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Cornelius
Herz
Comme
M. Graham Bell, comme M. Edison, le docteur Cornélius Herz est
citoyen américain, mais il n'est pas natif d'Amérique;
il est né à Besançon le 3 septembre 1845 et mort
à Bournemouth (Angleterre) le 6 juillet 1898 était un
médecin et un homme d'affaires franco-américain impliqué
dans le scandale de Panama, mais pour la téléphonie il
est le concepteur du microphone à condensateur en 1880.
C'est un personnage atypique médecin, électricien, homme
d'affaires ...
Né à Besançon de parents
juifs-allemands émigrés en France, il suit sa scolarité
à Besançon avant d'entreprendre des études de médecine
à Leipzig en Allemagne, puis il s'installe à Paris où
il survit difficilement.
Engagé dans l'armée de la Loire pendant la guerre franco-prussienne
de 1870, il devient aide-major. Le 31 août 1879, il sera nommé
chevalier de la légion d'honneur, officiellement pour cette campagne.
Après la guerre, il décide de partir tenter sa chance
aux États-Unis, où il aurait obtenu la nationalité
américaine.
D'autres sources indiquent qu'il aurait suivi ses parents à New
York, aux États-Unis en 1848 et qu'il aurait fréquenté
les écoles publiques américaines avant d'obtenir son diplôme
de fin d'études au City College of New York.
Après ses études de médecine, il serait parti pour
Chicago avant de trouver un poste de médecin en 1872 au Mount
Sinai Hospital à New York.
En 1873, il épouse à Boston la fille d'un de ses patients,
Bianca Saroni, qu'il emmène avec lui l'année suivante
à San Francisco, où il se spécialise dans les maladies
nerveuses. Il fit partie du Conseil de santé, et devint bientôt
le membre le plus influent de tout le corps médical.
Mais la pratique médicale ne satisfaisait qu'imparfaitement
une nature si ardemment tourmentée par les grands problèmes
de la science industrielle moderne. Il emploie ses moments libres
à investir dans l'immobilier et à étudier
les propriétés de l'électricité
et le galvanisme.
Pendant son séjour à San Francisco, le docteur Herz
avait fondé l'une des usines le plus importantes des Etats-Unis,
et il se trouvait intéressé dans
toutes les grandes entreprises électriques du Nouveau Monde.
Aussi, après les Expositions de Vienne et de Philadelphie, qui
avaient commencé la réputation de la machine Gramme, se
décida-t-il à venir en Europe, pour se rendre acquéreur
du brevet de cette machine, et pour étudier de près les
progrès accomplis chez nous dans la science électrique.
La presse ne lui fait pas que des honneurs.
 
En 1877 Il retourne à Paris
, où nait son premier enfant, Ralph,
C'est un an avant l'Exposition de 1878 que le docteur Herz arriva
à Paris, et put acquérir la propriété
du brevet de la machine Gramme pour les
États-Unis.
Il se lança alors dans le courant des entreprises électriques
européennes, qui commençaient à devenir très
sérieuses, et sut transformer et rendre pratiques plusieurs
inventions qui, sans lui, n'auraient jamais pu voir le jour.
Il fonde la Compagnie de transport de la force électrique en
adaptant les travaux de Marcel Deprez.
Il y a un beau récit d'un journaliste
Maurice Dreyfous à Paris, en 1913 " Ce
qu'il me reste à dire : un demi siècle de choses vues
et entendues (1848-1900)" , qui raconte sous un autre angle,
le début du téléphone en France, la place de
Herz dans cette vision.
...
J'étais installé rue de la Bourse depuis fort peu de
temps, lorsque je reçus la visite d'un jeune journaliste prodigieusement
débrouillard, qui était accompagné d'un Américain
à grosses lunettes d'or, parlant fort mal le français,
lequel avait nom Roosevelt.
Tous deux m'invitèrent à venir voir, dans une boutique
située juste en face de chez moi, un instrument bizarre, que
Roosevelt désignait sous le nom de plume électrique.
(Il prononçait « le ploume électric ».)
C'était la plus stupide de toutes les inventions. Elle consistait
en une sorte de petite batterie électrique actionnant une aiguille,
prise dans un tube.
On écrivait en tenant le tube comme un porte-plume. L'aiguille
toujours en mouvement piquait d'une série de petits trous un
papier sur lequel, on étendait, au moyen d'un. rouleau de l'encre
d'imprimerie. Grâce à ce dispositif, on pouvait faire
un nombre indéfini de copies.
C'est cet objet inepte que le groupe d'Américains installé
rue de la Bourse considérait comme des plus extraordinaires
et destiné à les enrichir.
Ce groupe d'Américains comportait trois personnages principaux
: Roosevelt déjà nommé, Graham
Bell, que les autres avaient l'air de considérer
comme un personnage de médiocre importance, et enfin, un homme
actif, insinuant, toujours en vedette, aimable, empressé, qui
n'était ni grand ni petit, plutôt gras que maigre.
Alors que les autres jargonnaient à peine le français,
il le parlait à-peu près bien, mais avec un accent difficile
à définir, ni anglais, ni allemand, ni français
non plus. Il parlait pour eux tous, il était le metteur en
uvre de toute l'aventure.. Il n'avait pas le sol, et il eût
été très difficile de lui assigner une profession
définie. Il se targuait vaguement du titre de docteur en médecine,
mais il ne se parait jamais de ce titre dans ses relations qui, alors,
n'étaient pas très étendues. Il se contentait
de s'appeler, avec une aimable simplicité, Cornélius
Herz.
A côté de la plume électrique, il y avait trois
inventions :
1 - Une lampe électrique au charbon dont l'un des charbons
était en forme de tige comme celui des appareils de démonstration,
en usage dans les laboratoires d'étude, tandis que l'autre, là
résidait la nouveauté était en forme de pion de damier.
Un mouvement d'horlogerie l'animait d'un va-et-vient et la largeur de
la surface productrice d'étincelles multipliait les ressources
d'incandescence. Nos inventeurs comptaient beaucoup sur cette lampe je
crois que leurs espoirs ont été déçus. Tout
au moins a-t-elle eu l'avantage de servir de guide aux ingénieurs
qui ont créé les lampes électriques au charbon encore
en usage aujourd'hui.
2 - Il y avait bien aussi, dans la boutique où nos inventeurs
exhibaient la plume électrique, un drôle de joujou,
une drôle de mécanique.
Au moyen d'un cornet, d'une sorte de porte-voix retourné, on
envoyait des paroles sur un petit appareil posé sur un cylindre
bardé comme un perdreau d'une pâte sur laquelle on collait
une feuille d'étain très mince.
Tout en parlant dans le cylindre, on tournait une petite manivelle
qui faisait reculer le cylindre à mesure qu'on parlait. Puis,
cette première manuvre étant terminée,
on actionnait la manivelle dans le sens opposé, et la mécanique
répétait, avec une voix de polichinelle essoufflé,
ce qu'on venait de dire dans le cornet récepteur.
Ces messieurs comptaient sur cette amusante machine pour l'exploiter
sur les champs de foire.
Ils l'avaient, dès le premier jour, appelée phonographe.
3 - Enfin, dans la même boutique, se trouvait un petit appareil
dont ses importateurs voyaient vaguement l'application pratique.
Il se composait d'une paire de tubes de bois surmontés d'une
rondelle qui leur donnait l'aspect d'une patère de rideaux.
Tout un mécanisme spécial s'y trouvait enfermé,
les deux appareils étaient reliés entre eux par un
fil métallique, recouvert de soie.
On mettait l'un d'eux devant sa bouche, et l'autre à l'oreille
du voisin, le voisin, alors, entendait ce qui avait été
dit dans l'autre tube.
C'était encore un joujou. Toutefois ce joujou, présenté
à l'Académie des Sciences par l'illustre Bréguet,
avait déjà été pris au sérieux
dans le monde savant. Lorsque l'Académie des Sciences fut appelée
à le voir, il n'en existait que deux exemplaires.
C'était le téléphone de Graham Bell.
Elle le reçut avec une curiosité froide et défiante.
Au sortir de la séance, Graham Bell n'eut rien de mieux à
faire que de le replacer dans la boutique de la rue de la Bourse, où
il fonctionna pour la joie des voisins.
A quelques jours de là, Graham Bell et Cornelius Roosevelt,
flanqués de l'inévitable Cornelius
Herz, tout joyeux, me racontaient le succès d'une première
expérience qu'ils venaient d'exécuter entre une maison
de la rue Vivienne, et une maison de la place de la Bourse située
à une centaine de mètres de celle-ci.
C'est là que fut donné le premier coup de téléphone
qui ait retenti en France, et peut-être même en Europe.
Cornélius Herz se démena, intrigua jusqu'à ce
qu'il eût abordé le ministre compétent, et obtenu
de lui l'autorisation de se servir des lignes télégraphiques
pour faire un essai de conversation entre Versailles et Paris.
L'expérience réussit, on causa entre le palais de Versailles,
et le cabinet du Ministre.
Le lendemain, l'invention. du téléphone était
lancée.
Il ne restait plus qu'à la vulgariser pour arriver à
l'exploiter. C'était là une grosse affaire.
Cornelius Herz s'y employa, avec intelligence et ténacité.
Il ne se faisait point faute de chercher, partout où il le
pouvait, les gens qui consentiraient à s'abonner au téléphone,
même en payant très bon marché. Il n'en trouvait
guère.
Aussi, l'idée d'une Exposition internationale
d'électricité à Paris, ne pouvait-elle trouver
de plus chaud partisan que le docteur Cornélius Herz.
Dès qu'il en eut bien considéré tous les immenses
avantage, au point de vue du progrès de la science nouvelle,
il se dévoua à la réalisation de
cette idée.
Le docteur Herz obtint la première concession pour l'exploitation
des téléphones, et bientôt après, il
se mit à étudier avec passion cette partie si
intéressante des applications de l'électricité.
1878,
l'exposition électrique de PARIS.
Le journal La Lumière électrique entama une campagne
en faveur de l'Exposition projetée, et contribua puissamment
à amener son succès.
Au début, l'initiative privée devait se charger de tous
les détails d'exécution et fournir les fonds nécessaires.
Dans ce but, le docteur Cornélius Herz avait provoqué
la formation d'un comité, composé notamment de MM. Hébrard,
sénateur, directeur du journal le Temps; Jules Bapst, directeur
du Journal des Débats; baron Jacques de Reinach, Georges Berger,
qui devint ensuite le commissaire général, et le docteur
Cornélius Herz.
Ce comité élabora le plan d'ensemble du projet d'Exposition
internationale d'électricité, et il était
tout disposé à se cbarger lui-même de son exécution.
Ce projet, présenté au Gouvernement, ayant été
très chaudement accueilli, par M. Varroy, alors ministre des
Travaux publics, puis par son successeur, M. Sadi Carnot, fut adopté
par le conseil des ministres.
Le Gouvernement, jaloux de s'approprier cette création, demanda
à se substituer à l'initiative privée, et à
faire de l'Exposition d'électricité une entreprise de
l'État. Le ministre des Postes et Télégraphes,
M. Cochery, fut chargé d'en
diriger l'exécution.
L'ouverture officielle de cette Exposition, d'un genre absolument
nouveau, se fît le 10 août 1881, en présence
du Président de la République,
avec une solennité qui convenait à une manifestation
aussi importante, au point de vue des progrès de la science
électrique.
On ne se doutait guère que dans ce vaste Palais de l'Industrie,
construit il y avait trente ans à peine, pour renfermer des
Expositions universelles et générales, s'ouvrirait un
jour une Exposition, non pas même d'une science, mais d'une
branche restreinte d'une seule science.
Ce fut là un phénomène bien remarquable, et qui
montre d'une façon bien frappante le développement qu'a
pris de
nos jours l'application des sciences à l'industrie.
L'Exposition de 1881 réussit, comme on le sait,
au delà de toutes les espérances.
Aussi, dans l'année qui suivit, le Gouvernement français
voulut-il témoigner sa reconnaissance à l'initiateur d'une
manifestation si heureuse pour notre pays, en nommant M. le docteur Herz
officier de la Légion d'honneur.
Les Travaux du docteur Cornélius Herz en
téléphonie :
1880 1881 Invention
d'un Système téléphonique à condensateur
.
Texte et images issues du livre "Les
nouvelles conquêtes de la science l'Electricité"
1885 par Louis Figuier
Tous les téléphones connus avaient le grave inconvénient
d'être troublés par le voisinage d'une ligne télégraphique
ou d'une autre ligne téléphonique, c'est-à-dire qu'ils
étaient influencés par le phénomène de l'induction;
et en outre, ils ne pouvaient pas transmettre la parole à de grandes
distances.
Le docteur Herz s'appliqua, avec une ardeur sans égale, à
résoudre ces deux problèmes.
C'est au Dr Cornélius Herz que l'on doit le premier et le plus
remarquable appareil ayant permis d'étendre considérablement
la portée du téléphone.
C'est en 1880 et 1881 que le Dr Cornélius Herz effectua ses
importants travaux, et nous ne pouvons mieux terminer la partie historique
de cette notice qu'en rapportant les résultats remarquables obtenus
par ce physicien pour la transmission lointaine de la parole.
Il obtint des gouvernements de l'Europe la libre disposition des réseaux
télégraphiques; ce qui lui permit d'arriver aux remarquables
résultats que nous avons rapportés en traitant de la transmission
des ondulations télégraphiques à grande distance
au moyen des appareils de ces physiciens.
Le Dr Cornélius Herz avait été un des premiers à
introduire en France le téléphone de M. Graham Bell, et
le premier aussi à importer d'Amérique en Europe le transmetteur
de M. Edison. Il avait été frappé
de ce fait que le téléphone, bien que déjà
amené à un certain degré de perfectionnement, possédait
encore quelques points faibles, qui l'empêchaient de prendre tout
son développement, et il se posa le difficile problème de
faire disparaître ces défauts.
Un des points auxquels le Dr Cornélius Herz s'attacha, de préférence,
fut celui-ci : permettre la transmission de la parole à grande
distance sur les lignes télégraphiques ordinaires, sans
que l'on eût à craindre les effets nuisibles de l'induction
par les fils voisins.
Il se proposa, pour cela, d'employer des moyens analogues à ceux
dont on se sert dans le même but, en télégraphie.
Mais il fallait supprimer la bobine d'induction, qui avait été
employée jusque-là pour augmenter la portée du transmetteur
du téléphone, et le D' Cornélius Herz fut ainsi amené
à perfectionner le transmetteur, à augmenter les variations
produites dans le courant par la voix, à inventer, en un mot, un
transmetteur à longue portée pouvant se passer de bobine
d'induction.
L'appareil que le Dr Hcrz imagina dans ce but, comportait plusieurs principes
entièrement nouveaux.
En premier lieu, les charbons servant pour les contacts étaient
remplacés par des substances métalliques, ou semi-métalliques,
telles que des sulfures, de la pyrite, etc. On n'avait pas cru jusque-là
pouvoir supprimer le charbon.
L'expérience montra au D r Herz qu'il y avait avantage à
remplacer le charbon par les substances que nous venons de citer, en se
servant de l'une ou de l'autre, suivant le cas.
En second lieu, la plaque vibrante n'agissait plus sur un seul et unique
contact, comme dans les transmetteurs ordinaires. Elle mettait en action
12 contacts rangés autour de son centre, et fixés à
l'extrémité de douze leviers, que portaient 2 colonnes.
La pression de chaque contact pouvait être réglée
avec soin par des moyens fort simples, et l'effet produit était
amplifié par le nombre.
Enfin, point capital, le transmetteur n'était plus intercalé
dans le circuit, mais placé en dérivation sur la pile. Quant
à la pile, elle était formée de douze éléments
,et était reliée au transmetteur de telle sorte que chacun
des contacts de celui-ci fût en dérivation sur un des éléments.
C'est ce que l'on voit dans la figure ci-dessus qui donne le schéma
de l'installation générale.
Les variations du courant se trouvaient ainsi amplifiées,
pour deux raisons : d'abord par le fait du montage du transmetteur en
dérivation, ensuite par la réunion des effets produits individuellement
par chaque contact ; et l'on peut s'expliquer ainsi les merveilleux résultats
dont nous parlerons plus loin.
Quant aux détails de cet appareil transmetteur, on peut s'en faire
une idée par la figure suivante, qui le représente en coupe.

On voit que la plaque vibrante, M, qui est une membrane circulaire en
tôle de fer d'assez grande dimension, est fixée sur un anneau
de bois, BB',
lequel est, supporté par trois colonnes, C C C".
Sur le côté inférieur de cette plaque vibrante à
petite dislance de son centre, sont collées six petites rondélles
de pyrite ou de pyrolusite, Sur chacune de ces plaques appuient deux pointes
de charbon ou de pyrite, portées à l'extrémité
de leviers, que soutiennent 12 colonnes en cuivre.
Un fil f,f'/", partant du bout extérieur de chaque levier,
s'enroule au pied de la colonne, surun petit treuil.
Ce dernier permet donc de régler très facilement la pression
de la pointe de charbon sur la plaque de pyrolusite.
Des bornes pour les communications avec les différents
éléments de la pile, la ligne et la terre, complètent
l'appareil.
Le transmetteur étant ainsi perfectionné, la suppression
de l'induction par les fils voisins devenait une tâche plus facile.
Le D r Cornélius Herz y parvint en interposant dans la ligne un
condensateur et un diffuseur, sorte de paratonnerre à pointes,
destiné à agir d'une façon analogue au condensateur.
Le condensateur dont le D r Cornélius Herz fait usage dans son
appareil, n'a rien de particulier; c'est le même organe qui est
employé dans le télé-
graphe électrique. Il est formé, comme tous les appareils
de ce genre employés en télégraphie, de feuilles
de papier d'étain alternées et séparées par
du papier paraffiné.
Le diffuseur est représenté par la figure : .
Il se compose de deux plaque métalliques, longitudinales, dans
lesquelles sont implantées des pointes de cuivre blanchi à
l'étain.
Des entretoises maintiennent les pointes à une très petite
distance les unes des autres.
L'interposition de ces appareils dans la ligne n'empêcha pas la
transmission de se faire; elle produisit seulement un certain affaiblissement,
mais elle écarta les effets produits par les courants anormaux
et accidentels. Elle supprima l'induction, le grand obstacle à
la netteté de la transmission téléphonique.
Mais le Dr Herz ne se contenta pas de ces progrès.
Il avait supprimé le courant d'induction et perfectionné
le transmetteur; il voulut créer un nouveau récepteur.
On savait, à cette époque, que certains sons musicaux peuvent
être reproduits par un condensateur, comme ceux que l'on place dans
les bobines d'induction. M. Pollard avait fait connaître une sorte
de jouet fondé sur ce principe, et qui avait reçu le nom
de condensateur chantant.
Le Dr Cornelius Herz ne tarda pas à reconnaître qu'en disposant
convenablement l'expérience, on. pourrait faire parler le condensateur
chantant, et s'en servir comme récepteur téléphonique.
Il atteignit pleinement ce résultat, grâce à la disposition
présentée ci dessous et dès le mois de juin 1880,
il put faire entendre son condensateur
parlant.

Le Dr Herz avait ainsi créé un récepteur tout différent
du récepteur électro-magnétique de Bell, et inventé,
pour la transmission de la parole à grande distance, un système
complètement nouveau.
Par le fait, il n'avait eu rien à changer à ses précédents
dispositifs ; le transmetteur était toujours en dérivation,
eL le résultat était dû à ce qu'avec cet arrangement
le condensateur se trouvait toujours chargé au potentiel de la
pile.
Quand, un peu plus tard, un autre physicien, M. Dunand,fit
de nouveau parler un condensateur en le chargeant avec une pile spéciale,
il ne s'aperçut pas qu'il ne faisait que reproduire, en la compliquant,
la disposition imaginée par le D r Cornélius Herz.
M. Dunand disposait, en effet, son expérience de la manière
suivante.
Il intercalait dans le circuit de la pile et du microphone, le fil préliminaire
d'une bohine, et le fil induit de celte même bobine était
relié aux extrémités du condensateur; mais dans ce
dernier circuit il plaçait une pile de quelques éléments.
Le rôle de cette dernière pile était de charger à
un potentiel constant les lames du condensateur, condition indispensable
à la reproduction de la parole, et qui se trouve tout naturellement
remplacée, sans l'intervention d'une pile accessoire, dans le système
du D r Cornélius Herz.
Quant à la forme particulière que l'inventeur donne au condensateur
récepteur, elle est représentée par la figure suivante
:
Le condensateur se compose d'un assemblage de feuilles de papier circulaires,
entre lesquelles sont interposées des feuilles d'étain
de môme forme, munies de prolongements, qui dépassent, d'un
côté pour les feuilles de rang pair, de l'autre pour les
feuilles de rang impair.
L'espèce de galette ainsi formée est placée dans
une sorte de boîte plate, en bois, portant, en haut une ouverture
circulaire 0, et en bas une poignée P, P'. Deux bornes B B', communiquant
chacune avec une des séries de lames d'étain, servent à
recevoir les fils de communication avec
la pile.
Dans un autre modèle, qui est figuré en petit dans
les postes que nous "représenterons plus loin, le condensateur
circulaire est fixé dans une boîte en bois très plate,
qui reproduit absolument la forme d'un miroir à main.
Enfin, dans quelques cas, le condensateur a pu être placé
dans l'enveloppe d'un téléphone Bell ordinaire; de sorte
qu'on semblerait écouter dans un récepteur magnétique
et non dans un condensateur.
Ajoutons que, dans plusieurs cas, le papier a été supprimé,
et le condensateur formé de lames de métal mince, séparées
seulement par de l'air.
M. le D r Herz voulut faire l'expérience des appareils que nous
venons de décrire, dans des conditions réellement pratiques.
Un certain nombre de lignes télégraphiques de l'État
furent mises à sa disposition, et il put même opérer
sur un câble sous-marin, entre Brest et Penzanec (Angleterre).
Avec ce câble, dans lequel les transmissions télégraphiques
présentent tant de difficultés, on obtint la transmission
assez nette de la parole, Avec les lignes télégraphiques
aériennes la réussite fut plus complète.
Les expériences furent faites, avec succès, d'Orléans
à Blois, puis d'Orléans à Tours. On transmit ensuite
d'Orléans jusqu'à Poitiers, Angoulème, et enfin Bordeaux,
où la distance atteignit 457 kilomètres. La transmission
était parfaitement nette, et les conversations se faisaient avec
la plus grande facilité.
On voulut obtenir davantage; on porta la distance à 1140 Km.
A cet effet, on opéra entre Brest et Tours, en passant par Paris.
A cette distance énorme, on put envoyer et recevoir distinctement
des mots et des phrases.
Signalons encore un autre perfectionnement apporté au transmetteur
microphonique par le Dr Cornélius Herz.
Nous voulons parler du transmetteur-inverseur.
Dans cet ingénieux système, la plaque vibrante agit sur
une bascule portant quatre contacts microphoniques, intercalés
d'une façon spéciale dans le circuit d'une pile et du fil
primaire d'une bobine d'induction.
Les mouvements imprimés à ces contacts les font agir comme
une sorte de commutateur, et les courants, tantôt directs, tantôt
inverses, produits dans le fil de la bobine se trouvant redressés
par l'inverseur, se renforcent et augmentent considérablement les
effets téléphoniques.
Ces figures représentent les formes pratiques que le Dr Cornelius
Herz a données à ce dernier genre de téléphone,
et les montre ayant pour récepteur, tantôt le téléphone
ordinaire, tantôt le condensateur.
L'appareil représenté est surtout destiné aux lignes
les plus influencées par les phénomènes d'induction,
qui souvent rendent les communications impossibles avec les téléphones
ordinaires.
Il est facile de voir, d'après ce dessin, que l'instrument constitue
un poste complet, renfermant, sous une forme compacte et gracieuse, tous
les organes nécessaires pour l'appel et les communications.
Le diaphragme est horizontal, mais un entonnoir placé en avant
de la boîte recueille les sons et les envoie sur la plaque vibrante;
de sorte qu'il suffit de parler à environ 50 centimètres
de l'appareil, pour que la voix se transmette avec toute son intensité.
Quatre paires de contacts microphoniques sont placées sur un plateau
oscillant, situé sous le diaphragme, et relié, d'ailleurs,
avec lui par une tige rigide lui communiquant toules les vibrations.
Ces contacts, d'une composition spéciale, communiquent entre eux,
avec la pile et avec la ligne, comme il a été dit plus haut.
Dans cet appareil, on ne fait pas usage de bobine d'induction ; aussi
faut il que le nombre des éléments de la pile de ligne soit
proportionné à la distance des deux postes.
Par exemple, entre Paris et Orléans il fallut trente
éléments de la pile de Daniell à chaque poste,
pour obtenir le maximum d'intensité.
De plus, les condensateurs demandant une charge préalable pour
pouvoir reproduire la parole, il faut encore employer une autre pile,
qui est interposée dans la ligne.
Il semblerait donc, à première vue, que le nombre des éléments
de la pile peut être un obstacle à l'emploi de cet appareil;
mais il ne faut pas oublier, d'une part, que la pile destinée a
charger les condensateurs fonctionnant toujours à circuit, pour
ainsi dire ouvert, dépense très peu, et d'autre part, que
l'instrument est destiné à fonctionner sur des lignes où
l'emploi de tout autre récepteur serait impossible.

Cette figure représente un appareil dans lequel l'inversion du
courant a été réalisée d'une tout autre façon
que dans le précédent et dans lequel on utilise la bobine
d'induction pour diminuer le nombre des éléments nécessaires
sur une longue ligne.
Primitivement cet instrument avait été formé par
une plaque vibrante, de chaque côlé de laquelle appuyait
légèrement un contact; et les vibrations produisaient des
augmentations ou des diminutions de pression alternativement sur chacun
de ces contacts; mais à cette forme peu commode M. Herz a préféré
celle que représente la figure ci dessus, qui donne les mêmes
résultats. La plaque vibrante est en matière conductrice.
Au-dessous, et la touchant légèrement, est un cylindre,
qui appuie, par sa base, sur un disque; tous les deux étant faits
de la même matière que la plaque.
Le disque repose, à son tour, sur une lame de ressort, qui permet,
à l'aide d'une vis, d'établir un contact convenable entre
les trois pièces.
La plaque et le disque communiquent chacun avec l'un des pôles d'une
pile de quatre éléments qui, par son milieu, est mise en
relation avec la terre. Enfin le cylindre est relié avec l'une
des extrémités du fil primaire d'une bobine d'induction,
dont l'autre bout est à la terre.
Le fil secondaire de la bobine aboutit d'un côté à
la ligne et de l'autre encore à la terre.
Lorsque l'on parle devant la plaque, ses vibrations déterminent
alternativement des augmentations et des diminutions de pression sur le
cylindre.
Pendant la première période, la conductibilité augmentant
subitement sur la plaque, tandis que l'inertie du cylindre l'empêche
de croître sur le disque,
le courant se rend à la terre, par la plaque, le cylindre et la
bobine.
Au contraire, dans la seconde période, la conductibilité
diminue sur la plaque, mais augmente près du disque; et le courant
va à la terre par le disque, le cylindre et la bobine.
On voit donc que pendant ces deux phases ce sont des courants de sens
contraires qui sont envoyés dans le circuit primaire de la bobine,
et que dans le circuit secondaire il se produit quatre courants, deux
à deux, de sens contraire, qui sont envoyés dans la ligne.
Dans cette disposition les téléphones sont placés
en dérivation entre la ligne et la terre.
Cet instrument a toujours donné de très bons résultats
sur les longues lignes, dont les charges statiques sont souvent considérables.
Un autre principe a encore été utilisé par M.
Herz pour augmenter la puissance de ses téléphones:
c'est celui des dérivations à la terre.
La figure suivante représente un des appareils qui reposent sur
ce principe des dérivations.
Sous la plaque vibrante sont quatre paires de contacts, disposés
comme dans les figures précédentes, mais avec des communications
électriques autrement faites: les quatre contacts inférieurs
sont reliés ensemble et les quatre supérieurs aussi, de
sorte que toutes les paires agissent ensemble sans produire d'inversion.
Cet appareil est placé horizontalement et l'on parie directement
sur le diaphragme, mais on lui a donné aussi la forme verticale,
comme le montre la figure suivante :
Cette disposition n'est cependant qu'extérieure et ne change pas
l'arrangement intérieur de la plaque horizontale et des contacts.
Tous ces dispositifs complètent heureusement les belles découvertes
que nous avons relatées plus haut, et qui assurent à leur
auteur une place importante dans l'histoire de la téléphonie.
électricicn
Le système de M. Van Rysselberghe
Ces intéressants travaux téléphoniques, repris et
développés par un électricicn belge, M. Van Rysselberghe,
directeur du service météorologique de Bruxelles, ont donné
des résultats dans le monde scientifique en 1885, mais l'idée
et les études préliminaires sont entièrement dues
au docteur Herz.
Les essais de M. Van Rysselberghe furent faits entre Paris et Bruxelles,
le 17 mai 1882, à une distance de 544 kilomètres.
M. Van Rysselberghe, outre qu'il supprime l'induction dans les fils
voisins, comme l'avait fait son prédécesseur, est arrivé
à ce résultat remarquable, de pouvoir faire fonctionner
en même temps, et sur un même fil, un appareil téléphonique
et un appareil télégraphique.
Pendant l'expérience qui fut exécutée le 17 mai
1882, on transmit une dépêche au directeur des télégraphes
à Paris par le télégraphe Morse, et pendant ce
temps, grâce au même fil, le télégraphe
expédiait un message vocal, qui était entendu à
Paris, pendant que fonctionnait le récepteur de l'appareil
Morse.
Le système de M. Van Rysselberghe neutralise les courants d'induction
par divers procédés : par exemple, en plaçant
sur le parcours du courant de la ligne télégraphique
un condensateur, qui dérive le courant, de telle sorte que
la ligne ne se charge que lentement.
L'action inductrice exercée sur la ligne téléphonique
est alors insensible.
Au mois d'août 1885, M. Van Rysselberghe a réussi à
transmettre la parole entre Bruxelles et Ostende, puis, mais d'une
façon douteuse, entre
Bruxelles et Douvres.
A la suite de l'expérience de M. Van Rysselberghe, les ingénieurs
des télégraphes belges ont établi une ligne téléphonique
entre Bruxelles et Anvers
(distance 60 kilomètres) et celle ligne a été mise
à la disposition du public.
Le télégraphe électrique a été
supprimé.
Avec le télégraphe ordinaire, et grâce à
l'installation, au bureau central, de l'appareil de M. Van Rysselberghe,
les communications téléphoniques se produisent de Bruxelles
à Anvers avec la plus grande clarté.
Dans d'autres expériences, faites avec beaucoup d'attention, par
l'administration française, en 1882, entre Paris et Nancy, on a
fait franchir à la voie 555 kilomètres. Pendant une heure
les ingénieurs conversèrent entre eux d'une gare à
l'autre, au moyen du fil de la ligne télégraphique.
Le système Hopkins,
qui a servi aux correspondances téléphoniques de NewYork
à Cleveland et Chicago, réalise également la
téléphonie à grande distance.
C'est à Clevcland (Etat de l'Ohio) qu'ont été constatés
les résultats les plus surprenants.
D'abord, on put reproduire à Cleveland des passages de journaux
lus à New-York, et qui revenaient dans cette dernière
ville, un jour plus tard,
imprimés dans le Cleveland Herald : la distance est de 1046
kilomètres,
En outre, une conversation entre New-York et Chicago (1 000 kilom.
environ), tenue le 30 mars 1885, fut entendue distinctement à
Cleveland.
Il faut remarquer que les expériences avaient été
faites sur des lignes constituées par un fil d'acier de 5 millimètres,
recouvert de cuivre, et d'un diamètre total de 5 millimètres,
la couche de cuivre avait une épaisseur moyenne de 1,7 millimètre
et la longueur totale de la ligne était de 1048 milles, soit
1686 kilomètres.
Si l'on considère que dans ce fil, la section en cuivre représente
16,68 millimètres carrés, alors que la section en acier
est 7,06 millimètres carrés et que le cuivre est 6 fois
plus conducteur que l'acier, on arrive à celle conclusion que
le conducteur américain ne devait présenter qu'une résistance
de l 1075 ohms pour 197 kilomètres environ de fil télégraphique
de 4 millimètres.
Or dans les expériencs faites en France, avec le téléphone
de M. le Dr Cornélius Herz, on a pu transmettre la parole beaucoup
plus loin, puisqu'on a pu parler de Tours à Brest, en passant par
Paris, sur une longueur de circuit de 1140 kilomètres, avec le
fil de fer de 4 millimètres des télégraphes.
Le journal la Nature a fait remarquer, de son côté,
que le succès des expériences faites en 1885, entre Cleveland
et New-York, comme entre New-York et Chicago, doit être attribué
en grande partie aux conditions toutes particulières de la ligne
télégraphique de New-York à Cleveland, qui est d'une
très faible résistance électrique, et dont le fil
est placé, sur tout son parcours, à une très grande
distance de tous les autres fils télégraphiques. Cette ligne
présente, à ce point de vue, toutes les facilités
qu'on n'avait pas pu réunir jusqu'ici sur une ligne aussi longue.
Elle constitue une ligne, en quelque sorte, idéale, pour les
expériences téléphoniques.
« Ce qui ressort, dit la Nature, des expériences faites
pour transmettre à de très grandes distances les ondulations
téléphoniques, c'est que, grâce à une ligne
placée dans des conditions exceptionnellement favorables, on
a pu converser à près de 1000 kilomètres de distance,
d'une manière plus ou moins pai faite, avec des systèmes
téléphoniques assez variés.
« L'intérêt scientifique de cette expérience
est très grand, mais il ne faut pas perdre de vue que la plus
grande part du succès est due à la faible résistance
de la ligne, ainsi qu'à son excellent établissement.
De là à l'exploitation industrielle constante de la
téléphonie à grande distance, il y a un pas qui
ne nous parait pas encore franchi. »
N'en déplaise à la Nature, ce pas sera franchi.
Le succès passé garantit le succès à venir,
et l'on peut affirmer que le téléphone, qui rivalise
aujourd'hui avec la télégraphie, pour la rapidité
et la facilité des transmissions, égalera bientôt
son prédécesseur et son rival quant à la distance
que peuvent franchir ses ondulations.
C'est, une nouvelle révolution dans les relations télégraphiques.
Les commerçants, les industriels de nos principales villes de France
pourront bientôt communiquer entre eux, sans quitter leurs bureaux.
On enverra de Lille un ordre au Havre, de Lyon à Marseille, et
l'on recevra la réponse immédiatement. Paris, centre principal
des affaires d'exportation, sera mis en communication verbale avec tous
les ports français.
Ici finit l'histoire du téléphone et du microphone mêlés.
Nous allons maintenant étudier les applications diverses que ces
appareils ont reçues jusqu'à ce jour.
Ses travaux sont commentés pour la première fois dans
la revue qu'il a créée en 1879, "La Lumière
électrique".
Extrait de la revue "la lumière électrique"
de 1881 , pat Th Du Moncel (pages 97 ... )
 |
 |
1882 La trompette ingénieuse combinée
par M. Herz,
Fondée sur un tout autre principe que les trompettes de M.
Ader; nous en représentons le dispositif :

Le récepteur n'est autre qu'un téléphone Gower
R muni de son cornet acoustique T, et le transmetteur E, analogue
à celui du condensateur chantant, porté de part et d'autre
du diaphragme DD un double contact V ,B qui lui permet de charger
et de décharger un condensateur de grande surface C, de tcllc
manière que les charges, après s'être condensées
sous l'influence des vibrations positives, se trouvent neutralisées
à travers le téléphone sous l'influence des vibrations
négatives; ce qui détermine une action électrique
très énergique qui est proportionnelle aux charges et
par suite il l'intensité des courants transmis. Le condensateur
dont on se servait était du modèle employé sur
les lignes télégraphiques et avait environ 7 microfarads
de capacité électrostatique. La pile P se composait
de 5 éléments Leclanché.
En 1882
le Scientific
American du 22 Juillet 1882 lui conssacre 3 pages avec les très
belles illustrations

Dans l'article de Th Du Moncel, publié dans le "Scientific
American" Supplement n ° 274, page 4364, l'auteur, après
avoir décrit les systèmes téléphoniques de
M. Herz, reporta à une autre occasion la description d'un système
encore plus récent du même inventeur, car temps il n'a pas
été protégé par brevet.
Dans le numéro actuel de La Lumière
Electrique, le comte Moncel revient sur le sujet pour expliquer
les principes de ce nouvel appareil du Dr. Herz et dit : Je rappellerai
tout dabord le fait que le premier système de M.
Herz reposait sur lutilisation ingénieuse (alors
nouvelle) des dérivations.
L'émetteur du microphone était placé sur
une dérivation du courant allant sur la terre, absorbé
à la sortie de la pile, et les différents contacts
du microphone étaient eux-mêmes connectés
directement et individuellement aux différents éléments
de la pile.
Le récepteur téléphonique se trouvait à
lautre bout de la ligne.
Lorsque ce récepteur était un condensateur, ses
armatures étaient, du fait de cet arrangement, polarisées
de façon continue et préventive, le rendant ainsi
capable de reproduire une conversation.

Cet arrangement a évidemment présenté ses
avantages; mais il avait aussi ses inconvénients, lun
des plus importants étant la nécessité dutiliser
des piles assez fortes et, par conséquent, dexposer
la ligne à des effets de charge qui gênent de manière
si pénible les transmissions électriques lorsquelles
se produisent sur des lignes assez longues .
Il convient maintenant de rappeler que le principal objectif de
M. Herz était l'application du téléphone
aux longues lignes et qu'il s'y applique depuis ce temps. Il a
d'abord pensé à employer des courants inversés,
comme en télégraphie;
Mais comment obtenir un tel résultat avec des systèmes
basés sur l'utilisation d'émetteurs à vibrations
sonores ?
Il aurait peut-être pu résoudre le problème
des courants secondaires d'une bobine à induction, comme
l'avaient fait MM. Gray, Edison et d'autres; mais alors il n'aurait
plus bénéficié de ces amplifications fournies
par les variations des dérivations de pression dans les
microphones, ce qui l'a conduit à chercher à augmenter
les effets des courants induits eux-mêmes en prolongeant
leur durée, ou plutôt en les combinant de telle sorte
qu'ils se succèdent deux à deux dans le même
sens; et c'est ainsi qu'il a résolu le problème
au début.
Il convient également de rappeler que M. Herz avait, dès
ses premières expériences, reconnu lefficacité
des contacts microphoniques obtenus par la superposition de disques
de carbone ou dautres substances semi-conductrices.
Il les a utilisés dans des arrangements différents
et avec des groupes très divers, mais en général,
cest larrangement horizontal qui lui a donné
les meilleurs effets.
Supposons donc que quatre systèmes de contacts de cette
nature soient disposés aux quatre coins d'une plaque d'ébonite,
CC (Fig. 1 et 2) en A, A¹, B, B¹ et qu'ils soient connectés
les uns aux autres. dautres, comme le montrent les coupes
- cest-à-dire les disques supérieurs, e, f,
g, h, parallèles aux côtés de la plaque, et
les disques inférieurs, A, A¹, B, B¹, en diagonale.
Admettons de plus que la plaque pivote autour d'un axe, R; que
les disques sont traversés par de petites goupilles fixées
dans la plaque; et ces petits disques de plomb reposent sur les
disques supérieurs.
Enfin, imaginons que la plaque est reliée à une
extrémité, par une tige T, à un diaphragme
téléphonique. Or, on comprend aisément que
les vibrations produites par le diaphragme vont provoquer l'oscillation
du plateau C C, et qu'il en résultera de la part des disques
deux effets qui se succéderont.
La première sera, pour les vibrations ascendantes, une
augmentation de pression exercée entre les disques du côté
gauche, du fait que leur force d'inertie est augmentée
de celle des disques de plomb; et le second sera, pour les disques
à droite, et, pour la même raison, une réduction
de pression qui se produira par résilience, au moment du
changement de direction des mouvements de vibration.
Si le courant d'une pile, P, traverse tous ces disques, à
travers les connexions que nous venons de mentionner, et passe
à travers l'hélice primaire (à travers le
fil, I) d'une bobine d'induction HH '(Fig. 2), située en
dessous l'appareil, et si le courant secondaire de cette bobine
correspond, par l'intermédiaire du fil I, à une
ligne téléphonique dans laquelle est interposé
un téléphone ou un condensateur parlant, un courant
induit inverse sera créé, lequel, inversé
en tant que conséquence des connexions transversales des
disques, poursuivra l'action du premier ou augmentera sa durée
et, par conséquent, sa force, par l'intermédiaire
du récepteur téléphonique.
Les résultats de ce système sont très bons;
mais le Dr. Herz s'est efforcé de le simplifier encore
davantage et, dans cet objectif, a expérimenté plusieurs
solutions.
Par exemple, pour obtenir une inversion, un contact était
simplement placé de chaque côté de la plaque
vibrante.
Bien que les mouvements de ce dernier ne fassent, on le sait,
pas la nature des vibrations sonores ordinaires, on a pensé
qu'ils pourraient se trouver dans des directions opposées
des deux côtés de la plaque, et quun des contacts
pourrait être comprimé tandis que l'autre était
libre.
Ainsi, malgré les avantages de cette disposition, il a
été jugé nécessaire de placer la plaque
à la verticale afin de donner le même réglage
aux deux contacts pour lesquels il est essentiel que ceux-ci soient
identiques.
Mais il est devenu difficile de régler en poids; et même
pour réussir à régler du tout, il devint
nécessaire d'employer deux diaphragmes parallèles,
vibrant à l'unisson et portant chacun son contact, mais
dans des directions opposées.
Par la suite, larrangement horizontal a de nouveau été
adopté; mais, par une combinaison astucieuse, les deux
principes appliqués par le Dr Herz - dérivation
et inversion - ont été unis. Le courant est alors
conduit à un double contact, où il se divise. Ce
contact est disposé sous la plaque de telle sorte que ses
deux points de résistance variable agissent en sens contraire.
|
Le Dr Cornélius Herz inventa et construit
un appareil qui permis de supprimer les courants dinduction, si
préjudiciables aux transmissions téléphoniques faites
au moyen des fils des télégraphes, mais lappareil
na jamais trouvé de débouché et n'est jamais
entré dans la pratique.
Le journal la Nature a fait remarquer, de son côté,
que le succès des expériences faites en 1885, entre
Cleveland et New-York, comme entre New-York et Chicago, doit être
attribué en grande partie aux conditions toutes particulières
de la ligne télégraphique de New-York à Cleveland,
qui est d'une très faible résistance électrique,
et dont le fil est placé, sur tout son parcours, à une très
grande distance de tous les autres fils télégraphiques.
Cette ligne présente, à ce point de vue, toutes les facilités
qu'on n'avait pas pu réunir jusqu'ici sur une ligne aussi longue.
Elle constitue une ligne, en quelque sorte, idéale, pour les expériences
téléphoniques.
« Ce qui ressort, dit la Nature, des expériences faites pour
transmettre à de très grandes distances les ondulations
téléphoniques, c'est que, grâce à une ligne
placée dans des conditions exceptionnellement favorables, on a
pu converser à près de 1000 kilomètres de
distance, d'une manière plus ou moins parfaite, avec des systèmes
téléphoniques assez variés.
1887 Les nouveaux appareils téléphoniques (bouton
micro-téléphone) du D Herz, dont la description a
paru dans le premier numéro de cette année de La Lumière
Électrique, ont été essayés sur la ligne en
cuivre qui relie la Bourse de Paris à celle de Bruxelles (350 kilomètres).
Les résultats ont été excellents.
Pendant une heure, les ingénieurs des Télégraphes
Belges et Français, comme les expérimentateurs, ont pu communiquer
sans discontinuité et tous, après expérience, ont
été unanimes à reconnaître quavec les
boutons micro-téléphones les correspondances étaient
aussi faciles quavec les appareils actuellement en service.
Les conditions du fonctionnement étaient les mêmes pour les
deux systèmes, à part ceci, que deux éléments
Lalande seulement, au licu de six, actionnaient le bouton micro-téléphone.
La netteté de la parole dans, les ceux cas, était identique,
et l'expérience a prouvé que le bouton micro téléphone
n'est pas seulement susceptible dapplications domestiques, mais
quil peut, avec le même succès, être employé
sur les plus grandes lignes.
La réputation de Cornélius Herz dépasse les milieux
scientifiques, il fréquente les cercles politiques et se lie avec
Georges Clemenceau dont il finance le journal La Justice.
...
Depuis plusieurs années déjà, le
docteur Herz était le correspondant du ministère de l'Instruction
publique de France, et au moment de l'Exposition d'électricité
il fut le représentant officiel du Gouvernement des Etats-Unis,
ainsi que du Gouvernement français.
La grande question du transport de la force au moyen de l'électricité
était considérée par le docteur Herz comme une
des plus importantes de
notre siècle.
Aussi dès que cette idée commença à se faire
jour, se dévouat-il entièrement à son succès.
En 1881, les expériences du transport et de la distribution de
la force, organisées sous son influence, à l'Exposition,
avaient déjà donné une idée de ce que l'on
pourrait obtenir plus tard avec un esprit aussi supérieurement
doué que M. Marcel Deprez.
Depuis cette époque, tous les efforts du docteur Herz ce sont
tournés vers la solution de cet immense problème industriel.
Rien n'a été ménagé pour fournir à
l'inventeur tous les moyens d'appliquer ses théories, si élevées
et si précises.
Les belles expériences de Munich, en 1881, puis celles du chemin
de fer du Nord en 1885, et enfin celles qui ont eu lieu à Grenoble,
sur la demande
de la municipalité, ont prouvé que la question élait
mûre pour entrer maintenant dans la pratique industrielle, et sont
venues confirmer la confiance inébranlable de celui qui n'avait pas
craint d'employer toute son énergie et une grande partie de son avoir
à faire triompher une des applications de l'électricité
dont les bienfaisantes conséquences sont incalculables.
Cornelius
Herz et le scandale de Panama :
Interrogé par l'opposition en 1892, le gouvernement
indique que Herz avait reçu la Légion d'honneur en qualité
d'électricien et comme étranger, au titre de «
délégué américain à l'exposition
de Paris » de 1881, qui présentait les applications de
l'électricité et recevait un congrès international
scientifique.
Parmi ses relations
dans les milieux industriels et politiques, il se lie avec le baron
Jacques de Reinach, alors responsable de la publicité de la
Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama, créée
en 1879 par Ferdinand de Lesseps. Herz lui propose
d'intervenir auprès de ses connaissances à la Chambre
des députés pour obtenir le vote d'une loi qui permettra
à la Compagnie de lancer un emprunt en faveur de la construction
du canal de Panama.
Pour parvenir à ses fins, il n'hésite pas à recourir
à la corruption.
Vraisemblablement victime de chantage de la part de Herz, le baron
de Reinach est retrouvé mort le 20 novembre 1892 alors qu'une
enquête devait faire la lumière sur ces irrégularités.
Cet événement donne le départ du scandale
de Panama. Herz s'enfuit en Angleterre.
Il est condamné par la justice française à cinq
ans de prison et son nom est radié de la liste des titulaires
de la Légion d'Honneur.
Pour éviter son extradition, Herz, qui s'estime victime d'une
persécution des autorités françaises, fait valoir
sa nationalité américaine. Il menace aussi de tout révéler
sur l'affaire, impliquant de nombreuses personnalités politiques
de l'époque, mais la commission parlementaire française
qui se rend à son domicile revient à Paris sans éléments
probants.
Il est finalement arrêté en janvier 1893 sous l'inculpation
de vol de titres financiers.
Mais il ne comparaît pas devant la cour de Londres pour raison
médicale, son état de santé étant déclaré
sérieux, il restera quatre ans cloîtré à
son domicile anglais sans pouvoir être jugé.
Sa mort en juillet 1898 mettra un terme aux poursuites à son
encontre.
Bernard Lazare écrira à son sujet :
Cornelius Herz n'eut jamais de patrie, bien qu'il en ait servi
plusieurs; il semble n'avoir jamais eu qu'une passion: celle de l'or.
Le scandale de
Panama :
La dernière expérience de Marcel Deprez en matière
de fabrication et de transport de l'énerie électrique, à
Creil fut soutenue financièrement par Edmond de Rothschild et Cornélius
Herz. Ce dernier était lun des fondateurs de la revue La Lumière
Electrique, créée en 1879, soit huit ans après la Revue
Industrielle dHippolyte Fontaine.
Les autres fondateurs étaient Jules Bapst, directeur du Journal des
Débats (publié de 1789 à 1944), Adrien Hébrard,
directeur du journal Le Temps (publié de 1861 à 1942), Georges
Berger, directeur des Expositions Universelles de 1876 et 1889 et le baron
Jacques de Reinach (1840 1892).
Théodore du Moncel était le directeur scientifique de la revue.
Lobjectif était de donner une voix institutionnalisée
aux professionnels de lélectricité, et de faire se rencontrer
les mondes scientifique et industriel.
La revue fut publiée de 1879 à 1894, puis les fondateurs décidèrent
de changer son nom en LEclairage Electrique, dans lespoir de
faire oublier les liens du baron Jacques de Reinach et Cornelius Herz avec
le scandale de Panama.
Elle redevint La Lumière Electrique en 1908 jusquà la
fin de sa publication en 1916.
Avant le scandale, commença la construction du canal de Panama, situé
entre lOcéan Atlantique et lOcéan Pacifique.
Le projet, français, fut lancé en 1880 avec la création
de la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama.
Il faisait suite à la réussite de la construction du canal
de Suez.
Lidée était de réduire les coûts de transport
des bateaux en créant un raccourci sur les terres dAmérique
centrale, entre les deux océans Atlantique et Pacifique. Pour réaliser
une telle opération, dénormes capitaux étaient
nécessaires.
LEtat ainsi que 85 000 épargnants particuliers, sollicités
au moyen de la presse, furent impliqués dans le financementde la
construction du canal. On peut déjà faire un parallèle
entre la construction du canal de Panama et celle de lindustrie électrique
française, deux projets de très grande envergure dont lesobjectifs
étaient de réduire les coûts de transport (des bateaux
et de leurs marchandises dans un cas, de lénergie dans lautre),
et qui nétaient réalisables quau moyen de sommes
dargent très importantes.
Le deuxième parallèle à faire est que nous retrouvons
en partie les mêmes personnes impliquées dans les deux projets.
En effet, lun des points de contact entre la Compagnie universelle
du canal interocéanique de Panama et les patrons de presse était
Cornélius Herz.
Largent reçu pour y faire paraître les annonces était
celui du baron Jacques de Reinach.
Lorsque les conditions climatiques et les maladies des ouvriers mal maîtrisées
ralentirent la construction, et que finalement,en 1889, la Compagnie universelle
du canal interocéanique de Panama fut mise en liquidation judiciaire,
on accusa le baron Jacques de Reinach de corruption de parlementaires.
En 1892, il fut retrouvé assassiné et le scandale de Panama
fut divulgué dans la presse, alors en plein essor.
Cette même année, Cornelius Herz émigra en Angleterre
pour ne jamais revenir.
En 1903, le projet fut finalement revendu à des Nord-Américains
qui se chargèrent de finir de creuser le canal Ainsi, se trouvaient
au cur du scandale des hommes politiques, des hommes de presse et
des industriels.
Comme le rappelle lhistorien Jean Bouvier, la corruption nétait
étrangère à aucun de ces milieux.
Pour décrire cette période «fin de siècle»,
il écrivait: «Le temps nest plus où un homme public
pouvait être un lettré, un juriste: il faut quil soit
pénétré de lesprit commercial, industriel, financier.»
Cornélius Herz, de confession juive, né en Allemagne, était
courtier et agent de change. Certains Français, déjà
adeptes de la théorie du complot, soupçonnèrent que
le scandale de Panama fut manigancé par les Allemands.
Lhistorien Emmanuel Chadeau écrit à ce propos: «Si
le Panama avait déconsidéré la France, ses projets
et son épargne, cest que sur une noble cause sétait
greffé le «prurit» des intérêts anti-français,
symbolisés par la banque et le négoce juifs.»
Le méchant dans les récits officiels était donc Cornélius
Herz.
Un journaliste et écrivain, Gustave Le Rouge, connut même un
grand succès avec son roman en cinq volumes Le mystérieux
docteur Cornélius, paru en 1911-1912 et adapté en série
télévisée en 1984. Le héros, Cornelius Kramm,
est un scientifique manipulateur et immoral, assoiffé de pouvoir,
qui nhésite pas par exemple à kidnapper un vieux savant
français de génie pour lobliger à travailler
pour lui ou alors, toujours avec des techniques dernier cri, à faire
de la chirurgie esthétique afin de se faire passer pour une autre
personne qui se retrouve pendant ce temps quasi-mort dans un asile de fous.
Pour Emmanuel Chadeau, on se trouvait néanmoins plus proche de la
vérité lorsque lon attribuait ce rôle de méchant
à Ferdinand de Lesseps
(1805 1894): le «héros français du canal de Suez,
fatigué et mal conseillé, avait par vanité acheté
au prix fort à des Américains découragés et
habiles une concession boiteuse assortie dactifs sans intérêts.»
Dailleurs, un des neveux de Ferdinand de Lesseps, de même que
Gustave Eiffel (1832 1923), ingénieur contractuel pour la Compagnie
universelle du canal interocéanique appelé en renfort sur
létude technique du percement du canal, furent condamnés
pour publicité mensongère pour avoir incité les 12
5particuliers, via la presse, à acheter les bons de la Compagnie,
et les banques, via des intermédiaires, à investir.
Pour Emmanuel Chadeau, cette différence de traitement par lopinion
publique sexpliquait par la confession des groupes de personnes impliquées,
Catholiques contre Juifs. A propos de Ferdinand de Lesseps, il écrit:
«(...)Les progrès du nationalisme dans lopinion économique
étaient tels que lidée dune remise en cause des
choix fondamentaux (qui dataient de 1879-1880) du perceur dIsthme
(membre de lAcadémie française) et de son autorité
dans lestablishmentbien pensant des affaires (de Lesseps donnait de
lui limage dun monarchiste catholique) ne vint à personne.
Et personne ne souligna que le premier acteur de la spéculation était
la Caisse descompte et de dépôts, une banque où
uvrait avec zèle un neveu du grand homme et où lon
rencontrait, parmi les fondateurs et les actionnaires, des représentants
distingués et opulents du monde politique réactionnaire catholique.»
Déjà à la fin des années 1870, lorsquune
banque catholique, la banque de lUnion générale, fit
faillite, lopinion publique accusa des financiers juifs den
être responsables. Elle fut fondée en 1876 par Eugène
Bontoux, ingénieur, et était soutenue par le Vatican et la
cour de Vienne.
Le programme de cette banque était radical: «soustraire lépargne
française à linfluence de la banque dorigine protestante
ou juive, et [de] lui assurer des débouchés «naturels»
conformes à lesprit national»3.
Après sa faillite, des millions de francs-or issus de lindustrie
lyonnaise et du Nord furent perdus. Cela eut également des retombées
sur les banques «cosmopolites», mais ce furent quand même
elles les coupables, lennemi tout désigné dès
la création de la banque.
Pour Emmanuel Chadeau, «une légende était née».
Selon lui, cet antisémitisme sexpliquait par de multiples facteurs:
la défaite contre lAllemagne en 1871 avait traumatisé
la France, la concurrence avec lAngleterre et les Etats-Unis aussi.
Pour sen sortir et justifier tout cela, une partie de la population
expliqua tous ces évènements à la lumière dune
théorie où les Juifs, espions étrangers, étaient
venus voler la France.
Lhistorien rappelle que «lénonciation des thèmes
antisémites le juif étranger à léconomie
«vraie» du pays et, par corrélation, le juif détourneur
du bien dautrui ou du bien collectif est alors devenue dune
telle banalité, quelle sincorpore à la littérature
non seulement «populaire», mais «de gare»».
On la vu avec Gustave Le Rouge, et on le retrouve également
dans un autre style chez Honoré de Balzac, qui se basa sur James
de Rothschild pour créer son personnage du baron de Nucingen. James
de Rothschild était le père dEdmond de Rothschild que
nous avons déjà mentionné comme membre de la commission
en charge dévaluer les expériences de Marcel Deprez
à Creil, expériences quil finança. Avec son frère
Alphonse, ce dernier fut impliqué comme dautres banques dans
le scandale de Panama.
Ils avaient aussi des liens avec la Société Industrielle
des Téléphones, dont la presse catholique considérait
que les titres étaient des valeurs de second ordre car elle avait
été fondée par des ingénieurs et capitalistes
au nom suspect.
Les fondateurs de la Société Industrielle des Téléphones
furent accusés par cette presse «davoir joué
à la baisse sur les cuivres, pour en être consommateurs, avec
lappui «de spéculateurs internationaux» -parmi
lesquels les Rothschild»
Le scandale du canal de suez
En 1879, le Congrès approuva le projet de Lesseps
qui fut choisi pour lancer les travaux de percement de l'Isthme de
Panama, lequel devait permettre de relier l'océan Atlantique
à l'océan Pacifique par l'Amérique centrale.
Malgré la différence de prix de construction entre un
canal à niveau et un canal à écluse (le canal
à niveau coûtant deux fois plus cher), le canal à
niveau, long de 75 km, fut choisi. Le coût de sa construction
fut estimé à 600 millions de francs.
Lesseps constitua le 8 juillet 1879 la Compagnie universelle du canal
interocéanique de Panama, une société anonyme,
destinée à réunir les fonds nécessaires
et à conduire le projet. Le 20 octobre 1880, les statuts de
la Compagnie universelle du canal interocéanique furent déposés
à Paris. En décembre, Charles de Lesseps (fils de Ferdinand
de Lesseps) procéda à l'émission du capital de
la compagnie, sous la forme de 800 000 actions à 500 francs,
mais cette émission fut un échec. On ne récolta
que 300 millions sur les 400 demandés. Les travaux débutèrent
en 1881 et rencontrèrent plusieurs difficultés : épidémies
de malaria et de fièvre jaune occasionnant une très
forte mortalité parmi le personnel, accidents de terrain dus
à la difficulté de traverser la cordillère montagneuse
qui longe l'isthme. La reconnaissance mise en place par la Société
Civile en 1876 ne s'était pas appesantie sur ces problèmes,
voulant assurer la promotion du projet.
Les travaux prirent alors beaucoup de retard.
En 1884, les caisses de la compagnie sont vides alors que seulement
un dixième des déblaiements prévus a été
réalisé.
En 1885, Lesseps a l'idée d'émettre des obligations
à lots afin d'intéresser davantage les petits épargnants,
mais il est nécessaire pour cela de modifier la loi . Il fait
alors appel à Cornelius Herz, un homme d'affaires
bénéficiant de nombreux appuis dans le monde politique.
Il est notamment lié à Charles de Freycinet, l'un des
chefs de file des républicains opportunistes et à la
famille du président Jules Grévy. Il finance également
la Justice, le journal de Clemenceau. Celui-ci fait savoir à
Charles de Lesseps, qu'en contrepartie de dix millions, il pourra
faire passer la loi.
Herz entend également s'appuyer sur le baron Jacques de Reinach,
un banquier d'origine juive allemande, oncle de Joseph Reinach, ancien
chef de cabinet de Gambetta. C'est lui qui est chargé de distribuer
les « fonds de publicité ». Ils subventionnèrent
très largement la presse pour la promotion de l'investissement,
par exemple dans la Justice ou le Temps. Lesseps fit alors appel au
Parlement pour faciliter la levée de fonds. Celui-ci refusa
à deux reprises au vu des rapports d'ingénieurs. Jacques
de Reinach, secondé par Émile Arton, lança alors
un système de corruption des parlementaires pour obtenir le
déblocage de fonds publics : par exemple le ministre des Travaux
publics Charles Baïhaut reçut une promesse d'un million
de francs.
Devant certains obstacles, tel que le seuil de la Culebra (altitude
de 87 mètres), Lesseps fit appel à Gustave Eiffel, qui
accepta de reprendre le projet. Eiffel remit complètement en
cause la conception, en prévoyant notamment des écluses,
alors que Lesseps avait voulu faire un canal à niveau, comme
à Suez, sans se soucier du caractère montagneux de la
région traversée. Lesseps continua à récolter
des fonds auprès d'épargnants et à corrompre
des journalistes et des parlementaires pour obtenir la promulgation
de la loi sur mesure, qui devait permettre l'émission de l'emprunt.
En 1888, la loi est passée et les derniers fonds sont débloqués
sous forme d'emprunts.
Éclatement de l'affaire
Malgré l'émission de ces derniers emprunts de 1888,
il s'avéra impossible de redresser la situation, et la Compagnie
fut mise en liquidation judiciaire le 4 février 1889, provoquant
la ruine de 85 000 souscripteurs. En 1891, l'État ordonne l'ouverture
d'une information pour abus de confiance et escroquerie. Lucien Napoléon
Bonaparte-Wyse, qui avait étudié le projet rédige
ses Mémoires qui prouvent la rentabilité du projet.
Le 6 septembre 1892, Édouard Drumont, journaliste antisémite
et antiparlementaire qui avait reçu des documents confidentiels
de Reinach, révéla le scandale dans son quotidien La
Libre Parole. Incarcéré du 3 novembre 1892 au 3 février
1893 à la prison de Sainte-Pélagie pour une autre affaire,
il révéla un à un, depuis sa cellule, les noms
des politiciens et journalistes corrompus et révéla
les mécanismes de l'escroquerie. Le 19 novembre, le journal
La Cocarde dévoile le nom d'autres hommes politiques dont notamment
Charles Floquet, président de la Chambre.
L'affaire fit grand bruit : le baron de Reinach fut retrouvé
mort le 20 novembre et Cornelius Herz s'enfuit en Angleterre,
où il échappe à la justice.
Le 21 novembre 1892, au lendemain de la découverte du corps
de Reinach, la presse se déchaîna contre les «
chéquards » et les « panamistes », et le
député nationaliste Jules Delahaye dénonça
à la tribune de la Chambre les compromissions de la classe
politique.
Une commission d'enquête fut alors créée. Le ministre
de l'Intérieur, Émile Loubet et le Ministre de la Marine
et des Colonies, Auguste Burdeau, démissionnèrent ;
le ministre des Finances, Maurice Rouvier, fut mis en cause, ainsi
entre autres que l'ancien ministre de Gambetta, Antonin Proust, et
Georges Clemenceau à qui Herz, qui lui avait été
présenté par un ami mais qu'il qualifia ensuite
de « fripouille finie » avait prêté
des fonds pour son journal La Justice.
En tout, ce sont 104 parlementaires qui auraient touché des
sommes entre 1 000 et 300 000 francs. Le scandale se conclut en 1893
par la condamnation à cinq ans de prison de l'ancien ministre
des Travaux publics, Charles Baïhaut. Burdeau reprit le portefeuille
des Finances en décembre 1893 et mourut presque exactement
un an plus tard : ses collègues du parti radical lui firent
des funérailles magnifiques.
Ferdinand de Lesseps, Gustave Eiffel et leurs associés sont
condamnés à 5 ans de prison. Ferdinand de Lesseps échappe
toutefois à la prison grâce à un vice de forme.
Charles de Lesseps, fils de Ferdinand, fut condamné à
la même peine que son père, et écopa dans un autre
procès d'une condamnation à un an de prison pour corruption.
Condamné le 9 février 1893 par la Cour d'appel de Paris
à deux années de prison et 20 000 francs d'amende, Gustave
Eiffel fut finalement réhabilité par une enquête
qui montrait qu'il n'était pas impliqué dans les malversations,
le 15 juin 1893 par la Cour de cassation.
En 1903, le Panama, soutenu par les États-Unis, prend son indépendance
de la Colombie lors de la Guerre des Mille Jours. Deux semaines après
la fin du conflit, l'ingénieur français Phillipe Buneau-Varilla,
qui s'était engagé auprès des indépendantistes,
est envoyé par le gouvernement du nouvel État pour négocier
la vente des droits de construction du canal avec le secrétaire
dÉtat américain John Hay.
Les États-Unis rachètent donc la concession, les actions
et les avoirs de la Compagnie nouvelle du canal de Panama par le traité
Hay-Bunau-Varilla de novembre 1903. Après avoir rejeté
un tracé traversant le Nicaragua, ils reprirent le projet de
1879, dAdolphe Godin de Lépinay, et prolongèrent
le tracé français déjà effectué,
pour l'achever en 1914, avec un surcoût de seulement quarante
millions de dollars. Les travaux engagés en 1904 aboutirent
à linauguration du canal le 15 août 1914, au moment
même où éclatait en Europe la Première
Guerre mondiale.
Dauderni ou les risques du métier
Parallèlement à ses activités
menées de concert avec Duparchy et Bartissol, Dauderni avait
des intérêts dans plusieurs autres affaires. Avec deux
autres entrepreneurs, Jules Roux, ingénieur hydrologue à
Toulouse, et un ingénieur marseillais, Marius Gadot, il est
dès 1881 en pourparlers avec la municipalité de Perpignan
pour réaliser le projet dadduction deau de la ville.
Il sagit là dun marché important et délicat
à négocier. Après bien des péripéties,
Dauderni, Roux et Gadot enlèveront le marché en décembre
1883 pour un montant de 1,8 million de francs1. Dauderni avait participé
financièrement à dautres initiatives industrielles.
Ainsi, en 1881, il avait créé une société
avec un ingénieur de Bagnères-de-Luchon, Léon
Daguzan. Ce dernier avait mis au point plusieurs procédés
pour la fabrication de lasphalte mais, dépourvu de capitaux
pour développer son usine de Saint-Gaudens, il se tourna vers
Dauderni qui apporta 60 000 francs dans laffaire.
Plus conséquentes mais aussi plus obscures
et donc moins faciles à cerner sont ses affaires parisiennes,
notamment ses relations avec Cornélius Herz, le fameux docteur
Herz autour duquel séchafauda le célèbre
scandale de Panama. La plupart des financiers véreux étant
experts dans lart de brouiller les pistes, il nest pas
aisé de faire toute la lumière sur leurs activités.
Comme Herz était devenu maître en la matière,
autant reconnaître tout de suite que nous navons pas totalement
démêlé ces relations Dauderni/Herz. Néanmoins,
et cest là lessentiel par rapport à notre
propos, les deux hommes avaient, à lévidence,
passé plusieurs contrats officieux qui donneront lieu à
controverse après le décès de Dauderni en 1886.
Le point nodal de ces relations semble résider
dans les tractations pour le contrôle du marché téléphonique
parisien. En 1885, le ministère des Postes et Télégraphes
lance un appel doffre pour le renouvellement de la concession
du réseau téléphonique de Paris, concession obtenue
en 1879 pour une durée de six ans par la Société
des téléphones. Dauderni fait une proposition visant
à installer un second réseau de téléphones
publics et privés, concurrent de celui de la Société
des téléphones. Empruntant les canalisations des égouts
de la ville, ce réseau Dauderni proposerait un prix dabonnement
annuel de 365 francs, très compétitif par rapport aux
tarifs pratiqués par la Société des téléphones
et, en juin 1885, le ministère des Postes et Télégraphes
donne son accord à Dauderni qui dépose les 370 000 francs
de caution exigés par lÉtat et la Ville de Paris.
Cet épisode technico-financier engendra une vive polémique
entre divers organes de presse. Pour les uns, tels les rédacteurs
du Matin ou du Gaulois, Dauderni nétait que le prête-nom
de Herz. Cornélius Herz aurait proposé ses bons offices
au ministre Cochery qui nappréciait guère la situation
de monopole dont bénéficiait la Société
des téléphones depuis 1879. Il aurait uvré
pour que la seconde concession soit attribuée à Jean-Baptiste
Dauderni, travaillant pour lui, avant de négocier dès
lautomne 1885 la fusion des deux concessions. Pour dautres
journalistes, comme le rédacteur de LÉtoile, eu
égard à la réussite professionnelle du personnage,
« il serait ridicule de présenter Dauderni comme lhomme
de paille du docteur Herz» ; au contraire, manipulé par
Herz, Dauderni aurait été lune de ses victimes.
Il est délicat de se prononcer tant laffaire est opaque
et embrouillée, dautant que les deux thèses en
présence ne sont pas incompatibles ; Dauderni a pu un temps
faire office dhomme de paille de Herz et, in fine, être
victime de ses agissements. Certains indices, tels que la réclamation
de Herz à propos de la caution de 370 000 francs ou le domicile
parisien de Dauderni au 31 de la rue des Italiens, lhôtel
particulier acquis par Herz en 1880, inclinent à penser que
Dauderni avait effectivement agi pour le compte de Herz. Il semble
enfin que Dauderni revendit la concession des téléphones
parisiens à Herz puisquil détenait depuis janvier
1886 des traites sur Herz pour un montant de 300 000 francs, mais
rien nindique quil ait perçu le montant de la vente.
Même si Herz est depuis 1885 lintermédiaire
privilégié des Lesseps avec le monde politique, le lien
entre le départ de Dauderni pour Panama et ses affaires avec
Herz nest pas formellement établi. Pourquoi Dauderni
sest-il embarqué dans cette galère du canal de
Panama ? En dépit de la désinformation savamment entretenue
par Lesseps, Dauderni avait nécessairement quelque idée
des conditions sanitaires déplorables dans listhme. Dès
le lancement du projet, on retrouve le Catalan Louis Companyo fils
dont on a vu quil avait introduit le jeune Bartissol sur le
chantier de Suez. En 1870, Louis Companyo était revenu vivre
à Perpignan où il assurait la succession de son père
à la tête du musée dHistoire naturelle.
Toujours très lié à Ferdinand de Lesseps, lorsque
le projet du canal de Panama prit forme, celui-ci fit appel à
lui pour réaliser un rapport sur le projet dorganisation
du service de santé de la Compagnie de Panama. Companyo sembarqua
pour Panama dès février 1881 où il mit en place
le service de santé de lentreprise et, logiquement, se
retrouva médecin-chef de la compagnie quand le chantier débuta.
Mais, devant lémotion provoquée par lépidémie
de fièvre jaune quil ne parvint pas à endiguer,
Companyo sera contraint de démissionner dès juillet
1882. Companyo était donc mieux que quiconque à même
dinformer Dauderni. Loin de régresser, la fièvre
jaune poursuivit ses ravages ; au cours des années 1884 et
1885, la mortalité atteint les taux de 6,4 % pour le personnel
de la compagnie et de 7,2 % parmi les ouvriers autochtones. En ce
début 1886, le directeur général du chantier,
Dingler, venait de perdre en quelques mois sa femme, son fils, sa
fille et le fiancé de cette dernière. Mais Dauderni
est veuf depuis 1881 et fâché avec son fils unique auquel
il a imposé un conseil judiciaire en raison de son extrême
prodigalité. Il pouvait donc se sentir libre de tenter laventure,
quels quen soient les risques. Enfin, quiconque fréquentait
le diabolique docteur Herz pouvait-il rester insensible aux profits
par millions que lui promettaient les augures du Panama ?
Dauderni sembarqua pour Panama au printemps
1886 à peu près en même temps quArmand Rousseau
venu inspecter au nom du gouvernement un chantier qui commençait
à inquiéter sérieusement pouvoirs publics et
milieux daffaires. Durant ce premier semestre 1886, le chantier
tente de trouver un second souffle et Lesseps renouvelle lencadrement
de son entreprise. Dans le bateau qui transporte Rousseau à
Panama ont pris place le nouveau directeur, Léon Boyer, plusieurs
ingénieurs (Duret, Nouaillac, Vautard, Chaperon...) et, selon
lexpression de Rousseau, « toute une armée de conducteurs
et demployés recrutés avec soin». Si Dauderni
sétait rendu à Panama, cétait évidemment
pour prendre part aux travaux de percement du canal mais rien ne nous
permet daffirmer, comme le fait Jean-Yves Mollier, que cétait
au nom de son association avec Bartissol et Duparchy. Dauderni pouvait
être impliqué à titre personnel ou en collaboration
avec dautres partenaires. Dauderni, qui loge à lHôtel
Central de Panama, meurt dans la nuit du 24 au 25 avril 1886, à
lâge de cinquante-neuf ans. Laventure américaine
avait tourné court.
Que la déclaration de décès soit
le fait de Georges Séguin, ingénieur de lentreprise
Vignaud, Barbaud, Blanceuil et Cie, tendrait à accréditer
lhypothèse que Dauderni était associé au
marché accordé à cette entreprise. Dauderni comme
Léon Boyer, également victime de la fièvre jaune
le 1er mai, incarnaient tout ce que le monde international des travaux
publics pouvait comporter de satisfactions professionnelles et financières
mais aussi de déboires et de tragédies. Dauderni disparu,
la vie et les affaires continuent pour ses associés ; Duparchy
et Bartissol rachètent à ses héritiers sa part
dans leurs travaux communs, notamment pour le port de Leixoés,
rachat qui aurait coûté aux deux entrepreneurs 1,5 million
de francs.
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