téléphone. Il suffit selon lui de remplacer
le diaphragme du téléphone par une "lentille transmettante"
(transmitting lens), un disque de sélénium ou une autre
substance qui modifiera la résistance du circuit de transmission
en relation avec le degré de lumière ou d'ombre qui frappe
le disque de transmission. Il affirme même avoir résolu en
partie le problème en remplaçant la transmission multifilaire
des propositions précédentes par un seul fil. Il indique
qu'il est probable que les rayons Roentgen sont aussi capables de modifier
la résistance électrique d'une plaque conductrice sur laquelle
ils tombent après être passés après un objet
interposé.
Extrait de Elias E.
Ries, "Electrical Forecast" in St-Louis Globe Democrat, 18 June
1896
Des précisions vont être apportées dans un article
"Mysteries and Possibilities of the Electricity" de S. Millington
Miller, paru dans The Philadelphia Inquirer le 20 septembre 1896, résultant
d'une interview avec l'inventeur réalisée à Baltimore.
Dans cet article, le journaliste accorde plus de crédibilité
aux travaux sur la vision à distance de Ries qu'aux théories
de Nikola Tesla. Curieusement, le schéma de Ries est comparé
aux expériences qu'auraient faites Graham Bell et Samuel Tainter
sur la transmission de couleurs en recourant à des plaques de sélénium
reliées par un ensemble multifilaire. En remplaçant cet
ensemble multifilaire par un tube cathodique, Ries serait arrivé
à transmettre des images sur une distance de 300 yards (soit 274
mètres).
Un récit similaire se retrouve dans un article
"Now for the Telephote. The Telephone is an Old Story",
paru dans The New York Journal le 30 octobre 1896 et qui sera repris dans
quelques d'autres journaux et synthétisé dans le journal
londonnien The Sketch avec des dessins représentant la captation
d'une scène à Madison Square et sa projection dans un théâtre
de Chicago. Le texte évoque la possibilité de voir dans
un théâtre londonnien de Tommy Atkins (le sobriquet du soldat
britannique) sur le Nil. La guerre du Soudan bat alors son plein.

Captation de Madison Square pour sa projection dans une salle de théâtre
à Chicago. Illustration du titre de l'article "How Pictures
May be Transmitted A Thousand Miles and Distant Friends Brought Face to
Face, The Sketch, 11 November 1896
"Il y a quelque temps, le Dr A. Graham Bell et son
assistant ont construit un instrument pour transmettre des impressions
de couleurs et de formes le long de fils. Le moyen qu'ils utilisaient
était un cadre métallique, divisé selon la forme
générale d'un échiquier, et les espaces entre les
barres métalliques étant remplis de sélénium,
qui est à moitié métallique et à moitié
végétal dans sa composition. Au dos de chacune de ces petites
fenêtres de sélénium dans l'appareil du Dr Bell se
trouvait l'extrémité d'un fil de transmission, par lequel
les impressions étaient transmises, de sorte que le câble
reliant le disque récepteur de sélénium au disque
émetteur à l'autre extrémité, où se
trouvait le spectateur, était constitué d'autant de fils
différents qu'il y avait de petites fenêtres de sélénium
dans le réseau. Chacune des fenêtres de sélénium
captait une couleur ou une forme différente à sa surface
et modifiait ces rayons de couleur ou de forme, de sorte qu'ils étaient
transmis sur le fil et, frappant les plaques de sélénium
à l'autre extrémité, étaient retransformés
en vibrations de couleurs ou de formes. Mais le Dr Bell ne pouvait trouver
aucun moyen d'éviter la multiplicité de fils que nécessitait
son appareil.
Le Dr Ries s'attaqua au problème d'un seul fil.
Il n'existait aucun moyen ordinaire d'obtenir le résultat qu'il
recherchait, et il se mit à expérimenter avec les rayons
Röntgen, en conjonction avec les grilles de sélénium.
Les rayons X ont fait des merveilles dans ce domaine comme dans d'autres
domaines d'expérience. Le Dr Ries a découvert que, lorsqu'il
entourait une partie du circuit de fil entre le récepteur au sélénium
et l'émetteur au sélénium d'une bobine de fil séparée,
et baignait la bobine avec une cathode, le fil de transmission unique
était sensibilisé au point de pouvoir transporter toutes
les différentes impressions de couleurs et de formes reçues
par chacune et toutes les fenêtres au sélénium, et
de les transmettre dans une relation et une valeur appropriées
sur les fenêtres de l'autre extrémité. La vue transmise
peut être projetée sur un écran par une lanterne magique
et ainsi utilisée à des fins d'exposition devant un large
public. Imaginez pouvoir entendre et voir depuis Londres Tommy Atkins
sur le Nil ! Le cinématographe n'y est pas encore !." (Traduction
de l'article de The Sketch, 11 novembre 1896).
Ces informations attribuées à un inventeur
par ailleurs sérieux, membre de diverses associations scientifiques
et qui publie dans la presse profcessionnelle, paraissent hautement fantaisistes.
Elles ne seront pas reprises dans la presse professionnelle de l'époque,
et Ries, à notre connaissance, n'est cité par aucun historien
de la télévision ni même par les archéologues
des médias. Seule sa fille Estelle y fait écho en reprenant
dans son livre quelques citations de presse. A notre connaissance, Bell
et Tainter n'ont pas fait d'expérience sur la transmission de couleurs
avec des plaques de sélénium et Millington Miller (ou Ries
lui-même) paraît avoir fait une interpolation entre le photophone
de Bell et Tainter et les hypothèses de transmission d'images avec
des plaquesz de cellules de sélénium telles qu'on en trouve
depuis les publications de George R. Carey, ou encore, en 1894, chez dans
le phantoscope du jeune Charles F.Jenkins.

Schéma du phantoscope de Charles F. Jenkins; C. Francis JENKINS,
"Transmitting Pictures by Electricity", The Electrical Engineer,
25 July 1894.
Le tube cathodique n'est évidemment pas celui de
Ferdinand Braun, qui ne sera inventé que l'année suivante.
Il peut s'agir d'un tube de Crookes. On notera qu'Elias E. Ries est le
troisième auteur, après Edison et F.M. Close à envisager,
en cette année 1896, une solution au problème de la vision
à distance inspitée par la découverte des rayons
X. Sa proposition est quasiment contemporaine de celle du Dr. Robert D'Unger,
tout aussi fantaisite. Ries et D'Unger sont cependant les premiers à
suggérer le recours à des tubes pour résoudre le
problème de la vision à distances. Leurs deux noms seront
oubliés ou négligés par les historiens. Il faudra
attendre 1901 pour que l'assistant de Ferdinand Braun, Max Dieckmann fasse
la démonstration de l'utilité du tube cathodique non comme
moyen de transmission mais comme dispositif d'affichage.

Le schéma du téléphote avec tube cathodique
d'Elias E. Riesopposé à celui multifilaire attribué
à Graham Bell et Samuel Tainter. in S. MILLINGTON MILLER, "Mysteries
and Possibilities of Electricity", The Philadelphia Enquirer, 20
September 1896
Ries n'a pas fait breveter l'appareil, ce qui semble indiquer
qu'il en est resté à la seule hypothèse théorique.
Les succès qu'aurait obtenu Ries dans la transmission
des images ne sont citées que dans une publication spiritiste où
ils sont présentés comme confirmant les théories
de Madame Blavatsky ! Notons cependant un article dans un quotidien français,
Le courrier du Nord et du Pas de Calais, paru dès le lendemain
de l'article paru dans The Sketch.
Captation de Madison Square pour sa projection dans une salle de théâtre
à Chicago. Illustrations du titre de l'article "How Pictures
May be Transmitted A Thousand Miles and Distant Friends Brought Face to
Face, The Sketch, 11 November 1896.
Tout en démentant être partisan du spiritime, Ries reconnaît
avoir un intérêt durable pour les questions de transmission
de pensée. Le 15 novembre 1896, The Philadelphia Inquirer publie
un article "What experts Say of Transference of Thought" qui
regroupe une contribution de Ries et une de Mulmoington Miller. en décembre
de cette même année 1896, Ries publie également dans
The Bees, un article "Thoughts Transferred by Waves of Ether"
Après un exposé rapide des grandes découvertes en
matière d'électricité, il en vient à la découverte
des rayons X par Roentgen et émet l'hypothèse que, puisque
cette découverte a mis en évidence l'existence d'ondes invisibles,
il n'est pas absurde de penser que d'autres ondes qui restent à
découvrir permettent la transmission de pensée et qu'il
existe peut-être un moyen de communiquer sans fil les vibrations
sonores que Bell a désignée dans son brevet de 1876 sur
le téléphone. Mullington Miller dans un article publié
le même jour dans le magazine Leslie's Weekly que celui de Ries
dans The Bees, indique sa convergence de vue avec celle de l'inventeur
sur le sujet.
E n 1898, Ries crée The United States Automatic Telephone Company,
d'un capyal d'un million de dollars, qui se propose de fournir une offre
téléphonique bon marché à Albany.
En juin 1899, sa proposition de nommer electromobiles les voitures électriques
est retenue par un comité de The Electrical Review.
En France en 1900 dépot du Brevet 302021
du 09.07.1900 " Appareil pour la transmission des images à
distance, dit téléphote" Déposant 1 : POLOUMORD
VINOFF. Document Inpi de 97 pages avec explications et croquis.
En 1903, suite au long conflit judiciaire avec son ancien associé
Henderson, entamé en 1896, 66 de ses brevets sont vendus aux enchères,
, et achetés par Westinghouse, à un prix qu'il estimera
insuffisant.
En 1904, quatre ans après Valdemar Poulsen, il obtient un brevet
pour un système permettant l'enregistrement sur un fil magnétique
des conversations téléphoniques. Rendant compte de cette
invention, The Central New Jersey Home titre "Il faudra désormais
être prudent dans ses conversations téléphoniques".
En 1910, Ries fera une conférence sur la comète de Halley
pour l'American Association for the Advancement of Science
En 1912, après le naufrage du Titanic, Ries propose un système
de communication électrique entre les navires, basé sur
l'enregistrement et la régulation des sons, qui obtient une couverture
de press assez importante.
A cette occasion, le Minneaopolis Journal et The Pittsburgh Press rappellent
que Ries est président et manager de l'United States Automatic
Telephone Company, membre de l'Institute of Electrical Engineers, de l'American
Association for the Advancement of Science, de la National Geographical
Society, de l'American Electro-Chemical Society et de ka New Yorl Electrical
Society. Il est présenté comme l'inventeur des prises de
courant (regulating socket), premier interrupteur permettant d'éteindre
les lampes incandescentes, du système de courant alternatif qui
a permis l'électrification des lignes de chemin de fer, de la méthode
qui a permis la soudure des rais, de différents appareils électriques
pour la cuisine et pour le chauffage et du système de contrôle
électrique utilisé par les constructeurs d'ascenseurs
En 1923, dix ans après l'avoir sollicité, Ries obtient un
brevet d'un système de cinéma parlant qu'il baptise audioscope.
Lee de Forest lui rendra hommage en 1941, remarquant que cette idée
décrivant les éléments essentiels restants de l'enregistrement
et de la reproduction du son photographique sur film était arrivée
trop tôt, avant la cellule photoélectrique, ou l'amplificateur
qui pourrait la rendre utile.
Avec un tel bilan, Ries n'avait pas probablement besoin
de revendiquer son entrée dans l'histoire de la télévision.
Il est mort en 1928 et aura donc pu être le témoin des premières
expériences de télévision menées aux Etats-Unis.
Le New York Times l'inclura dans sa liste des personnalités les
plus importantes décédée en 1928
sommaire
En dehors des travaux de Edison et du livre
de Desbeaux , il n'y avait pas beaucoup d'informations sur le 'Téléphote"
dans la presse, pourtant il y a un article paru dans deux journaux américains,
qui fera réagir E. Hospitalier dans la revue parisienne
La Lumière électrique, le 1er avril 1880.
L'apparition du telephote, le 1er Avril 1880, est ee
un poisson d'avril ? Non vous ne vous trompez pas de rubrique.
Le 18 février
1880, au moins deux journaux américains, le Cincinnati
Inquirer et le Chicago Tribune rendent compte de l'annonce, en provenance
de Pittsburgh, de la remarquable invention électrique pour
laquelle Connelly et McTighe, avocats spécialisés, viennent
d'envoyer un dossier à Washington pour l'obtention d'un brevet
concernant un "téléphone amélioré
par lequel deux personnes peuvent voir leurs
images respectives tout en conversant.
Selon le Cincinnati Inquirer, cet appareil n'est pas encore baptisé
et pourrait s'appeler telephote, telicon ou telopticon.
The Chicago Tribune, dont le texte est plus court et moins précis,
a déjà fait son choix : ce sera telephote.
Les différents articles de la presse américaine que
nous reproduisons ici n'ont pas été repérés
par les historiens classiques de la télévision : Shiers
et Abramson ne mentionnent pas ce telephote ; Korn et Burns en mentionnent
l'existence à travers la traduction partielle d'un article
du American Manufacturer and Iron World (27 février 1880) dans
un entrefilet, signé Edouard Hospitalier paru dans la
revue parisienne La Lumière électrique, le 1er avril
1880. 
Hospitalier, un journaliste français spécialiste
des questions relatives à l'électricité parlait
de "canard le plus absurde".
Il faut dire que l'histoire est curieuse et illustre à merveille
la faible distance qui, à l'époque, sépare la
formulation de propositions techniques et l'annonce sous forme de
canular.
Le fait qu'elle cite trois inventeurs réels et une entreprise
ayant pignon sur rue la distingue du canular du diaphote du
Dr. Licks, paru à peine sept jours plus tôt dans
le Bethlehem Daily.
Remarquons que les deux articles paraissent le même jour. Celui
du Cincinnati Inquirer est plus détaillé et évoque
un entretien d'un reporter du journal avec M. T.J. McTighe. Mais l'affaire
se passe à Pittsburgh à 300 miles de Cincinnati et près
de 500 miles de Chicago. On ne peut exclure que les deux articles
soient simplement la reprise d'un article paru quelques jours plus
tôt dans un quotidien de Pittsburgh, qui resterait à
découvrir. Il pourrait s'agir du Pittsburgh Dispatch, dont
le rapport est cité dans l'article du Democrat and Chronicle,
journal de Rochester, le 20 févier ou du Pittsburg Exchange,
cité par The Charlotte Observer, ou encore le Pittsburgh Telegraph
cité à partir de juin par différents journaux
dans une description assez cocasse de la méthode de l'inventeur
McTighe et que nous gardons pour la bonne bouche, en fin d'article.
Les frères Connolly et Thomas J. McTighe
Le fait est que les frères Trios A. et M.D. Connolly
(et non Connelly comme cela paraît le plus souvent) ainsi que
Thomas J. McTighe ne sont pas des personnages de fantaisie,
à la différence du Dr. Licks,
Ce sont de réels inventeurs ayant obtenus de nombreux
brevets. Ils sont en particulier connu par les historiens des télécommunications
pour avoir obtenu le 9 décembre 1879 le premier brevet pour
un système de commutation téléphonique censé
permettre à deux interlocuteurs téléphoniques
de communiquer entre eux après s'être déconnectés
du bureau central.
Voici ce qu'en écrivait en 1953 l'historien R.B. Hill :
"The first dial telephone exchange patent, No. 222,458,
was applied for on September 10, 1879, and issued on December 9, 1879,
jointly to M. D. Connolly, of Philadelphia; T. A. Connolly, of Washington,
D. C.; and T. J. McTighe, of Pittsburgh. Although this first system
was crude in design and limited to a small number of subscribers,
it nevertheless embodied the generic principle of later dial systems."
(...) "The Connolly and McTighe system, with eight stations connected,
was exhibited at the Paris Exposition in 1881, and various modifications
were made in it by its inventors in subsequent patents. It was never
employed in commercial service."
Le 16 juin 1880, un article détaillé du New York Times,
rapportait une démonstration faite à Philadelphie de
ce système, mais aussi le témoignage d'un proche des
inventeurs qui, de manière anonyme, indiquait que le système
était loin d'être opérationnel. Les frères
Connolly et McTighe obtiendront le 15 août 1882 un deuxième
brevet pour un "Automatic
Telephone Exchange" US 262645, suivi des brevets
US262646,
US262647,
US263862 et en 1884 brevet
US295356A.
Telephote, teleican ou teleopticon
Selon les deux articles, les frères Connolly et McTighe ont
introduit, leur demande de brevet pour le telephote le 17 février
1880 au soir. Le terme Telephote, qui va connaître
une certaine fortune pendant plus de vingt ans comme le principal
terme utilisé pour désigner un appareil permettant la
vision à distance (en concurrence avec le terme télectroscope,
lancé par Figuier en 1878 et qui sera utilisé par Senlecq,
Carey et de Paiva).
Peut-être le terme a-t-il été inspiré par
le telefotografo proposé en mars 1879 par le chercheur italien
Carlo Maria Perosino.
Mais il n'y a aucune indication que l'article du professeur italien
soit déjà connu aux Etats-Unis à cette date.
Il résulte de l'accouplement de deux mots grecs (tele-, lointain
et photo-, lumière).
Il est dommage qu'il ait été abandonné car il
était plus élégant que télévision,
qui mêle une racine grecque et une racine latine.
On notera que le chapeau de l'article du Wheeling Daily Intelligencer
du 20 février 1880 parlera d'une demande de brevet pour un
téléscope électrique (electric telescope), formulation
qui rappelle étrangement celle de l'article " La telescopia
electrica" d'Adriano de Paiva publié dans O Instituto
en octobre 1879.
L'appareil est annoncé avec différentes fonctions :
la possibilité de voir son interlocuteur au téléphone,
mais aussi, précise McTighe au correspondant du Cincinnati
Inquirer, la possibilité de transmettre à distance des
copies de documents, par exemple des pages de journaux. Les spécifications
de l'appareil ne sont pas détaillées.
Le Chicago Tribune indique que la reproduction de l'image est le résultat
de "changements chimiques" utilisés dans les procédés
photographiques bien connus des pratiquants de cet art. Le sélénium
n'est pas évoqués.
L'idée que la transmission se fait par un seul fil est commune
avec la proposition de Perosino.
L'idée du fil unique paraît bien plus être ici
une sorte de réponse au 72 fils nécessités par
le diaphote de Licks/Merriman,
L'article du Wheeling Daily Intelligencer insiste plus sur ce qui
est indiqué comme une potentialité de l'idée
("when the new invention will be perfected", "the inventors
believe that they will be able to") et sur le fait que la demande
de brevet vise avant tout à acter la priorité de l'idée.
Il n'en reste pas moins qu'il est affirmé dans les deux premiers
articles que l'appareil fonctionne et que M. McTighe, à Pittsburgh,
est arrivé à transmettre des images de personnes d'une
pièce à l'autre.
Cette précision laisse vraiment perplexe et - n'était
le sérieux attestés des trois inventeurs - pourrait
définitivement laisser penser qu'il s'agit bien d'un canard,
comme suspecté par Edouard Hospitalier.
La circulation de la nouvelle et la description de l'expérience
par le "young McTighe".
L'annonce du 17 février a été reprise dans de
nombreux journaux, avec des variantes.
Nous avons pu relever les citations dans les journaux suivants :
The American Manufacturer and Iron Works, 20 février
1880
The Wheeling Daily Intelligencer, 20 février 1880
Democrat and Chronicle, 20 février 1880
The Detroit Free Press, 20 février 1880
Reno Gazette Journal, 20 février 1880 Harrisburg Daily
independent, 20 février 1880
The Atlanta Constitution, 20 février 1880
The Sommerset Press, 26 févier 1880 Buffalo Daily Courrier,
20 février 1880
Buffalo Morning Express, 21 février 1880 The Daily Union
Leader, 23 février 1880
The Boston Weekly Globe, 24 février 1880 (qui titre
"The Telopticon")
The Jackson County Banner, 26 février 1880
Willamsport Sun-Gazette, 28 février 1880
The Charlotte Observer, 2 mars 1880
The Charlotte Democrat, 5 mars 1880 qui souligne la priorité
de l'idée de D.F.G.
Mittag, un physiologiste de Lancaster, en Caroline du Sud, qui a publié
le 24 décembre 1877 un article dans The Southern Home proposant
l'idée d'un Teleform suivi par un autre article dans The Charlotte
Democrat le 28 mars 1878.
The Charlotte Democrat revient sur la question avec plus de détails
le 19 mars 1880.
The Herald and Torch Light, 10 mars 1880,
souligne lui aussi la priorité de l'idée de D.F.G.
Mittag et en fournit les références.
The Belmont Chronicle, 11 mars 1880. Cet article, sourcé
"Washington Special to Baltimore American", évoque
un entretien d'un correspondant américain avec T.A. Connolly,
"very sanguine of the ultimate success of their labors is very
modest on the statements regarding the invention." Des détails
sont fournis sur le principe de l'appareil annoncé, qui est
le même que celui du téléphone : " les
inventeurs ont adoptés la théorie selon laquelle le
son, la chaleur, la lumière et l'électricité
sont tous des formes différentes du mouvement et les trois
premiers peuvent être résolus en électricité,
d'une manière similaire à celle du son par le téléphone."
La présentation imminente de l'appareil est
annoncée au journaliste.
Le diaphote du Dr Licks est également évoqué.
|


Cincinnati
Inquirer, 18 février 1880

Chicago Tribune, 18 février 1880
Fort Scott Daily Monitor, 1er juin 1880 |
Manitoba Free Press, 27 mars 1880
The Canton Independent Sentinel, 9 avril 1880, qui titre "Diaphote
et Telopticon" et compare les inventions annoncées au roman
A Strange Story de Edward Bulwer-Lytton (1862) Fort Scott Daily Monitor,
1er juin 1880 qui propose un portrait de la chambre noire installée
par le "young man" McTighe dans sa salle de bain, et décrit
la manière dont il a procédé pour transmettre les images
: le bout du fil téléphonique a simplement été
passé par le trou de la serrure de la chambre noire, soigneusement
calfeutré avec du coton. McTighe serait arrivé à fixer
une image du disque solaire, ronde, parfaite et claire. La description est
sourcée Pittsburgh Telegraph "If rumor speaks truly...",
Nature, 15 June 1880. Entrefilet sévère du magazine scientifique
qui souligne que les rumeurs concernant le diaphote et le telephote "de
deux inventeurs concurrents" émanent de la presse non-scientifique.
The Columbus Journal, 14 juillet 1880 qui reprend
le même article, avec la même source que le Fort Scott Daily
Monitor, 1er juin 1880
The Nebraska State Journal, 16 juillet 1880, idem.
Le cycle d'articles sur le téléphote McTighe/Connolly dans
la presse américaine paraît se clôturer avec ces trois
articles et le trio d'inventeurs ne réapparaît qu'en juin
1881 avec la démonstration à Philadelphie de leur système
de commutation téléphonique.?
En Europe, le scepticisme continuera à s'exprimer après
l'article cité d'Edouard Hospitalier (1er avril 1880).
L'article "Le photophone de MM. Graham Bell et Samuel Tainter - II.
Le téléphote et le diaphote", "Revues scientifiques"
publiés par le journal scientifique La République française,
Paris, 1881 note la différence entre le photophone de Graham Bell,
démontré devant les sociétés savantes, et
le diaphote et le telephote non l'existence, non démontrée,
n'a été rapportée que dans la presse générale.
Le brevet pour le telephote n'a pas été obtenu - sa demande
ne paraît pas avoir été conservée - et les
trois inventeurs ont continué leurs travaux sur d'autres sujets.
Mc Tighe obtiendra divers brevets sur des sujets divers : en 1883 un brevet
sur une dynamo (US5270325), en 1890 1896 et 1897 et 1899 quatre brevets
relatifs aux rails de chemin de fer électrique.(US443947 A, US578829
A, US633886 A, US633887 A), en 1893 un brevet sur une lampe électrique
(US288831 A), en 1900 et 1901, trois brevets sur des connecteurs électriques
(US650861 A, US650860 A, US672387 A), en 1900 un brevet sur les refroissement
des gaz (US650608 A) et, en 1901 un brevet pour une presse hydraulique
pour l'épissage des conducteurs électriques (US671835 A).
Une erreur de communication plutôt qu'un canular ?
Comme le fait remarquer Mark Schubin, Le jugement péremptoire qu'avaient
porté en 1880, à la suite d'Edouard Hospitalier, sur le
"canard" du téléphote Connelly/McTighe demande
à être nuancé.
Les frères Connolly et McTighe ont créé un service
d'enregistrement des brevets, qui sert d'intermédiaire entre les
inventeurs et le Patent Office fédéral à Washington.
Ils n'ont donc pas intérêt à mettre en péril
la crédibilité de leur enseigne par des canulars.
Ce qui apparaît le plus probable est que la publication du canular
du diaphote - à l'initiative du Professeur Merriman - a poussé
les trois inventeurs à anticiper, voire à improviser, une
demande de brevet, pour s'assurer de la primauté de l'idée,
quitte à développer l'appareil et en faire la démonstration
par la suite.
La description de l'expérience de McTighe dans sa chambre noire
pourrait avoir été mal rapportée par le journaliste
et il n'est pas impossible qu'une empreinte du soleil ait pu être
obtenue par une transmission électrique. Il serait donc possible
d'accorder aux trois inventeurs le bénéfice du doute : il
ne s'agirait pas d'un canular mais d'une expérience précoce
et, évidemment, loin d'être aboutie, empreinte d'enthousiasme
et non dépourvue d'une certaine naïveté dans la communication.
sommaire
LE TELEPHOTE DE GEORGE RIGNOUX (1906-1914)
Le français Georges Rignoux,
originaire de Surgères (Charentes-Maritimes, près de La
Rochelle), a obtenu deux brevets en 1906 et un en 1908 proposant la description
d'un appareil de télévision (qu'il appelle toujours "téléphote")
utilisant une mosaïque de cellules de sélénium pour
capter l'image et un tambour de miroirs assez similaire à celui
proposé par Lazare Weiller en 1889. Les signaux de cet appareil
sont transmis en séquence vers le récepteur par un commutateur
en rotation. Le signal est alors envoyé par le biais d'une valve
lumineuse (cellule de Kerr) en réponse aux signaux reçus
des cellules. Cette valve module la lumière à partir d'une
lampe à arc. L'image est alors dirigée vers un tambour de
miroirs en rotation (qui a autant de facettes que de cellules) et est
affichée sur un écran de verre. Selon Albert Abramson (1995,
p.16), "il s'agit du véritable premier système de télévision
mécanique à avoir été construit et décrit".
Popularisé par un article dans le magazine L'illustration
en 1909, le téléphote de Rignoux semble avoir bénéficié
d'un retentissement international assez rapide, puisqu'il est cité
en 1910 dans un article du Kansas City Times. Le dispositif est présenté
à l'Académie des Sciences le 13 juillet 1914, moins d'un
mois avant l'éclatement de la Première Guerre mondiale.
Le 22 mai 1915, le Scientific American Supplement consacre sa couverture
et un article au téléphote amélioré de Rignoux,
indiquant que Rignoux a réussi à transmettre par ce système
les lettres de l'alphabet H, T, L et U. Les illustrations fournies suffisent
à illustrer les limites d'un appareil qui est probablement l'aboutissement
les plus avancé des propositions de Carey (1878-1880) de recourir
à des cellules de sélénium pour transmettre les images
à distance.
Le système de "flying spot" imaginé par Rignoux
sera par la suite utilisé par John Logie Baird ainsi que par Bélin
et Holweck (Abramson, 1995, pp. 56-57).
RIGNOUX, Georges, P.E., Demande de brevet le 10 février 1906 ,
Brevet accordé le 16 août 1906 (364 189)
RIGNOUX, Georges, P.E., Demande de brevet le 10 décembre 1906.
Brevet accordé le 10 février 1908. (382 535)
RIGNOUX, Georges, P.E., Demande de brevet le 20 mai 1908. Brevet accordé
le 5 octobre 1908 (390 435)
RIGNOUX, G., "Dispositif pour la vision à distance",
Comptes-Rendus de l'Académie des Sciences, Paris, 2ème semestre,
1914, p. 301 [La note a été présentée le 13
juillet 1914]
ARAPU, R., "The Telephotographic Apparatus of Georges Rignoux",
Scientific American Supplement, n°2055, 22 May 1915 cover and p.831.
1927 Appareil de télévision par tubes à vide.
Poste transmetteur du téléphote.
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