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Le système de surveillance automatique à
distance dun endroit déterminé, en employant des appareils
acoustiques spéciaux placés sous terre ou dans l'eau, a
été proposé pour la première fois en 1883,
par le commandant R.Henry, et ensuite lieutenant-colonel de létat-major
du génie, qui a donné à lensemble de ses procédés
le nom de cryptophonie et a appelé cryptophones les appareils
quil a inventés pour réaliser son système .
Lensemble de ces appareils comprend :
1° Les transmetteurs locaux ou cryptophones, en nombre quelconque,
placés dans les endroits que l'on veut observer .
Chaque poste transmet teur se compose dun interrupteur spécial
destiné à provoquer lattention et dun microphone
qui permet d'analyser les bruits que l'on perçoit;
2° Les récepteurs placés au poste dobservation
ou cryplophonoscopes .
Ils se composent d'appels, sonneries ou voyants, actionnés par
les interrupteurs, et de téléphones qui permettent découter
attentivement et danalyser les bruits recueillis par un transmetteur
local déterminé .
Les premières expériences de cryptophonie ont été
faites par le commandant Henry, aux abords du Mont-Valérien, en
avant des glacis de la lunette de Rueil, sur différents chemins
conduisant du fort au village de Rueil et en divers points de la campagne
distants du fort de 500, 600, 1000 et 2500 mètres .
Le poste central découte était placé dans le
chemin couvert et relié avec les points à surveiller par
des fils télégraphiques aboutissant à des cryptophones
enterrés à 0,60 m. ou 1 mètre dans le sol .
Les premiers cryptophones, établis à 1500 mètres
environ des glacis, au-dessous de laxe du chemin qui descend à
Rueil, étaient au nombre de trois . Ils comprenaient chacun un
microphone Hugues, monté dans une boite
en sapin à côté dun trépidateur dont
la pointe, très mobile, frappait sur une plaque métallique
. La boite en sapin était elle-même renfermée dans
un tube en poterie qui traversait le chemin comme un caniveau, de manière
à recevoir les bruits venant d'une certaine distance .
Ce premier dispositif, expérimenté pendant
plusieurs jours, donna des résultats remarquables .
Ainsi, on fit passer successivement sur le chemin de Rueil :
1° Un groupe de six hommes à pied;
2° Trois hommes conduisant des brouettes;
3° Six hommes à cheval;
4° Deux voitures, lune à un cheval, lautre à
deux chevaux .
Lobservateur, placé au poste central, était averti
par une sonnerie du passage des hommes ou des voitures à laplomb
de chacun des trois cryptophones, distants lun de lautre de
20 mètres et pouvait facilement distinguer le sens de la marche,
ainsi que sa vitesse, par les indications que donnaient successivement
les appareils .
Il pouvait parfaitement, à laide des téléphones,
entendre le bruit des pas des hommes sapprochant ou séloignant,
et distinguer le bruit produit par les pas des chevaux de celui que provoquaient
les piétons .
Quant aux bruits produits par le passage des voitures, ils étaient
perçus sur une longueur totale denviron 100 mètres
et on pouvait distinguer sans difficulté le sens de la marche du
convoi . Il est inutile d'insister sur les avantages quon pourrait
retirer de pareilles indications dans les opérations militaires
.
Aussi, à la suite de ces premières expériences, auxquelles
avaient assisté différents officiers et ingénieurs,
le commandant Henry fut autorisé à faire construire des
appareils plus portatifs et plus perfectionnés afin dappliquer
la cryptophonie à diverses hypothèses de la guerre de siège
et de campagne . Cet officier supérieur remit un mémoire
contenant ses propositions .
Malheureusement on dut ajourner lexécution, faute des crédits
nécessaires .
Deux ans plus tard, en 1886
Le commandant Henry reprit l'étude pratique des cryptophones; il
parvint à faire construire, avec le concours de M. Berthon,
directeur de la Société générale
des téléphones, des appareils très portatifs
qui ont été mis en expérience en 1887 et 1888, et
ont donné des résultats encore supérieurs aux premiers,
puisquils ont pu avertir des bruits qui se produisaient sur une
route, dans une rue ou dans lintérieur dune maison,
et ont permis de les analyser à une distance de 8 ou 10 kilomètres
.
Ces expériences ont été peu remarquées
au début, mais on comprend aujourdhui toute limportance
de ces procédés et les services que peut rendre la cryptophonie,
non seulement dans larmée et dans la marine, mais aussi dans
les administrations civiles et sur les paquebots transatlantiques . Dans
les premières expériences il avait fallu mettre les piles
auprès du transmetteur, ce qui était assez gênant
.
En outre, les premiers trépidateurs construits par MM. Henry et
Berthon se composaient d'un levier équilibré, suspendu à
la face supérieure de la boîte qui le contenait par une lame
métallique flexible et communiquant avec le fil de ligne . Il portait
à lune de ses extrémités, sur une tige filetée,
un contre poids mobile dont la position devait être réglée
au moment de la pose, afin dassurer une légère pression
à l'extrémité opposée du levier contre une
plaque de contact mise à la terre . Sous linfluence des vibrations
ou des trépidations produites dans le voisinage de lappareil,
le levier oscillait et provoquait ainsi, par des interruptions de courant,
léveil du poste central .
Cet appareil était très sensible, mais il nécessitait
un réglage spécial chaque fois quon le plaçait
dans une nouvelle position . Ce réglage, très minutieux,
demandait lintervention dune personne compétente, et
comme un même transmetteur doit pouvoir être transporté
rapidement dun point à un autre sans quon ait à
vérifier son réglage, les inventeurs recoururent à
la dis position suivante (fig .1) .

Le poste dobservation comprend un tableau indicateur muni d'autant
dannonciateurs a qu'il y a de vibrateurs A, et de conjoncteurs rv
qu'il y a de microphones F ou B .
L'un des pôles de la pile L est mis à la terre et lautre
pôle est relié à tous les électros a . Chaque
électro communique par un fil de ligne au support de linterrupteur
correspondant A et, par celui-ci, à la terre, lorsque lappareil
ne vibre pas . En temps ordinaire, toutes les armatures des annonciateurs
sont donc maintenues attirées, mais lorsquun ébranlement
a provoqué linterruption du contact en A, le courant cesse
de passer dans lannonciateur correspondant, et lobservateur
est averti par la chute du voyant et par le tintement d'une sonnerie .
Il introduit alors la fiche F à double fil entre les plaques du
conjoncteur correspondant rv, et peut écouter dans les téléphones
R les bruits transmis par le microphone II ou B .
Pour obtenir un vibrateur dun transport facile et ne nécessitant
pas un réglage spécial dans chaque position, MM . Henry
et Berthon ont eu recours à une suspension à la Cardan .
L'appareil est alors réglé une fois pour toutes, lors de
sa construction; il peut être ensuite placé dans un endroit
quelconque, sans quil soit nécessaire de procéder
à un nouveau réglage .
La figure 2 représente lappareil ainsi disposé .

Le levier A B C, dont la queue filetée porte le contrepoids A,
oscille sur deux couteaux B, qui portent sur deux cavités ménagées
dans les montants M N . Son extrémité C bute contre la vis
E, qui est portée sur la branche norizontale Q . Cette dernière
est montée sur les tiges verticales MN, dont elle est isolée
par linterposition d'une feuille débonite . Un contrepoids
P permet d'équilibrer le poids de cette pièce Q . Le tout
est fixé par une suspension à la Cardan, dans une boîte
qui contient également le micro phone .
Cette boîte est boulonnée sous une plateforme composée
de quelques madriers d'une certaine longueur, afin de donner plus de stabilité
au système et aussi pour augmenter son champ daction . Cette
plateforme est dailleurs complètement dissimulée .
Le mode de suspension et de réglage permet d'obtenir une sensibilité
excessivement grande, telle, par exemple, que le trottinement dune
souris dans une pièce où lappareil est fixé
suffit à produire un appel . En manuvrant convenablement
les contrepoids A et P, ainsi que la vis E, on peut obtenir la sensibilité
que lon désire .
Comme nous lavons dit plus haut, le commandant Henry avait inventé
la cryptophonie pour les besoins du service militaire, mais cette invention
se prête admirablement aux applications les plus variées:
la surveillance des propriétés, des appartements qui ne
sont pas habités; lenregistrement méthodique des bruits
souterrains naturels qui se produisent dans les mines, au fond des puits,
dans les cavités ou les fissures profondes du sol, et des vibrations
dé terminées par les tremblements de terre; le contrôle
du passage et de la rapidité des trains de chemins de fer dans
les tunnels, sur les ponts métalliques ou aux passages à
niveau .
Pour la surveillance, dans un but de sécurité, dune
partie d'une ville, les inventeurs ont proposé une combinaison
analogue à celle qui est adoptée en Angleterre pour la protection
des appartements et des coffres-forts.
Tous les avertisseurs sont reliés à un poste de police dans
un ordre déterminé, en sorte quun voleur pénétrant
dans un local mis en surveillance signale lui-même, sans sen
douter, sa présence au poste de police le plus voisin ; le chef
de ce poste peut, à l'aide des téléphones, constater
la nature des bruits et, partant, le nombre approximatif des voleurs,
ainsi que le genre dopérations aux quelles ils se livrent
.
On pourrait, en installant des cryptophones dans des maisons en construction
ou dans des terrains vagues, repaires ordinaires des malfaiteurs, faire
des « râfles » faciles et sûres, au lieu d'avoir
recours à des recherches de police lentes et coûteuses .
Mais il est une autre application de la cryptophonie sur laquelle nous
voulons insister dune façon particulière, en raison
des services très grands quelle peut rendre, cest la
cryptophonie sous-marine .
Lappareil combiné dans ce but par les inventeurs et expérimenté
sous le patronage du contre-amiral Gervais ne diffère que très
peu de celui que nous venons de décrire et qui se prête merveilleusement
à cette nouvelle application : il comporte un diaphragme métallique
A B, tendu sur une couronne T U, boulonnée elle-même sur
une boîte en bronze ou en métal quel conque qui contient
le vibrateur et le microphone .
Cette boîte métallique se prolonge à sa partie inférieure
par un tube ou corps de pompe ou vert par le bas, mais étanche
dans toutes les autres parties . Dans ce corps de pompe peut se mouvoir
à frottement doux un piston, dont le rôle est de permettre
léquilibre des pressions intérieure et extérieure
par son déplacement pendant limmersion, tout en évitant
aux organes supérieurs le contact de leau ou de l'air humide
.
On a soin avant limmersion de placer le piston au bas du tube .
Les pressions étant ainsi équilibrées, le diaphragme
conserve sa forme plane et son maximum de sensibilité .
Lappareii peut être muni de plusieurs diaphragmes avec avertisseurs
correspondant à six, huit ou dix directions différentes,
suivant des azimuts donnés et repérés davance
sur un ca dran placé au poste dobservation .
Un annonciateur qui est déclenché dans lun des secteurs
du cadran indique à lobservateur la direction doù
provient le bruit ou le choc qui a actionné lappareil .
On peut aussi, avec trois appareils placés à quelques centaines
de mètres de distance, relever par recoupements la trajectoire
que suit un navire dont on entend le battement de lhélice
dans le cryptophone,
Sur la proposition du commandant Henry, des expériences ont été
entreprises dans les rades de Brest et de Cherbourg; elles ont permis
de constater que les battements réguliers de l'hélice dun
navire sapprochant ou séloignant de lentrée
du port sont aisément perçus à une distance de 1500
mètres à 2 kilomètres .
Des conversations télégraphiques peuvent être entretenues
entre le navire et le port, au moyen de coups convenablement espacés
.
Les essais ont été interrompus momentanément, mais
il y a lieu d'espérer quils seront bientôt repris,
en raison de leur importance .
Le cryptophone sous-marin constitue en effet un précieux instrument
de surveillance pour la navigation .
Placé à bord d'un cuirassé, il peut avertir de l'approche
d'un torpilleur et donner la direction dans laquelle vient ce dernier;
convenablement adapté aux navires, il permet, la nuit ou en temps
de brouillard, de constater le voisinage dun autre navire; on pourrait
ainsi-prévenir les abordages en mer, dont le nombre et la gravité
croissent en raison directe du développement de la navigation .
La sécurité des navires est au moins aussi importante que
celle des chemins de fer, et Lon comprend que M . Lamiral
Gervais ait pris lini tiative de mettre à profit linvention
du cryptophone, non seulement pour protéger nos ports et nos navires
de guerre contre toute surprise, mais aussi pour augmenter la sécurité
de la marche des grands paquebots .
Avec quatre appareils dont l'installation ne coûterait pas plus
de 1500 à 2000 francs, on pourra sauvegarder des navires dune
valeur de plus de 10 millions dont l'abordage loin des côtes peut
entraîner la perte, corps et biens .
Le cryptophone de sécurité Henry se compose d'une boite
étanche boulonnée à l'avant du navire, à quelques
mètres au-dessus de la ligne de flottaison et renfermant les organes
que nous avons décrits plus haut .
Une plaque vibrante en acier reçoit les bruits venant d'une direction
donnée par lintermédiaire de leau de mer qui
transmet les sons très nettement à de grandes distances
. Ces bruits sont écoutés à bord par un veilleur
de nuit qui peut ainsi reconnaitre à chaque instant les chocs produits,
soit à lavant du navire, soit à bâbord, soit
à tribord, par le battement régulier et très perceptible
de lhélice dun navire qui sappro che du paquebot
dans la direction perpendicu laire à la plaque vibrante de lappareil
.
Le capitaine est ainsi prévenu à 2 ou 3 kilomètres
de distance de lapproche dun autre navire et, par suite, a
tout le temps de faire les manuvres né cessaires pour éviter
la catastrophe de Labor dage .
sommaire
L'idée de crypter les conversations téléphoniques
suit son chemin ...
A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889 A PARIS.
Le cryptophone, mis au point par Henry et Berthon et exposé
dans les locaux du ministère de la Guerre français, a pour
but de permettre à une personne de surveiller discrètement
un bâtiment ou une zone éloignés. Son fonctionnement
repose sur la détection des vibrations ou des secousses du sol
ou des murs d'un bâtiment provoquées par un objet en mouvement.
Les cryptophones proprement dits se composent de contacts sensibles reliés
à des microphones et installés aux emplacements concernés.
Le cryptophonoscope est une sorte d'indicateur de signalisation situé
au poste de réception, auquel les microphones sont reliés
par des fils distincts. Toute vibration captée par un microphone
déclenche une alarme et fait basculer un volet indicateur sur l'appareil
correspondant. Grâce à des écouteurs téléphoniques,
le surveillant peut alors identifier la nature des bruits. Ce dispositif
trouve principalement des applications militaires.
CHRONIQUE vu dans "La Nature" de 1889
Tremblement de terre du 26 mai 1889 aux îles Philippines.
Dans la nuit du 25 au 26 mai dernier, à 2 h. 25 m. du matin,
la population de Manille a été réveillée par
une très violente secousse de tremblement de terre, la plus forte
qui y ait été ressentie depuis le tremblement de terre de
1880, qui a détruit la ville presque entièrement. A la suite
de cette catastrophe, les maisons nouvelles ont été construites
en matériaux légers, de sorte que cette fois, malgré
la durée et. lintensité de la secousse, les dégâts
matériels sont relativement peu importants, et, comme accidents
de personnes, on ne signale que deux Chinois tués. Dans la ville
murée, tous les bâtiments en pierre qui existent encore ont
été plus ou moins lézardés; plusieurs églises
sont sérieusement endommagées. Le phénomène
sest annoncé par un bruit sourd, semblable à une canonnade
dabord éloignée, puis se rapprochant rapidement. La
durée totale des secousses a été de 80 secondes.
Daprès le sismographe du P. Cecchi, en service à lObservatoire
de Manille, la direction générale du mouvement a été
sensiblement 0.-E., les oscillations ayant une amplitud de 5° à
6°.
Le cryptophone, appareil construit à Paris pour la Société
générale des téléphones, sur les plans du
P. Faura, directeur de lObservatoire de Manille, a permis de constater
des détonations souterraines dune grande intensité,
non seulement pendant la secousse, mais encore dans la soirée du
26 mai et le lendemain. Il résulte dune enquête faite
par M. Fradin, consul de France à Manille, que les pertes subies
par nos nationaux sont insignifiantes.
sommaire
1919 Le Cryptophone CARPENTIER :
Jules Carpentier (30 août 1851 - 30 juin 1921) était un ancien
élève de la prestigieuse École Polytechnique de Palaiseau,
en banlieue parisienne.
En 1878, il racheta les ateliers Ruhmkorff à Paris et en fit une
entreprise florissante spécialisée dans la fabrication d'appareils
électriques et magnétiques Au fil des années, Carpentier
déposa de nombreux brevets, principalement dans les domaines de
la photographie, du cinéma et de la télégraphie.
En février 1919, Carpentier déposa un brevet pour un dispositif
de téléphonie sécurisée, utilisant un commutateur
motorisé pour inverser le courant d'un signal audio 3 340 fois
par seconde. Cette technique, également appelée hachage,
introduit des bandes latérales dans le spectre de fréquences
dont l'une est inversée et correspond en quelque
sorte à la mécanique d'un mélangeur électronique
en anneau à diodes. L'inversion du spectre de fréquences
audio est aussi appelée inversion vocale .
Le 8 février 1919 est délivré
le Brevet 522.916
Principe et procédés pour assurer l'établissement
de conversations téléphoniques secrètes
et dispositifs é1ectmques en permettant la mise en uvre pratique
(en pdf). de CARPENTIER et POIRSON. (publié le 9 août 1921).
Lobjet de ce brevet est un principe permettant de dénaturer
en quelque sorte, en les déformant, les courants téléphoniques,
rendant inintelligible toute conversation qui pourrait être captée
sur la tigne pendant son échange et de reconstituer cette conversation
au poste darrivée, seul appelé à en bénéficier.

Procédé permettant létablissement de conversations
téléphoniques secrètes, par la déformation
des courants téléphoniques au moyen de coupures ou dinversions
pénochques dune fréquence appropriée, ct la
reconstitulion ou le redressement du courant dans le poste récepteur,
au moyen de moteurs marchant à chacun des postes avec un synchronisme
absolu.
Vu dans la presse " L'ELECTRICITE" SÉANCE DU 28
JUILLET 1919
COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LACADÉMIE DES SCIENCES
Sur un procédé de téléphonie
secrète.
Note (Séance du 7 juillet 1919). ) de M. E. Poirson, présentée
par M.J. Carpentier.
Observations ayant conduit au principe du procédé .
Un courant téléphonique, issu d'un transformateur
téléphonique peut être déformé systématiquement,
par un moyen mécanique, et sans superposition d'aucun courant électrique
extérieur. On peut lui faire subir soit des interruptions périodiques,
soit des inversions périodiques régulières. Si l'on
écoute dans un téléphone le courant téléphonicjue
ainsi modifié, voici ce qu'on observe :
a ) Interruptions périodiques de durée égale à
celle des non-interruptions.
Le tableau suivant indique l'impression produite.
Nombre d'interruptions par seconde ........... observation
de 0 à 125............................ voix très altérée,
rocailleuse. On comprend mal.
135 à 170 .............................Voix moins alléiée,
on comprend mieux.
210 à 270 .............................Voix très altérée,
hachée. on comprend mal
290 à 500 .............................Voix redevient meilleure,
on comprend mieux.
400 à 1500 .......................... Voix très hachée.
presque incompréliensible.
2000 à 2500 et au-dessus. . . A partir- de 2000 périodes,
la voix n'est plus hachée; la parole passe nette et claire.
Plus le temps d'interruption est court par rapport au temps de noninterruption,
moins la parole est altérée.
b ) Immersions périodiques. Si, au moyen d'un commutateur
tournant, on inverse périodiquement le courant téléphonique
suivant le schéma ci-après (fig1), on produit une modification
de sa composition harmonique d'autant plus profonde que la fréquence
d'inversions est plus élevée. La parole devient tout à
fait inintelligible, on entend toujours parler, mais comme une langue
étrangère et bizarre.

Le Tableau suivant indique l'impression produite.
Nombre d'inversions par seconde........... Observations.
0 à 100 ..................................... Parole coiupréhensible,
mais comme enrhumée fortement.
100 à 170 ..................................Parole compréhensible,
moins enrhumée.
200 à 250 ..................................Parole compréhensible,
redevient plus altérée.
250 à 300 ..................................Parole compréhensible,
redevient meilleure.
300 à 600 ..................................Parole peu compréhensible;
la déformation augmente.
600 à 1000 ................................Parole incompréhensible
; mai il s'y superpose comme une voix soufflée, qui elle est compréhensible.
1050 à 2500 et au-dessus. ...........A partir de 1050, la parole
est tout à fait inintelligible,quel que soit la fréquence.
Remarques curieuses. Si l'on siffle un air de musique, il est rendu
faux et déformé.
Le phénomène d'inversion est réversible ; par exemple,
à 3340 inversions par seconde, le mot allô devient ôya
si l'on prononce ôya on entend
nettement allô. On démontre qu'il doit en être ainsi.
Reconstitution du courant téléphonique primitif.
Le courant téléphonique inversé peut être
redressé, à l'aide d'un commutateur identique à celui
qui l'avait inversé, et l'on vérifie que ce courant téléphonique
ainsi reconstitué dans son ordre normal reproduit intelligiblement
la parole, nettement et sans altération.
Pour cela, il faut : 1° que le synchronisme existe entre l'appareil
inverseur et l'appareil redresseur; 2° que les deux appareils inversent
en même temps (marche en phase)
sommaire
Dans la revue "La science et la vie" de Mars
1921
L'article : POUR ASSURER LE SECRET DES COMMUNICATIONS TÉLÉPHONIQUES
Par L.-D. FOURCAULT
Article bien plus complet.
On a cherché de différents côtés, depuis que
le téléphone est dusage courant, à en assurer,
dune manière certaine, le secret. Tous ceux qui font usage
du téléphone ont journellement la preuve de l'indiscrétion
notoire de ce mode de communication dont l'insécurité constitue,
d'ailleurs, une gêne réelle pour certaines affaires, mêmecommerciales
ou financières, et il existe des exemples de manuvres par
des fuites téléphoniques.
Les postes découte des centraux téléphoniques,
établis pour la surveillance des employés, prouvent bien
lextrême facilité quil y a à surprendre
toutes sortes de conversations sans que les intéres puissent sen
douter.
Acceptée comme une sujétion inévitable pour les services
ordinaires, cette insécurité présente de grands dangers
en cas de guerre, alors que les armées modernes ont besoin de développer
à lextrême les communications téléphoniques
entre leurs différents échelons et leurs divers services.
La guerre de tranchées a fait ressortir encore davantage ce grave
défaut du système : sans doute, il nétait pas
à craindre ici que l'ennemi vienne brancher ses appareils écouteurs
sur les fils. Une telle manuvre aurait été d'autant
plus difficile que, pour les mettre hors datteinte des projectiles,
les fils furent, dès lorigine, installés dans les
tranchées elles-mêmes.
Un moyen plus simple dintercepter les communications fut mis en
uvre : des amplificateurs, ampoules spéciales déjà
utilisées pour la T. P. S. permettaient de surprendre à
distance les communications téléphoniques, sans même
avoir à se déranger. Il suffisait pour cela détablir
un réseau de prises de terre espacées et reliées
à l'amplificateur, méthode discrète et pratique utilisée
couramment aussi bien de notre côté que chez nos adversaires.
(article développé dans la page Ecoutes
Téléphoniques )
Ce procédé fut, d'ailleurs, contrebattu au moyen de ses
propres armes, puisque, vers la lin des hostilités, le lieutenant
Bailly, du 8e génie, expérimenta avec succès un téléphone
rendu secret par ces mêmes amplificateurs. Mais ce dernier procédé,
basé sur l'usage de courants trop faibles pour pouvoir être
décolés à distance, n'est, par suite, pas applicable
aux circuits de grande longueur.
Il fallait donc trouver autre chose.
Un appareil, basé sur les observations curieuses que nous allons
décrire, a été réalisé également,
vers la fin de la guerre, par la radiotélégraphie militaire.
L'inventeur du procédé, M. Poirson, la expérimenté
sur de grandes distances, et si cet appareil est arrivé trop tard
pour concourir à la victoire des alliés, son principe est
susceptible d'applications intéressantes, puisqu'il parait résoudre
le problème de la téléphonie secrète.
Létude des courants électriques, même de faible
importance comme ceux utilisés en téléphonie, est
très facilitée par lemploi dappareils oscillographes,
dont le stylet encré trace sur une bande de papier les moindres
variations du courant. Ainsi, les tracés de la figure 1 de l'article
précédent, représentent deux oscillogramme:s dun
courant téléphonique, dont les variations sont causéespar
les modulations de la parole agissant sur le microphone de l'appareil
téléphonique. Ce tracé accidenté représente
donc la voix avec son timbre, ses inflexions, etc...
Si l'on entreprend de déformer, mécaniquement et d'une façon
régulière, le courant téléphonique, on altérera
évidemment la transmission de la parole. Ainsi le tracé
inférieur de la figure 1 représente la même conversation
que le tracé supérieur, mais la transmission est ici altérée
en inversant
périodiquement, aux instants marqués par les parallèles
1, 2. 3, 1. etc., le courant téléphonique ordinaire. Les
intervalles hachures représentent les inversions, comme il est
très facile de sen rendre compte en examinant attentivement
les deux tracés.
On pourrait croire que l'altération de la voix perçue au
récepteur est exactement fonction de la durée des inversions,
c'est-à-dire de leur fréquence
à la seconde. Il n'en est pas ainsi, comme nous allons le voir,
car la voix comporete des harmoniques principaux. accompagnés d'harmoniques
secondaires, de fréquences déterminées, comprises
dans la gamme musicale .
La déformation est donc réellement et sûrement fonction
de la fréquence des inversions relativement à ces fréquences
de la voix.
Les observations faites aux diverses fréquences ont donné
les curieuses constatations suivantes.
N représentant le nombre d'inversions du courant par seconde :
- N 50 Parole compréhensible, mais comme fortement enrhumée.
- 170 Parole compréhensible, moins enrhumée.
- 210 Parole compréhensible, redevient plus altérée.
- 270 Parole compréhensible, s'améliore à nouveau.
- 340 La parole s'altère.
- 160 La déformation augmente, mais le rhume disparait.
- 630 La parole devient incompréhensible.
- 670 à 750Parole incompréhensible, mais il s'y à
superpose comme une voix soufflée qui, elle, est compréhensible.
- 1.040 Parole incompréhensible, quelques rares syllabes seulement
passent.
Au-dessus d'une fréquence de 1.050 inversions par seconde, la parole
devient complètement inintelligible ; on entend toujours parler,
mais comme en une langue étrangère et bizarre. La voix chantée
rend l'impression d'un harmonium plus ou moins discordant.
Un air sifflé dans le téléphone est rendu faux et
déformé à tel point que si le siffleur entend en
même temps au récepteur, il lui devient absolument impossible
de siffler juste, quels que soient ses efforts !
Mais ce qui permet l'utilisation de ces phénomènes d'inversion,
c'est qu'ils sont réversibles. Ainsi, par exemple. à 3.340
inversions par seconde, le
mot « allô » est entendu à peu près comme
« oya ». Si l'on imite ce son en prononçant oya dans
le téléphone, on entend assez distinctement, du côtéinversé,
le met primitif allô ».
Cest ce phénomène que M. Poirson a utilisé
pour réaliser un procédé de téléphonie
secrète, applicable aux lignes et appareils existants. Comme il
est representé schématiquement par la figure. 2, un petit
moteur entraine des inverseurs tournants par lesquels passe le courant
téléphonique.
Celui-ci se trouve donc déformé dans le premier inverseur
et redressé dans le second.

FIG. 2. ---- SCHÉMA DUNE INSTALLATION SIMPLE A COURANT TÉLÉPHONIQUE
INVERSÉ
Le courant, modifié dans le microphone transmetteur M, passe du
transformateur habituel dans linverseur déformateur P., par
les balais A, et Ay. JI est repris, inversé, par les frotteurs
D, el U2. et est transmispar la ligne à l inverseur-redresseur
P2. Un petit moteur à vitesse réglable m entraîne
à chacun des deux postes les inverseurs à la même
vitesse.
Il est facile de. comprendre que les deux postes ne pourront communiquer
en langage intelligible que si les deux inverseurs sont rigoureusement
accordés, les inversions se produisant rigoureusement en même
temps et à la même fréquence. Toute indiscrétion
est ainsi rendue impossible, puisque, dans la ligne elle-même, il
ne passe plus quune conversation absolument inintelligible.
Toutefois, cette marche en synchronisme de deux appareils, souvent très
éloignés, et reliés seulement par un circuit téléphonique,
constituait un problème d'autant plus délicat qu'il s'agissait
de réaliser des postes portatifs. aussi peu encombrants que possible.
Ce problème fut résolu après une série dessais
minutieux, qui aboutirent à la réalisation du poste sous
la forme dune petite boîte très portative, comme le
montrent nos figures.
FIG. 3. SCHIÉMA DUNE INSTALLATION DE TÉLÉPHONIE
SECRÈTE A DEUX POSTES
Les moteurs M, et Ma sont actionnés par des batteries daccumulateurs
à 30 volts. Les contacts inverseurs et rearesseurs sont figurés
en I, et 1. Des bobines de self-induction S, et S2 permettent daccorder
les deux moteurs ci synchronisme, par laction des bobines de réglage
E, ET E. 12.

FIG 4 On voit, à gauche, le petit moteur commutateur qui inverse
à la transmission et redresse à la réception. La
transmission se fait au moyen dun
poste téléphonique ordinaire.
Nous nentrerons pas ici dans le détail de la réalisation
électrique de la marche en synchronisme, dont le schéma
de la page 3 donne un aperçu. Les deux petits moteurs chargés
dentraîner les inverseurs ont été transformés
en commutatrices, et fonctionnent par suite comme deux alternateurs couplés
en parallèle. On sait que de telles machines saccrochent
au synchronisme, c'est-à-dire quune fois lancées à
la même vitesse, elles sont, en quelque sorte, solidaires d'un même
courant, ll en résulte quelles se maintiennent automatiquement
à la même vitesse, tout comme si elles étaient
accouplées mécaniquement par un même arbre. De la
sorte, quelle que soit la distance qui les sépare, nos deux n inuscules
moteurs, après quelques oscillations à la mise en route,
se mettent en synchronisme, ce qui permet alors la conversation téléphonique.
Des réglages accessoires sont faits, en pratique, mais ils sont
nécessités plutôt par suite des inégalités
qui existent le plus souvent entre les deux fils de la ligne téléphonique,
ou par des pertes et fuites sur ces fils.
La ligne téléphonique sert, en effet, en même temps,
de conducteur aux courants de synchronisation ces moteurs, lautre
conducteur de ces courants étant la terre. Pour que ces courants
ne soient pas perçus au téléphone, il faut les équilibrer
exactement dans le circuit téléphonique, doù
la né essité de bobines de réglage sur chacun des
postes.
Des essais ont été effectués pendant deux mois sur
des lignes télé,honiques de long parcours, depuis Chantilly-Paris
(40 kilomètres) jusqu'à Paris-Bordeaux (620 kilomètres).
Ces essais ont tous été faits avec succès, et lon
a vérifié qu'il était impossible, en cours de route,
de comprendre la conversation échangée. Qu'on se hâte
donc dap pliquer le système au réseau général.

FIG. 5. MALGRÉ SA COMPLEXITÉ, LE POSTE DE TÉLÉPHONIE
SECRÈTE NE CONSTITUE PAS UNE INSTALLATION BIEN ENCOMBRANTE . Tous
les organes sont contenus dans cette boite, qui se referme pour le transport.
Lopérateur règle l'accord au moyen du curseur de la
bobine, jusqu'à ce qu'il perçoive nettement la conversation
.
L.-D. FOURCAULT.
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Application à la téléphonie
secrèle. « Le Cryptophone ».
Ce système a été imaginé et
mis au point par M. Émile Poirson, en 1917-1918, dans les
services de la Radiotélégraphie militaires.
M. Émile Poirson, ingénieur-électricien, ex-préparateur
à lInstitut électrotechnique de Grenoble, est lauteur
de travaux ayant reçu ou susceptibles
de recevoir dimportantes applications industrielles, dont la construction
est actuellement confiée aux Établissements Carpentier
M. Poirson, a imaginé pendant la guerre un système de téléphonie
secrète,
Il a été expérimenté avec succès sur
les lignes de larrière, en présence de M. Montoriol,
Inspecteur des P. T. T., à des distances croissantes : Paris-Chantilly;
Chantilly-Amiens; Paris-Chartres-Le Mans-Saint-Brieuc; Paris-Bordeaux.
Ce dispositif a fait lobjet dune communication à lAcadémie
des Sciences, par M. J. Carpentier, en 1919. Il a été décrit
en détail dans les Annales des P. T. T. en 1919, et a fait lobjet
dune communication à la Société française
des Électriciens, par lauteur, en avril 1920, avec insertion
dans son Bullelin (n° 88).
Le Prix Carré décerné sur la proposition du Comité
des Arts économiques, a été attribué en 1925,
à M. Emile Poirson pour ses travaux d'électricité,
notamment sur la téléphonie secrète. Ce prix consiste
en une médaille de bronze doré et une somme de 1.000 fr.
Ces propriétés ont été appliquées
à la réalisation d'un appareil de téléphonie
secrète, dénommé cryptophone. Cette réalisation
a été faite à la Radiotélégraphie
militaire, sous la direction du général Ferrié.
Il comporte un commutateur-inverseur adjoint à chaque poste téléphonique;
cet appareil inversant les courants normaux émis, ou redressant
les courants inversés reçus, la conversation peut s'établir
dans les deux sens, et les courants téléphoniques sont inintelligibles
tout le long de la ligne de
transmission; on a donc bien la téléphonie secrète.
1° La condition de synchronisme entre les deux commutateurs éloignés
est obtenue à l'aide de petits moteurs à courant continu,
transformés en
commutatrices monophasées et couplés par leurs bagues alternatives.
Ils s'accrochent au synchronisme parfait, sans balancements, et les courants
de synchronisation sont extrêmement faibles (1 milliampère).
La liaison de synchronisation peut alors être très résistante
(synchronisation à très grandes distances). On utilise les
fis téléphoniques eux-mêmes, avec la terre, pour constituer
le circuit de synchronisation (circuit fantôme).
Chacun des petits moteurs M1, M2 est actionné par sa batterie locale,
et la ligne n'a à transporter que des courants de synchronisation,
très faibles. L'accrochage est automatique; une petite lampe sur
le fil de terre, à chaque poste, rend visible l'accrochage au synchronisme,
par la cessation des battements qui se produisent d'abord.
2° Le réglage, à la phase convenable, du redressement
des courants téléphoniques inversés, est obtenu,
à chaque poste, au moyen d'un organe
permettant de régler le calage des balais sur le commutateur-inverseur-redresseur.
Le réglage expérimental, à l'oreille, tient compte
du déphasage
introduit par les constantes électriques du circuit.
Expériences réalisées. De nombreuses expériences
ont été faites, avec succès, sur longs circuits,
tels que : Paris-Chantilly, Chantilly-Amiens, Chartres-Le Mans, Chartres-Saint-Brieuc,
Chartres-Bordeaux, jusqu'à 600 kmde distance.
On peut prévoir d'utiles applications, militaires ou privées,
du cryptophone, ainsi que du dispositif de télésynchronisation
qui y est employé.
...
1930 L'Administration télégraphique
néerlandaise effectue présentement des essais en matière
de radiotéléphonie secrète entre les Pays-Bas et
les Indes néerlandaises. Les premières expériences
doivent avoir été couronnées de succès. Le
service technique de l'administration précitée aurait réussi
à réaliser un dispositif permettant de rendre totalement
inintelligible la parole prononcée. A la station d'arrivée,
la voix est transformée dans une forme compréhensible.
Il s'agit ici d'un système automatique dont l'emploi a l'avantage
de ne pas apporter aux installations et appareils existants des modifications
importantes. Les expériences continuent.
...
Le premier avril 1935 a été confié
au centre le nouveau service radiotéléphonique avec la Tripolitaine,
service qui utilise un émetteur de téléphonie secrète
d'environ 1 kW antenne (60 % de modulation) installé à Tripoli.
Les ondes utilisées sont de 9460 kc/s (31,71 m) du côté
Tripoli et de 8515 kc/s (35,23 m) du côté Coltano; l'horaire
provisoire des communications est de 1000 à 1200 et de 1700 à
1900 h TMG.
...
sommaire
La crytophonie téléphonique est une
technique de brouillage du message téléphonique, destiné
à éviter qu'une personne captant la conversation puisse
la comprendre.
2020 Les "cryptophones d'aujourd'hui" :
sont des téléphones ultra-protégés.
Quest-ce quun téléphone PGP ("Pretty Good
Privacy"), aussi appelé cryptophone et à
quoi sert-il ?
Lorsque vous utilisez un téléphone normal, vos communications
ne sont pas cryptées. Cela signifie que des tiers, comme la police,
peuvent y avoir accès assez facilement dans le respect de la loi
qui encadre la vie privée.
Pour mieux protéger vos conversations, il existe des applications
cryptées comme WhatsApp, mais le téléphone en tant
quobjet reste vulnérable et pourrait être attaqué
par un virus conçu pour détecter tout ce qui se passe à
lintérieur de lappareil. Face à ces faiblesses,
des entreprises comme Sky ECC ou Encrochat ont décidé de
vendre des téléphones classiques mais plus sûrs. Pour
cela, il faut les rendre plus simples. Cest-à-dire quon
retire la caméra, le micro interne ou le GPS, et toutes les applications
non indispensables et qui affaiblissent la sécurité de lappareil.
On peut aussi créer un serveur spécifique sur lequel seuls
les appels avec ce cryptophone peuvent être passés.
En 2021 La police belge a démantelé plusieurs organisations
criminelles en déchiffrant les informations de millions de cryptophones.
Des téléphones hyper-sécurisés qui peuvent
parfois poser de gros problèmes.
Le 9 mars, la plus grande opération policière jamais organisée
en Belgique avait lieu. Au total, 48 personnes ont été arrêtées,
14 millions de tonnes de cocaïnes ont été interceptées
et plus d1,2 million deuros ont été saisis.
Et cela grâce
au craquage de cryptophones de la marque Sky
ECC par les autorités belges qui ont réussi à déchiffrer
environ 500 millions de messages, dont certains impliquant des activités
criminelles.
Cest tout à fait légal. Comme il est légal
davoir une discussion privée dans une forêt pour ne
pas être entendu. Il faut savoir quil ny a pas que des
criminels qui utilisent ces téléphones. Cest aussi
le cas de politiques, de journalistes ou de lanceurs dalertes. En
revanche, ce qui est illégal, cest de vendre un produit à
une personne dont on sait quelle va lutiliser à des
fins criminelles. Dans laffaire Sky ECC, il est bien possible quil
y ait une faute.
Comment les services de police belge ont réussi à infiltrer
ces téléphones si protégés ?
On ne le sait pas encore car ces informations sont très protégées.
Ce que lon sait en revanche, cest que ces systèmes
peuvent être hackés mais quil faut beaucoup dargent
et de temps pour le faire. Les systèmes de sécurisation
sont très complexes, avec des millions de lignes de codes. Mais
il y a toujours des erreurs. Pour entrer dans ces téléphones
il faut trouver cette faille. Une erreur de chiffrement par exemple. Il
peut également y avoir un problème lorsque lon crypte
des téléphones classiques, comme des iPhone, des Samsungs
ou autres. Ils peuvent être mal configurés et laisser une
place à des organisations tiers pour sy infiltrer. Ici, la
police belge a réussi.
Les criminels vont trouver dautres outils, dautres
marques pour continuer leurs activités. Et au vu du coût
de ces téléphones et des abonnements (entre 800 et 2.200
euros par an) dautres entreprises ne vont pas hésiter à
proposer des services toujours plus sécurisés. Cela peut
rapporter beaucoup dargent. Et plus il y aura de marques différentes,
plus il y aura de lignes de code à déchiffrer et plus cela
sera difficile à gérer. En revanche, cela va encourager
les autorités publiques à investir davantage dans le hacking
de ces téléphones pour démanteler dautres réseaux
criminels.
sommaire
Les messageries chiffrées
Dans un monde numérique où nos conversations
les plus privées transitent par des réseaux mondiaux, les
messageries chiffrées promettent de protéger nos échanges
contre les regards indiscrets. Mais derrière ces promesses de confidentialité
se cachent des nuances importantes que tout utilisateur averti devrait
connaître.
À l'heure où fuites de données
et surveillance massive font la une des journaux, protéger ses
communications numériques représente un enjeu essentiel.
WhatsApp, Signal, Telegram... Ces applications séduisent par leur
promesse apparemment simple : vos messages ne peuvent être lus que
par vous et leur destinataire. Mais cette protection est-elle véritablement
infaillible ?
Comment fonctionne le chiffrement de bout en bout
Le chiffrement de bout en bout constitue aujourd'hui
la référence en matière de sécurité
des communications. Son principe est simple : votre message est transformé
en code chiffré avant même de quitter votre appareil. Seul
le téléphone du destinataire possède la clé
permettant de le déchiffrer. Ainsi, même l'entreprise gérant
l'application ne peut théoriquement pas accéder au contenu
de vos conversations.
Cette technologie utilise un système de clés
publiques et privées garantissant que vos messages restent indéchiffrables
durant leur transport. Les serveurs transmettent simplement ces données
codées sans jamais pouvoir en comprendre le contenu.
Chiffrer et non crypter : une nuance importante
En français, la distinction entre «
chiffrer » et « crypter » est significative.
Le terme « chiffrer » désigne l'action de transformer
un message en code secret avec l'intention de pouvoir le déchiffrer
ultérieurement. À l'inverse, « crypter » supposerait
que l'on code un message sans prévoir de moyen pour le décoder,
ce qui serait contre-productif pour une messagerie. L'ANSSI considère
d'ailleurs le terme « cryptage » comme incorrect dans ce contexte.
Retenons donc qu'on chiffre un message pour qu'il puisse être déchiffré
par son destinataire légitime.
Comparatif des principales messageries
La plateforme Signal est souvent citée pour
son approche radicale de la confidentialité. Cette application
open source minimise la collecte de métadonnées et propose
un protocole de chiffrement réputé pour sa robustesse. Cependant,
contrairement à une idée répandue, l'ANSSI ne recommande
pas explicitement Signal pour les échanges sensibles en contexte
professionnel ou gouvernemental. Bien que reconnaissant ses qualités
techniques et son protocole éprouvé, l'agence souligne qu'aucune
messagerie grand public ne garantit une confidentialité totale.
Une circulaire gouvernementale française a même demandé
aux ministres de privilégier des solutions spécifiquement
auditées par l'ANSSI, comme l'application française Olvid,
qui présente l'avantage de ne pas nécessiter de numéro
de téléphone et qui est certifiée par l'ANSSI.
- WhatsApp, bien que proposant un chiffrement de bout
en bout basé sur le protocole Signal, appartient à Meta
(Facebook). L'application collecte davantage de métadonnées
et les partage au sein de l'écosystème Meta, soulevant des
questions sur la confidentialité réelle offerte.
- Lapplication Telegram, quant à elle,
n'active pas le chiffrement de bout en bout par défaut. Seuls les
« chats secrets » bénéficient de cette protection,
ce qui crée une confusion fréquente chez les utilisateurs
pensant que toutes leurs conversations sont sécurisées.
Les critères essentiels pour choisir sa messagerie
Pour identifier l'application la plus fiable, renseignez
vous pour savoir si le code source de celle-ci est ouvert (open source).
Régulièrement audité par des experts indépendants,
cette transparence au niveau du code constitue un gage de sérieux.
Examinez ensuite la politique de collecte de données des plateformes
en question (ici lexemple de WhatsApp). Même avec un chiffrement
performant, certaines applications recueillent des métadonnées
précieuses pour établir votre profil d'utilisateur.
Méfiez-vous des messageries proposant des sauvegardes dans le cloud
sans chiffrement adéquat, créant ainsi un point de vulnérabilité
majeur.
Renforcer sa sécurité au quotidien
Au-delà du choix de l'application, quelques
gestes simples renforcent considérablement votre sécurité.
Lauthentification à deux facteurs
Activez systématiquement l'authentification à deux facteurs
quand elle est disponible. Cette fonctionnalité ajoute une couche
de protection empêchant l'accès à votre compte, même
en cas de compromission de votre mot de passe, comme le conseille l'ANSSI
dans son guide sur l'authentification multifacteur.
La clé de chiffrement
Les applications de messagerie comme Signal ou WhatsApp utilisent une
clé de chiffrement unique par contact pour garantir que seuls vous
et votre interlocuteur pouvez lire les messages.
Dans les paramètres de la conversation, la fonction Chiffrement
vous permet de partager un QR code ou un code alphanumérique. Si
elle correspond bien entre vos deux téléphones, vous êtes
assuré de parler à la bonne personne.
Les messages éphémères
Paramétrez la disparition automatique des messages après
lecture pour les conversations sensibles, dans les options de votre conversation,
limitant ainsi la durée pendant laquelle vos échanges peuvent
être compromis.
Dans ce paysage complexe, aucune solution n'offre une
sécurité absolue.
Le chiffrement de bout en bout représente une avancée majeure,
mais reste tributaire de nombreux facteurs. Il faut donc adopter une approche
globale de sa sécurité numérique, combinant outils
techniques et vigilance personnelle.
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