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1900 Le début
du Téléphone en France
Voici deux rapports sur l'historique du téléphone
en France et en supplément l'historique de la télégraphie.
I - Résumé sur l'histoire du téléphone
en France entre 1877 et 1900
Le Téléphone Bell fut introduit en France en août
1877 par lingénieur Bréguet
à son retour des séances de l'Association Britannique pour
l'Avancement des Sciences auxquelles il venait d'assister. Les deux téléphones
qu'il rapporta, arrivés à un état parfait de simplicité,
les avait reçus des mains mêmes de l'inventeur Graham
Bell.
Dès l'année 1879, c'est à dire trois ans après
la découverte du téléphone, le Ministre des Postes
et Télégraphes, Adolphe Cochery,
décida de doter les plus grandes villes françaises du téléphone.
L'Etat français ne sachant pas exactement quel pourrait être
l'avenir du téléphone va préférer en confier
l'exploitation à l'industrie privée. Il était difficile
à cette époque d'être éclairé sur cette
nouvelle application de l'électricité, de pouvoir soupçonner
la place qu'elle prendrait dans les habitudes de la vie, de calculer enfin
la dépense qu'entraînerait l'établissement de réseaux
téléphoniques.
Dès lors, l'Administration ne pouvait penser à prendre immédiatement
la responsabilité et la charge de pareilles exploitations. D'un
autre côté, elle ne pouvait en priver le public, lui refuser
absolument ce qu'elle ne voulait pas elle-même lui donner. On pensa
qu'il fallait, tout en réservant d'une façon absolue le
monopole de l'Etat, laisser l'industrie privée faire preuve d'une
entreprise dont il n'était pas possible de mesurer à l'avance
les résultats.
En fait l'Etat ne voulait pas mettre un seul franc dans cette aventure
qui risquait d'être coûteuse d'autant plus que la France venait
tout juste de rembourser lénorme dette de guerre à
l'Allemagne et que l'état des finances publiques devait plutôt
inciter à la sagesse.
Le Ministre prit donc un arrêté à la date du 26 juin
1879 afin que les réseaux téléphoniques puissent
être exploités par des sociétés privées
dans le cadre d'une concession particulière.
- La première demande de concession fût déposée
le 27 juin 1879 par le sénateur Hebrard au nom de la Compagnie
des Téléphones Gower. Frédéric Allen Gower
était un ingénieur américain qui avait travaillé
avec Bell. Gower s'était entouré d'ingénieurs très
compétents : Louis Bréguet, Cornélius
Roosevelt, François Rodde et Clément Ader. Son principal
appui financier était le Crédit Mobilier dirigé par
M. Wallut. Le siège social était au 66 rue Neuve des Petits
Champs. L'appareil Gower était une sorte d'émetteur-récepteur
sans piles.
- Une deuxième société demanda ensuite une concession.
Il s'agissait de la Société Française
de Correspondance Téléphonique représentée
par le sénateur Foucher de Careil, exploitant les brevets Blake-Bell.
Le siège social était au 7 avenue de l'opéra, dirigé
par un ingénieur : M. Soulerin.
- Enfin, le matériel Edison fut proposé par une troisième
société, la Société
Française des Téléphones, le 8 septembre
1879. Elle était dirigée par un ingénieur français,
Berthon. Son siège était au 45
avenue de l'opéra. Deux appareils étaient disponibles :
le modèle dit "à cylindre de chaux" et un autre
modèle formé d'un "pupitre auquel était accroché
des écouteurs et surmonté d'un microphone à pastille
en charbon".
Ce dernier système avait été imaginé par l'américain
Phelps.
Les trois sociétés détentrices de brevets américains
sollicitèrent le droit d'établir et d'exploiter pendant
cinq ans des réseaux dans quatre importantes villes de France :
Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux. Les autorisations furent accordées
le 23 juillet, le 8 septembre et le 23 septembre 1879.
Alors qu'elles ne comptent chacune pas plus de cent souscripteurs, les
deux premières sociétés fusionnent le 2 février
1880 et créent la Compagnie des Téléphones.
Il ne reste alors que deux sociétés : la Compagnie des Téléphones,
système Gower, et la Société Française des
Téléphones, système Edison.
Mis en service à la fin de 1879, le central Gower avait été
installé au 66 rue Neuve des Petits Champs. Le réseau de
la Compagnie des Téléphones s'étendait sur le sud
et l'est Parisien. L'appel du central tenait de la haute acrobatie : "l'abonné
prenait le tube acoustique de son appareil dont l'embouchure était
munie d'une anche incorporée. Il soufflait dans l'embouchure, l'anche
résonnait. Le courant produit par ce signal faisait tomber un voyant
monté sur un verrou électrique très sensible qui
montrait à l'opérateur quel abonné avait appelé".
Ce système à voyants était l'uvre d'un ancien
conducteur des Ponts et Chaussée, Clément
Ader, qui s'était fait remarquer depuis quelques années
par son génie inventif. L'opérateur disposait d'un tableau
sur lequel aboutissait les lignes des abonnés. Il répondait
en enfichant puis, par le moyen de divers renvois, pouvait établir
la communication avec le demandé, toujours en soufflant dans la
petite trompette.
Le téléphone à piles Edison permettait l'appel du
central grâce à un bouton placé sur l'appareil. En
appuyant dessus, l'abonné alimentait un électro-aimant placé
sur un tableau placé au central téléphonique. Cet
électro-aimant décrochait alors un volet placé devant
un numéro et le découvrait. L'ensemble des tableaux d'appels
avait été installé 45 avenue de l'Opéra. Le
réseau de la Société Française des Téléphones
occupait le quartier des affaires situé autour de l'opéra
et l'ouest de Paris.
Du fait de l'existence de deux sociétés qui utilisaient
du matériel différent, l'interconnexion entre les deux réseaux
était impossible.
Si vous étiez abonné au système Gower, vous ne pouviez
pas avoir accès au réseau Edison et vice et versa. Cette
situation n'étant pas non plus économique pour les deux
sociétés, elles fusionnèrent et formèrent
la Société Générale
des Téléphones (SGT) le 10 décembre
1880.
Le siège social s'établit au 66 rue Neuve des Petits Champs.
Ses inventeurs et ingénieurs : Gower, Roosevelt, Soulerin et Ader
laissèrent la place aux banquiers : Duchateau du Crédit
Mobilier, May et Noetzler de la Banque Franco-Egyptienne.
L'activité de la SGT était triple
: L'exploitation du réseau de Paris et des plus importantes villes
de province, la fabrication des câbles, la construction et vente
des appareils de téléphonie. Au bureau central de l'avenue
de l'Opéra rénové par les soins de trois ingénieurs
: Berthon, Brown et Lartigue vinrent rapidement s'ajouter cinq centraux
téléphoniques placés dans différents quartiers
de Paris.
Les postes des abonnés sont au début des appareils Edisson,
Gower, Blake ou Crossley
puis des Ader de types mobiles ou muraux.
Les premiers abonnés furent bien évidemment les gens aisés,
les hommes d'affaires, les milieux de la Bourse, de la finance, d'où
la concentration des abonnements dans le quartier de l'opéra mais
aussi dans le nord de Paris et la banlieue Nord-Est où sont situés
les ateliers et les usines.
Parmi les premiers abonnés se trouvent aussi des commerces de luxe,
des traiteurs, des loueurs de voiture et leurs clients. Le premier appareil
téléphonique de la Présidence de la République
fut installé en décembre 1880. Il fut relié par des
fils spéciaux aux bureaux de la Présidence de la Chambre
des Députés, à ceux de la Présidence du Sénat
et aux différents ministères.
Dès le début de 1880, une prospection commerciale fut entreprise
par la SGT pour constituer des réseaux dans différentes
grandes villes de province. Elle mit en service successivement les réseaux
de Lyon, le 15 octobre 1880, Marseille, le 15 décembre 1880, Nantes,
le 15 janvier 1881, Le Havre, le 15 avril 1881 et Bordeaux le 30 juin
1881. Les premiers postes téléphoniques installés
par la Société Générale sont des Gower ou
des Edison puis des Crossley et enfin des appareils Ader de types mobiles
ou muraux. A Lyon, le réseau progressa rapidement et dès
1881 les abonnés pouvaient prévenir instantanément
le bureau central de police en cas de sinistre grâce à la
connexion des réseaux des pompiers et de la SGT. La ville compte
441 abonnés en 1881 et 753 en 1888. A Marseille le réseau
se développe plus lentement : 25 abonnés en 1880, 61 en
1881 et 276 en 1882. A Nantes, le téléphone eut tout de
suite du succès. Dès le mois de mai 1881, le réseau
s'étendait sur 20 kilomètres et desservait plus de quarante
abonnés. Un appareil fut mis à la disposition du public
à l'Hôtel de la Bourse, un autre à la Préfecture.
Le nombre d'abonnés croit rapidement : 158 en 1882 puis stagne
à 173 en 1888. Au Havre, le réseau téléphonique
atteignit rapidement cent abonnés. A Bordeaux, le réseau
desservait plus de cinquante abonnés dès la fin de 1881.
La Chambre de Commerce permit l'installation d'un bureau spécial
à la Bourse d'où chaque personne, sur présentation
d'une carte spéciale d'abonnement, pouvait être mis en communication
avec les autres abonnés du réseau.
En raison du développement rapide du réseau, la SGT ouvrit
le service sans interruption, nuit et jour, dès le 15 novembre
1881.
C'est au cours de l'année 1881 que la SGT augmenta son champ d'action
en rachetant les établissements Rattier, un des plus gros fabricant
de câbles et matériel électrique de France. Mais le
téléphone faisait peu de progrès auprès du
public qui continuait à le considérer comme un simple jouet
sans utilité pratique. Il fallut attendre l'exposition universelle
de Paris en 1881 pour que la France le découvre enfin.
A lexposition universelle, la plus importante exposition téléphonique
fut celle de la SGT. Elle avait établi dans l'intérieur
du Palais de l'Industrie un bureau central desservant une trentaine de
stations repérées par des numéros et éparpillées
dans toutes les parties du Palais. Pour diminuer les bruits ambiants,
chaque poste téléphonique était installé dans
une sorte de guérite en bois de chêne dont l'intérieur
était capitonné sur toutes ses faces (en quelque sorte ce
furent les premières cabines téléphoniques publiques).
Cette exposition fut une extraordinaire publicité pour la SGT.
Mais le succès rencontré par le téléphone
dépassa bientôt toutes les espérances car la SGT n'arrivait
plus à satisfaire les demandes.
Au 31 décembre 1881, 911 souscripteurs attendaient leur ligne,
non sans impatience. La société incriminait les lenteurs
de l'Administration (qui s'était réservée la construction
des lignes) et le manque de câbles que les constructeurs n'arrivent
plus à fournir.
Malgré tout, la SGT, dotée d'une puissance industrielle
confortable, continuait à développer ses réseaux
de province. En février 1882, elle mettait en service le réseau
de Lille mais voyait aussi apparaître un concurrent inattendu :
l'Etat Français.
A partir de 1882, l'Administration décida d'établir elle-même
des réseaux téléphoniques, comme cela se pratiquait
déjà en Allemagne et en Suisse. En juillet 1882, le Ministre
des Postes et Télégraphes obtint un crédit de 250
000 Francs destiné à expérimenter l'exploitation
de réseaux téléphoniques dans certaines villes de
province.
La concession accordée à la SGT en 1879 arrivant à
terme en 1884, cette expérience avait pour but de fournir de précieux
renseignements sur l'un ou l'autre mode d'exploitation. Le régime
des réseaux exploités par l'Etat fut également fixé
par un arrêté en date du 1er janvier 1883. Pour diminuer
la dépense à la charge de l'Etat, l'Administration admit
le principe de la contribution de l'abonné en vue de l'établissement
de la ligne : l'abonné avance une certaine somme et l'Etat le rembourse
en ne lui faisant pas payer ses futures redevances annuelles. L'abonnement
est moins élevé que celui de la SGT, il est de 200 Francs
pour les réseaux de moins de 200 abonnés et 150 Francs pour
les autres mais contrairement à la SGT qui fournit le poste, les
abonnés doivent acheter leurs appareils. L'Etat installe le poste
et fournit les piles et les accessoires moyennant une redevance supplémentaire
de 75 Francs. Pour la même prestation et pour un réseau de
plus de 200 abonnés, le coût à la SGT est donc de
400 Francs et 425 Francs pour un réseau d'Etat.
Les premiers réseaux mis en service par l'Etat furent ceux de Reims
et Roubaix Tourcoing le 1er avril 1883 puis Saint-Quentin le 31 décembre
1883. Le premier réseau Normand fut celui d'Elbeuf mis en service
le 25 novembre 1884 avec 46 abonnés.
De son côté la Société Générale
mettait en service ses derniers réseaux : Calais le 1er juillet
1883, Rouen le 15 juillet 1883, Alger le 26 juillet 1883, et Oran le 10
août 1883. La concession accordée en 1879 à la SGT
devait expirer le 8 septembre 1884.
Le Ministre des Postes et Télégraphes, trouvant que les
résultats de l'exploitation des réseaux gérés
par l'Etat étaient trop récents pour en tirer des conclusions
définitives, décida de prolonger de cinq ans la concession.
Les termes de la nouvelle concession furent consignés dans le cahier
des charges du 18 juillet 1884. Ils reproduisaient les principales clauses
de celui de 1879. Jugeant certainement la situation précaire, la
SGT diminua ses investissements. Elle céda à l'Etat le réseau
de Lille et mit en service son dernier réseau à Saint-Etienne
le 15 juillet 1884. Par contre les affaires de l'Etat devenaient florissantes
et en 1884 furent mis en service les réseaux de Halluin, Troyes,
Nancy, Dunkerque Les premières cabines firent leur apparition à
Paris et dans quelques villes de province à la fin de 1884. Ces
cabines furent initialement installées dans certains bureaux de
poste et dans les bureaux centraux de la SGT. Le service fut ouvert le
1er janvier 1885.
Peu avant la fin de la période des dix années de concession
qui avait été accordée à la Société
Générale des Téléphones, l'Etat comprit que
l'exploitation des réseaux téléphoniques pouvait
être très rentable, surtout en faisant financer les nouveaux
réseaux par les futurs abonnés.
La SGT était inquiète de cette concurrence. Ses réseaux
pouvant être rachetés à tout moment, cela ne l'encourageait
pas à investir. La SGT tente alors de régler la situation
une fois pour toute. En 1886, elle passe un accord avec le Ministre des
Finances. La SGT reprend tous les réseaux de téléphone
des villes pour 40 ans, y compris ceux construits par l'Administration,
l'Etat exploitera les lignes interurbaines comme celle bâtie en
1884 entre Paris et Marseille. Ce partage des tâches n'est pas une
idée nouvelle : c'est ainsi qu'elles seront organisées en
Angleterre en 1896. Mais il faut être devin pour savoir que les
lignes interurbaines vont bientôt représenter l'avenir du
téléphone.
Pour l'instant il est assez difficile de téléphoner à
Marseille à partir de Paris. L'opinion publique a le sentiment
que l'accord passé avec la SGT est scandaleusement favorable à
cette dernière. C'est "l'affaire de la Compagnie Fermière".
Au premier changement de gouvernement, à la faveur de la nomination
d'un nouveau ministre des Finances, l'accord est dénoncé.
Cela va même très loin puisque les députés,
dans les mois qui suivent, procèdent à la nationalisation
des réseaux de la SGT. Il faut dire qu'il y a une certaine convergence
d'intérêts qu'en apparence rien ne devrait rapprocher : d'abord
les républicains de gauche ainsi que les municipalités des
villes qui ont un réseau et ne veulent pas le voir racheté.
Puis les ingénieurs de l'administration qui veulent exploiter une
technique d'avenir. Enfin les abonnés d'affaires eux-mêmes
qui pensent que l'administration sera plus neutre qu'une société
privée et garantira une stricte égalité dans l'accès
au réseau sans favoriser l'un plutôt que l'autre.
Une loi fut donc votée le 16 juillet 1889, elle institua le monopole
d'Etat en France pour l'exploitation des téléphones en France.
L'Etat reprit donc possession des réseaux exploités par
la Société Générale. C'est ainsi que naquit
l'Administration française des Postes, Télégraphes
et Téléphones. La Société Générale
des Téléphones fut, quand à elle, obligée
d'orienter l'essentiel de ses activités vers la fabrication de
terminaux téléphoniques. Elle est présente à
l'exposition universelle de 1889 où elle partage un pavillon avec
les phonographes Edison. Au-dessus du pavillon un enchevêtrement
de fils ; à l'intérieur, à la vue du public, le central
téléphonique qui dessert les pavillons des exposants ; à
côté, une exposition de matériel qui rappelle que
même si la SGT n'exploite plus les réseaux publics, elle
est fournisseur de matériel pour l'administration ; enfin une démonstration
de théâtrophone qui amène aux oreilles des visiteurs
les musiques de l'opéra ou les paroles des pièces de théâtre.
A cette époque la concurrence était déjà rude.
En effet depuis 1884 les abonnés des réseaux de l'Etat devaient
acheter leurs propres terminaux et la Société Générale
se trouvait en concurrence avec des constructeurs électriciens
qui proposaient des appareils téléphoniques tous plus beaux
les uns que les autres. Dès 1879, Clément Ader dépose
un certain nombre de brevets d'invention pour améliorer les téléphones.
La Société Générale des Téléphones
fournit l'installation complète nécessaire à l'abonné.
Elle comprend le transmetteur téléphonique, mural ou mobile,
la sonnerie, trois piles pour alimenter la sonnerie, trois piles pour
alimenter le microphone. Les postes sont en effet alimentés par
des piles directement placées chez l'abonné : "les
six éléments mis à disposition de l'abonné
sont contenus dans deux boîtes fermées que l'on place dans
un endroit convenable du local du souscripteur. Une fois par mois, les
ouvriers changent la boîte des piles qui servent à alimenter
le microphone, l'autre pile ne se change que tous les trois ou quatre
mois". Pour plus de confort, la Société Générale
offre aussi l'installation d'accoudoirs : "la Société
Générale des Téléphones nous apprend qu'elle
fait poser chez ses abonnés, sur demande, des accoudoirs destinés
à supprimer la fatigue lorsqu'on doit tenir une longue conversation".
Il est facile de dater une installation téléphonique reliée
au réseau car les appareils sont toujours marqués, au dos
pour les postes muraux ou sur le pied pour les postes mobiles ainsi que
sur les écouteurs ou combinés. Les marques sont constituées
par des lettres et des chiffres inscrits dans des petits cartouches ovales.
Par exemple "LT", "8" et "92". "LT"
veut dire "Ligne Téléphonique", 8 représente
le mois de fabrication de l'année, ici le mois d'août, et
"92" donne l'année de construction, ici 1892. Pour les
installations domestiques c'est plus difficile car les appareils ne sont
pas marqués comme les postes de réseau. La fabrication des
écouteurs et combinés étant continue il est toutefois
possible de les repérer en relevant les numéros des postes
de réseaux et en les comparant à ceux des postes domestiques.
A peine à la tête de tous les réseaux, l'administration
se trouve devant un problème sérieux : comment financer
les investissements sans que s'en ressentent les caisses de l'Etat ?
Elle va reprendre un système déjà en usage pour financer
les routes et les ponts que lui a proposé la ville de Limoges en
1888 : si une collectivité locale souhaite un réseau téléphonique,
elle fait l'avance des fonds nécessaires à construire le
réseau. Ces fonds seront ensuite remboursés à partir
des futures recettes. Ce système prendra le nom "d'avances
remboursables" Au début l'idée se révèle
très bonne : il est certain que seules les villes motivées
feront cet effort et que chaque investissement produira des recettes.
Effectivement les villes s'équipent une à une avec l'aide
de petites banques locales ; à Cholet par exemple, petite ville
du Maine et Loire, c'est la Chambre de Commerce qui est moteur dans le
projet. Le réseau est inauguré en 1890 avec 16 abonnés,
les avances seront totalement remboursées après 3 ans seulement
d'exploitation du réseau !
Seulement, ce n'est pas seulement un réseau téléphonique
urbain que souhaitent les abonnés, c'est aussi un fil vers Paris
! Et comme ce fil est vite saturé (il existe souvent un seul circuit
entrainant de longues minutes d'attente), les premiers abonnés
n'ont aucune envie d'en voir arriver de nouveaux. D'où des blocages
nombreux dans l'extension des réseaux. A Paris l'administration
se lance dans un grand programme de rénovation : 7 centraux téléphoniques,
organisés autour d'un central géant "Gutenberg",
remplacent bientôt l'ancien central de la S.G.T. Ils desservent
alors plus de 18 000 abonnés essentiellement dans les quartiers
d'affaires et le Marais. Poutant une grave crise va très vite s'ouvrir.
Elle prend des formes multiples : institutionnelle, technique, sociale
et financière. Les problèmes touchent d'abord les hommes
: l'administration manque d'ingénieurs ainsi que d'une autorité
ferme et d'un projet clair. Les hommes du télégraphe ont
très mal pris la fusion de 1878 qui les mettait plus ou moins sous
l'autorité de la Poste. Les ingénieurs sont partis, le nombre
des postes budgétaires a diminué. Dans l'organigramme du
ministère, la direction générale des Télégraphes
a disparu ainsi que son titulaire.
Le grand ministère des Postes et Télégraphes qu'avait
longtemps animé Albert Cochery a fait place à un mariage
avec le ministère du Commerce et des Colonies ! Ceux-ci auront
près de 15 titulaires en moins de 10 ans. Cette faiblesse institutionnelle
a des conséquences techniques directes : en 1900, lors d'un procès
de la ville de Paris au sujet des redevances sur l'occupation des sols,
on s'aperçoit que l'administration ne possède même
pas de plan de ses cables ! ...
II - Historique de la téléphonie en
France en 1900
Daprès un rapport du sous-secrétariat dEtat
des postes et des télégraphes, publié au Journal
Officiel, lhistorique du développement de la télégraphie
en France.
La téléphonie n'a pas encore vingt-cinq ans d'existence,
lorsque sir William Thomson
aujourd'hui lord Kelvin), fait connaître en Europe, en 1855, le
merveilleux appareil que venait d'imaginer Grabam Bell, on ne crut guère
que ce petit instrument allait révolutionner les conditions économiques
de la vie. L'appareil de Bell était réversible : il servait
indifféremment comme récepteur et comme transmetteur.
La belle découverte du micro par Hughes et par Edison donna naissance
à ume foule d'appareils qui, comme transmetteurs, étaient
très supérieurs à l'appareil de Bell. À partir
de ce moment, la téléphonie sort du domaine du laboratoire
pour devenir une exploitation industrielle,
Notre pays entra résolument dans le mouvement. Paris est la première
ville d'Europe qui ait été dotée d'un réseau
urhain. Pendant longtemps la ligne
« Paris-Marseille » fut la plus longue ligne téléphonique
du monde, C'est entre Paris et Bruxelles qu'a été établi
le premier circuit qui ait relié deux pays différents, Enfin,
le premiert câble téléphonique sous-marin qui ait
été immergé la été entre la France
et l'Angleterre.
La téléphonie fut, partout où est établi le
monopole télégraphique, considérée comme rentrant
dans te monopole ; c'est ce qui eut lieu en France. Toutefois, l'Administration
des postes et des Télégraphes né sont pas, chez nous,
devoir immédiatement gérer directement le service. Le ministre,
usant du droit que la loi de 1851 donne au gouvernement d'accorder des
autorisations d'exploitation de lignes électriques, élabora
un cahier des charges (26 juin 1879) fixant les clauses conditions auxquelles
les particuliers pourraient êlre autorisés à exploiter
des réseaux téléphoniques urbains. Trois personnes
sollicitèrent et obtinrent successivement, à partir du 8
septembre 1879, le droit d'établir et d'exploiter pendant cing
ans des réseaux à Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, etc.
Ces trois personnes fusionnèrent leurs intérêts et
constituèrent la Société Générale
des Téléphones. L'autorisation d'exploitation, qui venait
à expiration le 8 séptembre 1884, fut renouvelée
pour cinq années aux clauses et conditions d'un cahier des charges
du 1er juillet de la même année. il importe de signaler que
les autorisations susvisées ne comportaient aucune délégation
du monopole de l'état. Elles avaient le simple caractère
de permissions temporaires, ne constituaient aucun privilège et
réservaient tous les droits de l'Etat.
Les cahiers des charges prévoyaient qu'une redevance égale
à 10 % des recettes brutes seraît payée à l'Etat,
de ce chef celui-ci à encaissé en 1880 15616 fr, en 1881
5590 fr. La progression est ensuite très rapide jusqu'en 1888,
où l'Etat a reçu 407724 fr; au moment où l'exploitation
du réseau à passé aux mains de l'Etat, ce dernier
avait perçu pour les huit premiers mois de 1889 une somme de 302
718 fr.
À partir de 1884, l'Etat avait établi successivement des
réseaux dans diverses villes secondaires (Reims Troyes, etc.) et
les exploitait directement;
le résultats financiers de ces entreprises étaient fort
encourageants. D'autre part, les lignes interurbaines avaient été
mises en service, et leur nombre semblait devoir s'accroître rapidement,
Dans ces conditions, le gouvernement décida de ne pas renouveler
la concession de la Société générale des téléphones,
qui expirait le 8 septembre 1889, de lui racheter le matériel d'après
les clauses prévues au cahier des charges et d'exploiter dans l'avenir
lui-même tous les réseaux créés où à
créer.
Une loi du 16 juillet 1889 autorisa le rachat, L'accord n'ayant pu se
faire entre les parties sur le prix de ce rachat, les tribunaux furent.
saisis du litige, et l'Etat dut payer une somme de 11 334 340 fr, pour
la reprise des réseaux de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Rouen,
Le Havre, Nantes, Saint-Etienne, Calais, Alger et Oran (lignes, postes
d'abonnés et bureaux centraux).
Dès que l'Etat, usant de la faculté de rachat qu'il s'était
réservée, et pris possession du réseau de Paris,
son premier soin fut de rechercher les améliorations à réaliser
pour assurer le développement du service. Le plan primitivement
adopté consistait à ramener le nombre des bureaux centraux
de 12 à 4, un au centre, un à l'est, un à louest
et le quatrième sur la rive gauche. La dépense prévue
dépassait 14 millions. Des considérations d'ordre budgétaire
conduisirent l'Administration à modifier sa conception première
et à s'arrêter à celle moins rationnelle peut-être,
mais plus économique, dun bureau principal desservant le
ceutre de la ville, ainsi que les lignes interurbaines et suburbaines,
quatre autres bureaux sur la rive droite et enfin deux sur la rive gauche.
C'est dans ce sens que fut poursuivie la transformation
du réseau.
Le rapide développement pris par le réseau fait que la solution
adoptée comme pis-aller est aujourd'hui techniquement la meilleure.
Le nombre des bureaux actuellement en service est de neuf: deux fonctionnent
à lhôtel de Gutenberg;
les sept autres sont installés rue Desrenaudes, avenue de Wagram,
rue de Passy, avenue de Saxe, boulevard de Port-Roval, rue de la Roquette
et rue Chaudron, Tous les abonnés qui existent où se présentent
dans la circonscription d'un bureau sont reliés au multiple de
ce bureau. Le premiur chiffre du numéro de l'abonné indique
le burcau auquel il est relié. Les abonnés raccordés
au bureau de l'avenue de Wagram seront ramenés prochainement an
bureau de la rue Desrenaudes.
Les appareils que la Société générale des
téléphomes utilisait dans ses bureaux centraux étaient
loin de répondre à l'état de la science. Il fut décidé
qu'ils seraient remplacés par des commutateurs multiples
d'usage courant aux États-Unis et employés dans certains
réseaux en Belgique et en Suisse, Le premier essai de ces appareils
fut effectué en junvier 1891 au bureau de l'avenne des Gohelins;
les résultats en furent complètement satisfaisants. Des
commutateurs de ce système sont installés dans tous les
bureaux centraux.
Le taux de l'abonnement principal fut fixé par l'Etat à
400 fr par an; ce prix était augmentté de moitié
pour ceux des établissements privés ouverts au public, tels
que cafés, restaurants, etc., dont les propriétaires avaient
déclaré vouloir mettre le téléphone à
la disposition de leur clientèle. Le prix de l'abonnement supplémentaire
fut abaissé à 160 fr et réduit même à
50 fr lorsque le poste correspondant était utilisé par l'abonné
principal pour ses besoins personnels (décret du 21 septembre 1889).
L'abonnement se référant à un poste principal situé
en dehors du périmètre du réseau ou à un poste
supplémentaire installé dans uu autre imnueuble que le poste
principal était augmenté d'un supplément de 30 fr
par kilomètre de fil simple souterrain et de 15 fr par kilomètre
de fil simple aérien pour la section de ligne posée au delà
des limites du réseau ou reliant le poste supplémentaire
au fil de labonné principal (décret du 31 mai r890).
La faculté fut laissée aux abonnés de faire recouvrer
leurs quittances d'abonnement à domicile : mais le public appréciant
peu ce mode de paiement, il fut supprimé.
La durée minimum du contrat, fixée d'abord à trois
ans (décret du 21 septembre 188g), fut ramenée à
un an (décret du 31 mai 1890). Le droit de résiliation dont
l'abonné ne bénéficiait que d'année en année
lui fut accordée par trimestre après l'expiration de la
première année d'abonnement.
Chaque abonné peut, à partir de son poste, expédier
des messages et correspondre avec les départements et l'étranger
en acquitant les taxes réglementaires qui sont prélevées
sur une provision qu'il doit déposer à l'avance.
Il a, en outre, la faculté d'expédier et de recevoir ses
télégrammes par téléphone moyennant un abonnement
complémentaire de 50 fr.
Ces conditions d'abonnement furent modifiées dans un sens libéral
par les décrets des 5 et 7 septembre 1885 sur les points suivants
:
Le taux de 50 fr fut appliqué à tous les postes supplémentaires
établis dans le même immeuble que le poste principal, quel
que soit l'usager de ce poste supplémentaire. Les postes privés
mis à la disposition du public ne donnèrent plus lieu qu'au
payement du l'abonnement normal.
Le public a, en outre, la faculté de contracter, au taux annuel
de 200 f[r, des abonnements du mode dit « interurbain » en
vue de l'échange exclusif de communications interurbaines, L'abaissement
du prix de l'abonnement et les facilités nouvelles accordées
aux abonnés amenèrent un développement considérable
du service téléphonique à Paris, L'introduction,
le 1er février 1897, de l'appel au numéro, en rendant plus
aisé et plus rapide l'établissement des communications,
permit de faire face dans de bonnes conditions à l'accroissement
du trafic,
À partir du moment où l'État à pris en mainsl
'exploitation téléphonique, le nombre des abonnés
et des communications a rapidement augmenté, alors qu'il ny
avait en décembre 1889 que 6255 abonnés à Paris,
on en compte 22 468 en 1899, avec 28 659 postes. Quant au nombre de communications
échangées à l'intérieur du réseau de
Paris, qui était de 30 865 000 en 1891, il a été
en 1899 de 111 900 000,
Le service téléphonique est exécuté à
Paris par un personnel qui comprend, en dehors du personnel de direction,
des mécaniciens et des ouvriers :
7 chefs de bureau, 2 sous-chefs de section, 12 commis principaux, 30 commis,
104 dames surveillantes, 1350 dames employées et 199 facteurs téléphonistes.
Réseaux téléphoniques urbains des départements.
En vertu de sa concession, la Société générale
des téléphones mit en service :
En 1880, les réseaux de Lyon et de Marseille ;
in 1881, ceux de Nantes, Le Havre et Bordeaux ;
En 1882, celui de Lille (racheté en 188 par lEtat et remplacé
dans la concession par le résean de Saint-Etienne inauguré
en 1885) ;
En 1883, ceux de Calais, Rouen, Alger et Ovan.
Les abonnements étaient délivrés dans les conditions
suivantes :
La ligne et les appareils étaient établis aux frais de la
Société, qui en demeurait propriétaire.
Le prix de l'abonnement était fixé à :
400 fr pour un seul abonnement
750 fr pour deux abonnements;
350 fr par abonnement lorsqu'il était souscrit plus de deux abonnements.
Les cercles ct les établissements ouverts au public acquittaient
un abonnement double de labonnement ordinaire.
Plusieurs abonnés demeurant dans une même maison pouvaient
être desservis par une seule ligne en ayant chacun leur appareil.
Dans ce cas, l'un des abonnés seulement payait l'abonnement normal;
pour chacun des autres, l'abonnement était de 180 fr.
L'installation d'appareils supplémentaires pour l'usage du titulaire
de l'abonnement principal donmait lieu à des redevances spéciales
(poste simple,
70 fr, ete.).
L'abonnement ne pouvait être souscrit pour moins de deux années
; il se renouvelait ensuité par année.
La Société subordonnait au payement d'une redevance spéciale
de 50 fr par an la faculté pour l'abonné dutiliser
son poste pour la transmission et la réception de ses télégrammes
et pour l'échange des communications interurbaines.
En 1882, l'Administration des postes et des télégraphes
décida d'expérimenter le système de gestion directe
par l'Etat. À laide dun crédit de 250 000 fr
qui fut mis à sa disposition par la loi du 13 juillet 1882, elle
établit de 1883 à 1887 un certain nombre de réseaux,
parmi lesquels ceux de Reims, Roubaix-Tourcoing, Saint-Quentin, Troyes,
Nancy, Dunkerque, Elbeuf, Amiens, Caen, etc.
Le système d'abonnement adopté présentait de notables
différences avec celui appliqué dans les réseaux
de la Société générale des téléphones,
Les abonnés devaient se procurer les appareils nécessaires
à leur service et participer aux frais d'établissement de
la ligne à raison de 15 fr par hectomètre de fil. ; iis
acquittaient, en outre, une somme forfaitaire de 75 fr pour la pose des
appareils et la fourniture des piles.
Par contre, le prix de l'abonnement était fixé à
200 fr dans les réseaux ne comprenant pas plus de 200 abonnés
et à 150 fr dans les réseaux dont le
nombre des abonnés était supérieur à 200.
De même que dans les réseaux exploités par la Société,
les cercles et établissements ouverts au public étaient
soumis à une taxe double de l'abonnement normal.
Les personnes qui souscrivaient plusieurs abonnenents acquittaient 200
fr pour le premier abonnement et 150 fr pour les suivants ; dans les réseaux
de plus de 200 abonnés, le tarif de 150 fr était uniformément
appliqué.
L'abonnement était souscrit pour une année, à l'expiration
de laquelle il se renouvelait par tacite reconduction pour une durée
égale.
Plusieurs abonnés habitant la même maison pouvaient être
desservis par un seul fil, mais cette combinaison n'offrait d'avantage
pour les abonnés qu'au point de vue de l'économie des frais
d'établissement de la ligne.
L'installation dappareils supplémentaires était faite
moyennant le remboursement intégral des dépenses détablissement
majorées de 10 % à
titre de frais généraux et le payement d'une redevance annuelle
fixée à 16 % du total de la valeur des appareils et des
frais d'installation,
La faculté était accordée gratuitement aux abonnés
d'utiliser leur poste téléphonique pour la transmission
et la réception de leurs télégrammes et pour l'échange
des conversations interurbaines.
Les conditions d'abonnement rappelées ci-dessus, aussi bien en
ce qui concerne les réseaux de la Société générale
des téléphones que ceux exploités directemeut par
l'Etat, n'étaient applicables qu'aux postes téléphoniques
installés dans le périmètre du réseau.
Pour les postes situés en dehors de ce périmetre, la section
de ligne extérienre était établie aux conditions
fixées pour les lignes d'intérêt privé (250
fr. par kilomètre de ligne spéciale à un fil, 150
fr. par kilomètre de fil posé sur appuis existants).
Dans les réseaux de la Société, cette section de
ligne donnait lieu au payement à l'État d'une redevance
annuelle d'entretien de 15 fr. par kilomètre de fil et à
un droit d'usage de 25 fr. par kilomètre à calculer au delà
de 1 kilomètre par fraction indivisible de 200 mètres. Dans
les réseaux de l'Etat, il était perçu seulement un
supplément d'abonnement de 25 fr. par kilomètre à
calculer par 200 m indivisibles,
Le tableau suivant montre la situation au 31 décembre 1888 des
réseaux exploités dans les départements par la Société
générale des téléphones et de quelques-uns
des réseaux exploités par l'Etat :
1888 (à gauche ) RÉSEAUX EXPLOITÉS PAR LA SOCIÈTÉ
et RÉSEAUX EXPLOITÉS PAR L'ETAT (à droite)

Ainsi, dans les réseaux exploités par la Société
générale des téléphones (non compris Paris),
on ne comptait que 3 439 abonnés pour une population de 17858 habitants.
soit un abonné par 736 habitants, tandis que dans les villes desservies
par l'Etat le nombre des abonnés s'élevait à 2 041
pour 833 606 habitants, soit un abonné par 408 habitants.
En outre, pour cette comparaison, il faut considérer que l'exploitation
par la Société avait lieu dans les centres les plus importants,
où l'usage du
téléphone devait être plus particulièrement
apprécié, et que les réseanx exploités par
l'Etat étaient de construction plus récente que ceux de
la Société,
Les résultats très satisfaisants de l'essai qu'elle avait
tenté et la préférence nettement marquée du
public en faveur de lexploitation directe par lEtat,
déterminèrent l'Administration des postes et des télégraphes
à se charger elle-même de l'exploitation des teléphoues
et à le poursuivre le développement de ce service, Cette
reprise du services s'imposait encore parce que, la Société
générale jouissant en fait d'un monopole, on ne pouvait
attendre de ce monopole privé les mêmes résultats
que du monopole directement exercé par l'Etat.
Le gouvernement demanda au parlement les ressources nécessaires
au rachat des réseaux de la Société et à l'établissement
des nouveaux réseaux
dont la création était demandée dans de nombreuses
villes, la loi du 16 juillet 1889 autorisa le rachat au moyen d'une avance
faite par la Caisse des dépôts et consignations et, en outre,
introduisit l'ingénieux système des avances dont il est
parlé plus loin. Ces ressources permirent à l'Etat de poursuivre
activement le développement de la téléphonie; on
put ainsi établir et inaugurer 14 réseaux nouveaux en 1890,
58 en 1891, etc.
La généralisation de lexploitation
directe amena l'Administration à étendre son mode dabonnement
en y apportant, toutefois, quelques modifications.
Les nouvelles conditions dabonnement furent fixées par le
décret du 21 septembre 1889.
Les réseaux furent classés en deux catégories : les
réseaux souterrains, dans lesquels les abonnés ne participent
pas aux dépenses détablissement de leurs lignes, et
les réseaux aériens, ou le système de la participation
de labonné aux frais de construction de sa ligne a été
maintenu. Le taux de cette participation demeura fixé à
15 fr par hectomètre indivisible de fil simple.
Labonné devait, dans les deux cas, fournir ses appareils.
La redevance forfaitaire de 75 fr pour linstallation des appareils
et la fourniture des piles fut supprimée.
E n outre, il était établi deux sortes dabonnements
:
Labonnement principal, comportant lusage dune ligne
reliant létablissement de labonné à un
bureau central et dun poste téléphonique ;
Et labonnement supplémentaire, comportant lusage dun
poste relié à un bureau central par l'intermédiaire
de la ligne desservant un poste principal.
Le taux de labonnement principal fut fixé à 300 fr
dans les réseaux souterrains (le réseau de Lyon fut seul
classé dans celte catégorie) et à 200 fr dans les
réseaux aériens. Le tarif de 150 fr fut maintenu pour les
abonnés qui en bénéficiaient dans les anciens réseaux
de lEtat.
Le prix de labonnement supplémentaire, fixé dune
manière générale à 120 fr, pouvait être
réduit à 10 fr lorsque le poste supplémentaire était
destiné à lusage personnel du titulaire du poste principal.
Le taux de la redevance afférente aux appareils accessoires était
élevé à 15 % de la valeur de ces appareils, augmentés
des frais de pose, avec un
minimum de perception de 3 fr. Lexpérience montra bientôt
la nécessité de modifier ou de compléter certaines
des dispositions primitivement adoptées. Le décret du 31
mai 1890 réduisit à la moitié de labonnement
normal la surtaxe imposée aux cercles et établissements
ouverts au public. il abaissa à 1,50 fr par hectomètre de
fil simple le supplément dabonnement applicable aux postes
situés en dehors du périmètre du réseau.
De plus grandes facilités furent accordées pour létablissement
des postes supplémentaires. Précédemment, les postes
de cette nature ne pouvaient être installés que dans l'immeuble
où se trouvait le poste principal Cette condition cessa d'être
exigée, et la concession de postes supplémentaires à
installer à des adresses quelconques fut autorisée moyennant
un abonnement de 120 fr par an et le payement, pour la ligne de raccordement,
de la contribution de 15 fr par hectomètre de fil simple aux frais
de premier Établissement et dune redevance dentretien
fixée à 1,50 fr par hectomètre.
La faculté d'utiliser leur poste pour la transmission des télégrammes
fut maintenue à titre gratuit dans les réscaux aériens
; dans les réseaux souterrains elle fut soumise à une redevance
spéciale de 50 fr par an.
Le tarif d'abonnement de 200 fr qui avait sa légitime raison dêtre
dans les grands centres de population, de commerce ou d'industrie, était
trop élevé dans les villes d'importance secondaire, où
le nombre des abonnés devait rester limité à un chiffre
assez faible et où, par suite, le téléphone ne pouvait
procurer d'aussi grandes facilités.
Pour répondre aux voeux qui avaient été formulés
à cet égard, le montant de l'abonnement fut abaissé
de 200 fr à 150 fr dans les villes de moins de 25 000 habitants,
par décret dn 7 novembre 1890. Le nouveaux besoins ne tardèrent
pas à se manifester. Les villes dont l'importance ne comportait
pas la création d'un réseau local avaient été
dotées de postes publics reliés au réseau général,
les habitants navaient pas intérêt à communiquer
entre eux, Fais certains désiraient vivement pouvoir correspondre
à partir de leur domicile avec les abonnés d'autres villes
par les lignes interurbaines pour leur donner cette facilité, le
décret du 93 mars 1891 autorisa la création de réseaux
à conversations taxées, dans lesquels pouvaient être
délivrés des abonnements du prix de 50 fr par an, comportant
le payement de toutes les conversations demandées à partir
de ce poste d'après les tarifs applicables aux communications émanant
des postes publics.
Les lignes d'abonnement des réseaux à conversations taxées
étaient soumises anx mêmes conditions d'établissement
et d'entretien que celles des réseaux urbains,
La création des réseaux à conversations taxées
aida puissamment à la propagation du téléphone; le
nombre des réseaux en service, qui était de 54 au 1er janvier
1881, s'élevait à 112 au 1er janvier 1882, à 185
au 1 janvier 1893, etc.
Des décrets en date des 5 et 7 septembre 1895, complétés
par un arrêté ministériel du 20 décembre suivant,
apportèrent de nouvelles modifications aux régimes d'abonnement.
Les tarifs antérieurs de l'abonnement principal furent modifiés
par la suppression de la surtaxe de moitié qui était imposée
aux cercles et aux établissements ouverts au public, la taxe afférente
aux communications locales échangées à l'intérieur
d'un même réseau fut abaissée de 50 à 25 centimes.
La concession de postes secondaires et de postes supplémentaires
à installer dans le même immeuble que le poste principal
ou dans un immeuble différent fnt autorisée dans les réseaux
à conversations taxées, où elle navait pas
été admise jusqu'alors. Les lignes destinées à
desservir ces postes furent soumises aux conditions d'établissement
et d'entretien admises pour les lignes de mêmes catégories
des réseaux à abonnement.
Les tarifs des abonnements secondaires et supplémentaires étaient
fixés comme il suit :
Réseaux à abonnement :
- Abonnement secondaire, 120 fr.
- Abonnement supplémentaire, 40 [r.
Réseaux à conversations taxées :
- Abonnement secondaire, 50 fv.
- Abonnement supplémentaire, 30 fr.
De nouvelles améliorations dun caractère essentiellement
libéral ont été apportées aux conditions d'abonnement
par le décret du 16 novembre 1897.
La classification des réseaux en « réseaux à
abonuement » et en « réseaux à conversations
taxées » fut supprimée, et cette mesure eut pour corollaire
l'admission dans un même réseau des deux modes d'abonnement
jusqu'alors appliqués séparément, suivant la catégorie
des réseaux.
La faculté était ainsi donnée aux abonnés
de contracter à leur gré soit un abonnement forfaitaire
conférant la gratuité pour les conversations demandées
par le titulaire avec tous ses co abonnés du réseau local,
soit un abonnement à conversations taxées comportant le
payement, pour les conversations locales demandées par le titulaire,
dune taxe qui était réduite à 15 centimes pour
une durée de trois minutes.
En raison des difficultés d'exploitation que pouvait occasionner
le comptage des communications dans les réseaux importants, où
les relations téléphoniques sont très actives, le
décret du 16 novembre 1897 limitait l'admission du mode d'abonnement
à conversations taxées aux réseaux des villes de
moins de 60000 habitants. L'expérience avant permis de reconnaître
la possibilité d'étendre la mesure aux villes de moins de
86 000 habitants, cette extension fut autorisée par un décret
du 22 septembre 1899.
Enfin, un arrêté ministériel, en date du 17 août
1899, à modifié comme il suit les tarifs détablissement
applicables aux lignes d'abonnement :
1° 15 fr par hectomètre de fil simple pour les lignes établies
à simple fil;
2° 10 fr par hectomètre de fl simple pour le doublement intérieur
des lignes primitivement à simple fil; 36 90 fr par hectomètre
de ligne établie à double fil.
(Réduction dn tiers sur le tarif antérieur.)
Ce même arrêté à abaissé le taux dé
la redevance d'entretien exigible pour les appareils accessoires de 15
% à 5 % de la valeur de ces appareils et
à réduit à 1 fr le minimum de perception,
Le tableau suivant indique la progression par année du nombre des
réseaux téléphoniques établis dans les départements
et du nombre des postes concédés dans ces réseaux
:
Développement de la téléphonie urbaine en France
(sauf Paris)
Au fur et à mesure que les tarifs se simplifient et se réduisent,
le nombre des ahonnés augmente, et cet accroissement couvre, et
an delà, les diminutions de recettes qui auraient pu résulter
des modérations de taxe introduites,
Groupes téléphoniques.
L'organisation des réseaux urbains ne tarda pas à
être complétée par l'établissement de circuits
téléphoniques permettant de correspondre entre des villes
différentes, Entre ces deux extrêmes de l'exploitation téléphonique,
les communications à l'intérieur des villes et les communications
par lignes à longue distance, il y avait place pour un système
de communications intermédiaires,
Il importait, en effet, de faciliter dans la plus large mesure l'emploi
du téléphone dans les relations entre certains centres et
des localités voisines ayant les mêmes besoins et vivant
de la même vie économique, en prenant, par exemple, Paris
et Saint-Denis, Asnières, etc., ou Lyon et Villeurbanne, etc.,
on conçoit aisément qu'en raison de l'activité des
relations téléphoniques entre des villes ainsi placées
dans une dépendance réciproque au point de vue des affaires
ou de la villégiature, l'application dune taxe à chaque
communication imposerait aux abonnés faisant un large usage du
téléphone des dépenses réellement exagérées.
C'est en vue de répondre à des considérations de
cet ordre que fut autorisée, par un arrêté du-8 décembre
1885, la création de réseaux dits « réseaux
annexes », rattachés à un réseau principal
exploité par l'Etat, de manière à former un groupe
téléphonique, les réseaux de cette catégorie
ne pouvaient être établis que dans un rayon de 25 km du centre
dattache. En outre, un minimum de cinq souscriptions était
exigé.
Les abonnés des réseaux annexes avaient à payer les
mêmes frais détablissement de ligne que les abonnés
des réseaux principaux, ils acquittaient
l'abonnement normal du réseau centre du groupe (200 fr on 150 fr),
augmenté d'un supplément de 10 fr par km de ligne reliant
le bureau central annexe au bureau central principal.
Les abonnés de groupe des différents réseaux compris
dans on même gronpe correspondaient gratuitement entre eux.
Des réseaux annexes furent créés dans ces conditions
autour des réseaux principaux de Dunkerque,Fourmies, Lille et Reims.
La Société générale des téléphones
avait été autorisée à organiser des réseaux
suburbains autour des réseaux exploités par elle et à
relier ces réseaux entre eux; mais les tarifs d'abonnement prévus
étaient trop élevés, et, en fait, aucun réseau
suburbain ne fut établi.
Après le rachat des réseaux de la Société
générale des téléphones, l'Administration
des postes et des télégraphes poursuivit-la constitution
de nouveaux groupes en conformité d'un décret du 18 janvier
1890,
Pour les amateurs de télégraphie :
II - Historique de la télégraphie
en France en 1900
Le sous-secrétariat d'Etat des Postes el des Télégraphes
à publié dans le Journal officiel un rapport sur la situalion
des postes et des télégraphes
à loccasion de l'Exposition universelle de 1900. Nous empruntons
à ce document les renseignements suivants concernant le télégraphe.
C'est dans le second quart du siècle qui s'achève qu'est
née la télégraphie électrique. L'idée
d'employer l'électricité pour transmettre la pensée
à
destinée est plus ancienne : elle remonte à la fin du XVIII
siècle, Chappe lui-même, dans ses premiers essais de télégraphie,
avait employé lélectricité et les horloges
harmonisées : l'agent moteur et le principe de nos appareils actuels.
Ce nest toutefois qu'après la découverte de la pile
par Volta, qu'après les travaux d'Oersted, d'Ampère et de
tant d'autres savants, que parurent les premières lignes télégraphiques
et que les premiers appareils permettant pratiquement de transmettre des
télégrammes furent mis en service par Cooke et Wheatstone
en Angleterre.
Création et développement du service en France.
L'adoption du service naissant fut chose assez laborieuse en France. Le
gouvernement possédait dans la télégraphie aérienne
de Chappe (1763-1805) uné organisation qui n'existait dans aucun
autre pays, se développant sur 5600 km et pénétrant
dans 24 villes, et qui lui avait rendu, malgré quelques défaillances
passagères, les plus signalés services,
Grâce à l'éloquence communicative et la conviction
profonde d'Arago, les crédits nécessaires à des essais
de transmission électrique furent cependant obtenus : les expériences
effectuées en 1845 entre Paris et Rouen furent des plus satisfaisantes,
Ce n'est cependant qu'à partir du 1er mars 1851 que le public,
en exécution de la loi du 29 novembre 1850, put expédier
des télégrammes privés.
Mais si nous nous mîmes tard à l'uvre, lexécution
de celle-ci, une fois entreprise, fut poursuivie, sinon en certains moments,
avec toute la vigueur qu'on aurait pu souhaiter, du moins avec persévérance.
Le développement du réseau télégraphique fit
l'objet de plusicurs plans d'ensemble qui furent exécutés
successivement. Le premier arrêté en 1852,
prévoyait l'installation du télégraphe dans toutes
les préfectures et, autant que possible, dans les sous préfectures
et dans quelques autres grandes villes.
Le 14 janvier 1855, la dernière préfecture du territoire,
Mende, était pourvue dun bureau télégraphique.
La même année, le câble de la Spezzia,en Corse, était
immergé et le bureau d'Ajaccio inauguré (15 avril 1855).
Cest en 1861 que fut élaboré le programme comportant
l'établissement d'un télégraphe dans tous les chefs-lieux
de canton, aujourd'hui, la ligne télégraphique pénètre
non seulement dans tous les chefs lieux de canton (à l'exception
de 8, dont 4 en Corse), mais encore dans un grand nombre de simples communes.
Les localités qui ne possèdent pas encore le télégraphe
peuvent d'ailleurs obtenir linstallation d'un bureau en participant
aux dépenses. L'Administration s'efforce de réduire cette
participation chaque fois qu'une circonstance favorable se présente.
Actuellement, les communes contribuent aux frais d'établissement
du fil qui doit les relier au réseauà raison de 100 fr on
de 50 fr par km, suivant que ce fil est à poser sur appuis à
établir ou sur appuis existants, Cette contribution est réduite
de moitié quand la commune est chef-lieu de canton. Si, ultérieurement,
le fil est utilisé par une autre commune, celle-ci rembourse à
la première la moitié de la dépense qu'elle à
supportée.
En outre, les communes versent 250 fr pour les appareils; toutefois, cette
contribution n'est pas exigée des chefs-lieux de canton, des localités
gîtes d'étapes ou sièges d'un établissement
postal complet ou d'une brigade de gendarmerie. En outre, s'il n'existe
pas de bureau de poste dans la commune, les intéressés doivent
fournir un local propre à l'installation du service. La charge
la plus lourde qui soit imposée aux communes est l'obligation pour
elles d'assurer, à leurs frais, la remise gratuite des télégrammes
dans le lien d'arrivée; la nécessité de cet engagement
est de beauconp la plus importante des causes qui s'opposentà une
extension plus rapide du réseau télégraphique dans
nos campagnes.
Lorsqu'il s'agit d'un bureau à desservir
par des appareils téléphoniques, la commune, si elle le
préfère, peut être reliée au réseau
par une ligne dont
elle avance tons les frais d'établissement; cette avance lui est
remboursée à l'aide d'une surtaxe de 25 centimes appliquée
à chaque télégramme originaire où à
destination de la commune.
L'Administration n'a d'ailleurs pas manqué d'utiliser, pour la
correspondance télégraphique privée, les lignes établies
pour des besoins spéciaux, notamment celles des compagnies de chemins
de fer, des canaux et rivières, les lignes militaires, Les 139
sémaphores placés sur les bords de la mer sont tous reliés,
pour les besoins de leur service spécial, par des lignes télégraphiques
au réseau général; ces lignes de raccordement sont
employées également pour échanger des correspondances
privées entre les bâtiments en vue et les bureaux de l'intérieur.
Le prix de la transmission télégraphique entre un navire
en mer et un sémaphore, ou inversement, est de 5 centimes par mot
avec minimum de perception de 56 centimes, Cette taxe s'ajoute. bien entendu,
à celle afférente au parcours terrestre.
Câbles sous-marins.
La mise en communication télégraphique des continents
à travers les mers n'est pas une des découvertes du xix
èm siècle qui aient eu moins d'influence sur les relations
économiques des peuples. La prépondérance commerciale
de Londres est due, pour une large part, à ce puissant réseau
sous-marin dont l'habileté britannique a su enserrer le monde et
qui converge vers la capitale anglaise. Schilling eut le premier l'idêe
de protéger par un isolant un fil métallique avant de l'immerger
dans l'eau pour l'employer comme conducteur, De nombreux procédés
d'isolement furent suggérés, notamment par Morse, Wheatstone,
Jakobi, Ce n'est qu'en 1845 que le docteur Werner Siemens indiqua
la gutta-percha comme constituant un isolant excellent et fit connaître
la manière de lemployer pour cet usage.
Le 28 août 1850 eut lieu, entre Calais et Douvres, l'immersion du
premier câble destiné à faire un service régulier.
(Il était simplement constitué par un fil de cuivre de 2
mm de diamètre revêtu de gutta sur une épaisseur de
5,17 mm. Les portions destinées à reposer sur les rives
étaient enveloppées d'une gaine de plomb, Un tel câble
n'offrait aucune résistance métallique ; il fut brisé
moins de vingt-quatre heures après sa pose ; mais son existence
éphémère avait suffi pour établir la possibilité
des transmissions télégraphiques sous-marines.
En 1851, l'opération fut reprise dans des conditions nouvelles
par la société anglaise reconstituée, le câble
se composait de 4 fils de cuivre de 1,5 mm de diamètre recouverts
chacun d'une double gaine de gutta-percha et maintenus en un seul faisceau
par des cordes de chanvre goudronnées. Le tout était enveloppé,
suivant le procédé imaginé par Keeper et encore en
usage aujourd'hui, d'une armature de fils de fer enroulés en hélice
autour de l'âme centrale.
L'immersion fut laborieuse, mais achevée victorieusement le 30
septembre 1851. Ce doyen des câbles sous-marins a encore ses quatre
lignes en
service aujourd'hui; il est vrai qu'il a subi de nombreuses réparations,
que diverses longues sections ont été remplacées
et qu'il est immergé par de faibles profondeurs.
Ce premier résultat enhardit les capitalistes, les savants et les
industriels anglais, qui voulurent faire plus grand et aller plus loin.
Cest alors que commencèrent ces tentatives répétées,
enfin couronnées de succès après des efforts gigantesques,
pour relier d'abord la France à lAlgérie, puis l'Irlande
à l'Amérique.
Aujourd'hui, un faisceau très dense de lignes sous-marines appartenant
presque toutes à des compagnies anglaises est immergé au
lond des mers, et sa valeur dépasse 1 milliard de francs. Son développement
est supérieur à 345 0600 km. De 1889 à 1899, il n'a
pas été immergé moins de 100 000 kn de lignes sous-marines.
Toutefois, le globe ne possède pas encore une ceinture complète
de câbles sous-marins, et il existe une large lacune dans le Pacifique,
entre l'Amérique, dune part, et l'Asie ou lAustralie
d'autre part; mais les temps sont proches où le cercle sera complètement
fermé.
L'Administration française est celle des administrations d'Etat
qui, de beaucoup, possède la plus grande longueur de câbles
: 9325 km.
Son réseau s'est développé très notablement
dans les dix dernières années. En 1889, la France possédait
seulement les câbles reliant les îles du littoral, la Corse
et l'Algérie (par trois câbles) à la métropole,
la Corse à lItalie et à la Sardaigne et quelques câbles
sur les côtes de la Tunisie. Depuis cette époque ont été
immergés les câbles de Marseille à Oran, de Marseille
à Tunis, d'Obock à Djibonti, de Mozambique à Majunga,
et l'Administration française est devenue propriétaire de
compte à demi avec l'Office anglais, des câbles reliant la
France à la Grande-Bretagne. Nous avons, en outre, la nue propriété
du câble Ténériffe-Saint-Louis ; la jouissance complète
nous appartiendra en 1908.
Non seulement la France est propriétaire de câbles, mais
elle accorde de larges subventions à un certain nombre de lignes
assurant nos communications avec l'étranger ou reliant nos colonies
au résean général.
Des sociétés françaises ont essayé à
plusieurs reprises d'exploiter des lignes sous-marines; les premières
ont brillamment réussi, mais se sont laissé
absorber par des compagnies étrangères ; les suivantes ont
été moins heureuses, De ce passé, il reste aujourd'hui
l'importante « Compagnie française des câbles télégraphiques
», qui possède un réseau étendu mesurant près
de 25 000 km. Elle reçoit d'importantes subventions de notre pays
el des allocations de certains autres états desservis par ses lignes.
Le plus grand nombre de ses lignes à été posé
depuis 1889, notamment la ligne qui relie Cayenne au réseau général,
immergée en 1891 ; celle reliant la Nouvelle-Calédonie à
lAustralie, établie en 1893, et les plus importantes de tontes
qui mettent en communication directe Brest avec le cap Cod et New-York
et New-York avec les Antilles françaises et datent seulement de
1897-98-99. Un point intéressant à noter est que les câbles
de cette société ont été, pour la plupart,
construits par des usines françaises et posés par des bateaux
français.
Règles du service intérieur,
La loi du 29 novembre 1850, qui met le télégraphe
à la disposition du public, énonce les principes généraux
comme le droit, égal pour tous, de faire usage du télégraphe
de l'état, l'irresponsabilité de celui-ci en matière
de correspondances télégraphiques, le droit d'exercer un
contrôle sur le contenu des télégrammes, etc. Ce sont
quatre décrets, pris en 1852, 1867, 1881 el 1894 qui ont successivement
fixé les clauses de détail, leur étude détaillée
nous ferait sortir du cadre de ce résumé: l'énonciation
à grands traits des modifications libérales apportées
au règlement par le décret de 1894 nous fera connaître
les progrès réalisés depuis 1889, Les expéditeurs
sont autorisés à ne plus donner leur nom et leur adresse
au moment du dépôt du télégramme, qui peut,
d'ailleurs, ne plus être signé. Les télégrammes
en langage secret seront taxés dans les mêmes conditions
que les télégrammes ordinaires. Le télégraphe
peut être employé sans frais pour le public pour la rectification
des mandats postaux mal libellés. Le prix du mandat télégraphique
est abaissé de 0,45 fr, La durée de validité des
bons de réponse payée est portée de huit jours à
six semaines. La taxe des télégrammes non parvenus ou parvenus
après un délai supérieur à douze heures par
suite d'une faute de service est remboursée à l'expéditeur.
etc.
Tarifs télégraphiques intérieurs.
Si, depuis plus de 22 ans, la taxe télégraphique
française interne n'a pas varié, il n'en a pas été
de même dans les vingt cinq ans qui ont précédé,
Les premiers systèmes de la tarification tenaient compte de la
distance et étaient, par suite, compliqués dans leur application.
Ils donnaient des taxes prohibitives entre villes très éloignées
: par exemple, entre Calais et Marseille, la taxe d'un télégramme
de vingt mots. fut successivement de 18,44 fr (1850), 14,95 fr (1853),
13,30 fr (1854) et 11 fr (1856). Ce n'est qu'en 1861 que les taxes furent
fixées à un taux indépendant de la distance: 2 fr
pour vingt mots entre deux bureaux appartenant à des départements
différents et 1 fr entre bureaux d'un même département.
Ces taxes furent respectivement réduites de 50 % (loi du 4 juillet
1868) puis majorées de 0,50 fr et 0,10 fr (loi du 29 mars 1872).
Enfin, la loi du 21 mars 1878 à fixé la taxe à 0,05
fr par mot avec minimum de perception de 0,50 fr.
La même loi permet de fixer par décret les taxes urbaines,
sous-marines et accessoires. C'est par application de cette disposition
que des décrets successifs ont fixé la taxe des télégrammes
échangés entre la France et l'Algérie. Sans nous
arrêter à une phase intermédiaire, cependant intéressante,
nous rappellerons seulement que la taxe était, en 1889, de 0,10
fr par mot avec minimum de perception de 1 fr et qu'elle n'est plus aujourd'hui
que de 0,05 fr par mot avec minimum de perceplion de 0,50 fr ; toute fois,
la priorité de transmission est assurée sur les câbles
franco-algériens aux télégrammes qui acquittent une
taxe double,
Il n'existe donc plus de surtaxe pour le transit par des lignes dont chacune
ne vaut pas moins de 2 millions de francs ; on a peine à croire
que trente-cinq ans seulement nous séparent de l'époque
où un télégramme de vingt mots de Paris pour Alger
coûtait 25fr,
Ces taxes normales sont dailleurs, aux termes de la loi du 5 avril
1878, susceptibles de réduction lorsque la transmission des dépêches
télégraphiques seffectue en deiors des conditions
ordinaires établies pour lapplication des taxes télégraphiques.
Cest ainsi que l'usage des fils loués à des journaux
donna lieu d'abord à l'application d'une taxe de 50 fr par heure
; celle-ci fut réduite ensuite à 30 fr (août 1890)
puis enfin à 18 fr (juin 1895) avec perception de 9 fr au minimum,
Si le fil a été établi avec la participation pécuniaire
du journal, la redevance horaire est réduite à 10 fr, Enfin,
lorsque les deux extrémités de la ligne aboutissent dans
des locaux appartenant au journal. celui-ci ne paie plus de redevance
horaire, mais acquitte un droit de 25 fr par kilomètre, quelle
que soit l'importance des transmissions qu'il efféctue durant les
dix-neuf heures par jour où le fil est à sa disposition.
La presse jouit ainsi, pour la transitassions télégraphique
des nouvelles, d'un tarif extrémement modéré: 24
journaux sont actuellement titulaires de contrats d'utilisation de fils,
Par une interprétation libérale de la loi les télégrammes
adressés aux journaux destinés à être publiés
et acheminés dans les conditions normales bénéficient
d'une réduction de 50 % sur le tarif ordinaire des télégrammes
privés.
L'emploi d'une ligne privée reliant deux établissements
appartenant à la même personne ou à des personnes
cointéressées est soumis à uu droit d'usage kilométrique
qui, de 50 fr à l'origine (1859), fut ramené à 25
fr en 1882 et enfin à 15 fr en 1892,
Règles du service international.
C'est à notre pays que revient l'honneur d'avoir créé
l'Union télégraphique universelle, précédant
de dix ans l'Union postale, en convoquant, en 1865, à Paris, les
représentants de tous les pays qui exploitaient des lignes télégraphiques,
pour élaborer un règlement qui fut successivement révisé
et mis au courant des progrès de la Science à Vienne en
1868, à Rome en 1852, À Saint-Pétersbourg en 1875,
à Londres en 18-9, à Berlin en 1885, à Paris en.
1890 et à Budapest en 1896, La prochaine réunion aura lieu
à Londres en 1901. En étudiant successivement chacun de
ces règlements, on se rendrait compte des progrès successifs
réalisés depuis l'origine par l'exploitation télégraphique,
mais nous devons nous borner à examiner sommairement les modifications
apportées par les deux dernières conférences anx
travaux de leurs devancières, et nous aurons ainsi établi
le bilan des améliorations introduites entre 1889 et 1900,
L'uvre de la conférence de Paris 1890 fut surtout un travail
de coordination. Les additions faites successivement au premier texte,
arrêté en 1865, avaient rendu le règlement obscur,
et il ne remplissait plus les conditions dordre nécessaires
pour éviter les interprétations divergentes; les délégués
de 1890 remédièrent à cet état de choses;
leur attention se porta, en outre, d'une manière toute spéciale
sur la question des tarifs.
C'est cette mème question de la réduction des tarifs qui
préoccupa le plus vivement les conférents de Budapest.
La conférence de 1896 introduisit dans le règlement de nombreuses
améliorations dans l'exécution du service, dont le public
profite indirectement
; eÎle assimila les télégrammes du régime extra
européen à ceux du régime européen, ce qui
équivaut à un abaissement des taxes; elle décida
que les bons de réponse non utilisés seraient remboursés;
elle réduisit les délais de remise à partir desquels
le remboursement doit être effectué, etc.
Tarifs télégraphiques internationaunx,
Les règles qui président à la fixation des
taxes internationales sont minutieusement développées dans
le règlement international : ce n'est pas ici le lieu de les énoncer.
Les taxes élémentaires furent à l'origine établies
par vingt mots; une pareille base avait pour conséquence la fixation
de taxes prohibitives pour les télégrammes échangés
entre pays éloignés et plus nombreux de jour en jour par
suite de l'immersion de câbles sous-marins dans toutes les directions,
On fut par suite amené à admettre, pour les relations avec
les pays extra-européens, une taxe par dix mots et bientôt
mème par mot (d'abord avec l Amérique en 1854). Enfin, la
conférence de Londres introduisit la taxe par mot dans toutes les
relations internationales,
Remise des télégrammes,
La remise des télégrammes à domicile dans
le lieu d'arrivée, qui, au début de la télégraphie,
donnait lien à une perception de 1 fr pour Paris et de 50 centimes
pour les départements, est aujourd'hui gratuite. En dehors du lieu
d'arrivée, elle se fait sans frais pour les intéressés
si elle est effectuée par la voie postale et contre paiement de
frais d'exprès si elle est faite par un porteur spécial,
Le tarif du port par exprès, longtemps fixé à 50
centimes par km, à été réduit en 1894 à
30 centimes pour chaque kilomètre en sus du premier, Le nombre
des télégrammes portés par exprès en 1899
a été de 615591 ayant donné lieu à un parcours
de 2145953 (soit 3,5 km par télégramme) et à une
perception de 765 844,10 fr (soit 1,25 fr par télégramme).
Pour activer la remise des dépêches, l'administration a,
depuis trois ou quatre ans, accordé une allocation mensuelle de
15 fr aux facteurs qui effectuent leurs courses à bicyclette dans
toutes les villes où l'usage de ce moyen de locomotion est avantageux;
l'allocation spéciale est actuellement accordée à
522 facteurs sur 3052 distributeurs existant en France (non compris les
porteurs des bureaux municipaux).
L'établissement et protection des lignes.
La loi du 28 juillet 1885 fixe les droits et les devoirs de l'Etat
en matière d'établissement des lignes télégraphiques
et téléphoniques. La loi du 27 décembre 1851 et l'article
257 du Code pénal déterminent les pénalités
applicables aux auteurs des atteintes portées aux lignes une fois
établies. Toutes ces dispositions sont antérieures à
1889; depuis cette dernière époque, la législation
est intervenue pour régler la situation respective des lignes télégraphiques
et téléphoniques et des lignes de transport d'énergie
électrique. En outre, il à paru bon dans un intérêt
de sécurité publique
de soumettre au contrôle de l'Etat l'établissement de ces
dernières, Ces diverses questions sont réglées par
la loi du 45 juin 1895, qui confie aux préfets le soin de délivrer
les autorisations d'établissement des lignes de transport d'énergie
électrique après avis technique des ingénieurs des
postes et télégraphes. Les préfets agissent en la
circonstance d'après les instructions qui leur sont données
par le ministre des postes el des télégraphes, dont l'opinion
est éclairée par lavis dun comité d'électricité
permanent qui, aux termes de la loi, est composé pour une moitié
de représentants professionnels des grandes industries électriques
de France ou des industriels faisant application de l'électricité.
En ce qui concerne les mesures à prendre pour soustraire les lignes
télégraphiques et téléphoniques aux influences
perturbatrices des lignes de transport d'énergie, la loi consacre
la théorie du premier occupant, c'est-à-dire met les frais
à la charge du propriétaire de la ligne qui s'établit
en second lieu.
Statistique de la télégraphie en France (métropole).
Dans un tableau détaillé, le rapport donne la statistique
générale des télégraphes français à
différentes époques, en partant de 1852 et allant jusqu'à
la tin de 1899. Nous ne citerons que les données relatives à
1852, 1889 el 1899. Les chiffres concernant cette dernière année
sont provisoires.
Les fils urbains ne sont pas compris dans cette statistique, pas plus
que ceux des Compagnies de chemins de fer. Pour avoir une idée
exacte du traffic, il faudrait ajouter au nombre des télégrammes
privés intérieurs de 1899, 4 603 138 télégrammes
officiels qui, s'ils avaient été soumis à la taxe,
auraient donné un produit de 4 660 982 fr et tenir compte, en outre,
des 1 551 271 télégrammes échangés entre les
bureaux pour assurer l'exécution même du service télégraphique.
La France (métropole) possède actuellement un bureau télégraphique
par 3001 habitants et par 41,7 km2, au lieu de 1 bureau par 3 910 habitants
et par 54,4 km2 en 1889, En moyenne, 1 b:ureau dessert 30 km de fils,
taxe 1 957 télégrammes et en distribue 1947- Chaque habitant
expédie annuellement 0,86 télégramme intérieur
et 0,074 télégramme international et reçoit 0.067
télégramme international. Le produit moyen par bureau, en
1899, à été de 2 890 fr et par kilomètre de
fil de 97 fr; il atteignait 3 639 fr par bureau en 1889. La taxe d'un
télégramme intérieur ressort en moyenne à
0,670 fr ; elle était de 6,618 fr en 1889. Le nombre total des
transmissions dans les bureaux télégraphiques de l'État
français à atteint le chiffre énorme de 1989680700
pendant lannée 1899.
Télégraphie pneumatique,
Les lignes télégraphiques qui mettent Paris en communication
avec l'univers aboutissent au poste central des télégraphes
(103, rue de Grenelle) ou, pour quelques-unes seulement, au bureau télégraphique
du pulais de la Bourse.
C'est donc vers l'au ou l'autre de ces postes centraux qu'il faut faire
converger les 21 000 télégrammes qui sont déposés
quotidiennement dans les 113 bureaux télégraphiques de Paris
à destination de la France et de l'étranger. Inversement,
les 19 000 dépêches reçues journellement dans les
deux grands centres et venant de tous les pays du monde doivent être
dirigées chacune sur le bureau de la ville le plus voisin du domicile
du destinataire pour être, par les soins de l'un des facteurs attachés
à ce bureau, remises à l'intéressé.
Au début de la télégraphie, ces échanges entre
les bureaux centraux et les bureaux de quartier se firent par les lignes
électriques ; mais en présence de l'accroissement du trafic,
il fallut bientôt renoncer à ce moyen devenu insuffisant
même avec l'emploi dappareils à grand rendement: on
eut recours aux vélocipèdes, aux tilburys, et finalement
on adopta le transport par les tubes pneumatiques.
La télégraphie pneumatique ne constitue pas, à proprement
parler, une méthode télégraphique de transmission,
puisqu'elle comporte le transport matériel de l'objet de correspondance.
Les premières lignes de tubes ont été établies
à Londres en 1854 par Latimer Clark, qui faisait le vide en avant
de la boîte, tandis que sur l'autre face s'exerçait la pression
atmosphérique. La force utilisée dans cette première
installation était de 8 chevaux.
Vers 1865, C.-F. Varley songea à comprimer l'air en arrière
de la boîte. Le système a été introduit à
Paris en 1868 avec 9 bureaux de tubes et 14083 m de lignes pneumatiques;
en 1889, le nombre des bureaux s'élevait à 92, la longueur
des lignes à 200000 m, et le nombre des télégrammes
ayant circulé par les tubes était de 16 985 981 : la force
en chevaux dont disposait l'ensemble des centres était de 470.
En 1899, cette dernière s'élevant à 1350, le nombre
des bureaux à 106 et la longueur des lignes à 259 289, le
nombre des télégrammes paraît diminuer: il n'est indiqué
que 10 280 260.
Les bureaux dont le trafic était particulièrement important
furent seuls, à l'origine, raccordés au réseau des
tubes pneumatiques; peu à peu le nombre des bureaux reliés
s'augmenta et, en 1879, l'Administration décida de faire pénétrer
les tubes dans tous les bureaux de Paris; ce résultat fut atteint
en 1883. Depuis cette époque, chaque nouveau bureau ouvert dans
la capitale est doté de tubes pneumatiques.
Il existe quelques lignes de tubes pneumatiques dans les départements:
à Lyon, Marseille, etc., mais elles n'ont quun développement
très limité et
ne pénètrent que dans un très petit nombre de bureaux
de ces villes.
Service télégraphique urbain à Paris, Cartes et enveloppes
pneumatiques.
L'Administration, en reliant tous les bureaux de Paris au réseau
pneumatique, avait en vue non seulement d'assurer l'acheminement
des télégrammes de ou pour la province et létranger,
mais encorede créer une nouvelle catégorie de correspondances
: les cartes et enveloppes pneumatiques, qui constituent une véritable
poste accélérée et rendent les plus grands services
à la population parisienne.
Les cartes acquittent depuis 1880 une taxe de 30 centimes ou de 50 centimes,
suivant qu'elles sont ouvertes ou fermées; les taxes avaient été
fixées à l'origine (1879) à 50 centimes et 75 centimes;
le prix est doublé si la carte contient une formule pour la réponse.
Les enveloppes, qui ne doivent contenir aucun corps dur, ont été
créées en 1885; leur prix, fixé au début à
75 centimes, abaissé à 60 centimes en 1886, à été
réduit à 50 centimes en 1896, Tout d'abord, le poids maximum
de l'enveloppe et de son contenu avait été limité
à 7 grammes; le maximum à été porté
à 30 grammes en 1895 et la taxe fixée à 1 fr lorsque
le poids est compris entre 7 et 15 grammes et à 1,50 fr lorsque
le poids excède 15 grammes. Les correspondances d'un poids supérieur
à 30 grammes ne peuvent pas être expédiées
par les tubes,
Il sécoule en moyenne une heure un quart à une heure
et demie entre le moment du dépôt et celui de la remise d'une
carte ou enveloppe à acheminer par tube.
Les tubes sont employés pour l'acheminement des lettres ou cartes
postales déposées en dernière limite d'heure; ces
objets acquittent alors la taxe postale majorée de la taxe des
correspondances pneumatiques.
Les habitants de la banlieue parisienne peuvent déposer les cartes
et enveloppes pneumatiques à distribuer dans la capitale dans des
boîtes fixées aux tramways de pénétration,
Ces boîtes sont remises par les agents des tramways au premier bureau
de Paris devant lequel passe la voiture, et leur contenu est acheminé
de là à destination par la voie des tubes.
Cartes et enveloppes pneumatiques à Paris.
Années .....................1880 ......... 1885 ........1889 ..........1892
........... 1895 ..........1899
Nombre ............... 458945 .....2781730 ....4033049 ....3955089 ......4262487
..... 4682615
Le faible développement des lignes de tubes pneumatiques à
Lyon et à Marseille n'a pas permis l'organisation d'un service
analogue à celui qui existe à Paris,
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