La technique a connu diverses évolutions, notamment
labandon du système optique de Chappe pour transmettre
de l'information.
2e EMPIRE - Télégramme du 2 MARS 1864 - Formule bleue
n°324 Blason impérial posé sur sceptre et main de
justice entrecroisées, le tout surmonté du manteau impérial.
Du Havre à PARIS - Oblitération "ADMINISTRATION DES
LIGNES TELEGRAPHIQUES BUREAU DE L'HOTEL DE VILLE
Le premier télégramme par le télégraphe
électrique émis au monde date du 28 mai 1844. Il a été
envoyé par son créateur, l'américain Samuel Morse.
Année 1850, en France d'abord réservé à
un usage militaire, les préfectures s'équipent peu à
peu du télégraphe électrique.
A l'initiative de Napoléon III, Paris fut doté
en 1868 d'un réseau de tubes souterrain permettant de soulager
celui de la jeune télégraphie électrique
complètement saturée. Le «petit bleu» ou télégraphe pneumatique
était tout simplement une autre forme de transport de télégrammes.
Huit ateliers de machines à vapeur et de pompes à air
produisent de l'air comprimé qui permet de propulser des «cartouches»
contenant des télégrammes à une vitesse foudroyante,
jusqu'à 10 m/seconde, dans tous les bureaux de poste de la ville.
La réforme tarifaire en 1879 (tarif appliqué à
la carte et non plus selon le nombre de mots) sur les télégrammes
acheminés par tube pneumatique met en place plusieurs types de
télégrammes dont des cartes pneumatiques imprimées
sur du papier de couleur bleu-gris.
De là, les préposés (eux-mêmes appelés
familièrement les «petits bleus») distribuent aussitôt
les messages à domicile. Pneumatique vient tout simplement du
grec «pneuma» qui veut dire «le souffle», puisque
le système est fondé sur la différence de pressions
envoyée dans les tubes. Le réseau atteindra 465 km dans
les années 1960.
En France le télégramme télégraphique
de la poste a été lancé en 1879. À l'époque,
c'était le moyen le plus rapide d'envoyer un message écrit.
La bande de papier recueillie au bureau d'arrivée était
collée sur un formulaire spécial : le télégramme
ainsi obtenu était porté et remis en main propre au domicile
du destinataire. Le formulaire des télégrammes était
bleu clair : on appelait familièrement un télégramme
un « petit bleu ».
Le télégramme était coûteux : l'expéditeur
payait au nombre de mots et le texte du message était réduit
au minimum : on parlait de « style télégraphique
». On n'y avait recours que dans les grandes occasions : une naissance,
une arrivée imprévue, mais souvent aussi un accident ou
un décès. La réception d'un télégramme
causait toujours une vive émotion.
1899
La photo démontre un télégramme qui annonçait
larmistice en 1918
Télégramme italien de 1933 : un message de Benito Mussolini
à l'amiral Burzagli.
Mais dans les faits, il ne restait rien du papier bleu
plié, le service assurant la transmission du message par téléphone
sous forme de « télégramme vocal », doublé
dun courrier. Les derniers moyens de communication auront eu raison
du concept, même sil restait utilisé par les entreprises
pour sa valeur juridique.
Avant le télégraphe, pour envoyer un télégramme,
au début il fallait dabord se rendre en gare ou en mairie
pour formuler un télégramme qui était acheminé
par la poste et les facteurs. Avec l'arrivée du télégraphe en France les
messages étaient transmis électriquement du bureau de
poste jusqu'à la poste destinatrice, puis par le petit télégraphiste.
Au départ, les administrations postales et télégraphiques
étaient séparées et indépendantes : le télégraphe
relève du ministère de lIntérieur et la poste
du ministère des Finances.
Brièvement réunies en 1870 pendant la guerre franco-prussienne,
elles fusionnent, non sans résistance, avec la création
en 1879 du ministère des
Postes et des Télégraphes, à linitiative
dAdolphe Cochery, premier ministre des
« P. et T ».
Dorénavant, cest du bureau de poste que lon envoie
son télégramme.
Pour les particuliers, le télégramme devient le vecteur
privilégié de la communication pour annoncer un événement
familial : une naissance, un deuil, un héritage 1945
Puis le télégramme transmis par télégraphe
stagne, il est progressivement détrôné par lavènement
au XXe siècle dun concurrent redoutable : le téléphone.
Les progrès techniques se poursuivent et saccélèrent
avec la transmission enfin possible de la voix sur une longue distance.
Pour cela, le son est transformé en courant électrique,
produit par la vibration, au contact de la voix, de lames métalliques
entre les pôles dun électro-aimant. Ce courant est
transporté par câble électrique, à son extrémité
un dispositif identique permet de reproduire la voix.
Cest à lÉcossais Graham
Bell que revient la paternité de linvention du téléphone
en 1876.
En France, le système Bell est adopté par la maison Breguet
qui fabrique les premiers postes.
Mais le téléphone ne suscite pas lenthousiasme du
milieu scientifique, méfiant, ni des pouvoirs publics qui préfèrent
concéder son exploitation à des compagnies privées
qui fusionnent en 1880 pour devenir la Société
Générale des Téléphones. Celle-ci développe
différents réseaux téléphoniques en particulier
dans les grandes villes portuaires, mais le nombre d'abonnés
reste faible.
LEtat reprend peu à peu le contrôle et en 1889, le
téléphone est nationalisé et rattaché à
lAdministration des Postes et Télégraphes (P&T)
qui devient PTT.
Du télégraphe au Télex
Cest une page de lhistoire qui se tourne, depuis linvention
à la fin du XVIIe siècle du système du télégraphe,
qui permettait de transmettre des messages à laide de bras
articulés. Plus pratique que les signaux de fumée. La
technique a connu diverses évolutions, notamment labandon
du système optique pour parvenir au système de laméricain
Samuel Morse et aux lignes télégraphiques, puis aux téléscripteurs
et le réseau Télex. Cest
avec lui que se sont composés les plus célèbres
télégrammes. Tel celui envoyé le 16 janvier 1917
par le ministre des Affaires étrangères de lEmpire
allemand, Arthur Zimmermann, à lambassadeur allemand au
Mexique, Heinrich von Eckardt : en pleine Première Guerre mondiale,
il proposait au Mexique une alliance contre les États-Unis. Interceptée
par les Anglais et transmise à Washington, la missive a précipité
lentrée en guerre des Américains. Plus bucolique
et tout aussi historique, le télégramme du président
Harry Truman à sa femme pour se réjouir de la revoir à
la gare en revenant de voyage. Et, dans un registre dramatique, la dernière
missive échangée entre Marcel Cerdan et Édith Piaf
avant la mort accidentelle du boxeur en 1949, qui inspira peut-être
le poignant Le Télégramme de la chanteuse, deux ans plus
tard. Quelques mois après, Maurice Chevalier chantait à
son tour les louanges du « petit bleu » : « Un télégramme,
un ptit télégramme lorsque je suis séparé
de toi [ ] Télégraphie-moi, sans mon télégramme
jai du vague à lâme. » Une autre époque.
Depuis les années 1980, France Télécom n'envoyait
plus de courtier au domicile du destinataire pour lui délivrer
le message. Un opérateur l'appelait par téléphone
pour le lui lire. Seulement ensuite, une copie papier lui était
adressée par courrier.
Vous rappelez-vous la triste chanson dÉdith Piaf Le Télégramme ?
Et le sketch des années 60 dYves Montand en conversation
avec une télégraphiste: Autre temps, autre moeurs.
Interprété par Yves MONTAND qui dicte à une opératrice
téléphonique peu sensible à la poésie (Simone
SIGNORET, voix OFF) un télégramme pour son amoureuse.
Le succès du télégramme a été
malmené par le télex, par le fax, par la généralisation
du téléphone et du courrier électronique (dans
cet ordre).
Cette vie commune Poste Télégraphe
Téléphone prend fin en 1991 lorsque les deux administrations
sont séparées par la réforme des PTT qui les transforme
en EPIC (établissement public à caractère industriel
et commercial) puis en SA (société anonyme). De la branche
des télécommunications naît France Télécom
puis Orange en 2013.
Le téléphone met cependant longtemps à entrer dans
les usages des Français. Il y a moins de dix mille abonnés
à la veille de la Première Guerre mondiale, principalement
des hommes daffaire, entrepreneurs, négociants, banquiers
Dun point de vue quantitatif, le trafic télégraphique
connaît une progression considérable jusquen 1914
(36 millions de télégrammes envoyés en 1900).
Les particuliers ont plus de réticence à ladopter.
On lui reproche son caractère futile et intrusif dans la sphère
privée. A la campagne, son usage paraît inutile : les gens
se parlent en direct et passent par voie postale pour les communications
extérieures. Enfin et surtout, labonnement est coûteux
(600 F + 300 F pour la location de léquipement). Dans les
années 1930, seuls 10% des ménages sont équipés.
Après la Seconde Guerre mondiale, le réseau téléphonique
est très endommagé et le retard saccumule alors
que la demande dabonnements explose. En 1975, lEtat lance
un grand plan daction prioritaire, les lignes se développent
alors très vite dans les années 1980 et 1990 (31,6 millions
de lignes en 1994). Le pic de la téléphonie fixe décroît
à présent au XXIe siècle au profit des abonnements
de téléphonie mobile et internet. Lusage quasi généralisé
du smartphone a changé les usages et le rapport au téléphone,
devenu un instrument essentiel de la sociabilité en intégrant
de multiples fonctions : photographie, courriels, mise en réseaux,
applications de jeux et de musique ...
En 1993 en France, le tarif va passer de 28 francs
à 35 francs pour un minimum de 25 mots. S'il y a intervention
d'un agent, le tarif passe de 33 francs ...
Lundi 30 avril 2018, à 23h29, le télégramme
a tiré sa révérence après 139 ans d'existence
en France.
À l'heure des SMS et des emails, ce côté
désuet a fini par lasser.
Cen est fini du petit bleu , qui nexistait
plus que sous forme dun service téléphonique spécialisé.
Une page dhistoire se tourne.
Chaque fin de phrase retranscrite sur papier bleu était ponctuée
dun « stop »
Cette fois, cen est bien fini du télégramme. Le
dernier télégramme émis en France
« Je sais que ce télégramme est le dernier télégramme
de tous les télégrammes que je t'enverrai jamais ».
Ces paroles chantées par Gainsbourg ont une résonance
particulière : l'opérateur Orange, héritier des
services de France Télécom, a en effet confirmé
que le dernier télégramme de France avait été
envoyé lundi soir,
Le service a été arrêté par son gestionnaire,
Orange, a indiqué un porte-parole du groupe de télécommunications.
Une quarantaine de personnes y travaillaient, selon Christophe Ndi,
un salarié dOrange qui anime une communauté demployés
de sa société. Lesquels, comme une bonne partie du public,
ne savaient pas que le service existait encore.
Jusqu'en 2005, 900 000 télégrammes étaient encore
envoyés chaque année. Il suffisait de se rendre à
la Poste ou de composer le 3655.
Un opérateur transmettait le message dicté à son
destinataire via la Poste ou par téléphone. La messagerie
était surtout utilisée par les professionnels.
Le « petit bleu » était devenu une
feuille de papier A4 à en-tête comme celle-ci :
Pas de « STOP » qui était une caractéristique
des messages en morse du XIXe siècle . En revanche, on retrouvait
au début et à la fin du message les lettres « ZCZC
» et « NNNN », qui relèvent d'une norme internationale
pour les télégrammes.
Autre caractéristique, le ton . télégraphique,
qui s'explique par une facturation au nombre de mots. Un forfait d'une
quinzaine d'euros était ainsi prévu pour 50 mots. Il fallait
ajouter quelques euros pour des mots supplémentaires ou pour
des options comme un papier illustré.
Un peu moins de la moitié (45 %) des commandes étaient
reçues via un numéro de téléphone (le 36
55) et la même proportion via des serveurs informatiques d'entreprises
clientes. Le reste (10 %) était envoyé par fax.
Chez Orange, une vingtaine d'employés sur les
sites de Paris Saint-Michel et de Lognes, en Seine-et-Marne recevaient
et transmettaient les messages. Les télégrammes n'étant
qu'une partie de leurs missions qui comprenaient également le
service clients pour la fibre, les relations actionnaires et le service
homologation.