1892 : Suite de la déposition d'Alexander Graham Bell
dans le procès intenté par les États-Unis pour faire annuler les brevets Bell


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Les deux premiers brevets Bell sont exposés en fin de page ICI

Contre-interrogatoire 351. Je vous saurais gré d'expliquer pourquoi le diapason de Helmholtz ne produirait pas le même effet que l'une de vos barres plates, auxquelles vous faites référence. Pour cette explication, je suppose que, dans l'expérience évoquée, on remplace la barre plate par un diapason de Helmholtz, tous les autres éléments restant inchangés.
R : Je n'ai pas affirmé que le diapason de Helmholtz ne produirait pas le même effet ; j'ai simplement indiqué que cette expérience n'avait jamais été tentée, à ma connaissance. Ce que j'ai dit, en substance, c'est que même si le même effet devait se produire (ce qui relève évidemment de la pure spéculation, puisque l'expérience n'a jamais été réalisée), le diapason — en raison d'une surface trop réduite et d'une épaisseur ou profondeur trop importante — ne constituerait pas, contrairement à la plaque plate que j'ai utilisée en novembre 1873, un diaphragme métallique appliqué contre l'oreille lorsqu'on l'y presse.

Contre-interrogatoire. 352. Pouvez-vous me donner une idée de la différence de surface entre la face supérieure de l'un des plus grands diapasons récepteurs de Helmholtz et la face supérieure de la lame que vous avez utilisée dans vos expériences ? —
R. Je ne connais pas les dimensions des diapasons employés par Helmholtz, mais il ressort clairement de la configuration habituelle d'un diapason que plus la surface de la face supérieure de l'un de ses diapasons est grande, plus l'épaisseur de la branche doit être importante ; le rapport entre la surface et l'épaisseur étant, je suppose, sensiblement le même que pour les diapasons ordinaires que nous connaissons tous.
Je dirais que la face supérieure de la plaque plate utilisée lors de mes expériences de novembre 1873 mesurait environ six pouces de longueur sur environ un pouce de largeur, et je pense que son épaisseur était d'environ un trente-deuxième de pouce. Je ne prétends pas à une précision absolue, mais j'estime que ces dimensions donnent une assez bonne idée des caractéristiques de la plaque employée.

Contre-interrogatoire n° 353. Puisque je déduis de votre interrogatoire principal que vous avez mené des expériences assez approfondies sur l'épaisseur des membranes, je vous demanderai : quelle peut être l'épaisseur de la membrane d'un téléphone récepteur tout en permettant de transmettre à l'oreille une parole compréhensible ?
R. Il existe un rapport entre l'épaisseur et le diamètre d'une membrane adaptée à un téléphone électrique parlant. Ce rapport a été déterminé empiriquement grâce à de nombreuses expériences. On l'observe dans les membranes des téléphones électriques parlants actuellement en usage. Si l'on utilise des membranes d'un diamètre ordinaire mais plus épaisses que celles actuellement employées, on constate que chaque augmentation d'épaisseur nuit à l'intelligibilité de l'articulation en modifiant le caractère ou la qualité de la voix. Avec des membranes très épaisses de diamètre ordinaire, il se produit une sorte d'effet « Guignol » très désagréable. Par ailleurs, si l'on utilise des membranes de diamètre habituel mais plus fines, l'intelligibilité de la parole est également affectée ; un son creux et singulier altère l'articulation ; et avec des membranes très fines, l'effet produit donne l'impression que l'on parle la tête dans un tonneau ou une grotte. Enfin, supposons que vous utilisiez des membranes d'une épaisseur comparable à celles actuellement en usage, mais de diamètres différents : l'effet « Guignol » apparaît progressivement à mesure que l'on réduit le diamètre, tandis qu'un effet creux et résonnant se manifeste si l'on augmente ce diamètre. Je ne saurais dire exactement dans quelle mesure on peut augmenter l'épaisseur d'une membrane sans nuire à l'intelligibilité ; toutefois, tout écart par rapport au rapport entre le diamètre et l'épaisseur établi pour l'appareil commercial altère l'articulation et a un effet néfaste.

Contre-interrogatoire, 354. Je relève l'affirmation suivante dans l'ouvrage de Prescott sur le téléphone, que vous avez cité lors de votre interrogatoire principal :
« Dans les expériences que M. Bell a menées pour déterminer l'influence des divers éléments du téléphone sur les résultats obtenus, ainsi que leurs relations mutuelles lorsque l'on obtient les meilleurs effets, il a utilisé des plaques de fer de surfaces et d'épaisseurs variées, allant de la tôle de chaudière de trois huitièmes de pouce d'épaisseur jusqu'à la plaque la plus mince qu'il ait pu se procurer. Fait remarquable, il semble qu'aucune plaque ne soit trop mince ou trop épaisse pour cet usage, mais l'épaisseur idéale est celle de la plaque de ferrotype utilisée par les photographes.
La tôle étamée mince convient également très bien. »

Je trouve, au bas de la page du chapitre du livre contenant ce passage, une note de bas de page qui semble indiquer que ce texte est tiré de la *Westminster Review*, bien que je ne puisse l'affirmer avec certitude. Veuillez préciser si cette affirmation a été autorisée par vous ou non.
R. : J'ignore quelle est la source de cette affirmation, mais elle est essentiellement exacte. À la suite de la dernière phrase que vous avez citée — « Une fine plaque d'étain convient également très bien » — il est indiqué : « La plaque de fer est découpée en forme de disque d'environ deux pouces de diamètre », etc. Le fer pour ferrotypes et l'étain fin de ce diamètre conviennent très bien. Avec des plaques plus épaisses, il fallait augmenter le diamètre pour obtenir les meilleurs résultats, tandis qu'avec des plaques plus fines, il valait mieux réduire le diamètre. Toutefois, on pouvait faire varier considérablement le diamètre et l'épaisseur sans nuire à l'intelligibilité de la parole, bien que chaque modification affectât le caractère ou la qualité de l'articulation.

Contre-interrogatoire, question 355. Vos brevets n° 174 465 et n° 186 787 mentionnent-ils la longueur, la largeur ou l'épaisseur des membranes, ou bien l'un de ces brevets donne-t-il des indications quant aux dimensions des membranes ?
Rép. : Dans ces brevets, je n'avais pas l'intention de me limiter à des membranes d'une longueur, d'une largeur et d'une épaisseur particulières, car je savais que ces paramètres pouvaient varier dans de larges proportions ; et j'estimais que des instruments construits à partir des descriptions et des dessins de ces brevets, par des personnes compétentes dans les domaines concernés, permettraient de transmettre la parole articulée.
En ce qui concerne le brevet n° 174 465, je supposais que des membranes présentant le diamètre et l'épaisseur habituellement utilisés dans la fabrication des phonautographes et autres appareils de ce type conviendraient. En ce qui concerne le brevet n° 186 787, je supposais que tout ouvrier compétent comprendrait que l'embouchure située à l'extrémité du tube E, dans la figure 1, était destinée à couvrir la bouche et devait donc avoir approximativement la taille de l'embouchure habituelle utilisée sur les tubes acoustiques et les appareils de ce genre.
Fort de cette compréhension, il tirerait des dessins des figures 2 et 3 une idée suffisamment précise du diamètre et de l'épaisseur des membranes métalliques pour être en mesure de construire, sans autre description que celle fournie dans le mémoire descriptif lui-même, un téléphone électrique fonctionnel.

Contre-interrogatoire n° 356. Je déduis de votre dernière réponse que la membrane marquée A, dans la figure 2 de votre brevet n° 186 787, devait avoir une hauteur et une largeur correspondant environ à trois fois le diamètre d'un tube acoustique domestique ordinaire. Ma conclusion est-elle fondée sur votre témoignage ?
R.. Je ne prétends pas avoir voulu limiter la taille ou la surface. Je ne dis donc pas que la membrane métallique marquée A, dans la figure 2, doit nécessairement avoir les dimensions indiquées dans votre question. Je veux simplement dire que si elle était construite selon ces dimensions, elle fonctionnerait.

Contre-interrogatoire n° 837. Je vais poser la question sous une forme légèrement modifiée. Si la figure 2 avait été réalisée à une échelle dont l'unité de mesure aurait été une distance égale au diamètre de la partie cylindrique d'un tube acoustique domestique ordinaire, la membrane A aurait eu une hauteur d'environ trois unités de cette mesure et une largeur d'environ trois unités de cette mesure. « Ne serait-ce pas... »
R. J'y réfléchis. Je n'ai pas mesuré le dessin, mais j'estime que ce serait probablement inférieur à cela. À vue d'œil, cela semble représenter environ trois fois le diamètre du tube E et serait donc inférieur à trois fois le diamètre de l'embouchure.

Contre-interrogatoire n° 358. Au cours de vos recherches en acoustique, avez-vous déjà eu l'occasion de vérifier le diamètre habituel de la partie cylindrique d'un tube acoustique domestique ordinaire ?
R. Je ne crois pas l'avoir réellement mesuré. J'en ai simplement le souvenir général, que nous partageons tous, quant aux dimensions habituelles de ce type de tube.

Contre-interrogatoire n° 359. Avez-vous déjà, jusqu'à présent, utilisé le fer-blanc ordinaire du commerce comme membrane pour un transmetteur ou un récepteur téléphonique ?
R. Oui. J'ai utilisé le fer-blanc ordinaire du commerce,auquel je suppose que vous faites allusion.

Contre-interrogatoire n° 360. À quand remonte, de mémoire, la première utilisation d'un fil de fer étamé ordinaire, comme diaphragme pour un émetteur ou un récepteur ? Pour répondre à cette question, vous n'êtes pas limité aux téléphones électriques.
R. Je ne sais pas. Il ne m'est jamais venu à l'esprit de distinguer le fer étamé du fer non étamé, et je ne peux plus comparer les expériences réalisées avec le fer étamé du commerce à celles réalisées avec des feuilles de fer non étamées ; car, bien sûr, ces expériences ont eu lieu il y a de nombreuses années.

Contre-interrogatoire 361. Du fait qu'il ne vous est jamais venu à l'esprit de distinguer si le fer était étamé ou non, je conclus que cela ne change rien, pour l'utilisation des diaphragmes téléphoniques, que le fer soit étamé ou non. Ai-je raison ?
R. Je ne pense pas que cela fasse une grande différence.

Contre-interrogatoire 362. Cela fait-il une quelconque différence ?
R. Je suis sûr de ne pas savoir.

Contre-interrogatoire 363. Vous dites, en réponse à la contre-interrogatoire 352, que vous pensez que l'extérieur de la plaque plate utilisée dans vos expériences de novembre 1873 avait une longueur d'environ six pouces, d'une largeur d'environ un pouce et d'une épaisseur d'environ un trente-deuxième de pouce. Cette plaque figure-t-elle sur les dessins que vous avez mentionnés lors de votre interrogatoire principal ? Je joins à cette question les dessins faisant partie de votre déclaration préliminaire sur les interférences télégraphiques harmoniques.
R. De telles plaques sont représentées sur les figures 5 et 7 des dessins de ma déclaration préliminaire sur les interférences télégraphiques harmoniques. Le mode de montage de la plaque, sous la forme d'un appareil appliqué contre l'oreille lors de mes expériences de novembre 1873, est décrit dans ma présente déposition en réponse à la question 22. J'ai décrit et représenté cet appareil dans l'affaire Dowd, en réponse à la question 18, où j'ai déclaré : « Je vais maintenant faire un dessin de mon appareil de réception préféré de novembre 1873. » Je joins ici une copie du dessin auquel il est fait référence.

Contre-interrogatoire n° 364. Votre déclaration préliminaire concernant les interférences relatives au télégraphe harmonique est datée de l'Université de Boston, le 27 avril 1876 ; et la déclaration sous serment qui y est annexée est datée du 15 mai 1876. Cette déclaration préliminaire a-t-elle été préparée entre la date du 27 avril 1876 et celle de sa prestation de serment, le 15 mai 1876 ?
R. Je me fonde uniquement sur la date figurant sur le document lui-même pour juger du moment de sa préparation. Je présume donc qu'elle a été préparée le 27 avril 1876 ou avant cette date, et que la déclaration sous serment a été faite le 15 mai 1876. Je n'ai aucun souvenir de la date en dehors de ce qu'indique le document.

Contre-interrogatoire n° 365. Vous souvenez-vous combien de temps après la déclaration officielle des interférences relatives au télégraphe harmonique vous avez commencé à préparer la déclaration préliminaire qui a été versée au dossier ?
R. La procédure d'interférence concernant le télégraphe harmonique a été officiellement déclarée, pour ce qui est de ma demande du 25 février 1875, le 16 février 1876. Ma déclaration préliminaire a été signée à l'Université de Boston le 27 avril 1876, et la déclaration sous serment a été faite le 15 mai 1876.

Contre-interrogatoire. 366. « La date — Boston University, 27 avril 1876 — indique donc, je suppose, le moment où la déclaration préliminaire a été achevée, n’est-ce pas ? » ;
Rép. « Je le présume, mais je ne dispose d’aucune autre source d’information que le document lui-même. Je ne me souviens de rien à ce sujet indépendamment de cela. »

Contre-interrogatoire 367. « Dans cette déclaration préliminaire relative aux interférences harmoniques, vous dites :
"Les expériences entreprises à Boston durant l’hiver 1872-1873 portaient plus particulièrement sur les moyens mécaniques de transmettre les vibrations. Je connaissais l’appareil de Helmholtz destiné à la production artificielle de sons vocaliques, et toutes mes expériences antérieures étaient calquées sur les siennes. Les figures 1 et 2 illustrent la première forme d’appareil construite rue West Newton." »
D'après votre déclaration et l'examen de ces figures, je conclus que l'appareil illustré sur les figures 1, 2 et 3 fonctionnait exactement de la même manière que celui de Helmholtz, à cela près, peut-être, qu'un seul diapason récepteur était utilisé au lieu de deux ou davantage ; est-ce exact ?
R. Il n'était pas exactement identique. Il en différait sensiblement par l'emploi d'un manipulateur télégraphique dont l'actionnement permettait à l'appareil récepteur d'émettre des signaux musicaux longs ou courts, semblables aux points et aux traits de l'alphabet Morse. Pour le reste, j'estime que le mode de fonctionnement était essentiellement similaire à celui de l'appareil de Helmholtz, bien que différant considérablement dans les détails.

Figures 1, 2 et 3



Contre-interrogatoire n° 368. Tout appareil de Helmholtz — comme, par exemple, celui présenté lors de votre conférence à Londres — peut servir de télégraphe harmonique pour transmettre les signaux de l'alphabet Morse, simplement en établissant et en interrompant le circuit selon la méthode habituelle des télégraphistes, n'est-ce pas ?
R. Peut-être, mais je l'ignore. Je ne comprends pas suffisamment le fonctionnement de la partie émettrice de l'appareil pour pouvoir me prononcer à ce sujet. Il se peut que l'ouverture du circuit provoque l'arrêt des vibrations du diapason émetteur et que la fermeture du circuit ne suffise pas à le remettre en vibration sans une impulsion mécanique initiale. Comme je ne saisis pas parfaitement les dispositions électriques associées au diapason émetteur, je ne peux trancher la question. Helmholtz ne semble pas avoir prévu de dispositif permettant d'établir et d'interrompre le circuit de la manière envisagée. J'ai utilisé un manipulateur télégraphique, et cet élément était indispensable à mon invention.

Contre-interrogatoire n° 369. L'appareil illustré à la figure 3 diffère-t-il en quoi que ce soit de l'appareil de Helmholtz, si ce n'est par l'introduction d'une clé dans le circuit ? Le but de cette question est de me permettre de mieux comprendre votre déclaration concernant les interférences dans la télégraphie harmonique, dans laquelle vous dites :
« Je connaissais l'appareil de Helmholtz pour la production artificielle de sons vocaliques, et toutes mes expériences antérieures étaient calquées sur les siennes. »
Je précise que j'utilise l'expression « appareil de Helmholtz » dans son sens générique, pour désigner le circuit comportant un diapason interrupteur faisant office d'émetteur et un ou plusieurs diapasons faisant office de récepteur(s)».
R. Il existe de nombreuses différences dans les détails de construction et dans le mode de connexion au circuit ; mais j'estime que lorsque la clé K, figurant sur la figure 3 de ma déclaration préliminaire sur les interférences dans la télégraphie harmonique, est enfoncée de manière à placer l'émetteur et le récepteur dans le même circuit voltaïque, il existe une similitude substantielle dans le mode de fonctionnement.

Contre-interrogatoire n° 370. Vous dites également, dans la déclaration préliminaire concernant les interférences dans la télégraphie harmonique :
« Vers le mois de novembre 1873, un article intitulé "The Acoustic Telegraph" [Le télégraphe acoustique], publié dans "The Wonders of Electricity" [Les merveilles de l'électricité], m'a conduit à remplacer les diapasons par des lames d'acier dans mes expériences de télégraphie. Deux instruments émetteurs et deux instruments récepteurs (dont je possède encore des exemplaires sous leur forme originale) ont été fabriqués sur le modèle de ceux illustrés à la figure 5. Ils étaient disposés dans le circuit comme le montre la figure 6. »

Auriez-vous l'amabilité d'indiquer quel élément de l'article intitulé « The Acoustic Telegraph » vous a amené à remplacer les diapasons par des lames d'acier ?
R. L’article mentionné concernant « le télégraphe acoustique » figurait dans un ouvrage intitulé *Wonders of Electricity* (Les Merveilles de l’électricité), traduit du français de J. Baile et publié à New York en 1872 (pages 140-143). J’ai actuellement sous les yeux un exemplaire original de ce livre. Ce même article sur « le télégraphe acoustique » constitue la pièce n° 58 des documents dits « publications de Reis », qui, sauf erreur de ma part, ont été versés au dossier de la présente affaire. Le passage précis de l’article qui m’a conduit à remplacer les diapasons par des lames d’acier est le suivant :
« Une lame vibrante produit un son et, selon la rapidité des vibrations, ces sons sont aigus ou graves. À chaque vibration, la lame entre en contact avec une petite pointe placée devant elle ; ce contact suffit à envoyer le courant dans la ligne. Lorsque la lame cesse de vibrer et revient à sa position d’équilibre, elle ne touche plus la pointe métallique et le courant est par conséquent interrompu. On obtient ainsi une série d’interruptions plus ou moins rapides selon le son, le courant étant envoyé dans la ligne et interrompu à chaque vibration.
À l’extrémité de la ligne, le courant pénètre dans un électro-aimant qui attire une autre lame vibrante, de dimensions et de qualité identiques à la première. Attirée et repoussée très rapidement — avec une précision et une rapidité égales à celles de la lame susmentionnée —, cette seconde lame émet un son de même valeur musicale que le premier, puisque le nombre de vibrations par seconde est identique dans les deux cas. »
C’est la lecture du passage cité ci-dessus qui m’a amené à remplacer les diapasons par des lames d’acier. Un modèle d’appareil, construit en novembre 1873 en s’inspirant de ce passage, est représenté à la figure 5 de ma déclaration préliminaire dans le cadre de la procédure d’interférence relative au télégraphe harmonique. La figure 7 représente un transmetteur, également construit à peu près à la même époque, dans lequel la plaque établissait et rompait le contact avec une pointe métallique. Des instruments de conception similaire à ceux de la figure 7, mais dépourvus de pointe métallique, furent également utilisés comme récepteurs en novembre 1873. J'ai fourni un dessin d'un tel instrument récepteur dans ma réponse à la contre-question n° 368.

Contre-interrogatoire n° 871. L'appareil illustré à la figure 5 de votre déclaration préliminaire, dans l'affaire des interférences concernant le télégraphe harmonique, diffère-t-il en quoi que ce soit de l'appareil dont vous venez de donner la description ?
R. Oui. Il en diffère par l'emploi d'un manipulateur télégraphique dont l'actionnement permet de faire émettre par le récepteur des signaux musicaux longs ou courts, correspondant aux points et aux traits de l'alphabet Morse. L'instrument émetteur est également d'une conception différente de celui mentionné dans le passage en question.

Contre-interrogatoire n° 312. L'instrument émetteur représenté à la figure 5 diffère, si je vous comprends bien, de l'instrument émetteur décrit dans l'article, en ce qu'il utilise le dispositif de rupture de circuit de Helmholtz, tel que vous l'avez décrit précédemment. Est-ce exact ?
R. Non. On utilise une lame et non un diapason ; toutefois, en vibrant, la lame amène un fil vertical à établir et à rompre le contact avec du mercure, comme dans l'appareil de Helmholtz.

Contre-interrogatoire n° 313. Les dispositifs de rupture de circuit tels que ceux que vous avez décrits dans votre dernière réponse étaient couramment utilisés par les physiciens avant même que l'appareil de Helmholtz ne soit rendu public, n'est-ce pas ?
R. Je l'ignore.

Contre-interrogatoire n° 314. Pour poursuivre la lecture de l'article intitulé « Les Merveilles de l'électricité » là où vous vous étiez arrêté, voici le texte qui suit :
« Si ce procédé venait à être perfectionné, il serait possible de transmettre le son au moyen du télégraphe, de transmettre une série de sons, un air, ou une phrase parlée ainsi qu'une conversation. Toutefois, ce résultat n'a pas encore été atteint. De nombreuses expériences ont été réalisées, le principe a été appliqué de diverses manières, et tout porte à croire que nous parviendrons un jour à un système parfait de télégraphie acoustique. Des progrès considérables ont déjà été accomplis sur la voie du succès. On a disposé une série de lames vibrantes comparables aux cordes d'une harpe ; chacune d'elles entre en vibration lorsqu'elle est sollicitée par un son spécifique et transmet un courant électrique destiné à reproduire, à l'autre extrémité de la ligne, les mêmes vibrations sur une lame correspondante ou, en d'autres termes, à produire le même son. »
L'appareil décrit à la figure 6 de votre exposé préliminaire sur les « Interférences harmoniques » diffère-t-il de l'appareil décrit dans le paragraphe que je viens de lire ?
R. Je pense qu'il y a une différence très substantielle. Il n'est fait aucune mention ni allusion à l'objectif même du dispositif illustré à la figure 6, à savoir : la transmission simultanée, sur un fil unique, de deux ou plusieurs messages télégraphiques distincts sans interférence mutuelle. Il n'est pas non plus fait mention ou allusion à certains des dispositifs représentés à la figure 6, qui faisaient partie intégrante de mon invention ; je fais référence à la combinaison, avec les appareils de transmission, de manipulateurs télégraphiques permettant de relier les émetteurs au fil de ligne selon les besoins et d'émettre des signaux musicaux longs et courts correspondant aux points et aux traits du code Morse.

Contre-interrogatoire n° 375. Lorsque l'expression « une série de lames vibrantes » est employée dans le paragraphe que j'ai cité, comprenez-vous qu'il s'agit des mêmes lames vibrantes que celles décrites dans le paragraphe que vous avez cité ?
R. Je ne sais pas.

Contre-interrogatoire n° 376. En appliquant à vos expériences les informations contenues dans l'article intitulé « Wonders of Electricity » (Les Merveilles de l'électricité), aviez-vous compris à quel appareil particulier cet article faisait référence ?
Rép. Non, je ne l'avais pas compris.

Contre-interrogatoire n° 377. Je remarque, d'après une lettre de l'examinateur figurant dans le dossier de votre demande déposée le 25 février 1875, qu'il est fait référence à une description parue dans les *Comptes rendus* de 1860 (tome 50, p. 692) ainsi qu'au brevet anglais n° 1775 de 1863. L'appareil mentionné par l'examinateur était-il le même que celui évoqué dans « Wonders of Electricity » ?
R. Je ne saurais le dire. J'ignore précisément de quel appareil il était question dans l'article intitulé « Les Merveilles de l'électricité », mais je suis porté à croire qu'il s'agissait de l'appareil de l'abbé Laborde. D'après ma conférence du 10 mai 1876 devant l'Académie américaine des arts et des sciences, je constate que les expériences de Laborde sont publiées dans les *Comptes rendus* (vol. 50, p. 692) ainsi que dans *Cosmos* (vol. 17, p. 514). J'ai pris connaissance des recherches de Laborde très peu de temps avant le 10 mai 1876.

Contre-interrogatoire n° 318. Un brevet vous a-t-il jamais été délivré sur la base de votre demande du 25 février 1875, laquelle a été produite comme pièce à conviction ?
R. Mes inventions de télégraphie multiple ont fait l'objet de trois demandes distinctes : l'une déposée le 25 février 1875, une autre le 6 mars 1875 et la troisième le 10 mars 1875. La deuxième de ces demandes a abouti à la délivrance du brevet n° 161 739, daté du 6 avril 1875. Ce brevet ainsi que les deux autres demandes ont fait l'objet d'une procédure de conflit d'antériorité (*interference*) avec Elisha Gray. Tous les points du litige ont été tranchés en ma faveur, mais aucun brevet n'a été délivré pour les demandes du 25 février 1875 et du 10 mars 1875.

Contre-interrogatoire n° 379. Je comprends, d'après vos propos et les documents mentionnés lors de votre interrogatoire principal, que Helmholtz utilisait un seul transmetteur à rupture de circuit et deux récepteurs accordés (ou plus) de hauteurs tonales différentes dans son appareil. L'appareil représenté sur la figure 6 diffère-t-il de celui de Helmholtz, si ce n'est par l'utilisation de deux transmetteurs à rupture de circuit ? Il va sans dire que chacun d'eux est muni d'une pile.
R. Oui. L'appareil représenté sur la figure 6 diffère considérablement de celui de Helmholtz, indépendamment même du fait qu'il comporte deux transmetteurs de conception différente de ceux de Helmholtz, chacun étant équipé d'une pile distincte et d'un manipulateur télégraphique. Il existe une autre différence fondamentale et très importante, dont dépend d'ailleurs le bon fonctionnement du système de télégraphie multiple illustré par la figure 6.
Cette différence réside dans le fait que les hauteurs tonales des instruments récepteurs sont réglées les unes par rapport aux autres de telle sorte que les impulsions électriques émises par l'un des transmetteurs provoquent une vibration puissante dans l'un des récepteurs, et un seul. Dans l'appareil de Helmholtz, tous les instruments récepteurs, bien que de hauteurs tonales différentes, réagissaient à un seul transmetteur. Dans l'appareil de Helmholtz, les sons musicaux produits par les récepteurs étaient des harmoniques de celui produit par le diapason émetteur. Dans le mien, ce n'était pas le cas.

Contre-interrogatoire n° 380. Dans votre réponse au contre-interrogatoire n° 377, vous avez fait référence à un appareil de M. l’abbé Laborde ainsi qu’aux expériences de Laborde publiées dans les *Comptes rendus* et dans *Cosmos*. Voulez-vous bien donner une description, soit sommaire, soit détaillée — au choix —, de cet appareil de M. l’abbé Laborde ?
R. Il y a bien des années que j'ai lu le récit des expériences de Laborde, et je ne me souviens plus de rien à leur sujet, si ce n'est que j'avais été frappé par l'idée que le passage tiré de *Les Merveilles de l'électricité* — que j'ai cité en réponse à la contre-question 870 et que j'avais lu bien auparavant — faisait référence aux expériences de Laborde. Si vous souhaitez plus d'informations, je serai heureux de consulter l'article dans l'une des bibliothèques d'ici et de rafraîchir ma mémoire concernant les recherches de Laborde.

Contre-question 381. Je déduis de votre réponse à la contre-question 378 que vous connaissiez l'appareil de l'abbé Laborde quelque temps avant le 10 mai 1876, ainsi qu'avant la rédaction de votre communication présentée devant l'Académie américaine des arts et des sciences. Êtes-vous en mesure d'indiquer, avec précision ou approximativement, à quel moment vous avez pris connaissance pour la première fois de l'appareil de Laborde ?
R : Je peux seulement affirmer avec certitude que, dans ma communication du 10 mai 1876, j'ai fait référence aux expériences de Laborde dans une note de bas de page. J'ignore si j'avais réellement lu l'article avant cette date. Tout ce que je peux dire, c'est que j'en avais trouvé mention et que je l'ai donc signalé dans mon texte. Mon intention, dans cette communication, était de communiquer au public toutes les informations que je possédais moi-même sur les recherches d'autrui concernant la téléphonie électrique ; j'ai ainsi renvoyé aux écrits d'autres personnes, indépendamment du fait que, dans de nombreux cas, je n'avais pas lu les articles auxquels ils faisaient référence. J'ajoute que je n'étais pas en mesure de lire les articles en allemand mentionnés dans le texte original. Je ne saurais dire aujourd'hui si j'ai lu l'article de Laborde avant ou après le 10 mai 1876 ; mais si ce fut avant, ce fut très peu de temps avant cette date, et alors que je rassemblais des références en vue de la communication que j'ai présentée devant l'American Academy of Arts and Sciences.

Contre-interrogatoire 382. Auriez-vous l'amabilité de distinguer, si vous le pouvez, parmi les publications imprimées citées ou mentionnées dans votre conférence devant l'American Academy, celles que vous aviez consultées ou lues de celles que vous n'aviez ni consultées ni lues ?
R. Dans mon exposé du 10 mai 1876, j'ai cité ou fait référence à des publications imprimées des personnes suivantes : Page, Marrian, Beatson, Gassiot, De la Rive, Matteucci, Guillemin, Wertheim, Wartmann, Janniar, Joule, Laborde, Legat, Reis, Poggendorff, Du Moncel, Delezenne, Ferguson, Elisha Gray, Paul La Cour, Helmholtz, le chanoine Gottoin de Coma, Gore, Sullivan et Koenig.
J'ai également fait allusion à tous les articles anonymes traitant de la production de son par des moyens électriques dont j'avais trouvé mention. Je ne saurais aujourd'hui distinguer les articles que j'ai lus avant le 10 mai 1876 de ceux que j'ai lus après. Comme je l'ai indiqué, je n'étais pas en mesure de lire les articles allemands dans le texte original ; en revanche, je n'ai éprouvé que très peu de difficulté avec le français. Il me semble n'avoir lu qu'un très petit nombre des articles mentionnés avant le 10 mai 1876. Peu de temps avant cette date, et en vue de préparer mon exposé, j'ai commencé à rechercher des articles relatifs à la production de son par des moyens électriques, et je me souviens avoir été surpris par le nombre de références que j'ai pu trouver.
Après le 10 mai 1876, j'ai tenté de retrouver les articles eux-mêmes que je ne connaissais pas, afin de les étudier. Plus tard — sans pouvoir préciser la date exacte —, j'ai fait traduire bon nombre de ces articles allemands pour en comprendre le contenu. Je puis ajouter qu'à un moment ou à un autre, j'ai lu, soit dans le texte original, soit en traduction, la quasi-totalité des articles mentionnés dans ma conférence du 10 mai 1876 ; mais un très grand nombre d'entre eux ne m'ont été accessibles que des années après la délivrance de mes deux brevets, n° 174 465 et n° 186 787.

Contre-interrogatoire n° 383. Pouvez-vous distinguer les publications imprimées qui vous étaient accessibles avant les dates de vos deux brevets de celles que vous n'avez pu obtenir qu'après la délivrance des brevets ?
R. Je ne peux le faire qu'en précisant qu'en règle générale, les articles en anglais ou en français m'étaient accessibles, alors que ceux en allemand ne l'étaient pas.

Contre-interrogatoire n° 384. Voulez-vous dire qu'en règle générale, les articles en anglais et en français vous étaient accessibles avant les dates de vos deux brevets ?
Rép. Ils m'étaient accessibles, dans le sens où je pouvais les lire et les comprendre. Toutefois, je crois qu'il y a eu des cas où je n'ai pas pu trouver les ouvrages mentionnés dans les bibliothèques de Boston et où j'ai donc dû les rechercher ailleurs, à une date postérieure à celle de mon brevet du 30 janvier 1877.
Je peux dire qu'avant la délivrance de mon brevet du 7 mars 1876, je connaissais très mal la littérature relative à la production de sons par des moyens électriques.

Contre-interrogatoire n° 385. Je remarque que vous avez pris grand soin d'indiquer le numéro du volume, le numéro de la page et la date de publication des ouvrages auxquels vous avez fait référence lors de votre conférence devant l'Académie américaine. Avez-vous relevé ces numéros de volume et de page ainsi que ces dates directement dans les ouvrages originaux conservés en bibliothèque ?
R. Dans très peu de cas. Je crois en avoir tiré un très grand nombre de l'*Encyclopädie der Physik* de Kuhn.

Contre-interrogatoire n° 386. Vous avez parlé de l'obtention de traductions en allemand. Voudriez-vous avoir l'amabilité d'indiquer quels sont les extraits qui ont été traduits pour vous et, aussi précisément que possible, à quel moment ces traductions ont été réalisées ?
R. Je ne saurais le dire avec précision. À une époque postérieure à la délivrance de mon brevet du 30 janvier 1877, j'ai souhaité me familiariser avec la littérature traitant de la téléphonie électrique. J'ai fait traduire la quasi-totalité des articles étrangers mentionnés dans mon mémoire du 10 mai 1876 — du moins les articles en allemand — et j'ai fait réaliser des copies manuscrites des articles en français et en anglais. Je ne peux pas préciser la date davantage, si ce n'est pour dire que cela s'est produit après le 30 janvier 1877. Je pense que la plupart des traductions ont été effectuées après mon mariage, le 11 juillet 1877, et qu'un grand nombre d'entre elles ne l'ont été que bien plus tard. Je crois que certaines n'ont été réalisées qu'en 1879 ou 1880.

Contre-interrogatoire n° 387. Qui a réalisé les premières traductions mentionnées dans votre dernière réponse, et où ont-elles été effectuées ?
R. Je ne saurais dire, à l'heure actuelle, qui a réalisé les traductions en question. Elles ont été effectuées à des époques différentes et par des personnes différentes. J'ai moi-même réalisé certaines des traductions depuis le français. Quant au lieu, certaines ont été faites dans ce pays — à Boston et à Washington — et d'autres en Angleterre.

Contre-interrogatoire n° 388. Quand êtes-vous allé à l'étranger pour la première fois après votre arrivée en Amérique en 1870, comme vous l'avez déclaré ?
R. Vers le 4 août 1877.

Contre-interrogatoire n° 89. Il s’agissait bien du voyage à l’étranger auquel vous avez fait allusion lors de votre interrogatoire principal, n’est-ce pas ?
R. Oui. Le premier voyage à l’étranger, de l’autre côté de l’Atlantique ; je ne suppose pas que vous qualifiiez le Canada d’« étranger » dans ce contexte.

Contre-interrogatoire n° 590. J’en déduis donc que les traductions, dont vous dites qu’elles ont été réalisées à Boston et à Washington, ont été effectuées avant le 4 août 1877 ; est-ce exact ?
R. La plupart d’entre elles ont été réalisées après. Il est possible que certaines aient été faites à Boston avant cette date, mais je ne peux pas en être certain aujourd’hui. Celles réalisées à Washington l’ont certainement été après.

Contre-interrogatoire n° 391. Dans la conférence que vous avez donnée devant l’Académie américaine susmentionnée, vous avez parlé d’Elisha Gray et avez fait la référence suivante en note de bas de page : « Elisha Gray. Spécification de brevet anglais n° 974. Voir *Engineer*, 26 mars 1875. » Quand avez-vous pris connaissance pour la première fois de ce brevet anglais d’Elisha Gray ?
R. Je ne sais pas avec certitude si j’ai jamais pris connaissance du brevet en question. Au vu de la note de bas de page figurant dans mon exposé du 10 mai 1876, je suis porté à croire que j’avais vu un article de l’*Engineer* du 26 mars 1875 faisant allusion à ce brevet. Il se peut que j’aie vu ou non la spécification du brevet elle-même ; je suis certain de ne pas pouvoir l’affirmer aujourd’hui.

Contre-interrogatoire n° 392. Dans votre conférence du 10 mai 1876 devant l’Académie américaine, vous mentionnez également Elisha Gray en ces termes : « Elisha Gray a aussi produit des effets audibles en faisant passer de l’électricité induite à travers le corps humain. » Et dans une note de bas de page, vous mentionnez : « Elisha Gray. Brevet anglais n° 2646. Voir *Engineer*, 14 août 1874. » Quand avez-vous vu pour la première fois ce brevet anglais d'Elisha Gray, le n° 2646 ?
R. : Je ne suis pas certain d'avoir jamais vu le descriptif du brevet en question. Je suppose, d'après la note de bas de page susmentionnée, que mes informations provenaient de l'« Engineer » du 14 août 1874. Je puis dire que, dans ce cas comme dans le précédent, je suis tout à fait certain que si j'ai vu les descriptifs de brevet mentionnés, ce fut après le 10 mai 1876. Je ne doute pas un instant que les informations que j'ai intégrées dans mon exposé du 10 mai 1876 provenaient directement de l'« Engineer ».

Contre-interrogatoire n° 3983. Étiez-vous abonné à la revue « The Engineer » durant les années 1874 et 1875, ou la consultiez-vous régulièrement au cours de ces années ?
R. : Non. Je n'ai jamais été abonné à « The Engineer » et ne l'ai jamais consultée régulièrement.

Contre-interrogatoire n° 394. Vous avez déclaré que le professeur Cross a attiré votre attention sur Reis. A-t-il attiré votre attention sur des publications imprimées relatives aux appareils de Reis ?
R. : Je ne sais pas, mais je trouve très probable qu'il l'ait fait.

Contre-interrogatoire n° 395. Vous souvenez-vous du moment où quelqu'un a attiré votre attention pour la première fois sur les publications concernant Reis ?
R. : Je ne sache pas que quelqu'un d'autre que moi ait attiré mon attention sur les publications concernant Reis. Il est toutefois très possible — voire probable — que le professeur Cross ou le professeur Pickering m'aient communiqué des références à des articles traitant du téléphone de Reis. Si tel a été le cas, je ne me souviens pas précisément des circonstances ; quoi qu'il en soit, j'ai certainement découvert par moi-même des références à des publications sur Reis lors de la préparation de ma communication du 10 mai 1876, voire antérieurement.

Contre-interrogatoire n° 396. Parmi les publications imprimées mentionnées dans votre conférence du 10 mai devant l'American Academy, veuillez désigner celles qui ont trait à Reis ou à son appareil.
R. : Celles qui concernent spécifiquement Reis sont indiquées comme suit : sous la rubrique Reis : « Téléphonie. » Polytech. Journ., CLXVIII, p. 185 ; Böttger's Notizbl., 1863, n° 6 ; et sous la rubrique Legat : « Brix. Z. S., IX, p. 125 ». Je pense qu'un certain nombre d'articles classés sous d'autres noms contenaient également des références aux expériences de Reis, mais je ne suis pas en mesure de les identifier actuellement sur la seule base de ces références.

Contre-interrogatoire n° 397. Sous la rubrique « Poggendorff », vous faites référence à deux volumes des *Poggendorffs Annalen*. À quel sujet précis
entendiez-vous faire référence dans ces volumes ?
R. Les *Poggendorffs Annalen* sont une revue scientifique. Les chiffres romains indiquent le numéro du volume, et les chiffres arabes la page. Je ne saurais dire à quel sujet précis ces références renvoient sans consulter la revue elle-même. Avant de rédiger mon document du 10 mai 1876, j'avais probablement trouvé une
référence à ces articles dans les *Poggendorffs Annalen*, indiquant qu'ils avaient un lien avec la production de sons par des moyens électriques ; j'ai donc recopié ces références dans mon document.

Contre-interrogatoire n° 3598. La plainte déposée dans le cadre du procès en équité intitulé *Harmonie Telegraph Co. et al. c. New England Telephone Co.*, qui a été versée au dossier de la présente affaire, allègue la contrefaçon de certaines lettres patentes initialement accordées à Elisha Gray le 27 juillet 1875, puis réémises en deux divisions le 28 janvier 1879 ; lesdites divisions portant respectivement les numéros 8558 et 8559. J'ai déjà attiré votre attention sur ce procès, et je vous demande maintenant si le fait que j'évoque les brevets de Gray ravive, dans une certaine mesure, vos souvenirs à ce sujet.
R. Non. Je ne pense pas avoir jamais eu la moindre connaissance personnelle de ce procès. Mes brevets et les sociétés constituées sur leur base ont été impliqués dans un certain nombre de procès dont j'ignore tout, personnellement. Pour autant que je m'en souvienne, le procès en question fait partie de ceux dont j'ignore tout. Je n'aurais même pas su qu'une telle action en justice avait été intentée — ni par mes propres souvenirs ni par mes connaissances — si vous ne l'aviez pas mentionnée. Je n'ai pas conscience d'avoir jamais pris connaissance d'éléments de preuve relatifs à cette affaire, sauf dans la mesure où vous les auriez portés à ma connaissance.

Contre-interrogatoire. 399. Savez-vous si le brevet américain de Gray, auquel j'ai fait référence dans ma dernière question, portait sur le même objet que les brevets anglais de Gray que vous avez mentionnés lors de votre conférence devant l'Académie des arts, le 10 mai 1876 ?
R. : Non. Je suis certain de l'ignorer.

Contre-interrogatoire 400. Avez-vous déjà eu l'occasion d'examiner ces brevets américains de Gray, auxquels mes deux dernières questions faisaient référence ?
R. : Non, sauf peut-être pour les avoir lus. Je n'ai ni étudié, ni approfondi, ni examiné attentivement aucun des brevets américains de M. Gray. Il se peut que je les aie lus en entier, mais je ne saurais dire si j'ai même lu les brevets spécifiques dont vous parlez sans les consulter à nouveau.

Contre-interrogatoire 401. À quel moment avez-vous vu pour la première fois une publication imprimée concernant l'appareil de Reis ?
R. : Je ne saurais le dire avec certitude. Toutefois, je suis intimement convaincu que j'ignorais tout des expériences de Reis avant le 26 novembre 1874. Peu de temps après cette date, le professeur Cross m'a parlé du téléphone musical de Reis ; il est possible qu'il m'ait alors renvoyé à une publication imprimée, mais je ne le sais pas. Je suis porté à croire que ma première lecture de publications relatives aux recherches de Reis remonte à une époque proche de celle de ma communication devant l'Académie américaine, le 10 mai 1876.

Contre-interrogatoire 402. Lorsque le professeur Cross vous a décrit l'appareil de Reis, comme vous l'avez indiqué dans votre réponse précédente, a-t-il eu recours à des illustrations, des gravures, des dessins ou des documents imprimés quelconques ?
R. : Je ne sais pas. Mes souvenirs concernant les détails de cette conversation sont très vagues. Je me souviens simplement qu'on m'a dit que Reis avait réalisé, pour l'essentiel, ce que j'ai découvert le 26 novembre 1874. Ce fait a marqué ma mémoire.
Je me souviens aussi que le récepteur de Reis m'a été montré à l'Institut de technologie, sur une étagère quelconque. Je suppose que le téléphone de Reis et son fonctionnement m'ont été décrits à l'époque, mais je ne parviens plus à distinguer les connaissances qui m'ont été transmises à cette occasion de celles que j'ai acquises par la suite. J'aimerais pouvoir être plus précis dans ma réponse, mais mes souvenirs concernant les détails de la conversation sont vagues.

Contre-interrogatoire n° 403. Je vous invite à consulter le volume contenant les publications de Reis, auquel vous avez fait référence, et à choisir, si vous le pouvez, un appareil semblable à celui qui vous a été montré à l'Institut de technologie, comme vous l'avez indiqué dans votre réponse précédente.
R : Je ne pense pas qu'aucun des dessins soit similaire à l'instrument qui m'a été présenté à l'Institut de Technologie.
L'instrument de réception présenté dans le « n° 26, Circulaire de Reis d'août 1863 » lui ressemble quelque peu, mais je ne crois pas qu'il y ait eu de boîte à sons ou de manipulateur télégraphique attaché à l'instrument. Vers le 2 mars 1875, j'ai vu l'appareil représenté sur ce dessin, émetteur et récepteur, à la Smithsonian Institution, à Washington. Si je me souviens bien, la bobine du récepteur ne dépassait pas six pouces de longueur, mais la bobine du récepteur qui m'a été présenté à l'Institut de Technologie dépassait largement ces dimensions (Cross-Int, p. 404). Le dessin du récepteur Reis auquel vous faites référence est sensiblement similaire à celui illustré dans le volume 126 des U.S. Reports, page 100, n'est-ce pas ?
R. : Je pense qu'il est sensiblement similaire. Le dessin exact, cependant, se trouve à la page 60 * du même volume que vous avez mentionné. Cross-I. 405. Le professeur Cross a témoigné dans cette affaire comme suit :
« Q. 148. Avez-vous déjà utilisé un récepteur Reis en circuit avec un émetteur quelconque ?
[Objection : question non pertinente et sans rapport avec les questions soulevées par les plaidoiries dans cette affaire.]
R. J’ai utilisé un récepteur Reis en circuit avec un émetteur-microphone, l’émetteur Blake ordinaire, si je me souviens bien.
Q. 149. Veuillez donner les résultats de cette expérience.
[Même objection.]
R. J’ai pu, avec soin, reproduire une parole articulée avec un récepteur connecté comme décrit.
Q. 150. Veuillez indiquer si vous trouvez ou non une reproduction ou une description du récepteur Reis que vous avez utilisé dans cette expérience dans le volume 126 des U.S. Reports.
[Même objection.]
R. Il y a une reproduction à la page 100, le récepteur est à la droite de la reproduction. » }
Quand, et si jamais, le professeur Cross a-t-il attiré notre attention sur le fait qu'il était parvenu, avec soin, à reproduire de manière articulée
À quel moment, le cas échéant, le professeur Cross a-t-il attiré votre attention sur le fait qu'il avait réussi, en procédant avec soin, à reproduire une parole articulée à l'aide d'un récepteur semblable à celui illustré à la page 100 du volume 126 des *U.S. Reports*, comme il l'a déclaré dans le témoignage que l'on vient de citer ?
R. : Je ne me souviens pas avoir jamais entendu parler de ce fait par le professeur Cross lui-même.
Compte tenu des connaissances que j'ai communiquées au public dans mes deux brevets n° 174 465 (du 7 mars 1876) et n° 186 787 (du 30 janvier 1877), il est difficile de dire quel type de récepteur ne permettrait pas de transmettre la parole lorsqu'il est utilisé selon la méthode que j'ai décrite et revendiquée dans ces brevets. Si l'appareil récepteur de Reis, représenté à la page 100 du volume 126 des *U.S. Reports*, a jamais été réalisé avec le soin nécessaire pour reproduire une parole articulée, cela n'a pas été fait au moyen de la combinaison de dispositifs conçue par Reis, ni selon une méthode décrite par lui, mais bien grâce à la méthode que j'ai mise au point et aux connaissances que j'ai rendues publiques. Cela n'a certainement jamais été réalisé avant la délivrance de mes deux brevets n° 174 465 et n° 186 787, ni même avant l'apparition publique des microphones et des transmetteurs Blake. Cela n'a assurément pas été accompli avec la combinaison de dispositifs conçue par Reis. Les dessins auxquels vous faites référence à la page 100 du volume 126 des *U.S. Reports* en apportent eux-mêmes la preuve, puisqu'ils montrent un appareil télégraphique équipé de manipulateurs ordinaires destiné à assurer la communication. En modifiant la combinaison des dispositifs présentés par Reis et en adoptant, comme transmetteur, le transmetteur Blake ordinaire utilisé dans le commerce, nous obtenons une combinaison entièrement différente de celle conçue par Reis, fonctionnant selon un principe tout à fait distinct. Il s'agit, en fait, de ma combinaison et de ma méthode.
À ma connaissance, aucun son perceptible, même de nature musicale, n'a été produit par l'action de courants ondulatoires issus du noyau d'une bobine électromagnétique fonctionnant comme le récepteur Reis, avant l'apparition publique des microphones et des transmetteurs à charbon. Dans mon mémoire du 10 mai 1876, au paragraphe 15, j'ai déclaré :
« Bien que des sons émanent des armatures d'électro-aimants sous l'influence de courants électriques ondulatoires, je n'ai pu déceler aucun effet audible attribuable aux électro-aimants eux-mêmes. Un courant ondulatoire a été fait passer dans les bobines d'un électro-aimant maintenu tout contre l'oreille. Aucun son n'a été perçu tant qu'une pièce de fer ou d'acier n'a pas été présentée au pôle de l'aimant. Aucun son n'a non plus été observé lorsque le courant ondulatoire traversait du fer, de l'acier, du charbon de cornue ou de la plombagine. À cet égard, un courant ondulatoire diffère curieusement d'un courant intermittent. »
Vous n'avez pas indiqué de date pour l'expérience du professeur Cross, mais il est évident que le transmetteur Blake, que le professeur Cross dit avoir utilisé, a nécessairement été fabriqué après la délivrance de mes brevets n° 174 465 et n° 186 787, car de tels instruments — les transmetteurs Blake — étaient inconnus auparavant. Les expériences en question ont donc nécessairement eu lieu après la délivrance des brevets susmentionnés.

Contre-interrogatoire n° 406. Dans votre déclaration préliminaire relative aux procédures d'interférence « Harmonte », vous dites :
« Je croyais qu'il était impossible d'obtenir un brevet dans ce pays sans fournir de modèles. »...
Vous souvenez-vous à quel moment vous avez appris qu'il était impossible d'obtenir un brevet aux États-Unis sans modèles, et comment vous avez obtenu cette information ?
R. : Je n'ai jamais obtenu cette information. C'était simplement une idée que je m'étais faite en raison de mon ignorance des questions de brevets ; j'ai découvert par la suite qu'il s'agissait d'une erreur.

Contre-interrogatoire n° 407. À quel moment avez-vous découvert qu'il s'agissait d'une erreur ?
R. Je ne saurais le dire, mais je le savais certainement au début de l'année 1875, car aucun modèle n'était exigé pour le télégraphe autographe pour lequel j'ai obtenu le brevet n° 161 739, daté du 6 avril 1875. Je fais référence au télégraphe autographe illustré à la figure 2 de ce brevet.

Contre-interrogatoire n° 408. Qu'est-ce qui vous a amené à penser qu'aucun modèle n'était requis pour le cas du télégraphe autographe mentionné dans votre réponse précédente ?
R. Parce qu'on ne m'a jamais demandé de modèle et que le brevet m'a été délivré malgré tout. […] Je supposais évidemment que mes conseils m'auraient informé si un modèle avait été nécessaire, et j'aurais été très heureux d'en fabriquer un pour le Bureau des brevets, bien que cela eût représenté une dépense importante pour moi.

Contre-interrogatoire n° 409. Je conclus de votre réponse précédente que vous n'avez jamais construit de modèle de l'appareil illustré dans le dessin de votre brevet n° 161 739, ni d'aucune partie de cet appareil. Puis-je légitimement tirer cette conclusion de vos propos ?
R. Non. Mes remarques concernaient la préparation d'un modèle, destiné au Bureau des brevets, du télégraphe autographe illustré à la figure 2 et visé par la revendication n° 3. Un modèle d'une partie de cet appareil a toutefois été déposé le 10 mars, mais je ne suis pas certain qu'il illustrait un élément faisant l'objet des revendications de ce brevet. Il s'agissait peut-être de l'un des interrupteurs de circuit et de l'un des récepteurs à anche accordée. J'ai déposé trois demandes distinctes et séparées pour des inventions mettant en œuvre de tels émetteurs et récepteurs. Je fais référence aux demandes déposées les 25 février 1875, 6 mars 1875 (qui a abouti à la délivrance du brevet n° 161 739) et 10 mars 1875. Les instruments en question n'ont pas fait l'objet de revendications dans le brevet n° 161 739.

Contre-interrogatoire n° 410. Je déduis de votre dernière réponse que vous avez bien déposé une maquette dans le cadre de la demande de brevet des États-Unis
déposée auprès du Bureau des brevets des États-Unis le sixième jour de mars 1875, demande ayant abouti à la délivrance du brevet n° 161 739 ?
R. En consultant le dossier et les pièces qu'il contient, je constate que j'ai effectivement déposé une maquette dans le cadre de la demande de brevet des États-Unis. Cette maquette a été déposée le dixième jour de mars 1875. Je savais pertinemment au printemps 1875 — et je l'ai probablement appris par l'intermédiaire de mes conseils à Washington — que j'avais eu tort de croire, selon l'idée que vous avez citée dans le contre-interrogatoire n° 406, qu'« un brevet dans ce pays ne pouvait être obtenu sans maquettes ». Cette conviction est confirmée par le fait que le dossier relatif à ma demande du 25 février 1875 porte la mention suivante de la main de l'examinateur : « Le dessin et le mémoire descriptif de ce dossier sont suffisants pour l'examen. Z. F. Wilbur, examinateur. »

Contre-interrogatoire 411. La demande de brevet n° 161 739 a été déposée au Bureau des brevets le 6 mars 1875, comme l'indiquent l'imprimé officiel de la description ainsi que la copie certifiée conforme de la chemise du dossier et des pièces de la demande ; toutefois, le modèle, dites-vous, n'a été déposé que le 10 mars 1875. Pourquoi le modèle n'a-t-il pas été déposé en même temps que le reste de la demande, dont il devait faire partie intégrante ?
R. Je l'ignore. Je peux préciser qu'une autre demande a été déposée le 10 mars et que le modèle correspondant a été déposé le même jour, d'après la chemise du dossier et les pièces que j'ai consultées. Il est possible que le même modèle ait servi pour les deux demandes.

Contre-interrogatoire 412. Parmi les documents constituant la chemise du dossier et les pièces relatives à votre demande du 25 février 1875, je trouve la lettre suivante :
À M. le Commissaire aux brevets
Monsieur, dans cette affaire, nous demandons que la demande soit transmise à l'examinateur sans les modèles. Ces derniers seront déposés d'ici un jour ou deux ; ils se trouvent actuellement dans cette ville mais sont en cours d'utilisation par l'inventeur.
Respectueusement,
Portox & Bainny
Avocats

Et sur la copie certifiée conforme de la chemise du dossier, je trouve la mention suivante inscrite au crayon à papier en regard du mot « Modèle » : « voir lettre ci-jointe ». Savez-vous si un modèle a finalement été déposé dans ce dossier, que ce soit avant ou après l'examen ? Je pose cette question car les avocats indiquent dans leur lettre qu'un modèle sera déposé sous un jour ou deux, et la mention portée sur la chemise du dossier renvoie simplement à cette lettre des avocats.
R. Sur la lettre que vous venez de lire figure la mention de l'examinateur que j'ai citée dans ma réponse à la contre-interrogation n° 410, à savoir :
« Les dessins et le mémoire descriptif de ce dossier sont suffisants pour l'examen.
Z. F. Wilber, Examinateur.
Approuvé.
Ervis SPRAR Commissaire par intérim
»
Le dossier administratif n'indique pas qu'un modèle ait été ultérieurement déposé dans cette affaire, et je ne pense pas qu'un modèle ait jamais été déposé ou exigé par le Commissaire.

Contre-interrogation n° 413. J'étais conscient que la copie certifiée du dossier administratif et de ses pièces ne mentionnait pas le dépôt d'un modèle, et je savais également que l'examinateur avait indiqué que les dessins et le mémoire descriptif du dossier étaient suffisants pour l'examen.
Le but de ma question était de savoir si, à votre connaissance, un modèle avait été déposé ou non dans cette affaire ; et je comprends, d'après votre réponse, que vous ne pensez pas qu'un modèle ait jamais été déposé ou exigé par le Commissaire.
Savez-vous avec certitude si un modèle a été déposé ou non avec cette demande ?
R. Je suis pratiquement certain qu'aucun modèle n'a jamais été déposé dans cette affaire ; aussi certain qu'on puisse l'être en témoignant de faits remontant à si longtemps.
Certes, la lettre que vous avez citée dans votre précédente contre-interrogation indiquait que je possédais des modèles, qu'ils se trouvaient alors en ville et que je les utilisais. Il n'y avait donc aucune difficulté à fournir des modèles si le Commissaire les avait exigés.
Pour autant que je sache, aucun modèle n'a jamais été exigé et, par conséquent, aucun n'a été déposé.

Contre-interrogation. 414. Sauf erreur de ma part, aucun brevet n'a jamais été délivré, à ce jour, pour la demande que vous avez mentionnée dans votre réponse précédente. Est-ce exact ?
R. C'est exact ; et c'est précisément la raison pour laquelle, dans ma réponse à la contre-question 407, je n'ai pas fait référence à ce mémoire descriptif pour prouver que je savais, en 1875, qu'il était possible d'obtenir un brevet dans ce pays sans fournir de modèle.
J'ai donc préféré faire référence à ma demande du 6 mars 1875, car elle a effectivement abouti à la délivrance d'un brevet, à savoir le brevet n° 161 739 du 6 avril 1875. Je sais qu'aucun modèle du télégraphe autographe décrit et revendiqué dans ce brevet n'a jamais été déposé au Bureau des brevets, car le télégraphe autographe représenté et décrit dans ledit brevet — illustré à la figure 9 et visé par la revendication A — n'avait pas été construit dans son intégralité à la date de délivrance de ce brevet. Le modèle qui a été déposé ne représentait qu'une partie de l'appareil utilisé. Je peux également affirmer que le modèle déposé avec ma demande du 10 mars 1875 ne représentait pas l'objet revendiqué dans ce mémoire descriptif ; en effet, je suis tout à fait certain que, quelle que soit la nature du modèle déposé avec cette demande, il ne s'agissait ni d'un cylindre de rupture de circuit semblable à celui représenté sur les dessins du mémoire descriptif, ni d'un quelconque « appareil destiné à établir et à rompre ledit circuit un nombre défini de fois par seconde ou par toute autre unité de temps, avec des fermetures et des ruptures de durée égale, sensiblement de la manière décrite, de sorte que les impulsions positives et négatives ainsi induites dans le fil de ligne se succèdent à intervalles de temps égaux ».
J'affirme cela parce que je ne disposait pas d'un tel appareil pour illustrer cela à Washington, en février ou mars 1875.

Contre-interrogatoire, Q. 415. Je déduis de votre dernière réponse que vous avez eu l'impression que l'on se passait de modèles, ou que l'on s'en passait parfois,
parce que les modèles accompagnant les demandes mentionnées dans votre dernière réponse n'illustraient qu'une partie de l'appareil représenté sur les dessins desdites demandes. Est-ce bien le cas ?
R. Non. Je n'ai pas eu cette impression uniquement en raison des circonstances évoquées. Vers la fin février ou le début mars 1875, j'ai appris par mes conseils à Washington que le dépôt d'un modèle relevait entièrement de la discrétion du Commissaire aux brevets, et qu'aucun modèle ne devait être déposé à moins qu'il ne l'exigeât.

Contre-interrogatoire, Q. 416. Un brevet vous a-t-il jamais été délivré avant le 7 mars 1876, sur la base d'une demande ne comportant pas de modèle ?
R. Mon brevet pour le télégraphe autographe, n° 161 739, daté du 6 avril 1875, reposait sur une demande dont un modèle du télégraphe autographe ne faisait pas partie. Le modèle effectivement déposé n'illustrait qu'une partie de l'invention décrite et revendiquée dans le brevet. Ce fut le seul brevet qui me fut délivré avant le 7 mars 1876.

Contre-interrogatoire, 417. Je remarque que, dans vos réponses précédentes, vous avez qualifié le brevet n° 161 739 de brevet pour un télégraphe autographe, alors que l'attestation du Commissaire aux brevets est libellée comme suit :
« Il est certifié par la présente que le document ci-annexé est une copie conforme, tirée des registres de ce Bureau, des lettres patentes délivrées à Alexander Graham Bell, Thomas Sanders et Gardiner G. Hubbard le 6 avril 1875, sous le numéro 161 739, pour des perfectionnements apportés aux émetteurs et récepteurs de télégraphes électriques. »
Pourquoi n'avez-vous pas désigné ce brevet par son titre officiel ?
R. Je souhaitais attirer tout particulièrement l'attention sur un type spécifique de télégraphe électrique auquel se rapportait l'invention. Les émetteurs et récepteurs présentés dans mon brevet, lorsqu'ils étaient combinés de la manière décrite et illustrée à la figure 2, constituaient le télégraphe autographe visé par ma troisième revendication, et le brevet concernait principalement ce télégraphe autographe.

Contre-interrogatoire, 418. Je conclus, d'après les termes employés dans la lettre de vos avocats relative à votre demande du 25 février 1875 — lettre sur laquelle votre attention a déjà été appelée, et notamment la phrase : « Nous demandons que la demande soit transmise à l'examinateur sans les modèles. Ces derniers seront déposés d'ici un jour ou deux » — qu'il était dans votre intention, ainsi que dans celle de vos avocats, de déposer un modèle dans le cadre de la demande du 25 février 1875. Ma conclusion est-elle exacte ?
R. : Certainement, si le Commissaire l'avait exigé.

Contre-interrogatoire n° 419. Qu'est-il advenu du modèle mentionné dans votre réponse précédente ?
R. : Certains des modèles en question ont été déposés avec les demandes du 6 mars 1875 et du 10 mars 1875. Je crois avoir emporté le reste de l'appareil avec moi lorsque j'ai quitté Washington, aux alentours du 2 mars 1875, et avoir fait fonctionner les instruments devant M. Orton, président de la Western Union Telegraph Company, à New York, quelques jours après cette date.

Contre-interrogatoire n° 420. Le modèle que vous aviez initialement l'intention de déposer avec la demande du 25 février 1875 a-t-il été déposé ultérieurement avec la demande du 6 mars ou celle du 10 mars ?
R. Je ne saurais le dire. Je ne me souviens pas exactement de la nature des modèles déposés avec ces demandes. J'ai quitté Washington vers le 24 mars 1875. Les modèles n'ont été déposés que le 10 mars. Bien que je ne me rappelle pas exactement ce qu'étaient ces modèles, je me souviens de ce qu'ils n'étaient pas, et je peux affirmer que ce n'est pas un « modèle de télégraphe autographe » qui a été déposé avec la demande de brevet pour mon télégraphe autographe, ni un appareil destiné à produire des interruptions et des rétablissements de courant de durée égale qui a été déposé avec ma demande du 10 mars 1875.

Contre-interrogatoire n° 421. Ce modèle, que vous aviez l'intention de déposer avec votre demande du 25 février, a-t-il jamais été montré à Z. F. Wilber, l'examinateur dont le nom figure dans le dossier de l'affaire ?
R. Je l'ignore. Il est tout à fait possible qu'il ait vu mes modèles en fonctionnement à Washington, car ils ont été présentés à un certain nombre de personnes. Je ne saurais dire si M. Wilber figurait ou non parmi ceux qui sont venus voir l'appareil. Je ne le connaissais pas et, par conséquent, il est peu probable que je me souvienne de sa présence, à moins qu'il n'ait été spécifiquement précisé qu'il s'agissait de l'examinateur. Je ne me souviens pas qu'il ait assisté à l'une ou l'autre de ces démonstrations. C'est possible, mais je ne peux pas l'affirmer aujourd'hui.

Contre-interrogatoire n° 422. À quel moment avez-vous fait la connaissance de M. Z. F. Wilber, l'examinateur mentionné dans la question et la réponse précédentes ?
R. Je n'ai jamais fait suffisamment sa connaissance pour le reconnaître de vue sans qu'on me dise qui il était. Je ne sais pas quand je l'ai vu pour la première fois. Il n'est pas du tout improbable que je l'aie vu à Washington fin février ou début mars 1875, mais je ne saurais l'affirmer aujourd'hui. Si tel est le cas, c'était la première fois. Je ne pense pas l'avoir rencontré plus d'une demi-douzaine de fois au cours de ma vie ; bien sûr, cela a pu arriver, mais c'est l'impression que j'en ai.

Contre-interrogatoire n° 423. Vous souvenez-vous avoir rencontré un examinateur du Bureau des brevets lors de votre première visite à Washington ?
R. Je ne me souviens pas l'avoir fait, pour le moment. C'est possible, mais je n'ai pas rafraîchi ma mémoire à ce sujet. Je trouverais très étrange de ne pas avoir rencontré certains examinateurs à cette époque, mais je n'en garde aucun souvenir précis aujourd'hui.

Contre-interrogatoire n° 424. Quand avez-vous rencontré pour la première fois un examinateur du Bureau des brevets ?
R. Je pense avoir rencontré un examinateur du Bureau des brevets en février ou mars 1875, bien que je n'aie pas de souvenir précis de cette circonstance. Ce serait la première fois.

Contre-interrogatoire n° 425. Vous souvenez-vous avoir écrit une lettre dans laquelle vous signaliez avoir rencontré l'un des examinateurs du Bureau des brevets ?
R. Je n'ai pas rafraîchi ma mémoire. Il est fort probable que j'aie fait allusion à une rencontre avec l'un des examinateurs du Bureau des brevets dans une lettre, mais je ne me rappelle pas exactement de quelle lettre il s'agit ni de la date. Je ne doute pas que si je pouvais voir la lettre, cela raviverait mes souvenirs.

Contre-interrogatoire n° 426. Dans votre dernière réponse d'hier, vous avez évoqué des courants électriques ondulatoires. Afin que l'on comprenne bien ce que vous entendez par courants électriques ondulatoires, je vais attirer votre attention sur la description de l'appareil de Helmholtz figurant dans votre conférence de Londres. Dans cette conférence, vous dites :
« Son appareil est représenté sur la figure 18. Des diapasons de hauteurs différentes sont placés entre les pôles d'électro-aimants (a', a², etc.) et sont maintenus en vibration continue par l'action d'un courant intermittent provenant du diapason a. »
Supposons que l'on retire du circuit le dispositif de rupture de Helmholtz et que l'on relie simplement les fils entre eux ; supposons en outre que l'on fasse vibrer l'un des diapasons récepteurs accordés : un courant de la nature de celui que vous appelez « ondulatoire » se formerait-il dans le circuit ?
Rép. : Dans mon brevet n° 174 405 du 7 mars 1876, j'ai décrit en détail ce que j'entends par courant électrique ondulatoire et comment il se distingue d'un courant intermittent, tel que celui utilisé dans l'appareil de Helmholtz représenté sur la figure 18 de ma conférence de Londres. Quant à la modification proposée pour le montage illustré par la figure 18, j'ai quelques doutes sur ce que vous entendez par l'expression « dispositif de rupture ».
Je remarque que chaque branche du diapason émetteur porte un fil qui établit et rompt le contact avec du mercure, de sorte qu'il semble y avoir deux dispositifs de rupture sur le schéma ; et je ne prétends pas savoir exactement comment fonctionne l'appareil.
Je suppose donc que vous entendez retirer du circuit tout ce qui se trouve entre les points g et k ; autrement dit, retirer tout du circuit à l'exception des piles et des appareils récepteurs ; en utilisant un circuit intact et un courant continu provenant de la batterie. Je comprends en outre que, dans ces conditions, vous demandez en substance si la vibration mécanique des branches d'un des diapasons entre les pôles de son électroaimant provoquera dans le circuit un courant inductif, au sens où ce terme est employé dans mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465. Comme vous n'avez pas précisé comment faire vibrer le diapason, je suppose que les branches seront pincées avec les doigts, et que le diapason sera ensuite laissé à vibrer librement entre les pôles de son électroaimant. — Et vous
demandez si cette vibration libre provoquera dans le circuit un courant ondulatoire, au sens où je l'emploie dans mon brevet du 7 mars 1876. Je pense que oui.

Contre-interrogatoire 427. N'est-il pas vrai que, dans l'appareil de Helmholtz auquel vous avez fait référence dans votre dernière réponse, les fréquences de vibration des diapasons récepteurs sont soit identiques, soit des multiples de la fréquence de vibration du diapason émetteur ?
R : Elles sont toutes des multiples de la fréquence de vibration du diapason émetteur.
Voir l'annexe VIII. La traduction de M. Alexander J. Ellis de l'œuvre de Helmholtz est décrite et illustrée.
L'appareil à voyelles de Helmholtz mentionné dans ma conférence de Londres et illustré à la figure 18 est présenté.
J'en déduis que, puisque des fils conducteurs sont fixés à chaque branche du diapason transmetteur, « chaque vibration du diapason produit un courant deux fois : une fois lorsque la branche supérieure plonge dans le godet de mercure, et une fois lorsque la branche inférieure plonge dans le godet. »
Selon le dispositif présenté à la figure 18 de ma conférence de Londres, il apparaît donc que le diapason récepteur de fréquence la plus basse devrait être une octave au-dessus de la fréquence du diapason transmetteur, et que pour actionner ce diapason par un diapason transmetteur de même fréquence, il est nécessaire
de modifier la partie transmettrice de l'appareil. Voir l'annexe VII. Concernant l'ouvrage de Helmholtz mentionné plus haut, se référant à l'appareil vocalique illustré à la figure 18 de ma conférence londonienne, le traducteur déclare :
« La disposition que je viens de décrire est préférable lorsque le diapason 1 est l'octave au-dessus du diapason. Mais si le diapason 1 effectue le même nombre de vibrations que le diapason b, le fil 7 Æ doit être retiré, et les deux autres fils se terminant par 7 doivent être connectés à 2. »
Une telle modification supprimerait l'un des dispositifs de coupure de circuit et ne conserverait que l'autre.

Contre-interrogatoire. 428. L'appareil à diapason à coupure de circuit qui est schématisé dans votre conférence londonienne, qui a été proposée comme preuve, est illustré par le dessin en perspective figure 33, page 178 de la traduction de l'ouvrage de Helmholtz par Alexander J. Ellis, publiée à Londres par Longmans, Green & Co., en 1875, n'est-ce pas ?
R : Je ne le crois pas..

Contre-interrogatoire 429. Et l’instrument de réception illustré dans Fig. 32 de la traduction de Helmholtz, mentionné dans ma dernière question, fonctionne essentiellement de la même manière, tant sur le plan électrique qu'acoustique, que n'importe lequel des diapasons récepteurs illustrés par des schémas dans votre conférence de Londres. C'est bien le cas, n'est-ce pas ?
R. : C'est ce que je crois comprendre.

Contre-interrogatoire n° 430. En ce qui concerne votre brevet anglais, qui a été produit et versé au dossier par les défendeurs dans la présente affaire, veuillez indiquer si, à votre connaissance, une déclaration de renonciation (*disclaimer*) a jamais été déposée auprès du Bureau des brevets britannique.
R. Je le crois, en raison de la publication antérieure de mon invention par Sir William Thomson dans l'allocution qu'il a prononcée devant la *British Association for the Advancement of Science*, où il décrivait ce qu'il avait vu à l'Exposition du centenaire à Philadelphie, ainsi qu'en raison de la présentation publique qu'il a faite des téléphones que je lui avais offerts en juillet 1876.
En vertu de la législation britannique sur les brevets, il était nécessaire de renoncer à toutes les parties de mon invention qui avaient été décrites ou montrées publiquement en Angleterre avant la date de mon brevet britannique.

Contre-interrogatoire n° 431. Faisant référence à votre mention des « courants ondulatoires » figurant dans l'extrait cité dans votre réponse au contre-interrogatoire n° 405, et afin de bien comprendre le sens que vous attribuez à l'expression « courants ondulatoires » dans cette réponse, je vous demande d'imaginer deux récepteurs Helmholtz — chacun semblable à celui illustré par la figure 52, page 176, de la traduction d'Ellis mentionnée précédemment — placés dans un circuit de pile ordinaire ; je vous demande en outre de supposer que l'un des diapasons est mis en vibration mécaniquement. Dans un tel cas, un courant ondulatoire serait-il généré sur la ligne ?
R. Si l'un des diapasons était mis en vibration mécaniquement de manière à produire sa note musicale, je ne doute pas que la vibration sonore du diapason engendrerait un courant ondulatoire sur la ligne.

Contre-interrogatoire n° 432. Dans le cas envisagé dans la réponse précédente, l'un des diapasons de Helmholtz serait-il mis en vibration par la vibration mécanique de l'autre ?
R. Dans le cas envisagé, tel que je comprends la question, il n'y a que deux diapasons récepteurs de ce type dans le circuit. Si les deux diapasons avaient la même hauteur tonale ou la même fréquence de vibration, je ne doute pas que si l'un des diapasons était forcé mécaniquement — par exemple en pinçant ses branches avec les doigts — de produire sa note musicale, provoquant ainsi des ondulations électriques dans le circuit, l'autre diapason entrerait également en vibration sonore.

Contre-interrogatoire 433. En se référant à la figure 5 de votre brevet n° 174 469 : si l'on fait vibrer mécaniquement l'armature c, le fonctionnement électrique et acoustique de l'appareil sera-t-il identique à celui de l'appareil de Helmholtz évoqué dans la question et la réponse précédentes ?
Rép. Je préférerais dire que le fonctionnement électrique et acoustique de l'appareil à diapasons de Helmholtz dans l'expérience hypothétique suggérée serait similaire à celui de l'appareil représenté sur la figure 5 de mon brevet n° 174 465, tel qu'il y est décrit comme suit :
« Pour illustrer la méthode de création d'ondulations électriques, je vais présenter et décrire un type d'appareil permettant de produire cet effet. Je préfère utiliser à cette fin un électro-aimant A (fig. 5) dont la bobine n'est enroulée que sur l'une de ses branches, b. Une armature en lame d'acier, c, est fermement fixée par une extrémité à la branche nue d de l'aimant, tandis que son extrémité libre surplombe le pôle de la branche pourvue de la bobine. L'armature c peut être mise en vibration de diverses manières — notamment par le souffle de l'air — et produit, en vibrant, une note musicale d'une hauteur définie. Lorsque l'instrument A est inséré dans un circuit voltaïque gbefg, l'armature c s'aimante et la polarité de son extrémité libre est opposée à celle de l'aimant situé au-dessous. Tant que l'armature c reste au repos, aucun effet n'est produit sur le courant voltaïque ; mais dès qu'elle est mise en vibration pour émettre sa note musicale, une puissante induction se produit et des ondulations électriques parcourent le circuit gbefg. Le courant ondulatoire traversant la bobine de l'électro-aimant A provoque la vibration de son armature lorsque les armatures des deux instruments sont normalement à l'unisson ; en revanche, l'armature n'est pas affectée par le passage du courant ondulatoire si les hauteurs tonales des deux instruments diffèrent. »
Pour répondre à cette question, supposons que le dispositif de diapason de Helmholtz supposé se construise comme suit : deux électroaimants bipolaires sont supposés disposés sur un circuit métallique avec une pile voltaïque, sans aucun autre dispositif électrique dans le circuit. Entre les pôles de chaque électroaimant sont placées les branches d'un diapason, comme illustré sur la figure 32 à la page 176 de la traduction par Ellis de l'œuvre de Helmholtz, et les deux diapasons
ont la même fréquence de vibration. Ensuite, si je comprends bien la nature de l'expérience, l'un de ces diapasons est mis en vibration mécaniquement afin de produire sa note musicale : dans ce cas, je n'ai aucun doute qu'un mode de fonctionnement similaire à celui que j'ai cité plus haut de mon brevet se produira ; et l'autre diapason du circuit, ayant normalement la même hauteur que le premier, sera mis en vibration sonore.

L'avocat du plaignant annonce qu'à l'audience de ce procès, il produira l'ouvrage intitulé :
SUR LES SENSATIONS DU TON
En tant que base philosophique pour la théorie ou la musique.
Par HERMANN L. F. Helmholtz, M.D.
Membre étranger des Sociétés royales de Londres et d'Édimbourg,
Ancien professeur de physiologie à l'Université de Heidelberg,
Et actuellement professeur de physique à l'Université de Berlin. »
Traduit avec l'autorisation de l'auteur d'après la troisième édition allemande,
avec des notes supplémentaires et un appendice supplémentaire,
par ALEXANDER J. Ellis, BA FRS ESA FCPS FCI.
Ancien président de la Société philologique,
Membre de la Société mathématique,
Ancien chercheur au Trinity College, Cambridge,
Auteur de « Early English Pronunciation and « Algebra Identified with Geometry »
Londres:
Longmans, GEEN, and Co.
1875. 
qu'il portera une attention particulière au chapitre VI de l'ouvrage en question, intitulé « De la perception des qualités du timbre » (pages 174 à 226), ainsi qu'à l'annexe VIII, intitulée « Instructions pratiques pour la réalisation des expériences sur la composition des voyelles » (pages 604 à 607).
Cet ouvrage sera cité lors de l'audience pour illustrer l'état de la technique tel qu'il se présentait avant l'invention électrique d'Alexander Graham Bell.
Le conseil du plaignant produit à titre de preuve le document de renonciation et le mémoire de modification de William Morgan-Brown, déposés auprès du Bureau des brevets britannique le 13 février 1878 :
« Concernant les lettres patentes accordées à William Morgan-Brown, du cabinet Brandon & Morgan-Brown, ingénieurs et conseils en brevets, sis au 38 Southampton Buildings à Londres et au 1 rue Lafitte à Paris, pour l'invention intitulée "PERFECTIONNEMENTS DANS LA TÉLÉPHONIE ÉLECTRIQUE (TRANSMISSION OU PRODUCTION DE SONS POUR LA TÉLÉGRAPHIE DE MESSAGES) ET DANS LES APPAREILS TÉLÉPHONIQUES" — communication venant de l'étranger de la part d'Alexander Graham Bell, de l'Université de Boston (Massachusetts, États-Unis d'Amérique), professeur de physiologie vocale, en date du 9 décembre 1876, sous le n° 4765. »
[Ce document porte la mention : « Pièce produite par les plaignants : Renonciation britannique de Bell – H. L. H., examinateur spécial ».]

Contre-interrogatoire n° 434. Je vous prie d'examiner la renonciation et le mémoire de modification déposés auprès de l'Office britannique des brevets le 13 février 1878, et d'indiquer si une autre renonciation ou un autre mémoire de modification a été déposé auprès de cet office concernant ou affectant votre brevet anglais.
R. : Je ne saurais le dire avec certitude. Toute déclaration de renonciation ou tout acte modificatif concernant ou se rapportant à mon brevet britannique — y compris la déclaration de renonciation qui vient d'être produite — a été préparé et déposé après que je me suis dessaisi de mes droits sur ce brevet, et ces démarches ont été effectuées par un conseil juridique agissant pour le compte des titulaires du brevet.

Contre-interrogatoire n° 435. J'ai cru comprendre, d'après l'une de vos réponses précédentes, que le motif du dépôt d'une déclaration de renonciation en Angleterre était que votre invention, ou une partie de celle-ci, avait été publiée avant le dépôt de la demande de brevet britannique.
Y avait-il, à votre connaissance, une autre raison justifiant le dépôt de cette déclaration ?
R. : Je n'ai pas examiné la déclaration de renonciation pour vérifier ce point précis, mais je ne pense pas qu'il y ait eu d'autre motif. D'après ce que je comprends, des exemplaires imprimés de mes brevets américains n° 161 739 (du 6 avril 1875) et n° 174 465 (du 7 mars 1876) sont parvenus en Angleterre quelques semaines seulement après leur délivrance, ce qui, au regard de la législation britannique, constituait une publication en Angleterre.
Par ailleurs, la communication que j'ai présentée le 10 mai 1876 devant l'American Academy of Arts and Sciences — si elle a été rendue disponible dans l'une des bibliothèques d'Angleterre avant le 9 décembre 1876 — aurait constitué une publication de son contenu en Angleterre, antérieurement à la date du brevet britannique. Il devenait alors nécessaire pour les titulaires du brevet de renoncer à tout ce qui était revendiqué ou décrit dans les brevets que j'ai cités, ou contenu dans la communication du 10 mai 1876.
La déclaration de renonciation, telle que je la comprends, signifie simplement que les inventions faisant l'objet de cette renonciation n'étaient pas nouvelles en Angleterre au 9 décembre 1876. Elle ne signifie pas que ces inventions n'étaient pas de mon propre cru ; en fait, c'est la publication de mes inventions, et non celles d'autrui, qui a conduit à la ou aux déclarations de renonciation déposées par les détenteurs de mon brevet britannique.

Contre-interrogatoire n° 436. Je remarque que la déclaration de renonciation versée au dossier contient les termes suivants :
« Attendu que, depuis le dépôt du mémoire descriptif relatif audit brevet, moi, soussigné William Morgan-Brown, ai constaté que certaines des revendications y figurant sont trop larges et englobent, comme faisant partie de ladite invention, des éléments qui n'étaient pas nouveaux au Royaume-Uni à la date dudit brevet, en raison de la publication en Angleterre, avant le 9 décembre 1876, de descriptions les concernant — et notamment de certaines descriptions d'appareils téléphoniques inventés et utilisés par ledit Alexander Graham Bell en Amérique avant ladite date ; attendu qu'il a été établi que certains éléments de ladite invention, tels que décrits dans ledit mémoire, ne présentent pas une utilité pratique suffisante ; et attendu que je souhaite, pour les raisons susmentionnées, modifier ledit mémoire descriptif au moyen d'une déclaration de renonciation et d'un mémoire de modification, tels qu'exposés ci-après, et limiter les revendications dudit mémoire aux agencements d'appareils téléphoniques utilisant des armatures à plaque ou des armatures autres que celles portées par une membrane, ainsi qu'aux agencements utilisant des aimants permanents ou des aimants excités par des batteries ne figurant pas dans le circuit principal ou la ligne de transmission : »
Puisque vous déclarez dans votre dernière réponse ne pas avoir examiné la déclaration de renonciation (*disclaimer*), j'attire votre attention sur les termes qui y sont employés et je vous demande si, compte tenu de ces termes, vous souhaitez modifier vos réponses précédentes.
R. : Je souhaite les modifier uniquement pour dire que je ne saurais prétendre connaître toutes les opinions des propriétaires de mon brevet britannique, ou de leurs conseillers juridiques, ayant influencé la rédaction de la déclaration de renonciation, sauf dans la mesure où elles ressortent de la déclaration elle-même.

Contre-interrogatoire n° 437. Lors de votre interrogatoire principal, vous avez témoigné au sujet de certaines actions en justice intentées dans ce pays sur la base de vos brevets. Je vous demande de compléter votre réponse en précisant si une action en justice a été intentée ou non sur la base de votre brevet anglais et, le cas échéant, si vous avez témoigné dans le cadre de cette action.
R. : Je crois qu'il y a eu des procès en Angleterre impliquant mon brevet britannique, mais j'en ignore personnellement les détails. Je n'ai témoigné dans aucun d'entre eux.

Contre-interrogatoire n° 438. Les procès anglais auxquels vous faites référence dans votre dernière réponse ont-ils été engagés avant ou après le 13 février 1878, date à laquelle votre déclaration de renonciation anglaise a été déposée ?
R. : Je ne le sais pas avec certitude, mais j'ai l'impression que la déclaration de renonciation a été déposée avant que le brevet britannique ne fasse l'objet d'un procès en Angleterre.

Contre-interrogatoire n° 439. Le contre-interrogatoire n° 406 était libellé comme suit :
« Dans votre déclaration préliminaire concernant les interférences harmoniques (*Harmonic Interferences*), vous dites : "Je croyais qu'un brevet ne pouvait être obtenu dans ce pays sans modèles"... Vous souvenez-vous à quel moment vous avez appris qu'un brevet ne pouvait être obtenu aux États-Unis sans modèles, et comment vous avez obtenu cette information ? »
Vous avez attiré l'attention sur une demande pour laquelle il semblerait, d'après la mention de l'examinateur, que l'on ait temporairement dispensé de fournir une maquette au cours de l'examen — ou d'une partie de l'examen — du dossier ; et vous avez attiré l'attention sur un brevet délivré pour lequel, si je comprends bien, une maquette faisait partie de la demande, bien que vous affirmiez que cette maquette n'illustrait pas entièrement tout ce qui était revendiqué dans le brevet.
Je vais quelque peu modifier la formulation de la question et vous demander à quel moment vous avez appris pour la première fois qu'un brevet des États-Unis pouvait être délivré dans un cas où aucune maquette ne faisait partie de la demande jusqu'au moment de sa délivrance.
R. : Concernant la partie de votre question qui renvoie à la contre-interrogatoire n° 406, j'ai déclaré en substance, dans ma réponse à ce contre-interrogatoire, que je n'avais jamais reçu d'information indiquant qu'il était impossible d'obtenir un brevet dans ce pays sans maquette, et qu'il s'agissait simplement d'une idée que je m'étais faite en raison de mon ignorance en matière de brevets, à l'époque où j'ai écrit à l'honorable M. Scudamore, surintendant des télégraphes en Angleterre, comme je l'ai indiqué dans ma déclaration préliminaire relative aux conflits de priorité (« interferences ») concernant le télégraphe harmonique.
Autrement dit, cette idée était présente à mon esprit au plus tard le 10 janvier 1874. J'ai également déclaré, dans ma réponse au contre-interrogatoire n° 406, que j'avais découvert par la suite qu'il s'agissait d'une idée erronée. Quant à la dernière partie de votre question, j'ignore quand j'ai appris pour la première fois qu'un brevet des États-Unis pouvait être délivré alors qu'aucun modèle ne faisait partie de la demande au moment de sa délivrance ; toutefois, j'en avais connaissance en février ou mars 1875 — c'est-à-dire que je savais alors qu'il n'était pas nécessaire qu'un modèle accompagne la demande, à moins que le Commissaire ne l'exigeât. Je considérais que le dépôt d'un modèle relevait entièrement de la discrétion du Commissaire aux brevets.

Contre-interrogatoire 440. A-t-on jamais attiré votre attention sur un brevet délivré avant février ou mars 1875 pour lequel aucun modèle n'avait été déposé au Bureau des brevets avant la délivrance effective du brevet ?
Rép. : Je l'ignore.

Contre-interrogatoire 441. Le professeur Cross a témoigné dans cette affaire comme suit :
« Q. 74. Avez-vous jamais fait des déclarations concernant la transmission électrique de la parole lors de conférences ou de démonstrations de l'appareil utilisant le récepteur à boîte en fer-blanc ?
[ Même objection et objection maintenue. ]
R. Oui, lors de ma conférence au New England Conservatory of Music en février 1872.
Q. 15. Veuillez rapporter, aussi fidèlement que vos souvenirs le permettent, la déclaration que vous avez faite à cette occasion.
[ Même objection. ]
R. Je ne me souviens pas, bien entendu, de mes termes exacts, mais voici en substance ce que j'ai dit : le professeur Tourjée, alors directeur du Conservatoire et présent à ma conférence, s'occupait à l'époque de constituer une chorale pour le gigantesque « Jubilé de la Paix » (Peace Jubilee) — ainsi qu'on l'appelait — qui devait se tenir à Boston l'été suivant et auquel des musiciens de tout le pays étaient attendus. Après avoir présenté l'appareil, j'ai dit, sur un ton quelque peu plaisant, qu'avec un tel dispositif — ou une forme améliorée de transmetteur — on pourrait espérer transmettre la musique du Jubilé dans tout le pays ; ou encore que, plutôt que de rassembler la chorale en un même lieu, on pourrait laisser les choristes chez eux et transmettre leur musique jusqu'à la salle de concert de Boston. Je n'ai suggéré aucun moyen de modifier l'appareil de transmission pour obtenir un tel résultat, mais j'ai estimé que l'utilisation d'un récepteur à plaque constituait une amélioration notable par rapport au récepteur de Reis. »
À quel moment, le cas échéant, le professeur Cross vous a-t-il parlé de la transmission de la parole articulée en lien avec le récepteur ou le transmetteur de Reis ?
R. Je déduis de votre question que vous souhaitez savoir quand — et même si — le professeur Cross m'a parlé de la transmission de la parole articulée au moyen d'un émetteur et d'un récepteur Reis. Il ne m'a jamais parlé d'une telle chose, ni même suggéré qu'il fût possible de transmettre la parole articulée avec cet appareil.

Contre-interrogatoire, 442. J'attire votre attention sur la figure 3 de votre déclaration préliminaire dans l'affaire d'interférence « Harmonic Telegraph », et je vous demande de décrire le fonctionnement de cet instrument dans le cas où la tige fixée à l'une des branches du diapason émetteur resterait constamment immergée dans le mercure de la coupelle. Cela peut, bien entendu, selon ce que je comprends, être réalisé soit en allongeant la pointe de la tige, soit en élevant le niveau du mercure dans la coupelle.
R. Je doute fort que cela puisse fonctionner. Je ne pense pas que, dans de telles circonstances, le diapason émetteur puisse vibrer.

Contre-interrogatoire, 448. Voulez-vous dire que la résistance mécanique causée par l'immersion du fil dans le mercure empêcherait la vibration du diapason émetteur ?
R. Non. Cela n'a rien à voir avec la difficulté. Si la tige fixée à l'une des branches du diapason émetteur reste constamment immergée dans le mercure de la coupelle, les deux branches seront constamment attirées par les pôles de l'électro-aimant, et jamais relâchées, car le circuit n'est jamais rompu. Les branches prendraient donc simplement une position résultante par rapport aux pôles de l'électro-aimant et y resteraient sans vibrer.

Contre-interrogatoire. 444. Ma question précédente aurait probablement dû être formulée différemment ; je vous demande maintenant si la résistance mécanique causée par le poids de la tige et par son immersion constante dans le mercure aurait un effet significatif sur les vibrations de l'instrument émetteur ?
R. Pas dans le cas envisagé, car dans ce cas, il n'y aurait aucune vibration de l'instrument émetteur. Dans le cas d'un diapason vibrant, la résistance mécanique causée par le poids de la tige et par son immersion constante dans le mercure aurait théoriquement pour effet d'entraver la vibration du diapason ; mais, en pratique, cet effet serait négligeable ou nul si la masse du diapason était importante et si le poids ainsi que le diamètre du fil immergé étaient faibles. Plus la masse du diapason est faible, et plus le poids et le diamètre du fil immergé dans le mercure sont importants, plus la vibration du diapason en serait affectée.

Contre-interrogatoire 445. Veuillez décrire le fonctionnement électrique et acoustique de l'appareil illustré aux figures 2* et 3 de votre déclaration préliminaire dans l'affaire d'interférence relative au télégraphe harmonique, lorsque le diapason émetteur de cet appareil est mis en vibration mécaniquement et que sa tige reste constamment immergée dans le mercure.
R. Si l'on met mécaniquement le diapason émetteur en vibration de manière à produire sa note musicale, la vibration de la branche supérieure fera plonger plus ou moins profondément dans le mercure le fil qui y est fixé. Plus le fil conducteur est immergé profondément dans le mercure, plus la surface du fil en contact avec celui-ci est grande et, par conséquent, plus la résistance électrique du trajet liquide est faible. Moins le fil conducteur est immergé profondément, plus la résistance du trajet liquide est élevée. Le fonctionnement électrique dépend donc dans une large mesure de la variation de la résistance électrique du trajet liquide. Si cette variation est très faible, il se peut qu'aucun effet électrique notable ne soit produit par la vibration mécanique du diapason, l'intensité du courant restant pratiquement uniforme ; pourtant, en théorie, une augmentation et une diminution alternées du trajet liquide se produisent à chaque vibration du diapason émetteur, engendrant ainsi des ondulations électriques correspondant aux vibrations sonores de l'air pendant que le diapason émet sa note musicale. L'effet électrique, comme je l'ai indiqué, dépend considérablement de la variation de résistance du trajet liquide lors de la vibration sonore du diapason ; cela dépend à son tour, dans une large mesure, du matériau constituant le fil plongé dans le mercure, du diamètre de ce fil et de sa profondeur d'immersion normale. En revanche, dans le fonctionnement de l'appareil tel qu'illustré aux figures 2 et 3 de mon exposé préliminaire sur les interférences du télégraphe harmonique — où le fil conducteur établit et rompt le contact avec le mercure —, le matériau du fil, son diamètre et sa profondeur d'immersion importent peu, pourvu que le fil sorte effectivement du mercure lors de sa remontée et entre en contact avec lui lors de sa descente. Toutefois, comme ces points revêtent une très grande importance dans le cas envisagé et que votre question ne précise ni le matériau, ni le diamètre, ni la profondeur d'immersion, je dirai que si le fil plongeant dans le mercure est constitué d'un matériau et présente un diamètre tels qu'il n'offre qu'une faible résistance au passage du courant électrique, alors la vibration du fil dans le mercure n'aura que peu d'effet ; en pratique, si le fil est un excellent conducteur, la vibration sonore du diapason ne provoquera aucun effet électrique notable, un courant d'intensité constante se maintenant dans le circuit — bien qu'un effet théorique soit, naturellement, toujours produit. En revanche, si le matériau et le diamètre du fil sont tels qu'ils opposent une très forte résistance au passage du courant, alors la vibration du fil dans le mercure aura une incidence considérable sur la résistance du circuit. L'écart entre les résistances maximale et minimale sera plus important que dans le cas précédent, et l'action ondulatoire sur le courant plus marquée. Ainsi, plus la résistance du fil immergé dans le mercure est élevée, plus l'effet électrique produit par la vibration sonore du diapason est important ; inversement, plus cette résistance est faible, plus l'appareil se rapproche d'un état où la vibration ne produit aucun effet électrique. Quant à la profondeur d'immersion : la vibration du fil ne produira qu'un effet électrique relativement faible si la profondeur d'immersion normale est importante, mais un effet relativement marqué si cette profondeur est faible. Supposons, par exemple, que le fil subisse un mouvement de va-et-vient vertical dans le mercure d'une amplitude d'un centième de pouce. Si la profondeur d'immersion normale est d'un pouce, la vibration du fil ne modifiera la surface en contact avec le mercure que d'environ un pour cent de la surface totale normalement en contact avec le mercure ; en revanche, si la profondeur normale d'immersion n'est que d'environ un centième de pouce, une vibration similaire du fil entraînerait une variation de plus de cinquante pour cent de la surface normalement en contact. La résistance électrique est minimale lorsque la surface en contact avec le mercure est maximale, et inversement. Il en résulte que la variation électrique produite par une vibration donnée du diapason est minimale lorsque la profondeur normale d'immersion est maximale, et maximale lorsqu'elle est minimale — étant entendu que la profondeur normale d'immersion doit être suffisante pour empêcher le fil de quitter la surface du mercure au point culminant de son oscillation. Si la profondeur normale d'immersion est très importante, la vibration sonore du diapason ne produira pratiquement aucun effet électrique ; pour obtenir un effet électrique significatif, la profondeur normale d'immersion doit donc être faible. Ainsi, en examinant le fonctionnement de l'appareil illustré aux figures 2 et 3 de mon exposé préliminaire sur les interférences dans le télégraphe harmonique : lorsque le diapason émetteur vibre de manière constante, et le style de celui-ci restant constamment immergé dans le mercure, les meilleurs effets électriques dus à la vibration du diapason sont produits en fabriquant le style avec un matériau peu conducteur, et en réduisant au minimum la profondeur d'immersion normale dans le mercure tout en veillant à ce que le circuit reste intact.
Lorsque l'appareil est disposé exactement comme le montrent la figure 2 ou la figure 3, de sorte que le circuit est établi et rompu à chaque vibration du diapason, l'électro-aimant sert à entretenir continuellement la vibration du diapason émetteur ; mais dans le cas envisagé, où l'extrémité de la tige reste constamment immergée dans le mercure, l'électro-aimant de l'émetteur est inutile et constitue même une gêne pour la vibration du diapason. Les pôles de l'électro-aimant attirent les branches avec une force croissante à mesure que la tige s'enfonce davantage dans le mercure — c'est-à-dire lorsque les branches s'éloignent normalement des pôles. Ainsi, lorsque le diapason est mis mécaniquement en vibration sonore, l'effet de l'électro-aimant est de freiner la vibration des branches et de les ramener au repos plus rapidement que si aucun électro-aimant n'avait été relié à l'instrument émetteur. Vous m'avez également interrogé sur le fonctionnement acoustique de l'appareil ; or, il est évident que, dans le cas envisagé, aucun effet acoustique ne sera produit autre que la note musicale résultant de la vibration mécanique du diapason émetteur, à moins que l'on n'abaisse la clé K (fig. 2 ou 3) pour placer l'instrument récepteur dans le même circuit que l'émetteur.
Sur le schéma (fig. 2 ou 3), l'émetteur se trouve dans un circuit local non relié au récepteur ; mais l'abaissement de la clé K rompt le circuit local et établit le contact avec le fil de ligne menant au récepteur. Le diapason du récepteur possède normalement la même hauteur de son que celui de l'émetteur. Si donc nous abaissons la clé K et mettons mécaniquement le diapason émetteur en vibration de manière à produire sa note musicale, et si nous disposons la tige de contact de telle sorte qu'elle ne rompe pas le contact avec la surface du mercure, la vibration du diapason émetteur provoquera, dans le circuit contenant le récepteur, des ondulations électriques analogues aux vibrations sonores, et les branches du diapason récepteur entreront en vibration sous l'effet de l'attraction variable de son électro-aimant, produisant ainsi une note musicale de hauteur similaire à celle de l'émetteur. L'effet acoustique sera le plus intense lorsque les ondulations électriques seront les plus fortes, c'est-à-dire lorsque la différence entre l'intensité maximale et minimale du courant sera la plus grande. Par conséquent, les conditions qui produisent l'effet électrique le plus important grâce à la vibration du diapason émetteur produisent également l'effet acoustique le plus important au niveau de l'instrument récepteur. Ainsi,pour obtenir l'effet acoustique maximal, la tige portée par le diapason émetteur doit être constituée d'un matériau peu conducteur, et son extrémité doit plonger dans le mercure aussi peu profondément que possible, tout en garantissant que le circuit reste fermé.

Contre-interrogatoire 446 : J'ai cru comprendre, d'après vos déclarations concernant les « Interférences harmoniques », que l'appareil illustré sur la figure 2 avait été construit à West Newton Street, à Boston, et que les instruments représentés sur la figure 3 avaient été construits et utilisés par vous en 1873.
Ma question visait les instruments ainsi construits par vous, et non des instruments hypothétiques. Dans cette optique, pourriez-vous préciser quel effet la vibration mécanique du diapason émetteur devant les noyaux de l'électro-aimant a sur le courant traversant ses bobines ? En supposant, bien entendu, comme dans la question précédente, que la tige reste constamment immergée dans le mercure et que le circuit demeure ainsi fermé.
R. Je ne suis pas tout à fait certain de comprendre comment vous souhaitez que je réponde à la question. Il me semble que vous posez des conditions hypothétiques qui n'existaient pas pour l'appareil tel qu'il a été réellement construit en 1872 et 1873, et vous n'avez pas précisé comment le diapason émetteur devait être mis en vibration mécanique.
Si vous restreignez ma réponse aux instruments effectivement construits en 1872 et 1873, je dirai qu'ils étaient d'une fabrication si rudimentaire qu'il me serait extrêmement difficile de répondre à votre question de manière satisfaisante. Si vous entendez envisager le cas hypothétique d'instruments fonctionnant essentiellement comme le montrent les dessins des figures 2 et 3, et dans les conditions les plus favorables, votre question serait moins difficile à traiter.
Désireux de répondre à toute question avec franchise, exhaustivité et équité, je serais heureux de savoir comment vous souhaitez que j'aborde cette question.

Contre-interrogatoire n° 447. Pour répondre à cette question, vous pouvez supposer que le diapason émetteur est mis en vibration par une méthode connue dans l'état de la technique antérieur à l'époque où vous l'avez fabriqué et utilisé, méthode qui n'interrompt pas le circuit. Vous pouvez même supposer qu'il a été mis en vibration par un choc provoqué par un objet quelconque.
R. Je crains de devoir considérer votre question comme étant d'ordre hypothétique, car je ne vois pas comment je pourrais, par des moyens mécaniques, produire une vibration satisfaisante du diapason émetteur avec les instruments que j'ai effectivement construits en 1872 et 1873.
Ces diapasons étaient de petite taille, et le fil fixé à l'une des branches conférait à celle-ci une fréquence de vibration légèrement différente de celle de l'autre branche ; par conséquent, il est probable que la vibration ne se serait pas maintenue après le choc initial. De plus, le fil plongeant dans la coupelle de mercure était constitué d'un matériau bon conducteur, ce qui ne convenait pas à une expérience telle que celle décrite dans ma réponse au contre-interrogatoire n° 445.
Je doute que les appareils que j'ai réellement construits en 1872 et 1873 — et qui sont représentés sur les figures 2 et 3 de ma déclaration préliminaire dans le cadre de la procédure d'interférence relative au télégraphe harmonique — auraient fonctionné en pratique de la manière décrite dans ma réponse au contre-interrogatoire n° 445. J'avais compris que cette question faisait référence à une expérience purement hypothétique, réalisée avec des instruments sensiblement analogues à ceux représentés sur les figures 2 et 3, et non à des expériences menées avec les appareils que j'ai effectivement construits en 1872 et 1873.

Contre-interrogatoire. 448. Le but de ma question était simplement de déterminer quel effet, le cas échéant, est produit sur le circuit par un mouvement ou une vibration quelconque des branches du diapason émetteur en présence des noyaux aimantés. Avec cette précision supplémentaire, vous comprendrez peut-être mieux la question précédente.
R. : Je considérerai la question comme se rapportant à une expérience hypothétique ; car, comme je l'ai dit, je ne vois pas comment j'aurais pu, en pratique, provoquer une vibration continue du diapason émetteur par des moyens mécaniques avec l'appareil que j'ai effectivement construit en 1872 et 1873.
En me référant donc aux figures 2 et 3 de mon exposé préliminaire sur les interférences du télégraphe harmonique, je supposerai que le diapason émetteur est maintenu en vibration continue par des moyens mécaniques, produisant sans interruption sa note musicale. Je supposerai en outre que la tige plongeant dans le mercure est constituée d'un matériau peu conducteur et que sa profondeur d'immersion normale est aussi faible que possible, tout en respectant la condition que vous imposez : que son extrémité reste continuellement immergée. Je supposerai enfin que la clé est abaissée de manière à placer le récepteur dans le même circuit que l'émetteur. Dans ces conditions, il est extrêmement difficile de dire exactement quel serait le fonctionnement électrique et acoustique de l'appareil. Je ne doute pas que la vibration des branches du diapason émetteur devant les pôles de son électro-aimant engendrerait des impulsions magnéto-électriques, mais l'intensité de ces impulsions dépendrait de l'état magnétique du noyau de l'électro-aimant ; or, cet état varierait constamment en raison des fluctuations de la résistance au niveau de la coupelle de mercure, causées par la vibration de la tige dans le mercure. C'est un problème complexe. Un double effet se produirait : un effet de résistance variable au niveau de la coupelle de mercure et un effet magnéto-électrique dans les bobines de l'électro-aimant de l'appareil émetteur.
Tout ce que je peux dire, c'est qu'il en résulterait, dans le circuit, un effet combinant ces deux phénomènes. Je ne sais pas comment déterminer, sur la seule base de considérations théoriques, dans quelle mesure les effets acoustiques produits par le récepteur — lorsque l'électro-aimant est conservé dans l'appareil émetteur — différeraient de ceux obtenus si l'électro-aimant de l'émetteur était retiré. Il y aurait sans aucun doute une différence due à la superposition des courants magnéto-électriques aux effets de résistance variable engendrés par la vibration de la tige dans le mercure.

Contre-interrogatoire n° 449. Dans votre déclaration préliminaire relative à la procédure d'interférence « Zarmonte », vous affirmez :
« D'après ce que j'ai pu constater en examinant les brevets de M. Gray, son invention à cette époque (fin septembre ou début octobre 1874) ne consistait qu'en une méthode de transmission du son à travers des tissus vivants ; aucune revendication n'était formulée quant à l'application pratique de la téléphonie à la transmission simultanée de messages sur un fil unique. »
À quels brevets de M. Gray faites-vous référence dans cette déclaration, et quand avez-vous eu l'occasion de les consulter ou de les examiner ?
Je ne sais pas actuellement à quels brevets de M. Gray la déclaration fait référence, mais je présume qu'elle se rapporte à ceux qu'il avait déposés avant le début du mois d'octobre 1874. Ma déclaration préliminaire a été signée le 27 avril 1876 ; je présume donc avoir lu ou examiné ces brevets avant cette date, avec suffisamment d'attention pour pouvoir faire la déclaration citée. Je ne me souviens plus à l'heure actuelle de l'examen que j'ai personnellement effectué sur les brevets mentionnés, mais je suis enclin à penser que mon avocat m'a informé, lors de la préparation de la déclaration préliminaire, que dans ces brevets, M. Gray ne revendiquait aucune application pratique de la téléphonie à la transmission simultanée de messages sur un seul fil, et que j'ai vérifié la déclaration en examinant moi-même les brevets.

Contre-interrogatoire. 450. Dans le paragraphe de votre déclaration préliminaire dans « Interférences harmoniques » qui suit immédiatement celui mentionné dans ma dernière question, vous faites allusion à un article du « Commonwealth », décrivant l’invention de M. Gray, en utilisant les termes suivants :
« Après un délai considérable, une mise en demeure fut complétée et transmise à M. Hubbard à Washington, pour être déposée à l’Office des brevets.
Le lendemain, un article parut dans « Commonwealth », décrivant la méthode de M. Gray pour transmettre le son par télégraphie.
À la fin de l’article, il était fait allusion à la transmission simultanée de messages au moyen de notes de musique, comme une invention récente de M. Gray ; et un appareil presque identique à celui mentionné dans ma mise en demeure y était décrit. J’ai des raisons de supposer que cet article a été écrit par M. Hayes. »
À quelle date ou période faites-vous référence par les mots : « Le lendemain, un article parut », etc. ?
R : Je présume que la mise en demeure a été transmise à M. Hubbard le Le treizième jour de novembre 1874, l'article auquel il est fait allusion a été publié dans le Commonwealth le samedi 14 novembre 1874 ; toutefois, la mise en garde a été assermentée le vingt-septième jour d'octobre 1874.

Contre-interrogatoire, p.451. Des témoignages ont-ils été recueillis dans le cadre des interférences Farmoni mentionnées dans votre déclaration préliminaire ?
Cette question ne concerne pas les déclarations préliminaires qui ne sont que des affidavits ex parte.
Rép. Des dépositions ont été recueillies en mon nom, mais je crois savoir qu'aucune déposition n'a été recueillie au nom d'Elisha Gray ou de Paul La Cour.
Contre-interrogatoire n° 452.
Savez-vous qui détient actuellement la demande de brevet d'Elisha Gray qui était en cause dans les procédures d'interférence relatives au télégraphe harmonique ?
R. Non, je ne le sais pas.

Contre-interrogatoire n° 453. Vous déclarez, en réponse à la sixième question : « Peu de temps avant mon départ de Grande-Bretagne, en 1870, je me suis procuré un exemplaire de l'édition française de son ouvrage » (en référence à l'œuvre de Helmholtz). Était-ce bien en 1870, et vos connaissances en français étaient-elles suffisantes à l'époque pour vous permettre de comprendre parfaitement la description de l'appareil de Helmholtz ?
R. Je pense avoir acheté l'ouvrage en 1870, mais je ne saurais être précis quant à la date exacte. En 1870, mes connaissances en français me permettaient de comprendre sans grande difficulté un langage courant, non technique. Je me souviens toutefois avoir éprouvé beaucoup de mal à comprendre le livre de Helmholtz. Il m'a fallu l'étudier attentivement pour en saisir le sens. Je crois avoir fini par comprendre, grâce à l'étude, le fonctionnement acoustique de l'appareil de Helmholtz pour les voyelles, mais pas son fonctionnement électrique. Je peux dire qu'une très grande partie de l'ouvrage reste pour moi, encore aujourd'hui, un livre fermé, même dans la traduction anglaise. Je fais allusion aux parties mathématiques de l'œuvre.

Contre-interrogatoire 454. Savez-vous quand la première édition allemande de l'ouvrage de Helmholtz intitulé « Die Lehre von den Tonempfindungen als physiologische Grundlage für die Theorie der Musik » a été publiée ?
R. : Dans la traduction de M. Ellis, réalisée à partir de la troisième édition allemande, il est indiqué, sous l'autorité du traducteur M. Ellis, que le traité du professeur Helmholtz en question a été publié pour la première fois en 1862.

Contre-interrogatoire 455. Avez-vous visité l'Amérique avant août 1870, date à laquelle vous dites être arrivé en Amérique ?
R. : Non.

Contre-interrogatoire 456. Pouvez-vous préciser davantage votre réponse à la question 9, donner la date exacte de votre arrivée en Amérique et indiquer quelle partie de l'Amérique vous avez visitée en premier ?
R. : Je suis arrivé en Amérique avec mes parents et j'ai débarqué à Québec en août 1870. Je ne suis pas tout à fait certain de la date exacte, mais je crois que c'était le premier jour d'août 1870. Nous sommes allés directement de Québec à Paris (Ontario), où nous sommes restés environ une semaine, avant de nous installer à Tutelo Heights, près de Brantford (Ontario). J'y ai vécu avec mes parents jusqu'à mon arrivée aux États-Unis.

Contre-interrogatoire n° 457. En référence à votre réponse à la question 10, étiez-vous déjà allé aux États-Unis avant le 1er avril 1871, date à laquelle vous êtes venu à Boston à l'invitation du Conseil de l'éducation ?
R. Non.

Contre-interrogatoire n° 458. Dans votre témoignage, vous avez évoqué plusieurs voyages entre Brantford (Ontario) et Boston. Par quels États américains êtes-vous passé lors de ces voyages ?
R. Mon itinéraire habituel passait par Suspension Bridge (Niagara Falls), ce qui me faisait traverser les États de New York et du Massachusetts. À une ou deux reprises, j'ai voyagé via Montréal ; dans ce cas, je suppose que j'ai traversé les États du Vermont, du New Hampshire et du Massachusetts, ou peut-être ceux du Maine et du New Hampshire.

Contre-interrogatoire n° 459. Le parent de votre élève George Sanders, mentionné dans votre réponse à l'interrogatoire n° 14, est-il la personne qui a pris un intérêt financier dans vos inventions ?
R. Oui. Je fais allusion à M. Thomas Sanders, de Haverhill (Massachusetts).

Contre-interrogatoire n° 460. Vous avez précédemment fait allusion à un brevet n° 161 739, daté du 6 avril 1875, ainsi qu'à deux demandes de brevet déposées les 25 février 1875 et 10 mars 1875, documents qui ont tous été versés au dossier en tant que preuves. Avez-vous, avant le 14 février 1876, déposé une autre demande de brevet aux États-Unis en dehors des trois que j'ai mentionnées ?
R. : Je ne le crois pas.

Contre-interrogatoire n° 461. D'après votre réponse à la question 18, je comprends que les inventions ayant abouti au brevet et aux demandes mentionnés dans la question précédente ont vu le jour avant votre installation définitive dans ce pays, en octobre 1872. Cette interprétation est-elle exacte ?
R. : L'idée de la télégraphie multiple a germé dans mon esprit avant que je ne vienne m'installer définitivement aux États-Unis, en octobre 1872.

Contre-interrogatoire n° 462. L'appareil décrit dans votre réponse à l'interrogatoire n° 19 était-il identique à tous égards à l'appareil de Helmholtz auquel vous faites référence dans cette même réponse ?
R. Non. Pas à tous égards. Je pense qu'il différait sensiblement sur certains points.

Contre-interrogatoire n° 463. Veuillez décrire les points de divergence mentionnés dans votre réponse précédente.
R. La première version de l'appareil, que j'ai construite en octobre 1872, est représentée sur la figure 2 de ma déclaration préliminaire relative à la procédure d'interférence « Harmonic Telegraph » ; toutefois, je constate que dans ma réponse à l'interrogatoire n° 19, je n'ai pas décrit cet appareil, mais celui qui figure sur la figure 3 de ma déclaration préliminaire — appareil qui n'a été construit qu'en 1873 —, bien que la formulation de ma réponse à l'interrogatoire n° 19 puisse laisser croire que l'appareil décrit était la première version construite en octobre 1872.
L'appareil de Helmholtz destiné à la production artificielle de sons vocaliques, mentionné dans ma réponse à l'interrogatoire n° 19, est représenté sur la figure 18 de ma conférence de Londres. Ce même appareil est illustré plus clairement — car à plus grande échelle — à la page 606 de la traduction par Ellis de l'ouvrage de Helmholtz, mentionné à plusieurs reprises au cours de cette déposition. Il y est désigné sous le nom de figure 64. Il convient de noter, comme l'indique Helmholtz lui-même, que les branches du diapason émetteur sont placées entre les pôles de l'électro-aimant, comme le montre l'illustration de cet appareil émetteur (figure 33, page 178 de la traduction d'Ellis), et que l'électro-aimant *l* — visible sur la figure 64 du même ouvrage ou sur la figure 18 de ma conférence de Londres — est représenté hors de sa position réelle afin de mieux illustrer les circuits électriques. Il est indiqué dans l’annexe VII de la traduction de Helmholtz par Ellis — en référence à la figure 64 dans lequel : « b est le diapason interrupteur, et / son électro-aimant. La position relative de ces deux derniers éléments a été quelque peu modifiée afin de rendre plus claire la disposition des circuits. »
Je décrirai certaines des principales différences entre cet appareil de Helmholtz et l'invention illustrée par la figure 3 de ma déclaration préliminaire concernant les interférences du télégraphe harmonique. La figure 2 illustre la forme antérieure de l'appareil, mais je retiens la figure 3 car les instruments qui y sont représentés ressemblent davantage aux instruments de Helmholtz que ceux de la figure 2, et parce que ma réponse à la question 19 décrit les instruments de la figure 3. En effectuant cette comparaison, je ne tiendrai pas compte du fait que deux dispositifs de rupture de circuit figurent dans l'appareil de Helmholtz — un fixé à chaque
branche du diapason émetteur — car il est indiqué dans les travaux de Helmholtz que l'appareil peut fonctionner avec une seule des coupelles à mercure représentées, et cette disposition se rapproche davantage de la conception de mon propre appareil. L'invention illustrée par la figure 3 de ma déclaration préliminaire prévoyait l'utilisation de plusieurs diapasons émetteurs de hauteurs tonales différentes et de plusieurs diapasons récepteurs ayant les mêmes hauteurs que les émetteurs, chaque diapason émetteur devant provoquer la vibration forcée du seul diapason récepteur avec lequel il était à l'unisson, lors de l'enfoncement d'une clé télégraphique mettant l'émetteur en circuit avec les récepteurs. La figure 5 montre l'un des diapasons émetteurs, l'un des diapasons récepteurs et l'une des clés télégraphiques, afin d'illustrer le mode de fonctionnement. Dans l'appareil de Helmholtz, plusieurs instruments récepteurs de hauteurs différentes sont utilisés, mais un seul diapason émetteur, relié en permanence aux instruments récepteurs sans l'intermédiaire d'aucune clé télégraphique.
La vibration du diapason émetteur, au lieu de provoquer la vibration d'un seul des récepteurs les fait tous résonner simultanément. Dans l'appareil de Helmholtz, les hauteurs de son des instruments récepteurs sont en rapport harmonique les unes avec les autres ; dans le mien, ce n'est pas le cas. Dans l'appareil de Helmholtz, un seul diapason émetteur actionne tous les récepteurs ; dans le mien, il n'en actionne qu'un seul, de sorte qu'un diapason émetteur distinct est nécessaire pour chaque récepteur. Dans l'appareil de Helmholtz, les récepteurs émettent continuellement leurs notes musicales tant que le diapason émetteur vibre ; dans mon appareil, les instruments récepteurs restent normalement silencieux pendant que les émetteurs vibrent, et chaque récepteur ne produit sa note musicale qu'au moment où l'on abaisse la clé télégraphique reliée à l'émetteur correspondant à sa propre hauteur de son, ne restant en fonctionnement que tant que la clé demeure abaissée.
Dans l’appareil effectivement que j'ai construit, et représenté sur la figure 3 de ma déclaration préliminaire concernant les interférences du télégraphe harmonique,
les diapasons utilisés étaient très petits, ceux d’émission et de réception étant accordés sur la même hauteur de son. Il s’agissait de diapasons ordinaires, tels qu’on peut en acheter dans n’importe quel magasin de musique, destinés à donner la note de référence — je crois, le « la » du violon. Le diapason émetteur
utilisé par Helmholtz était bien plus grand que celui-ci et vibrait à une cadence beaucoup plus lente. Le diapason de Helmholtz était muni de deux fils, un fixé à chaque branche, que l’on utilise une ou deux coupelles de mercure ; mon diapason émetteur, lui, n’avait un fil fixé qu’à une seule des branches, ce qui désaccordait les deux branches l’une par rapport à l’autre et nécessitait — ou rendait souhaitable — l’ajout d’une surcharge sur l’autre branche. Je me souviens que je la lestais avec des morceaux de cire. Dans mon appareil, le diapason émetteur est normalement placé dans un circuit local, sans connexion électrique avec le récepteur. Aucune disposition de ce genre n’apparaît dans l’appareil de Helmholtz. Il existe d’autres différences sur lesquelles je ne juge pas nécessaire d’attirer particulièrement l’attention.

Contre-interrogatoire n° 464. Helmholtz, dans l’ouvrage que vous avez mentionné dans votre réponse précédente, décrit-il ou montre-t-il des moyens de mettre hors circuit un ou plusieurs diapasons récepteurs, de sorte qu’un diapason émetteur puisse être utilisé avec un seul diapason récepteur, et que l’on puisse, si nécessaire, exclure du circuit n’importe quel diapason récepteur ou la totalité d’entre eux ?
R. Oui, et cela constitue une autre différence entre son appareil et le mien.

Contre-interrogatoire 465. L'appareil que vous avez décrit dans votre réponse à la question 20 diffère-t-il de l'appareil de Laborde — décrit dans les *Comptes rendus* (tome 50, page 692) et dans *Cosmos* (tome 17, page 514), publications mentionnées dans votre réponse à la contre-question 377 ainsi que lors de votre conférence devant l'Académie des arts et des sciences ?
R. Oui. Il diffère sensiblement de l'appareil de Laborde, mais je ne saurais en préciser les différences sans avoir sous les yeux l'article de Laborde pour rafraîchir ma mémoire.

Contre-interrogatoire 466. L'appareil que vous avez décrit dans votre réponse à la question 20 permet-il d'obtenir un résultat qui ne soit pas également obtenu avec l'appareil de Laborde ?
R. Je ne pense pas que le résultat ait été obtenu par l'appareil de Laborde permettant d'envoyer simultanément deux ou plusieurs messages télégraphiques
sur un seul fil, ce qui était le résultat visé par mon appareil. Bien sûr, je pourrais mieux me prononcer si j'avais l'article original sous les yeux, mais cette affirmation correspond à mes souvenirs.

Contre-interrogatoire 467. Par votre dernière réponse, voulez-vous dire que Laborde n'a pas réellement obtenu les résultats mentionnés, ou qu'il n'a pas décrit de moyen pour obtenir ce résultat ?
R. Je ne pense pas non plus, mais je pourrais mieux me prononcer si je pouvais consulter l'article.

Contre-interrogatoire 468. L'appareil décrit dans votre réponse à la question 20 diffère-t-il de l'appareil décrit ou présenté dans le brevet anglais n° 1775 de 1868, mentionné dans l'interrogation croisée 377 ? Si oui, pourriez-vous indiquer un résultat obtenu par l'appareil décrit à la question 20, qui ne pourrait pas être obtenu par l'appareil décrit dans le brevet anglais n° 1775 de 1863 ?
R : J'ai l'impression qu'il y a une différence significative, mais je pourrais me prononcer plus précisément si je pouvais consulter une copie du brevet en question, afin de me rafraîchir la mémoire. Je ne me souviens plus, à l'heure actuelle,exactement de la nature du brevet auquel il est fait référence, mais il me semble l'avoir consulté il y a quelques années, et avoir conclu à des différences substantielles.

Contre-interrogatoire. 469. L'Examinateur, dans sa lettre mentionnée ci-dessus, déposée concernant votre demande du 25 février 1875, déclare :
« La revendication 1 est rejetée sur le brevet de Bell, 161 739, du 6 avril 1875, —
« Teleg. Reed » — et une description dans les Comptes lendus, 1860, volume 50, page bQ1, dont une copie peut être trouvée à l'Office des brevets des États-Unis.
La revendication ainsi rejetée est la suivante :
« 1. « Le procédé décrit ici pour transmettre simultanément deux ou plusieurs signaux ou messages télégraphiques sur un seul fil, et pour les recevoir sans confusion, par la combinaison dans un circuit électrique de deux ou plusieurs émetteurs, chaque émetteur émettant des impulsions par seconde en nombre différent des autres, en combinaison avec des récepteurs accordés sur une fréquence à laquelle ils seront mis en vibration pour produire leur tonalité fondamentale par un seul des émetteurs, sensiblement comme et aux fins décrites. »
La lettre de l’examinateur est datée du 20 juillet 1889 ; et il semble que le 27 février 1892, date de la certification, c’était la dernière lettre rédigée par l’examinateur dans ce dossier. Une quelconque mesure a-t-elle été prise concernant cette lettre par vous ou vos avocats depuis le vingt-septième jour de février 1892 ?
R. Pas à ma connaissance.

Contre-interrogatoire n° 470. La lettre de l’examinateur indique également : « La revendication 2 est rejetée au vu des références citées ci-dessus et du brevet anglais n° 1775 de 1868. — “Duplex Teleg.” »
La revendication ainsi visée par l’examinateur est la suivante :
« 2. La combinaison, au sein d’un même circuit électrique, d’une série de rupteurs intermittents conçus chacun pour envoyer sur la ligne un nombre déterminé d’impulsions électriques dans un laps de temps donné, et d’une série de manipulateurs, un pour chaque rupteur, destinés à commander
l’envoi de ces impulsions sur la ligne, sensiblement comme décrit. » Une quelconque mesure a-t-elle été prise par vous ou vos avocats concernant ce rejet depuis le vingt-septième jour de février 1892, date de la certification ?
R. Pas à ma connaissance.

Contre-interrogatoire 471. Qui a fabriqué les instruments mentionnés dans votre réponse à la question 227 ?
R. J'ai moi-même fabriqué l'instrument mentionné dans la première partie de la réponse ; et la modification ultérieure de celui-ci, dans laquelle l'anche en acier est pourvue d'un dispositif d'accord, tel qu'illustré à la Fig. 3 de ma demande du 25 février 1875, a été réalisée pour moi dans l'atelier de M. Williams — je présume par M. Watson.

Contre-interrogatoire 472. L'appareil mentionné dans votre réponse à la question 23 est-il entièrement illustré à la Fig. 6 faisant partie de votre déclaration préliminaire concernant les interférences harmoniques, et l'appareil mentionné dans votre réponse à la question 23 est-il celui illustré dans ladite Fig. 6 ?
R. La Fig. 6 illustre la disposition du circuit utilisée :
Différentes expériences ont été réalisées en novembre 1873 avec une disposition de circuit similaire, mais avec diverses modifications des instruments d'émission et de réception. Dans certaines expériences, la forme de l'émetteur et du récepteur utilisée est celle illustrée à la Fig. 5, l'anche émettrice établissant et rompant le circuit dans une coupelle de mercure.
Des émetteurs disposés comme à la Fig. 7, de manière à établir et rompre le contact avec une pointe métallique, ont également été utilisés dans une disposition de circuit similaire à celle illustrée à la Fig. 6, et des instruments de réception semblables au dessin inséré dans ma réponse au Contre-interrogatoire 363 ont également été employés sur un circuit tel qu'illustré à la Fig. 6. Dans l'expérience mentionnée dans ma réponse à l'interrogatoire 23, les instruments de réception
employés étaient du type... ...construction illustrée dans le dessin joint à ma réponse au contre-interrogatoire n° 363. Les instruments émetteurs étaient soit du type illustré à la figure 5, soit de celui illustré à la figure 7 de ma déclaration préliminaire dans l'affaire des interférences relatives au télégraphe harmonique, et la configuration du circuit était celle représentée à la figure 6 .

Contre-interrogatoire n° 473. En référence à la question 24 et à votre réponse à celle-ci, avez-vous été le tout premier à découvrir que la lame vibrante d'un récepteur tel que celui mentionné dans votre réponse à l'interrogatoire n° 23 pouvait être forcée d'émettre un son dont la hauteur différait de celle produite par sa vibration libre normale, ou avez-vous simplement été l'un des premiers à découvrir ce fait allégué ?
Rép. J'ai découvert ce fait de manière indépendante. Je ne sais pas si j'ai été le tout premier à le découvrir ou non.
Contre-interrogatoire n° 414. Qui était présent, si vous vous en souvenez, lorsque l'expérience mentionnée dans votre réponse à la question 23 a été réalisée ?
R. L'expérience a eu lieu au domicile de Mme George T. Sanders, à Salem. Je ne me souviens pas aujourd'hui des personnes présentes à cette occasion.

Contre-interrogatoire n° 475. Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de la capsule de Koenig et du phonautographe de Scott, mentionnés dans votre réponse à la question 29, et où avez-vous vu ces instruments pour la première fois ?
R. J'ai vu ces instruments pour la première fois à l'Institute of Technology, en 1872 ou 1873. J'en avais probablement eu connaissance auparavant grâce à des publications imprimées.

Contre-interrogatoire n° 476. Qui vous a présenté ces instruments lorsque vous les avez vus pour la première fois à l'Institute of Technology ?
R. Je l'ignore. Je pense qu'il s'agissait soit du professeur Pickering, soit du professeur Cross, mais je ne peux pas en être certain.

Contre-interrogatoire n° 477. Dans votre réponse à la question 30, vous avez évoqué une amélioration récemment apportée au phonautographe par Morey. En quoi consistait cette amélioration et qui était Morey ?
R. Je l'ignore. J'ai l'impression qu'il était étudiant à l'Institute of Technology et que son nom complet était Charles A. Morey. Lorsque j'ai vu le phonautographe pour la première fois, à l'Institute of Technology, il n'était pas disposé selon la conception originale de Léon Scott, son inventeur ; il comportait l'amélioration de Morey, qui consistait en un levier en bois actionné par la membrane et muni, à son extrémité libre, d'une soie. La soie vibrante traçait une ligne courbe sur une plaque de verre fumé plane se déplaçant horizontalement sous elle. M. Morey a publié une description de son amélioration — je crois dans l'« American Journal of Science » — qui permettra d'en établir la date plus précisément que je ne saurais le faire de mémoire.

Contre-interrogatoire 478. La disposition de la membrane tendue, de l'embouchure conique et du levier articulé dans le phonautographe de Scott, tel qu'amélioré par Morey, était-elle sensiblement identique à la disposition de l'embouchure, de la membrane et de l'armature articulée visible sur l'instrument de gauche illustré à la figure 7 du dessin de votre brevet n° 174 465 ?
R. Je pense que la disposition était sensiblement similaire ; toutefois, le levier en bois de Morey ne s'arrêtait pas au niveau de la partie centrale de la membrane (ou aux alentours) ; il se prolongeait de telle sorte que son extrémité libre dépassait considérablement le bord opposé de la membrane, portant, à cette extrémité, la soie dont il a été question.

Contre-interrogatoire 479. Toujours en référence à votre réponse à la question 30 : je crois comprendre que si une personne émettait un son dans le cône du phonautographe, elle provoquait ainsi une vibration de la membrane et du levier qui y était fixé. N'est-il pas vrai, en fait, que c'est précisément la même fonction qui est assurée lorsqu'une personne parle dans l'embouchure A de l'instrument illustré à la figure 7, mentionné dans votre dernière réponse ? C'est-à-dire que, dans le cas du phonautographe, la membrane vibrante agit sur le levier articulé, tandis que pour l'instrument illustré à la figure 7, la membrane vibrante agit sur l'armature articulée ?
Rép. : Tout dépend de ce que vous entendez par le mot « fonction ». Le mode de fonctionnement de la membrane est sensiblement le même dans les deux cas, mais j'estime que les fonctions sont très différentes. Dans le cas du phonautographe, la fonction de la membrane consistait à faire tracer, par la pointe du levier, une ligne courbe sur une plaque de verre fumé. Dans le cas de l'appareil représenté à la figure 7 de mon brevet du 7 mars 1876, la fonction de la membrane *a* consistait à amener l'armature *c* à produire, dans le circuit E, des ondulations électriques dont la forme reproduisait celle des vibrations de l'air engendrées par le son émis dans le cône A ; ainsi, grâce à l'action de l'armature et de la membrane de l'appareil récepteur, un son semblable à celui émis dans A pouvait être entendu en sortie de L.

Contre-interrogatoire 480. Vous dites, en réponse à la question 30 :
« J'en suis venu à la conclusion que le phonautographe nécessiterait des modifications considérables pour être adapté à mon objectif. La membrane était alourdie par sa fixation à un long levier, et la soie, située également à l'extrémité du levier, semblait avoir sa propre fréquence de vibration caractéristique. »
L'instrument illustré à la figure 7 de votre brevet n° 174 465 prête-t-il le flanc à la même critique que celle que vous semblez avoir formulée à l'encontre du phonautographe, en raison de la surcharge imposée à la membrane par l'armature qui y est fixée ?
R. Je ne considérais pas la simple surcharge de la membrane comme étant de nature à nuire au fonctionnement de l'appareil, car je savais que la membrane de l'oreille humaine subissait une charge bien plus importante, proportionnellement à sa taille, du fait des osselets qu'elle mettait en mouvement, que ne l'était la membrane de l'appareil représenté à la figure 7. En fait, c'est l'observation d'une véritable pièce anatomique d'oreille humaine, et la prise de conscience de l'énorme disproportion de masse entre la membrane délicate du tympan et les osselets qu'elle actionnait, qui m'ont conduit à la conception de l'appareil illustré à la figure 7. L'armature c ne constituait pas un long levier — tel que le levier en bois du phonautographe — qui se prolongerait bien au-delà de son point de fixation sur la membrane pour former une longue languette libre dépassant le bord opposé du support de membrane, avec une forte tendance à vibrer selon une fréquence propre déterminée. Ce n'était pas simplement la surcharge de la membrane que je jugeais problématique dans le cas du phonautographe, mais le fait de la charger avec un levier ayant tendance à vibrer à une fréquence déterminée, ainsi qu'avec une soie ayant également tendance à vibrer à une fréquence déterminée. J'ai évité ces défauts dans la conception de l'appareil illustré à la figure 7. 7 en utilisant un levier relativement court et en le fixant à ses deux extrémités. La longueur de l'armature c ne représente qu'environ la moitié du diamètre de la membrane. Une extrémité est fixée par une liaison articulée à jeu à la branche libre d de l'électro-aimant, tandis que l'autre extrémité est solidement fixée au centre de la membrane tendue a, de sorte qu'elle est contrainte de reproduire fidèlement le mouvement
de la membrane ; ce qui n'était pas le cas pour le tracé du phonautographe de Morey, en raison de la vibration indépendante du levier et de la soie qui y était fixée. Dans le cas du phonautographe, j'estimais que la vibration indépendante de la soie et du levier entraînait une distorsion de la forme de la vibration, de sorte que les vibrations tracées sur le verre fumé n'avaient pas la même forme que celles exécutées par la membrane. Pour l'appareil représenté sur la figure 7, j'ai considéré avoir remédié à ce défaut et que la vibration de l'armature c aurait nécessairement exactement la même forme que la vibration de la membrane a. J'estimais que, la membrane a n'étant pas plus chargée que la membrane de l'oreille humaine, elle devait fonctionner aussi bien que cette dernière pour transmettre les vibrations. L'instrument illustré sur la figure 7 de mon brevet n° 174 465 ne prête donc pas flanc à l'objection que vous avez citée — au sujet du fonctionnement du phonautographe — d'après ma réponse à la question 30.

Contre-interrogatoire 481. En réponse à l'interrogatoire 49, vous avez lu un extrait d'une lettre à votre père et votre mère, datée du 18 mars 1875, dans laquelle vous menti onnez votre visite à Washington. Leur aviez-vous déjà écrit pour leur raconter ce qui s'était passé à Washington pendant cette visite ?
R : Oui.

Contre-interrogatoire 482. Je trouve dans le volume IV imprimé des pièces du dossier American Bell Telephone Co. et al. c. The People's Telephone Co. et al., une lettre dont voici le contenu :
SALEM À Boston, le 5 mars 1875.

CHER PAPA ET MAMAN :
S'il vous plaît, donnez-moi de vos nouvelles bientôt
Donnez-moi toutes les nouvelles.
J'ai travaillé jour et nuit à Washington, si bien que je n'ai pas encore eu le temps de visiter les sites touristiques.
Tout semble très prometteur.
L'une des premières choses que j'ai faites en arrivant à Washington a été de préparer mon matériel afin de créer quatre postes de travail : A, B, C et D.

Je voulais démontrer qu'il était possible d'envoyer un message de B vers C au moment même où un autre passait de A vers D.
Je disposais de quatre éléments de pile, mais je n'avais pas d'acide. Pour obtenir une puissance suffisante et assurer un fonctionnement correct, il me fallait six éléments ainsi qu'un mélange de bichromate de potassium et d'acide (dont j'ai oublié la nature exacte).
Il n'y avait qu'un seul électricien en ville ; je m'adressai donc à lui pour tout le matériel, en commettant toutefois l'erreur de décliner mon identité.
Il m'envoya deux éléments de pile Lockwood ; je fus surpris de voir le jeune homme chargé de la livraison pénétrer directement dans le salon et regarder autour de lui pour examiner les appareils que je possédais.
Ma surprise fut encore plus grande lorsque je constatai que les deux éléments livrés ne fonctionnaient pas.
Le jeune homme revint avec la solution de bichromate destinée aux autres éléments, mais, pris de méfiance, je refusai de l'utiliser.
Pour couronner le tout, M. Hubbard m'informa que M. Orton (président de la Western Union Telegraph Company) passerait dans une demi-heure pour examiner mes appareils. La Western Union est sans doute la plus vaste entreprise qui ait jamais existé.
Elle contrôle un réseau de lignes télégraphiques plus étendu que celui de l'Europe entière ! Il était donc crucial que mes appareils soient en parfait état de marche. J'ai fait de mon mieux pour remettre en service les piles dont je disposais en me procurant de l'acide nitrique et de l'acide sulfurique. J'ai scié un gros bloc de carbone en deux, emprunté quelques cuvettes et réussi à rendre le tout opérationnel à peine trente secondes avant l'arrivée de M. Orton.
Par chance, les appareils n'avaient jamais aussi bien fonctionné. M. Orton s'est montré très intéressé et a exprimé le souhait de me revoir, bien qu'il dût se rendre à New York le soir même.
Deux jours plus tard, alors que je visitais le Sénat au Capitole, un homme s'est approché et m'a tapoté l'épaule. C'était M. Orton. Il m'a annoncé que la Western Union serait ravie de mettre à ma disposition tous les moyens nécessaires pour perfectionner mes appareils ; il m'a chaleureusement invité à apporter mon matériel à New York, où je pourrais bénéficier de l'aide de leurs meilleurs électriciens.
Ils disposent d'une salle d'expérimentation spécialisée et ont à leur disposition immédiate des milliers d'éléments de batterie ainsi que des milliers de kilomètres de lignes réelles pour effectuer des essais.
M. Orton a tenu à préciser que la Western Union ne portait aucun intérêt à M. Gray ni à son invention.
C'est très encourageant. M. Orton avait déjà vu l'appareil de Gray et, pourtant, il a décidé de soutenir le mien.
Concernant les brevets : mes avocats, Pollok et Bailey, ont constaté, après examen au Bureau des brevets, que j'avais poussé le développement de l'idée bien plus loin que Gray ; ils ont donc déposé trois demandes de brevet distinctes, dont une seule entre en conflit avec celle de Gray.
Le premier brevet porte sur le principe de la « télégraphie multiple », en fondant ma revendication sur les instruments présentés. (Ces instruments nécessitent deux lignes : une ligne aller et une ligne retour.)
Le deuxième brevet concerne le principe de l'utilisation d'un courant induit, permettant ainsi d'employer un fil unique.
Le troisième brevet porte sur un « interrupteur vibrant », destiné à transformer le mouvement vibratoire de mon appareil récepteur en une fermeture ou une ouverture permanente d'un circuit local.

Grâce à ce dispositif, je peux faire fonctionner, à partir d'un récepteur, n'importe quel instrument actionné par électromagnétisme ; le système a évolué vers une forme très curieuse de « télégraphe autographe », permettant de copier presque instantanément un message manuscrit ou une image. La copie est réalisée à l'encre ordinaire et sur du papier ordinaire.
Mes avocats doutaient initialement que les examinateurs déclareraient une interférence entre Gray et moi, étant donné que l'appareil de Gray se trouvait là depuis si longtemps.
Ils craignaient que je n'aie que peu de chances de succès, ce qui a immédiatement fait chuter mon moral à zéro. Ils estimaient qu'il serait difficile de convaincre les examinateurs que je n'avais pas copié Gray. Toutefois, lorsqu'ils ont vu le « télégraphe autographe » issu de l'idée de la télégraphie multiple, ils ont immédiatement affirmé qu'il s'agissait d'une preuve solide d'une invention indépendante, puisque Gray n'avait jamais eu une telle idée. Il s'est avéré par ailleurs qu'un examinateur du Bureau des brevets (chargé d'un domaine autre que les inventions électriques) est sourd-muet ; il me connaît personnellement ainsi que ma réputation, et pourrait assurément attester que je suis incapable de copier Gray. Une autre circonstance heureuse s'est produite : l'examinateur même entre les mains de qui ce dossier allait tomber se trouvait dans le bureau de M. Pollok le jour où je m'y suis rendu. J'ai ainsi pu avoir un long entretien avec lui, au cours duquel je lui ai tout expliqué ; je suis convaincu qu'il a dû être persuadé que j'avais conçu l'ensemble du projet de manière indépendante.
Après avoir établi nos spécifications et examiné le dossier dans son ensemble, M. Pollok a déclaré : « Votre dossier est solide. » En me quittant, il a ajouté : « Ne craignez rien, nous ferons en sorte que tout se passe bien pour vous. »
Chaque fois que l'avocat de Gray apprenait ma présence en ville, il s'adressait au Bureau des brevets pour faire avancer la demande de Gray et me contraindre ainsi à un procès.
Toutefois, les examinateurs ne pouvant statuer sur l'affaire avant dix jours, j'ai eu le temps de déposer ma propre demande dans les délais. J'attends à présent la décision de la commission d'examen. Elle déclarera probablement une procédure de conflit d'antériorité (*interference*). Il me faudra alors faire entendre des témoins et prouver mon antériorité.
L'invention arrive au moment idéal. Je vais expliquer pourquoi.
Il existe deux compagnies de télégraphe rivales en Amérique : la Western Union et la Pacific Line.
Jusqu'ici, la Western Union jouissait d'un monopole. Mais l'année dernière, un homme a mis au point une méthode permettant de transmettre quatre messages simultanément sur un même fil, et la Pacific Telegraph Company a racheté son brevet pour sept cent cinquante mille dollars (750 000 $).
Résultat : la Pacific Company a pu réduire ses tarifs et concurrencer efficacement la Western Union.
Or, mon invention permet de transmettre simultanément trente ou quarante messages et offre aux stations intermédiaires la possibilité de communiquer entre elles. Si la Western Union l'adopte, elle pourra regagner le terrain perdu. Quoi qu'il en soit, c'est manifestement le moment propice pour lancer cette invention. En venant ici, je suis passé au siège de Western Union à New York. J'ai pris des dispositions pour passer chaque semaine les samedis et dimanches à New York, dans les locaux de l'entreprise.
Je bénéficierai de l'aide de M. Prescott (l'auteur de l'ouvrage sur la télégraphie que vous possédez) ; je pense donc que tout ira pour le mieux si je parviens à prouver l'antériorité de mon invention.
Me voici à Boston. Je vous embrasse affectueusement.
ALECK
S'agit-il de la lettre mentionnée dans votre dernière réponse ? Si oui, veuillez préciser quand et où elle a été rédigée.
R. : Il s'agit bien de la lettre mentionnée dans la dernière réponse. Elle a été écrite le 5 mars 1875, dans le train, alors que je me rendais de Salem à Boston. L'original de la lettre est écrit au crayon et je l'ai sous les yeux en ce moment. Je relève, dans la copie que vous avez lue, quelques erreurs typographiques sans importance.
L'original de la lettre contient, à la fin, une copie au crayon d'un protocole d'accord établi et conclu le vingt-sept février 1875 entre M. Sanders, M. Hubbard et moi-même. Cet accord, ainsi que la lettre en question, a également été produit comme pièce à conviction dans le procès susmentionné et figure dans le même dossier, immédiatement après la lettre que vous avez lue. L'accord est établi comme suit :
« Protocole d'accord conclu ce vingt-septième jour de février 1875, entre A. Graham Bell de Salem (Massachusetts), Thomas Sanders de Haverhill (Massachusetts) et Gardiner G. Hubbard de Cambridge (Massachusetts).

Attendu que ledit Bell a inventé certains procédés et appareils de télégraphie nouveaux et utiles, pour lesquels il a sollicité des lettres patentes des États-Unis et s'apprête à en demander d'autres, et qu'il a cédé tous ses droits, titres et intérêts relatifs auxdites inventions ou améliorations auxdits Bell, Sanders et Hubbard, parties au présent accord, et a convenu de céder auxdites parties tous ses droits, titres et intérêts relatifs à toute amélioration ultérieure qu'il pourrait apporter au perfectionnement desdites inventions ou améliorations ;
Il est par la présente convenu entre lesdits Sanders et Hubbard qu'ils contribueront chacun pour moitié à toutes les dépenses engagées pour l'obtention des brevets relatifs auxdites inventions ou améliorations, ainsi qu'à celles liées à toute procédure de contestation de priorité (*interference*) pouvant survenir, et aux frais nécessaires au perfectionnement desdites inventions.
Il est en outre convenu entre les parties que, si lesdites inventions s'avèrent avoir de la valeur, lesdites parties transféreront tous leurs droits à une société constituée aux fins de gérer et contrôler plus aisément lesdits brevets.
Les actions émises en contrepartie desdits brevets appartiendront auxdites parties au prorata de leurs intérêts respectifs, à savoir un tiers chacune.
Le présent accord lie nos héritiers et représentants légaux.

A. GRAHAM BELL.
THOMAS SANDERS.
GARDINER G. HUBBARD. »

Contre-interrogatoire - Q. 483. Les expériences réalisées avec la capsule manométrique de Koenig et le phonautographe, mentionnées dans votre réponse à la question 30, ont-elles démontré que les formes de vibration obtenues par le phonautographe que vous utilisiez n'étaient pas des copies exactes de la vibration de sa membrane, mais tout au plus de simples approximations ?
R. : Non. Je ne sache pas qu'elles aient démontré cela. [J'ai émis] les mêmes voyelles, de la même manière, dans l'embouchure de la capsule manométrique et dans le cône du phonautographe, et j'ai comparé les tracés du phonautographe avec la forme des ondulations de la flamme visibles dans le miroir de la capsule manométrique. Les formes de vibration obtenues par ces deux méthodes n'étaient pas exactement identiques, et je me suis interrogé sur la cause de cette différence. L'hypothèse que j'envisageais était que la véritable forme de vibration caractéristique des sons de la parole avait été déformée dans le phonautographe par les dispositifs employés. Cela m'a conduit à mener des expériences pour améliorer l'appareil. Il s'agissait simplement d'une idée, sous forme d'hypothèse, qui pouvait être vraie ou non.

Contre-interrogatoire - Q. 484. Vous dites, en réponse à la question 32, que le Dr Blake a suggéré qu'au lieu d'essayer de fabriquer un phonautographe calqué sur le modèle de l'oreille humaine, vous devriez tenter d'utiliser une oreille humaine elle-même — prélevée sur un sujet décédé — comme phonautographe. Cette suggestion émanait-elle du Dr Blake, ou la chose avait-elle déjà été faite ? Je ne sais pas. Je pense que cette idée venait du Dr Blake. Contre-interrogatoire - Q. 485. En référence à la réponse 33 : vous dites que l'appareil représenté sur la figure 15* de votre déclaration préliminaire dans l'affaire des interférences sur le télégraphe harmonique a été conçu à l'été 1874. Qui a construit le premier un appareil similaire à celui de la figure 15, ou en a réalisé une maquette ?
R. : Je ne peux pas affirmer avec certitude si un modèle identique à celui de la figure 15 a jamais été construit, mais je suis porté à croire que j'ai effectivement utilisé une paire de lames d'acier fixées aux pôles d'un aimant permanent de la manière illustrée sur cette figure, bien après la date de conception — 1874 ; toutefois, mon souvenir est trop vague pour être invoqué sans preuve contemporaine. Il est possible qu'aucun modèle strictement conforme à la figure 15 n'ait jamais été réalisé, mais je ne saurais l'affirmer catégoriquement.

Contre-interrogatoire n° 486. Avez-vous un souvenir précis d'avoir utilisé vous-même un appareil semblable à celui représenté sur la figure 15, ou de l'avoir vu utilisé par d'autres ?
R. : Oh, oui. Je me souviens très bien avoir utilisé un appareil fonctionnant essentiellement selon le principe illustré par la figure 15, bien que la construction de l'appareil utilisé fût quelque peu différente. Ce souvenir est corroboré par un document d'époque, à savoir une lettre adressée à M. Hubbard le 28 juin 1875, laquelle a été citée dans ma réponse à la question 73 de la présente déposition. L'expérience a été réalisée dans la soirée du 28 juin 1875, le jour même où la lettre a été rédigée.
Le type d'appareil utilisé était sensiblement similaire à celui représenté sur la figure 5 de mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465 ; toutefois, la anche en acier servant d'émetteur était disposée dans un support, comme illustré en A sur la figure 15 de ma déclaration préliminaire, de sorte qu'elle pouvait être mise en vibration mécaniquement par le vent, à la manière d'une anche d'orgue. La configuration du circuit était analogue à celle représentée sur la figure 5 de mon brevet n° 174 465, à la différence près que la pile en était exclue.
Dans ces conditions, la vibration mécanique de la anche émettrice, provoquée par le souffle du vent, engendrait un son suffisamment perceptible au niveau de la anche réceptrice pour qu'il ne soit nullement nécessaire de coller l'oreille contre l'instrument. L'amplitude de vibration de la anche réceptrice était telle qu'elle était parfaitement perceptible tant à la vue qu'au toucher et à l'ouïe.

Contre-interrogatoire n° 487. L'appareil représenté sur la figure 15, si je le comprends bien, convertit une force mécanique en énergie électrique, puis, inversement, l'énergie électrique en force mécanique. Pouvez-vous indiquer, avec précision ou approximativement, la quantité de force perdue au cours de cette conversion ou opération ?
R. Je ne prétends pas être un expert et je ne pense pas pouvoir me risquer à émettre une opinion à ce sujet.

Contre-interrogatoire n° 488. Vos connaissances concernant le fonctionnement électrique et mécanique de l'appareil illustré sur la figure 5 de votre brevet n° 174 465 sont-elles suffisantes pour vous permettre de répondre à la même question au sujet de cet appareil ?
R. Je ne le pense pas.

Contre-interrogatoire n° 489. N'est-il pas vrai qu'en raison d'une perte de puissance ou de force, l'armature de l'instrument récepteur de la figure 5 ne vibrera pas avec la même amplitude que celle de l'instrument émetteur ?
R. Je ne saurais le dire ; ...mais je pense que cela dépendrait des circonstances.
L'anche du récepteur a tendance à vibrer à une fréquence déterminée — à l'instar d'une balançoire d'enfant, mais avec une rapidité bien plus grande — et une succession d'impulsions très légères peut l'amener à vibrer avec une très grande amplitude si ces impulsions sont correctement synchronisées avec les mouvements de l'anche ; tout comme une balançoire peut être mise en pleine oscillation par une série d'impulsions très légères données à la main, pourvu qu'elles soient bien calées sur le mouvement de la balançoire, de sorte que chaque poussée n'intervienne que durant le mouvement vers l'avant.

Contre-interrogatoire, question 490. Dans ma précédente question, je souhaitais que vous compreniez que le fonctionnement de l'appareil représenté sur la figure 5 était identique à celui décrit dans votre brevet. Veuillez répondre à la question en tenant compte de cette précision.
R.: Ma réponse demeure la même. Je ne saurais dire quelle sera l'amplitude absolue de vibration de la anche réceptrice par rapport à une vibration donnée de la anche émettrice. Mais, quelle que soit la relation absolue entre les deux, il est évident que si l'on augmente l'amplitude de vibration de la anche émettrice, l'amplitude de vibration de la anche réceptrice augmentera proportionnellement ; inversement, si l'on diminue la première, la seconde diminuera de la même manière. Je peux formuler les choses autrement : la anche de l'émetteur, en vibrant, produit une note musicale d'une hauteur déterminée, et la anche du récepteur produit une note de hauteur similaire. Si l'on fait vibrer mécaniquement la anche de l'émetteur (par exemple la anche « c » sur la figure 5 de mon brevet) de manière à produire sa note musicale, des ondulations électriques sont alors générées dans le circuit « g befg » ; la anche « h » du récepteur est alors mise en vibration par l'attraction variable de son électro-aimant « f », produisant ainsi une note musicale de même hauteur que celle générée par la vibration de la anche émettrice « c ». Je ne prétends pas préciser quel sera le volume sonore de la note produite par la anche réceptrice « h » par rapport à celui de la note produite par la anche émettrice « c » ; cela dépend, à mon sens, des circonstances. Ce que je veux dire, c'est que si l'amplitude de vibration de la anche émettrice « c » augmente — rendant ainsi la note produite plus intense —, alors l'amplitude de vibration de la anche réceptrice « h » augmentera également, et sa note gagnera en intensité de façon correspondante. L'inverse est tout aussi vrai : des variations dans l'intensité sonore de la note produite par « c » entraîneront des variations proportionnelles dans l'intensité sonore de la note produite par « h ». Cette affirmation ne repose pas uniquement sur des considérations théoriques, mais sur des expériences concrètes menées avec des appareils sensiblement analogues à celui illustré sur la figure 5.

Contre-interrogatoire - Q. 491. L'appareil représenté sur la figure 7 de votre brevet du 7 mars 1876, n° 174 465, lorsqu'il est utilisé conformément aux indications fournies dans la description — telle que je la comprends — convertit une force mécanique en énergie électrique, puis, inversement, cette énergie électrique en force mécanique. Compte tenu de ce que vous avez déclaré lors de votre interrogatoire principal au sujet des courants générés par les instruments que vous avez utilisés, diriez-vous que votre compréhension du fonctionnement électrique et mécanique de l'appareil illustré à la figure 7 vous permet d'indiquer, avec précision ou du moins approximativement, la quantité de force perdue au cours de cette conversion ou de ce processus ?
R. Non. Mes connaissances en matière électrique et mécanique ne me permettent pas d'évaluer, même approximativement, la quantité de force perdue lors du fonctionnement de l'appareil représenté sur la figure 7. Il ne fait aucun doute pour moi qu'il existe une perte considérable, car le son audible en L est bien moins intense que celui émis en A.

Contre-interrogatoire - Q. 492. Si je comprends bien votre dernière réponse, l'amplitude des vibrations de la membrane tendue de l'instrument L est inférieure à celle de la membrane tendue de l'instrument A. Cette conclusion est-elle exacte ?
R. Je suis porté à le croire.

493. Dans la lettre mentionnée dans la contre-interrogatoire n° 482, ainsi que dans votre réponse à celle-ci, figure le passage suivant : « Une autre circonstance heureuse a été la suivante : l'examinateur entre les mains de qui ce document parviendra se trouvait justement dans le bureau de M. Pollok le jour où je m'y suis rendu ; j'ai donc pu avoir un long entretien avec lui, au cours duquel je lui ai tout expliqué. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il a dû être convaincu que j'avais conçu l'ensemble du projet de manière indépendante. »
Qui était cet examinateur avec qui vous avez eu ce long entretien ?
R. : Je suppose qu'il s'agissait de M. Wilber ; mais je ne saurais l'affirmer sur la seule base de mes propres souvenirs. J'avais oublié avoir eu un tel entretien, jusqu'à ce que la lecture de cette lettre rafraîchisse ma mémoire.

Contre-interrogatoire n° 494. Dans cette lettre, vous évoquez un autre examinateur du Bureau des brevets qui était sourd-muet ; de qui s'agissait-il ?
R. : M. Parkinson.

Contre-interrogatoire n° 495. Qui a, le premier, fabriqué et utilisé un appareil semblable à celui illustré à la figure 16 de votre déclaration préliminaire dans le cadre des procédures d'interférence relatives au « télégraphe harmonique » (Harmonic Telegraph), ou qui en a, le premier, réalisé un modèle ?
R. : Je ne pense pas qu’un tel appareil ait jamais été fabriqué ou utilisé — ou même qu’un modèle en ait été réalisé, pour autant que je sache.

Contre-interrogatoire 496. Dois-je en déduire que vous ignorez si un appareil tel que celui représenté sur la figure 16 est capable de transmettre une parole articulée d’un locuteur à un auditeur ?
Rép. : Pas sur la base d’expériences concrètes. Mais, au regard de considérations théoriques, je pense que nous sommes fondés à considérer qu’il en est capable.

Contre-interrogatoire 497. Pourriez-vous développer votre réponse précédente et expliquer pourquoi, sur la base de considérations théoriques, nous sommes fondés à penser que l’appareil représenté sur la figure 16 est capable de transmettre la parole d’un locuteur à un auditeur ?
R. : Parce que nous savons qu’un tel appareil devrait être capable de transmettre simultanément des sons musicaux d’intensités (ou de puissances sonores) différentes, de sorte que l’instrument récepteur puisse reproduire ces sons sans en altérer l’intensité relative.

Contre-interrogatoire 498. Dans votre réponse à la question 34, vous utilisez les termes suivants :
« C’est ainsi qu’à l’été 1874, j’ai conçu le téléphone parlant ; l’appareil représenté sur la figure 16 constitue la première forme de téléphone parlant qui m’est venue à l’esprit. »
Compte tenu de cette déclaration, pourriez-vous expliquer pourquoi aucun appareil semblable à celui de la figure 16 n’a jamais été construit ni utilisé, depuis l’été 1874 jusqu’à ce jour ?
R. : Tout d’abord, l’appareil représenté sur la figure 16 a été, dès l’été 1874, si profondément modifié et simplifié qu’il est devenu inutile, voire superflu, de tenter de construire l’instrument « en forme de harpe » illustré sur cette figure pour transmettre la parole. En second lieu, il semblait probable qu’un appareil à « lames » (type « harpe »), tel que celui illustré à la figure 16, ne reproduirait les sons de la parole que de manière approximative ; en effet, il paraissait impossible, dans la pratique, de construire un dispositif doté du très grand nombre de lames exigé par la théorie. Je considérais la figure 16 comme représentant un téléphone parlant théorique plutôt que pratique.

Contre-interrogatoire 499. Si je comprends bien votre réponse à la question 39, vous faites allusion, dans le mémoire descriptif accompagnant votre demande du 25 février 1875, à l’instrument récepteur du téléphone de Reis. À quelle forme particulière d'appareil récepteur de Reis faites-vous référence dans cette réponse ?
R. : Je fais référence à la forme d'appareil récepteur de Reis présentée dans les documents dits « publications de Reis », intitulés « N° 26 – Circulaire de Reis d'août 1863 », qui figurent parmi les pièces à conviction dans cette affaire.

Contre-interrogatoire, question 500 : S'agit-il du même récepteur que celui auquel vous faites référence dans la réponse suivante, c'est-à-dire celle donnée à la question 40 ?
R. : Il s'agit essentiellement du même appareil, si ce n'est que la bobine de l'instrument que l'on m'a montré à l'Institut de technologie était plus grande et qu'elle ne comportait pas, pour autant que je m'en souvienne, les accessoires tels que le manipulateur télégraphique, etc.

Contre-interrogatoire, question 501 : Dans la lettre citée dans votre réponse à la question 49, vous indiquez avoir dit au professeur Henry qu'en faisant passer un courant électrique intermittent dans une bobine vide constituée d'un fil de cuivre isolé, on pouvait entendre, en provenance de ce fil, un bruit semblable à celui que produit le téléphone. Dois-je en déduire que vous aviez suffisamment expérimenté le téléphone de Reis pour vous souvenir du type de bruit qu'il émettait ? Cette supposition est-elle exacte ?
R. : Non. Je n'avais pas du tout expérimenté le téléphone de Reis ; cependant, le 26 novembre 1874, j'avais réussi à produire des sons à partir du noyau en fer d'un électro-aimant en faisant passer un courant interrompu dans sa bobine — le récepteur utilisé fonctionnant de manière très similaire à celui du téléphone de Reis. Peu après cette date — le 26 novembre 1874 —, le professeur Cross, ou l'un des professeurs de l'Institut de technologie, m'a fait remarquer que ce bruit était comparable à celui que l'on entendait avec le récepteur du téléphone de Reis. Cela l'a conduit à me décrire le téléphone de Reis et à me montrer le récepteur dont il disposait à l'Institut de technologie. Ayant observé le son produit par le noyau d'un électro-aimant, j'ai constaté qu'un son analogue pouvait être perçu au niveau de la bobine vide, une fois le noyau retiré. Au moment où la lettre du 18 mars 1875 a été rédigée, je savais que je n'étais pas le premier à avoir découvert l'effet lié au noyau de fer ; j'en ai attribué la paternité à Reis en faisant référence à son téléphone.

Contre-interrogatoire. 502. Qui a découvert, en premier, qu'un son pouvait être produit par une bobine vide — après en avoir retiré le noyau —, comme vous l'avez mentionné dans votre réponse précédente ?
R. : Je ne saurais le dire avec certitude pour le moment. Cette découverte est de mon propre fait, mais je suis porté à croire que le phénomène avait déjà été remarqué par De la Rive.

Contre-interrogatoire, question 503 : Veuillez exposer les raisons de votre réponse précédente.
R. : J'ai lu un ouvrage sur l'électricité écrit par De la Rive, et je me souviens qu'un chapitre de son livre est consacré à la description d'expériences portant sur la production de sons par magnétisation. Si je ne m'abuse, il y mentionne avoir obtenu des sons à partir d'une bobine (hélice) vide constituée d'un fil de cuivre.
Il est possible que ma référence soit inexacte, mais je suis convaincu d'avoir découvert, bien après ma propre découverte indépendante de ce phénomène, qu'il avait déjà été observé par d'autres. En consultant mon témoignage dans l'affaire Dowd, je constate que M. Causten Browne m'a interrogé à ce sujet lors du contre-interrogatoire. La question et la réponse étaient les suivantes :
« Contre-interrogatoire, question 248 (sous réserve) : Dans votre lettre du 18 mars 1875, produite en tant que pièce à l'appui de votre cinquante-septième réponse, vous mentionnez avoir dit au professeur Henry : "qu'en faisant passer un courant électrique intermittent dans une bobine vide constituée d'un fil de cuivre isolé, on pouvait entendre, en provenance de cette bobine, un bruit semblable à celui que l'on perçoit en provenance du téléphone." N'avez-vous pas appris par la suite que ce fait avait déjà été observé par quelqu'un d'autre avant vous ? »
R. : Si, tout à fait. J'ai découvert que ce phénomène avait été mis en évidence par De la Rive. Il en est fait mention dans un article de sa plume paru dans les *Annales de Chimie et de Physique*, troisième série, tome XVI, page 104. Cela montre que, dans la première partie de ma réponse précédente, je me suis trompé quant à la référence, mais pas quant à l'auteur.

Contre-interrogatoire, question 504. L'ouvrage *Annales de Chimie et de Physique*, auquel vous faites référence dans votre précédente réponse, est-il cité dans la conférence que vous avez donnée devant l'American Academy, et dont il a déjà été question ?
R. Dans mon mémoire pour l'American Academy, j'ai cité plusieurs écrits de De la Rive, mais cet article précis ne semble pas y figurer.

Contre-interrogatoire, question 505. Lors de votre entretien avec le professeur Henry, mentionné dans la lettre adressée à vos parents, a-t-il attiré votre attention sur l'une des publications de Reis ?
R. Je ne crois pas.

Contre-interrogatoire, question 506. Dans votre réponse à la question 56, vous avez cité un extrait du journal du professeur Henry, qui vous a été transmis par sa fille. Si les mots cités ne constituent pas l'intégralité de l'extrait, pourriez-vous nous en donner le texte complet ?
R. Voici l'extrait complet, tel qu'il figure dans le journal du professeur Henry, à la date du 2 mars 1875, et qui m'a été transmis par sa fille :
« Expériences menées avec M. A. Graham Bell, de Boston, sur le son produit par un courant interrompu traversant une bobine cylindrique dépourvue de noyau de fer. Le son semblait résulter de la transmission, à travers le fil, des interruptions du circuit. Il est possible qu'il n'en soit rien. Il conviendrait de tester l'effet en plaçant une bobine à induction à l'intérieur de la bobine initiale. »

Contre-interrogatoire - Question 507. Dans votre réponse à la question 60, vous faites référence à M. Frank L. Pope. S'agit-il du même Frank L. Pope qui a témoigné en qualité d'expert pour le compte de l'American Bell Telephone Company ?
R. : En consultant le dossier de l'affaire *Bell Telephone Co. et al. c. Peter A. Dowd*, je constate que M. Frank L. Pope a témoigné pour le compte du défendeur, le 9 mai 1879 et les jours suivants ; et en consultant le dossier de l'affaire *American Bell Telephone Co. et al. c. The People's Telephone Co. et autres, je constate qu'il a témoigné pour le compte du demandeur, le 29 mars 1883 et les jours suivants. Je présume qu'il s'agit bien du même Frank L. Pope que celui auquel je fais référence dans ma réponse à la question 60.

Contre-interrogatoire - Question 508. Dans une lettre citée en réponse à la soixante-quatrième question, vous avez tenu les propos suivants :
« Les deux brevets relatifs à la transmission de notes musicales n'ont pas encore fait l'objet d'une décision. Je ne comprends pas pourquoi une procédure d'interférence n'a pas été déclarée avant cela. »
À quelle procédure d'interférence faisiez-vous allusion ?
R. : En consultant la copie certifiée du dossier (« file-wrapper ») et des pièces afférentes à ma demande déposée le 25 février 1875, je trouve la lettre suivante, émanant de l'examinateur, qui clarifie la situation :

Copie envoyée le 30 mars I. R. A; A.G. BELL
Bureau de l'examinateur n° 118,
BUREAU DES BREVETS DES ÉTATS-UNIS
WASHINGTON, D. C., 30 Mars 1875.

À l'attention de Pollok et Bailey, présents.
Transmission de messages télégraphiques. 75/2. 25 février 1875.
Z. F. WILBER, Examinateur.

Le demandeur est informé qu'il existe, dans les dossiers, des demandes en conflit avec la sienne ; dès que les modifications nécessaires auront été apportées à ces autres dossiers, une procédure d'interférence préliminaire sera formellement déclarée. Les demandeurs concernés par ce conflit ont été invités à agir rapidement, compte tenu de la nécessité d'engager cette procédure.

Par ailleurs, en consultant la copie certifiée conforme du dossier — incluant l'ensemble des pièces — relatif à ma demande du 10 mars 1875, j'y trouve la lettre suivante :

Copie envoyée le 30 mars S.R.A ; A.G. BELL
Bureau de l'examinateur n° 118,
BUREAU DES BREVETS DES ÉTATS-UNIS
WASHINGTON, D. C., 30 Mars 1875.

À l'attention de Pollok et Bailey, présents.
Transmission et réception de messages télégraphiques. 76/22. 10 mars 1875.
Z. F. WILBER, Examinateur.

La lettre datée de ce jour, relative au dossier du demandeur — déposé le 25 février 1875 — s'applique également au présent dossier.

Contre-interrogatoire - Question 509. Dans votre lettre à M. Hubbard, mentionnée dans votre réponse à la question 79, vous faites référence à un ouvrage français contenant une description du télégraphe de Bonelli. De quel ouvrage s'agissait-il ?
R. Je ne m'en souviens pas pour le moment. Je pencherais pour l'ouvrage de De la Rive sur l'électricité, ou peut-être un ouvrage du comte Du Moncel.

Contre-interrogatoire - Question 510. Qui a réalisé les dessins mentionnés dans votre réponse à la question 82, et quand ont-ils été faits ?
R. Je les ai présentés lors de mon contre-interrogatoire par M. Lysander Hill, dans le cadre de l'affaire *American Bell Telephone Co. et al. c. The People's Telephone Co. et al.*, le 20 février 1883. Je ne saurais dire aujourd'hui qui est l'auteur initial de ces dessins.

Contre-interrogatoire - Question 511. Si je comprends bien votre dernière réponse, le 20 février 1883 est la date la plus ancienne que vous puissiez attribuer à ces dessins. Est-ce bien cela ?
R. Je le pense, en ce qui concerne ces dessins précis ; toutefois, d'autres dessins, sensiblement identiques, ont été versés au dossier en tant que preuves dans l'affaire Dowd, en 1879. J'ajoute que, pour autant que je m'en souvienne, les dessins en coupe mentionnés dans ma réponse à la question 82 — et officiellement produits comme preuves le 20 février 1883 — ont été réalisés à l'échelle, d'après les vestiges des téléphones à membrane originaux utilisés en juin et juillet 1875, lesquels existent toujours.

Contre-interrogatoire - Question 512. En référence à votre réponse à la question 84 : pourriez-vous décrire précisément les positions relatives des appareils émetteurs et récepteurs, la distance qui les séparait, ainsi que l'emplacement, au sein du bâtiment, des pièces où ces appareils étaient installés ?
R. À l'étage supérieur de l'immeuble de M. Williams se trouvait une petite pièce où était conservé mon appareil — une sorte de débarras, si je me souviens bien. J'ai l'impression que cette pièce avait été cloisonnée à partir d'un espace plus vaste, formant une sorte de débarras situé à l'intérieur d'une pièce plus grande. Quoi qu'il en soit, il y avait deux pièces à cet étage, reliées par une porte ; celle-ci comportait une vitre, ou bien une vitre se trouvait à proximité, de sorte que M. Watson et moi pouvions nous voir lorsque nous menions des expériences dans les pièces adjacentes.
Lors de l'expérience en question, l'un des téléphones à membrane se trouvait dans la petite pièce où je gardais mon matériel ; l'autre était situé dans l'une des pièces du rez-de-chaussée — je ne saurais dire laquelle précisément, mais probablement la plus basse parmi celles occupées par les locaux de M. Williams — afin d'être aussi éloigné que possible de l'autre appareil. Les deux instruments étaient reliés par un circuit métallique composé de fils de cuivre isolés. Je ne saurais préciser la distance exacte, si ce n'est que les deux appareils étaient probablement aussi éloignés l'un de l'autre que la configuration des locaux de M. Williams le permettait.

Contre-interrogatoire, question 513 : Vous affirmez que les appareils étaient probablement aussi éloignés que possible. S'agit-il d'une simple supposition de votre part, ou en avez-vous un souvenir précis ?
R : Mon souvenir est simplement que l'un des appareils se trouvait à l'étage et l'autre au rez-de-chaussée, les deux étant hors de portée de voix l'un de l'autre.

Contre-interrogatoire 514. Veuillez préciser davantage ce que vous entendez par l'expression « hors de portée de voix les uns des autres » ; car, à mon sens, ce terme est relatif et peut désigner aussi bien une courte distance qu'une distance de plusieurs kilomètres, selon les circonstances propres à chaque cas.
R. : Je veux dire que l'oreille nue de l'auditeur ne pouvait pas percevoir la voix de celui qui parlait. Il est possible que nous ne soyons pas réellement sortis de portée de voix les uns des autres, mais c'était là notre objectif et notre intention ; nous avons veillé à ce que les appareils soient suffisamment éloignés les uns des autres pour empêcher toute transmission de sons par l'air.

Contre-interrogatoire 515. Combien d'étages comptait la maison de M. Williams où ces expériences ont été menées ?
R. : Je ne saurais le dire de mémoire ; mais le bâtiment existe toujours, bien qu'il soit désormais affecté à d'autres usages. Je me souviens avoir dû monter un escalier pour accéder au bureau de M. Williams. Il y avait ensuite un atelier au-dessus, et je crois — sans en être tout à fait certain — qu'il y avait encore un autre atelier au-dessus de celui-ci. Notre salle d'expérimentation se trouvait au dernier étage. Je ne peux pas l'affirmer avec certitude ; je vous livre simplement un vague souvenir, pour ce qu'il vaut.

Contre-interrogatoire 516. Quelle est l'adresse actuelle (rue et numéro) de la maison de M. Williams ?
R. : L'établissement de M. Williams portait autrefois le numéro 109, Court Street. J'ignore si ce numéro a changé depuis, bien que cela soit possible.

Contre-interrogatoire 517. Quel type d'activité était exercé dans cet établissement de M. Williams, mentionné dans votre réponse précédente ?
R. : La fabrication d'appareils télégraphiques et électriques.

Contre-interrogatoire 518. Je suppose que des machines étaient utilisées, bien entendu. À quel étage se trouvaient ces machines ?
R. Je crois qu'elles se trouvaient à l'étage au-dessus du bureau de M. Williams, et peut-être même à un autre étage au-dessus de celui-là.

Contre-interrogatoire 519. Le bureau de M. Williams, si je ne m'abuse, se trouvait au deuxième étage ; les machines étaient donc, si je comprends bien, situées au troisième étage. Est-ce exact ?
R. Oui. Je le crois. Enfin, tout dépend si l'on considère le rez-de-chaussée comme le « premier étage » ; mais je ne m'appuie que sur de vagues souvenirs.

Contre-interrogatoire 520. À quoi servait le rez-de-chaussée — ou « premier étage » ?
R. Je ne m'en souviens plus. Je ne crois pas du tout qu'il ait été occupé par M. Williams.

Contre-interrogatoire, question 521. À quels moments de la journée les machines fonctionnaient-elles — si vous vous en souvenez — dans l'établissement de M. Williams ?
R. Je ne saurais répondre avec certitude. Je crois que c'était jusqu'aux environs de six heures du soir.

Contre-interrogatoire, question 522. À quels moments de la journée meniez-vous vos expériences dans l'établissement de M. Williams ? Je fais plus particulièrement référence à vos horaires de travail habituels.
R. Je ne m'en souviens pas précisément à l'heure actuelle. Il me semble que j'avais des heures de réception fixes dans mes locaux à l'université de Boston, durant lesquelles il était entendu que je serais présent ; et que je me rendais chez M. Williams avant ou après ces heures, selon ma disponibilité par rapport à mes obligations professionnelles. Toutefois, comme cela remonte à très longtemps, je ne peux garantir l'exactitude de ma réponse. Je me souviens qu'il m'est arrivé de retenir M. Watson après les heures de travail, afin de procéder à des expériences une fois les ouvriers partis.

Contre-interrogatoire, question 523. Disposiez-vous, dans l'établissement de M. Williams, des moyens nécessaires pour mener des expériences aussi bien après la tombée de la nuit qu'en journée ?
R. Je ne le crois pas. D’après mes souvenirs, l’ensemble du bâtiment était fermé à clé vers dix-huit heures et confié à la garde d’un concierge ; il était donc très peu pratique d’y mener des expériences une fois les ouvriers partis et le bâtiment fermé.

Contre-interrogatoire 524. Dans votre lettre à M. Hubbard, mentionnée dans votre réponse à la question 79, vous utilisez l’expression suivante : « L’expérience à laquelle je faisais allusion lors de notre dernière rencontre promet d’être un franc succès. » De quelle expérience s’agissait-il, et quand avez-vous vu M. Hubbard pour la dernière fois avant le 1er juillet 1875 ?
R. L’expérience en question consistait en la transmission électrique de la parole articulée, au moyen de téléphones à membrane sensiblement identiques à ceux décrits dans mon brevet du 7 mars 1876, et illustrés à la figure 7 de ce même brevet. Je ne sais pas quand j’ai vu M. Hubbard pour la dernière fois avant le 1er juillet 1875. Dans une lettre datée du 2 juin 1875, je lui écrivais : « Je passerai vous voir demain (mercredi) soir » ; cela laisse supposer qu’il se trouvait à Cambridge le 3 juin, ou qu’il était attendu à cette date, et il est possible que je l’aie rencontré à ce moment-là. Dans une autre lettre, adressée à M. Hubbard le 28 juin 1875, j’indique : « Je passerai dans la soirée pour vous faire part de l’avancement des travaux. »
Cela suggère qu’il était présent à Cambridge le 28 juin et que je l’ai probablement rencontré ce soir-là. Je ne saurais dire avec certitude quand j'ai vu M. Hubbard pour la dernière fois avant le 1er juillet 1875.

Contre-interrogatoire 525. Quand avez-vous construit, ou fait construire, pour la première fois un instrument en tout point identique à celui représenté sur la figure 7 de votre brevet du 7 mars 1876, n° 174 465 ?
R. Je n'ai jamais construit d'instrument en tout point identique à celui mentionné ; toutefois, le 2 juin 1875, j'ai ordonné la construction de deux instruments sensiblement semblables à ceux représentés sur la figure 7 de mon brevet du 7 mars 1876. Ces instruments ont effectivement été construits et mis en fonctionnement en juin et juillet 1875. Cette date — le 2 juin 1875 — est restée gravée dans ma mémoire car, ce jour-là, j'ai réalisé l'expérience et fait la découverte que j'ai décrites en réponse à l'interrogatoire 68. Ce jour-là, M. Watson avait fait vibrer, d'un coup de doigt, l'anche accordée d'un récepteur de télégraphie multiple — semblable à celui représenté sur la figure 5 de mon brevet du 7 mars 1876 — et j'ai constaté que l'anche d'un autre récepteur, réglée sur la même fréquence, entrait en vibration à chaque sollicitation. Le montage était analogue à celui illustré par la figure 5 de mon brevet, à la différence près qu'aucune pile n'était insérée dans le circuit. Cette expérience m'a profondément marqué à l'époque, car elle a immédiatement dissipé la conviction que je gardais depuis l'été 1874, à savoir que les courants magnéto-électriques — générés par la vibration sonore d'une armature devant le pôle de son électro-aimant — seraient trop faibles pour être utilisés, en pratique, aux fins de la télégraphie multiple ou de la transmission de la parole. La découverte du 2 juin 1875 a dissipé, en un instant, l’idée que les téléphones à membrane conçus à l’été 1874 — lesquels étaient sensiblement analogues à ceux représentés sur la figure 7 de mon brevet du 7 mars 1876, à cette différence près que je ne prévoyais pas l’usage d’une pile — relevaient davantage de la théorie que de la pratique, en raison de la faiblesse supposée des effets sonores produits à l’extrémité réceptrice.
La découverte du 2 juin 1875 m'a immédiatement conduit à penser que les téléphones à membrane conçus au cours de l'été 1874 s'avéreraient être des appareils de téléphonie réellement fonctionnels ; je me souviens très nettement avoir donné, sur-le-champ, des instructions pour que de tels instruments soient fabriqués. Je sais que la construction de ces appareils a été ordonnée le jour même de la découverte susmentionnée, et je garde en mémoire la date du 2 juin 1875.
Cette date est confirmée par un document d'époque : une lettre que j'ai adressée à M. Hubbard le 2 juin 1875. D'après mes seuls souvenirs, j'aurais pu affirmer que les téléphones à membrane commandés le 2 juin 1875 avaient été fabriqués et mis en service quelques jours plus tard ; toutefois, une lettre que j'ai écrite à M. Hubbard le 1er juillet 1875 m'indique qu'un seul de ces téléphones à membrane avait été construit avant cette date, le second n'ayant été achevé que le 2 juillet 1875.

Contre-interrogatoire, question 526. Faut-il comprendre, au vu de votre dernière réponse, qu'à ce jour — le 13 juin 1892 — vous n'avez jamais construit, ni fait construire, un instrument rigoureusement identique à l'un ou l'autre de ceux illustrés à la figure 7 de votre brevet du 7 mars 1876 ?
R : En juin et juillet 1875, M. Watson a construit pour moi des instruments sensiblement analogues à ceux dont il est question. Pour ma part, je n'ai jamais construit, ni fait construire, un instrument rigoureusement identique à l'un ou l'autre de ceux illustrés à la figure 7 de mon brevet du 7 mars 1876 — j'entends par là identique à tous égards —, bien que je sache que d'autres personnes l'ont fait depuis la date de mon brevet. Les instruments construits pour moi en juin et juillet 1875 étaient, sur les points essentiels, rigoureusement semblables, bien qu’ils différassent légèrement dans les détails de leur construction.

Contre-interrogatoire n° 527. Afin que je puisse comprendre ce que vous entendez par les termes « essentiellement semblables » et l’expression « sur les points essentiels » employés dans votre dernière réponse, pourriez-vous indiquer tous les points de similitude ainsi que tous les points de divergence entre les instruments représentés sur la figure 7 de votre brevet du 7 mars 1876 et les instruments construits pour vous par M. Watson en juin et juillet 1875 ; et, par ailleurs, préciser quelles sont ces différences dans les détails de construction auxquelles vous avez fait allusion dans votre dernière réponse ?
R. Les instruments construits pour moi par M. Watson en juin et juillet 1875 ont été décrits en détail et illustrés par des dessins dans ma réponse à l’interrogatoire n° 82. Une comparaison entre ces dessins et ceux de la figure 7 de mon brevet du 7 mars 1876 fera apparaître précisément tous les points de similitude et de divergence, ainsi que toutes les différences dans les détails de construction. Afin que vous puissiez comprendre ce que j’entends par « substantiellement similaires » et « sur des points essentiels », je précise que mon brevet du 7 mars 1876 décrit l’appareil illustré à la figure 7 comme suit :
« L’armature c (fig. 7) est fixée de manière souple, par l’une de ses extrémités, à la branche découverte d de l’électro-aimant b ; son autre extrémité est reliée au centre d’une membrane tendue, a. Un cône, A, sert à concentrer les vibrations sonores sur la membrane. Lorsqu’un son est émis dans le cône, la membrane a entre en vibration, ce qui entraîne l’armature c dans ce mouvement ; il en résulte la création d’ondulations électriques dans le circuit Ebefg. Ces ondulations sont, par leur forme, analogues aux vibrations aériennes provoquées par le son — c’est-à-dire qu’elles peuvent être représentées graphiquement par des courbes semblables. Le courant ondulatoire traversant l’électro-aimant f agit sur son armature h, l’amenant à reproduire le mouvement de l’armature c. On entend alors, en provenance de L, un son semblable à celui qui a été émis dans A. »
Or, cette description s’applique tout aussi bien aux instruments fabriqués en juin et juillet 1875, décrits en détail dans ma réponse à l’interrogatoire n° 82. Ces instruments étaient donc, pour l’essentiel, semblables à ceux décrits dans mon brevet, en ce qui concerne les aspects qualifiés d’« essentiels » dans le brevet lui-même. En ce qui concerne les différences, je peux dire que les instruments construits en juin et juillet 1875 ne comportaient ni cône A destiné à concentrer les vibrations sonores sur la membrane (voir la figure 7 de mon brevet), ni tube acoustique L pour aider l'oreille à percevoir les sons émis par l'instrument récepteur. Ce sont là, à mon sens, les principaux points de similitude et de divergence.

Contre-interrogatoire 528. Dans l'instrument décrit en détail dans votre réponse à l'interrogatoire direct n° 82 — instrument auquel vous faites référence dans votre dernière réponse —, je relève un dispositif désigné comme « un anneau de tension R muni de trois saillies métalliques ». Un tel dispositif est-il décrit, illustré ou mentionné dans votre brevet du 7 mars 1876, n° 174 465 ? Par ailleurs, ce brevet contient-il un quelconque moyen permettant de régler la position de la membrane ?
R. Le brevet décrit la membrane « a » (fig. 7) comme une « membrane tendue ». Le moyen par lequel elle est tendue n’a pas d’importance et n’est pas représenté spécifiquement sur le dessin. On considère que n’importe quel moyen courant ou habituel pour tendre des membranes suffit. La figure 7 n’est qu’un schéma.

Contre-interrogatoire 529. Je relève également, dans les dispositifs illustrés et décrits en détail dans votre réponse à la question 82, des éléments que vous décrivez comme suit :
« Fixées à la planche F se trouvent des pièces latérales U, U, qui supportent une traverse B ; celle-ci est maintenue en place dans les extrémités fendues des pièces latérales au moyen de vis J, J. La traverse B supporte un électro-aimant HE, fixé à la traverse par une vis et un écrou au point N. »
Trouvez-vous de tels dispositifs mentionnés, décrits ou illustrés dans votre brevet n° 174 465 ?
R. La figure 7, comme je l’ai indiqué, n’est qu’un schéma. Par exemple, l’armature « c » de la figure 7 est supposée se trouver dans le champ d’attraction de son électro-aimant « b », à une distance du pôle conforme aux usages dans la construction d’appareils électromagnétiques. Le moyen précis utilisé pour y parvenir n’a pas d’importance et n’est pas représenté spécifiquement sur le dessin ; on considère qu’il peut s’agir de n’importe quel moyen bien connu, employé couramment dans la construction d’appareils électromagnétiques.

Contre-interrogatoire. 530. Dans votre réponse à la question 82, vous utilisez les termes suivants :
« Si je me souviens bien, dans le premier instrument, nous ne réglions pas initialement l'électroaimant en modifiant la position de la traverse, mais nous procédions à ce réglage au moyen de la vis et de l'écrou indiqués en N. En dévissant légèrement l'écrou, nous pouvions rapprocher l'électroaimant de son armature et maintenir cette position à l'aide de rondelles ou de fines pièces métalliques insérées entre la traverse et la base de l'électroaimant. »
Trouvez-vous, dans votre brevet n° 174 465, des dispositifs de ce type décrits, illustrés ou mentionnés ; ou bien trouvez-vous, dans ce même brevet, un quelconque moyen permettant de régler la distance entre l'électroaimant et son armature ?
Rép. La figure 7, comme je l'ai déjà indiqué, n'est qu'un simple schéma. Le moyen par lequel l'armature et l'électroaimant sont maintenus en position l'un par rapport à l'autre n'y est pas spécifiquement représenté. Il est entendu que l'on a recours aux moyens habituellement employés dans la construction des appareils électromagnétiques courants. Si, par « réglage de la distance entre l'électroaimant et son armature », vous entendez un dispositif permettant de modifier cette distance, un tel dispositif est sans importance, car il suffit de fixer l'électroaimant et l'armature dans une position déterminée l'un par rapport à l'autre.

Contre-interrogatoire 531. Si je comprends bien votre dernière réponse, vous affirmez que les dispositifs permettant de modifier la distance entre l'électroaimant et son armature sont sans importance. Dans ce cas, pourquoi avez-vous pris la peine de décrire et de revendiquer de tels moyens dans votre brevet n° 186 787 ?
Je fais référence, en particulier, aux figures... 2 et 3 du dessin dudit brevet, et à la quatrième revendication, qui est libellée comme suit :
« 4. En combinaison avec une plaque et un électro-aimant, tels que revendiqués précédemment, les moyens décrits ici, ou leurs équivalents mécaniques, permettant de régler la position relative des deux éléments de telle sorte que, sans se toucher, ils puissent être placés aussi près l'un de l'autre que possible. »
R. Dans ma réponse précédente, j'ai indiqué que les dispositifs permettant de modifier la distance entre l'électro-aimant et son armature sont sans importance, car il suffit de fixer l'électro-aimant et l'armature dans une position déterminée l'un par rapport à l'autre. Dans un instrument tel que celui décrit dans mon brevet du 30 janvier 1877, n° 186 787, et illustré aux figures 2 et 3 — où l'électro-aimant et l'armature ne sont pas fixés de manière immuable l'un par rapport à l'autre —, un moyen de réglage peut s'avérer judicieux ; il m'a semblé que les moyens présentés étaient pratiques et réalisables, et donc dignes d'être revendiqués dans une telle combinaison.

Contre-interrogatoire 532. Dans le récepteur à boîtier en fer que vous avez utilisé lors de l'Exposition du Centenaire, aviez-vous prévu des moyens pour modifier la distance entre l'armature et l'électro-aimant ?
R. L'armature, constituée par le diaphragme, était en contact avec l'un des pôles de l'électro-aimant, tandis que l'autre pôle était réglable, comme le montre le dessin en coupe figurant dans ma réponse à l'interrogatoire 122.

Contre-interrogatoire 533 . Le mode de réglage que vous avez mentionné dans votre dernière réponse a-t-il été conçupar vous ou par quelqu'un d'autre ?
Je fais référence, bien entendu, au mode de réglage présenté dans le récepteur à boîtier en fer.
R. Je ne sais pas. Il me semble me souvenir avoir donné pour instruction à M. Watson de rendre le noyau du récepteur à boîtier en fer réglable en hauteur au moyen d'une vis ; l'appareil, tel qu'il est illustré sur le dessin fourni dans ma réponse à la question 122, en est le résultat. Le dispositif de réglage en soi n'était pas nouveau, bien que son intégration dans un récepteur téléphonique fût, elle, une nouveauté.

Contre-interrogatoire 534. Pourriez-vous, dans la mesure où vos souvenirs vous le permettent, retracer l'historique complet du récepteur à boîtier en fer que vous avez évoqué dans votre dernière réponse ? Précisez notamment les circonstances de sa construction, les matériaux utilisés, ainsi que les personnes ayant fabriqué ses différents composants.
R. L'idée d'un tel récepteur m'est venue, je crois, en mars 1876. À cette époque, j'avais pu entendre de la parole articulée grâce à un récepteur à anche accordée — semblable à celui illustré par la figure 5 de mon brevet du 7 mars 1876 — alors que l'anche était amortie par un contact étroit avec mon oreille. La tendance de l'anche à vibrer à une fréquence propre déterminée constituait un inconvénient pour son utilisation en tant que récepteur de parole ; il m'est alors apparu que l'on pourrait limiter cette tendance à une fréquence de vibration fixe en fixant solidement l'anche à ses deux extrémités, tout en soumettant son centre à l'attraction d'un noyau électromagnétique. À cette fin, j'ai conçu, en mars 1876, une nouvelle forme de récepteur constituée d'un électroaimant à trois branches parallèles. Une bobine devait être placée autour de la branche centrale, tandis qu'une lame d'acier formait un pont passant au-dessus du pôle central — sans toutefois le toucher — et se trouvant, à ses deux extrémités, en contact magnétique avec les deux pôles exposés de l'électroaimant. L'oreille devait être appliquée contre le centre de ce pont en acier. Un avantage majeur, tel que je l'ai perçu, résidait dans le fait que les pôles opposés de l'électroaimant se trouveraient très proches l'un de l'autre : l'extrémité de la branche pourvue de la bobine constituant un pôle, et le centre de l'armature en acier formant l'autre. En examinant le fonctionnement d'un tel appareil, il m'est apparu qu'il serait possible d'obtenir une intensité magnétique encore plus grande au centre de l'armature en acier en donnant à celle-ci la forme d'un disque mince, dont le bord serait mis en contact avec une série de branches exposées, disposées en cercle autour de la branche centrale bobinée. J'ai également envisagé qu'une boîte en fer ou un aimant tubulaire produirait un effet identique à celui de ce cercle de branches exposées.
Je me souviens très nettement que l'idée du récepteur à « boîte en fer » a été développée à partir du récepteur à anche accordée, illustré par la figure 5 de mon brevet du 7 mars 1876, en passant par trois étapes : 1. Un récepteur doté d'un électroaimant à trois branches. 2. Un électroaimant composé d'une branche centrale recouverte, entourée d'un cercle de branches non recouvertes. 3. Un électroaimant composé d'une branche centrale recouverte, entourée d'une boîte en fer tubulaire. Je me rappelle m'être rendu chez M. Williams en mars 1876 pour faire fabriquer un récepteur perfectionné. Je ne sais plus, à l'heure actuelle, laquelle de ces trois formes améliorées j'avais alors en tête ; je pencherais toutefois pour celle à trois branches. Quoi qu'il en soit, en examinant divers objets dans l'atelier de M. Williams, j'ai remarqué un ancien appareil muni d'un aimant tubulaire ; il m'est alors immédiatement apparu que cette boîte en fer correspondait exactement à ce qu'il me fallait. Je ne saurais dire si j'avais déjà conçu l'idée d'une couronne de pôles non recouverts — ou son équivalent, un aimant tubulaire — avant cette visite chez M. Williams, ou si c'est la vue de cet ancien instrument qui a fait naître ces formes dans mon esprit ; je suis néanmoins porté à croire que j'avais déjà imaginé le récepteur à « boîte en fer » auparavant. Quoi qu'il en soit, je me souviens très bien qu'en découvrant cet ancien appareil, j'ai immédiatement pensé que l'aimant tubulaire était exactement ce qu'il me fallait et qu'il pouvait être transformé en ce récepteur à « boîte en fer » — un concept qui m'était venu à l'esprit soit plus tôt, soit à ce moment précis. J'ai donc demandé à M. Watson de retirer le tube en fer de cet appareil. Il a reçu pour instruction de le doter d'un noyau central réglable en hauteur — comme illustré sur le dessin accompagnant ma réponse à la question 122 — ainsi que d'un disque plat, ou diaphragme, en acier fin, venant se placer sur le dessus du boîtier tel un couvercle. Ce disque devait établir un contact magnétique avec le bord circulaire de l'aimant tubulaire, tandis que le noyau central devait être ajusté de manière à se trouver très près du centre du diaphragme en acier, sans toutefois le toucher. Je suis porté à croire que M. Watson a également fourni la bobine qui occupait l'intérieur du boîtier en fer, mais je ne saurais l'affirmer avec certitude ; il est possible qu'elle ait déjà fait partie de l'aimant dans son état initial, mais je n'en suis pas tout à fait sûr.

Contre-interrogatoire 535. Veuillez décrire l'aimant tubulaire mentionné dans votre réponse précédente, tel qu'il se présentait lorsque vous l'avez vu pour la première fois dans l'atelier de M. Williams ; n'hésitez pas, si vous le souhaitez, à accompagner vos explications de croquis.
R. Je n'ai pas un souvenir suffisamment précis de cet appareil. Je me rappelle seulement qu'il y avait un vieil appareil rouillé parmi divers objets hétéroclites dans l'atelier de M. Williams. Quant à sa nature, à sa forme ou à son état, je ne m'en souviens plus aujourd'hui. Ce qui m'a intéressé, c'est qu'il contenait un aimant tubulaire ; j'ai pensé que le tube en fer pourrait servir à la construction d'un type de récepteur téléphonique — connu aujourd'hui sous le nom de « récepteur à boîtier en fer » (*iron-box receiver*) — ce qui permettrait d'éviter les efforts et les frais liés à la fabrication d'un tel tube. La nature exacte de ce tube peut être observée sur le « récepteur à boîtier en fer du Centenaire » (*Centennial Iron-Box Receiver*), qui existe encore aujourd'hui. Le boîtier en fer de ce récepteur faisait, à l'origine, partie de l'ancien appareil mentionné ; tout le reste a été réalisé par M. Watson, ou sous sa direction, pour autant que je sache.

Contre-interrogatoire, question 536 : Quand avez-vous vu pour la première fois un aimant du type appelé « électroaimant tubulaire » ?
R : Je crois avoir vu un tel aimant pour la première fois dans l'ancien appareil dont il est question, dans l'atelier de M. Williams, en mars 1876 ; toutefois, je connaissais déjà cette forme grâce à des dessins et des descriptions imprimées dès juillet 1875.

Contre-interrogatoire, question 537 : Quels étaient ces dessins et ces descriptions imprimées auxquels vous faites référence dans votre réponse précédente ?
R : Je fais référence à un ouvrage sur l'électricité, écrit par le comte Du Moncel, que j'étudiais en juillet 1875. Je situe cette date au 7 juillet 1875, car j'ai cité cet ouvrage dans une lettre adressée à M. Hubbard à cette date — lettre dont j'ai donné lecture dans ma réponse à la question 88.

Contre-interrogatoire, question 538. L'aimant tubulaire auquel vous faites référence, décrit dans l'ouvrage de Du Moncel, était-il constitué d'un noyau, d'une enveloppe cylindrique entourant l'une des extrémités du noyau et y étant reliée, d'une bobine placée entre le noyau et l'enveloppe extérieure, ainsi que d'une armature en forme de disque reposant sur l'enveloppe cylindrique ; le noyau formant l'un des pôles de l'aimant, et l'enveloppe cylindrique l'autre ?
R. Si je me souviens bien, l'aimant tubulaire décrit par le comte Du Moncel se composait d'un noyau, d'une enveloppe cylindrique entourant l'une des extrémités du noyau et y étant reliée, et d'une bobine située entre le noyau et l'enveloppe extérieure ; le noyau formant l'un des pôles de l'électroaimant, et l'enveloppe cylindrique l'autre. D'après mes souvenirs du dessin, il n'y avait pas d'armature en forme de disque ; l'extrémité du noyau central se trouvait dans le même plan que le bord de l'enveloppe cylindrique, sans aucun dispositif de réglage. Ainsi, une armature appliquée contre la face de l'électroaimant tubulaire entrait en contact aussi bien avec l'extrémité du noyau central qu'avec celle de l'enveloppe cylindrique.

Contre-interrogatoire, question 539. Vous avez déclaré hier que vous connaissiez la forme de l'électroaimant tubulaire, par le biais de dessins et de descriptions imprimées, dès juillet 1875, et que, selon vos souvenirs des dessins figurant dans l'ouvrage de Du Moncel, il n'y avait pas d'armature en forme de disque. Qu'en était-il de la description imprimée dans l'ouvrage de Du Moncel ? Y était-il fait mention d'une armature en forme de disque pour cet électroaimant tubulaire ?
R.: L'électroaimant tubulaire ne comportait pas d'armature en forme de disque, et, pour autant que je m'en souvienne, il n'est fait aucune mention d'une telle armature dans le corps de l'ouvrage.

Contre-interrogatoire, question 540. Du Moncel a, me semble-t-il, beaucoup écrit sur le sujet des électroaimants. Pourriez-vous préciser, aussi précisément que possible, à quel ouvrage particulier vous faites référence dans votre réponse à la question directe n° 88 — question que vous avez évoquée hier ?
R : Je crois qu'il s'agit d'un ouvrage intitulé *Exposé des applications de l'électricité*.

Contre-interrogatoire, question 541. Dans la lettre que vous mentionnez dans votre réponse à la question directe n° 88, vous avez présenté une illustration d'un électroaimant « boiteux » (à branches inégales), à propos duquel vous avez écrit ce qui suit : « Je pense également que les effets dépendent, dans une certaine mesure, de la forme particulière de l'électroaimant utilisé. J'espère obtenir des éclaircissements sur ce point auprès de Moncel. » Il consacre plusieurs pages à l'analyse des particularités observées sur ce qu'il appelle un électroaimant « boiteux » (ou « à une seule branche »), tel qu'il est décrit dans son ouvrage. À la suite de cette description, on trouve l'illustration de deux électroaimants « boiteux » : dans le premier, l'armature est articulée sur la branche qui porte la bobine, tandis que dans le second, elle est articulée sur la branche dépourvue de bobine. Ces électroaimants, tels qu'ils sont représentés, sont en réalité de simples électroaimants en fer à cheval, dotés d'une bobine sur l'une de leurs branches, mais pas sur l'autre. C'est bien cela, n'est-ce pas ?
R. : En substance, oui, je le pense. µ

Contre-interrogatoire n° 542. Par ailleurs, chacun des dispositifs illustrés à la figure 5 de votre brevet n° 174 465 consiste en un électroaimant muni d'une bobine sur l'une de ses branches, et dépourvu de bobine sur l'autre. C'est bien cela, n'est-ce pas ?
R. : Un tel électroaimant fait partie de chacun de ces dispositifs. Dans mon brevet, les dispositifs présentés à la figure 5 sont décrits comme suit : « Pour illustrer la méthode permettant de créer des ondulations électriques, je présenterai et décrirai un type d'appareil capable de produire cet effet. À cette fin, j'utilise de préférence un électroaimant, A (figure 5), dont une seule des branches, b, est pourvue d'une bobine. Une armature constituée d'un ressort en acier, c, est fixée solidement par l'une de ses extrémités à la branche nue, d, de l'aimant, tandis que son extrémité libre dépasse au-dessus du pôle de la branche munie de la bobine. L'armature c peut être mise en vibration de diverses manières — notamment par l'action du vent — et, en vibrant, elle produit une note musicale d'une hauteur déterminée. »

Contre-interrogatoire - Question 543. L'électroaimant représenté dans l'un ou l'autre des appareils illustrés à la figure 7 de votre brevet n° 174 465 est un électroaimant « en pied de biche » (à branches inégales), doté d'une bobine sur l'une de ses branches mais dépourvu de bobine sur l'autre, avec une armature articulée sur la branche non recouverte — tel qu'illustré sur la figure de droite, tirée de Du Moncel, à laquelle il est fait référence dans la lettre mentionnée dans votre quatre-vingt-huitième réponse. C'est bien cela, n'est-ce pas ?
R. Un tel électroaimant fait partie de chacun des appareils représentés à la figure 7 de mon brevet ; toutefois, dans chaque cas, l'armature consiste en un ressort en acier — semblable à celui illustré à la figure 5 du brevet — dont une extrémité est fixée de manière souple à la branche non recouverte de l'électroaimant, tandis que l'autre extrémité est reliée au centre d'une membrane tendue.

Contre-interrogatoire - Question 544. Y a-t-il un avantage à placer la bobine sur une seule branche de cet électroaimant « en pied de biche », comme le montre la figure 7 de votre brevet n° 174 465, plutôt que de disposer des bobines sur les deux branches ? Par ailleurs, n'est-il pas vrai que, pour un poids donné de fil de cuivre, il serait impossible d'obtenir autant de spires en enroulant tout le fil sur une seule branche qu'en le répartissant sur les deux ?
R. Mes expériences ont semblé indiquer que, pour des applications téléphoniques, il était avantageux de placer la bobine sur une seule branche, plutôt que sur les deux, dans des appareils tels que celui représenté à la figure 7 de mon brevet.
En ce qui concerne la seconde partie de la question : cela dépend, bien entendu, du diamètre du fil. En utilisant un fil très fin, on pourrait obtenir un nombre de spires plus élevé sur une seule branche que si l'on utilisait un fil plus épais réparti sur les deux branches ; toutefois, si l'on utilise un fil de même diamètre dans les deux cas, je suppose que votre hypothèse est correcte.

Contre-interrogatoire 545. Pourquoi était-il avantageux, dans le domaine de la téléphonie, d'enrouler la bobine sur une seule branche des électroaimants utilisés, plutôt que sur les deux ?
R. Des expériences comparatives semblaient indiquer que cela présentait un avantage ; par ailleurs, j'estimais que l'état magnétique du noyau en fer serait plus intense si le fil était entièrement enroulé sur une seule branche, plutôt que réparti en deux bobines, une sur chaque branche.

Contre-interrogatoire 546. Si l'aimant droit, désigné par la lettre F dans les figures 2 et 3 de votre brevet n° 186 787, était courbé en forme de fer à cheval — en entendant par « forme de fer à cheval » une acception générique appliquée aux électroaimants —, cela ne donnerait-il pas un électroaimant du type « à branche inégale » (ou « en pied de canne »), tel que celui illustré dans l'un ou l'autre des dispositifs de la figure 7 de votre brevet n° 174 465 ?
R. Oui, pour l'essentiel.

Contre-interrogatoire 547. Dans votre réponse au contre-interrogatoire 524, vous déclarez : « Dans une autre lettre que j'ai adressée à M. Hubbard le 28 juin 1875, j'écris : "Je passerai dans la soirée pour faire le point sur l'avancement des travaux." » Avez-vous déjà fait référence à cette lettre au cours de votre déposition dans la présente affaire ?
R. Oui. J'ai lu cette lettre dans ma réponse à l'interrogatoire 73.

Contre-interrogatoire – Q. 548. Dans votre réponse à la question 528, vous déclarez :
« Le brevet décrit la membrane « a » (fig. 7) comme une « membrane tendue ». Le moyen par lequel elle est tendue n’a pas d’importance et n’est pas représenté spécifiquement sur le dessin. »
Dans les instruments à membrane que vous avez utilisés lors de l’Exposition du Centenaire, des dispositifs étaient-ils prévus pour tendre les membranes ?
R. Oui. Des anneaux de tension étaient employés.

Contre-interrogatoire – Q. 549. Avez-vous jamais construit, ou fait construire, un téléphone à membrane dans lequel il n’était pas fait usage d’anneaux de tension ou de tout autre moyen pour tendre la membrane ?
R. Je ne le pense pas . Mais j'ai eu connaissance de téléphones à membrane construits par d'autres , qui ne comportaient ni anneaux de tension , ni aucun moyen de modifier la tension de la membrane une fois celle-ci initialement tendue ; et ces téléphones fonctionnaient correctement .

Contre-interrogatoire . 550 . À quel moment le premier téléphone a-t-il été construit par d'autres — un appareil dépourvu d'anneau de tension ou de tout moyen équivalent pour tendre la membrane ?
Rép. Je ne sais pas ; mais c'était après la délivrance de mes deux brevets, n° 174 465 et n° 186 787.
Les téléphones à membrane auxquels je fais référence étaient, à tous égards, identiques aux instruments représentés sur la figure 7 de mon brevet du 7 mars 1876.

Contre-interrogatoire . 551. L'instrument que vous avez mentionné dans votre réponse précédente a-t-il été construit en vue d'être utilisé dans le cadre d'un litige impliquant vos brevets , ou en lien avec un tel litige ?
R . Je crois qu'ils ont été construits dans le but de vérifier si des instruments strictement identiques à ceux représentés sur la figure ... 7 de mon brevet du 7 mars 1876 , à tous égards , et sans recourir à des anneaux de tension ou à d'autres moyens de réglage de la tension de la membrane , permettaient de parler et se révélaient pratiquement fonctionnels en tant que téléphones parlants. Ils permettaient effectivement de parler, et ont été présentés comme preuve de ce fait dans certains litiges impliquant mes brevets.

Contre-interrogatoire 552. Le récepteur à boîtier en fer que vous avez demandé à M. Watson de fabriquer, comme indiqué dans votre réponse à la question 534 du contre-interrogatoire, était-il le premier appareil téléphonique dont l'armature en plaque était entièrement constituée de métal ?
Rép. Cela dépend entièrement de ce que vous entendez par « armature en plaque ». Dans les récepteurs à languettes accordées que j'ai construits en 1873, j'utilisais des plaques en acier en guise d'armatures ; en plaquant mon oreille contre une telle armature, je pouvais percevoir des sons musicaux produits par des vibrations forcées de la plaque, dont la hauteur différait nettement de celle du son musical produit par la vibration normale de la plaque. Par ailleurs, en mars 1876, j'ai pu entendre des mots et des phrases provenant de l'armature en plaque de l'un de mes récepteurs à languettes accordées, lorsque celle-ci était fermement pressée contre mon oreille. Ces expériences ont précédé la construction du récepteur à boîtier en fer.

Contre-interrogatoire 553. L'armature en plaque à partir de laquelle vous avez entendu des mots et des phrases, comme vous l'avez déclaré dans votre réponse précédente, était-elle la même que celle qui figure dans l'un ou l'autre des appareils représentés à la figure 5 de votre brevet n° 174 465 ?
Rép. Pour l'essentiel, oui, à ceci près qu'elle fonctionnait d'une manière totalement différente. Je pressais fermement mon oreille contre la languette, de façon à l'empêcher de vibrer pour produire sa note fondamentale. En amortissant ainsi les vibrations libres de la anche, j'ai pu percevoir, sous forme de son, des vibrations forcées qui, si la anche avait été disposée comme sur la figure 5 — avec son extrémité libre —, n'auraient pas été capables de provoquer une vibration sensible de celle-ci.

Contre-interrogatoire 554. Quelqu'un a-t-il jamais tenté, à un moment donné, d'utiliser l'armature en plaque d'acier — à partir de laquelle vous dites avoir entendu des mots et des phrases — ou un dispositif similaire, en tant qu'émetteur de parole articulée ?
Rép. Je ne le pense pas.

Contre-interrogatoire 555. Vous avez fait référence à un électroaimant tubulaire décrit dans un ouvrage de Du Moncel, ainsi qu'à un instrument connu sous le nom de récepteur à « boîte en fer » (*iron-box receiver*). Si je comprends bien votre description, les seules différences notables entre le récepteur à « boîte en fer » et l'électroaimant tubulaire mentionné par Du Moncel sont que, dans ce dernier, le noyau central entrait en contact avec l'armature en forme de disque, et qu'il ne comportait pas d'armature en plaque d'acier. Mon interprétation est-elle exacte ?
Rép. Non. Tout d'abord, il n'y avait absolument aucune armature en forme de disque dans l'électroaimant tubulaire décrit par Du Moncel. 1. Le noyau central de l'électroaimant tubulaire qu'il présente était fixe — et non réglable — et son extrémité se trouvait au même niveau que le bord de la partie tubulaire. 2. Par conséquent, pour qu’une armature soit efficace avec un tel aimant, elle ne devrait normalement être en contact avec aucun des deux pôles — ni avec le noyau central, ni avec le bord circulaire de la partie tubulaire ; dans le cas contraire, l’attraction de l’électroaimant ne pourrait pas la mettre en mouvement. En effet, si elle était en contact avec l’un des pôles, elle le serait également avec l’autre, et aucun mouvement ne pourrait en résulter. 3. Le dessin de l’aimant tubulaire 248 présenté par Du Moncel ne comportait aucune armature ; par ailleurs, le texte de l’ouvrage ne semble faire référence à aucun autre type d’armature qu’une masse métallique épaisse, qui ne présente nullement la forme d’un disque ou d’un diaphragme.
Dans le cas du récepteur à boîtier en fer : 1. Le noyau central était réglable en hauteur ; en position normale, il ne se trouvait pas au même niveau que le bord circulaire de la partie tubulaire, mais en retrait par rapport à ce bord, de sorte qu'une armature en contact avec le rebord circulaire ne touchait pas le noyau central. 2. L'armature reposait normalement sur le rebord circulaire de l'aimant tubulaire et demeurait en contact magnétique permanent avec celui-ci, tandis que le centre de l'armature ne touchait pas le noyau central. 3. L'armature du récepteur à boîtier en fer se présentait sous la forme d'un disque mince ou d'un diaphragme métallique. Dans l'instrument original, elle était en acier, mais on utilisait parfois du fer de type « Tagger » comme matériau. Il me semble que ce sont là les principales différences entre les deux électroaimants examinés.

Contre-interrogatoire, question 556 : Les différences que vous avez mentionnées dans votre réponse précédente empêcheraient-elles l'aimant tubulaire de Du Moncel d'être utilisé comme récepteur de parole articulée ?
R : Je le pense.

Contre-interrogatoire, question 557 : Votre réponse précédente repose-t-elle sur une expérience que vous avez réellement effectuée ?
R : Je n'ai pas mené d'expériences spécifiques pour vérifier ce point, car cela semble suffisamment évident au vu de la conception de l'appareil.

Contre-interrogatoire, question 558 : Dans votre réponse à la question 545 du contre-interrogatoire, vous indiquez que des expériences comparatives semblaient montrer qu'il était avantageux d'enrouler la bobine sur une seule branche ; vous supposiez alors que l'état magnétique du noyau en fer serait plus intense si le fil était entièrement enroulé sur une seule branche, plutôt que réparti en deux bobines, une sur chaque branche. Avez-vous constaté par la suite que cette idée — selon laquelle l'état magnétique du noyau en fer serait plus intense si le fil était entièrement enroulé sur une seule branche — était erronée, ou vos expériences ultérieures ont-elles confirmé le bien-fondé de cette idée ?
R: J'ai considéré que ce point était déjà établi et bien connu dans l'état de la technique. En d'autres termes, j'avais acquis la conviction qu'il était établi que l'état magnétique du noyau en fer serait plus intense si le fil était entièrement enroulé sur une seule branche, plutôt que s'il était réparti en deux bobines, une sur chaque branche. Je ne pouvais toutefois pas déterminer, sans expérimentation, si une telle configuration présenterait un avantage particulier pour les besoins d'un téléphone destiné à la transmission de la parole. Des expériences comparatives, menées avec des récepteurs à languette vibrante — semblables à ceux illustrés dans la figure 5 de mon brevet du 7 mars 1876 — et utilisant des bobines disposées tantôt sur une branche, tantôt sur l'autre, et parfois sur les deux, semblaient indiquer que, pour les applications téléphoniques, il était avantageux de placer la bobine sur une seule branche de l'électro-aimant, comme décrit dans mon brevet ; c'est du moins ce que je croyais au moment du dépôt de la demande. Depuis lors, je n'ai trouvé aucune raison de modifier mon opinion sur ces points.

Contre-interrogatoire 559. Avez-vous trouvé, dans l'ouvrage de Du Moncel — auquel vous avez fait référence hier — ainsi que dans votre lettre à M. Hubbard, un compte-rendu des recherches qu'il a menées concernant l'emplacement optimal de la bobine sur le noyau en fer ?
Rép. Si je me souviens bien, cette question était abordée dans l'ouvrage de Du Moncel.

Contre-interrogatoire 560. À quel moment avez-vous commencé à étudier l'ouvrage de Du Moncel dont vous avez parlé ?
Rép. Je ne saurais le dire avec précision, mais ma lettre à M. Hubbard, datée du 7 juillet 1875, indique que je lisais ce livre à cette époque.

Contre-interrogatoire 561. D'après votre réponse à la question 545, j'ai cru comprendre que vous estimiez que l'état magnétique du noyau en fer serait plus intense si le fil était entièrement enroulé sur une seule branche plutôt que réparti en deux bobines, une sur chaque branche ; et, à la lumière d'une réponse donnée ce matin, j'ai cru comprendre que vous considériez l'enroulement du fil sur une seule branche d'un aimant en fer à cheval — plutôt que sur chacune de ses branches — comme étant avantageux pour les applications téléphoniques. Veuillez expliquer pourquoi un tel mode de construction est particulièrement avantageux pour les travaux liés à la téléphonie.
R. Mes expériences m’ont conduit à cette idée — et il est bien entendu possible que je me trompe, car je ne prétends pas être un expert en matière d’électricité. Mes expériences avec des récepteurs à lames vibrantes accordées, tels que ceux représentés à la figure 5 de mon brevet du 7 mars 1876, semblaient indiquer que j’obtenais des résultats tout aussi satisfaisants en plaçant la bobine sur une seule des branches de l’électroaimant — comme illustré dans les dessins de ce brevet — qu’en utilisant deux bobines, une sur chaque branche. L’emploi d’une bobine unique semblait donc avantageux, car cette solution est moins coûteuse et plus simple à réaliser. J’estimais par ailleurs que les effets obtenus dépendaient, dans une large mesure, de l’état magnétique du noyau en fer de l’électroaimant. Ce sont ces raisons qui m’ont amené à adopter ce type d’électroaimant dans l’appareil décrit dans mon brevet du 7 mars 1876.

Contre-interrogatoire, question 562. Pourriez-vous expliquer plus en détail ce que vous entendez par l’expression « les effets dépendaient, dans une large mesure, de l’état magnétique du noyau en fer de l’électroaimant », utilisée dans votre réponse précédente ?
R. Dans l’appareil présenté dans mon brevet du 7 mars 1876 — et illustré aux figures 5 et 7 —, l’armature constituée d’une lame d’acier fait partie intégrante de l’électroaimant : elle est normalement en contact magnétique avec l’un des pôles, tandis que son extrémité libre se trouve au-dessus de l’autre pôle. Dans la figure 5, l’armature est conçue comme une lame libre, capable de vibrer de manière à produire une note musicale. Dans la figure 7 l'armature en ressort d'acier est disposée de telle sorte qu'elle n'ait pas tendance à vibrer à sa propre fréquence ; elle est fixée de manière lâche au pôle libre de l'électroaimant, tandis que son autre extrémité est solidement attachée au centre d'une membrane tendue. Ainsi, l'armature en ressort d'acier est contrainte de reproduire les caractéristiques du mouvement de la membrane à laquelle elle est reliée. Par conséquent, lorsqu'une personne émet un son à proximité de la membrane, l'armature en ressort d'acier qui y est fixée entre en vibration sonore et est forcée, par la membrane, de reproduire la nature ou la forme de la vibration aérienne. Dans les cas illustrés par les figures 5 et 7, deux instruments de conception sensiblement identique sont disposés sur un même circuit, et une pile est utilisée pour aimanter les noyaux des électroaimants. Dans ces conditions, la vibration sonore de l'extrémité libre de l'armature en acier, située face au pôle de l'électroaimant, engendre sur le circuit des ondulations électriques analogues aux vibrations sonores ; l'armature en ressort d'acier de l'instrument récepteur est alors mise en vibration sonore sous l'effet de l'attraction variable exercée par son électroaimant. Par exemple, dans le cas de la figure 7, si une personne émet un son près de la membrane « a », l'armature « c » entre en vibration sonore devant le pôle de l'électroaimant « b », créant ainsi des ondulations électriques sur le circuit « Ebefg ». Ces ondulations présentent une forme semblable à celle des vibrations aériennes provoquées par le son ; autrement dit, elles peuvent être représentées graphiquement par des courbes analogues.
Le courant ondulatoire qui traverse l'électroaimant 'f' amène son armature 'h' à reproduire le mouvement de l'armature 'c'. On entend alors, en provenance de 'L', un son semblable à celui émis en 'A'. Or, les ondulations électriques en question sont produites par la vibration sonore de l'armature 'c' — constituée d'un ressort en acier — devant le pôle de l'électroaimant 'b'. L'armature 'c' est, en réalité, un prolongement de la branche libre 'd' de l'électroaimant, puisqu'elle est normalement en contact magnétique avec l'extrémité de cette branche. Ainsi, l'état magnétique de l'ensemble du dispositif me semble comparable à celui d'une tige droite courbée en forme de 'b-d-c' ; 'c' constituant l'un des pôles de l'aimant ainsi formé, et 'b' l'autre pôle. L'effet électrique étant engendré par la vibration sonore du pôle 'c' devant le pôle 'b', il m'a paru évident que cet effet dépendait, dans une large mesure, de l'état magnétique de l'aimant coudé 'b-d-c'. Plus cet aimant serait fortement magnétisé, plus les ondulations électriques produites par la vibration sonore de 'c' devraient être puissantes. Au moment où j'ai déposé ma demande de brevet, le 7 mars 1876, j'estimais qu'il était possible d'obtenir un état magnétique plus intense en faisant passer le courant d'une pile dans les bobines de l'électroaimant, plutôt qu'en magnétisant l'ensemble du dispositif de manière permanente ; et j'ai considéré que la disposition de la bobine adoptée dans la figure 7 était avantageuse à cet égard.

Contre-interrogatoire, question 563. D'après vos deux dernières réponses, je comprends que le fait de placer la bobine sur un seul pôle (ou une seule branche) de l'électroaimant, plutôt que sur les deux — comme indiqué dans votre brevet n° 174 465 — n'a apporté aucun avantage particulier, si ce n'est une simplification de la construction de l'électroaimant. Invoquez-vous un autre avantage que cette simplicité de construction ?
R : Mes expériences m'ont conduit à penser que j'obtenais les meilleurs résultats avec cette disposition, et je ne doute pas qu'une telle configuration de la bobine favorisait une réaction rapide de l'aimant.

Contre-interrogatoire 564. Vous souvenez-vous si Du Moncel, dans l'ouvrage auquel vous avez fait référence, revendique cet avantage pour l'électro-aimant « en pied-de-biche » (ou en forme de L) illustré dans votre lettre à M. Hubbard en date du 7 juillet 1875 ?
R. Je ne m'en souviens pas.

Contre-interrogatoire 565. Je remarque que dans votre brevet n° 186 787 (voir en particulier les figures 2 et 3), les bobines sont enroulées sur l'un des pôles de l'électro-aimant, ou à proximité de celui-ci, comme dans les figures 5 et 7 de votre brevet n° 174 465. Considérez-vous également que cet enroulement, tel qu'illustré dans les figures 2 et 3 de votre brevet n° 186 787, favorise une réaction rapide de l'aimant ?
R. Je suis porté à le croire ; mais, quoi qu'il en soit, cela améliore l'efficacité de l'appareil pour la transmission de la parole, comme je l'ai constaté au cours de nombreuses expériences.

Contre-interrogatoire 566. En ce qui concerne les électro-aimants représentés dans les figures 2 et 3 de votre brevet n° 186 787, le degré de magnétisation du noyau est proportionnel au nombre de spires de la bobine, n'est-ce pas ?
R. Je le suppose ; mais cela dépend également d'autres facteurs, tels que la proximité des bobines par rapport au noyau, la puissance de la pile, la résistance de la ligne, etc.

Contre-interrogatoire 567. Et si le fil est enroulé sur toute la longueur de la barre F, dans la figure... 2, il y aura davantage de spires que si le fil est
accumulé sur un seul pôle de l'aimant, comme le montre la figure, n'est-ce pas ?
R. Je n'en doute pas.

Contre-interrogatoire 568. D'après vos deux dernières réponses, il en découle donc, n'est-ce pas, qu'un courant plus intense sera nécessaire pour aimanter la barre F lorsque le fil est accumulé sur l'un des pôles, plutôt que lorsqu'il est réparti sur toute la longueur de la barre ? C'est bien cela, n'est-ce pas ?
R. Je ne le pense pas. D'après ce que je comprends, lorsque le fil est accumulé près d'un pôle de la barre, au lieu d'être réparti uniformément sur toute la surface de celle-ci, l'effet consiste à renforcer l'état magnétique de ce pôle et à affaiblir l'autre.

Contre-interrogatoire 569. Sur quelles informations votre dernière déclaration repose-t-elle ?
R. Sur des éléments contenus dans l'ouvrage du comte Du Moncel, que j'ai déjà mentionné : *Exposé des applications de l'électricité*.

Contre-interrogatoire 570. D'après votre lettre à M. Hubbard, datée du 1er juillet 1875, je conclus qu'à cette date — le 1er juillet 1875 — vous n'aviez
fabriqué qu'un seul appareil à membrane, qu'à ce moment-là, ni vous ni personne d'autre n'aviez perçu le timbre d'un quelconque son émis dans le transmetteur, et qu'à cette époque, le seul récepteur utilisé avec l'unique téléphone à membrane que vous aviez construit était un appareil connu sous le nom de « récepteur à anche accordée ». Cette conclusion est-elle exacte ?
R. Pas tout à fait. J'avais perçu le timbre d'un son transmis électriquement le 2 juin 1875 ; à cette occasion, deux récepteurs à anche accordée — semblables à ceux illustrés sur la figure 5 de mon brevet du 7 mars 1876 — étaient disposés comme indiqué sur ce schéma, à la différence près que la pile était absente. M. Watson avait fait vibrer l'anche émettrice — disons « c », sur la figure 5 — avec son doigt, tandis que mon oreille était fermement appliquée contre l'anche réceptrice « h ». J'ai distinctement perçu, au niveau de « h », non seulement la hauteur de la note musicale produite par « c », mais j'ai également pu reconnaître le timbre particulier propre à cette vibration.
D'après la lettre adressée à M. Hubbard, datée du 1er juillet 1875, je suis porté à croire qu'un seul téléphone à membrane avait été construit avant cette date, et que le seul récepteur utilisé avec ce dispositif était un récepteur à anche accordée, dont l'anche était fermement appliquée contre l'oreille de l'auditeur.

Contre-interrogatoire, question 571 : Hier ou avant-hier, vous avez évoqué des publications imprimées et des dessins relatifs à un électro-aimant tubulaire ; vous avez ensuite attiré l'attention sur une description d'électro-aimant tubulaire que vous aviez lue dans un ouvrage de Du Moncel. Outre celle figurant dans l'ouvrage de Du Moncel, avez-vous pris connaissance d'autres descriptions imprimées d'électro-aimants tubulaires ?
R. : J'ai vu d'autres publications imprimées et des dessins concernant des aimants tubulaires, mais je ne pense pas les avoir consultés avant la construction de mon récepteur à boîtier en fer, en mars 1876 ; je suppose donc qu'ils n'entrent pas dans le cadre de votre question.

Contre-interrogatoire, question 572 : D'après votre description de l'électro-aimant tubulaire mentionné dans l'ouvrage de Du Moncel, je n'ai pas obtenu une idée très précise du type d'armature qui était utilisé, selon votre compréhension. Quel type d'armature, selon ce que vous avez compris, était utilisé dans l'aimant tubulaire dont vous avez lu la description dans l'ouvrage de Du Moncel ?
R. : Aucun type d'armature n'apparaissait sur le dessin ; toutefois, si je me souviens bien, la description du dessin mentionne une armature utilisée avec un électroaimant tripolaire, présentée comme convenant également à l'aimant tubulaire. D'après ce que j'ai pu déduire du dessin de cet électroaimant tripolaire, l'armature consistait en une masse métallique épaisse placée à proximité des pôles de l'aimant.

Contre-interrogatoire, question 573 : Si je comprends bien votre dernière réponse, vous avez lu, dans l'ouvrage de Du Moncel, la description d'un aimant tripolaire, celle d'un aimant tubulaire, ainsi que celle d'une armature destinée à l'aimant tripolaire ; vous en avez conclu que cette armature devait être utilisée avec l'électroaimant tubulaire. Cette conclusion est-elle exacte ?
R. : Oui ; toutefois, il ne s'agissait pas d'une simple supposition de ma part : pour autant que je m'en souvienne, l'ouvrage indiquait explicitement que l'armature de l'électroaimant tripolaire devait être utilisée avec l'électroaimant tubulaire. Je ne sais plus s'il existait, en dehors du dessin, une autre description de cette armature ; c'est possible, mais je ne m'en souviens pas pour l'instant.

Contre-interrogatoire 574 : En faisant abstraction de l'ouvrage de Du Moncel, avez-vous déjà lu la description d'un électroaimant tubulaire qui ne comportait pas d'armature en forme de disque circulaire ?
R. : Je suppose que vous faites référence à une armature en disque, semblable à celle utilisée dans mon récepteur à boîtier en fer. À ma connaissance, je n'ai jamais lu de description d'un électroaimant tubulaire doté d'une telle armature, si ce n'est dans les descriptions de mes propres appareils.

Contre-interrogatoire 575. L’instrument à membrane unique que vous avez construit avant le 1er juillet 1875 est, si je comprends bien, illustré dans votre réponse à la question 82. Veuillez préciser lequel des instruments illustrés dans cette réponse est celui qui a été fabriqué avant le 1er juillet 1875.
R. : Celui qui est décrit en premier dans ma réponse à la question 82.

Contre-interrogatoire 576. Qu’est devenu l’instrument fabriqué avant le 1er juillet 1875, décrit en premier dans votre réponse à la question 82, et où l’avez-vous vu pour la dernière fois ?
R. : Des éléments de cet appareil existent encore. Je les ai vus tout récemment dans une malle contenant d’anciennes pièces à conviction utilisées lors de précédents procès concernant le téléphone. J’ignore ce que sont devenues les parties manquantes.

Contre-interrogatoire, question 577. D’après votre dernière réponse, je crois comprendre que vous avez récemment vu les vestiges ou certaines parties de cet instrument. À quand remonte la dernière fois que vous avez vu l’instrument dans son intégralité, en parfait état de marche ?
R: Je ne sais pas. Cela fait de très nombreuses années.

Contre-interrogatoire, question 578. Je vous demande d’essayer de préciser une date, aussi approximativement que possible, à laquelle vous avez vu cet instrument pour la dernière fois ; il est en effet très important que vous le fassiez.
R : Je n’ai certainement pas vu l’instrument dans son intégralité, en parfait état de marche, depuis juillet 1877, date de mon mariage. Après cette période, je suis parti à l’étranger et je ne pense pas avoir eu l’occasion de revoir l’appareil, jusqu’à ce que certains de ses éléments soient présentés dans le cadre du procès Dowd.

Contre-interrogatoire, question 579. Avez-vous le souvenir précis d’avoir vu, en 1877, ce premier instrument — fabriqué et utilisé avant le 1er juillet 1875 — en parfait état de marche ?
R : Non ; je ne peux pas affirmer avec certitude qu’il était en parfait état de marche à ce moment-là. Je ne saurais préciser la date la plus récente à laquelle je l’ai vu en état de marche.

Contre-interrogatoire, question 580. Avez-vous le souvenir précis d’avoir vu, au cours de l’année 1876, ce premier instrument — utilisé avant le 1er juillet 1875 — en parfait état de marche ?
R : Il me semble l’avoir vu aussi bien en 1876 qu’en 1877, mais je ne peux pas garantir qu’il était en parfait état de marche à l’une ou l’autre de ces dates.

Contre-interrogatoire, question 581. A quand remonte, selon vos souvenirs, la dernière fois que vous l’avez vu en parfait état de marche au cours de l’année 1875 ?
R : Je sais seulement qu'il a été utilisé en juin et juillet 1875, ainsi qu'ultérieurement au cours de la même année, puis mis de côté.

Contre-interrogatoire 582. Veuillez préciser davantage ce que vous entendez par « mis de côté ». A-t-on tenté de le conserver après son utilisation en juin et juillet 1875 ?
R. Oui ; les éléments constitutifs ont été conservés et existent toujours.

Contre-interrogatoire 583. Vous faites référence aux éléments qui ont été préalablement marqués par l'examinateur aux fins d'identification dans le cadre de cette affaire, n'est-ce pas ?
R. On m'a informé que les éléments auxquels j'ai fait allusion — qui se trouvaient dans une malle contenant d'anciennes pièces à conviction — ont été marqués aux fins d'identification dans cette affaire lors de la déposition de M. Thomas A. Watson.

Contre-interrogatoire 584. Dans votre lettre à M. Hubbard, datée du 1er juillet 1875, vous mentionniez votre intention de réaliser, le lendemain, une expérience utilisant une autre membrane tendue en guise de récepteur. Il s'agit bien du second instrument évoqué dans votre réponse à l'interrogatoire 82, n'est-ce pas ?
R. Je le pense.

Contre-interrogatoire 585. Qu'est-il advenu de ce second instrument, mentionné dans ma précédente question, et quand l'avez-vous vu pour la dernière fois en parfait état de fonctionnement ?
R. Certains de ses éléments existent encore. Je ne saurais affirmer l'avoir vu en parfait état de fonctionnement depuis 1875. Je crois me souvenir de l'avoir vu en 1876 et en 1877 ; toutefois, j'ignore s'il était en parfait état de fonctionnement à ces dates. Juste avant mon départ à l'étranger (en 1877), j'ai donné des instructions pour que cet instrument, ainsi que tout le reste du matériel présent dans mon laboratoire d'Exeter Place, soient préservés. Il me semble que tous les instruments — celui-ci y compris — ainsi que les divers éléments d'appareillage, ont été mis en caisse vers le mois d'août 1877 et tenus à la disposition des détenteurs de mes brevets.

Contre-interrogatoire, question 586 : À quel moment, en 1875, avez-vous vu cet instrument pour la dernière fois alors qu'il était en parfait état de fonctionnement ?
R : Je ne peux situer ce moment qu'en me référant à la lettre que j'ai adressée à M. Hubbard le 1er juillet. C'était donc après le 1er juillet 1875.

Contre-interrogatoire, question 587 : Concernant les deux instruments décrits dans votre réponse à la question 82, quelqu'un d'autre que vous-même et M. Watson a-t-il effectué des expériences avec eux au cours de l'année 1875 ?
R: Je ne m'en souviens pas à l'heure actuelle. Il est fort probable que ces instruments aient été présentés à M. Hubbard et à M. Sanders, voire à d'autres personnes, mais je ne saurais l'affirmer aujourd'hui.

Contre-interrogatoire, question 588 : Au cours des années 1875 et 1876, quelqu'un d'autre que M. Watson a-t-il participé à la construction de vos instruments ? R. Je ne saurais le dire. C’est la personne que M. Williams avait spécifiquement chargée de s’occuper de mon appareil ; je présume donc que mes instruments ont été construits soit par lui personnellement, soit sous sa direction. Il est possible que j’aie fait fabriquer des appareils au Canada, mais je ne saurais l’affirmer.

Contre-interrogatoire 589. Les deux appareils à membrane mentionnés dans votre réponse à la question 82 étaient-ils les seuls appareils à membrane construits par vous, ou sous votre direction, avant le 7 mars 1876 ?
R. Je suis porté à croire qu’il s’agissait des seuls téléphones à membrane construits avant cette date, bien que, naturellement, j’aie également réalisé des phonautographes et d’autres instruments de ce type.

Contre-interrogatoire 590. Pouvez-vous indiquer la date, en 1875, de la dernière expérience que vous avez menée avec l’un ou l’autre de ces téléphones à membrane ?
R. Non. Mes souvenirs concernant les expériences individuelles réalisées après le début du mois de juillet 1875 sont vagues. Entre cette période et novembre 1875, mon esprit était très préoccupé par d’autres questions, d’ordre personnel, qui ont laissé une empreinte bien plus nette dans ma mémoire que les expériences menées durant cette même période. Je sais que de nombreuses expériences ont été effectuées, mais je ne peux en préciser les détails.

Contre-interrogatoire 591. Quelle est la dernière expérience, menée au cours de l’année 1875 avec ces téléphones, dont vous gardez un souvenir précis ?
R. Je me souviens avoir testé deux téléphones à membrane avec M. Watson ; ils étaient reliés entre eux chez M. Williams, et des sons ont été transmis. La voix de la personne qui parlait était clairement perceptible au niveau du téléphone récepteur, et l’on pouvait distinguer les intonations. Des sons articulés ont également été transmis sans ambiguïté, mais il était difficile de comprendre ce qui était dit. M. Watson semblait être en mesure d'entendre bien mieux que moi ; j'ai l'impression qu'il a affirmé pouvoir presque distinguer ce qui était dit. Je me souviens de cette expérience, mais ce ne fut pas la dernière. Je sais que de nombreuses autres expériences ont été menées par la suite, bien que je ne puisse me rappeler les détails d'aucune expérience en particulier. Je me souviens toutefois, en ce qui concerne le résultat global de toutes ces expériences, qu'elles m'ont conduit à croire que j'avais résolu le problème de la transmission de la parole articulée par l'électricité, et que des instruments conçus avec soin — semblables, dans l'ensemble, à ceux que j'avais réalisés — s'avéreraient être des téléphones fonctionnels. Bien que je ne puisse me remémorer les résultats d'expériences spécifiques menées durant la période en question, je garde un souvenir très net du résultat global de l'ensemble. L'exposé de ce résultat, que j'ai fourni plus haut, est confirmé par un document d'époque : une lettre que j'ai adressée à M. Hubbard le 14 août 1875, dans laquelle je résumais les conclusions auxquelles j'étais alors parvenu. J'ai donné lecture de cette lettre dans ma réponse à la question 89.

Contre-interrogatoire 592. Pouvez-vous affirmer avec certitude avoir réalisé des expériences avec des téléphones à membrane au cours du mois d'août 1875 ?
R : Je ne saurais l'affirmer. Je sais seulement qu'après l'expérience mentionnée dans ma réponse précédente, un grand nombre d'essais ont été effectués avec des téléphones à membrane, mais je ne suis pas en mesure de me rappeler les détails de chacune de ces expériences.

Contre-interrogatoire 593. Toutes ces expériences, auxquelles vous faites référence dans votre réponse précédente, ont-elles été réalisées dans l'atelier de M. Williams ?
R : Je le crois.

Contre-interrogatoire 594. Si je comprends bien, vous avez affirmé que l'atelier de M. Williams était un lieu bruyant. Pourquoi n'avoir pas choisi un endroit plus calme pour mener ces expériences ?
R. : J'avais pris des dispositions particulières pour réaliser mes expériences dans l'atelier de M. Williams ; j'étais par ailleurs si convaincu d'avoir résolu le problème de la transmission de la parole articulée que j'ai pris l'initiative de décrire et de revendiquer ma méthode ainsi que mon appareil dans un brevet aux États-Unis, sans attendre de meilleurs résultats. J'avais la certitude absolue que le problème était résolu et que mes instruments s'avéreraient être des téléphones vocaux fonctionnels. Je me préoccupais davantage du dépôt d'une demande de brevet (ou d'une déclaration d'intention) que de la poursuite des expérimentations. J'estimais avoir suffisamment expérimenté pour pouvoir prétendre à un brevet ; c'est ce qui ressort de ma lettre du 14 août 1875 adressée à M. Hubbard. Après cette date, mes efforts ont principalement porté sur la rédaction d'un mémoire descriptif en vue d'un brevet, ainsi que sur la recherche de personnes susceptibles de m'aider à obtenir des brevets à l'étranger, étant donné que ni M. Hubbard ni M. Sanders ne souhaitaient m'apporter leur concours à cet égard. Le mémoire descriptif en question a par la suite abouti à mon brevet du 7 mars 1876, sous le numéro 174 465. J'étais si conscient de la valeur de mon invention que je ne voulais pas me limiter à un brevet aux États-Unis ; je souhaitais également en garantir la protection dans d'autres pays.
Si je n’avais pas accordé une telle importance à cette invention, mon brevet du 7 mars 1876 aurait pu être déposé des mois plus tôt ; en effet, la rédaction du mémoire descriptif avait débuté en septembre 1875 et était pratiquement achevée dès la mi-octobre 1875.
Il existe une autre raison pour laquelle, en juillet 1875, je n’ai pas cherché à trouver un lieu plus calme que l’atelier de M. Williams pour mener mes expériences. J’ai déjà évoqué le fait que mon esprit était très préoccupé et tourmenté par d’autres questions, d’ordre personnel et sans lien direct avec mes travaux. Il me semble opportun d’apporter quelques précisions à ce sujet ; une compréhension exacte de mon état d’esprit à l’époque permettra, j’en suis certain, d’expliquer pourquoi je n’ai pas gardé en mémoire certains détails de mes expériences — que j’aurais sans nul doute retenus dans d’autres circonstances — et pourquoi je n’ai pas conservé de traces écrites, telles que des notes ou des courriers. Cela explique également pourquoi, une fois mon mémoire descriptif achevé en octobre 1875, je me suis consacré, pendant un certain temps, presque exclusivement à mes activités professionnelles plutôt qu’à la poursuite de mes expériences. À partir de début juillet 1875, j’ai été profondément préoccupé et perturbé par des difficultés d’ordre personnel survenues entre moi-même et la famille de M. Hubbard. Sans entrer dans les détails de ces difficultés, je peux dire qu’elles ne furent totalement résolues que le 25 novembre 1875, date à laquelle je me suis fiancé avec la fille de M. Hubbard.

Contre-interrogatoire. 595. Dans votre réponse à la question 570, vous affirmez avoir perçu le timbre d’un son transmis électriquement le 2 juin 1875 ; à cette occasion, deux récepteurs à anche accordée — semblables à ceux illustrés dans la figure 5 de votre brevet du 7 mars 1876 — étaient disposés comme le montre ce schéma, à la différence près que la pile était absente. Votre brevet du 7 mars 1876 contient-il une indication selon laquelle l’un de ces récepteurs à anche accordée (tels que ceux représentés dans la figure 5) pourrait servir à reproduire le timbre d’un son, en association avec un transmetteur quelconque ?
R. : Oui. Dans mon brevet du 7 mars 1876, j’ai montré que si l’un de ces récepteurs à anche accordée est disposé de telle sorte que son armature — constituée d’un ressort en acier — ne présente pas de tendance à vibrer à sa propre fréquence, il peut alors servir à reproduire le timbre d’un son. La figure 7 illustre d’ailleurs une manière de disposer cette anche en acier pour parvenir à ce résultat : au lieu d’être fixée rigidement au pôle de son électroaimant (comme dans la figure 5), l’une des extrémités du ressort en acier est fixée de façon souple à la branche libre de l’électroaimant, tandis que l’autre extrémité est reliée au centre d’une membrane tendue. Bien entendu, un récepteur, s’il est disposé comme dans la figure 5, doté d'une armature en forme d'anche libre accordée, n'est pas adapté pour servir de récepteur restituant le timbre des sons. La tendance d'une telle anche libre à vibrer à une fréquence propre déterminée nuit au fonctionnement de l'instrument en tant que récepteur de timbre. Par conséquent, pour utiliser un tel instrument comme récepteur du timbre des sons, il est nécessaire d'éliminer la vibration libre de l'anche. Lors de mes expériences du 2 juin 1875, j'y suis parvenu en exerçant une pression sur l'anche contre mon oreille afin de l'amortir. La méthode illustrée à la figure 7 constitue une amélioration, car l'armature en forme d'anche y est conçue de telle sorte qu'elle ne présente aucune tendance à vibrer à une fréquence propre ; alors que, dans le dispositif précédent, cette tendance existait et devait être neutralisée par une pression exercée contre l'oreille.

Contre-interrogatoire 596. Dans votre réponse à la question 87, je crois comprendre que, lors de vos expérimentations avec les téléphones à membrane décrits dans votre réponse à la question 82, vous cherchiez à placer votre bouche ou votre oreille — selon le cas — aussi près que possible de la membrane. Pourquoi, dès lors, la figure 7 de votre brevet du 7 mars 1876 présente-t-elle un récepteur dont la membrane ne peut être approchée de très près par l'oreille, ainsi qu'un transmetteur dont la membrane ne peut être approchée de très près par la bouche ?
R. J'estimais qu'il serait avantageux d'adjoindre à mes téléphones à membrane des dispositifs destinés à assister la voix et l'audition. Je pensais qu'un cône A (figure 7) — semblable à celui utilisé dans les phonautographes — permettrait à la voix de l'interlocuteur de faire vibrer la membrane « a » avec plus d'intensité, et que l'emploi d'un tube acoustique ou d'un cornet L — tel que ceux utilisés par les personnes malentendantes — permettrait d'amplifier le son perçu par l'auditeur.

Contre-interrogatoire 597. Dans votre lettre à M. Hubbard, datée du 14 août 1875 — mentionnée dans votre réponse à la question 89 —, vous employez les termes suivants :
« Ne pensez-vous pas qu’il serait judicieux de déposer une déclaration d’intention (*caveat*) concernant l’utilisation du courant magnéto-électrique ? Compte tenu de son stade de développement actuel, il serait peut-être imprudent d’en informer Gray, à moins, bien entendu, que nous ne puissions en faire protéger le principe par un brevet. ». Ce passage m'est inintelligible sans explications complémentaires ; toutefois, il me donne l'impression que M. Hubbard et moi envisagions une forme de communication avec Gray. Je vous saurais gré de bien vouloir clarifier le sens de ce passage.
Ce passage m’est inintelligible sans explications complémentaires ; il me donne toutefois l’impression que M. Hubbard et vous envisagiez une forme de communication avec Gray. Je vous saurais gré de bien vouloir en clarifier le sens.
R. : Non. Nous n’envisagions nullement de communiquer avec Gray. Je savais que M. Elisha Gray revendiquait, tout comme moi, la paternité de mon invention relative à la télégraphie multiple — un domaine qui intéressait tout particulièrement M. Hubbard — et j’étais convaincu qu’un courant ondulatoire présenterait un intérêt majeur pour cette technologie. Au cours de l’année 1875, et jusqu’à la rédaction de cette lettre — le 14 août 1875 —, je nourrissais des pensées peu charitables à l’égard de M. Gray, le soupçonnant même d’espionnage. C’est d’ailleurs cette idée qui m’a conduit, par la suite, à transférer l’intégralité de mon matériel depuis l’atelier de M. Williams vers des locaux privés, à Exeter Place. J’étais si en proie à la suspicion que je ne me sentais pas suffisamment en confiance pour faire construire mes appareils avant de m’être protégé par un brevet — ou, à tout le moins, par une déclaration d’intention (« caveat ») — portant sur le courant ondulatoire. Je pense que c’est là le sens du passage évoqué dans ma lettre. Je me souviens que M. Hubbard m’avait déconseillé de déposer une telle déclaration, y voyant l’aveu que mon invention était inachevée ; il estimait, quant à lui, qu’elle était suffisamment aboutie pour justifier l’obtention d’un brevet.

Contre-interrogatoire, question 598 : M. Hubbard était, si je ne m’abuse, avocat de profession, n’est-ce pas ?
Rép. : Je le crois, en effet.

Contre-interrogatoire, question 599 : Dans votre réponse à la question 90, vous indiquez qu’au mois d’août 1875, votre état de santé s’est sérieusement dégradé, ce qui vous a finalement conduit à retourner auprès de vos parents, au Canada, pour vous rétablir. À quel moment avez-vous rejoint vos parents au Canada, comme vous l’évoquez ?
Rép. : Je ne saurais, de mémoire, indiquer la date exacte ; toutefois, le journal de mon père atteste que je suis arrivé à Brantford le 4 septembre 1875 et que j'en suis reparti le 27 septembre 1875. Je tire ces informations du compte rendu imprimé de la déposition de mon père dans le cadre du litige opposant l'American Bell Telephone Company à la People's Telephone Company.

Contre-interrogatoire, question 600. Dans votre lettre à M. Hubbard, datée du 28 septembre 1875 — citée dans votre réponse à la question 93 —, vous écrivez : « Ne croyez pas que j'ai délaissé la télégraphie durant mon séjour au Canada. J'ai apporté quelques appareils avec moi », etc. Ces appareils, auxquels vous faites référence, n'avaient aucun rapport avec la transmission de la parole articulée, n'est-ce pas ?
R : Les appareils en question étaient des dispositifs de télégraphie multiple.

Contre-interrogatoire, question 601. Dans votre réponse à la question 96, vous citez un brouillon de mémoire descriptif relatif à votre brevet du 7 mars 1876, en ces termes : « Il est connu depuis longtemps que, lorsqu'on approche un aimant permanent du pôle d'un électro-aimant, un courant électrique est induit dans les bobines de ce dernier ; et que, lorsqu'on l'en éloigne, un courant électrique de polarité opposée au premier apparaît dans le fil. Par conséquent, lorsqu'un aimant permanent est mis en vibration devant le pôle d'un électro-aimant, un courant électrique ondulatoire est induit dans les bobines de cet électro-aimant ; les ondulations de ce courant correspondent, par leur nombre par seconde, aux vibrations de l'aimant ; par leur polarité, au sens du mouvement de l'aimant permanent ; et, par leur intensité, à l'amplitude de la vibration de cet aimant permanent. » Cette déclaration visait-elle, de votre part, à exposer l'état de la technique tel qu'il existait avant toute invention de votre fait ?
R. : La première phrase du paragraphe cité visait effectivement à exposer l'état de la technique. La seconde partie, qui commence par « Lorsqu’un aimant permanent est donc mis en vibration devant le pôle d’un électro-aimant », etc., était une déduction personnelle, tirée des prémisses énoncées dans la première phrase.

Contre-interrogatoire, question 602. Y a-t-il, dans le paragraphe que j’ai cité lors de ma précédente question, un quelconque élément qui n’ait pas été parfaitement connu des électriciens avant même que vous ne réalisiez la moindre invention ? S’il s’y trouve un fait qui n’était pas connu avant le moment où vous avez réalisé votre invention, je vous saurais gré de bien vouloir me l’indiquer.

Rép. – Les faits évoqués dans la première phrase, comme l’indique le paragraphe lui-même, étaient « connus depuis longtemps » ; l’état des connaissances était donc tel que les conséquences exposées dans l’autre partie du paragraphe auraient pu être déduites des prémisses fournies. Je crois avoir été la première personne à opérer cette déduction. Le fait, par conséquent, énoncé dans la partie du paragraphe commençant par : « Lorsqu'un aimant permanent est mis en vibration devant le pôle d'un électro-aimant », etc., n'était pas une connaissance courante avant l'époque où j'ai réalisé mon invention.
Contre-interrogatoire n° 603. Ces faits n'étaient-ils pas constamment mis en application dans la construction et le fonctionnement des machines magnéto-électriques avant la date de toute invention réalisée par vous ? Et s'il existe un ou plusieurs de ces faits qui n'étaient pas connus de l'opérateur ou du constructeur d'une machine magnéto-électrique ordinaire, je vous saurais gré d'en informer le Tribunal.
Réponse. Aucune machine ou appareil magnéto-électrique, quel qu'il soit, n'utilisait, avant la date de mon invention, un courant électrique modulé en ondulations analogues aux vibrations sonores — produites par la vibration sonore d'un aimant permanent devant le pôle d'un électro-aimant, ou générées de toute autre manière. Ces faits n'étaient donc pas appliqués dans la construction et le fonctionnement des machines magnéto-électriques ou autres appareils avant la date de toute invention réalisée par moi.
Quant à la dernière partie de la question, les faits énoncés dans la première phrase du paragraphe que vous avez cité étaient connus des constructeurs de machines magnéto-électriques ordinaires. Rien, dans l'état de la technique, n'empêchait donc quiconque de tirer la déduction contenue dans la seconde partie de ce paragraphe ; mais, pour autant que je sache, personne ne l'a fait avant moi.
Par conséquent, les faits énoncés dans la seconde partie du paragraphe n'étaient pas connus des opérateurs et des constructeurs de machines magnéto-électriques ordinaires avant que je ne les leur révèle. public
.
Contre-interrogatoire – Question 604. D’après votre dernière réponse, je suppose que vous avez entièrement mal compris ma question. Ma question ne faisait aucune référence, quelle qu’elle soit, à des vibrations sonores, ou à des vibrations acoustiques, ni à une quelconque invention de votre part. J’ai simplement attiré votre attention sur un paragraphe qui aurait été rédigé au crayon sur une feuille de papier.
Ma question ne portait que sur ce point, et rien d’autre, rien au-delà ou en dehors de cela. Avec cette précision, pourriez-vous répondre à la question ?
R. Le paragraphe en question a été rédigé par mes soins ; il s’agissait d’un brouillon d’un paragraphe figurant dans mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465. J’ai donc supposé que votre question concernait bien mon invention ; et comme mon invention portait exclusivement sur des vibrations sonores — ou vibrations acoustiques —, j’ai cru comprendre que vous souhaitiez que j’attribue à ce paragraphe le sens qu’il était censé avoir dans mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465 — brevet dans lequel toutes les vibrations mentionnées sont des vibrations sonores, et toutes les ondulations électriques évoquées sont des ondulations analogues aux vibrations sonores aériennes. Quoi qu’il en soit, ma réponse demeure identique, que l’on interprète les vibrations en question comme étant des vibrations sonores, ou comme des vibrations trop lentes pour susciter la sensation du son. Cela ne change rien à ma réponse ; je précise simplement qu’au moment de la rédaction de ce paragraphe, mon intention était qu’il se rapporte à une vibration sonore de l’aimant permanent.

Contre-interrogatoire – Question 605. Et entendez-vous que vos deux réponses précédentes s’appliquent à chaque fait énoncé dans le paragraphe auquel vous avez fait référence, sans aucune exception ?
R. Je souhaitais qu’elles s’appliquent uniquement à la seconde phrase du paragraphe, étant donné que, selon les termes mêmes du paragraphe, les faits mentionnés dans la première phrase sont connus depuis longtemps. « Afin de… » Afin de rendre ma pensée parfaitement claire, je préciserai que la partie suivante du paragraphe décrit des faits qui étaient déjà bien connus avant toute invention de ma part :
« Il est connu depuis longtemps que, lorsqu’on approche un aimant permanent du pôle d’un électroaimant, un courant électrique est induit dans les bobines de ce dernier ; et que, lorsqu’on l’en éloigne, un courant électrique de polarité opposée au premier apparaît dans le fil. »
Ce qui n’était pas connu avant que je ne le révèle au monde — bien que cela pût être déduit des prémisses que je viens d’énoncer, et qu’aucun autre, à ma connaissance, n’avait déduit avant moi — se trouve dans la seconde phrase, qui est la suivante :
« Ainsi, lorsqu’on fait vibrer un aimant permanent devant le pôle d’un électroaimant, un courant électrique ondulatoire est induit dans les bobines de cet électroaimant ; les ondulations de ce courant correspondent, par leur nombre par seconde, aux vibrations de l’aimant ; par leur polarité, au sens du mouvement de l’aimant permanent ; et, par leur intensité, à l’amplitude de la vibration de cet aimant permanent. »
À ma connaissance, aucune machine magnéto-électrique — antérieure à la date de mon invention — n’a fait usage d’un courant électrique induit dans les bobines d’un électroaimant par la vibration d’un aimant permanent placé devant le pôle de cet électroaimant, courant dans lequel les ondulations électriques correspondaient, par leur nombre par seconde, aux vibrations de l’aimant ; par leur polarité, au sens du mouvement de l’aimant permanent ; et, par leur intensité, à l’amplitude de la vibration de cet aimant permanent — et ce, même en incluant les cas où la vibration est trop lente pour produire la sensation du son.
Le fait que la vibration d’un aimant permanent devant le pôle d’un électroaimant puisse induire un courant correspondant au mouvement de l’aimant, selon les caractéristiques susmentionnées, aurait pu — dis-je — être déduit de prémisses déjà connues avant que je ne le fasse ; mais, à ma connaissance, personne n’avait formulé cette déduction avant que je ne la fasse moi-même. Et je précise cela en ce qui concerne les vibrations trop lentes pour produire la sensation du son, bien que, dans mon brevet du 7 mars 1876, j’aie eu l’intention de me limiter exclusivement aux vibrations sonores, c’est-à-dire aux vibrations d’une rapidité suffisante pour produire la sensation du son.

Contre-interrogatoire, question 606. Je souhaite attirer de nouveau votre attention sur l'électroaimant « boiteux » (ou asymétrique) de Du Moncel — mentionné dans votre lettre à M. Hubbard en date du 7 juillet 1875 — dans lequel l'armature est articulée sur la branche non recouverte de l'électroaimant. N'est-il pas vrai que, lorsque l'armature de cet électroaimant est amenée à vibrer devant celui-ci, des courants électriques sont induits dans ses bobines ; ces courants correspondant, par leur nombre par seconde, aux vibrations de l'armature ; par leur polarité, au sens du mouvement de l'armature ; et par leur intensité, à l'amplitude de la vibration de l'armature ? En posant cette question, je ne fais aucune allusion à des inventions que vous auriez pu réaliser à un moment quelconque.
R: Oui, à condition de prévoir un dispositif permettant à l'armature de vibrer librement sans entrer en contact avec le pôle de l'électroaimant situé en dessous. Toutefois, je ne pense pas que quiconque ait eu connaissance de ce phénomène avant ma propre invention, ni que quiconque ait effectivement fait vibrer une telle armature de la manière décrite. Et, assurément, personne n'avait compris ou imaginé, avant moi, que la vibration sonore d'une telle armature devant le pôle de son électroaimant induirait, dans les bobines de ce dernier, un courant électrique modelé en ondulations semblables aux vibrations sonores. La question suppose, bien entendu, que la bobine de l'électroaimant fasse partie d'un circuit fermé et que l'armature vibre au sein d'un champ magnétique.

Contre-interrogatoire, question 607. Dans le passage de votre mémoire descriptif sur lequel votre attention a été attirée, vous déclarez :
« Il est connu depuis longtemps que, lorsqu'on approche un aimant permanent du pôle d'un électroaimant, un courant électrique est induit dans les bobines de ce dernier ; et que, lorsqu'on l'en éloigne, un courant électrique, de polarité opposée au premier, apparaît dans le fil. » N’était-il pas également connu depuis longtemps que, lorsque l’armature d’un électroaimant — placé dans un circuit alimenté par une pile — est amenée à se rapprocher du pôle de cet électroaimant, un courant électrique est induit dans les bobines de ce dernier ; et que, lorsque l’armature est éloignée, un courant électrique de polarité opposée au premier est induit dans le fil ?
R. : Je ne sais pas. Je suppose que cela aurait pu être déduit du premier fait mentionné, même si cela n’était pas explicitement connu. Je suppose qu’on aurait pu en déduire que les courants magnétoélectriques, induits par le mouvement de l’armature, se seraient superposés au courant provenant de la pile, produisant ainsi un effet résultant sur le circuit. Il ne serait donc pas nécessairement exact d’affirmer qu’un courant de polarité opposée apparaîtrait dans le fil. Le courant pourrait être de même nature et de même polarité, tout en présentant une intensité variable.

Contre-interrogatoire 608. Avant l’ouverture de la séance, ce matin, vous m’avez indiqué que vous souhaitiez rectifier une partie de votre témoignage d’hier. Je vous donne donc l’occasion de le faire.
R. : Dans le contre-interrogatoire 597, vous avez cité le passage suivant, extrait de ma lettre à M. Hubbard en date du 14 août 1875 :
« Ne pensez-vous pas qu’il serait judicieux de déposer une demande de protection provisoire pour l’utilisation du courant magnéto-électrique ? Compte tenu de son stade de développement actuel, il serait peut-être imprudent d’en informer Gray, à moins, bien entendu, que nous ne puissions en faire breveter le principe » ;
et vous m’avez demandé d’éclaircir le sens de ce passage.
Dans ma réponse, j’ai précisé : « Nous n’avons jamais envisagé d’entrer en communication avec Gray. » « Depuis que j'ai fait ma déposition hier, mon attention a été attirée sur ma lettre du 4 mai 1875, adressée à M. Hubbard, dont une partie a été lue en réponse à la question directe n° 59. Cette question me demandait de lire, dans ladite lettre, le passage commençant en haut de la troisième page et se poursuivant jusqu'à la fin. Je n'ai donc pas lu les première et deuxième pages de cette lettre. Je vais le faire maintenant, car cela semble avoir un lien avec le sens du passage que vous avez cité — dans la contre-interrogatoire n° 597 — extrait de ma lettre du 14 août 1875 adressée à M. Hubbard. Ma lettre du 4 mai 1875 à M. Hubbard, dont je tiens l'original entre mes mains, commence comme suit :

SALEM, Massachusetts, le 4 mai 1875.
CHER M. HUBBARD,
M. Sanders et moi avons eu un entretien avec M. Hayes aujourd'hui. J'ai pris soin de bien peser mes propos. Il m'a semblé, me semble-t-il, impressionné par ce que j'ai dit, et a insisté très vivement sur la nécessité d'une union d'intérêts entre M. Gray et moi-même. Je me suis exprimé de manière très évasive sur ce sujet — laissant entendre que j'étais plutôt d'humeur combative — tout en précisant que j'étais disposé à suivre l'avis de mes associés.
Bien entendu, je ne pouvais prendre aucune décision quant à la meilleure marche à suivre avant d'avoir eu l'occasion de faire la connaissance de M. Gray et de savoir précisément ce qu'il avait accompli.
J'ai fait part de ma volonté de montrer à M. Hayes certains de mes instruments en fonctionnement ; à cet effet, je l'ai invité à me rendre visite à Salem. Il doit venir vendredi après-midi. Si vous êtes en ville à ce moment-là, j'aimerais beaucoup que vous vous joigniez à nous. M. Stevens, de Salem, a eu l’amabilité de m’autoriser à me raccorder à son réseau urbain ; je peux donc désormais faire bénéficier mes instruments, installés dans mon propre cabinet de travail, de toute la puissance de sa grande batterie. pour alimenter mes appareils, dans mon propre cabinet de travail. Je n'ai pas l'intention de laisser M. Hayes pénétrer dans mon « sanctum sanctorum ».
Je ferai descendre un fil à l'étage inférieur, dans l'un des salons, pour y présenter simplement quelques appareils récepteurs, équipés de rupteurs vibrants et de récepteurs Morse.

Le reste de la lettre figure dans ma réponse à la question 59.
À cette époque, M. Hayes était, si je ne m'abuse, le conseil en brevets de M. Elisha Gray. J'avais oublié que M. Hayes avait insisté, auprès de mes associés et de moi-même, pour que nous unissions nos intérêts avec ceux de M. Gray ; ma mémoire a été rafraîchie hier — après que j'ai répondu à la contre-interrogatoire 597 — par la relecture d'un passage de ma lettre du 4 mai 1875, que j'ai cité plus haut. Je suis désormais porté à croire qu'au moment où j'ai rédigé ma lettre du 14 août 1875, M. Hubbard envisageait peut-être une proposition visant à associer nos intérêts à ceux de M. Gray. J'avais alors souhaité que M. Hubbard ne souffle mot, ni à M. Gray ni à ses conseils, au sujet de mon courant magnéto-électrique, tant que je n'aurais pas déposé une demande de brevet provisoire (« caveat ») ou de brevet définitif, afin qu'il n'y ait aucune ambiguïté quant à l'identité de l'inventeur. J'ai fait tout mon possible pour expliquer le sens du paragraphe cité — dans votre contre-interrogatoire 597 — extrait de ma lettre du 14 août 1875 adressée à M. Hubbard ; mais il est, bien entendu, difficile, après tant d'années, d'affirmer avec certitude ce que je voulais dire exactement.

Contre-interrogatoire 609. Dans votre brevet n° 174 465, vous déclarez : « Il existe de nombreuses manières de produire des courants électriques ondulatoires, dont l'effet dépend des vibrations ou des mouvements de corps capables d'exercer une action par induction. Je vais en préciser ici quelques-unes. Lorsqu'un fil, parcouru par un courant électrique continu, est mis en vibration au voisinage d'un autre fil, un courant électrique ondulatoire est induit dans ce dernier. Lorsqu'un cylindre, sur lequel sont disposés des aimants en barre, est mis en rotation devant le pôle d'un électroaimant, un courant électrique ondulatoire est induit dans les bobines de cet électroaimant. »
Je ne trouve pas ce paragraphe dans l'ébauche de votre mémoire descriptif, mentionnée dans votre réponse à la question 95. Vous souvenez-vous du moment où vous avez rédigé ce paragraphe pour la première fois ?
R. : Dans ma réponse à la question directe n° 95, j'ai identifié sept feuillets constituant des fragments d'ébauches du mémoire descriptif de mon brevet du 7 mars 1876 ; et, en réponse à la question directe n° 96, j'ai lu, à partir de ces feuillets, les passages qui m'ont été indiqués par mon conseil. Des ébauches du paragraphe que vous avez cité figurent sur certains des feuillets identifiés en réponse à la question 95, mais elles n'ont pas été lues lors de la réponse à la question 96. Ce paragraphe était pour l'essentiel achevé en octobre 1875.

Contre-interrogatoire, question 610. Le paragraphe cité dans ma dernière question constituait-il un exposé de l'état de la technique tel qu'il existait avant toute invention réalisée par vous ?
R. Non. Dans mon brevet, j'ai décrit certains dispositifs illustrés aux figures 5 et 7, destinés à produire des courants électriques ondulatoires adaptés à la télégraphie multiple et à la transmission de la parole ; et, dans le paragraphe que vous avez cité, j'ai tenté d'indiquercertains moyens équivalents pour produire des ondulations électriques semblables à des vibrations sonores.

Contre-interrogatoire, question 611. Quel fait est énoncé dans le paragraphe cité qui n'était pas connu des spécialistes du domaine avant la date de toute invention réalisée par vous ? Bien entendu, ma question porte uniquement sur le paragraphe cité, et non sur d'autres parties de la description de l'un ou l'autre de vos brevets.
R. Le fait que des ondulations électriques analogues à des vibrations sonores pouvaient être produites par les moyens indiqués.

Contre-interrogatoire, question 612. L'un des faits énoncés dans ce paragraphe est ainsi libellé :
« Lorsqu'on fait tourner un cylindre, sur lequel sont disposés des aimants en barre, devant le pôle d'un électro-aimant, un courant électrique ondulatoire est induit dans les bobines de l'électro-aimant. »
Voulez-vous dire, par votre dernière réponse, que des ondulations électriques analogues à des vibrations sonores pouvaient être produites par ce moyen ?
R. Afin de m'exprimer avec une clarté absolue, je précise que, le 15 décembre 1874, j'ai fait une découverte décrite dans une lettre adressée ce même jour au Dr Clarence J. Blake — lettre dont j'ai donné lecture dans ma réponse à la question directe n° 43. Dans ce courrier, j'écris :
« Plusieurs aimants permanents étaient disposés sur un cylindre (voir illustration) que l'on faisait tourner devant des électro-aimants. En me remplissant les oreilles d'eau et en y appliquant les fils (préalablement isolés, bien entendu), comme indiqué sur le schéma, j'ai pu percevoir une note musicale douce. »
Il s'agit là de l'expérience à laquelle je fais référence dans ma demande du 10 mars 1875, en ces termes :
« J'ai généré une oscillation régulière du courant induit au moyen d'aimants permanents, en remplacement des piles. Des aimants droits G, aux pôles disposés comme illustré, ont été placés à la surface d'un cylindre rotatif, en regard de plusieurs électro-aimants E (voir figure 4) ; l'espace séparant deux aimants adjacents était, en largeur, égal à la dimension du pôle de l'électro-aimant qui lui faisait face. »
« Dans cette configuration, la rotation du cylindre produisait des courants induits, directs et inversés, se succédant à intervalles réguliers ; les fils reliés à la terre et à la ligne (a, b) faisaient alors office d'électrodes. Grâce à ce dispositif, les courants induits traversaient directement les oreilles, provoquant — au sein même de l'oreille — la perception d'une note musicale, et ce, sans l'intervention d'aucun instrument récepteur. »
Je ferai remarquer, en passant, qu’il existe une légère erreur dans les références : la figure 4 devrait être la figure 3, et la lettre G devrait être remplacée par M. Or, au moment où j’ai déposé mon brevet du 7 mars 1876, j’étais parvenu à concevoir ce que j’ai appelé un « courant électrique ondulatoire » ; un courant dans lequel les ondulations électriques étaient analogues aux vibrations sonores ; un courant caractérisé par des variations d’intensité tout à fait comparables aux variations de densité de l’air lors de la transmission de vibrations sonores. Dans ce brevet, j’ai présenté des dispositifs — illustrés par les figures 5 et 7 — permettant de générer des ondulations électriques semblables à des vibrations sonores. À propos de la figure 5, par exemple, j’ai écrit : « Pour illustrer la méthode permettant de créer des ondulations électriques, je vais présenter et décrire un type d’appareil capable de produire cet effet. À cette fin, j’utilise de préférence un électroaimant A (figure 5), dont l’une des branches, b, est munie d’une bobine. Une armature en acier, constituée d’une lame flexible c, est fixée solidement par l’une de ses extrémités à la branche nue d de l’aimant, tandis que son extrémité libre dépasse au-dessus du pôle de la branche pourvue de la bobine. L’armature c peut être mise en vibration de diverses manières — notamment par l’action du vent — et, en vibrant, elle produit une note musicale d’une hauteur déterminée. »
Ayant décrit des moyens précis pour réaliser une invention totalement inédite — à savoir un courant électrique modulé en ondulations rigoureusement analogues à des vibrations sonores —, j’ai estimé être en droit de revendiquer tout dispositif équivalent permettant d’obtenir le même résultat, que je l’aie explicitement mentionné ou non. J’ai toutefois jugé opportun d’approfondir la question et d’inclure dans ma demande de brevet les variantes qui m’étaient apparues. Par exemple, il m’a semblé qu’il serait peut-être possible de disposer des aimants en barre sur un cylindre, de telle sorte que, lorsque ce cylindre serait mis en rotation devant le pôle d’un électro-aimant, il en résulterait un courant induit identique à celui produit par la vibration de l’armature « c » (fig. 5) ; j’ai donc, dans mon brevet, proposé ce dispositif comme variante de celui illustré à la figure 5.

Contre-interrogatoire 613. Avez-vous déjà fabriqué un appareil utilisant le moyen que vous avez suggéré comme alternative à l'appareil décrit à la figure 5 ? Je fais référence à la déclaration figurant dans les deux dernières lignes de votre dernière réponse.
R : Non.

Contre-interrogatoire 614. Puisque vous avez attesté avoir rédigé les revendications de votre brevet n° 174 465, je vous demande si ce brevet contient une revendication faisant référence à ce moyen comme alternative à celui illustré à la figure 5.
R : J'ai présumé que les revendications du brevet couvraient tous les moyens équivalents à ceux décrits et j'ai donc estimé que si l'on pouvait utiliser des aimants en barre sur un cylindre rotatif pour produire, dans les bobines d'un électroaimant, des ondulations électriques analogues aux vibrations sonores, comme celles produites par l'appareil illustré à la figure 5, les revendications du brevet couvriraient ce procédé comme équivalent du moyen illustré à la figure 5.

Contre-interrogatoire 615. Quand, le cas échéant, avez-vous pris connaissance des inventions divulguées dans le brevet britannique accordé à C. F. Varley, n° 1044, de 1870 ?
R : Je ne peux pas dire si j’en ai jamais pris connaissance sans consulter une copie du brevet auquel vous faites référence.

Contre-interrogatoire 616. Le paragraphe auquel je fais référence contient également l’affirmation suivante : « Lorsqu’un fil conducteur parcouru par un courant électrique continu est mis en vibration à proximité d’un autre fil conducteur, un courant électrique ondulatoire est induit dans ce dernier.» Avez-vous déjà construit un tel appareil, ou avez-vous déjà induit un courant électrique ondulatoire par ce moyen ?
R : Oui. Je l’ai fait.

Contre-interrogatoire 617. Cet appareil a-t-il été construit avant la date de votre brevet, le 7 mars 1876 ?
R : Non. Pas avant.

Contre-interrogatoire 618. Veuillez décrire brièvement l'appareil auquel vous avez fait référence dans vos deux dernières réponses.
R.: Une spirale plate de fil isolé était portée par un diaphragme à la place de l'armature c (Fig. 7) et mise en vibration par l'action de la voix devant le pôle d'un électroaimant placé dans un circuit voltaïque (Fig. 7). La spirale plate était reliée à un circuit local contenant une pile. Je crois avoir testé l'effet de la suppression du noyau de fer de l'électroaimant. Je me souviens également avoir effectué des expériences en faisant vibrer un électroaimant devant le pôle d'un autre. L'électroaimant mobile était porté par un diaphragme mis en vibration par la voix du locuteur. Ces électroaimants ont été testés avec et sans noyau de fer, dans des circuits séparés avec une pile dans chaque circuit, et également dans un seul circuit contenant une pile.

Contre-interrogatoire : 619. Existe-t-il une revendication de votre brevet faisant référence à la méthode d'induction d'un courant électrique ondulatoire, décrite dans le paragraphe suivant : « Lorsqu'un fil conducteur, parcouru par un courant électrique continu, est mis en vibration à proximité d'un autre fil conducteur, un courant électrique ondulatoire est induit dans ce dernier.» ?
R. : Je pensais que toute revendication présentant cette méthode comme une simple alternative à la méthode décrite la couvrirait ; or, la méthode elle-même est spécifiquement revendiquée dans la 3e revendication.

Contre-interrogatoire. On trouve également l'affirmation suivante dans votre brevet du 7 mars 1876 : « Des ondulations sont provoquées dans un courant voltaïque continu par la vibration ou le mouvement de corps capables d'induction, ou par la vibration du fil conducteur lui-même à proximité de ces corps.» Une revendication du brevet fait-elle spécifiquement référence à cette méthode de production d'ondulations électriques ?
R. : Oui. La 3e revendication y fait spécifiquement référence.

Contre-interrogatoire 621. Il me semble qu'aucun appareil n'est illustré dans le brevet, montrant la méthode de production des ondulations électriques mentionnée dans ma question précédente. Réponse : Oui. L'appareil représenté sur les figures 5 et 7.

Contre-interrogatoire : 622. Comment les ondulations électriques seraient-elles produites par l'appareil représenté sur la figure 5, par la vibration du fil conducteur lui-même à proximité d'un corps capable d'induction ? Réponse : La revendication ne se limite pas à la vibration du fil conducteur lui-même à proximité d'un corps capable d'induction. Dans le cas de la figure 5, les ondulations électriques sont produites dans un courant voltaïque continu traversant le circuit par la vibration de l'armature en acier-ressort c, qui est un corps capable d'induction. La 3e revendication couvre spécifiquement cette méthode.

Contre-interrogatoire, question 623. Ma dernière question ne faisait pas spécifiquement référence à la troisième revendication. Ce que je souhaitais demander, c'est s'il existe, dans le brevet, un dispositif permettant de provoquer des ondulations dans un courant voltaïque continu grâce à la vibration d'un fil conducteur situé à proximité d'un corps capable d'exercer une action inductive.
R : Oui. Le brevet présente, aux figures 5 et 7, des dispositifs permettant de transmettre des vibrations sonores à tout corps que l'on souhaite faire vibrer.
Par exemple, dans la figure 5, l'élément vibrant du dispositif consiste en une anche qui, comme indiqué dans le brevet, peut être mise en vibration de diverses manières — notamment par le souffle, comme c'est le cas pour tout instrument de musique à anche ordinaire. Dans le cas de la figure 5, le corps capable d'exercer une action inductive est mis en vibration à proximité du fil conducteur. Si, par conséquent, nous souhaitons adopter la méthode alternative consistant à faire vibrer le fil conducteur à proximité du corps capable d'exercer une action inductive, il conviendrait de fixer le fil conducteur à l'anche « c » (figure 5) et de remplacer l'électroaimant « b » par un corps capable d'exercer une action inductive. Le moyen mécanique, décrit précisément dans le brevet, pour mettre un corps en vibration sonore — de manière à produire une note musicale d'une hauteur déterminée — consiste en une anche actionnée par un flux d'air. Si le corps devant être mis en vibration est constitué d'un matériau capable d'une action inductive, comme l'acier, il suffit de fabriquer l'anche dans ce matériau, ou d'y fixer un matériau approprié sur une anche de conception classique. Par ailleurs, si le corps que l'on souhaite mettre en vibration sonore pour produire une note musicale est le fil conducteur lui-même, il suffit de fixer ce fil à une anche de conception classique. Le moyen mécanique, décrit précisément dans le brevet, permettant à un corps d'être mis en mouvement par les vibrations sonores de l'air lors de la transmission d'un son — de sorte que ce corps reproduise la forme de la vibration sonore aérienne et se déplace au gré des mouvements de l'air durant la transmission — consiste en une membrane tendue, telle qu'illustrée par la lettre « a » sur la figure 7 ; cette membrane peut être mise en vibration par la voix humaine ou par des sons produits, de quelque manière que ce soit, à proximité immédiate. Dans le fonctionnement de l'appareil tel qu'agencé sur la figure 7, la membrane « a » sert à provoquer la vibration d'un corps qui y est fixé, capable d'exercer une action inductive, au voisinage du fil conducteur. Si, par conséquent, nous souhaitons adopter la méthode alternative consistant à faire vibrer le fil conducteur au voisinage d'un corps capable d'exercer une action inductive, nous devrions fixer le fil conducteur à la membrane « a » (figure 7) et placer, en « b », un corps capable d'exercer une action inductive. Dans ma réponse à la contre-interrogation 618, j'ai décrit des expériences qui ont été effectivement réalisées selon ce principe. La parole a été transmise de cette manière.

Contre-interrogatoire 624. Dans votre réponse à la contre-interrogation 614, vous avez déclaré : « Je supposais que les revendications du brevet couvriraient tous les moyens équivalents à ceux qui sont décrits. » Faut-il comprendre, par cette réponse, que chacune des revendications du brevet couvrirait tous les moyens équivalents à ceux qui y sont décrits ?
R : Oui ; pour ce qui est des moyens décrits comme étant applicables à cette revendication donnée.

Contre-interrogation 625. Pourriez-vous préciser davantage votre réponse et indiquer quels sont les moyens applicables ?
R : J'estime que les moyens spécifiquement décrits dans le brevet sont applicables à l'ensemble des revendications.

Contre-interrogation 626. Afin que votre réponse soit parfaitement comprise, pourriez-vous indiquer à quels moyens, spécifiquement décrits dans le brevet, vous faites référence dans votre réponse précédente ?
R : Aux moyens illustrés par la figure 5 ou la figure 7.

Contre-interrogation 627. En vous référant à votre réponse à la contre-interrogation 623, pourriez-vous préciser la largeur et l'épaisseur que devrait avoir l'anche « c », représentée sur la figure 5, étant donné que je ne trouve aucune indication de sa largeur dans les illustrations faisant partie du brevet ?
Ré : La largeur ou l'épaisseur exacte n'a aucune incidence sur le fonctionnement électrique de l'instrument, pour autant que la anche puisse être mise en vibration par un flux d'air, à l'instar de la anche d'un instrument de musique à vent ordinaire. Les instruments représentés à chaque poste sur la figure 6 possèdent chacun une hauteur tonale — ou une fréquence de vibration — différente ; par conséquent, les anches pourraient, elles aussi, présenter des largeurs ou des épaisseurs différentes. La largeur et l’épaisseur dépendent de la hauteur de la note musicale que l’on souhaite produire ; elles peuvent correspondre aux dimensions habituelles des anches produisant une note équivalente dans n’importe quel instrument de musique à vent ordinaire.

Contre-interrogation 628. Quelle forme peut prendre l'anche *c*, représentée à la figure 5 ?
R. : La forme des anches ordinaires utilisées dans les instruments de musique à vent.

Contre-interrogation 629. Vos deux dernières réponses, concernant l'armature *c* illustrée à la figure 5, s'appliquent-elles également à l'armature *c* illustrée à la figure 7 ?
R. : Elles s'appliquent en ce sens que la largeur ou l'épaisseur de l'armature *c* — constituée d'un ressort en acier — n'a aucune incidence sur le fonctionnement électrique de l'appareil représenté à la figure 7. Ainsi, n'importe laquelle des anches en acier illustrées aux figures 5 ou 6 conviendrait, à condition que, au lieu d'être disposée comme une anche libre accordée destinée à être mise en vibration par un flux d'air, elle soit fixée de manière souple, par une extrémité, à la branche libre de son électro-aimant, et que son autre extrémité soit reliée au centre d'une membrane tendue, comme le montre la figure 7. L'anche *c* de l'instrument représenté à la figure 5 est conçue pour vibrer efficacement à une fréquence bien précise, afin de produire une note musicale d'une hauteur déterminée ; quant aux instruments situés à chaque poste dans la figure 6, ils présentent chacun une hauteur tonale différente, ce qui implique que leurs anches doivent varier en largeur, en épaisseur, etc., afin de vibrer à la fréquence souhaitée — tout comme les anches d'un instrument de musique à vent classique. Dans le cas illustré à la figure 7, en revanche, l'armature *c* (ressort en acier) est agencée de telle sorte que : (1) grâce à sa fixation souple sur l'électro-aimant, elle ne présente pas de tendance à vibrer à une fréquence unique et déterminée ; et (2) grâce à sa liaison solide avec la membrane tendue *a*, il peut être amené à vibrer avec une liberté sensiblement égale, quelle que soit la fréquence, et à reproduire non seulement la fréquence d'une vibration sonore aérienne se produisant au voisinage de la membrane *a*, mais même la forme même de cette vibration sonore. Par conséquent, les caractéristiques requises pour l'armature à ressort en acier *c* (Fig. 7) diffèrent sensiblement de celles de l'armature à anche *c* (Fig. 5) ; elle doit être conçue de manière à pouvoir être facilement mise en vibration par une membrane tendue sous l'action de la voix.

Contre-interrogatoire 630. Étant donné que votre brevet n° 174 465 ne mentionne rien quant à la largeur ou à la forme des armatures *c* et *h* des instruments représentés sur la Fig. 7, et que les revendications de ce brevet ont été rédigées par vos soins — vous savez donc ce qu'elles étaient censées couvrir —, je vous demande de préciser quelles peuvent être la longueur, la largeur et l'épaisseur des armatures *c* et *h* dans le cadre de la portée visée par ces revendications ; veuillez également indiquer de quel matériau ces armatures peuvent être constituées, toujours dans le cadre de la portée visée par les revendications.
R. Je n'ai pas eu l'intention de me limiter à une longueur, une largeur, une épaisseur ou un matériau en particulier. Vous supposez que rien n'est dit dans mon brevet n° 174 465 concernant la largeur et la forme des armatures *c* et *h* (Fig. 7) ; or, j'ai précisé dans la description que ces armatures peuvent adopter la forme — entre autres caractéristiques — d'une anche en acier, telle que celle représentée en *c* sur la Fig. 5. Toutefois, au lieu d'être disposée comme une anche libre destinée à être actionnée par un flux d'air, elle est fixée, de manière souple, par l'une de ses extrémités à la branche exposée *d* de l'électroaimant *b*, tandis que son autre extrémité est reliée au centre d'une membrane tendue *a*, comme illustré sur la Fig. 7.

Contre-interrogatoire 631. Veuillez citer le passage, issu de l'édition spécifique à laquelle vous avez fait référence dans votre précédente réponse.
R. : « Il a été indiqué plus haut que l'une des manières de faire vibrer l'armature c (fig. 5) consiste à utiliser le vent. Un autre procédé est illustré à la figure 7 : il permet de communiquer un mouvement à l'armature au moyen de la voix humaine ou d'un instrument de musique.
L'armature c (fig. 7) est fixée, avec un certain jeu, par l'une de ses extrémités à la branche découverte d de l'électro-aimant b ; son autre extrémité est reliée au centre d'une membrane tendue a. »

Contre-interrogatoire 632. Je ne vois pas en quoi le passage que vous venez de citer se rapporte à la largeur ou à la forme de l'armature réceptrice h. Je vais donc vous demander quelques précisions supplémentaires.
R. : Le dessin (fig. 7) montre, à l'extrémité réceptrice du circuit, un électro-aimant f, une armature h et une membrane i, qui sont en tout point semblables à l'électro-aimant b, à l'armature c et à la membrane a situés à l'extrémité émettrice.

Contre-interrogatoire 633. En référence à votre réponse à la question 97 : disposez-vous d'un moyen de savoir si le brouillon de votre lettre à Barclay — mentionné dans ladite réponse — a été rédigé avant le brouillon qui figure sur l'autre face de la même feuille ?
R. — J'ai des raisons de savoir que le brouillon de la lettre adressée à M. Barclay a été rédigé après le brouillon figurant au verso de la même feuille, lequel constituait une partie du mémoire descriptif de mon brevet du 7 mars 1876. Je me souviens qu'à l'époque où je travaillais à la préparation dudit mémoire descriptif, au début du mois d'octobre 1875, j'avais pour habitude — après avoir étudié la formulation et apporté les modifications ou corrections qui me semblaient nécessaires — de rédiger une copie au propre des passages révisés sur une autre feuille de papier, et de mettre de côté l'ancienne version comme étant devenue inutile. J'utilisais alors les espaces vierges de ces feuilles ainsi mises de côté pour rédiger des brouillons de lettres, effectuer des calculs chiffrés, etc. Par conséquent, si l'une de ces feuilles comporte deux brouillons — l'un relatif au mémoire descriptif et l'autre à une lettre ou à un calcul —, je peux affirmer, en me fondant uniquement sur mes souvenirs, que le brouillon du mémoire descriptif a été rédigé en premier. Je sais, pour une autre raison, que le brouillon de la lettre à M. Barclay, mentionné dans votre question, a été rédigé après le brouillon figurant au verso de la feuille. En effet, le mémoire descriptif de mon brevet du 7 mars 1876 était pratiquement achevé avant la mi-octobre 1875 ; tandis que le brouillon de ma lettre à M. Barclay a été rédigé en réponse à un mot reçu de sa part, daté du 22 octobre 1875. Ce brouillon a été rédigé entre le 22 octobre et le 4 novembre 1875, comme je l'ai indiqué dans ma réponse à la question n° 97. Une confirmation supplémentaire de mes souvenirs à ce sujet réside dans le fait suivant : le brouillon de ma lettre à M. Barclay, figurant sur la feuille 4, est rédigé à l'encre ; les derniers mots de ce texte sont inscrits par-dessus une partie du brouillon de mon mémoire descriptif, partie qui, elle, est écrite au crayon.

Contre-interrogatoire 634. Si je comprends bien votre réponse à la question 99, vous étiez principalement occupé, au début du mois d'octobre 1875 — juste après votre retour du Canada —, à préparer le mémoire descriptif en vue du brevet du 7 mars 1876. Avez-vous bénéficié d'une assistance ou de conseils professionnels pour la préparation de ce mémoire ?
Réponse : Non. Je n'ai eu aucune aide, si ce n'est l'expérience acquise à Washington en février et mars 1875, lors de la préparation de mes demandes de brevet déposées les 25 février, 6 mars et 10 mars 1875.

Contre-interrogatoire, question 635. Je remarque que dans la lettre de vos avocats datée du 18 janvier 1876, que vous avez citée en réponse à la question 101, il n'est fait aucune mention d'un modèle. Y a-t-il eu, avant le 18 janvier 1876, des échanges entre vous et vos avocats concernant un modèle à fournir pour la demande mentionnée dans cette lettre ?
R : Non. On ne m'a jamais demandé de modèle.

Contre-interrogatoire 636. Faut-il comprendre, d'après votre dernière réponse, qu'avant le 18 janvier 1876, personne ne vous a jamais demandé — que ce soit par écrit ou oralement — de fournir un modèle dans le cadre de votre demande déposée le 14 février 1876 ?
R : Je n'ai pas le souvenir qu'on me l'ait demandé ; quoi qu'il en soit, je sais avec certitude qu'aucun modèle n'a été exigé par le commissaire aux brevets.

Contre-interrogatoire. 637. Un modèle a-t-il été construit par vous, ou selon vos instructions, pour la demande déposée le 14 février 1876 ? µ
R. : Des modèles ont été préparés pour illustrer certaines parties des inventions décrites dans la demande déposée le 14 février 1876. Ces modèles ont été remis à l'honorable George Brown, qui les a emportés en Angleterre. J'aurais été très heureux de déposer des modèles dans le cadre de la demande américaine, si le commissaire l'avait exigé.

Contre-interrogatoire 638 : Quelles parties de la demande déposée le 14 février 1876 les modèles mentionnés dans votre réponse précédente illustraient-ils ?
R. : Les éléments relatifs à la télégraphie multiple, qui intéressaient tout particulièrement M. Brown.

Contre-interrogatoire 639 : Si je vous comprends bien, ces modèles n'illustraient pas l'appareil représenté sur la figure 7 de votre brevet n° 174 465, mais ils illustraient l'appareil représenté sur les figures 5 et 6 dudit brevet ?
R. : Le modèle auquel je pense plus précisément consistait en un instrument émetteur semblable à celui représenté sur la figure 5 de mon brevet du 7 mars 1876, doté d'une anche en acier « c » disposée comme l'anche libre d'un instrument de musique à vent, de sorte qu'elle pouvait être actionnée par un flux d'air. Il y avait également un modèle d'instrument récepteur, semblable à celui désigné par « I » sur la figure 5, muni d'un rupteur vibrant, tel que celui décrit dans mon brevet du 6 juin 1876, n° 178 399.

Contre-interrogatoire 640 : À votre connaissance, un modèle de l'appareil décrit sur la figure 7 de votre brevet n° 174 465 a-t-il été réalisé à Washington après le 18 janvier 1876 ?
R. : Le commissaire aux brevets n’a exigé aucun modèle, et je ne pense pas qu’il en ait été réalisé.

Contre-interrogatoire 641 : Avant la délivrance de votre brevet du 7 mars 1876, un quelconque essai a-t-il été effectué, dans la ville de Washington, sur l’un des appareils décrits ou représentés dans votre brevet n° 174 465 ?
R. : Je ne le pense pas.

Contre-interrogatoire 642 : D’après votre dernière réponse et votre témoignage précédemment fourni dans cette affaire, j’en conclus qu’aucun instrument ou modèle, identique en tous points à l’appareil illustré à la figure 7 de votre brevet du 7 mars 1876, n’a été fabriqué ou testé, où que ce soit, avant la délivrance dudit brevet. Cette conclusion est-elle exacte ?
R. : Des instruments ou modèles sensiblement identiques à l’appareil illustré à la figure 7 de mon brevet du 7 mars 1876 ont été fabriqués et testés à Boston, avant la délivrance de mon brevet, en juin et juillet 1875. Les instruments en question différaient de ceux représentés à la figure 7 uniquement par l’absence de cône A ou de cornet acoustique L.

Contre-interrogatoire 643 : Mais aucun essai, tel que ceux mentionnés dans votre dernière réponse, n’a été réalisé dans la ville de Washington avant la délivrance de votre brevet du 7 mars 1876. C’est bien cela, n’est-ce pas ?
R. : Oui, c’est bien cela.

Contre-interrogatoire 644 : Un essai, quel qu'il soit, a-t-il été effectué avec un instrument quelconque, dans le but de vérifier sa capacité à transmettre la parole articulée, avant le 7 mars 1876, dans la ville de Washington ?
R. : Pas dans la ville de Washington, pour autant que je sache.

Contre-interrogatoire 645 : Si je comprends bien votre réponse à la question 102, l'honorable George Brown, de Toronto, ainsi que son frère, M. Gordon Brown, souhaitaient que le mémoire descriptif sur lequel vous travailliez en septembre 1875 ne soit pas déposé auprès du Bureau des brevets des États-Unis avant qu'ils n'aient eu le temps de déposer simultanément des demandes de brevet en Europe. Dans quels pays européens envisageaient-ils de déposer des brevets simultanément à vos brevets américains ?
R. : En Grande-Bretagne et peut-être dans d'autres pays. Je ne me souviens plus exactement des termes de notre accord, mais il me semble que c'était à l'honorable George Brown qu'il revenait de déterminer dans quels autres pays, outre la Grande-Bretagne, les brevets devaient être déposés.

Contre-interrogatoire 646 : D'après votre dernière réponse et les témoignages recueillis dans cette affaire, je crois comprendre que les frères Brown estimaient que le dépôt d'une demande de brevet américain pourrait, d'une manière ou d'une autre, faire obstacle à l'obtention d'un brevet en Angleterre. Était-ce bien le cas ?
R. : Je suppose qu'ils craignaient que l'obtention d'un brevet aux États-Unis, avant celle d'un brevet en Angleterre, ne compromette la validité de ce dernier. C'est, du moins, l'impression que j'en ai.

Contre-interrogatoire 647 : A-t-on, à un moment quelconque, tenté de réaliser, dans la ville de Washington, un modèle semblable à celui illustré sur la figure 7 de votre brevet n° 174 465, avant le 7 mars 1876 ? Une quelconque tentative a-t-elle été faite pour expérimenter un tel appareil dans la ville de Washington avant l'octroi du brevet du 7 mars 1876 ? Par le terme « tentative », j'entends toute démarche, quelle qu'elle soit, visant à construire un modèle ou à expérimenter l'appareil.
R. : Non. Pas dans la ville de Washington avant le 7 mars 1876 ; du moins, pour autant que je sache. Bien entendu, de telles tentatives ont eu lieu à Boston avant cette date, comme je l'ai déjà déclaré.

Contre-interrogatoire n° 648. Et, à votre connaissance, aucune tentative n'a été effectuée à Boston ou ailleurs avant le 7 mars 1876, en dehors de celles au sujet desquelles vous avez déjà témoigné. C'est bien cela, n'est-ce pas ?
R. : Oui. C'est bien cela.

Contre-interrogatoire n° 649. Vous affirmez, en réponse à la question 102, que M. Hubbard a donné pour instruction, à titre privé, à vos conseils juridiques de déposer le mémoire descriptif auprès du Bureau américain des brevets le 14 février 1876, et qu'il a effectivement été déposé ainsi, à votre insu et sans votre consentement. M. Hubbard vous a-t-il jamais expliqué les raisons pour lesquelles il a ordonné que la demande soit déposée de cette manière ?
R. : Vous m'avez mal compris si vous avez cru que j'avais affirmé que M. Hubbard avait donné pour instruction à mes conseils juridiques de déposer le mémoire descriptif le 14 février 1876. J'ignore à quelle date il a donné cette instruction à mes conseils juridiques ; Je sais simplement qu’il était las d’attendre des nouvelles de l’honorable George Brown et qu’il a décidé de ne plus attendre ; il a donc demandé à mes avocats de procéder au dépôt du mémoire descriptif. J’ignore à quelle date il leur a donné cette instruction, mais ils ont déposé le mémoire descriptif le 14 février 1876, à mon insu.

Contre-interrogatoire 650. Votre demande de brevet pour le dispositif pare-étincelles, mentionné dans votre réponse à la question 103, a-t-elle jamais été déposée auprès du Bureau des brevets des États-Unis ?
R. Une demande a été préparée et envoyée à Washington en vue de son dépôt, mais, sur conseil d'un avocat, elle n'a pas été déposée.

Contre-interrogatoire 651. Faut-il comprendre, d'après votre dernière réponse, qu'un examen a été effectué par un avocat concernant la nouveauté et la brevetabilité du dispositif, et qu'à la suite de cet examen, il a été conseillé de ne pas poursuivre la procédure de dépôt, en raison du manque de nouveauté de son objet ?
R. Un examen a été réalisé par des avocats, qui ont déconseillé de déposer une demande de brevet.

Contre-interrogatoire - Question 652. Je remarque que, dans la description technique citée dans votre réponse à la question 103, il n'est fait aucune mention de l'utilisation du dispositif pare-étincelles en tant qu'émetteur à résistance variable. À quel moment — si tant est que cela se soit produit — avez-vous suggéré pour la première fois qu'un tel appareil pourrait servir d'émetteur à résistance variable, et à qui avez-vous fait cette suggestion ?
R. Le dispositif pare-étincelles, évoqué dans la description technique citée en réponse à la question 103, m'a inspiré le passage relatif à la « résistance variable » dans mon brevet du 7 mars 1876, qui commence par : « Des ondulations électriques peuvent également être provoquées en augmentant et en diminuant alternativement la résistance du circuit », etc., jusqu'à « en augmentant et en diminuant alternativement la puissance de la pile », ainsi que la quatrième revendication du brevet, comme je l'ai expliqué dans ma réponse à la question 103. Très peu de temps après l'octroi du brevet — je crois que c'était le 9 mars 1876 —, M. Watson a fabriqué pour moi un émetteur à résistance variable fondé sur le principe de ce dispositif pare-étincelles. En effet, je suis enclin à croire que l'un de mes dispositifs pare-étincelles a bel et bien été utilisé dans la construction de cet émetteur.

Contre-interrogatoire 653. Vous déclarez également, en réponse à la question 103, qu'au tout dernier moment, avant d'envoyer votre mémoire descriptif à Washington en vue de sa mise en forme officielle, vous avez découvert que vous aviez omis d'y inclure la méthode à résistance variable pour produire des ondulations électriques — méthode sur laquelle vous aviez travaillé au printemps 1875 et que vous aviez décrite à M. Hubbard dans votre lettre du 4 mai de cette même année. À quel moment avez-vous réalisé, pour la première fois, un dessin ou un modèle illustrant cette méthode à résistance variable servant à produire des ondulations électriques, telle qu'évoquée dans votre réponse à la question 103 ?
R. J'ai décrit cette méthode à résistance variable pour produire des ondulations électriques dans ma lettre à M. Hubbard en date du 4 mai 1875, lettre dont j'ai donné lecture dans ma réponse à l'interrogatoire 59. J'ai tenté de la mettre en pratique au moyen d'une expérience réalisée sur l'un des pianos de M. Fenollosa, très peu de temps après la rédaction de cette lettre du 4 mai 1875. L'expérience ne s'est toutefois pas révélée satisfaisante, en raison de la conception même du piano — les cordes étant, si je me souviens bien, reliées entre elles par des connexions métalliques — et elle n'a pas été renouvelée avant la délivrance de mon brevet, le 7 mars 1876. Je pense que le modèle et l'expérience auxquels je fais référence ont été réalisés en 1879, comme indiqué dans ma réponse à la question 62.

Contre-interrogatoire 654. N'est-il pas vrai que l'honorable George Brown n'a déposé aucun brevet pour votre compte dans un pays étranger ?
R. C'est exact.

Contre-interrogatoire 655. Si je comprends bien votre réponse à la question 105 et aux questions précédentes, votre mémoire descriptif, signé le 20 janvier 1876, a été déposé le 14 février 1876 à votre insu et sans votre consentement ; toutefois, une fois que vous en avez eu connaissance, la procédure de demande de brevet s'est poursuivie avec votre accord et votre approbation. Au cours du mois de février 1876, n'étiez-vous pas joignable par télégraphe ou par courrier ?
Rép. Oui.

Contre-interrogatoire 656. En vous référant à votre réponse à la question 113, veuillez préciser à quel moment vos associés, M. Sanders et M. Hubbard, ont appris pour la première fois que vous aviez réussi à transmettre la parole articulée au moyen d'un transmetteur à liquide.
R. Je l'ignore. Probablement peu après la réalisation de l'expérience.

Contre-interrogatoire, 657. Vous déclarez, dans votre réponse à la question 113, que MM. Sanders et Hubbard estimaient que le développement de la télégraphie multiple présenterait une valeur pécuniaire plus immédiate que les autres aspects de votre invention. Ont-ils conservé cette opinion après avoir appris qu'il était possible de transmettre une parole intelligible et articulée ?
R. : Oui ; je crois qu'ils ont continué à penser ainsi. Quoi qu'il en soit, ils tenaient à ce que je consacre une grande partie de mon temps au développement du télégraphe autographe — pour lequel j'avais obtenu un brevet le 6 avril 1875 — et dans lequel ils avaient des intérêts financiers.

Contre-interrogatoire, 658. Ils avaient des intérêts dans toutes vos inventions, n'est-ce pas, en vertu de l'accord conclu avec eux ?
R. : Il existait une divergence d'opinion entre nous sur ce point. M. Hubbard ou M. Sanders — je ne sais plus lequel — estimait que le téléphone parlant n'entrait pas dans le champ de notre accord, alors que, pour ma part, j'estimais que si. Plus tard, lorsqu'il est apparu que le téléphone aurait de la valeur, il a été convenu de le considérer comme relevant de notre accord.

Contre-interrogatoire, 659. Pour faire suite à votre dernière réponse : à quel moment a-t-on commencé à percevoir que le téléphone aurait de la valeur ? Veuillez préciser cette date autant que possible.
R. : J'ai toujours cru, pour ma part, qu'il avait de la valeur ; mais je ne pense pas que les hommes d'affaires aient pris conscience de la valeur pécuniaire du téléphone parlant avant longtemps, bien après sa mise en service commerciale — ce qui, si je ne m'abuse, a eu lieu en mai 1877.

Contre-interrogatoire, 660. Quelle idée les hommes d'affaires se faisaient-ils du téléphone avant sa mise en service commerciale, en mai 1877 ?
R. : Je ne saurais le dire. Je sais qu'ils considéraient l'appareil comme une réalisation scientifique tout à fait remarquable, mais je ne crois pas qu'ils aient imaginé que cette invention se révélerait, à l'usage, aussi utile au public qu'elle l'a été par la suite. et ils en ont certainement sous-estimé l'importance pécuniaire.

Contre-interrogatoire 661. Une fois établi le fait qu'une parole intelligible et articulée avait été transmise, a-t-il été difficile d'obtenir des capitaux pour rendre l'invention économiquement rentable ?
R. Je ne saurais le dire, n'ayant jamais été impliqué dans l'aspect commercial du téléphone ; je laissais cela à mes associés.

Contre-interrogatoire 662. Tous les appareils présentés dans votre réponse à la question 122 sont dotés de dispositifs permettant de modifier la distance entre les aimants et la membrane, à l'exception du transmetteur à liquide. C'est bien cela, n'est-ce pas ?
R. Oui. Mais, dans le cas du transmetteur à liquide, il n'y a aucun aimant.

Contre-interrogatoire 663. L'appareil de télégraphie multiple — comprenant des interrupteurs de courant et des récepteurs à lames vibrantes accordées — que vous avez fait fonctionner lors de l'Exposition du Centenaire, figure-t-il dans une quelconque illustration ou un dessin versé au dossier de la présente affaire ?
R. Les interrupteurs de courant étaient sensiblement identiques à l'appareil représenté sur les figures 1 et 2 de ma demande du 25 février 1875. Les récepteurs à lames vibrantes accordées étaient semblables à ceux illustrés sur la figure 5 de mon brevet du 7 mars 1876 ; chaque récepteur était en outre équipé d'un rupteur vibrant, tel que celui représenté sur la figure 1 de mon brevet du 6 juin 1876 (n° 178 399), lequel actionnait un récepteur Morse ordinaire dans un circuit local, selon le mode décrit sur la figure 2 dudit brevet n° 178 399.

Contre-interrogatoire 664. Dans votre réponse à la question 131, vous indiquez qu'en utilisant l'appareil à boîtier en fer comme transmetteur et le téléphone à membrane comme récepteur, des sons correspondant à la parole ont été transmis. Faut-il entendre par « sons correspondant à la parole » qu'une parole articulée et intelligible a été transmise lorsque l'appareil à boîtier en fer était utilisé comme transmetteur ?
R. Je ne me souviens pas, à l'heure actuelle, si la parole articulée transmise était intelligible ou non, mais j'incline à penser qu'elle l'était ; toutefois, les sons produits étaient bien plus faibles que lorsque le téléphone à membrane était utilisé comme transmetteur et le dispositif à boîtier en fer comme récepteur. Bien entendu, je fais référence à l'appareil à boîtier en fer qui a été exposé lors de l'Exposition du centenaire. L'appareil à boîtier en fer d'un diamètre plus grand, réalisé par la suite — dont un exemplaire fut offert à Sir William Thomson — constituait un excellent transmetteur de la parole.

Contre-interrogatoire 665. Dans votre réponse à la question 132, vous avez mentionné la membrane en fer ou en acier de l'appareil à boîtier métallique connu sous le nom de « récepteur à boîtier métallique du Centennial ». En réalité, la membrane était-elle en fer ou en acier ?
R. Tantôt en un matériau, tantôt en l'autre. Je ne me souviens plus exactement quel matériau a été utilisé lors de l'exposition du Centennial, mais je pencherais pour l'acier. La membrane originale était en acier.

Contre-interrogatoire 666.
Le fait que la membrane soit en fer ou en acier entraînait-il une différence pratique dans le fonctionnement de l'appareil ?
R. La membrane en acier devenait magnétisée de façon permanente ; elle fonctionnait alors mieux — si je me souviens bien — lorsque le courant traversait les bobines de l'électroaimant dans un sens plutôt que dans l'autre. Je ne pense pas, toutefois, que la différence entre une membrane en fer et une membrane en acier fût très significative.

Contre-interrogatoire 667. Ce que je cherche à savoir, c'est quelle est la valeur pratique du fer et de l'acier lorsqu'ils sont utilisés comme membrane dans ce récepteur à boîtier métallique. Les résultats obtenus étaient-ils meilleurs lorsque la membrane était en acier plutôt qu'en fer ?
R. Je ne pense pas qu'il y ait eu une grande différence, du moins lorsque le courant traversait l'électroaimant dans le sens approprié pour une membrane en acier.

Contre-interrogatoire 668. Dans votre réponse à la question 134, vous déclarez :
« Cette feuille de fer de type "Tagger" a été utilisée dans un certain nombre d'expériences, tant pour la réception que pour la transmission de la parole, au cours du mois de juillet 1876 ; parfois avec une pile dans le circuit, parfois sans. »
Quels ont été les résultats des expériences menées sans pile dans le circuit, au cours du mois de juillet 1876 ?
R. Nous avons obtenu des effets audibles en utilisant des résistances énormes.

Contre-interrogatoire 669. Avez-vous obtenu une parole intelligible et articulée lorsque la feuille de tôle « Tagger » a été utilisée pour recevoir et transmettre la parole, sans pile dans le circuit, au mois de juillet 1876 ?
R. C’est ce dont je me souviens. À cette époque, nous avions dépassé le stade de la simple obtention d’une parole intelligible ; l’objectif principal de nos expériences était d’obtenir des résultats satisfaisants sur de longues lignes. Nous avons assurément obtenu une parole intelligible et articulée, sans pile, en juillet 1876. Je ne saurais dire à quel point elle restait intelligible lorsqu’une résistance énorme était introduite, mais nous avons obtenu des effets audibles avec des résistances équivalentes à celles de centaines de milles de fil télégraphique.

Contre-interrogatoire 670. Dois-je comprendre, d’après votre réponse à la question 134, que par l’expression « sans pile dans le circuit », vous voulez dire que vous avez remplacé, dans l’appareil émetteur, un électroaimant alimenté par une pile par un électroaimant doté de noyaux aimantés en permanence ? Est-ce bien cela ?
R. Dans des expériences similaires réalisées en juillet 1875, j'ai remplacé un électroaimant à noyaux en fer doux par un électroaimant doté de noyaux aimantés de façon permanente ; toutefois, je n'ai pas fait allusion à ces travaux dans ma réponse à la question 134. Pour être plus précis, disons que j'ai substitué un électroaimant à noyaux en acier aimantés de façon permanente à un électroaimant à noyaux en fer doux, lors d'expériences menées en juillet 1875 ; mais je n'avais pas l'intention d'y faire référence ici. Bien entendu, dans les deux cas, les noyaux étaient, en réalité, aimantés de façon permanente ; cependant, les noyaux en fer doux conservaient un état magnétique beaucoup plus faible que les noyaux en acier aimantés de façon permanente. J'ai pris l'habitude de qualifier le magnétisme permanent conservé par le noyau en fer doux de « magnétisme rémanent ». Il s'agit, en somme, de la même chose que le magnétisme permanent ; ce n'est qu'une question de degré, et non de nature, quant à l'état magnétique.

Contre-interrogatoire 671. Les termes exacts employés dans votre réponse à la question 134, à laquelle j’ai fait référence, sont les suivants :
« Cette feuille de fer « Tagger » a été utilisée dans un bon nombre d’expériences, tant pour la réception que pour la transmission de la parole, au cours du mois
de juillet 1876 ; tantôt avec, tantôt sans pile dans le circuit. »
Je comprends, d’après votre dernière réponse, que lorsque la pile était branchée sur le circuit, les expériences de juillet 1876 auraient pu être menées de différentes manières. Premièrement, les électroaimants des appareils de réception et de transmission auraient pu être laissés tels quels — dans l’état où ils se trouvaient lorsque la pile était utilisée — et l’expérience aurait pu être menée sur cette base. Deuxièmement, des noyaux en acier aimanté de façon permanente auraient pu remplacer les noyaux en fer doux de l’appareil de transmission, et l’expérience aurait pu être menée sur cette base. Troisièmement, des noyaux en acier aimanté de façon permanente auraient pu remplacer les noyaux en fer doux des appareils de réception et de transmission, et l’expérience aurait pu être menée sur cette base. Quatrièmement, des noyaux en acier aimanté de façon permanente auraient pu remplacer les noyaux en fer doux de l’appareil de réception, et l’expérience aurait pu être menée sur cette base. Ce que je cherche à savoir, c’est ce que vous entendez, dans cette réponse, par l’expression « sans pile sur le circuit » ; et, afin que je puisse comprendre ce que vous vouliez dire, pourriez-vous préciser si l’une ou l’ensemble des expériences auxquelles j’ai fait référence ont été réalisées au cours du mois de juillet 1876, alors que la feuille de fer « Tagger » était utilisée, soit dans un appareil de réception, soit dans un appareil de transmission, ou dans les deux ?
R. : Lorsque j’ai formulé ma réponse précédente, je n’avais pas remarqué que ma réponse à la question 134 faisait référence à des expériences impliquant la feuille de fer « Tagger » durant tout le mois de juillet 1876. Je souhaite donc modifier cette réponse : ma réponse à la question 134 concernait bien des expériences menées avec des noyaux en acier aimanté de façon permanente, ainsi que des expériences menées sans de tels noyaux. Toutes les expériences que vous mentionnez dans votre question actuelle ont été réalisées au mois de juillet 1876, à l’exception, peut-être, de la troisième. Je sais que des noyaux en acier aimantés de façon permanente ont été utilisés dans l'émetteur, comme dans votre deuxième schéma, ainsi que dans le récepteur, comme dans votre quatrième schéma ; mais je ne peux pas affirmer avec certitude qu'ils étaient utilisés aux deux extrémités simultanément en juillet 1876, et j'aurais tendance à penser que ce n'était pas le cas.

Contre-interrogatoire 672. L'aimant doté de noyaux en acier aimantés de façon permanente, mentionné dans votre dernière réponse, est, si je ne m'abuse, celui qui a été fabriqué pour vous par M. Williams, et auquel il est fait référence plus précisément dans votre réponse à la question 147. C'est bien cela, n'est-ce pas ?
R. Oui. C'est bien celui auquel je faisais allusion en parlant de noyaux en acier aimantés de façon permanente.

Contre-interrogatoire 673. Et c'était le seul aimant doté de noyaux en acier aimantés de façon permanente avec lequel vous avez expérimenté au cours du mois de juillet 1876, n'est-ce pas ?
R. Je le pense.

Contre-interrogatoire 674. Et cet aimant doté de noyaux en acier aimantés de façon permanente, mentionné dans votre dernière réponse, était le premier aimant de ce type que M. Williams avait fabriqué pour vous. Est-ce exact ?
R. Oui. Le premier électro-aimant doté de noyaux en acier aimantés de façon permanente. J'ai déjà déclaré précédemment avoir utilisé, en juin 1875, un aimant permanent en acier, en forme de U, que l'on faisait vibrer comme un diapason devant les pôles d'un électro-aimant.

Contre-interrogatoire 675. À quel moment avez-vous fait construire, après celui que M. Williams a réalisé pour vous — et que vous mentionnez dans votre réponse à la question 147 —, un autre électroaimant doté de noyaux en acier aimantés de façon permanente ?
R. : Il me semble que le suivant a été construit immédiatement après une expérience menée sur la ligne reliant Boston à Cambridge, en utilisant l'aimant permanent en acier déjà évoqué. Je ne me souviens pas de la date exacte, mais je crois que cela s'est produit quelques jours seulement après la mise en service de la ligne entre Exeter Place et l'observatoire de Cambridge. D'après ma réponse à la question 167, la ligne reliant mon laboratoire, situé à Exeter Place, à l'observatoire de Cambridge a été achevée le 10 novembre 1876.

Contre-interrogatoire n° 676 : Les appareils téléphoniques que vous avez fabriqués ou utilisés durant la période mentionnée à la question 143 différaient-ils, à quelque égard que ce soit — exception faite de la résistance des bobines des électroaimants —, de ceux qui ont été présentés lors de l'Exposition du Centenaire ?
R. : Absolument. Par exemple, dans un transmetteur, j'ai utilisé une membrane munie d'une pièce en fer dont le diamètre était presque égal à celui de la membrane elle-même. J'ai également employé un diaphragme entièrement métallique, constitué de tôle de fer fine (dite « fer Tagger »), aussi bien pour la transmission que pour la réception ; je l'ai associé à un électroaimant doté de noyaux en acier aimantés de façon permanente, etc.

Contre-interrogatoire 677. Dans votre réponse à la question 145, vous faites référence aux figures 24 et 25 de la conférence que vous avez donnée devant la « Society of Telegraph Engineers » le 31 octobre 1877, à Londres ; vous y affirmez que les instruments représentés sur ces figures avaient déjà été illustrés dans des publications en Angleterre avant cette conférence. À quelles publications faites-vous allusion ?
R. Je fais référence à des descriptions publiées concernant l'exposé de Sir William Thomson devant la « British Association for the Advancement of Science », en septembre 1876. Par exemple, un article paru dans la revue « Engineering » le 22 décembre 1876, intitulé « Bell's Articulating Telephone » — qui figure au dossier de la présente affaire — est illustré par des dessins sensiblement identiques aux figures 24 et 25 de ma conférence londonienne. On notera que, dans les deux cas, le récepteur à boîtier en fer est représenté avec le couvercle soulevé d'un côté.

Contre-interrogatoire 678. La question 147 vous demandait à quel moment vous aviez, pour la première fois, construit un électroaimant doté de noyaux aimantés en permanence, et utilisé ce dispositif dans un téléphone électrique transmettant la parole. Vous avez répondu avoir donné des instructions pour la fabrication d'un tel appareil au début du mois de juillet 1876 — probablement très peu de temps après votre lettre du 2 juillet 1876 adressée à M. William Hubbard — et vous avez précisé que vous situiez cette date grâce à une inscription portée dans le livre de comptes de M. Williams, en date du 15 juillet 1876, faisant état de frais engagés pour la réalisation d'un électroaimant bipolaire à noyaux aimantés en permanence. Disposez-vous d'un autre moyen de déterminer la date à laquelle vous avez ordonné la construction de ce téléphone, en dehors de la mention relative à l'aimant figurant dans les livres de M. Williams ?
R. L'inscription figurant dans le registre de M. Williams concernant l'aimant, en date du 15 juillet 1876, indique que cet aimant était achevé à cette date. Les instructions pour la fabrication de l'instrument avaient, bien entendu, été données antérieurement. Dans ma lettre adressée à M. William Hubbard le 2 juillet 1876, j'écrivais : « Je suis certain qu'en remplaçant le pôle de l'électro-aimant par un aimant permanent, je pourrais faire fonctionner l'appareil sans aucune pile. » D'après mes souvenirs, j'ai donné l'ordre de fabriquer l'aimant permanent mentionné dans le registre de M. Williams immédiatement après avoir écrit cette lettre à M. Hubbard, ou, en tout cas, très peu de temps après. Les instructions de fabrication ont donc été données entre le 2 et le 15 juillet 1876, et le téléphone, équipé d'un électro-aimant doté de noyaux en acier aimantés de façon permanente, a été achevé aux alentours du 15 juillet 1876 — date correspondant à l'inscription faite par M. Williams au sujet de cet aimant.

Contre-interrogatoire 679. Faut-il comprendre, d'après votre dernière réponse, que vous possédiez déjà des appareils téléphoniques munis d'aimants à noyaux en fer doux, et que, lorsque M. Williams a fabriqué l'aimant doté de noyaux en acier aimantés de façon permanente,
R. Oui.

Contre-interrogatoire. 680. Ainsi, lorsque vous déclarez, en réponse à la question 147 : « J'ai donné des instructions pour la construction d'un tel téléphone au début du mois de juillet 1876 », voulez-vous dire par là que vous avez ordonné la fabrication d'un électro-aimant doté de noyaux en acier aimantés de façon permanente, en précisant que cet aimant devait remplacer, dans les téléphones que vous utilisiez précédemment, les noyaux en fer doux qui y étaient installés ?
R. : D'après mes souvenirs, j'ai donné des instructions pour la construction d'un téléphone équipé d'un électro-aimant à noyaux en acier aimantés de façon permanente ; comme un tel électro-aimant n'était pas disponible dans l'atelier de Williams, il a fallu le fabriquer. La commande pour la construction de ce téléphone a été passée peu après le 2 juillet, et l'appareil a été achevé aux alentours du 15 juillet 1876.

Contre-interrogatoire 681. Je vous prie de décrire le téléphone mentionné dans votre réponse précédente, qui a été achevé vers le 15 juillet, et d'indiquer quels éléments étaient nouveaux et lesquels étaient déjà en votre possession.
R. Si je me souviens bien, le téléphone en question était semblable au téléphone à membrane remis à Sir William Thomson. Un électroaimant doté de noyaux en acier aimantés en permanence était utilisé, au lieu d'un électroaimant à noyaux en fer doux. Je disposais de tous les composants, à l'exception de cet électroaimant à noyaux en acier, au moment où l'ordre de fabrication a été donné.

Contre-interrogatoire 682. Avez-vous un moyen de déterminer la date à laquelle l'appareil téléphonique mentionné dans votre réponse précédente — celui qui est équipé de noyaux en acier aimantés en permanence — a été utilisé pour la première fois, que ce soit comme transmetteur ou comme récepteur ?
R. Oui. Je sais qu'il a servi à la fois de transmetteur et de récepteur pour la parole articulée, immédiatement après la réalisation de l'électroaimant à noyaux en acier aimantés en permanence. L'inscription figurant dans le registre de M. Williams indique que cet électroaimant a été achevé vers le 15 juillet 1876.

Contre-interrogatoire 683. Si je vous comprends bien, l'inscription dans le registre de M. Williams vous apprend que l'aimant à noyaux en acier a été terminé le 15 juillet 1876 ; et, en vous fiant à votre seule mémoire, vous affirmez qu'un téléphone intégrant cet aimant a été utilisé immédiatement après. C'est bien cela, n'est-ce pas ?
R. Pas tout à fait. L'inscription indique qu'au 15 juillet 1876, l'électroaimant doté de noyaux à aimantation permanente existait déjà, et que ses composants avaient été mesurés. Il est tout à fait possible qu'il ait été achevé avant cette date, à n'importe quel moment entre le 2 et le 15 juillet. D'après mes souvenirs — sans m'appuyer sur aucun document —, je peux affirmer qu'un téléphone équipé de cet aimant a été utilisé immédiatement après la fabrication dudit aimant. Si cette date est antérieure au 15 juillet, alors le téléphone a été achevé plus tôt.

Contre-interrogatoire 684. Si j'ai bien compris votre réponse à la question 147, vous n'avez aucun doute sur le fait que le téléphone à aimant permanent a été utilisé, aux alentours du 15 juillet 1876, en tant que récepteur, tandis que l'appareil à boîtier en fer servait d'émetteur ; cela s'explique par le fait que vous aviez pour habitude de tester la réversibilité des appareils. Dois-je en déduire que vous établissez ce fait en vous rappelant que vous aviez coutume de tester la réversibilité des appareils ? Est-ce bien là une conclusion correcte ?
R : Oui ; c'était une telle habitude chez moi, à l'époque, que je ne me souviens pas avoir jamais parlé dans un appareil sans également écouter, pour voir si l'on pouvait entendre quelque chose en provenance de l'autre extrémité.

Contre-interrogatoire 685. Vous déclarez également, dans votre réponse à la question 147 : « Le téléphone à aimant permanent a sans aucun doute été utilisé, lui aussi, en association avec un autre téléphone à membrane — et non avec l'appareil à boîtier en fer —, et des expériences ont été menées avec lui, tant en tant qu'émetteur qu'en tant que récepteur. » D'après votre façon de vous exprimer, je déduis que vous établissez ce fait en vous fondant sur un souvenir de la nature générale des expériences que vous avez menées, et non parce que vous gardez un souvenir précis d'une occasion où le téléphone à aimant permanent aurait été utilisé conjointement avec un autre téléphone à membrane, plutôt qu'avec l'appareil à boîtier en fer. Ma conclusion est-elle exacte ?
R. : Mes souvenirs me permettent d'affirmer avec certitude qu'immédiatement après la construction de l'électroaimant doté de noyaux en acier aimantés de façon permanente, celui-ci a été utilisé en combinaison avec les divers dispositifs dont je disposais, aussi bien pour transmettre que pour recevoir la parole ; c'est sur cela que repose la déclaration citée.

Contre-interrogatoire 686. Disposez-vous d’un quelconque moyen d’étayer ce souvenir, pris isolément, concernant cette affaire — existe-t-il des notes prises à l’époque, ou vous souvenez-vous des personnes présentes au moment où ces expériences ont eu lieu ?
R. Oui. Je me souviens que ces expériences ont été réalisées immédiatement après la construction de l’électroaimant doté de noyaux en acier aimantés de façon permanente ; par ailleurs, l’inscription figurant dans le registre de M. Williams, relative à la fabrication de cet électroaimant, constitue une trace contemporaine des faits, permettant de situer approximativement la date des expériences. M. Thomas A. Watson m’a assisté dans la plupart des expériences en question. Je crois également me rappeler qu’un jeune homme nommé Edward Wilson m’a aidé lors de certaines d’entre elles. Il me semble aussi qu’il existe des documents d’époque relatant certaines de ces expériences — effectuées vers juillet 1876 — et qu’ils ont été produits en tant que preuves dans le cadre de divers litiges impliquant mes brevets. Toutefois, je ne saurais préciser la nature exacte des expériences consignées dans ces notes sans les consulter directement.

Contre-interrogatoire. 687. Au sujet de votre déclaration selon laquelle M. Watson vous a assisté dans la plupart des expériences, votre mémoire vous permet-elle de préciser à quelles expériences il a pris part, et lesquelles ont été menées sans son concours ?
R. M. Watson a supervisé la construction de l'appareil et, en règle générale, lors de nos essais, il se trouvait à une extrémité du circuit, tandis que j'étais à l'autre. Il m'arrivait toutefois de faire appel à un ami pour crier, parler ou écouter à l'autre extrémité du circuit, plutôt que de solliciter M. Watson et de le détourner de son travail. Il me semble que M. Edward Wilson m'a parfois aidé de cette manière à cette époque — en juillet 1876 — et d'autres amis m'ont également apporté leur concours occasionnellement.

Contre-interrogatoire 688. Dans votre réponse à la question 147, vous utilisez les termes suivants :
« Je ne peux plus me remémorer les détails de toutes ces expériences, mais je sais que des sons vocaux ont été transmis et reçus au moyen de cet électroaimant à aimantation permanente en juillet 1876. »
Êtes-vous en mesure, à l'heure actuelle, de vous rappeler les détails précis d'une expérience particulière au cours de laquelle des sons vocaux ont été transmis et reçus grâce à cet électroaimant à aimantation permanente, en juillet 1876 ; et pouvez-vous indiquer qui était présent lors de cette expérience ?
R. J'ai un souvenir global d'un si grand nombre d'expériences — réalisées en juillet 1876, au cours desquelles des sons vocaux ont été transmis et reçus au moyen de cet électroaimant doté de noyaux en acier à aimantation permanente — que mes souvenirs se confondent. Il m'est désormais impossible de distinguer une expérience d'une autre, d'en détailler les spécificités ou d'indiquer quelles personnes étaient présentes. Mon souvenir me permet toutefois d'affirmer avec certitude que des sons vocaux ont bien été transmis et reçus au moyen de cet aimant en juillet 1876.

Contre-Interrogatoire 689. Dans votre réponse à la question 149, vous utilisez les termes suivants au sujet de membranes munies de pièces en fer ou en acier, collées sur elles pour servir d’armatures :
« Ces pièces n’avaient pas toutes la même taille ni la même forme que celles utilisées dans les appareils de l’Exposition du Centenaire. J’ai employé diverses pièces en fer ou en acier de dimensions variées, allant d’un élément d’un demi-pouce de diamètre jusqu’à une plaque de fer ou d’acier dont le diamètre était presque égal à celui de la membrane sur laquelle elle était fixée. »
Pourriez-vous nous communiquer les résultats de vos expériences menées avec des pièces de différentes tailles, et préciser lesquelles ont donné les meilleurs résultats ?
R : Plus le diamètre de la pièce était important, meilleurs semblaient être les résultats ; les meilleurs résultats ont été obtenus avec une pièce dont le diamètre était presque égal à celui de la membrane sur laquelle elle était fixée.

Contre-Interrogatoire 690. Dans votre réponse à la question 154, vous indiquez qu’au cours de la première ou de la deuxième semaine d’août 1876, un autre événement marquant de l’histoire du téléphone électrique a eu lieu : la transmission et la réception de parole articulée entre des lieux distants de plusieurs milles. D’après vos souvenirs, quelle était la distance maximale séparant l’émetteur du récepteur lors de toute expérience antérieure ?
R : Je ne saurais le dire avec certitude. Elle ne dépassait certainement qu’une très faible fraction de mille.

Contre-interrogatoire 691. Dans votre réponse à la même question, vous dites avoir envoyé un télégramme à Brantford, via une autre ligne, pour demander à M. Griffin de remplacer l’électroaimant qu’il utilisait — doté de bobines à faible résistance — par un autre, muni de bobines à haute résistance ; vous précisez qu’au moment où il procédait à ce changement, vous avez effectué une modification analogue sur la bobine du récepteur à boîtier en fer, et que les expériences ont alors repris. Vous indiquez que les bruits parasites persistaient, mais que les sons vocaux, au lieu d’être faibles et lointains, sont devenus si forts et si nets qu’il était possible de comprendre des phrases courantes ; vous ajoutez même que vous pouviez reconnaître les voix des différents interlocuteurs. Est-ce bien le remplacement par des bobines à haute résistance qui a permis de comprendre ces phrases courantes, comme vous l’affirmez ?
R. C’est l’augmentation de l’intensité sonore qui m’a permis de les comprendre.

Contre-interrogatoire 692. À quoi cette augmentation de l’intensité sonore était-elle due ?
R. Au remplacement des bobines à faible résistance par des bobines à haute résistance. Je veux dire par là que l’on a substitué des bobines comportant un grand nombre de spires de fil fin à des bobines constituées de fil plus épais et comportant moins de spires.

Contre-interrogatoire 693. Dans cette même réponse, vous dites qu’une voix ressemblait tellement à celle de votre père que vous avez envoyé un télégramme à Brantford pour vérifier s’il pouvait s’agir de lui. Le fait que vous ayez eu recours au télégraphe me donne à penser qu’il vous était impossible d’utiliser le téléphone pour transmettre la parole entre Paris et Brantford. Est-ce bien le cas ?
R. Je n'ai pas fait la tentative, car l'appareil récepteur dont je disposais à Paris n'était pas bien adapté pour servir d'émetteur en conjonction avec le téléphone à membrane situé à Brantford, lequel faisait office de récepteur.

Contre-interrogatoire 694. Pourquoi l'appareil récepteur dont vous disposiez à Paris n'était-il pas adapté pour servir d'émetteur avec le téléphone à membrane situé à Brantford, qui faisait office de récepteur ?
R. : Je pense que le problème venait principalement du téléphone à membrane, qui semblait mieux fonctionner en tant qu'émetteur qu'en tant que récepteur.

Contre-interrogatoire 695. Vos connaissances en la matière vous permettent-elles d'expliquer les faits mentionnés dans votre réponse précédente ? Si oui, veuillez en donner la raison.
R. : Mes connaissances découlent de l'expérimentation ; je sais simplement que, dans les faits, le téléphone à membrane utilisé lors des expériences entre Brantford et Paris semblait mieux fonctionner en tant qu'émetteur qu'en tant que récepteur. La membrane était conçue spécifiquement pour être mise en vibration par la voix, mais la construction de l'appareil empêchait de placer l'oreille suffisamment près de la pièce métallique fixée sur la membrane.

Contre-interrogatoire 696. À quelle distance l'oreille pouvait-elle être placée de la pièce métallique fixée sur la membrane ?
R. : En retirant l'embouchure triple, il serait peut-être possible d'approcher l'oreille à environ un pouce (2,5 cm) de la membrane. Toutefois, dans la configuration utilisée à Brantford, une oreille placée contre l'une des embouchures se trouvait à plusieurs pouces de distance de la membrane.

Contre-interrogatoire 697. En ce qui concerne ces expériences au Canada, mentionnées dans la même réponse, aviez-vous tenté d'obtenir un brevet canadien pour l'une quelconque de vos inventions avant ces expériences ?
R. : J'avais pris des dispositions avec l'honorable George Brown et son frère en vue d'obtenir des brevets dans des pays étrangers ; si je me souviens bien, le Canada était inclus dans cet accord.

Contre-interrogatoire 698 : Dans le cadre de l'exécution de votre accord avec l'honorable George Brown et son frère, avez-vous jamais préparé une demande de brevet canadien ?
R. : J'ai remis à l'honorable George Brown une copie des spécifications qui avaient été préparées pour le Bureau des brevets des États-Unis, et il devait se charger de la préparation des demandes de brevet pour les pays étrangers.

Contre-interrogatoire 699 : Si je comprends bien votre dernière réponse, vous avez remis à l'honorable George Brown une copie de la demande déposée aux États-Unis ; à partir de celle-ci, il devait préparer — ou faire préparer — une demande canadienne, laquelle devait vous être transmise pour signature et prestation de serment, conformément à la législation canadienne et aux règlements du Bureau des brevets du Canada. Est-ce bien cela ?
R. : D'après mes souvenirs, le seul pays expressément convenu était la Grande-Bretagne, et il appartenait à l'honorable George Brown de décider dans quels autres pays étrangers il ferait déposer des demandes de brevet.

Contre-interrogatoire 700. Avez-vous, à un moment donné, été appelé à prêter serment dans le cadre d’une demande de brevet pour le Dominion du Canada ?
R. Pas dans le cadre de mon accord avec l’honorable George Brown et son frère. Aucun brevet n’a été obtenu par eux en mon nom, dans quelque pays que ce soit.

Contre-interrogatoire 701. Ma question précédente ne se voulait pas restrictive. Veuillez y répondre en tenant compte de cette précision.
R. Un brevet a bien été obtenu au Canada, mais je ne me souviens pas des détails. Je suppose que j’ai prêté serment à ce sujet, mais je n’en ai aucun souvenir précis à l’heure actuelle. S’il s’agit d’un point important, je me renseignerai volontiers pour vous communiquer les faits.

Contre-interrogatoire 702. Plus d’un brevet a-t-il été obtenu au Canada ?
R. Je ne saurais le dire de mémoire.

Contre-interrogatoire 703. Vous souvenez-vous si l’objet du brevet obtenu au Canada était le même que celui de votre brevet du 7 mars 1876 ?
R. Oui ; si je me souviens bien, cet objet y était inclus.

Contre-interrogatoire 704. Vous déclarez, en réponse à la question 157, qu’aux alentours du 11 septembre 1876, M. Watson a été engagé — et rémunéré pour une partie de son temps — et qu’il a reçu une participation dans les inventions qu’il aidait à commercialiser. Quelle participation a été accordée à M. Watson, et les inventions qu’il aidait à commercialiser correspondaient-elles à celles décrites et revendiquées dans vos brevets du 7 mars 1876 et du 30 janvier 1877 ?
R. Si je me souviens bien, il a reçu une participation d’un dixième. Les inventions décrites et revendiquées dans mon brevet du 7 mars 1876 et dans celui du 30 janvier 1877 figuraient parmi celles pour lesquelles il devait m'aider à assurer une exploitation commerciale. Du moins, c'est ce dont je me souviens.

Contre-interrogatoire 705. Cet accord a-t-il jamais été mis en œuvre, et M. Watson a-t-il reçu une participation d'un dixième dans les inventions mentionnées dans votre réponse précédente ?
R. Je le crois.

Contre-interrogatoire 706. Si je comprends bien votre réponse à la question 158, vers la fin du mois de septembre 1876, la valeur pécuniaire des inventions liées au téléphone parlant n'était pas pleinement appréciée, bien que l'invention fût considérée comme quelque chose de tout à fait extraordinaire.
En utilisant l'expression « pleinement appréciée », faisiez-vous référence à MM. Sanders et Hubbard, ou au public en général ?
R. Au public en général, y compris MM. Sanders et Hubbard.

Contre-interrogatoire 707. Vous indiquez, dans cette même réponse, que vos associés, MM. Sanders et Hubbard, souhaitaient qu'une attention particulière soit également portée aux inventions relevant de la télégraphie multiple, qui avaient été quelque peu délaissées. Ces messieurs considéraient-ils, à l'époque, la télégraphie multiple comme ayant plus de valeur que le téléphone parlant ?
R. Je pense que oui.

Contre-interrogatoire 708. La télégraphie multiple, mentionnée dans cette même réponse, a-t-elle jamais fait l'objet d'une quelconque exploitation commerciale ?
R. Non.

Contre-interrogatoire 709. Dans votre réponse à la question 163, vous indiquez que, lorsque vous avez repris l'étude de ce sujet au début du mois d'octobre 1876, vous avez décidé de renouveler les expériences avec des téléphones à membrane — chacun étant muni d'une fine plaque de fer dont le diamètre était presque égal à celui de la membrane à laquelle elle était fixée — et de concevoir et tester des téléphones dotés uniquement de diaphragmes métalliques. Vous précisez qu'en application de cette décision, M. Watson a préparé deux téléphones à membrane munis d'électroaimants unipolaires, dotés d'anneaux de tension et de supports réalisés à partir des mêmes moules que ceux utilisés pour les téléphones à membrane de l'exposition du Centenaire ; sur chaque membrane, il a collé une fine plaque de fer circulaire, d'un diamètre presque égal à celui de la membrane elle-même.
Aucun embout buccal n'était utilisé, et l'électroaimant était disposé du côté opposé de la membrane par rapport à la configuration des appareils du Centenaire, son pôle étant orienté vers la membrane, à l'intérieur de l'anneau de support. L'un de ces appareils existe-t-il encore, ou bien en existe-t-il un quelconque dessin ?
R. Il est fort probable que les appareils originaux existent toujours, parmi les modèles conservés par l'American Bell Telephone Company, mais je ne saurais l'affirmer avec certitude à l'heure actuelle. Je pense qu'il existe également des dessins ou des schémas.

Contre-interrogatoire, question 710. Mais ces instruments, ou leurs dessins, n’ont pas été présentés dans le cadre de cette affaire au cours de votre déposition, n’est-ce pas ?
R : Non.

Contre-interrogatoire, question 711. Dans votre réponse à la même question, vous affirmez que, lors d’une expérience menée le 9 octobre 1876, une véritable conversation — dans les deux sens, sur une même ligne et au moyen des mêmes instruments utilisés de manière réciproque — a pu être établie avec succès pour la première fois sur une ligne réelle longue de plusieurs milles. À quel moment une telle conversation, dans les deux sens, sur une même ligne et au moyen des mêmes instruments utilisés de manière réciproque, a-t-elle été réalisée avec succès, quelle que soit la longueur de la ligne ?
R : Les instruments construits en juin et juillet 1875 permettaient un usage réciproque ; par ailleurs, avec les téléphones à membrane fabriqués et utilisés en mars, avril et mai 1876, des conversations ont été menées avec succès — les instruments étant utilisés de manière réciproque — sur des circuits courts, comme décrit au paragraphe 12 de la conférence que j’ai donnée devant l’American Academy of Arts and Sciences le 10 mai 1876.

Contre-interrogatoire, question 712. Pourriez-vous préciser exactement dans quel sens vous employez l’expression « utilisés de manière réciproque » dans votre réponse précédente ?
R : Je veux dire que chaque appareil téléphonique servait, tour à tour, d’émetteur et de récepteur.

Contre-interrogatoire 713. Dans votre réponse à la question 166, vous indiquez qu’immédiatement après les expériences en conditions réelles menées à Walworth, vous utilisiez des tôles de fer ou d’acier dont l’épaisseur était suffisante pour qu’elles puissent supporter leur propre poids lorsqu’elles étaient maintenues horizontalement par l’un de leurs bords. Comment l’épaisseur de ces tôles se comparait-elle à celle d’une tôle de fer étamé telle qu’on en trouve couramment dans le commerce ?
R. : Je dirais que l’épaisseur était à peu près la même, voire peut-être légèrement supérieure.

Contre-interrogatoire 714. Certaines de ces tôles de fer ou d’acier, mentionnées dans votre réponse précédente, existent-elles encore aujourd’hui ?
R. : Je le pense. À défaut des tôles elles-mêmes, il en existe certainement d’autres qui leur sont semblables.

Contre-interrogatoire 715. Mais elles n’ont pas été présentées au cours du recueil de votre témoignage dans la présente affaire, n’est-ce pas ?
R. : Non.

Contre-interrogatoire n° 716. Vous dites également, dans la même réponse, que vers le 19 ou le 20 octobre, des téléphones en forme de boîte ont été construits, chacun contenant un électro-aimant unipolaire ; qu'une plaque de fer ou d'acier formait l'une des parois de la boîte et que l'électro-aimant situé à l'intérieur était disposé de manière à ce que son pôle soit très proche du centre de la membrane métallique ; que chaque boîte était de forme rectangulaire et comportait initialement, sur sa partie supérieure, une ouverture dans laquelle on parlait. Cet appareil existe-t-il encore aujourd'hui ?
R. Il me semble qu'après quelques modifications, l'un de ces instruments a servi de modèle pour mon brevet du 30 janvier 1877 ; et il existe encore, je présume.

Contre-interrogatoire n° 717. Faut-il comprendre, d'après votre dernière réponse, que l'instrument a été déposé en tant que modèle auprès du Bureau des brevets des États-Unis et qu'il y a été utilisé à ce titre ?
R. C'est bien ce que je veux dire.

Contre-interrogatoire n° 718. Il ressort de la question 169 que le mémoire descriptif provisoire de votre brevet anglais contenait, entre autres, le paragraphe suivant :
« Ou bien les bobines représentées sur les figures 24, 25 et 26 peuvent être des bobines d'induction de construction courante, des piles locales étant placées dans le circuit des fils primaires de manière à aimanter les noyaux en fer doux des bobines. »
Quand avez-vous construit ou utilisé pour la première fois un téléphone dans lequel les bobines étaient des bobines d'induction de construction courante et dans lequel des piles locales étaient placées dans le circuit des fils primaires afin d'aimanter les noyaux en fer doux des bobines ?
R. En juin 1875, j'ai construit un appareil téléphonique composé d'une anche accordée, semblable à celle illustrée sur la figure 5 de mon brevet du 7 mars 1876 ; dans ce dispositif, une pile locale était placée dans un circuit comprenant une bobine primaire qui entourait la branche non recouverte (telle que représentée sur la figure 5, de manière à magnétiser le noyau en fer doux de la branche recouverte, dont la bobine constituait un circuit secondaire. Je ne saurais dire avec précision quand j'ai utilisé pour la première fois une bobine d'induction dans un téléphone transmettant la parole, mais je sais que je l'ai fait aux alentours du 10 novembre 1876.

Interrogatoire contradictoire n° 719. Veuillez décrire cette expérience du 10 novembre 1876, si vous ne l'avez pas déjà fait ; et si vous l'avez déjà décrite, veuillez indiquer la partie de votre témoignage où cette expérience est relatée.
R. Vers le 10 novembre 1876, j'ai réalisé plusieurs expériences visant à induire des effets d'un circuit vers un autre. Je ne me souviens plus si, à cette occasion, j'ai utilisé une bobine d'induction de conception classique, mais mes expériences m'ont conduit à conclure qu'une telle bobine fonctionnerait très bien. Je me rappelle une expérience effectuée à cette époque, dans laquelle deux électroaimants unipolaires étaient placés face à face. La bobine de l'un d'eux était reliée, au sein d'un circuit, à un téléphone à membrane métallique et à une pile locale ; la bobine de l'autre était placée dans un circuit indépendant, reliée à un second téléphone faisant office de récepteur, sans aucune pile dans ce circuit. Lorsque l'on parlait dans le téléphone relié au circuit comportant la pile, les sons de la voix étaient clairement reproduits par le téléphone récepteur situé dans le circuit dépourvu de pile ; par ailleurs, il était possible d'introduire une résistance considérable dans ce circuit sans altérer de manière significative les résultats audibles. Je pense également qu'aux alentours du 10 novembre 1876, j'ai tenté de diviser la bobine de l'électroaimant unipolaire utilisé en deux parties, formant ainsi deux bobines distinctes entourant une unique tige de fer droite. Une pile était reliée à l'une de ces bobines afin de magnétiser la tige, tandis que l'autre bobine était intégrée à un circuit comprenant le téléphone récepteur, sans aucune pile. À ce jour, je ne peux affirmer avec certitude si cet essai a bien eu lieu le 10 novembre 1876, mais je suis porté à le croire. Si ce n'est pas à cette date, l'expérience a été réalisée peu de temps après. Quant à l'autre expérience mentionnée, je suis convaincu qu'elle a bien été effectuée ce jour-là.

Contre-interrogatoire. 720. Vous déclarez, en réponse à la question 169, qu’un jour ou deux après le 10 novembre 1876, vous avez réalisé une expérience entre Boston et l’observatoire de Cambridge, en utilisant à cette occasion le même électro-aimant à noyaux aimantés en permanence, qui avait été fabriqué pour vous par M. Charles Williams vers le 15 juillet 1876 ; et que le téléphone contenant cet électro-aimant se trouvait à l’extrémité de la ligne située à Boston, fonctionnant avec succès — sans aucune pile dans le circuit — aussi bien comme émetteur que comme récepteur de parole articulée. Je comprends, d’après cette déclaration, que lors de cette expérience, vous n’aviez et n’avez utilisé qu’un seul électro-aimant à noyaux aimantés en permanence, et qu’il s’agissait de celui fabriqué pour vous par M. Charles Williams vers le 15 juillet 1876. Mon interprétation de votre témoignage est-elle exacte ?
R. Oui. À cette occasion, je n’en avais qu’un seul doté de noyaux en acier aimantés en permanence ; l’autre appareil était muni de noyaux en fer doux qui présentaient une légère aimantation permanente, due au magnétisme rémanent.

Contre-interrogatoire, question 721. Si je comprends bien votre témoignage, le résultat de cette expérience était identique à ce qu'il aurait été si un électroaimant doté de noyaux aimantés de façon permanente avait été utilisé, simultanément, dans l'appareil émetteur et dans l'appareil récepteur pour un même message. Est-ce bien cela ?
R. Oui. De même nature, mais pas de même intensité. Dans l'expérience telle qu'elle a été réellement menée, les noyaux des deux appareils étaient, en fait, aimantés de façon permanente ; toutefois, l'aimantation permanente conservée par les noyaux en fer doux était bien moindre que si ces noyaux avaient été en acier. Par conséquent, les effets audibles produits étaient moins marqués que si les deux appareils avaient été équipés de noyaux en acier. Dans l'expérience en question, un seul des appareils comportait des noyaux en acier. µ

Contre-interrogatoire, question 722. Qu'en était-il de l'appareil illustré à la figure 7 de votre brevet du 7 mars 1876, lorsqu'aucune pile n'était utilisée ? Les noyaux des deux appareils étaient-ils aimantés de façon permanente ?
R. Dans une certaine mesure, en raison du magnétisme rémanent. Dans ces conditions, le fonctionnement de l'appareil, en l'absence de pile, reposait sur le magnétisme permanent présent dans les noyaux et les éléments qui y étaient fixés. On désigne plus couramment ce magnétisme permanent sous le nom de « magnétisme rémanent », mais il s'agit, en réalité, de la même chose.

Contre-interrogatoire, question 723. Ainsi, la différence entre l'appareil illustré à la figure 7 de votre brevet du 7 mars 1876 — en l'absence de pile — et l'appareil utilisé lors de vos expériences, un jour ou deux après le 10 novembre 1876, est une différence de degré et non de principe, n'est-ce pas ?
R. Il existe une grande différence entre les moyens employés, mais aucune différence substantielle quant au mode de fonctionnement.
Concernant l'expérience menée entre Boston et l'Observatoire de Cambridge, un jour ou deux après le 10 novembre 1876 — expérience évoquée dans ma réponse à la question 169 —, un électro-aimant doté de noyaux en acier aimantés en permanence a été utilisé ; l'état magnétique de chaque noyau était donc bien plus intense que celui de l'appareil illustré à la figure 7 de mon brevet du 7 mars 1876, dans le cas où aucune pile n'était employée. Un diaphragme métallique a également été utilisé, remplaçant à la fois l'armature et la membrane qui figurent dans la figure 7 de mon brevet du 7 mars 1876. Ce diaphragme-armature constituait, à mon sens, une différence importante dans la construction de l'appareil.

Contre-interrogatoire 724. Faut-il comprendre, d'après votre dernière réponse, que le mode de fonctionnement électrique de l'appareil illustré à la figure 7 de votre brevet du 7 mars 1876 — lorsqu'aucune pile n'est utilisée — est sensiblement identique au mode de fonctionnement électrique des instruments que vous avez employés lors des expériences réalisées un jour ou deux après le 10 novembre 1876 ? Est-ce bien cela ?
R. Je le pense.

Contre-interrogatoire 725. Vous indiquez, en réponse à la question 176, qu'une multitude d'expériences ont été effectuées en décembre 1876, dans le but de déterminer empiriquement la meilleure disposition de l'aimant permanent, de l'armature en plaque, de la bobine et de l'embouchure, en vue d'une utilisation sur de longues lignes ; et que, pour ce faire, vous mainteniez constants tous les éléments de votre dispositif, à l'exception d'un seul, afin d'observer les effets des variations apportées à cet élément. Par exemple, en utilisant un aimant permanent donné et une bobine donnée, vous avez testé l'effet de plaques en fer et en acier de différents diamètres et épaisseurs ; de même, en utilisant un aimant permanent donné et une plaque-armature donnée, vous avez fait varier la bobine ; et, en utilisant une bobine donnée et une plaque donnée, vous avez fait varier l'aimant permanent employé. Ayant ainsi obtenu une idée de la forme optimale pour chaque élément, vous avez cherché à les combiner pour former un téléphone fonctionnel et pratique, tout en expérimentant également la forme idéale pour l'embouchure. L'état d'avancement de vos travaux en décembre 1876 est illustré dans votre brevet n° 186 787, en date du 30 janvier 1877. Dans quelle mesure les résultats de ces expériences — portant sur l'aimant permanent, la bobine, ainsi que sur les plaques en fer et en acier de divers diamètres et épaisseurs — sont-ils exposés dans votre brevet n° 186 787 ?
R. Dans la mesure où j'ai présenté, dans mon brevet n° 186 787 du 30 janvier 1877, une combinaison de ces éléments constituant un téléphone fonctionnel et pratique, adapté à un usage commercial.

Contre-interrogatoire 726. Le résultat de vos expériences concernant les plaques en fer et en acier de différents diamètres et épaisseurs est-il exposé dans le brevet susmentionné ? Si oui, veuillez en indiquer le paragraphe.
R. Comme résultat de ces expériences, j'ai représenté, dans les figures 1, 2 et 3 de mon brevet n° 186 787 — ainsi que dans le modèle déposé avec la demande —, une plaque-armature dotée d'un diamètre et d'une épaisseur appropriés pour une utilisation dans un téléphone transmettant la parole, tel que celui décrit dans mon brevet.

Contre-interrogatoire 727. Pourquoi un modèle a-t-il été déposé au Bureau des brevets dans le cadre de la demande ayant abouti à la délivrance du brevet n° 186 787, en date du 30 janvier 1877 ?
R : Je ne saurais le dire, si ce n'est qu'un modèle a été accepté par le commissaire aux brevets.

Contre-interrogatoire 728. Avez-vous été sollicité par vos conseils en brevets pour préparer et fournir ce modèle ?
R : Je ne m'en souviens pas à l'heure actuelle. J'avais apporté avec moi à Washington des instruments fonctionnels, destinés à l'information de mes conseils ; j'en ai d'ailleurs présenté certains publiquement devant la Philosophical Society. Je sais seulement que mes conseils ont déposé l'un de ces instruments, en guise de modèle, auprès du Bureau des brevets.

Contre-interrogatoire, question 729. Ces instruments fonctionnels ont-ils également été testés devant les examinateurs du Bureau des brevets ?
R : Je n'ai pas souvenir de tels essais pour le moment. Il est possible qu'il y en ait eu, mais je ne le crois pas.

Contre-interrogatoire, question 730. Si je comprends bien votre réponse à la question 182, votre demande pour le brevet n° 186 787, du 30 janvier 1877, a été préparée à Washington avec l'assistance de vos conseils en brevets, MM. Pollok et Bailey. Les revendications de ce brevet ont-elles été rédigées, en tout ou en partie, par vous-même, ou ont-elles été préparées, en tout ou en partie, par vos conseils juridiques ?
R. La troisième revendication a été rédigée par moi ; les autres ont été préparées par mes conseils juridiques.

Contre-interrogatoire 731. La description technique (« specification ») de ce brevet n° 186 787 a-t-elle été préparée par vos conseils juridiques à partir d’un projet fourni par vous, ou à partir d’instructions orales que vous leur avez données ?
Rép. Principalement à partir d’instructions orales ; mais je crois qu’ils avaient également à leur disposition une copie de la description provisoire de mon brevet anglais, déposée le 9 décembre 1876.

Contre-interrogatoire 732. Dans votre réponse à la question 183, vous mentionnez avoir fait la démonstration de vos téléphones parlants, en état de fonctionnement, devant les membres de la Philosophical Society de Washington, dans la soirée du 13 janvier 1877. À quel moment avez-vous, ou quelqu’un d’autre, présenté ou utilisé pour la première fois un téléphone parlant dans la ville de Washington ?
R. Je n’ai connaissance d’aucune démonstration ni d’aucune utilisation de téléphone parlant dans la ville de Washington avant janvier 1877 ; bien qu’il soit, naturellement, possible que de telles démonstrations ou utilisations aient eu lieu, de la part d’autres personnes, à mon insu.

Contre-interrogatoire. 733. Dans le compte-rendu de la 116e réunion de la Philosophical Society of Washington, cité dans votre réponse à la question 184, figure le passage suivant :
« M. Bell ayant évoqué la difficulté posée par certaines consonnes, telles que p, t et k, M. Mason a suggéré qu’un tel instrument, une fois perfectionné, pourrait servir à analyser les sons linguistiques. » À quel moment avez-vous constaté pour la première fois la difficulté liée aux consonnes p, t et k ?
R. Dès la toute première fois qu’une parole intelligible a été produite par le téléphone. Ce défaut subsiste même dans les instruments les plus perfectionnés, bien qu’il ne nuise pas à leur usage commercial.

Contre-interrogatoire, question 734. Il est donc établi que certains sons ne peuvent pas être transmis par le téléphone, même dans sa forme la plus aboutie, n’est-ce pas ?
Rép. Ils peuvent tous être transmis avec une précision suffisante pour les besoins commerciaux ; toutefois, si l’on examine la question d’un point de vue scientifique, des difficultés apparaissent.

Contre-interrogatoire, question 735. Si je vous comprends bien, dans tous les téléphones, les sons perçus par l’oreille au niveau du récepteur ne sont, au mieux, que des imitations imparfaites de ceux produits au niveau de l’émetteur. Est-ce bien cela ?
R. Pas vraiment des « imitations imparfaites », car il n’y a aucune difficulté à comprendre ce qui est dit.

Contre-interrogatoire, question 736. Vous déclarez, en réponse à la question 189, que bien que vous ne puissiez pas vous rappeler la nature exacte de tous les appareils utilisés le 3 décembre 1876, vous vous souvenez qu’au cours des expériences menées ce jour-là, des téléphones ont été employés... À chaque extrémité de la ligne se trouvait un dispositif doté d’une membrane métallique — en fer ou en acier — placée à proximité immédiate du ou des pôles d’un électroaimant ; le ou les noyaux de cet électroaimant étaient, soit naturellement aimantés en permanence, soit rendus tels par leur contact avec le ou les pôles d’un aimant permanent. Si je comprends bien, vous ne vous souvenez plus, à l’heure actuelle, si ces noyaux étaient aimantés en permanence par nature ou s’ils le sont devenus par contact avec le ou les pôles d’un aimant permanent. Ma conclusion est-elle exacte ?
R. : Je me souviens que des aimants permanents étaient utilisés ; mais, comme j'ai le souvenir que nous disposions, au laboratoire, des deux types mentionnés, je ne saurais dire lequel a été employé lors des expériences menées entre Boston et North Conway le 3 décembre 1876 ; il est probable que les deux aient été testés. Pour être plus précis, autant que je m'en souvienne, nous avions au laboratoire des aimants permanents en acier, sous forme de tiges cylindriques droites, qui pouvaient remplacer le noyau en fer doux d'un électroaimant ; nous possédions également des aimants permanents munis de pièces polaires en fer doux. Comme nous avons procédé à des essais très approfondis de tout le matériel que M. Watson a pu transporter à North Conway — avec pour objectif spécifique, si je me souviens bien, de tester le fonctionnement de téléphones à aimants permanents sur de longues lignes, sans pile —, il est fort probable que les deux types d'aimants aient été essayés. Toutefois, un si grand nombre d'expériences ont été réalisées à cette occasion qu'il m'est difficile de me remémorer les détails d'un cas précis. Je peux seulement affirmer que, le 3 décembre 1876, la transmission de la parole articulée a été réussie entre Boston et North Conway au moyen de téléphones à aimants permanents, sans aucune pile dans le circuit ; et qu'après cette date, des aimants permanents ont été couramment utilisés au laboratoire, en remplacement des électroaimants alimentés par le courant d'une pile.

Contre-interrogatoire 737. — Dans votre dernière réponse, vous semblez indiquer que, le 3 décembre 1876, vous disposiez au « laboratoire » d'aimants permanents munis de pièces polaires en fer doux. À quel laboratoire faites-vous référence ?
R. : Je fais référence au laboratoire situé au n° 5, Exeter Place. Je ne peux pas affirmer avec certitude que nous possédions ces aimants permanents à pièces polaires en fer doux au laboratoire, à la date du 3 décembre 1876 ou avant, bien que je pense que c'était le cas. Si nous ne les avions pas ce jour-là, nous les avons eus très peu de temps après.

Contre-interrogatoire. 738. Ce laboratoire, mentionné dans votre dernière réponse, était-il votre propre laboratoire privé ?
R. : Oui.

Contre-interrogatoire 739. Où vous êtes-vous procuré ces aimants permanents munis de pièces polaires en fer doux, dont vous avez parlé ?
R. : Ils ont été fabriqués pour moi.

Contre-interrogatoire 740. Vous souvenez-vous de la personne qui a fabriqué ces aimants permanents munis de pièces polaires en fer doux, et à quel moment vous avez donné les instructions pour leur fabrication ?
R. : Ils ont été fabriqués pour moi par M. Watson ; je ne peux pas préciser la date avec exactitude ; j'ai l'impression que c'était en novembre ou au début du mois de décembre 1876 ; je pencherais pour novembre, mais je ne peux pas en être certain aujourd'hui.

Contre-interrogatoire 741. Ces aimants permanents munis de pièces polaires en fer doux ont-ils été fabriqués dans l'atelier de M. Williams ?
R. : Je ne sais pas. Il est probable que les aimants permanents n'aient pas été fabriqués dans l'atelier de M. Williams, mais qu'ils aient été obtenus ailleurs ; les pièces polaires en fer doux, elles, y ont probablement été fabriquées.

Contre-interrogatoire 742. Où aviez-vous l'habitude de vous procurer du matériel électrique, y compris des aimants, vers le 3 décembre 1876 ?
R. : J'avais l'habitude de commander tout ce dont j'avais besoin auprès de M. Williams.

Contre-interrogatoire 743. Commandiez-vous votre matériel électrique exclusivement auprès de M. Williams, ou vous adressiez-vous parfois à d'autres fournisseurs ?
R. : J'avais pour habitude de m'adresser à M. Williams pour tout ce dont j'avais besoin en matière de matériel électrique ; mais cela ne m'empêchait pas de m'adresser ailleurs.

Contre-interrogatoire 744. Vous souvenez-vous, à présent, d'un autre fournisseur ou atelier auprès duquel vous auriez acheté du matériel électrique, en dehors de celui de M. Williams ?
R. : Je ne me souviens pas des noms de ces établissements. Je crois qu'il y en avait au moins deux autres où j'achetais occasionnellement de petits articles. J'avais pris l'habitude de me procurer mon matériel électrique, autant que possible, auprès de M. Williams.

Contre-interrogatoire. 745. Êtes-vous en mesure, après réflexion, d’affirmer avec certitude si vous avez ou non obtenu de M. Williams les aimants permanents sur lesquels étaient fixées les pièces polaires en fer doux ?
R. : Je suis presque certain que nous avons obtenu ces aimants permanents auprès de M. Williams, bien que je ne pense pas qu’ils aient été fabriqués dans son atelier.

Contre-interrogatoire 746. Voudriez-vous avoir l'amabilité de décrire, de manière complète et détaillée, la construction des aimants permanents munis de pièces polaires en fer doux, dont vous avez parlé dans votre réponse à la question 746 du contre-interrogatoire ?
R. Les aimants permanents auxquels je fais référence étaient en forme de fer à cheval et mesuraient plusieurs pouces de long. Leurs branches présentaient une section transversale rectangulaire. Un petit électroaimant unipolaire, doté d'un noyau en fer doux, était placé à l'extrémité de chaque pôle, le noyau en fer doux assurant un contact magnétique avec l'aimant. Je ne me souviens pas, à l'heure actuelle, si les noyaux en fer doux étaient initialement fixés aux extrémités de l'aimant par un système de serrage, ou si un filetage avait été pratiqué à l'extrémité de chaque pôle pour permettre d'y visser la pièce polaire. Ces deux méthodes ont été employées au laboratoire, mais je ne saurais dire laquelle a été utilisée en premier.

Contre-interrogatoire 747. Quand avez-vous vu pour la première fois un aimant permanent muni de pièces polaires en fer doux ?
R. Je ne saurais le dire. C'était bien des années avant 1876. Je fais référence au relais polarisé de Siemens.

Contre-interrogatoire 748. Et où, le cas échéant, avez-vous lu pour la première fois une description imprimée d'un aimant permanent muni de pièces polaires en fer doux ?
R. Je ne sais plus, mais j'ai lu une description d'un tel aimant dans l'ouvrage du comte du Moncel, déjà mentionné — *Exposé des applications de l'électricité* — en juillet 1875.

Contre-interrogatoire 749. Un aimant permanent muni de pièces polaires en fer doux est-il décrit dans une autre publication imprimée que vous auriez citée lors de votre interrogatoire principal ou de votre contre-interrogatoire dans le cadre de cette affaire, en dehors de l'ouvrage de Du Moncel mentionné dans votre réponse précédente ?
R. Je ne me souviens pas, à l'heure actuelle, des autres publications auxquelles j'ai fait référence dans mon témoignage. Si la question est importante, je serai heureux d'examiner mon témoignage afin d'y apporter une réponse plus précise.

Contre-interrogatoire 750. Vous souvenez-vous si un aimant permanent muni de pièces polaires en fer doux — du type connu sous le nom d'« aimant Hughes » — est décrit ou illustré dans l'une des publications imprimées que vous avez mentionnées au cours de votre interrogatoire ?
R. : Oui ; l'aimant Hughes est décrit et illustré dans l'ouvrage du comte Du Moncel, déjà mentionné : *Exposé des applications de l'électricité*.

Contre-interrogatoire, question 751. L'aimant Hughes décrit dans l'ouvrage de Du Moncel, auquel vous faites référence dans votre réponse précédente, diffère-t-il, d'une manière ou d'une autre, de l'aimant illustré à la figure 5 des dessins de mon brevet n° 186 787 ?
R : Je ne me souviens pas exactement de la description donnée par Du Moncel ; il faudrait que je consulte l'ouvrage pour répondre précisément à cette question. Je peux toutefois dire qu'il existe des différences. La plus importante concerne le type d'armature utilisé. L'aimant Hughes, tel que décrit par Du Moncel, n'était pas associé à une plaque de fer, d'acier ou de tout autre matériau susceptible d'être soumis à une induction, et qui pourrait être mis en vibration par le mouvement de l'air ambiant ou par l'attraction de l'aimant. L'aimant illustré à la figure 5 des dessins de mon brevet n° 186 787 est, quant à lui, présenté et décrit en combinaison avec une telle armature en forme de diaphragme, et fait partie intégrante d'un téléphone parlant.

Contre-interrogatoire 752. Ma dernière question ne visait, en réalité, que l’aimant représenté sur la figure 5 de votre brevet n° 186 787 ; il en va de même pour la question suivante. La figure 5 en question est décrite comme suit dans le mémoire descriptif :
« Une autre forme de téléphone, conçue pour fonctionner sans pile, est illustrée sur la figure 5 ; elle comporte un aimant permanent composé, noté O, dont les pôles sont munis de pièces polaires en fer doux, P et Q, entourées de bobinages en fil isolé, R et S. »
Vous souvenez-vous de différences éventuelles entre l’aimant ainsi décrit et représenté sur la figure 5, et l’aimant de Hughes, tel qu’il est décrit et illustré dans l’ouvrage de Du Moncel ?
R. : Tout dépend de ce que vous entendez inclure sous le terme « aimant ».
Si l’on considère l’aimant indépendamment de l’ensemble dont il constitue un élément, alors je ne pense pas qu’il existe une différence substantielle entre l’aimant muni de pièces polaires, tel qu’illustré à la figure 5 de mon brevet n° 186 787, et l’aimant de Hughes décrit par Du Moncel. Si, en revanche, on considère qu’une armature fait nécessairement partie intégrante d’un aimant (car un aimant n’a aucune fonction ni utilité sans armature), alors il existe une différence considérable entre l’aimant représenté à la figure 5 de mon brevet et l’aimant de Hughes décrit par Du Moncel. L’ensemble illustré à la figure 5 constitue un téléphone parlant.

Contre-interrogatoire, question 753. La cinquième revendication de votre brevet n° 186 787, en date du 30 janvier 1877, est libellée comme suit : « 5. La réalisation, dans un téléphone électrique tel que celui illustré et décrit aux présentes, d’un aimant doté d’une bobine placée sur l’extrémité ou les extrémités de l’aimant les plus proches de la plaque. » Compte tenu de la déclaration faite dans votre réponse précédente, pourriez-vous préciser ce que vous entendiez couvrir par cette cinquième revendication au moment où vous avez prêté serment pour le dépôt de la demande ?
R : Je souhaitais couvrir l’utilisation d’un tel aimant dans un téléphone électrique parlant, semblable à celui illustré et décrit dans mon brevet du 30 janvier 1877, n° 186 787, dans lequel est employée une armature constituée d’une plaque de fer, d’acier ou d’un autre matériau susceptible d’être soumis à une induction, et qui peut être mise en vibration par le mouvement de l’air ambiant ou par l’attraction de l’aimant. Mon intention était de revendiquer un aimant muni d’une bobine sur l’extrémité ou les extrémités les plus proches de la plaque, au sein d’un ensemble constituant un téléphone électrique tel que celui illustré et décrit dans le brevet.

Contre-interrogatoire. 754. Je comprends, d'après votre dernière réponse, que bien que le terme « combinaison » ne soit pas employé dans la cinquième revendication, vous aviez l'intention que cette revendication couvre une combinaison dont l'un des éléments était un aimant muni d'une bobine placée sur l'extrémité (ou les extrémités) la plus proche (ou les plus proches) de la plaque. Comme une revendication portant sur une combinaison doit, par définition, comporter plusieurs éléments, pourriez-vous indiquer quels étaient les autres éléments visés par cette revendication au moment où vous avez prêté serment pour la demande de brevet ?
R. Les principaux éléments mentionnés dans la revendication sont : 1. Une armature-diaphragme, constituée d'une plaque de fer, d'acier ou d'un autre matériau susceptible d'être soumis à une induction, disposée de telle sorte qu'elle puisse entrer en vibration sonore sous l'effet de sons produits à proximité ou sous l'effet de l'attraction de son aimant. 2. Un aimant muni d'une bobine placée sur l'extrémité (ou les extrémités) la plus proche (ou les plus proches) de la plaque ; ces éléments étant combinés entre eux, comme décrit dans le brevet, de manière à constituer un téléphone électrique parlant. Je ne pense pas avoir eu l'intention de faire porter la revendication sur l'ensemble de la combinaison constituant un téléphone électrique, mais plutôt sur un aimant muni d'une bobine placée sur l'extrémité (ou les extrémités) la plus proche (ou les plus proches) de la plaque, en tant qu'élément d'une telle combinaison.

Contre-interrogatoire 755. Dans votre dernière réponse, n'avez-vous pas désigné tous les éléments que vous aviez l'intention de revendiquer au sein de cette combinaison ?
R. Dans la cinquième revendication, je n'avais l'intention de revendiquer qu'un seul élément de la combinaison, à savoir : un aimant muni d'une bobine placée sur l'extrémité (ou les extrémités) la plus proche (ou les plus proches) de la plaque.

Contre-interrogatoire 756. Je déduis de votre dernière réponse qu'au moment où vous avez prêté serment pour la demande de brevet, vous estimiez pouvoir revendiquer l'un des éléments constitutifs d'une combinaison brevetable. Était-ce bien là votre compréhension à l'époque ?
R. Pas en soi, ni indépendamment de la combinaison, à moins que, dans de telles circonstances, cet élément ne constitue, par lui-même, un dispositif nouveau et utile ; Toutefois, j'ai compris à l'époque que si la combinaison constituait une invention nouvelle et utile, alors, même si les éléments qui la composent étaient déjà connus, il était possible de revendiquer l'un de ces éléments en tant que composante de ladite combinaison, bien qu'il ne fût pas possible de le revendiquer en tant qu'élément distinct et séparé de celle-ci.

Contre-interrogatoire 757. Je ne parviens toujours pas à saisir précisément ce que vous avez cherché à revendiquer dans la revendication 5. Je comprends qu'il s'agit, selon vous, d'une revendication portant sur une combinaison ; or, à mon sens, une telle revendication doit nécessairement porter sur un ensemble d'éléments interagissant entre eux pour produire un résultat donné. Par conséquent, je vous saurais gré de bien vouloir préciser le résultat que vous comptiez obtenir grâce aux moyens décrits dans cette revendication, ainsi que l'ensemble des éléments constituant la combinaison qui concourent à produire ce résultat.
R. Vous comprenez, bien entendu, que je n’ai pas moi-même rédigé cette revendication et que je ne saurais prétendre en donner l’interprétation juridique exacte ; c’est aux tribunaux qu’il appartient d’en décider. Je peux seulement indiquer ce que je pensais qu’elle signifiait au moment où j’ai prêté serment concernant la demande de brevet. Mon interprétation était peut-être juste, ou peut-être erronée ; c’est aux tribunaux d’en juger. Selon ma compréhension, la combinaison mentionnée dans la revendication constituait un téléphone électrique ; et le résultat que je comptais obtenir grâce à cette combinaison était la transmission de la parole articulée et d’autres sons par des moyens électriques. Les éléments décrits dans la revendication comme constituant cette combinaison sont : une armature en forme de diaphragme, composée d’un matériau inductif et disposée de manière à entrer en vibration sonore sous l’effet de la voix d’une personne qui parle, ou sous l’effet de l’attraction variable d’un électroaimant ; ainsi qu’un aimant muni d’une bobine placée sur l’extrémité (ou les extrémités) située(s) près de la plaque. L’ensemble est agencé de telle sorte qu’il constitue un téléphone électrique, tel qu’il est représenté et décrit dans le brevet n° 186 787. Dans cette cinquième revendication, mon intention n’était pas de revendiquer la combinaison dans son intégralité, mais de revendiquer, en tant qu’élément de cette combinaison, un aimant doté d’une bobine sur l’extrémité (ou les extrémités) située(s) près de la plaque.

Contre-interrogatoire 758. En quoi l’invention que vous entendiez revendiquer par la cinquième revendication, au moment où vous avez prêté serment, différait-elle de celle que vous entendiez revendiquer par la huitième revendication ?
R. La cinquième revendication englobait davantage d’éléments que la huitième. Dans la cinquième revendication, le terme « aimant » désignait, selon moi, aussi bien des électroaimants à noyau en fer doux que des aimants permanents ; alors que, dans la huitième revendication, ce terme se limitait aux seuls aimants permanents.

Contre-interrogatoire 759. En quoi l’invention que vous entendiez revendiquer par la cinquième revendication, au moment où vous avez prêté serment concernant la demande de brevet, différait-elle de celle que vous entendiez revendiquer par la troisième revendication, au moment où vous avez prêté serment concernant ladite demande ?
R. Dans la troisième revendication, j'ai entendu revendiquer un type particulier d'armature en combinaison avec un électroaimant, à savoir : une plaque en fer, en acier ou en tout autre matériau susceptible d'être soumis à une induction, et pouvant être mise en vibration par le mouvement de l'air ambiant ou par l'attraction de l'électroaimant. Dans la cinquième revendication, j'ai entendu revendiquer un type particulier d'électroaimant, à savoir : un électroaimant doté d'une bobine placée sur l'extrémité — ou les extrémités — la plus proche de la plaque, au sein d'un ensemble comprenant une armature en forme de diaphragme ou une plaque telle que celle décrite dans la troisième revendication ; l'ensemble constituant, dans les deux cas, un téléphone électrique.

Contre-interrogatoire 760. Si je comprends bien votre réponse à la question 243, vous avez apporté un très grand soin à la préparation de la description et des revendications de votre brevet du 7 mars 1876, dans le but de définir aussi précisément que possible l’invention dont vous saviez être l’auteur, et dont vous pensiez alors — comme vous le pensez encore aujourd’hui — avoir été le premier inventeur. Dans le cadre de cette description et de ces revendications, visant à définir avec la plus grande précision possible l’invention dont vous êtes l’auteur, quelle invention, parmi celles que vous avez réalisées, avez-vous spécifiée ou définie dans la première revendication ?
R. Dans cette revendication, j’ai spécifié un type de courant électrique nouveau et utile, que j’ai qualifié de courant « ondulatoire » ; c’est-à-dire un courant électrique façonné en ondulations analogues aux vibrations sonores, ainsi qu’un moyen d’utiliser un tel courant à des fins télégraphiques, en le faisant agir de manière à provoquer des vibrations sonores dans un appareil récepteur.
L’invention visée par cette revendication est exposée et définie plus en détail dans le corps même de la description. J'ai conçu cette revendication comme étant une revendication large, destinée à couvrir tout système de télégraphie dans lequel le récepteur est mis en vibration sonore sous l'action d'un courant électrique modulé en ondulations correspondant à des vibrations sonores, essentiellement de la manière décrite dans mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465.

Contre-interrogatoire n° 761. Un courant électrique ondulatoire est, pour parler simplement, un courant dont l'intensité varie constamment, n'est-ce pas ?
R. Non. Les variations électriques doivent correspondre à des vibrations sonores. Dans la description, j'indique que : « Les ondulations électriques résultent de changements progressifs d'intensité, exactement analogues aux variations de la densité de l'air provoquées par des vibrations pendulaires simples. Le mouvement électrique, tout comme le mouvement aérien, peut être représenté par une courbe sinusoïdale ou par la résultante de plusieurs courbes sinusoïdales. »

Contre-interrogatoire n° 762. Lors de la rédaction de la description et des revendications de votre brevet du 7 mars 1876, dans le but de définir aussi précisément que possible l'invention dont vous êtes l'auteur, quelle invention avez-vous spécifiée ou définie dans la deuxième revendication de ce brevet ?
R. J'ai spécifié un mode magnéto-électrique de production d'ondulations électriques analogues à des vibrations sonores — sans aucune pile dans le circuit — obtenu par la vibration sonore d'un aimant permanent devant une bobine électromagnétique faisant partie du circuit. Ce mode est décrit et défini plus en détail dans le corps de la description, et est illustré par les figures 5 et 7, si la pile était supprimée du circuit et si les armatures des électroaimants étaient considérées comme étant des aimants permanents. Mon intention était que cette revendication soit suffisamment large pour couvrir une méthode permettant d'induire, dans un circuit dépourvu de pile, des ondulations électriques analogues à des vibrations sonores, en amenant un corps capable d'exercer une action inductive à entrer en vibration sonore. Les moyens spécifiquement mentionnés dans la revendication sont : 1. un aimant permanent ; et 2. une bobine électromagnétique faisant partie d'un circuit fermé. Je revendique, en particulier, la méthode consistant à induire des ondulations électriques — semblables à des vibrations sonores — par la mise en vibration sonore de l'un de ces éléments, ou des deux, à proximité de l'autre. Je n'ai toutefois pas entendu me limiter aux moyens spécifiquement décrits ; mon intention était que la revendication soit assez vaste pour englober des moyens équivalents. En effet, j'ai précisé dans la revendication qu'au lieu d'un aimant permanent, tout corps capable d'exercer une action inductive pouvait être utilisé ; et, dans le corps du mémoire descriptif, j'ai indiqué :
« J'inclus, dans la catégorie des corps capables d'exercer une action inductive, le laiton, le cuivre et d'autres métaux, ainsi que le fer et l'acier. »

Contre-interrogatoire 763. Est-il fait mention, dans le corps du mémoire descriptif — lors de la description des figures 5 et 7 —, de la suppression de la pile dans le circuit, ou du fait de rendre l'armature magnétiquement permanente ?
R. Dans le corps du mémoire descriptif, j'indique : « Il est connu depuis longtemps que, lorsqu'on approche un aimant permanent du pôle d'un électro-aimant, un courant électrique est induit dans les bobines de ce dernier ; et que, lorsqu'on l'en éloigne, un courant de polarité opposée au premier apparaît dans le fil. Par conséquent, lorsqu'un aimant permanent est mis en vibration devant le pôle d'un électro-aimant, un courant électrique ondulatoire est induit dans les bobines de cet électro-aimant ; les ondulations de ce courant correspondent, par leur rapidité de succession, aux vibrations de l'aimant ; par leur polarité, au sens de son mouvement ; et, par leur intensité, à l'amplitude de sa vibration. »
Ce paragraphe est illustré par les figures 5 et 7, qui présentent des moyens équivalents pour produire la condition magnétique requise. Par exemple, en référence à la figure 5, j'indique : « Lorsque l'instrument A est placé dans un circuit voltaïque, gbe f g, l'armature c devient magnétique, et la polarité de son extrémité libre est opposée à celle de l'aimant situé en dessous », etc.

Contre-interrogatoire 764. Dans quelle partie du corps du mémoire descriptif l'invention, que vous avez cherché à décrire et à définir dans la revendication 2, est-elle exposée de telle manière qu'une personne du métier puisse réaliser et utiliser ladite invention ?
R. Je ne doute pas qu'une personne du métier, en lisant le mémoire descriptif dans son ensemble, n'aura aucune difficulté à réaliser et à utiliser l'invention décrite et définie par la revendication 2. Elle sera tout particulièrement aidée par les paragraphes que j'ai cités dans ma réponse précédente, ainsi que par les schémas présentés dans les figures 5 et 7, accompagnés de leurs descriptions dans le corps du mémoire descriptif.

Contre-interrogatoire 765. Existe-t-il, dans le corps du mémoire descriptif, d'autres paragraphes — en dehors de ceux mentionnés dans votre réponse précédente — qui pourraient aider une personne du métier à réaliser l'invention que vous avez cherché à décrire et à définir dans la revendication 2 ?
R. Certainement. Tous les paragraphes sont si étroitement liés entre eux que la lecture de l'ensemble du mémoire descriptif contribuerait grandement à élucider la signification de n'importe laquelle de ses parties.

Contre-interrogatoire, question 766 : En quoi l'invention que vous avez cherché à préciser et à définir dans la revendication 2 diffère-t-elle de celle que vous avez cherché à préciser et à définir dans la revendication 1 ?
R : La première revendication se voulait une revendication de portée générale portant sur l'utilisation — dans des systèmes de télégraphie employant des récepteurs mis en vibration sonore par des moyens électriques — de ce que je qualifie de courant électrique « ondulatoire » ; c'est-à-dire un courant dans lequel sont produites des oscillations, vibrations ou ondulations électriques analogues à des vibrations sonores, et ce, indépendamment du mode de production de ces ondulations. Dans la revendication 2, je revendique un mode particulier de production de ces ondulations, à savoir un mode magnéto-électrique, sans aucune pile dans le circuit.

Contre-interrogatoire 767. Dans laquelle des figures des dessins du brevet est représentée l'invention que vous avez entendu préciser et définir dans la revendication 1 ?
R. Dans les figures 5, 6 et 7.

Contre-interrogatoire 768. Dans la revendication 2, les termes suivants sont employés : « 2. La combinaison, sensiblement telle que décrite, d'un aimant permanent — ou de tout autre corps capable d'une action inductive — avec un circuit fermé, de telle sorte que la vibration de l'un provoque des ondulations électriques dans l'autre, ou en lui-même. »
Veuillez indiquer le sens particulier que vous avez entendu donner aux mots « ou en lui-même », tels qu'ils sont utilisés ici.
R. Si l'aimant permanent est fixe et que le circuit fermé — se présentant, par exemple, sous la forme d'une bobine de fil — est mis en vibration sonore au voisinage de l'aimant permanent, des ondulations électriques apparaîtront dans la bobine vibrante elle-même.

Contre-interrogatoire 769. Un appareil tel que celui que vous avez décrit dans votre réponse précédente est-il illustré dans les dessins du mémoire descriptif ?
R. Les figures 5 et 7 illustrent un moyen équivalent de produire des ondulations électriques, dans lequel la bobine est fixe et où la partie vibrante de l'appareil provoque la vibration sonore du corps capable d'une action inductive. Si l'on maintient fixe le corps capable d'une action inductive et que l'on fixe la bobine à la partie vibrante de l'appareil, alors les dessins des figures 5 et 7 illustrent bien un tel appareil.

Contre-interrogatoire 770. Un appareil tel que celui décrit dans votre réponse précédente, dans lequel les bobines seraient fixées à la partie vibrante de l'appareil, serait-il en mesure de produire un résultat utile ?
R. Certainement.

Contre-interrogatoire 771. Et voulez-vous dire que la fixation des bobines sur la partie vibrante de l'appareil ne gênerait pas les vibrations de l'armature vibrante c ?
R. Dans un tel cas, il n'y aurait pas d'armature vibrante à proprement parler, car l'armature constituerait la partie fixe de l'appareil. Dans le cas de la figure 5, la bobine serait fixée à une anche libre mise en vibration par un flux d'air, et ne gênerait pas nécessairement la vibration libre de cette anche. Elle alourdirait simplement l'anche, ce qui aurait pour effet d'abaisser quelque peu sa hauteur tonale. Dans le cas de la figure 7, la bobine serait fixée directement sur la membrane. Ici, la membrane se trouverait alourdie en son centre par une bobine — en lieu et place de l'armature — et, à poids égal, l'appareil fonctionnerait tout aussi bien dans un cas que dans l'autre. Le fait d'alourdir la membrane avec une bobine ne compromettrait pas nécessairement le bon fonctionnement de l'appareil pour la transmission de la parole. Je le sais par expérience, ayant moi-même réalisé un téléphone de ce type. Je peux donc affirmer, tant pour la figure 5 que pour la figure 7, que la fixation d'une bobine sur la partie vibrante de l'appareil ne nuirait pas nécessairement à son fonctionnement aux fins décrites dans le brevet.

Contre-interrogatoire 772. Un appareil semblable à celui que vous avez décrit dans votre réponse précédente a-t-il été construit par vos soins avant la délivrance de votre brevet du 7 mars 1876 ?
R. Non. Il a été conçu avant la délivrance du brevet, mais construit ultérieurement.

Contre-interrogatoire 773. Dans la formulation de la deuxième revendication :
« La combinaison, sensiblement telle qu'exposée, d'un aimant permanent — ou de tout autre corps capable d'exercer une action par induction — avec un circuit fermé, de telle sorte que la vibration de l'un provoque des ondulations électriques dans l'autre, ou en son sein même »,
quels éléments précis de cette combinaison entendiez-vous désigner par l'expression « circuit fermé » ?
R. : Je faisais référence au fil conducteur formant le circuit, ou à toute partie de celui-ci.

Contre-interrogatoire 774. Dois-je en déduire que les noyaux des électroaimants représentés sur les figures 5, 6 et 7 ne faisaient pas partie des éléments de la combinaison que vous entendiez protéger dans la deuxième revendication ? Est-ce bien cela ?
R. : Ces éléments étaient bien présentés et décrits dans le corps du mémoire descriptif ; toutefois, j'ai estimé qu'il n'était pas nécessaire de les mentionner explicitement dans la revendication, car les bobines peuvent fonctionner sans aucun noyau en leur sein, alors que les noyaux, eux, ne seraient pas fonctionnels en l'absence des bobines.

Contre-interrogatoire 775. Avez-vous, avant la délivrance de votre brevet le 7 mars 1876, utilisé un appareil semblable à ceux décrits aux figures 5 et 7, dans lequel les bobines étaient employées sans noyau ?
R. : Non ; mais je l'ai fait par la suite.

Contre-interrogatoire 776. Lors de la préparation de la description et des revendications de votre brevet du 7 mars 1876, dans le but de définir aussi précisément que possible l'invention dont vous êtes l'auteur, quelle invention, parmi celles que vous avez conçues, avez-vous cherché à spécifier et à définir dans la troisième revendication ?
R. J'ai cherché à spécifier un procédé permettant de provoquer des ondulations électriques — semblables à des vibrations sonores — dans un circuit comportant une pile voltaïque, au moyen de la vibration sonore de l'armature d'un électro-aimant placée devant l'un de ses pôles. Cette invention est décrite et définie plus en détail dans le corps de la description et est illustrée par les figures 5, 6 et 7.

Contre-interrogatoire 777. En quoi l'invention que vous avez cherché à spécifier et à définir dans la revendication 3 différait-elle de celle que vous avez cherché à spécifier et à définir dans la revendication 1 ?
R. La revendication 1 était une revendication générale portant sur l'utilisation d'un courant ondulatoire aux fins indiquées, quel que soit le mode de production de ce courant. En d'autres termes, elle visait l'utilisation d'un courant électrique rendu ondulatoire — de manière analogue à des vibrations sonores — indépendamment de la méthode employée pour produire ces ondulations. La revendication 3, quant à elle, porte sur un mode spécifique permettant d'induire de telles ondulations dans un courant voltaïque continu, grâce à la vibration sonore de corps capables d'exercer une action inductive.

Contre-interrogatoire 778. En ce qui concerne la revendication 3, existe-t-il, parmi les figures ou les dessins du brevet, une illustration de la méthode consistant à produire des ondulations dans un courant voltaïque continu par la vibration ou le mouvement du fil conducteur lui-même, à proximité d'un ou plusieurs corps capables d'exercer une action inductive ?
R. Les figures 5, 6 et 7 illustrent la première partie de la revendication 3, dans laquelle des ondulations — semblables à des vibrations sonores — sont produites dans un courant voltaïque continu par la vibration sonore d'une armature placée devant le pôle d'un électro-aimant. Ces schémas — les figures 5, 6 et 7 illustreraient également la dernière partie de la revendication, si la bobine de l'électroaimant était fixée à la partie vibrante de l'appareil et si l'armature restait immobile, selon les modalités que j'ai décrites plus en détail dans mes réponses aux contre-interrogatoires 769 et 771.

Contre-interrogatoire 779. La méthode que vous aviez l'intention de couvrir dans la seconde partie de la revendication 3 a-t-elle été mise en œuvre par vous avant la délivrance de votre brevet, le 7 mars 1876 ?
R : Non ; mais elle l'a été par la suite.

Contre-interrogatoire 780. En quoi l'appareil utilisé pour mettre en œuvre la méthode visée par la revendication 3 diffère-t-il de l'appareil visé par la revendication 2 ? R : La revendication 3 se limite à un appareil qui comprend une pile voltaïque. La revendication 2 ne comporte pas une telle restriction. J'ai indiqué précédemment que la revendication 2 couvrait un cas où aucune pile n'est utilisée ; toutefois, je souhaite préciser mes réponses antérieures en ajoutant que, selon moi, je n'avais pas l'intention de limiter la revendication 2 à un tel cas. Je pense avoir conçu la revendication 2 de manière plus large que la revendication 3, de sorte qu'elle l'englobe. En d'autres termes, la revendication 2 couvrirait des situations impliquant ou non l'utilisation d'une pile voltaïque, tandis que la revendication 3 se limite aux cas où une pile voltaïque est employée.

Contre-interrogatoire 781. Si je vous comprends bien, la revendication 3 devait se limiter à un appareil spécifique. Aviez-vous l'intention, par la revendication 3, de couvrir un procédé ou une méthode, ou s'agissait-il uniquement d'un appareil ?
R : Je n'avais pas l'intention de limiter la revendication 3 à l'appareil décrit dans le brevet. Elle visait à couvrir un mode particulier de production d'ondulations électriques analogues à des vibrations sonores. Elle avait pour but d'englober davantage qu'un simple appareil, en couvrant également un procédé ou une méthode.

Contre-interrogatoire 782. Lors de l’élaboration de la description et des revendications de votre brevet du 7 mars 1876, dans le but de définir aussi précisément que possible l’invention dont vous étiez l’auteur, quelle invention, parmi celles que vous aviez conçues, avez-vous entendu préciser et définir par la revendication 4 ?
R. : J'ai cherché à définir une méthode permettant de produire, dans un circuit voltaïque continu, des ondulations électriques semblables à des vibrations sonores ; pour ce faire, un fil — plongeant légèrement dans du mercure ou un autre liquide faisant partie du circuit — est mis en vibration sonore en étant relié à la partie vibrante du dispositif illustré à la figure 5 ou à la figure 7. La vibration verticale du fil fait varier la profondeur de son immersion dans le liquide, ce qui entraîne des variations de la résistance du circuit ; il en résulte des variations correspondantes de l'intensité du courant qui parcourt ce circuit, analogues à des vibrations sonores. L'invention est décrite plus en détail dans le corps du mémoire descriptif et dans les dessins annexés. Par la revendication 4, j'ai entendu couvrir un mode de production d'ondulations semblables à des vibrations sonores, consistant à introduire une résistance variable dans un circuit voltaïque. Dans le corps du mémoire descriptif, j'indique : « Des ondulations électriques peuvent également être provoquées en augmentant et en diminuant alternativement la résistance du circuit, ou en augmentant et en diminuant alternativement la puissance de la pile. La résistance interne d'une pile diminue lorsque l'on rapproche les éléments voltaïques, et augmente lorsqu'on les éloigne. La vibration réciproque des éléments d'une pile provoque donc une action ondulatoire dans le courant voltaïque. La résistance externe peut également varier. Par exemple, si du mercure ou un autre liquide fait partie d'un circuit voltaïque, plus le fil conducteur est immergé profondément dans ce liquide, moins celui-ci opposera de résistance au passage du courant. Par conséquent, la vibration du fil conducteur au sein du mercure ou de tout autre liquide inclus dans le circuit engendre des ondulations dans le courant. La vibration verticale des éléments d'une pile, au sein du liquide dans lequel ils sont immergés, produit une action ondulatoire dans le courant en augmentant et en diminuant alternativement la puissance de la pile. »

Contre-interrogatoire 783. Compte tenu de vos réponses précédentes, pourriez-vous expliquer pourquoi il n'est fait aucune mention, dans les 1re, 2e, 3e et 4e revendications de votre brevet, de la transmission de sons ou de signaux sonores ?
R. : Il est inexact de dire que rien n’est mentionné concernant la transmission du son ou de signaux sonores ; en effet, les revendications portent précisément sur ce point, et rien d’autre. C’est là l’objet même du brevet dans son intégralité.

Contre-interrogatoire 784. Mon intention, en posant cette question, n’était pas de vous demander une interprétation des revendications du brevet telle que vous la concevez actuellement ; ma question ne portait que sur la formulation des revendications. Je vous demande donc maintenant pourquoi les termes « son » ou « signaux sonores » ne figurent pas parmi les mots employés dans les première, deuxième, troisième et quatrième revendications.
R. Elles y sont présentes, sur le fond. L’ensemble du brevet porte sur la transmission du son et de signaux sonores. Dans le corps de mon mémoire descriptif, j’indique : « Dans le présent mémoire, les trois termes "oscillation", "vibration" et "ondulation" sont employés comme synonymes. »
Le brevet dans sa totalité a trait à la transmission du son ou de signaux sonores ; les termes « oscillation », « vibration » et « ondulation » sont systématiquement utilisés dans le sens de vibrations sonores ou d’ondulations électriques analogues à des vibrations sonores. Dans la première revendication, lorsque j’écris que « le récepteur est mis en vibration », je fais naturellement référence à une vibration sonore, car toutes les vibrations mentionnées dans le brevet se rapportent au son. De même, lorsque j’emploie le terme « ondulatoire » dans la première revendication, je désigne un courant dont les ondulations sont analogues à des vibrations sonores ; il en va de même pour les autres revendications : les vibrations ou ondulations mentionnées dans les deuxième, troisième et quatrième revendications sont des vibrations sonores ou des ondulations électriques analogues à des vibrations sonores. L’objet même du brevet portant sur la transmission du son ou de signaux sonores, j’ai jugé inutile d’ajouter le mot « sonore » à chaque occurrence des termes « vibration » ou « ondulation », étant entendu que toutes les vibrations et ondulations évoquées étaient des vibrations sonores ou des ondulations électriques de nature analogue. Mon intention était de restreindre la signification des termes « oscillation », « vibration » et « ondulation » aux seules oscillations présentant le caractère de vibrations sonores.

Contre-interrogatoire 785. Par le terme « puissance » (« power ») utilisé dans la 4e revendication de votre brevet, entendiez-vous désigner la force électromotrice, ou bien aviez-vous une autre signification en tête ?
R. Je voulais désigner par là une augmentation ou une diminution de la résistance interne de la pile.
La 4e revendication dans son ensemble porte sur une méthode de production d’ondulations électriques fondée sur la variation de la résistance.
Lorsque la résistance interne d’une pile diminue, l’intensité du courant qu’elle produit augmente ; en ce sens, la « puissance » de la pile s’accroît, sans pour autant qu’il y ait une augmentation réelle de la force électromotrice — cet accroissement étant dû à la diminution de la résistance de la pile.
Dans la 4e revendication, le terme « puissance » renvoie donc à l’intensité ou à la force du courant, et non à la force électromotrice.
Comme chacun sait, l’intensité d’un courant est égale à la force électromotrice divisée par la résistance ; par conséquent, toute modification de la résistance influe sur l’intensité du courant.

Contre-interrogatoire 786. Je suppose que vous saviez, avant même toute invention décrite dans votre brevet du 7 mars 1876, qu’il était possible de faire varier progressivement l’intensité ou la force d’un courant, soit en modifiant la force électromotrice, soit en modifiant la résistance ?
R. Pas de manière à produire des ondulations électriques semblables à des vibrations sonores ; ceci a été inventé par moi.

Contre-interrogatoire 787. Ma question ne faisait pas référence à des ondulations électriques ou à des vibrations sonores. Compte tenu de cette précision, veuillez apporter une réponse pertinente à la question posée.
R. Avant la date de toute invention dont je me prévaux dans mon brevet du 7 mars 1876, je connaissais la loi bien établie selon laquelle l'intensité est égale à la force électromotrice divisée par la résistance ; je savais donc, de manière générale, que l'intensité — ou la force — d'un courant pouvait être modifiée progressivement, soit en faisant varier la force électromotrice, soit en faisant varier la résistance. Toutefois, je n'avais alors aucune conception d'une variation périodique de l'intensité — comparable à une vibration sonore — qui pourrait être obtenue par l'un ou l'autre de ces procédés. C'est précisément ma connaissance de la loi générale susmentionnée qui m'a conduit à concevoir les moyens, décrits dans mon brevet du 7 mars 1876, permettant de produire un courant ondulatoire ; dans ce courant, une variation périodique de l'intensité se produit à la fréquence d'une vibration sonore, les différentes phases de l'intensité correspondant aux différentes phases de densité de l'air lors de la transmission d'un son.
Je fais ici référence au mode magnéto-électrique — objet de la revendication 2, dont la revendication 3 constitue une variante — ainsi qu'au mode à résistance variable, objet de la revendication 4. Ces modes ont été inventés par mes soins et étaient inconnus auparavant.

Contre-interrogatoire 788. Dans l'une de vos réponses de ce matin, vous avez fait référence au passage suivant, extrait de la description de votre brevet du 7 mars 1876 : « Dans la présente description, les trois termes "oscillation", "vibration" et "ondulation" sont employés comme synonymes, par opposition aux termes "intermittent" et "pulsatoire". » Lorsque vous avez rédigé ce cahier des charges, aviez-vous l’intention de conférer au terme « ondulation » un sens ou une signification différents de ceux qui lui étaient jusqu’alors attribués dans la langue anglaise ? En d’autres termes, aviez-vous pour dessein de créer un mot nouveau, ou d’attribuer à un terme existant de la langue anglaise une signification qui ne lui avait jamais été conférée auparavant ?
R. Lorsque j'ai rédigé ce mémoire descriptif, j'étais parvenu à concevoir un type de courant électrique entièrement nouveau, pour lequel il n'existait aucun terme dans la langue anglaise. J'ai donc dû forger un nom pour désigner ce genre de courant, et je l'ai qualifié de courant « ondulatoire », par opposition aux courants « intermittents » et « pulsatoires » que j'avais précédemment utilisés pour produire des effets sonores au moyen de l'électricité. Le mot « ondulation » est employé ici dans un sens conforme à celui qui lui était déjà attribué dans la langue anglaise ; toutefois, son usage est restreint de manière à devenir synonyme d'« oscillation » ou de « vibration ». Appliqué à l'électricité, le terme « ondulation » revêt une signification inédite dans la langue anglaise, car ce que je nomme « ondulation électrique » n'existait pas avant mon invention ; et, pour autant que je sache, une telle notion n'avait même jamais été imaginée. Une ondulation électrique, telle que j'emploie ce terme, désigne une variation électrique analogue à une vibration sonore. Or, dans une vibration sonore, l'air est soumis à des changements de densité périodiques et rapides. Au cours de chaque cycle, la densité de l'air varie progressivement, par degrés imperceptibles, d'un maximum à un minimum, puis du minimum au maximum, formant ainsi une oscillation ou vibration complète. La fréquence de ces variations périodiques — c'est-à-dire le nombre de vibrations par seconde — détermine la hauteur du son. L'écart entre la densité maximale et la densité minimale au sein de chaque vibration constitue l'amplitude de la vibration et détermine l'intensité du son perçu ; quant à la manière dont la densité de l'air évolue progressivement, par degrés imperceptibles, du maximum au minimum et inversement, elle définit la nature ou la forme de la vibration sonore, déterminant ainsi le timbre du son entendu par l'oreille. Une « ondulation électrique », au sens où j'emploie ce terme dans le brevet, doit correspondre à une vibration sonore aérienne, selon les modalités énumérées ci-dessus ; les diverses phases de densité étant représentées sur le circuit par des phases correspondantes d'intensité du courant. Dans la description du brevet, j'indique :
« Les ondulations électriques résultent de variations progressives d'intensité, exactement analogues aux variations de la densité de l'air provoquées par des vibrations pendulaires simples. Le mouvement électrique, tout comme le mouvement aérien, peut être représenté par une courbe sinusoïdale ou par la résultante de plusieurs courbes sinusoïdales. »
La similitude entre les variations électriques se produisant dans le circuit et les variations aériennes survenant simultanément dans l'air lors de la transmission d'un son constitue le principe fondamental de tout le brevet. Comme il n'existait aucun terme dans la langue anglaise pour exprimer cette idée, j'ai utilisé, dans mon brevet, les expressions « courant ondulatoire » et « ondulation » électrique, dans un sens technique et strictement délimité, afin de traduire ce concept.

Contre-interrogatoire 789. Existe-t-il, dans la description du brevet du 7 mars 1876, un passage qui limite la signification du terme « ondulation » au sens technique et strictement délimité que vous dites lui avoir donné ?
R. Oui, le passage du brevet que je viens de citer dans ma réponse précédente.

Contre-interrogatoire 790. Vous déclarez dans le brevet :
« Le mouvement électrique, tout comme le mouvement aérien, peut être représenté par une courbe sinusoïdale ou par la résultante de plusieurs courbes sinusoïdales. » Les courbes sinusoïdales représentées dans le dessin de votre brevet, si elles étaient utilisées pour illustrer un mouvement aérien, ne feraient que traduire l'amplitude et la rapidité des vibrations ; ou, en d'autres termes, la hauteur et l'intensité. Est-ce bien cela ?
R. : Non. Chaque son possède une qualité ou un timbre qui lui est propre, en plus d'une certaine hauteur et d'une certaine intensité. Supposons que les courbes sinusoïdales, illustrées à la figure 4 du dessin de mon brevet, servent à représenter une vibration sonore dans l'air : la distance horizontale « dd », entre les points « b » et « b », représenterait alors la durée nécessaire à l'accomplissement d'une vibration complète ; il s'agit là de l'élément qui définit la hauteur, car le nombre de vibrations par seconde — autrement dit, la cadence ou la fréquence des vibrations — détermine la hauteur du son. La distance verticale entre « b » et « c », qui correspond à la somme des deux segments « bd » et « fc », constitue l'amplitude de la vibration et exprime l'intensité du son. Enfin, la forme de la courbe entre les points « b » et « b » représente la nature de la vibration sonore et traduit le caractère, la qualité ou le timbre du son en question.

Ross – Int. 791. Existe-t-il, dans la description de votre brevet, une mention indiquant que l’une quelconque des courbes sinusoïdales qui y sont illustrées exprime la forme ou le timbre du son ?
R.Le terme « sinusoïdal » désigne en soi une courbe ayant une forme particulière ; or, il était bien connu dans le domaine que cette forme de courbe représentait graphiquement une vibration pendulaire simple, ou une note musicale de nature simple.
Concernant les formes des courbes sinusoïdales de la figure 4, en tant qu’elles expriment des variations électriques, je précise : « La distance verticale *bd* ou *cf* entre un point quelconque de la courbe et la ligne zéro exprime l’intensité de l’impulsion positive ou négative au point observé. » [...]
En d’autres termes, dans les ondulations électriques représentées par les courbes en A (figure 4), l’intensité du courant varie non seulement progressivement d’un point à un autre — par degrés imperceptibles —, mais elle varie également selon une modalité particulière, traduite par la forme ou le tracé des courbes. Cela est particulièrement évident dans la courbe A + B, où la forme de l'ondulation électrique résultante diffère de celle de chacun de ses constituants, A et B. À ce propos, j'indique, dans le corps du brevet :
« L'effet combiné de A et B, lorsqu'ils sont induits simultanément sur un même circuit, est représenté par la courbe A + B (fig. 4), qui correspond à la somme algébrique des courbes sinusoïdales A et B. Cette courbe A + B traduit également le mouvement réel de l'air lorsque les deux notes musicales considérées sont émises simultanément. Ainsi, lorsque des ondulations électriques de fréquences différentes sont induites simultanément dans un même circuit, il en résulte un effet tout à fait analogue à celui que provoquent, dans l'air, les vibrations des corps émetteurs. Par conséquent, la coexistence, sur un circuit télégraphique, de vibrations électriques de hauteurs différentes ne se manifeste pas par la disparition du caractère vibratoire du courant, mais par des particularités dans la forme des ondulations électriques — ou, en d'autres termes, par des particularités dans la forme des courbes qui représentent ces ondulations. »
En décrivant le fonctionnement de l'appareil illustré à la figure 7, j'indique, dans le brevet :
« Lorsqu'un son est émis dans le cône, la membrane *a* entre en vibration ; l'armature *c* est alors entraînée dans ce mouvement, ce qui génère des ondulations électriques sur le circuit Ebefg. Ces ondulations présentent une forme analogue à celle des vibrations de l'air engendrées par le son ; autrement dit, elles sont représentées graphiquement par des courbes semblables. »

Contre-interrogatoire – 792. Dans la troisième revendication de votre brevet du 7 mars 1876, vous utilisez les termes suivants :
« La méthode consistant à produire des ondulations dans un courant voltaïque continu par la vibration ou le mouvement de corps capables d’une action inductive... » Un aimant permanent est un corps capable d’une action inductive, n’est-ce pas, au sens des termes employés ?
R. C’est bien le cas.

Contre-interrogatoire 793. En quoi, alors, le procédé que vous avez cherché à revendiquer dans la troisième revendication diffère-t-il du mode de fonctionnement de l'appareil que vous avez cherché à revendiquer dans la deuxième revendication ?
R. : Je suppose que vous voulez me demander en quoi le procédé de production d'ondulations électriques décrit dans la troisième revendication diffère de celui décrit dans la deuxième. Le procédé décrit dans la troisième revendication est limité à un courant voltaïque continu, tandis que celui décrit dans la deuxième revendication n'est pas ainsi limité ; il est indépendant de la présence d'une pile dans le circuit.

Contre-interrogatoire 794. Si je comprends bien votre dernière réponse, la seule différence réside dans le fait que, dans un cas, une pile est utilisée, alors que dans l'autre, elle ne l'est pas. Est-ce bien cela ?
R. : Je dirais plutôt que, dans un cas, une pile est utilisée, et que dans l'autre, son utilisation n'est pas nécessaire. Je considère le procédé de la troisième revendication comme une sous-variété du procédé décrit dans la deuxième ; il constitue un cas particulier du procédé exposé dans la deuxième revendication.

Contre-interrogatoire 795. Il n'est donc pas absolument nécessaire d'utiliser une pile dans l'un ou l'autre cas, n'est-ce pas, puisque vous avez indiqué que les corps capables d'une action inductive, mentionnés dans la troisième revendication, incluent les aimants permanents ?
R. : Je n'ai pas entendu inclure dans la troisième revendication les cas où aucune pile voltaïque n'est utilisée ; j'estimais que ces cas étaient couverts par la deuxième revendication. Quant aux cas où une pile est utilisée, j'estimais qu'ils pouvaient relever des deux revendications.

Contre-interrogatoire 796. Le terme « pile » n'apparaît dans aucune des revendications du brevet, à l’exception de la quatrième, n’est-ce pas ?
R. : Aucune des revendications n’exclut une batterie ; dans la troisième revendication, une batterie est même spécifiquement mentionnée, car « un courant voltaïque continu nécessite une batterie dans le circuit ».

Contre-interrogatoire 797. Vous saviez, n'est-ce pas, avant l'invention de tout élément revendiqué dans votre brevet du 7 mars 1876, que des variations de l'intensité du courant pouvaient être provoquées en augmentant et en diminuant alternativement la résistance du circuit, ou en augmentant et en diminuant alternativement la puissance de sa pile ?
R. Pas des variations constituant des « ondulations », au sens où l'entend le brevet ; c'est-à-dire des ondulations électriques analogues à des vibrations sonores.

Contre-interrogatoire 798. Je déduis de votre dernière réponse que, sous réserve des exceptions qui y sont mentionnées, vous saviez, avant la réalisation de toute invention revendiquée dans votre brevet du 7 mars 1876, que des variations de l'intensité du courant pouvaient être provoquées en augmentant et en diminuant alternativement la résistance du circuit, ou en augmentant et en diminuant alternativement la puissance de la pile. Est-ce bien cela ?
R. Je savais assurément que si l'on diminuait la résistance d'un circuit sans modifier la force électromotrice, l'intensité du courant augmenterait ; et inversement, si l'on augmentait la résistance, l'intensité diminuerait. Il en va de même pour la puissance de la pile. Je savais qu'en modifiant la résistance interne de la pile, on provoquait une variation de l'intensité du courant ; mais l'idée même d'une variation rapide et périodique de l'intensité d'un courant électrique, correspondant exactement à une vibration sonore, était inconnue avant que je ne l'invente. Par ailleurs, aucune méthode — ni pour moi, ni pour quiconque — ne permettait alors de faire varier la résistance d'un circuit ou la puissance d'une pile de manière à produire des ondulations de cette nature ; cela jusqu'à ce que j'invente le procédé décrit dans mon brevet du 7 mars 1876, et revendiqué dans la quatrième revendication.

Contre-interrogatoire. 799. Je déduis de votre réponse à la question 788 que, pour créer une ondulation électrique — au sens où vous employez ce terme dans votre brevet — au moyen de l'appareil illustré à la figure 5 des dessins du brevet, il serait nécessaire de faire vibrer l'armature « c » avec une rapidité suffisante pour engendrer une vibration sonore dans l'air. Est-ce bien cela ?
R. Oui.

Contre-interrogatoire 800. Et, pour créer une ondulation électrique — au sens où vous utilisez ces termes dans le brevet — au moyen du dispositif représenté à la figure 7 du brevet, il serait nécessaire de faire vibrer l'armature « c » avec une rapidité suffisante pour provoquer des vibrations sonores dans l'air. Est-ce bien cela ?
R. : Bien plus, le mouvement de l’armature est lui-même provoqué par l’action d’une vibration sonore dans l’air. Grâce à l’interposition de la membrane, l’air en vibration peut commander le mouvement de l’armature « c » ; ainsi, la vibration de cette armature « c » constitue une reproduction fidèle de la vibration sonore aérienne qui en est à l’origine. Dans les deux cas, celui de la figure 5 et celui de la figure 7, l’armature doit osciller à la fréquence d’une vibration sonore afin de créer une « ondulation » électrique — au sens où j’emploie ce terme dans le brevet. Toutefois, les mécanismes par lesquels les armatures sont mises en vibration sonore diffèrent radicalement entre ces deux configurations (figures 5 et 7). Dans le cas de la figure 5, l’armature « c » est mise en vibration mécaniquement, par un moyen approprié (par exemple, sous l’effet du vent) ; cette vibration engendre, d’une part, des vibrations sonores dans l’air et, d’autre part, des ondulations électriques dans le circuit « gbe f g », lesquelles sont analogues aux vibrations aériennes. Ici, la vibration sonore résulte donc de la vibration de l’armature « c ».
Dans le cas de la figure 7, la vibration de l’armature « c » est le résultat — et non la cause — de la vibration sonore. Le mouvement est communiqué à l’armature par la voix humaine, par un instrument de musique, ou par tout autre son produit à proximité de la membrane « a ». Lors du fonctionnement du dispositif illustré à la figure 7, tel que décrit dans le brevet, un son est émis en direction du cône « A » ; la vibration sonore produite par la voix entraîne une vibration correspondante de la membrane « a ». L’armature « c », étant fixée au centre de cette membrane, est contrainte de suivre ce mouvement ; elle se déplace de la même manière, créant ainsi des ondulations électriques de nature analogue au sein du circuit « E befg ». Ainsi, dans la figure... Dans le cas de la figure 7, les vibrations sonores présentes dans l'air provoquent des vibrations de l'armature c ; celles-ci engendrent, à leur tour, des ondulations électriques qui ressemblent aux vibrations sonores de l'air.
Dans le cas de la figure 5, la vibration mécanique de l'armature c fait apparaître des vibrations sonores dans l'air et provoque, simultanément, des ondulations électriques qui ressemblent aux vibrations sonores produites dans l'air.
Dans le cas de la figure 5, les vibrations sonores présentes dans l'air résultent de la vibration de l'armature c ; dans le cas de la figure 7, elles en sont la cause.

Contre-interrogatoire 801. Je comprends, d'après vos réponses, que l'armature *c* de la figure 5 doit osciller à la fréquence d'une vibration sonore afin de créer une « ondulation » électrique. Je suppose que la réciproque de cette proposition est vraie, et que si l'armature *c* n'oscille pas à la fréquence d'une vibration sonore, alors aucune « ondulation » électrique — au sens où vous avez employé ce terme dans le mémoire descriptif — ne sera créée. Est-ce bien cela ?
R. : C'est bien cela.

Contre-interrogatoire 802. Veuillez répondre à la même question concernant l'armature *c* de la figure 7.
R. : Pour la figure 7 également, afin de créer des « ondulations » électriques dans le circuit — au sens où j'ai utilisé ce terme dans mon brevet du 7 mars 1876 —, l'armature *c* doit osciller à la fréquence d'une vibration sonore.

Contre-interrogatoire 803. Et, en ce qui concerne l'appareil représenté sur la figure 5, est-il également nécessaire que l'armature de l'instrument récepteur oscille à la fréquence d'une vibration sonore dans tous les cas où des ondulations électriques sont créées ?
R. : Dans le cas de la figure 5, il est nécessaire que l'armature de l'instrument récepteur oscille à la fréquence d'une vibration sonore lorsque la fréquence des ondulations électriques correspond à la cadence de vibration normale de l'armature de l'instrument récepteur ; c'est-à-dire lorsque les armatures des instruments émetteur et récepteur ont, par nature, la même hauteur tonale. Lorsque les hauteurs tonales diffèrent, il n’est ni nécessaire ni souhaitable que l’armature de l’appareil récepteur oscille.
Dans le cadre de l’invention illustrée par la figure 5, il serait même préjudiciable que l’armature de l’appareil récepteur soit soumise à une vibration suffisamment intense pour produire un son perceptible, dans les cas où les armatures des appareils émetteur et récepteur ne sont pas à l’unisson.

[En raison d’une erreur de numérotation, il n’existe pas de question 804 dans le contre-interrogatoire.]

Contre-interrogatoire, question 805. En se référant de nouveau à la figure 5 : lorsque l’armature *c* de l’appareil émetteur oscille à la fréquence d’une vibration sonore, alors que l’armature de l’appareil récepteur possède une fréquence de vibration différente et demeure silencieuse, une ondulation électrique est-elle créée, au sens où vous employez ce terme dans le mémoire descriptif ?
R : Dans tous les cas où l’armature *c* de l’appareil émetteur oscille à la fréquence d’une vibration sonore, des ondulations électriques sont créées — au sens où j’ai utilisé ce terme dans le mémoire descriptif —, que l’appareil récepteur réagisse ou non.

Contre-interrogatoire 806. Si je comprends bien vos réponses, si l'on place un aimant permanent dans la bobine d'un circuit fermé et que l'on fait vibrer un diapason en présence de cet aimant permanent, une « ondulation électrique » — au sens où vous utilisez ce terme dans le mémoire descriptif — serait alors créée. Est-ce bien cela ?
R. Si je vous saisis bien, vous proposez de remplacer le noyau de l'électroaimant A, représenté sur la figure 5, par un aimant permanent, et l'armature c par un diapason ; vous demandez si la vibration sonore du diapason devant le pôle de l'aimant permanent créerait, dans le circuit g-b-e-f-g, des ondulations électriques, au sens où j'ai employé ce terme dans le brevet. C'est bien le cas, qu'une pile soit présente ou non dans le circuit.

Contre-interrogatoire 807. Je vous ai demandé hier s'il existait, dans le mémoire descriptif de votre brevet, une indication précisant que l'une quelconque des courbes sinusoïdales qui y sont illustrées exprimerait la forme ou le timbre du son ; dans votre réponse, vous avez cité certains passages dudit mémoire. Existe-t-il, en dehors de ceux que vous avez cités, une autre mention dans le mémoire descriptif indiquant qu'une courbe sinusoïdale qui y figure exprimerait le timbre ou la qualité du son ?
R. Le brevet suppose une connaissance de l'état de la technique en matière d'acoustique ; le point sur lequel vous m'interrogez était, à l'époque, bien connu des spécialistes du domaine.

Contre-interrogatoire 808. N'aviez-vous pas connaissance — par des tiers ou par des publications imprimées, et ce avant toute invention revendiquée dans votre brevet du 7 mars 1876 — du fait que la résistance interne d'une pile diminue lorsque l'on rapproche les éléments voltaïques qui la composent, et qu'elle augmente lorsqu'on les éloigne les uns des autres ?
R. Si. Mais on ignorait que la vibration sonore réciproque des éléments d’une pile, obtenue de cette manière, puisse provoquer des « ondulations » dans un circuit voltaïque continu, au sens où j’ai employé ce terme dans le brevet.

Contre-interrogatoire 809. Existe-t-il, dans le brevet du 7 mars 1876, un appareil décrit ou illustré permettant de rapprocher ou d’éloigner les éléments voltaïques ?
R. Cela peut être réalisé en fixant l’élément de la pile que l’on souhaite faire entrer en vibration sonore à la partie vibrante de l’appareil représenté sur la figure 5 ou la figure 7. C’est-à-dire que, dans le cas de la figure 5, l’élément de la pile est mis en vibration par l’intermédiaire d’une anche accordée, actionnée par un souffle d’air ou par des moyens mécaniques. Dans le cas de la figure 7, des vibrations sonores peuvent être transmises à l’élément de la pile par l’intermédiaire d’une membrane tendue.

Contre-interrogatoire 810. Un appareil tel que celui que vous avez décrit dans votre réponse précédente a-t-il été fabriqué ou utilisé par vous avant le 7 mars 1876 ; ou bien un dessin d’un tel appareil a-t-il été réalisé par vous avant le 7 mars 1876 ?
R. Non ; mais un tel appareil a été construit et utilisé par moi après cette date ; et je crois également que des dessins ont été réalisés à la même époque.

Contre-interrogatoire 811. Saviez-vous, par des publications imprimées ou par d’autres sources, avant toute invention revendiquée dans votre brevet du 7 mars 1876, que la vibration réciproque des éléments d’une pile provoquait des variations dans l’intensité du courant voltaïque ? Cette question, notez-le, ne fait aucune référence au sens que vous avez pu attribuer au terme « ondulatoire » ou « action ondulatoire ».
R. Ce que je savais — et ce que j’ignorais — avant toute invention revendiquée dans mon brevet du 7 mars 1876, à ce sujet, sera mieux compris en citant un passage de la description technique. Dans mon brevet, j’indique :
« La résistance interne d’une pile diminue lorsque l’on rapproche les éléments voltaïques, et augmente lorsqu’on les éloigne les uns des autres. La vibration réciproque des éléments d’une pile provoque donc une action ondulatoire dans le courant voltaïque. »
La première phrase exprime l’état de mes connaissances sur le sujet, avant toute invention revendiquée dans mon brevet. La dernière phrase constitue une déduction personnelle, tirée des prémisses énoncées dans la première phrase.
Dans mon brevet, bien entendu, le terme « vibration », dans la seconde phrase, est employé dans le sens de vibration sonore, et le terme « ondulatoire » dans le sens technique que je lui ai conféré au sein dudit brevet. Vous me demandez toutefois de répondre à la question sans faire référence au sens technique donné à ces termes dans le brevet. Je peux donc affirmer que, pour autant que je sache, on ignorait — avant toute invention revendiquée par moi dans mon brevet du 7 mars 1876 — que la vibration réciproque des éléments d’une pile pouvait provoquer des variations dans l’intensité d’un courant voltaïque ; et ce, d’une telle manière que la courbe représentant graphiquement la vibration mécanique représenterait également, de façon graphique, les variations de l’intensité dudit courant voltaïque. Rien, dans l’état de la technique, n’empêchait quiconque de parvenir à cette conclusion ; mais, en fait, pour autant que je sache, personne n’y est parvenu avant que je n’aboutisse moi-même à cette conception. Et je considère que cela vaut également pour les vibrations trop lentes pour produire une sensation sonore, bien que, dans mon brevet, je me limite aux vibrations sonores et aux ondulations électriques qui leur correspondent.

Contre-interrogatoire 812. Existe-t-il, dans votre brevet du 7 mars 1876, un appareil décrit et illustré dans lequel « la vibration réciproque des éléments d’une pile provoque une action ondulatoire dans le courant voltaïque » ? Vous remarquerez que, dans cette question, je reprends les termes exacts du mémoire descriptif.
R. Non ; mais j’estimais que toute personne versée dans les domaines techniques auxquels se rapporte le brevet comprendrait qu’une membrane, telle que celle représentée en « a » (figure 7), lorsqu’elle est mise en mouvement par la voix d’une personne qui parle, provoquerait une vibration dans toute masse qui y serait fixée — comme l’armature « c » —, quelle que soit la forme de cette masse. Par conséquent, chaque fois que j’évoque, dans le brevet, la production de vibrations dans un corps — sans décrire précisément les moyens par lesquels ces vibrations sont obtenues —, je considérais comme allant de soi que les dispositifs illustrés aux figures 5 ou 7 pouvaient être adaptés à cet effet, en fixant le corps que l’on souhaite faire vibrer à la partie vibrante de l’appareil représenté sur ces figures. C’est-à-dire, soit en le fixant, dans le premier cas, à une anche accordée — actionnée par un flux d’air ou par tout autre moyen mécanique, comme illustré à la figure 5 —, soit, dans le second cas, à une membrane tendue susceptible d’être mise en vibration par la voix d’une personne, comme à la figure 7. Je n’ai pas estimé qu’il fût nécessaire de faire preuve d’inventivité pour parvenir à cette conception ; j’ai considéré que toute personne compétente dans les domaines concernés par le brevet comprendrait cela sans avoir besoin d’instructions supplémentaires, au-delà de celles déjà contenues dans le brevet lui-même.

Contre-interrogatoire 813. Un appareil semblable à celui que vous avez décrit dans votre réponse précédente a-t-il été construit ou utilisé par vous avant le 7 mars 1876 ? Ou bien un dessin d’un tel appareil a-t-il été réalisé avant cette même date du 7 mars 1876 ?
R. Je comprends que vous faites référence à la partie vibratoire de l'appareil illustré aux figures 5 et 7, par opposition à sa partie électrique.
Je peux donc affirmer qu'avant le 7 mars 1876, j'avais l'habitude d'expérimenter des membranes — telles que celle représentée en « a » sur la figure 7 — qui étaient lestées de différentes manières.
Je fais plus précisément allusion à des expériences menées avec des phonautographes, dans lesquelles la charge portée par la membrane dépassait non seulement largement le poids de l'armature « c », mais accomplissait également un travail mécanique considérable en raclant du noir de fumée sur une plaque de verre noircie, afin de tracer graphiquement les formes de vibration caractéristiques des sons de la parole.
J'avais également l'habitude d'utiliser des anches libres, comme celle illustrée sur la figure 5, lesquelles étaient lestées de diverses manières ; par exemple, par la fixation d'un fil métallique.
Ainsi, avant le 7 mars 1876, j'avais déjà construit et utilisé, pour l'essentiel, les parties vibratoires de l'appareil représenté aux figures 5 et 7 ; et je savais parfaitement qu'il était possible de les lester de différentes manières sans pour autant altérer de façon significative leur vibration.
Des dessins de l'appareil en question avaient également été réalisés avant le 7 mars 1876.

Contre-interrogatoire 814. Saviez-vous, par des publications imprimées ou par d'autres sources, avant toute invention de votre part faisant l'objet de votre brevet du 7 mars 1876, que la vibration verticale des éléments d'une pile, au sein du liquide dans lequel ils sont immergés, provoque une variation de l'intensité du courant en augmentant et en diminuant alternativement la puissance de la pile ?
R. : Non ; ce que je savais, en revanche, c'est que si les éléments d'une pile n'étaient que très légèrement immergés dans le liquide excitateur, l'intensité du courant produit serait plus faible que si une surface plus étendue était mise en contact avec le liquide — ce qui s'obtenait en immergeant davantage les éléments. À partir de ce constat, j'ai déduit non seulement que la vibration verticale des éléments d'une pile dans le liquide où ils sont plongés entraînerait une variation de l'intensité du courant, mais aussi que ces variations seraient proportionnelles à la surface immergée ; de sorte que des « ondulations électriques » — selon l'acception que je donne à ce terme dans le brevet — seraient générées si ces vibrations se succédaient à une fréquence correspondant à celle d'une vibration sonore.
Rien, dans l'état de la technique, n'empêchait quiconque de parvenir à cette conception avant moi ; mais, pour autant que je sache, personne n'y est parvenu avant que je ne l'aie eue moi-même. Et j'affirme cela non seulement en ce qui concerne les vibrations sonores, telles que celles mentionnées dans le brevet, mais aussi en ce qui concerne les vibrations trop lentes pour produire une sensation sonore ; bien que, dans mon brevet, je me limite aux vibrations sonores et aux ondulations électriques correspondant à ces vibrations sonores.

Contre-interrogatoire 815. Existe-t-il, dans la description de votre brevet du 7 mars 1876 ou dans les dessins qui l'accompagnent, un appareil permettant de provoquer une vibration verticale des éléments d'une pile au sein du liquide dans lequel ils sont immergés ?
R. Il s'agit de la partie vibrante de l'appareil illustré à la figure 5 ou à la figure 7. Je fais référence, dans le cas de la figure 5, à une anche libre mise en mouvement par un flux d'air ; et, dans le cas de la figure 7, à une membrane actionnée par la voix humaine. J'ai estimé qu'une personne du métier comprendrait qu'il s'agissait là des moyens que je proposais pour produire les vibrations mentionnées dans le brevet.

Contre-interrogatoire 816. Dans les dessins de votre brevet du 7 mars 1876 — aux figures 5, 6 et 7 —, les piles voltaïques sont représentées de manière conventionnelle ; c'est-à-dire par des lignes verticales pour les figures 5 et 6, et par des lignes horizontales pour la figure 7, n'est-ce pas ?
R. Oui.

Contre-interrogatoire 817. On ne trouve, dans le brevet, aucune autre illustration graphique ou aucun autre dessin de pile, hormis ceux mentionnés dans ma question précédente. C’est bien le cas, n’est-ce pas ?
R. : Oui, c’est bien le cas.

Contre-interrogatoire 818. Je remarque que, sur la figure 5, la pile est représentée comme étant placée dans un circuit composé entièrement de fils conducteurs, tandis que, sur la figure 7, elle est représentée comme étant placée dans un circuit composé, en partie, de fils conducteurs et, en partie, de la terre. Cela revêt-il une quelconque importance ou signification particulière ?
R. : Non. L’un des types de circuit constitue un équivalent bien connu de l’autre. Le choix de l’un ou l’autre type de circuit est sans incidence sur le fonctionnement de l’appareil.

Contre-interrogatoire 819. Avant la délivrance de votre brevet du 7 mars 1876, avez-vous fabriqué ou utilisé un appareil dans lequel les éléments d’une pile étaient soumis à une vibration verticale ; ou bien, avant le 7 mars 1876, avez-vous réalisé un dessin d’un tel appareil ?
Rép. : Non.

Contre-interrogatoire 820. Saviez-vous, par des tiers ou par une ou plusieurs publications imprimées — et ce, avant la date de toute invention revendiquée dans votre brevet du 7 mars 1876 — que, lorsque du mercure ou un autre liquide fait partie d’un circuit voltaïque, plus le fil conducteur est immergé profondément dans le liquide, moins ce dernier oppose de résistance au passage du courant ?
R. : Je dirais plutôt qu’avant la date de toute invention revendiquée dans mon brevet du 7 mars 1876, je savais que, lorsqu’un liquide fait partie d’un circuit voltaïque, la résistance du trajet à travers le liquide dépend très largement de la surface des conducteurs immergés dans ce liquide. Toutefois, je ne saurais affirmer avoir appris cela de tiers ou par des publications imprimées, bien que ce fait fût connu.
Je crois avoir découvert cela au cours de mes propres expériences avec un dispositif anti-étincelles (« spark-arrester ») utilisant un liquide. Je fais référence au dispositif anti-étincelles décrit dans ma réponse à la question n° 103.

Contre-interrogatoire 821. À quel moment — si tant est que cela se soit produit — avez-vous été informé que le dispositif anti-étincelles mentionné dans votre réponse précédente n’était pas brevetable, faute de nouveauté ?
R. : Je ne crois pas avoir jamais été informé qu’il n’était pas brevetable faute de nouveauté ; en effet, je n’ai jamais eu l’impression qu’il était totalement dépourvu d’éléments brevetables.
Mon mémoire descriptif a été transmis à MM. Pollok & Bailey, à Washington — en janvier 1876, je crois, ou peut-être en février — m’ont, si je me souviens bien, fait savoir qu’un point important avait déjà été anticipé par quelqu’un d’autre ; il fallait donc modifier le mémoire descriptif si je souhaitais déposer une demande de brevet. Il me semble que, l’utilisation d’un courant ondulatoire pour la télégraphie multiple rendant superflu le dispositif anti-étincelles, j’ai estimé qu’il ne valait pas la peine de poursuivre la démarche.

Contre-interrogatoire 822. Vous souvenez-vous si la vibration du fil conducteur dans du mercure ou un autre liquide constituait l’un des points importants qui, selon vos avocats, avaient déjà été anticipés ?
R. Ce n’était pas l’un de ces points. Je suppose que vous utilisez le terme « vibration » dans son sens courant, tel qu’il est employé en physique et défini dans le dictionnaire, et non dans le sens restreint que je lui donne dans mon brevet, à savoir : vibration sonore. Il me semble que le point en question était qu’un liquide, comme l’eau, avait déjà été utilisé par le passé en guise de dispositif anti-étincelles.

Contre-interrogatoire 823. Existe-t-il, dans les dessins de votre brevet, un appareil illustrant la vibration d’un fil conducteur plongé dans du mercure ou un autre liquide inclus dans le circuit ? Ou bien existe-t-il, dans la description du brevet, une description d’un tel appareil ?
R. J’estime qu’une lecture attentive de la description permettrait à toute personne du métier de construire un tel appareil. Mon intention n’était pas d’évoquer la vibration sonore d’un corps quelconque sans indiquer un moyen permettant de produire cette vibration ; et je considérais que toute personne du métier comprendrait que les moyens présentés dans la figure 5 ou la figure 7 étaient applicables à tous les cas mentionnés dans le brevet. Par exemple, pour ce qui est de la figure 5, je pensais qu’il serait évident pour quiconque du métier que le fil conducteur destiné à vibrer pouvait être fixé à une anche libre « c », mise en vibration par un flux d’air ou par un moyen mécanique ; et que du mercure — ou un autre liquide — devait être substitué à l’électro-aimant « b ». De même, pour la figure 7, je supposais qu’il serait compris que le fil conducteur destiné à vibrer pouvait être fixé au centre d’une membrane tendue « a », et que du mercure — ou un autre liquide — devait être inclus dans le circuit en remplacement de l’électro-aimant « b ». Bien entendu, dans ce cas, la surface du mercure (ou de tout autre liquide) étant nécessairement horizontale, la membrane « a » devait elle-même être disposée de manière sensiblement horizontale, afin de permettre au fil de plonger dans le liquide. Je partais du principe que cela serait compris par toute personne du métier, sans qu’il soit nécessaire de fournir davantage de précisions que celles déjà contenues dans le brevet lui-même.

Contre-interrogatoire 824. L’une ou l’autre des formes d’appareil que vous avez évoquées dans votre réponse précédente a-t-elle été construite ou utilisée par vous avant le 7 mars 1876 ?
R. Non ; mais les deux ont été construites très peu de temps après.

Contre-interrogatoire 825. Lorsque vous avez rédigé la description de votre brevet du 7 mars 1876, aviez-vous l’intention que l’appareil représenté dans la figure 5 des dessins devraient-ils servir à transmettre une parole articulée ?
R. : Non ; pas telle qu'elle est représentée sur la figure 5 des dessins.

Contre-interrogatoire 826. Quels éléments de construction, absents de l'appareil illustré sur la figure 5 mais présents dans celui de la figure 7, permettraient à un opérateur de transmettre la parole au moyen de ce dernier instrument ?
R. : Une armature qui n'a pas tendance à vibrer selon une fréquence propre déterminée, associée à une membrane tendue ; le tout agencé comme le montre la figure 7. Dans le corps du mémoire descriptif, ces éléments sont décrits comme suit : il a été indiqué plus haut que l'armature « c » (figure 5) peut être mise en vibration, notamment, par le souffle. Un autre mode est illustré sur la figure 7, où le mouvement peut être communiqué à l'armature par la voix humaine ou par un instrument de musique. « L'armature "c" (figure 7) est fixée de manière souple, par l'une de ses extrémités, à la branche libre "d" de l'électroaimant "b", tandis que son autre extrémité est reliée au centre d'une membrane tendue "a". »

Contre-interrogatoire 827. Si je comprends bien votre réponse, le progrès technique par rapport à ce qui est représenté sur la figure 5 — ou l'amélioration apportée à ce dispositif — ayant permis la transmission de la parole articulée, consiste donc à avoir remplacé l'armature par une autre, dépourvue de fréquence de vibration propre, et à avoir ajouté une membrane tendue, le tout étant agencé comme illustré sur la figure 7 du brevet. C'est bien cela, n'est-ce pas ?
R. : Non ; il s'agissait d'une amélioration apportée à l'appareil de la figure 5 — en l'agençant comme sur la figure 7 — afin de permettre la transmission de la parole articulée et d'autres sons. Toutefois, cela n'a rien à voir avec le procédé lui-même, qui est totalement indépendant de toute armature ou membrane. Le procédé — ou la méthode — de transmission télégraphique de sons, vocaux ou autres, tel que défini et revendiqué dans le brevet, consiste à « provoquer des ondulations électriques dont la forme est analogue à celle des vibrations de l'air accompagnant lesdits sons, vocaux ou autres ». La figure 7 ne constitue qu'un exemple de dispositif permettant d'obtenir ce résultat.

Contre-interrogatoire 828. Dans la description de votre brevet, vous déclarez : « L'un des moyens par lesquels l'armature c (fig. 5) peut être mise en vibration, comme indiqué plus haut, est l'action du vent. » Lorsque vous avez rédigé cette description, entendiez-vous par le terme « vent » tout mouvement de l'air ambiant susceptible de faire vibrer l'armature c, ou que vouliez-vous dire exactement ?
R. Je voulais dire que l'armature c (fig. 5) pouvait être montée sur un support métallique, de manière classique, pour constituer une anche libre — semblable à celles utilisées dans les orgues — pouvant être mise en vibration sonore par un courant d'air provenant d'un sommier ou d'un soufflet. Je précise d'ailleurs que j'avais construit un appareil conçu de cette façon, et que je l'avais fait fonctionner avec succès, avant même la rédaction de la description de mon brevet du 7 mars 1876.

Contre-interrogatoire 829. À quel moment l'appareil mentionné dans votre réponse précédente a-t-il été construit ?
R. Le 28 juin 1875. Dans une lettre adressée à M. Hubbard ce jour-là — lettre que j'ai lue dans ma réponse à la question 73 —, je décrivais cet appareil ainsi que les expériences qui y ont été menées à l'époque.

Contre-interrogatoire 830. Si je comprends bien votre témoignage, vous aviez donc, dès le 28 juin 1875, construit et utilisé l'appareil illustré à la figure 5 ; et, par la suite, un appareil semblable à celui de la figure 7 a été réalisé, intégrant des perfectionnements permettant la transmission de la parole articulée. C'est bien cela ?
R. Le 28 juin 1875, j'ai utilisé avec succès un appareil analogue à celui de la figure 5, dans lequel l'armature c était montée en guise d'anche libre, actionnée par un courant d'air. Cela constituait une mise en pratique de l'invention illustrée par la figure 5, bien qu'il ne s'agît pas de la toute première mise en pratique. Le 2 juin 1875, j'ai également fait fonctionner avec succès un appareil semblable à celui représenté sur la figure 5, en provoquant la vibration sonore de l'armature *c* par pincement, ce qui la mettait mécaniquement en vibration. J'ai donné l'ordre de construire l'appareil représenté sur la figure 7 le 2 juin 1875. L'un des appareils téléphoniques représentés sur la figure 7 a été construit au cours du mois de juin 1875 — je crois avant le vingt-huitième jour de ce mois — et l'autre a été achevé très peu de temps après le 1er juillet.

Contre-interrogatoire 831. Quand a eu lieu la première mise en pratique de l'appareil représenté sur la figure 5 ?
R. Le 2 juin 1875.

Contre-interrogatoire 832. Je crois comprendre que vous avez déclaré avoir rédigé la troisième revendication de votre brevet n° 186 787, en date du 30 janvier 1877. Compte tenu de votre témoignage concernant la figure 5 de votre brevet n° 174 465, ainsi que de la description qui en est faite dans le mémoire descriptif, pourriez-vous expliquer pourquoi cette troisième revendication a été incluse dans le mémoire descriptif du brevet n° 186 787, plutôt que dans celui du brevet n° 174 465 ?
R. Oui ; j'ai bien rédigé la troisième revendication de mon brevet n° 186 787, en date du 30 janvier 1877. Toutefois, il m'aurait été impossible d'inclure cette revendication dans mon brevet n° 174 465, du 7 mars 1876, car la combinaison visée par cette revendication n'avait pas encore été inventée à l'époque. Et même si elle l'avait été, il n'aurait pas été approprié de l'inclure dans ce brevet, car je n'y avais pas décrit de plaque en fer ou en acier susceptible d'être mise en vibration par des sons produits à proximité — plaque qui aurait pu se substituer à l'ensemble composé d'une membrane et d'une armature, tel qu'illustré à la figure 7 dudit brevet.

Contre-interrogatoire 833. Lorsque vous avez rédigé le mémoire descriptif du brevet n° 174 465, ne considériez-vous pas le vent comme un mouvement de l'air ambiant ?
R. Pas dans le sens où ces termes sont employés dans la troisième revendication du brevet n° 186 787. Dans cette revendication, j'ai utilisé cette expression pour désigner une vibration sonore de l'air ambiant. Le sens des termes employés sera mieux compris en se référant au corps du mémoire descriptif, dans lequel j'indique la différence entre l'invention qui y est décrite et revendiquée, et celle qui fait l'objet de mon brevet du 7 mars 1876.
À propos du brevet n° 186 787, j'indique :
« Dans mon brevet n° 174 465, en date du 7 mars 1876, j'ai présenté, en guise de dispositif de transmission, une membrane tendue à laquelle est fixée l'armature d'un électroaimant ; ainsi, un mouvement peut être communiqué à cette armature par la voix humaine, par un instrument de musique, ou par des sons produits de toute autre manière. »
« Conformément à la présente invention, je remplace la membrane et l'armature — présentes dans les dispositifs de transmission et de réception susmentionnés — par une plaque de fer ou d'acier susceptible d'entrer en vibration sous l'effet de sons émis à proximité. »

Contre-interrogatoire - Q. 834. Un son intense produit à proximité de la plaque « c », telle qu'illustrée à la figure 5 de votre brevet n° 174 465, ne provoquerait-il pas un mouvement de l'air ambiant susceptible de mettre la plaque « c » en vibration ?
R. La raideur de la languette empêcherait l'armature « c » de reproduire les vibrations aériennes. La languette a tendance à vibrer selon une fréquence propre bien définie ; elle ne saurait, dans un téléphone transmettant la parole, remplacer l'ensemble membrane-armature illustré à la figure 7. Il s'agit d'un type de plaque tout à fait différent de celui mentionné dans la troisième revendication de mon brevet n° 186 787.

Contre-interrogatoire - Q. 835. Par ma précédente question, je ne cherchais pas à déterminer dans quelle mesure la languette « c » reproduirait les vibrations aériennes ; je demandais simplement si un son intense, produit à proximité de la plaque « c » (figure 5 de votre brevet n° 174 465), ne provoquerait pas un mouvement de l'air ambiant susceptible de mettre la plaque « c » en vibration.
R. Cela dépendrait, dans une large mesure, de la hauteur du son.
Si ce son intense présentait la même hauteur que celle produite naturellement par la languette lorsqu'elle vibre librement après avoir été sollicitée, alors il mettrait effectivement la languette en vibration ; en revanche, si le son intense avait une hauteur différente, les vibrations sonores de l'air entreraient en interférence avec les vibrations de la languette « c ». Supposons, par exemple, que la languette soit en pleine vibration au moment où un son intense de hauteur différente est émis : les vibrations sonores intenses présentes dans l'air tendraient alors à freiner la vibration de la languette et à l'immobiliser.

Contre-interrogatoire - Q. 836. Il me semble que vous n'avez pas encore répondu complètement à ma précédente question ; je vous repose donc la question : un son intense, produit à proximité de la plaque c, fig. 5, engendrerait un mouvement de l’air ambiant qui mettrait ladite plaque en vibration, que la hauteur du son en question soit identique à celle de l’anche c ou qu’elle en soit différente.
R. Il me semble avoir répondu de manière complète à la question ; mais, afin d'éviter tout malentendu, je répète qu'un son produit à proximité de l'anche libre accordée « c » (fig. 5) — si sa hauteur diffère de celle du son normalement émis par cette anche — engendrera un mouvement de l'air ambiant qui, loin de favoriser la mise en vibration de la anche, tendra au contraire à freiner, voire à stopper, son mouvement. Par conséquent, si l'anche entre en vibration, ce n'est pas en raison de la présence de la vibration sonore dans l'air, car celle-ci tend précisément à entraver son mouvement.

Contre-interrogatoire 837. Si un son intense, présentant la même hauteur que celle de l'armature en plaque « c » (fig. 5 de votre brevet n° 174 465), est émis à proximité de cette armature « c », ce son sera-t-il transmis et audible au niveau du récepteur de l'appareil ?
R. Un son sera effectivement perçu au niveau de l'appareil récepteur ; il aura la même hauteur que le son intense en question, mais pas nécessairement la même qualité ou le même timbre. Cette réponse suppose, bien entendu, que les appareils soient disposés comme le montre la figure 5 de mon brevet n° 174 465, les armatures « c » et « h » des deux appareils (A et I) étant, dans leur état normal, accordées à l'unisson.

Contre-interrogatoire 838. La revendication 3 de votre brevet n° 186 787, auquel il est fait référence, est libellée comme suit :
« 3. La combinaison, avec un électro-aimant, d'une plaque en fer, en acier ou en tout autre matériau susceptible d'être soumis à une action inductive, laquelle peut être mise en vibration par le mouvement de l'air ambiant ou par l'attraction d'un aimant. »
Il est exact, n'est-ce pas, que l'appareil récepteur, fig 5, de votre brevet n° 174 465, comporte-t-il une plaque en fer, en acier ou en un autre matériau susceptible d'être soumis à une action inductive, et qui peut être mise en vibration par l'attraction d'un aimant ?
R. : Oui ; mais il ne comporte pas le type de plaque visé dans la revendication 3 de mon brevet n° 186 787, laquelle est définie, dans le corps du mémoire descriptif, comme une plaque en fer ou en acier pouvant être mise en vibration par des sons produits à proximité ; elle constitue ainsi, simultanément, un diaphragme et une armature, pouvant remplacer l'ensemble membrane-armature illustré à la figure 7 de mon brevet du 7 mars 1876. Par ailleurs, la combinaison d'un électroaimant et d'une armature, telle qu'illustrée à la figure 5 de mon brevet n° 174 465, ne constitue pas un téléphone électrique parlant comparable à la combinaison décrite dans la revendication 3 de mon brevet du 30 janvier 1877, n° 186 787.

Contre-interrogatoire 839 : Vous déclarez, en réponse à la question 827 du contre-interrogatoire, que l'art ou la méthode de transmission télégraphique de sons — vocaux ou autres — telle que définie et revendiquée dans le brevet, consiste à générer des ondulations électriques dont la forme est analogue à celle des vibrations de l'air accompagnant lesdits sons ; et que la figure 7 ne représente qu'une forme d'appareil permettant d'atteindre ce résultat. Faut-il comprendre, d’après cette réponse, qu’il existe d’autres types de dispositifs permettant d’obtenir le résultat mentionné dans le mémoire descriptif de votre brevet du 7 mars 1876 ?
R. : Je voulais dire que, lorsque j'ai revendiqué le procédé ou la méthode en question — comme je l'ai fait dans la revendication 5 de mon brevet du 7 mars 1876 —, j'ai estimé nécessaire de présenter un type d'appareil permettant d'obtenir le résultat visé ; c'est ce que j'ai fait à la figure 7. Je voulais également préciser que je n'entendais pas me limiter à l'appareil spécifique illustré à la figure 7, car j'estimais que le procédé pouvait être mis en œuvre au moyen d'autres types d'appareils ; il suffisait, selon moi, d'en présenter un seul pour revendiquer la méthode ou le procédé en question. J'ai interprété votre question comme visant à savoir s'il existe d'autres types d'appareils permettant d'obtenir le résultat mentionné dans mon brevet. Si, toutefois, votre question visait à savoir si mon brevet fait référence à d'autres types d'appareils permettant d'obtenir ce résultat, alors je réponds par l'affirmative. Ils y sont mentionnés, sans pour autant être décrits en détail ni illustrés par des schémas ; néanmoins, j'estime qu'ils sont suffisamment suggérés pour permettre à toute personne versée dans l'art de les réaliser.

Contre-interrogatoire 840 : Veuillez indiquer les passages de la description qui font référence à d'autres types d'appareils — outre celui de la figure 7 — permettant d'obtenir le résultat mentionné dans votre réponse à la question 827, à savoir : « produire des ondulations électriques dont la forme est analogue à celle des vibrations de l'air accompagnant lesdits sons vocaux ou autres ».
R. : Dans les revendications 2, 3 et 4 de mon brevet du 7 mars 1876, j'ai défini et revendiqué certaines méthodes permettant de produire des « ondulations » électriques adaptées aux besoins de mon invention, que ce soit pour la télégraphie multiple — comme dans le cas de la méthode illustrée à la figure 5 — ou pour la transmission télégraphique de sons vocaux ou autres, comme dans le cas de la méthode illustrée à la figure 7.
Les dispositifs mentionnés dans les revendications, et décrits plus en détail dans le corps de la description, constituent, lorsqu'ils sont combinés de la manière revendiquée, un appareil permettant de mettre en œuvre les procédés décrits. L'une de ces combinaisons — ou appareil — destinée à mettre en pratique la méthode visée par la revendication 5 (et évoquée dans votre question) est exposée de manière complète et claire dans la description, et illustrée par la figure 7. Par ailleurs, les combinaisons de dispositifs mentionnées dans les revendications 2, 3 et 4 — pour autant qu'elles puissent être utilisées dans la mise en pratique de cette méthode — diffèrent de la combinaison illustrée à la figure 7, suggérant ainsi des variantes de l'appareil représenté sur cette même figure. À titre d'exemple, l'appareil spécifique de la figure 7, dans la mesure où il illustre la méthode visée par la revendication 2, présente un élément capable d'induire une action : il s'agit de l'armature « c » (figure 7), mise en vibration sonore par une membrane tendue « a » et située à proximité du fil conducteur qui forme le circuit — en l'occurrence, la bobine « b » de l'électro-aimant.
L'appareil de la figure 7 illustre donc, plus précisément, la première partie de la revendication 2. La seconde partie de cette même revendication suggère que le résultat pourrait être obtenu tout aussi efficacement en faisant vibrer la bobine — au moyen de la membrane — à proximité de l'armature, plutôt qu'en faisant vibrer l'armature à proximité de la bobine. Elle suggère également que la bobine et l'armature pourraient être fixées à des membranes distinctes, de sorte qu'elles soient toutes deux mises simultanément en vibration sonore, l'une à proximité de l'autre, sous l'effet de la voix. Telle que je me représente cet appareil, il s'agirait d'un téléphone conçu sous la forme d'un tambour, renfermant l'électro-aimant et l'armature ; l'une des peaux du tambour porterait l'électro-aimant (ou bobine), tandis que l'autre porterait l'armature « c ». La voix de la personne qui parle serait dirigée vers l'intérieur du tambour, provoquant ainsi un mouvement des peaux en phases opposées, ce qui entraînerait la vibration de l'armature et de la bobine, l'une à proximité de l'autre. Bien entendu, dans tous les cas évoqués ci-dessus, une personne qualifiée dimensionnerait les différents éléments de manière appropriée, afin qu'ils vibrent comme souhaité ; c'est-à-dire qu'elle utiliserait des membranes suffisamment robustes pour entraîner les pièces qui y sont fixées, ainsi que des bobines ou des armatures suffisamment légères pour être supportées par ces membranes.
La revendication 2, par le fait qu'elle ne mentionne aucune pile, suggère également que le dispositif illustré à la figure 7 pourrait être utilisé sans pile. Elle laisse aussi entrevoir une variante du dispositif de la figure 7, dans laquelle l'armature « c » serait constituée d'un aimant permanent.
Dans le cas de la revendication 3, le dispositif de la figure 7 illustre plus précisément la première partie de cette revendication : l'armature « c » constitue l'élément capable d'une action inductive, mis en vibration par la membrane « a » de manière à engendrer des ondulations dans le courant voltaïque continu fourni par la pile au sein du circuit « Ebefg ». La seconde partie de la revendication suggère que le même résultat pourrait être obtenu si l'on parvenait à faire vibrer, au moyen de la membrane, le fil conducteur de la bobine « b » à proximité de l'armature « c ».
La revendication 4 porte sur une méthode de production d'ondulations fondée sur la variation de la résistance, constituant un équivalent de la méthode magnéto-électrique illustrée par la figure 7. Elle suggère donc de remplacer les dispositifs à résistance variable décrits dans le brevet par les dispositifs magnéto-électriques représentés sur la figure 7 ; plus précisément, de substituer les dispositifs à résistance variable à l'électroaimant « b » et à l'armature « c » de la figure 7.
Concernant les moyens pouvant être mis en œuvre pour produire des ondulations électriques par la variation de la résistance, j'indique, dans le corps du mémoire descriptif :
« Des ondulations électriques peuvent également être provoquées en augmentant et en diminuant alternativement la résistance du circuit, ou en augmentant et en diminuant alternativement la puissance de la pile. »
Je précise ensuite trois moyens permettant d'obtenir ce résultat :
1. « La résistance interne d'une pile est diminuée en rapprochant les éléments voltaïques, et augmentée en les éloignant les uns des autres. Par conséquent, la vibration réciproque des éléments d'une pile engendre une action ondulatoire dans le courant voltaïque. »
2. « La résistance externe peut également être modifiée. Par exemple, si du mercure ou un autre liquide fait partie d'un circuit voltaïque, plus le fil conducteur est immergé profondément dans ce mercure ou ce liquide, moins celui-ci opposera de résistance au passage du courant. Ainsi, la vibration du fil conducteur au sein du mercure ou de tout autre liquide inclus dans le circuit provoque des ondulations dans le courant. »
3. « La vibration verticale des éléments d'une pile, au sein du liquide dans lequel ils sont immergés, produit une action ondulatoire dans le courant en augmentant et en diminuant alternativement la puissance de la pile. »
Le premier dispositif propose de remplacer l'électroaimant « b » et l'armature « c » de la figure 7 par les éléments d'une pile, dont l'un est fixé à la membrane « a ». Ainsi, sous l'effet de la voix d'un locuteur, la membrane entre en vibration, ce qui a pour conséquence de faire varier alternativement la distance entre les éléments de la pile. Cette variation engendre, dans le circuit, des ondulations électriques dont la forme reproduit celle des vibrations de l'air associées au son émis. Il est également suggéré d'utiliser un dispositif en forme de tambour doté de deux membranes, chacune portant l'un des éléments, afin de provoquer une vibration réciproque de ces derniers.
Le second dispositif propose de remplacer l'électroaimant « b » et l'armature « c » de la figure 7 par un récipient contenant du mercure — ou un autre liquide — intégré au circuit voltaïque. Un fil conducteur, faisant lui aussi partie de ce circuit, est fixé à la membrane « a » de telle sorte que son extrémité soit immergée, plus ou moins profondément, dans le mercure (ou l'autre liquide) au gré des vibrations de la membrane. Dans cette configuration, la membrane est disposée horizontalement et le fil verticalement. Le second dispositif prévoit en outre que le fil soit positionné par rapport au liquide de telle manière que ses vibrations verticales, transmises par la membrane, entraînent une variation significative de la résistance du trajet électrique à travers le liquide. On obtient ainsi des ondulations électriques d'une amplitude suffisante pour permettre la transmission télégraphique de la voix ou d'autres sons. La résistance qu'oppose le liquide au passage du courant dépend étroitement de la profondeur d'immersion du fil conducteur : plus la surface du fil en contact avec le liquide est grande, plus la résistance est faible.
Par conséquent, lors de la réalisation du dispositif selon ce second modèle, une personne qualifiée veillera à agencer les composants de telle sorte que le léger déplacement vertical du fil, provoqué par les vibrations sonores de la membrane, entraîne la plus grande variation possible de la surface en contact avec le liquide ; de telle sorte que la vibration sonore du fil, dans une direction verticale, entraîne une variation aussi importante que possible de la résistance du circuit. Une personne expérimentée disposerait donc le fil par rapport au liquide de manière à ce que son extrémité soit immergée le moins possible, tout en veillant à ce qu'elle ne perde jamais le contact avec la surface du mercure — ou de tout autre liquide — durant la vibration de la membrane.
Le troisième projet suggère de remplacer l'électroaimant « b » et l'armature « c » de la figure 7 par les éléments d'une pile, et de fixer ces éléments à la membrane « a », de telle sorte que les vibrations sonores de la membrane les entraînent dans un mouvement vertical au sein du liquide dans lequel ils sont immergés. Il est suggéré que la membrane « a » soit disposée horizontalement, que les éléments de la pile soient fixés sur sa face inférieure, et que leurs extrémités inférieures soient immergées dans le liquide de la pile aussi peu profondément que possible, tout en veillant à ce qu'elles ne perdent pas le contact avec le liquide lors des vibrations de la membrane.
En réponse à votre question, j'ai précisé certaines modifications de l'appareil représenté sur la figure 7 ; ces modifications sont proposées dans mon brevet n° 174 465 en tant qu'équivalents de l'appareil spécifique illustré sur la figure 7. Je ne crois pas que votre question nécessite une description des équivalents de l'appareil représenté sur la figure 5.

Contre-interrogatoire. 841. Vous déclarez, en réponse à la question 837 : « Un son sera perçu au niveau de l'instrument récepteur, présentant la même hauteur que le son intense considéré, mais n'ayant pas nécessairement la même qualité ou le même timbre. Cette affirmation suppose, bien entendu, que les instruments soient disposés comme sur la figure 5 de mon brevet n° 174 465, les armatures *c* et *h* des deux instruments, A et I, étant normalement à l'unisson l'une avec l'autre. » Si un son intense, ayant la même hauteur que celle de l'armature en forme de lame *c* (figure 5 de votre brevet n° 174 465), est émis à proximité de cette armature *c*, ce son sera-t-il transmis et perçu au niveau du récepteur lorsque les armatures *c* et *h* des deux instruments, A et I, ne sont pas normalement à l'unisson l'une avec l'autre — comme c'est le cas pour certains des instruments illustrés à la figure 6 dudit brevet ?
R : Si un son intense, ayant la même hauteur que celle de la lame accordée *c* (figure 5), est émis à proximité de cette lame, celle-ci entrera en vibration par résonance ; des ondulations électriques seront ainsi créées dans le circuit *g-befg*, lesquelles correspondront, par leur forme, à la vibration de la lame *c*, mais pas nécessairement à la forme de la vibration sonore aérienne qui a initialement provoqué la vibration de ladite lame. Par conséquent, quel que soit le son produit par la lame réceptrice dans des conditions données, bien qu'il puisse présenter la même hauteur que le son intense ayant actionné la lame *c*, il n'aura pas nécessairement la même qualité ou le même timbre que ce son.
Dans le cas envisagé, l'anche du récepteur possède une fréquence différente de celle de l'émetteur ; elle n'est donc pas adaptée pour être mise en vibration par cet émetteur. Comme la anche du récepteur a tendance à vibrer à sa propre fréquence caractéristique, les ondulations électriques transmises, loin de favoriser la mise en vibration de cette anche, tendent au contraire à la freiner et à stopper son mouvement. Dans ces conditions, il est fort douteux qu'un quelconque son puisse être perçu avec des appareils récepteurs disposés comme sur la figure 6 — où les anches sont libres et ne sont pas amorties par une pression contre l'oreille. Si toutefois un son était perçu, il aurait la même hauteur que le son intense qui actionne la anche de l'émetteur, mais son timbre en serait assurément différent.

Contre-interrogatoire 842. La tendance de la lame plate « c » à vibrer à sa propre fréquence caractéristique peut-elle être limitée ou empêchée en maintenant ses extrémités, comme illustré sur la figure 7 de votre brevet du 7 mars 1876 et sur la figure 2 de votre brevet n° 186 787 ?
R. La lame représentée sur la figure 2 de mon brevet n° 186 787 n'est pas une anche en acier comparable à l'armature « c » de la figure 5 de mon brevet n° 174 465 (du 7 mars 1876), contrairement à ce qui est supposé dans la question. Dans le cas de l'armature « c » (figure 7 de mon brevet n° 174 465), la tendance de l'anche en acier à vibrer à sa propre fréquence est limitée et empêchée par la fixation de cette armature : l'une de ses extrémités est fixée, avec une certaine souplesse, à la branche libre « d » de l'électro-aimant « b » (figure 7), tandis que son autre extrémité est reliée au centre d'une membrane tendue « a », comme indiqué dans le brevet.

Contre-interrogatoire n° 843. Je vous prie d'examiner les publications de Reis et de Bourseul, produites par les défendeurs le 2 décembre 1891, et d'indiquer lesquelles vous étaient connues avant le 7 mars 1876.
R : Il m'est impossible, à l'heure actuelle, de distinguer les publications qui m'étaient connues avant le 7 mars 1876 de celles dont j'ai pris connaissance ultérieurement. Je ne peux donc répondre à votre question que de manière très générale. Avant le 7 mars 1876, j'avais vu l'appareil complet de Reis que possédait le professeur Henry à la Smithsonian Institution. J'avais également lu certaines publications relatives à Reis, mais je ne saurais dire aujourd'hui lesquelles ; je peux seulement affirmer, de façon générale, qu'avant la date de mon brevet, j'avais très peu lu sur ce sujet. Mon mémoire du 10 mai 1876 témoigne de l'étendue de mes connaissances concernant les publications de Reis à cette époque. À cette date, j'avais pris connaissance des titres de tous les articles mentionnés dans ce document ; peu après, j'ai recherché, dans les bibliothèques de Boston, les articles et ouvrages auxquels j'ai pu accéder. Je ne pouvais pas lire les articles en allemand, mais j'en ai examiné les illustrations ; quant aux articles en français et en anglais, j'étais en mesure de les lire. Par conséquent, mon mémoire du 10 mai 1876 répondra à votre question de manière plus complète que ne le permet ma seule mémoire aujourd'hui.

( Dans le volume XXIV de la revue parisienne « L'Illustration » (numéro du 26 août 1851), M. Charles Bourseul a fait paraître un article de plusieurs pages dans lequel il examinait certains résultats obtenus, à l'époque, grâce à divers types de télégraphes électriques. Il prédisait, avec certitude, qu'« à une échéance plus ou moins lointaine, la parole sera transmise par l'électricité » ; il ajoutait avoir mené des expériences qui laissaient entrevoir des résultats prometteurs. Il ne donnait toutefois aucune description de ces expériences. Sa conception, telle qu'il l'a exposée, reposait sur un appareil devant fonctionner par l'établissement et l'interruption d'un circuit relié à une pile électrique. Bourseul n'était donc pas plus près de réussir que ne l'était Reis.
L'article de Bourseul, mentionné ci-dessus, a été fréquemment invoqué par les parties défenderesses dans les litiges relatifs au téléphone ; plusieurs versions en ont d'ailleurs été produites. Ces publications de Bourseul — au nombre d'environ cinq — ainsi qu'une cinquantaine d'autres consacrées aux travaux de Reis, ont été rassemblées et imprimées dans une brochure de cent douze pages, destinée à faciliter le travail des tribunaux et des avocats. Cet ouvrage, intitulé « Publications sur Reis et Bourseul », correspond au document évoqué dans la question.)


Contre-interrogatoire 844. Veuillez préciser, si vous le pouvez, lesquelles des publications mentionnées dans ma question précédente vous étaient connues avant le 15 janvier 1877.
R. Je ne suis pas en mesure de répondre à cette question ; je peux seulement dire que, parmi les publications mentionnées dans mon document du 10 mai 1876, celles qui se trouvaient dans les bibliothèques de Boston en 1876 ont probablement été consultées par moi avant le 15 janvier 1877.

Contre-interrogatoire 845. Parmi les illustrations de l'appareil de Reis figurant dans la brochure qui contient les publications de Reis et de Bourseul susmentionnées, y en a-t-il dont vous vous souvenez avoir pris connaissance avant le 15 janvier 1877 ?
R. Il ne fait aucun doute que j'ai vu certaines de ces illustrations avant le 15 janvier 1877 ; mais je ne saurais dire, à l'heure actuelle, lesquelles.

Contre-interrogatoire, question 846. Si, dans votre brevet du 7 mars 1876 (n° 174 465), vous aviez l'intention de revendiquer une méthode ou un procédé de transmission de la parole articulée, ainsi qu'un appareil ou instrument destiné à cette même fin, veuillez préciser quelles sont les revendications qui portent sur ce procédé et celles qui portent sur cet appareil ou instrument.
R. Dans la 5e revendication de mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465, j'ai entendu revendiquer un procédé — ou un art — permettant de transmettre par voie télégraphique des sons, vocaux ou autres (y compris la parole articulée), ainsi qu'un appareil ou instrument destiné à la mise en œuvre de cet art. Les autres revendications de ce brevet englobent l'objet de la 5e revendication, tout en y ajoutant des éléments supplémentaires. Les revendications 1, 2, 3 et 4 portent sur les courants électriques ondulatoires en général, et visent les appareils illustrés aux figures 5 et 7. La 5e revendication, de portée plus restreinte, se limite à l'appareil de la figure 7 et à un type particulier de courant ondulatoire, dans lequel les ondulations électriques présentent une forme analogue à celle des vibrations de l'air qui accompagnent les sons — vocaux ou autres — que l'on souhaite transmettre.

Contre-interrogatoire 847. Je remarque que, dans votre brevet n° 186 787 du 30 janvier 1877, vous déclarez : « Il est important que la distance entre l'aimant et la plaque soit aussi réduite que possible, sans toutefois qu'il y ait contact. » Pourquoi cette indication concernant la distance entre l'aimant et la plaque figure-t-elle dans ce brevet, plutôt que dans celui du 7 mars 1876 ?
R. Le brevet du 7 mars 1876 ne comportait pas de plaque telle que celle mentionnée dans le passage que vous venez de citer ; toutefois, si l'on interprète le terme « plaque » comme désignant une « armature », l'absence d'une telle précision dans le brevet du 7 mars 1876 s'explique par le fait que j'ai moi-même rédigé ce mémoire descriptif, et que je n'avais pas l'intention d'y décrire spécifiquement des éléments qui étaient déjà bien connus dans l'état de la technique.

Contre-interrogatoire. 848. Par votre dernière réponse, voulez-vous dire que les moyens permettant de régler la position relative d’un électro-aimant et d’une
armature étaient bien connus dans la technique avant toute invention revendiquée dans votre brevet du 7 mars 1876 ?
R. Je voulais dire qu’il était bien connu dans la technique qu’une armature, pour être fonctionnelle, doit se trouver nettement à l’intérieur du champ d’attraction
de son aimant ; et que plus l’armature est proche du pôle de l’aimant, plus elle fonctionne avec puissance.

Contre-interrogatoire 849. Dans la description de votre brevet n° 186 787,
en date du 30 janvier 1877, vous déclarez :
« Mon invention a pour objet, premièrement, la transmission simultanée de deux notes musicales ou signaux télégraphiques — voire davantage — le long d’un fil unique, dans un sens ou dans les deux, au moyen d’une seule pile pour l’ensemble du circuit, et sans qu’il soit nécessaire d’utiliser autant d’instruments qu’il y a de notes musicales ou de signaux télégraphiques à transmettre ; deuxièmement, la transmission électrique, par ces mêmes moyens, de la parole articulée et de sons de toute nature, qu’ils soient musicaux ou non ; troisièmement, la transmission électrique de notes musicales, de parole articulée ou de sons de toute nature, sans qu’il soit nécessaire de recourir à une pile voltaïque. »
Ces trois objectifs, ainsi mentionnés, correspondent-ils également aux objets des inventions que vous entendiez revendiquer dans votre brevet du 7 mars 1876 ?
R. : L’invention évoquée dans le passage cité concerne une forme perfectionnée d’appareil qui ne figure pas dans mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465. Les objectifs mentionnés correspondent à des résultats obtenus grâce à l’utilisation d’un téléphone électrique perfectionné, sensiblement identique à celui décrit et revendiqué dans mon brevet du 30 janvier 1877, n° 186 787.

Contre-interrogatoire 850. Dans votre déclaration préliminaire relative aux litiges concernant le « téléphone parlant » (*Speaking Telephone Interferences*) — à laquelle vous faites référence dans votre réponse à la question 220 —, vous déclarez : « J'avais précédemment vu, à l'Institut de technologie de Boston, l'appareil récepteur du téléphone de Reis ; et je connaissais la conception de l'ensemble du dispositif grâce à des schémas et des descriptions imprimées, mais je n'avais jamais vu auparavant la partie émettrice de cet appareil. » À quels schémas et descriptions imprimées en particulier avez-vous fait référence dans cette déclaration préliminaire ?
R. : Je ne saurais le dire pour l'instant. Ils étaient probablement inclus dans les descriptions imprimées mentionnées dans mon document du 10 mai 1876.

Contre-interrogatoire 851. Dans votre réponse à la question 200, vous indiquez que des personnes se trouvant à une distance considérable de l'appareil récepteur pouvaient entendre la voix de M. Watson. Quelle distance entendiez-vous désigner par le terme « considérable » ?
R. : Je voulais dire que, bien qu'il fût nécessaire de placer l'oreille près du téléphone pour entendre distinctement ce qui était dit, des personnes se trouvant à proximité pouvaient tout de même percevoir les modulations de la voix, même à une distance assez importante. Je ne saurais définir précisément ce que j'entends par distance « considérable », si ce n'est de manière générale. Par exemple, toutes les personnes présentes dans une pièce ou une petite salle pouvaient percevoir les modulations de la voix, sans pour autant être en mesure de comprendre ce qui était dit.

Contre-interrogatoire 852. Dans votre réponse à la question 206, vous affirmez avoir voulu attribuer du mérite au professeur Peirce concernant la différence entre, d'une part, le dispositif combinant couvercle et embouchure — illustré à la figure 29* de votre conférence à Londres — et, d'autre part, le couvercle muni d'une embouchure saillante que vous avez conçu et décrit dans votre réponse à l'interrogatoire 204. En quoi consistait cette différence, et quel aspect justifiait, selon vous, l'attribution de ce mérite ?
R. : Le professeur Peirce et les autres personnes qui lui étaient associées — que j'ai mentionnées lors de ma conférence à Londres, à savoir le professeur Eli W. Blake, le docteur Channing, M. Clark et M. Jones — méritaient assurément d'être reconnus pour la manière très généreuse et désintéressée dont ils m'ont communiqué les résultats de leurs expériences, avec pour seul objectif de m'aider à perfectionner mon invention autant que possible. C'est pour cette raison que j'ai souhaité leur accorder tout le mérite qui m'était possible, tout en tenant compte de mes propres travaux de recherche. J'ai cru comprendre, d'après leurs explications, que la forme de l'embouchure illustrée à la figure 29 de ma conférence de Londres avait été imaginé par le professeur Peirce ; j'ai donc tenu à lui en attribuer tout le mérite possible. Le couvercle et l'embouchure saillante que j'ai conçus — décrits dans ma réponse à la question 204 — se composaient d'un couvercle doté d'une embouchure distincte et séparée ; en revanche, le couvercle du téléphone représenté à la figure 29 de ma conférence de Londres faisait office à la fois de couvercle et d'embouchure, tout en présentant une forme plus pratique.
(lire la page Butterstamp)

Contre-interrogatoire – Int. 853. Si je comprends bien votre réponse à la question 219, vous avez affirmé qu'il serait possible de faire parler l'appareil de Reis en tirant parti du principe de résistance variable — tel qu'utilisé dans le microphone et les transmetteurs à carbone, et revendiqué par vous dans votre brevet n° 174 465. À quelle revendication spécifique du brevet n° 174 465 faisiez-vous référence dans cette réponse ?
R. Je faisais référence au mode de mise en œuvre par résistance variable décrit dans la revendication 5 de mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465 ; c'est-à-dire à la revendication 4, pour autant qu'elle se rapporte au procédé et à l'appareil visés par la revendication 5. La revendication 4 portait sur un mode de production d'ondulations par résistance variable, utilisable dans les inventions illustrées aux figures 5 et 7 du brevet. Je faisais référence au mode par résistance variable de la revendication 4, en ce qu'il concerne l'invention illustrée à la figure 7 ; c'est-à-dire en ce qu'il se rapporte à l'art ou au procédé consistant à transmettre, par voie télégraphique, des sons vocaux ou autres, en générant des ondulations électriques dont la forme est analogue à celle des vibrations de l'air accompagnant lesdits sons vocaux ou autres — ce qui fait l'objet de la revendication 5.

Contre-interrogatoire 854. En vous référant à votre dernière réponse, ainsi qu’à d’autres réponses que vous avez fournies, soutenez-vous que la méthode de communication électrique entre les instruments d’émission et de réception de l’appareil de Reis — telle qu’elle est décrite dans toute publication imprimée parue avant la date de votre brevet n° 174 465, pour autant que vous ayez connaissance ou notion d’une telle publication ou de son contenu, et compte tenu de tout ce qui est décrit et revendiqué dans vos deux brevets n° 174 465 et n° 186 787 — était suffisante, à la date de ce dernier brevet, pour permettre à une personne versée dans les domaines de l’acoustique et de l’électricité de transmettre une parole intelligible au moyen de l’appareil de Reis ?
R. Je ne suis pas certain de bien saisir la portée de votre question ; mais, concernant la première partie de celle-ci, je soutiens que l’ensemble des expériences menées par Reis et d’autres, les connaissances des personnes versées dans les domaines de l’acoustique et de l’électricité, ainsi que toutes les informations contenues dans les publications imprimées antérieures au 7 mars 1876, n’ont, en réalité, permis à quiconque de transmettre une parole intelligible au moyen d’un quelconque appareil fonctionnant à l’électricité, et ce, jusqu’à ce que je démontre comment y parvenir dans mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465.
En ce qui concerne la seconde partie de la question, je soutiens que les connaissances divulguées dans mes deux brevets, n° 174 465 et n° 186 787, étaient suffisantes, à la date du second de ces brevets, pour convaincre les personnes versées dans les domaines de l'acoustique et de l'électricité qu'il était impossible de transmettre une parole intelligible au moyen de l'appareil de Reis ; en démontrant que le défaut résidait dans le principe même, ou mode de fonctionnement, de sorte qu'aucune modification ou amélioration apportée à la seule forme de l'appareil ne pouvait permettre à celui-ci de transmettre une parole articulée.

Contre-interrogatoire 855. Qu'est-ce qui, dans ma dernière question, vous a échappé ? Je serais heureux de la formuler différemment, si vous pouviez m'indiquer votre point de vue à ce sujet.
R : Par ma remarque liminaire, je voulais simplement exprimer mon souhait de répondre de manière pertinente. J'ai répondu à la question telle que je l'ai comprise ; si toutefois je ne l'ai pas saisie correctement, je vous saurais gré de bien vouloir clarifier votre pensée par le biais d'une autre question.

Contre-interrogatoire n° 856. Je déduis de votre réponse à la question n° 854 qu’une personne, en se fondant sur les informations fournies par vos brevets susmentionnés, pourrait comprendre que l’appareil de Reis, tel qu’il existait avant la date de vos brevets, était incapable de transmettre la parole articulée.
Ce que je souhaitais savoir, compte tenu de vos précédentes réponses dans cette affaire, c’est si une personne versée dans les domaines de l’acoustique et de l’électricité pourrait, grâce aux informations contenues dans vos brevets, faire fonctionner le téléphone de Reis de manière à ce qu’il transmette la parole articulée.
R : Non ; elle ne le pourrait pas.

Contre-interrogatoire n° 857. Dans votre lettre à M. Gray, en date du 2 mars 1876, vous écrivez :
« J’ignore la nature de la demande de "caveat" [avis de dépôt provisoire] que vous avez mentionnée, laquelle aurait été déposée deux heures après ma demande de brevet ; je sais seulement qu’elle concernait la vibration d’un fil dans l’eau et qu’elle entrait, par conséquent, en conflit avec mon brevet. »
Quand avez-vous appris pour la première fois que la « caveat » (déclaration de précaution) de Gray avait un rapport avec la vibration d'un fil dans l'eau ?
R. Le 19 février 1876, ma demande — déposée le 14 février 1876 — a été déclarée en situation de conflit (« interférence ») avec une « caveat » en instance ; mes avocats ont donc été informés que l'examen de ma demande serait suspendu pendant quatre-vingt-dix jours.
Cependant, le 25 février 1876, ils ont été avisés que ce conflit avait été établi par suite d'une mauvaise interprétation de mes droits, et la suspension de la demande a été levée. Je n'étais pas à Washington durant cette période, mais j'y suis arrivé le samedi 26 février ; j'étais naturellement désireux de savoir quel était l'objet précis de ce conflit. J'ai donc profité de ma présence au Bureau des brevets — pour les affaires mentionnées dans ma réponse à la question 108 — pour demander à l'examinateur en quoi consistait ce conflit. Il a désigné les passages de mon mémoire descriptif traitant de la « résistance variable », tout en refusant de fournir davantage de précisions, au motif qu'une « caveat » est un document confidentiel.
J'ai gardé l'impression que le point de conflit se situait précisément là où je décris la mise en vibration d'un fil conducteur plongé dans du mercure ou un autre liquide faisant partie du circuit. Je ne me souviens plus si c'est l'examinateur qui a attiré mon attention sur cette phrase, ou si c'est moi qui la lui ai montrée en lui demandant s'il s'agissait bien du point de conflit ; quoi qu'il en soit, j'ai retenu que c'était le cas, et ce fut la seule information que j'ai obtenue à ce sujet. Cela s'est produit soit le lundi 28 février 1876, soit le mardi 29 février 1876 ; je ne saurais l'affirmer avec certitude aujourd'hui.

Contre-interrogatoire. 858. Quel était le nom de l'examinateur auquel vous avez fait référence dans votre dernière réponse ?
Rép. M. Z. F. Wilber.

Contre-interrogatoire 859. À quel moment avez-vous fait la connaissance de M. Wilber, pour autant que vous vous en souveniez ?
R. Je n'ai jamais fait sa connaissance au point de pouvoir le reconnaître de vue. Je crois l'avoir vu pour la première fois à Washington, en février 1875.

Contre-interrogatoire 860. À combien de reprises l'avez-vous rencontré au Bureau des brevets, si vous vous en souvenez ?
R. Je crois qu'il n'y a eu qu'une seule fois, mais je ne peux pas en être tout à fait certain.

Contre-interrogatoire 861. Et cette unique fois correspond, bien entendu, à l'occasion que vous avez mentionnée dans votre témoignage ce matin ?
R. Oui.

Contre-interrogatoire 862. Qui d'autre était présent — si vous vous en souvenez — lors de cette unique rencontre avec M. Wilber au Bureau des brevets ?
R. Je ne connaissais pas ces personnes. M. Pollok ou M. Bailey, ou peut-être quelqu'un venant du cabinet de M. Pollok, m'y a conduit, m'a présenté à M. Wilber, puis m'a laissé en sa compagnie. Il y avait, je crois, d'autres personnes dans le bureau, mais je ne m'en souviens pas précisément. Toutes les personnes que j'y ai vues m'étaient inconnues.

Contre-interrogatoire 863. Avez-vous rapporté l'intégralité de la conversation qui a eu lieu lors de cet entretien avec M. Wilber ? Si ce n'est pas le cas, veuillez compléter votre récit autant que possible.
R. Je pense avoir rapporté, pour l'essentiel, tout ce qui a été dit. Je me suis rendu au Bureau des brevets dans le but précis d’expliquer à l’examinateur les points de divergence exacts entre mon mémoire descriptif, déposé le 14 février 1876, et un mémoire descriptif antérieur, que j’avais moi-même déposé l’année précédente, le 25 février 1875. Ces points sont détaillés dans ma réponse à la question 108. L’examinateur m’a demandé de consigner mes explications par écrit sous la forme d’un amendement ; ce que j’ai fait, et cet amendement a été déposé le 29 février 1876. Il contient la substance de notre échange et, s’agissant d’un document établi à l’époque des faits, je préfère m’y référer plutôt que de rapporter, de mémoire, une conversation tenue avec une personne aujourd’hui décédée. Je serai toutefois tout à fait disposé à répondre, au mieux de mes capacités, à toute question précise sur ce sujet.

Contre-interrogatoire n° 864. Une quelconque conversation a-t-elle eu lieu, à un moment donné, entre vous et M. Wilber, ou entre vos avocats et M. Wilber, concernant la capacité d'un appareil inventé par vous à transmettre la parole articulée ?
R : Pour ce qui est de mes avocats, je l'ignore ; et je ne saurais dire, en me fiant uniquement à ma mémoire, si une telle conversation a eu lieu ou non entre M. Wilber et moi-même à ce sujet.

Contre-interrogatoire 865. Si je comprends bien votre dernière réponse, pour autant que vous vous en souveniez, M. Wilber ne vous a jamais demandé de démontrer la capacité d'un appareil inventé par vous à transmettre la parole articulée ; et, pour autant que vous le sachiez ou en ayez été informé, vos avocats n'ont jamais été sollicités, à aucun moment, pour démontrer la capacité d'un appareil inventé par vous à transmettre la parole articulée ?
R : Si je comprends bien, votre question porte sur mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465. Avant la délivrance de ce brevet, je suis tout à fait certain que ni moi ni mes avocats n'avons été invités à démontrer, par l'expérimentation, la capacité de mon appareil à transmettre la parole articulée ; bien qu'il soit tout à fait possible — voire même probable — que des explications orales aient été fournies, tant par moi-même que par mes avocats. Je sais qu'aucune démonstration expérimentale n'a été exigée, pour la raison suivante : mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465, a été déposé auprès du Bureau des brevets le 14 février 1876, à mon insu, et mes avocats ne disposaient pas de modèles permettant d'illustrer les éléments décrits dans le mémoire descriptif.
Par conséquent, lorsque je me suis rendu à Washington, j'ai interrogé mes avocats au sujet des modèles ; ils m'ont alors appris que la question était déjà réglée et que le commissaire aux brevets n'avait pas exigé de modèles pour ma demande.
Puisque la fourniture de modèles a été dispensée, je sais que ni moi ni mes avocats n'avons été sollicités pour effectuer une démonstration expérimentale. Contre-

Contre-interrogatoire 866. Avant le 7 mars 1876, avez-vous été représenté auprès du Bureau des brevets par une quelconque personne, un mandataire ou un conseil, autre que MM. Pollok & Bailey ?
R. : Non.

Contre-interrogatoire 867. Avez-vous répondu à la lettre du professeur Dolbear, mentionnée dans votre réponse à la question 233 ?
R. : Pas à ma connaissance.

Contre-interrogatoire 868. À l'invitation de qui le professeur Dolbear était-il présent lors de l'entrevue mentionnée dans la question 235 ?
R. : À l'invitation de M. Hubbard ou de moi-même ; je ne m'en souviens plus précisément.

Contre-interrogatoire 869. Dans la description de votre brevet n° 186 787, vous utilisez les termes suivants : « cet appareil est — et peut être — utilisé à la fois comme émetteur et comme récepteur ; c'est-à-dire que l'expéditeur du message utilise un appareil identique, en tous points — tant par sa construction que par son fonctionnement — à celui employé par le destinataire, de sorte que le même appareil peut servir, tour à tour, de récepteur et d'émetteur. »
En se référant à la figure 5 de votre brevet n° 174 465, est-il exact que l'expéditeur d'un message utilise un instrument identique, tant par sa construction que par son fonctionnement, à celui employé par le récepteur, de sorte que le même instrument puisse servir alternativement de récepteur et d'émetteur ?
R. : Dans le passage que vous avez cité, extrait de mon brevet du 30 janvier 1877 (n° 186 787), l'« instrument » mentionné est un téléphone électrique. En ce qui concerne mon brevet n° 174 465, l'appareil représenté sur la figure 5 n'est nullement un téléphone électrique ; tel qu'il est agencé, il ne peut servir ni d'émetteur ni de récepteur téléphonique pour la transmission de la parole articulée. L'appareil de la figure 5 constitue l'une des unités d'une série d'instruments destinés à la télégraphie multiple. Bien qu'il soit théoriquement possible — en faisant vibrer la anche *c* — de produire une note musicale au niveau de la anche *h* (et inversement, en faisant vibrer la anche *h*, de produire une note musicale au niveau de la anche *c*), et bien que les instruments soient en tous points identiques, ils n'ont pas été conçus pour être utilisés de cette manière. La anche émettrice *c* était destinée à être montée sur un support métallique et reliée à un sommier ou à un soufflet, afin d'être actionnée par un flux d'air ; la anche du récepteur, quant à elle, devait être libre et servir à actionner un interrupteur vibrant, établissant et interrompant ainsi un circuit local relié à un récepteur Morse (sonore ou enregistreur) ou à tout autre appareil télégraphique.

Contre-interrogatoire 870 : Veuillez répondre à la même question en vous référant à la figure 7 de votre brevet n° 174 465.
R. En ce qui concerne la figure 7 de mon brevet n° 174 465, je peux dire que, bien que chaque appareil puisse évidemment être utilisé tour à tour comme émetteur et comme récepteur, j'ai estimé que le résultat serait meilleur en employant le cône A lorsque l'appareil sert d'émetteur, et un cornet acoustique L lorsqu'il sert de récepteur.

Contre-interrogatoire 871. Dans votre brevet n° 186 787, vous utilisez les termes suivants : « Au lieu de la plaque A représentée dans les figures ci-dessus, on peut placer des lames en fer ou en acier, accordées sur une hauteur tonale déterminée, devant l'électro-aimant O ; et, en utilisant une série de tels appareils accordés sur des hauteurs tonales différentes, on peut adopter une configuration de circuit analogue à celle décrite dans mon brevet n° 174 465, et illustrée à la figure 6 de la deuxième planche dudit brevet. La pile, bien entendu, peut être omise. » Par le terme « figures » employé dans ce passage, entendiez-vous désigner l'ensemble des figures du brevet, ou seulement certaines d'entre elles ?
R. Je n'ai pas rédigé moi-même ce mémoire descriptif ; je ne sais donc pas précisément ce que mes conseils entendaient désigner par le mot « figures ». Ce terme renvoie assurément aux figures 5 et 6 ; j'ignore s'il était prévu d'y inclure également toutes les autres figures.

Contre-interrogatoire 872. Lors de la rédaction du mémoire descriptif de votre brevet n° 174 465, aviez-vous l'intention d'imposer une limite au nombre d'appareils — destinés à la transmission télégraphique de sons, vocaux ou autres — pouvant être reliés à un même circuit, ou bien envisagiez-vous de ne relier que deux appareils sur un même circuit, comme illustré à la figure 7 ?
R. Je n'avais pas l'intention de limiter le nombre d'appareils téléphoniques, tels que ceux représentés à la figure 7, pouvant être utilisés sur un même circuit. Deux d'entre eux sont illustrés à la figure 7 car, dans cette figure, j'ai cherché à représenter un système téléphonique complet, qui, par définition, ne peut se composer de moins de deux appareils reliés par un circuit.

Contre-interrogatoire 873. L'appareil illustré à la figure 7 de votre brevet n° 174 465 — tel que vous l'aviez conçu lors de la rédaction du mémoire descriptif — montre-t-il la liaison, sur et au moyen d'un circuit électrique, de deux appareils ou plus, de telle sorte que si un mouvement, quel qu'il soit, est imprimé à l'armature de l'un de ces appareils, les armatures de tous les autres appareils connectés au même circuit soient animées d'un mouvement identique, et que, si ce mouvement est provoqué par un son, un son analogue soit reproduit par le mouvement de ces derniers ?
R. : Oui ; toutefois, les appareils représentés à la figure 7 de mon brevet n° 174 465 diffèrent de ceux décrits dans mon brevet du 30 janvier 1877, n° 186 787. Ce dernier brevet contient, dans sa première revendication, les termes mêmes de votre question, à une seule expression près. Après les mots « la liaison, sur et au moyen d'un circuit électrique, de deux appareils ou plus », figure la précision suivante, que vous avez omise : « conçus pour fonctionner essentiellement de la manière illustrée et décrite aux présentes ». Cette revendication vise donc des appareils téléphoniques conçus pour fonctionner, pour l'essentiel, conformément à la description et aux illustrations de mon brevet du 30 janvier 1877, n° 186 787, et non des appareils tels que ceux décrits dans mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465, et illustrés à la figure 7.

Contre-interrogatoire 874 . Dans le cas où l'instrument représenté sur les figures Si un dispositif, conforme aux figures 1, 2, 3, 4, 5 et 6 des dessins de mon brevet n° 186 787, était construit selon les indications du paragraphe de la description cité dans ma question n° 871, en quoi son mode de fonctionnement électrique différerait-il de celui de l'appareil représenté à la figure 5 de mon brevet n° 174 465 ?
R. Dans ce cas, le remplacement de l'armature (ou plaque) formant diaphragme, désignée par « A » dans les dessins de mon brevet n° 186 787, par une languette en acier accordée — telle que celle désignée par « c » dans mon brevet n° 174 465 — transformerait l'instrument : de téléphone électrique (transmettant la parole), il deviendrait un appareil de télégraphie multiple.
Il constituerait alors un appareil de télégraphie multiple qui, bien que différant par ses détails de construction de celui représenté à la figure 5 de mon brevet n° 174 465, reposerait sur le même mode de fonctionnement électrique.

Contre-interrogatoire 875 : Je remarque que l'expression « ondulations électriques » est utilisée dans chacune des revendications de votre brevet n° 174 465, alors qu'elle n'apparaît pas dans les revendications de votre brevet n° 186 787. Pourquoi cela ?
R : Mon brevet n° 186 787 portait sur un téléphone électrique à la construction améliorée. Mon brevet n° 174 465, du 7 mars 1876, portait, de manière générale, sur l'art ou la méthode consistant à produire des ondulations semblables à des vibrations sonores ; j'y revendiquais des procédés ou méthodes pour produire de telles ondulations, ainsi que des appareils permettant de mettre ces procédés en œuvre. Dans mon brevet n° 186 787, aucune méthode ou procédé nouveau n'était présenté ; il ne s'agissait que d'améliorations apportées à la construction de l'appareil destiné à transmettre, par voie télégraphique, des sons vocaux ou autres — appareil déjà illustré à la figure 7 de mon brevet du 7 mars 1876, n° 174 465.
Question posée lors du contre-interrogatoire (n° 876) : Dans la deuxième revendication de votre brevet n° 186 787, vous utilisez la formule introductive suivante : « Dans un système de télégraphie ou de téléphonie électrique ». Faut-il comprendre, au travers de ces termes, que l'invention revendiquée est destinée à s'appliquer soit à un système de télégraphie harmonique multiple, soit à un système de téléphonie, ou bien aux deux ?
R : Bien entendu, je n'ai pas rédigé moi-même cette revendication ; je ne saurais donc dire précisément ce que mes conseils entendaient par les termes employés. Pour ma part, je considérais que la revendication visait les instruments d'émission et de réception constituant des téléphones électriques (les instruments de réception étant, pour l'essentiel, semblables à ceux qui sont illustrés et décrits dans le brevet n° 186 787), ainsi que leur utilisation dans les systèmes de communication mentionnés dans le brevet, qu'on les qualifie de systèmes de télégraphie ou de téléphonie. À l'époque où ce mémoire descriptif a été rédigé, le terme « téléphonie » n'était pas encore un terme consacré dans le domaine. Au début de mon mémoire, j'avais intitulé les inventions présentées dans le brevet n° 186 787 : « Améliorations dans la téléphonie électrique » ; toutefois, auprès du Bureau des brevets, le brevet a été enregistré sous l'intitulé « Amélioration dans la télégraphie électrique ». Dans la revendication 2, les deux termes sont employés indifféremment, afin d’éviter toute ambiguïté. La revendication 2 porte sur des systèmes de télégraphie ou de téléphonie — peu importe la dénomination choisie — dans lesquels sont utilisés des téléphones électriques semblables à ceux décrits dans mon brevet n° 186 787.

Contre-interrogatoire, question 877. Au sujet de votre brevet n° 186 787 : en quoi l’invention que vous entendiez revendiquer dans la première revendication de ce brevet — au moment où vous avez prêté serment concernant ladite invention — diffère-t-elle de celle que vous entendiez revendiquer dans la deuxième revendication du même brevet ?
R. La revendication 1 porte sur l’utilisation de téléphones électriques, tels que ceux décrits dans le brevet, servant à la fois d’émetteurs et de récepteurs selon un principe magnéto-électrique, comme illustré sur la figure 4 ou la figure 6. La revendication 2 porte sur l’utilisation de téléphones électriques, tels que ceux décrits dans le brevet, en tant que récepteurs uniquement, indépendamment du type d’émetteur employé. À mon sens, cette revendication vise plus particulièrement l’utilisation du téléphone avec des émetteurs à résistance variable, tels que ceux décrits dans le volume XII des *Proceedings of the American Academy of Arts and Sciences*, auxquels je fais référence dans la description du brevet. Cette référence renvoie à mon mémoire du 10 mai 1876, qui figure déjà au dossier de la présente affaire.

Contre-interrogatoire 878 En quoi l'invention que vous aviez l'intention de revendiquer dans la revendication 2 de votre brevet n° 186 787 — au moment où vous avez prêté serment concernant cette invention — différait-elle, par son mode de fonctionnement électrique, de l'invention que vous aviez l'intention de revendiquer dans la revendication 1 de votre brevet n° 174 465 ?
R. : Les deux revendications font référence au même mode de fonctionnement électrique ; toutefois, la revendication 2 de mon brevet n° 186 787 était limitée à l'utilisation de récepteurs constituant des téléphones électriques, tels que ceux illustrés dans le brevet n° 186 787.

Contre-interrogatoire n° 879. La revendication 5 de votre brevet n° 186 787 est libellée comme suit : « La formation, dans un téléphone électrique tel qu'illustré et décrit aux présentes, d'un aimant doté d'une bobine située sur l'extrémité ou les extrémités de l'aimant les plus proches de la plaque. »
Au moment où vous avez prêté serment concernant l'invention, aviez-vous l'intention que les termes « une bobine située sur l'extrémité ou les extrémités de l'aimant les plus proches de la plaque » désignent une bobine placée dans la position illustrée aux figures 2 et 3 des dessins du brevet ?
R. : Mon intention était que ces termes s'appliquent à tous les dessins du brevet où une bobine est représentée ; c'est-à-dire aux figures 2, 3, 4, 5 et 6.

Contre-interrogatoire n° 880. Veuillez indiquer toutes les parties de la description et toutes les figures des dessins dans lesquelles la caisse de résonance, mentionnée dans la revendication 6, est illustrée ou décrite.
R. : La boîte de résonance, ou couvercle, mentionnée dans la revendication 6, est représentée par la lettre D sur les figures 1, 2 et 3, et est décrite dans la partie du mémoire descriptif qui se rapporte à ces mêmes figures.

Contre-interrogatoire n° 881. À quel moment avez-vous eu connaissance, pour la première fois, de l'utilisation d'une boîte de résonance sur un téléphone, quel qu'il soit ? Notez bien que ma question ne se limite pas aux téléphones que vous considérez comme aptes à la transmission de la parole.
R. Je ne saurais le dire. L'appareil récepteur du dispositif de Reis était muni d'une boîte de résonance, mais je ne pense pas que l'on puisse parler d'un « couvercle ». Bien entendu, la revendication 6 de mon brevet n° 186 787 porte sur l'utilisation d'une boîte de résonance, sensiblement identique à celle illustrée sur les figures 1, 2 et 3, dans un téléphone électrique tel que celui décrit dans le brevet lui-même.

Contre-interrogatoire n° 882. À quel moment avez-vous eu connaissance, pour la première fois, de l'emploi d'un tube acoustique — servant à parler ou à écouter — pour transmettre des sons vers ou depuis un téléphone, quel qu'il soit (le terme « téléphone » étant ici pris dans le même sens générique que précédemment) ?
R. Je ne saurais le dire. L'appareil émetteur du dispositif de Reis comportait un tube destiné à acheminer les sons vers la membrane, mais le récepteur, quant à lui, ne possédait aucun tube de ce type. Il va de soi que la revendication 7 de mon brevet n° 186 787 se limite à l'emploi de tubes acoustiques dans des téléphones électriques semblables à ceux décrits dans ledit brevet.

Reprise de l'interrogatoire principal.

Q. 883. Depuis le début de la fabrication, en mai 1877, par les détenteurs de vos deux brevets (n° 174 465 et n° 186 787), de téléphones électriques parlants destinés à un usage commercial, a-t-on prévu, sur l'un quelconque de ces téléphones, un dispositif permettant de modifier le réglage de la position de la membrane par rapport au pôle de l'électro-aimant ?
R. Non. La position relative de la membrane et du pôle de l'électro-aimant était réglée une fois pour toutes lors de la fabrication et fixée dans cette position, de sorte que personne ne puisse la modifier par la suite.

Q. 884. La description de votre expérience avec des téléphones électriques parlants, réalisée sur la ligne télégraphique de la Walworth Manufacturing Company dans la soirée du 9 octobre 1876 et publiée dans le *Boston Daily Advertiser* du 19 octobre 1876, a été versée au dossier.
Y avait-il, dans ce même numéro du journal, un éditorial à ce sujet et, dans l'affirmative, en possédez-vous une copie que vous avez comparée à l'original ?
R. Oui, il y avait un tel éditorial, et je détiens une copie de celui-ci que j'ai comparée à l'original.
[L'avocat de la défense verse au dossier la copie mentionnée par le témoin ; elle est marquée « Pièce de la défense : Éditorial du *Boston Advertiser* du 19 octobre 1876, H. L. H., examinateur spécial ».]

Q. 885. Lors du contre-interrogatoire n° 305, l'avocat du plaignant a justifié l'emploi du terme « téléphone » pour désigner l'appareil connu à l'origine dans ce pays sous le nom de « télégraphe des amoureux » ou de « télégraphe à fil », en s'appuyant sur ce qu'il considérait comme l'autorité incontestable de Sir Charles Wheatstone ; à l'appui de cette affirmation, il a cité le passage suivant tiré de l'ouvrage qu'il a qualifié de « livre de Preece intitulé *The Telephone* » :
« Dans le *Repository of Arts* du 1er septembre 1821, on trouve la description d'un appareil inventé par Wheatstone et baptisé par lui "téléphone". »

Le titre complet de l'ouvrage ainsi mentionné par l'avocat du plaignant est « The Telephone » (Le Téléphone), par William Henry Preece (F.R.S.) et Julius Maier (Ph.D.) ; la page de titre indique également qu'il a été publié à Londres et à New York en 1889. La citation figure à la page 2 de l'ouvrage.
Avez-vous examiné le *Repository of Arts* mentionné dans la citation, et y trouve-t-on un quelconque fondement à l'affirmation selon laquelle Wheatstone aurait appelé son instrument « un téléphone » ?
R. : J'ai examiné le numéro du *Repository of Arts* daté du 1er septembre 1821, conservé à la bibliothèque du Boston Athenaeum, sans y trouver la moindre justification à l'affirmation citée. L'instrument inventé par Wheatstone y était désigné sous le nom de « The Enchanted Lyre » (La Lyre enchantée), et ni le mot « telephone » ni aucun de ses dérivés, tels que « telephony » ou « telephonic », n'apparaissent dans l'article.

Q. 886. Connaissez-vous M. William Henry Preece, l'un des auteurs de l'ouvrage en question ? Si oui, quand l'avez-vous connu pour la première fois ?
R. : Oui ; il m'a rendu visite à Cambridge, dans le Massachusetts. Je ne me souviens pas de la date exacte ; je crois que c'était soit à la fin de 1876, soit au début de 1877 ; je l'ai également connu par la suite en Angleterre.

Q. 887. Quelle fonction M. William Henry Preece occupait-il à cette époque, et quelle était sa réputation en tant que scientifique ?
R. : Il était directeur du service télégraphique postal de Grande-Bretagne et faisait autorité dans les domaines de l'électricité et de la télégraphie.

Q. 888. Dans la *Popular Science Review*, un périodique publié en Angleterre en 1877, sous la rubrique « Scientific Summary » (Résumé scientifique) et le sous-titre « Physics » (Physique), figure un article qui commence ainsi :
« The Telephone » (Le Téléphone). – Lors de la récente session de la British Association à Plymouth, le téléphone a accaparé, et ce de manière quelque peu disproportionnée, l'essentiel de l'attention. Où que l'appareil fût présenté — que ce soit dans les sections de physique ou de mécanique, ou lors de la conférence publique donnée en soirée par M. Preece —, il attirait systématiquement une foule nombreuse, avide de découvrir cet appareil inédit. Lors des soirées également, le téléphone s'imposait comme le centre d'intérêt majeur ; des groupes de personnes se pressaient autour de l'instrument, impatientes de converser avec des amis situés dans des pièces éloignées. Cet engouement a atteint son paroxysme avec l'arrivée du professeur Graham Bell, l'inventeur du « télégraphe parlant ».
Les événements ainsi relatés étaient-ils de votre connaissance personnelle ; et si oui, pourriez-vous en exposer brièvement les circonstances ?
R. : Oui. En août 1877, je me trouvais à Glasgow, en Écosse, à peu près au moment où se tenait la réunion de la British Association à Plymouth, en Angleterre, et j'ai reçu une invitation à y assister. À mon arrivée à Plymouth, j'ai constaté que le téléphone semblait y constituer la grande attraction ; et j'estime que l'affirmation que vous avez citée, tirée de la *Popular Science Review*, était justifiée par les faits.

Q. 889. Le M. Preece mentionné dans la citation de la *Popular Science Review*, faite dans la question précédente, était-il bien M. William Henry Preece, celui dont vous avez parlé ?
R. : Oui.
[L'avocat de la défense produit une copie de l'article intitulé « The Telephone » (Le téléphone), publié dans la *Popular Science Review* de 1877 ; ce document est marqué « Pièce de la défense : Article de la *Popular Science Review* de 1877 – H. L. H., examinateur spécial ».
L'avocat de la défense produit également une copie d'un article publié dans le *London, Edinburgh and Dublin Philosophical Magazine and Journal of Science* en avril 1878, intitulé « On some Physical Points connected with the Telephone » (Sur certains aspects physiques liés au téléphone), par William Henry Preece, vice-président de la Society of Telegraph Engineers, membre de l'Institution of Civil Engineers (Inst. C. E.), etc. ; ce document est marqué « Pièce de la défense : Article de Preece sur le téléphone, avril 1878 – H. L. H., examinateur spécial ».]

Q. 890. Dans la contre-interrogatoire n° 354, une citation est faite à partir de l'ouvrage de Prescott sur le téléphone, reprenant un extrait censé provenir de la *Westminster Review*. Pouvez-vous identifier cet article et, si oui, quelle en était la date de publication ?
R. : Oui ; il figure dans un article intitulé « The Telephone », publié dans la *Westminster and Foreign Quarterly Review* le 1er janvier 1878.
[ L'avocat des défendeurs verse au dossier une copie de l'article auquel le témoin vient de faire référence ; la pièce est marquée « Pièce des défendeurs : article de la *Westminster Review* de janvier 1878 – H. L. H., examinateur spécial ». ]

Q. 891. Dans votre réponse à la contre-interrogation n° 450, vous mentionnez un article publié dans *The Commonwealth* le samedi 14 novembre 1874, concernant les inventions d'Elisha Gray. Possédez-vous une copie de cet article que vous avez vérifiée en la comparant à l'original ; et, dans l'affirmative, pouvez-vous la produire ?
R. Oui ; et je la produis.
[L'avocat des défendeurs verse au dossier une copie de l'article auquel le témoin vient de faire référence ; cette pièce est marquée « Pièce des défendeurs : Article du *Boston Commonwealth* du 14 novembre 1874 – H. L. H., examinateur spécial ».]

Q. 892. Lors de la contre-interrogation n° 482, l'avocat du plaignant a lu, à partir du dossier imprimé de l'affaire *American Bell Telephone Company et al. c. The People's Telephone Company et al.*, la copie d'une lettre que vous aviez adressée à vos parents le 5 mars 1875. Cette lettre faisait état de la connaissance qu'avait M. Orton, président de la Western Union Telegraph Company, des inventions d'Elisha Gray, ainsi que de celle qu'avaient vos conseils juridiques, MM. Pollok & Bailey, de ces mêmes inventions.
Quelle communication publique de ces informations Elisha Gray a-t-il lui-même effectuée, à votre connaissance, outre celle contenue dans l'article du *Boston Commonwealth* du 14 novembre 1874 ?
R. En février 1875, alors que je me trouvais à Washington, M. Orton m'a informé que M. Elisha Gray lui avait présenté son appareil de télégraphe musical, et j'ai appris par mes conseils juridiques, MM. Pollok & Bailey, que l'appareil de M. Gray avait été présenté publiquement à Washington. J'ai ici sous les yeux une copie certifiée, issue des archives du Bureau des brevets, de la déclaration préliminaire d'Elisha Gray déposée le 28 avril 1876 dans le cadre de la procédure d'interférence opposant sa demande du 23 février 1875, ma propre demande du 25 février 1875 et celle de Paul La Cour, déposée le 3 mars 1875. Dans cette déclaration préliminaire, Elisha Gray affirmait :
« Au cours du mois d'avril 1874, j'ai effectué des essais pour déterminer la meilleure méthode de transmission d'une note. J'ai notamment utilisé une anche de mélodéon ordinaire actionnée par un flux d'air. J'ai également entrepris la réalisation d'un transmetteur mécanique couvrant une octave, actionné par un mécanisme d'horlogerie, mais j'ai finalement opté pour ma première méthode consistant à faire vibrer une barre accordée au moyen de l'électricité ; c'est cette méthode que j'utilise depuis lors. J'ai aussitôt construit un transmetteur comportant une série de huit notes disposées selon une gamme diatonique. »
« Vers le 1er mai 1874, je me suis rendu à New York où j'ai présenté cet appareil à plusieurs personnes dans les locaux de la Western Union et de la Gold and Stock Telegraph Company.
Après ma première expérience, je n'ai pas fait mystère de mon invention, mais je l'ai expliquée à quiconque souhaitait la voir. Au cours du mois de mai 1874, je suis allé à Washington et j'ai présenté mon appareil à la Smithsonian Institution, devant le professeur Henry, M. Z. F. Wilber — l'examinateur chargé de cette catégorie au Bureau des brevets — et d'autres personnes ; je l'ai également présenté dans les locaux de la Western Union Telegraph de cette ville, en présence de certains opérateurs.
»
« La demande faisant actuellement l'objet d'une procédure d'interférence a été déposée le 23 février 1875, mais le mémoire descriptif a fait l'objet d'une déclaration sous serment le 9 janvier 1875, après avoir été préparé quelques jours auparavant ; les modèles ont été achevés en décembre 1874 et l'appareil a été présenté à Chicago à l'honorable William Orton, président de la Western Union Telegraph Company.
D'autres machines fonctionnelles, bien que moins soignées dans leur finition que ces modèles, avaient été fabriquées et utilisées au cours du mois précédent.
Pour mener mes expériences plus aisément, j'ai relié l'atelier où je travaillais à la ligne de la Western Union et j'ai fait fonctionner mon appareil sur de longs circuits de temps à autre.
»
« Mon invention et mes expériences de 1874-1875 étaient non seulement connues des télégraphistes professionnels, mais elles ont également été mentionnées à diverses reprises dans la presse et les périodiques ; je les ai fréquemment présentées et expliquées en public, non seulement à titre de divertissement, mais aussi devant des associations scientifiques et des personnes responsables de la gestion des diverses lignes télégraphiques du pays. »

Q. 893. Vous avez déclaré avoir témoigné dans le procès opposant la Bell Telephone Company à Peter A. Doud, ainsi que dans celui opposant l'American Bell Telephone Company et autres à... » The People's Telephone Company et autres. — La substance de votre témoignage dans la présente déposition figurait-elle dans vos précédentes dépositions relatives à ces procès ?
[ Objection soulevée au motif que la question est non pertinente et irrecevable, et qu'elle porte sur des éléments nouveaux non abordés lors de l'interrogatoire principal du témoin. ]
R. Oui.
[ L'avocat des défendeurs verse au dossier, en s'appuyant sur la traduction anglaise réalisée par Alexander J. Ellis de l'ouvrage du professeur Herman L. F. Helmholtz — intitulé en allemand « Die Lehre von den Tonempfindungen » (ou « On the Sensations of Tone » en anglais) —, la description de l'appareil de Helmholtz pour les voyelles figurant au chapitre VI et à l'annexe VIII dudit ouvrage ; cette pièce est marquée « Pièce des défendeurs : Description de l'appareil de Helmholtz pour les voyelles, H. L. H., examinateur spécial ».
L'avocat des défendeurs verse également au dossier une copie certifiée conforme du brevet n° 178 399, daté du 6 juin 1876 et délivré à Alexander G. Bell pour des « améliorations apportées aux récepteurs de télégraphes électriques » ; cette pièce est marquée « Pièce des défendeurs : Brevet de Bell n° 178 399 du 6 juin 1876, H. L. H., examinateur spécial ». ]

Reprise du contre-interrogatoire.

Q 894 (sous réserve). Je crois comprendre, d'après votre réponse à la question 893, que la substance de votre témoignage dans la présente déposition figure déjà dans vos dépositions antérieures relatives aux affaires *Bell Telephone Company c. Peter A. Dowd* et *American Bell Telephone Company et autres c. The People's Telephone Company et autres*. Faut-il entendre par là que tous les faits exposés dans la présente déposition se retrouvent, quant au fond, dans vos dépositions antérieures concernant ces affaires ?
R. En me fondant sur mes souvenirs généraux de la présente déposition et des dépositions antérieures susmentionnées, ainsi que sur ma connaissance des faits, je dirais qu'à mon avis, la présente déposition reprend pour l'essentiel le contenu des dépositions précédentes. Certes, certains détails peuvent être développés ici ou là de manière quelque peu différente, ou avec plus ou moins d'ampleur, l'affaire ayant été traitée par des avocats différents ; toutefois, je ne pense pas que la présente déposition contienne des faits substantiels relatifs à l'histoire de mon invention qui ne figurent pas également, quant au fond, dans les dépositions antérieures en question. Je dois ajouter que j'ai éprouvé un certain mécontentement à devoir, à ce stade avancé, au prix d'un investissement considérable en temps et en travail et au prix de grands désagréments personnels, raconter à nouveau la même histoire que celle exposée dans mes dépositions précédentes, alors même que la Cour suprême des États-Unis s'était déjà prononcée à ce sujet.
Quelles que soient les différences entre la présente déposition et celles qui l'ont précédée, il me semble que, sur le fond et à tous égards essentiels, il s'agit de la même chose.

Q n° 895 (sous réserve). Veuillez examiner les dossiers imprimés relatifs aux affaires *Bell Telephone Company c. Peter A. Dowd* et *American Bell Telephone Company et autres c. The People's Telephone Company et autres* — affaires auxquelles vous avez fréquemment fait référence lors de votre interrogatoire principal — et indiquer, par leur numéro, toutes les réponses aux questions qui vous ont été posées lors du contre-interrogatoire dans la présente affaire et qui figurent dans ces dépositions imprimées ; veuillez, pour plus de clarté, mentionner les numéros des questions et des réponses dans toutes les dépositions concernées.
R. : Je serais très heureux de vous donner satisfaction à cet égard, mais compte tenu de l'ampleur de la tâche que vous me demandez d'accomplir, je préférerais ne pas l'entreprendre. Il me semble que la comparaison de ces dossiers volumineux relève de la compétence des tribunaux et des avocats rémunérés pour ce travail ; je ne m'estime pas personnellement tenu d'effectuer cette tâche. Je verrais d'un très bon œil que vous versiez l'intégralité de mes précédentes dépositions au dossier de la présente affaire, afin que la comparaison puisse être effectuée par le tribunal lui-même. Bien entendu, je suis prêt à répondre à toute question précise en me fondant sur mes souvenirs généraux des témoignages fournis lors des procès antérieurs.

Q 896 (sous réserve). Je crois comprendre que vous avez déclaré à la Cour, en réponse à la question 893, que l'essentiel de votre témoignage dans la présente déposition figure déjà dans vos dépositions antérieures ; afin que cette réponse soit intelligible pour la Cour, je vous ai demandé d'indiquer ou de désigner par leur numéro toutes les réponses aux questions qui vous ont été posées lors du contre-interrogatoire dans la présente affaire et qui, comme vous l'avez affirmé, se trouvent dans vos dépositions antérieures. Ce faisant, j'estime vous avoir simplement demandé d'expliquer et de préciser une réponse donnée lors de votre interrogatoire principal ; cela étant, je serai tenu de vous demander de répondre à la question au mieux de vos capacités. Veuillez noter que ma question ne requiert aucune explication concernant vos témoignages antérieurs ou votre témoignage dans la présente affaire, mais simplement l'indication chiffrée des réponses que vous avez fournies dans cette affaire et qui figurent dans vos dépositions antérieures ; notez également que la question se limite aux réponses apportées lors du contre-interrogatoire.
R : Si votre question ne nécessitait qu'un effort modeste de ma part, je serais certainement ravi de faire de mon mieux pour vous satisfaire ; toutefois, connaissant le volume considérable des documents que vous me demandez d'examiner, et sachant qu'un tel examen exigerait de ma part un investissement important en temps et en travail, je ne peux entreprendre cette tâche. Je n'estime pas être tenu d'effectuer un travail qui incombe davantage aux avocats et pour lequel je ne dispose ni du temps ni de l'envie. L'impression qui me reste du témoignage que j'ai été appelé à donner dans cette affaire est que l'essentiel de mon témoignage dans la présente déposition figure dans les dépositions antérieures.
Telle est mon opinion, fondée simplement sur un souvenir général de mes dépositions précédentes. Versez toutes mes dépositions antérieures au dossier de cette affaire ; les avocats et le Tribunal pourront ainsi effectuer eux-mêmes les comparaisons.

Contre-interrogatoire – Q 897 (sous réserve). Je comprends, d'après votre réponse à la dernière question, que vous allez — à titre d'explication concernant la question 893 et de réponse aux deux questions précédentes — produire et présenter les exemplaires imprimés de vos dépositions dans l'affaire *Bell Telephone Company c. Peter A. Dowd* et dans l'affaire *American Bell Telephone Company et al. c. The People's Telephone Company et al.* Est-ce bien exact ?
R. Je suis disposé et désireux que les exemplaires imprimés de mes dépositions soient versés au dossier de la présente affaire.

[L'avocat des défendeurs déclare qu'il est prêt à fournir à l'avocat du demandeur les exemplaires imprimés des dépositions d'Alexander Graham Bell dans les affaires *Bell Telephone Company c. Peter A. Dowd* et *American Bell Telephone Company et al. c. The People's Telephone Company et autres*, ainsi que les exemplaires imprimés des pièces mentionnées dans lesdites dépositions qui sont nécessaires à leur bonne compréhension, et à convenir de l'exactitude de ces exemplaires imprimés, sans exiger la formalité d'une attestation des greffiers des tribunaux à cet effet. Si l'avocat du demandeur souhaite alors verser ces exemplaires au dossier, l'avocat des défendeurs ne formulera aucune objection.
Compte tenu des réponses du témoin à la question 893 et aux questions 894 à 897 du contre-interrogatoire (inclusivement), l'avocat du demandeur accepte la proposition de l'avocat des défendeurs et demandera que les dépositions en question soient marquées comme pièces dans la présente affaire lorsqu'elles seront produites par l'avocat des défendeurs.]
(Des copies des dépositions mentionnées ont été produites et versées au dossier, et font partie de la déposition originale.)

Question 898 (sous réserve). Avant de répondre à la question 893, avez-vous examiné attentivement vos dépositions dans l'affaire *Bell Telephone Company c. Peter A. Dowd* et dans l'affaire *American Bell Telephone Company et autres c. The People's Telephone Company et autres*, afin de déterminer dans quelle mesure les faits que vous avez relatés dans la présente affaire figuraient dans lesdites dépositions ?
R. J'ai examiné les dépositions récemment, mais pas dans le but indiqué, et je ne saurais dire qu'il s'agissait d'un examen particulièrement minutieux ; je me suis contenté de lire les deux dépositions en question peu de temps avant de commencer à témoigner dans cette affaire, et je ne les ai pas consultées depuis, sauf lorsque mon attention a été attirée sur des passages précis au cours de la présente déposition.

ALEXANDER GRAHAM BELL.

Le premier brevet de Bell

BUREAU DES BREVETS DES ÉTATS-UNIS.
ALEXANDER GRAHAM BELL, DE SALEM, MASSACHUSETTS.
PERFECTIONNEMENT DANS LA TÉLÉGRAPHIE.


Description faisant partie du brevet n° 174 465, daté du 7 mars 1876 ;
demande déposée le 14 février 1876.

À tous ceux que cela concerne :
Sachez que moi, ALEXANDER GRAHAM BELL, de Salem, Massachusetts, j'ai inventé certains perfectionnements nouveaux et utiles dans le domaine de la télégraphie, dont voici la description :
Dans le brevet qui m'a été accordé le 6 avril 1875 sous le n° 161 739, je ai décrit un procédé et un appareil permettant de transmettre simultanément deux signaux télégraphiques ou plus sur un seul fil, grâce à l'utilisation d'instruments émetteurs, dont chacun provoque une succession d'impulsions électriques à une cadence différente de celle des autres ; et d'instruments récepteurs, chacun accordé sur une fréquence telle qu'il entre en vibration pour produire sa note fondamentale sous l'action d'un seul des instruments émetteurs ; ainsi que de rupteurs vibrants fonctionnant de manière à convertir le mouvement vibratoire de l'instrument récepteur en une fermeture ou une ouverture permanente (selon le cas) d'un circuit local, dans lequel est placé un récepteur acoustique Morse, un enregistreur ou tout autre appareil télégraphique. J'y ai également décrit une forme de télégraphe autographe fondée sur le fonctionnement des instruments susmentionnés.
Pour illustrer mon procédé de télégraphie multiple, j'ai représenté dans le brevet susmentionné, à titre d'exemple d'instrument émetteur, un électro-aimant doté d'une armature à lame d'acier, maintenue en vibration par l'action d'une batterie locale. En vibrant, cette armatureétablit et rompt le circuit principal, produisant ainsi un courant intermittent sur le fil de ligne. J'ai toutefois constaté qu'avec ce dispositif, la limite du nombre de signaux pouvant être transmis simultanément
sur un même fil est très rapidement atteinte ; En effet, lorsque plusieurs appareils émetteurs, ayant des fréquences de vibration différentes, établissent et rompent simultanément le même circuit, l'effet produit sur la ligne principale équivaut pratiquement à un courant continu.
Dans une demande de brevet en instance, déposée auprès du Bureau des brevets des États-Unis le 25 février 1875, j'ai décrit deux manières de produire le courant intermittent : l'une par l'établissement et la rupture effectifs du contact, l'autre en augmentant et en diminuant alternativement l'intensité du courant sans rompre réellement le circuit.
Pour les distinguer, je désignerai le courant produit par cette seconde méthode sous le nom de courant pulsatoire.
Ma présente invention consiste à utiliser un courant électrique vibratoire ou ondulatoire — par opposition à un courant simplement intermittent ou pulsatoire — ainsi qu'à mettre en œuvre un procédé et un appareil permettant de produire des ondulations électriques sur le fil de ligne.
La distinction entre un courant ondulatoire et un courant pulsatoire peut être comprise si l'on considère que les pulsations électriques sont provoquées par des variations soudaines ou instantanées d'intensité, tandis que les ondulations électriques résultent de variations progressives d'intensité, exactement analogues aux variations de densité de l'air engendrées par de simples vibrations pendulaires. Le mouvement électrique, tout comme le mouvement aérien, peut être représenté par une courbe sinusoïdale ou par la résultante de plusieurs courbes sinusoïdales.
Les courants intermittents (ou pulsatoires) et ondulatoires peuvent être de deux types, selon que les impulsions successives présentent toutes la même polarité ou sont alternativement positives et négatives.
Les avantages que je retire de l'utilisation d'un courant ondulatoire à la place d'un courant simplement intermittent sont les suivants : premièrement, un nombre bien plus important de signaux peut être transmis simultanément sur le même circuit ; deuxièmement, il est possible d'utiliser un circuit fermé et une unique batterie principale ; troisièmement, la communication bidirectionnelle s'établit sans nécessiter de bobines d'induction spéciales ; quatrièmement, les dépêches par câble peuvent être transmises plus rapidement qu'avec un courant intermittent ou par les méthodes actuellement en usage ; car, puisqu'il n'est pas nécessaire de décharger le câble avant d'émettre un nouveau signal, on évite le retard des signaux ; cinquièmement, le circuit n'étant jamais rompu, un pare-étincelles devient inutile.
Il est connu depuis longtemps que lorsqu'on approche un aimant permanent du pôle d'un électro-aimant, un courant électrique est induit dans les bobines de ce dernier, et que lorsqu'on l'en éloigne, un courant de polarité opposée au premier apparaît dans le fil.
Par conséquent, lorsqu'on fait vibrer un aimant permanent devant le pôle d'un électro-aimant, un courant électrique ondulatoire est induit dans les bobines de l'électro-aimant ; les ondulations de ce courant correspondent, quant à la rapidité de leur succession, aux vibrations de l'aimant ; quant à la polarité, au sens de son mouvement ; et quant à l'intensité, à l'amplitude de sa vibration.
Afin de mieux faire comprendre la différence entre un courant ondulatoire et un courant intermittent, je décrirai l'état du courant électrique lorsque l'on tente de transmettre simultanément deux notes musicales, d'abord selon l'une des méthodes, puis selon l'autre. Supposons que l'intervalle entre les deux sons soit une tierce majeure ; leurs fréquences de vibration sont alors dans un rapport de 4 à 5.
Or, lorsque l'on utilise le courant intermittent, le circuit est établi et rompu quatre fois par un appareil émetteur pendant le même laps de temps que l'autre appareil effectue cinq fermetures et ruptures. A et B (figures 1, 2 et 3) représentent les courants intermittents produits : quatre impulsions de B se produisent pendant le même temps que cinq impulsions de A.
Les marques ccc, etc., indiquent les moments et la durée de fermeture du circuit, tandis que ddd, etc., indiquent la durée des ruptures du circuit.
La ligne A et B montre l'effet global sur le courant lorsque les appareils émetteurs correspondant à A et B sont amenés à établir et rompre simultanément le même circuit. L'effet résultant dépend considérablement de la durée de la fermeture par rapport à celle de la rupture.
Dans la figure 1, le rapport est de 1 à 4 ; dans la figure 2, de 1 à 2 ; et dans la figure 3, les fermetures et les ruptures ont une durée égale. L'effet combiné
de A et B (Fig. 3) est pratiquement équivalent à un courant continu.
Lorsque plusieurs appareils émetteurs ayant des fréquences de vibration différentes établissent et rompent simultanément le même circuit, le courant circulant dans la ligne principale devient, à toutes fins utiles, continu.
Considérons ensuite l'effet produit par l'utilisation d'un courant ondulatoire.
Les ondulations électriques, induites par la vibration d'un corps capable d'une action inductive, peuvent être représentées graphiquement, sans erreur, par la même courbe sinusoïdale que celle décrivant la vibration du corps inducteur lui-même ainsi que l'effet de cette vibration sur l'air ; en effet, comme indiqué précédemment, la fréquence d'oscillation du courant électrique correspond à la fréquence de vibration du corps inducteur, c'est-à-dire à la hauteur du son produit. L'intensité du courant varie en fonction de l'amplitude de la vibration — autrement dit, de l'intensité sonore — et la polarité du courant correspond au sens du mouvement du corps vibrant, c'est-à-dire aux phases de compression et de raréfaction de l'air engendrées par la vibration.
Ainsi, la courbe sinusoïdale A ou B (Fig. 4) représente graphiquement les ondulations électriques induites dans un circuit par la vibration d'un corps capable d'une action inductive.
La ligne horizontale a d e f, etc., représente le niveau zéro du courant.
Les parties saillantes b b b, etc., indiquent des impulsions d'électricité positive.
Les parties en creux c c c, etc., montrent des impulsions d'électricité négative.
La distance verticale b d ou c f séparant un point quelconque de la courbe de la ligne zéro exprime l'intensité de l'impulsion positive ou négative en ce point, tandis que la distance horizontale a a indique la durée de l'oscillation électrique.
Les vibrations représentées par les courbes sinusoïdales B et A (Fig. 4, sont dans le rapport susmentionné de 4 à 5 — c'est-à-dire que quatre oscillations de B s'effectuent dans le même temps que cinq oscillations de A.
L'effet combiné de A et B, lorsqu'ils sont induits simultanément dans le même circuit, est représenté par la courbe A + B (fig. 4), qui correspond à la somme algébrique des courbes sinusoïdales A et B. Cette courbe A + B indique également le mouvement réel de l'air lorsqu les deux notes musicales considérées sont émises simultanément. Ainsi, lorsque des ondulations électriques de fréquences différentes sont induites simultanément dans un même circuit, il en résulte un effet exactement analogue à celui produit dans l'air par la vibration des corps inducteurs.
Par conséquent, la coexistence, sur un circuit télégraphique, de vibrations électriques de hauteurs différentes se manifeste non pas par la disparition du caractère
vibratoire du courant, mais par des particularités dans la forme des ondulations électriques ou, en d'autres termes, par des particularités dans la forme des courbes représentant ces ondulations.

Il existe de nombreuses façons de produire des courants électriques ondulatoires, dont l'effet dépend des vibrations ou des mouvements de corps capables d'induction. Je vais en énumérer ici quelques-unes. Lorsqu'un fil parcouru par un courant électrique continu est mis en vibration à proximité d'un autre fil, un courant électrique ondulatoire est induit dans ce dernier.
Lorsqu'un cylindre, sur lequel sont disposés des aimants droits, est mis en rotation devant le pôle d'un électro-aimant, un courant électrique ondulatoire est induit dans les bobines de cet électro-aimant. Des ondulations sont provoquées dans un courant voltaïque continu par la vibration ou le mouvement de corps capables d'induction, ou par la vibration du fil conducteur lui-même à proximité de tels corps. Des ondulations électriques peuvent également être engendrées en augmentant et en diminuant alternativement la résistance du circuit, ou en augmentant et en diminuant alternativement la puissance de la pile. La résistance interne d'une pile diminue lorsque l'on rapproche les éléments voltaïques et augmente lorsqu'on les éloigne.
Ainsi, la vibration relative des éléments d'une pile provoque une action ondulatoire dans le courant voltaïque. La résistance externe peut également être modifiée. Par exemple, si du mercure ou un autre liquide fait partie d'un circuit voltaïque, plus le fil conducteur est immergé profondément dans ce liquide, moins celui-ci oppose de résistance au passage du courant. Ainsi, la vibration du fil conducteur dans du mercure ou un autre liquide inclus dans le circuit provoque des ondulations du courant. La vibration verticale des éléments d'une pile, au sein du liquide dans lequel ils sont immergés, engendre une action ondulatoire sur le courant en augmentant et en diminuant alternativement la puissance de la pile.
Pour illustrer la méthode de création d'ondulations électriques, je présenterai et décrirai un type d'appareil permettant de produire cet effet.
À cette fin, je préfère utiliser un électro-aimant A (fig. 5) dont la bobine n'est disposée que sur l'une de ses branches, b. Une armature en acier flexible, c, est fermement fixée par l'une de ses extrémités à la branche nue d de l'aimant, tandis que son extrémité libre fait saillie au-dessus du pôle de la branche pourvue de la bobine. L'armature c peut être mise en vibration de diverses manières — notamment par l'action du vent — et, en vibrant, elle émet une note musicale d'une hauteur bien définie.

Lorsque l'instrument A est placé dans un circuit voltaïque g-b-e-f-g, l'armature c s'aimante et la polarité de son extrémité libre est opposée à celle de l'aimant situé en dessous. Tant que l'armature c reste au repos, aucun effet n'est produit sur le courant voltaïque ; mais dès qu'elle est mise en vibration pour émettre sa note musicale, une puissante action inductive se produit et des ondulations électriques parcourent le circuit g-b-e-f-g. Le courant ondulatoire traversant la bobine de l'électro-aimant f provoque la vibration de son armature h lorsque les armatures c et h des deux instruments A et A1 sont normalement à l'unisson ; en revanche, l'armature h n'est pas affectée par le passage du courant ondulatoire si les hauteurs de son des deux instruments diffèrent.
Plusieurs instruments peuvent être installés sur un circuit télégraphique, comme le montre la figure 6. Lorsque l'armature de l'un des instruments est mise en vibration, tous les autres instruments du circuit accordés à la même fréquence réagissent, tandis que ceux dont la fréquence de vibration normale est différente restent silencieux. Ainsi, si l'on fait vibrer l'instrument A (fig. 6), les armatures de A1 et A2 vibreront également, alors que toutes les autres sur le circuit resteront immobiles. De même, si l'on fait émettre sa note musicale à l'instrument B1, les instruments B et B2 réagissent. Ils continuent d'émettre un son tant que la vibration mécanique de B1 se poursuit, mais cessent dès que ce mouvement s'arrête. La durée du son peut servir à représenter le point ou le trait de l'alphabet Morse ; on peut ainsi transmettre un message télégraphique en interrompant et en rétablissant alternativement le son. Lorsque deux instruments (ou plus) de hauteurs différentes sont mis en vibration simultanément, tous les instruments du circuit accordés sur ces mêmes fréquences entrent en vibration, chacun ne réagissant qu'à l'instrument émetteur avec lequel il est à l'unisson. Ainsi, les signaux de A (fig.6) sont répétés par Al et A, mais par aucun autre instrument du circuit ; les signaux de Bº par B et B ! ; ...et les signaux de C' par C, que A, B et C soient mis en vibration successivement ou simultanément. Ainsi, grâce à ces instruments, deux signaux ou messages télégraphiques (ou davantage) peuvent être transmis simultanément sur le même circuit sans interférer les uns avec les autres.
Je tiens à signaler ici que ces instruments peuvent trouver bien d'autres applications, telles que la transmission simultanée de notes musicales — différant tant par leur intensité que par leur hauteur — ainsi que la transmission télégraphique de bruits ou de sons de toute nature.
Lorsque l'armature c (fig. 5) est mise en vibration, l'armature h réagit non seulement en termes de hauteur, mais aussi d'intensité. Ainsi, lorsque c vibre avec une faible amplitude, une note musicale très douce émane de h ; à l'inverse, lorsque c vibre avec force, l'amplitude de vibration de h augmente considérablement et le son produit gagne en intensité. Par conséquent, si A et B (fig. 6) sont actionnés simultanément (A bruyamment et B doucement), les instruments A1 et A2 reproduisent avec intensité les signaux de A, tandis que B1 et B2 reproduisent doucement ceux de B.
Il a été indiqué plus haut que l'armature c (fig. 5) pouvait être mise en vibration par le souffle. Un autre procédé est illustré à la figure 7 : il permet de communiquer un mouvement à l'armature au moyen de la voix humaine ou d'un instrument de musique.
L'armature c (fig. 7) est fixée de manière souple, par l'une de ses extrémités, à la branche nue d de l'électro-aimant b, tandis que son autre extrémité est reliée au centre d'une membrane tendue, a.
L'élément A sert à concentrer les vibrations sonores sur la membrane. Lorsqu'un son est émis dans le cône, la membrane a entre en vibration, entraînant avec elle l'armature c ; il en résulte la création d'ondulations électriques dans le circuit Ebefg. Ces ondulations sont analogues aux vibrations de l'air provoquées par le son ; autrement dit, elles peuvent être représentées graphiquement par des courbes similaires. Le courant ondulatoire traversant l'électro-aimant *f* amène son armature *h* à reproduire le mouvement de l'armature *c*. On entend alors, provenant de *L*, un son semblable à celui émis dans *A*.
Dans le présent mémoire, les trois termes « oscillation », « vibration » et « ondulation » sont employés comme synonymes et par opposition aux termes « intermittent » et « pulsatoire ». Par l'expression « corps capable d'action inductive », j'entends un corps qui, lorsqu'il est en mouvement, produit de l'électricité dynamique. J'inclus dans la catégorie des corps capables d'action inductive le laiton, le cuivre et d'autres métaux, ainsi que le fer et l'acier.

Ayant décrit mon invention, ce que je revendique et désire protéger par lettres patentes est ce qui suit :
1. Un système de télégraphie dans lequel le récepteur est mis en vibration par l'emploi de courants électriques ondulatoires, sensiblement tel que décrit.
2. La combinaison, essentiellement telle que décrite, d'un aimant permanent ou d'un autre corps capable d'une action inductive avec un circuit fermé, de telle sorte que la vibration de l'un provoque des ondulations électriques dans l'autre ou en lui-même ; et je revendique ceci, que l'aimant permanent soit mis en vibration au voisinage du fil conducteur formant le circuit, ou que le fil conducteur soit mis en vibration au voisinage de l'aimant permanent, ou encore que le fil conducteur et l'aimant permanent soient tous deux mis simultanément en vibration au voisinage l'un de l'autre.
3. Le procédé consistant à produire des ondulations dans un courant voltaïque continu par la vibration ou le mouvement de corps capables d'une action inductive, ou par la vibration ou le mouvement du fil conducteur lui-même au voisinage de tels corps, tel que décrit.
4. Le procédé consistant à produire des ondulations dans un circuit voltaïque continu en augmentant et en diminuant progressivement la résistance du circuit, ou en augmentant et en diminuant progressivement la puissance de la pile, tel que décrit.
5. Le procédé et l'appareil pour transmettre télégraphiquement des sons vocaux ou autres, tels que décrits aux présentes, en provoquant des ondulations électriques de forme analogue aux vibrations de l'air accompagnant lesdits sons vocaux ou autres, essentiellement tel que décrit.

En foi de quoi, j'ai apposé ma signature aux présentes ce 20e jour de janvier 1876.
ALEX. GRAHAM BELL.
Témoins :
THOMAS E. BARRY
P. D. RICHARDS

Le deuxième brevet de Bell .

BUREAU DES BREVETS DES ÉTATS-UNIS.
ALEXANDER GRAHAM BELL, DE BOSTON, MASSACHUSETTS.
PERFECTIONNEMENT DANS LA TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE.

Description faisant partie du brevet n° 186 787, daté du 30 janvier 1877 ; demande déposée le 15 janvier 1877.

À tous ceux que cela concerne :
Sachez que moi, ALEXANDER GRAHAM BELL, de Boston, Massachusetts, j'ai inventé certains perfectionnements nouveaux et utiles dans la télégraphie électrique, dont voici la description :
Dans le brevet qui m'a été accordé le 6 avril 1875, sous le n° 161 739, ainsi que dans une demande de brevet des États-Unis actuellement en instance, j'ai décrit un procédé et un appareil permettant de produire des sons musicaux grâce à l'action d'un courant électrique rapidement interrompu, ce qui permet de transmettre simultanément plusieurs signaux télégraphiques sur un même circuit.
Dans une autre demande de brevet actuellement en instance auprès du Bureau des brevets des États-Unis, j'ai décrit un procédé et un appareil permettant d'induire un courant électrique intermittent sur un fil de ligne, ce qui permet de produire des sons musicaux et de transmettre simultanément plusieurs signaux télégraphiques sur le même circuit, dans l'un ou l'autre sens, ou dans les deux ; et dans le brevet qui m'a été accordé le 7 mars 1876, sous le n°
 174 465, j'ai présenté et décrit un procédé et un appareil permettant de produire des sons musicaux grâce à l'action de courants électriques ondulatoires, ce qui permet de transmettre simultanément plusieurs signaux télégraphiques sur le même circuit, dans l'un ou l'autre sens, ou dans les deux, et d'utiliser une seule pile pour l'ensemble du circuit. Dans les demandes et brevets susmentionnés, des signaux sont transmis simultanément sur un fil unique grâce à l'utilisation d'instruments émetteurs, dont chacun provoque une succession d'impulsions électriques de cadence différente, et sont reçus sans confusion par des instruments récepteurs, chacun étant accordé sur une hauteur de son telle qu'il entre en vibration pour produire sa note fondamentale sous l'action d'un seul des instruments émetteurs.
Un instrument distinct est donc utilisé pour chaque hauteur de son, chaque instrument ne pouvant transmettre ou recevoir qu'une seule note ; il faut ainsi autant d'instruments distincts qu'il y a de messages ou de notes musicales à transmettre.
Mon invention a pour objet, premièrement, la transmission simultanée de deux ou plusieurs notes musicales ou signaux télégraphiques sur un fil unique, dans l'un ou les deux sens, et avec une seule pile pour l'ensemble du circuit, sans qu'il soit nécessaire d'utiliser autant d'instruments qu'il y a de notes musicales ou de signaux télégraphiques à transmettre ; deuxièmement, la transmission électrique, par les mêmes moyens, de la parole articulée et de sons de toute nature, musicaux ou non ; troisièmement, la transmission électrique de notes musicales, de parole articulée ou de sons de toute nature, sans qu'il soit nécessaire d'utiliser une pile voltaïque.
Dans mon brevet n° 174 465, en date du 7 mars 1876, j'ai présenté, comme forme d'instrument émetteur, une membrane tendue à laquelle est fixée l'armature d'un électro-aimant, permettant ainsi de communiquer un mouvement à l'armature au moyen de la voix humaine, d'un instrument de musique ou de sons produits de quelque manière que ce soit. Conformément à la présente invention, je remplace la membrane et l'armature figurant dans les instruments émetteurs et récepteurs susmentionnés par une plaque de fer ou d'acier capable d'entrer en vibration sous l'effet de sons produits à proximité.

La nature de mon invention ainsi que la manière dont elle est ou peut être mise en œuvre seront comprises en se référant aux dessins ci-joints, dans lesquels :
La figure 1 est une vue en perspective d'une forme de mon téléphone électrique ; la figure 2 est une coupe verticale de celui-ci ; et la figure 3 est une vue en plan de l'appareil. La figure 4 est un schéma illustrant la disposition du circuit.
Des lettres identiques sur les dessins représentent des parties correspondantes de l'appareil.
La lettre A, dans les dessins susmentionnés, désigne une plaque de fer ou d'acier fixée en B et C au couvercle ou à la boîte de résonance D. La lettre E représente un tube acoustique permettant de transmettre des sons vers la plaque A ou de les en recevoir. F est une barre de fer doux. G est une bobine de fil de cuivre isolé, placée autour de l'extrémité H de la barre F. I est une vis de réglage permettant de modifier la distance entre l'extrémité H et la plaque A.
Les téléphones électriques J, K, L et M sont installés à différents postes le long d'une ligne et sont reliés en circuit avec une pile N, comme l'illustre le schéma de la figure 4.
J'ai présenté l'appareil sous l'une de ses formes les plus simples, étant entendu que sa disposition, sa combinaison, sa construction générale et sa forme, ainsi que les matériaux constituant ses diverses pièces, peuvent varier.
Le fonctionnement et l'utilisation de cet instrument sont les suivants : je préciserai d'emblée que cet instrument peut servir à la fois d'émetteur et de récepteur ; autrement dit, l'expéditeur du message utilise un appareil identique en tous points — tant par sa construction que par son fonctionnement — à celui qu'utilise le destinataire, de sorte que le même appareil peut servir alternativement de récepteur et d'émetteur.
Pour transmettre un message télégraphique à l'aide de ces instruments, il suffit à l'opérateur situé au niveau d'un téléphone (disons J) d'émettre un son musical — par exemple en parlant dans le tube acoustique E pour plus de commodité — à proximité de la plaque A, en faisant en sorte que la durée du son corresponde au point ou au trait de l'alphabet Morse ; l'opérateur qui reçoit le message (disons en M) doit quant à lui écouter son téléphone, de préférence via le tube acoustique E. Lorsque deux signaux musicaux ou plus sont transmis sur le même circuit, tous les téléphones reproduisent les signaux de l'ensemble des messages ; toutefois, comme la hauteur tonale des signaux diffère d'un message à l'autre, il est aisé pour un opérateur de concentrer son attention sur un message spécifique tout en ignorant les autres. En cas de transmission simultanée d'un grand nombre de dépêches, il est recommandé à l'opérateur d'écouter son téléphone à l'aide d'un résonateur, dispositif qui amplifiera, à son oreille, les signaux qu'il souhaite percevoir. Il peut ainsi focaliser son attention sur les signaux d'un message donné sans être distrait ni perturbé par les signaux d'autres messages transitant simultanément sur la ligne.

Les signaux musicaux peuvent, si on le souhaite, être reçus automatiquement au moyen d'un résonateur dont une extrémité est fermée par une membrane ; celle-ci ne vibre que lorsque la note avec laquelle le résonateur est à l'unisson est émise par le téléphone récepteur. Les vibrations de la membrane peuvent être utilisées pour actionner un interrupteur de circuit, lequel déclenchera un récepteur acoustique Morse ou un appareil d'enregistrement télégraphique. J'ai décrit une forme d'interrupteur vibrant pouvant servir à cet effet dans le brevet n° 178 399, daté du 6 juin 1876.
Ainsi, ce procédé rend possible la transmission simultanée de plusieurs messages télégraphiques sur un circuit unique — que ce soit dans le même sens ou dans les deux sens — en utilisant une seule batterie principale pour l'ensemble du circuit et un seul téléphone à chaque station. Cela présente un avantage considérable : pour transmettre simultanément plusieurs messages, signaux ou sons sur un fil unique, il n'est plus nécessaire de disposer d'instruments distincts accordés spécifiquement pour chaque son donné — une méthode qui exige un réglage précis des instruments correspondants. À l'inverse, le perfectionnement actuel permet d'utiliser un instrument unique à chaque station ou, si l'on en emploie plusieurs pour des raisons de commodité, des appareils de construction identique, sans qu'il soit nécessaire de les régler ou de les accorder sur des hauteurs de ton particulières. Tout son produit à proximité d'un téléphone quelconque — par exemple au point J, figure 4 — est reproduit fidèlement par les téléphones de toutes les autres stations du circuit ; ce procédé se prête donc également à la transmission intelligible des sons précis de la parole articulée. Pour transmettre un message articulé, il suffit qu'un opérateur parle à proximité de son téléphone (de préférence par le tube E) et qu'un autre opérateur, situé à une station distante sur le même circuit, écoute au téléphone de sa propre station. Si deux personnes parlent simultanément à proximité de téléphones identiques ou différents, les paroles des deux locuteurs sont reproduites simultanément par tous les autres téléphones du même circuit ; ainsi, grâce à ce dispositif, plusieurs messages vocaux peuvent être transmis simultanément sur le même circuit, dans un sens ou dans les deux sens. Tous les effets mentionnés ci-dessus peuvent être obtenus avec les mêmes instruments, sans pile, en rendant la barre centrale FH magnétiquement permanente.
Une autre forme de téléphone utilisable sans pile est représentée à la figure 5 ; O désigne un aimant permanent composé, aux pôles duquel sont fixées des pièces polaires en fer doux (PQ), entourées de bobines de fil isolé (RS). La figure 6 illustre la disposition, sur un circuit, d'instruments similaires à celui représenté à la figure 5. Au lieu de la plaque A figurant dans les schémas précédents, on peut placer des lames vibrantes en fer ou en acier accordées sur une hauteur tonale précise devant l'électro-aimant O ; en associant une série de tels instruments accordés sur des hauteurs différentes, on peut adopter une configuration de circuit analogue à celle décrite dans mon brevet n° 174 465 (et illustrée à la figure 6 de la planche 2 dudit brevet). La pile peut, bien entendu, être supprimée.
La présente invention ne se limite pas à l'utilisation du fer ou de l'acier, mais englobe tout matériau susceptible de produire une induction.
La caractéristique essentielle de l'invention réside dans le fait que l'armature de l'instrument récepteur est mise en vibration par l'attraction variable de l'électro-aimant, provoquant ainsi une vibration de l'air environnant identique à celle produite par le son à l'autre extrémité de la ligne. Il n'est donc nullement nécessaire ou indispensable que l'instrument émetteur soit de conception identique à celle de l'instrument récepteur. Tout instrument capable de capter et de transmettre les vibrations de l'air peut servir d'émetteur, bien que, pour des raisons de commodité et pour permettre une communication bidirectionnelle, je préfère utiliser des instruments identiques aux deux extrémités du conducteur électrique. J'ai précédemment décrit et présenté d'autres moyens de transmission du son, comme en témoignent les comptes rendus de l'American Academy of... Arts et Sciences, volume XII.
Par souci de commodité, je préfère adjoindre à chaque instrument une sonnerie d'appel. Celle-ci peut être disposée de manière à retentir, d'une part, lorsque le circuit principal est ouvert et, d'autre part, lorsque la barre F entre en contact avec la plaque A. Le premier signal sert à attirer l'attention, tandis que le second indique le moment où il convient de régler à nouveau l'aimant ; en effet, il est important que la distance entre l'aimant et la plaque soit aussi réduite que possible, sans toutefois qu'il y ait contact. J'ai également constaté que les ondulations électriques produites sur la ligne principale par la vibration de la plaque A sont amplifiées si l'on place la bobine G à l'extrémité de la barre F la plus proche de la plaque A, sans toutefois la prolonger au-delà du milieu de la barre, ou environ.

Ayant ainsi décrit mon invention, ce que je revendique et désire protéger par lettres patentes est :
1. La réunion, sur un circuit électrique et au moyen de celui-ci, de deux ou plusieurs instruments conçus pour fonctionner essentiellement de la manière illustrée et décrite aux présentes, de telle sorte que, si un mouvement quelconque est produit de quelque manière que ce soit dans l'armature de l'un de ces instruments, les armatures de tous les autres instruments du même circuit seront mises en mouvement de façon analogue, et si ce mouvement est produit dans le premier par un son, un son identique sera produit par le mouvement des autres.
2. Dans un système de télégraphie ou de téléphonie électrique composé d'instruments d'émission et de réception reliés par un circuit électrique, la production, dans l'armature de chaque instrument récepteur, d'un mouvement déterminé en soumettant ladite armature à une attraction d'intensité variable, quelle que soit la manière dont cette variation est produite dans l'aimant ; je revendique par conséquent la production d'un ou plusieurs sons déterminés à partir de l'armature de l'instrument récepteur en soumettant ladite armature à une attraction d'intensité variable, de manière à imprimer à l'armature le mode de vibration caractéristique du ou des sons en question.
3. La combinaison, avec un électro-aimant, d'une plaque en fer, en acier ou en tout autre matériau susceptible d'induction, pouvant être mise en vibration par le mouvement de l'air ambiant ou par l'attraction d'un aimant.
4. En combinaison avec une plaque et un électro-aimant tels que revendiqués précédemment, les moyens décrits aux présentes, ou leurs équivalents mécaniques, pour régler la position relative de ces deux éléments de manière à ce qu'ils puissent être placés aussi près l'un de l'autre que possible, sans toutefois se toucher.
5. La réalisation, dans un téléphone électrique tel qu'illustré et décrit aux présentes, d'un aimant comportant une bobine sur l'extrémité ou les extrémités situées à proximité immédiate de la plaque.
6. La combinaison, avec un téléphone électrique tel que décrit, d'une caisse de résonance, essentiellement telle qu'illustrée et exposée aux présentes.
7. En combinaison avec un téléphone électrique tel que décrit aux présentes, l'utilisation d'un tube acoustique (pour parler ou pour écouter) destiné à transmettre des sons vers ou depuis le téléphone, essentiellement de la manière exposée.
8. Dans un système de téléphonie électrique, la combinaison d'un aimant permanent avec une plaque de fer ou d'acier, ou d'un autre matériau susceptible d'une action inductive, et de bobines placées sur l'extrémité ou les extrémités dudit aimant les plus proches de la plaque, sensiblement tel que décrit.

En foi de quoi, j'ai apposé ma signature aux présentes ce 13 janvier 1877.
A. GRAHAM BELL.
Témoins : HENRY R. ELLIOTT. EWELL A. DICK.