Les Télécommunications
militaires
De tout temps, les armées en campagne
ont trouvé dans 1a télégraphie un précieux
auxiliaire.
Déjà, chez les peuples de lantiquité, l'art
des signaux avait pour but principal de répondre à des
préoccupations dintérêt militaire, soit pour
observer et signaler les mouvements de lennemi, soit pour transmettre
et recevoir des ordres.
Le télégraphe de Claude Chappe navait été,
à son début, quun instrument de guerre et cest
pour servir à cet usage, quil avait été adopté
avec enthousiasme par la Convention nationale. Les services militaires
rendus par la télégraphie aérienne et montré
ainsi que suivant lheureuse expression de M. Édouard Gerspach,
ces vieilles machines ont aussi leur glorieuse histoire ! Elles avaient
déjà puissamment facilité les opérations
delà conquête en Algérie, lorsquelles eurent,
avant de disparaître définitivement, loccasion de
sillustrer une dernière fois devant Sébastopol.
Dès que la guerre de Crimée fut décidée,
M. de Vougy fut invité par le ministre de la guerre à
mettre à sa disposition un service télégraphique
constitué de manière à faire face à toutes
les éventualités. Un double matériel de télégraphie
électrique et de télégraphie aérienne fut
expédié en Turquie, et le 10 juillet 1854, le personnel
de la mission débarquait à Varna sous la conduite de M.
Carette, inspecteur.
M. Carette fit construire aussitôt, de Varna à Baltschick,
une ligne aérienne de sept postes, qui fonctionna du 15 août
au 15 novembre. Baltschick était le port dembarquement
des troupes destinées à la Crimée cest de
ce point que partirent les escadres dans les premiers jours de septembre
et plus tard les renforts.
Lorsque larmée assiégeante eut reconnu les difficultés
inattendues que présentait le siège de Sébastopol,
le service télégraphique fut scindé en deux parties
: lune resta en Turquie pour construire la ligne électrique
de Varna à Bucharest et établir ainsi une communication
permanente de larmée avec le réseau autrichien,
la seconde sembarqua pour la Crimée avec le matériel
de la télégraphie aérienne.
Le 29 décembre 1854, le personnel et le matériel débarquaient
à Kamiesch sous la conduite de M. Aubry, inspecteur, qui commença
immédiatement les travaux détablissement. Le plan
densemble consistait à relier télégraphiquement
au grand quartier général les points stratégiques,
les armées, les divisions détachées et les ports
dapprovisionnement. Pour atteindre ce but, les télégraphes
durent suivre les divisions dans leurs mouvements, de telle sorte quà
côté de lignes permanentes, il fallut en construire dautres
qui fonctionnèrent pendant un temps très court et qui
furent supprimées et rétablies dans une même semaine
selon les besoins du service. Cette organisation de télégraphes
ambulants fit de la télégraphie en Crimée un service
spécial sans précédent même en Afrique, où
les lignes, pour être provisoires, nétaient cependant
pas volantes.
De son côté, le gouvernement anglais fit immerger dans
la mer Noire un câble qui permit aux armées alliées
de se tenir en relation permanente avec la France et lAngleterre
au moyen de la ligne électrique de Varna à Bucharest et
du réseau autrichien.
Les télégraphes dAfrique avaient donné un
si excellent résultat au double point de vue de la rapidité
de transmission, et surtout de linstallation, que ladministration
nhésita pas à les employer en Orient. M. Carette
y apporta une heureuse modification en remplaçant par de la tôle
le bois des indicateurs, ce qui les rendit beaucoup plus légers.
En moins de vingt minutes, un poste était installé; il
était replié presque instantanément; deux mulets
suffisaient pour le transport du matériel dune station
avec les objets de rechange et les accessoires.
La vitesse de la transmission était, en télégraphie
aérienne, en raison du nombre des postes intermédiaires;
en Grimée, la plupart des stations correspondaient directement
entre elles, les plus éloignées nétaient
séparées que par trois ou quatre télégraphes;
aussi le passage des dépêches se faisait- il avec rapidité.
Une dépêche de vingt-cinq mots, par exemple, parvenait
en 15 minutes au plus du quartier général aux corps darmée,
en 20 minutes à Kamiesch et k la Tschernaïa, en 25 minutes
à la vallée de Baidar, en 30 minutes à lEgry-Adgadj.
Pour les mêmes distances, des ordonnances à cheval mettaient
dune demi-heure à quatre heures, et pouvaient être
exposées au feu de lennemi.
La télégraphie laissait disponible ainsi la cavalerie
peu nombreuse en Grimée, et faisait gagner aux dépêches
un temps considérable.
La conduite du personnel, dirigé pendant toute la campagne par
M. Aubry, fut digne des plus grands éloges. Dès leur arrivée
en Grimée, les fonctionnaires et agents de tous grades campèrent
sous la tente, sur un terrain à ce point détrempé
par les pluies, quil fut impossible pendant plus de quinze jours
dallumer du feu pour la préparation des aliments. Lhiver
fut excessivement pénible, au mois de novembre 1855 seulement,
les stations permanentes furent baraquées.
Le travail était extrême; il ny avait par poste quun
seul agent, qui était obligé de rester en observation,
lil à la lunette, de seize à dix-huit heures
par jour.
Pendant dix-huit mois de séjour en Crimée, le personnel
de la télégraphie fut exposé aux mêmes dangers
et aux mêmes privations que larmée elle-même.
Durant la bataille de Tracktir et le jour de lassaut de Sébastopol,
nos stationnaires étaient à leurs postes et les télégraphes
fonctionnèrent sous le feu de lennemi; pendant quatre mois,
les stations de Malakoff et de Sébastopol restèrent à
portée des canons des forts du nord; le poste de Malakoff dut
être déplacé, la position nétant plus
tenable.
Voici, d'après M. Etenaud, quelques détails sur lincident
de la bataille de Tracktir auquel nous venons de faire allusion plus
haut.
Le 15 août 1 855, trois stationnaires, MM. Borie, Paulowski et
Cochet, étaient chargés, les deux premiers, de la manuvre
du télégraphe aérien, et le troisième de
la traduction des dépêches.
Le poste était placé à quatre ou cinq cents mètres
de la rivière de la Tschernaïa, et non loin de deux ponts
sur la route de Simphéropol.
Quoique la bataille eût été engagée sur une
ligne très étendue, des masses russes se concentrèrent,
à un moment donné, entre ces deux ponts et le combat devint
des plus acharnés. Les Russes prirent et perdirent trois fois
cette importante position. Pendant toute la durée de laction,
les trois stationnaires du poste de la Tschernaïa se trouvèrent
exposés aux plus sérieux dangers. Ils nen continuèrent
pas moins à remplir bravement leur devoir, à transmettre
et à traduire les nombreuses dépêches du général
Herbillon, au milieu dune grêle de balles qui faisaient
rage sur le poste télégraphique. Aussi furent-ils chaudement
félicités par le chef détat-major et par
M. Aubry pour le sang-froid, la rapidité et la précision
dont ils avaient fait preuve dans lexécution de leur service.
Ce fait nest pas, du reste, isolé. Le zèle et le
dévouement du personnel tout entier ne se démentirent
pas un seul instant.
Nous devons mentionner tout spécialement M. Baron, actuellement
directeur de lexploitation à ladministration centrale
des postes et des télégraphes, qui, étant inspecteur
attaché à la mission dOrient, déploya une
habileté des plus remarquables pour assurer les communications
télégraphiques entre le théâtre des opérations
et le réseau autrichien.
Pour terminer ce chapitre, nous citerons une curieuse anecdote concernant
la guerre de Crimée. Cette anecdote, extraite du Journal des
Goncourt, sest trouvée confirmée par une publication
émanant de M. Seiffert, directeur de la cour des comptes à
Postdam : 8 novembre. « Savez- vous comment on a pris Sébastopol
?
Vous croyez que cest Pélissier, nest-ce pas? »
nous dit quelquun dassez bien informé. Et il continue
: « Ah ! que la vraie histoire nest jamais lhistoire!
Pélissier ny a été pour rien. On a pris Sébastopol
par le ministère des affaires étrangères. »
Il y avait à Saint-Pétersbourg, pendant la guerre, un
attaché militaire de Prusse, M. de Munster, très aimé
en Russie et qui envoyait au roi Guillaume tous les détails secrets
de la campagne, les procès-verbaux des conseils de guerre tenus
chez les impératrices. Le roi de Prusse ne communiquait les dépêches
de M. de Munster à personne, pas même à son chef
de cabinet, M. de Manteuffel. Il ne les communiquait quà
son mentor intime, M. de Gerlach, un mystique Germain, un conservateur
féodal à la de Maistre, plein de mépris pour les
parvenus du droit national et outré delà visite de la
reine Victoria à Paris.
M. de Manteuffel eut connaissance de cette correspondance secrète.
Il la fît intercepter et copier pendant le trajet quelle
faisait du palais chez M. de Gerlach. Dans ces lettres se trouvaient
toutes les révélations possibles sur la défense
de Sébastopol. Ainsi on y disait : cc Si tel jour on avait attaqué
Sébastopol à tel endroit, il était pris. »
Et encore : « Il ny a quun point à attaquer
(et quon désignait), et tout est perdu; mais, tant que
les Français ne lauront pas trouvé, il ny
a rien à craindre. » Le gouvernement français achetait
le voleur qui interceptait la correspondance au profit du ministre,
et lempereur Napoléon avait communication des lettres révélatrices.
Il envoyait aussitôt à Pélissier lordre de
tenter lassaut sur un endroit quil lui indiquait, toutefois
sans pouvoir lui mander sur quoi il fondait la certitude de son succès.
Pélissier, ayant en mémoire lassaut manqué
du 18 juillet, se refusa à donner lassaut demandé
par lempereur. Dépêches sur dépêches.
Pélissier, impatienté et qui nétait pas commode,
coupe le télégraphe. Lempereur est au moment de
partir. Enfin le général Vaillant est envoyé, et
les indications de M. de Munster font gagner la Tschernaïa et attaquer
Malakoff dans le point juste où il fallait attaquer.
Ces lettres nont coûté que 60.000 francs, un morceau
de pain. ...
Nous avons montré que la France avait fait en Crimée la
première application des moyens modernes de correspondre pour
rattacher les armées à leur base dopération.
Ce fut en 1859, pendant la guerre dItalie, quun service
de télégraphie exclusivement électrique fit sa
première apparition en Europe, à la suite dune armée
en campagne.
Depuis cette époque déjà éloignée
de nous, la télégraphie électrique est devenue
un instrument militaire de premier ordre, et le rôle quelle
est appelée à remplir en temps de guerre ira grandissant
de plus en plus au fur et à mesure de laccroissement des
armées.
Après avoir formulé cette pensée, un homme dont
on ne peut nier la compétence, le général de Chauvin,
ancien directeur général des télégraphes
dAllemagne, ajoutait :
« Il ne saurait en être autrement, car la télégraphie
électrique peut, à tout instant, transmettre rapidement
et jusque sous le feu de lennemi, les nouvelles qui ont tant de
valeur pour le commandement et avec beaucoup plus de sûreté
que les aides de camp ou ordonnances. Toutes les mesures stratégiques
prises par le commandement en chef pour préparer les batailles,
quelle que soit ailleurs létendue des territoires
où se font les mouvements de troupes, sont facilitées
dune manière inconnue jusque-là, par la rapidité
du service de la télégraphie électrique.
« Même pendant le combat, elle vient encore en aide aux
généraux en entretenant les relations entre les différents
commandements par la transmission rapide des ordres et des avis; elle
contribue également dans une large mesure à la réalisation
des concentrations militaires. En un mot, elle permet darriver
à lunité daction dans lexécution
des projets stratégiques préparés de longue main,
et cela dans toutes les phases et toutes les situations du combat, aussi
bien quaprès la fin de la bataille, lorsquil sagit
de poursuivre les vaincus ou de couvrir sa propre retraite .
Ces réflexions sont profondément justes, surtout que toutes
les armées européennes sont pourvues dun corps spécial
de télégraphie militaire. Il nen était pas
de même en 1859.
La mission télégraphique française chargée
dopérer en Italie fut exclusivement recrutée dans
le personnel de ladministration civile; elle rendit les plus grands
services pendant toute la campagne, en maintenant les communications
entre Paris et le grand quartier général de lempereur
qui ne cessa de rester lui-même en relation avec les places de
Turin, dAlexandrie et de Gênes qui servaient de bases dopération
aux armées alliées. Quant aux corps darmée,
ils demeurèrent constamment reliés entre eux, malgré
la rapidité de leurs mouvements. Ces différents travaux
furent exécutés avec une ponctualité, une célérité
remarquables. Cest ainsi que dès le i er juin 1859, cest
à-dire le lendemain même de la bataille de Palestro, le
bureau de Novare était installé et transmettait les dépêches
de lempereur qui venait darriver avec les premières
colonnes.
La marche des télégraphistes avait été tellement
rapide que lun des chefs chargés de la construction de
la ligne de Novare, précédant les troupes françaises
massées sur la route, entrait dans cette ville au moment même
où les Autrichiens la quittaient précipitamment par une
autre porte. Conduit à lhôtel de ville par une foule
qui nosait pas encore se livrer à la joie, il trouva le
conseil municipal occupé à délibérer sur
les moyens de satisfaire à une demande de 30000 rations de vivres,
faite le matin même par le général autrichien !
Le prolongement de la ligne de Novare jusquà Turbigo fut
ordonné le 3 à la pointe du jour : dans laprès-midi,
ces 16 kilomètres étaient franchis, et un bureau placé
au pont de Turbigo faisait communiquer avec le quartier générai
de lempereur le corps Mac-Mahon, renforcé dune partie
de la garde impériale.
Le 4 juin, la sanglante victoire de Magenta nous livrait la Lombardie.
La ligne de Novare à Magenta et à Milan, commencée
le 3 , était terminée le 6 jusquà Magenta,
et le lendemain matin le bureau télégraphique de Milan
était installé dans le local même qui avait servi
aux télégraphistes autrichiens.
Ces derniers avaient emporté leurs appareils, mais les bandes
Morse navaient pas été détruites et on put
y lire des bulletins militaires qui avaient été rédigés
et transmis à Milan par M. Haschka, directeur du service télégraphique
autrichien à Magenta, pendant lattaque du village : ces
bulletins étaient envoyés à lempereur dAutriche,
à Vérone.
Les quelques dépêches suivantes, écrites sous lémotion
dun combat acharné qui se livrait à côté
même de la gare de Magenta, témoignent dun mâle
courage et dune énergie remarquable auxquels on ne saurait
trop rendre hommage :
Traduction.
« Magenta, 4 juin, à 4 heures du soir. Tout fuit
en désordre, nous partons, nos troupes séloignent,
tout passe par ici, nous avons beaucoup de blessés et de tués,
lennemi est à cent pas dici, je dois sauver ma vie.
4 h. 5 m. Galetta et moi tenons ferme, je reste jusqu'au dernier
moment, tout fuit, le feu est terrible. Je suis seul ici. Haschka et
Gotzel cachent nos appareils.
4 h. 20 m. Je panse maintenant des blessés; à côté
de nous se trouve une ambulance. On vient dannoncer que tout va
bien. Vivat !
4 h. 25 m. Annoncez, je vous prie, à Vérone que
le régiment Hardmann sest précipité sur lennemi
et la repoussé.
4 h. 35 m. Quoique le combat ait lieu à peine à
trois cents pas de la gare et que le feu soit vif, les officiers dordonnance
disent que le combat nous est favorable. Galetta et moi nous pansons,
à côté, des blessés. Annoncez-le à
Sa Majesté.
« Nos chasseurs sont placés devant nos fenêtres,
dans les fossés, cest superbe! Un tonnerre de coups de
canon et de fusillade ! Pour nous, nous sommes au milieu des blessés
qui gémissent.
4 h. 45 m. Dernier moment ! Jentends le commandement :
Fuyez de ce côté.
4 h. 50 m. On se retire sous une grêle de balles. Le capitaine
Knad, du génie, dit : « Annoncez à Sa Majesté
que Magenta nest pas encore pris par les Français; on comprendra.
» « Mes employés sont tous en fuite. Jai sauvé
ce que jai pu. Je suis forcé de laisser un appareil complet
si je pars avec la division. Transmettez littéralement cet adieu
à Vérone : Adieu.»
4 h. 55 m. L'ennemi est devant la porte. Si dans cinq minutes
point de signal, je reviendrai... Me voici. La situation est améliorée...
Le commandant me
donne lordre de préparer un convoi pour les blessés.
5 h. 30 m. Je soulage les mourants avec de leau. On vient
m'apporter de bonnes nouvelles, nos troupes avancent, jai suivi
les colonnes assaillantes. Nous avons pris un canon rayé et des
zouaves et lanciers en masse. Maréchal Hess ici. Ainsi bonne
nouvelle et allégresse! Nos soldats combattent comme des lions,
et se précipitent de façon à réjouir un
cur allemand.
5 h. 45 m. Nos pièces viennent de se placer dans la gare
et font feu ; cest grave maintenant. « Jai eu tort
de dire que Galetta a fui par crainte, il a été entraîné
par la cavalerie. Je me trouve plus à mon aise... »
Ici se terminait la série des bulletins télégraphiques
de la journée de Magenta, dans laquelle nos troupes se couvrirent
de gloire.
Mais, nous le répétons, on ne saurait, en lisant ces bulletins,
se défendre dun sentiment dadmiration pour tant de
courage et dénergie unis à un si ardent patriotisme
!
Pendant toute la campagne dItalie, la mission télégraphique
française ne recula ni devant les fatigues ni devant le danger,
et son chef, M. Clément Lair, inspecteur général,
pouvait être fier des remarquables résultats quil
avait obtenus avec laide du vaillant personnel placé sous
ses ordres....
Voila quelques récits de campagnes militaires avant que le télégraphe
électrique soit utilisé par toutes les armées du
monde.
Après la télégraphie
optique du français Chappe, exclusivement utilisée
par les militaires et le télégraphe aérien essentiellement
un moyen de communication convenant aux pouvoirs publics centralisé
comme celui qu'a connu la France sous la Révolution et lEmpire,
arrive le télégraphe électrique de Samuel Morse.
La télégraphie électrique fut utilisée par
l'armée française à partir du milieu de l'année
1867. Initialement rattachée au « Génie »,
la « Transmission » (Corps des transmissions) fut créée
en 1942 comme branche indépendante de l' Armée de l'Armistice
, et conservée comme telle sous l' Armée française
de la Libération , puis sous l'actuelle armée française
.
Linstallation dun télégraphe
électrique implique la pose dun fil continu.
De là résultent : un accroissement considérable
du matériel à transporter ; lobligation de construire
des lignes, ce qui peut être, en certains cas, très difficile
; en dautres cas, tout à fait impossible ; des chances
de dérangement, davaries, ou môme de destruction
des lignes établies.
Le système offre en revanche de précieux avantages.
Ce télégraphe fonctionne indépendamment de létat
de latmosphère et également bien la nuit et le jour.
Son action nest momentanément entravée que pendant
les orages violents; il ny a pas à se préoccuper
de l'orientation des appareils ; le choix des stations est relativement
facile ; il suffit de trouver à proximité des points choisis
soit leau, soit un terrain humide afin de pouvoir bien relier
à la terre les extrémités du fil conducteur ; à
la rigueur même, on peut se dispenser de satisfaire à celte
condition ; et ce, moyennant la pose dun fil de retour; enfin,
il reste une trace écrite des dépêches.
Ce sont les Américains en 1861-65 pendant la guerre civile, et
les Anglais en Inde qui, les premiers, en ont fait usage en campagne.
Pour les Anglais, lorsque, eu 1867, les troupes indigènes de
lInde se soulevèrent contre leur domination, il leur fallut
combattre la rébellion à la fois sur plusieurs points
et la suivre jusquau cur du pays. De nombreuses colonnes
furent lancées dans des directions divergentes. Or, il était
de la plus haute importance, pour le gouverneur général,
dêtre tenu sans cesse au courant de leur situation pour
leur expédier des renforts, des approvisionnements ou pour combiner
et coordonner leurs mouvements. On dut alors improviser la télégraphie
militaire. Grâce à la nature dune terre bridée
par le soleil, on put souvent se contenter de dérouler les fils
sur le sol, sans la moindre précaution. Le succès fut
complet.
Au cours de la guerre de la Sécession des États dAmérique
(1862-1864) les belligérants firent grand usage du télégraphe
pour se relier aux positions en arrière ; pour donner à
lennemi de fausses indications, etc. Un millier de cavaliers hardis
commandés par le général Morgan purent, à
la faveur de faux télégrammes, parcourir 1 000 kilomètres
en vingt-quatre jours, pénétrerai le milieu de l'armée
fédérale de Géorgie, prendre plusieurs villes,
faire quantité de prisonniers. Celte troupe de partisans ne dut
souvent son salut quau zèle intelligent dun télégraphiste.
Pendant toute la campagne de 1866, les trois grandes armées prussiennes
furent sans cesse reliées entre elles et à Berlin.
Enfin, durant la guerre de 1870-71, lorganisation de nos adversaires
se perfectionna singulièrement et prit grande extension. Au lieu
de quatre sections de télégraphie de campagne et trois
sections détapes, ils mobilisèrent sept sections
de campagne et cinq détapes, lesquelles sections construisirent
ou réparèrent 6 000 kilomètres de lignes et 135
stations. Les Allemands déclarent que cest uniquement à
la faveur de leurs nombreuses communications télégraphiques
quils purent effectuer leur si rapide concentration à lentour
de la position de Sedan.
Du côté des Français, il n'existait, avant 1870,
quun service télégraphique extrêmement imparfait.
Dès lannée 1871, une Commission fut instituée
par le ministre de la guerre pour étudier la réorganisation
du service télégraphique militaire : son rapport, déposé
à la fin de
lannée 1874, concluait à ce que ce service fût
confié à ladministration civile.
Pendant la guerre de 1877-78, les Russes ont construit dans la Péninsule
des Balkans 14oo kilomètres de lignes, comprenant 2 700 kilomètres
de fil ; et, en Asie, 1 100 kilomètres de ligues avec des fils
mesurant ensemble plus de 1700 kilomètres. La station dOrchanie,
par exemple, na pas expédié en cent trente jours
moins de 2 053 télégrammes.
En 1879, des expériences avec
des appareils portatifs de télégraphes de campagne et
des téléphones eurent lieu dans la forteresse de Metz
sous la direction dun officier du génie ; il fut reconnu
alors que le téléphone était appelé à
rendre de grands services en campagne.
1879 Les officiers anglais emploient le téléphone dans
les ballons captifs, à peu près suivant le procédé
que l'Aéronaute a décrit dans sa livraison de février
1878.
Quoique le câble employé à Woolwich pour retenir
les aérostats, n'ait que 3o à 40 millimètres de
tour, on y a placé deux fils de cuivre à l'aide desquels
on réunit le téléphone de la nacelle à celui
restant à terre.
Le bout supérieur du câble est attaché au même
point que le ballon et la nacelle. Les deux fils téléphoniques
en sortent pour se rendre à la nacelle, dont les appuis sont
très élevés de manière à ce que les
aéronautes n'aient pas besoin de se servir de leurs mains pour
se retenir. Le bout inférieur du câble est fixé
sur un tambour à joues auquel le câble est attaché
à l'aide d'une clef analogue à celle qui est en usage
dans le treuil de M. Giffard (figure 18). Les deux fils de cuivre sortent
en ce point; celui de droite est fixé sur la joue de droite et
celui de gauche sur la joue de gauche. Chacune de ces joues, porte en
dehors un cercle de cuivre faisant saillie. Sur chacun de ces cercles
presse un contact perpétuel, qui mène les fils à
la pile et au téléphone de terre. Il est extrêmement
facile d'entendre dans le téléphone de la nacelle.

FIGURE 18. Aéronaute militaire anglais correspondant
au moyen du téléphone avec un ballon captif.
Même sans appareils perfectionnés,
les officiers distinguent les sons, sans appliquer l'oreille sur le
cornet. Il n'en est pas de même pour la station de terre. Cette
différence me semble fort curieuse aupojnt.de vue de la théorie
du téléphone.
Le service marche de la manière la plus satisfaisante. Tel qu'il
est organisé il peut être utile, non-seulement au point
de vue militaire mais encore au point de vue météorologique...
En 1880, on appliquait, en Amérique,
le téléphone aux expériences dartillerie
pour déterminer le temps que mettent les projectiles des petites
armes à franchir la distance qui sépare le tireur de la
cible ou du but. Un téléphone a été placé,
dans les premières expériences, à quelques pieds
du fusil, et lautre (tous deux pourvus de transmetteurs) dans
un abri, à environ trente pieds en face de la cible. Le téléphone
ayant été approché de loreille, une montre
darrêt, frappant des quarts de seconde, a été
mise en mouvement au moment de faire feu, et sest arrêtée
au moment où la balle a atteint le but. Les observations fondées
sur un grand nombre dexpériences nont jamais différé
de plus dun quart ou dune moitié de seconde les unes
des autres, le léger retard occasionné au départ
de la montre étant neutralisé par le retard dans larrêt.
On a remarqué que le temps de la projection était affecté
par le vent, étant raccourci par un vent darrière
et augmenté par un vent de face.
Aux manuvres et exercices de tir qui eurent lieu en août
1882 au camp de Wimbledon, près de Londres, la téléphonie
militaire fut lobjet dun grand nombre d'expériences,
et on lemploya à un service dune remarquable activité.
Cest ainsi que les télégraphistes du 24 e régiment
de volontaires de Middlesex ne téléphonèrent pas
moins de 210.800 mots pendant les cinq jours que durèrent les
manuvres.
Vers la fin davril 1882, le colonel français Leperche,
du 89 e de ligne, fit fonctionner le téléphone pendant
une marche militaire de ses troupes. Des soldats du 89 ém de
ligne posèrent eux-mêmes les fils qui permirent détablir
des communications verbales entre lArc de Triomphe de lÉtoile
et le pont dAsnières, près de Paris. Cette expérience
réussit pleinement. Un appareil téléphonique de
havresac, inventé par le major Rauschenbach, de Schaffhouse,
a attiré lattention des autorités militaires suisses,
pendant les expériences de tir dOstermundingen et de Wallenstadt,
en 1886. Ce système, qui, d'après le rapport du
chef de l'infanterie, a parfaitement fonctionné pendant les exercices
à feu de lécole des sous- officiers, paraît
devoir être appelé à un usage général
dans les sociétés de tir. Les quatre appareils employés
à Berne permettent dinstaller en dix minutes une ligne
téléphonique dun kilomètre.
Daprès M. Chaye, le meilleur instrument, propre à
recueillir les bruits produits au sein dune masse liquide, est
le téléphone associé au microphone. Le microphone
est placé dans une caisse métallique étanche, reposant
sur le fond de la mer ou maintenue entre deux eaux. On entend ainsi
le bruit causé par la marche dun bâtiment à
vapeur à plus de 200 mètres. On recueille également
à de grandes distances les bruits dexplosions sous-marines
ou le son de cloches immergées. On conçoit donc quun
navire en marche puisse faire connaître sa présence en
temps de brume, soit par le fait seul de sa marche, soit au moyen de
signaux appropriés. Le nouveau mode demploi de la téléphonie
qui vient dêtre indiqué est susceptible de nombreuses
applications et il suffira den signaler quelques-unes. En temps
de brume, un navire de pêche au mouillage pourrait être
prévenu de lapproche de bâtiments susceptibles de
labordage et faire alors en temps opportun les signaux nécessaires
pour indiquer sa présence et sa position. De même, les
gardiens des phares ou des bateaux- feux, voisins décueils
dangereux, entendraient les navires qui sen approchent et les
préviendraient par un signal dalarme quelconque du danger
quils courent en continuant leur route.
En plaçant des factionnaires gardant les téléphones
reliés aux microphones avertisseurs constamment aux oreilles,
on pourrait prévenir sans laide dinstruments nouveaux;
mais sur les navires de commerce, dans les phares, où le personnel
est restreint, il y aurait un grand avantage à pouvoir compter
sur un signal avertisseur dun fonctionnement assuré pour
indiquer linstant où lon a intérêt à
écouter dans les téléphones. Linstrument
dont lutilité vient dêtre signalée doit
être robuste, peu coûteux, et pouvoir être employé
aussi bien à bord quà terre par un personnel dépourvu
de connaissances techniques ; il ne faut donc ni réglage, ni
calage préalables. 11 paraît utile dajouter que lon
a trouvé avantageux, au point de vue de lintensité
des sons perçus et aussi pour réduire lusure des
piles reliées aux microphones, de faire passer le courant directement
des microphones dans les téléphones, sans faire usage
de bobines dinduction. Lappareil avertisseur à trouver
devait donc, autant que possible, pouvoir fonctionner sous leffet
des variations dintensité dun courant primaire toujours
de même sens. Dans la plupart des expériences, on a trouvé
que trois ou quatre éléments Leclanché fournissaient
le courant le plus convenable pour les appareils et les circuits employés.
Les microphones se composaient seulement dun ou deux crayons de
charbons vibrants; les variations dintensité du courant
étaient donc relativement considérables.
Pour avoir la direction doù vient le bruit que lon
perçoit, on enferme la planchette microphonique dans une boîte
en plomb à parois épaisses où existe une fenêtre.
En tournant cette boîte on perçoit un maximum dintensité
au moment où on se trouve dans la bonne direction. Lexpérience
faite pour déceler le passage dun navire sur une verticale
donnée a été très satisfaisante. Daprès
le journal The electrical World, de New- York, M. Edison aurait inventé
un appareil pour établir en mer les communications téléphoniques
sans employer de fils conducteurs métalliques. On sait que le
son se transmet très facilement dans leau, et que des plongeurs
entendent à une distance de quinze milles le bruit de la machine
à vapeur dun bâtiment. Lappareil dont parle
le journal américain est placé dans la cabine du capitaine.
Il consiste en un sifflet à vapeur communiquant avec la machine
et qui est mis en mouvement au moyen dune clef. Un conducteur
électrique transmet le son du sifflet dans leau; ce conducteur
communique à un cornet acoustique situé sur la coque du
navire, sous la ligne de flottaison. Les vagues transmettent rapidement
le son du sifflet, lequel vient heurter le cornet acoustique. Une sonnerie
électrique est ainsi mise en mouvement dans la cabine du capitaine,
qui se trouve averti. Il reçoit les messages de cette manière,
et y répond par le même procédé.
En décembre 1881, M.Trêve, capitaine de vaisseau,
fit dintéressantes expériences téléphoniques
sur les côtes sud-ouest de France. Il mit en communication, au
moyen de téléphones, lîle dAix, Saint-Pierre
dOéeron, la tour de Chassiron et un avion en rade des Trousses.
Les résultats furent très satisfaisants. Les paroles prononcées
dans l'une des stations choisies pour ces expériences furent
à linstant entendues dans les autres, malgré le
passage du courant dans lequel le câble sous-marin était
immergé.
En juin 1882, une expérience téléphonique
fut faite en rade du Havre. Une communication était établie
entre le cercle Marie-Christine et un bâtiment à lancre,
à une distance de quinze cents mètres. Le temps était
mauvais, ce qui nempêcha pas la parfaite réussite
de lexpérience. On pensait que le mouvement des flots troublerait
le fonctionnement de l'appareil; rien de semblable ne sest produit
: plusieurs habitants du Havre ont causé, grâce au téléphone,
avec le commandant du bâtiment. Les coups de mer qui soulevaient
violemment le navire nempêchaient pas la transmission de
la parole avec toute la netteté désirable. Dans des travaux
qui ont eu lieu au fond du lit de la rivière Wear, en Angleterre,
en 1882, on se servait journellement du téléphone comme
moyen de communication entre les ouvriers qui travaillaient dans les
cloches à plongeur et ceux qui maniaient les grues et les pompes
à air. A terre, sur le rivage, on entendait tout ce qui se passait
dans les cloches à plongeur, chaque coup de marteau de même
que chaque parole prononcée, sans quil fût nécessaire
de parler dans le téléphone.
La télégraphie militaire, a
progressé beaucoup comme installation et comme organisation dans
ces dernières années.
Aujourdhui, on en comprend toute limportance, elle constitue
une section spéciale de larmée, ayant un personnel
et un matériel ad hoc. Dans ces conditions, les appareils nont
pas besoin dêtre perfectionnés ; ils doivent surtout
être simples, portatifs et solides, et on doit surtout avoir en
vue la bonne organisation des bureaux mobiles et des fourgons de transport
du matériel des lignes, quon a dû chercher à
disposer convenablement pour la guerre. On a proposé, à
une certaine époque, d'employer les appareils autographiques
pouf larmée, afin de permettre lenvoi de croquis
de mouvements de troupes, et les télégraphes dArlincourt
avaient fourni de bons résultats dans des expériences
faites au camp de Saint-Maur ; mais il ne paraît pas quon
ait donné suite à cette idée, sans doute à
cause de la délicatesse et du volume de ces instruments. Il y
a pourtant à faire dans cet ordre didées, car un
croquis donne mieux lidée dune opération à
exécuter que toutes les explications verbales possibles.
En attendant, ce sont les Morse, les relais parleurs de petite dimension,
les téléphones, qui sont actuellement adoptés,
et les bureaux mobiles ressemblent beaucoup, comme organisation, à
nos bureaux télégraphiques ordinaires.
En France, le corps des télégraphistes est composé
demployés télégraphistes, qui font ainsi
leur temps de service militaire.
Ce système est infiniment préférable à celui
quon avait adopté avant notre fatale guerre de 1870, et
qui confiait ce service.
Organisation du service de guerre.
En deçà, de la zone dopérations rétablissement
dun réseau de communications, télégraphiques
à lusage des années nimplique aucune espèce
de dispositions spéciales ; rien nempêche de se conformer,
dans ces régions relativement calmés, aux règles
ordinaires du temps de paix. Mais, pour ce qui est des travaux à
exécuter en première ligne, il a fallu créer un
matériel ad hoc, facilement transportable, peu encombrant et
pouvant se plier à toutes les exigences du service.
Ce matériel sarrime sur des voitures de deux sortes. Les
unes, dites voitures-poste, renferment, tout montés, les appareils
dun ou deux postes avec quelques kilomètres de câble
à dérouler au fur et à mesure de la marche. Les
autres, chariots télégraphiques et chariots de travail,
transportent en plus grandes quantités les conducteurs nus (ou
le câble) et les accessoires voulus que nécessitent la
pose ou les réparations.
La « voiture-poste » contient les appareils et la pile.
On emploie le câble isolé pour les lignes terrestres ou
pour les lignes aériennes quon na pas le temps de
disposer sur isolateurs : le fil nu en fer galvanisé pour les
lignes ordinaires, fie câble est enroulé à lentour
de bobines métalliques montées à larrière
des voitures; chaque bobine en porte 1 kilomètre. Les isolateurs
sont en ébonite; ils se fixent parfois à des bouts de
longues perches quil suffit de piquer en terre alors que les supports
de rencontre viennent à faire défaut. Le travail courant
implique, dailleurs, un emploi régulier de perches à
crochet, déchelles et autres engins que transportent les
chariots télégraphiques.
Pose d'une ligne militaire. En avant, marche un
chef d'atelier qui indique successivement les points par lesquels doit
passer la ligne. Il est suivi dun marqueur qui trace sur les arbres,
les maisons, etc., des signes conventionnels destinés à
faire connaître les indications du chef datelier aux employés
qui marchent derrière lui. Vient ensuite le chariot portant le
conducteur. Un distributeur aposté sur cette voiture donne aux
aides marchant à sa hauteur les crochets, échelles, etc.,
que demande la pose des supports. Un dérouleur qui suit le chariot
assure le dévidement du câble ; il est secondé dun
aide qui, au fur et à mesure, dispose le conducteur sur lun
des cotés de la route suivie par le chariot. Viennent enfin les
monteurs qui fixent le câble aux supports établis.
Quand une bobine est épuisée, le sous-chef datelier
sassure à laide dun parleur, du bon état
de la ligne posée. Un atelier, organisé comme il vient
dètre dit, met environ 5 minutes à la pose dun
kilomètre de ligne.
Pour le service davant-postes on a essayé lemploi
dune bobine portée à dos de mulet et aussi un sac
porte-câble fixé aux épaules dun homme. Ce
sac est aujourdhui réglementaire dans larmée
allemande.
Cas des opérations dattaque et de défense des places.
Ua télégraphie électrique rend, en particulier,
déminents services au cas des opérations dattaque
et de défense des places. Il est permis de penser que sans elle,
il serait impossible de procéder au blocus des grands camps retranchés
actuels, à moins dy consacrer des effectifs tellement considérables
quil faudrait renoncer à lidée de tenir la
campagne en dautres points et dempêcher lennemi
dorganiser en arrière de nouveaux moyens de défense.
Au cas dun siège, les postes principaux : grand quartier
général, quartiers généraux des commandants
de secteurs, des commandants de lartillerie et du génie,
parcs, groupes de batteries, postes dobservation du tir indirect,
dépôts de tranchée, parallèles, etc., etc.,
seront reliés par des lignes souterraines, construites en câble
enfoui dans une tranchée assez profonde pour ne pas être
atteint par les projectiles de la place et protégé par
des augets en bois. Les postes télégraphiques seront établis
sous des abris blindés à lépreuve des projectiles.
Un réseau électrique reliera les différents corps
dinvestissement entre eux et avec Je grand quartier général
; il pourra sétendre aux principaux cantonnements, postes
avancés, batteries, etc., de telle sorte que la nouvelle attaque
de la garnison sur un point quelconque de la ligne dinvestissement
soit transmise instantanément sur toute létendue
de cette ligne, et que les renforts puissent arriver, en temps utile,
sur les points particulièrement menacés. Les quartiers
généraux seront, en outre, mis en relation avec les différents
corps dobservation répandus sur le territoire ennemi, avec
la base dopérations et le siège du gouvernement,
par lintermédiaire des lignes existant le long des grandes
voies.
Au cas dune défense de place, les communications électriques
auront dû être créées à lavance,
de manière à relier les divers éléments
du camp retranché entre eux et avec le noyau central ; elles
seront organisées souterrainement et passeront à im,5o
de profondeur dans les parties les plus exposées aux feux de
lattaque. En vue dassurer lunité daction
de la défense lefficacité et la concentration de
ses feux, les états-majors du gouverneur, des commandants de
secteurs, des commandants de lartillerie et du génie ;
les batteries, postes dobservation, etc., seront reliés
par un réseau établi partie à lavance, partie
au moment du besoin. Les postes télégraphiques seront
installés sous des abris à lépreuve.
SYSTÈMES MIXTES
Emploi combiné de diverses méthodes télégraphiques.
Les divers-moyens de correspondance ci-dessus énumérés
peuvent, en certains cas, se combiner de la façon la plus heureuse.
- Télégraphe à eau. Il a été
dit que, pour composer un alphabet de nature à leur permettre
de correspondre, les agents du service des signaux avaient recours,
chez les Grecs, à lemploi dune méthode basée
sur le principe des reprises dallumage. Mais, ne comportant quun
nombre limité dinformations, le procédé était
absolument insuffisant. On eut alors lidée den combiner
lusage avec le jeu de certain appareil construit daprès
la loi de lécoulement des liquides. De là le télégraphe
à eau, inventé par Ænéas, lingénieur
de Philippe de Macédoine, et dont Polybe nous a laissé
la description suivante : « Ceux, dit-il, qui veulent mutuellement
sinformer par des fanaux de ce qui se passe nont quà
prendre des vases de terre également larges et profonds et munis
dun orifice. II suffit que ces vases aient trois coudées
de hauteur et une coudée (0m,5o) de largeur. Que les opérateurs
prennent ensuite des morceaux de liège un peu plus petits que
la section intérieure des vases et quils fichent au milieu
de ce liège une tige sur laquelle de trois doigts (0m,o6) en
trois doigts (0m,o6) ils fixeront une enveloppe bien apparente. Quils
écrivent sur chacune de ces enveloppes les choses qui arrivent
le plus ordinairement au cours de la guerre. Sur lune, par exemple
: il est arrivé de la cavalerie ; sur lautre : il est arrivé
des hoplites (infanterie de ligne); sur une troisième : des psiles
(infanterie légère) ; sur la suivante : de l'infanterie
et de la cavalerie sur une autre encore : des vaisseaux; ensuite: des
vivres. Et de même sur toutes les autres enveloppes tous autres
événements quon pourra prévoir, eu égard
au caractère de la guerre engagée.
« Que de part et dautre, on adapte à ces vases des
tuyaux exactement pareils, en sorte quil ne puisse sécouler
ni plus ni moins deau par les uns que par les autres. Quon
emplisse les vases deau ; quon pose à la surface
de cette eau les morceaux de liège munis de leurs liges et qu'ensuite
on ouvre les tuyaux « Il est clair que, les vases étant
pareils, le liège descendra.et les tiges senfonceront également
dans les vases à mesure que ceux-ci se videront.
«Quand, de concert, on aura vérifié ce fait, on
portera les vases aux endroits où lon doit donner et observer
les signaux, et les flotteurs de liège seront mis en place.
« Quand il adviendra quelquune des choses inscrites sur
les tiges, on lèvera un fanal et on le tiendra levé jusquà
ce que, de lautre côté, on en ait levé un
autre.
« On abaissera alors le fanal et lon ouvrira le tuyau. Quand
lenveloppe sur laquelle est écrite la chose que lon
veut faire connaître sera descendue au niveau des bords du vase,
on lèvera le fanal.
« l)e lautre côté, sur le champ, on fermera
le tuyau et lon regardera ce qui est écrit sur la lige
quon trouve à hauteur des bords du vase.
« Alors, si tout a été exécuté de
part et dautre avec la même promptitude, de part et dautre
on lira la même chose ».
Philon de Byzance a résumé comme il suit la description
de Polybc : «On doit avoir des vases à oriticcs, soit en
airain, soit en terre cuite, de la contenance dau moins quatre
mètres (150 litres). On inscrira sur ces vases et en certains
points : froment nouveau, bois, armes, soldats, enfin tout ce dont on
peut avoir besoin, soit quon ait négligé de le préparer
avant le siège, soit quon en est déjà plus.
Ces choses étant écrites on emplira le vase deau
; puis, la nuit venue, on fera, à laide de torches, les
signaux convenables à larmée, à la ville
ou au poste avec lequel on veut communiquer.
« Il faut, dailleurs, que, dans tous les lieux susdits,
il y ait des vases égaux à ceux dont vous vous servez,
avec des orifices égaux et portant mêmes inscriptions dans
les mêmes parties, afin quon puisse, grâce aux signes
dont on est convenu, reconnaître ce dont les assiégés
ont besoin».
Il sagit, en somme, de deux vases pareils à pareils orifices
découlement et pareillement gradués. Chacun deux
est muni dun flotteur dont la descente est réglée,
commencée ou arrêtée, par des feux de signaux. A
chaque graduation correspond une indication dont un dictionnaire peut
donner le détail.
- Système Télégraphe-ballons-pigeons-photo-microscopie.
Qui ne se rappelle le fait du soulagement moral apporté aux Parisiens
assiégés de par lemploi du système mixte
Télégraphe-hallom-pigeons-photo microscopie ?
Ce système consistait à centraliser à Tours tous
les télégrammes expédiés de la province
; à les condenser une première fois en les typographiant,
de manière à en composer comme les colonnes dun
journal ; à photographier ce journal en en réduisant les
dimensions au huil-centième, réduction qui correspondait
à peu près à létendue dune feuille
de papier à cigarettes et à tirer cette épreuve
sur un collodion fort mince, du poids de quelques centigrammes. Un pigeon
emporté de Paris par ballon y rapportait cette légère
pellicule. A larrivée, la dépêche était
placée sur le porte-objet dun microscope photo-électrique
de grande puissance. Limage obtenue se projetait sur un écran
avec une amplification telle quon pouvait déchiffrer à
lil nu tous les mots du télégramme.
Chaque pigeon se chargeait dune vingtaine de pellicules dont le
poids total ne sélevait pas à 1 gramme ! Lensemble
des dépêches ainsi transportées par loiseau
comprenait environ trois cent mille lettres ou chiffres et représentait
à peu près la valeur dun volume in-12 .
Cent mille télégrammes ont été ainsi expédiés
à Paris pendant le siège.
Imprimées eu caractères ordinaires, ces dépêches
réunies formeraient une bibliothèque de plus de cinq cents
volumes.
Tout cela venu à tire-daile doiseau
L'électricité devait donc s'adresser
aux applications de la guerre que l'homme de tous les temps, par une
aberration singulière, a cherché à porter au plus
haut degré de perfectionnement.
La télégraphie devait donc naturellement contribuer à
servir ce goût inné pour se détruire le plus rapidement
possible, dont l'humanité est douée, La seule chose qui,
aux yeux du moraliste, diminue la hideur guerrière, c'est le
sentiment de la patrie qui est sacré. Dans ce sens, tout ce qu'on
fait pour améliorer les engins militaires est pardonné
par la philosophie et compris par le savant qui cherche avant tout les
inventions utiles à l'amélioration physique et intellectuelle
de ses semblables, C'est inspiré par ces idées très
légitimes que M. Gustave Trouvé a porté ses dons
créateurs sur la télégraphie militaire,
Dès 1872, Gustave Trouvé
français, développe un télégraphe électrique
militaire portatif dont la ligne auto-déroulante permet une communication
rapide jusqu'à une distance d'un kilomètre, pour la transmission
instantanée dans les deux sens des ordres et des rapports.
Article vu dans La nature 1876
Le système qu'il a imaginé mérite d'attirer l'attention
pour deux raisons. D'une part, en effet, il réalise un ensemble
complet se suffisant à lui-même et pouvant servir dans
un très grand nombre de cas ; d'autre part, il a été
adopté par plus d'une armée européenne, c'est-à-dire
que ce n'est pas une chose récente, recommandée par sa
nouveauté, mais une combinaison qui a été appréciée
par les hommes les plus compétents dans le métier. L'ensemble
se compose d'un câble à deux fils destiné à
réunir deux stations, et, pour chaque station, d'une pile et
d'un appareil de correspondance, Le dessin représente la ligne
et les deux stations, ou, pour parler un langage moins technique, les
deux correspondants, L'officier qu'on voit à droite a choisi
son point d'observation, Il porte en bandoulière une pile et
un appareil télégraphique, gros comme une montre, qu'il
peut mettre dans sa poche ou qu'il peut accrocher au col de son vêtement
dans les intervalles de la correspondance,
Le soldat qui s'éloigne à gauche porte sur le dos un crochet
sac-bobine à la manière du sac ordinaire.
Sur ce crochet on voit d'abord à la partie supérieure
une grosse bobine sur laquelle est enroulé le câble et
ensuite à la partie inférieure, la pile. Il a en outre
le petit appareil télégraphique, qui est, au moment, considéré
suspendu en haut et à gauche du crochet. A mesure que le soldat
marche en avant, le câble se déroule derrière lui
sur le sol et la bobine tourne sur son axe. L'instant venu de correspondre
il décrochera le petit appareil télégraphique et
le prenant à la main commencera l'envoi ou la réception
des dépêches qui se présenteront.
Cette correspondance pourra avoir lieu sans même qu'il arrête
sa marche et sans que tout le câble soit déroulé.
Il faut noter qu'il y a 1 kilomètre de ce câble sur la
bobine. On sera donc obligé de s'arrêter après avoir
parcouru 1000 mètres. Mais, on pourra aussi bien correspondre
à une distance moindre, 500 mètres par exemple parce que
la communication a toujours lieu au travers du câble entier, qu'il
soit enroulé sur la bobine ou déroulé sur le sol.
Du reste le télégraphiste est accompagné par des
aides portant chacun 1 kilomètre de câble pour allonger
la ligne au fur et à mesure des besoins. Le câble est à
deux conducteurs isolés, Chacun d'eux est recouvert de gutta-percha,
et tous deux ensemble sont réunis sous une enveloppe de ruban
caoutchouté. Avec cette protection le câble peut être
étendu sur un sol sec ou humide, sans aucun danger de détérioration.
Il peut même être exposé à la pluie ou traverser
un ruisseau sans que la communication en soit aucune ment troublée.
Nous ferons remarquer ici par parenthèse, que, vu le peu de résistance
électrique de la ligne une petite perte serait de peu de conséquence.
Les deux conducteurs sont attachés à la pile de l'officier
stationnaire avant la séparation des deux télégraphistes;
des boutons spéciaux désignés par des lettres ne
laissent place à aucune erreur. Avant de se quitter, ils vérifieront
leurs appareils en transmettant dans les deux sens, une courte phrase.
Après avoir repris sa position le télégraphiste
mobile en avisera son correspondant par l'envoi du mot d'ordre, et l'échange
des dépêches pourra commencer. Le soldat porteur du crochet
recherchera de préférence les sentiers inaccessibles aux
voitures. S'il a une route à traverser, il choisira un endroit
où des arbres puissent lui permettre de monter le fil à
une hauteur suffisante pour laisser passer par dessous les voitures
et les canons, car on comprend, du reste que si ce fil était
étendu au travers du chemin il courrait chance d'être écrasé
et coupé par les roues. A vrai dire pour ce cas et d'autres analogues,
il faudra adjoindre au télégraphiste un compagnon chargé
d'enlever le câble sur les branches des arbres et de divers soins
du même genre. D'ailleurs, quand le moment de cesser la communication
est venu le télégraphiste reçoit l'ordre de revenir
à son point de départ, et, là encore, un compagnon
lui est nécessaire pour enrouler le câble sur la bobine,
L'aide se sert alors d'une manivelle qui s'emmanche sur le bout de droite
de l'axe de la bobine ( fig,221 ). Il la tourne et enroule le câble
pendant que le porteur marche au petit pas pour faciliter l'opération.
 |
Nous avons montré
ici deux télégraphistes, l'un stationnaire, l'autre
mobile, séparés par une distance maximum de 1000 mètres;
mais le second peut être accompagné d'un troisième
porteur d'un crochet et d'une bobine identiques. Quand l'un des
porteurs aura épuisé son câble le second commencera
à dérouler le sien non sans avoir établi la
liaison entre les deux câbles au moyen des petits mousquetons
très ingénieusement combinés par M. Gustave
Trouvé. Il sera donc possible d'établir la correspondance
entre deux points distants de deux ou un plus grand nombre de kilomètres.
De plus les deux postes peuvent être mobiles. Pour faire bien
saisir toute l'utilité de cet ensemble si simple il faut
insister sur ce point que dans un cas de grande urgence une ligne
de un kilomètre peut être établie, sur un terrain
découvert en dix minutes c'est-à-dire dans le temps
nécessaire pour parcourir à pied cette distance. On
aura remarqué, dans ce qui précède, que nous
avons parlé d'un câble à deux fils tandis que
le télégraphe ordinaire n'emploie qu'un seul fil et
se sert de la terre pour suppléer au fil de retour.
En y réfléchissant, on verra que cette télégraphie
volante ne peut pas fonctionner dans les conditions ordinaires ;
l'établissement d'une bonne perte à la terre est en
effet indispensable à chaque station; or les télégraphistes
militaires ne peuvent pas toujours choisir un terrain convenable
à cette communication avec la terre qui, d'ailleurs, ne peut
que bien rarement être établie d'une manière
instantanée. Dans les plaines de sable brûlées
par le soleil, en Algérie par exemple, on n'arriverait pas
à établir un fil de terre ; dans une plaine gelée
à plusieurs pieds d'épaisseur, comme ont été
nos campagnes pendant une notable partie du temps qu'a duré
la dernière guerre on n'y arriverait pas davantage. Ces raisons
ont déterminé M. Gustave Trouvé à employer
deux conducteurs et à s'écarter des habitudes du service
télégraphique ordinaire; et nous sommes convaincus
qu'il a eu raison, sans vouloir dire toutefois que la télégraphie
militaire doive dans tous les cas procéder ainsi. Si l'on
avait à employer ce système de télégraphie
militaire à de grandes distances, il serait à propos
de faire usage des deux conducteurs comme d'un seul ce qui réduirait
de moitié la résis tance de la ligne, et d'employer
la terre pour le retour. |
Nous nous sommes étendus assez longuement
sur la ligne télégraphique proprement dite, qui est la
partie la plus essentielle d'un télégraphe électrique;
les appareils de correspondance n'en sont réellement que l'accessoire;
ils peuvent d'ailleurs être combinés de bien des façons,
et M.
Trouvé en a proposé deux concurremment : l'un est un télégraphe
à cadran très analogue au télégraphe Breguet
; l'autre est un appareil du système Morse à lecture au
son ce que nous appelons en langage technique un parleur.
L'appareil de correspondance désigné
sous le nom de parleur de M. Gustave Trouvé est représenté
en demi-grandeur naturelle par la figure suivante.
Il a la dimension d'une grosse montre et peut
être porté dans un gousset, La boite est en métal
; on la fait habituellement en laiton nickelé à la pile.
On a figuré l'instrument en demi-grandeur naturelle avec l'un
des fonds enlevé pour montrer le mécanisme qui est d'ailleurs
très simple. Un électro aimant en est le principal organe
; son armature placée au dessous a un mouvement peu étendu
autour d'un axe placé à côté du spectateur
; cette armature vient par un petit appendice frapper un bouton monté
sur le fond de la boîte qui est en arrière. Ces petits
coups font un bruit suffisant avec une pile convenable pour permettre
facilement la lecture sans même qu'il soit nécessaire de
mettre l'appareil près de l'oreille ; on comprend que la boîte
du parleur sert de caisse de résonnance et contribue notablement
à la netteté de la perception.
Le manipulateur, ou clef Morse, est placé à l'extérieur
de la boite ; c'est un petit levier qui pivote autour d'un axe et dont
l'extrémité est relevée ; la manipulation peut
se faire avec le bout de l'index de la main droite la boite étant
tenue dans la main gauche,
Le cadran de M. Trouvé pour son télégraphe système
Bréguet est représenté au recto par la figure 223.
fig
224
Le verso représenté par la figure 224, est muni centralement
des lettres de l'alphabet,
Des blancs sont ménagés suivant les rayons pour permettre
aux télégraphistes d'y inscrire des mots appropriés
et en rapport avec leur situation ou le genre d'exercices, Cette disposition
évite les longues épellations des mots.
Fig 225 (
La figure 225 montre tout préparé par exemple le cadran
des avant-postes. Il indique de quelle arme on est en présence
; si l'ennemi est en repos ou en marche, s'il s'approche ou s'éloigne,
s'il est en nombre, si l'on a affaire à des éclaireurs,
etc. Les ordres usuels y sont inscrits : En avant, en retraite, attaquez,
laissez passer, Enfin demandes de renfort, de vivres, de munitions,
etc. Des lettres sont encore réservées au centre du cadran
pour communiquer un mot ou un ordre qui n'aurait pas été
prévu. Que l'on veuille maintenant correspondre promptement après
avoir échangé le mot d'ordre et le mot de ralliement et
indiqué le numéro du cadran dont il faut se servir, le
poste attaquant ou expéditeur n'a plus qu'à placer l'aiguille
de sa montre télégraphique sur chaque mot qu'il veut transmettre
et aussitôt le poste attaqué ou récepteur lit ce
mot indiqué par son aiguille, Comme cette transmission se fait
pour ainsi dire aussi vite qu'avec la parole il est facile au poste
récepteur de re télégraphier sa dépêche
comme moyen de contrôle. Comme les cadrans sont en papier, légers
et peu volumineux, on peut en avoir un certain nombre préparés
d'avance ou disposé spécialement pour la circonstance
avant la séparation des deux postes. D'ailleurs par des signes
conventionnels on passe des lettres aux mots, ou des mots aux lettres,
ainsi que d'un cadran à l'autre, ou simplement du recto au verso,
pour pouvoir, au besoin, expédier une dépêche chiffrée.
On conçoit l'avantage exceptionnel, avant l'invention des téléphones,
de ce télégraphe militaire; car il permettait de transmettre
une dépêche silencieusement aussi vite que la parole et
cela sans aucun apprentissage du télégraphiste.
Précédemment, M. Trouvé avait réalisé
une autre disposition encore plus compacte ; la manipulation se faisait
par un bouton placé dans l'anneau de la bélière,
comme est le bouton de remontoir dans les montres qui se remontent sans
clef. Il n'est pas impossible qu'on revienne à cette forme qui
offre moins de prise aux accidents. Trois fils conducteurs isolés
sont attachés à l'appareil et servent à le relier
à la pile et au câble de ligne.
Ces conducteurs sont formés chacun de plusieurs fils de cuivre
très fins, tressés, ce qui donne une souplesse extrême
à l'ensemble. Ils sont recouverts chacun de soie, d'une couleur
spéciale ; d'ailleurs, le petit crochet qui les termine est numéroté,
et ces numéros correspondent à ceux des boutons de la
caisse à pile auxquels ils doivent être attachés,
de telle sorte que, malgré la hâte fiévreuse avec
laquelle toutes ces liaisons peuvent être faites quelquefois,
il ne parait pas possible de commettre d'erreur.
Il nous reste à parler de la pile elle -même, qui n'est
pas la partie la moins heureuse de l'ensemble, et qui présente
des avantages tout à fait incontestables pour la télégraphie
militaire. Nous le ferons rapidement, car le lecteur y trouvera la description
détaillée et complète, avec dessins à l'appui,
au chapitre consacré aux sources d'électricité.
D'ailleurs, dès à présent, on a vu le caractère
spécial du télégraphe de M. Gustave Trouvé,
qui est la réunion sur le dos d'un homme de toutes ses parties
(câbles, pile, manipulateur, récepteur, avertisseur ).
Tout cet ensemble est comparable à un sac de soldat et il est
d'un moindre poids.
fig 226
Quant à la pile de M.Gustave Trouvé (fig. 226), ce qui
fait son inappréciable avantage dans le cas présent, c'est
qu'elle fonctionne sans liquide, ou du moins sans liquide libre pouvant
se renverser ou fuir des vases qui le contiennent. D'une façon
succincte, disons, en passant, que chaque élément est
composé d'un disque rond de zinc et d'un disque de cuivre placés
parallèlement l'un à l'autre et ils sont séparés
par des disques de papier d'un diamètre moindre. Cette masse
de papier peut absorber beaucoup d'eau et rester humide pendant un temps
très long, surtout dans les conditions les plus pratiques, La
moitié inférieure des disques de papier est imbibée
d'une solution saturée de sulfate de cuivre, l'autre moitié
d'une solution de sulfate de zinc, Le lecteur constate qu'on possède
ainsi tous les éléments d'une pile Daniell ordinaire,
dans laquelle les deux liquides restent séparés beaucoup
mieux qu'ils ne le sont par les vases poreux. Avec cette disposition,
l'usure du sulfate de cuivre ne produit guère que par suite du
passage du courant ; en d'autres termes, dans cette combinaison ingénieuse,
il n'y a presque pas de travail intérieur de la pile perdu ;
or, on sait que c'est cette usure constante qui est un des graves dé
fauts de la pile si remarquable de Daniell. Le disque de cuivre est
maintenu, au centre, par une tige isolée des rondelles de papier
et du zinc ; elle dépasse la table d'ardoise qui surmonte l'élément
et qui sert de couvercle au vase de verre ou d'ébonite dans lequel
on place l'élément à l'abri des courants d'air
et de la poussière. Le bord de ce vase a été rodé
et l'ardoise bien dressée, de telle sorte que l'élément
se trouve dans une capacité hermétiquement fermée
et, par conséquent, préservé de l'évaporation.
Ainsi composé, l'élément peut fonctionner pendant
plus d'une année, sans qu'on ait à s'en occuper en aucune
façon. Tel est l'élément humide, du nom que lui
a donné l'inventeur ; et, pour le dire en courant, cette dénomination
a l'avantage d'être rigoureusement exacte, tandis que le nom de
pile sèche, qui a cours dans l'enseignement classique, est inexact,
appliqué aux piles de Zamboni, qui n'agissent réellement
que grâce à l'humidité qu'elles absorbent.
L'élément humide de M. Gustave Trouvé a la même
force électromotrice que l'élément Daniell, dont
il ne diffère que par la forme. Sa résistance varie avec
le diamètre des rondelles de cuivre et de zinc et avec l'épaisseur
de la pile de papier intermédiaire,
Pour un diamètre donné des rondelles métalliques,
on ne pourrait pas diminuer par trop la quantité de papier sans
faire perdre à la pile les quantités de durée qui
font l'un de ses principaux mérites ; par contre, à mesure
qu'on augmente l'épaisseur du papier, on augmente la durée
possible du service actif et en même temps la résistance.
La première application que M. Gustave Trouvé ait faite
de la pile a été à la thérapeutique. Il
réunit un grand nombre d'éléments de petite dimension
dans une même boite (les plus petites ont des rondelles métalliques
du diamètre d'un sou français ), et constitue un appareil
excellent pour l'application du courant continu ; excellent parce qu'il
a une tension assez grande et point de quantité, de telle sorte
qu'il ne produit pas de décomposition des tissus aux points d'application
des électrodes. L'application à la télégraphie
militaire était donc toute indiquée ; nous avons fait
connaitre le télégraphe portatif dont fait partie une
pile du système que nous venons de décrire.
FIG 227 Pile militaire
de M. Gustave Trouvé.
Cette pile ( fig 227 ) est composée de trois boites superposées,
dont chacune contient trois éléments ; ces boites sont
faites en caoutchouc durci ; le couvercle auquel sont attachés
les trois éléments est en ardoise, Avec ces neuf éléments
on peut faire fonctionner le parleur à plusieurs kilomètres
de distance. La pile, on le comprend facilement, peut être portée
sans précaution, inclinée sur le côté, ou
même mise à l'envers dans les voitures de transport, sans
aucun inconvénient. On pourra appliquer également cette
pile humide à tous les appareils d'avertissement ou autres fonctionnant
dans des trains de chemin de fer ou dans des voitures.
Nous croyons que pour la télégraphie générale,
la pile de M. Gustave Trouvé est destinée à rendre
de grands services. On l'emploiera de préférence sur les
circuits d'une certaine résistance, auxquels elle est plus particulièrement
adaptée par suite de sa résistance intérieure assez
considérable. En effet, elle présente les avantages connus
de la pile Daniell, dépolarisation complète de l'électrode,
et, par suite, grande constance. On peut même dire que, sous cette
forme, la pile Daniell prend une constance inaccoutumée ; nous
nous expliquons : avec la forme ordinaire, on remarque que la force
électromotrice est absolument invariable, tandis que la résistance
intérieure varie d'une manière continuelle, surtout quand
le courant est interrompu et rétabli; chaque fois qu'on mesure
à nouveau la résistance intérieure d'une pile Daniell,
on trouve une valeur différente, et cependant ces valeurs variables
conduisent à une valeur unique de la force électromotrice
; cela s'explique sans doute par les variations continuelles de la composition
du liquide.
Les appareils télégraphiques de M. Gustave Trouvé
ont eu une consécration officielle dans un ouvrage (1872), sur
la matière, de M.
Aurèle Guérin, ancien élève de
l'Ecole polytechnique et de l'Ecole d'application de Fontainebleau,
aujourd'hui chef de bataillon d'artillerie à l'Etat-Major de
la place de Paris.

Après avoir passé en revue et examiné les divers
systèmes employés par les gouvernements, l'auteur n'hésite
pas à manifester hautement sa préférence en faveur
des inventions de MM, Morse et Gustave Trouvé.
« Les deux appareils Morse et Trouvé ont chacun leurs
avantages, dit -il. Ils se complètent l'un l'autre. Le premier,
employé à la correspondance internationale, donnerait,
avec un matériel moins encombrant, une solution excellente de
la télégraphie de réserve ; le second, même
avec les câbles défectueux que nous possédons, apporte
une solution de la télégraphie militaire aux avant -postes
et pendant le combat. C'est un appareil léger et transportable
comme les parleurs, et en même temps un télégraphe.
Il peut remplacer les télégraphes Bréguet sur les
chemins de fer; on peut l'utiliser partout. La télégraphie
militaire continuera à se servir de l'appareil imprimeur Morse,
mais elle placera le télégraphe Trouvé au premier
rang parmi ceux qu'elle doit employer.»
Non seulement l'appareil Trouvé, préféré
par cet officier distingué à tous les autres appareils,
leur est supérieur sur les champs de bataille par la rapidité
de la transmission et la légèreté de son transport,
mais encore il a cette propriété de convenir aux chemins
de fer, au service intérieur des grands établissements.
« Tous les jours, ajoute M. le chef de bataillon Aurèle
Guérin, presque sur chaque ligne de chemin de fer arrive,
sinon un déraillement, du moins un accident qui oblige un train
à rester sur une voie sans pouvoir avancer ni reculer, La voie
étant embarrassée, le service devrait être immédiatement
interrompu, et aucun train ne devrait dépasser les deux stations
de part et d'autre les plus rapprochées du lieu de l'accident.
L'organisation actuelle du service sur les trains de chemin de fer ne
le permet pas, En effet, lorsqu'un cas semblable arrive, une personne
se rend à pied, en suivant la voie, jusqu'à la station
la plus voisine, en prévient le chef, qui, à son tour,
télégraphie la nouvelle à l'autre station et demande
du secours, Or, bon nombre de stations sont distantes l'une de l'autre
d'au moins 10 kilomètres, et si l'on suppose le train arrêté
à mi-chemin, une heure environ se passera avant que les chefs
de stations, les inspecteurs et les commissaires de surveillance en
soient avertis, et pendant ce temps les trains qui suivent n'auront
pas été arrêtés et pourront amener, par leur
rencontre avec le premier, des catastrophes terribles. « Supposons
maintenant que le chef du train en détresse ait avec lui un petit
télégraphe portatif lui permettant, à un endroit
quelconque de la voie, d'envoyer et de recevoir des dépêches;
au moment où le train s'arrêtera, obligé de rester
en place, il notifiera aux stations voisines le cas où il se
trouve et la nature du secours qu'on doit lui envoyer. On saura donc
tout de suite si les deux voies sont obstruées ou laquelle est
libre, et on prendra les mesures en conséquence. Outre l'avantage
immense d'éviter l'arrivée d'un train sur celui qui est
arrêté, on aura encore celui de gagner un temps précieux,
de dégager beaucoup plus rapide ment la voie qui n'est pas libre
et d'éviter ces longs retards si préjudiciables aux voyageurs
et aux compagnies elles-mêmes.«
La montre télégraphique destinée au service intérieur
des grands établissements industriels, manufacturiers ou administratifs,
par M. Gustave Trouvé, est des plus ingénieuses. On sait
que dans de colossales usines existant en Amérique et en Angleterre,
et dans quelques unes de celles plus réduites de France, d'Allemagne
et de Belgique, de petites lignes télégraphiques relient
le bureau du directeur à ceux des contrôleurs et des chefs
d'atelier. Le but principal est de régulariser tout le service
intérieur. On conçoit, en effet, que dans une manufacture
où sont souvent réunis plusieurs milliers d'ouvriers,
où se trouvent des hauts fourneaux, des charbonnières,
des forges, des fonderies, etc., le directeur a intérêt
à savoir immédiatement tout ce qui s'y passe. Son bureau
est souvent éloigné de quelques centaines de mètres
de celui de certains employés, et s'il veut demander à
l'un d'eux un renseignement quelconque, ou lui donner des instructions
spéciales sans le secours du télégraphe, il devra
lui envoyer un domestique et attendre une demi-heure, souvent davantage,
sa réponse écrite et signée, ou bien il le fera
venir à son bureau et le distraira ainsi de la surveillance de
l'atelier qu'il dirige. Il arrivera alors que les ateliers se trouveront
pendant un temps plus ou moins considérable, suivant leur distance
au bureau central, sans direction aucune ; la besogne sera moins bien
faite, et si, par hasard, un accident, une chose imprévue survient,
ni l'employé, ni le directeur n'en seront prévenus sur
l'heure et ne pourront prendre immédiatement les mesures commandées
par la circonstance. Si, au contraire, chaque atelier est relié
télégraphiquement avec le bureau central, le directeur
peut exercer de son cabinet une surveillance complète sur les
diverses parties de son établissement, donner ses instructions,
demander les renseignements dont il a besoin, sans enlever un seul instant
un employé à son travail, C'est un avantage de premier
ordre qu'ont parfaite ment compris tous les industriels qui ont organisé
dans leurs usines un service télégraphique régulier.
Le télégraphe employé le plus généralement
est le télégraphe å cadran, Tous ceux qu'on a construits
jusqu'ici exigent par leurs dimensions une installation particulière
dans chaque atelier. Le télégraphe construit par M. Gustave
Trouvé remplacerait très avantageusement ces appareils,
parce qu'il a un très petit volume, ne nécessite aucuns
frais spéciaux pour son établissement et coûte beaucoup
moins cher. On pourra lui conserver le cadran des mots, les noms des
contrôleurs et des chefs d'atelier étant les mots correspondant
aux lettres de l'alphabet; et, si l'on avait soin de disposer les lignes
télégraphiques dans l'intérieur des bâtiments,
le long des murs, à hauteur d'homme à peu près,
les employés pourraient circuler dans leurs ateliers, portant
sur eux la montre télégraphique et un élément
Trouvé, et quand une sonnerie les avertirait qu'une dépêche
est destinée à l'un d'eux, ils établiraient de
suite, sans avoir besoin de courir à leur bureau, la communication
de la montre avec la ligne, et sauraient, au premier signe, si la dépêche
leur est destinée ou non, Dans le premier cas, ils la recevraient
et rendraient réponse immédiatement; dans l'autre, ils
supprimeraient la communication de la montre avec la ligne et iraient
terminer leurs instructions à l'ouvrier qu'ils viendraient de
quitter. Tout cela demanderait au plus deux minutes.
La montre télégraphique réalise donc une économie
notable pour le directeur de l'usine, et une grande diminution de perte
de temps pour les employés, Ces avantages sont très sérieux,
et comme ils se rapportent non seulement aux grands établissements
industriels, mais encore à tous ceux dont les divers corps de
bâtiment sont très éloignés les uns des autres
et en particulier aux grands établissements militaires, nous
avons cru devoir appeler sur eux l'attention,
A l'époque de la publication de l'ouvrage de M. Aurèle
Guérin, le téléphone n'était pas encore
inventé et le cadran de M. Gustave Trouvé présentait
un intérêt capital, un peu amoindri aujourd'hui, Actuellement,
quand il y a avantage, M. Gustave Trouvé remplace son cadran
par un petit téléphone avertisseur, dont nous allons bientôt
parler.
Pour donner une idée plus précise de son importance à
l'époque de sa découverte, citons cette page historique
de notre histoire néfaste.
C'était en novembre 1870, les obus prussiens pleuvaient sur Paris
et le blocus affamait la grande ville, M. Gustave Trouvé, par
une froide soirée, présage du rigoureux hiver qui allait
commencer, donnait une conférence, avec l'aide du Dr Mallez,
dans l'ancien théâtre de l'Athénée, situé
rue Auber, près de l'Opéra non terminé alors et
qui servait d'ambulance, de magasin à poudre et d'ateliers de
réparations d'armes tout à la fois ! A cette époque
c'était un volcan mais nous n'y dansions pas, Il démontrait
à ses auditeurs, enfiévrés par la disette, mais
non abattus, son explorateur-extracteur des projectiles, son oiseau
mécanique, et le nouveau télégraphe militaire qu'il
venait de créer. A sa parole vibrante et chaude, l'espoir renaissait
au coeur des courageux citoyens et l'enthousiasme réchauffait
leur âme attristée,
« Que l'un quelconque d'entre vous, Messieurs, disait notre
conférencier, veuille bien expérimenter mon télégraphe.
Pourvu qu'il sache lire il pourra, tout aussi bien que moi, recevoir
et transmettre une dépêche. De l'assemblée surgit
un brave Auvergnat : « Tenez, me voilà, clama-t-il avec
énergie, je suis votre homme! » Et aux bravos frénétiques
de la salle, il s'équipait du sac bobine, de la montre télégraphique
et gagnait le seuil de la porte. Quelques hommes de bonne volonté
s'offrirent successivement pour le transmetteur, et, en même temps
qu'ils plaçaient l'aiguille sur les mots du cadran mobile, la
voix de stentor de l'enfant de l'Auvergne répétait : Artillerie
! Cavalerie ! Infanterie ! Ennemi!, avec l'accent spécial à
sa province. On riait, mais l'admiration, l'enthousiasme n'en étaient
pas diminués, M. Gustave Trouvé fut enlevé de terre
en un instant et porté en triomphe sur les épaules ! Immédiatement
on voulut, d'un élan unanime, le conduire chez le général
Ducrot, membre de la Défense nationale et commandant en chef
des troupes investies, Il était dix heures du soir et, à
moins de force majeure, c'est une heure peu propice aux présentations
et aux expériences ! M. Déhérain, alors professeur
au Collège Chaptal, aujourd'hui membre de l'Institut et l'un
de nos agronomes les plus écoutés, se présenta
heureusement et prit le ferme engagement, devant la réunion,
de conduire M. Trouvé, dès le lendemain matin, chez le
général Frébault, attaché à la Place,
et, de là, près le général Ducrot, Ce qui
fut dit fut fait, et M. G. Trouvé était présenté,
à l'heure dite, par M. Déhérain, à l'excellent
général Frebault et au commandant en chef qu'ils allèrent
rejoindre à la Porte -Maillot. De nouvelles expériences
furent faites, avec des soldats inexpérimentés, et, séance
tenante, M. Gustave Trouvé reçut l'ordre de construire
immédiatement cent vingt postes télégraphiques,
Malheureusement la matière première faisait défaut
et, malgré l'activité de notre inventeur qui courut aux
remparts chercher des bras, vingt - cinq postes seulement furent livrés
à M. de la Barre Duparcq, délégué par le
Gouvernement militaire pour les recevoir. Hélas ! les jours passaient
et la capitulation était imminente ...
Peu après l'invention du téléphone,
la recherche militaire commence pour les adapter à l'armée.
Les téléphones sont déjà utilisés
pour soutenir les campagnes militaires des colonies britanniques (Inde
et en Afrique) dès la fin des années 1870. Aux États-Unis,
les lignes téléphoniques permettent de lier les forts
entre eux, ainsi que les quartiers généraux de l'armée.
Elles sont aussi utilisées pour gérer les incendies sur
les installations défensives côtières.
Vers 1889 Le premier téléphone de campagne créé
aux États-Unis, est trop cher pour être produit en masse.
D'autres développements, dans d'autres pays, rendent le téléphone
de campagne plus viable. Les câbles sont en cuivre plutôt
qu'en acier, on développe des machines qui permettent de rapidement
installer les câbles sur le champ de bataille, et on invente des
systèmes avec des batteries pour les postes de commande et des
générateurs à main pour le champ de bataille.
Les premiers téléphones de campagne conçus pour
cette utilisation spécifique sont utilisés par les Britanniques
pendant la seconde guerre des Boers. Ils sont utilisés de façon
plus importante pendant la guerre russo-japonaise, au cours de laquelle
les deux camps ont équipé tous leurs régiments
d'infanterie et toutes leurs divisions d'artillerie de téléphones.
L'utilisation des téléphones de campagne devient générale
avant la première guerre mondiale.
1880 Le téléphone Zigang
(Détail à cette page du site)
Le capitaine français
Zigang, connu pour sa trompette d'appel (1887) , a construit un téléphone
électromagnétique, qui est probablement le plus petit
existant à ce jour. La trompette électrique de Zigang
est constituée d'un diaphragme au fond d'un tube en forme de
trompette, qui vibre sous l'action de l'électro-aimant, comme
dans un téléphone, le courant étant créé
et coupé par le diaphragme lui-même.
1887 Trompette
Zigang
La principale préoccupation de l'inventeur était de produire
un téléphone bon marché, léger et pratique
à usage domestique ; Parce que dans ses expériences précédentes,
un courant galvanique en forme d'onde agissait sur une plaque parlante
téléphonique au moyen d'un électro-aimant, jusqu'à
une certaine limite, plus les courants étaient forts et spécifiques,
plus la plaque parlante était élastique et petite, il
a choisi un plaque avec un ton fondamental élevé, qu'il
trouvait très avantageux pour reproduire les sons.
1882 LE MAGNÉTO-PARLEUR Wiessenbruch
Cet appareil simple et ingénieux a été combiné
par M. L. Wiessenbruch, lieutenant du génie belge, pour servir
de télégraphe davant-postes sans pile. Le but de
ces télégraphes d'avant-poste est détablir
des relations entre les grand gardes et les vedettes, entre les batteries
et leurs postes dobservation, etc.; leur portée ne dépasse
guère deux ou trois kilomètres; en raison du caractère
spécial de ces lignes volantes, il faut un système léger,
transportable, simple, rustique et puissant; le téléphone
magnétique, sur lequel on avait fondé beaucoup despérances
au début, nest pas toujours assez puissant, à cause
des bruits qui existent pendant laction ou ses préparatifs,
le microphone est plus puissant, mais il est aussi plus délicat,
exige un réglage et une pile souvent encombrante.
A côté du téléphone, les télégraphes
légers de campagne sont tantôt à signaux permanents,
tantôt à signaux fugitifs, à cadran, à aiguille
ou à parleur. Tous ces appareils exigent une pile plus ou moins
volumineuse.
Le magnéto-parleur de M. L. Wiessenbruch tient à la fois
du téléphone et du parleur Morse. Cest un transmetteur
magnéto-électrique qui ne pèse que 750 grammes
: il peut être renfermé dans une boîte de treize
centimètres de longueur, neuf centimètres de largeur et
cinq centimètres dépaisseur, dont il némerge
que le bouton du manipulateur et les deux bornes dattache des
conducteurs.
Le transmetteur consiste en un téléphone magnéto-électrique
de Gower, à fil fin, dont la plaque vibrante a
un faux-tirant, cest-à-dire est bombée en son centre
de façon à faire ressort sous la pression, comme dans
cet infernal jouet qui fit fureur à Paris, pendant huit
jours il y a quelques années, et connu sous le nom de
cri-cri. Une clef de Morse ordinaire est disposée au-dessus de
cette plaque bombée et exerce une pression en son centre lorsquon
appuie sur le bouton de manipulation. Chaque fois quon appuie
sur ce bouton, la plaque du téléphone, en vertu de sa
forme, sapproche brusquement de laimant et développe
un courant dinduction dans les bobines; en cessant dappuyer,
elle reprend sa position primitive non moins brusquement et développe
un second courant dinduction de sens inverse. Tel est le principe
du transmetteur magnétique quon porte en campagne suspendu
sur la poitrine au moyen dune petite courroie.
Une communication complète par ce système comprend un
circuit formé dune ligne à un seul fil reliant les
deux postes, et à chacun de ces postes un magnéto-parleur
relié dun côté à la ligne et de lautre
côté à un téléphone Bell ordinaire
servant de récepteur ; le circuit est complété
par la terre à laide dun fil attaché dune
part à la seconde borne du téléphone récepteur
et de lautre à la poignée dun sabre enfoncé
dans un sol légèrement humide. Lopérateur
manipule de la main droite comme avec un manipulateur Morse ordinaire
et applique de la main gauche le téléphone récepteur
à loreille. La réception au son ne diffère
pas essentiellement du mode de réception si usité en Amérique
et en Angleterre avec les sounders; les courants dinduction développés
par la plaque bombée sont incomparablement plus énergiques
que les transmissions de la voix dans les téléphones les
plus perfectionnés, on peut donc lire au son la dépêche
transmise malgré le bruit environnant.
Dans des expériences faites par M. L. Wiessenbruch, on a pu intercaler
une résistance équivalente à 600 kilomètres
de fil de fer de 4 millimètres de diamètre (6000 ohms)
sans nuire sensiblement à la netteté de la réception.
Le magnéto-parleur pourra donc remplacer le parleur Morse dans
toutes les applications; il est très léger, très
sensible, fonctionne sans aucune pile et enfin, il comprend à
chaque poste un téléphone magnéto-électrique
dont on pourra se servir à la façon ordinaire, pendant
la nuit par exemple, lorsque le silence est assez grand pour permettre
ce mode de communication.
A lExposition de 1881, le colonel russe W. Jacobi avait
exposé sous le nom de télékal, un transmetteur
téléphonique sans pile, mais il était plus lourd
et plus encombrant que le magnéto-parleur du lieutenant Wiessenbruch,
puisquil pesait cinq à sept kilogrammes, et avait 54 centimètres
de longueur sur 22 de large et 11 de hauteur. Dans la description quil
en a donnée, le colonel W. Jacobi na fourni aucun détail
sur la disposition du transmetteur sans pile dont il fait usage, et
en supposant, ce qui est probable, quil emploie un système
électro-magnétique, le magnéto-parleur présenterait
en ore lavantage dun poids et dun volume beaucoup
moindres, sans compter lidée ingénieuse dutiliser
le principe sur lequel est fondé le cri-cri, à la construction
dun transmetteur magnéto- électrique simple et puissant.
Dès 1885 en France, deux téléphones
à usage militaire sont expérimentés :
Le SYSTEME téléphone COLSON
:
D'après la loi de Faraday , la force électromotrice
des courants induits développés dans le fil d'un téléphone
magnétique transmetteur est proportionnelle au nombre des lignes
de force du champ magnétique , qui coupent le fil dans l'unité
de temps par suite des vibrations de la plaque . Il y a donc intérêt
, pour constituer un transmetteur puissant , à faire en sorte
que le plus grand nombre possible des lignes de force soit concentré
sur la bobine et affecté par les vibrations de la plaque . Dans
le téléphone récepteur , l'action est réciproque
, et il y a , de plus , à considérer les vibrations moléculaires
qui se développent dans la plaque et dans l'aimant ; on voit
donc qu'il y a encore intérêt , pour former un récepteur
énergique , à ce que le plus grand nombre possible des
lignes de force du champ magnétique soit influencé par
les courants induits de la bobine , c'est à dire soit concentré
sur celle ci , et à ce qu'elles affectent le plus grand nombre
possible des molécules de la plaque .
En étudiant la répartition des lignes de force , M. Colson
a trouvé que la meilleure disposition permettant de réaliser
les conditions énoncées consiste à placer la plaque
vibrante entre les branches d'un aimant en fer à cheval dont
un pôle agit au centre de la plaque par l'intermédiaire
d'un noyau en fer doux qui porte la bobine , tandis que l'autre pôle
est fixé à un anneau en fer doux influençant les
bords de la plaque au travers d'un anneau en substance non magnétique
; le noyau central est relié au pôle correspondant de l'aimant
au moyen d'un pas de vis qui sert au réglage . La plaque est
ainsi polarisée du centre à la circonférence et
présente , au centre et sur les bords , deux pôles de noms
contraires ; les lignes de force sont concentrées sur la bobine
et sur toute la masse de la plaque .
Cet appareil , construit par M. de Branville , donne de très
bons résultals ; il produit des sons intenses et remarquablement
nets ; il est probable que cette dernière qualité est
due à la disposition centrale du pôle qui porte la bobine
, et à l'action des lignes de force sur l'en semble de molécules
de la plaque
fantôme
magnétique produit par ce téléphone .
Appareil militaire Colson, Constructeur De Branville en 1885,
adopté en 1886 par l'armée française.

...
Cet article est repris dans la revue La Nature de 1886
| JANVIER 1886. LA NATURE. LE TÉLÉPHONE
COLSON
Cet appareil vient dêtre
dernièrement dexpériences à la suite
desquelles il a été définitivement adopté
dans larmée.
Nous pensons que nos lecteurs en liront la description avec intérêt.
Son mode de construction est basé sur la conception théorique
des lignes de force que linventeur, M. le capitaine du génie
Colson, expose de la façon suivante dans son Traité
élémentaire d'électricité : «
A chaque position de la plaque de fer-blanc dun téléphone
magnétique par rapport aux pôles de laimant
correspond une certaine répartition des lignes de force;
celles-ci se déplacent lorsque la plaque vibre ; si la
bobine est rencontrée par ces lignes en mouvement, il se
développe dans son fil une différence de potentiel
qui est, daprès la loi de Faraday, proportionnelle
à leur nombre. Un téléphone transmetteur
sera donc dautant plus énergique, toutes choses égales
dailleurs , que les lignes de force mises en mouvement par
les déplacements de la plaque, et rencontrant le fil de
la bobine, seront en plus grand nombre. De même un téléphone
récepteur sera dautant plus puissant que les lignes
de force mises en mouvement par les variations des courants induits
qui parcourent la bobine, et rencontrant laj plaque, seront plus
nombreuses. On voit par conséquent que, d'une façon
générale, il y a intérêt à faire
passer au travers de la bobine et de la plaque le plus grand nombre
possible de lignes de force. »
Pour obtenir ce résultat, la
plaque vibrante, en fer-blanc mince, a été placée
entre les deux pôles de laimant. Lun, qui porte
la bobine de fil fin, agit dun côté et au centre
de la plaque, tandis que lautre se prolonge en un épanouissement
et agit sur le bord et de lautre côté; une
rondelle de cuivre le sépare de la plaque qui se trouve
ainsi entièrement plongée dans le champ magnétique.
Les lignes de force la traversent dans le sens des rayons.
Ce téléphone est construit par M. de Branville
avec le plus grand soin sous la forme de transmetteur et sous
celle de récepteur.
On voit en A laimant avec son pôle central P et son
pôle excentrique P'. Ce dernier traverse la plaque vibrante
M par un trou garni de caoutchouc, la rondelle de cuivre R, et
va se relier à lanneau de fer doux F formant lépanouissement
polaire. Ces pièces sont enfermées dans une cuvette
en cuivre nickelé et maintenues au moyen dun couvercle
G qui se visse sur la cuvette. La résistance de la bobine
est de 200 ohms pour le transmetteur, comme pour le récepteur.
Le transmetteur a 9 centimètres
de diamètre, il est muni dun cornet amplificateur.
On le règle au moyen dune vis fixée dans le
fond de la cuvette et qui permet d écarter ou de rapprocher
de la plaque le noyau qui constitue le pôle central de laimant.
Le réglage une fois fait se maintient indéfiniment.
Le récepteur na que 6 centimètres de diamètre,
son réglage est fait une fois pour toutes par le constructeur.
Un des avantages du téléphone Colson est dêtre
indéréglable. Il possède, en outre, une puissance
et une netteté remarquables; il nest pas nasillard,
ce qui tient sans doute à ce que toutes les molécules
de la plaque sont plongées dans le champ magnétique,
et à ce que les actions des deux pôles ont lieu concentriquement
à la plaque. Ainsi que nous le disions en commençant,
cet appareil commence à être apprécié
et fait déjà lobjet de plusieurs applications
dans larmée. Le transmetteur est employé par
le service de lartillerie dans lorganisation des observatoires
de tir; le récepteur est ajouté au matériel
de la télégraphie militaire; ailleurs les deux petits
récepteurs sont maintenus sur les oreilles de lopérateur
au moyen dune courroie jugulaire, tandis que le transmetteur
est suspendu dans un étui maintenu par une bretelle sur
la poitrine, le cornet à portée de la bouche comme
le représente notre première gravure (fig. 1).
Fig 1
On a laissé létui ouvert pour faire voir le
transmetteur; le compartiment vide au-dessous est destiné
à recevoir les récepteurs pour le transport ainsi
que les courroies et les cordons souples. Cette disposition permet
de faire lappel sans le secours dappareils spéciaux
; elle a en outre lavantage de laisser à lhomme
placé en observation, lentière liberté,
ce qui est indispensable dans un grand nombre de cas.
Dans certaines applications on peut,
bien entendu, combiner les récepteurs avec un microphone;
cependant en ligne aérienne comme en ligne souterraine
le transmetteur produit des effets comparables comme intensité
et comme netteté à ceux quon obtient avec
les transmetteurs à pile.
On peut organiser des postes entièrement magnétiques
en ajoutant au transmetteur et aux deux récepteurs un appel
phonique Sieur qui les actionne énergiquement et
leur fait produire un son très intense et tout à
fait suffisant pour lappel. Il serait intéressant
dessayer ce téléphone sur un réseau
de ville, et à grande distancé sur les lignes télégraphiques
munies du système Van Rysselberghe, comme celles qui sont
établies entre Rouen et le Havre, entre Reims et Paris.
On obtiendrait certainement dexcellents résultats,
car, ainsi que nous avons pu en juger récemment, dans le
téléphone Colson, la voix a une intensité
remarquable tout en conservant parfaitement son timbre.
G. Mareschal
|
Téléphone
fabrication ROULEZ 
Le téléphone Porte Montre :
|
1885 dans la revue LA LUMIERE
ELECTRIQUE, le téléphonique magnétique
Après une longue description
d'appareils utilisant les pouvoirs magnétiques au service
de la téléphonie, le texte se termine par l'usage
du téléphone par les militaires.
Nous citerons enfin une dernière forme donnée au
poste téléphonique magnétique, nous voulons
parler de lappareil portatif que représentent
en grandeur naturelle les figures 36 et 37. Là les organes
ont été absolument condensés; le timbre,
auquel on a donné la forme dune sorte de cou vercle
de boîte, constitue la partie postérieure de lappareil,
le téléphone qui sert à la fois de transmetteur
et de récepteur forme la partie antérieure. Enfin
lappel et la sonnerie sont logés dans lespace
restant.
Fig 36
Fig 37
Ce poste est destiné à
une des applications les plus importantes de la téléphonie,
à la téléphonie militaire.
Nous devons cependant ajouter que cet appareil, de dimensions
restreintes, nécessitera encore quelques perfectionnements
avant darriver à sa forme vraiment pratique. Le téléphoniste
naura à porter quun de ces petits appareils
et la bobine de fil à dérouler. Il sera déchargé
du poids de la pile. Au repos lappareil suspendu par son
anneau tend par son poids un ressort qui porte cet anneau et met
ainsi le poste sur sonnerie ; quand on soulève lappareil
le ressort sabaisse et met la ligne sur téléphone.
Ce ressort joue le rôle du crochet des postes ordinaires.
Les figures 38 et 39 représentent
des applications de téléphonie militaire.
Fig 38 
La première nous montre un officier dartillerie en
observation dans un abri, pendant une école à feu.
Il relève les points de chute exacts des projectiles lancés
sur une batterie fictive, que lon peut apercevoir, et transmet,
au moyen du téléphone, les résultats à
lofficier qui commande lécole, ' en lui signalant
les coups longs ou courts, ainsi que les écarts à
gauche et à droite du but.
Fig 39
Sur la deuxième gravure, on voit un officier détat-major
en reconnaissance. Il sest avancé jusquà
la lisière d'un bois qui sert de rideau aux troupes cachées,
tandis quun soldat marchant à sa suite déroule
et pose une ligne téléphonique qui maintient lobservateur
en communication constante avec ses chefs.
La question des communications téléphoniques,
qui prend chaque jour des proportions plus considérables,
aura fait, grâce aux nouveaux appareils magnétiques,
un progrès vraiment important. Nous venons de signaler
les différents modèles qui ont été
construits jusquici pour satisfaire aux principales nécessités
de lindustrie, et en même temps aux divers besoins
de la vie privée et publique. Nous navons pu dans
cette étude quindiquer les grands traits de ces applications
qui doivent se multiplier à linfini, la construction
des appareils se modifiant avec la plus grande facilité,
dès que des conditions spéciales se présentent.
M. Je docteur Herz, en inaugurant dans
ce journal lannée 1885, exprimait la croyance quun
service de téléphonie universelle viendrait bientôt
se substituer aux vieux modes de communication, dont chacun sent
linsuffisance eu égard aux besoins commerciaux de
notre époque. Il faut avouer que si lon envisage
dune part le développement étonnant qua
su prendre en quelques années la merveilleuse découverte
de Graham Bell, et dautre part les progrès qui sous
nos yeux viennent dêtre réalisés en
si peu de temps, cette idée na rien qui doive surprendre,
car ce qui reste à faire est certainement peu de chose
à côté de ce qui est déjà fait,
B. Marinovitcii.
|
Vu dans le livre "Réseaux téléphoniques
et sonnettes. Description des modèles, installation et pose,
entretien / publiée sous la direction de Henry de Graffigny
1896"
Voitures téléphoniques Lefebvre.
Le constructeur bien connu des voitures métalliques démontables,
employées par les armées, notamment aux colonies, a combiné
un modèle de ses véhicules comportant lappareillage
complet pour la téléphonie, et tout le matériel
nécessaire pour linstallation dune ligne volante.
Cette disposition ayant donné les meilleurs résultats,
particulièrement au Soudan français, en 1887-88,
nous la décrirons ici avec une gravure, montrant laspect
de ce matériel.
Le téléphone est un poste Edison avec deux écouteurs.
Le micro se place dans son encoche sur le boitier.
Photos P.Brad . Appareil état neuf (très rare)
Transmetteur
à couronne 
Chaque voiture comprend un poste téléphonique complet,
trois bobines de câble à deux conducteurs et un jeu doutils
pour le montage et le démontage de la ligne (pinces plates et
coupantes, limes, etc.). Un poste se compose dune boîte
en noyer contenant une sonnerie électro-magnétique actionnée
par une petite magnéto genre Clarke, mue à la main,
La bobine tournant entre les pôles de laimant a une résistance
12.000 ohms, ce qui permet de faire vibrer la sonnerie dappel
à 1.200 kilomètres de distance.
Cette sonnerie est branchée dans le circuit, de telle façon
que, lorsquon envoie lappel au correspondant, les deux sonneries
: celle du poste de départ et celle du poste darrivée
fonctionnent ensemble. Sil en était autrement, on serait
immédiatement averti que la ligne est coupée en quelque
point de son trajet, et ce genre de montage remplace avec avantage le
galvanomètre ordinairement employé par les télégraphistes.
En dehors de la boîte, sur le devant, se trouve le transmetteur,
du modèle dit à couronne. Ce transmetteur à deux
pôles est très puissant et agit avec une très grande
sûreté. Son diaphragme, en rapport avec un aimant de fortes
dimensions, présente une masse métallique importante dont
les vibrations produisent des courants induits très intenses.
Les récepteurs sont également des récepteursà
couronne mais à un seul pôle. Lorsque la résistance
de la ligne correspond à une distance de 500 kilomètres,
la transmission de la parole est absolument parfaite, lintonation
et la force de la voix devant la plaque du transmetteur étant
au diapason de la conversation ordinaire. En parlant à très
haute voix, on obtient une transmission satisfaisante jusquà
une résistance correspondant à 1.200 kilomètres
de distance. Ces téléphones, entièrement magnétiques,
suppriment lusage ennuyeux des piles, même pour lappel,
et on peut les croire supérieurs à tous ceux du même
genre construits jusquici.
La voiture portant ce poste étant fermée par un couvercle,
larrière de la caisse est percé dun il
par lequel passe le fil, ce qui permet de dérouler les conducteurs
pendant la marche et sans quil soit besoin douvrir le véhicule.
Arrivé à la station on relève le couvercle de la
voiture ; on amène lappareil téléphonique
sur le devant ; on relie, au moyen dun cordon souple à
deux conducteurs les deux bornes du téléphone aux deux
bornes de la bobine du câble, et le poste se trouve mis en ligne.
On peut établir immédiatement la communication. Les connexions
entre les câbles sont effectuées au moyen de serre-fils.
Le câble ordinairement employé se compose de deux fils
conducteurs en cuivre pur, de 11/10èm de millimètre, recouverts
dune épaisse couche de caoutchouc ou de gutta-percha, puis
dun guipage de coton et enfin dun ruban goudronné.
Ce câble peut séjourner dans leau sans inconvénient
et sans aucune perte de courant, et, lors des expériences faites
au Soudan par la commission nommée par le commandant supérieur
pour la réception et lessai de ces appareils, on a constaté
que la voix parvenait claire et distincte, sans paraître aucunement
diminuée, même par le passage de la ligne dune rive
à lautre du Niger, et bien que les fils fussent raccommodés
en trois ou quatre en droits.
En résumé, ce dispositif simple et puissant, présente
de très grands avantages, surtout dans les pays tropicaux, sur
la télégraphie électrique.
Le prix de lappareillage est bien moins élevé, avec
le téléphone quavec le télégraphe
; les appareils ne comportant ni piles ni mécanisme délicat
sont toujours prêts à fonctionner, enfin, détail
qui a son importance, les communication sont lieu entre les intéressés
eux-mêmes, et sans quon soit obligé de mettre des
tiers dans la confidence dordre souvent secrets, ce qui serait
nécessaire avec le télégraphe Morse.
1889 Etat de l'art extrait de "L'électricité
appliquée à l'art militaire / par le colonel Gun"
Ces généralités appareils ... , seront reprises
dans la suite du doccument avec d'autres explications, détails
et illustrations.
|
CHAPITRE I TELEPHONE ET MICROPHONE EN
GENERAL
...
CHAPITRE II INSTALLATION DES POSTES MILITAIRES EN FRANCE ET A
LÉTRANGER
Le téléphone réglementaire pour le
service militaire était il y a deux ans, le téléphone
allemand Siemens, composé dun fort aimant
en fer à cheval dont les pôles étaient entourés
de bobines allongées.
Un manche robuste en laiton ou en bois, reposant sur un socle,
parachevait ce téléphone massif, constituant un
de ces instruments dont les bureaux administratifs accouchent
quelquefois et qui au point de vue de la solidité défient
loutrage des ans. De fait ce téléphone aurait
pu servir d'arme portative au télégraphiste, et
mal avisé eût été lennemi assez
audacieux pour sexposer aux coups dune massue pareille
maniée par un télégraphiste exercé.
Cet instrument-mastodonte, défectueux dailleurs comme
rendement, vient dêtre remplacé par un téléphone-montre,
dû à M. Aubry, de la maison de Branville. Ce téléphone,
très léger, est excellent et laisse tous les autres
derrière lui. On peut monter un poste-téléphonique
militaire, soit en employant un double fil pour laller et
le retour, soit en employant un seul fil et en mettant lautre
borne des téléphones à la terre. On se sert
généralement de deux téléphones accouplés
à chaque station, de manière à ce que lun
serve pour la bouche et lautre pour loreille. Dans
le principe, avec les Siemens, on était obligé de
se servir dun avertisseur pour prévenir le poste
attaqué. Cet avertisseur consistait en un petit cornet
à anche qui sadaptait sur lembouchure du téléphone.
Une petite pièce mobile, sous laction des vibrations
de lanche, communiquait ces vibrations à la plaque
du téléphone. Le téléphone de réception
rendait alors un son facile à percevoir à quelques
mètres de distance. Dans la pratique, il est aussi simple
dimiter avec les lèvres ce cri de trompette de tramway
devant la plaque du téléphone attaquant pour que
le téléphone récepteur accuse le son comme
sil provenait dun véritable cornet dappel.
Le système de ronfleurs employé maintenant et que
nous décrivons un peu plus loin dispense de ces sortes
dappels. Téléphone employé comme parleur.
Dès le principe on sest aperçu quil
était avantageux de se servir dune clef Morse, montée
sur le manche du téléphone, afin de recueillir au
poste récepteur les coups secs de la clef et de lire au
son comme avec un parleur. Aussi le parleur de campagne a-t-il
été de suite abandonné à la grosse
télégraphie militaire et laissé de côté
par la télégraphie militaire légère.
Les coups frappés par la clef, sont en effet beaucoup plus
faciles à percevoir que la parole et dautre part,
la clef Morse nempêche nullement les téléphones
de servir pour la communication parlée dès quon
le veut. Il est bien entendu quavec ce système on
se sert dune pile à chaque poste, et ce sont les
ouvertures et fermetures de courant qui sont enregistrées
par le téléphone. La douzaine déléments
Lebiez renfermés dans les gibernes des cavaliers télégraphistes
desservant les avant-postes est très suffisante pour cette
besogne.
La figure schématique donne une idée de ce dispositif
sans quil soit nécessaire dentrer dans de plus
longs détails (fig. 73). On peut encore monter des téléphones
en courant continu, de telle sorte que la cessation du courant
et sa fermeture se font entendre par des craquements qui rendent
très facile la lecture au son.
Partant de ces principes on en est arrivé à chercher
à faire parler les téléphones avec plus de
force quand les courants les traversent, afin que les employés
puissent les entendre à distance. On y est arrivé
de diverses manières en intercalant dans le circuit des
bobines d'induction qui font entendre au passage du courant un
ronflement dû au trembleur interrupteur. Ce ronflement sentend
de loin et les appareils parleurs téléphoniques
ainsi constitués qui ont pris le nom de ronfleurs sont
devenus réglementaires dans la télégraphie
légère de campagne. Il existe deux genres de ronfleurs,
lun est dû à M. le lieutenant-colonel Montillot
qui dirige lÉcole de télégraphie de
Saumur, et lautre à M. le capitaine du génie
Colson. Lappareil de M. Montillot comporte un téléphone
Aubry collé directement sur le couvercle de la petite
boîte qui renferme lappareil. Dans cette boîte
il y a une clef Morse dont la touche dépasse et une bobine
dinduction; linducteur est traversé par le
courant delà ligne venant de la pile. Là est malheureusement
le point délicat du système, car on sait quaux
bobines dinduction, qui sont des transformateurs, il faut
des courants de quantité, difficilement fournis par les
piles Lebiez , aptes au service télégraphique,
ayant un assez haut potentiel, mais une grande résistance
intérieure et par conséquent un courant de peu dintensité.
Le fil induit de la bobine est relié au téléphone.
Le ronfleur de M. Montillot est très complet et d'une construction
très soignée, en tournant la partie supérieure
du couvercle, on agit sur un commutateur intérieur qui
permet dembrocher le ronfleur sur une ligne ou de le mettre
en courant continu. Le ronfleur du capitaine Colson, utilise les
courants dinduction pour aller dun poste à
un autre, ce qui est particulièrement avantageux, car il
suffit de trois ou quatre éléments Lebiez,
travaillant en local, puisqu'ils travaillent seulement pour actionner
linducteur de la bobine de leur poste. Une seule critique
à adresser à cet instrument qui est très
bon, cest que le réglage du vibrateur de la bobine
se fait avec difficulté au moyen dune petite clef
mobile facile à perdre en ouvrant la porte qui ferme la
boîte du ronfleur. Le fil induit de la bobine du poste attaquant
est mis dune part à la terre et de lautre relié
à la ligne où il va attaquer le téléphone
du poste récepteur. On peut se servir directement pour
la parole des téléphones Aubry qui complètent
lappareil. On peut, au moyen du téléphone,
saisir le secret des dépêches de lennemi, en
sinstallant entre deux postes, soit en tension, soit en
dérivation. Les signaux du Morse (appareil de guerre de
toutes les nations comme nous lavons vu) sont perçus
très nettement ; il en est de même du Hughes
et du Bréguet, mais la lecture au son de ces instruments
est à peu près impossible, du moins pour le Hughes,
car nous avons connu des employés de chemin de fer, où
le Bréguet est réglementaire, lire au son les signaux
de cet appareil. Voici comment on peut procéder. Si on
veut se placer en tension, il faut couper le fil ou le câble
ennemi et embrocher le téléphone sur le fil. Il
est bien évident quil faut se servir du commutateur
de ligne décrit plus haut si on a affaire à un fil
nu tendu entre deux poteaux. Sur des lignes militaires allemandes
il importerait dagir avec la plus grande célérité
ou mieux de ne couper le fil quaprès avoir attaché
les deux bouts du fil du téléphone de part et dautre
de la future section du fil de ligne, car on sait que les Allemands
travaillent en courant continu. On peut dailleurs monter
le téléphone en dérivation sans couper le
fil ennemi.
Dans ce cas on attache lun des fils du téléphone
à la ligne quon dénude si cest un câble.
Lautre extrémité du téléphone
est mise à la terre, mais dune façon imparfaite.
Si on ly mettait parfaitement on recevrait bien la correspondance
des deux postes, mais le courant passant à la terre à
lendroit où on se trouve avec le téléphone,
les deux postes sapercevraient de suite quil ne sont
plus en relation et lespionnage téléphonique
serait découvert. Il nen est pas de même si
on se met imparfaitement à la terre, caron perçoit,
sans empêcher pour cela les deux postes extrêmes de
correspondre. On dérive en effet une très infime
portion de courant, bien suffisante pour faire fonctionner un
instrument aussi délicat que le téléphone
qui peut parler avec des courants de lordre des millionièmes
dampère. Pour se mettre imparfaitement à la
terre, il suffit de prendre dans sa bouche lautre fil du
téléphone et de tenir le fil de terre dans la main.
La conductibilité pourtant presque nulle de lépaule
et du bras de lopérateur suffit pour fermer le circuit
téléphonique à la terre.
Nous pouvons citer à lappui de notre dire lobservation
suivante due à M. le capitaine dartillerie Ch. Gautier.
Cet officier a constaté dans un service téléphonique
de polygone que la transmission se faisait convenablement un jour
que la ligne avait été coupée accidentellement.
La réception se faisait par la terre.
Mentionnons en terminant ce qui a trait à lemploi
du téléphone seul dans larmée, lusage
que lartillerie fait dans ses installations et sur ses polygones,
du téléphone Gower, qui est rond et porte
un bout de tube. terminé par une embouchure comme un cornet
acoustique. Cet appareil qui parle bien est lourd et encombrant.
Des téléphones plus nouveaux et surtout des microphones
remplaceront tôt ou tard ces appareils démodés.
Lemploi du microphone à la guerre pour la grosse
télégraphie et pour la télégraphie
légère a été traité et on arrivera
certainement à une solution dans ce sens.
Poste portatif micro-téléphonique
militaire.
Les conditions générales auxquelles doivent
satisfaire les divers appareils composant un poste militaire portatif
sont les suivantes :
Le parleur doit transmettre les sons articulés avec la
plus grande clarté, unie à la plus grande intensité
possible. La réunion, dans la plus large mesure, de ces
deux qualités fondamentales, conduit en principe à
ladoption du microphone. Les écouteurs doivent être
à réglage permanent et reproduire la parole avec
beaucoup de netteté, afin dobtenir une audition satisfaisante.
Les piles doivent toujours être en état de fonctionner
à circuit fermé, pendant dassez longues périodes,
sans polarisation notable ; elles ne doivent exiger aucun entretien
jusquà épuisement des principes constituants.
En outre, comme toute pile doit être renouvelée après
un certain temps de service, il faut limiter leur emploi au nombre
déléments nécessaires à un bon
fonctionnement du microphone. Les appels de poste à poste
ou de poste à central doivent donc être faits sans
le secours dune pile auxiliaire, en employant, par conséquent,
de petits appareils à courants dinduction convenablement
appropriés.
Fig. 74. Vue densemble du poste portatif, système
de Branville.
A. Coffre renfermant les divers appareils et accessoires.
B. Microphone parleur. CC. Téléphones
écouteurs DD. Crochets de repos des téléphones,
interrupteurs automatiques du courant de pile. F. Paratonnerre
à pointes et à papier. F. Commutateur pour
mise de la ligne à la terre pendant les orages. G.
Appel direct à postes simples. g. Bouton du commutateur
de lappel direct. H. Appel à central.
b. Bouton du commutateur de lappel à central.
I, Borne L de liaison de poste à fil de ligne. I'
Borne T de liaison de poste de terre ou de retour. I"
I"', Bornes (Pile) de liaison de poste à pile du microphone.
JJ' Plots dattache du cordon de téléphone
(côté gauche). K K'. Plots dattache du
cordon de téléphone (côté droit).
Tous les appareils et accessoires doivent,
sans exagération de poids, être solidement construits,
de façon à pouvoir être employés dans
un service actif et agencés de manière à
permettre, au besoin, une visite facile et rapide des organes
essentiels.
Cest en sappuyant sur ces considérations générales
que M. de Branville a composé le poste micro-téléphonique
dont la figure 74 donne une juste idée. Lensemble
est complété par une boîte à pile,
contenant quatre éléments montés en tension.
Microphone. Le parleur adopté est du système
dArsonval et P. Bert ; il se compose, comme organe
principal, dun microphone Hugues, à crayons multiples,
et il se distingue de linstrument originel du savant américain
par le mode de réglage des contacts, permettant de faire
varier la sensibilité de transmission.
Les crayons
de charbon au nombre de quatre, réunis deux en quantité
et deux en tension, sont recouverts en partie dune mince
plaque en fer-blanc et sollicités par faction magnétique
dun aimant en fer à cheval, dont on règle
la distance au charbon à laide dune vis de
rappel. Quand laimant est assez éloigné, les
charbons ont une grande mobilité sur leurs supports, et
les sons parviennent avec leur maximum dintensité;
mais larticulation manque dune netteté suffisante
; quand laimant est rapproché, au contraire, les
charbons appuient davantage sur leurs supports ; lintensité
du son décroît, mais on gagne en netteté,
et cela, dans des limites très étendues. Laction
magnétique a, comme la pesanteur, le grand avantage de
sexercer à distance, sans le secours, par conséquent,
dorganes intermédiaires plus ou moins rigides, susceptibles
de déterminer des glissements ou des vibrations propres
qui se traduisent fatalement par des bruits étrangers à
la transmission. Mais, lorsque les charbons sont exclusivement
sollicités par la pesanteur, leur masse joue un rôle
prépondérant, et le meilleur réglage nest
obtenu que pour une position unique et certaines dimensions qui
rendent souvent ces organes dune extrême fragilité.
Laction magnétique, au contraire, peut être
modifiée dans ses effets par de simples variations de la
distance des charbons à laimant. La question de masse
devenant ainsi tout à fait secondaire, les crayons peuvent
être renforcés de manière à les rendre
suffisamment solides sans nuire au rendement du microphone ; une
simple mise au point permettra ensuite dassurer de bons
contacts et dobtenir le meilleur réglage. De plus,
comme les crayons resteront toujours appuyés contre leurs
supports dans toutes les positions, sollicités quils
sont par lattraction dun aimant régulateur
faisant corps, en quelque sorte, avec linstrument, le réglage
se maintiendra dans toutes les positions que peut prendre le microphone,
sans tendance à certains déplacements, à
certains glissements des crayons sur leurs supports, ayant pour
effet de dénaturer la voix. Un microphone, ainsi constitué,
se trouve dans des conditions favorables pour résister
aux chocs et aux trépidations, tout en possédant
la puissance de transmission et l'exquise sensibilité des
meilleurs appareils fixes. Ces avantages sont précieux
en ce quils permettent de faire entrer, dans la composition
dappareils de campagne, les microphones à crayons
de charbon, qui sont encore les meilleurs, tant par leurs qualités
comme transmetteurs que par la stabilité de leur réglage
originel. Le transmetteur est complété par une bobine
dinduction et deux interrupteurs, actionnés parles
crochets de repos des écouteurs. Les interrupteurs ont
pour fonction de fermer ou douvrir automatiquement le court
circuit de la pile du microphone, suivant que lun ou lautre
des écouteurs est décroché, ou que les deux
sont suspendus à fond de leurs crochets de repos.
Téléphones. Le champ est plus vaste pour
le choix des écouteurs; aussi le poste portatif est-il
disposé de manière à pouvoir employer indistinctement
trois types différents de téléphones, tous
trois à boîte métallique, à réglage
permanent, pris parmi les systèmes les meilleurs, les plus
étudiés, et, à certains égards, les
plus intéressants. En voici la description sommaire par
ordre de leur construction :
1° Téléphone à pôles concentriques
du Dr. d'Arsonval. M. le Dr dArsonval, professeur
au Collège de France, dans le cours de ses recherches pour
déterminer de quelle manière le fil téléphonique
doit être disposé par rapport à laimant
pour agir sur la plaque vibrante avec le maximum deffet,
a reconnu que la construction dun téléphone
doit être assimilée à celle des meilleures
machines magnéto-électriques. Dès lannée
1877, il avait observé quon augmente beaucoup la
force du téléphone en laissant agir, sur la plaque
vibrante, les deux pôles de laimant et que, toutes
choses égales dailleurs, il y a grand avantage à
terminer laimant par des bobines plates très rapprochées.
Ses expériences ultérieures lui ayant démontré
que la partie vraiment active du fil est celle qui se trouve logée
entre les pôles de laimant, M. dArsonval fut
conduit à soumettre la totalité du fil à
linfluence du champ magnétique, en donnant à
ce champ une forme annulaire, comme lavait déjà
employée M. Nicklès pour les électro-aimants.
Les deux pôles, rendus ainsi concentriques, sont affleurés
dans un même plan très rapproché de la plaque
vibrante, et lespace compris entre les deux pôles
est occupé par la bobine qui se trouve ainsi entièrement
noyée dans un champ magnétique. Grâce à
cette disposition, toutes les lignes de force du champ magnétique
sont perpendiculaires à la direction du fil de la bobine
et subissent par conséquent, au maximum, linfluence
du courant. Le modèle pouvant entrer dans la composition
du poste portatif, est un téléphone mixte (fig.
76), parleur et écouteur à plaque de 0m 070, construit
spécialement pour les usages militaires.
Fig76 
Laimant a la forme dun élément de spire,
disposition ayant lavantage de bien concentrer les lignes
de force dans lespace annulaire et de permettre un montage
solide et facile de toutes les parties. Comme parleur, cet instrument
peut être avantageusement comparé aux meilleurs téléphones
actuellement en usage dans larmée, tout en étant
dune construction plus robuste et dun réglage
permanent dans toute lacception du mot. Employé comme
écouteur, il conserve naturellement les qualités
qui le distinguent. Son poids (480 grammes) est supérieur,
il est vrai, à celui dun simple récepteur,
mais il faut considérer que cet appareil peut, dans certains
cas, devenir, comme parleur, un auxiliaire relativement puissant
du microphone.
2° Téléphone à aimants plats accouplés,
de Teilloux.
Fig 77
Le téléphone Teilloux est un écouteur
à deux bobines; sa monture est métallique et son
réglage permanent. Il est caractérisé par
la forme et la disposition du système daimant, composé
dun ou de plusieurs couples de disques découpés
au balancier, de manière à affecter la forme spéciale
représentée par la figure, et superposés
de manière à reporter les pôles de même
nom dans le voisinage des trous M et S. Ces trous sont destinés
à recevoir la partie des noyaux en fer doux des deux bobines
servant à fixer invariablement le couple sur le fond de
la boîte métallique (fig. 77). Cette disposition
originale a marqué un réel progrès en permettant,
par une combinaison intelligente des éléments qui
le composent, dobtenir un instrument léger, solide,
indéréglable, conservant bien son magnétisme,
et dun prix très modéré, tout en ayant
les qualités sérieuses qui caractérisent
un bon récepteur.
3° Téléphone
à plaque polarisée, du capitaine R. Colson.
M. le capitaine du génie R. Colson a imaginé
un nouveau perfectionnement du téléphone Bell, en
cherchant, par une meilleure utilisation des lignes de force,
à augmenter lamplitude du son, et cela, sans rien
faire perdre à la netteté de larticulation
naturelle. Voici, au sujet de cet appareil, comment sexprime
M. Colson « A chaque position de la plaque de fer blanc,
par rapport aux pôles de laimant, correspond une certaine
répartition des lignes de force : celles-ci se déplacent
lorsque la plaque vibre ; si la bobine est rencontrée par
ces lignes en mouvement, il se développe dans son fil une
différence de potentiel qui est, daprès la
loi de Faraday, proportionnelle à leur nombre. «
Un téléphone transmetteur sera donc dautant
plus énergique, toutes choses égales dailleurs,
que les lignes de force mises en mouvement par les déplacements
de la plaque et rencontrant le fil de la bobine, seront en plus
grand nombre. De même, un téléphone récepteur
sera dautant plus puissant que les lignes de force mises
en mouvement par les variations des courants induits qui parcourent
la bobine et rencontrent la plaque, seront plus nombreuses. «
On voit, par conséquent que, dune façon générale,
il y a intérêt à faire passer au travers de
la bobine et de la plaque le plus grand nombre possible de lignes
de force. « Ces considérations se vérifient
facilement sur les téléphones, et ont servi à
lauteur pour combiner son appareil.
La plaque du téléphone Colson est placée
entre les deux pôles de laimant; lun des pôles
est formé par un noyau de fer (Fig. 78).
Téléphone à plaque doux, qui agit
au centre de la polarisée du capitaine R . Colson. plaque
et porte la bobine ; lautre est constitué par un
anneau de fer doux, qui influence les bords de la plaque dont
il est séparé par une substance non magnétique.
La plaque est ainsi polarisée du centre à la circonférence
et soumise tout entière, de même que la bobine, à
faction du champ magnétique. » Les téléphones
Colson, parleur et écouteur, ont leur place marquée
parmi les plus puissants et les plus remarquables de ces instruments.
La reproduction de la parole est obtenue avec une netteté
tout à fait irréprochable, et la permanence du réglage
ne laisse rien à désirer.
Le modèle découteur employé dans le
poste portatif peut, en outre, être utilisé au besoin
comme parleur pour de moyennes distances.
Appel phonique Sieur. Afin de parer à linsuffisance
des avertisseurs à anche, employés dans certains
instruments comme moyen dappel de téléphone
à téléphone, M. Sieur a imaginé, sous
le nom dappel phonique, un petit appareil magnéto-électrique,
à courants alternatifs de haute tension et de courte durée,
spécialement combiné pour actionner fortement la
membrane dun téléphone.
Lappel phonique se compose dun fort aimant 1 recourbé
dont les pôles S sont terminés par deux noyaux de
fer doux, montés en retour déquerre et recouverts
chacun dune bobine de fil fin (fig. 79).
Entre
les extrémités de ces noyaux passe une roue phonique,
ou disque en cuivre, qui porte dans le voisinage de sa périphérie
une série de petites entailles, exactement occupées
par autant de barreaux de fer doux; cette roue est munie dun
pignon commandé par une roue dentée, actionnée
elle-même au moyen dune manivelle. Lorsquon
imprime à ce système un mouvement de rotation, les
barreaux viennent successivement se présenter presque au
contact des deux noyaux polarisés des bobines pour sen
écarter ensuite, et chacun de ces passages rapides est
marqué par la naissance de deux courants dinduction
successifs et de sens contraire. Les courants alternatifs ainsi
obtenus, se répétant à des intervalles très
rapprochés, produisent un mouvement vibratoire bien accentué
des membranes de téléphones intercalés dans
le circuit et, par suite, un son assez intense ; pour être
distinctement entendu à plusieurs mètres du poste.
Un commutateur sert : 1° pendant les périodes dattente
et de conversation, à maintenir les téléphones
dans le circuit et lappareil dappel hors du circuit
téléphonique; 2° pendant la durée dun
signal, à couper, au contraire, les téléphones
du circuit pour y substituer lappel phonique du poste attaquant.
Le jeu de cet organe a donc pour effet déliminer,
dans les deux cas, des . résistances passives qui diminueraient
le rendement des appareils récepteurs. La réalisation
dun appel efficace par téléphone présente
certains avantages importants qui méritent dêtre
mentionnés.
Emploi, comme récepteurs d'appel, des téléphones
ècouteurs, cest-à-dire d'instruments très
sensibles et cependant simples, solides, indéréglables,
sur les indications desquels on peut absolument compter;
Suppression, par conséquent, des sonneries
trembleuses , qui sont bien loin doffrir les mêmes
garanties dans des postes mobiles ;
Circuit de la ligne toujours fermé sur téléphones,
et, par suite, suppression du commutateur automatique servant
à fermer le circuit que lon soit en position dattente
ou en position pour parler ;
Faculté, pour deux postes en communication,
de pouvoir s'appeler sans produire de signal effectif au central,
ce qui résout de la manière la plus heureuse le
problème si important de lappel direct.
Nous signalerons encore un modèle récent de poste
micro-téléphonique militaire construit par M. Berthon,
poste dont nous retrouverons lanalogue en Allemagne.
Un microphone Berthon sert de transmetteur et il est composé
de deux plaques de charbon de cornue de 0m,0015 dépaisseur,
serties dans un cercle débonite et séparées
lune de lautre par une pastille de charbon granuleux
maintenu au centre du système et servant de variateur pour
le courant. Ce microphone-est relié à un écouteur
téléphonique Ader par un manche dont la courbure
est calculée de manière que, lorsquon applique
lécouteur à loreille, on ait le transmetteur
microphonique devant la bouche. Un cordon souple enroulé
sur le manche relie les deux appareils quon aperçoit,
dans la figure 80, au milieu et sur le dessus de la boîte.
Les piles qui actionnent le système sont en trois éléments
genre Leclanché dans lesquels le liquide est emprisonné
dans de l'agar-agar. Les piles servent pour le seul microphone,
la sonnerie dappel est mue par une petite magnéto
quon actionne par deux ou trois tours de manivelle.
Fig. 80.
Poste micro-téléphonique portatif, système
Berthon. (Société générale des téléphones).
Il nous reste à signaler le peu
que nous savons de létranger. On peut dire que presque
partout les systèmes se valent.
Les Allemands avaient pour leur
service davant-poste des téléphones Siemens
analogues à ceux que nous avons laissés de côté
pour les téléphones-montres Aubry. Ces téléphones,
portés dans des étuis par les télégraphistes
davant-poste, nont ni pied ni bornes; leur jonction
avec la ligne se fait par un joint spécial à frottement.
On vient dadopter en Allemagne un appareil militaire micro-téléphonique
analogue à celui que la Compagnie des téléphones
installe à Paris dans les bureaux. Tout le monde connaît
cet instrument composé dune barre courbe, portant
à une extrémité un téléphone
quon applique à loreille, tandis que son autre
bout supporte un microphone à poussière de charbon,
qui vient se placer à quelque distance de la bouche, ce
qui permet de nemployer quune seule main au support
de linstrument et de se servir de lautre pour écrire
ou prendre des notes sous la dictée du téléphone
écouteur. Cest donc absolument ou à peu de
chose près ce que nous venons de signaler sous le nom de
poste micro-téléphonique système Berthon,
qui est employé outre-Rhin, sauf que le téléphone
écouteur possède un aimant- monstre dont les branches
en fer à cheval servent de poignée pour réunir
le téléphone au microphone. Quant à ce dernier,
sa plaque vibrante, au lieu dêtre en charbon de cornue,
comme dans le Berthon, est en sapin verni.
Italie. Ce sont les Italiens qui, les premiers,
ont eu des téléphones ronfleurs. Lappareil
primitif est dû au colonel Racagni. Il se compose
dun téléphone dans le manche duquel se trouve
une bobine dinduction munie de son trembleur. Cette bobine
est actionnée par une pile au bichromate de potasse à
renversement, du système Trouvé. Cette pile
se compose dun récipient absolument fermé
qui est garni dans sa partie supérieure de zinc et de charbons
réunis convenablement. La partie inférieure contient
une solution acide de bichromate de potasse. Il suffit de renverser
la pile pour que le liquide vienne baigner le zinc et le faire
entrer en fonction (fîg. 81 ).
fig
81
Le ronflement se transmet au poste récepteur. Il est inutile
dinsister sur ce mode de transmission que nous avons étudié
dans le matériel français.
La Suède se sert du téléphone Siemens
double, un parleur et un écouteur, avec cette particulièrement
assez curieuse quon a cru utile (chose bien superflue et
même grotesque, à notre avis) de doter le téléphone
écouteur d'un trépied sur lequel il est installé
comme un canon sur son affût et où il peut tourner
dans tous les sens en se présentant à hauteur de
loreille.
On voit quil y a peu de chose à dire sur ce qui se
fait à létranger et que cela se ressemble
un peu partout. La tendance est au perfectionnement partout, et
dans un avenir peu éloigné, on peut affirmer que
toutes les puissances militaires auront pour leur téléphonie
légère,, et probablement aussi dans leur matériel
de grosse télégraphie des appareils micro téléphoniques
analogues au poste portatif de Branville ou au poste portatif
Berthon.
|
En comlément : extrait du livre
de 1890 Histoire de la téléphonie par Julien Brault
chargé du téléphone du sénat
| "LA TÉLÉPHONIE MILITAIRE"
Partant de ce principe devenu un axiome
que la rapidité des mouvements est en quelque sorte lâme
de la guerre, le téléphone peut être utilisé
par larmée et rendre les plus grands services dans
les cas suivants :
- Pour relier les divers éléments dont se compose
une armée à la base dopérations, et
notamment pour assurer en campagne lenvoi des vivres ou
larrivée des.renforts ;
- Pour maintenir les communications incessantes entre les quartiers
généraux, les divisions et les brigades qui opèrent
en tous sens ; Pour diriger la marche de colonnes qui ont des
objectifs déterminés ;
- Pour coordonner la marche des trains sur les chemins de fer
dans la zone occupée par lautorité militaire
; Pour concentrer des troupes sur un point stratégique
donné ;
- Également dans linvestissement dune place
forte et dans sa défense, et dans bien dautres cas
encore qui relèvent du service en campagne.
Le téléphone est un auxiliaire important du télégraphe,
et dans beaucoup de cas il lui est supérieur. Aussi nous
paraît-il très important de faire ressortir ses avantages
et dattirer la plus grande attention sur tout ce qui peut
intéresser larmée et notamment sur tout ce
qui doit lintéresser en cas de guerre. Dans cet ordre
didées, nous signalons un système de téléphonie
militaire davant-poste inventé par le capitaine
Waffelaert de Bruxelles. Le poste complet composé
dune petite boite en acajou contenant pile et bobine dinduction,
un microphone et un téléphone portatifs avec cordons
dattache peut être contenu dans une cartouchière
de fantassin ou dans une sacoche de cavalier. Il est si peu volumineux
quon peut avec facilité le mettre en poche. Le soldat
le moins intelligent est en état de se servir de cet appareil
; il ny a pas de commutateur à manuvrer, pas
de réglage à effectuer. Lappareil sert à
la fois à la transmission au moyen du microphone et à
la réception de la parole au moyen du téléphone
récepteur. Lavantage de ce système consiste
dans ce quil nest nullement besoin dêtre
spécialiste pour établir les communications; de
plus, si le fantassin téléphoniste porte des cartouches
dans sa besace, il ne cesse pas dêtre combattant.
fig. 64
Le câble se compose de quatre fils de bronze phosphoreux
de 0.3 mm. légèrement câblés entourés
dune première couche isolante et dune tresse
de fil de lin, ensuite dune substance isolante composée
de résine, goudron, silice, huile de résine et huile
de pin. Elle est imperméable, mais nest pas collante
comme le bitume et ne se dissout pas dans leau comme le
goudron. Il ne pèse que 4 kilogrammes au kilomètre.
La résistance à la traction est de 40 kilogrammes
; il coûte 85 francs au kilomètre. Le téléphoniste
militaire porte une pioche-marteau à la ceinture, et, dans
un sac semblable à un sac de soldat, 1.200 mètres
de ce câble. Le sac contient en outre un paquet de clous,
d'épingles et une fourche à câble dont le
manche est divisé en trois parties pouvant sassembler.
Laide-téléphoniste porte une pelle Linnemann
et, dans sa besace, un appareil grimpeur. Pour établir
une ligne, lhomme portant le sac et son aide suivent les
chemins les moins fréquentés, les sentiers. Le câble
est étendu dans les récoltes, posé sur les
haies, dans les fossés secs. Dans les endroits fréquentés
ou de fort passage, il est nécessaire de le suspendre aux
branches des arbres et même de grimper sur ceux-ci pour
y enfoncer un long clou dépingle destiné à
supporter le câble. Si le câble doit traverser un
chemin, il est utile de lenterrer dans une rigole de 10
centimètres de profondeur et de le recouvrir de terre meuble.
Avant tout il doit être dissimulé autant que possible
en évitant les endroits de grand passage. Si le câble
vient à se rompre dans un endroit et que la communication
ne se fasse plus, chaque poste doit envoyer un homme pour vérifier
la ligne.
Fig. 65 Fig. 66

La vérification se fait au moyen dune aiguille épreuve
(fig. 65) directement reliée à lappareil par
un bout de cordon souple. Cette aiguille permet détablir
la communication avec lâme du câble en perçant
lenveloppe.
Le sac contenant la ligne a la forme dun sac de soldat ordinaire
et les dimensions sont les mêmes. Quand le téléphoniste
se trouve dans les rangs, rien ne le distingue des autres soldats.
Lors de la construction de la ligne, le téléphoniste
porte le sac sur le dos pour le déroulement du câble,
qui se trouve enroulé sur des bobines (fig. 64).
Lors du relèvement, au contraire, il porte le sac sur la
poitrine et y adapte une manivelle sur le côté droit
(fig. 66).
Lhomme tourne la manivelle de la main droite, et de la main
gauche entourée dun gant de cuir, il guide le câble
dans son enroulement sur la bobine. Par lévidement
pratiqué dans la paroi supérieure, il voit tout
lintérieur du sac. La bobine tournant sous laction
de la manivelle, le câble senroule à chaque
tour de 84 centimètres dès le commencement du remploiement
de la ligne, de sorte que le relèvement peut se faire au
pas ordinaire. Une des extrémités de chaque bobine
est terminée par un petit tube creux fileté à
son extrémité dans lequel, après introduction
du câble, on a fixé le conducteur par une goutte
de soudure (fig. 67).
Fig 67
Lautre extrémité est fixée de même
à un tube creux terminé par une tête de vis
qui tourne folle dans un manchon formant écrou et qui se
visse sur le bout fileté de lautre câble.
Sur la paroi antérieure du microphone qui a 0.08 c.m. de
diamètre se trouve un bouton que le téléphoniste
presse pour faire lappel. Les courants induits engendrés
par les nombreuses ouvertures et fermetures de courants, produites
par une armature vibrante, produisent un bruit suffisamment perceptible
dans le téléphone du poste opposé pour être
entendu, pour peu que le correspondant fasse attention.
Le microphone est dans la main droite, il porte un bouton que
lon tient sous le pouce ; en pressant ce bouton on met la
pile dans le circuit. Lorsquon cesse de parler on lâche
le bouton et la pile est mise hors du circuit, afin déviter
une usure inutile. Le récepteur a 6 centimètres
de diamètre et 22 millimètres dépaisseur.
MICROPHONE DE CAMPAGNE DE DRAWBAlGH
Perfectionnenent dans les appareils téléphoniques
principalement destinés à déceler les sons
ou les bruits transmis par vibrations à la terre. Linvention
de Drawbaugh consiste dans la combinaison dun microphone
à contacts de charbon avec une tarière tubulaire
(fig. 69) que lon peut introduire dans la terre. Le microphone
étant influencé par les bruits ou sons transmis
par vibration à la terre modifie proportionnellement le
courant électrique qui le traverse et transmet ses vibrations
au récepteur téléphonique.

Fig 69 et Fig 70
Lessai peu coûteux de cet appareil très utile,
mérite lattention de nos télégraphistes
militaires.
Le système microphonique à contacts de charbons
D E G (fig. 69), protégé par une gaine débonite
D, est renfermé dans un tube à vis que lon
enfonce enterre, aux points représentés sur la figure
70 par les lettres H, et que lon peut surveiller dun
point central où se trouvent les piles reliées aux
bornes 1, 2 (fig. 69) et aux récepteurs I (fig. 70), qui
signalent ainsi tout mouvement aux environs des points H.
Fig 71 et 72
Fig 73
Les figures 71 et 72 représentent une forme donnée
à un poste téléphonique magnétique
destiné à lapplication de la téléphonie
militaire. Là les organes ont été absolument
condensés ; le timbre, auquel on a donné la forme
dune sorte de couvercle de boîte, constitue la partie
postérieure de lappareil, le téléphone
qui sert à la fois de transmetteur et de récepteur
forme la partie antérieure. Enfin lappel et la sonnerie
sont logés dans lespace restant. Sur
la figure 73, on voit un officier détat-major en
reconnaissance. Il s est avancé jusquà la
lisière dun bois qui sert de rideau aux troupes cachées,
tandis quun soldat marchant à sa suite déroule
et pose une ligne téléphonique qui maintient lobservateur
en communication constante avec ses chefs. Nous devons ajouter
que ce téléphone, de dimensions restreintes, nécessitera
encore quelques perfectionnements avant darriver à
sa forme vraiment pratique.
La figure 74 nous
montre un officier dartillerie en observation dans un abri,
pendant une école à feu. Il relève les points
de chute exacts des projectiles lancés sur une batterie
fictive, que lon peut apercevoir, et transmet, au moyen
du téléphone, les résultats à lofficier
qui commande lécole en lui signalant les coups longs
ou courts, ainsi que les écarts à gauche et à
droite du but.
Le téléphoniste naura à porter quun
de ces petits appareils et la bobine de fil à dérouler.
Il sera déchargé du poids de la pile. Au repos,
lappareil, suspendu par son anneau, tend par son poids un
ressort qui porte cet anneau et met ainsi le poste sur sonnerie;
quand on soulève lappareil, le ressort sabaisse
et met la ligne sur téléphone. Ce ressort joue le
rôle du crochet des postes ordinaires. Les figures 73 et
74 représentent des applications de téléphonie
militaire avec cet appareil.
LE MICRO-TÉLÉPHONE
DE lARMÉE ALLEMANDE
Ladministration allemande des postes et télégraphes
a adopté en principe, en 1888, un téléphone
dont les avantages ne laissent rien à désirer comme
appareil portatif pour la correspondance parlée. Ce microphone
construit par deux fabricants de Berlin, MM. Mix et Genest,
peut être employé partout, et il sadapte aussi
bien sur le lit des malades que sur une table de travail, sur
les vaisseaux comme sur les plus hautes montagnes. Ladministration
de la guerre allemande, qui cherchait depuis longtemps un instrument
pratique dun usage facile pour le service de larmée,
se trouve actuellement en possession d'un appareil dun maniement
tout à la fois pratique et commode et parfaitement approprié
à lemploi que lon peut en faire à la
guerre. Le micro-téléphone est dun emploi
multiple pour le service militaire, aussi bien pour larmée
de terre que pour la marine. On peut en tirer une grande importance
dans les camps, les cantonnements, entre les colonnes, les stations
de commandement et les postes importants, dans le service des
garnisons. On peut aussi en tirer un parti des plus avantageux
dans le service des fortifications, dans les polygones et sur
les champs de tir de lartillerie, pour la défense
des forteresses et des forts isolés comme aussi à
bord des vaisseaux. Nous indiquons, daprès le commandant
Grandin, dans les figures 75 et 76, la construction intérieure
de cet appareil.
Fig
75 et 76 En coupe
Le microphone est disposé dans une entaille pratiquée
à lintérieur dun coude en laiton c.
La membrane m faite en bois de sapin est protégée
contre lhumidité par une couche de vernis et serrée
fortement contre la pièce F dans la boîte D. Les
deux couches de charbon bb sont destinées à mettre
lappareil en mouvement, par la communication des fils de
transmission. Le rouleau de charbon est placé en K, et
est fortement pressé contre la membrane m par la pièce
f. Le téléphone est adapté au coude de laiton
comme le montre la figure ci-jointe.
La boîte de cuivre conique E, qui porte la pièce
N en fer laminé et la pièce O, est à charnière
à lintérieur et est vissée sur la plaque
R. La régularité du téléphone est
précisément une des conséquences de cette
charnière, car elle permet le rapprochement plus ou moins
grand de la pièce N de la partie aimantée du système.
A cet effet, un petit levier, en forme dS, sert à
donner aux pièces R et N les positions qui leur conviennent,
pour le fonctionnement de lappareil. Une enveloppe en bois
débène entoure le fer à cheval aimanté
hh et le coude de laiton c, et la distance de louverture
du téléphone est réglée parle coude
c, de façon à ce que linstrument puisse sadapter
à chaque forme de tête, comme le montre la figure
75. La figure 76 indique la disposition dun appareil micro-téléphonique,
appliqué à la muraille dune station, pour
son emploi dans un service public ou privé. La boîte
ne contient que le taffetas, le rouleau dinduction, le timbre
et lappareil automatique. Un modèle spécial
a la forme dun coffret élégant très
portatif (fig. 77).
Fig. 77. Micro-téléphone
de larmée allemande.
TÉLÉPHONE COLSON
M. Colson, capitaine du génie, a inventé un
téléphone qui fut, vers la fin de 1885, lobjet
dun grand nombre dexpériences qui donnèrent
des résultats très satisfaisants. En 1886, cet appareil
fut adopté dans 1 ¦'armée. Son mode de construction
est basé sur la conception théorique des lignes
de force.

Le téléphone Colson est construit par M. de Branville
avec le plus grand soin sous la forme de transmetteur et sous
celle de récepteur. On voit en A laimant avec son
pôle central P et son pôle excentrique P'. Ce dernier
traverse la plaque vibrante M par un trou garni de caoutchouc.,
la rondelle de cuivre R, et va se relier à lanneau
de fer doux F formant l'épanouissement polaire. La plaque
vibrante en fer-blanc mince a été placée
entre les deux pôles de laimant. Lun, qui porte
la bobine de fil fin, agit dun côté et au centre
de la plaque, tandis que lautre se prolonge en un épanouissement
et agit sur le bord et de lautre côté; une
rondelle de cuivre les sépare de la plaque qui se trouve
ainsi entièrement plongée dans le champ magnétique.
Les lignes de force la traversent dans le sens des rayons. Les
pièces sont enfermées dans une cuvette en cuivre
'nickelé et maintenues au moyen dun couvercle C qui
se visse sur la cuvette. La résistance de la bobine est
de 200 ohms pour le transmetteur, comme pour le récepteur.
Fig
78
Le transmetteur a 9 centimètre de diamètre, il est
muni dun cornet amplificateur. Onle règle au moyen
dune vis fixée dans le fond de la cuvette et qui
permet d'écarter ou de rapprocher de la plaque le noyau
qui constitue le pôle central de laimant. Le réglage
une fois fait se maintient indéfiniment. Le récepteur
na que 6 centimètres de diamètre, son réglage
est fait une fois pour toutes par le constructeur. Un des avantages
du téléphone Colson est dêtre indéréglable.
Il possède, en outre, une puissance et une netteté
remarquables Le transmetteur est employé par le service
de lartillerie dans lorganisation des observatoires
de tir ; le récepteur est ajouté au matériel
de la télégraphie militaire ; ailleurs les deux
petits récepteurs sont maintenus sur les oreilles de lopérateur
au moyen dune courroie jugulaire, tandis que le transmetteur
est suspendu dans un étui maintenu par une bretelle sur
la poitrine, le cornet à portée de la bouche comme
le représente la figure 78. On a laissé létui
ouvert pour faire voir le transmetteur ; le compartiment vide
au dessous est destiné à recevoir les récep-
teurs pour le transport ainsi que les courroies et les cordons
souples. Cette disposition permet de faire lappel sans le
secours dappareils spéciaux ; elle a, en outre, lavantage,
très précieux, de laisser à lhomme
placé en observation, la liberté de ses mouvements.
TÉLÉPHONE BERTHON
Le téléphone militaire, système Berthon,
que la Société générale des Téléphones
a fait construire est un appareil militaire par excellence.
Fig
81
Il est composé (fig. 81) dune boîte en chêne
de 0 m , 242 sur 0 m , 275 avec poignée et verrous en cuivre,
contenant une machine magnéto-électrique pour appeler,
une sonnerie pour lappel, une bobine dinduction,
un commutateur pour la pile du microphone, trois
éléments en vases ébonites, étanches,
des bornes pour le raccord des fils de ligne et un appareil
combiné Berthon-Ader. Cet appareil, qui est absolument
mobile, peut, au moyen dun simple raccord, être relié
immédiatement avec toute ligne fixe ou volante. Au moyen
de la machine magnéto-électrique, un appel peut
être fait à toute distance. La pile, qui ne sert
quau microphone, est complètement étanche,
et lappareil peut être renversé sans quil
résulte aucune avarie pour elle.
Selon les besoins, la boîte peut être portée
simplement à la main, par la poignée de cuivre;
ou, si lappareil sert à des exercices ou à
des opérations militaires en campagne, elle peut être
fixée au moyen dun sac muni de bretelles, sur le
dos dun homme ou portée en bandoulière.
...
|
1889 à l'EXPOSITION UNIVERSELLE
à PARIS
La maison Ch. Mildé présente
, dans le bâtiment principal de lexposition militaire, un
spécimen de chacun de ses appareils microtéléphoniques
applicables aux besoins de larmée. Ces appareils sont très
bien construits et fonctionnent dans de très bonnes conditions.
La Société de Branville et
Cie, expose divers types dappareils téléphoniques
et microtéléphoniques militaires qui ont tous été
mis en essai par le Ministère de la guerre.
Ces appareils ont été, en général, examinés
par des officiers; quelques-uns ont été «adoptés
et sont devenus réglementaires.
Les types principaux exposés sont :
Un poste téléphonique avec téléphone Aubry;
Un poste microphonique;
Un vibrateur électrique.
Les appareils de la maison de Branville et Cie sont fort bien construits
et très soignés.
Le poste militaire portatif, est la forme
réduite du poste Ader avec sonnerie d'appel, magnéto-électrique,
mais le transmetteur et le récepteur sont de la forme Berthon-Ader
combiné. Il pèse 7 kilogrammes.
Vu dans "La Justice" août
1889
Le roi de Perse assistera aujourd'hui à une heure, à des
expériences de téléphonie militaire aérienne,
qui auront lieu au moyen d'un câble reliant le Trocadéro
au ballon captif Godard.
Les appareils téléphoniques fixés dans la nacelle
du ballon ont déjà été expérimentés
par S, E. Nazare-Aga, le docteur Tholozan et Djelianguir-Khan,
...
1881 Le réseau téléphonique
militaire dAnvers.
Il existe à Anvers un réseau
téléphonique militaire qui mérite détre
signalé.
Tous les forts et établissements militaires, tous les dépôts
militaires, quel que soit leur éloignement de la ville, toutes
les casernes et bâtiments militaires sont reliés téléphoniquement
à un bureau central à la caserne de la Compagnie des télégraphistes
et artificiers du génie.
Ce réseau a commencé à être établi
en 1881, mais depuis cette époque il a subi un grand nombre de
modifications.
Depuis le 1er août 1890, le service1 fonctionne très régulièrement
avec dè nouveaux appareils choisis par le lieutenant du génie
André.
Sans entrer dans de longs détails sur cette intéressante
installation, rappellerons que dans le cas actuel, il fallait remplir
non-seulement les conditions dune communication téléphonique
ordinaire, mais garantir encore dune façon absolue le secret
des communications, de façon quil fût impossible
de brancher un récepteur sur le circuit de deux correspondants.
Signalons également une disposition nouvelle qui permet davertir
automatiquement les deux postes du moment précis de leur mise
et de leur rupture de communication, à laide dun
coup de sonnette spécial.
Toutes ces dispositions ont été réalisées
dans une grande table téléphonique, pour 60 numéros,
imaginée par le lieutenant André, et construite dans les
ateliers Mourlon, à Bruxelles.
Lappareil choisi est le microphone Dejongh, qui est déjà
très employé en Belgique et en France. Chaque poste renferme
un microphone Dejongh, une sonnerie magnétique, deux téléphones-montres
du système Goffart, et un para foudre Van Rvsselberghe.
On comprend toute limportance dun tel réseau au point
de vue des opérations militaires pour la transmission des ordres;
quelques minutes suffisent pour prévenir tous les postes et les
dépôts, môme à des distances considérables.
1890 Le système de téléphonie
du capitaine Charollois

Le système de téléphonie du capitaine Charollois
repose sur ce principe quune résistance élevée
du fil de ligne et un isolement incomplet ne sopposent pas au
passage des courants utiles. Dès lors, pour concilier une résistance
à la rupture suffisante avec ces qualités négatives,
on pose simplement sur le sol un fil dacier, recouvert de cuivre,
de 6 mm de diamètre; chaque bobine porte un kilomètre
de fil; pour la relève, les hommes la portent au moyen de courroies
sur la poitrine et peuvent manuvrer facilement sa manivelle. Le
téléphone possède des récepteurs genre Ader
et le microphone à granules et plaque de mica, utilisé
par le Home-Téléphone. Les piles Leclanché, actuellement
en usage, sont dites à sac et composées dune électrode
en zinc et dune autre formée de deux demi-cylindres comprimés
graphite et peroxyde de manganèse, pressés contre une
lame de charbon et insérés dans un sac de toile, le tout
baignant dans un mélange de chlorhydrate dammoniaque et
de chlorure de zinc, que lon peut immobiliser au moyen de la gelée
d'Agar-Agar ou de la cellulose de noix de coco. Elles donnent une tension
de 1,5 volt, et un élément, fermé sur une résistance
de 10 ohms, fournit pendant le premier jour 0.155 ampère, puis
0.140, et décroît lentement jusquau cinquantième
jour où il donne encore 0,068 ampère; en tout il aura
fourni 118 ampères-heure, moyennant quelques lavages et quelques
recharges très espacés.
1890 dans la revue LA LUMIERE
ELECTRIQUE, NOUVELLES / EXPÉRIENCES DE TÉLÉPHONIE
MILITAIRE .
On sait que lusage du vélocipède a été
introduit avec un certain succès dans larmée
française et que, dans des conditions normales, ces appareils
ont rendu de bons services, sans que leurs conducteurs aient eu
la prétention de remplacer la cavalerie.
Si nous en croyons certains organes
étrangers, des expériences faites en Russie ont
fourni des résultats tels que celui-ci :
Trois hommes ont franchi en 132 heures, en touchant à Simféropol,
Balaklava, Sébastopol, etc., une distance denviron
700 kilomètres. Lofficier et les deux chasseurs de
forteresse avaient chacun 15 kilogrammes de bagages. Citer Balaklava,
cest rappeler le terrain mouvementé, bizarre, inoubliable
où la cavalerie anglaise de lord Cardigan trouva son tombeau;
cest dire aussi les difficultés de manuvre
pour un vélocipède.
Mais cest en même temps prouver quun appareil
qui fonctionne ainsi, peut devenir mieux quun passe-temps.
Tout récemment nous avons fait
connaître un type de vélocipède allant aussi
bien sur leau que sur terre sans quil soit nécessaire
de lui faire subir une transformation quelconque. Voici le principe
de lappareil. Cest un tricycle dont les roues, au
lieu dêtre à jour, sont formées de trois
grandes lentilles biconvexes en tôle, creuses et bien étanches,
et munies extérieurement de petites palettes en cuivre.
Le mouvement est identique à celui des bicyclettes. Sur
route, ces roues creuses agissent comme les roues ordinaires,
et linstrument peut atteindre une vitesse de 15 à
20 kilomètres à lheure; dans leau, les
roues deviennent des flotteurs et, grâce à leurs
palettes, servent aussi de propulseurs fournissant, suivant les
courants, le vent, etc., une marche de 4 à 7 kilomètres
à l'heure .
Des expériences très concluantes ont été
faites en rade de Marseille par divers temps : nous nen
citerons que deux : lune pour donner une idée de
la navigabilité de lappareil, lautre pour indiquer
son application à la téléphonie ou
télégraphie de campagne.
- Dans la première, deux velocemen éprouvés,
transportés en bateau à 4 kilomètres au large,
montèrent et actionnèrent successivement lappareil,
avec plein succès, pendant deux heures environ, par des
fonds de 25 à 35 mètres .
- Dans la seconde expérience, on posa un câble volant
dit « câble de campagne ».
Les constructeurs ayant bien voulu en effet nous confier leur
vélocipède, lidée nous vint de lemployer
à des expériences de télégraphie militaire.
La donnée était la suivante :
Une troupe dépourvue déquipage de pont doit
traverser une rivière ou un lac et maintenir ses communications
électriques avec son centre de commandement.
Ecartons tout dabord le cas, assez rare d'ailleurs, où
le fleuve nest ni trop profond, ni trop rapide, ni trop
large, ni trop inégal au fond pour empêcher un déroulement
de câble de campagne opéré à la main
par des hommes des sections télégraphiques.
En général, même pour un cours deau
moyen, ces conditions favorables ne se trouvent pas réunies.
Le Rhône et la Durance étant éloignés
en moyenne de 40 à 50 kilomètres de Marseille, la
mer restait seule indiquée comme champ dexpériences.
Le 23 novembre dernier, à la suite de la grande baisse
barométrique du 22, le vent soufflant en tempête
et la mer étant démontée, les essais furent
faits. Il était évident que si dans des conditions
aussi détestables il était possible de poser 100
ou 200 mètres de câble et de percevoir les signaux
échangés entre le vélocipède et la
terre, on pouvait en déduire la possibilité de traverser
une rivière et dassurer la communication permanente
entre un détachement davant-garde privé de
bateaux et son centre daction.
( Pour préciser, nous dirons que l'un des opérateurs-constructeurs,
M. Rousseau, manuvra près dune heure en tous
sens, à 3 milles de la côte : après quoi,
le second, M. Lafleur, fut abandonné en mer et revint dans
le port de Marseille, après avoir coupé le sillage
de trois grands paquebots et fait environ 5 kilomètres
en 49 minutes).
Ordre des essais. Lappareil, mis à leau
au milieu de rochers, dans une sorte de bassin recevant par le
milieu la houle du large, se comporte très bien. Sur lessieu
principal est fixée une grande équerre en U soutenant
une bobine de câble léger (cuivre étamé
sous gutta et double tresse).
En se tenant debout à la lame, le tangage éprouvé
ne fatigue pas : cest le mouvement dun cheval doux
au trot. Le câble se déroule régulièrement
avec une légère incurvation due à la dérive
et senfonce lentement, sans former de coques, grâce
à un frottement voulu et calculé de laxe,
destiné à empêcher un déroulement trop
rapide.
Une des extrémités du câble, celle du rivage,
est reliée à un téléphone qui prend
terre, par un poinçon de fer, dans le sable humide; l'autre
bout, happé sur le tambour de la dérouleuse que
porte le vélocipède nautico-terrestre, déborde
les joues de la bobine et senroule en un boudin extérieur.
Une fois le câble déroulé à la longueur
que lon veut, on stoppe, on saisit le boudin et on amène
le fil à une planchette dessais fixés sur
le milieu du gouvernail que dirigent les mains du vélocipédiste.
Cette planchette, de 0,10 m. sur 0,06 m. porte un petit manipulateur
de sonnerie à trois directions. On fixe le bout libre du
câble au fil dentrée dun téléphone-montre
M dont lautre borne est reliée à la borne
de ligne L. On rattache à la borne de pile P le pôle
positif dun élément flottant que lon
jette à la mer. Enfin on met la borne T à la terre
par le massif du vélocipède.
Il ne reste quà manipuler en signaux Morse, ou à
parler au téléphone. En temps normal, cette dernière
solution semblerait la plus rationnelle; mais il faut remarquer
dune part que. toute conversation se propage fort bien au
loin sur l'eau, et que, dautre part, la voix humaine serait
certainement couverte par le bruit du canon et même de la
fusillade que le téléphone percevrait et mêlerait
aux paroles, de façon à les rendre inintelligibles.
Doù la nécessité du Morse avec ses
espacements réguliers et sûrs, quune oreille
exercée distingue sans peine au milieu de vingt autres
bruits. Mais un récepteur Morse est lourd, peu commode
à porter; un parleur occupe une certaine place, a besoin
de réglage et ne possède quune sensibilité
limitée.
Un téléphone-montre, au contraire, permet de lire
au son, n'a pas besoin de réglage, pèse fort peu,
se place dans une poche et peut sattacher au besoin à
la jugulaire d'une coiffure militaire pour rester, en permanence
appliqué à loreille du télégraphiste
d'avant-poste.
Avec le dispositif que nous indiquons
et que nous avons monté en pleine eau, malgré la
bourrasque, en quelques secondes, avec quelques coups de tournevis,
il a été possible de transmettre et de recevoir
très nettement, malgré le sifflement du vent et
le bruit des vagues qui empêchaient toute audition de paroles
criées à pleins poumons. Il nous a paru même
que le fracas de leau entendu daussi près et
le fouettement des embruns étaient, au point de vue de
louïe, plus puissants et plus gênants peut-être
que celui de détonations d'armes à feu et que, par
conséquent, lexpérience était concluante.
Au point de vue nautique, nous dirons quil suffit de tenir
solidement le gouvernail dune main pour assurer la direction,
lautre main restant libre pour la manipulation. Au point
de vue électrique, il faut ajouter quen embrochant
les deux téléphones dans le circuit, le manipulant
et son correspondant perçoivent simultanément les
signaux.
Cest un moyen de contrôle pour le premier, qui peut
corriger sa propre manipulation sil comprend que sa transmission
nest pas parfaite ; cest aussi une façon dêtre
assuré que le câble nest pas isolé.
En rivière, un élément Leclanché suffira
à la correspondance. Sur mer, en raison de la composition
du liquide, nous nous sommes borné à employer le
type suivant, bien connu en principe.
Deux petits charbons à lumière cc, reliés
métalliquement, sont fixés dans des entailles pratiquées
de part et dautre de deux morceaux de liège EE'.
Un fil de zinc de 1 millimètre de diamètre et de
0,10 m. de long Z passe au travers du liège, entre les
charbons. Il est prolongé par un .fil métallique
portant une lame de cuivre U. On fixe le rhéophore des
charbons à la planchette dessais, et on jette lélément
à leau. La plaque de terre du zinc, servant de lest,
maintient lélément vertical. Un seul couple
suffit. On évite ainsi lennui demporter une
pile.
Il nous semble démontré
par lessai que nous avons tenté que, puisquil
est possible de manuvrer sur une mer mauvaise, de dérouler
un câble, d'établir les communications, de transmettre
et de naviguer en tirant le fil après soi, il doit être
possible deffectuer une opération identique en rivière
ou sur un lac, soit pour le service militaire, soit pour relier
à un moment donné des équipes douvriers
travaillant sur les rives opposées dun cours deau
et ne possédant ni pont, ni bac, ni bateau. Il nest
pas aisé de transporter un bateau sur les chemins, de le
mettre à leau, de poser un fil et de recharger ensuite
lembarcation sur un chariot. Il est facile au contraire
de transporter un vélocipède nautique, puisquil
roule également sur terre, quil porte son cavalier
comme un cheval ou navigue comme un canot.
P. Marcillac.
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Vu dans la "Lumière Electrique"
de 1892
On peut y lire l'Etat des lieux de la téléphonie militaire
à cette date.
APPLICATIONS DU TÉLÉPHONE AUX OPÉRATIONS MILITAIRES
La téléphonie retient en ce moment lattention générale;
cest dabord par la transformation du réseau téléphonique
de Paris, dont la demande de crédit est en instance au Parlement
; en suite par le projet de création dun cours spécial
de téléphonie militaire à lécole de
Joinville.
Cette fondation nous intéresse principalement.
Le téléphone, qui avait déjà trouvé
diverses applications dans la recherche des projectiles et dans la prévention
des abordages en mer (expériences de M. le duc de Feltre, en
1888), devait trouver très aisément sa voie dans une partie
spéciale du génie militaire; malgré la préférence
accordée au télégraphe, dont le rôle était
plus ancien, lutilité du téléphone est devenue
incontestable. Diverses recherches justi fient cette opinion. Nous ne
signalerons que celles qui se recommandent dépreuves particulières,
soit en expédition, soit en campagne.
En 1881, le capitaine P. Cardew imaginait un procédé
dassociation du téléphone et du télégraphe
dans lequel le téléphone était employé comme
récepteur. Des expériences furent faites sur ce dispositif
à lEcole du génie militaire anglais, en avril 1881,
dans une ligne qui fut établie le long de la voie de Londres-Chatham-
Douvres, entre les stations de New -Brompton et Newington. Ce système
fut aussi employé, rapporte le général-major Webber,
dans lexpédition du Nil. Nous avons jadis donné
les conditions de ces épreuves, nous ne les relatons que pour
mémoire .
Ces expériences, en utilisant un sounder Tha1er, démontrèrent
la possibilité de percevoir les notes produites avec un fil nu
posé sur le sol, et cela sans quil y ait à redouter
quelque confusion avec les signaux dinduction et les bruits dus
aux courants terrestres; on remarqua aussi que l'emploi du téléphone
dans cette circonstance évitait le réglage des récepteurs
télégraphiques ordinaires, opération qui habituellement
occasionne de fréquents retards. Le seul reproche élevé
contre le dispositif Cardew était la nécessité
demploi d'une source électrique beaucoup plus puissante
que dordinaire; une ligne isolée fonctionnant dans ces
conditions n'eût exigé que 4 éléments Leclanché,
alors que l'on dut en disposer 10. Toutefois, cette condition nest
pas rigoureuse; ainsi, dans une expérience de New-Cross-Chatham
(3o milles), on télégraphie avec 1 élément,
et 6 suffisent à par
faire de bons signaux; mais dans une autre installation de New-Cross-Bristol
(123 milles sur poteaux et 8 milles souterrains), dans une autre Chatham-Bristol
(158 milles sur poteaux
ét 10 souterrains), bien que les appareils ordinaires marchassent
avec 3o éléments, lemploi de 60 éléments
ne permit pas d'obtenir de bons résultats; les courants vibratoires
se trouvaient anéantis par linduction, particulièrement
dans les parties souterraines à travers Londres.
Loriginalité du dispositif du fil nu sur la terre paraît
avoir fourni ses preuves dans la campagne dÉgypte; au Soudan,
sur un sol très sec, condition évidemment favorable, un
fil ainsi placé entre Kaibar et Abou Fatmeh, ayant une longueur
de 23,5 milles, passant sous terre sur une distance de 182 mètres,
assura pendant six mois le service des dépêches. Après
la bataille de Telel-Kébir, 115 dépêches de 3o mots
furent échangées entre 8 heures et demie du matin et 6
heures du soir.
En 1873, le capitaine Cardew a employé des électro-aimants,
afin d'amoindrir le bruit d'un appareil Morse, placé sur la même
ligne que le téléphone.
Téléphonie par le dispositif Charollois.
Dès lannée 1888, M. le capitaine Charollois, du
115e régiment dinfanterie, était, à la suite
de nombreuses et multiples expériences sur la téléphonie
appliquée au service des troupes en campagne, amené, de
son côté, à constater quun fil métallique
quelconque, déroulé sur le sol sans aucune précaution
disolement, présentait la propriété de transmettre
à des distances considérables (de 10 à i5 kilomètres
environ), les courants induits circulant entre deux récepteurs
téléphoniques magnétiques, placés aux deux
extrémités de ce fil considéré comme ligne,
avec retour par la terre, et d'actionner ces téléphones
dans toutes les circonstances requises pour un bonne communication.
La suppression des piles, dont nous avons vu précédemment
sous un dispositif analogue (procédé Cardew) les inconvénients,
était déjà une grande amélioration;
diverses autres qualités désignent à lattention
le fonctionnement du système téléphonique Charollois;
les expériences très concluantes des grandes manuvres
et linstallation locale d'un service téléphonique
desservant les avant-postes de la place de Toulouse concentrent l'intérêt
sur cette application.
Après avoir primitivement fait usage de fils d'acier de 11/10
de millimètre, l'inventeur fut conduit à adopter le fil
bimétallique Martin, à âme d'acier recouverte de
cuivre rouge. Les anciens conducteurs dacier étamés
ou galvanisés employés dans les premiers essais présentaient
le grave inconvénient de soxyder assez facile ment, malgré
leur chemisage détain ou de zinc, et de perdre, par suite
de loxydation aux raccords, une partie de leur conductibilité.
L'emploi du fil bimétallique remédie à ce défaut;
il est pour ainsi dire inoxydable, et cette condition est très
importante, en raison de nombreux raccords que lon est obligé,
dans la pratique, de faire à un fil de ligne susceptible dêtre
rompu des centaines de fois et devant conserver intacte, malgré
les nombreux raccords, son entière conductibilité. En
outre, ce fil présente les qualités de solidité,
légèreté, souplesse et conductibilité qui
le recommandent particulière ment à cette application:
enfin, son prix de revient est très faible et cette dernière
considération qui, au point de vue théorique, nest
que secondaire, acquiert dans ce cas particulier une importance considérable
que nous énumérerons tout à lheure.
Dans les conditions les plus fréquentes, le fil bimétallique
employé nu est déroulé sur le sol ou suspendu aux
arbres, toitures, haies, etc., etc. sans aucune précaution spéciale
disolement; la terre est utilisée comme fil de retour.
Jusquà 25 kilomètres de longueur de ligne, limite
actuelle de plusieurs expériences, on est parvenu à obtenir
dans ces installations des communications téléphoniques
parfaites au moyen de téléphones magnétiques et
malgré dinnombrables contacts du conducteur avec le sol.
Limmersion du conducteur effectuée partiellement n'interrompt
même pas les communications; sur une ligne de huit à dix
kilomètres, la traversée dune rivière sur
dix à quinze mètres de conducteur immergé na
pas entravé les transmissions dans une récente expérience;
toutefois, il conviendrait de ne pas abuser de cette faculté,
car il est possible que sur une plus grande échelle une pareille
application présente des inconvénients. Au cours des essais,
il a été donné de remarquer que les conditions
climatériques n'influaient pas sur les
appareils; un temps pluvieux, même avec un conducteur posé
simplement sur le sol, nentrave pas le service téléphonique
dune ligne soumise à ces influences ; constatons ce fait,
en passant, puisque cette fois il ny a plus à réserver
les considérations locales particulières aux pays chauds
et qui favorisèrent le fonctionnement du dispositif Cardew dans
la campagne dEgypte.
La netteté de la parole est absolue et lintensité
du son est telle quun appel de clairon ou de corne est entendu
en pleine campagne à 6 mètres de distance du récepteur.
Lintroduction de plusieurs appareils sur la ligne, soit directement,
soit en dérivation, naltère pas sensiblement laudition,
ainsi que plusieurs épreuves lont établi. Cette
application spéciale de la téléphonie repose tout
entière sur les propriétés particulières
des courants induits; elle utilise surtout leur mode de propagation
à travers les corps conducteurs. Dans bien des circonstances,
on a pu employer dans ce dispositif corps de l'opérateur comme
retour à la terre, ou même celui du cheval pour le cavalier.
Dans le premier cas, la borne de terre du téléphone est
reliée au poignet de lopérateur par un conducteur
souple; dans le second cas, cette borne est reliée de même
au mors du cheval.
Dans ces circonstances, les piétons ou cavaliers sont toujours
en contact avec la terre, de sorte que même en marche ils peuvent
communiquer téléphoniquement sans sarrêter.
Le diamètre des conducteurs bimétalliques parait avoir
une importance tout à fait négligeable au point de vue
des transmissions. Des expériences ont été exécutées
avec des fils de 6/10, 3/10, 2/10, 15/100 de millimètre sans
quon ait pu percevoir la moindre différence dans lintensité
du son émis par le récepteur.
Dans une épreuve récemment effectuée à la
requête du ministre de la guerre, on a fait dérouler une
ligne téléphonique avec fil de 15/100 pesant 250 grammes
par kilomètre; cette ligne a pu être établie avec
une rapidité inouïe, tantôt par piéton, tantôt
par vélocipédiste, et enfin par cavalier. Cest même
au cours de cette installation qu'a été démontré
lemploi du fil de 6/10 de millimètre pesant 2,5 kilog.
le kilomètre, comme susceptible de résister au déroulement
rapide à des allures vives.
La question des récepteurs employés est tout à
fait secondaire; on a utilisé avec avantages particuliers les
téléphones Aubry et Ader, et en dernier lieu les récepteurs
du système Roulez que construit actuellement l'artillerie à
lusage des régiments et établissements militaires.
Le téléphone aux dernières manuvres.
A la suite des premières expériences faites en 1890,aux
grandes manuvres du Nord, le dispositif Charollois a été
soumis à l'examen aune commission spéciale qui en
a étudié les qualités aux manuvres de lEst
de 1891.
Voici dans quelles conditions ont été établis les
services téléphoniques au cours de ces épreuves
très importantes.
Dans certains cas, le téléphoniste portait suspendu au
képi, près de loreille, le premier récepteur,
qui doit servir davertisseur et découteur; le second
récepteur, que lopérateur tient à la main,
remplit les deux fonctions de transmetteur et de récepteur, ou
l'une des deux à volonté.
Lappel à son de corne ou lavertissement ordinaire
allô suffit à éveiller lattention. A leffet
de réduire le matériel à ses plus simples proportions,
on a procédé à des expériences au cours
desquelles les opérateurs placés aux extrémités
dune même ligne ne possédaient que le premier des
deux récepteurs, qu'ils portaient constamment à l'oreille
et détachaient pour les besoins des communications. Dans ce dernier
cas, le matériel par équipe se composait uniquement d'un
téléphone de 50 millimètres, du poids de 200 grammes.
Les téléphonistes étaient organisés par
équipes de deux hommes, porteurs l'un dun téléphone,
lautre dune perche en bambou munie d'un crochet pour fixer
le fil aux arbres, maisons ou autres points d'appui éventuels.
Ils étaient en outre munis chacun dune bobine dérouleuse
comportant 1000 mètres de fil bimétallique de 6/10 de
diamètre; en résumé, chaque équipe possédait
donc le matériel nécessaire à la construction,
au fonctionnement et au relèvement dune ligne de 2000 mètres.
Létablissement dune ligne présentant une dizaine
de kilomètres de développement se pratiquait ainsi.
Un téléphoniste supplémentaire prenait position
au point A (fig. 1) en se fixant son téléphone à
l'oreille et le reliant d'une part au fil de la ligne, de lautre,
par le conducteur souple, à son sabre-baïonnette enfoncé
en terre: la première équipe commençait à
dérouler le fil; pour cette opération, le porteur de la
bobine marchait dans la direction B (limite présumée du
circuit), à sa vitesse dallure ordinaire (4 kilomètres
à lheure), sans se préoccuper du fil qu'il laissait
derrière lui; son camarade muni de la perche suivait à
quelques pas, plaçant la ligne sur les supports naturels, et
à leur défaut la laissant sur le sol, ou de préférence
la faisant choir dans les sillons ou fossés, pour la préserver
dans la mesure du possible de toute atteinte capable de provoquer accidentellement
une rupture.

La première équipe ayant parcouru ses deux kilomètres,
le porteur du récepteur sinstallait au poste intermédiaire
comme il a été fait précédemment au point
A et entrait de suite en correspondance; le second téléphoniste,
devenant disponible, se tenait prêt à se porter sur la
ligne pour reconnaître et réparer toute rupture indiquée
par la cessation des transmissions.
Ces deux hommes avaient, de cette façon, la surveillance de la
fraction de ligne quils venaient de poser et en devenaient pour
ainsi dire de véritables cantonniers.
La deuxième équipe exécutait alors létablissement
de la partie de ligne suivante, en raccordant son fil à la précédente
et en se dirigeant toujours vers le point B; et la ligne sinstallait
par fractions sur létendue des 10 kilomètres, en
des servant six postes intermédiaires tous en relation.
Ce dispositif militaire de ligne de campagne explique combien la surveillance
exercée est rigoureuse, comment les ruptures accidentelles sont
réparées sans retard, et enfin comment
la ligne de 23 kilomètres de la première expérience
a pu être relevée en une heure; lordre ayant été
donné spontanément à tous les postes de relever
leurs fractions de ligne, au même instant chaque équipe
a repris immédiatement le fil quelle avait posé.
Ces conditions sont particulières aux épreuves de campagne;
il demeure entendu que lorsque je pays est tranquille, la ligne bien
posée et que lon ne craint pas daccidents, les postes
intermédiaires peuvent être supprimés.
Ceci établi, relatons maintenant les résultats d'expériences
tels que M. Charollois les exposait dernièrement à lécole
d'artillerie de Toulouse, devant les généraux Warnet,
de Moncets et Mille, et les officiers de la garnison.
Première expérience. Mise en communication
avec le général en chef des divers éléments
de colonnes en marche.
Etablie dans la soirée du 4 et la matinée du5 septembre,
cette ligne, qui comportait 10 postes intermédiaires, tous en
communication parfaite sur un développement de 23 kilomètres,
fut établie en cinq heures et relevée en une heure seulement
(ainsi que nous lavons dit).
Deuxième expérience. Transmission par téléphone
de renseignements fournis par la cavalerie; combinaison dune ligne
téléphonique avec une ligne télégraphique.
Le réseau téléphonique établi par M. le
capitaine Charollois, d'un développement total de 12 kilomètres,
a fonctionné sans interruption pendant laction du 7 septembre,
malgré les conditions désavantageuses de son installation.
La division de cavalerie tout entière passa même à
un moment donné sur le fil, sans interrompre la communication
dune dépêche qui se faisait à cet instant.
Troisième expérience, 10 septembre. Mise
en communication du ballon d'observation avec létat-major
de larmée.
Le service téléphonique assura parfaitement cette communication.
Quatrième expérience. Les 11, 12 et 13 septembre,
le service téléphonique relia constamment le quartier
général de l'armée de l'Est avec les quartiers
généraux de corps d'armée et dispensa de lemploi
daucune estafette ni vélocipédiste.
Cinquième expérience. Emploi de ligne téléphonique
sur le champ de bataille.
Ce jour-là, 14 septembre, en moins de dix minutes, lordre
dassaut mettant en mouvement deux corps d'armée, était
parvenu aux généraux et mis à exécution.
Ces conclusions méritent quelques commentaires; elles montrent
que, à l'égal du télégraphe, le téléphone
est devenu un agent pratique, rapide, sûr et peu coûteux,
indispensable dans les opérations militaires des troupes en campagne.
A laide de quelques hommes rapidement instruits, ce service peut,
dautre part, être très vite organisé entre
toutes les unités qui ont intérêt à en faire
usage, depuis la compagnie jusquà létat-major
de l'armée.
Pour organiser définitivement dans larmée le service
téléphonique, il suffirait de créer dans chaque
régiment ou dans chaque bataillon de chasseurs une section de
téléphonistes pris dans chaque compagnie, à raison
de quatre hommes par compagnie.
Ces hommes, instruits dans leurs corps et en traînés par
une pratique constante à toutes les manuvres et exercices
du service en campagne, auraient bien vite acquis la connaissance complète
de l'instrument et de la pose des lignes.
Ils seraient commandés par des instructeurs ayant suivi le cours
de téléphonie de campagne qu'il est question de fonder,
à lécole normale de gymnastique de Joinville, comme
cela se pratique pour les signaleurs.
Les régiments formeraient ainsi la pépinière où
puiseraient les états-majors en cas de mobilisation.
Avant six mois et à l'aide dun très faible crédit,
larmée française pourrait être pourvue de
ce service précieux, le prix dachat dune ligne de
10 kilomètres restant très peu élevé. En
voici le détail :
10 kilomètres de fil bimétallique de 6/10........ 60,00
francs
10 bobines dérouleuses................................. 70,00
3 récepteurs..................................................
45,00
5 perches en bambou à crochets................... 10,00
Total.......................................................... 185,00
francs
Bien que nous n'envisagions ici que les applications militaires du téléphone,
nous croyons devoir exposer d'autres mérites du dispositif Charollois,
ce système simplifié étant susceptible de rendre
de grands services dans les installations privées en remplacement
des sonneries ou postes microtéléphoniques actionnés
par des piles.
Labsence d'entretien et la facilité dinstallation
des conducteurs dans ce système, dispensant douvriers spéciaux,
recommanderait beaucoup les appareils magnétiques ordinaires.
Dans ces conditions nouvelles, le fil bimétallique nu est développé
sans aucune autre précaution que celle déviter sa
rupture; il peut être cloué sur les murs sans isolateurs
et circuler ainsi dans lintérieur des maisons.
A l'extérieur, il est placé hors datteinte, sur
les arbres, murs, etc., etc. Des expériences ont été
faites à de grandes distances, le fil complètement à
terre; dans ces circonstances, les sonneries dappel étaient
actionnées puissamment et laudition téléphonique
très satisfaisante.
On voit de suite quels avantages présente ce système de
téléphonie pour établissements agricoles ayant
dépendances au loin, châteaux avec parcs, usines, hôtels
et maisons particulières; enfin, les considérations dordre
économique résultant de la suppression de lachat
et de lentretien des piles, la différence de prix des conducteurs
isolés et du fil nu, toutes ces circonstances concourent à
désigner à l'attention ce système de transmission,
qui sagrémente dune autre qualité : c'est
qu'étant placés sur des supports naturels, arbres, murs
ou maisons, parfois sur la terre même, les fils bimétalliques
ne sont pas susceptibles de devenir des condensateurs délectricité
en temps dorage. Nétant pas isolés, il y a
décharge constante et les accidents de foudre ne sont plus à
redouter. Cette éventualité a son importance pour les
lignes de grande longueur établies ainsi à lair
libre.
C. CARRÉ.
En 1893, le capitaine Charollois
édite un ouvrage sur son invention de téléphone
de campagne à un fil :
Téléphone domestique sans
piles, ses applications : du Capitaine Charollois, inventeur de
la téléphonie militaire par fil unique non isolé.
Auteur(s) Charollois Editeur, producteur Alençon : Herpin, 1893
|
COMPTE RENDU DES TRAVAUX DE LA. SOCIÉTÉ
DES INGÉNIEURS CIVILS DE FRANCE BULLETIN DE MARS 1894
"M. le Président donne la
parole à M. le Capitaine Charollois, pour la présentation
d'appareils téléphoniques imaginés 'par lui
et applicables à la téléphonie militaire.
~~
M. Ph.-E. Charollois rappelle quen séance du 19 mai
1893, M. Ch. Haubtmann fit une communication sur diverses expériences
de téléphonie militaire par fil unique non isolé
avec retour par la terre, faites aux manuvres de lest
par le Capitaine Charollois, chargé par le Ministre de
la Guerre dappliquer son système, dune manière
pratique, aux opérations de campagne.
M. Charollois lit le rapport concernant les expériences
exécutées selon le programme qui lui avait été
imposé. Toutes ces expériences donnèrent
les résultats annoncés. Elles furent répétées
depuis par lAdministration centrale de la Guerre, dans les
corps darmée, divisions, brigades et régiments,
et donnèrent la certitude à tous que le seul moyen
pratique des communications téléphoniques en campagne
réside dans lemploi du fil nu comme conducteur.
M. Ch. Haubtmann dit quil peut témoigner de lexactitude
de ces résultats dexpérience quil a
contrôlés lui-même en les répétant
; mais il émet lopinion que la théorie scientifique
de cette nouvelle application de lélectricité
ne peut, pour le moment, être établie sérieusement
en raison du manque de données sur lintensité
et la tension des courants émanant des récepteurs
magnétiques introduits dans le circuit formé par
le fil nu reposant sur le sol et le sol lui-même.
M. Charollois donne ensuite lecture dun rapport de lofficier
directeur du corps dés signaux à larmée
des États-Unis, relatant les expériences nombreuses
quil fit lui-même par les procédés du
Capitaine Charollois. Ces expériences, faites par tous
les temps et dans toutes les conditions de campagne, donnèrent
des résultats concluants et déterminèrent
ladoption de la téléphonie par fil nu à
larmée des États-Unis.
Lecture est faite ensuite dun article de L'Allgemeine militar
Zeitung de septembre dernier relatant la mise en communication
téléphonique de Berlin et Potsdam par des patrouilles
de cavalerie. Les détails de construction de la ligne par
fil nu et les moyens employés sont copiés littéralement
sur linstruction établie par le Capitaine Charollois,
qui revendique cette invention comme étant sienne et non
allemande.
M. Charollois présente ensuite à la Société
divers types de ses appareils de téléphonie militaire
magnétiques, récepteurs transmetteurs et appels
par magnétos et sonneries polarisées actionnées
toujours par fil unique non isolé et retour par la terre;
divers appareils à communications multiples, bobines dérouleuses
avec fil nu bimétallique, accessoires de téléphonie
militaire, etc.
Il présente ensuite un appareil
microphonique dont il donne laudition dans la salle des
séances. Le transmetteur étant placé sur
la table, la conversation est faite à distance de 25 m
et les réponses transmises par les récepteurs sont
entendues par tous les auditeurs présents dans la salle.
Le constructeur explique que ces résultats sont dus à
la précision de ses récepteurs, à leur réglage
micrométrique et à la matière sonore dont
ils sont composés. Il les attribue aussi à lexcessive
sensibilité de son transmetteur microphonique dont les
dispositions sont toutes nouvelles.
M. Charollois, en présentant ses appareils, fait remarquer
leur mode entièrement nouveau de construction, obtenu par
moulage dans des formes dacier, où il noie dans la
matière plastique et isolante toutes les connexions. Ce
mode de fabrication assure dune façon complète
la sécurité des prises de courant et des contacts
scellés irrévocablement dans la substance qui acquiert,
après moulage, la dureté et le poli du marbre.
M. le Président dit que M. le
Capitaine Charollois vient de présenter à la Société
des procédés de communication téléphonique
de son invention bien faits pour étonner par leur simplicité
et les résultats remarquables quils permettent dobtenir.
Ses ingénieuses combinaisons lui permettent de fabriquer
des appareils de transmission très satisfaisants qui, il
faut lespérer, pourront recevoir leur application
aussi bien dans le service des armées en campagne que dans
les usages courants.
M. le Président remercie M. le Capitaine Charollois et
le félicite en même temps de ces résultats
si intéressants dus à sa persévérance.
Il est donné lecture en première
présentation des demandes dadmission de MM. M. Appert,
E. Carrot, A. Guignard, L. Hannoyer, L. Raynaud, M. Rousseaux
et Y. Yée comme membres sociétaires, et de : M.
M. Satre comme membre associé.
MM. A. Ansaldy, F. Calvé, G. Despret, J.-H.-M. Maunoury,
I. Naëder, Antonio Olyntho dos Santos Pires, G. Tartary,
A.-O.-Ch. Tellier et Ch. Zéringer sont reçus comme
membres sociétaires.
La séance est levée à
11 heures un quart.
|
| 1896 dans la revue LA NATURE :
TÉLÉPHONIE MILITAIRE
A FIL UNIQUE NON ISOLÉ, SYSTÈME
P. CIIAROLLOIS
Parmi les ressources que la science
moderne met à la disposition des armées en campagne,
la télégraphie et la téléphonie sont
certainement de celles qui, malgré leur apparence modeste,
constituent néanmoins un des facteurs les plus importants
de la victoire dans nos guerres modernes.
Grâce à leur précieux concours les commandants
darmées peuvent centraliser entre leurs mains, et
cela presque instantanément, toutes les indications voulues,
leur permettant de disposer le plus utilement possible de leurs
unités de combat. Grâce à elles, toutes les
opérations peuvent acquérir un remarquable degré
de précision et de rapidité. Elles permettent, en
effet, la transmission des ordres dans toutes les directions avec
la netteté et linstantanéité du commandement
direct.
Les progrès introduits continuellement dans la science
de la guerre la rendent de jour en jour plus complexe et plus
délicate. La rapidité dans lexécution
des mouvements est devenue une nécessité primordiale,
à tel point que le gain de la victoire résulte le
plus souvent de la promptitude des opérations, aussi bien
dans loffensive que dans la défensive.
Entre deux nations belligérantes, on peut dire, en effet,
que le triomphe des armes est en quelque sorte assuré à
celle qui effectuera sa mobilisation dans le minimum de temps,
en transportant le plus loin possible et dans le moindre délai
la plus grande masse dhommes munis darmes à
tir rapide et dont lapprovisionnement serait promptement
renouvelé.
Une fois en campagne, en dehors des grandes voies ferrées
et autres, les troupes se trouvent généralement
disséminées sur de grandes étendues de terrain
et le plus souvent dépourvues de communications régulièrement
établies entre elles.
Cest alors quintervient le rôle de la télégraphie
et aussi de la téléphonie, bien que cette dernière
nait pas su encore affirmer son droit dexistence dune
manière indiscutable, et cela dabord parce quelle
est la dernière venue et ensuite, il faut bien le dire,
parce que les appareils et installations employés jusquà
ce jour noffraient pas toutes les qualités voulues
pour donner complète satisfaction.
Cest en apportant tous ses soins à létude
de cette importante question, que le capitaine P. Charollois,
du 115e de ligne, est arrivé à lui donner une très
heureuse solution après de longs et laborieux efforts.
Cest en cherchant à donner à lemploi
du téléphone en campagne toutes les qualités
pratiques qui lui manquaient, à savoir: simplicité,
légèreté et solidité, facilité
et rapidité dinstallation, commodité dans
la communication; cest en cherchant à rendre facilement
maniable ce très précieux auxiliaire du commandement,
que le capitaine Charollois a été amené tout
dabord à nemployer pour ses transmissions téléphoniques
quun fil unique en se servant de la terre comme fil de retour.
Ce premier point est déjà
capital, en lui-même, mais sa valeur sen trouve encore
augmentée par la constatation de linutilité
de lisolement de ce fil. En effet, à la suite de
nombreuses expériences, le capitaine Charollois a constaté
quun fil métallique déroulé sur le
sol, sans aucune précaution disolement, avait la
propriété de conduire à des distances relativement.
grandes une vingtaine de kilomètres au moins
les courants induits circulant entre deux téléphones
électriques, ou même simplement magnétiques,
placés aux extrémités de ce fil unique considéré
comme ligne, le retour étant fait parla terre.
Des expériences multiples et des essais nombreux ont conduit
le capitaine Charollois à employer en dernier lieu le fil
bimétallique en cuivre rouge pur à âme dacier.
Ce fil présente les qualités voulues pour cet emploi,
conductibilité, solidité, légèreté,
souplesse; il est inoxydable et peu coûteux.
Le capitaine Charollois a également
étudié un transmetteur et un récepteur microphoniques
dune sensibilité tellement grande que les conversations
peuvent être échangées à haute voix,
à distance, sans avoir à se pencher sur lappareil
comme cela se pratique avec les téléphones ordinaires.
Pour obtenir plus de netteté dans la correspondance, et
surtout pour rendre plus distinctes les sonneries dappel,
on emploie de petites piles sèches ajoutées au transmetteur
et renfermées avec celui-ci dans une boîte en tôle
servant de protection.
Le poste téléphonique ainsi formé est porté
à dos dhomme et la communication est obtenue par
le déroulement du fil à laide dune bobine
dérouleuse spéciale, le retour seffectuant
par la terre, grâce à emploi de tiges, ou de
baïonnettes même, enfoncées dans le sol et reliées
au poste par des cylindres prise de terre.

Les figures 1 à 6 montrent les différentes phases
de l'établissement dune ligne téléphonique
militaire système Charollois à fil unique nu.
La figure 1 montre le soldat muni dun poste téléphonique
électrique fixé par des bretelles sur le dos, comme
les sacs ordinaires, et tenant à la main une bobine dérouleuse.
Les figures 2 et 5 représentent le poste volant en fonctionnement,
la baïonnette enfoncée dans le sol pour le retour
du courant.
La figure 4 représente linstallation à poste
fixe du poste volant rendu stationnaire. La figure 5 montre lappareil
transmetteur.
 
Au lieu dun téléphone
électrique, et bien quil ne présente aucune
complication, on peut se contenter dun téléphone
magnétique, qui est encore plus simple. Le capitaine Charollois
a en effet imaginé et construit des transmetteurs-récepteurs
microphoniques dune simplicité et dune sensibilité
remarquables. Le téléphoniste militaire porte lappareil
suspendu au képi près de loreille pour écouter
et le porte à la bouche pour parler. Pour plus de commodité,
on peut également se servir de deux téléphones,
servant lun découteur et lautre de parleur,
ce dernier étant suspendu par un cordon sur la poitrine.
Organisation du service téléphonique
régimentaire.
Cette organisation comporte deux services distinct :
1° Service de régiment, assuré par les sapeurs;
2° Service de compagnie, assuré dans chaque compagnie
par quatre soldats et un caporal désignés par le
capitaine.
Service de régiment. Le
service de régiment a pour objet détablir
les communications téléphoniques entre le régiment
et les états-majors de brigade et de division, ainsi que
pour toutes les opérations exigeant des lignes de grande
longueur.
Les champs de tir, polygones et stands sont également desservis
par ces lignes téléphoniques mobiles, qui rendent
les plus grands services dans lexécution des feux
de guerre et des tirs réglementaires. Ces lignes, établies
avec du fil de 6/10 de millimètre, peuvent avoir jusquà
20 kilomètres de longueur et doivent souvent rester en
position plusieurs jours sans être relevées. En conséquence,
elles sont établies avec un certain soin et nécessitent
le matériel suivant :
Matériel de régiment. 6 bobines dérouleuses;
6 kilomètres de fil bimétallique 6/10 ;
6 téléphones magnétiques ; o perches bambou
à crochet ; 4 cylindres prise de terre; 4 crochets de suspension
pour téléphone. Le poids de la bobine complète
chargée de 1 kilomètre de fil est de 5kg,500.
Service des compagnies. Ce service
a pour objet de permettre à la compagnie détablir
dans toutes les circonstances de campagne, sur son terrain dopération,
une ou plusieurs lignes téléphoniques pouvant atteindre
une longueur totale de 4 kilomètres .
Les principaux Cas demploi sont les suivants : Relier la
grand garde aux petits postes et à la réserve davant-postes
; transmettre à la grand garde les renseignements recueillis
par une patrouille ; emploi dans les cantonnements ; liaisons
de postes détachés dans les terrains accidentés,
montagneux ou boisés, etc. Appréciation des distances
dans linstruction du tir.
Létablissement de ces lignes de compagnie ayant toujours
lieu en terrains tranquilles, il est inutile de suspendre le fil,
qui est déroulé simplement sur le sol. Aussi, le
matériel de compagnie a-t-il été réduit
à son plus simple volume en employant du fil de 4/10 de
millimètre enroulé sur une bobine de dimensions
réduites et en supprimant les perches en bambou.
Matériel de compagnie.
2 bobines dérouleuses ; 4 kilomètres de fil bimétallique
de 4/10 de millimètre (2 kilomètres par bobine)
; 4 téléphones magnétiques ; o cylindres
prise de terre ; 5 crochets de suspension de téléphone.
Le poids de la bobine complète chargée de 2 kilomètres
de fil est de 2kg,500.
Établissement d'une ligne de régiment (fig. 6)
Soit une ligne de 6 kilomètres à établir
: le caporal ou un téléphoniste supplémentaire
prend position au point A en fixant son téléphoné
à loreille et en
le reliant par lun de ses conducteurs à la ligne
et par lautre conducteur à son épée-baïonnette
enfoncée dans un sol humide. La première équipe
commence à dérouler le fil. Pour ce déroulement,
le porteur de la bobine (fig. 1) marche dans la direction B à
la vitesse du pas accéléré, sans se préoccuper
du fil qu'il laisse derrière lui. Il a soin dans sa marche
de se diriger sur les points dappui où le fil peut
être accroché ou suspendu.
Son camarade, muni de la perche à crochet, le suit et accroche
le fil aux supports naturels quil trouve à proximité
: arbres, maisons, haies, etc. A défaut de supports naturels,
on laisse le fil à terre, en choisissant de préférence
les sillons, fossés, etc. La ligne, suspendue ou laissée
à terre, doit être à labri de toute
atteinte pouvant amener sa rupture.
La première équipe ayant déroulé ses
2000 mètres, le porteur du téléphone sinstalle
en a', poste intermédiaire, comme il a été
fait au point A et entre de suite en correspondance téléphonique
avec son camarade de tête de ligne. Le porteur de la perche
de la première équipe devenant disponible, se tient
prêt à se porter sur la ligne pour reconnaître
et réparer toute rupture accidentelle pouvant se produire,
rupture indiquée par la cessation de communication. Ces
deux hommes ont de cette façon la surveillance et la garde
de la fraction quils ont posée; ils en deviennent
pour ainsi dire les cantonniers.
La deuxième équipe, ayant raccordé son fil
à la ligne, procède comme il vient d'être
expliqué pour la première. Lopération
se continue ainsi jusquen B.
La ligne de 6 kilomètres comprendra quatre postes téléphoniques
: deux extrêmes, têtes de ligne A et B, et deux intermédiaires
a' et a" destinés à la surveillance de la ligne.
Tous ces postes sont en relation entre eux.
Ce dispositif de ligne militaire explique
comment la surveillance est exercée rigoureusement, les
ruptures accidentelles réparées sans retard, et
enfin comment une ligne de 25 kilomètres a pu être
relevée en une heure aux manuvres de lEst.
Lordre ayant été donné simultanément
à tous les postes de relever au même instant, chaque
équipe a repris le fil quelle avait posé.
Il est bien entendu que lorsque le pays est tranquille, la ligne
bien posée et quon ne craint pas daccident,
les postes intermédiaires peuvent être supprimés,
laudition nen est que meilleure aux postes extrêmes.
Dans le but dassurer la plus grande mobilité aux
téléphonistes de régiment, ces hommes reçoivent
aux manuvres et en campagne la solde franche attribuée
aux isolés, afin quils puissent vivre en tout endroit
où ils sont retenus par leur service spécial. Cette
mesure a été adoptée aux manuvres de
lEst.
Établissement dune ligne
de compagnie. Cette opération ne nécessite
pas les soins de protection dune ligne de régiment.
Elle consiste simplement à dérouler le fil à
terre en suivant toutefois les fossés, sillons ou sinuosités
du sol où la ligne est à labri des ruptures.
Les prises de ligne et de terre sont les mêmes que précédemment.
Communications avec téléphonistes en marche.
Dans quelques opérations, telles que reconnaissances, patrouilles,
explorations, etc., il est utile pour la tête de ligne davoir
des communications constantes avec les fractions en marche. Dans
ce cas, le téléphoniste mobile tient de la main
gauche son épée-baïonnette reliée au
téléphone qui est suspendu à son oreille.
Le courant est alors établi dune manière permanente,
même pendant la marche, par le corps du téléphoniste
et ses pieds qui foulent le sol.
Tout appel lancé de la tète de ligne est distinctement
perçu par le téléphoniste ou cavalier en
marche, qui sarrête et répond. Dans ces conditions,
le chef qui est à la tête de ligne a toujours en
main ses fractions détachées et peut envoyer à
tout instant ses ordres et instructions. Le téléphoniste
ou le cavalier, ainsi en communication par le corps, doit marcher
autant que possible sur la terre ou lherbe, afin dassurer
par les pieds ou les sabots du cheval un bon contact avec le sol.
Emploi par la cavalerie. Ce système
téléphonique peut rendre de grands services à
la cavalerie pour la transmission rapide des renseignements. recueillis
parles reconnaissances et vedettes. Les procédés
de communication sont les mêmes que pour l'infanterie. Toutefois
le cavalier peut, comme il est expliqué ci-dessus pour
le fantassin, être en relation constante, même en
marche, avec son poste dorigine. Son téléphone,
suspendu à loreille, est en relation directe avec
la ligne par lun de ses conducteurs.
Lautre conducteur est relié au mors, par suite à
la terre, par le corps et les sabots du cheval.
Dans le cas où il serait nécessaire détablir
très rapidement une ligne téléphonique, on
peut faire dérouler le fil par un cycliste. Étendant
lapplication de sa téléphonie à fil
nu aux usages habituels, le capitaine Charollois a créé
également une série dappareils répondant
aux besoins ordinaires et formant tout un système de téléphonie
civile qui peut être utilisé en de nombreuses circonstances.
L. Pesce, Ingénieur des Arts
et Manufactures
|
La TPS télégraphie par
le sol
La télégraphie par le sol utilise les propriétés
de transmission des couches géologiques sur une faible distance
(3 km environ).
Déjà en 1882, William Preece
utilise le sol comme conducteur d'ondes électriques.
1901 La télégraphie tellurique

Le colonel de génie militaire russe
Pilsoudski avait prétendu, à la suite de la découverte
de Marconi, que les ondes se transmettaient bien plus aisément
et d'une façon plus intense par le sol que par l'air. Après
quelques expériences en Russie, il est venu créer ici
deux stations électriques qui, à l'appui de son affirmation,
transmettent des messages télégraphiques par voie terrestre.
Grâce à cette découverte du colonel russe, avec
des appareils d'une puissance insignifiante on transmet par ondes terrestres
une dépêche à 550 mètres, tandis que par
voie aérienne elle ne va pas au-delà de 50 mètres.
On a d'ailleurs constaté que sur terre l'émission de courants
électriques sans fil, selon le système Marconi, est à
peu près impossible. Les arbres, les accidents du terrain constituent
autant d'intercepteurs.
Les deux postes du Vésinet sont situés
à 537 mètres l'un de l'autre. L'inventeur prétend
d'ailleurs que la distance que peuvent franchir les dépêches
confiées à la terre est illimitée. Et il travaille
en ce moment à l'établissement de postes qui relieront
notre coin de banlieue parisienne à l'étranger.
Pour affirmer sa suprématie, la télégraphie sans
fil par terre enverra des messages à des centaines de kilomètres
au lendemain même de son entrée dans le monde un peu surpris.
La découverte du colonel Pilsoudski rendra de grands services
en temps de manuvre et en guerre. Le gouvernement russe a déjà
reconnu l'importance de ses travaux en lui demandant de procéder
à des essais dont bénéficiera son service des postes
et télégraphes.
L'expérience dont il était question
ici fut réalisée quelques jours après ce premier
article, le 1er juillet 1901. Elle était destinée précisément
à être présentée à la presse et fut
rapportée dans les jours suivants dans de très nombreux
titres parisiens et même internationaux tant l'évènement
devait être d'importance...
Contribuez ce récit à lire à cette adresse : Les
« premiers pas » de la télégraphie tellurique
au Vésinet (1901)
Pendant la Première Guerre mondiale, l'armée française
utilisait également la Télégraphie par le sol (TPS)
, une méthode de communication qui transmettait des signaux par
voie terrestre. Le dispositif TPS , désigné TM n°
2bis ou Post de TPS Modèle 1918, était équipé
d'un buzzer à fréquence réglable de 300 à
800 Hz comme émetteur et d'un récepteur amplifié
à trois lampes.
Le Poste de TPS Modèle 1918 :
Pour éviter toute interception, comme l'interception par les
courants terrestres, une communication inexploitable était obtenue
en utilisant des courants continus très faibles avec des bords
« aplatis ». L'implémentation la plus célèbre
de cette méthode était le Fullerphone britannique.
L'adaptation française pendant la Première Guerre mondiale,
connue sous le nom de Le Fullerphone , était basée sur
la conception britannique originale mais incorporait également
des composants téléphoniques vocaux standard : un combiné
enfichable, une magnéto et une sonnerie. En mode téléphonie,
le buzzer-chopper pouvait également servir de buzzer de signalisation.
Une nouvelle génération de Fullerphones français,
l' Appareil Télégraphique type TM 1932 , remplaça
le buzzer-chopper par une valve électronique.
Le Fullerphone
1909 Tableaux militaires à appels
vibrés.
Quatre jacks à double rupture et quatre annonciateurs
ordinaires; les quatre récepteurs dappels vibrés
sont placés à la partie supérieure et à
lintérieur du meuble; ils portent chacun un tube évasé,
formant pavillon, et qui conduit au dehors le bruit produit par les
courants vibrés. Chaque ligne est prise en dérivation
sur un cordon terminé par une fiche; les liaisons seffectuent
en introduisant la fiche de la ligne appelante dans le jack de la ligne
appelée : l'annonciateur dappels de la première
reste ainsi en dérivation et enregistre le signal de fin de conversation;
un cinquième cordon avec fiche communique avec lappareil
de lopérateur.
Un second modèle, réalisé également en 1909,
est agencé, en principe, comme le précédent ; à
la partie supérieure sont rangés quatre coupe-circuit
en porcelaine; au-dessous, quatre annonciateurs dont le volet, en tombant,
ferme le circuit dune sonnerie ; enfin, à la partie inférieure
sont les quatre conjoncteurs et les récepteurs dappels
vibrés, dont les pavillons émergent à lextérieur.
Comme dans le premier système, quatre cordons à fiche
servent à lintercommunication et un cinquième est
relié au poste dopérateur.
1910 Tableau militaire à manettes et appels vibrés.
Les conjoncteurs des tableaux ordinaires sont ici remplacés
par des commutateurs à manette; chacun de ceux-ci se compose
de deux contacts circulaires en laiton, L et L' communiquant avec les
lignes; au-dessous se trouvent deux groupes de trois petits contacts.
Laxe
de la manette porte deux ressorts fourchus, susceptibles de réunir
un grand contact à lun quelconque des trois petits du môme
groupe. Dans la position A A', les deux branches de la ligne, L et L',
sont reliées à lentrée et à la sortie
de lannonciateur, constitué par un récepteur dappels
vibrés avec pavillon. Dans la position O O', le circuit communique
avec le poste dopérateur; enfin, la position I I', est
celle de lintercommunication entre les quatre lignes : à
cet effet, les plots, I et I', des quatre commutateurs, sont multiplés
ensemble, de sorte que, pour relier deux ou plusieurs lignes, par exemple
dans le cas dun ordre donné simultanément à
plusieurs postes, il suffit de placer leurs commutateurs respectifs
dans la troisième position. Un cinquième récepteur
dappels vibrés, V, est placé en dérivation
sur les plots I et I', pour enregistrer le signal de lin de communication.
Génération 0, avant la Première
Guerre mondiale
Le Bulletin officiel du ministère
de la guerre. Génie. Télégraphie militaire (1912)
détaille deux postes téléphoniques dans la section
intitulée Instruction spéciale relative à la composition,
au transport et à l'entretien du matériel du service de
la télégraphie légère dans la cavalerie
(1907) : le Poste microtéléphonique de campagne, modèle
1899 apparemment une unité basée sur un buzzer
avec un combiné pliable et le Téléphone
Aubry, modèle 1891 , qui semble être un récepteur
standard équipé avec une trompette de signalisation et
peut-être utilisé comme téléphone alimenté
par le son. Je n'ai pu trouver aucune documentation ou preuve supplémentaire
concernant ces ensembles particuliers.
Un télégraphiste gradé
porteur d'un Poste microtéléphonique de campagne, modèle
1899
Matériel Microtéléphonique
de Campagne Mod. 1908 : (À ne pas confondre avec le Poste Microtéléphonique,
Modèle 1908 mentionné ci-dessous ) Il s'agit d'un type
de casque avec microphone alimenté par batterie et sans dispositif
de signalisation :" L'équipement microtéléphonique
de campagne Mod. 1908, affecté à une batterie, comprend
un ensemble d'appareils, à savoir : 2 microtéléphones
; 3 batteries ; 2 supports métalliques amovibles ; 1 dérouleur
; les accessoires ; 2 grands sacs en cuir ; 2 petits sacs en cuir. "
Matériel Microtéléphonique
de Campagne Mod. 1908, l'ensemble lui-même : "Microtéléphone.
- Il comprend (fig. 1) : 1 émetteur ; 1 écouteur à
poignée ; 1 écouteur simple ; 1 prise de terre ; 1 borne
B."
"Installation d'une station : 1. Plantez le support métallique
; 2. Couvrez le support avec la prise de l'émetteur. 3. Suspendez
les écouteurs ; 4. Plantez la broche de terre près du
support ; 5. Placez la batterie au pied du support et connectez-la ;
6. Connectez la ligne ; 7. Tenez un écouteur à l'oreille
; 8. Lorsque la station correspondante est installée, sifflez
pour l'appeler ou y répondre. "
Matériel Microtéléphonique
de Campagne Mod. 1908, exemple d'utilisation

Deux agents utilisant le Matériel Microtéléphonique
de Campagne Modèle 1908.
La Grande Guerre 1914-1918 est le premier
conflit pendant lequel les télécommunications militaires
ont pris une grande ampleur et ont joué un rôle aussi primordial
dans le succès des combats.
En 1914 au début de la guerre, lémetteur de
la tour Eiffel reste le seul moyen de communication, mais Paris est
menacé et le colonel Ferrié propose linstallation
dun émetteur à Lyon. Un émetteur à
« étincelles » SFR de 50 KW est alors à Marseille
en partance pour Saïgon ; son convoyeur le capitaine Péri
reçoit lordre de le ramener sur Lyon ; il linstalle
sur le terrain militaire de la Doua à Villeurbanne avec laide
de lingénieur Joseph Béthenod. Ils font monter 8
pylônes de 120 m et tendre 13 câbles de 750 m et installent
des baraquements provisoires.
Le 29 septembre 1914 linstallation fonctionne et on peut entrer
en contact avec la Russie et la Serbie nos alliés. Des bâtiments
en dur sont construits en 1916. Ferrié et son équipe continuent
leurs recherches, permettant en 1917 de remplacer lémetteur
à étincelles par un émetteur à arc de puissance
double de celui de la tour Eiffel qui permet démettre en
« ondes entretenues » (au lieu des ondes amorties).
Le Cdt Chaulard successeur du capitaine Péri améliore
linstallation de la Doua : 2 pylônes de 200 m et 6 de 180
m avec une meilleure prise de terre permettent une liaison toute lannée
avec lAmérique. Linstallation sera encore améliorée
en 1919 avec un alternateur haute fréquence permettant de communiquer
avec toutes les colonies. En 1921 linstallation sera reprise par
les PTT.
Férié en octobre 1914 réunit une équipe
à la Doua pour travailler sur le sujet, qui bénéficie
de la proximité de la manufacture de lampes Grammont (usine du
Belvédère à Caluire, quartier du Clos-Bissardon).
Grammont met au point une ampoule de verre sphérique à
électrodes horizontales avec une embase à 4 broches la
lampe TM (pour Télégraphie Militaire), fabriquée
à partie de novembre 1915 par Grammont et la Compagnie des Lampes
de Paris, qui livrent 100000 lampes en 1916 et 1000 lampes par jour
fin 1918, facturés 5 F pièce (soit environ 15 €).
Leur durée de vie était courte (quelques centaines dheures).
De multiples appareils bénéficient de ces lampes TM :
amplificateurs, récepteurs, puis émetteurs. Elles sont
adoptées par les Anglais et les Américains.
1re génération, Première
Guerre mondiale
Au début de la Première Guerre
mondiale, l'armée française s'appuyait principalement
sur la télégraphie pour ses communications. Chacune des
cinq armées françaises, comptant chacune environ 250 000
soldats, ne disposait que d'environ 130 téléphones, dont
90 % utilisaient un système d'appel par buzzer. Fin 1917, cependant,
les infrastructures de communication s'étaient considérablement
améliorées et chaque régiment d'infanterie, fort
d'environ 2 000 soldats, était équipé de 24 téléphones.
Les réglementations disponibles de la période de la Première
Guerre mondiale mentionnent quatre téléphones militaires
(TM) et quatre téléphones civils de campagne en service
: TM08, TM14, TM09-15, TM16 et le SIT en trois variantes et le Western
Electric 1375-B. Le modèle 1909 n'est pas mentionné dans
ces réglementations .
Poste Microtéléphonique, Modèle
1908 : " Cet ensemble est présenté dans deux sacs
en cuir juxtaposés. Le plus grand des deux sacs contient un coffret
en bois contenant : 1 un combiné avec microphone à granulés
de carbone et écouteur téléphonique ; 2 un second
écouteur téléphonique ; 3 un buzzer avec bouton
dappel ; 4 une bobine dinduction. Une capsule de microphone
de rechange est logée dans une poche située à lintérieur
du couvercle du sac en cuir. Le petit sac contient deux piles TM n°
1." (Lécouteur du combiné est pliable). [4]
Le combiné TM 08 et le schéma
Téléphoniste
près de Soissons , Décembre 1915 , utilisant ce qui pourrait
être un TM 08
Téléphone de campagne, Modèle 1909 : Il
s'agissait probablement du poste magnéto mentionné dans
le chapitre historique du Cours de Liaisons et Transmissions (1923),
ce qui signifie qu'un total de moins de 100 de ces appareils étaient
disponibles en août 1914 (où l'armée française
était composée de cinq armées) :" Une armée
de quatre corps [...] avait accès à 130 téléphones
dont seulement 12 avaient des appels magnéto [...]."
L'appareil microtéléphonique contenu dans une boîte
de transport comprend : 1. Un combiné comprenant un émetteur
et un écouteur ; 2. Un écouteur indépendant ; 3.
Un condensateur ; 4. Une bobine d'induction ; 5. Une magnéto
; 6. Une sonnerie ; 7. Une boîte de piles contenue dans un sac
; 8. Divers cordons souples ".
Téléphone de campagne, Modèle
1909 :
Poste Microtéléphonique de campagne, Modèle
1914 : "
Ce poste, contenu dans deux sacoches en cuir, comprend : Dans la plus
grande des deux sacoches : 1. Un casque serre-tête avec deux récepteurs
; 2. Un plastron avec microphone ; 3. Une poignée avec interrupteur
à levier ; 4. Un vibreur. La petite sacoche, fixée à
la première, contient deux piles à liquide TM. n°
1. [...] Le casque serre-tête est équipé de deux
récepteurs appliqués contre les oreilles. Ces récepteurs
ont chacun une résistance de 250 ohms et sont montés en
dérivation. Le plastron porte un microphone du modèle
déjà décrit à propos de la station de campagne,
modèle 1908. La poignée avec interrupteur à levier
est disposée comme celle du combiné des stations de 1908
et 1909-1915. Le vibreur est identique à celui des stations de
1908 et 1909. "
1915 Poste microtéléphonique
militaire. F. Ducretet et E. Roger.
Ce poste téléphonique militaire, construit par les ateliers
Ducretet et Roger, réunit sous le plus faible encombrement possible,
les organes nécessaires pour assurer de bonnes communications
à distance, même dans les conditions souvent défavorables
que lon rencontre en campagne.
Les avantages réalisés par cet appareil sur les autres
modèles actuellement en usage sont les suivants :
1 ° Grande simplicité des organes ; le récepteur R,
fixé à un serre-tête pouvant se fixer par-dessus
le képi de lopérateur, lui permet davoir les
deux mains libres pendant la réception ;
2° Grande sensibilité du microphone M qui demeure fixé
dans la sacoche au-dessus de laquelle on parle, ce qui évite
l'action du vert sur le microphone et permet d'obtenir des communications
bien nettes à de grandes distances, même avec une prise
de terre défavorable, les essais ayant été reconnus
bons à travers des résistances de ligne atteignant 100000
ohms;
3° Le poste est muni dun vibrateur V à note musicale
actionné par la bobine dinduction F et G. Ce vibrateur,
très robuste, actionne directement le téléphone
récepteur et permet, sil y a lieu, détablir
des communications par signaux Morse. Ces signaux très puissants
peuvent être transmis et utilisés dans le cas où
lon ferait usage de lignestrès défectueuses, ils
permettent également dexpédier des signaux conventionnels
(Dépêches chiffrées).
 
Fig. 1. Vue du poste téléphonique sorti de su sacoche
. Fig. 2. Schéma des connexions.
Cet appareil téléphonique est renfermé dans une
sacoche en cuiret est d'un poids minime, 2 kilos environ; ses dimensions
sont très réduites, lappel nexigeant ni magnéto
ni sonnerie, cause de dérangements continuels : Longueur : 165
millimètres, Largeur : 95 millimètres, Hauteur : 170 millimètres,
Mode demploi : Relier les deux bornes extérieures L L,
lun au fil de ligne isolé, lautre à la terre
au moyen du piquet renfermé dans la sacoche, de telle façon
quà létat de repos, la clef B se trouve bloquée.
Ce piquet doit être enfoncé de toute sa longueur dans le
sol en choisissant de préférence un terrain humide. Sortir
le récepteur et le fixer à loreille au moyen du
serre-tête. Presser plusieurs fois sur la clef dappel après
avoir placé la manette du commutateur sur la position appel.
On doit alors entendre le bruit du vibrateur. Pour converser, placer
la manette sur la position conversation et appuyer dune façon
continue sur la clef B. 11 est inutile de sortir lappareil de
sa sacoche, il suffit de parler au-dessus de la boite ouverte en inclinant
la tête vers lintérieur. La main droite reste libre
pour écrire, sil y a lieu.
Le schéma de la figure 2 indique les connexions entre les divers
organes du poste. Le courant est fourni par 2 éléments
de pile P. Un seul élément sert pour la conversation et
les deux sont utilisés pour lappel. Sil était
nécessaire de retoucher au réglage du vibrateur, il faudrait
sortir lappareil de la sacoche, après avoir détaché
les deux fils souples reliant lappareil aux bornes de ligne L
L. Ce réglage seffectue en agissant sur la vis V
du vibrateur.
Poste Microtéléphonique, Modèle 1909-1915,
dit Timmimoun :
" Cet ensemble (fig. 5) est présenté dans deux étuis
en cuir juxtaposés. Le plus grand contient : 1 un combiné
avec microphone à granulés de carbone et écouteur
téléphonique ; 2 un second écouteur téléphonique
; 3 un buzzer avec bouton dappel (noir) ; 4 une magnéto
; 5 une sonnerie ; 6 une capsule de microphone de rechange placée
dans le couvercle de létui en cuir. Le plus petit étui
contient deux piles TM n° 1. Le combiné, le buzzer, la bobine
dinduction et la pile sont identiques à ceux de lensemble
modèle 1908. La magnéto est du type à quatre aimants
inducteurs, modèle de ladministration des PTT. "
Je n'ai trouvé aucune source expliquant le surnom de «
Timmimoun ». Timimoun est une petite ville oasis du Sahara algérien.
Le TM 09-15
TM 09-15  |
TM 09 Le poste téléphonique
modèle 1909 possède un boîtier en bois avec
couvercle placé dans un étui en cuir avec courroie
pour le transport. Le combiné non repliable se loge horizontalement.
Le TM 1909 est fort rare dans l'armée française d'avant
1914 organisée pour la guerre de mouvement. Il est principalement
destiné à être relié au réseau
civil. Les militaires ne prennent réellement conscience de
l'utilité du téléphone qu'au moment de la stabilisation
du front en octobre 1914. Il faut alors réquisitionner en
toute hâte des appareils civils ; le modèle le plus
courant (et standardisé) est alors du type Marty 1910.
TM 09-15 Évolution du modèle 1909, le poste téléphonique
modèle 1915 n'a pas de couvercle sur son boîtier en
bois placé dans un étui en cuir avec couvercle et
courroie pour le transport. Les piles du micro sont placées
dans un étui fixé à l'extérieur droit
de l'étui principal. L'appel se fait par magnéto à
manivelle et bouton vibreur (noir). Le bouton blanc sert à
vérifier que la ligne n'est pas coupée. Le combiné
à pédale en métal peint en noir se replie pour
le rangement avec l'écouteur (côté gauche derrière
la sonnerie amovible). Il est fabriqué en quantité
avant l'arrivée du modèle 1916.
Dimensions (mm) : 250x145x190 - Poids 7kg |
TM16  |
TM 16
Plus compacte et plus léger que ses prédécesseurs,
le poste téléphonique modèle 1916 possède
un boîtier en bois avec couvercle placé dans un étui
en cuir avec couvercle et courroie pour le transport. L'appel se
fait par magnéto à manivelle et bouton vibreur. Le
bouton blanc sert à vérifier que la ligne n'est pas
coupée. Le combiné à pédale identique
au modèle 15 se replie pour le rangement (à l'avant
à gauche de la sonnerie amovible). Il est fabriqué
en quantité jusqu'à la fin de la guerre.
Dimensions (mm) : 228x219x169
 |
Poste Microtéléphonique,
Modèle 1916 : "
Cet ensemble est contenu dans un seul sac en cuir. Il s'agit d'une transformation
de l'ensemble de 1909-1915 visant à l'alléger et à
réduire son encombrement. Ce nouvel ensemble comprend : 1 un
combiné avec microphone à granulés de carbone et
un récepteur téléphonique ; 2 un second récepteur
téléphonique ; 3 une magnéto avec buzzer ; 4 une
sonnerie ; 5 une capsule de microphone de rechange ; 6 deux piles TM
n° 0. "
Le buzzer de cet appareil est alimenté par le magnéto
plutôt que par la batterie une conception totalement unique,
introuvable sur aucun autre téléphone de campagne au monde.
Le TM16 était encore en service jusqu'à la Seconde Guerre
mondiale, mais sous forme de version modifiée, sans le buzzer
alimenté par le magnéto.
Le TM 16
Pour répondre à la demande croissante de téléphones
de campagne, des appareils commerciaux/civils ont également été
introduits.
Fabriqué par la SIT ( Société Industrielle des
téléphones ), le Poste Microtéléphonique,
Modèle SIT 144 dans les variantes 4, 6 (magnéto uniquement)
et 8 (magnéto et buzzer) .
Fabriqué par Western Electric, le Poste Microtéléphonique,
Western Electric Co. type Serbe qui est le produit Western Electric
1375-B, identique au EE-5 américain .
Les diagrammes SIT 144 et Serbe de type occidental
Ci-dessous un Serbe de type Western Electric Co. et un TM 16 (fabriqué
par Burgunder, la pochette en cuir est manquante) :
Centraux Routin
Les centraux Routin encore en service dans lartillerie sont
:
le poste central de batterie Modèle 1918 à 8 directions
(donc à huit réglettes Boutin) ;
le poste central de groupe Modèle 1918 à 18 directions.
NB : Il existe aussi des centraux de même type à 4 et 12
directions.
Poste central de batterie Mle 1918
Ce central est, contenu dans une caisse en bois denviron 40 x
44 x 35 cm ; il pèse 26 kg environ ».
Il comprend :
un tableau commutateur modéle Routin 8 directions ;
un appareil téléphonique modèle 1916 à casque
et/ à plastron ;
une sonnerie trembleuse de 50 ohms ;
une batterie de 4 piles TM 1 ;
une capsule microphonique de rechange ;
un commutateur de sonnerie qui permet de couper le circuit de sonnerie
du tableau ;
un coussin de toile rempli de crin végétal destiné
à maintenir et protéger les organes pendant le transport
.
Les bornes darrivée de ligne des réglettes sont
reliées à dautres bornes fixées sur une planchette
placée au-dessus de la partie supérieure du tableau. Cest
à ces bornes que sont reliés les fils de ligne des abonnés
.
Cette planchette porte également une borne terre.
Poste central de Groupe Mle 1918
Ce central est contenu dans une caisse en bois denviron 96 x 46
x 34 cm : il pèse environ 45 kg.
Il comprend :
un tableau commutateur modèle Boutin à 18 directions ;
un appareil téléphonique Mle 1916 ;
- une sonnerie trembleuse de 50 ohms ;
une batterie de 4 piles TM n°1 ;
une capsule microphonique de rechange ;
un commutateur de sonnerie ;
trois coussins.
Les bornes darrivée en ligne sont disposées comme
dans le central à 8 directions.
Le téléphone radio de campagne comporte un MICRO,
un ou plusieurs ECOUTEURS, une SONNERIE (réception des appels),
une MAGNETO (émission des appels), un CONDENSATEUR (séparation
des courants dappels des courants de conversation), une BATTERIE
dalimentation (pile micro). »
Les appareils de première génération étaient
équipés d'un buzzer et/ou d'une signalisation magnéto
(ou d'un buzzer combiné à un buzzer magnéto comme
le TM16). Le buzzer français fonctionne par vibration mécanique
de la lame, contrairement aux buzzers allemands ou anglais, par exemple,
qui utilisent la force électromagnétique pour activer
le mécanisme. Les TM16 et TM09-15 utilisent des sonneries vibrantes
s'activant en courant continu ou alternatif.
Grâce aux évolutions de la TSF,
les spécialistes français, MM. Gaston Vincent et Louis
Duverger inventent le téléphonie
monofilaire.
Dès 1918, en pleine guerre, il permettait de résoudre
un autre problème considéré comme insoluble :
la téléphonie avec la nacelle des ballons d'observation
à l'aide dun seul conducteur qui nétait autre
que le câble de traction, non muni dune âme téléphonique.
Deux types dappareils furent créés qui permettent,
la communication à bout de câble, cest-à-dire
à plus de 1.500 mètres de hauteur, lun pour les
ballons dont le câble ne comporte pas d'âme téléphonique,
lautre pour les ballons à câble portant une âme
téléphonique. Lorsque celle-ci vient à se rompre,
au cours dune manuvre, on peut passer instantanément,
par le seul déplacement dune manette, du dispositif bifilaire
au dispositif monolitaire .
C'est dans le secteur du Saillant de Saint-Mihiel (Meuse), en mars 1915,
que sont nées des techniques qui vont changer les façons
de faire la guerre. Grâce à un sous-lieutenant français
André Delavie sont apparues, presque par hasard, il y
a cent ans sont apparues les premières écoutes téléphoniques.
Récit
de cette histoire (pdf)
Le colonel de Malleray le nomme officier téléphoniste,
à la tête de 30 téléphonistes. Au cours dune
série dattaques qui durent cinq jours, les fils ne sont
pas coupés, et ce fait est si nouveau et si important que le
20 mars, il est signalé au commandant.
Dans la quinzaine du 5 au 20 mars 1915, un autre fait a attiré
lattention du sous-lieutenant Delavie. Il saperçoit,
en écoutant sur une de ses lignes, quon entend les communications
échangées sur dautres. Ce sont des mélanges,
lui disent ses hommes, et on ne peut les éviter. Bien loin dêtre
satisfait dune telle explication, le sous-lieutenant examine les
lignes dans leur construction ainsi que les tableaux auxquelles elles
aboutissent et sassure quaucun contact pouvant provoquer
un mélange nest possible. Il en construit une parfaitement
isolée des autres, entre son central de Saint-Agnant, la cote
360 et le camp des réserves de Ronval (forêt dApremont),
et constate quon entend les conversations des lignes voisines
! Dans les postes téléphoniques les plus avancés,
les téléphonistes quil questionne lui disent et
il sen rend compte quon perçoit sur nos lignes, un
peu faibles, des mots étrangers.
Lidée géniale jaillit : profiter de ce phénomène
pour surprendre les communications téléphoniques allemandes
! Le problème vient des prises de terre à lextrémité
: en les éloignant de plusieurs dizaines de mètres de
celles des prises de terre des postes téléphoniques, on
peut capter des courants de retour ; et comme les lignes allemandes
sont proches, parfois à 50 mètres, on entend distinctement
les conversations ennemies !
Le 3 avril, Delavie écrit dans son journal :
« Le capitaine du génie Salmon, ancien élève
de Polytechnique, est venu ce matin ; il ne voulait pas se rendre à
lévidence ; je lui ai prouvé par la théorie
que les choses pouvaient se passer telles que je les avais expliquées
et ensuite je lai amené voir lexpérience elle-même
; je lui ai fait contrôler jusque dans les moindres détails
de façon quil ny ait pas de doute. Il a très
bien entendu et sa réponse définitive a été
celle-ci que je transcris malgré son allure militaire : «
Eh bien, vous mavez foutu sur le cul ! »
Le 2 mai, il écrit que son « invention est en route
: le corps darmée en a tiré un certain nombre ».
Deux jours plus tard, il affirme : « Mes expériences ont
réussi au-delà de toute espérance. Je puis capter
à mon gré toutes les communications téléphoniques.
Je vais aménager des appareils pour lécoute des
Allemands. Dès hier, on les a entendus chanter dans leurs trous,
rire, se moquer du 75, régler le tir, etc. Dans quelques jours,
je crois que nous les entendrons comme si nous y étions ».
Les généraux dabord sceptiques furent conquis par
les résultats et créèrent une organisation pour
les exploiter à grande échelle...
1917 le système à bien évolué :
Je vous recommande de consulter le site "Des
téléphonistes et télégraphistes passerands
en 14-18" qui raconte ces moments.
Les transmissions se faisaient par téléphonie, mais aussi
par télégraphie soit Télégraphie électrique,
soit Télégraphie Par le Sol (T.P.S.) soit Télégraphie
Sans Fil (T.S.F.). On y apprend comment faire de la télégraphie
par le sol (T.P.S.)
« La télégraphie par le sol a été
utilisée dès 1917 pour établir des liaisons à
courte distance (portée 3 km environ).
Elle évitait lutilisation dune ligne téléphonique
sujette aux coupures lors des bombardements. »

On a rapidement compris aussi quelle pouvait aussi servir de communication
entre 2 galeries de mine sans quil soit nécessaire de tirer
du câble entre les 2 boyaux
La réception ne peut
toutefois pas dépasser un rayon de 3 km. Le fil en lui-même
est un fil de terre, donc assez solide, beaucoup plus solide que le
fil normal de téléphone et il est aussi assez court (moins
de 100 m). Il ne peut être coupé que par de lartillerie,
et pas par le piétinement ou autre. Sil est coupé
et quil existe une extrémité qui reste fichée
en terre, le système fonctionne encore. Sil est tout à
fait coupé, il est facile de le faire réparer, même
en plein bombardement par un télégraphiste qui na
pas besoin daller fort loin pour retrouver la coupure
Linvention
a fait lobjet dun brevet dès 1910 ; ce nest
donc pas un secret militaire.
Dès 1916, lexpérience du sous-lietenant Delavie
se généralise avant la création officielle, début
1917, des Sections spéciales découte mises au service
du Service de Renseignements.
Celles-ci se composent de techniciens qui doivent repérer les
endroits où des « fuites » permettent dintercepter
les conversations ennemies et dinterprètes capables découter,
en temps réel, les conversations ennemies.
Le rôle de ces interprètes est dautant plus difficile
quil leur faut comprendre non seulement lallemand mais aussi
ses diff érents patois, et être familiarisés, dans
la langue de Goethe comme dans celle de Voltaire, avec la terminologie
militaire.
La plupart des interprètes travaillant déjà pour
létat-major, les Sections spéciales se rabattront
sur quelques professeurs et sur des volontaires de la Légion
étrangère dorigine allemande ou suisse.
Durant les deux dernières années de la guerre, les écoutes
téléphoniques rendront dinappréciables services,
permettant de juger du moral des troupes ennemies, de tenir à
jour ses mouvements et, au niveau des champs de bataille, dêtre
informé de ses off ensives et de capter les informations destinées
au réglage de lartillerie.
Ajoutons que ces humbles auxiliaires du Service de Renseignements travaillent
dans les tranchées de première ligne, directement sous
le feu des Allemands. Leur travail de repérage permettra aussi
de colmater quelques brèches béantes ouvertes dans les
communications françaises.
Leur rôle et même leur simple existence sont restés,
jusquà ce jour, quasi ignorés des historiens.
Anecdote : Le Cri de Paris août 1917
C'est dans une caserne très parisienne que la scène
se passe.
Mme de M., dont le mari est mobilisé à l'état-major
d'une armée alliée, entre aÏibcible et émue
dans un bureau - un bureau, non, le dernier salon où l'on flirte.
Après le baise-main et l'échange des usuelles politesses,
elle expose l'objet de sa visite à l'officier de service : -
Mon cher capitaine, ayez l'obligeance de téléphoner tout
de suite à mon mari que bébé est maintenant tout
à fait bien et que sa petite colique n'a rien été.
L'officier s'empresse de téléphoner à l'étatmajor
la bonne nouvelle. La dame remercie et part dans un frou-frou soyeux
et parfumé.
C'est la guerre.
Apparue en 1917, la TPS nécessite
le cryptage des messages, ce qui est peu compatible avec les situations
durgence, aussi est-elle le plus souvent utilisée comme
un moyen de secours.
La Radio et la Télégraphie
sans fil
LE GÉNÉRAL GUSTAVE FERRIÉ pionnier de la radiodiffusion
et de la normalisation des temps et cycles

Gustave Ferrié |
Gustave Auguste
Ferrié est un ingénieur et Général
français né en 1868 en Savoie et mort en 1932, à
Paris. Il étudie à lEcole Polytechnique, se
spécialise dans la télégraphie optique et électrique
puis sengage dans larmée. Sorti officier du génie,
il obtient sa première affectation avec le grade de Lieutenant.
Grâce à sa première expérience dans les
transmissions lors dun stage au Mont-Valérien en 1893,
il sintéresse très tôt à cette
technologie naissante quest la télégraphie sans
fil (TSF). Quelques années plus tard, il retournera dailleurs
à lécole de télégraphie militaire
du Mont-Valérien en tant quinstructeur puis commandant.
Ses connaissances et expériences à la fois dans le
domaine scientifique et militaire lui confèrent un large
panel de compétences, particulièrement appréciées
par Gustave Eiffel.
En 1900, le ministère de la Guerre charge Gustave Ferrié
détudier les applications militaires de la TSF. Très
rapidement, le Général ne parvient plus à obtenir
daméliorations à la hauteur de ses espérances
: il ne dispose pas dantennes suffisamment hautes pour réaliser
des liaisons de longue distance. Il va tenter délever
des antennes en employant des dirigeables militaires mais ces essais
se révèlent infructueux en raison des intempéries. |
Le 27 mars 1898, le capitaine Ferrie, délégué
militaire du gouvernement français, est chargé de rendre
compte des essais de TSF faits par Marconi entre la France et l'Angleterre.
Peu de temps après, et à partir des expériences de
Branly, le ministre de la Guerre confiait au jeune capitaine la mission
de développer les applications militaires de la TSF. Les moyens
dont il dispose sont dérisoires. Pourtant il multiplie les inventions,
il innove. On doit à son équipe, entre autres, le détecteur
électrolytique et le détecteur à galène. Les
systèmes d'émission et les antennes de réception
font l'objet d'études pour assurer des liaisons fiables entre les
places fortes. La TSF militaire assure ainsi, le 8 mai 1902, une liaison
d'urgence entre la Guadeloupe et la Martinique ravagée par l'irruption
de la montagne Pelée.
Par la suite Gustave Eiffel offrira au ministre de la Guerre la tour qui
porte son nom, pour qu'elle serve de support d'antenne de TSF, ce qui
sera fait en 1903. Cinq baraquements en bois s'élèvent bientôt
sur le Champ-de-Mars et quatre fils d'antenne relient le sommet de la
tour aux arbres de l'avenue de Suffren.
Bien vite, la marine nationale saisit tout l'intérêt qu'elle
peut retirer des expériences de l'équipe de Ferrie. A ce
dernier, le lieutenant de vaisseau Tissot propose d'émettre de
la tour Eiffel un service permanent de transmission de signaux horaires
destinés aux navires de la flotte française. Nous sommes
en 1905, le projet est accepté par le bureau des longitudes. Cette
même année, la guerre russo-japonaise, qui témoigne
certes des faiblesses de la Russie tsariste, va également mettre
en évidence l'importance stratégique de la TSF. La flotte
de l'amiral Togo, dûment équipée de récepteurs
de TSF et d'antennes Yagi, surprend en effet les cuirassés russes
accourus de la Baltique par une manuvre originale. Au lieu de livrer
bataille en lignes, ordre imposé par la nécessité
d'échanger des signaux à vue, les Japonais, coordonnés
par radio, traversent de part en part la ligne russe qu'ils bousculent.
Malgré leur dispersion et la visibilité médiocre,
ils portent des coups coordonnés et décisifs contre l'escadre
de Nicolas II.
En 1911, année de la création
de l'École supérieure d'électricité qui
formera les officiers du service des transmissions, l'essentiel du service
porte sur les bulletins météorologiques. En butte au septicisme
de l'armée de terre, Ferrie persévère. Pour vaincre
la pusillanimité ambiante, il installe un émetteur mobile
de TSF sur une automobile, réussissant ainsi des liaisons sur
plus de cent kilomètres.
Grâce au général Ferrie,
aidé par la commission centrale de TSF de la marine de guerre,
les premières sociétés du Domaine (Carpentier,
Gouffe, Rochefort) sont parvenues à se réunir pour fonder
la Compagnie générale de radiotélégraphie
(CGR). La Société française radioélectrique
n'allait pas tarder à apparaître à son tour, les
deux groupes conjuguant leurs capacités dans l'effort de guerre
commun.
En août 1914, la France se lance dans la guerre avec un équipement
en quantité inférieure à celui de ses alliés.
Mais également, fait plus grave, inférieur à celui
de ses adversaires d'outre-Rhin. Les stations mobiles sont en nombre
limité et les postes puissants n'offrent aucune garantie de liaison
régulière. Les pouvoirs publics n'ont pas donné
suite aux propositions de Ferrie et de ses collaborateurs. Des mesures
extrêmes s'imposent donc. Afin d'étoffer les services de
la tour Eiffel, deux puissants émetteurs, destinés primitivement
à Saigon et à Tombouctou, sont installés à
Lyon cette fois. Lyon-la-Doua assurera les liaisons avec la Russie,
la Serbie et la Roumanie.
La marine de guerre allemande va se préparer
dès 1907 à une guerre maritime, où la maîtrise
de la TSF joue déjà un rôle essentiel. La société
Telefunken équipe systématiquement les navires militaires
et civils. Elle va même jusqu'à équiper des navires
neutres, dont les opérateurs sont allemands. A la déclaration
de guerre, les navires de commerce se réfugient dans les ports,
après avoir été alertés par TSF, alors que
les bâtiments de guerre infligent de lourdes pertes aux flottes
alliées. Certaines stations côtières neutres d'Amérique
du Sud, notamment péruviennes, aident les forces navales allemandes
et les corsaires agissant dans le Pacifique et l'Atlantique sud. Aux
Canaries, le consul allemand est arrêté après qu'on
a découvert chez lui un émetteur clandestin. La Grande-Bretagne
réagit et, à la fin de 1914, les câbles transatlantiques
qui relient l'Allemagne à l'Afrique sont coupés ; les
quatre stations allemandes de TSF à grande puissance situées
dans le Pacifique sont détruites.
Le 4 août 1914, dans le cadre du huitième
régiment du Génie, les transmissions militaires sont mobilisées.
12 000 hommes et 150 officiers, dont beaucoup sont des employés
des PTT, sont versés dans la télégraphie militaire.
Ferrie fonde l'Établissement central du matériel de la
radiotélégraphie militaire, qui deviendra une pépinière
de chercheurs et de techniciens. Les écoutes radio, effectuées
par la tour Eiffel, permettent au service du chiffre de décrypter
des messages allemands et de repérer les faiblesses des forces
ennemies sur la Marne. Galliéni utilisera du reste ces informations
pour arrêter les troupes d'invasion qui déjà menacent
Paris. Du côté des chercheurs de la TSF, les nécessités
guerrières vont s'avérer un prodigieux stimulant. Les
amplificateurs basse fréquence, les récepteurs de bord
pour avions, les transmissions par radio de la voix humaine, la construction
en série de lampes d'émission triode TM, les réseaux
d'écoute et de goniométrie chargés de situer la
source des émissions ennemies, le premier récepteur superhétérodyne,
telles sont quelques-unes des innovations survenues entre 1914 et 1918,
et qui témoignent combien les équipes coordonnées
par le général Ferrie ont eu un rôle fondamental
dans l'essor de la TSF. A cet élan collaborent tous les savants,
techniciens et entrepreneurs qui assureront l'avenir de la TSF et de
la radiodiffusion en France : autour du capitaine Brenot on trouve,
à la tour Eiffel, Maurice de Broglie, Laut, Lucien Levy, Ditte,
tandis qu'à Lyon sont rassemblés auprès du professeur
Abraham et du capitaine Péri, Marius La- tour et Biguet. Emile
Girardeau sera de ceux qui assureront l'avenir de ces recherches.
Ferrié, un génial organisateur
Les zeppelins sortis, avant même qu'ils eussent traversé
la frontière, étaient déjà repérés
par l'ensemble de nos propres goniomètres. Nous les suivîmes
sur la carie d'Europe, comme si nous les avions vus nous-mêmes
; ils passèrent au nord du Luxembourg, survolèrent la
Belgique et traversèrent le Pas-de-Calais.
C'est alors que le plan Ferrie entra en action ; le général
donna ordre à quelques-unes de nos stations d'émission
du front de brouiller les communications des zeppelins en accordant
nos émetteurs sur la longueur d'onde de chacun d'eux. Chaque
dirigeable eut son poste perturbateur parmi nos stations terrestres,
chacun des nôtres s'efforçant de couvrir, avec le maximum
d'intensité, l'étincelle des postes aériens allemands.
Si bien que les go- *nios ennemis n'y comprenaient plus rien, pataugeaient
dans les azimuts et étaient dans l'impossibilité de donner
la moindre mesure exacte à leurs pilotes.
Mais notre général ne se borna pas à cette petite
supercherie, il poussa le brouillage dans ses limites extrêmes
en utilisant un grand poste français, techniquement camouflé
en émetteur allemand.
Il substitua la station ainsi maquillée à la grosse station
terrestre allemande en transmettant aux zeppelins des rectifications
de route qui devaient amener les dirigeables au-dessus de nos camps
d'aviation et de nos batteries et non plus sur la Belgique et le Luxembourg,
itinéraire projeté pour le retour. Le gros émetteur
français, étant plus près des aéronefs que
l'émetteur allemand, était reçu par les récepteurs
aériens ennemis avec une meilleure intensité. Les radios
du bord prirent donc pour des renseignements de premier ordre les fausses
mesures que Paris leur envoyait ; au lieu de repasser au-dessus de Bruxelles,
les zeppelins vinrent échouer dans nos lignes où nos escadrilles,
alertées à temps, n'eurent qu'à les entourer, les
obliger à atterrir et à se rendre. Celui que nous étions
chargés de surveiller particulièrement au poste du Hohneck
fut abattu à Bourbonne-les-Bains, les autres s'effondrèrent
les uns après les autres à l'arrière de notre front
et le dernier, complètement affolé par la multitude des
rectifications qu'il recevait tant de France que d'Allemagne, rectifications
contradictoires évidemment, descendit la vallée du Rhône,
fut aperçu à Avignon et disparut vers la Corse sans qu'on
sût jamais ce qu'il était devenu. Ce fut une accablante
défaite pour le Kaiser et pour l'aviation germanique qui avaient
tout prévu, sauf qu'il existait chez nous un subtil et génial
organisateur en la personne du général Ferrie et un réseau
radiogoniométrique merveilleusement outillé et discipliné.
Ce fut la fin des raids par zeppelins, aucune nouvelle tentative ne
fut faite par ceux qui restaient dans les hangars ennemis.
Ferrié meurt le 16 février
1932, et reçut beaucoup d'éloges :
|
Arrive 1914, la guerre. Ici,
ce que lon peut appeler la chance française trouve
à la tête des services de télégraphie
militaire lhomme le plus compétent qui soit, celui
qui, à une science profonde, joint une énergie peu
commune et un incomparable esprit réalisateur. Il serait
trop long dénumérer toute lampleur des
recherches, des découvertes, des réalisations faites
par le général Ferrié et les savants collaborateurs
quil avait réunis autour de lui et dont le continuel
dévouement ne lui a jamais fait défaut.
Il suffît de dire que, dès le début et pendant
toute la durée de la guerre, la France fut toujours, en
télégraphie et téléphonie militaires,
dune incontestable supériorité.
Nos alliés nous suivirent; quant à nos ennemis,
malgré leur puissante organisation technique, ils furent
toujours considérablement en retard. Larmée
française a été ainsi toujours la première,
grâce à Ferrié, qui se montra dans ces circonstances
non seulement un grand chef auquel doit aller la reconnaissance
du pays, mais un des meilleurs artisans de la victoire finale.
Après la guerre, Ferrié réussit à
conserver la cohésion entre les spécialistes dont
lunion avait donné de si bon résultats. Il
fut lâme du projet dune grande opération
internationale de différences de longitude mondiale, actuellement
en cours dexécution, sous les auspices du Bureau
des Longitudes.
Il collabora également, avec toute sa compétence
et toute son ardeur, à la réalisation de lexpédition
scientifique que lon appelle lAnnée polaire,
qui doit donner, au point de vue de la physique du globe, des
résultats de tout premier ordre. Il nous en parlait encore
au Bureau des Longitudes, il y a une quinzaine de jours; la mort
vient de le surprendre au milieu de ses travaux.
Tant de services rendus avec un dévouement sans limites
et un complet désintéressement devaient avoir leur
consécration scientifique. Dès 1911, le Bureau des
Longitudes lappelait auprès de lui; en 1922, lAcadémie
des Sciences le nommait à lunanimité à
la vacance créée dans la Section de Géographie
et Navigation par le décès de notre confrère
Grandidier, après lui avoir décerné, en 1921,
sa plus haute récompense, le prix Osiris.
A létranger, ses mérites
scientifiques avaient peut-être encore plus de retentissement
que dans notre pays, et sa place se marquait au premier rang dans
les unions et comités scientifiques internationaux. Il
était successivement nommé : président de
la Commission internationale des Longitudes par T. S. F.
; membre de la Commission internationale de lHeure, président
de lUnion internationale de Radiotélégraphie
scientifique, et tout récemment, quand le Conseil international
de Recherches modifia ses statuts, en 1931, et procéda
à lélection dun nouveau bureau, ce fut
Ferrié qui, dacclamation, fut nommé premier
vice-président de la nouvelle organisation. Toutes les
sociétés scientifiques françaises de géodésie,
dastronomie, de radiotélégraphie, délectricité
le comptaient comme président ou membre de leur conseil.
Il nétait de par le monde un congrès intéressant
ces sciences auquel il ne participât avec une autorité
devant laquelle tout le monde sinclinait. Si lon ajoute
à cela toutes les inspections que lui imposaient ses fonctions
dinspecteur général des Services de Télégraphie
militaire et des Troupes et Services de Transmissions, en France,
en Algérie, au Maroc, au Levant, on reste confondu devant
une telle accumulation de travaux et devant une telle infatigable
activité. Au moment même où il entrait au
Val-de-Gràce, il était sur le point de partir en
Syrie.
Tel était celui auquel la science
doit tant de résultats. Mais, à côté
du savant il y avait lhomme. Trouver un camarade et un ami
plus sûr, un collaborateur plus accueillant, et pour ceux
qui servaient sous ses ordres, un chef plus bienveillant, est
impossible à dire. Sa haute compétence scientifique,
qui le plaçait au premier rang, était chez lui comme
cachée sous une affabilité et une modestie qui faisaient
ladmiration de tous ceux qui le connaissaient. Qui la
approché la aimé. Cest le plus bel éloge
que lon puisse faire dun homme.
La perte est immense pour la science; elle lest plus encore
pour la compagne si dévouée de sa vie, qui lentourait
de son affection, qui le soutenait dans ses travaux, lui faisait
oublier ses fatigues et devant laquelle je mincline.
Au nom de lAcadémie des Sciences, au nom du Bureau
de Longitudes, jexprime à Mme Ferrie et à
toute sa famille la part bien vive que tous leurs membres prennent
à la disparition dun des plus éminents de
leurs confrères. Puisse lhommage que nous lui rendons
être un adoucissement à leur douleur, et vous, Ferrié,
mon confrère, mon camarade et mon ami, non pas un adieu,
mais au revoir.
Conférence faite le 10 mars 1932 à lAssociation
amicale des 8e, 18e et 28e Génie, par le lieutenant-colonel
du Génie Brenot, président du Syndicat professionnel
des Industriels radioélectriques.
Plus que le devoir, la sympathie profonde qui se dégageait
irrésistiblement de la personnalité du général
Ferrié a inspiré déjà tant déloges,
tant détudes dune vie si magnifiquement remplie
que je crois devoir me dégager ce soir du cadre habituel
des notes biographiques.
La meilleure manière de faire connaître un homme
nest pas d'énumérer ses succès. Cest
de le montrer aux prises avec les difficultés de la vie
et de faire la mesure de son triomphe à celle des obstacles
franchis.
Lhistoire du général
Ferrié se confond avec lhistoire de la T. S. F. en
France.
Parler delle, cest parler de lui. Il en fut le tuteur
et conduisit ses premiers pas, avec énergie, avec sûreté,
au milieu des pires misères. Plus tard, quand lenfant
devint grande personne, il en resta le conseiller, lanimateur
dans leffort. Mais ce sont les heures du début les
plus intéressantes, les heures où seul, sans soutien,
sans moyen, il fallait livrer dans la nuit des luttes incessantes
et dures... et le pire ennemi nétait pas la matière
ingrate.
De ces heures permettez-moi de vous livrer quelques souvenirs.
Le capitaine Ferrié vient dassister aux expériences
faites par Marconi entre la France et lAngleterre
(1899).
Il a pressenti lavenir, et, dans lardeur de sa foi
et de sa jeunesse, il assume devant le Ministre de la Guerre,
et la responsabilité de retrouver seul, en dehors de toute
participation étrangère, les résultats acquis,
et celle détablir des appareils susceptibles dapplications
militaires.
Reportons-nous à lépoque :
Des phénomènes mystérieux aux lois mal connues
: depuis lantenne jusquau cohéreur de Branlv,
on travaille dans une technique nouvelle, où ce qui paraît
aujourdhui dune évidente simplicité
pose les problèmes les plus ingrats.
Solutions électriques difficiles, réalisations mécaniques
complexes. Ce monde des infiniment petits, des vitesses infiniment
grandes, entend faire payer cher laccès de ses mystères.
Ferrié saide de conseils, de concours que peuvent
lui apporter quelques savants, quelques ingénieurs de lindustrie,
Blondel, Carpentier, Ducretet, Gaiffe, Rochefort, et, sans crédits
ou presque, sans moyens dexécution, il aborde tout
de même la tâche.
Une petite pièce, boulevard Latour-Maubourg, deux baraques
avec des supports dantenne constitués par de petits
pylônes en bois, dans les forts de Villeneuve-Saint-Georges
et de Palaiseau, constituent les locaux de travail.
Quelque temps après, M. Eiffel offrira lutilisation
de la Tour que dautres ingénieurs ont renoncé
à employer comme support dantenne, à cause
de limportance de sa masse métallique.
Une petite baraque en bois de quelques mètres carrés
est construite au Sud du monument, dans lemplacement alors
enclos de palissades, et à létat de brousse,
oii se dessinera plus tard le parc du Champ de Mars. Lantenne
est un simple fil, amarré, à la suite dessais
progressifs, dabord au 1er étage, puis au 2e, puis
au 3e.
Le 5 novembre 1898, Eugène Ducretet établit
la première liaison française par radio, en émettant
des sons depuis la tour Eiffel jusqu'au Panthéon (ce qui
représente environ 4 km).
Dans ces installations rudimentaires, le capitaine Ferrié
fait tout. Il exécute les montages, procède
aux mesures, manipule le plus souvent lui-même. Son équipe
comprend dexcellents sapeurs, modèles de travail
et de dévouement, mais qui ne sont ni des physiciens, ni
des électriciens. Les collaborateurs les plus habituels
sont un caporal mécanicien, qui deviendra dentiste, un
fabricant de corsets, un horloger, un charpentier. Ils doivent
recevoir ici notre hommage unanime. Ils furent les ouvriers de
la première heure et ne marchandèrent jamais leur
dévouement ni leur peine.
Et bientôt les premiers résultats
apparaissent. Un type de transmetteur à bobine dinduction
est créé. Une des boules de léclateur
est simplement reliée au sol, lautre à lantenne.
Lantenne est donc attaquée en excitation directe.
La syntonie na pas grande importance à cette époque,
car les émissions nencombrent pas léther.
Dailleurs, le détecteur lui-même, du type «
cohéreur », est un détecteur à grande
résistance, sensible aux pointes de tension, et qui saccommode
bien ainsi des effets de choc électrique qui lui sont brutalement
transmis.
Le récepteur, dans sa boîte de chêne, blindée
de cuivre, à forme de pupitre, va rester longtemps immuable.
Il comprend tous les organes annexes du cohéreur, quil
a fallu étudier, créer : tapeur pour décohérer
le cohéreur, relais, circuits divers, excités par
lantenne réceptrice et qui, sous le nom de jiggers,
étaient demeurés un des mystères des postes
de Marconi.
Des types de cohéreurs réguliers et sensibles ont
été créés, à limaille dor
et surface dacier poli.
Les antennes ont été étudiées. On
en a vérifié le mode vibratoire, le mode de rayonnement.
On a appris à mesurer leurs longueurs dondes.
Comme les techniques anglaise et allemande
semblent se préoccuper des antennes dirigées, le
capitaine Ferrié étudie les propriétés
des antennes horizontales et, sur les conseils de Blondel, envisage
déjà lemploi des cadres.
Les irrégularités du cohéreur, les inconvénients
de son principe ont poussé Marconi à chercher un
autre détecteur. Le grand inventeur italien établit,
étudie le détecteur magnétique.
Mais, dès 1900, le capitaine
Ferrié, sécartant de la voie des cohéreurs
à contacts solides, avait donné le principe des
détecteurs électrolytiques, à contact pointe-liquide.
Quelques années plus tard son idée sera reprise
en Allemagne et mise au point simultanément dans les deux
pays.
En 1902, cest-à-dire moins de trois ans après
la création du service détudes, un matériel
démission et de réception susceptible dapplications
pratiques a été créé.
Les Colonies, la Marine en demandent des types et les expérimentent.
Le capitaine Ferrié effectue des expériences comportant
lemploi dantennes soutenues par des ballons à
300 ou 400 mètres de hauteur, et constate que des portées
de 300 ou 400 kilomètres sont ainsi réalisables,
avec des puissances infimes.
Le grand mouvement se déclenche... et le nouveau matériel
reçoit le baptême du feu. Le capitaine Ferrié
part aux Antilles avec ses appareils pour remplacer par T. S.
F. la communication sous-marine rompue par léruption
du Mont Pelée. Pour la première fois dans notre
domaine national la « sans-fil » se substitue au «
fil ».
Ce succès va-t-il lui apporter lappui confiant des
services qui le contrôlent ?... non pas. Voici au contraire
les heures grises, celles des pires difficultés.
Cest à cette époque, octobre 1904, que je
reçus un matin lordre de me rendre dans les quarante-huit
heures à lÉtablissement central de Matériel
de Télégraphie militaire pour y collaborer à
lemploi de la T. S. F. aux armées.
Je me présente au capitaine Ferrié, et ma surprise
fut profonde de voir la foi et la gaieté de cet homme à
côté des misérables moyens dont il disposait.
Jétais le premier collaborateur officier attaché
à lui de manière permanente.
Dautres officiers avaient passé à ses côtés,
le capitaine Becq, par exemple, mais incidemment, pour des missions
ou des essais spéciaux.
Le capitaine Ferrié me dit de
me mettre au courant, comme je pourrais, avec léquipe
de sapeurs. Au hasard des essais, il trouve le temps de me donner
quelques explications, et peu à peu, dans la confiante
collaboration quotidienne me laisse voir ses soucis et ses craintes,
cachés derrière cette bonhomie si alerte, si vivante,
quon était tenté de le croire tout à
fait inaccessible au « cafard ».
Les succès du début ont soulevé des jalousies
qui exploitent la méfiance, linertie et toutes les
objections que rencontrent les progrès révolutionnaires.
Un nouveau programme dessais est entrepris en 1905. Un poste
mobile, dit « du Grand Quartier général »,
se déplacera vers lEst et lon vérifiera
à quelle distance une exploitation militaire peut être
assurée.
Ce poste, dont me charge le capitaine Ferrié qui reste
au poste de commandement de Paris, comprend un groupe électrogène
sur chariot, avec accumulateurs, une voiture-poste où sont
rassemblés les appareils récepteurs et transmetteurs
(2 bobines dinduction Rochefort couplées, de 0,50
m détincelle, attaquant lantenne en excitation
directe, une boîte de réception à cohéreur),
une voiture-treuil sur laquelle senroule lantenne
qui est un câble dacier de 400 mètres servant
de câble de retenue à un ballon cerf volant dit «
drachen ».
Des télégrammes véritables doivent être
échangés sous le contrôle dofficiers
qui accompagnent les expérimentateurs.
Les essais réusssisent parfaitement jusquà
la frontière de lEst, confirmant entièrement
les résultats antérieurs qui avaient fait Fobjet
de plus de soupçons que de félicitations.
En me remerciant dans une lettre charmante de ma modeste collaboration,
le capitaine Ferrié mécrit quil nignorait
pas que les expériences récentes avaient eu surtout
pour but de prouver quil était un « fumiste
». Ce ne fut pas contre lui que la démonstration
réussit.
Lère des critiques mesquines
et systématiques, des objections incessantes, nest
pourtant pas close : la T. S. F. vient bouleverser tant dhabitudes.
Lorsquon voulut répandre lusage du téléphone
aux armées, violente déjà fut lobstruction.
La T. S. F. connut dautres luttes, et les coups étaient
plus faciles à diriger : il ny avait quun centre
defforts à frapper.
Des crédits de quelques centaines de francs sont demandés
pour construire un ondemètre. Refusés, comme inutiles.
En dehors du capitaine Ferrié, un cahier des charges a
fixé les conditions disolement des dynamos des postes
de T. S. F. Le capitaine Ferrié le déclare insuffîsant.
On linvite à sabstenir de critiques de ce genre
: « Aux premiers essais, tous les induits crèvent.
»
Lindemnité de déplacement normale est demandée
pendant les expériences faites dans lEure-et-Loir
pour permettre aux sapeurs spécialistes qui travaillent
à toute heure, jour ou nuit, aux essais des postes mobiles
dans des villages sans grandes ressources, dassurer leurs
repas dans des conditions à peu près acceptables.
Refus. Ils doivent se contenter du prêt normal, comme sils
étaient à la caserne, dans lordinaire organisé.
Et la liste pourrait être allongée
sans cesse. Le temps se gaspille en rapports, en réclamations.
Là où de grands encouragements sont nécessaires,
ne se rencontrent que brimades et critiques.
Ces faits sont rappelés sans
acrimonie.
On en retrouve le développement autour des premiers efforts
de tous les animateurs des nouveaux progrès.
Mais il était nécessaire de les évoquer,
car ils mesurent en partie le triomphe du vainqueur.
Jamais lénergie du capitaine Ferrié ne se
dément. Pourtant il souffre bien souvent, et je le vois
à certains tremblements nerveux qui sont pour moi les détecteurs
des grands soucis. Mais il se domine magnifiquement et jamais
ses collaborateurs ne sentent le contre-coup de toutes ces misères
: bonne humeur, cordialité, au service dune énergie
de fer, dun esprit dentreprise que rien ne peut calmer.
Heureusement compris par quelques grands chefs, par quelques grands
esprits, qui par moments interviennent pour rétablir une
situation trop compromise, la tâche continue, toujours fertile
en résultats.
Cest le détecteur électrolytique
mis au point, et lintroduction de la lecture au son qui
améliorent considérablement le rendement des récepteurs
jusque là affectés fortement par les moindres parasites.
Cest la suppression des bobines dinduction et lemploi
du courant alternatif industriel qui va permettre daccroître
les puissances en jeu, de diminuer les hauteurs dantenne,
en abandonnant les ballons dune manuvre si délicate
et si aléatoire.
Lévidence des résultats, les services rendus
par la T. S. F. simposent et diminuent lâpreté
des luttes. Les moyens dexécution augmentent.
Un nouveau type de matériel,
dallure plus industrielle, est créé : courant
alternatif sous une puissance de plusieurs kilowatts, lecture
au son avec détecteur électrolytique et quelques
premiers types de détecteurs à cristaux, antennes
soutenues par des mâts ou des pylônes. Le cohéreur
disparait peu à peu.
La Marine, les Colonies adoptent ces appareils. Le commandant
Ferrié sembarque sur lescadre de la Méditerranée.
Cest la tempête. Les marins mêmes, à
lintérieur du poste de T. S. F., sous le pont cuirassé,
sont indisposés. Le commandant Ferrié manipule lui-même
et reste plus de vingt-quatre heures durant aux appareils. On
lemporte évanoui.
Il part au Sénégal et pose les premières
bases des grands postes de lAfrique occidentale.
Il part au Maroc avec un détachement de postes mobiles
improvisés en quelques jours, et assure le service radiotélégraphique
pendant la campagne de la Chaouia, sous les ordres du général
dAmade, qui en fait un magnifique éloge.
La station de la Tour Eiffel se développe. On commence
les travaux du grand poste souterrain actuel.
On remplace progressivement par des postes à courant alternatif,
comportant des antennes soutenues par des pylônes, les stations
des grandes places fortes de lEst et du Nord (Belfort, Épinal,
Verdun, Toul, Maubeuge), desservies jusqualors par les anciens
appareils à cohéreur, à bobine dinduction,
et dont les supports dantenne étaient des ballons
et des cerfs-volants.
Les deux premiers postes automobiles, qui plus tard prendront
part à la guerre de 1914, sont équipés en
1908. Leur antenne est constituée par un mât métallique
démontable.
La T. S. F. est venue au secours du
fil, à lintérieur, lors de la grève
des Postes et des Télégraphes, lors des troubles
du Midi.
En collaboration avec M. Blondel, les premiers essais de radiogoniométrie
ont été effectués à La Rochelle, sur
un vapeur du Service des Phares, le Léonce-Raynaud, dont
lantenne est constituée par un cadre triangulaire.
Sur les côtes, des stations de T. S. F. relient les principales
îles aux défenses côtières.
On prépare les expériences de T. S. F., en dirigeable,
en aéroplane.
Le commandant Ferrié élargit déjà
son champ daction en sorientant vers le domaine scientifique;
et les signaux horaires, la mesure du temps amorcent la popularité
de la T. S. F.
En 1910, la bataille est gagnée.
Dans les multiples voies où lhomme
la appelée à son secours, la radioélectricité
affirme la grandeur de son rôle.
Amené à collaborer avec toutes les principales administrations
de lEtat, Guerre, Marine, P. T. T., Colonies, Travaux publics,
Instruction publique, etc..., Ferrié sest imposé
à toutes.
Quand une question de T. S. F. se pose, la réponse est
déjà traditionnelle : Voyez Ferrié.
Cest un magnifique hommage rendu
à onze années dun effort surhumain, extraordinairement
fertile en résultats/en impulsions créatrices dont
leffet a été définitif.
Car, avant toutes choses, cet homme fut un animateur. Lesprit
à laffût de tout ce qui était nouveau,
il déclenchait le mouvement par son énergie, par
linfluence personnelle acquise, coordonnait tous les impondérables
Le résultat se dessinait, simposait.
Les esprits critiques prétendaient alors parfois chercher
vainement lessentiel de son uvre personnelle, qui
napparaissait pas resplendissante comme une invention sensationnelle,
alors que cette uvre était partout, directrice, coordinatrice,
uvre de semeur, de laboureur, dure, essentielle, féconde.
La guerre, les grandes conférences internationales consacreront
la valeur du colonel Ferrié. Son rôle, ses succès,
qui ne sont plus contestés, ont reçu les plus éclatants,
les plus populaires des témoignages.
Du plan national, son vaste esprit la porté sur le
plan international.
Dans les Conseils des Alliés
dabord, ensuite dans les conférences plus vastes
où se réunissent presque tous les pays du monde,
il est appelé aux hautes présidences et cest
à lui le plus souvent que tous sadressent unanimement
quand il faut traduire un effort collectif, une pensée
densemble.
Lui dont le tempérament militaire est si ardent quil
reste toujours soldat avant tout, passionné pour lart
du sapeur, aimant son uniforme comme un enfant, se raidissant
dans les saluts militaires comme un jeune polytechnicien, estlâmemême
des conciliations, des coordinations.
Instruit par les luttes du début, plein de dégoût
pour le sectarisme sous toutes ses formes, il cherche toujours
à provoquer les collaborations, à calmer les discordes.
Et sa grande cordialité nest pas seulement une forme
de ses manières : elle reflète le fond de son cur,
affectueux et bon.
Auprès de lui, puis attaché au Ministre des Colonies,
enfin dans lindustrie, toujours son ami, bien souvent son
confident, jai vu son action sous toutes les formes, mais
avec une seule tendance : lapaisement dans la collaboration.
Profitons de la leçon que lui
ont dictée de terribles efforts. Dans les tâches
quil a réalisées ou amorcées en tant
de domaines, télégraphie militaire, radiodiffusion,
laboratoires, enseignement, mesures scientifiques, etc..., il
a toujours cherché à élargir le champ de
travail, à sadresser à toutes les compétences,
à toutes les bonnes volontés. Ce fut une cause essentielle
du succès de son uvre.
Cette uvre périclitera si nous ne suivons pas, tous,
dans nos voies respectives, la même inspiration.
En dehors de notre volonté daboutir,
nous devons à sa mémoire, à notre gratitude,
de suivre son grand exemple.
|
A partir de 1921, Ferrié expérimente
la radiodiffusion depuis la tour Eiffel. Ainsi nait la radio grâce
à Radio Tour Eiffel qui émet régulièrement
à partir de 1922.
2e génération, jusqu'à
la Seconde Guerre mondiale incluse
Au début des années 1930, les
TM 09-15 étaient encore en service, et le TM 16 était
encore le poste standard.
Le nouveau Poste téléphonique de campagne type TM, modèle
1927, était déjà disponible, mais pas encore standard
. "Le poste 1927 diffère du modèle 1916 sur les points
suivants : a) il ne possède pas de buzzer d'appel ; b) il ne
possède pas de bouton blanc ; c) sa sonnerie est polarisée
; d) les accessoires qui le composent sont en grande partie d'un type
courant dans le service PTT, afin de ne pas avoir, en cas de besoins
intensifs, une composante militaire différente de la composante
civile. "
Le TM 27
À partir du TM27, seules la signalisation magnéto et les
sonneries polarisées sont utilisées.
L'artillerie semble même avoir laissé de côté
le TM 27, Transmissions. Cours Pratique. Poitiers : École Militaire
d'Artillerie, 1938. ne mentionne que le TM 16 et le plus récent
Appareil Téléphonique Type TM 1932 :
"Le poste téléphonique TM 1932 est un poste de campagne
avec une batterie locale. Son poids est d'environ 4,6 kg, ses dimensions
sont : Longueur 215 mm Largeur 135 mm Hauteur 210 mm En 1939, cet appareil
était utilisé par les corps de troupe, les unités
de transmission et les fortifications. Contenu dans un boîtier
en tôle d'acier, tous les organes internes de l'appareil sont
supportés par un châssis du même métal. Il
comprend un combiné et un écouteur supplémentaire
reliés à l'appareil par deux cordons souples. Le boîtier
de l'appareil repose sur quatre petits pieds métalliques. Sur
l'une de ses petites faces, il présente un évidement à
l'intérieur duquel se trouve la manivelle repliable de la magnéto.
[...] Le boîtier de l'appareil comporte deux compartiments. L'un,
plus grand à droite, abrite le boîtier du châssis
et les batteries ; dans l'autre, plus petit, à gauche, sont logés
le combiné, l'écouteur supplémentaire et leurs
cordons. "
Ci-dessous un TM 27 (pochette en cuir manquante) et deux TM 32 :
Le TM 32
Le TM 32 est déjà mentionné dans le Manuel du personnel
des transmissions des corps de troupe (1935) mais y est appelé
Appareil Léger 1931, dans la dernière 14e édition
(1939) de la même publication il est déjà mentionné
comme Appareil Téléphonique TM 1932 .
Le TM 32 a continué à être utilisé après
la Seconde Guerre mondiale . Plusieurs itérations basées
sur le TM 32 ont été développées, y compris
une version avec un casque enfichable et un modèle mural/bunker
( Poste téléphonique étanche TM 32 ) utilisé
sur la ligne Maginot .
Une autre variante, la version CB connue sous le nom d' Appareil Téléphonique
Type TM 1936 , comportait une fourche de décrochage dépliable
et un cadran. Il existait également une version avec un boîtier
en bakélite au lieu d'un boîtier métallique, l'
Appareil Téléphonique Type TM 1939
Le central TM 1932 à 4 directions

Ce central contenu dans une caisse en tôle d acier de 30
x 21 x 20 cm. Il pèse 9,750kg .
Il comprend
quatre réglettes blindées ;
un combiné type T.M. 1932 ;
un écouteur type T.M. 1932 ;
un transformateur type T.M. 1932 ;
une magnéto dappel type T.M. 1932 ;
une sonnerie polarisée type T.M. 1932 ;
un bouton poussoir interrupteur de sonnerie
deux éléments de pile pour le circuit du microphone ;
un jack quadruple de branchement du combiné et de lécouteur.
Le central TM 1932 à 8 directions
Analogue au central à 4 directions, il en diffère
par les caractéristiques suivantes :
il comprend huit réglettes au lieu de 4 ;
son poids est de 14,500 kg ;
son encombrement est de 32 x 30 x 20 cm.
La boîte est munie dune courroie en cuir pour le transport.
Cette courroie permet aussi de suspendre le central contre un mur ou
un arbre.
A la partie inférieure se trouve une rondelle métallique
qui permet de visser lappareil sur un trépied.
3e génération, décolonisation,
guerre froide
L' Appareil Téléphonique AT1
(LB seulement) et l' Appareil Téléphonique AT2
(LB et CB) semblent avoir été développés
immédiatement après la Seconde Guerre mondiale (voire
encore pendant) : "Le poste téléphonique AT1 est
un poste de campagne équipé d'une batterie locale. Il
est contenu dans un boîtier en bakélite moulée résistant
aux chocs. Il peut être porté à l'épaule
au moyen d'une bandoulière ou à la ceinture au moyen de
languettes fixées sur une paroi incurvée du boîtier.
[...] Le couvercle du combiné étant soulevé, on
peut voir : deux bornes de ligne à vis dont les écrous
ne peuvent être complètement désengagés ;
à gauche et à droite, deux vis ne peuvent être
complètement désengagées et qui servent à
maintenir le couvercle de la batterie en position fermée ;
vers le milieu, deux attaches à ressort pour maintenir le cordon
souple du combiné en position de transport ; deux supports
creux pour poser le combiné. Le combiné est constitué
d'une monture en « bakélite antichoc » supportant,
d'un côté, un écouteur, de l'autre un microphone,
tous deux contenus dans des logements prévus à cet effet.
Vers le milieu, au niveau de la poignée, le combiné porte
la pédale du microphone, assurant la fermeture du circuit primaire
en position de conversation. "
Ci-dessous un AOIP réalisé AT1 (AOIP, 1945), un AT2 (Jardillier,
1947) et un AT2(a) (AOIP, 1951)
Sur la base d'une enquête hautement non scientifique et non statistiquement
significative parmi les images trouvées sur Internet, je crois
qu'il y a eu trois séries d'AT1 et AT2 délivrées
:
- Marché AOIP du 22.10.45 n° 158, Guerre Transmissions AT1,
AT2
- 1947 de G. Jardillier Transmissions pneumatiques AT1, AT2
- 1951 Marché AOIP n° 8230, Service Technique des Télécommunications
de l'Air AT2(a)
Après la Seconde Guerre mondiale, la France chercha à
maintenir son influence coloniale en Asie du Sud-Est et en Afrique du
Nord (Algérie), tout en devenant membre fondateur de l'OTAN.
Durant cette période, la France s'appuyait principalement sur
les équipements de télécommunications fournis par
les États-Unis. Parmi les téléphones de campagne
utilisés figurait le EE-8, déjà fourni aux forces
françaises lors de la libération de la France. Bien que
je n'aie trouvé aucune preuve directe, il est probable que d'autres
modèles, tels que le TA-43/PT et le TA-312/PT , et peut-être
le TA-1/PT , aient également été introduits.
Le dernier téléphone de campagne
connu (pour moi) conçu et fabriqué en France était
le TLEE89 de 1989 (parfois appelé type AT-75A).
Ci-dessous, de l'arrière vers l'avant,
un EE-8 français rénové , un TA-43/PT et un TLEE89
:
Au début de la Première Guerre
mondiale, l'armée française ne dispose que de quelques centaines
de téléphones, puis, pendant les années de guerre
jusqu'en 1918, plus de 200 000 exemplaires ont été acquis.
Pour les appareils de première génération, le TM
16 semble être le modèle le plus produit, bien que les chiffres
de production ne soient pas documentés, plusieurs fournisseurs
ayant contribué à sa fabrication.
Dans la deuxième génération, le TM 27 semble avoir
été produit en quantités limitées ; des documents
de la fin des années 1930 continuent de faire référence
au TM 16 aux côtés du TM 32, mais pas au TM 27. Parmi la
« famille » TM 32/36/39, le TM 32 est le modèle le
plus courant, tandis que le TM 36 est plus rare, et le TM 39 encore plus.
Entre 1937 et 1938, environ 4 000 TM 32 ont été achetés.
On ne dispose pas de données sur l'acquisition ultérieure
d'un plus grand nombre de ces appareils. En règle générale,
le TM 32 ne porte aucune marque de fabricant. Tous les appareils AT(*),
AT1 ou AT2, ont été fabriqués par AOIP ou Jardillier,
avec des numéros de série indiquant moins de 5 000 unités
par série.
Contexte historique
Les télécommunications militaires créées
en 1912 par le regroupement de toutes les unités de sapeurs télégraphistes
au sein du 8e régiment de Génie prennent
au cours de la Grande Guerre une ampleur exceptionnelle. Elles joueront
un rôle primordial dans le succès des combats.
Les communications sont réalisées par des techniques modernes
- télégraphie électrique, télégraphie
sans fil (TSF), téléphonie - et par dautres, obsolescentes,
rapidement limitées à un emploi tactique signalisation
optique (fanions, héliographes) et colombophilie.
Les liaisons air-sol et la télégraphie par le sol (TPS)
seront développées au cours du conflit.
Le téléphone est testé par l 'Armée Française
lors des grandes manoeuvres de 1894. Au début de la guerre, il
y a environ 300 téléphones dans les armées principalement
dans les états-majors. Les armées ne prennent réellement
conscience de limportance de la téléphonie quavec
la stabilisation du front en octobre 1914.
Faute déquipements (TM 09 et TM 09-15 qui sont des adaptations
du téléphone des administrations Marty) en quantité
suffisante, des appareils civils sont réquisitionnés en
toute hâte. Il est alors fait appel aux nombreux constructeurs
qui ont accompagné dans la décennie 1900-1910 le succès
de linvention pour pourvoir aux nouveaux besoins des armées
(la dotation régimentaire est denviron 20 appareils).
La production en masse du TM 09-15 est accélérée.
Le TM 16 plus compact et plus léger que ses prédécesseurs
est introduit progressivement. Il est fabriqué en quantité
jusqu'à la fin de la guerre. En 1918, on compte plus de 200 000
téléphones de campagne.
En 1916, le général Ferrié créa le service
de radiotélégraphie aérienne. La liaison TSF air-sol
révolutionne la transmission du renseignement et lobservation
La reprise de la guerre de mouvement condamne à terme les moyens
filaires. La recherche soriente vers la radio. La Seconde Guerre
mondiale consacrera sa prééminence. Pour larmée
française elle se traduira par la création dune
nouvelle arme : les Transmissions, en mai 1942, et la disparition de
la spécialité au sein du Génie.
Le 13 juin 1933 , le brevet du premier radar
bistatique en onde continue est déposé au nom de Taylor,
Young et Hyland.
1937 A la veille de la seconde guerre mondiale, le radar monostatique
VHF fut mis au point, optimisé et amélioré au cours
du conflit, il permettait de détecter les raids aériens.
Ce conflit armé fût également loccasion de
généraliser des liaisons tactiques, avec lutilisation,
par les différentes armées de moyens de radiocommunications
télégraphiques et téléphoniques.
Utilisation de la radio par l'armée
française en 1940
Il est patent que le Haut Commandement français de 1939-1940
voyait la radio d'un mauvais il, voire y était hostile
!
Le général Gamelin en 1935, est nommé chef d'état-major
général de l'armée française, et restera
à ce poste jusqu'au 19 mai 1940, date à laquelle il est
« limogé » et remplacé par le général
Maxime Weygand.
Comme depuis son PC du château de Vincennes, Gamelin se refuse
à communiquer par radio (trop indiscrète), ses messages
en direction des troupes et ses informations reçues ne transitent
donc que par téléphone ou par estafettes. Le téléphone
convient peu à des troupes en mouvement et les estafettes manquent
sérieusement de rapidité...
Émettre c'est montrer à l'ennemi d'où l'on se manifeste.
La radiogoniométrie est la technique de repérage de la
direction de déplacement des ondes électromagnétiques
(dont les ondes radio font partie). Elle s'appuie sur plusieurs phénomènes
physiques et appareils associés dont, tout particulièrement,
les antennes directionnelles.
En conclusion, on doit donc à juste titre se méfier lorsqu'on
utilise les transmissions par radio .
Instruction Ministérielle du
7 novembre 1936 au sujet de la radio.
En 1939 ce document, toujours d'actualité,
est rediffusé en direction des chefs d'états-majors.
En voici des extraits : §80, §81 et §85.
|
Radiotélégraphie. Elle
ne permet de communiquer qu'en morse (graphie).
§80.Avantages. Les installations
radiotélégraphiques sont peu visibles et peu vulnérables.
La radiotélégraphie permet :
- de maintenir les relations entre deux autorités, lorsque
la distance, le terrain, les tirs ennemis ou tout autre motif
empêchent l'établissement ou le bon fonctionnement
des autres moyens de transmission ;
- de faire suivre une autorité dans tous ses déplacements
par un poste qui peut la desservir dans un court délai.
Certains postes sont même capables
d'émettre et de recevoir en marche. Ils permettent au commandement
d'assurer la continuité de ses relations pendant les mouvements.
Seule, parmi tous les procédés de transmission,
la radiotélégraphie permet la diffusion simultanée,
à un nombre illimité de correspondants, d'un même
télégramme.
Inconvénients. L'inconvénient
capital de la radiotélégraphie est son indiscrétion.
- L'ennemi peut écouter, loin à l'arrière
(la sensibilité des appareils d'écoute spécialisés
est beaucoup plus grande que celle des récepteurs des corps
de troupe, de sorte que les radiotélégrammes ennemis
peuvent être captés à une distance dépassant
notablement la portée officielle des postes émetteurs),
dans de très bonnes conditions, les émissions adverses,
ce qui oblige à chiffrer en principe les télégrammes
expédiés par radiotélégraphie, et
même il peut, par radiogoniométrie, déterminer
les emplacements des postes entendus et, par voie de conséquence,
les emplacements des postes de commandement.
- L'ensemble des renseignements recueillis par les écoutes
ennemies peut fournir à l'adversaire des données
importantes sur l'ordre de bataille et, dans une certaine mesure,
sur les intentions du commandement. Aussi, dans certaines circonstances,
le commandement est-il conduit à interdire partiellement
ou totalement l'emploi de la radiotélégraphie.
Malgré le nombre élevé
de longueurs d'ondes réalisables à l'heure actuelle,
la nécessité d'éviter les brouillages limite
le nombre des réseaux qui peuvent être constitués
dans une unité.
La réception des postes radiotélégraphiques
peut être brouillée :
- par des émissions normales de l'ennemi ;
- par des émissions systématiques de ce dernier,
s'il consent à supporter lui-même les conséquences
de ce brouillage ;
- par des parasites atmosphériques.
Les relations établies par radiotélégraphie
sont, en comparaison des relations téléphoniques,
d'un faible rendement, par suite de la nécessité
:
- de faire, le plus souvent, travailler les postes en réseau,
ce qui implique qu'un seul poste puisse émettre à
un instant donné ;
- de chiffrer en principe les télégrammes ;
- d'échanger pour les postes correspondants des communications
de service avant et après la transmission du télégramme
proprement dit (Appel du poste expéditeur, indication que
le destinataire est prêt à recevoir, signal de fin
de télégramme, accusé de réception
du destinataire, etc.).
L'ensemble de ces contingences peut
réduire le débit utile d'un poste radiotélégraphique
à moins de 100 groupes (de 5 lettres ou chiffres) à
l'heure.
En conséquence :
- tout télégramme à expédier par radiotélégraphie
devra être aussi condensé que possible et rédigé
à l'aide de documents spéciaux établis à
cet effet ;
- les postes radiotélégraphiques ne peuvent être
utilement mis en uvre que par un personnel soigneusement
instruit ;
- enfin, le matériel ne comportant pas d'appareils d'appel,
il est nécessaire d'assurer une permanence de l'écoute
à chaque poste.
Radiotéléphonie. Elle permet de communiquer par
morse et par la voix (phonie).
D'une manière générale,
la radiotéléphonie a les mêmes caractéristiques
d'emploi que celles exposées ci-dessus pour la radiotélégraphie.
Toutefois la première présente, par comparaison
avec la seconde, les avantages et les inconvénients suivants
:
Avantages.
- les postes de radiotéléphonie peuvent être
exploités par un personnel ne sachant pas lire au son (Comprendre
le morse). Éventuellement, ce procédé permet
à deux autorités de converser entre elles.
Inconvénients.
Toutes choses égales d'ailleurs :
- la portée des postes de radiotéléphonie
est dans l'état actuel de deux à trois fois moins
grande que celle des postes de radiotélégraphie
;
- le nombre des longueurs d'ondes disponibles est deux fois plus
faible qu'en radiotélégraphie ;
- le réception peut être plus facilement brouillée
;
- les risques d'indiscrétions sont encore plus grands,
surtout si les postes sont utilisés pour des conversations.
La discipline d'exploitation doit donc
être très stricte. Elle est très difficile
à assurer. Elle doit être soigneusement contrôlée
par l'organisation obligatoire d'un système d'écoute
des transmissions amies. La conversation ne doit en principe être
pratiquée qu'en poste-à-poste.
|
La tour Eiffel est réquisitionnée
de lordre de mobilisation générale du 3 septembre
1939 jusquen 1945. En effet, daprès la convention
dont il est question dans le document, en cas détat de
guerre, la tour passe sous le contrôle de lÉtat.
Cela avait déjà été le cas durant le premier
conflit mondial : soldats et armes avaient été installés
dans la tour, ainsi quun poste de télégraphie sans
fil.
En 1939, larmée française réquisitionne la
tour dans le même but. Dès lentrée dans Paris
des troupes doccupation, larmée allemande y installe
un poste de télédiffusion pour la communication militaire.
Il sera ensuite récupéré à la Libération.
À l'inverse des Français, en 1940 les unités mobiles
italiennes et allemandes disposaient de postes radiophoniques qu'elles
utilisaient souvent en clair et à profusion, au cours de leurs
attaques. Les ordres étaient, bien évidemment, écoutés
par les stations françaises, mais souvent obsolètes lors
de leur exploitation.
1941 Mise en service du premier système
de radionavigation pour les aéronefs FuSAn724/725 dit «
BERNHARDT ». Issu des recherches de la Luftwaffe et de la société
TELEFUNKEN, il est composé de stations de sol implantées
tous les 300Km et dun récepteur avec système dimpression
à bord des aéronefs. Chaque station disposait dune
antenne rotative de 35m de largeur et 28m de hauteur qui diffusait son
signal sur une fréquence spécifique affectée entre
30 et 33.1MHz. La réception de seulement deux de ces signaux,
permettait aux avions de déterminer précisément
leur position. Lune de ces stations, la numéro «
Be-6« , était située dans le département
des Ardennes, au lieu-dit la butte de Marlemont. Ce système préfigurait
les systèmes modernes de radionavigation.
La Seconde Guerre mondiale est le premier
conflit dans l'Histoire où les équipements électroniques
ont été massivement développés et utilisés
pendant les combats.
1942 Le téléscopage des PTT. avec les transmissions
militaires.
Cette insistance en 1942 est à mettre en rapport avec la
situation globale. En effet, le tournant représenté par
le débarquement des alliés en Afrique du nord et l'envahissement
de la zone sud par les armées hitlériennes modifient la
situation du côté des télécommunications
militaires.
A la suite de la convention d'armistice de 1940, les corps d'ingénieurs
militaires sont dissous. Pour celui des transmissions qui avait déjà
attiré un bon nombre d'éléments (scientifiques
et ingénieurs) rattachés auparavant au Génie, ce
sont les PTT qui en héritent une bonne partie par la loi du 7
décembre 1940 qui crée "un cadre spécial temporaire
d'ingénieurs et d'agents des transmissions de l'Etat". Quatre-vingts
ingénieurs et cent agents trouvent refuge aux PTT, en particulier
au sein de la nouvelle Ecole nationale supérieure des télécommunications,
à la DRCT et dans le Service d'études et de recherches
techniques de Lyon qui n'est qu'une couverture pour l'ancienne Section
d'études du matériel de transmission (SEMT) officiellement
dissoute. D'autres ingénieurs militaires trouveront refuge dans
les antennes d'industriels (LMT, CSF, Radio- industrie) installés
également à Lyon ou suivront les cours de la division
radioélectrique de l'Ecole supérieure d'électricité
transférée momentanément dans les locaux de l'Ecole
centrale lyonnaise.
Alors que la DRCT est structurée en cinq départements
techniques (Transmissions, commutation, recherches spéciales,
acoustique-télé-phonométrie et lignes) correspondant
aux grandes directions de l'exploitation des télécommunications
des PTT, le laboratoire de Lyon dirigé par le capitaine Angot
a une activité essentiellement tournée vers l'étude
et la réalisation industrielle d'appareils émetteur-récepteur
radio. L'invasion de la zone sud va modifier la situation et conduire
les autorités militaires de Vichy à concevoir la création
d'un centre interministériel.
1943-44 : des débats sur la création d'un Centre national
des télécommunications
Dès le départ, les intérêts et les conceptions
des divers services techniques (bureaux d'études) des ministères
sont divergents. Une note du Chef d'Etat-major adjoint préconise,
fin 1942 semble-t-il , le regroupement des laboratoires et des divers
services techniques au sein de la DRCT qui deviendrait de fait un centre
interministériel. Ce qui va rapidement provoquer un débat
de fond. D'abord, le laboratoire de Lyon, SERT, est officiellement réorganisé
: "il a été décidé de changer complètement
l'orientation des études", écrit le chef de ce laboratoire
dans un rapport du 16 mars 1943. Le programme des études fixé
par le département Guerre, "études à échéance
plus lointaine et de portée plus générale"
ressemble très précisément à celui de la
section radioélectricité du LNR (sondages ionosphériques,
quartz, antennes, appareils de mesures...). Mais il reste marginal par
rapport au débat.
L'idée du regroupement provoque des réactions immédiates.
Du côté de la Marine, c'est l'opposition radicale. D'abord,
il est illusoire de penser que la "DRCT pourra mener à leur
fin des études que les autorités allemandes ne désireraient
pas autoriser", est-il déclaré. De plus, aller au
delà d'une simple coordination (sous l'égide du CCTI)
ne peut conduire qu'à sacrifier les petits services (celui de
la Marine en l'occurrence). En conclusion, il est clairement affirmé
que "l'attribution à la DRCT de toute la charge des études
et recherches nous intéressant ne saurait être une formule
satisfaisante pour la Marine, même à titre provisoire".
Du côté de la Direction des industries mécaniques
et électriques du ministère à la Production industrielle,
le Vice-amiral Giboin répond à la proposition de fusion
en défendant les industriels vis-à-vis de ce qu'il considère
comme un empiétement de l'Etat. Rappelant son constat de 1942
la branche "Constructions radioélectriques professionnelles"
vit à peu près uniquement des commandes de l'Etat (administrations
françaises et autorités allemandes) le seul secteur à
développer, compte tenu des circonstances, est celui des moyens
d'études et des laboratoires de recherche. Il préconise
des ententes entre constructeurs (afin d'éviter les double emplois)
tout en respectant l'émulation entre les divers bureaux d'études.
"Il faut éviter la concurrence stérile" entre
les laboratoires industriels et ceux de l'Etat. Pour ces derniers, il
assure qu'il lui paraît "nécessaire et suffisant que
les techniciens des administrations soient capables de bien poser le
problème aux industriels et de contrôler les solutions
qu'ils proposent". Les techniciens de l'Etat ne doivent pas faire
concurrence à l'industrie.
La séance du CCTI consacrée
à cette question dut être chaude puisque J. Dauvin renvoie
par écrit au Vice-Amiral Bourragué, président du
CCTI, le point crucial de son intervention : "J'estime que la politique
générale exposée par M. Giboin tend, en fait, à
revenir au système des études tel qu'il existait avant
la guerre, les techniciens de l'État posant les problèmes,
orientant les études et contrôlant les réalisations.
Or, ce système, du fait même de sa conception, n'a pas,
de très loin, donné satisfaction. Il est en effet humainement
impossible que le technicien qui suit les études faites par un
autre, sache exactement l'effort que représente la réalisation
de cette modification..." Bref, à la nécessité,
reconnue par Giboin, d'avoir dans les services de l'État d'excellents
techniciens, Dauvin répond que "les techniciens des administrations
ne peuvent être excellents que s'ils disposent de laboratoires.
Sinon, leur rôle se réduira peu ou prou à celui
d'acheteur dans un grand magasin". Dauvin a donc des vues précises
: rompre avec le système d'avant-guerre en créant non
des services techniques ou des bureaux d'études mais de vrais
laboratoires. Il y ajoute en filigrane une stratégie de développement.
Contraire ment à Giboin qui pense que de tels laboratoires feraient
concurrence à ceux des industriels, Dauvin assure, l'État
n'étant pas constructeur de matériel, que ces laboratoires
d'État constitueront "le lien indispensable entre les Services
utilisateurs et l'Industrie". Plus globalement, c'est la prise
de conscience de l'important développement de nouvelles techniques
de télécommunications (Ch. Lange parle en 1943 du "domaine
en expansion rapide des télécommunications") et de
la nécessité d'un nouveau type de recherche, dite "de
masse", qui pousse Ch. Lange et J. Dauvin à accélérer
la mise sur pied du CNET dans les tout derniers temps de Vichy malgré
les difficultés nombreuses. La plus notable semble être
cette différence d'appréciation entre militaires et PTT
qui s'est cristallisée en un conflit autour de la DRCT. A Dauvin
qui vise le développement de gros laboratoires spécialisés
(structure de la DRCT) auxquels seront éventuellement adjoints
des laboratoires spécialisés (sur des techniques de pointe),
les militaires voient des services d'études très générales
et des sections particulières (bureaux d'études) en charge
de suivre les développements industriels. Cela donne deux structures
formellement proches : des laboratoires communs (outre le LNR, un laboratoire
national d'acoustique (LNA) et un laboratoire national d'applications
générales des télécommunications, LNAGT)
et six sections particulières chargées des applications
spécifiques à chaque ministère : PTT, Guerre, Air,
Marine, Colonies, Information. Et la bataille se joue donc autour du
LNAGT et de la section PTT. Les militaires proposent que le LNAGT soit
rempli avec le gros des troupes de la DRCT, la section PTT (réduite)
regroupant le suivi et le contrôle des matériels. Dauvin
ne semble pas opposé à la création d'un LNAGT à
condition que la section PTT, c'est-à-dire la DRCT, soit maintenue
dans son intégralité. La lutte est âpre jusqu'à
la création du CNET en mai 1944.
Il semble que Dauvin ait réussi à maintenir sa position
puisqu'une lettre postérieure au 4 mai 1944, expédiée
par Bichelonne au Secrétaire d'Etat à l'Economie et aux
Finances, stipule explicitement que la section PTT sera "constituée
par la plus grande partie des services actuellement rattachés
à la DRCT". D'ailleurs, J. Dauvin est chargé d'assurer
les fonctions de directeur du nouveau centre et Bichelonne vient l'inaugurer
en juin 1944 (. Dès Juillet 1944, la liste des personnels, rattachés
spatialement à des bureaux situés dans les divers ministères
(PTT, Guerre, Marine, Air, Communications...), est numériquement
importante (environ 500 personnes).
A la Libération
A la Libération, J. Dauvin, trop lié au régime
de Vichy et considéré comme ayant arboré un peu
trop ostensiblement la francisque, est écarté dès
octobre 1944 . Ce n'est pas son adjoint, Pierre
Marzin, ingénieur des PTT qui a passé toute sa
carrière depuis 1925 au sein de la recherche, au SERT, à
la DRCT puis au CNET et dont l'attitude pendant la guerre, couvrant
la mise en uvre du réseau de résistance organisé
par R. Keller, fut considérée comme irréprochable
qui est choisi. Dauvin est remplacé par un ingénieur général
des PTT, Henri Jannès, responsable des télécommunications
en Afrique du Nord à partir de 1943 et lié aux mouvements
de Résistance proches de la CGT et du parti communiste. La forme
interministérielle du CNET est conservée par le décret
de validation signé le 25 janvier 1945 par le général
de Gaulle mais le fragile compromis entre les PTT et les ministères
militaires va être remis en cause.
Les années d'après-guerre (1945-1953)
sont pour le CNET une période passablement agitée. Les
principaux protagonistes affichent un certain nombre de principes communs
: renforcer le CNET qui doit être un centre fédératif,
développer une recherche "de masse", rattraper le retard
accumulé par l'isolement des années de guerre, renforcer
la coopération avec les industriels (dans un premier temps sous
forme de marchés de recherche ou marchés d'assistance
technique). Ils admettent également de faire évoluer le
statut des fonctionnaires des PTT recrutés par le CNET. Ils sont
tous d'accord que la compétence spécifique d'un chercheur
mérite des compensations financières et que la stabilité
des équipes de recherche nécessite une gestion différente
de celles des services d'exploitation des PTT. II poursuivra sa carrière
au sein du laboratoire de Marcoussis. Voir, entre autres, le témoignage
de G. Clavaud, "Keller et la source K", Revue des Télécommunications,
1974, n° 12-7-9 H. Jannès appartenait avant guerre au service
technique des Lignes souterraines à grandes distances, le groupe
technique le plus puissant au sein du ministère des PTT et concurrent
direct du service de recherche. Il dispensera pendant plusieurs années
des cours de transmission à l'Ecole supérieure des PTT
(2e section). Confirmation téléphonique de G. Clavaud.
Les marchés d'assistance technique consistaient à ce que
les ministères financent non seulement les études qui
les intéressent mais également les chercheurs, les équipes,
"empruntés" aux constructeurs privés et insérés
momentanément dans le cadre du CNET. Ces pratiques, d'un coût
élevé, seront rapidement dénoncées à
la fin des années 1940 pour la création d'un nouveau recrutement
de contractuels permettant d'attirer des spécialistes (physiciens,
chimistes, souffleur de verre, documentalistes, ouvriers très
spécialisés...). Malgré les mesures prises, les
problèmes de recrutement et de stabilisation du personnel resteront
cruciaux pendant toutes ces années, tant la disparité
des salaires entre public et privé est importante.
En revanche, les orientations à donner
aux recherches, l'ancrage du nouveau centre vont très rapidement
conduire à des affrontements. Dès sa nomination, H. Jannès
se tourne vers le CNRS. Il le fait probablement par sympathie politique
avec son directeur F. Joliot, peut-être pour se trouver des alliés,
mais aussi en fonction de l'idée qu'il se fait du développement
d'un grand centre national de recherche qui doit se structurer autour
de laboratoires d'études générales (en collaboration
avec les savants), à charge pour les laboratoires d'applications
relevant des divers ministères de transformer les résultats
en dispositifs techniques spécifiques répondant à
leurs besoins. Conception qui se lit dans son organigramme : à
côté de Services communs (administratif, documentation,
brevets...), trois laboratoires centraux (LNR, LNA, LNAGT) et six sections
particulières qui dépendent hiérarchiquement des
divers ministères (Guerre, Marine, Air, PTT, Colonies, Information).
Il s'agit donc d'une structure féderative et Jannès, Ingénieur
des PTT, est responsable du CNET et de la section particulière
des PTT.
Cette logique va en heurter d'autres. Du côté
des ministères militaires, la reconstitution des laboratoires
et le rétablissement du corps d'ingénieurs des transmissions
vont conduire à une hémorragie des officiers et sous-officiers
affectés au CNET en 1944-45.
La scission unilatérale des PTT
Du côté des PTT, par le découpage de l'ancienne
DRCT en deux parties, H. Jannès reprend celui proposé
par les militaires en 1944 : la majeure partie constituant le LNAGT
dirigé par P. Marzin et destiné aux études générales,
le reste étant en charge du contrôle du matériel
destiné aux PTT. Cela revient à alimenter avec les forces
vives des PTT le CNET dont la majeure partie des études, financées
par les ministères militaires, n'intéresse pas les PTT
et heurte la logique de développe ment d'un pôle de recherche
interne aux Télécommunications défendue par J.
Dauvin, puis par P. Marzin et soutenue par Charles Lange, le directeur
des Télécommunications du ministère des PTT qui
est resté en place. Dès le 25 avril 1946, ils réagissent
en créant de façon unilatérale une section PTT
autonome, le Service des recherches et du contrôle techniques
(SRCT), confiée à P. Marzin. De fait, comme en témoignent
certains rapports d'activité, il semble y avoir une différence
entre l'organigramme affiché par H. Jannès et la réalité
: la DRCT n'a jamais vraiment été dissoute (voir tableau
I) et P. Marzin continue de fait à jouer le rôle de directeur
technique. La scission a donc probablement pour objectif de rendre public
le désaccord et de donner les coudées franches à
P. Marzin pour développer son propre centre. C'est le début
d'une longue lutte d'influence pour le contrôle du CNET entre
P. Marzin, d'une part, H. Jannès, puis, à partir de 1948,
P. Tucoulat, soutenus voire aiguillonnés par les ministères
militaires, d'autre part. Mais, loin de se réduire à une
simple bataille d'hommes, comme cela a été interprété
à l'époque, cette séparation traduit des logiques
et des intérêts divergents concernant les recherches à
mener. Elles s'effectueront désormais dans un organisme bicéphale
: le CNET dit Service général (CNET-SG) et le SRCT.
A partir de 1946, le SRCT est découpé
en cinq départements techniques qui correspondent aux compartiments
des services d'exploitation : aux quatre spécialités de
la DRCT, transmission, commutation, lignes et télégraphie
s'ajoute un nouveau département "Matériel Postal".
Regroupant équipes de recherche et de contrôle, elles participent,
dans un premier temps à la reconstruction du réseau français,
bien mal en point à la Libération, puis développent
des dispositifs et systèmes qui, dans la technologie électromécanique
classique, améliorent notablement les réseaux (développement
du réseau télex, de l'automatisation des lignes rurales,
d'un nouveau système de commutation électromécanique...).
P. Marzin va constituer un vrai centre de
recherche en jouant sur plusieurs fronts : tisser une coopération-concurrence
avec les industriels, jouer de ses avantages institutionnels pour renforcer
le SRCT et parier sur les techniques électroniques.
Dès 1947, P. Marzin et Ch. Lange, poursuivant
le projet de bâtir une industrie nationale et un pôle de
recherche interne compétent, prolongent l'accord passé
en 1945 avec quatre industriels (CIT, SAT, SACM et LTT) et mettent sur
pied, avec le Service des lignes sou terraines à grande distance
(LSGD), une société réunissant PTT et industriels
: SOTELEC. Voilà qui donne au SRCT un ancrage du côté
des industriels. Il ne faut pas croire pour autant que les réticences
des exploitants des PTT vis-à-vis de la recherche aient disparu
comme le montre, en 1948, le débat houleux entre ingénieurs
des LSGD et du SRCT quant au choix du type de technologie à utiliser
pour la future artère Paris-Lyon : câble coaxial, considéré
comme prometteur mais totalement nouveau et sur lequel les ingénieurs
de l'exploitation n'ont aucune expérience face à la technique
des paires symétriques, bien maîtrisée mais techniquement
"dépassée" aux yeux des ingénieurs de
recherche.
Le recrutement se faisant essentiellement
par l'intermédiaire des PTT, P. Marzin et Ch. Lange vont s'en
servir pour renforcer le SRCT alors même que le CNET-SG rencontre
les plus grandes difficultés à recruter des contractuels.
Globalement, le CNET-SG passe entre 1948 et 1953 de 295 à 420
personnes (soit une augmentation de 42 %) et le SRCT de 524 à
908 (soit + 73 %). De plus, le SRCT puise ses chercheurs et ingénieurs
parmi les meilleurs éléments des ingénieurs du
corps des télécommunications sortant de l'Ecole polytechnique
et de l'ENST.
1952 LOTAN déploie plusieurs
réseaux de télécommunications SHF en phonie, télégraphie
et données dédiés aux commandements de ses forces
en Europe. (le AIRCENT de 1952 à 1958, le LANDCENT de 1952 à
1962, lAFCENT de 1962 à 1967). Parallèlement et
à partir de 1961, le premier grand réseau de radiocommunications
en fréquences UHF à diffusion troposphérique (800/900
MHz) entre en service. Nommé ACE-High-Network (pour Allied Command
Europe Highband), il sétendait du nord de la Norvège
au sud de la Turquie sur un linéaire de 6800 Km ! Il existait
près de 90 stations, dont des stations hertziennes en ligne de
visée (LOS), situées dans 9 pays différents. (Dans
les Ardennes 5 stations LOS : La Férée, Poix-Terron-la
Bascule, Stonne, Marlemont, Vieux moulins dHargnies). A partir
de la fin des années 1980, afin de libérer les fréquences
pour des usages civils de téléphonie mobile et de télédiffusion,
le réseau est démantelé progressivement, jusquà
sa désactivation totale en 1996.
Les principaux téléphones
de campagne
TM 09-15  |
TM 09 Le poste téléphonique
modèle 1909 possède un boîtier en bois avec
couvercle placé dans un étui en cuir avec courroie
pour le transport. Le combiné non repliable se loge horizontalement.
Le TM 1909 est fort rare dans l'armée française d'avant
1914 organisée pour la guerre de mouvement. Il est principalement
destiné à être relié au réseau
civil. Les militaires ne prennent réellement conscience de
l'utilité du téléphone qu'au moment de la stabilisation
du front en octobre 1914. Il faut alors réquisitionner en
toute hâte des appareils civils ; le modèle le plus
courant (et standardisé) est alors du type Marty 1910.
TM 09-15 Évolution du modèle 1909, le poste téléphonique
modèle 1915 n'a pas de couvercle sur son boîtier en
bois placé dans un étui en cuir avec couvercle et
courroie pour le transport. Les piles du micro sont placées
dans un étui fixé à l'extérieur droit
de l'étui principal. L'appel se fait par magnéto à
manivelle et bouton vibreur (noir). Le bouton blanc sert à
vérifier que la ligne n'est pas coupée. Le combiné
à pédale en métal peint en noir se replie pour
le rangement avec l'écouteur (côté gauche derrière
la sonnerie amovible). Il est fabriqué en quantité
avant l'arrivée du modèle 1916.
Dimensions (mm) : 250x145x190 - Poids 7kg |
TM16  |
TM 16
Plus compacte et plus léger que
ses prédécesseurs, le poste téléphonique
modèle 1916 possède un boîtier en bois avec
couvercle placé dans un étui en cuir avec couvercle
et courroie pour le transport. L'appel se fait par magnéto
à manivelle et bouton vibreur. Le bouton blanc sert à
vérifier que la ligne n'est pas coupée. Le combiné
à pédale identique au modèle 15 se replie
pour le rangement (à l'avant à gauche de la sonnerie
amovible). Il est fabriqué en quantité jusqu'à
la fin de la guerre.
Dimensions (mm) : 228x219x169

|
TM 27 Le poste téléphonique modèle
1927 possède encore un boîtier en bois et un étui
en cuir avec couvercle et courroie pour le transport. Il se distingue
du modèle 16 par sa manivelle de magnéto extérieure
et son combiné à pédale du type 1910 non repliable
qui se loge dans le couvercle. Les deux piles trouvent place à
l'intérieur du boîtier. Il n'y a plus de bouton vibreur ni
de bouton de contrôle de la ligne. Les quantités fabriquées
sont sans doute faibles compte-tenu des stocks importants existant en
1918.
Dimensions (mm) : 214x202x184
TM-32  |
TM 32
Le poste téléphonique
modèle 1932 possède un boîtier en métal
peint en gris-bleu muni d'une courroie en cuir pour le transport.
Une plaque fixée sur le dessus indique le modèle
et le numéro de série. Il y a trois autres plaques
sous le couvercle dont un tableau des analogies et un schéma
électrique. Le combiné articulé en métal
léger également peint en gris-bleu se range dans
la partie gauche du boîtier avec l'écouteur. Les
quantités fabriquées seront importantes en 39-40.
Dimensions (mm) : 218x122x196
|
TM-36 |
TM 36
Le poste téléphonique
modèle 1936 est modèle 1932 "de table"
pouvant se connecter sur le réseau civil des PTT grâce
à son cadran rétractable sur la face avant. Son
boîtier est en métal gris-bleu muni d'une poignée
en cuir pour le transport. Une plaque fixée sur le dessus
indique le modèle et le numéro de série.
Il y a trois autres plaques sous le couvercle dont un tableau
des analogies et un schéma électrique. Le combiné
articulé en métal léger peint en gris-bleu
peut être suspendu à l'extérieur du boîtier
grâce à deux crochets rétractables.
|
TM-39  |
TM 39
Le poste téléphonique
modèle 1939 est une ultime version du TM 32 dont le boîtier
est en bakélite marron-bordeaux muni d'une courroie en
cuir pour le transport. Le modèle est moulé sur
le couvercle. Les numéro de série, marché,
tableau des analogies et schéma électrique figurent
sur une plaque sous le couvercle. Le combiné articulé
en métal léger peint en gris-bleu se range dans
la partie gauche du boîtier avec l'écouteur.
|
AT1 AOIP 1945
AT2 
AT75-A (TLEE89) 
Téléphones de campagne de
l'armée allemande
FF 16 conçu en 1916 par la firme Siemens
FF 33 conçu en 1933
Feldfernsprecher 33
FF-OB/ZB conçu dans les années 1960 par la firme Standard
Elektrik Lorenz (SEL)
Téléphones de campagne de
l'armée américaine
model A field telephone ou EE-4
Soldier uses an EE-8 field telephone
TA-1PT field telephone
TA-312 field telephone
Modèle A ou EE-4
Modèle 1917
EE-5
Le téléphone de campagne EE-8 fut créé en
1932 et standardisé en 1937, fournissant alors un téléphone
plus léger et plus fonctionnel juste à temps pour l'entrée
en guerre des Etats-Unis en 1941. Entre autres améliorations,
l'EE-8 a surtout augmenté la portée de transmission maximale
de l'ancien modèle EE-5 de plus de six miles. .
EE8 EE8-B
Téléphone de campagne US Type EE-8-B, d'origine Deuxième
Guerre, utilisable en batterie locale ou centrale. Il est composé
d'un châssis en aluminium relié par un cordon souple à
un combiné TS-9-F.
TA-1PT communication à 4km sans batterie pour l'anecdote ce type
de téléphone a été utilisé pour les
communications internes du vaisseau GALACTICA dans la nouvelle série
de 1997.
TA-43
TA-3128
TA-8389, inclut un clavier
Téléphones de campagne de l'armée finlandaise
TA-57, fabriqué en URSS
P78, fabriqué en Suède
P90, fabriqué au Royaume-Uni
ET-10, fabriqué en France
Téléphones de campagne de
l'armée norvégienne
TP-6N développé au début des années
1970 par l'armée norvégienne
TP-6NA variantes de TP-6N A à C
Téléphone de campagne suédois M37 utilisé
par l'armée de réserve norvégienne. Ce téléphone
est parfaitement compatible avec les séries EE-8, TA-1, TA-43
et TA-312 de téléphones américains.
EE-8 A dans le cadre du Plan Marshall.
FF33 Ce téléphone est très utilisé à
partir du milieu des années 1950, jusqu'à être remplacé
par le TP-6. Il s'agit d'un modèle allemand, que les Norvégiens
avaient dès le début de la fin de la seconde guerre mondiale
mais qui n'a pas été utilisé immédiatement,
pour des raisons politiques.
Mod 1932 développé par Elektrisk Bureau pour les forces
armées norvégiennes, approuvé en 1932, mais jamais
fabriqué en masse à cause d'une bureaucratie lourde et
du début de la seconde guerre mondiale.
Téléphones de campagne de
l'armée soviétique
Russian -43 field telephone
téléphone de campagne type IAA-44
Russian TA-57 field telephone
44 téléphone fabriqué
par les Américains pour les soviétiques durant la seconde
guerre mondiale. Il reprend de nombreux éléments de l'EE-810
EE-10811 téléphone auto-générateur fabriqué
par les Américains. Il est très proche de l'EE-8 mais
son combiné reprend le micro et l'écouteur du combiné
auto-générateur TS-10. Plus de 90% de la production américaine
est partie en URSS.
Consultez
ce site ou l'on trouve plus de détails des téléphones
militaires dans le monde :
Army Field Telephones: Austrian | British | French | German | Swiss
| US | Other
Other stuff: Railroad, PTT Linemen's et al | Switchboards | Miscellaneous
...
Tableau comparatif des principaux appareils
militaires
Les différentes versions d'un même modèle ne sont
pas listées séparément (par exemple EE-8-A/B ou
les différentes versions FF33).
Sont omis la plupart des téléphones de campagne antérieurs
au XXe siècle, qui ont été produits en très
petit nombre et qui, naturellement, ne sont pas bien documentés.
Seuls les instruments analogiques sur batterie locale sont pris en compte
(avec prise en charge CB/Aut. en option), les instruments modernes pour
réseaux de terrain numériques ne sont pas inclus.
Ne sont pas non plus pris en compte les instruments amplifiés
comme le TP-9 américain ou le Set F britannique High Power.
Si un type de téléphone de campagne a été
utilisé dans plusieurs pays, seul le principal est mentionné
(par exemple, le EE-8 américain et d'autres instruments américains
ont été utilisés par des armées du monde
entier, ou encore le FF 33 allemand a été utilisé
comme appareil remis à neuf et abandonné dans plusieurs
endroits).
J'utilise le terme « bakélite » pour désigner
toutes les résines phénoliques ou les plastiques similaires.
L'année est souvent une estimation approximative.
Pays dutilisation. Au cours des années, le
monde a connu plusieurs bouleversements, ce qui explique certaines inexactitudes
: par exemple, lAutriche a parfois désigné lAutriche-Hongrie.
La Yougoslavie a été une monarchie, puis une république
socialiste, avant de disparaître. Le Royaume-Uni a parfois inclus
le Canada et lAustralie, où les mêmes instruments
étaient alors utilisés. Il existe de nombreuses autres
situations similaires.
Le tri par défaut s'effectue par année.
En cliquant sur l'en-tête de la colonne correspondante, vous pouvez
trier par exemple par pays ou par poids.
Année : Année de développement ou d'introduction,
souvent une estimation.
Nom : Le nom officiel de l'instrument dans l'armée concernée,
lorsqu'il est connu.
Type ! LB Batterie locale ; LB/CB Batterie Locale ou Centrale
Dimensions : Largeur x profondeur x hauteur, en mm.
Poids : Poids total avec accessoires, batteries et couvercles, en kg.
Contenu : Boîte, sac ou autre emballage extérieur.
Carrosserie/Châssis : Généralement le cadre sur
lequel les composants sont montés.
Batterie : Nombre d'éléments et tensions (généralement
n x 1,5 V), type d'élément lorsque connu.
Circuit : [P/S] = bobine primaire/secondaire de base, ou anti-effet
latéral, ou bobine buzzer/vocale combinée, ou transistorisée.
Fabricant : Fabricant unique ou principal, ou fabricant ayant développé
la conception respective.
| Année |
Pays |
Nom |
Type |
Taille [mm] |
Poids [kg] |
Contenu |
Corps
Chassis |
Batterie |
Circuit |
Notes |
Fabricant |
| 1899 |
GB |
C Mk I |
LB |
305x170x210 |
7 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V RK190 |
P/S |
Ericsson
No 390 / MB100 |
Ericsson |
| 1899 |
GB |
D Mk I |
LB |
190x100x190 |
3.6 |
Leather |
Wood |
1x 1,5V RK150 |
P/S |
Ericsson
No 392 / MB300 |
Ericsson |
| 1901 |
USA |
Field Telephone
Model 1901 |
LB |
|
|
Wood |
|
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1901 |
USA |
Service Telephone
Model 1901 |
LB |
420x300x300 |
|
Wood |
|
2x 1,5V |
P/S |
Magneto Box
Telephone inside a transport box which also serves as stand |
|
| 1902 |
USA |
Service Telephone
Model 1902 |
LB |
420x300x300 |
|
Wood |
|
2x 1,5V |
P/S |
Magneto Box
Telephone inside a transport box which also serves as stand |
|
| 1904 |
Germany |
Feldfernsprecher |
LB |
340x155x195 |
10.6 |
Wood |
Wood |
Ext. |
Induction
coil/Buzzer combined |
Weight without
Battery: 8 |
Siemens &
Halske |
| 1904 |
USA |
Field Telephone
Model 1904 |
LB |
|
|
Wood |
|
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1905 |
USA |
Service Buzzer |
LB |
216x216x216 |
4 |
Wood |
|
4x 1,5V |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
|
| 1905 |
USA |
Field Buzzer |
LB |
|
|
Leather |
|
5x 1,5V |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
|
| 1905 |
Germany |
Armeefernsprecher |
LB |
300x120x120 |
5.1 |
Leather |
Light alloy |
Ext. |
Induction
coil/Buzzer combined |
Weight without
Battery: 2.5 |
Siemens &
Halske |
| 1905 |
Sweden |
M/05 |
LB |
305x170x210 |
8 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V RK190 |
P/S |
Ericsson
MB 200 |
Ericsson |
| 1907 |
Austria-Hungary |
Mikrophonkassette
M07 |
LB |
275x110x195 |
4 |
Wood |
Wood |
Ext. |
Induction
coil/Buzzer combined |
Is also a
4 line switchboard |
|
| 1907 |
GB |
D Mk II |
LB |
|
2.5 |
Leather |
Metal |
2x 1,5V Size
S/X |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
|
| 1908 |
Austria-Hungary |
Patroullienapparat
M08 |
LB |
|
|
Leather |
Light alloy |
Ext. |
Induction
coil/Buzzer combined |
Similar to
German Armeefernsprecher |
|
| 1908 |
USA |
Field Buzzer
1908 |
LB |
220x150x170 |
4 |
Leather |
|
5x 1,5V |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
|
| 1908 |
Sweden |
M/08 |
LB |
250x70x175 |
3.7 |
Leather |
Fibre |
1x 3V RK170 |
P/S |
Ericsson
MA 200 |
Ericsson |
| 1908 |
France |
Poste Microtéléphonique
Modèle 1908 |
LB |
|
|
Leather |
Wood |
2x 1,5V TM
No1 |
P/S |
|
|
| 1909 |
Italy |
Mod. Anzalone |
LB |
240x180x170 |
3.5 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1909 |
Russia |
M1909 |
LB |
305x115x270 |
8.8 |
Leather |
Wood |
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1909 |
Sweden |
M/09 |
LB |
210x75x160 |
2.5 |
Leather |
Fibre |
1x 3V RK180 |
P/S |
Ericsson
MA 80 |
Ericsson |
| 1909 |
Switzerland |
Feldtelefon |
LB/CB |
320x145x260 |
8.7 |
Leather |
Wood |
2x 1,5V IEC
S4 |
P/S |
Some: Induction
coil/Buzzer combined |
Siemens &
Halske |
| 1909 |
Denmark |
M. 1909/14 |
LB |
|
7.7 |
Leather |
Wood |
3V |
P/S |
Is also a
4 line switchboard |
|
| 1909 |
France |
TM 09 |
LB |
|
10 |
Leather |
Wood |
2x 1,5V TM
No1 |
P/S |
|
|
| 1910 |
Austria-Hungary |
Tragbare
Mikrotelephonstation M10 |
LB |
|
|
Wood |
Wood |
2x 1,5V IEC
S4 |
P/S |
|
Siemens &
Halske |
| 1910 |
USA |
Cavalry Buzzer |
LB |
|
1.8 |
Leather |
|
3V |
Induction
coil/Buzzer combined |
Ericsson
type 394 / MA 10 |
|
| 1910 |
USA |
Field Telephone
Model 1910 |
LB |
|
|
Wood |
|
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1910 |
USA |
Field Artillery
Telephone Model 1910 |
LB |
80x180x200 |
3 |
Wood |
|
2x 3V |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
|
| 1912 |
Sweden |
M/12 |
LB |
250x100x180 |
4.2 |
Leather |
Fibre |
1x 3V RK170 |
P/S |
Ericsson
MA 210 |
Ericsson |
| 1913 |
Germany |
Eiserner
Armeefernsprecher |
LB |
300x120x120 |
5 |
Leather |
Steel |
Ext. |
Induction
coil/Buzzer combined |
Weight without
Battery: 2.4 |
Siemens &
Halske |
| 1913 |
Germany |
Eiserner
Feldfernsprecher |
LB |
340x155x195 |
11.5 |
Wood |
Wood |
Ext. |
Induction
coil/Buzzer combined |
Weight without
Battery: 8.9 |
Siemens &
Halske |
| 1913 |
Switzerland |
Central Telefon |
LB/CB |
320x140x210 |
9.2 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V IEC
S4 |
P/S |
Some: Induction
coil/Buzzer combined |
Siemens &
Halske |
| 1913 |
USA |
Camp Telephone |
LB |
180x115x250 |
5 |
Wood |
Aluminum |
1x 3V BA-1 |
P/S |
|
|
| 1914 |
GB |
C Mk II |
LB |
|
|
Wood |
|
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1914 |
GB |
D Mk III |
LB |
|
|
Leather |
Metal |
2x 1,5V Size
S/X |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
|
| 1914 |
USA |
Service Buzzer
(EE-63) |
LB |
100x135x190 |
1.5 |
Leather |
|
2x BA-1 3V |
Induction
coil/Buzzer combined |
Got later
designation EE-63 |
|
| 1914 |
Russia |
M1914 |
LB |
295?100x235 |
4 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1914 |
France |
Poste Microtéléphonique
Modèle 1914 |
LB |
|
|
Leather |
Wood |
2x 1,5V TM
No1 |
P/S |
|
|
| 1915 |
Switzerland |
Zerlegbares
Telefon |
LB |
230x185x175 |
4.3 |
Leather |
Wood |
2x 1,5V IEC
S4 |
P/S |
Size without
handset |
Hasler |
| 1915 |
Switzerland |
Artillerietelefon |
LB/CB |
320x130x250 |
6.4 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V IEC
S4 |
P/S |
Some: Induction
coil/Buzzer combined |
Siemens &
Halske |
| 1915 |
France |
TM 09-15
(Timmimoum) |
LB |
250x145x190 |
7 |
Leather |
Wood |
2x 1,5V TM
No1 |
P/S |
Improved,
lighter version fo TM 09 |
|
| 1915 |
France |
Modèle S.I.T.
144 (-4/6/8) |
LB |
|
|
Wood |
Wood |
2x 1,5V TM
No0 |
P/S |
Only type
144-8 has a buzzer |
Société Industrielle
des Téléphones |
| 1916 |
Austria-Hungary |
Fernsprechstelle
M16 |
LB |
260x100x240 |
3.6 |
Canvas |
Metal |
2x 1,5V |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
|
| 1916 |
Austria-Hungary |
Fernsprechstelle
M10/16 |
LB |
|
|
Wood |
Wood |
2x 1,5V IEC
S4 |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
Siemens &
Halske |
| 1916 |
France |
TM 16 |
LB |
228x219x169 |
7.5 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V TM
No0 |
P/S |
Buzzer is
magneto operated (not battery dependant) |
|
| 1916 |
Germany |
Feldfernsprecher
16 |
LB |
340x155x200 |
9 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V IEC
S4 |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
|
| 1916 |
Italy |
Modello 1916 |
LB |
240x170x175 |
5 |
Wood |
Wood |
1x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1916 |
Russia |
M1916 |
LB |
305?150x205 |
6.3 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V |
P/S |
|
Nippon Electric
co., Japan |
| 1917 |
Germany |
(Grosser)
Feldfernsprecher 17 |
LB |
280x225x100 |
5.8 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V IEC
S4 |
P/S |
|
|
| 1917 |
Germany |
Kleiner Feldfernsprecher
17 |
LB |
215x155x85 |
2.5 (including
bat. and buzzer) |
Wood |
Wood |
2x 1,5V IEC
S4 |
P/S |
|
|
| 1917 |
USA |
Camp Telephone
Model 17 (EE-4-A) |
LB |
195x130x250 |
8.2 |
Wood |
Aluminum |
1x 3V BA-1 |
P/S |
(No Capacitor) |
|
| 1917 |
USA |
Camp Telephone
Model A (EE-4) |
LB/CB |
195x130x250 |
8.2 |
Wood |
Aluminum |
1x 3V BA-1 |
P/S |
(With Capacitor) |
Western Electric |
| 1917 |
USA |
Field Telephon
Model 1917 (EE-3) |
LB/CB |
230x135x260 |
8.2 |
Wood |
Aluminum |
2x 3V BA-1 |
P/S |
|
Kellogg Switch
and Supply Co. |
| 1917 |
Italy |
Modello 1917 |
LB |
240x170x175 |
5 |
Wood |
Wood |
1x 1,5V |
P/S |
Nearly identical
to Modello 1916 |
|
| 1918 |
USA |
Field Artillery
Telephone (EE-5) |
LB |
180x95x230 |
5 |
Leather |
Aluminum |
1x 4,5V Flashlight |
P/S |
WE 1375B |
Western Electric |
| 1918 |
Sweden |
M/18 Artillery |
LB |
290x110x240 |
|
Leather |
Wood |
|
P/S |
|
|
| 1918 |
Sweden |
M/18 Infantery |
LB |
230x110x240 |
|
Leather |
Wood |
|
P/S |
|
|
| 1923 |
Czechoslovakia |
VZ 23 |
LB |
270x105x220 |
6.3 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1926 |
Germany |
Feldfernsprecher
26 |
LB/CB |
280x100x220 |
6.4 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V IEC
S4 |
P/S |
|
C. Lorenz
AG |
| 1926 |
Sweden |
M/26 |
LB |
|
|
Leather |
Wood |
|
P/S |
|
|
| 1927 |
France |
TM 27 |
LB |
214x202x184 |
6.2 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V TM
No0 |
P/S |
|
|
| 1927 |
Poland |
AP-27 |
LB |
280x160x170 |
6 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V |
Induction
coil/Buzzer combined |
Updated but
mostly identical Versions were AP-30/33/34 |
|
| 1928 |
Russia |
UNA-F-28 |
LB |
227x100x224 |
4.5 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V 3C |
P/S |
|
|
| 1928 |
Russia |
UNA-I-28 |
LB |
227x100x224 |
6 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V 3C |
P/S |
|
|
| 1930 |
Greece |
|
LB |
115x200x280 |
5 |
Leather |
Wood |
2x 1,5V |
P/S |
|
Telephonwerke
Albisrieden |
| 1930 |
Hungary |
30M |
LB/CB |
285x104x197 |
5 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V |
|
|
|
| 1930 |
Norway |
Modell 1930 |
LB |
290x230x130 |
6.6 |
Wood |
Metal |
2x 1,5V IEC
S4 |
P/S |
|
Elektrisk
Bureau |
| 1931 |
Italy |
Guardafili
Mod. 31 |
LB |
230x127x270 |
7 |
Leather |
Aluminum/Bakelite |
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1931 |
Italy |
G.A. Mod.
1931 |
LB |
318x140x240 |
8.1 |
Wood |
Wood |
1x 3V |
P/S |
|
|
| 1931 |
Russia |
UNA-F-31 |
LB |
285x100x240 |
4.7 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V 3C |
P/S |
|
|
| 1931 |
Russia |
UNA-I-31 |
LB |
288x115x238 |
6.9 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V 3C |
P/S |
|
|
| 1932 |
France |
TM 32 |
LB |
218x122x196 |
5 |
Metal |
Metal |
2x 1,5V TM
No0 |
P/S |
|
|
| 1932 |
Japan |
Type 92 |
LB |
270x110x170 |
5.5 |
Leather/Canvas |
Wood |
2x 1,5V (Parallel) |
|
|
|
| 1932 |
Switzerland |
Armeetelephon
Modell 32 |
LB/CB |
330x140x240 |
9.5 |
Wood |
Light alloy |
2x 1,5V IEC
S4 |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
Albiswerk |
| 1933 |
Germany |
Feldfernsprecher
33 |
LB |
280x100x210 |
5.5 |
Bakelite |
Light alloy,
Steel |
1x 1,5V IEC
S4 |
Anti-sidetone |
|
Siemens &
Halske |
| 1933 |
Italy |
Tipo F Mod.
33 |
LB |
190x140x203 |
3.6 |
Leather |
Metal |
1x 4,5V |
P/S |
|
|
| 1933 |
Russia |
TAM |
LB/CB |
360x145x270 |
11.4 |
Wood |
Wood |
4x 1,5V 3C |
Differential
microphone |
Long range
transmission (250km) |
|
| 1934 |
Italy |
G.A. Mod.
34 |
LB |
290x140x250 |
9 |
Metal |
Metal |
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1934 |
Yugoslavia |
M.34 |
LB |
160x140x260 |
6 |
Metal |
Metal |
1x 1,5V |
P/S |
Versions
with french labels exist, "Poste Portatif B.L. 1934", probably,
linemen or industry use, not used int french army afaik |
Ericsson
Colombes (French Ericsson) |
| 1934 |
Spain |
EE107 (C-03101) |
LB |
330x220x160 |
|
Wood |
Wood |
|
P/S |
Models GR.19,
GR.24, GR.25 (with buzzer) |
Standard
Eléctrica |
| 1935 |
Austria |
M35 |
LB/CB |
275x115x230 |
5.5 |
Wood |
Metal |
2x 1,5V IEC
S4 |
P/S |
|
Kapsch |
| 1935 |
Belgium |
Bell |
LB |
240x120x185 |
6.4 |
Metal |
Metal |
2x 1,5V |
Anti-sidetone |
Used also
in Spain: C-2730/AP209000 |
Bell Antwerpen
(BTMC Catalog 1936 # 2730-A) |
| 1935 |
Belgium |
ATEA |
LB |
250x120x185 |
7.3 |
Metal |
Metal |
2x 1,5V |
Anti-sidetone |
|
ATEA |
| 1935 |
Czechoslovakia |
VZ 35 |
LB |
280x125x230 |
6.7 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1936 |
France |
TM 36 |
LB/CB |
200x160x200 |
5 |
Metal |
Metal |
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1936 |
Poland |
AP-36 |
LB |
260x90x180 |
4 |
Metal |
Bakelite |
1x 1,5V |
Anti-sidetone |
|
|
| 1936 |
GB |
F. Mk. I. |
LB/CB |
300x180x200 |
7.8 |
Wood |
Cast-Alloy |
2x 1,5V Size
S/X |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
|
| 1937 |
Sweden |
M/37 |
LB/CB |
260x86x187 |
4.2 |
Bakelite |
Light-Alloy |
2x 1,5V D |
Anti-sidetone |
Later updated
to m/37-47 and to TFNAPP MT |
Ericsson |
| 1937 |
USA |
EE-8-[A,B] |
LB/CB |
200x90x250 |
5.3 |
Leather,
Canvas |
Light alloy,
Steel |
2x 1,5V D |
Anti-sidetone |
|
Western Electric |
| 1938 |
USA |
TP-3-T1 (TP-3,
1944) |
Sound |
200x90x250 |
4.3 |
Leather (Canvas) |
Light alloy |
? |
Sound powered |
TP-3: Neon
lamp ring indicator |
|
| 1938 |
Finnland |
P-1-8 (VPAT) |
LB |
280x105x240 |
6.6 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V |
Induction
coil/Buzzer combined |
Made by Tartu
in Estonia |
Tartu |
| 1939 |
France |
TM 39 |
LB |
|
|
Bakelite |
Bakelite |
|
|
|
|
| 1939 |
GB |
D. Mk. V. |
LB |
225x150x115 |
4.4 |
Aluminum |
Bakelite |
2x 1,5V Size
S/X |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
|
| 1939 |
Hungary |
39M |
LB |
290x110x200 |
3.5 |
Bakelite |
Bakelite |
2x 1,5V |
|
|
|
| 1939 |
Russia |
TABIP-2 |
Sound |
220x100x110 |
1.1 |
Canvas |
Bakelite |
? |
Sound powered |
Handset only
device |
|
| 1939 |
Russia |
TABIP-1 |
Sound |
262x103x160 |
4.1 |
Aluminum |
Aluminum |
? |
Sound powered |
|
|
| 1940 |
GB |
F. Mk. II. |
LB/CB |
300x180x200 |
5 |
Wood |
Bakelite |
2x 1,5V Size
S/X |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
|
| 1940 |
GB |
H. Mk. II |
Sound |
300x180x200 |
|
Wood |
Bakelite |
? |
Sound powered |
Same form
factor that set F |
|
| 1940 |
Italy |
Regia Aeronautica |
LB |
270x120x220 |
6 |
Metal |
Metal |
2x 1,5V |
|
|
FACE / FATME |
| 1940 |
USA |
EE-108 |
Sound |
200x90x250 |
4.3 |
Leather |
Light alloy |
? |
Sound powered |
|
Connecticut
Telephone and Electrical Company |
| 1941 |
GB |
L. |
LB/CB |
255x130x130 |
4.5 |
Aluminum |
Aluminum |
2x 1,5V Size
S/X |
Anti-sidetone |
|
|
| 1941 |
GB |
H. Mk. III |
Sound |
255x130x130 |
4.5 |
Aluminum |
Aluminum |
? |
Sound powered |
Same form
factor that set L |
|
| 1941 |
Hungary |
41M TBK-1 |
LB/CB |
285x100x195 |
5 |
Bakelite |
Metal |
2x 1,5V |
Anti-sidetone |
|
|
| 1941 |
Russia |
TA-41 |
LB |
286x98x140 |
2.9 |
Wood |
Wood |
1x 1,5V 3C |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
|
| 1941 |
Russia |
PF-1 |
LB |
|
|
Wood |
Wood |
2x 1,5V 3C |
P/S |
|
|
| 1941 |
Switzerland |
Feldtelephon
Modell 41 |
LB/CB |
320x145x260 |
9.1 |
Leather |
Light alloy |
2x 1,5V IEC
S4 |
Induction
coil/Buzzer combined |
|
Autophon |
| 1941 |
Argentina |
TTA 5 |
LB |
290x180x150 |
4 |
Leather |
Wood |
2x 1,5V |
P/S |
|
|
| 1942 |
Italy |
Modell 42 |
LB |
280x120x220 |
5.5 |
Bakelite |
Bakelite |
2x 1,5V |
Anti-sidetone |
|
|
| 1942 |
Japan |
Model 2 |
LB |
241x127x216 |
5.5 |
Leather |
Wood |
1x 3V |
|
|
|
| 1942 |
Russia |
TAT-F |
LB |
270x68x70 |
1.5 |
Canvas |
Plastic |
2x 1,5V |
Induction
coil/Buzzer combined |
Handset only
device |
|
| 1942 |
Russia |
UNA-F-42/43 |
LB |
285x105x155 |
3.2 |
Wood |
Wood |
1x 1,5V 3C |
1943: Anti-sidetone |
|
|
| 1942 |
Finnland |
P-1-1 (VPAP) |
LB |
270x92x197 |
4.9 |
Bakelite |
Metal |
2x 1,5V |
Anti-sidetone |
|
Puhelinteollisuus
Oy |
| 1942 |
Germany |
Feldfernsprecher
b |
Sound |
250x100x210 |
|
Bakelite |
Bakelite |
? |
Sound powered |
|
Siemens &
Halske, Prototype only? |
| 1943 |
Germany |
OB 43 |
LB |
280x100x215 |
4.2 |
Bakelite |
Bakelite |
1x 1,5V IEC
S4 |
Anti-sidetone |
|
Mix &
Genest |
| 1943 |
Russia |
TAI-43 |
LB |
280x110?210 |
4.6 |
Wood/Bakelite |
Bakelite |
1x 1,5V 3C |
Anti-sidetone |
Polish AP48
and MB-66 are identical |
|
| 1943 |
Russia |
UNA-I-42/43 |
LB |
286x123x185 |
5 |
Wood |
Wood |
1x 1,5V 3C |
1943: Anti-sidetone |
|
|
| 1943 |
Russia |
2005-W |
LB |
280x115x230 |
5.4 |
Wood |
Metal |
2x 1,5V 2C |
Anti-sidetone |
Repackaged
US EE-8 to be used with russina battery types |
|
| 1943 |
Russia |
UNA-FI-43 |
LB |
285x115x235 |
7.6 |
Wood |
Wood |
2x 1,5V 3C |
Anti-sidetone |
|
|
| 1944 |
Italy |
M/Du |
LB |
|
|
Metal |
Metal |
2x 1,5V |
|
|
Ducati |
| 1944 |
Russia |
IAA-44 |
LB |
250x100x250 |
6.1 |
Metal |
Metal |
2x 1,5V 3C |
Anti-sidetone |
Repackaged
US EE-8 to be used with russian battery types |
|
| 1945 |
GB |
J. |
LB |
255x130x130 |
4.1 |
Metal |
Metal |
2x 1,5V Size
S/X |
Anti-sidetone |
|
|
| 1945 |
Spain |
C-30101 |
LB |
295x110x235 |
7 |
Wood |
Metal |
1x 3V |
Anti-sidetone |
|
Standard
Eléctrica |
| 1945 |
France |
AT1 |
LB |
260x180x125 |
4.6 |
Bakelite |
Bakelite |
2x 1,5V |
Anti-sidetone |
LB only |
|
| 1945 |
France |
AT2 |
LB/CB |
260x180x125 |
4.6 |
Bakelite |
Bakelite |
2x 1,5V |
Anti-sidetone |
Can be switched
between LB and CB |
|
| 1946 |
Italy |
D.Mk.VI |
LB |
225x150x115 |
4.4 |
Aluminum |
Bakelite |
2x 1,5V Size
S/X |
Anti-sidetone |
British D.Mk.V
with Magneto instead of Buzzer |
|
| 1947 |
Switzerland |
Feldtelephon
Modell 47 |
LB/CB |
320x145x260 |
9.1 |
Leather |
Light alloy |
2x 1,5V IEC
S4 |
Anti-sidetone |
|
Autophon |
| 1947 |
Switzerland |
Armeetelephon
Modell 47 |
LB/CB |
330x140x240 |
9.5 |
Wood |
Light alloy |
2x 1,5V IEC
S4 |
Anti-sidetone |
|
Albiswerk |
| 1949 |
Yugoslavia |
PTI-49 |
LB |
|
|
Bakelit |
Metal |
2x 1,5V |
Anti-sidetone |
|
Iskra |
| 1950 |
Czechoslovakia |
TP 25 |
LB |
270x100x170 |
3.8 |
Bakelite |
Bakelite |
1x 1,5V IEC
S4 |
Anti-sidetone |
|
Tesla |
| 1950 |
Hungary |
TBK-2 |
LB/CB |
250x152x196 |
|
Metal |
Metal |
2x 1,5V |
Anti-sidetone |
|
|
| 1950 |
Switzerland |
Feldtelephon
Modell 50 |
LB/CB |
150x100x225 |
2.6 |
Canvas |
Bakelite |
1x 1,5V D |
Induction
coil/Ringer combined |
|
Albiswerk |
| 1951 |
Denmark |
HSGT FTLF
M/51 |
LB/CB |
260x86x187 |
4.5 |
Bakelite |
Metal |
2x 1,5V D |
Anti-sidetone |
|
Ericsson |
| 1951 |
Denmark |
HSGT FTLF
M/51 L |
LB/CB |
350x120x230 |
6 |
Leather |
Wood |
2x 1,5V D |
Anti-sidetone |
Is also a
4 line switchboard, is basically a slightly updated M. 1909/14 with
the addition of CB/Aut. support |
Ericsson |
| 1952 |
USA |
TA-43/PT |
LB/CB |
280x180x100 |
4.3 |
Canvas |
Cast-Alloy |
2x 1,5V D |
Anti-sidetone |
|
Western Electric |
| 1953 |
Germany (DDR) |
Feldfernsprecher
53 |
LB/CB |
290x110x170 |
5.2 |
Bakelite |
Metal |
2x 1,5V |
Anti-sidetone |
Battery can
be switched between 2x 1,5V parallel or in series |
Fernmeldewerk
Nordhausen |
| 1953 |
Switzerland |
Armeetelephon
Modell 53 |
LB/CB |
230x85x160 |
2.6 |
Steel |
Bakelite |
1x 1,5V D |
Induction
coil/Ringer combined |
|
Albiswerk |
| 1954 |
Germany (BRD) |
Feldfernsprecher
OB/ZB |
LB/CB |
270x120x170 |
4.3 |
Bakelite |
Bakelite |
2x 1,5V D |
Anti-sidetone |
|
SEL |
| 1955 |
Netherlands |
TA-3017 |
LB/CB |
160x240x95 |
4.5 |
Canvas |
Bakelite |
2x 1,5V D |
Anti-sidetone |
|
Krone (Germany) |
| 1955 |
USA |
TA-1/PT |
Sound |
260x90x130 |
1.3 |
Plastic |
Cast-Alloy |
? |
Sound powered |
|
|
| 1956 |
USA |
TA-312/PT |
LB/CB |
280x180x100 |
4.3 |
Canvas |
Cast-Alloy/Molded
Plastic |
2x 1,5V D |
Anti-sidetone |
Optional
DTMF Dial |
|
| 1956 |
USA |
TA-341()/PT |
LB/CB |
250x230x100 |
4.5 |
Fiberglass |
Fiberglass |
5x 1,5V C |
Transistorised |
4-Wire, DTMF,
only introduced as field test, never procured as standard, later
introduced as TA-341/TT desk set |
Stromberg-Carlson |
| 1956 |
Russia |
TAM-56 |
LB |
|
|
|
|
|
|
|
|
| 1957 |
Russia |
TA-57 |
LB/CB |
222x165x80 |
3 |
Bakelite |
Bakelite |
1x 10V |
Transistorised |
|
|
| 1958 |
Denmark |
Felttelefon
HMAK Type FT58/72 |
LB/CB |
265x105x170 |
4.5 |
Canvas |
Cast-Alloy |
2x 1,5V D |
Anti-sidetone |
|
ITT Kirk |
| 1963 |
Germany (DDR) |
Feldfernsprecher
63 |
LB/CB |
280x120x132 |
4.2 |
Bakelite |
Bakelite |
5x 1,5V AAA |
Transistorised |
|
RFT |
| 1963 |
Yugoslavia |
M-63 |
LB/CB |
250x95x140 |
3 |
Metal |
Metal |
2x 1,5V D |
Anti-sidetone |
Handset is
a copy of a Swiss FTF50 type handset |
Iskra |
| 1965 |
China |
T 65 |
LB |
200x105x225 |
2.6 |
Leather |
Fibre |
2x 1,5V D |
Anti-sidetone |
T65-1 with
plastic housing |
|
| 1965 |
Sweden |
Telefonapparat
386 |
LB/CB |
280x187x245 |
6.6 |
Metal |
Metal |
4x 1,5V D |
Transistorised |
|
Svenska AB
Trådlös Telegrafi (SATT) |
| 1967 |
Russia |
TAP-67 |
LB/CB |
240x100x140 |
2 |
Bakelite |
Bakelite |
1x 9,6V |
Transistorised |
There seems
to be an earlier Version, the TAP-64, only ever seen one specimen
|
|
| 1968 |
China |
CX-2 |
LB |
? |
? |
Bakelite |
Bakelite |
? |
Anti-sidetone |
|
|
| 1972 |
Romania |
TC-72 |
LB/CB |
245x90x165 |
3.5 |
Plastic |
Plastic |
3x 1,5V C |
Transistorised |
|
|
| 1973 |
Norway |
TP-6N |
LB/CB |
260x85x65 |
1.8 |
Canvas |
Aluminum |
3x 1,5V D |
Transistorised |
|
Elektrisk
Bureau |
| 1975 |
GB |
PTC 404 |
LB/CB |
210x260x60 |
2.8 |
Canvas |
Cast-Alloy |
4x 1,5V D |
Transistorised |
|
Racal |
| 1975 |
Sweden |
390 MT |
LB |
190x136x70 |
1 |
Plastic |
Plastic |
2x 1,5V C |
Transistorised |
|
|
| 1977 |
Russia |
TAP-77 |
LB/CB |
|
|
Plastic |
Plastic |
6x 1,5V |
Transistorised |
|
|
| 1977 |
USA |
TA-838/TT |
LB/CB |
245x150x140 |
3 |
? |
Plastic |
4x 1,5V C |
Transistorised |
2- or 4-Wire,
DTMF, not compatible with "classic" 2-wire magneto signalling |
|
| 1978 |
Finnland |
P-78 |
LB |
|
|
|
|
3x 1,5V D |
Transistorised |
|
Ericsson |
| 1980 |
Austria |
SFT800 F-27-0 |
LB/CB |
270x150x140 |
3.6 |
Plastic |
Plastic |
2x 1,5V D |
Transistorised |
|
Siemens |
| 1980 |
Israel |
TA-427 |
LB/CB |
240x125x95 |
2.1 |
Plastic |
Plastic |
3x 1,5V D |
Transistorised |
There is
also a 2/4 wire version |
Tadiran |
| 1980 |
Italy |
TA-622A |
LB/CB |
250x105x60 |
2 |
Plastic |
Plastic |
3x 1,5V D |
Transistorised |
|
|
| 1980 |
Romania |
F-1603 |
LB/CB |
|
|
Plastic |
Plastic |
3x 1,5V C |
Transistorised |
|
|
| 1980 |
Yugoslavia |
PTE-1 |
LB/CB |
250x100x160 |
|
Canvas |
Metal |
4x 1,5V C |
Transistorised |
Same handset
than the M-63 (Which is a copy of a Swiss FTF50 type handset) |
Etas Split |
| 1982 |
Poland |
AP-82 |
LB/CB |
250x100x160 |
2.8 |
Plastic |
Plastic |
3x 1,5V C |
Transistorised |
There seem
to exist an updated but mostly similar AP-92 |
|
| 1984 |
Portugal |
P/BLC-101 |
LB/CB |
240x125x95 |
2.1 |
Plastic |
Plastic |
3x 1,5V D |
Transistorised |
Based on
The Israeli TA-427 |
Made by EID
and Sistel |
| 1988 |
Russia |
TA-88 |
LB/CB |
230x165x90 |
3 |
Plastic |
Plastic |
6x 1,5V |
Transistorised |
|
|
| 1990 |
Spain |
TSB-184/OP |
Sound |
260x90x130 |
1.3 |
Canvas |
Plastic |
? |
Sound powered |
Copy of a
TA-1/PT |
Amper Programas |
| 1989 |
France |
AT-75A TLEE
89 |
LB/CB |
270x150x120 |
4 |
Plastic canvas |
Cast-Alloy |
4x 1,5V |
Transistorised |
|
|
| 1994 |
GB |
PTC 414 |
LB/CB |
162x268x112 |
1.8 |
Plastic |
Plastic |
4x 1,5V C |
Transistorised |
DTMF &
Pulse; NSN 5805-99-786-1530 |
Racal RA2000 |
| 1995 |
Austria |
TA-603/GY |
LB/CB |
|
|
Plastic |
Plastic |
3x 1,5V C |
Transistorised |
DTMF &
Pulse; NSN 5805-12-386-8224 |
|
| 2000 |
USA |
TA-1088/PT |
LB/CB |
120x110x240 |
1.7 |
Plastic |
Plastic |
3x 1,5V C |
Transistorised |
DTMF &
Pulse; no indication found that ever in use by any US military forces |
|
| 2003 |
Japan |
OHT-2003M |
LB/CB |
|
|
|
|
|
|
|
Oki Electric
Industry |
| 2003 |
Croatia |
HIT1 |
LB/CB |
|
|
Plastic |
Plastic |
|
|
|
Ericsson |
Cartes postales militaires anciennes

  

 



À partir de 1956, le réseau
des câbles sous-marins téléphoniques se développe
parallèlement à celui des satellites géostationnaires
de télécommunications. Les règles de la concurrence
sont fixées par la FCC (Federal Communication Commission) des
Etats-Unis.
Le satellite militaire.
C'est un satellite artificiel utilisé dans un objectif militaire.
Il existe plusieurs catégories de satellites militaires.
Les satellites de reconnaissance (ou satellite espion) optiques sont
la catégorie la plus fournie : ils permettent de cartographier
un territoire et surtout d'identifier les installations fixes, les armes
et les troupes.
Les satellites d'alerte précoce permettent de détecter
le lancement de missiles balistiques. Deux catégories sont souvent
d'usage mixte civil ou militaire : les satellites de télécommunications
militaires fournissent des liaisons sécurisées aux troupes
au sol tandis que les satellites de navigation permettent aux individus
mais également aux armes (missiles, obus) de déterminer
leur position et par conséquent celle de leur cible.
Enfin le satellite peut constituer une arme : satellites anti-satellite
et bombe orbitale.
Les premiers satellites militaires sont développés dès
le début de l'ère spatiale (1957) par les deux superpuissances
militaires de l'époque : L'Union Soviétique et les États-Unis.
Un satellite contrairement à un avion peut survoler un pays sans
courir le risque d'être intercepté par un missile : aussi
les satellites de reconnaissance constituent la première catégorie
de satellite militaire à apparaitre (satellites américains
Corona 1959).
Le développement de lanceur plus puissants permettant d'emporter
des charges utiles lourdes et les développements techniques stimulés
par l'accès à l'espace entrainent l'apparition de nouvelles
catégories de satellites militaires circulant sur des orbites
adaptées à leur objectif (orbite basse, moyenne, polaire,
héliosynchrone, géostationnaire) et caractérisés
par des charges utiles spécialisées : système de
positionnement, télécommunications, détection de
lancement de missiles balistiques, détection des radars, interception
du trafic radio, localisation des navires de guerre...
Certaines des techniques mises en uvre peuvent avoir des applications
civiles. On voit apparaitre des satellites à usage dual civil/militaire
comme les satellites de navigation américains GPS, les satellites
de reconnaissance français Pléiades ou certains satellites
de télécommunications soviétiques dont l'utilisation
militaire est tenue secrète.
Au début de l'ère spatiale des satellites porteurs d'armes
de destruction (satellite anti-satellite, bombe orbitale) sont développés.
Le Traité de l'espace ratifié en 1967 par les principes
nations spatiales interdit la mise en orbite de ce type d'engin spatial.
Les satellites de reconnaissance (ou satellite espion) permettent de
cartographier un territoire et surtout d'identifier les installations
fixes, les armes et les troupes. Ces satellites circulent généralement
sur une orbite basse pour obtenir la meilleure résolution. L'orbite
est souvent polaire pour balayer toutes les latitudes. Pour accroitre
encore la résolution certains d'entre eux peuvent abaisser fortement
leur orbite au-dessus de zones présentant un intérêt
militaire particulier. La consommation d'ergols qu'entraine de telles
manuvres et la nécessité de compenser la trainée
subie dans une atmosphère plus dense entraine une durée
de vie parfois très brève de quelques jours pour certains
modèles qui impose des renouvellements constants. Ceci explique
en grande partie le nombre très élevé de satellites
lancés par l'Union soviétique.
Au début de l'ère spatiale les images sont enregistrées
sur des films argentiques qui sont récupérées lorsqu'une
capsule détachable ou le satellite revient au sol. Cette technique
est rapidement abandonnée par les États-Unis pour la transmission
des données par voie hertzienne des données après
numérisation des films avant le passage à la prise d'image
numérique. La Russie utilise encore partiellement la technique
des films. La résolution qui était d'une dizaine de mètres
pour les premiers satellites descend à quelques centimètres
pour les satellites les plus performants. Pour pouvoir percer la couverture
nuageuse ou pouvoir prendre des images de nuit certains satellites de
reconnaissance emportent non pas une caméra mais un radar. Une
consommation importante d'énergie et une résolution faible
ont longtemps freiné le déploiement de ce type de satellite.
Les satellites d'écoute électronique ont pour objectif
de capter les signaux radio afin d'obtenir des renseignements sur les
forces adverses. Certains de ces satellites sont spécialisés
dans l'identification et la localisation des radars utilisés
par les systèmes anti-aériens et anti-missiles. D'autres
recueillent le trafic radio audio des unités militaires au sol
qui permet après décryptage d'évaluer les intentions
de l'adversaire.
Les satellites de surveillance océanique ont été
déployés initialement par l'Union soviétique pour
localiser les navires des États-Unis et de l'OTAN et fournir
des objectifs aux missiles transhorizons. Ils comportent des satellites
actifs utilisant des radars pour repérer les navires à
la surface (satellite RORSAT) et des satellites d'écoute électronique
à l'affut des émissions des radars embarqués sur
ces mêmes navires.
Un satellite d'alerte précoce est un satellite artificiel conçu
pour détecter le lancement d'un missile balistique. Il utilise
à cet effet des détecteurs infrarouges qui identifient
le missile grâce à la chaleur dégagée par
ses moteurs durant la phase propulsée. Ce type de satellite a
été développé dans les années 1960
dans le contexte de la Guerre froide pour déclencher suffisamment
tôt des alertes dans les territoires visés par une attaque
de missiles. Il est par la suite devenu un des composants des systèmes
de missiles antibalistiques ainsi que des systèmes de contrôle
de la réglementation sur les essais nucléaires. Seules
les deux principales puissances nucléaires, la Russie et les
États-Unis, disposent d'une flotte de satellites d'alerte précoce.
Les satellites de navigation sont utilisés par un système
de positionnement par satellites pour fournir à des récepteurs
portables leur position sur la terre en longitude latitude et altitude,
avec une précision variant de quelques dizaines de mètres
à quelques dizaines de centimètres selon les systèmes.
Un système de positionnement par satellites pour fonctionner
doit disposer de plusieurs satellites opérationnels. La couverture
peut être globale - GPS américain, GLONASS russe et Galileo
européen - ou régionale Beidou, IRNSS indien et QZSS japonais.
Les systèmes de positionnement par
satellites ont été développés originellement
pour répondre à des besoins militaires. L'usage civil
s'est développé dans un deuxième temps. Le signal
fourni est moins précis pour les usages civils ou peut être
dégradé pour cet usage en cas de conflit. Les systèmes
de positionnement par satellite jouent un rôle fondamental dans
les déplacements des unités militaires sur le terrain
et dans le guidage des armes (missiles, obus).
Les satellites anti-satellites ont pour objectif de détruire
des satellites des forces adverses positionnés en orbite basse.
Les cibles prioritaires sont les satellites de reconnaissance. Seule
l'Union soviétique a développé des satellites de
ce type : les IS. Les traités internationaux signés par
les principales puissances interdisent les armes offensives en orbite
et ce type de satellite n'existe plus officiellement.
Pendant la guerre russo-ukrainienne, la guerre
électronique (GE) russe a excellé. Lors de l' annexion
de la Crimée et de la guerre dans le Donbass, la Russie a utilisé
« des systèmes de guerre électronique très
performants pour brouiller et intercepter les signaux de communication,
brouiller et usurper les récepteurs GPS, puiser dans les réseaux
cellulaires et pirater les téléphones portables ».
La guerre électronique russe était si efficace quelle
bloquait les communications russes et devait être désactivée.
Au cours de la bataille de Bakhmut, les forces ukrainiennes ont largement
utilisé les téléphones de campagne, car «
les technologies russes ne sont pas capables de suivre ou de bloquer
les téléphones de campagne ». Un commandant a déclaré
à la BBC : « Cette technologie est très ancienne,
mais elle fonctionne très bien. » et il est impossible
d'écouter".
En Amérique, pendant la guerre
civile dès 1861, le télégraphe a prouvé
sa valeur en tant que moyen de communication tactique, opérationnel
et stratégique et a contribué de manière importante
à la victoire de l'Union. En revanche, la Confédération
n'a pas réussi à utiliser efficacement le réseau
télégraphique beaucoup plus petit du Sud pour plusieurs
raisons. Le service télégraphique militaire des États-Unis
(USMT) a traité quelque 6,5 millions de messages pendant la guerre
et construit 15 000 milles de lignes. En revanche, le Sud n'utilisait
le télégraphe que de manière très limitée.
Ulysses S. Grant a écrit qu'il avait « eu de fréquentes
conversations par voie électronique » sur la stratégie
avec Stanton en 1863, certaines durant deux heures. William Tecumseh
Sherman a également rappelé le « concert d'action
parfait » entre ses forces en Géorgie et celles de Grant
en Virginie en 1864. « Il ne s'est pratiquement pas passé
un jour où le général Grant ne connaissait pas
l'état exact des faits avec moi, à plus de quinze cents
milles de là, pendant que les fils circulaient. McClellan a adroitement
utilisé le télégraphe pour réapprovisionner
ses troupes en balles et en obus au milieu de la bataille d'Antietam,
dans le Maryland, en septembre 1862. Au cours de la bataille de Spotsylvania
dans la campagne du désert de mai 1864, le major-général
George Gordon Meade a utilisé le télégraphe pour
renforcer le IIe Corps du major général Winfield Scott
Hancock après qu'il ait subi une lourde contre-attaque confédérée.
Stanton s'appuyait sur le télégraphe militaire pour surveiller
les actions des généraux sur le terrain, et Lincoln passait
d'innombrables heures dans le bureau télégraphique du
ministère de la Guerre attenant au bureau de Stanton. Pour la
première fois dans lhistoire de la guerre, le télégraphe
a aidé les commandants sur le terrain à diriger les opérations
sur le champ de bataille en temps réel et a permis aux hauts
responsables militaires de coordonner leur stratégie sur de grandes
distances. Ces capacités ont été des facteurs clés
dans la victoire du Nord..
Le télégraphe était une partie importante de lhistoire
militaire et politique de la guerre civile pour deux raisons principales.
De manière plus visible, le télégraphe a prouvé
sa valeur en tant que moyen de communication tactique, opérationnel
et stratégique.
Pour la première fois dans lhistoire de la guerre, le télégraphe
a aidé les commandants sur le terrain à diriger les opérations
sur le champ de bataille en temps réel et a permis aux hauts
responsables militaires de coordonner leur stratégie sur de grandes
distances. Ces capacités ont été des facteurs clés
dans la victoire du Nord. Une autre fonction importante était
de garantir le contrôle civil sur les opérations militaires.
Le personnel du réseau télégraphique militaire
relevait directement du secrétaire à la Guerre Edwin McMasters
Stanton et du président Abraham Lincoln, plutôt que de
la structure de commandement militaire. Stanton s'appuyait sur le télégraphe
militaire pour surveiller les actions des généraux sur
le terrain, et Lincoln passait d'innombrables heures dans le bureau
télégraphique du ministère de la Guerre attenant
au bureau de Stanton.
En revanche, la Confédération
n'a pas réussi à utiliser efficacement le réseau
télégraphique beaucoup plus petit du Sud pour plusieurs
raisons.
Avant la guerre, de nombreux opérateurs travaillant sur les lignes
du sud étaient des habitants du Nord.
Après la sécession, la plupart sont retournés dans
leurs foyers du nord. Les responsables de la plus grande société
de télégraphie de la Confédération, la Southern
Telegraph Company, hésitaient à coopérer avec les
responsables militaires et civils. À plusieurs reprises, les
commandants militaires ont été contraints de placer des
lignes télégraphiques sous la loi martiale pour assurer
une communication efficace.
À mesure que la guerre progressait, les fournitures vitales comme
les fils, les isolants et lacide de batterie devenaient plus difficiles
à obtenir. Finalement, à mesure que les armées
fédérales avançaient vers le sud, la Confédération
perdit le contrôle de lignes télégraphiques et ferroviaires
vitales.
Bien que les autorités du Nord aient été initialement
lentes à reconnaître la valeur du télégraphe,
elles ont pris des mesures décisives en octobre 1861 pour créer
un système télégraphique militaire complet. Le
1er novembre 1861, le président Lincoln confia au major-général
George Brinton McClellan le commandement de toutes les armées
de l'Union en tant que général en chef, en remplacement
du vieux lieutenant-général Winfield Scott. L'un de ses
premiers actes fut d'ordonner aux généraux en campagne
de construire des lignes télégraphiques reliant leur quartier
général au sien. En janvier 1862, les sociétés
de télégraphie commerciale avaient installé leurs
lignes jusqu'au siège social de McClellan à Washington,
DC. Quelques semaines plus tard, cependant, Stanton ordonna que les
lignes soient déplacées du quartier général
de McClellan vers ses bureaux du ministère de la Guerre. Pendant
le reste de la guerre, Stanton contrôla les communications de
l'armée et supervisa la censure des dépêches télégraphiques.
Le réseau télégraphique
militaire a prouvé sa valeur dans la coordination dune
vaste stratégie au cours de la première année de
la guerre. Le 16 février 1862, quelques heures seulement après
la chute de Fort Donelson, McClellan s'engagea dans une conversation
à trois en temps réel avec les généraux
Henry Wager Halleck et Don Carlos Buell pour discuter des plans d'avancée
vers Nashville. De même, Ulysses S. Grant a rappelé plus
tard qu'il avait « eu de fréquentes conversations par fil
» sur la stratégie avec Stanton au cours de 1863, certaines
durant deux heures. William Tecumseh Sherman a également rappelé
le « concert d'action parfait » entre ses forces en Géorgie
et celles de Grant en Virginie en 1864. « Il ne s'est pratiquement
pas passé un jour où le général Grant ne
connaissait pas l'état exact des faits avec moi, à plus
de quinze cents milles de là, pendant que les fils circulaient.
Le télégraphe militaire s'est
également révélé utile à plusieurs
reprises comme outil opérationnel et tactique sur le champ de
bataille, permettant aux commandants de rester en contact permanent
avec leurs subordonnés et de réagir rapidement aux conditions
changeantes. McClellan a adroitement utilisé le télégraphe
pour réapprovisionner ses troupes en balles et en obus au milieu
de la bataille d'Antietam, dans le Maryland, en septembre 1862. Le secrétaire
adjoint à la Guerre, Charles Anderson, a ensuite loué
l'utilité du télégraphe lorsqu'il a vu les forces
de l'Union en action pendant la bataille de Chickamauga dans le nord
de la Géorgie le 19 septembre 1863, notant que « c'était
l'un des accessoires les plus utiles de notre armée »,
donnant au général Rosecrans « des informations
constantes sur la manière dont se déroulait la bataille
». En outre, Dana a également pu envoyer onze télégrammes
à Washington, informant Stanton de la progression de la bataille
presque toutes les heures.
Au cours de la bataille de Spotsylvania lors
de la campagne du désert de mai 1864, le major-général
George Gordon Meade utilisa le télégraphe pour renforcer
le IIe corps du major-général Winfield Scott Hancock après
qu'il eut subi une lourde contre-attaque confédérée.
Luther Rose, un télégraphiste attaché au quartier
général de Hancock, installa sa clé et sa sondeur
à 3 h 30 du matin, une heure avant l'avancée de Hancock
sur les lignes confédérées, permettant au chef
d'état-major de Hancock de coordonner l'attaque avec d'autres
commandants de corps. Favorisée par un épais brouillard
matinal, l'avancée de Hancock fut un succès. Cependant,
plus tard dans la journée, les Confédérés
contre-attaquent. Hancock télégraphia à Meade qu'il
était incapable de conserver ses gains à moins que le
VI Corps à sa droite ne vienne à son soutien. Dix minutes
plus tard, comme Rose l'a noté dans son journal, « le 6e
Corps s'éloignait et Hancock tenait bon
. Ici, le télégraphe
est entré en jeu avec force, montrant à quel point il
pouvait être utilisé. Rose utilisait un télégraphe
de campagne qui pouvait être déployé en quelques
minutes à partir du dos des mules et pouvait être accroché
presque n'importe où. Une telle flexibilité signifiait
que Rose accompagnait Hancock de près, démontant et réinitialisant
ses instruments si Hancock déplaçait son quartier général
de plus d'un demi-mile. Rose et un opérateur compagnon étaient
si proches du front à Spotsylvania que de violents bombardements
brisaient fréquemment leurs barbelés. Les deux hommes
se sont relayés pour joindre les freins, remarquant avant de
partir : « Si jarrête un obus, renvoyez mes affaires
à la maison. »
Rose décrivit plus tard son instrument
télégraphique comme « le principal canal »
par lequel passaient les ordres déterminant les mouvements du
corps de Hancock pendant la campagne du Wilderness. De même, lors
de la malheureuse bataille du cratère à Pétersbourg
le 30 juillet 1864. Meade se souvint plus tard qu'il avait envoyé
ou reçu plus de 100 télégrammes au cours de la
bataille de cinq heures, soit un toutes les trois minutes. Rose lui-même
opérait à partir d'une batterie d'artillerie au cours
de cet engagement, démontrant l'utilité du télégraphe
pour une utilisation en temps réel sur le champ de bataille.
Malgré lutilité du télégraphe
comme moyen de communication stratégique et tactique, le télégraphe
militaire des États-Unis (USMT) présentait une limite
importante : il restait une organisation civile. Le résultat
fut un hybride peu pratique, un système télégraphique
qui servait larmée mais nen faisait pas partie. Tandis
que lUSMT construisait ses propres lignes sur des milliers de
kilomètres pour relier les commandants militaires entre eux et
avec le ministère de la Guerre, elle sappuyait fortement
sur le réseau télégraphique commercial existant.
Les sociétés télégraphiques donnèrent
la priorité aux messages militaires et gouvernementaux, tout
en continuant à gérer le trafic commercial et à
réaliser d'énormes profits en temps de guerre. La douzaine
de hauts fonctionnaires de l'USMT étaient tous des officiers
du Quartermaster Corps, mais ils conservèrent néanmoins
leurs postes civils de gestionnaires des lignes commerciales. Bon nombre
des quelque 1 200 opérateurs et monteurs de lignes de lUSMT
ont également continué à travailler pour des sociétés
de télégraphie commerciale et nont reçu quune
partie de leurs salaires du ministère de la Guerre.
LUSMT est restée une organisation
civile parce que des membres clés de ladministration Lincoln,
en particulier Stanton, le souhaitaient. Stanton considérait
sa supervision des télégraphes comme essentielle au maintien
du contrôle sur les opérations militaires et le flux de
l'information.
Le contrôle civil de l'USMT a créé
un conflit dans deux domaines. Ce qui préoccupait directement
les commandants sur le terrain, peu de membres du personnel de l'USMT
étaient soumis à l'autorité militaire. Alors que
les opérateurs de lUSMT accomplissaient généralement
leurs tâches avec empressement, ils refusaient souvent de se conformer
aux normes militaires de discipline.
Les télégraphistes de lUSMT
se livraient souvent à un comportement quaucun officier
militaire naurait toléré de la part de leurs subordonnés.
De nombreux opérateurs buvaient pendant leur service, ne répondaient
pas aux appels du matin et acceptaient des pots-de-vin pour transmettre
des messages civils avant le trafic militaire. À au moins deux
reprises, les télégraphistes de l'USMT ont menacé
de faire grève si leurs revendications pour de meilleurs salaires
et de meilleures conditions de travail n'étaient pas satisfaites.
De leur côté, les agents s'attendaient
souvent à ce que l'USMT fournisse des communications instantanées,
même lorsque les opérateurs n'étaient pas en mesure
de le faire. En février 1862, le général Halleck
tenta de faire licencier un surintendant adjoint pour avoir retardé
le trafic militaire à Chicago tout en autorisant la libre circulation
des messages commerciaux. Bien que la raison du retard soit la rupture
d'un câble traversant la rivière Ohio à Paducah,
Kentucky, Halleck a répondu brusquement : « Remédiez
au défaut
. Il faut mettre fin à cette inefficacité
et à ces retards. En 1864, Theodore Holt, un opérateur
affecté au brigadier général Eugene Asa Carr à
Little Rock, Arkansas, ne pouvait pas ouvrir un bureau à proximité,
alors Carr força Holt à opérer sous garde armée.
À une autre occasion, un général de division a
menacé de tirer sur un surintendant adjoint s'il n'envoyait pas
un certain message à un bureau éloigné dans l'heure.
Les opérateurs de l'USMT se plaignaient fréquemment dans
leurs journaux et lettres d'un tel traitement, exprimant comme Holt
le sentiment que « Carr ne possède pas le Telegraph Corps
». [5]
Tout aussi grave, l'USMT n'a pas coordonné
ses opérations avec le Corps des transmissions de l'armée.
Larmée américaine na que récemment
reconnu limportance de la signalisation militaire en général.
Le colonel Albert James Myer (lui-même ancien télégraphiste)
n'avait été nommé premier officier en chef des
transmissions de l'armée qu'en juin 1860. Myer n'avait aucun
télégraphiste qualifié dans le Corps des transmissions
lorsque la guerre éclata, mais il insista continuellement pour
prendre le contrôle de le système télégraphique
militaire. Sa persévérance conduisit à son renvoi
de son poste de chef des transmissions à la fin de 1863. Il fut
réintégré en 1867 et resta chef des transmissions
jusqu'à sa mort en 1880. Il construisit un corps des transmissions
capable de fournir toutes les formes de communication militaire dans
une guerre future. . Cependant, la mission principale du Signal Corps
de 1870 à 1890 était la prévision météorologique.
La réalisation la plus remarquable de Myer après-guerre
fut la création d'un système national d'information météorologique
composé d'observateurs bénévoles et de personnel
du Signal Corps. Le système d'information météorologique
de Myer, repris par le ministère de l'Agriculture en 1891, a
permis des progrès fondamentaux dans la nouvelle science de la
météorologie, a évité de nombreux naufrages
sur les Grands Lacs et s'est avéré une aubaine pour les
agriculteurs qui ont protégé leurs cultures des intempéries.
Par la suite, le Signal Corps s'est concentré sur la signalisation
purement militaire.
Le Signal Corps a fait ses preuves lors de la guerre de 1898 contre
l'Espagne et à nouveau lors des guerres mondiales du 20 e siècle.
La guerre civile a été le premier
conflit au cours duquel le télégraphe a été
utilisé à des fins militaires. Ce fut une clé importante
de la victoire du Nord. L'importance du télégraphe pour
la victoire du Nord est mieux illustrée par un compte rendu de
son utilisation. Du 1er mai 1861 au 30 juin 1865, l'USMT a traité
quelque 6,5 millions de messages pour un coût total (pour la construction,
la réparation et l'exploitation du réseau) de 2 655 000
$, soit environ quarante et un cents par message. Pendant la guerre,
l'USMT a construit 15 000 milles de lignes, souvent dans des conditions
défavorables et parfois sous le feu de l'ennemi. À son
apogée en 1865, le réseau USMT comprenait plus de 8 000
milles de lignes télégraphiques militaires et 5 000 milles
supplémentaires de lignes commerciales exploitées par
des télégraphes militaires. Sur les 1 200 opérateurs
et monteurs de lignes qui ont servi dans l'USMT, 175 ont été
blessés ou capturés et 25 sont morts en service, dont
8 par l'action directe de l'ennemi.
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