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David
Edward Hughes
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Né le 16 mai 1831 à
Bala dans le Gwynedd (pays de Galles) et mort le 22 janvier 1900
à Londres
Né dans une famille galloise très musicale, il est
capable à l'âge de 6 ans de jouer remarquablement
de la harpe.
Il émigre aux États-Unis à l'âge de
sept ans. Ses capacités musicales le font remarquer et
il débute sa vie comme enseignant en musique au St Joseph's
College à Bardston
Il est un physicien anglo-américain, spécialiste
et innovateur en télégraphie, il est l'inventeur
du microphone à charbon et un contributeur méconnu
à l'invention de la communication sans fil (la future radio).
David Edward Hughes commence sa carrière comme professeur
de musique dans le Tennessee.
Dans les années 1854, il invente le télégraphe
inscripteur qui permet d'envoyer des dépêches télégraphiques
en clair et de les imprimer en lettres majuscules : peu reconnu
dans son pays, il vient en France où son système
est adopté par l'administration française en 1861.
sommaire
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En 1855, il met au point le télégraphe imprimeur
(téléscripteur), un stylet graveur qui permet d'enregistrer
les signaux sur une bande de papier avec le télégraphe de
Morse, brevet vendu à l'American Telephone Company.
En moins de deux ans, bon nombre de sociétés ( dont la Western
Union ) vont emprunter le système.
Il a a été adopté par l'administration française
des télégraphes en 1861. Il connaît un certain succès
jusque vers 1890 en France et dans divers pays d'Europe, en étant
réservé aux lignes à grand trafic.

En 1877 il expérimente un crayon de graphite taillé
en pointe aux deux extrémités et le met en vibration avec
un courant électrique entre deux plaques de charbon. Il contribue
ainsi à améliorer le transmetteur téléphonique
de Graham Bell.
vers 1879
Ci-dessus: Un autre microphone expérimental au crayon de carbone,
exposé dans la galerie Communicate. Fabriqué par le professeur
David E. Hughes, Londres,
En 1879 Hughes présente La balance d'induction
pour tenter d'éliminer les effets d'induction qui se produisent
sur les lignes télégraphiques.
(voir l'article)
En 1879, Hughes découvre que des étincelles engendrent
un signal radio pouvant être détecté par un récepteur
téléphonique de sa conception.
Il expérimente un « spark-gap transmitter and receiver »
comme moyen de communication à distance et démontre sa capacité
à émettre et recevoir des signaux codés en Morse
jusqu'à une distance de 400 mètres. Sir William Crookes,
Sir William Henry Preece, William Grylls Adams
et James Dewar assistent à des démonstrations du nouveau
système.
Détecteur microphone Hughes, probablement fabriqué par
David Edward Hughes, Londres, Angleterre, 1865-1875.
Il a constaté que si un circuit était formé en reliant
en série une pile, un microphone et lune des bobines de sa
balance, toute interruption du circuit était accompagnée
dune perturbation qui devenait audible dans un récepteur
téléphonique branché sur un autre microphone, même
lorsque les circuits étaient largement séparés et
quil ny avait pas de lien direct entre eux.
On sait maintenant que Hughes a découvert sans le savoir le rayonnement
électromagnétique, mais des amis scientifiques ont estimé
que les résultats étaient dus à l'induction électromagnétique.
Découragé, Hughes ne publia pas ses découvertes et
le mérite revint à Heinrich Hertz environ sept ans plus
tard.
C'est l'un des microphones utilisés par Hughes pour essayer d'entendre
le rayonnement électromagnétique créé par
son circuit interrupteur.
En tant que dispositif à contact imparfait avec le contact entre
des matériaux dissemblables, il agissait comme un détecteur
de redressement, similaire à ceux utilisés dans les ensembles
de réception de cristaux des années 20.
Il expérimente un « spark-gap transmitter
and receiver » comme moyen de communication à distance et
démontre sa capacité à émettre et recevoir
des signaux codés en Morse jusqu'à une distance de 400 mètres.
Sir William Crookes, Sir William Henry Preece,
William Grylls Adams et James Dewar assistent à des démonstrations
du nouveau système.
En février 1880, Hughes présente sa technologie
à des représentants de la Royal Society.
Tandis qu'il poursuit ses travaux sur la communication sans fil,
les publications faites sur le sujet par Heinrich Hertz le prennent
de vitesse et le travail de Hughes n'est pas publié avant la parution
d'un bref article en 1892 et d'un autre plus étoffé vers
1899.
Il publie néanmoins un livre en 1899 et 1901.
On reconnaîtra plus tard qu'Hughes a été le «
premier à transmettre effectivement des signaux et que ses expériences
de 1879 préfiguraient les découvertes des ondes hertziennes,
ou la télégraphie de Marconi ».
La technologie de réception radio mise au point par Hughes a mis
en évidence des propriétés inédites en présence
des signaux radios.
Ses travaux sont incontournables dans la conception de ce qu'il appelle
le « cohéreur » avec en particulier l'usage
d'un carbone semi-conducteur et d'une diode redresseur.
sommaire
1877
L'invention du téléphone se répend et ne tarde pas
à être améliorée par de nombreux scientifiques.
En 1877 Emile Berliner sera le premier
à apporter des nouveautés
1878 En France dans "le journal télégraphique"
du 25 juillet 1878, c'est M. Du Moncel
qui rapporte cette nouvelle :
| ...
Voici, enfin, la Note sus-mientionnée de
M. du Moncel à l'Académie des sciences.
Sur un système de téléphone sans organes
électro-magnétiques, basé sur le principe
du microphone.
Jusqu'à présent le microphone n'avait
été considéré quo comme un transmetteur
téléphonique, et l'on n'aurait guère soupçonné
qu'il pût constituer un récepteur destiné
à reproduire à l'oreille les sons transmis par un
appareil du même genre; c'est pourtant ce que M. Hughes,
Blyth et Robert H. Courtenay nous apprennent aujourd'hui.
Un microphone convenablement disposé parle distinctement,
quoique moins fortement que le téléphone, et le
microphone ordinaire lui-même (du modèle que construisent
MM. Berjot et Chardin) peut reproduire à
l'oreille les sons résultant de vibrations mécaniques
produites sur la planchette servant de support à l'appareil.
Ainsi les grattements faits sur le support de l'appareil, les
trépidations et les sons déterminés par une
boite à musique placée sur le microphone sont parfaitement
entendus ; une pile Leclanché de quatre éléments
suffit pour cela. Nous avions bien le téléphone
à morcure do M. A. Breguet, qui ne comporte pas
d'organes électro-magnétiques et qui émet
des sons par les vibrations résultant des oscillations
de la colonne miercurielle ; mais, dans l'appareil en question,
les effets produits sont bien plus extraordinaires, car la vibration
destinée à les produire ne peut résulter
que des variations d'intensité d'un courant fermé
par l'intermédiaire de mauvais contacts, et, pour entendre
les sons, il suffit de placer l'oreille contre la planchette sur
laquelle les charbons sont montés.
Est-ce aux répulsions exercées entre les éléments
contigus d'un méme courant qu'il faut rapporter cette action
? ou bien faut-il supposer, comme M. Hughes, que le courant électrique
lui-même n'est qu'une vibration moléculaire ?
voici ce que M. Hughes m'écrit à ce sujet
:
« J'hésite à vous dire où tous ces
effets vont nous mener ; car vous verrez, en étudiant la
question, qu'un courant électrique n'est rien autre qu'une
vibration moléculaire, et que cette vibration devient manifeste
dès que les molécules du conducteur sont rendues
libres de se mouvoir, par suite du faible contact produit sous
l'influence d'une pression très-légère entre
deux on plusieurs parties constituantes de ce conducteur. Si le
courant électrique n'est qu'une vibration moléculaire,
cela pourrait nous mener très loin, car on pourrait en
inférer qu'il pourrait en être de même des
autres causes physiques impondérables. quand le circuit
est interrompu en un point quelconque, aucun son ne peut être
entendu. Il est vrai que, quand M. Blyth a annoncé pour
la première fois ces résultats, il a rencontré,
mémo en Angleterre, beaucoup d'incrédules, et je
dois dire que les expériences que j'avais tentées
moi-même pour le vérifier n'étaient pas de
nature à me convaincre, car elles n'avaient donné
que des résultats négatifs; mais, maintenant que
le fait est bien acquis, grâce, à M. Hughes qui,
de son côté et antérieurementl), avait étudié
la question avec ses appareils, il est probable qu'on retrouvera
les effets annoncés par M. Blyth en expérimentant
dans de bonnes conditions.
L'action qui est enjeu dans ce phénomène serait-elle
la même que celle qui détermine des sons dans un
fil de fer traversé par un courant interrompu et que M.
de la Rive a si bien étudiée dans son Mémoire
présenté il l'Académie en 1846 ? Il serait
imprudent de se prononcer dans l'état actuel de la question;
toujours est-il que le fait existe et qu'on ne peut le rapporter
à une transmission mécanique des vibrations, car,quand
le circuit est interrompu en un point quelconque, aucun son ne
peut être entendu. Il est vrai que, quand M. Blyth
a annoncé pour la première fois ces résultats,
il a rencontré, méme en Angleterre, beaucoup d'incrédules,
et je dois dire que les expériences que j'avais tentées
moi-même pour le vérifier n'étaient pas de
nature à me convaincre, car elles n'avaient donné
que des résultats négatifs; mais, maintenant que
le fait est bien acquis, grâce, à M. Hughes qui,
de son côté et antérieurementl), avait étudié
la question avec ses appareils, il est probable qu'on retrouvera
les effets annoncés par M. Blyth en expérimentant
dans de bonnes conditions.
La forme de microphone qui convient le mieux
pour transmettre et recevoir la parole est, du moins jusqu'à
présent, la suivante :
Sur une planchette verticale de la taille de celle des microphones
ordinaires, on pratique une ouverture assez grande pour y introduire
le cornet d'un téléphone à ficelle ordinaire,
en ayant soin que la membrane de parchemin affleure la surface
de la planchette du côté où est placé
le microphone. Cette membrane porte à son centre un morceau
de charbon de sapin métallisé mis en rapport avec
le circuit de la pile, et contre ce morceau de charbon est appliqué,
sous une très-légère pression, un autre morceau
de la même matière, adapté à l'extrémité
supérieure d'un levier vertical pivotant par sa partie
médiane sur deux pointes. Ce levier est interposé
dans le circuit, et un ressort à boudin très-fin,
dont on peut régler la tension, permet de rendre aussi
faible qu'on peut le désirer la pression exercée
au point de contact des deux charbons ; enfin le tout est enveloppé
dans une boîte qui ne laisse dépasser extérieurement
que le cornet acoustique. Dans ces conditions la parole peut être
transmise et entendue sous l'influence d'une pile relativement
faible (quatre ou cinq éléments Leclanché),
mais elle est toujours beaucoup moins accentuée qu'avec
le téléphone Bell.
Dans les expériences de M. Blyth, le microphone
était constitué par de gros fragments de charbon
échappés à la combustion et désignés
en Angleterre sous le nom de cinders gas, et ces charbons remplissaient
une boîte plate de 15 pouces sur 9, munie de deux électrodes
en fer-blanc. Une pile de deux éléments de Grove,
adaptée à deux appareils de ce genre, permettait
de transmettre et d'entendre la parole. En substituant à
l'une de ces boîtes un téléphone et en versant
de l'eau dans l'autre boîte, M. Blyth put se passer de pile,
et les paroles prononcées devant la boîte purent
être parfaitement entendues dans le téléphone.
D'après ce savant; les sons transmis ne pouvaient résulter
que de l'action des charbons, car, quand ceux-ci étaient
enlevés, aucun son n'était perceptible.
« Comme je l'ai déjà dit,
je n'ai pu entendre aucun son avec le dispositif indiqué
précédemment; il est vrai que j'avais employé
des escarbilles qui, bien qu'indiquées dans le Mémoire
de M. Blyth, n'étaient pas probablement dans de bonnes
conditions ; mais, en disposant sur les deux côtés
opposés d'une petite boite plate de 10 centimètres
sur 6 deux électrodes zinc et cuivre, et remplissant l'intervalle
avec de gros fragments de charbon de cornue assez rapprochés
les uns des autres pour constituer une couche à peu près
continue, j'ai pu, par l'immersion des charbons dans de l'eau,
obtenir sans pile un très bon transmetteur de téléphone.
Tous les bruits et même la parole étaient nettement
reproduits, et l'on avait l'avantage dé ne pas entendre
ces crachements désagréables qui accompagnent quelquefois
les sons provoqués par le microphone.
Je disais à l'instant que les effets produits
dans un microphone employé comme récepteur étaient
difficiles à expliquer et qu'ils avaient peut-être
quelques rapports avec ceux qui se produisent dans un fil de fer
traversé par un courant fréquemment interrompu;
mais voici d'autres phénomènes du même genre
qui doivent évidement avoir une certaine parenté
avec ceux dont il est question dans cette Note.
Ainsi M. des Portes, dans un complément
au Mémoire qu'il m'a envoyé, a reconnu que, si l'on
interpose un barreau aimanté dans le circuit d'un téléphone,
en faisant en sorte que les deux bouts du fil du circuit qui établissent
les contacts fassent quelques circonvolutions autour de ses extrémités
polaires, les coups frappés sur l'aimant avec une tige
de fer sont perçus dans le téléphone, mais
à la condition cependant que l'un des pôles de cet
aimant soit muni d'une plaque de fer. D'un autre côté,
j'ai reconnu que des grattements effectués sur l'un des
fils qui réunissent deux téléphones entre
eux sont perçus dans ces téléphones, quel
que soit d'ailleurs le point du circuit où ces grattements
sont produits. Les sons ainsi provoqués sont à la
vérité très-faibles, mais ils se distinguent
nettement et acquièrent une plus grande intensité
quand le grattement est effectué sur les bornes d'attache
des téléphones. Tous ces sons, d'ailleurs, ne peuvent
pas évidemment être la conséquence d'une transmission
mécanique de vibrations, car, quand le circuit est interrompu,
on ne peut en percevoir aucun. D'après ces expériences,
on pourrait croire que certains bruits que l'on constate dans
les téléphones expérimentés sur les
lignes télégraphiques pourraient bien provenir des
frictions des fils sur les supports, frictions qui donnent lieu
à ces sons souvent si intenses que l'on entend quelquefois
sur certaines lignes télégraphiques. »
|
Edison |
Thomas
Edison (1847-1931) en 1877 a été invité
par la Western
Union Telegraph Company à développer
et améliorer les méthodes de transmission de la parole.
En 1878 L'émetteur à poudre de carbone est l'un
des développements qui en résulte, il est très
similaire aux microphones conçus par David Edward
Hughes
Il se compose d'un bouton de poudre de carbone molle comprimée,
de la taille d'une pièce de dix pence, placée entre
deux disques de laiton, contre l'un desquels appuie un diaphragme
de fer.
La parole dans l'embouchure fait vibrer le diaphragme et produit
des variations de la résistance.
(photos de l'original).
Le brevet d'Edison
Ce principe de microphone va se généraliser et contribera
au développement du téléphone dans le monde
entier. |
Aussi Edison avait compris que le téléphone
devait communiquer à grande distance, ce que ne faisait pas le
système Bell, alors il employa l'énergie de "la pile"
et conçu un système à variation de résistance.
Son premier brevet est déposé en avril 1877 aux USA. Le
30 juillet 1877 Edison dépose un deuxième brevet qui montre
l'utilisation de la bobine d'induction pour amplifier le courant microphonique.
Avec les téléphones à pile, le problème est plus complexe, à cause de
l'emploi d'une pile qui doit être commune à deux systèmes d'appareils,
et de la bobine d'induction qui doit être intercalée dans deux circuits
distincts
sommaire
Au sujet
de l'invention récente du microphone et de la découverte
de quelques-unes de ses principales applications, notamment de son emploi
comme thermoscope, il s'est engagé entre M. Edison,
d'un côté, et MM. Hughes et
Preece, de l'autre, une vive polémique
à laquelle n'ont pas tardé à prendre part un certain
nombre des organes scientifiques qui se publient de l'un et de l'autre
côté de l'Atlantique.
Sans vouloir intervenir dans le débat, qu'il nous soit permis de
résumer brièvement les faits en les faisant suivre de quelques
observations qu'ils nous paraissent comporter.
|
Dès 1876, on le sait, M. Edison a inventé
un téléphone, dit téléphone à
charbon, basé sur les variations de résistance qu'éprouve
un disque de noir de fumée suivant le plus ou moins de
compression qu'il subit.
Plus récemment, il a imaginé sous le nom de microtasimètre,
un appareil où les plus petites variations de la température
seraient accusées également par le plus ou moins
de compression d'un morceau de charbon actionné par la
dilatation d'un corps sensible à la chaleur.
De son côté, M. le Professeur
Hughes a commencé, au mois de Mai dernier, à publier
une série d'expériences qui l'ont conduit
à imaginer, sous le nom de microphone, un transmetteur
téléphonique extraordinairement sensible dont les
modèles, susceptibles de nombreuses variations, sont tous
basés sur les changements d'intensité que subit
le courant, suivant le plus ou moins d'intimité des points
de contact des conducteurs et il a montré ultérieurement
que le microphone constituait un thermoscope très sensible.
Dès que les résultats des expériences du
Professeur Hughes ont commencé à être connus
en Amérique, M. Edison, sans plus ample informé,
a lancé immédiatement par le télégraphe
et par la, voie de la presse, une protestation violente contre
ce qu'il appelait, de la part du Professeur Hughes, un vol, une
piraterie scientifique et, de la part de M. Preece, un abus inqualifiable
de confiance (M. Preece a eu occasion d'entrer en relation
avec M. Edison lors de son récent voyage on Amérique
et d'être mis ainsi par mi au courant du détail de
ses travaux et de ses idées. C'est M Preece qui, à.
son retour, a patronné en Europe les principales inventions
de M. Edison. C'est lui également qui a fait connaître
un des premiers les recherches du Professeur Hughes).
Aussi violemment attaqués, M. Hughes et M. Preece répondirent
l'un et l'autre par une contreprotestation indignée; le
premier affirmant que les inventions et les idées de M.
Edison n'étaient pour rien dans ses recherches et qu'elles
avaient été plutôt inspirées par les
récents travaux de Sir William Thomson sur les altérations
de la résistance que subissent les fils de fer par suite
de leur extension ou de leur compression; le second repoussant
énergiquement l'accusation d'avoir livré au Professeur
Hughes le secret d'aucunes des idées de M. Edison et établissant
que les inventions que celui-ci invoque en faveur de ses droits
de priorité étaient connues déjà du
public, en Europe aussi bien qu'en Amérique, au moment
où M. Hughes procédait à ses recherches et
en publiait les résultats.
La presse ne tarda pas à prendre partie
entre les deux camps, en Amérique, plus généralement
en faveur de M. Edison, en Angleterre, universellement croyons
nous, en faveur de M. Hughes et de M. Preece. Quant aux organes
de l'Europe continentale, moins au fait, sans doute, de la question,
peu d'entre eux se sont encore lancés dans le débat.
Toutefois les quelques journaux scientifiques français
qui se sont occupés du sujet en litige, se sont rangés
déjà du même côté que les journaux
anglais et nous ne croyons pas qu'il y ait dans les autres pays
un seul organe qui ait pris en main la cause de M. Edison.
Aux Etats-Unis même, à mesure que la question est
mieux connue, il paraît se produire un certain revirement
et quelques-uns des journaux les plus autorisés reviennent
aujourd'hui sur leurs premières impressions.
C'est qu'en effet, au jugement de tout esprit
impartial, croyons-nous, les revendications de M. Edison paraîtront
aussi injustifiables dans le fond que dans la forme.
Nous ne pouvons pas entrer ici dans le coeur d'une question qui,
pour être pleinement discutée, nécessiterait
d'abord l'exposé détaillé des inventions
rivales. Disons seulement qu'il n'y a guère entre le téléphone
à charbon ou le micro-tasimètre de M. Edison et
le microphone de M. Hughes, d'autre point commun que cette propriété,
sur laquelle ces trois inventions sont basées, de la variation
de la résistance avec la compression du corps employé,
dans l'espèce le charbon, propriété connue
depuis longtemps et qui fait partie du domaine public de la science.
En ce qui concerne le Professeur Hughes notamment, ce ne sont
certes pas les travaux de M. Edison qui la lui ont révélée,
lui qui déjà en 1866, faisait connaître en
Allemagne le rhéostat imaginé à la fin de
1865 par M. Clérac, précisément sur le principe
de la compression de la poudre de graphite. (V. Journal télégraphique
dn 25 Mars 1871, vol. II, p. 425)
Quant à l'expression donnée par
M. Edison à sa protestation, nous n'avons pas besoin de
dire que dans aucun cas, nous n'aurions pu l'approuver et que
des revendications ainsi formulées contre des notoriétés
scientifiques telles que le Professeur Hughes et M. Preece ne
sauraient jamais servir la cause de celui qui y recourt.
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sommaire
Revenons au microphone à charbon et à
notre Professeur Hughes ,
On trouve dans le Journal Télégraphique de mai 1878 un bon
article Traduit de l'anglais dans l'Engineering, 10 Mai
1878
M. Hughes, l'éminent inventeur de l'appareil
imprimeur bien connu de ce nom a fait récemment l'étonnante
découverte que certaines substances conductrices non homogènes,
placées dans un circuit avec une pile, possèdent la
propriété de convertir des vibrations sonores en courants
ondulatoires d'électricité, au moyen desquels non
seulement on peut transmettre des notes et du langage articulé
à un téléphone éloigné placé
dans le circuit, mais môme des sons, si subtils qu'ils sont
imperceptibles autrement, peuvent être amplifiés en
bruits éclatants.
De toutes les merveilles, relatives à l'électricité
téléphonique, nous n'hésitons pas à
le dire, la découverte de M. Hughes de la sensibilité
de certaines compositions ou substances non homogènes à
traduire des vibrations, est la plus merveilleuse de toutes.
Elle ouvre un vaste champ aux recherches scientifiques et met entre
les mains du physicien un révélateur de sons et autres
vibrations mécaniques si faibles qu'on ne les soupçonnerait
pas sans lui.
En fait, elle lui donne le moyen de construire des instruments qui
seront à l'oreille ce que les lentilles et le microscope
sont à l'oeil et, en même temps, comme transmetteur
téléphonique elle constitue un perfectionnement du
téléphone Bell, en transmettant les sons articulés
avec plus de clarté et plus de sonorité.
Mais ce qu'il y a de plus extraordinaire dans la découverte
du Professeur Hughes, c'est la simplicité ridicule
(ridiculous) de l'appareil employé; quelques clous français,
quelques bâtons de charbon, un tube ou deux contenant des
poudres, un peu de cire à cacheter et quelques morceaux de
bois, avec cela tout enfant peut, en quelques minutes, construire
un téléphone transmetteur surpassant en sensibilité
le bel instrument du Professeur Bell, qu'il ne peut toutefois complètement
remplacer, car ce dernier instrument est encore employé par
M. le Professeur Hughes comme récepteur.
Il est à peine besoin de rappeler à
nos lecteurs que les sons entendus dans un téléphone
sont produits par la vibration de la plaque métallique
ou diaphragme, que met en mouvement la variation de l'intensité
magnétique de l'aimant placé derrière elle,
laquelle variation d'intensité magnétique est produite
par un courant d'électricité traversant les bobines
qui varie luimême constamment d'intensité, suivant
les mouvements du diaphragme à la station correspondante.
Ce n'est pas le courant seul qui produit ces résultats
mais la nature ondulatoire ou constamment variable de ce courant.
Si à la station correspondante l'on substitue au téléphone
un seul élément d'uue pile voltaïque l'on entendra
distinctement, dans l'appareil récepteur un bruit sec (tick)
toutes les fois que la communication sera établie ou interrompue,
et si l'on répète cette opération avec une
vitesse grande et uniforme comme on pourrait le faire en employant
un diapason comme interrupteur, l'on entendra une note musicale
dans le téléphone. On peut établir et interrompre
la communication avec la pile d'une manière encore plus
simple en promenant un fil pointu le long d'une lime, et il se
produit alors à l'autre extrémité du fil
un son perçant étrange (unearthly screech), assez
fort pour être entendu dans toute l'étendue d'une
grande pièce. L'auteur de la présente note a signalé,
il y a quelques mois, un avertisseur téléphonique
basé sur ce principe et clans lequel un léger ressort
presse contre le bord d'une roue à fines dentelures: le
ressort et la roue étant mises dans le circuit d'un fil
de ligne et d'une petite pile, un seul tour de la roue produit
un son perçant à l'autre extrémité
où il attire ainsi l'attention, sans qu'on ait besoin d'une
cloche ou d'un second fil.
Si au lieu d'interrompre et d'établir le
contact entre une pile et un téléphone, ce qui produit
un son bas, sec et net (loud dull tick), on change subitement
la résistance du circuit ou de la pile, il se produit un
son dans le téléphone, mais d'une nature différente
; ce son est plus prolongé et plus variable que le simple
bruit sec (tick), et c'est cette variation de résistance
produisant une variation de courant qui est la base de la découverte
de M. Hughes.
Il a reconnu que si un fil transmettant un courant d'une pile
à un téléphone est soudainement brisé,
il se produit dans le téléphone un son sec et net
(loud tick), mais que si ce fil, au lieu d'être brusquement
rompu, est soumis à un effort de tension de façon
à en désunir les parties constitutives (so as to
drag it asunder) on entend alors une sorte de murmure préliminaire
ou de. grincement, avant que le craquement se produise, et ce
phénomène l'a mis sur la voie des recherches qui
ont amené à des résultats si importants.
Nous ne doutons pas que ce grincement ne soit produit par les
fibres formant le fil métallique quand elles commencent
à se rompre et frottent l'une sur l'autre (beginning to
give way and dragging over one another), variation de résistance
en quelque sorte analogue à celle qui se produit quand
on promène un fil snr la surface d'une lime, comme nous
l'avons mentionné ci-dessus.
La figure 1 représente une des expériences
du Professeur Huglies qui est excessivement intéressante
et démontre de la manière la plus instructive ce
que nous croyons être la vraie explication de ces phénomènes.
A est un tube de verre rempli d'un mélange d'étain
et de zinc, connu ordinairement sous le nom de poudre d'argent
blanc (white silwer powder) ; cette poudre est légèrement
comprimée par deux bouchons de charbon de gaz introduits
aux deux extrémités, auxquels sont fixés
des fils ayant dans leur circuit une pile B et un galvanomètre
G.
Les boutons sont cimentés à leur place par une couche
de cire à cacheter ordinaire. Si on prend ce tube par ses
deux extrémités et qu'on le soumette à un
effort de tension, en tirant les deux extrémités
en sens opposés, mais dans la direction de sa longueur,
l'aiguille du galvanomètre dévie dans un sens et
lorsqu'on pousse les deux extrémités l'une contre
l'autre, de manière à exercer une compression sur
le tube, l'aiguille du galvanomètre dévié
immédiatement dans le sens contraire. En pareil cas, les
particules métalliques très-divisées qui
forment le contenu du tube sont mises en rapprochement plus intime
au moyen de la compression, tandis qu'elles sont plus séparées
quand le tube est soumis à la traction et ainsi la résistance
du circuit est variée, le courant augmentant dans le premier
cas et diminuant dans le second. Si cette manière de voir
est exacte, le mouvement de l'aiguille du galvanomètre
dans sa marche rétrograde ne peut être considéré
comme une déviation mais comme un retour vers le zéro,
l'aiguille s'arrêtant au point qui indique la force du courant
passant par les bobines quand le tube est étendu.
Cette expérience seule constituerait déjà
un exemple merveilleux de la sensibilité du téléphone
employé comme révélateur des plus petites
variations de la force électrique, car il est à
peine possible de concevoir le petit accroissement qui se produit
dans la longueur ou dans la capacité d'un tube de verre
d'environ 3 pouces de longueur, quand on l'étend en l'étirant
simplement avec les doigts. Mais ce tube sensible est encore bien
plus délicat que ne le montre l'expérience précitée.
Il est tellement "sensible qu'il est capable de recueillir
des vibrations sonores et par ses propres vibrations, sous leur
influence, de transmettre par un fil électrique à
un téléphone éloigné des courants
ondulatoires capable d'y reproduire tous les sons par lesquels
ils ont été produits et même avec une plus
grande perfection que celle qu'on atteindrait si le téléphone
était l'appareil transmetteur. En fixant un de ces tubes
à une petite boîte de résonnance, telle que
le montre la figure 2,
le Professeur Hughes a fait, ce nous n'hésitous pas à
appeler, le téléphone articulant le plus simple
qui ait jamais été produit. Il ne consiste en rien
autre qu'un tube de verre rempli d'une poudre dont la conductibilité
électrique peut être modifiée par des variations
de compression, les fils étant reliés à ses
deux extrémités et ce petit appareil fixé
à une petite boîte ouverte à une extrémité
et qui sert d'embouchure à l'instrument. Les fils sont
reliés à un téléphone éloigné
du système Bell, et une pile de trois petits éléments
Daniell est intercalée dans le circuit. Dans l'appareil
original établi par le Professeur Hughes, le résonnateur
consistait en une petite boîte tire-lire d'enfant, dont
une face avait été enlevée, et le tube était
fixé à la paroi supérieure au moyen de cire
à cacheter ordinaire.
En fait, tout l'ensemble de l'appareil employé
par M. Hughes est de la construction la plus rudimentaire possible
et constitue un exemple éloquent de ce fait si hautement
démontré par un grand nombre des appareils exposés
dans la dernière exposition d'appareils scientifiques (Loan
collection of scientific Apparatus) que c'est avec les instruments
les plus simples et les plus grossiers qu'ont été
faites les plus grandes découvertes de la science. Avec
ce simple téléphone, les sons sont si forts qu'il
est possible de chanter dans un appareil et d'entendre en même
temps de la station correspondante chanter dans un autre. Cet
arrangement duplex avec un seul circuit fonctionne parfaitement,
une communication ne gênant l'autre en aucune manière.
Lorsque, au lieu du tube, on emploie un simple
charbon de bois, tel que ceux dont se servent les artistes, on
n'obtient aucun effet, le charbon à cause de sa trèsgrande
résistance étant à tous égards un
corps non conducteur parfait; mais, en le chauffant jusqu'à
l'incandescence et en le plongeant subitement dans un bain de
mercure, il s'imprègne de très-petites particules
de ce métal, et dans cet état il peut être
employé presque aussi bien que le tube de poudre métallique
composée. Un charbon semblable, imprégné
de perchloride de platine, peut être aussi avantageusement
employé, soit sous la forme de bâton, soit sous la
forme de poudre contenue dans un tube.
Le Professeur Hughes a expérimenté
différentes substances, mais les résultats paraissent
montrer que quel que soit le conducteur employé, il ne
doit pas être homogène de sa nature, de sorte que
l'augmentation ou la diminution de la pression, en produisant
une union plus ou moins intime entre ses particules conductrices
ii. la propriété de varier la force du courant transmis,
en lui donnant un caractère ondulatoire. Un tube contenant
de la grenaille de plomb épurée reproduira aussi
ces phénomènes; mais après un certain temps,
par suite de la formation d'un oxyde isolant sur la surface de
chaque grain, le tube cesse de transmettre le courant. Il est
possible qu'en baignant la grenaille dans une solution non oxydable,
telle que le riaphte, par exemple, on puisse remédier à
ce défaut, mais on peut trouver pour ces expériences
des substances bien meilleures que la grenaille.
Des ouvrages mécaniques ordinaires contenant
beaucoup d'articulations, par exemple une petite machine ou une
petite chaîne un peu ramassée sur elle-même,
ont une action presque aussi efficace que les substances sus-mentionnées.
Dans ces cas spéciaux, les phénomènes sont
probablement dûs à ce que le courant électrique
prend un caractère ondulatoire par sa transmission à
travers un circuit contenant ce que l'électricien appellerait
« des défauts» dont la grandeur change suivant
les variations de la pression entre les différentes parties
de l'objet.

La figure 3 représente la plus simple des dispositions
de ce genre. Deux clous français ordinaires A sont posés
sur une tablette horizontale à une distance l'un de l'autre
d'environ 1 millimètre, les fils de fer x et y qui communiquent
avec une pile B et un téléphone sont reliés
à ces clous, de telle manière que ceux-ci forment
la seule interruption qui existe dans le circuit, interruption
qu'on peut combler par l'interposition entre les deux clous d'une
matière conductrice quelconque. Si l'on pose un troisième
clou en travers sur les deux autres, il est évident (un
cylindre n'en pouvant toucher un autre dont l'axe n'est pas parallèle
au sien qu'en un seul point) que le circuit électrique
a une communication très-imparfaite aux points de contact
qui se trouvent entre les clous, et c'est à cette communication
défectueuse qu'est due la sensibilité de cet arrangement.
Tout incroyable que la chose puisse paraître à ceux
qui n'ont pas vu l'expérience, c'est néanmoins un
fait que cette simple disposition constitue un téléphone
articulant très parfait et que des mots dits ou chantés
à ce petit clou français qui, comme nous
pouvons le supposer, danse sur les deux autres clous suivant l'articulation
ou l'air qui lui est communiqué sont immédiatement
transmis à l'appareil récepteur à l'extrémité
de la ligne avec une netteté et une force merveilleuses.
L'effet produit est meilleur quand on substitue des bâtons
de charbon de gaz aux clous, M. le Professeur Hughes ayant fait
cette découverte importante pour les fabricants de relais
télégraphiques et d'horloges électriques,
que pour de très légers contacts, le charbon établit
une meilleure communication électrique qu'aucun conducteur
métallique quelconque.
Pour mesurer l'influence de la pression sur les substances expérimentées,
M. le Professeur Hughes s'est servi d'une petite pince, représentée
par la figure 4, dans laquelle est une petite baguette
de laiton jointe par une charnière à un support
C qui est fixé à une petite tahlette ; la substance
à examiner est placée entre les mà"hoires
en D et la pression peut être augmentée ou diminuée
en mettant des petits poids sur le levier A d'un côté
ou de l'autre de son centre de pivotement. Le levier est relié
par C à la pile B et la mâchoire inférieure
au téléphone et à la pile par l'intermédiaire
des fils x et y.
Dans toutes ces expériences, M. le Professeur Hughes s'est
servi d'une petite montre à cylindre pour produire le son,
et la mesure observée consistait dans le degré d'élévation
du son entendu dans le téléphone à l'extrémité
de la ligne, quand la montre était placée à
différentes distances du transmetteur.
Avec cet instrument, il a expérimenté à différentes
pressions des poudres et diverses matières aussi bien que
des objets composés de différentes pièces,
par exemple de petites parties d'une chaîne resserrées
entre les mâchoires, qui sous une certaine pression constituaient
un téléphone articulant très-efficace.
Un bloc composé d'oxyde de fer noir pulvérisé,
agglutiné au moyen de gomme, transmet le tic-tac d'une
montre avec une grande perfection.
Nous arrivons maintenant à ce qui constitue
l'appareil de beaucoup le plus sensible de tous ceux que M. le
Professeur Hughes a construits jusqu'à présent dans
le cours de ses recherches, et qui est encore remarquable par
son extrême simplicité.
La figure 5 représente cet appareil que l'on peut
certainement considérer comme l'organe acoustique le plus
sensible qui, après l'oreille humaine elle-même,
ait été jamais construit. Il consiste simplement
dans un petit crayon de charbon de gaz A (tel qu'on en emploie
dans la lampe électrique) appointi à ses deux extrémités
et légèrement maintenu dans une position verticale
(voir l'esquisse détaillée fig. 6) entre
deux petits godets creusés dans la surface des petits blocs
de charbon CC, qui sont reliés à une mince planchette
résonnante, reposant elle-même sur une planche plus
forte D. Les blocs C C sont reliés par les fils x et y
à la pile et au fil de ligne conduisant au téléphone.
Ce merveilleux appareil, tout, ébauché qu'il soit
(et il est impossible de rendre dans un dessin l'extrême
grossièreté de l'instrument primitivement construit
par M. Hughes ), est l'instrument le plus délicat que nous
ayons vu dans le domaine de la physique.
Non seulement il recueille et transmet à la station correspondante
le langage articulé avec une grande force et une grande
netteté, mais il révèle et convertit en sons
bruyants les vibrations les plus petites possibles. Le moindre
coup ou le moindre attouchement sur la planche de support suffit
pour produire un fort grincement dans le téléphone,
même l'attouchement léger d'un pinceau en poil fin
de chameau sur la table qui porte l'instrument est reproduit fidèlement
comme un bruissement et ce qui est encore plus extraordinaire,
nous excuserons nos lecteurs s'ils suspendent leur crédulité
jusqu'à ce qu'ils aient pu vérifier le fait eux-mêmes
les sauts légers d'une petite mouche ordinaire se promenant
le long de la planchette D sont entendus avec une netteté
telle qu'il est impossible de s'y méprendre, par la personne
dont l'oreille est au téléphone correspondant, lequel
peut se trouver à une distance de plusieurs milles.
Tandis que ces expériences intéressantes
démontrent la merveilleuse sensibilité de l'appareil
de M. le Professeur Hughes pour la conversion des ondulations
sonores en ondulations électriques, elles prouvent encore
plus que tout ce qui s'est fait jusqu'à présent,
la délicatesse extraordinaire du téléphone
du Professeur Graham Bell, comme instrument pour recueillir les
impulsions électriques et les retransformer en ondulations
sonores.
Enfin, les deux parties de l'appareil, le transmetteur du Professeur
Hughes et le récepteur du Professeur Bell font saisir à
l'esprit la perfection et la sensibilité plus grandes encore
de l'oreille humaine, dont nous ne faisons que commencer à
apprécier le pouvoir comme organe acoustique.
|
Bien sur en Juillet 1878 dans le même Journal Télégraphique,
la réponse ne tarda pas,
mais avant, il faut raconter une curieuse expérience micro-téléphonique
qui eut lieu le 19 Juin dernier a eu lieu à Bellinzone (Suisse).
Une troupe italienne de passage devait donner ce jour-là au théâtre
de cette ville l'opéra de Donizetti, Don Pasquale. M. Patocchi,
inspecteur-adjoint du 6° arrondissement télégraphique
de la Suisse, a eu l'idée de profiter de cette occasion pour expérimenter
les effets combinés du microphone à charbons de Hughes comme
appareil transmetteur et du téléphone de Bell comme appareil
récepteur.
A cet effet, il installa dans une loge du 1er rang, à côté
du proscenium, un microphone Hughes qu'il relia au moyen de deux fils
de 5 mm de diamètre à quatre récepteurs Bell disposés
dans une salle de billard, au dessus du vestibule du théâtre
même, salle où ne parvient aucun des bruits de l'intérieur
du théâtre. Dans le circuit et près du microphone
de Hughes, était intercalée une petite pile de deux éléments
du modèle ordinaire de l'Administration suisse.
Les résultats ont été aussi heureux et aussi complets
que possible. Les téléphones reproduisaient exactement,
avec, une clarté et une netteté merveilleuses, aussi bien
les sons de l'orchestre que le chant des artistes. Plusieurs spectateurs
ont constaté, avec M. Patocchi, que l'on ne perdait pas une note
des instruments ou des voix, qu'on distinguait parfaitement les mots prononcés,
que les airs étaient reproduits dans leur ton naturel, avec toutes
leurs nuances, les piano comme les forte, les motifs doux comme les passages
de force et plusieurs dilettanti amateurs ont même assuré
à M. Patocchi que, par cette seule audition au moyen des téléphones,
l'on pouvait apprécier les beautés musicales, les qualités
des voix des artistes et généralement juger de la pièce
elle-même, comme pouvaient le faire les spectateurs à l'intérieur
du théâtre.
Les résultats ont été les mêmes en introduisant
dans le circuit des résistances jusqu'à 10 kilomètres,
sans augmenter le nombre des éléments de la pile.
C'est, croyons-nous, la première expérience de ce genre
qui ait été faite, en Europe du moins, dans un théâtre
sur un opéra complet et ceux qui connaissent toute la légèreté
et la grâce des mélodies de Don Pasquale, apprécieront
à quelle sensibilité doit atteindre la combinaison du microphone
de Hughes et du téléphone de Bell, pour ne rien laisser
perdre des délicatesses de cette musique. Au sujet de la polémique
engagée entre M. du Moncel et MM. Navez sur la théorie
du téléphone, nous avons reçu, presque simultanément,
d'une part, une réponse de M. du Moncel aux observations de MM.
Navez publiées dans notre dernier Numéro et, de l'autre,
communication d'une Note à l'Académie royale de Belgique
où MM. Navez rendent compte d'une série d'expériences
dont les résultats leur paraissent confirmer leur manière
de voir.
Nous publions ces deux communications et nous les complétons, en
reproduisant aussi la Note à l'Académie des sciences de
Paris à laquelle se réfère la lettre de M. du Moncel.
Voici, d'abord, la lettre de M. du Moncel.
| Monsieur,
Malgré ma répugnance à entretenir
une discussion qui ne peut rien apprendre au lecteur, il me semble
difficile que je laisse passer sans réplique la dernière
Note de M. Navez, car il commet à l'égard des passages
de mon travail qu'il cite et qu'il tronque, des confusions inexplicables.
Sans parler de nouveau de la possibilité do reproduire
la parole dans les téléphones dépourvus de
lame vibrante, fait aujourd'hui parfaitement admis par ceux qui
se sont occupés sérieusement de la question et qui
ont une oreille délicate (voir les mémoires de MM.
AVarwick, Eossetti et Luvini), je dirai simplement que du moment
où M. Navez admet qu'une tige électro-magnétique
peut émettre des sons par elle-même, il doit bien
admettre qu'elle puisse reproduire des sons articulés,
puisque, en définitive, la reproduction de ces sons ne
dépend uniquement que des variations d'intensité
du courant déterminées par le transmetteur. Que
les vibrations provoquées soient transversales ou longitudinales,
qu'elles soient le résultat de contractions ou de dilatations
moléculaires, comme M. de la Rive, M. Luvini et moi le
pensons, peu importe ; du moment où le transmetteur sera
dans des conditions convenables, les vibrations produites pourront
reproduire plus ou moins nettement la parole, suivant l'intensité
des courants transmis.
Mais ce qui a lieu de m'étonner dans la
réponse de M. Navez, c'est que l'explication qu'il donne
de la plus grande efficacité dos courants induits dans
les transmissions téléphoniques, est précisément
rapportée dans le passage de mon mémoire qu'il cite,
mais qu'il a tronqué précisément à
cet endroit. Voici, en effet, comment ce passage se termine :
« leur action sur le récepteur ne dépend uniquement
que de leur intensité ; ils se prêtent, en conséquence,
beaucoup mieux aux vibrations phonotiquos que tes courants voltaïqnes,
et cela d'autant mieux que les courants inverses qui suivent leur
émission déchargent la ligne et contribuent encore
à rendre leur action plus nette et plus prompte. »
M. Navez épilogue sur le mot instantané
que j'ai appliqué aux courants induits : mais il doit savoir
que c'est un mot souvent employé pour montrer la courte
durée de ces courants, et il ne peut admottre raisonnablement
que j'aie pu lui attribuer la signification qu'il lui prête,
puisqu'on définitive la durée de ces courants a
pu être mesurée. M. Navez n'a donc soulevé
en ceci qu'une discussion de mots.
Mais il ne s'agit plus aujourd'hui d'une discussion
d'effets magnétiques; la science a marché depuis
que M. Navez a ouvert la discussion et nous lui demanderons maintenant
comment avec sa théorie des mouvements attractifs du diaphragme
des téléphones il peut expliquer la reproduction
de la parole par un microphone récepteur dépourvu
de tout organe électro-magnétique et je puis lui
certifier que dans les expériences que j'ai faites et qui
sont relatées dans le mémoire que j'ai présenté
à l'Académie lo l er Juillet, la transmission des
vibrations ne pouvait se faire mécaniquement, car quand
le circuit était coupé ou la pile retirée
du circuit, aucun son n'était entendu. Il faut décidément
que M. Navez compte avec les vibrations moléculaires. Certainement
c'est un terrain nouveau à étudier ; mais c'est
parce que nous nous acharnons en Europe à vouloir rester
dans les limites de théories incomplètes, que nous
avons laissé aux Américains qui ne s'en inquiètent
guère la gloire de faire les grandes découvertes
qui nous étonnent depuis quelques mois. Que M. Navez lise
avec soin les notes de MM. Luvini et Des Portes, les mémoires
de MM. Rossetti et AVarwick et je suis sûr que ses idées
se modifieront.
Dans tous les cas je ne pense pas pousser plus loin une discussion
qui ne peut être utile à personne et qui n'a réellement
pas en sa raison d'être.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Directeur,
l'expression de mes meilleurs sentiments.
TH. DU MONCEL.
|
Voici maintenant la communication de MM. Navez.
Expériences ayant pour objet la théorie
du téléphone.
( La Commission académique chargée d'examiner les
différentes notes concernant le téléphone présentées
par MM. Navez, était composée comme suit: MM. Brialmont,
lieutenant-Général, Inspecteur général
du génie; Vander-Menshrugghe, de l'Université de Garni
et Melsens, examinateur permanent à l'école militaire,
professeur de chimie et de physique.)
Pour éviter toute équivoque il convient
do poser d'abord la question. M. du Moncel s'est chargé
de ce soin. « Du momeut, dit-il, qu'il y a un son émis,
il est bien certain qu'il y a vibration. M. Navez la croit transversale
et circonscrite sur la laine, parce qu'il suppose qu'elle résulte
de l'attraction ; moi, je la considère comme longitudinale
et ayant son siège dans le noyau magnétique et la
lame-armature, interprétant d ailleurs le mot de vibration
longitudinale dans le sens que lui a attribué M. de la
Rive.
L'expression circonscrite sur la lame est trop
absolue. Il est bien certain que le noyau vibre, et que, dans
des circonstances favorables, ces vibrations peuvent produire
des sons sensibles à l'oreille. Mais, suivant nous, ce
sont les vibrations transversales de la plaque qui, dans le téléphone
Bell, reproduisent seules la parole articulée avec une
intensité suffisante pour être utile. Ajoutons, pour
mieux préciser, que si le noyau pouvait agir par attraction,
sans vibrer, la parole reproduite y gagnerait.
Ainsi amendée, nous acceptons la rédaction
de notre savant, contradicteur. Nous acceptons aussi le sens qu'il
attribue aux expressions vibration transversale, vibration longitudinale,
en faisant remarquer toutefois que l'expression vibration longitudinale
doit toujours être supposée complétée
par le mot moléculaire.
Pour mettre de l'ordre dans l'exposition des expériences
dont nous allons rendre compte, nous forons précéder
chaque essai ou groupe d'essais, de l'énoncé de
la proposition dont ils fournissent la preuve.
Première proposition.
Le téléphone Bell, tel qu'il est
généralement construit et employé, ne fournit
qu'une reproduction extrêmement faible des sons, même
très-intenses, émis dans l'envoyeur, lorsque le
récepteur fonctionne sans plaque.
L'administration des postes et télégraphes
de Belgique suit attentivement les progrès que réalise
si rapidement la nouvelle branche de science appliquée
dont il est ici question. MM. Delarge, ingénieur en chef,
et Banneux, ingénieur, appartenant à cette administration,
se sont occupés spécialement de ces études.
Les connaissances théoriques et pratiques que possèdent
ces ingénieurs et leur aptitude physiologique à
saisir les sons, résultant d'une éducation complète
de l'oreille, ne peuvent être mises en doute. Des expériences
faites par eux doivent donc inspirer une grande confiance. Les
essais concernant la première proposition ont été
exécutés sous leur direction et nous y avons assisté
en y apportant une attention soutenue.
Pour opérer, autant que possible, hors
de l'action des bruits de l'extérieur, on avait installé
les appareils dans les vastes souterrains de la gare du Nord.
Les doux stations téléphoniques étaient séparées
l'une de l'autre par un espace de quatre-vingt-dix mètres.
L'interposition de trois portes épaisses et de fortes maçonneries
rendait l'audition directe impossible.
Les stations étaient reliées par
deux fils de cuivre de 6 mm de diamètre enfermés
dans la même enveloppe isolante en gutta-percha. Ou sait
que l'emploi de deux fils qui suivent des chemins parallèles
et rapprochés, neutralise, par un effet de compensation,
certaines influences perturbatrices. Pour ces expériences
la communication avec la terre était donc contreindiquée.
On fit d'abord usage, comme envoyeur, d'un Bell,
grand modèle avec aimant eu fer à cheval, puissant
appareil de construction américaine très soignée,
auquel on adjoignit un Bell à main, authentique.
Au moyen de cette disposition la parole était reproduite
avec le plus haut degré d'intensité que puissent
attendre, du système Bell, des personnes qui en ont fait
un fréquent usage, et aussi avec une bonne articulation.
La plaque du récepteur ayant été retirée,
aucun son de voix ne pui ftre perçu
On combina ensuite le téléphone Bell, grand modèle,
avec deux Bell récepteurs réunis, en tension, pour
l'audition biauriculaire. Même résultat.
On ne réussit pas mieux avec deux Bell à main identiques
entre eux.
Deux personnes, ayant des timbres de voix très-différents,
parlèrent successivement dans l'envoyeur sans plus de succès.
arriva toujours qu'en retirant la plaque du récepteur,
aucun son de voix ne put être perçu.
Des téléphones de provenances américaine,
anglaise et belge, tous de construction soignée, avaient
été successivement employés.
Les mêmes essais furent exécutés au moyen
d'un sifflet en étain donnant un son strident pénible
à l'oreille. On n'entendit rien.
Enfin on fit usage de deux cornets à signaux, à
anche. Le son du premier cornet ne put être perçu.
Le second cornet donnait un son plus aigu que le premier. Après
une audition très-attentive et très-tendue, il fut
reconnu que l'on entendait un son extrêmement faible.
Pendant le courant de ces expériences, on replaçait
souvent la plaque sur le récepteur pour s'assurer que rien
n'était dérangé dans les communications.
On s'était aussi donné la preuve qu'il n'y avait
pas de transmission intermoléculaire par les fils, en réunissant
les deux bouts de ceux-ci à une même borne du récepteur.
Deuxième proposition.
Bans des conditions exceptionnelles de phonation
et d'audition téléphoniques, le son de la voix humaine
peut être reproduite par un récepteur privé
de sa plaque ; mais cette reproduction est trop faible pour que
l'on puisse.reconnaître s'il y a ou s'il n'y a pas articulation.
Toutes les expériences qui suivent ont été
faites dans la maison que nous habitons, située entre cour
et jardin et, par conséquent, jusqu'à un certain
point, soustraite aux vibrations perturbatrices qui rendent souvent
si difficiles les observations acoustiques délicates.
Pour envoyeur nous avons fait usage de l'Edison à pile
de charbon dont la puissance a encore été augmentée
depuis sa première apparition par l'adoption d'une plaque
en ébonite dont l'épaisseur diminue des bords au
centre. Pour récepteurs deux Bell à main dont la
plaque a été retirée, employés ensemble
pour l'audition biauriculaire.
L'envoyeur est établi à l'étage ; les récepteurs
fonctionnent au rez-de-chaussée. Pour les communications
on a utilisé les fils des sonnettes électriques
avec toutes leurs bobines. La résistance extérieure
du circuit, aller et retour, peut être évaluée,
approximativement, à 4 kilomètres de fil télégraphique
de 4 millimètres de diamètre.
Cet ensemble permet d'opérer avec une énergie phonique
bien supérieure à celle que l'on obtient de deux
Bell conjugués.
Des huit voyelles admises par Helmholtz, la voyelle ou est celle
dont le son est le plus simple. Quand on soutient ce son à
la hauteur du LA du diapason normal, les effets phoniques sont
d'une intensité remarquable. Le ou prolongé, lancé
dans le cornet de notre envoyeur, est reproduit par les deux Bell
déposés sur un guéridon et munis de leurs
iliaques, avec assez d'intensité pour que le son soit perçu
de tous les points d'un grand salon.
Les plaques ayant donc été retirées des récepteurs,
il fut procédé aux expériences qui donnèrent
les résultats suivants :
La syllabe ou prolongée est reproduite ; le son perçu
est très-faible.
Le son du diapason est aussi reproduit, mais plus faiblement que
le ou musical.
On a pu entendre aussi la reproduction de la voix parlée
et en saisir le rhythme; mais il a été impossible
de comprendre et de reconnaître s'il y avait ou s'il n'y
avait pas articulation.
Troisième proposition.
L'intensité du son reproduit dépend
non-seulement de l'amplitude des vibrations, mais aussi de la
surface vibrante.
Mêmes dispositions générales que pour les
expériences précédentes, sauf que l'on n'a
fait usage que d'un seul Bell récepteur, dont la plaque
avait
été remplacée par un fil de fer tendu au-dessus
de la tranche du noyau. Ce fil, d'une épaisseur de 3 mm
pouvait être considéré comme un diamètre
matériel de la plaque.
Le récepteur, ainsi armé, reproduit la parole très
faiblement, mais cependant avec plus d'intensité que dans
les expériences précédentes, alors que la
plaque n'était remplacée par rien.
Pour augmenter la surface vibrante sans modifier la force d'attraction,
on glissa outre le fil de fer et le noyau une rondelle en papier
à écrire ordinaire. Alors la reproduction de la
parole augmenta considérablement d'intensité ; on
put non-seulement entendre, mais aussi très-bien comprendre.
Le papier ne vibre pas moléculairement ; l'intensité
du son a augmenté avec la surface du vibrateur, parce que
la quantité d'air immédiate mise en vibration est
devenue plus grande.
Quatrième proposition.
Les vibrations utiles de la plaque sont transversales
et produites par des variations dans la force attractive qu'exerce
le noyau et les réactions dues à l'élasticité
de la plaque.
Pour l'exécution des expériences dont la description
va suivre, nous avons employé, comme envoyeur, le microphone
du professeur Hughes. Le modèle choisi fut celui composé
d'un cylindre de charbon, mobile entre doux prismes de même
matière. Grâce à ce précieux appareil,
nous avons pu opérer rapidement et sans subir les ennuis
qui résultent de déplacements continuels. (Ces
expériences ont été répétées
devant l'Académie (séance du G Juillet 1878) par
les soins de M. le professeur Melscns)
Le microphone, une pile de deux éléments
Leclanché et un récepteur à main, système
Bell, furent compris dans un même circuit. On mit les appareils
en communication entre eux par quelques mètres de fil souple.
Par l'emploi de ce genre de fils conducteurs, on évite
les bruits que produisent souvent dans le téléphone
les vibrations anormales des fils de cuivre sonores.
Une montre ayant été posée sur la tablette
du microphone le tic tac fut reproduit avec une augmentation considérable
dans l'intensité du son.
Ceci constaté, on plaça, entre la plaque et la tranche,
douze petites rondelles en clinquant d'un diamètre de 2
centimètres et ne pouvant, par conséquent, pas prendre
appui sur le pourtour du téléphone.
L'interposition de ces rondelles ne diminua que très-peu
l'intensité du tic tac. Remarquons que l'ensemble de ces
rondelles constitue un système élastique incapable
de nuire beaucoup aux vibrations transversales.
Les rondelles de clinquant ayant été remplacées
par des rondelles en papier à filtrer, le tic tac ne fut
plus reproduit que très-faiblement. La matière peu
élastique, interposée, arrêtait, dans une
mesure considérable, les vibrations transversales et rendait
difficiles les réactions de la plaque.
Cotte expérience fut renouvelée
sous beaucoup de formes différentes qui accentuèrent
les résultats. Aux effets produits par l'interposition
d'un petit morceau de caoutchouc, on compara ceux obtenus en faisant
usage d'une petite boulette de mastic de vitrier. A une miette
de pain on opposa la même miette préalablement malaxée
entre les doigts. Toujours une diminution dans l'élasticité
amena une diminution dans l'intensité du son reproduit,
quelquefois même sa suppression.
Nous demandons comment l'interposition de matières
plus on moins élastiques pourrait éteindre des vibrations
moléculaires ? Comment cette interposition pourrait empêcher
la transformation de F en F*, suivant l'expression employée
par M. du Moncel dans sa première lettre . L'interposition
de matières non magnétiques peut-elle avoir nu effet
sensible sur l'élévation au carré du potentiel
du noyau ? Evidemment non. Si le rôle de la plaque était
tel que le veut M. du Moncel, il serait avantageux d'employer
des plaques très épaisses pour augmenter l'intensité
du son, et chacun sait qu'un pareil résultat ne serait
pas obtenu. Ce n'est pas en amplifiant le son en germe dans le
noyau que la plaque agit, c'est en vibrant utilement elle-même,
en vibrant mécaniquement, s'il nous est permis d'employer
ce mot en opposition au mot moléculairemont de M. du Moncel.
Passons à une autre expérience :
la plaque en fer a été remplacée par une
plaque en ivoire très-mince. Le tic tac n'est pas reproduit
ou, plus exactement, la reproduction n'affecte pas assez sensiblement
l'oreille de l'expérimentateur pour qu'il on ait conscience.
C'est toujours en ce sens qu'il faut interpréter les expériences
de téléphonie.
Nous plaçons successivement sur la plaque d'ivoire, au
centre : un très-petit clou de tapissier, quelques limailles
de fer, un petit tas de fer réduit par l'hydrogène,
un petit morceau de fer blanc pesant seulement un centigramme.
Toujours on entend avec facilité la reproduction du tic
tac. C'est évidaiment la plaque d'ivoire qui vibre utilement;
la petite quantité de fer qu'elle porte ne produit pas
de son perceptible, il aqit comme moteur.
Pour réaliser une condition très-favorable aux vibrations
moléculaires par influence de M. du Moncel, nous plaçons,
au centre de la plaque en ivoire, un cylindre en fer du même
diamètre que le noyau et d'une épaisseur qui lui
donne à peu près le poids d'uue plaque ordinaire
de téléphone. La reproduction du tic tac est si
faible qu'il y a du doute sur son existence. En augmentant le
poids du fer, qui vibre toujours longitudinalemeut et moléculairement,
on supprime tout-à-fait le son. Cette limite est atteinte
lorsque la masse à mouvoir n'est plus en rapport convenable
avec l'élasticité de la plaque. Une plaque eu ivoire
supporte un poids de fer plus considérable qu'une plaque
en papier.
Nous avons répété cette expérience
avec le téléphone Edison-Bell, remplaçant
le tic tac de la montre par la voix parlée, et le même
résultat a été observé. A défaut
de plaque d'ivoire, le papier parcheminé réussit
très-bien.
Interprétation des résultats obtenus
dans les expériences décrites.
De l'ensemble de ces expériences il résulte
que toutes les dispositions favorables au développement
des vibrations transversales, ont toujours augmenté les
effets phoniques reproduits, tandis que les dispositions favorables
aux vibrations moléculaires ont, au contraire, diminué
ces mêmes effets.
Nous concluons : dans le récepteur Bell
les vibrations utiles sont dues à la plaque, laquelle vibre
par suite des modifications que subit l'attraction exercée
sur elle par le noyau et des réactions dues à l'élasticité.
Les vibrations utiles de la plaque sont transversales et,
par conséquent, limitées par des lignes nodales.
S'il était possible d'obtenir des attractions électro-magnétiques
sans déterminer en même temps des vibrations moléculaires,
le téléphone reproduirait encore la parole et, peut-être,
parlerait-il plus purement.
Soumise à l'analyse, la théorie de M. du Moncel
aboutirait à ce singulier résultat : que le maximum
d'effet serait obtenu à la limite, alors que l'espace variable
entre la plaque et le noyau devient nul ; c'est-à-dire
que le téléphone idéal serait réalisé
par un simple allongement du noyau et la suppression de la plaque.
Il est évident qu'une tranche du noyau vibrera toujours
mieux, moléculairement, que la plaque.
M. du Moncel, dans ses lettres, cite beaucoup de noms d'expérimentateurs
habiles et savants, pour appuyer ses opinions. Nous avons trouvé
dans les publications de ces savants beaucoup d'arguments en faveur
de nos idées et fort peu venant a l'encontre de la théorie
que nous soutenons. Relevons quelques exemples :
M. AV.-H. Preece, de l'institut des ingénieurs
civils, écrit cequi suit en Novembre 1877 : « Chaque
courant induit dans la bobine c (de l'envoyeur) arrive par le
fil jusqu'à la bobine c' (du récepteur) ; là
il change le magnétisme du fer doux V « (le noyau)
et augmente ou diminue l'attraction qu'il exerce « sur le
diaphragme de tôle a' (la plaque du récepteur Reue
scientifique de la France, N° du 10 Novembre 1877) ')
».
Au mois de Mars 1878, M. Preece n'a pas changé d'opinion.
Dans un article intitulé : Téléphone et Phonographe,
il s'exprime en ces termes : « Ces courants parcourent le
fil télégraphique et l'hélice placée
à la station éloignée, et viennent modifier
l'intensité magnétique de l'aimant placé
à cette station. Cette variation de magnétisme fait
varier l'attraction mutuelle de l'aimant et du disque ... »
On a vu que les disques vibrent sons l'influence des vibrations
sonores et qu'il est possible d'enregistrer ces vibrations Reue
scientifique de la France,No du 30 Mars 1878). »
Des vibrations, que M. Preece croit pouvoir être ênregistrées,
ne sont certainement pas des vibrations moléculaires. Le
savant électricien admet évidemment une similitude
de vibration entre les deux plaques du téléphone
et de celles-ci avec la plaque du phonographe.
Si nous ne pouvons pas encore enregistrer les vibrations du récepteur
Bell, cela tient non à la nature de ces vibrations, mais
à leur extrême petitesse. M. Preece donne une idée
de cette petitesse en évaluant, d'après lord Rayleigh,
à 1 sur 10 000 000 de centimètre l'amplitude nécessaire
pour produire des vibrations sonores Pylosoph. magaz., vol.
Ar, N» du 30 Avril 1878).
D'après les expériences de M. Blytb Télégr.
Journal du :I5 Janvier 1878) communiquées à
la Société d'Edimbourg (séance du 7 Janvier
1878) par le professeur Tait, on peut remplacer la plaque en fer
du récepteur par une plaque en cuivre, en papier ou en
caoutchouc, sans cesser d'entendre, mais, dans ces cas, les sons
reproduits seront beaucoup plus faibles que ceux reçus
au moyen d'un téléphone ordinaire : « Aucun
son n'a été reçu quand on n'a fait usage
d'aucun disque. »
M. Warwick a constaté qu'avec un Bell récepteur
sans plaque « il a entendu. » Il ne dit pas qu'il
a compris; nous sommes donc d'accord (Article publié
par English Meclianic et reproduit par le Journal of the Telegraph,
sous le titre : Owieuscs expériences télégraphiques).
M. AVarwick paraît étonné de ce qu'une plaque
en substance diamagnétique puisse reproduire lo son. Ce
résultat devait être prévu. Qu'il y ait attraction
ou répulsion, l'effet phonique de la plaque sera le même,
puisque, en vertu de son élasticité, elle tendra
toujours à revenir vers sa position initiale. Les vibrations
transversales, avec déplacement de surface, permettent
d'expliquer facilement le phénomène; mais en admettant
seulement des vibrations moléculaires, il n'en est plus
ainsi. Cependant les sons obtenus au moyen d'une plaque diamagnétique
doivent être extrêmement faibles.
L'expérienco de M. Guillemin, citée
par M. du Moncel, prouve en faveur de notre cause. La tige de
fer, sous l'action du courant électrique, devait ou changer
de forme ou s'échauffer. Il y a ici un travail mécanique
effectué. Les mêmes causes produisent les mêmes
effets, c'est pourquoi on doit admettre que la plaque d'un téléphone
récepteur vibre mécaniquement. On ne la voit pas
vibrer parce que les amplitudes des vibrations sont, non pas infiniment
petites, mais excessivement petites.
De l'expérience de M. Guillemin dans laquelle
l'action électro-magnétique détermine un
déplacement considérable de matière, M. du
Moncel peut-il conclure que la plaque du récepteur subit
une action analogue sans qu'il y ait déplacement de matière
?
M. du Moncel invoque de nouveau les expériences de M. de
la Rive pour prouver qu'une tige de fer peut produire des sons
par suite d'effets d'aimantation ot de désaimantation répétés
à des intervalles très-rapprochés. Cela est
surabondamment admis ; inutile d'y revenir. Mais M. du Moncel
ajoute que les vibrations, ainsi déterminées dans
les tiges de fer, semblent être de la même nature
que celles qui donnent lieu à ces sons, souvent très-forts,
que l'on entend quelquefois sur les lignes télégraphiques.
Sont-ce bien les courants électriques qui produisent ces
sons très forts ? Nous en doutons.
Sur une ligne très active où les
appareils télégraphiques sont continuellement eu
action, les sons très-forts se font entendre seulement
quelquefois. Les courants franchissent toute la ligne et les bruits
musicaux ne se produisent qu'on certains endroits. Tandis que
les courants ne varient guère d'intensité, les sons
varient beaucoup sous ce rapport. Ainsi, à des causes presque
constantes, répondraient des effets très-variables
?
Nous avons pris des informations auprès
de personnes compétentes ; aucune n'a pu affirmer quo les
sons dont il est question ont une origine électro-magnétique.
Ces effets, très variables, s'expliquent mieux en admettant
des causes également très variables : des changements
brusques dans la température, les mouvements atmosphériques,
etc. Les harpes éoliennes chantent sans le secours de l'électricité.
Les circonstances dans lesquelles M. de la Rive
a opéré et celles réalisées dans l'installation
des lignes télégraphiques, présentent certainement
entre elles beaucoup d'analogie. Mais l'analogie est une sourceà
laquelle on ne doit puiser qu'avec défiance ; il ne faut
pas en abuser.
Nous terminons en remerciant M. du Moncol de nous avoir fourni
la matière d'une discussion qui n'a pas été
sans intérêt pour beaucoup de savants, s'il faut
on juger d'après lo nombre de lottres que nous avons reçues
à co sujet.
|
Voici, enfin, la Note sus-nientionnée de M. du Moncel à
l'Académie des sciences.
Jusqu'à présent le microphone n'avait
été considéré quo comme un transmetteur
téléphonique, et l'on n'aurait guère soupçonné
qu'il pût constituer un récepteur destiné à
reproduire à l'oreille les sons transmis par un appareil
du même genre; c'est pourtant ce que MM. Hughes, Blyth et
Robert H. Courtenay nous apprennent aujourd'hui.
Un microphone convenablement disposé parle distinctement,
quoique moins fortement que le téléphone, et le microphone
ordinaire lui-même (du modèle que construisent MM.
Berjot et Chardin) peut reproduire à l'oreille les sons résultant
de vibrations mécaniques produites sur la planchette servant
de support à l'appareil. Ainsi les grattements faits sur
le support do l'appareil, les trépidations et les sons déterminés
par une boite à musique placée sur le microphone sont
parfaitement entendus ; une pile Leclanché de quatre éléments
suffit pour cela. Nous avions bien le téléphone à
mercueo do M. A. Breguet, qui ne comporte pas d'organes électro-magnétiques
et qui émet des sons par les vibrations résultant
des oscillations de la colonne niercurielle ; mais, dans l'appareil
en question, les effets produits sont bien plus extraordinaires,
car la vibration destinée à les produire ne peut résulter
que des variations d'intensité d'un courant fermé
par l'intermédiaire de mauvais contacts, et, pour entendre
les sons, il suffit de placer l'oreille contre la planchette sur
laquelle les charbons sont montés. Est-ce aux répulsions
exercées entre les éléments contigus d'un méme
courant qu'il faut rapporter cette action ? ou bien faut-il supposer,
comme M. Hughes, que le courant électrique lui-môme
n'est qu'une vibration moléculaire ?
(Voici ce que M. Hughes m'écrit à ce sujet : J'hésite
àvous dire où tous ces effets vont nous mener ; car
vous verrez, en étudiant la question, qu'un courant électrique
n'est rien autre qu'une vibration moléculaire, et que cette
vibration devient manifeste dès que les molécules
du conducteur sont rendues libres do se mouvoir, par suite du faible
contact produit sous l'influence d'une pression très légère
entre deux on plusieurs parties constituantes de ce conducteur.
Si le courant électrique n'est qu'une vibration moléculaire,
cela pourrait nous mener très loin, car on pourrait en inférer
qu'il pourrait en être de même des autres causes physiques
impondérables. )
L'action qui est enjeu dans ce phénomène serait-elle
la même que celle qui détermine des sons dans un fil
de 1er traversé par un courant interrompu et que M. de la
Rive a si bien étudiée dans son Mémoire présenté
à l'Académie en 1846 ? Il serait imprudent de se prononcer
dans l'état actuel de lu question; toujours est-il que le
fait existe et qu'on no peut le rapporter à une transmission
mécanique des vibrations, car, quand
le circuit est interrompu en un point quelconque, aucun son ne peut
être entendu.
Il est vrai que, quand M. Blyth a annoncé pour la première
fois ces résultats, il a rencontré, méme en
Angleterre, beaucoup d'incrédules, et je dois dire que les
expériences que j'avais tentées moi-même pour
le vérifier n'étaient pas de nature à me convaincre,
car elles n'avaient donné que des résultats négatifs;
mais, maintenant que le fait est bien acquis, grâce, à
M. Hughes qui, de son côté et antérieurement
(Mr Hughes avait communiqué le résultat de ses
expériences à M. Preece dès les premiers jours
de Mai), avait étudié la question avec ses appareils,
il est probable qu'on retrouvera les effets annoncés par
M. Blyth en expérimentant dans de bonnes conditions.
La forme de microphone qui convient le mieux pour transmettre et
recevoir la parole est, du moins jusqu'à présent,
la suivante :
Sur une planchette verticale de la taille de celle des microphones
ordinaires, on pratique une ouverture assez grande pour y introduire
le cornet d'un téléphone à ficelle ordinaire,
en ayant soin que la membrane de parchemin affleure la surface de
la planchette du côté où est placé le
microphone. Cette membrane porte à son centre un morceau
de charbon de sapin métallisé mis en rapport avec
le circuit de la pile, et contre ce morceau de charbon est appliqué,
sous une très légère pression, un autre morceau
de la même matière, adapté à l'extrémité
supérieure d'un levier vertical pivotant par sa partie médiane
sur deux pointes. Ce levier est interposé dans le circuit,
et un ressort à boudin très fin, dont on peut régler
la tension, permet de rendre aussi faible qu'on peut le désirer
la pression exercée au point de contact des deux charbons
; enfin le tout est enveloppé dans une boîte qui ne
laisse dépasser extérieurement que le cornet acoustique.
Dans ces conditions la parole peut être transmise et entendue
sous l'influence d'une pile relativement faible (quatre ou cinq
éléments Leclanché), mais elle est toujours
beaucoup moins accentuée qu'avec le téléphone
Bell.
Dans les expériences de M. Blyth, le microphone
était constitué par de gros fragments de charbon
échappés à la combustion et désignés
en Angleterre sous le nom de cinders gas, et ces charbons remplissaient
une boîte plate de 15 pouces sur 9, munie de deux électrodes
en fer-blanc. Une pile de deux éléments de Grove,
adaptée à deux appareils de ce genre, permettait
de transmettre et d'entendre la parole. En substituant à
l'une de ces boîtes un téléphone et en versant
de l'eau dans l'autre boîte, M. Blyth put se passer de pile,
et les paroles prononcées devant la boîte purent
être parfaitement entendues dans le téléphone.
D'après ce savant; les sons transmis ne pouvaient résulter
que de l'action des charbons, car, quand ceux-ci étaient
enlevés, aucun son n'était perceptible.
Comme je l'ai déjà dit, je n'ai pu entendre aucun
son avec le dispositif indiqué précédemment;
il est vrai que j'avais employé des escarbilles qui, bien
qu'indiquées dans le Mémoire de M. Blyth, n'étaient
pas probablement dans de bonnes conditions ; mais, en disposant
sur les deux côtés opposés d'une petite boite
plate de 10 centimètres sur 6 deux électrodes sine
et cuivre, et remplissant l'intervalle avec de gros fragments
de charbon de cornue assez rapprochés les uns des autres
pour constituer une couche à peu près continue,
j'ai pu, par l'immersion des charbons dans de l'eau, obtenir sans
pile un trèsbon transmetteur de, téléphone.
Tous les bruits et même la parole étaient nettement
reproduits, et l'on avait l'avantage dé ne pas entendre
ces crachements désagréables qui accompagnent quelquefois
les sons provoqués par le microphone.
Je disais à l'instant que les effets produits
dans un microphone employé comme récepteur étaient
difficiles à expliquer et qu'ils avaient peut-être
quelques rapports avec ceux qui se produisent dans un fil de fer
traversé par un courant fréquemment interrompu;
mais voici d'autres phénomènes du même genre
qui doivent évidement avoir une certaine parenté
avec ceux dont il est question dans cette Note.
Ainsi M. des Portes, dans un complément
au Mémoire qu'il m'a envoyé, a reconnu que, si l'on
interpose un barreau aimanté dans le circuit d'un téléphone,
en faisant en sorte que les deux bouts du fil du circuit qui établissent
les contacts fassent quelques circonvolutions autour de ses extrémités
polaires, les coups frappés sur l'aimant avec une tige
de fer sont perçus dans le téléphone, mais
à la condition cependant que l'un des pôles de cet
aimant soit muni d'une plaque de fer.
D'un autre côté, j'ai reconnu que des grattements
effectués sur l'un des fils qui réunissent deux
téléphones entre eux sont perçus dans ces
téléphones, quel que soit d'ailleurs le point du
circuit où ces grattements sont produits.
Les sons ainsi provoqués sont à la vérité
très faibles, mais ils se distinguent nettement et acquièrent
une plus grande intensité quand le grattement est effectué
sur les bornes d'attache des téléphones.
Tous ces sons, d'ailleurs, ne peuvent pas évidemment être
la conséquence d'une transmission mécanique de vibrations,
car, quand le circuit est interrompu, on ne peut en percevoir
aucun.
D'après ces expériences, on pourrait croire que
certains bruits que l'on constate dans les téléphones
expérimentés sur les lignes télégraphiques
pourraient bien provenir des frictions des fils sur les supports,
frictions qui donnent lieu à ces sons souvent si intenses
que l'on entend quelquefois sur certaines lignes télégraphiques.
|
Et l'affaire n'est pas terminée à propos de la théorie
du téléphone, toujours dans le Journal Télégraphique
du 25 septembre 1878
|
Les dernières lettres sur la théorie
du téléphone publiées dans notre Numéro
du mois d'Août ont provoqué respectivement, de M.
du Moncel et de M. Navez, des réponses que nous insérons
ci-après avec les extraits des documents auxquels elles
se réfèrent.
Nous espérons, d'ailleurs, que ce seront les dernières
communications que nous recevrons au sujet d'une polémique
dont la prolongation ne saurait plus offrir, ce semble, intérêt
pour nos lecteurs. Comme l'ont dit successivement les deux parties
en litige, la discussion est épuisée et c'est au
public à apprécier.
Voici, d'abord, la lettre de M. du Moncel , Paris
ce 26 Août 1878. Monsieur le Directeur,
|
Je suis encore obligé de répondre
à M. Navez que dans la dernière lettre à
laquelle il fait allusion, je n'ai fait que rétablir
le texte de ma note, tel qu'il a paru aux Comptes-rendus
de l'Académie des sciences (Voir le Journal télégraphique
du 25 Mars 1878, p. 61, ligne 37 en descendant), et
en second lieu que je n'ai jamais nié l'intervention
de vibrations mécaniques issues des effets moléculaires.
Il peut s'en assurer en relisant ma première note
qui a provoqué la discussion et mon avant-dernière
lettre à laquelle il a répondu.
Je dois lui faire encore observer que si M. Edison a appliqué
d'une manière très heureuse le principe fécond
de la modification de l'intensité du courant électrique
par la compression des corps conducteurs imparfaits, c'est
moi qui ai le premier découvert ce principe, et cela
dès l'année 1856. J'ai eu occasion de l'étudier
depuis à plusieurs reprises, en 1864, en 1872, en
1874et en 1875, et j'ai rapporté dans les Comptesrendus
de l'Académie des sciences du 22 et du 29 Juillet
1878 les différents passages de mes Mémoires
où j'en parle. (Voir la lettre de M. W. Thomson à
ce sujet)
Voici les passages rappelés dans les Comptes-rendus
susmentionnés du 22 et du 29 Juillet dernier :
Une chose assez curieuse à constater, et qui paraît
au premier abord en contradiction avec la théorie
qu'on s'est faite de l'électricité, c'est
que la plus ou moins grande pression exercée entre
les pièces de contact des interrupteurs influe considérablement
sur l'intensité du courant qui les traverse. Cela
tient souvent à ce que les métaux de l'interrupteur
ne sont pas toujours dans un état parfait de décapage
au point de contact, mais peut-être aussi à
une cause physique encore mal appréciée. Ce
qui est certain, c'est que dans les interrupteurs où
la pièce mobile de contact est sollicitée
par une force extrêmement minime, le courant éprouve
souvent des affaiblissements assez notables pour faire manquer
la réaction électrique qu'on attend d'eux.
»
- Exposé des applications de l'électricité,
page 246, édition de 1856.
La résistance du milieu intermédiaire avait
pour valeur, avec la poussière sèche de charbon
de bois, de 1,200 à 2,000 kilomètres de fil
télégraphique, et avec les poussières
métalliques ou de charbon de cornue, de 1,200 à
2,000 mètres, suivant l'état plus ou moins
brillant de la surface des grains métalliques et
leur degré de tassement autour des électrodes,
etc...
- Comptes-rendus du 2 Décembre 1872.
Quand on chauffe les limailles métalliques, aussi
bien que les poussières des minerais métalliques
très conducteurs et celles du graphite ou du charbon
de cornue, leur conductibilité, au premier moment,
semble diminuer plus ou moins, mais elle augmente ensuite
rapidement dans de grandes proportions.
L'amoindrissement de conductibilité que l'on constate,
en premier lieu, proviendrait-il d'une augmentation réelle
de résistance que ces corps auraient acquise sons
l'influence de la chaleur, à l'instar des corps métalliques
massifs, et l'augmentation de conductibilité que
l'on constate après, et qui est infiniment plus développée,
proviendrait-elle de la dilatation des particules de la
limaille, dilatation qui fournirait dès-lors, entre
elles, un contact mieux assuré et analogue à
celui qui résulterait d'une augmentation dépression
exercée sur la limaille? Il est bien difficile de
se prononcer; toujours est-il que la meilleure conductibilité
qu'acquiert l'air interposé entre les grains de limaille
ne paraît pas jouer un grand rôle, etc.
- Comptes-rendus du 2 Novembre 1875.
Le degré de la pression de la plaque de platine contre
le bois a tellement influé sur l'intensité
des courants transmis qu'étant de 12 degrés
avec un serrage maximum, elle est revenue à zéro
quand la plaque était abandonnée à
son propre poids et à 5 degrés seulement avec
un faible serrage. Il résulte de ces premières
expériences que c'est à l'humidité
aspirée à travers ses pores que le bois doit
en très-grande partie sa conductibilité relative,
et que cette conductibilité est en rapport avec le
degré de pression des plaques de communication.
- Comptesrendus du 6 Juillet 1874. (Voir sur le même
sujet les Numéros du 10 Août et du 7 Septembre
1874, du 2 Mai 1875).
Avec des bobines de 186 spires, le décapage du fil
fait au papier d'émeri n'a fait varier l'isolation
que dans le rapport de 1,06 à 1,35 ; mais, dans d'autres
conditions, par exemple quand l'hélice est enroulée
sur un tube de verre et les spires fortement serrées,
ce rapport est infiniment plus grand. Quoi qu'il en soit,
quand le contact devient parfait entre les spires, aucun
effet magnétique n'est produit. Ainsi un fil amalgamé
enroulé en hélice ne détermine aucune
attraction, et si l'on entoure l'hélice d'un électro-aimant
à une seule rangée de spires d'une chemise
de papier d'étain, les effets attractifs sont diminués
considérablement.
Il résulte de tout cela que la juxtaposition des
spires d'une hélice magnétisante les unes
contre les autres constitue un contact imparfait qui, comme
dans les limailles métalliques, oppose à la
propagation des courants électriques une résistance
considérable; mais cette résistance no peut
évidemment pas expliquer à elle seule une
isolation des spires de l'hélice magnétique
aussi complète que celle que nous avons constatée,
la preuve, c'est que le contact de ces spires suffit pour
conserver presque sans déperdition de force l'action
du courant lorsqu'on a coupé en un ou plusieurs points
le fil de l'hélice magnétisante. »
- Annales télégraphiques,
tome VIII, p. 211, livraison de Mars-Avril 1805.
Voici cette lettre de Sir W. Thomson, telle que l'a publiée
en traduction la Correspondance scientifique du 6 Août
dernier. Nous la reproduisons in-extenso, car outre le témoignage
invoqué par M. du Moncel, nous sommes heureux de
voir le jugement porté par Sir W. Thomson sur le
litige qui s'est élevé entre M. Hughes et
M. Edison, en parfait accord avec la manière dont
nous l'avions apprécié nous-mêmes dans
notre Numéro du 25 Juillet dernier (p. 151).
- Cowes, 30 Juillet 1878. Monsieur,
Au plaisir que le public a éprouvé en prenant
connaissance de ces magnifiques découvertes qui,
sous le nom de téléphone, de microphone et
de phonographe, ont tant étonné le monde savant,
est venu se mêler dernièrement, très-inutilement,
j'ai besoin de le dire, un des incidents les plus regrettables
qui puissent se produire. Il s'agit d'une réclamation
de priorité accompagnée d'accusation de mauvaise
foi, qui a été lancée par M. Edison
contre une personne dont le nom et la réputation
sont depuis longtemps respectés dans l'opinion publique.
Avant de faire intervenir le public dans une semblable affaire,
M. Edison aurait dû évidemment discuter sa
réclamation .avec M. Preece qui était, depuis
l'origine de toutes ces inventions, en correspondance avec
lui; ou bien encore, il aurait pu, en s'adressant directement
aux jouraux publics, établir sa réclamation,
en montrant avec calme la grande similitude qui pouvait
exister entre son téléphone à charbon
et le microphone de M. Hughes qui l'avait suivi.
Le monde scientifique aurait alors pu juger le débat
avec calme, il aurait pu s'y intéresser et examiner
sainement ce qu'il pouvait y avoir de commun entre les deux
inventions.
Mais, par son attaque violente dans les journaux contre
MM. Preece et Hughes et en les accusant de piraterie, de
plagiat et iPabus de confiance, il a été tout
crédit à sa réclamation aux yeux des
personnes compétentes. Rien d'ailleurs n'était
moins fondé que ces accusations. M. Preece
fit lui-même la description détaillée
du téléphone à charbon de M. Edison
à la réunion de l'Association britannique
qui eut lieu à Plymouth, en Août dernier;
il en fit ressortir le mérite, et les journaux publics
en rendirent compte d'après sa communication.
Les magnifiques résultats présentés,
au commencement de l'année, par M. Hughes, avec son
microphone ont été décrits par lui
même sous une forme telle qu'il est impossible de
mettre en doute qu'il n'ait travaillé sur son propre
fonds et en dehors de toutes les recherches de M. Edison
qu'il n'avait pas le plus petit intérêt à
s'approprier.
Il est vrai que le principe physique appliqué par
M. Edison dans son téléphone à charbon
et par M. Hughes dans son microphone est le même,
mais il est également le même que celui employé
par M. Clôrac, fonctionnaire de l'Administration des
lignes télégraphiques françaises, dans
son tube à résistance variable qu'il avait
donné à M. Hughes et à d'autres en
1866 pour des usages pratiques importants appareil qui,
du reste, dérive entièrement de ce fait signalé
il y a longtemps par M. an Moncel que l'augmentation de
pression entre deux conducteurs en contact produit une diminution
dans leur résistance électrique.
Je veux espérer que M. Edison finira par voir qu'il
s'est laissé entraîner dans une mauvaise voie,
et qu'il n'aura, par conséquent, pas de repos qu'il
n'ait rétracté ses accusations. Il devra alors
publier sa rétractation aussi largement que ses attaques.
W. THOMSON.
Enfin je dois encore dire à M. Navez
que les expériences de M. Hughes ne sont pas à
vérifier, car elles ont été répétées
devant un grand nombre de personnes, et M. Edison lui-même,
d'après un renseignement qu'il vient d'envoyer au
journal l'Electricité, avait déjà observé
ce phénomène dès l'année 1877.
Voici en effet le texte de cette réclamation : 21
Septembre 1877. Télégraphe parlant.
Ce soir en essayant des parleurs, nous avons remarqué
que les sons ordinaires étaient reproduits très
haut. Quand j'avais fait éloigner le receveur de
M. Batchelor, celui-ci remarqua ou il crut entendre M Adams
parler dans le transmetteur. Cherchant à se rendre
compte de cet effet, il répéta l'expérience
et reconnut qu'il ne s'était pas trompé, et
il continua la conversation avec M. Adams pendant plusieurs
minutes en n'employant que deux transmetteurs. La pile se
composait de 12 éléments et le circuit était
de 1,200 ohms (120 kilomètres de fil télégraphique).
Mais avec 100, on pouvait fonctionner sur une ligne. Toutefois,
comme les sons trausmis étaient un peu bas, les sons
reproduits l'étaient également, et même
n'étaient pas toujours entendus. Je me propose d'entreprendre
une série d'expériences avec un récepteur
base sur le principe de l'expansion en me servant de différentes
compositions.
- TH. A. EDISON, MAC BATCHELOB, J. ADAMS.
(Extrait du registre d'expériences de M. A. Edison).
Je n'ai pas besoin de répéter que ces effets
ont été également obtenus par MM. Blytli,
Courtenay, Millar, Wiesendanger et une foule d'autres personnes.
Aujourd'hui, ces appareils sont même très-perfectionnés
et sont en vente chez MM. Chardin et Berjot, G-aiffe, etc.
Du reste il faut que M. Navez se familiarise avec ces sortes
de reproductions de la parole, car, en outre des expériences
rapportées dans ma dernière note, en voici
plusieurs autres dont on vient de me donner connaissance.
1° Si dans un téléphone Bell ordinaire
on supprime le noyau magnétique et qu'on le remplace
par un tube de cuivre épanoui sur la bobine de manière
à former un anneau de même diamètre
que le diaphragme, on obtient, sous l'iufluence d'un microphone
et d'une pile de 6 éléments Leclanché,
la reproduction de la parole avec une force plus grande
que dans les conditions ordinaires d'un téléphone
Bell.
2° Si entre les pôles d'un aimant en fer à
cheval on adapte un noyau de fer doux mis en contact avec
ces pôles et sur lequel sera enroulée une hélice
magnétisante, on pourra entendre parfaitement la
parole en fixant cet aimant sur une planche et en amplifiant
les vibrations communiquées par lui à la planche
au moyen d'un microphone à charbon vertical. Suivant
M. Hughes on entendrait avec cette disposition presque aussi
bien qu'avec un téléphone Bell ordinaire.
M. P. Varley, dans une lettre publiée dans le Télégraphie
Journal du 15 Septembre, a confirmé l'exactitude
de celte expérience et en indique même plusieurs
autres, en ajoutant qu'elles ont confirmé les travaux
de M. du Moncel qui a fait, dit-il, avancer considérablement
la question, en /jetant une grande lumière sur les
actions, imparfaitement connues jusqu'ici, qui sont en jeu
dans le téléphone articulant.
3° En adaptant sur une même planche deux microphones
à charbon vertical et en les mettant en rapport,
l'un avec un téléphone servant de récepteur,
l'autre avec un autre microphone servant de transmetteur,
on entendra dans le téléphone los paroles
prononcées dans ce dernier microphone, et les deux
antres formeront relais sans l'intervention d'aucun organe
électro-magnétique. Il suffira pour cela d'une
pile placée dans chaque circuit.
Je pourrais citer encore d'autres expériences, entre
autres uue de M. Paul Roy (d'Alger) qui ferait croire que
l'on peut toire parler un téléphone sans que
le courant transmis passe travers la bobine de l'aimant,
et rien qu'on traversant l'aimant dans sa longueur, mais
je me borne aux précédentes parce qu'elles
émanent d'expérimentateurs habiles qui pourront
prouver à M. Navez, quand il le voudra, la vérité
de leur dire.
Je dois encore ajouter que plusieurs expérimentateurs,
entre autres MM. Millar, Buchiu et Lloyd, ont construit
des téléphones sans diaphragme qui reproduisent
très-bien la parole.
Enfin M. Navez n'a qu'à lire le Télégraphie
Journal du 1er Septembre pour être convaincu que beaucoup
de personnes ne partagent pas ses idées. Je renvoie
du reste le lecteur aux trois articles qui ont été
publiés dans le journal l'Electricité des
20 Août, 5 et 20 Septembre 1878, aux Comptes-rendus
de l'Académie des sciences du 9 Septembre et à
la Correspondance scientifique du 24 Septembre, pour qu'il
puisse reconnaître que la majorité des savants
dont parle M. Navez pourra bien se changer quelque jour
en une très-graude minorité.
Je ne veux pas abuser de votre complaisance
pour vous ennuyer davantage d'un débat dont M. Navez
a voulu faire, bien malgré moi je vous assure, une
affaire d'amôur-propro. Je termine donc ici ma plaidoierie
en vous priant de me croire votre tout dévoué
TH. DU MONCEL.
|
Voici maintenant la lettre de M. Navez.
Bruxelles, 31 Août 1878. Monsieur le Directeur,
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Du moment que M. du Moncel admettrait un
déplacement de surface pendant la vibration do la
plaque, nous serions bien près de nous entendre.
Voilà ce que j'écrivais en Mai dernier (Voir
le Bulletin de l'Académie royale de Belgique, Mai
1878 et le Journal télégraphique, N° 6,
page 115.), mais mon honorable contradicteur n'admettait
pas, alors, un déplacement de surface pendant la
vibration. Pour soutenir son opinion, M. du Moncel citait
des expériences ; il avait placé sur la lame
du récepteur Bell de l'eau, de la poudre de lycopode,
des gouttelettes de mercure sans pouvoir constater la plus
petite ride, même en employant un rayon de lumière
pour amplifier les effets produits(voir le Journal télégraphique,
N° 5, page 96).
Maintenant M. du Moncel écrit que « par le
mot vibration « moléculaire il n'a jamais entendu
parler d'une vibration exempte d'effets mécaniques
Pour lui, comme pour M. Hughes, les vibrations longitudinales
dont il a parlé doivent être accompagnées
d'un mouvement vibratoire des surfaces .... une vibration
matérielle peut résulter de contractions et
de dilatations moléculaires quand ces actions peuvent
se développer librement (voir le Journal télégraphique,
N° 8 p158).
On voit que les idées de M. du Moncel sur les vibrations
moléculaires se sont beaucoup modifiées et
qu'il s'est mis d'accord avec M. Hughes et le mode d'action
du microphone récepteur.
M. du Moncel n'est-il pas en contradiction avec lui-même,
lorsqu'il nie l'existence de vibrations par attraction de
la plaque du récepteur Bell, parce que ces vibrations
ne sont pas décélées au moyen du lycopode,
de l'eau ou du mercure, tandis qu'il admet, dans cette même
plaque, des vibrations moléculaires avec déplacement
de surface, lesquelles restent également sans effet
visible sur le lycopode, l'eau ou le mercure? Moi, j'admets
parfaitement des vibrations moléculaires avec déplacement
de surface ; mais, je me hâte d'ajouter que ce ne
sont pas ces vibrations qui font parler la plaque du récopteur
Bell.
Je passe à la discussion de l'expérience réalisée
par M. Hughes pour prouver que la plaque du récepteur
Bell ne vibre pas par attraction (voir le Journal télégraphique,
N° 8 p158)
La démonstration de M. Hughes repose sur ce fait
: que les effets, par attraction, de deux téléphones
Bell, identiques entre eux, mais agissant par leurs pôles
contraires sur une même plaque et à petite
distance l'un de l'autre, doivent se neutraliser. Or, l'expérience
prouvant que ces effets ne se neutralisent pas, M. Hughes
en conclut que le diaphragme ne vibre pas par attraction.
Ce raisonnement serait quelque peu plausible si la plaque,
pour vibrer, prenait appui sur le pourtour du téléphone.
Mais on sait qu'il n'en est point ainsi puisque la hauteur
du son, le ton, est indépendant de l'ouverture de
la plaque. On peut donc considérer le système
employé par M. Hughes comme étant composé
do deux téléphones compris dans le même
circuit électrique et agissant chacun par son organe
électro-magnétique sur la partie de la plaque
en regard de laquelle il se trouve pour y déterminer
des espaces internodaux (concammératious) variables
et indépendants pour chaque centre d'attraction.
Voici encore une autre explication du phénomène
; on pourra choisir. Avant le passage du courant, il y a
équilibre entre les attractions qu'exercent les deux
aimants et la réaction due à l'élasticité
de la plaque. Aussitôt qu'un courant ondulatoire passe
dans la bobine commune, les différentes forces en
présence sont modifiées d'une manière
continue et il on résulte, dans la plaque, des mouvements
qui sont des vibrations. Il n'est pas du tout nécessaire,
pour qu'une plaque do téléphone vibre utilement,
que les vibrations soient symétriques par rapport
au centre de cette plaque ; il suffit qu'elles résultent
de l'action d'un courant ondulatoire.
Le mot ondulatoire caractérise parfaitement le mode
d'action des éléments téléphoniques
qui concourent à la reproduction de la parole. Ainsi,
on peut fort bien dire que, dans le récepteur Bell,
les attractions qui agissent sur la plaque sont ondulatoires.
La parole n'est, après tout, que du son ondulatoire.
Rien n'est plus propre à donner des idées
saines sur la théorie des téléphones
que l'étude comparée de ces instruments sous
le rapport des actions ondulatoires. Permettez-moi, Monsieur,
d'en dire quelques mots.
Le téléphone Bell articule mieux qu'aucun
autre parce que les courants d'induction qui le font parler
sont parfaitement ondulatoires ; ces courants naissent et
cessent d'exister en restant toujours dans un rapport constant
avec la parole qui les produit et sans éprouver des
ruptures accidentelles. Si le système Edison est
moins parfait que le système Bell, sous le rapport
de l'articulation, c'est que, dans le premier, l'organe
qui produit l'ondulation, le charbon, bien qu'il soit très-sensible,
fonctionne cependant avec moins de régularité
que la plaque conductrice de l'envoyeur Bell.
Dans le microphone de M. Hughes, l'équilibre instable
du léger cylindre en charbon renferme les variations
ondulatoires entre des limites trés rapprochées
qui correspondent respectivement à la pression maximum,
qui est elle-même très faible, et à
la rupture du circuit. Lorsque l'on fait usage de ce petit
appareil dans l'obscurité ot en parlant près
du cylindre oscillant, on voit des étincelles jaillir
du sommet de ce cylindre, preuve que des disjonctions sont
produites. Ces considérations font saisir la spécialité
du microphone. Il amplifie les sons faibles et les reproduit
d'autant mieux qu'ils sont moins articulés. La reproduction
est au reste très imparfaite or, si la mouche que
l'on entend, dit-on, marcher pouvait parler, on ne comprendrait
certes pas un mot de son discours.
Très-sensible au rythme, le microphone peut reproduire
les sons de la musique et dos chants d'ensemble émis
à une distance suffisante pour que les ondes sonores
ne l'attaquent pas trop brusquement. Mais quand il s'agit
d'employer le microphone comme parleur, il faut lui faire
subir des modifications ayant pour objet d'empêcher
les disjonctions ot de régulariser les mouvements
vibratoires. On y parvient, jusqu'à un certain point,
en faisant usage d'un cylindre oscillant plus grand et plus
pesant, ou bien en réglant la pression aux points
de contact au moyen d'un ressort. Dès lors l'appareil
envoyeur cesse d'être un microphone; il tombe dans
le système Edison et présente une application
de ce système peu heureuse.
Il y a cependant une différence importante et indépendante
de la forme, entre l'envoyeur (transmetteur) Edison et le
microphone ; dans le premier appareil, l'ondulation est
obtenue par la compression d'un charbon entre deux pièces
métalliques, tandis que dans le second l'ondulation
résulte du contact de charbon à charbon, disposition
beaucoup plus efficace.
C'est sur le principe de contact entre charbons qu'a été
établi, par mon fils et moi, on Février dernier,
alors qu'il n'était pas encore question du microphone
de M. Hughes, l'envoyeur Edison modifié dont la description
se trouve dans le Bulletin de l'Académie royale de
Belgique du 2 Mars 1878 (Voir aussi les Comptes-rendus
de l'Académie des sciences do Paris, séance
du 18 Mars 1878).
Dans cet appareil, l'organe modificateur de l'intensité
du courant électrique est une pile de rondelles en
charbon solidaire de la platine vibrante et comprimée
par une tige métallique libre dont 1" poids
est réglé d'après les effets que l'on
veut obtenir. L'intensité du son reproduit varie
en raison inverse du poids de la tige tandis que l'articulation
du son augmente avec le poids. On peut opérer, au
moyen de cet envoyeur, en parlant sur le flanc de la colonne
de rondelles ; mais les résultats sont beaucoup plus
intenses et surtout plus réguliers, lorsque l'on
parle dans un cornet communiquant, par un tuyau acoustique,
avec la plaque vibrante sur laquelle est établi l'organe
modificateur du courant.
Un ancien et très habile constructeur d'appareils
télégraphiques, M. Lippens, après avoir
vu et entendu fonctionner notre envoyeur Edison modifié,
s'est fait breveter pour un transmetteur qui, en principe,
ne diffère pas de celui dont je viens de parler.
Cet appareil auquel l'inventeur donne le nom de mégalophone,
consiste eu deux plaques en ébonite placées
aux deux extrémités d'une boîte cylindrique,
en regard l'une de l'autre et dans une position verticale.
Au contre de chaque plaque est fixée une pièce
en charbon ; une troisième pièce de la même
matière repose librement sur les extrémités
des deux premières. On parle devant une des deux
plaques. Le mégalophone, comme les autres parleurs,
pour employer l'expression adoptée par M. Hughes,
présentera des qualités qui le rapprocheront
soit de l'envoyeur Bell, soit du microphone Hughes, suivant
que la pièce libre ou charbon sera plus ou moins
mobile sous l'action des vibrations.
L'emploi du contact entre charbons a certainement augmenté
ce que l'on pourrait appeler le rendement économique
du téléphone, c'est-à-dire la combinaison
de l'intensité et de l'articulation du sou. Si les
deux facteurs de ce rendement pouvaient être évalués
en nombres, le produit que l'on obtiendrait du couple Edison
modifié envoyeur et Bell récepteur, serait
de beaucoup supérieur à celui qui représenterait
la valeur de deux Bell conjugués. Dans un système
téléphonique quelconque, il y a toujours un
rapport entre l'intensité et l'articulation du son,
plus avantageux que tout autre quant au but définitif
que l'on veut atteindre ; c'est pour cette raison qu'un
bon envoyeur doit comporter un moyen de réglage.
Ainsi, dans l'envoyeur à colonne de rondelles eu
charbon, le rapport entre l'intensité et l'articulation
du son se régie par le poids de la tige métallique
comprimant la pile de rondelles.
Au point où en est la question des téléphones,
les recherches ayant pour objet l'amélioration de
la qualité du charbon ou la découverte d'une
matière plus efficace que celles employées
jusqu'à présent pour rendre le courant électrique
ondulatoire, présentent le plus grand intérêt.
M. du Moncel dit, dans sa lettre, que par les expériences
de M. Hughes, il est démontré que les sons
articulés sont beaucoup mieux reproduits avec des
charbons de sapin métallisés qu'avec des char«
bons de cornue. Cela est exact ; je l'ai reconnu depuis
longtemps et le fait se trouve consigné dans le N°
4 du Journal télégraphique, page 73. (Le
charbon dont il s'agit est fabriqué pour l'éclairage
métrique par M. Gaudain à Paris. On trouve
sa fabrication sommairement décrite dans l'ouvrage
de M. Fontaine ayant pour tltrc: Eclairage par l'électricité,
Paris, Baudry, 1877.)
Je m'aperçois que je me suis beaucoup
plus occupé des expériences de M. Hughes que
de ma discussion avec M. du Moncel.
Mon honorable contradicteur me le pardonnera puisque, dans
chacune de ses lettres, il a témoigné le désir
d'eu finir.
D'ailleurs, ce que je pourrais encore répliquer se
trouve déjà, en substance, dans les notes
et lettres précédentes et je ne veux pas abuser
de la bienveillance avec laquelle vous avez accueilli mes
communications dans votre excellent journal.
Veuillez, Monsieur, avec nies remerciements, recevoir l'assurance
de ma considération la plus distinguée.
NAVEZ.
|
Dans le Journal Télégraphie de Novembre 1878 on
pouvait lire :
Nous avons reçu de M. le Professeur Zetzsche la
lettre dont nous donnons ci-dessous la traduction.
Dans une lettre de l'éminent professeur
Hughes relative à son différend avec M. Edison
et qui a été reproduite par plusieurs journaux
scientifiques, il s'est glissé une inexactitude que,
sans vouloir en rien intervenir dans cette discussion, j'aurais
cependant le désir et que j'ai le droit de rectifier,
ma personne étant mise en cause. M. Hughes dit, en
parlant des résistances du charbon ...... In the
Journal télégraphique Berne, 1873, ........
the invention vras claimod by a Gerinan but on M. Clérac
proving his priority, 1866, it was freely aceorded him (le
mérite de cette invention avait été
réclamé par un Allemand, mais M. Clérac
ayant produit les preuves de priorité [1866], on
le lui accorda sans réserve).
Evidemment, il s'agit ici de mon étude sur les résistances
de charbon exposées à Vienne en 1873, qui
a paru dans le Numéro de Février 1874 du Journal
télégraphique (p. 406) et que visait la réclamation
de M. Clérac insérée dans le Numéro
do Mars de la même année, p. 425.
Je n'ai pas, il est vrai, répondu dans le Journal
télégraphique à la réclamation
de M. Clérac ; mais le fait que j'étais et
que je suis bien éloigné de vouloir reconnaître
la priorité de M. Clérac ressort de la note
insérée à la page 69 du tirage spécial,
plus développé, de mon rapport sur cette exposition
historique, qui a été publié, cette
même année de 1874, sous le titre de Kurzer
Abiïss der Geschiclite der electr. Télégraphie
(Petit abrégé de l'histoire de la télégraphie
électrique), ainsi que de l'observation qu'on peut
lire à la page 518 du 1er volume de mon Manuel de
la télégraphie.
Voici la traduction des deux passages de ses ouvrages auxquels
se réfère la lettre de M. le Professeur Zetzsche.
On remarquera que tout en se montrant peu disposé
à admettre les titres de M. Clérac à
la priorité de l'invention des rhéostats de
poudre de graphite comprimée, M. Zetzsche ne fait
pas connaître quel serait, selon lui, l'inventeur
de ceux de ces rhéostats qui ont été
introduits dans le service des bureaux de l'Administration
allemande :
1° Note du Kurzer Abriss,p. 69: Au sujet d'une réclamation
de' M. Clérac, Directeur dés transmissions
de lre classe à l'Administration des télégraphes
français (Journal télégraphique, II,
N° 27, p. 425) qui revendique le mérite de l'invention
des résistances de graphite et en fixe l'époque
à la fin de l'année 1865, tandis qu'ils n'auraient
été employés en Allemagne qu'en 1866,
on peut faire observer que déjà dans le cours
des années 50 du siècle, le Dr. Werner Siemens
avait beaucoup expérimenté les résistances
de graphite. II employait de minces crayons de Faber dont
il argentait ou métallisait la pointe mise à
nu. Mais il ne trouva pas ces résistances assez sûres
comme étalons de résistances. Il donna de
beaucoup la préférence à des tubes
de verre en spirale, que, pour obtenir de grandes résistances,
il remplissait d'une solution de chlorure de zinc, avec
des fils de zinc amalgamé dans le prolongement des
spires. Pour de petites résistances ou des étalons
exacts, au contraire, il remplissait les tubes avec du mercure.
2° Extrait du Handbuch der electrischen Télegraphie,
page 518: .................. Déjà dans le
cours des années 50 du.siècle, Werner Siemens
a essayé d'employer des résistances de graphite
(Zetzsche, Abriss, p. 69). En Allemagne, on a fait usage,
dès 1865, dans les bureaux intermédiaires
de résistances de poudre de graphite comprimée
dans des tubes de verre. Vcrs la fin de cette même
année, M. Clérac, Directeur des transmissions
des télégraphes français, en vint aussi
à faire usage du charbon pilé dans des tubes
de verre, auxquels on substitua ensuite des tubes en ébonite
avec de la poudre de graphite (Journal télégraphique,
2, 425) ...................
Le passage critiqué par M. Clérac était,
d'ailleurs, un extrait textuel de la publication officielle
de la liste des objets exposés par l'Administration
des télégraphe allemands à l'exposition
universelle de Vienne Berlin, 1873 page 6 et
rien n'indique que cette Administration veut laisser supposer
que ses données sur ce point sont inexactes
Dresde, Octobre 1878.
E. ZETZSCHE. |
Puis en février 1879, toujours dans le Journal Télégraphie
| Correspondance de Ed. ZETZSCHE.
Monsieur le Directeur,
Ce qui m'a engagé à faire
les observations reproduites à la page 238 du IV
0 volume du Journal télégraphique, c'est uniquement
l'assertion inexacte do M. Hughes que j'avais laissé
sans réponse la réclamation de M. Clérac
(volume II, page 425).
J'ai cru utile d'ajouter que je croyais devoir maintenir
mon opinion basée sur la foi d'une publication officielle.
Du reste, les déclarations plus explicites de MM.
Clérac et Hughes (page 260) n'ont encore rien prouvé
contre l'authenticité de ma source
Je crois devoir, toutefois, renoncer pour le moment du moins,
à entrer dans une plus longue discussion pour établir
définitivement quel a été l'inventeur
(ou les inventeurs) des résistances de poudre de
charbon, bien que M. Clérac m'ai remis le soin de
cette recherche ( Après l'envoi de ees lignos,
je vois que dans The Télégraphie Jourml M.
Hughes nio demande de fournil' la preuve d'allégations
que je n'ai jamais faites, d'aucune façon.).
La chose, en elle-même, est, d'ailleurs, d'une importance
toute secondaire, car ces résistances qu'on
ne risque pas de confondre avec celles qui sont encore citées
dans la note de la page 69 de mon abrégé (voir
aussi page 238 de ce Journal) ne sont plus depuis
longtemps, à cause du peu de sûreté
qu'elles offrent, employées dans la télégraphie.
D'un autre côté, le nom de l'inventeur des
résistances de poudre de charbon est indifférent
pour savoir si l'ajustement, au moyen de vis de pression,
de ces rhéostats pour une résistance voulue,
établit ou non par lui-même, le fait et la
preuve que les compressions produites sous l'action des
corps vibratoires d'une durée excessivement courte,
donnent naissance à des variations de courants aussi
intenses et aussi constantes que l'exige le microphone.
Dresde, 1er Février 1879. Ed. ZETZSCHE.
Désirant beaucoup ne pas voir
se prolonger dans notre Journal une polémique
dont la continuation offrirait peu d'intérêt
pour nos lecteurs, nous dégagerons sommairement les
conclusions qui nous paraissent ressortir des lettres échangées
entre MM. Zetzsche, d'une part, et MM. Clérac et
Hughes, de l'autre.
S'appuyant sur le témoignage très-net
de M. Hughes, M. Clérac affirme que les tubes de
résistance en poudre de charbon comprimée,
ont été inventés par lui en 1865 et
importés par M. Hughes en Allemagne en 1866.
M. Zetzsche met en doute l'exactitude de ces assertions,
en se fondant sur ce que ces tubes figuraient, avec la date
de 1865, dans le catalogue officiel de l'exposition historique
de l'Allemagne à l'Exposition universelle de Vienne
de 1873.
A notre avis, cette inscription ne saurait constituer une
preuve de nature à infirmer les déclarations
très-précises de M. Clérac, corroborées
par le témoignage désintéressé
du Professeur Hughes.
Car il nous paraît très naturel d'admettre
que dans la rédaction d'un document établi
7 ou 8 années après l'époque dont il
s'agit et évidemment en dehors de toute idée
du débat qui interviendrait, il ait pu se glisser,
sur un fait d'une importance secondaire pour l'Administration
allemande, une légère inexactitude de date.
Jusqu'à production d'une preuve plus convaincante,
nous continuerons donc à reconnaître à
M. Clérac, bien qu'il n'ait pris aucun brevet, le
mérite de l'invention des tubes de résistance
en poudre de charbon ou de graphite comprimée.
Maintenant la connaissance du principe
sur lequel ces tubes sont établis était-elle
suffisante pour que l'idée première du microphone
de M. Hughes, en 1878, ait pu se produire, indépendamment
des constatations faites par M. Edison lors de l'invention,
en 1875, de son téléphone à charbon
?
Contrairement à l'opinion de M. Zetzsche, nous
pencherions pour l'affirmative, mais c'est là une
question toute différente de la première et
qui n'a pas pris, comme elle, naissance dans notre Journal.
Nous tenons, pour le moment du moins, à rester étranger
à la polémique qu'elle a soulevée dans
d'autres organes scientifiques et qui se poursuit encore
actuellement dans The Télégraphie Journal.
Dans ces conditions, regardant la première question
comme élucidée et renvoyant la seconde aux
journaux où elle s'est produite et soutenue, nous
devons, en ce qui nous concerne, considérer le débat
comme clos.
|
Mais malgré toutes ces correspondances, on retrouve aussi
dans ce même journal de février 1879 un complément
de Navez sur le microphone.
| Note sur les caractères du microphone,
par M. ÏJAVEZ.
Le dernier numéro du Journal télégraphique
a publié une lettre de M. le Conseiller G. S. de
Capanema, Directeur général des lignes télégraphiques
du Brésil, rappelant un passage d'une de mes précédentes
Notes sur la théorie du téléphone.
D'après cette citation, les nombreux lecteurs de
votre Journal pourraient penser que je suis un adversaire
du microphone, tandis que je me range parmi les
admirateurs de l'importante découverte due au savant
professeur Hughes.
Je viens de terminer une série d'expériences
desquelles résulte, pour moi, la conviction que le
principe sur lequel est établi le microphone indique
la meilleure voie à suivre pour faire progresser
la téléphonie.
Ce que dit le passage cité par M.
de Capanema concerne seulement la reproduction des sons
extrêmement faibles et articulés, rendus perceptibles
au moyen d'un microphone amplificateur. L'emploi d'une plaque
mince de caoutchouc appuyant contre le charbon mobile rentre
dans les différents moyens employés depuis
quelque temps déjà pour régulariser
les effets de pression aux points de contact et empêcher
qu'il se produise des disjonctions dans le circuit. Ce moyen
pour la reproduction de la Parole, devait avoir le succès
indiqué par M. de Capanema ; mais, ainsi modifié,
le microphone devait perdre, sinon en totalité du
moins en grande partie, son pouvoir d'amplification des
sons très-faibles.
Lorsque M. Hughes donna à son premier
appareil le nom de microphone, le célèbre
inventeur visait certainement la propriété
que possède l'instrument de reproduire amplifiés
les sons très-faibles. Quand, pour régulariser
l'action d'un microphone du modèle primitif ou de
tout autre modèle, on augmente la pression aux points
de contact des charbons au delà de celle qui résulterait
du seul poids du charbon mobile, l'instrument peut-il encore
être considéré comme fondé sur
le principe découvert par M. Hughes et conserver,
par extension, le nom de microphone ?
La réponse à cette question délicate
est assez difficile; je vais tacher d'en trouver une qui
satisfasse aux faits connus jusqu'à présent
et aux usages qui sont établis.
Le principe découvert par M. Hughes peut se définir
ainsi : Les variations apportées dans l'intensité
d'un courant électrique par les variations de pression
aux points de contact des charbons d'un transmetteur, sont
d'autant plus grandes que la pression initiale est plus
faible.
Les différents microphones qui ont été
imaginés (il y en a beaucoup) peuvent être,
presque tous, compris dans les quatre groupes suivants:
1er Groupe. Une tige de charbon maintenue
entre deux prismes de même matière, dans une
position trèsrapprochée de celle de l'équilibre
instable. La sensibilité dépend de l'inclinaison
que peut prendre la tige. Ainsi, par exemple, avec une tige
longue de 50 millimètres et pouvant s'écarter
de 1 millimètre de la verticale, la pression initiale
sera réduite au '/îoo du poids de la tige.
2' Groupe. Un charbon fixe, l'autre
suspendu au moyen d'un fil métallique très-fin
donnant passage au courant électrique.
C'est cette disposition que j'ai imaginée immédiatement
après la publication de l'invention due à
M. Hughes dans le but de l'employer à des expériences
sur les effets de la pression. L'appareil monté sur
une planchette munie de vis calantes peut être incliné
de manière à obtenir des pressions progressives
depuis le simple contact sans pression.
3e Groupe. Un charbon fixe, l'autre
attaché à une bascule.
4e Groupe. Des morceaux de charbon
renfermés dans un tube dont l'axe est dans une position
horizontale. La pression entre les morceaux de charbon est
laissée au hasard; elle est cependant toujours, en
plusieurs points, plus faible que si elle résultait
du poids des morceaux de charbon agissant les uns sur les
autres.
On voit que tous ces transmetteurs comprennent
deux dispositions principales qui me paraissent caractériser
les appareils basés sur le principe découvert
par M. Hughes :
1° la pression est exercée de charbon à
charbon;
2° cette pression est toujours plus faible ou peut être
rendue plus faible qu'elle ne le serait si le charbon mobile
pesait librement sur le charbon fixe. Tous les appareils
qui remplissent ces deux conditions me paraissent avoir
droit à la dénomination de microphones parce
que tous, convenablement réglés, pourront
transmettre des sons faibles en les amplifiant.
Quant à la parole d'intensité ordinaire elle
n'a pu, jusqu'à présent, être transmise
sans perte considérable; mais les microphones sont
en progrès et je pense que c'est dans cette catégorie
d'appareils qu'il faut chercher le transmetteur de l'avenir.
M. de Capanema écrit qu'il a obtenu
de meilleurs résultats des microphones à tige
mobile, en parlant devant la face de la planchette opposée
à celle sur laquelle est établi le microphone.
Cette observation confirme celles faites par M. Hughes et
par moi. M. Hughes a constaté que l'effet du microphone
augmente avec la surface de la planchette verticale; moi,
j'ai démontré, par des expériences,
que la surface du cylindre mobile n'a pas d'influence sur
l'intensité du son reproduit. J'ai fait usage, à
cet effet, de gros cylindres en moelle de sureau armés
de deux poiutes légères en charbon mises en
communication entre elles par un fil en platine très-fin.
J'ai aussi constaté qu'un masque en papier collé
sur la tige en charbon du microphone et recevant les ondes
sonores dans la direction normale à sa surface, ne
donne pas des résultats favorables. Toutes ces expériences
sont concordantes et constituent d'utiles enseignements
pour guider les chercheurs.
SchoerbecJc les Bruxelles, le 5 Février 1879
|
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sommaire
 |
On trouve
bien entendu une description du principe du microphone de Hughes
dans le premier premier ouvrage Français
traitant du Téléphone en 1878
du
Comte Th. du Moncel ,
qui est reproduite ce dessous. |
|
Le microphone n'est en réalité qu'un transmetteur
de téléphone à pile, mais avec des caractères tellement particuliers
qu'il constitue par le fait une invention originale qui méritait
bien d'être désignée sous un nom particulier.
Dans ces derniers temps il s'est élevé, à l'occasion de cette
invention, entre M. Hughes, son auteur, et M. Edison,
l'inventeur du téléphone à charbon et du phonographe, une contestation
regrettable que les journaux ont envenimée et qui n'avait pas
réellement sa raison d'être; car, en définitive si le principe
physique du microphone peut paraître le même que celui du transmetteur
téléphonique à charbon de M. Edison, sa disposition est tout à
fait différente, la manière d'agir sur lui n'est pas la même,
et les effets qu'on lui demande généralement sont d'une toute
autre nature.
C'est plus qu'il n'en faut pour constituer une invention nouvelle.
D'ailleurs si on voulait bien examiner à fond le principe même
de l'instrument, on pourrait s'étonner des prétentions que M.
Edison a élevées. En effet M. Edison ne peut pas réclamer comme
lui appartenant la découverte de la propriété que possèdent
certains corps médiocrement conducteurs d'avoir leur conductibilité
modifiée par la pression.
J'ai fait dès l'année 1856 et à diverses autres époques, par exemple
en 1864, 1872, 1875, de nombreuses expériences à cet égard, qui
sont consignées dans le tome I de la seconde édition de mon exposé
des applications de l'électricité, p. 246 et dans plusieurs notes
présentées à l'Académie des sciences et insérées aux comptes rendus.
D'un autre côté, M. Clérac s'était servi en 1865 d'un tube muni
de plombagine avec une électrode mobile pour produire des résistances
variables dans un circuit télégraphique. D'ailleurs, dans le transmetteur
téléphonique de M. Edison, le disque de charbon doit être, comme
on l'a vu, soumis à une certaine pression initiale afin que le
courant ne soit pas interrompu par suite des vibrations de la
lame contre laquelle il appuie, et il en résulte que les modifications
de résistance du circuit qui donnent lieu aux sons articulés,
ne sont produites que par des augmentations ou des diminutions
plus ou moins grandes de pression, c'est-à-dire par des actions
différentielles.
Or nous allons voir à l'instant qu'il n'en est pas de même pour
le microphone.
D'abord, dans ce dernier appareil, le contact du charbon s'effectue
sur d'autres charbons et non avec des disques de platine,
et ces contacts sont multiples; en second lieu, la pression exercée
sur tous les points de contact est excessivement légère, ce qui
fait qu'on peut faire varier les résistances dans un rapport infiniment
plus grand que dans le système de M. Edison, et c'est précisément
ce qui permet d'amplifier les sons; en troisième lieu on peut
employer d'autres corps que le charbon pour constituer un microphone;
enfin pour faire agir le microphone, il n'est pas besoin de lame
vibrante; le simple intermédiaire de l'air suffit, et c'est ce
qui permet de faire fonctionner cet appareil à une distance assez
grande de lui. Nous ne voyons donc pas de raisons qui aient pu
motiver la réclamation de M. Edison et surtout les termes dont
il s'est servi à l'égard de MM. Preece et Hughes qui sont des
hommes considérables dans la science et très-respectables sous
tous les rapports. Nous regrettons, je le répète encore, cette
triste sortie de M. Edison qui ne peut que lui faire du tort,
et qui n'est pas digne d'un inventeur de sa taille. Si maintenant
envisageant la question sous un autre aspect, nous demandions
à M. Edison pourquoi, puisqu'il a inventé le microphone, n'en
a-t-il pas fait connaître les propriétés et les résultats?...
Quelle réponse pourrait-il faire? Il fallait pourtant que ces
résultats fussent bien saisissants puisque le microphone est devenu
en peu de jours l'objet de la préoccupation du monde entier;
or il est évident pour nous qu'avec le génie perspicace du célèbre
inventeur Américain il aurait fait valoir cette découverte s'il
l'eût faite réellement, et il en aurait évidemment tiré parti.
Ce qui peut justifier la réclamation de M. Edison, c'est que,
n'étant pas au courant des découvertes purement scientifiques
faites en Europe, il a cru que son invention résidait toute entière
dans le principe sur lequel elle repose et qu'il croyait avoir
découvert.
sommaire
Dans l'appareil de M. Hughes, que nous
étudions en ce moment, les sons, au lieu d'arriver très-affaiblis
à la station de réception, comme cela a lieu avec les téléphones
ordinaires, même avec celui de M. Edison, y sont comme je l'ai
déjà dit, le plus souvent reproduits avec une amplification notable,
et de là le nom de microphone que M. Hughes a donné
à ce système téléphonique; on peut par conséquent l'employer
à révéler des sons très-faibles. Cependant nous devons le dire
dès à présent, cette amplification n'existe réellement que quand
ces sons résultent de vibrations transmises mécaniquement à l'appareil
transmetteur par des corps solides. Les sons propagés par l'air
sont sans doute un peu plus intenses qu'avec le système ordinaire,
mais ils le sont moins que ceux qui leur donnent naissance, et,
en conséquence, on ne peut pas dire dans ce cas que le microphone
agit par rapport aux sons comme le microscope le fait par rapport
aux objets éclairés par la lumière. Il est vrai qu'avec ce système
on peut parler de loin dans l'appareil, et j'ai pu même transmettre
de cette manière une conversation à voix élevée étant placé à
huit mètres du microphone. J'ai pu encore parler à voix basse
près de ce dernier et me faire entendre parfaitement dans l'appareil
récepteur, et même faire arriver les sons à une distance de dix
à quinze centimètres de l'embouchure du téléphone récepteur, en
élevant un peu la voix; mais l'amplification du son n'est réellement
bien manifeste que quand celui-ci résulte d'une action mécanique
transmise au support de l'appareil. Ainsi les pas d'une mouche
marchant sur ce support s'entendent parfaitement et vous donnent
la sensation du piétinement d'un cheval, le cri même de la mouche,
surtout son cri de mort devient, suivant M. Hughes, perceptible;
le frôlement d'une barbe de plume ou d'une étoffe sur la planche
de l'appareil, bruits complétement imperceptibles à l'audition
directe, s'entendent d'une manière marquée dans le téléphone.
Il en est de même des battements d'une montre posée sur le support
de l'appareil, que l'on entend même à dix ou quinze centimètres
du récepteur. Une petite boîte à musique placée sur l'instrument
donne des sons tellement forts par suite des trépidations qui
l'agitent, qu'il est impossible de distinguer les sons, et pour
les percevoir, il faut disposer la boîte près de l'appareil sans
qu'elle soit en contact avec aucune de ses parties constituantes.
C'est alors par les vibrations de l'air que l'appareil est impressionné,
et les sons transmis sont plus faibles que ceux que l'on entend
près de la boîte. En revanche les vibrations déterminées par le
balancier d'une pendule mise en communication par une tige métallique
avec le support de l'appareil, s'entendent admirablement, et on
peut même les distinguer quand cette liaison est effectuée par
l'intermédiaire d'un fil de cuivre. Un courant d'air projeté sur
le système donne la sensation d'un écoulement liquide perçu dans
le lointain. Enfin les trépidations causées par le passage d'une
voiture dans la rue se traduisent par des bruits crépitants très-intenses
qui se combinent à ceux d'une montre que l'on écoute et qui souvent
prédominent.
Fig. 36.
Différents systèmes de microphones.—Le
microphone a été combiné de plusieurs manières, mais la disposition
qui a donné à l'instrument le plus de sensibilité est celle que
nous représentons fig. 36. Dans ce système, on adapte l'un au-dessus
de l'autre sur un prisme vertical de bois M, deux petits cubes
de charbon A, B, dans lesquels sont percés deux trous servant
de crapaudines à un crayon de charbon C en forme de fusée, c'est-à-dire
avec des pointes émoussées par les deux bouts, et d'une longueur
d'environ quatre centimètres; il ne faut pas qu'il soit trop grand
afin d'avoir peu d'inertie. Ce crayon appuie par une de ses extrémités
dans le trou du charbon inférieur et doit ballotter dans le trou
supérieur qui ne fait que le maintenir dans une position plus
ou moins rapprochée de celle de l'équilibre instable, c'est-à-dire
de la verticale. En imprégnant ces charbons de mercure par leur
immersion à la température rouge dans un bain de mercure, les
effets, suivant M. Hughes, sont meilleurs, mais ils peuvent très-bien
se produire sans cela. Les deux cubes de charbon sont d'ailleurs
munis de contacts métalliques qui permettent de les mettre en
rapport avec le circuit d'un téléphone ordinaire, dans lequel
est interposée une pile Leclanché de 1 ou 2 éléments ou mieux
de 3 éléments Daniell avec une résistance additionnelle intercalée
dans le circuit.
Pour faire usage de l'appareil, on le place avec
la planche qui lui sert de support sur une table en ayant soin
d'interposer entre cette planche et la table, pour amortir les
vibrations étrangères, plusieurs doubles d'étoffe disposés de
manière à former coussin ou, ce qui est mieux, une bande de ouate
ou deux tubes de caoutchouc; alors il suffit de parler devant
le système, pour qu'aussitôt la parole soit reproduite dans le
téléphone, et si l'on place sur la planche support la montre dont
il a été question ou une boîte dans laquelle est renfermée une
mouche, tous ses mouvements sont entendus. L'appareil est si sensible
que c'est à voix peu élevée que la parole s'entend le mieux, et
on peut, comme je l'ai déjà dit, l'entendre en parlant à une distance
de huit mètres du microphone. Toutefois, quelques précautions
doivent être prises pour obtenir les meilleurs résultats avec
ce système, et, en outre des coussins que l'on place sous l'appareil,
pour le soustraire aux vibrations étrangères qui pourraient résulter
de mouvements insolites communiqués à la table, il faut encore
régler la position du crayon de charbon. Celui-ci doit en effet
toujours appuyer en un point du rebord du trou supérieur, mais
comme le contact peut être plus ou moins bon, l'expérience seule
peut indiquer la meilleure position à lui donner, et pour la trouver
on peut employer avantageusement le moyen de la montre. On met
alors le téléphone à l'oreille et on place le crayon dans diverses
positions jusqu'à ce qu'on ait trouvé celle donnant les effets
maxima. Pour éviter ce réglage, qui, avec la disposition précédente,
doit être souvent répété, MM. Chardin et Berjot, qui construisent
habilement ce modèle de téléphone, lui ont ajouté une petite lame
de ressort dont la pression peut être réglée et qui appuie contre
le charbon vertical lui-même. Ce système est très-bon.
Fig. 37.
M. Gaiffe
de son côté a donné une forme plus élégante à l'appareil en le
construisant comme un appareil de physique. La figure 37 représente
l'un des deux modèles qu'il a combinés. Dans ce modèle, les cubes
ou dés de charbon A et B sont soutenus par des porte-charbons
métalliques, dont l'un, E, le supérieur, est mobile sur une colonne
de cuivre G et peut être placé dans telle position qu'il convient
à l'aide d'une vis de pression V. On peut de cette manière incliner
plus ou moins le crayon de charbon et augmenter à volonté la pression
qu'il exerce sur le charbon supérieur. Quand le crayon est vertical,
l'appareil transmet difficilement les sons articulés, en raison
de l'instabilité du point de contact, et des bruissements de toute
nature se font entendre; quand il est trop incliné, les sons sont
plus purs et plus distincts, mais l'appareil est moins sensible.
Il est un degré d'inclinaison qui doit être recherché, et l'expérience
l'indique facilement. Dans un autre modèle, M. Gaiffe substitue
au crayon de charbon une lame carrée et très-mince de la même
matière, taillée en biseau sur ses côtés inférieur et supérieur
et pivotant dans une rainure pratiquée dans le charbon inférieur.
Cette lame ne fait qu'appuyer contre le charbon supérieur sous
une légère inclinaison, et dans ces conditions il transmet beaucoup
plus fortement et plus distinctement la parole.
sommaire
Fig. 38.
Je dois encore parler d'une autre disposition
combinée par le capitaine du génie Carette qui a donné pour les
sons non articulés d'excellents résultats. Le charbon vertical
a alors la forme d'une poire et repose par son bout le plus gros
dans un large trou fait dans le charbon inférieur; son bout supérieur
qui est pointu, vient s'engager dans un petit trou pratiqué dans
le charbon supérieur, mais de manière à ne le toucher qu'à peine,
et une vis de réglage permet de rapprocher plus ou moins ces deux
charbons. Dans ces conditions, les contacts sont si instables
qu'un rien peut les supprimer, et alors les variations dans l'intensité
du courant transmis sont si fortes que les sons produits par le
téléphone peuvent s'entendre à plusieurs mètres.
La figure 38 représente une autre disposition
combinée par M. Ducretet. Les deux
dés de charbon sont en D, D', le charbon mobile en C, le téléphone
en T et les boutons d'attache du circuit en B, B'. Un détail du
dispositif des charbons se voit à gauche de l'appareil. Le bras
qui porte le charbon supérieur D est adapté à une tige munie d'un
plateau P' à surface rugueuse, et une petite cage C' en toile
métallique que l'on pose sur ce plateau permet d'étudier les mouvements
d'insectes vivants.
Quand il s'agit de transmettre la parole assez
fortement pour qu'un téléphone puisse se faire entendre dans toute
une salle, le microphone doit avoir une disposition particulière,
et la figure 39 représente celle qui a donné à M. Hughes
les meilleurs résultats; il donne alors à l'appareil le nom
de parleur.
Sous cette nouvelle forme le charbon mobile appelé
à produire les contacts variables est adapté en C, à l'extrémité
d'une bascule horizontale BA pivotant en son point milieu et convenablement
équilibrée. Le support sur lequel cette bascule oscille est adapté
à l'extrémité d'une lame de ressort pour rendre l'appareil plus
susceptible de vibrer, et le charbon inférieur est placé en D
au-dessous du premier. Il est constitué par deux fragments superposés
afin d'augmenter la sensibilité de l'appareil, et nous avons représenté
en E le fragment supérieur qui est soulevé pour montrer qu'on
peut employer à volonté un seul des deux charbons. Ce charbon
E, se trouve, à cet effet collé à une petite lame de papier fixée
à la planchette et qui sert d'articulation. Un ressort antagoniste
R, dont on peut régler la tension au moyen d'une vis t,
permet de régler la pression des deux charbons. M. Hughes recommande
l'emploi de charbons en sapin métallisé. Le tout est ensuite recouvert
d'une enveloppe semi-cylindrique HIG en bois blanc, dont les parois
sont très-minces surtout les deux bases, et on fixe le système
accompagné d'un autre semblable dans une boîte plate MJLI qui
présente du côté MI une ouverture devant laquelle on parle, en
ayant soin de placer la lèvre inférieure à deux centimètre du
fond de la boîte. Si les deux microphones sont réunis en quantité
et si la pile employée se compose de deux éléments à bichromate
de potasse, on agit assez fortement sur le courant, pour que,
passant à travers une bobine d'induction de six centimètres seulement
de longueur, il puisse faire parler un téléphone du modèle carré
de Bell, de manière à être entendu de tous les points d'une salle.
Il faut par exemple lui adapter un porte-voix de près d'un mètre
de longueur. M. Hughes prétend que les sons produits dans ces
conditions sont à peu près aussi élevés que ceux du phonographe,
et M. W. Thomson m'a confirmé ce fait.
Le microphone peut être aussi constitué par des
fragments de charbon entassés dans une boîte entre deux électrodes
métalliques, ou enfermés dans un tube avec deux électrodes représentées
par deux fragments de charbon allongés. Dans ce dernier cas, les
charbons doivent autant que possible être cylindriques, et ceux
que construit M. Carré pour les bougies Jablochkoff sont très-bons
pour cela. Nous représentons fig. 40 un appareil de ce genre que
j'ai fait disposer en instrument par M. Gaiffe, et qui peut, comme
nous le verrons à l'instant, servir de thermoscope. Cet instrument
est représenté fig. 41 et se compose d'un tuyau de plume rempli
de fragments de charbon, dont ceux qui occupent les deux bouts
sont montés dans des garnitures métalliques. L'une de ces garnitures
se termine par une vis à large tête qui permet, au moyen des supports
A, B, de pousser plus ou moins les charbons dans le tube et, par
conséquent, d'établir un contact plus ou moins intime entre les
divers fragments de charbon. Quand cet appareil est convenablement
réglé, il suffit de parler au-dessus du tube pour que la parole
soit reproduite. C'est donc un microphone aussi bien qu'un thermoscope.
Une chose réellement curieuse que M. Hughes a remarquée, c'est
que si on prononce séparément les différentes lettres de l'alphabet
devant cette sorte de microphone, on constate qu'il en est qui
se font beaucoup mieux entendre que d'autres, et ce sont précisément
celles qui correspondent aux aspirations de la voix.
On peut encore obtenir un microphone de ce genre
en remplaçant les fragments de charbon par des poussières plus
ou moins conductrices, des limailles métalliques même. J'ai démontré,
en effet, dans mon mémoire sur la conductibilité des corps médiocrement
conducteurs, que le pouvoir conducteur de ces poussières varie
d'une manière considérable avec la pression et avec la température,
et comme le microphone est fondé sur les différences de conductibilité
résultant des différences de pression, on comprend facilement
que ce moyen puisse être employé comme organe de transmission
téléphonique. Dans une disposition récente de ce système, M. Hughes
a aggloméré ces poussières avec une sorte de gomme, et il en a
formé un crayon cylindrique qui, étant relié à deux électrodes
bonnes conductrices, a pu fournir des effets analogues à ceux
dont nous avons parlé précédemment. Comme on l'a vu, toutes les
limailles métalliques peuvent être employées, mais M. Hughes donne
la préférence à la poussière de charbon.
D'après M. Blyth, une boîte plate d'environ quinze
pouces sur neuf, remplie de ces charbons échappés à la combustion
que l'on appelle en Angleterre cinders gas, et aux deux
extrémités de laquelle sont fixées deux électrodes de fer-blanc,
est une des meilleures dispositions de microphones. Suivant lui,
trois de ces appareils suspendus comme des tableaux contre les
murs d'une chambre auraient suffi, sous l'influence d'un seul
élément Leclanché, pour faire entendre dans le téléphone tous
les bruits produits dans la chambre, et surtout les airs chantés.
M. Blyth prétend même qu'on peut construire un microphone capable
de transmettre la parole avec un simple charbon relié au fil du
circuit par ses deux bouts, mais il faut que ce charbon soit un
cinder gas; un charbon de cornue pourvu de pinces d'attache à
ses deux extrémités, ne pourrait produire cet effet.
L'un des effets les plus intéressants de ces sortes
de microphones, c'est qu'ils peuvent fonctionner sans pile, du
moins, si on les dispose de manière à former eux-mêmes l'élément
voltaïque, et pour cela, il suffit de verser de l'eau sur les
charbons. M. Blyth qui a parlé le premier de ce système, n'indique
pas nettement sa disposition, et on peut supposer que son appareil
n'était autre que celui que nous avons décrit précédemment, auquel
il aurait ajouté de l'eau. J'ai répété cette expérience en employant
des électrodes zinc et cuivre et des fragments un
peu gros de charbon de cornue, et j'ai parfaitement réussi. J'ai,
en effet, pu transmettre de cette manière, non-seulement tous
les sons de la montre et de la boîte à musique, mais encore la
parole qui se trouvait même souvent plus nettement exprimée qu'avec
un microphone ordinaire, car on n'entendait pas les crachements
qui accompagnent souvent les transmissions téléphoniques de ce
dernier. M. Blyth prétend aussi que l'on peut obtenir de cette
manière la transmission des sons sans que l'appareil soit pourvu
d'eau; mais il croit que c'est à l'humidité de l'haleine de celui
qui parle qu'il faut attribuer ce résultat. Il est certain qu'il
ne faut pas beaucoup d'humidité pour mettre en action un couple
voltaïque, surtout quand on a pour appareil révélateur un téléphone.
Du reste le microphone ordinaire peut être lui-même employé sans
pile, si le circuit dans lequel il est interposé est en communication
avec le sol par l'intermédiaire de plaques de terre; les courants
telluriques qui traversent alors le circuit sont suffisants pour
que les battements d'une montre posée sur le microphone soient
parfaitement perceptibles. M. Cauderay, de Lausanne, dans une
note envoyée à l'Académie des sciences, le 8 juillet 1878, annonce
qu'il a fait cette expérience sur un fil télégraphique réunissant
l'hôtel des Alpes à Montreux, à un chalet situé à 500 mètres de
là, sur la colline.
Le microphone employé comme organe
parlant.—Le microphone peut non-seulement transmettre la parole,
mais il peut encore dans certaines conditions la reproduire et
être substitué par conséquent au téléphone récepteur. Cette fois
c'est à n'y rien comprendre, car c'est seulement dans des variations
d'intensité de courant qu'il faut chercher une cause du mouvement
vibratoire produit dans l'une des parties du circuit lui-même,
et il n'y a plus alors à invoquer des effets d'attraction et d'aimantation.
Est-ce aux répulsions qu'exercent entre eux les éléments contigus
d'un même courant qu'il faut rapporter cette action? Ou bien faut-il
la considérer comme étant de la même nature que celle qui fait
émettre des sons à un fil de fer lorsqu'il est traversé par un
courant interrompu? un courant électrique est-il lui-même un mouvement
vibratoire, comme l'admet M. Hughes? Voilà des questions auxquelles
il est bien difficile de répondre dans l'état actuel de la science;
toujours est-il que le fait existe, et ce sont MM. Hughes, Blyth
et Robert, H. Courtenay et même M. Edison, qui, chacun de leur
côté, viennent de le faire connaître; moi-même j'ai pu le vérifier
dans les conditions expérimentales indiquées par M. Hughes, mais
je n'ai pas été aussi heureux quand j'ai voulu répéter les expériences
de M. Blyth. Suivant ce savant il suffirait, pour entendre la
parole dans le microphone, d'employer le modèle à fragments de
charbon dont nous avons parlé précédemment, d'y joindre comme
appareil transmetteur un second microphone du même genre, et d'introduire
dans le circuit une pile de deux éléments de Grove. Alors si on
parle au-dessus des charbons de l'un des microphones, on devrait
entendre distinctement la parole en approchant l'oreille du second,
et l'importance des sons ainsi reproduits serait en rapport avec
l'intensité de la source électrique employée. Toutefois, comme
je le disais, je n'ai pu, en m'y prenant de cette manière, entendre
aucun son et encore moins la parole, et si d'autres expériences
ne m'avaient pas convaincu, j'aurais douté de l'authenticité du
fait annoncé. Mais cette expérience négative ne prouve en définitif
rien, car il est possible que je me sois placé dans de mauvaises
conditions, et que les escarbilles que j'employais ne fussent
pas dans les mêmes conditions que les cinders gas de M.
Blyth.
sommaire
Quant aux expériences de M. Hughes, je les ai
répétées avec le microphone de MM. Chardin
et Berjot, relié avec celui de M.
Gaiffe employé comme transmetteur,
et j'ai reconnu qu'avec une pile de quatre éléments Leclanché,
seulement, tous les grattements effectués sur le microphone de
M. Gaiffe et même les trépidations et les airs résultant du jeu
d'une petite boîte à musique placée sur cet appareil, étaient
reproduits, très-faiblement il est vrai, dans le second microphone;
pour les percevoir il suffisait de coller l'oreille contre la
planchette verticale. La parole n'était pas reproduite il est
vrai, mais M. Hughes m'en avait prévenu; l'appareil ainsi disposé
n'était pas évidemment assez sensible.
Fig. 42.
Pour reproduire la parole par ce système et pour
la transmettre, il faut une autre disposition du microphone, et
celle qui a donné les meilleurs résultats à M. Hughes est représentée,
vue en coupe, figure 42. C'est un peu le microphone parleur de
M. Hughes, disposé verticalement et dont le charbon fixe est collé
au centre de la membrane tendue d'un téléphone à ficelle. Le cornet
de ce téléphone est représenté en A, la membrane en DD, et le
charbon en question en C; ce charbon est en sapin carbonisé et
métallisé ainsi que le double charbon E qui est en contact avec
lui et qui est adapté à l'extrémité supérieure de la bascule GI.
Le tout est renfermé dans une petite boîte, et on règle la pression
exercée au contact des deux charbons au moyen d'un ressort antagoniste
R et d'une vis H. C'est alors le cornet du téléphone qui sert
de cornet acoustique, et c'est le parleur de M. Hughes décrit
page 169 qui sert de transmetteur pour entendre. Inutile de dire
que deux appareils de ce genre sont placés aux deux bouts du circuit,
que les charbons sont reliés aux deux pôles d'une pile de deux
éléments à bichromate de potasse ou de Bunsen ou de six éléments
de Leclanché, et que les deux appareils sont reliés par le fil
de ligne.
Dans ces conditions, une conversation peut être
échangée, mais les sons sont toujours beaucoup moins accentués
que dans le téléphone.
J'ai pu constater ce fait avec un appareil grossier
apporté d'Angleterre par M. Hughes. MM. Berjot, Chardin et de
Méritens qui étaient présents aux expériences, ont pu comme moi
parfaitement entendre la parole, et j'ai depuis répété moi-même
l'expérience avec succès; mais elle ne réussit pas toujours et,
dans ses conditions actuelles, l'appareil ne présente d'importance
qu'au point de vue scientifique. On le construit chez MM. Chardin
et Berjot.
On comprend facilement que l'appareil peut se
passer de support, et la petite boîte forme alors le manche de
l'instrument; les deux boutons d'attache sont disposés dans ce
cas au bout de ce manche, comme dans un téléphone.
Les effets du microphone récepteur expliquent
les sons souvent très-intenses déterminés par les bougies Jablochkoff
quand elles sont actionnées par des machines magnéto-électriques.
Ces sons vibrent toujours à l'unisson de ceux émis par la machine
elle-même, et ceux-ci proviennent, comme je l'ai déjà démontré,
des aimantations et des désaimantations rapides des organes magnétiques
qui sont mis en jeu par cette machine. Ces effets, remarqués par
M. Marcel Deprez, étaient particulièrement caractérisés avec les
premières machines de M. de Méritens.
sommaire
Autres dispositions de microphones.—Une
disposition du genre de celle que nous venons de décrire a été
employée par M. Carette pour constituer un parleur microphone
extrêmement énergique; seulement au lieu d'une membrane tendue,
il emploie une plaque métallique mince; il colle l'un des charbons
au centre de cette plaque et adapte devant lui l'autre charbon
qui est taillé en pointe et porté par un système de porte-charbon
à vis de réglage au moyen duquel on peut régler comme on le veut
la pression exercée entre les deux charbons. Avec cette disposition,
la parole peut être entendue à distance du téléphone récepteur.
Elle est, du reste, analogue à celle du transmetteur téléphonique
de M. Edison.
En exécutant dans de grandes dimensions le système
représenté, fig. 42, et formant le cornet AB avec un grand entonnoir
en zinc de près de un mètre de longueur, M. de Méritens a pu parvenir
à amplifier assez les sons de la parole pour qu'une conversation
faite à voix basse à trois ou quatre mètres de cet instrument,
ait été reproduite dans un téléphone d'une manière plus sonore
et plus distincte. L'appareil était placé sur le plancher de l'appartement,
l'ouverture de l'entonnoir en haut, et le téléphone était dans
les caves de la maison.
On a du reste varié de mille manières la forme
du microphone suivant les applications auxquelles on veut l'appliquer.
C'est ainsi que nous voyons dans l'English Mechanic and World
of Science, du 28 juin 1878, les dessins de plusieurs dispositions
dont l'une est spécialement applicable à l'audition des pas d'une
mouche; c'est une boîte à la partie supérieure de laquelle est
tendue une feuille de papier végétal; deux charbons séparés par
un petit morceau de bois et mis en rapport avec les deux fils
du circuit y sont collés, et un troisième charbon allongé, placé
en croix sur les deux autres, se trouve maintenu dans cette position
par une rainure pratiquée dans ceux-ci. Une pile très-faible suffit
pour faire fonctionner cet appareil, et la mouche se promenant
sur la feuille de papier détermine des vibrations assez fortes
pour faire réagir énergiquement un téléphone ordinaire. Il faut
alors recouvrir l'appareil d'un globe de verre. En plaçant une
montre sur la membrane et en ayant soin d'appuyer son bouton sur
le morceau de bois séparant les deux charbons, le bruit de ses
battements peut être entendu dans toute une salle. On peut encore,
au lieu de l'arrangement de charbons décrit plus haut, employer
deux cubes de charbon juxtaposés et séparés seulement par une
carte à jouer. Une cavité semi-sphérique pratiquée à la partie
supérieure de cette masse entre les deux charbons et dans laquelle
on place quelques petites boules de charbon d'une grosseur intermédiaire
entre celle d'un pois et celle d'une graine de moutarde, permet
d'obtenir des contacts multiples excessivement mobiles et éminemment
propres à des transmissions téléphoniques. Ces dispositions ont
été combinées par M. T. Cuttriss.
Il est encore beaucoup d'autres dispositions
de microphones imaginées par différents constructeurs et inventeurs
qui donnent des résultats plus ou moins satisfaisants, telles
sont celles de MM. Varey, Trouvé, Vercker, de Combettes, Loiseau,
etc., etc., mais comme elles se rapprochent plus ou moins des
types que nous avons déjà décrits, nous n'en parlerons pas davantage.
Expériences faites avec le microphone.—Il
me reste maintenant à indiquer les expériences intéressantes qui
ont conduit M. Hughes à l'instrument remarquable dont nous venons
de parler, et celles qui ont été entreprises par d'autres savants,
soit au point de vue scientifique, soit au point de vue pratique.
Considérant que la lumière et la chaleur peuvent
modifier la conductibilité électrique des corps, M. Hughes s'est
demandé si des vibrations sonores transmises à un conducteur traversé
par un courant ne modifieraient pas aussi cette conductibilité
en provoquant des contractions et des dilatations des molécules
conductrices, qui équivaudraient à des raccourcissements ou à
des allongements du conducteur ainsi impressionné. Si cette propriété
existait réellement, elle devrait permettre de transmettre les
sons à distance, car de ces variations de conductibilité devaient
résulter des variations proportionnelles de l'intensité d'un courant
agissant sur un téléphone. L'expérience qu'il fit sur un fil métallique
tendu n'a pas répondu toutefois à son attente, et ce n'est que
quand le fil dut vibrer assez fortement pour se rompre, qu'il
entendit un son au moment de la rupture. En rejoignant les deux
bouts du fil, un son se produisit encore, et il reconnut bientôt
que pour en obtenir, il suffisait d'un contact imparfait entre
les deux bouts disjoints du fil. Il devint dès lors manifeste,
pour M. Hughes, que les effets qu'il prévoyait ne pouvaient se
produire qu'avec un conducteur divisé, et par suite de contacts
imparfaits.
Il rechercha alors quel était le degré de pression
le plus convenable à exercer entre les deux bouts rapprochés du
fil pour obtenir le maximum d'effet, et pour cela il effectua
cette pression à l'aide de poids. Il reconnut que, quand elle
était légère et qu'elle ne dépassait pas celle d'une once par
pouce carré, au point de jonction, les sons étaient reproduits
distinctement, mais d'une manière un peu imparfaite; en modifiant
les conditions de l'expérience, il put s'assurer bientôt qu'il
n'était pas nécessaire, pour obtenir ce résultat, que les fils
fussent réunis bout à bout, et qu'ils pouvaient être placés côte
à côte sur une planche ou même séparés (mais avec addition d'un
conducteur posé en croix sur eux), pourvu que les métaux en contact
fussent du fer et qu'une pression légère et constante pût les
réunir métalliquement. L'expérience fut faite avec trois pointes
de Paris disposées comme on le voit fig. 43, et elle a été répétée
depuis, dans de meilleures conditions par M. Willoughby-Smith,
avec trois limes dites queues-de-rat qui permirent de transmettre
le bruit d'une faible respiration.
Il essaya ensuite différentes combinaisons de
ce genre présentant plusieurs solutions de continuité, et une
chaîne d'acier lui fournit d'assez bons résultats; mais les légères
inflexions, c'est-à-dire le timbre de la voix, manquaient, et
il dut chercher d'autres dispositions. Il essaya d'abord d'introduire
aux points de contacts des poudres métalliques; la poudre de zinc
et d'étain connue dans le commerce sous le nom de bronze blanc,
améliora beaucoup les effets obtenus; mais ils n'étaient pas stables
à cause de l'oxydation des contacts, et c'est en essayant de résoudre
cette difficulté, ainsi qu'en cherchant la disposition la plus
simple pour obtenir une pression légère et constante sur ces contacts,
que M. Hughes fut conduit à la disposition des charbons mercurisés
décrite précédemment, laquelle donna les effets maxima.
L'importance de l'effet obtenu dans le microphone
dépend du reste, d'après M. Hughes, du nombre et de la perfection
des contacts, et c'est sans doute pour cela que certaines positions
du crayon, dans l'appareil qui a été décrit plus haut, sont plus
favorables que d'autres.
Pour concilier les résultats de ses expériences
avec les idées qu'il s'était faites, M. Hughes pensa que si les
différences de résistance provenant des vibrations du conducteur
n'étaient pas produites quand ce conducteur était entier, c'est
que les mouvements moléculaires se trouvaient arrêtés par des
résistances latérales égales et contraires, mais qu'il suffisait
qu'une de ces résistances n'existât pas pour que le mouvement
moléculaire put se développer librement. Or un mauvais contact
équivalait, selon lui, à la suppression de l'une de ces résistances,
et du moment où ce mouvement pouvait se produire, les dilatations
et contractions moléculaires qui étaient la conséquence des vibrations,
devaient correspondre à des accroissements ou à des affaiblissements
de résistance du circuit. Nous ne suivrons pas davantage M. Hughes
dans cette théorie, qui serait assez longue à développer, et nous
allons continuer notre examen des différentes propriétés du microphone.
Le charbon, comme nous l'avons déjà dit, n'est
pas la seule substance qu'on peut employer à composer l'organe
sensible de ce système de transmetteur, M. Hughes a essayé d'autres
substances et même des corps très-conducteurs, tels que les métaux.
Le fer lui a donné d'assez bons résultats, et l'effet produit
par des surfaces de platine dans un grand état de division a été
égal, sinon supérieur, à celui fourni par le charbon mercurisé.
Toutefois, comme avec ce métal on rencontre plus de difficultés
dans la construction des appareils, il donne la préférence au
charbon qui, comme lui, jouit de l'avantage de l'inoxydabilité.
Nous avons dit en commençant que le microphone
pouvait être employé comme thermoscope: mais il doit avoir alors
la disposition particulière que nous avons représentée fig. 40.
Dans ces conditions, la chaleur, en réagissant sur la conductibilité
de ces contacts, peut faire varier dans de si grandes proportions
la résistance du circuit, qu'en approchant la main du tube, on
peut annuler le courant de trois éléments Daniell. Il suffit,
pour apprécier l'intensité relative de différentes sources de
chaleur, exposées devant l'appareil, d'introduire dans le circuit
des deux électrodes A et B, fig. 40, une pile P de un ou deux
éléments Daniell et un galvanomètre un peu sensible G. Un galvanomètre
de cent vingt tours est suffisant pour cela. Quand la déviation
diminue, c'est que la source calorifique est supérieure à la température
ambiante; quand elle augmente c'est qu'elle est inférieure. «Les
effets résultant de l'intervention du soleil et de l'ombre se
traduisent sur cet appareil, dit M. Hughes, par des variations
considérables dans les déviations du galvanomètre. Il est même
impossible de le tenir en repos, tant il est sensible aux moindres
variations de la température.»
J'ai répété avec un seul élément Leclanché, les
expériences de M. Hughes et j'ai pour cela, employé un tuyau de
plume rempli de cinq fragments de charbon, provenant d'un des
charbons cylindriques de petit diamètre que fabrique M. Carré
pour la lumière électrique. J'ai bien obtenu les résultats qu'il
indique; mais je dois dire que l'expérience est assez délicate.
En effet, quand les fragments de charbon sont trop serrés les
uns contre les autres, le courant passe avec trop de force pour
que les effets calorifiques puissent faire varier la déviation
galvanométrique; quand ils sont trop peu serrés, le courant ne
passe pas. Il est donc un degré moyen de serrage qui doit être
effectué pour que les expériences réussissent, et quand il est
obtenu, on observe en approchant la main du tube, qu'une déviation
qui était de 90° diminue au bout de quelques secondes et semble
être en rapport avec le rapprochement plus ou moins grand de la
main. Mais c'est l'haleine qui produit les effets les plus marqués,
et je ne serais pas éloigné de croire que les déviations plus
ou moins grandes que provoquent les émissions des sons articulés
quand on prononce séparément les différentes lettres de l'alphabet,
proviendraient d'une émission plus ou moins grande et plus ou
moins directe des gaz échauffés sortant de la poitrine. Ce qui
est certain, c'est que ce sont les lettres qui provoquent les
sons les plus accentués telles que, A, F, H, I, K, L, M, N, O,
P, R, S, W, Y, Z, qui déterminent les plus fortes déviations de
l'aiguille galvanométrique.
Dans mon mémoire sur la conductibilité des corps
médiocrement conducteurs, j'avais déjà signalé cet effet de la
chaleur sur les corps divisés, et j'avais de plus montré que,
après une certaine déviation rétrograde qui se produisait toujours
au premier moment, il se manifestait un mouvement en sens inverse
de l'aiguille galvanométrique qui accusait, au bout de quelques
instants de chauffage, une déviation bien supérieure à celle indiquée
primitivement.
Dans une note publiée dans le Scientific American
du 22 juin 1878, M. Edison donne quelques détails intéressants
sur l'application de son système de transmetteur téléphonique
à la mesure des pressions, des dilatations et autres forces capables
de faire varier la résistance du disque de charbon de cet appareil
par suite d'une compression plus ou moins forte. Comme les expériences
qu'il fit à ce sujet remontent au mois de décembre 1877, il en
conclut encore qu'il a la priorité de l'invention du microphone
employé comme thermoscope; mais nous devons lui faire observer
que, d'après la manière dont M. Hughes a disposé son appareil,
l'effet produit par la chaleur est précisément inverse de celui
qu'il signale. En effet, dans le dispositif adopté par M. Edison,
la chaleur agit par une augmentation de conductibilité qu'acquiert
le charbon sous l'influence d'une augmentation de pression déterminée
par la dilatation d'un corps sensible à la chaleur; dans le système
de M. Hughes, la chaleur provoque un effet diamétralement opposé,
parce qu'elle n'agit alors que sur des contacts et non par effet
de pression. Aussi la résistance du microphone thermoscope se
trouve augmentée sous l'influence de la chaleur au lieu d'être
diminuée. Cet effet différent tient à la division du corps médiocrement
conducteur, et j'ai démontré que, dans ces conditions, ces corps,
quand ils ne sont chauffés que faiblement, déterminent toujours
un affaiblissement dans l'intensité du courant qu'ils transmettent.
Je crois du reste, que la disposition de M. Edison est meilleure
comme appareil thermoscopique et permet de mesurer des sources
calorifiques beaucoup moins intenses. S'il faut l'en croire, on
pourrait avec son appareil non-seulement mesurer (p.
189) la chaleur du rayonnement lumineux des étoiles, de
la lune et du soleil, mais encore les variations de l'humidité
de l'air et de la pression barométrique.
Cet appareil, que nous représentons figure 44
avec ses différents détails et la disposition rhéostatique employée
pour les mesures, se compose d'une pièce métallique A fixée sur
une planchette C et sur l'un des côtés de laquelle est adapté
le système de disques de platine et de charbon D décrit page.
Une pièce rigide G munie d'une crapaudine soutient extérieurement
ce système, et on introduit dans cette crapaudine l'une des extrémités
effilées d'un corps susceptible d'être impressionné par la chaleur,
l'humidité ou la pression barométrique. L'autre extrémité est
soutenue par une seconde crapaudine I adaptée à un écrou H susceptible
d'être plus ou moins serré par une vis de réglage. Si on introduit
ce système dans un circuit galvanométrique a b c
i g muni de tous les instruments de mesure électrique,
les variations de longueur du corps interposé se traduisent par
des déviations de l'aiguille galvanométrique plus ou moins grandes,
qui sont la conséquence des différences de pression résultant
de l'allongement ou du raccourcissement du corps dilatable interposé
dans le circuit sur l'appareil.
Les expériences du microphone faites à la séance
de la Société des ingénieurs télégraphistes de Londres, le 23
mai dernier, ont admirablement réussi et ont été l'occasion d'un
article intéressant dans l'Engineering du 31 mai, dans
lequel on constate que toute l'assemblée a pu entendre parler
le téléphone, dont la voix se rapprochait beaucoup de celle du
phonographe. Quand on annonça que ces paroles avaient été prononcées
à une distance assez grande du microphone, le duc d'Argyle, présent
à la séance, tout en admirant l'importance de la découverte, ne
put s'empêcher de s'écrier que cette invention pourrait avoir
des conséquences terribles, «ainsi, par exemple, dit-il, nous
sommes à Downing-street, et je ne puis m'empêcher de penser que
si un des appareils du professeur Hughes était placé dans la pièce
où les ministres de Sa Majesté sont en conférence, nous pourrions
entendre d'ici tous les secrets de cabinet. Si un de ces petits
appareils pouvait être mis dans la poche de mon ami Schouvaloff
ou bien dans celle de lord Salisbury, nous serions tout à coup
en possession de ces grands secrets que tout ce pays et toute
l'Europe attendent avec une si grande anxiété. Si l'assurance
qu'on donne que ces appareils sont susceptibles de répéter toutes
les conversations qui peuvent se faire dans une pièce où ils sont
placés, cela pourrait constituer un véritable danger, et je pense
que le professeur Hughes qui a inventé ce magnifique et en même
temps si dangereux instrument, devrait rechercher maintenant un
antidote à sa découverte.» D'un autre côté, le docteur Lyon-Playfair
pense que le microphone devrait être appliqué à l'aérophone, pour
qu'en plaçant ces instruments dans les deux chambres du parlement,
les discours des grands orateurs puissent être entendus par toute
une population sur une étendue de quatre à cinq milles carrés.
Les essais du microphone faits récemment à Harlifax
et qui ont été rapportés dans les journaux anglais, montrent que
les prévisions du duc d'Argyle étaient parfaitement justifiées.
Il paraîtrait en effet qu'un dimanche un microphone ayant été
placé sur la devanture de la chaire d'un prédicateur à l'église
d'Harlifax, et cet instrument étant relié par un fil de 3 kilomètres
à un téléphone placé près du lit d'un malade, habitant un château
voisin, ce malade a pu entendre toutes les prières, les cantiques
et le sermon. M. Hughes, qui m'avait communiqué cette nouvelle,
m'assurait qu'elle lui avait été donnée par des personnes dignes
de foi, et nous apprenons maintenant qu'il y a sept abonnés pour
jouir de l'avantage d'écouter les offices d'Harlifax, sans se
déranger.
Le microphone a été aussi appliqué dernièrement
à la répétition à distance d'un opéra tout entier, et voici ce
que dit à cet égard le Journal télégraphique de Berne du
25 juillet:
«Le 19 juin dernier a eu lieu à Billenzona (Suisse)
une curieuse expérience micro-téléphonique. Une troupe italienne
de passage devait donner ce jour-là, au théâtre de cette ville,
l'opéra de Donizetti, Don Pasquale. M. Patocchi, inspecteur-adjoint
du VIe arrondissement télégraphique de la Suisse,
a eu l'idée de profiter de cette occasion, pour expérimenter
les effets combinés du microphone à charbon de Hughes comme
appareil transmetteur et du téléphone de Bell comme appareil
récepteur. À cet effet, il installa dans une loge de premier
rang, à côté du proscenium, un microphone Hughes qu'il relia
au moyen de deux fils de 1.1/2 millimètres de diamètre à quatre
récepteurs Bell disposés dans une salle de billard, au-dessus
du vestibule du théâtre même, salle où ne parvient aucun des
bruits de l'intérieur du théâtre. Dans le circuit, et près du
microphone de Hughes, était intercalée une petite pile de deux
éléments du modèle ordinaire de l'administration suisse.
«Les résultats ont été aussi heureux et aussi
complets que possible. Les téléphones reproduisaient exactement,
avec une clarté et une netteté merveilleuse, aussi bien les
sons de l'orchestre que le chant des artistes. Plusieurs spectateurs
ont constaté, avec M. Patocchi, que l'on ne perdait pas une
note des instruments ou des voix, qu'on distinguait parfaitement
les mots prononcés, que les airs étaient reproduits dans leur
ton naturel, avec toutes leurs nuances, les piano comme
les forte, les motifs doux comme les passage de force,
et plusieurs dilettanti amateurs ont même assuré à M.
Patocchi que, par cette seule audition au moyen des téléphones,
l'on pouvait apprécier les beautés musicales, les qualités des
voix des artistes et généralement juger de la pièce elle-même,
comme pouvaient le faire les spectateurs à l'intérieur du théâtre.
«Les résultats ont été les mêmes en introduisant
dans le circuit des résistances jusqu'à 10 kilomètres sans augmenter
le nombre des éléments de la pile. C'est, croyons-nous la première
expérience de ce genre qui ait été faite, en Europe du moins,
dans un théâtre et sur un opéra complet; et ceux qui connaissent
toute la légèreté et la grâce des mélodies de Don Pasquale,
apprécieront à quelle sensibilité doit atteindre la combinaison
du microphone de Hughes et du téléphone de Bell, pour ne rien
laisser perdre des délicatesses de cette musique.»
Les expériences avec le microphone, quoique à
leur début, ont été cependant très-variées, et nous voyons dans
les journaux anglais, entre autres expériences curieuses, qu'on
a voulu établir sur le même principe un appareil sensible téléphoniquement
aux variations d'une source lumineuse. On sait que certains corps
et particulièrement le sélénium sont impressionnables électriquement
à la lumière, c'est-à-dire que leur conductibilité peut varier
dans d'assez grandes proportions suivant la quantité plus ou moins
grande de lumière qui les éclaire. Or si on fait passer brusquement
un circuit dans lequel est interposé un corps de cette nature,
de l'obscurité à un éclairement un peu intense, il doit résulter
de l'augmentation subite de résistance qui en est la conséquence,
un son énergique dans un téléphone interposé dans le circuit.
C'est en effet ce que l'expérience a démontré, et M. Willoughby-Smith
en tire la conséquence que, conformément à ce que nous avons dit
plus haut, les effets produits dans le microphone sont la conséquence
de variations de résistance dans le circuit par suite de contacts
plus ou moins intimes entre conducteurs imparfaits.
Pour obtenir l'effet précédent dans ses meilleures
conditions, M. Siemens emploie deux électrodes composées par des
réseaux de fils de platine très-fins enchevêtrés les uns dans
les autres, à la manière de deux fourchettes dont les dents seraient
intercalées dans leurs intervalles réciproques. Ces électrodes
sont introduites entre deux lames de verre, et une goutte de sélénium
versée au centre de ces réseaux, les réunit sur une surface circulaire
assez étendue pour établir une conductibilité suffisante dans
le circuit. Or c'est sur cette goutte ainsi étendue qu'on doit
projeter le rayon de lumière.
Une jolie expérience que l'on peut faire encore
avec le microphone est celle-ci: vous placez sur une planche en
bois un peu grande, une planchette à dessin par exemple, un microphone
à charbon vertical dont les extrémités sont bien pointues et qui
est placé tout à fait verticalement. On dispose dans le circuit
un ou plusieurs téléphones, et si on les renverse sur la planche
de manière que leur membrane soit en regard de celle-ci, on entend
un roulement continu qui ressemble tantôt à un son musical, tantôt
au bruissement de l'eau bouillant dans une chaudière, et ce bruit
qui peut être entendu à distance, dure indéfiniment tant que la
source électrique est en activité. M. Hughes explique ce phénomène
de la manière suivante.
La moindre secousse qui mettra le microphone en
action, aura pour effet d'envoyer des courants plus ou moins interrompus
à travers les téléphones qui les transformeront en vibrations
sonores, et celles-ci étant transmises mécaniquement par la planche
au microphone, entretiendront son mouvement qui sera même amplifié
et provoquera de nouvelles vibrations sur les téléphones; d'où
il résultera une nouvelle action sur le microphone et ainsi de
suite indéfiniment. D'un autre côté, en plaçant sur la même planche
un second microphone correspondant à un autre circuit téléphonique,
on peut en faire un appareil réagissant comme un relais télégraphique,
c'est-à-dire répétant à distance les bruits transmis à la planche,
et ces bruits répétés peuvent constituer soit un appel, soit les
éléments d'une dépêche dans le langage Morse, si l'on place dans
le circuit du premier microphone un manipulateur Morse. «J'ai
fait, dit M. Hughes, avec cette disposition d'appareils, plusieurs
expériences qui ont produit beaucoup d'effet, quoique n'ayant
employé qu'une pile de Daniell de six éléments sans bobine d'induction.
En adaptant au téléphone récepteur un cornet en carton de 40 centimètres
de longueur, on a pu entendre dans toute une grande salle le bruit
continu du relais, les battements d'une pendule et le bruit fait
par la plume en écrivant. Je n'ai pas essayé de transmettre la
parole parce que, dans ces conditions, elle n'aurait pas été reproduite
avec netteté.»
sommaire
L'idée d'employer le microphone comme relais était,
du reste, venue à l'esprit de plusieurs personnes et entre autres
de M. Latimer-Clark qui proposait pour cela de faire réagir l'armature
d'un électro-aimant introduit dans le circuit du microphone, sur
un tube disposé comme on l'a vu fig. 40 et réagissant lui-même
sur le second circuit, c'est-à-dire sur le circuit du téléphone.
MM. Houston et Thomson en ont fait également un dernièrement.
D'un autre côté lord Lindsay a imaginé d'adapter
au microphone une membrane résonnante, et il a obtenu par ce moyen
une reproduction excellente des sons musicaux produits par un
piano; mais lorsque les vibrations de cet instrument concordaient
avec les vibrations fondamentales de la membrane, un bruit très-fort
se faisait entendre dans le téléphone, et dans ce bruit, on distinguait
non-seulement la note fondamentale de cette membrane, mais encore
toutes les vibrations sympathiques déterminées par les cordes
du piano réagissant les unes sur les autres.
Fig. 45.
En raison de son extrême sensibilité, cet appareil
pourrait permettre de constater les bruits produits à l'intérieur
du corps humain et servir par conséquent de stéthoscope
pour l'auscultation des poumons et des battements du cœur. Le
Dr Richardson en Angleterre, conjointement avec M. Hughes, s'occupe
en ce moment de rendre pratique cette importante application;
mais jusqu'à présent les résultats obtenus n'ont pas été très-satisfaisants.
On espère toutefois y parvenir. En attendant M. Ducretet a construit
un microphone stéthoscopique que nous représentons fig. 45 et
qui est d'une extrême sensibilité. C'est un microphone à charbon
CP, à simple contact, dont le charbon inférieur P est adapté à
un tambour à membrane vibrante de M. Marais T. Ce tambour est
relié par un tube de caoutchouc CC' à un autre tambour T' qui
est destiné à être appliqué sur les différentes parties du corps
à ausculter, et que l'on appelle en conséquence tambour explorateur;
la sensibilité de l'appareil est réglée au moyen d'un contrepoids
PO, qui se visse sur le bras d'un levier bascule LL, auquel est
fixé le second charbon C. Tout le monde connaît la grande sensibilité
des tambours de M. Marais pour la transmission des vibrations,
et cette sensibilité étant encore augmentée par le microphone,
l'appareil acquiert une impressionnabilité extrême, peut-être
même une trop grande, car il révèle tout espèce de bruits qu'il
est très-difficile de distinguer les uns des autres. Du reste,
cet appareil ne peut donner de bons résultats que confié à des
mains expérimentées, et il faudra évidemment une éducation auditive
particulière pour qu'on puisse en tirer parti.
sommaire
Comme application de ce genre, la plus importante
est celle que vient d'en faire, conjointement avec M. Hughes,
M. Henry Thompson célèbre chirurgien anglais, pour l'exploration
de la vessie dans la maladie de la pierre. Au moyen de cet appareil,
on peut en effet constater la présence et préciser le siège des
calculs pierreux qui peuvent s'y trouver, quelques petits qu'ils
soient d'ailleurs. On emploie pour cela une sonde exploratrice
composée d'une tige de Maillechort un peu recourbée par le bout
et qui est mise en communication avec un microphone sensible à
charbon. Quand, en promenant cette sonde dans la vessie, la tige
en question rencontre des particules pierreuses, fussent-elles
de la grosseur d'une tête d'épingle, le frottement qui en résulte
détermine des vibrations qui se distinguent parfaitement, dans
le téléphone, de celles qui se produisent par la simple friction
de la tige sur les tissus mous des parois de la vessie. Toutefois,
M. Thompson prétend que pour obtenir de bons résultats de cette
méthode, il faut prendre certaines précautions. Il faut que l'instrument
ne soit pas trop sensible afin que la nature des bruits soit bien
distincte, la pile ne doit pas être trop forte, pour éviter les
sons qui pourraient résulter des bruits extérieurs. L'appareil
est du reste disposé comme on le voit fig. 46. Le microphone est
placé dans le manche qui porte la sonde et n'est autre que celui
que nous avons représenté fig. 39, mais avec de plus petites dimensions,
et les deux fils conducteurs e allant au téléphone, ressortent
du manche par le bout a opposé à celui bb où la
sonde dd est vissée. Comme cet appareil n'est pas destiné
à reproduire la parole, on emploie des charbons de cornue au lieu
de charbons de bois.
On a pu encore par un moyen basé sur le principe
du microphone, faire entendre certains sourds dont l'oreille n'était
pas encore tout à fait insensibilisée. Pour obtenir ce résultat,
on adapte devant les deux oreilles du malade deux téléphones,
reliés entre eux par une couronne métallique appuyée sur l'os
frontal, et on met les deux téléphones en rapport avec un microphone
muni de sa pile, lequel pend à l'extrémité d'un double fil conducteur.
Le malade conserve dans sa poche ce microphone, et il le présente
comme un cornet acoustique à son interlocuteur quand il veut converser
avec lui. Le microphone est alors constitué par le parleur de
M. Hughes représenté fig. 39.
Le microphone peut avoir encore beaucoup d'autres
applications, et voici ce que nous lisons à cet égard dans l'English
Mechanic du 21 Juin 1878: «Au moyen de cet instrument, les
ingénieurs pourront apprécier les effets des vibrations occasionnées
sur les édifices anciens et nouveaux par le passage de lourdes
charges; un soldat pourra reconnaître l'approche de l'ennemi à
plusieurs milles de distance et distinguer même s'il aura affaire
avec de l'artillerie ou de la cavalerie; la marche des navires
dans le voisinage des torpilles pourra même être annoncée à la
côte, et on pourra dès lors, à coup sûr, en déterminer l'explosion.»
On a aussi proposé d'appliquer le microphone comme
un avertisseur des fuites de gaz dans les mines à charbon. Le
gaz s'échappant des crevasses de charbon, produit un son sifflant
qui par le moyen du microphone et du téléphone pourrait être entendu
au haut des puits. D'un autre côté, on a eu l'idée que le microphone
pourrait être utilement employé comme Séismographe pour signaler
les bruits souterrains qui précèdent généralement les tremblements
de terre et les éruptions volcaniques, et qui se trouveraient
de cette manière notablement amplifiés. Cet appareil pourrait
même être d'un usage utile à M. Palmieri pour ses études à l'observatoire
du Vésuve.
Comme on devait s'y attendre, des réclamations
de priorité devaient être la conséquence de la grande faveur qui
a accueilli l'invention de M. Hughes, et même en dehors
de la réclamation de M. Edison sur laquelle nous avons exprimé
notre opinion, nous en trouvons plusieurs autres qui montrent
que, si quelques effets du microphone ont été découverts à différentes
époques avant M. Hughes, on n'y avait prêté qu'une très-médiocre
attention puisqu'ils n'ont même pas été publiés.
De ce nombre sont celles de M. Wentwork Lacelles-Scott
enregistrées dans l'Electrician du 25 mai 1878,
et celle de M. Weyher présentée à la Société de Physique de
Paris au mois de juin dernier; mais elles n'ont guère d'importance,
attendu que les dates auxquelles remontent les expériences de
ces savants sont encore postérieures à celles des premières expériences
de M. Hughes; celles-ci datent, en effet, du commencement de décembre
1877, et ont même été montrées en janvier 1878 aux fonctionnaires
de la Submarine Telegraph Company, ainsi que le publie
M. Preece dans une lettre adressée aux différents savants.
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Avant de terminer avec le microphone, je
crois devoir rappeler ici deux expériences intéressantes de M.
Hughes, qui tout en montrant que l'attraction magnétique n'entre
pour rien dans la reproduction de la parole, prouve que les effets
électro-magnétiques peuvent se combiner aux effets microphoniques.
1- Si une armature de fer doux est appliquée sur
les pôles d'un électro-aimant à deux branches solidement fixé
sur une planche, et qu'on interpose entre cette armature et les
pôles magnétiques des morceaux de papier afin d'éviter les effets
de magnétisme condensé, on peut, en reliant cet électro-aimant
à un microphone parleur du modèle de la fig. 39, entendre sur
la planche servant de support à l'électro-aimant les mots prononcés
dans le parleur.
2- Si on oppose par leurs pôles de noms contraires
deux électro-aimants mis en rapport avec un microphone, en ayant
soin de séparer ces pôles par des morceaux de papier, on obtiendra
clairement la reproduction de la parole, sans qu'il y ait besoin
d'armature ni de diaphragme. Ces deux faits peuvent encore être
opposés à la théorie soutenue par M. Navez.
3- Si au lieu de faire passer le courant actionné
par un microphone à travers l'hélice d'un téléphone servant de
récepteur, on lui fait traverser directement le barreau aimanté
de ce téléphone dans le sens de son axe, c'est-à-dire d'un pôle
à l'autre, on peut entendre distinctement les paroles prononcées
dans le microphone. Cette expérience, qui est de M. Paul Roy,
indiquerait, si elle est exacte, que les ondulations électriques
qui parcoureraient longitudinalement un aimant, en modifieraient
l'intensité magnétique. Cette expérience est toutefois à vérifier.
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Sommaire
1879 La balance d'induction de Hughes :
Depuis un certain temps déjà,
M. le Professeur Hughes se préoccupe d'éliminer les
effets d'induction qui se produisent sur les lignes télégraphiques
et deviennent d'autant plus sensibles que le nombre des fils s'accroît
sur les mêmes rangées de poteaux, que les communications
s'effectuent à de plus longues distances et, enfin, que l'on
fait usage d'appareils plus rapides mais aussi plus compliqués
et plus impressionnables. Les premières tentatives faites
dans la pensée d'arriver à détruire les courants
d'induction n'ayant pas été suivies de succès,
il a imprimé à ses recherches une autre direction
et a cherché à contrebalancer les effets qu'il ne
pouvait détruire.
Si, au lieu d'employer la terre, l'on fait usage d'un second fil
pour fermer le circuit et si les deux fils isolés l'un
de l'autre sont tordus ensemble comme les fibres d'une
corde, les courants circulant sur un autre conducteur ne sauraient
jamais les influencer, puisque l'induction qui se produirait dans
les deux fils agirait en sens contraire sur chacun d'eux et, par
conséquent, s'annihilerait. Il ne serait même pas nécessaire
de tordre les fils ensemble; il suffirait de les placer sur les
poteaux de telle façon que leur position par rapport aux
autres conducteurs changeât continuellement, c'est-à-dire
qu'à de certaines distances, tous les deux cents mètres
par exemple, ils fussent soumis à une torsion.
Mais l'emploi d'un pareil fil de retour a pour inconvénient
de doubler la résistance du conducteur ainsi que les
frais d'établissement et il est bien rare de trouver
dans la pratique des circonstances où l'on pourrait y recourir
avec avantage. Aussi, en s'inspirant des principes que nous venons
d'exposer, M. Hughes est arrivé à contrebalancer par
des moyens plus simples les effets d'induction et voici le procédé
auquel il a recours à cet effet.
Disposons parallèlement à de petites distances l'ane
de l'autre autant de bobines de fil fin qu'il y a de fils conducteurs
sur les poteaux de la ligne. Relions à chacune de ces bobines
un des fils de ligne avant de les conduire à la terre. Dans
ces conditions, lorsqu'un courant traversera un fil de la ligne,
la bobine à laquelle celui-ci est relié exercera sur
les autres bobines une influence inductrice. Cette induction peut
être de même sens que celle qui se produit sur les fils
de la ligne, mais si l'on tourne la bobine où est engendrée
le courant primaire, l'induction qu'elle produira dans les autres
bobines sera de sens contraire à celle que le fil traversé
par le courant exerce sur les autres fils parallèles. Ces
deux inductions, celle de la ligne et celle des bobines, se produisent
simultanément et l'on conçoit, dès-lors, la
possibilité de. disposer les bobines de façon que
les inductions produites se balancent complètement. La longueur
des fils des bobines par rapport à celle des fils de ligne
pourra être d'autant plus petite que l'espace e»tre
les bobines sera moins grand, par rapport à la résistance
réciproque des fils sur les poteaux.
Il en résulte que l'on peut réduire à des dimensions
très-restreintes tout cet appareil accessoire d'induction.
M. Hughes a appelé « balance d'induction »
l'ensemble de cet arrangement qui nous paraît appelé
à figurer dorénavant so«s ce nom dans la technologie
télégraphique.
Il nous faut dire ici que le procédé imaginé
par Hughes comme balance d'induction n'est pas nouveau.
Il avait déjà été indiqué par
M. Ch. Wilson dans une remarquable étude publiée pour
le Journal of the american électrical Society (N° 3 de
1878) dont M. Hughes paraît ne pas avoir eu connaissance.
Mais ce qui, croyons-nous, appartient bien en propre à ce
dernier, c'est le système ingénieux qu'il emploie
pour établir la balance et dont nous allons essayer de donner
une idée.
Supposons, pour plus de clarté, que la ligne comporte trois
fils parallèles a, o et c, chacun de ces fils aboutissant
dans la station S à une bobine d'induction. Les trois bobines
sont disposées parallèlement sur un cylindre, de façon
à pouvoir être rapprochées ou éloignées
à volonté les unes des autres et leur intercalation,
en outre, est telle que leur induction s'ajoute à celle qui
se produit sur la ligne. Inversons maintenant la bobine du fil a
et intercalons dans ce fil une pile de 2 ou 3 éléments
ainsi qu'un microphone sur lequel repose une montre. Dans le fil
b, intercalons un téléphone. On entend alors par induction
le tic-tac de la montre dans le téléphone, parce que
la balance n'est pas encore établie et l'on ignore encore
si c'est l'induction du fil a sur le fil b ou l'induction contraire
de la bobine a sur la bobine b qui prédomine. L'on éloigne
ou l'on rapproche alors par tâtonnement la bobine du fil b
de celle du fil a jusqu'à ce que l'on cesse de rien entendre
dans le téléphone. Dès que ce résultat
est obtenu, la balance d'induction entre les fils a et & est
parfaitement établie et aucun appareil télégraphique,
si délicat qu'il soit, n'accusera plus d'effet d'induction
d'aucune sorte, le téléphone étant plus impressionnable
que tout autre arrangement.
On établirait de la même manière la balance
entre a et c et dès-lors il y aura indifférence électrique
parfaite dans les fils & et c quand on travaillera sur a.
Il est à prévoir maintenant le cas où l'on
travaillerait sur b ou sur c et où l'indifférence
électrique devrait exister sur les deux autres fils. Il faut
alors ramener la bobine de a à sa position primitive et inverser,
au contraire, la bobine du fil sur lequel on travaille. Pour le
fil a, la balance est déjà établie par le premier
ajustement, mais tel n'est pas le cas entre les fils & et c
et il faut, en éloignant ou rapprochant les deux bobines
correspondantes, trouver également pour les fils b et c le
point où la balance est établie.
Ici, il se présente un point délicat que les explications
données par M. Hughes ne nous paraissent pas avoir complètement
élucidé. En déplaçant la bobine de b
ou de c on détruit la balance qui a été auparavant
établie entre a, d'un côté, et b ou respectivement
c, de l'autre. Nous ne nions pas qu'il soit possible de trouver
pour les trois bobines une position telle que la balance d'induction
soit établie entre les trois fils, sans distinction du fil
sur lequel on travaille. Mais cette position n'est-elle pas bien
difficile à trouver et les essais pour y arriver ne peuvent-ils
pas dégénérer en tâtonnements indéfinis?
Plus une ligne aura de fils sur les mêmes poteaux et plus
la balance sera difficile à établir. Dans notre opinion,
il conviendrait, outre l'éloignement ou le rapprochement
des bobines, de pouvoir recourir à la faculté de raccourcir
ou d'agrandir à volonté la longueur des fils des bobines
mis en action. Nous n'avons pas fait d'expériences à
ce sujet, mais il nous semble que la difficulté de l'établissement
de la balance pour plusieurs fils pourrait devenir un obstacle pratique
sérieux.
Le système de M. Hughes comporte une autre difficulté
pratique, de moindre importance, et dont la solution pourrait consister
dans un arrangement mécanique encore à trouver. Cette
difficulté c'est l'opération de l'inversion des bobines.
Au moment où l'on commence à travailler sur un fil,
la bobine correspondante doit être inversée et, au
moment où la transmission est finie, cette bobine doit être
ramenée à sa position primitive. Cette inversion se
fera-t-elle automatiquement par le manipulateur ou la combinaison
qui le remplace ou bien doit-on avoir recours à un commutateur
spécial? Que se produit-il, en outre, quand on travaille
simultanément sur deux ou plusieurs fils? La balance n'estelle
pas complètement détruite, alors même qu'elle
serait bien correcte pour le travail sur un seul fil?
Ce sont là des questions qui nous paraissent
encore douteuses et dont la solution pourra avoir une grande influence
sur l'utilité pratique de la balance d'induction.
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Sommaire
ANGLETERRE 1879
LES COMPENSATEURS DINDUCTION DE M. HUGHES
Des recherches récentes viennent damener
M. Hughes à découvrir le moyen dannuler dans
un circuit les inductions produites par le passage de courants dans
un fil voisin, et cela sans mécanisme, rien que par une disposition
extrêmement ingénieuse des circuits eux-mêmes.
M. Hughes étudie particulièrement en ce moment les
transmissions téléphoniques et microphoniques. On
sait que lexcessive sensibilité du téléphone,
qui esc une des remarquables propriétés de ce bel
appareil, est en même temps un de ses gros inconvénients.
Il est si délicat que son circuit se trouvant seulement dans
le voisinage d'un autre où passent des courants, il en est
influencé par induction; par exemple, un téléphone
dont le fil est auprès du conducteur dun appareil télégraphique
Morse, transmettra tous les coups de clef de ce dernier. Une
impressionnabilité si grande rend lusage du téléphone
très incommode dans beaucoup de cas; il est vrai quen
échange elle en fait un révélateur des courants
dune merveilleuse exactitude.
M. Hughes cherchait à faire disparaître cet inconvénient.
Il avait pour cette étude disposé deux circuits. Lun
renfermait une pile et un microphone sur lequel était une
montre; le deuxième, établi dans le voisinage, renfermait
seulement une embouchure de téléphone, dans laquelle
les battements de la montre sentendaient fort bien par induction
du premier circuit sur le second. Il sagissait dempêcher
cet effet.
M. Hughes essaya sans résultat, divers moyens préservatifs
notamment les enveloppes métalliques en étain par
exemple.
Le battement sentendait toujours.
Ne pouvant empêcher les courants induits, il eut lidée
de chercher à les annuler. Il remarqua dabord que ce
résultat sera atteint, sans difficulté, si le circuit
téléphonique se compose de deux fils, lun daller,
lautre de retour, situés à la même distance
du courant inducteur; dans ce cas, en effet, celui-ci produira,
dans les deux brins du fil, deux inductions de même sens qui
marcheront à la rencontre lune de lautre, et
par conséquent sannuleront. Afin dassurer leffet,
il disposa les deux fils du courant sous forme de cordon tordu,
le battement de la montre cessa dêtre entendu.
Pour réaliser cette disposition sur une ligne, M. Hughes
propose de faire passer les fils alternativement lun au-dessus
de lautre, puis lun à côté de lautre
sur les poteaux de soutien, de cette façon la distance moyenne
au fil inducteur sera la même.
Mais, il est rare quon dispose de deux fils pour un même
circuit, généralement cest la terre qui forme
retour, et la disposition ci-dessus est inapplicable. M. Hughes
résout la difficulté de la façon la plus ingénieuse.
Considérons deux lignes conductrices droites et parallèles
; un courant commençant dans la première donnera,
dans la seconde un courant induit de sens contraire, dont lintensité
croîtra avec celle du courant primaire et la longueur des
lignes, et diminuera quand leur distance sera plus grande.
A lorigine de ces deux lignes, imaginons que les fils soient
enroulés sur eux-mêmes et forment des bobines plates
parallèles lune A lautre, si ces bobines sont
de même sens, leffet dinduction sera de même
sens que celui des lignes droites et sy ajoutera, mais si
elles sont de sens contraire, le phénomène change,
la bobine primaire engendrera dans la bobine secondaire un courant
induit qui sera de sens inverse A celui que produisent les parties
droites. En sorte que le courant passant dans lensemble de
la première ligne fera naître A la fois dans la seconde
deux courants induits de sens contraire dont la différence
seule subsistera. Si lon sest arrangé pour que
ces courants soient égaux, linduction sera compensée
et annulée. Or cela est très-réalisable. On
proportionnera les longueurs des bobines A celle des lignes, elles
seront par exemple de 1m par kil., alors plaçant dans le
premier circuit un microphone avec une montre, on mettra un téléphone
dans lautre, et on rapprochera les bobines jusquà
ce que le battement sefface ; à ce point les lignes
sont compensées, elles ne sinduisent plus ou, pour
mieux dire, leurs inductions sannulent par elles-mêmes.
On peut ainsi, A laide dun nombre égal de bobines
et dun commutateur convenable, rendre un nombre quelconque
de lignes indépendantes des autres. Problème jusquA
ce jour très incomplètement résolu. La simplicité
ingénieuse de la solution et limportance du résultat
placent cette nouvelle
invention de M. Hughes à la hauteur de ses précédents
travaux, qui lui ont si justement acquis son universelle réputation.
Lorsque le brillant résultat de ses études a été
publié par M. Hughes, il sest vu aussitôt lobjet
dune réclamation de M. Edison, lequel assure quil
a déjà énoncé cette idée et son
mode dapplication.
M. Hughes nest vraiment pas heureux avec M. Edison.
Déjà ses découvertes sur le microphone lui
avaient été disputées par lélectricien
américain. Voici que la querelle recommence sur un autre
sujet.
Renseignements pris, voilà, sauf rectifications ultérieures,
sur quoi se fonde M. Edison. Dans un de ses brevets il a indiqué,
pour préserver une ligne téléphonique de linduction
des lignes voisines, le moyen suivant : on introduit dans la ligne
à protéger autant délectro-aimants quil
y a de circuits inducteurs ; dans chacun de ces derniers on introduit
un électro-aimant de sens contraire à ceux de la ligne
induite. Chacun des électro-aimants inducteurs est placé
en regard dun des électro-aimants de la ligne à
préserver, et leurs distances ainsi que leurs longueurs de
fil sont réglées de façon à produire
un courant induit exactement égal à celui qui naît
duparallélisme des lignes et naturellement de sens contraire.
Il y a là en effet lidée de lannulation
des courants induits par la production, dans un même circuit,
de deux actionségales et de sens contraire, mais on doit
remarquer ;
I° Quune seule ligne est protégée;
2° Que la protection est acquise au prix de laccumulation
sur cette ligne dautant de résistances additionnelles
quil y a de courants inducteurs sans préjudice de celles
que ces derniers doivent supporter;
3° Que M. Edison paraît obtenir la compensation par un
moyen empirique sans indiquer de relation précise entre lesélectro-aimants
et la longueur des lignes.
Tandis quau contraire chez M. Hughes :
I° Une quelconque des lignes est protégée contre
toutes les autres;
2° Il ny a quun nombre de résistances additionnelles
égal au nombre total des courants ;
3° M. Hughes indique une proportionnalité de longueurs
et de distances fournissant une règle simple.
Les résultats produits par ce dernier sont donc beaucoup
plus complets et plus pratiques que ceux annoncés par M.
Edison, et celui-ci semble ne pouvoir guère réclamer
quelidée première.
Cest sans doute quelque chose, mais nous sommes dans un état
de la science tel, que les idées sont rarement aujour dhui
possibles à approprier; elles naissent presque toujours à
peu près simultanément dans plusieurs esprits, et
lindividualité de la découverte se marque bien
plus par létude et la
réalisation que par la conception première. Cest
pourquoi, dans ce cas comme dans celui du microphone, il nous paraît
que jusquà plus ample informé lhonneur
de cette très-ingénieuse combinaison doit revenir
à M. Hughes. |
Sommaire
1882 Les études théoriques sur le microphone
ont étéassez nombreuses dans le cours de lannée
1881, etles articles publiés par MM. Boudet de Pâris, et
Dejongh, dans ce journal, en font foi. Ainsi, l'on a vu quelles étaient
les meilleures conditions de construction des microphones à contacts
multiples, et la manière la plus avantageuse de les disposer
par rapport à la pile et par rapport au circuit. On a vuquelle
était la meilleure disposition des élémentsdune
pile pour satisfaire à des conditions données de circuit,
dans quelles conditions lintercalation dun microphone sur
une dérivation du circuit établie près de la pile
présentait des avantages, et quels étaient les moyens
damplification des variations derésistance du transmetteur
microphonique sous linfluence des ondes sonores de la voix .
Aujourd'hui toutes les questions qui se rattachent à la téléphonie
et à la microphonie sont beaucoup mieux connues et beaucoup mieux
étudiées, ce qui n'empêche pas certaines personnes
qui se croient au courant de cette science, de publier à leur
égard des absurdités avec une assurance qui ne peut être
que le résultat dune complète ignorance.
La partie de la science électrique qui a fourni au point de vue
théorique les résultats les plus importants et les plus
curieux en 1881, est celle qui se rattache aux effets développés
dans les corpsmagnétiques sous linfluence dactions
mécaniques.
Ces phénomènes avaient bien été déjà
étudiés il y aquelques années par M.Wiedmann, et
nous publierons même prochainement ses travaux sur ce sujet, mais
ils ont fourni à M. Hughes le sujet de plusieurs mémoires
importants quil a communiqués à la Société
royale de Londres et que nous avons rap portés dans le tome III
de ce journal p. 265, 278,296, 289, 334, 401, 425. Il est résulté
de ces savants travaux plusieurs déductions remarquables: dabord
que le magnétisme peut donner lieu à des effets dinduction
très différents suivant qu'il réagit à la
suite dun changement survenu dans son énergie, ou suivant
quil réagit moléculairement.
Dans le premier cas il produit les courants induits que nous connaissons,
dans le second il développedes courants, non pas dans un fil
ou une hélice qui entoure le corps magnétique, mais dans
la propre substance de celui-ci. Quelquefois les deux effets se produisent
simultanément quand le corps est soumis à des actions
mécaniques extérieures. Suivant M. Hughes, les actions
moléculaires du magnétisme se produisent à la suite
dun étirement ou dune action de torsion exercés
sur le corps magnétique, autant du moins que lélasticité
peut réagir concurremment; mais ce qui est curieux, cest
que ces courants persistent tant que laction mécanique
exercée sur eux subsiste, et sont indépendants de la forme
et de la masse du corps magnétique. Naturellement des actions
mécaniques inverses produisent des courants de sens différent,
et on peut même arriver, par ce moyen, à annuler les effets
produits par l'induction ordinaire.
M. Hughes a démontré en second lieu que la magnétisation
extérieure dun fil magnétique nexerce aucune
influence sur linduction moléculaire quil
peut provoquer, mais en revanche que la chaleur agit énergiquement
en augmentant son intensité dans le fer mais en la diminuant
dans lacier.
En faisant la contre-partie des expériences qui lavaient
conduit aux déductions précédentes, M. Hughes a
reconnu que le passage dun courant à travers un fil magnétique
dépourvu de toute torsion, pouvait déterminer sur ses
molécules un arrangement particulier équivalent à
celui qui aurait
été exercé par une action mécanique de cette
nature, et que cet effet, qui est persistant, ne peut être détruit
que par une torsion en sens inverse de
celle déterminée par le courant. Ce moyen a pu être
par conséquent employé à mesurer le degré
de la torsion donnée aux molécules magnétiques
sous linfluence des courants traversant un fil magnétique,
et a conduit M. Hughes à reconnaître :
1° qu'un fil qui a été traversé par un courant
ou qui a subi un eflet de torsion, se trouve dans le cas dun solénoïde
dont les spires sont invisibles
mais qui n'en agit pas moins dune manière analogue;
2° que les effets du courant et de la torsion peuvent sadditionner,
mais qualors le fil ne peut
plus revenir à létat neutre par la détorsion,
parce qualors il reste la torsion déterminée par
le passage du courant;
3° que les effets produits sont pour ainsi dire nuls avec lacier
trempé;
4° que ce genre de réaction est indépendant du magnétisme
terrestre;
5° que pour obtenir ces effets de torsionmoléculaire sous
linfluence électrique, il faut que la matière elle-même
serve de véhicule au courant, mais qu'une action électrique
ou magnétique transversale par influence peut les détruire
une fois produits;
6° que la chaleur ou des mouvements vibratoires rapides peuvent
également détruire ceseffets, bien qu'ils contribuent
à les renforcer pen dant laction du courant;
7° que les effets précédents peuvent être obtenus
sur des fils de fer de différents diamètres, mais quils
sont plus développés sur des fils de 1/2 à 1 millimètre
que sur les fils plus gros, en raison sans doute de la moindre résistance
de ceux-ci. M. Hughes croit du reste que tous les fils télégraphiques
sont tous plus.ou moins affectés de torsions moléculaires.
Dans ses derniers Mémoires, M. Hughes s'est occupé des
effets que devaient produire, sur des fils de fer, des courants interrompus
les traversant
directement ou les influençant par lintermédiaire
de bobines magnétisantes, et il est arrivé aux conclusions
suivantes :
1° Un courant électrique polarise son conducteur, et le magnétisme
moléculaire de celui-ci peut se convertir en un courant électrique
par une simple
torsion de ce conducteur ;
2° C'est seulement par le mouvement de rotation de sa polarité
moléculaire, quun courant électrique est engendré
par suite de la torsion;
3° Le passage d'un courant à travers un fil de fer ou dacier
seffectue suivant une hélice ;
4° La direction de cette hélice dépend du sensdu courant
et de la polarité magnétique du fil;
5° Un aimant naturel peut être disposé avec des polarités
moléculaires contournées en spirale, etpar conséquent
les courants électriques de sens
contraire déterminent tous les deux une spirale semblable en
les traversant;
6° On peut faire tourner les molécules polarisées
par la torsion par un fort étirement transversal ou longitudinal;
7° La rotation ou le mouvement de molécules donne des sons
clairs et perceptibles;
8° Ces sons peuvent être augmentés ou diminués
jusqu'à devenir nuls par les moyens seuls qui ont produit la
rotation moléculaire;
9° Les mêmes effets ayant été obtenus par trois
méthodes différentes, on ne peut pas dire quils
soient dus à un simple changement ou affaiblissement des polarités,
comme quand une rotation ayant été incomplète une
simple vibration mécanique suffit pour rétablir leffet
maximum;
10° La chaleur, le magnétisme, les courants électriques
continus, létirement mécanique, les vibrations exercent
tous une action marquée sur ce
genre deffets.
Ces différents travaux expliquent parfaitement comment M. Ader
est parvenu à reproduire la parole en faisant réagir,
sans lintervention daucune
pile, un diaphragme téléphonique sur une série
de petits morceaux de fils de fer placés à l'intérieur
dune hélice magnétisante. Les chocs déterminés
entre ces petits morceaux de fer donnaient nais sance aux courants moléculaires
magnétiques que nous venons détudier, lesquels en
réagissant par
induction sur l'hélice, engendraient les sons dans le téléphone
en coiTespondance, à la manière des téléphones
Bell ordinaires.
Le développement considérable quont pris dans ces
derniers temps les machines dynamo-électriques, a fait étudier
les meilleures conditions de leur
construction par plusieurs savants,...
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