L'ÉVOLUTION
MENANT À LA TÉLÉPHONIE
Alors que divers scientifiques avaient étudié
la télégraphie électrique aux XVIIe et XVIIIe siècles,
très peu se sont intéressés à la transmission
électrique du son.
Gottfried Huth, docteur en sciences humaines et professeur de mathématiques
et de physique, a suggéré la téléphonie
acoustique dans son petit livre, "Traité
sur quelques instruments acoustiques. et l'utilisation du
tube parlant en télégraphie", publié à
Berlin en 1796. (D'après le français, avec des ajouts
sur le soi-disant cor d'Alexandre le Grand, sur des expériences
avec un tube acoustique elliptique
)
Huth proposait d'utiliser, par nuit claire, des trompettes à
bouche ou tubes parlants pour transmettre les messages de tour en tour.
Bien que sa proposition fût irréaliste, sa renommée
est assurée par la phrase de son livre : « Pour
donner un autre nom à la communication télégraphique
par tube parlant, quoi de mieux que le mot dérivé du grec :
téléphone ? »
Robert Hooke écrivait, vers la fin du XVIIe siècle,
après avoir mené des expériences de transmission
vocale directe sur fil tendu : « Il n'est pas impossible d'entendre
un murmure à une distance d'un furlong, cela ayant déjà
été fait ; et peut-être la nature même de
la chose ne rendrait-elle pas cela plus impossible, même si ce
furlong était multiplié par dix. »
Mais Robert Hooke ne savait pas comment produire de l'électricité,
ni même ce qu'était l'électricité. Sa prophétie
resta inaccomplie pendant deux siècles.
L'électromagnétisme
L'expérience d'rstedt est de 1819, l'établissement
des lois de l'électromagnétisme par Ampère, de
1820. Presque aussitôt Ampère, sur une suggestion de Laplace,
indique la possibilité d'utiliser pour la détection de
signaux télégraphiques la déviation de boussoles
galvanométriques. Il envisageait de spécialiser un fil
et une boussole pour chaque signal (lettre ou chiffre), en tout 35 :
on n'avait encore pratiquement posé aucune ligne, et l'on pouvait
penser que les dépenses causées par la multiplication
des fils ne seraient pas prohibitives et pourraient être compensées
par la plus grande rapidité de transmission. Au reste, Ampère,
comme la plupart des savants de cette époque, ne voulait pas
se départir de la recherche scientifique pure, et il se désintéressa
des suites de sa suggestion. Pendant près de douze ans, celle-ci
resta sans écho.
La deuxième moitié du XIXe siècle
voit se développer deux mouvements en rapport avec les phénomènes
électriques. Dune part, les applications de lélectricité
pour lindustrie se multiplient, avec les machines électromécaniques
(machine de Gramme), léclairage électrique (bougies
Jablochkoff, lampe Edison) ou la télégraphie sous-marine
(câbles transatlantique).
La volonté de promouvoir cette nouvelle branche de lindustrie
entraîne la formation dinstitutions électriciennes,
comme la Société Internationale des Électriciens.
Dautre part, plusieurs théories de lélectromagnétisme
sont construites, dont certaines se basent sur le concept central de
milieu de propagation, notamment en Grande-Bretagne autour de James
C. Maxwell.
Ces théories amènent peu à peu à reconsidérer
limportance du champ électromagnétique, espace situé
entre les différents conducteurs, et le rôle de léther
comme milieu de propagation. Cest à partir des années
1840 que la trajectoire de léther se rapproche grandement
de celle de lélectromagnétisme.
Avant les années 1840, les actions électriques et magnétiques
sont considérées comme étant des actions à
distance. Cette loi, élevée au rang de dogme par la physique
laplacienne du début du XIXe siècle en France, se base
sur la loi newtonienne de la gravitation universelle, sur laquelle la
loi de Coulomb de lélectrostatique a notamment été
calquée. Les actions électriques et magnétiques
ne peuvent exister quen présence de deux corps, et sont
instantanées. Ces actions à distance sont dailleurs
celles qui agissent sur les particules même des éthers
optiques de Fresnel ou de Cauchy.
Le premier physicien à faire intervenir le milieu intermédiaire
dans le raisonnement est langlais Michael Faraday, expérimentateur
surdoué qui sintéresse aux phénomènes
magnétiques. Ses idées novatrices sont ensuite «
traduites » mathématiquement par lécossais
James Clerk Maxwell dans les années 1860, qui détermine
les relations entre différentes quantités : force électrique,
force magnétique, courant électrique..., toutes ces quantités
agissant au travers dun milieu intermédiaire, élément
central de la théorie comme siège de lénergie.
De sa théorie, Maxwell pose lidentité de ce milieu
intermédiaire et de léther luminifère. Léther
est présent dans la plupart des théories britanniques,
mais sa nature peut différer : alors que léther
initial de Maxwell est un fluide, dautres théories, comme
celles de William Thomson
(futur Lord Kelvin), considèrent léther comme
un solide élastique.
Début du télégraphe électrique :
Le solenoide d'Ampère et d'Arago renfermait bien en lui le principe
de l'électro-aimant, mais la réalisation pratique de cet
appareil au moyen de spires isolées et serrées ne fut
réalisée que peu à peu, et il fallut attendre les
travaux de Joseph Henry en Amérique et PrawilJet en France,,
notamment, pour obtenir des appareils pratiques. On se préoccupa
d'abord, naturellement, de les utiliser comme des « aimants temporaires
» plus puissants que les aimants permanents.
Leur utilisation en télégraphie supposait la connaissance
d'un moyen de faire revenir la pièce attirée à
sa position de repos après passage du signal ... Ainsi, dès
1835, Henry avait démontré, du moins en laboratoire et
dans un amphithéâtre, la faisabilité d'un télégraphe
électromagnétique. Son aimant d'« intensité
» allait devenir la base du répéteur de Morse, permettant
aux signaux de parcourir de grandes distances ; son aimant de «
quantité » constituait le cur de l'appareil d'enregistrement
de Morse ; et son relais devint, après quelques modifications,
le dispositif mis au point par Morse pour connecter son circuit de réception
local à une ligne télégraphique longue distance.
Lors d'un voyage en Angleterre en 1837, après avoir utilisé
une pile à vingt éléments en série et un
électroaimant de plusieurs centaines de spires, Morse et Gale
parvinrent à transmettre des messages sur une distance de seize
kilomètres. Ce succès encouragea Morse à révéler
son invention au monde entier. Il fit la première démonstration
publique de son télégraphe le 2 septembre 1837 ... puis
tout alla très vite.
Avec l'invention du télégraphe l'information transmise
se propageait aussi vite que l'électricité. Une vitesse
inconnue à l'époque, mais qui suffisait à la qualifier
d'instantanée. Le développement du télégraphe
fut rapide et son adoption presque aussi rapide....
L'étape logique suivante, après la transmission d'informations
non vocales sous forme de codes mécaniques sur de longues distances,
était, bien sûr, la transmission instantanée des
paroles humaines par fil. Un mot existait déjà pour décrire
cette évolution : le téléphone.
De 1838 à 1872, il n'y a eu que 34 ans, mais la capacité
humaine à communiquer à distance avait considérablement
évolué. Le besoin de communication s'est accru parallèlement
à l'évolution des capacités. Certains progrès
furent même réalisés avant même que le besoin
ne se fasse sentir. En 1841, par exemple, Charles Wheatstone, le concepteur
anglais du télégraphe reliant Paddington à West
Drayton, inventa un appareil télégraphique capable d'imprimer
des lettres. Il fallut cependant de nombreuses années avant que
les télétypes ne soient largement utilisés
Peu remarquée par le monde scientifique, un Français,
puis un Allemand, ont formulé des propositions pratiques pour
la téléphonie.
En France, Charles Bourseul , né à
Bruxelles, après avoir servi dans l'armée en Algérie,
devint télégraphiste à Paris en 1849.
Promu sous-inspecteur des lignes télégraphiques, il devint
directeur des postes et télégraphes. Sous-inspecteur,
il publia un article dans L'Illustration du 26 août 1854,
dans lequel il expliquait ses idées sur la transmission électrique
de la parole. L'article fut mentionné dans d'autres magazines,
notamment dans l'hebdomadaire allemand Didaskalia paru à Francfort
le 28 septembre 1856. Bourseul tenta de convaincre ses supérieurs
des perspectives de la transmission vocale, mais ils rejetèrent
ses idées, les qualifiant de « conception fantastique ».
En Allemagne Philippe Reis , enseignant à
Friedrichsdorf, près de Francfort, fut le premier à construire
un appareil permettant de transmettre le son par électricité,
en 1860.
...
Quand on demande qui fut l'inventeur du téléphone, la
réponse varie suivant les pays.
Un allemand dira : Philippe Reis. Dans les pays de langue anglaise ce
sera Graham Bell. Le français donnera sa voix à Charles
Bourseul et l'italien à Antonio Meucci." . Pour un canadien-français,
la même question apporterait comme réponse le nom de Cyrille-A.
Duquet...
Pour atteindre son objectif de transmettre la parole
(le son) à distance, entre 1874-76 Alexandre
Graham Bell s'inspira des découvertes, des travaux et
inventions des pionniers de l'électricité et du télégraphe.
Le téléphone trouve sa source dans les études de
la transmission du son à l'aide du magnétisme produit
par l'électricité.
Dans cette histoire du téléphone, nous avons déjà
rencontré quelques noms importants qui sont présentés
dans des pages de ce site :
Hermann von Helmholtz, Joseph
Henry, Alfred E. Holcomb,
Elisha Gray , Johann Philippe Reis, Poul
la Cour, Du
Moncel, Bréguet
et Bourseul .
Comme l'a fait Bell, cest à lannée 1837
quil faut remonter pour trouver le germe de l'invention du télégraphe
et du téléphone.
A cette époque les physiciens américains Charles
Grafton Page et Joseph
Henry découvrirent que les pôles dun aimant,
approchés rapidement dune spirale plane parcourue par un
courant, produisaient un son musical. Ce même phénomène
fut observé par Gassiot, Marrian et Gaspard
De la Rive, en faisant passer un courant dans une hélice
entourant une barre de fer doux.
En 1837, le physicien américain, Charles
Grafton Page, découvrit que l'aimantation
et la désaimantation rapide de barres de fer produisait ce qu'il
appela «de la musique galvanique». La production de notes
musicales dépend du nombre des vibrations par seconde imprimées
à l'air.
Page avait découvert qu'un bâton électromagnétique
faisait résonner un son audible et prolongé, par une rapide
transformation de sa condition magnétique de 4,000 à 6,000
vibrations. Si ces vibrations excèdent seize, l'on obtient des
notes distinctes. Donc, si l'on émet et si l'on interrompt plus
de seize fois par seconde des courants dans un électroaimant,
on obtient « de la musique galvanique » par les vibrations
que les barres de fer impriment à l'air. La barre de fer elle-même
cause ces vibrations par son changement de forme à chaque fois
qu'elle est aimantée ou désaimantée.
En 1843 Gaspard De la Rive,
de Genève, augmenta ces effets musicaux en opérant avec
de longs fils tendus qui passaient à travers des bobines de fils
isolées, ouvertes.
En 1846 M. Guillemin avait reconnu que
si une tige flexible de fer entourée d'une hélice magnétisante
est pincée dans un étau à l'une de ses extrémités
et recourbée sous l'influence d'un poids adapté à
l'autre extrémité, on peut la faire redresser instantanément
par le passage d'un courant à travers l'hélice magnétisante.
Or ce redressement ne peut, dans ce cas, provenir que de la contraction
déterminée par les molécules magnétiques
qui, sous l'influence de leur aimantation, tendent à provoquer
des attractions intermoléculaires et à modifier les conditions
d'élasticité du métal. On sait en effet que du
fer ainsi aimanté acquiert la dureté de l'acier et qu'il
ne peut plus être attaqué par la lime.
La découverte inattendue faite par Charles Grafton
Page, en Amérique, et étudiée
depuis par MM. Wertheim, De
la Rive et autres, devait conduire naturellement à
la production d'électricité et de son avec le magnétisme;
car on avait reconnu qu'une tige magnétique soumise à
des aimantations et à des désaimantations très-rapides,
pouvait émettre des sons, et que ces sons étaient en rapport
avec le nombre des émissions de courants qui les provoquaient.
Plusieurs savants se penchèrent sur ce phénomène
dans les années suivantes et en 1848, à Paris, Wertheim
reprit ses expériences éctromagnétiques, essayant
de "transformer les sons en vibrations électromagnétiques
et de les porter au loin par "voie" électrique et,
une fois arrivés à leur but, de les retransformer en sons
audibles.
En 1849, Bourseul
connaissait déjà la plaque de vibration, mais il ne put
réussir pourtant à construire un appareil récepteur
capable de retransformer les ondes électriques en vibrations
acoustiques.
En 1852 Meucci réussit,
à la Havane, à transmettre une conversation d'un étage
de sa maison à un autre.
Dès 1852, Philippe
Reis commence des expériences personnelles et pense à
transporter des impressions musicales par cette voie, grâce aux
observations de Werthein sur les sons susceptibles d'être
produits à l'aide du courant électrique.
Les vibrateurs électriques combinés par
MM. Mac-Gauley, Wagner, Neef, etc., et disposés
dès 1847 et 1852 par MM. Paul-Gustave
Froment et Frantisek Adam Petrina pour la
production de sons musicaux, prouvaient que le problème de la
transmission des sons à distance était possible.
En 1837, MacGaulay travailla sur un interrupteur électrique apparenté
à celui de Charles Grafton Page . Il s'inscrivait dans le cadre
du développement de la bobine d'induction initié par Nicholas
Callan et repris par Golding Bird , William Neeves et Ernst Neeff dès
1840. L'interrupteur à vibration de MacGaulay devint la norme
pour les sonnettes électriques.
Les sonneries trermbleuses dans le principe, le nom de Sonneries vibratoires,
sont dues à M. Lippens dont la disposition est la plus
pratique et la plus avantageuse qui ait été donnée
aux sonneries électriques, depuis 1852, dans le service des télégraphes
belges, se substituent généralement aux sonneries à
échappement, sur les lignes télégraphiques étrangères,
surtout depuis que les particuliers emploient des sonneries électriques
dans leurs appartements. Le brevet de M. Lippens date du 20 août
1850. il décrit de la manière la plus précise,
les deux ressorts dont la combinaison favorise les oscillations dues
aux courants alternativement interrompus et reproduits. Ces ressorts
sont indispensables pour assurer de bons contacts et pour aider au mouvement
alternatif. Ils nexistaient pas dans le rhéotome de Neef.
( Le rhéotome est un appareil automatique, on peut lui donner
diverses dispositions. On en a adopté deux principales : la première,
imaginée par M. Ritchie, et qui porte le nom de tourniquet; la
seconde est le marteau ou trembleur : ce petit appareil parait avoir
été employé pour la première fois par M.
Neef ; M. Delarive l'a utilisé dans la construction de son condensateur
électro-chimique , et on l'a employé depuis dans plusieurs
appareils d'induction électro- magnétique).
En 1854, Le "vibrateur électrique" de Froment,
électro-aimant adapté par une vis que l'on serre
ou que l'on desserre à volonté, et qui par cela même
éloigne plus ou moins la lame vibrante pour rendre les
sons de plus en plus aigus,
Tel est l'appareil de M. Froment au moyen duquel il a obtenu des sons
d'une acuité extraordinaire, bien qu'étant fort doux à
l'oreille.
M. Froment n'a pas fait de cet appareil un instrument de musique; mais
on conçoit que rien ne serait plus facile que d'en constituer
un; il ne s'agirait pour cela que de faire agir les touches d'un clavier
sur des leviers métalliques, dont la longueur des bras serait
en rapport avec le rapprochement de la lame nécessité
pour la vibration des différentes notes. Ces différents
leviers, en appuyant sur la lame, joueraient le rôle du butoir
d'arrêt, mais ce butoir varierait de position suivant la touche.
Il parvint à obteenir à distance des sons musicaux ..
Jusqu'en 1854, personne n'avait osé admettre la possibilité
de transmettre électriquement la parole à distance, et
quand M. Charles Bourseul publia à
cette époque une note sur la transmission électrique de
la parole, on regarda cette idée comme un rêve fantastique.
Ultérieurement le conte Du Moncel
avoua, qu'il ne pouvais y croire, et quand, dans la première
édition de son exposé des applications de l'électricité
publiée en 1854 il rapportait cette note, "je crus devoir
l'accompagner de commentaires plus que dubitatifs. Cependant, comme
la note me paraissait bien raisonnée, je n'hésitai pas
à la publier en la signant seulement des initiales Ch. B*** .
La suite devait donner raison à cette idée hardie, et
quoiqu'elle ne renfermât pas en elle le principe physique qui
seul pouvait conduire à la reproduction des sons articulés,
elle était pourtant le germe de l'invention féconde qui
a illustré les noms de Graham Bell et
d'Elisha Gray. ..."
En 1856, Frantisek Adam Petrina,
de Prague, imagina un dispositif analogue auquel il donna le nom d'harmonica
électrique, bien qu'à proprement parler il ne constituât
pas dans sa pensée un instrument de musique.
Le principe de cet appareil est le même que celui du rhéotome
de Neef, au marteau duquel on a substitué une baguette
dont les vibrations transversales produisent un son. Quatre de ces baguettes,
différentes en longueur, sont placées l'une à côté
de l'autre, et étant mises en mouvement au moyen de touches,
puis arrêtées par des leviers, produisent des sons de combinaison
dont il devient facile de démontrer l'origine.
Dans ce qui précède Du Moncel ne dis pas, il est vrai,
que ces appareils pouvaient être joués à distance;
mais cette idée était toute naturelle, et les journaux
allemands prétendent que M. Petrina l'avait réalisée
même avant 1856. Elle était la conséquence de ce
qu'il disais en débutant que l'électro-magnétisme
pouvait venir en auxiliaire à certains instruments tels que pianos,
orgues, etc., pour leur donner la facilité d'être joués
à distance, et j'indiquais plus loin les moyens employés
pour cela et même pour les faire fonctionner sous l'influence
d'une petite boîte à musique...
En 1858 Philippe
Reis construit son premier modèle de téléphone,
quatre ans après l'article de Bourseul.
En août 1859, après quelques dépêches
télégraphiques échangées entre les Etats-Unis
et lIrlande, on vit les appareils peu à peu ne plus donner
que des signaux confus, et finalement cesser de fonctionner. La cause
de linterruption resta dabord ignorée.
Il fallut donc reprendre à nouveau, ou mieux commencer sérieusement
létude expérimentale et théorique de la transmission
des courants dans un fil isolé et submergé, de manière
à se rendre compte des obstacles et à les vaincre par
des moyens efficaces.
Plusieurs savants français et étrangers citons
MM. F araday, Wbeatstone, Guillemin, Gaugain, Siemens se mirent à
luvre, et tous contribuèrent à la solution
de cette question importante.
L'hiver 1859-60, A. Holcomb
invente un électro-aimant polarisé, qui était extrêmement
sensible et capable de recevoir la parole articulée, et qu'il
a breveté en mai 1860.
En 1860, Meucci était
parvenu grâce à ses nombreuses expériences à
transmettre la voix humaine sur de grandes distances par la transmission
électrique et il présentait alors son appareil au gérant
de la "New York District Telegraph Company". Son appareil
avait déjà une plaque de métal vibrante au lieu
d'une membrane. Son invention reçut un brevet en Amérique,
le 23 décembre 1871, et il proposait alors une solution semblable
à celle que présenta publiquement Graham Bell avec son
"speaking telephone" en 1876.
Sans avoir connaissance de ces évolutions, en 1861,
Meucci publia un article présentant ses
inventions dans L'Eco d'Italia (« L'Echo d'Italie » en français),
un journal de New-York en langue italienne, puis, en 1870, parvenant
à transmettre la parole à un kilomètre de distance,
il baptisa son appareil le téléttrophone
.
En décembre 1871, il dépose
une demande provisoire et payante de brevet (un caveat),qu'il renouvelle
en 1872 et 1873, mais n'ayant pas 10 dollars, il laissera expirer cette
demande en 1874 faute de moyen.
En 1860, Philippe Reis,
de Friedrichsdorff, près Hambourg, poursuivant les recherches
de Wertheim, Marion et Henry, sur la production
des sons par l'électricité, "inventa le nom
téléphone", qui porte son nom, et qui a également
trouvé sa place à South Kensington.
En 1862, Wilhelm von Legat, inspecteur du
Corps royal prussien de télégraphe, construit une variante
du deuxième modèle de Reis .
Reis poursuit ses expérimentations et développe
un troisième modèle Il en fit la première démonstration
à la Société de Physique de Francfort-sur-le-Main
le 4 juillet 1863 .
En août 1863, Reis essaie une nouvelle
tentative avec le mécanicien J. Wilhelm Albert et là encore,
on continue de croire à un "divertissement".
En 1864, à Giess, à la réunion des naturalistes
et médecins allemands, on écoute avec intérêt
son plaidoyer sur son invention, mais personne ne croit à l'importance
économique de son appareil. Découragé, Reis meurt
de tuberculose le 14 janvier 1874, âgé seulement de 40
ans. Avant de mourir, il aurait dit: "J'ai donné au monde
une grande invention; je dois laisser à d'autres le soin de la
conduire plus loin."
En 1864, le physicien américain, Dolbear
Amos, inventa lui aussi un téléphone semblable à
celui qu'inventa Graham Bell en 1877, mais, il perdit les droits sur
son invention dans un long et coûteux procès avec Bell.
Plusieurs inventeurs, parmi lesquels Philip H. Van der Weyde,
ont amélioré le récepteur Reis de 1861.
En 1869 Van der Weyde souda un bouton de fer au centre d'une
plaque de laiton, placée devant une barre de fer, entourée
d'une bobine, et c'est l'instrument utilisé comme récepteur
lors de la conférence du 8 janvier 1869. En août 1870,
il lut un article devant l'Association américaine pour l'avancement
des sciences qui se réunissait cette année-là à
Troy, N.Y., l'article étant intitulé « Autres améliorations
dans la méthode de transmission de mélodies musicales
par fil télégraphique ».
Dans la discussion qui suivit la lecture de l'article, un ou deux des
membres présents déclarèrent qu'ils avaient obtenu
de bons résultats en plaçant une plaque de fer étamé
devant les pôles d'un électro-aimant en fer à cheval,
et mentionna cet appareil comme étant bien connu ; et en arrivant
chez lui en septembre 1870, il construisit l'appareil dans lequel une
plaque de fer étamé était utilisée.
En 1870, Cromwell Varley
, Poul la Cour puis Elisha
Gray avaient résolu, à l'aide de diapasons et de dispositifs
ingénieux, le problème de la transmission des sons
par l'électricité.
Varley 
Lacour
Cette rapide esquisse des téléphones primitifs démontre
clairement que, sans rien ôter au mérite de M. G. Bell,
les principes théoriques étaient non seulement établis
dune façon précise, mais encore que les organes
constitutifs de ce merveilleux appareil avaient été déjà
construits et avaient fonctionné.
Le 28 décembre 1874, la mise en garde de Meucci expire.
Les travaux de Cromwell Varley, Charles Grafton
Page, De la Cour, Joseph Henry, Wilhelm Wertheim,
Philippe Reis,. etc., etc., sur la production et la transmission
des sons par les courants électriques, présentent certainement
beaucoup d'intérêt et peuvent être considérés
comme des acheminements vers la solution du problème dont il
est ici question. Mais il est évident que les procédés
employés par ces savants physiciens n'étaient pas propres
à reproduire la parole articulée.
C'est en 1876,que Alexandre
Graham Bell, employé des laboratoires Western Union, obtient
le premier brevet sur le téléphone.
Ainsi qu'il l'a rapporté lui-même, Bell connaissait l'appareil
de Reis par un résumé que Wilhelm von Legat avait
publié dans un Journal autrichien spécialisé, et
peu de temps après, la mort de Reis, Bell demanda à Friedrichsdorf
l'autorisation de laisser venir en Amérique les témoins
de l'invention. Ils devaient lui donner des renseignements et des détails.
Trois personnes se présentèrent et donnèrent leur
témoignage.
Dès lors, Bell ne devait plus contester la priorité de
l'invention du téléphone à son précurseur
.
Thomas Edison obtint une traduction de l'article Wilheim von Legat sur
l'invention de Reis avant de déposer sa demande de brevet pour
un téléphone en 1877. Dans une correspondance de 1885,
Edison attribue à Reis l'invention du « premier téléphone
», tout en précisant qu'il était « uniquement
musical et non articulé »
Ainsi commença le développement mondial
du téléphone.
Il ne faut pas oublier d'autres scientifiques et pionniers
moins connus : John Peter Gassiot, Johan Christian Poggendorff,
Marrian, Beatson, Matteucci, Wartmann, Janniar,
Laborde, Delezenne, Ferguson, Gore, Sullivan...
pour qui il y a très peu de renseignements disponibles.
Le document "histoire
de l'électricité et du magnétisme" de
1858 pourra vous donner beaucoup plus de détails sur le magnétisme.
John Peter Gassiot (2 avril 1797 - 15 août
1877) [également Gassiott] est un homme d'affaires anglais et
un scientifique amateur. Il est particulièrement associé
aux démonstrations publiques de phénomènes électriques
et au développement de la Royal Society.
Né à Londres, il rejoint la Royal Navy en tant qu'aspirant.
En 1822, il s'associe à l'Espagnol Sebastian Gonzalez Martinez
pour créer la société Martinez Gassiot & Co
vendant des cigares, du xérès et du porto.
Il devient également un scientifique amateur enthousiaste avec
un intérêt particulier pour l'électricité.
Il crée un laboratoire amplement fourni chez lui à Clapham
Common et l'ouvre à ses collègues scientifiques, dont
James Clerk Maxwell qui y effectue une grande partie de ses travaux
des années 1860 sur la résistance électrique.
Gassiot est un proche associé de William Sturgeon et Charles
Vincent Walker et les trois jouent un rôle déterminant
dans la fondation de la London Electrical Society en 1837. La société
est célèbre pour les affichages électriques publics
montés par Gassiot. Gassiot est élu Fellow de la Royal
Society en 1841 et joue un rôle dans la réforme de la Société
dans les années 1840. Il est l'un des fondateurs de la Chemical
Society en 1845, étroitement associé à la London
Institution, et un magistrat du Surrey.
Gassiot est un proche associé de William Grove à la Royal
Society, encourageant Grove à rejoindre l'Institution de Londres
où ils travaillent ensemble sur le développement de la
photographie.
Les travaux de Gassiot sont particulièrement importants dans
la disparition de la théorie du contact de l'électricité
voltaïque. À partir de 1840, il réalise un certain
nombre d'expériences culminant en 1844 où il utilise une
batterie de 100 cellules Grove mutuellement isolées pour montrer
qu'une étincelle pouvait être tirée avant qu'un
contact électrique ne soit établi. Gassiot étend
les travaux de Grove sur les stries dans les décharges électriques,
montrant que la décharge ne peut pas continuer dans le vide.
En 1858, Gassiot, dans sa conférence boulangerienne, rapporte
les déviations des décharges électriques dans les
gaz raréfiés à la fois par le magnétisme
et l'électrostatique. Bien qu'il s'agisse d'une première
observation du phénomène des rayons cathodiques, Julius
Plücker est généralement crédité de
leur découverte.
Il reçoit la Médaille royale de la Royal Society en 1863.
Gassiot est mort chez lui à Ryde, île de Wight, et enterré
au cimetière de West Norwood.
Johan Christian Poggendorff, né à
Hambourg le 29 décembre 1796 et mort à Berlin le 24 janvier
1877 est un physicien allemand.
Fils d'un négociant qui perd toute sa fortune dans les désastres
de 1813 et de 1814, il est destiné lui-même à la
carrière commerciale, mais il préfère suivre son
goût pour les sciences naturelles, étudie la pharmacie,
la chimie et la physique et va, en 1820, grossir le nombre des étudiants
de l'université de Leipzig. Dès l'année suivante,
il publie dans un recueil scientifique son premier travail, une savante
dissertation sur le magnétisme de la pile de Volta, intéressante
surtout en ce qu'il expose, le premier, les principes du multiplicateur
ou galvanomètre et son application, découverte qui sera
aussi attribuée à Schweigger. En 1824, il succède
à Gilbert comme rédacteur en chef des Annales de physique
et de chimie, importante publication, dans laquelle il insère
de nombreux articles et mémoires. En 1834, il devient professeur
de physique à l'Université Frédéric-Guillaume
de Berlin et, en 1838, membre de l'Académie des sciences. Ce
savant s'occupe ainsi particulièrement d'électricité,
de magnétisme et de galvanisme.
On lui doit une nouvelle méthode pour déterminer les courants
qui correspondent aux déviations de l'aiguille d'un électromètre,
d'intéressants travaux sur la mesure exacte de la force des piles
non constantes, sur la polarisation galvanique, etc., et l'invention
de divers instruments de physique, tels que le multiplicateur, le galvanomètre
destiné à mesurer l'action calorique d'un courant, etc.
Alors qu'il travaillait à l'université Frédéric-Guillaume
de Berlin, il inventa la pile électrique au bichromate, en 1842.
Il améliora le mécanisme de lecture angulaire utilisés
sur les galvanomètres, ce qui lui permit de mesurer des variations
de l'ordre du nanoampère.
Il décrit l'illusion de Poggendorff en 1860 : les deux parties
d'un segment oblique masqué par une bande sécante semblent
décalé.
Paul Gustave Froment né
à Paris le 3 mars 1815 et mort à Paris le 10 février
1865, est un inventeur et ingénieur mécanicien français.
Il a assuré le développement des moteurs électriques
de puissance en France.
Ancien élève du Collège Sainte-Barbe, il démontre
dès l'enfance un talent pour la technologie. Son père
décide alors de le laisser préparer le concours de lÉcole
polytechnique au lycée Louis-le-Grand.
En 1833, Froment, encore collégien, ayant vu la machine de Pixii,
composée d'un aimant en fer à cheval qui tourne vis-à-vis
d'un électro-aimant,
conçut l'idée de son premier électro-moteur, qu'il
construisit aussitôt les vacances arrivées. Il avait alors
dix-huit ans, et il ignorait certainement que
Jacobi venait d'imaginer une machine analogue. Il débutait, on
le voit, par un coup de maître.
Il est admis dans cette école en 1835. Diplômé en
1837, il déménage en Grande-Bretagne pour poursuivre ses
études à luniversité de Manchester en génie
mécanique.
Il est l'un des premiers photographes à travailler avec le procédé
photographique du positif direct d'Hippolyte Bayard et travaille sur
des expériences pour fixer chimiquement les images photographiques.
Il publie ses résultats à la Manchester Literary and Philosophical
Society en janvier 1839.
À son retour en France, son intention est de construire des machines
à vapeur mais il en est empêché par manque de fonds.
En 1843, c'est-à-dire à son début
comme constructeur, Froment fit un des premiers télégraphes
à cadran que l'on ait vus en France.
Les sonneries trembleuses, comme on les nomme, sont une application
immédiate de l'interrupteur électrique à vibrations
sonores décrit en 1846 par Arago devant l'Académie
des sciences, et qui est une des plus utiles inventions de Froment.
Bien après, il exécuta un moteur électrique beaucoup
plus parfait que celui qu'il avait ébauché dix ans auparavant,
et il l'utilisa aussitôt à la fabrication régulière
des fils métalliques entourés de soie ou de coton employés
à la construction des bobines d'électroaimants et aux
autres usages de la télégraphie électrique. Il
ouvre un atelier en 1844, au 24 Rue du Bouloi à Paris.
Un peu plus tard, en 1845, il conçut et exécuta un télégraphe
à signaux conventionnels analogue sous certains rapports au télégraphe
américain de
Morse. Le manipulateur était un disque auquel on faisait parcourir
des arcs plus ou moins étendus, et le récepteur était
une bande de papier qui se déroulait uniformément. Les
signaux étaient formés de zigzags dont le nombre désignait
la lettre correspondante de l'alphabet et qui étaient tracés
par un crayon dont le mouvement alternatif était produit par
un électro-aimant. La pointe de ce crayon était sans cesse
ravivée à l'aide d'un artifice des plus ingénieux
et continuait à tracer sans interruption avec la même netteté.
Le télégraphe à clavier, dont le brevet a été
cédé vers 1854 par Froment à un de ses confrères,
remonte à la même époque, ainsi que le télégraphe
à cadran de grandes dimensions dont on se sert dans les cours
publics pour faire comprendre le principe général de la
télégraphie électrique à un nombreux auditoire.
Un autre appareil de démonstration de la transmission télégraphique
dont Froment aimait à faire les honneurs quand on visitait son
cabinet se composait d'un carillon dont les timbres étaient assez
nombreux pour permettre d'exécuter des morceaux de musique faciles.
Dès les premiers temps où l'habile constructeur s'était
vu en possession de ces moyens si commodes de communication, il en avait
fait usage pour établir entre la maison qu'il habitait et celle
de son père, qui en était peu éloignée,
des fils qui lui servaient d'une part à correspondre avec sa
famille àl'aide d'un télégraphe, et de l'autre
à faire marcher des horloges mises en relation avec son régulateur.
Je remarque, à cette occasion, que, si les horloges
électriques qui fonctionnent actuellement dans un grand nombre
de villes, en France et à l'étranger,ne sont pas installées,
et ne l'ont pas été tout d'abord à Paris, cela
n'a pas dépendu de Froment, qui, depuis la date que je viens
de citer, avait proposé à l'administration de se charger
de cette entreprise.
Il améliore le métier à tisser
électrique de Gaetano Bonelli et aide David Edward Hughes à
améliorer sa première machine à écrire pour
télégraphe.
Il travaille sur les moteurs électriques, et avec Léon
Foucault sur le gyroscope.
Il fabrique pour Léon Foucault la sphère du pendule, qu'il
va utiliser dans sa célèbre démonstration en 1851.
En 1851, à la grande exposition internationale de Londres, il
présente au moins une gravure microscopique.
En 1854, il construit une version simplifiée et améliorée
de l'horloge électromécanique de Charles Shepherd, inventée
en 1849.
Il collabore notamment avec Arago, Claude Pouillet, Fizeau, Desains,
Lissajous, et assure la formation scientifique du jeune Eugène
Ducretet, futur pionnier de la radiodiffusion. Il a pour assistant,
dans son atelier, le jeune Eugène Ducretet.
Il est surtout connu pour avoir conçu les premiers moteurs électriques
à usage industriel, pour lesquels il reçoit en 1857 une
mention au prix Volta.
Dans sa conception, des électroaimants étaient alimentés
pour attirer des tiges de fer fixées à un volant d'inertie
en rotation. Au moment où une tige de fer atteignait l'électroaimant,
l'alimentation du solénoïde était interrompue jusqu'à
ce que la prochaine tige de fer s'approche de l'électroaimant.
Charles Gaspard de la Rive
Charles-Gaspard De la Rive, né le 14 mars 1770
à Genève et mort le 18 mars 1834 dans cette même
ville, est un chimiste et médecin aliéniste suisse, également
auteur de quelques travaux sur l'électricité.... Condamné
en 1794 à cinq années de bannissement par le premier tribunal
révolutionnaire de Genève, il part étudier la médecine
à Édimbourg . A Londres, où il dirige son attention
vers les maladies mentales et commence à se constituer un magnifique
cabinet d'instruments de physique. Il visite également différents
établissements de soins en Angleterre puis rentre à Genève
(1799) ...
Spécialiste de lélectrochimie, De la Rive suit de
près les travaux de Humphry Davy, quil a loccasion
de recevoir chez lui en 1814, avec son assistant Michael Faraday.
Cest aussi un partisan de la chimie française, de la théorie
atomique de John Dalton (1811) et de la théorie des proportions
définies de Berzelius, deux auteurs dont il traduit et résume
les travaux pour les lecteurs de la Bibliothèque britannique.
Il annota également la traduction française des Conversations
on Chemistry de Jane Marcet. En 1820, il répète dans son
laboratoire, en présence de François Arago et de différents
savants genevois, lexpérience de Hans Christian Ørsted
sur le « conflit électrique », cest-à-dire
sur linfluence magnétique dun courant électrique.
Il joue ainsi un rôle dans la répétition à
Paris de cette expérience à laquelle les physiciens français
ne voulaient pas croire parce quelle était inspirée
par la « Naturphilosophie » allemande. Il expérimenta
ensuite sur linfluence du magnétisme terrestres sur des
portions mobiles de circuit électrique, incitant Ampère
à analyser cette question. Son « flotteur électrique
», très sensible à linfluence magnétique,
sera également utilisé par Faraday.
De la Rive eut enfin lidée dun galvanomètre
basé sur la décomposition électrolytique de leau,
dont André Marie Ampère se servira pour étudier
la charge de piles électriques. Désireux de lancer la
carrière scientifique de son fils Auguste, il lui laissera dès
1822 le soin de poursuivre ses recherches électriques, en particulier
celles sur l'action exercée par le globe terrestre sur des portions
mobiles du circuit électrique.
Il travaille principalement sur l'électricité, en particulier
sur l'action calorifique de l'électricité, les décharges
électriques dans les gaz raréfiés, la théorie
de la pile et les phénomènes de l'électrolyse (polarité
des électrolytes). Il est l'auteur d'un Traité d'électricité
théorique et appliquée (1854-58; 3 vol.), qui fait la
synthèse des connaissances de l'époque et qui a été
traduit en anglais.
Jusqu'alors, on savait, en effet, qu'une matière peut agir sur
une autre matière, s'y unir ou s'en séparer, en changer
l'aspect et les propriétés, phénomènes qui
constituent une partie essentielle de la chimie mais on n'avait jamais
vu un fluide impondérable agir sur un autre fluide impondérable.
La lumière ne troublait pas la chaleur dans sa marche; ni l'une
ni l'autre n'agissaient sur l'électricité. OErsted annonçait,
cependant, que le fluide électrique pouvait agir sur le fluide
magnétique. Une science nouvelle et les plus merveilleuses applications,
dont la télégraphie électrique n'est qu'un exemple,
allaient sortir de ce germe fécond. Tous ceux qui assistèrent
à la constatation de cet événement extraordinaire
furent profondément émus, et nul ne contredit aux paroles
prononcées avec gravité par Pierre Prévost, l'auteur
de la théorie de l'équilibre mobile du calorique rayonnant
Novusrerum nascitur ordo.
Voici en quels termes à son retour à Paris, Arago raconte
cet événement: « M. le professeur de, La Rive, de
Genève, qui a découvert lui-même des phénomènes
extrêmement curieux avec les puissantes piles qu'il possède,
ayant bien voulu me permettre d'assister à la vérification
qu'il a faite des expériences de M. OErsted, devant MM. Prévost,
Pictet, Th. de Saussure, Marcet, de Candolle, etc., j'ai pu me convaincre
de l'exactitude des résultats principaux donnés par le
savant danois» Seul survivant, je pense, des témoins de
cette scène historique, où je figurais parmi les et coetera
d'Arago, j'ai conservé le souvenir des impressions éprouvées
par les assistants. Arrivés presque tous, avec la conviction
qu'OErsted avait été dupe de quelque illusion, ils voyaient
l'aiguille aimantée obéir à l'action du courant
électrique, marcher dans un sens quand le fil conducteur de la
pile était placé au-dessus delle, en sens contraire
lorsqu'on le plaçait au-dessous. Ils reconnaissaient que ces
effets ne pouvaient être attribués à aucune
agitation extérieure, quils se produisaient dans le vide
de la machine pneumatique, tout comme au milieu de lair, et qu'ils
cessaient lorsque, à laiguille aimantée, on substituait
une règle de bois.
Ampère s'empara de cette donnée avec une véritable
fougue. Après en avoir deviné les conséquences
par la seule force de la pensée, il les matérialisait
sur lheure, en mettant à profit toutes les ressources de
la mécanique pratique. L'admiration de Gaspard de La Rive était
sans bornes pour ces découvertes rapides, se succédant
de semaine en semaine. À peine, l'Académie des sciences
de Paris avait-elle reçu la communication de quelque nouvelle
expérience d'Ampère, que les ateliers d'horlogerie de
Genève avaient reproduit les appareils délicats imaginés
par l'illustre physicien français, en avaient varié les
formes et en avaient mis la construction à la portée des
moindres laboratoires. Si Gaspard de La Rive nétait animé
dans cette propagande que par le pur amour de la science, la Providence
lui préparait la plus douce des récompenses.
....
L'interrupteur de M. de la Rive.
C'est, comme une lame de fer soudée à un ressort d'acier
et maintenue dans une position fixe vis-à-vis un électro-aimant,
par un autre ressort ou un butoir métallique en connexion avec
l'une des branches du courant. Comme l'autre branche, après avoir
passé dans le fil de l'électro-aimant aboutit à
la lame de fer elle-même, l'électro-aimant n'est actif
qu'au moment où cette lame touche le butoir ou le ressort d'arrêt;
mais aussitôt qu'elle l'abandonne, l'aimantation cesse, et la
lame de fer revient en son point d'arrêt, puis l'abandonne ensuite.
Il se détermine donc une vibration d'autant plus rapide que la
longueur de la lame vibrante est plus courte, et que la force est plus
grande par suite du rapprochement de la lame de l'électro-aimant.
D'autres travaux portent sur la chaleur spécifique des gaz (en
collaboration avec François Marcet) sur l'ozone et sur les températures
du sol à différentes profondeurs. Il est l'un des principaux
défenseurs de la théorie chimique de la pile, qu'il contribue
à imposer au détriment de la théorie du contact
("Recherches sur les causes de l'électricité voltaïque",
Mémoires de la SPHN, 1836).
À partir de ses recherches sur l'électrolyse, il met au
point un procédé de dorure galvanique (1840). Il est aussi
l'inventeur d'une pile au peroxyde de plomb et une boussole des sinus.
De la Rive a conçu un appareil, sphère en bois de 60 cm
de diamètre surmontée de deux cloches en verre, pour la
reproduction des aurores boréales. Cet "uf électrique"
vient à l'appui de sa théorie électromagnétique
du phénomène.
Il fréquente Faraday, Davy, Ampère
et collabore avec Alphonse de Candolle. En 1862, il fonde la
Société des Instruments de Physique (SIP) avec Marc Thury.
A l'exposition universelle de 1867, il présente une expérience
sur les courants électriques dans le vide.
De la Rive fut l'éditeur de la Bibliothèque
Universelle de 1836 à 1846, des Archives de l'électricité
de 1841 à 1845, ainsi que des Archives des sciences physiques
et naturelles de 1846 à 1857 avec l'aide de Marignac et d'autres
collaborateurs. Il y a publié la plupart de ses articles, ainsi
que dans les Mémoires de la Société de Physique
et d'Histoire naturelle de Genève.
Député à la Constituante en 1841, puis comme député
conservateur au Grand Conseil entre 1842 et 1844 à Genève;
Ministre plénipotentiaire en 1861, très opposé
à l'annexion de la Savoie par la France. Il est aussi membre
de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie.
"L'uf électrique" Action du
magnétisme sur la lumière électrique dans le vide.
Un uf électrique (ampoule de verre) dans le lequel on a
fait un vide relatif est soufflé de façon à pouvoir
être enfilé sur un cylindre en fer doux entouré
à sa base dun électroaimant. A lintérieur
de luf, un anneau en laiton à la partie inférieure
et une électrode à la partie supérieure communiquent
avec lextérieur par deux bornes.
Si on relie ces deux bornes à une bobine de Ruhmkorff, on voit
dans luf une gerbe lumineuse cylindrique qui va de lélectrode
supérieure à lanneau en laiton et dans laquelle
on distingue des jets plus brillants que les autres.
Si on relie alors lélectroaimant à une pile de manière
à aimanter le cylindre en fer doux, la lumière se met
à tourner rapidement autour de ce dernier
dans un sens qui dépend de celui de laimantation du fer,
présentant ainsi un nouvel exemple de la rotation des courants
produite par des aimants.
De La Rive a utilisé son uf dès 1849 pour expliquer
les mouvements rotatoires observés dans les aurores boréales.
Fils de Charles-Gaspard de la Rive, physicien suisse.
Auguste est né le 9 octobre 1801 à Genève
et mort le 27 novembre 1873 à Marseille
C' est un physicien expérimental. Formé à l'Académie
de Genève, où il est notamment l'élève des
physiciens Marc-Auguste Pictet et Pierre Prevost, il publie son premier
article en 1822 sur l'influence du magnétisme terrestre sur un
cadre mobile traversé par un courant électrique.
Titulaire de la chaire de physique de 1823 à 1846, il travailla
sur l'électricité et l'électrothérapie.
Wilhelm von Legat
Wilhelm von Legat, chef de l'Inspection du Corps royal
prussien de télégraphe, à Francfort-sur-le-Main,
Il y a peu d'information sur sa biographie, mais il reste des textes
dans des archives :
Mai 1862 Reis donna une conférence et présenta
le téléphone à l'Institut allemand libre (Freies
Deutsches Hochstift) de Francfort-sur-le-Main.
Un article sur le téléphone fut communiqué par
l'inspecteur Von Legat à la Société austro-allemande
de télégraphe, puis publié dans sa revue.
Malgré tous les inconvénients de l'appareil Reis, qui
n'étaient pas inhérents au principe de l'appareil, de
nombreux éléments attestent que le téléphone
de Reis transmettait bien la parole . Attesté par l'inspecteur
Wilhelm von Legat, dans son rapport paru dans la « Zeitschrift
» (p. 77), en 1862. Après avoir fait allusion à
l'indistinction des voyelles, il déclare : « Les mots
isolés, prononcés comme lors de la lecture, de la parole
et autres activités similaires, étaient perceptibles indistinctement
; néanmoins, ici aussi, les inflexions de la voix, les modulations
de linterrogation, de lexclamation, de létonnement,
de lordre, etc., atteignaient une expression distincte. »
Von Legat publia un article sur l'invention de Reis en fournissait une
explication théorique. "Pourquoi, lors des expériences
pratiques, les mélodies sont-elles restituées avec une
justesse étonnante, alors que les mots isolés, à
la lecture, à l'oral, etc., sont moins perceptibles ? De plus,
les modulations de la voix contribuent à la cadence interrogative,
extatique, surprenante et séduisante. Sans aucun doute, la technique
présentée ici nécessitera encore de nombreux perfectionnements
avant de trouver une application pratique. Cependant, après de
nombreuses expériences pratiques, je suis persuadé que
la poursuite de ces recherches présentera un intérêt
théorique majeur et que leur mise en uvre pratique, à
notre époque, ne tardera pas"
Parmi ces instruments de Reis figurent deux types remarquables d'émetteurs
et deux de récepteurs. Ils sont tous regroupés dans deux
illustrations très anciennes, publiées dans les actes
de sociétés savantes et donc d'une authenticité
incontestable. La première se trouve dans le rapport de Wilhelm
von Legat à l'Austro-German Telegraph Verein en 1862, publié
dans la revue de cette société et reproduit intégralement
dans le « Polytechnisches Journal » de Dingler en 1863.
Elle est représentée sur cette figure .

L'émetteur est constitué d'un tube conique, a, fermé
à son extrémité la plus étroite par une
membrane de collodion, o, au centre de laquelle repose l'extrémité
d'un levier coudé très léger, c d, soutenu en e
et actionné.
Il construit un autre modèle de Reis, certains
auteurs considèrent celui-ci comme le troisième modèle
de Reis, tandis que d'autres de manière plus appropriée
l'appellent le modèle « Reis-Legat ».
Parmi d'autres documents contemporains, l'important
rapport de Legat sur le téléphone de Reis, présenté
à la Société télégraphique austro-allemande
en 1862, est reproduit intégralement. Ce rapport a servi de base
à l'une des illustrations de cet article. Il ne se contente pas
de décrire les appareils de Reis, mais propose une analyse approfondie
des problèmes liés à la reproduction téléphonique
des sons, notamment la transmission de la parole. Les documents de cette
époque montrent que la téléphonie était
généralement étudiée dans le contexte du
chant plutôt que de la simple parole, et que la transmission des
sons musicaux, généralement réussie, était
privilégiée à titre d'exemple par rapport à
la transmission, plus complexe mais aussi bien plus importante, des
mots et des phrases. La question de l'articulation, quant à elle,
est un thème récurrent.
« Die Wirksamkeit des elektrischen Stromes, auf
Töne ausgedehnt »,
Neues Frankfurter Museum, Beiblatt der Zeit, n° 183,
3 novembre 1861.
Il s'agit du plus long des trois articles, daté du 31 octobre
1861 et signé « l. » (un l minuscule suivi d'un point),
si je ne me trompe pas. Il existe peut-être une clé reliant
ces identifiants aux noms des contributeurs, ce qui permettrait d'identifier
formellement l'auteur. Si tel est le cas, j'espère que quelqu'un
me la communiquera. En attendant, le contenu de l'article indique clairement
qu'il s'agit d'une personne qualifiée pour assister aux réunions
de la Physical Society et qui avait également participé,
à titre privé, à certaines expériences antérieures
de Reis, notamment à l'identification d'accords de piano «
reproduits ». Qui cela pouvait-il bien être ?
Un élément important à prendre en compte est la
reproduction mot pour mot de deux passages de cet article dans un autre,
publié en 1862 dans la Zeitschrift des deutsch-österreichischen
Telegraphen-Vereins, sous la signature de Wilhelm von Legat, inspecteur
des télégraphes à Kassel : plus précisément,
les passages décrivant la transduction du son par loreille
humaine et les caractéristiques de la parole que le téléphone
pouvait reproduire. Dans sa biographie, Silvanus Thompson émet
lhypothèse que von Legat connaissait peut-être Reis
depuis 1855, date à laquelle ce dernier avait effectué
son service militaire à Kassel, et qu« il est
possible quil ait assisté à la conférence
de Reis en octobre précédent [cest-à-dire
avant 1862] ». Cependant, il note quaucun des anciens
camarades de Reis interrogés na reconnu le nom de von Legat,
si ce nest dans larticle lui-même, ce qui laisse planer
un certain mystère sur la nature de leur relation (p. 78).
Jusqu'à présent, deux possibilités me semblent
envisageables : soit von Legat était également l'auteur
de l'article précédent présenté ci-dessous,
soit il s'en est inspiré pour rédiger son propre article
de 1862. Cependant, un détail supplémentaire semble plaider
en faveur de von Legat comme auteur des deux textes. L'article de 1861
indique qu'au moment de la présentation du 26 octobre, Reis était
déjà parvenu à utiliser un récepteur tympanique
à électroaimant, un « appareil semblable à
une seconde oreille », en plus du récepteur composé
d'une aiguille à tricoter et d'un violon qu'il avait utilisé
lors de sa démonstration. Silvanus Thompson mentionne un « récepteur
à électroaimant » comme le troisième
modèle expérimental de récepteur de Reis, mais
précise qu'il n'était pas certain de sa place dans la
chronologie et que le rapport de von Legat de 1862 était la seule
source originale connue de lui qui en fasse mention (p. 30-31).
Ainsi, les deux articles partagent non seulement des extraits textuels
retranscrits mot pour mot, mais aussi la description rare d'un récepteur
où un électroaimant génère des ondes sonores
en exerçant une traction sur un corps distinct, contrairement
à un récepteur basé sur le principe de magnétostriction
où la magnétisation et la démagnétisation
produisent le son.
De manière générale, l'accès privilégié
de l'auteur aux travaux de Reis rend difficile de distinguer les informations
issues de la présentation publique de celles provenant de connaissances
externes. Les remarques concernant la théorie des sensations
auditives de Reis, en particulier, semblent aborder des sujets liés
à la seconde conférence du 16 novembre, qui n'avait pas
encore eu lieu (bien que la promesse d'une « discussion plus approfondie
» puisse laisser supposer que Reis avait au moins évoqué
la question lors de la première conférence). Elles complètent
également les points développés dans l'article
publié par Reis, sans simplement les reproduire, et contribuent
à clarifier comment sa théorie auditive et sa stratégie
pour le téléphone s'influençaient et se renforçaient
mutuellement.
Amédée Guillemin
Amédée Guillemin, né Victor Amédée
Guillemin, le 5 juillet 1826 à Pierre-de-Bresse où il
est mort le 2 janvier 1893, est un écrivain scientifique français.
Frère de Eugène Guillemin, il commence aussi ses études
au collège de Beaune et les termine à Paris, où
il enseigne pendant quelque temps les mathématiques comme professeur
libre, tout en écrivant dans les feuilles libérales opposées
à l'Empire.
En 1846 M. Guillemin avait reconnu que si une tige flexible de fer entourée
d'une hélice magnétisante est pincée dans un étau
à l'une de ses extrémités et recourbée sous
l'influence d'un poids adapté à l'autre extrémité,
on peut la faire redresser instantanément par le passage d'un
courant à travers l'hélice magnétisante. Or ce
redressement ne peut, dans ce cas, provenir que de la contraction déterminée
par les molécules magnétiques qui, sous l'influence de
leur aimantation, tendent à provoquer des attractions intermoléculaires
et à modifier les conditions d'élasticité du métal.
On sait en effet que du fer ainsi aimanté acquiert la dureté
de l'acier et qu'il ne peut plus être attaqué par la lime.
En 1860, il se fixe à Chambéry, où il est secrétaire
de la rédaction du journal politique La Savoie. Il revient à
Paris après l'annexion et y tient alors la chronique scientifique
de l'Avenir national.
Il commence alors à publier ses ouvrages scientifiques de physique
et d'astronomie, qui connaissent le succès. Son livre Le Ciel,
magnifiquement édité, est traduit en plusieurs langues.
Son uvre capitale reste Le Monde Physique en cinq volumes de grand
format. Il publie aussi toute une série de petits livres d'astronomie
et de physique, rassemblée sous le nom de Petite encyclopédie
populaire, collection solide, agréable et savante des sciences
et de leurs applications, parue chez Hachette. Il collabore à
un très grand nombre de journaux et revues littéraires,
scientifiques et politiques, notamment à La Nature, à
La République française et à la Revue philosophique
et religieuse. Il rédige la partie astronomie de la seconde édition
du Dictionnaire universel d'histoire naturelle de Charles d'Orbigny.
Il s'occupa aussi de politique et resta toujours fidèle à
ses convictions libérales.
Il fut maire d'Orsay de 1878 à 1880 où il logeait quand
il n'était pas à Paris.
Guillemin dans un ouvrage "Le son : notions d'acoustique physique
et musicale" écrit :
Le son a son origine dans certains mouvements imprimés aux masses
ou aux molécules des corps élastiques; la percussion,
le frottement, le pincement, l'action de la chaleur, de l'électricité
sont autant de modes de production du son ..
Expérience de M. Guillemin, sur, les effets vibratoires dus aux
actions moléculaires, qui deviennent visibles. Pour obtenir ce
résultat, il fixe solidement par une de ses extrémités
une aiguille de fer dune certaine longueur légèrement
recourbée, quil recouvre sur une partie de sa longueur,
dune hélice de fil dont les extrémités plongent
dans deux godets remplis de mercure. Ces godets sont interposés
dans le circuit dune pile, mais lun des bouts du fil, celui
qui correspond au bout libre de laiguille, ne senfonce dans
le mercure que dune très-petite quantité. Or, dès
quun courant interrompu passe, la tige se met à vibrer
sous linfluence des redressements de laiguille qui ont lieu
à chacune de ses aimantations, et qui sont dus aux attractions
moléculaires qui se produisent au sein même de laiguille
; de plus les vibrations de cette aiguille reproduisent la note même
quémet en vibrant linterrupteur du courant. .
Publications :
- ENCYCLOPÉDIE POPULAIRE DES SCIENCES ET DE LEURS APPLICATIONS
LE SON
- Le Magnétisme et l'Electricité Tome I Phénomènes
Magnétiques & Electriques
- Les Applications de la physique aux sciences, à l'industrie
et aux arts, 1874
- Le Son, notions d'acoustique physique et musicale, 1882
Charles Grafton Page (25 janvier
1812 - 5 mai 1868) naquit à Salem, dans le Massachusetts.
Charles Grafton Page, jeune médecin à
l'esprit scientifique fraîchement diplômé de Harvard
en 1837, avait commencé à travailler sur les moteurs dès
1836 .
Page a expérimenté des phénomènes physiques
en partant de lobservation les phénomènes naturels
(« philosophie naturelle » ou « naturalisme »,
philosophie adoptée par Michael Faraday et Joseph Henry.
Un jour, alors qu'il avait environ neuf ans, il disparut lors d'un violent
orage. Ses amis, inquiets, le recherchèrent et le retrouvèrent
sur le toit de la maison, tenant à bout de bras une pelle à
incendie pour voir s'il ne pouvait pas recevoir une décharge
électrique du nuage chargé d'électricité
! Ses premiers amis racontent également qu'à dix ans,
après avoir supplié sa mère de lui donner une lampe,
il la surprit en lui offrant une machine électrique fonctionnelle
qu'il avait fabriquée lui-même. L'entomologie retint une
partie de son attention durant son enfance, et il se passionna pour
la botanique et la floriculture, domaines auxquels il se consacra autant
que ses capacités le lui permettaient. Concernant sa vie scolaire
et universitaire, voici un extrait d'une communication du Dr Henry Wheatland,
président de l'Institut Essex de Salem, Massachusetts :
« J'ai fait la connaissance de C. G. Page lorsque nous étions
camarades de classe à la Salem Latin School. À cette époque,
il était connu pour s'intéresser à l'électricité,
ayant fabriqué ou étant en train de fabriquer une machine
électrique. » Ce même intérêt le
suivit durant ses études supérieures. En troisième
année, plusieurs d'entre nous, dont Page, fondèrent un
club de chimie.
Chaque membre devait donner une conférence, à tour de
rôle. Page donna des conférences sur l'électricité,
la pompe à air, etc. À cette époque, il possédait
une importante collection d'appareils pour un étudiant :
une machine électrique, une pompe à air
Plusieurs
d'entre nous s'intéressions également à l'histoire
naturelle, notamment à la botanique, la minéralogie, l'entomologie,
etc. Page était aussi de notre groupe.
Après avoir quitté l'université, alors qu'il était
étudiant en médecine, il poursuivit ses recherches, s'intéressant
au voltaïsme et construisant des batteries de toutes sortes, ce
qui aboutit à ses recherches approfondies vers 1836, qui permirent
de produire du mouvement par l'énergie magnétique.
Pendant ses études de médecine, il donna des cours de
chimie à une classe au Lyceum Hall.

Solénoïde de Page parcouru par un courant
électrique et self-induction (déjà connue) à
la rupture de l'alimentation, sensible pour l'homme avec des aiguilles
d'acupuncture dans des « soins médicaux »
Durant ses années d'école et d'université, Page
était toujours plein de vie et s'intéressait vivement
à toutes les activités de son âge. Il était
un meneur parmi les gymnastes, un patineur renommé, un bon chanteur,
un compagnon apprécié et très aimé de tous.
À cela, le général H. K. Oliver, de Salem, son
premier professeur et ami, ajoute : « Je me souviens moi-même
avoir vu, pendant le séjour du professeur Page ici, dans son
bureau, un chemin de fer miniature, une courbe elliptique d'environ
3,6 mètres de long et 1,8 mètre de large, autour de laquelle
circulait un train miniature. » « Moteur magnétique
tirant à grande vitesse une voiture miniature. »
Le récepteur téléphonique est fondé sur
le phénomène bien connu qu'a découvert Page en
1837, et d'après lequel un son distinct accompagne la désaimantation
d'une barre de fer placée dans une hélice électro-magnétique.
Wilhelm Wertheim (ou Guillaume
Wertheim en France) est un physicien français d'origine autrichienne,
né le 22 février 1815 à Vienne (Autriche) et décédé
le 20 janvier 1861 à Tours (France).
Après un doctorat de médecine, il devient spécialiste
de l'élasticité des solides et réalise les premières
mesures de leur déformation lors d'allongements ou de torsions.
Après deux années passées à Berlin à
suivre des cours de physique et à étudier les mathématiques,
et après son arrivée à Paris en 1840 il entreprit
des années de recherche, dans les laboratoires de l'École
Polytechnique et du Collège de France ; sa fortune héritée
lui dispensait d'un poste officiel pour subvenir à ses besoins.
Quelques années plus tard, il retourna brièvement à
Vienne, ayant été mal informé au sujet d'un poste
universitaire important dans son pays natal. Il aurait dû renoncer
à sa religion pour obtenir ce poste. Autrement, seul un poste
mineur lui était accessible, lui qui était déjà
un physicien expérimental renommé. Wertheim retourna en
France, obtint la nationalité française (1848) et prêta
allégeance à son pays d'adoption. Pendant plusieurs années,
il fut examinateur dentrée à lÉcole
polytechnique et professeur invité pendant une courte période
à la faculté de Montpellier (1854). Membre du jury de
lExposition universelle de Paris de 1855, il fut décoré
de la croix de la Légion dhonneur.
Wertheim ne fut jamais élu à lAcadémie royale
des sciences, mais figura parmi les candidats à deux reprises,
en 1851 et en 1859. Il fut élu membre correspondant des académies
de Vienne et de Berlin, respectivement en 1848 et 1853.
Wertheim devient le spécialiste de l'étude
de l'élasticité des métaux et des alliages, ainsi
que celle du bois, du verre et des tissus humains. Il réalise
des expériences minutieuses pour mesurer les caractéristiques
des déformations des solides, principalement les allongements
et les torsions.
Il ne faisait pas toujours preuve d'une intuition remarquable concernant
l'élasticité théorique, comme en témoigne
son utilisation, en 1848, de l'élasticité linéaire
infinitésimale dans des calculs qu'il compara à des données
relatives à la très grande déformation du caoutchouc
en compression. Cette erreur, soit dit en passant, n'échappa
à aucun de ses critiques ! Son véritable problème
résidait dans le fait qu'au milieu du XIXe siècle, il
posait les bonnes questions expérimentales dans le cadre de théories
erronées.
Les réalisations expérimentales de Wertheim furent néanmoins
nombreuses. On lui doit notamment la contribution expérimentale
la plus importante aux débuts de la photoélasticité.
La première étude d'envergure sur la torsion de prismes
présentant une grande variété de sections transversales
; la première étude définitive des effets de compression
accompagnant la déformation axiale de prismes creux ; la première
étude sur la propagation d'ondes de traction unidimensionnelles
dans un fil de plus de 3 km de long ; et, fait particulièrement
intéressant aujourd'hui, il doit être considéré
comme un précurseur de la physicienne biomédicale puisqu'en
1846, il a étudié l'élasticité des os, des
tissus, des muscles, des artères et des nerfs du corps humain
en fonction du sexe, de l'âge et des effets de la déshydratation
survenant après le décès. Pour ce que l'on pourrait
qualifier, de manière anachronique, d'étude de «
génie biomédical », Wertheim a disséqué
huit cadavres, hommes et femmes, et a constaté que chacun de
ses spécimens était régi par une fonction contrainte-déformation
non linéaire. Le degré de non-linéarité
diminuait avec le temps de séchage des spécimens, une
variable constitutive nouvelle et inhabituelle.
En 1846, alors que la découverte de la micro-déformation
permanente à faible déformation, c'est-à-dire le
« défaut élastique », l'effet élastique
résiduel, l'effet thermique résiduel, la stabilité
ou l'instabilité associée à l'effet Savart-Masson
et le fluage de Vicat, exerçaient des influences nouvelles et
importantes sur la pensée de l'époque et dominaient donc
les discussions et les interprétations, il était difficile
de décider quelle déformation mesurée enregistrer.
Dans ses études sur les tissus organiques et les métaux,
Wertheim a soigneusement décrit sa procédure : il a indiqué
avoir chargé léchantillon jusquà une
valeur spécifiée, lavoir immédiatement déchargé,
puis avoir enregistré la déformation ou lallongement
aux deux extrémités. Wertheim a enregistré lallongement
à vide quelques minutes après la suppression de la charge.
Les données ont permis de diviser la déformation en déformation
permanente et en déformation élastique immédiatement
réversible. Quelques mois après avoir écrit ce
commentaire, jai constaté que lerreur de Wertheim
navait pas échappé à lattention de
JAMES CLERK MAXWELL.
Il fit la découverte alors très originale
et troublante que les théories atomistiques de l'élasticité,
philosophiquement séduisantes et fondées sur les considérations
de Poisson et Cauchy concernant les forces centrales entre
atomes adjacents, étaient expérimentalement inacceptables
pour les solides isotropes. La découverte de Wertheim en 1848,
selon laquelle les relations de Cauchy ne décrivaient pas la
déformation des solides cristallins, résonnait encore
chez certains théoriciens plus de cinquante ans plus tard, au
tournant du siècle. La reconnaissance, au cours de ce siècle,
de l'incompatibilité des relations Cauchy avec les données
expérimentales est arrivée trop tard .
Il réalise les premières déterminations expérimentales
du coefficient de Poisson en 1848
Wertheim, qui demeura célibataire, est décrit dans lAlmanach
der Kaiserlichen Akademie der Wissenschaften (probablement par le secrétaire
général, le Dr Anton Schôtter) comme un homme à
lesprit libre et joyeux, menant une vie retirée, presque
exclusivement consacrée à la recherche scientifique. Lamertume
croissante perceptible dans ses derniers écrits laisse supposer
que ses « humeurs » étaient teintées de mélancolie.
Les « dépressions » qui ont précédé
sa mort trouvaient leur origine dans la controverse scientifique. Le
Journal dIndre-et-Loire du 22 janvier 1861 rapporte que, le jour
de son décès, Wertheim exigea avec impatience dêtre
conduit à la tour de la cathédrale Saint-Gathien de Tours,
ville où il sétait rendu sur les conseils de son
médecin. Après avoir gravi à toute vitesse la plateforme
de la tour, Wertheim, visiblement malade et très agité,
sauta sur le parapet et se jeta sur le parvis avant que la garde qui
laccompagnait ne puisse larrêter.
Vingt-cinq à cinquante ans après la mort de Wertheim,
on trouve encore dans ses mémoires et monographies des références
acerbes à ses interprétations et des éloges à
ses expériences. Comble de l'ironie, la majeure partie des données
expérimentales citées dans ces publications proviennent
de Wertheim et lui font référence. C'est devenu une norme.
Wertheim s'est ensuite appliqué à étudier
les vibrations des solides, ce qui l'a conduit à
étudier la propagation du son, en particulier dans les gaz et
les liquides. D'autres expériences lui ont permis d'étudier
divers effets sur les solides, comme le magnétisme, la chaleur,
la double réfraction, la capillarité, etc. Il a montré
que des vibrations longitudinales et transversales devaient être
produites lors des séismes (ondes P et S), ce qui ne sera observé
qu'une cinquantaine d'années plus tard.
Relativement méconnu, en particulier du fait de sa mort prématurée
à 45 ans, Wertheim a cependant obtenu des résultats scientifiques
de premier ordre grâce à des travaux expérimentaux
novateurs.
Bell dit de lui que « Guillaume
Wertheim certainly was one of the finest, perhaps the most important
19th century experimentist in the continuum physics of solids »
(Guillaume Wertheim fut l'un des plus brillants, voire le plus
important expérimentateur du XIXe siècle dans le domaine
de la physique des solides).
La barre est serrée par le milieu dans un support, une de ses
extrémités est placée au centre d'une bobine dont
les deux bouts communiquent avec une pile, et chaque fois qu'on ferme
ou qu'on rompt le courant, la barre de fer fait entendre un faible son
.
Wertheim est aussi considéré comme un des précurseurs
de l'invention du phonographe et du téléphone grâce
à son travail sur l'enregistrement d'un diapason sur une plaque
de verre enduite de noir de fumée .
Pendant plusieurs années l'on a déjà
essayé de transmettre des sons musicaux ou articulés à
distance au moyen d'une communication électrique. Quelques-unes
des premières expériences de sir Charles Wheatstone eurent
un tel succès que l'on conçut l'espoir d'arriver un jour
à construire un instrument capable non-seulement d'enregistrer
graphiquement certains sons perceptibles à l'audition, mais même
de produire sur un diagramme
un ensemble de signaux permettant de reconstituer les sons de la voix
humaine.
Un ingénieur danois, M. Paul
Lacour, a également obtenu un résultat en employant
des diapasons vibrants pour la transmission des impulsions, et une série
de diapasons correspondants, dont chaque branche est entourée
d'une hélice magnétique pour appareil de sélection
.
Cet appareil de sélection peut être employé comme
téléphone récepteur ou comme relais intermédiaire,
pour transmettre des signaux à des appareils télégraphiques
ordinaires.
Frantiek Adam Petrina
allemand (ou Franz Adam Petrina), est né 24 décembre 1799
à Semily en Bohême ; et décédé le
27 juin 1855 à Prague.
Comme son père, tisserand, ne pouvait réaliser son souhait
d'étudier, Petrina dut d'abord apprendre le métier. Ce
n'est qu'à l'âge de 17 ans, après être devenu
compagnon tisserand, qu'il put, grâce au soutien de ses amis,
acquérir une formation formelle et intégrer l' Université
de Prague .
En 1832, il fut nommé professeur assistant de mathématiques
et de physique.
Après avoir obtenu son doctorat en 1836, il fit la connaissance
d' Andreas von Ettingshausen et découvrit sa machine
magnéto-électrique, qu'il venait de construire à
Vienne . Il conserva depuis lors un vif intérêt pour ces
machines et leur construction.
En 1837, il fut nommé professeur de physique et de mathématiques
appliquées au lycée de Linz .
En août 1844, il devint professeur de physique à l'université
de Prague.
L'un de ses premiers travaux portait sur une nouvelle théorie
de l' électrophore et un nouvel électroscope
à base de résine . La première partie théorique
fut infructueuse, mais l'électroscope continua de susciter un
vif intérêt pendant longtemps.
Il a mené des recherches sur l'induction électromagnétique
et travaillé sur des machines électromagnétiques,
qu'il a perfectionnées. Il a également étudié
l'utilisation des courants de dérivation en télégraphie
et mis au point un système télégraphique permettant
la transmission simultanée de messages depuis les deux extrémités
de la ligne.
L'instrument qu'il utilisa pour s'imposer comme l'inventeur de
la téléphonie musicale demeure inconnu. On pense
qu'il s'agissait d'un type de physharmonica à commande
électromagnétique , construit par le mécanicien
Spitra à Prague et dont il fit la démonstration lors d'une
réunion de la Société de Bohême le 26 juillet
1852. Les sons pouvaient être transmis par des fils à un
autre instrument identique.
À partir de 1848, il fut membre correspondant de l' Académie
de Vienne et membre titulaire de la Société des sciences
de Bohême . En 1853, il fut élu membre de l' Académie
allemande des sciences naturelles Leopoldina .
Par la suite, Petrina créa ses propres cours couvrant
l'ensemble du domaine de la physique de l'époque. Il dispensait
des cours en allemand sur la mécanique, l'acoustique, la statique
des liquides, la télégraphie, le magnétisme et
l'électricité, l'optique, la thermique et le galvanisme
.
Vers 1840, les travaux fondamentaux de Faraday, Gauss, Ohm, Oersted
et d'autres fondateurs de la théorie de l'électricité
et du magnétisme avaient été publiés. Petrina
prit connaissance de ces travaux et, dans de nombreux cas, les vérifia
ou les réfuta par ses propres expériences. Il convient
de préciser que Petrina était partisan de la théorie
de l'électricité fluide, et plus précisément
de la théorie unitaire. Selon cette théorie, l'électricité
était une sorte de gaz léger dont la composition restait
inchangée quelles que soient les circonstances. Ce fluide était
censé entourer les atomes de la matière comme une atmosphère.
Les sphères de fluide créées autour de chaque atome
étaient censées exercer une force les unes sur les autres
et rompre l'équilibre, qui était ensuite rétabli
par un courant galvanique. Petrina décrivait l'électricité
comme suit: « L'électricité est une sorte de
gaz qui enveloppe tous les atomes et les lie peut-être même
entre eux. Les atomes attirent et retiennent l'électricité
différemment selon leur nature, ce qui est également vrai
pour la chaleur, le magnétisme et l'éther (conducteur
de la lumière). » On a affirmé que Petrina
suivait les nouvelles découvertes en électricité
et en magnétisme, mais il l'a fait de manière apparemment
incohérente. Cela l'a souvent conduit à se consacrer à
des problèmes déjà résolus. On peut citer
en exemple son étude de 1842 sur l'effet de la flamme sur le
courant électrique ou ses travaux de 1853, selon lesquels une
spirale métallique se déplace lorsqu'un courant la traverse.
Petrina s'est appuyé à plusieurs reprises sur des théories
erronées dans ses expériences. Par exemple, il en est
venu à remettre en question la validité des lois de Biot-Savart
et d'Ohm. Dans un article tchèque, il ne s'est pas pardonné
son amertume patriotique lorsqu'il a écrit : « J'ai
décidé de discuter ici de la théorie du courant
galvanique inventée par les Allemands Ohm, et pourtant formé
par des experts allemands en énergie, souhaite également
exposer ses points de vue et ses doutes quant à sa validité
au public slovaque, espérant que cette discussion incitera au
moins quelques personnes à se former et à développer
ce domaine passionnant et prometteur d'ingéniosité et
de rigueur en Slovaquie
Ailleurs, Petrina écrit :
« Je ne considère pas la théorie d'Ohm comme
valide car elle ne tient pas compte de la vitesse du courant. Par des
raisonnements étranges, il conclut que, dans un appareil galvanique,
la résistance augmente, à mon avis, avec la quantité
d'électricité introduite. Selon Petrina, la force électrique
d'une pile est indépendante de sa géométrie, car
la théorie des fluides électriques ne le permet pas. »
Il affirmait en outre que la résistance d'un conducteur n'est
pas déterminée par ses propriétés, mais
est directement proportionnelle à l'intensité du courant
qui le traverse. Enfin, Ohm ne tient pas compte de la vitesse du courant.
Petrina imaginait que le courant provenant d'une pile composée
de x cellules identiques est x fois plus rapide (et donc plus intense)
que le courant provenant d'une seule cellule. Parallèlement,
au début des années 1840, Petrina reconnut la validité
de la loi d'Ohm, comme en témoigne son ouvrage où il proposa
une méthode de mesure de l'intensité du courant, méthode
qui fut même intégrée à des manuels scolaires.
Pratiquement tous les travaux publiés par Petrina concernent
l'électricité et le magnétisme. La plupart furent
publiés en allemand, mais certains parurent également
en tchèque dans la Revue du Musée tchèque. Son
premier ouvrage à Prague portait sur la nature de la résistance
interne d'un voltmètre. Il utilisa des piles Grove, Bunsen et
Daniell comme sources de courant. Déjà dans cette étude,
il émettait des doutes quant à la validité de la
loi d'Ohm. Un travail intéressant est l'étude par Petrina
d'une nouvelle théorie de l'électrophore, dans laquelle
il décrit la transformation d'un électrophore en ébonite
en électroscope. Les articles que Petrina qualifie de contributions
à la physique sont importants. Ces contributions furent envoyées
par Petrina à Vienne, où elles furent présentées
lors des réunions de la classe des sciences mathématiques
et naturelles de l'Académie impériale des sciences, les
17 février 1853 et 16 juin 1854. Les premières durent
donc être rédigées en 1852, voire plus tôt.
Elles furent publiées ultérieurement. Dans la cinquième
contribution, Petrina décrit la construction d'un dispositif
rotatif, un lointain ancêtre du moteur électrique, et dans
la sixième, la magnétisation d'un cylindre de fer creux
par une spirale galvanique placée à l'extérieur
du cylindre. Comme mentionné précédemment, Petrina
était un concepteur d'appareils compétent. Il perfectionna
l'inducteur de Ruhmkorff en y apportant des modifications structurelles.
Cinq des ouvrages de Petrina, publiés entre 1842 et 1848, sont
consacrés à la machine magnétoélectrique
comme source de courant. Le principe de cet appareil repose sur la rotation
de bobines entre les pôles d'un puissant aimant permanent. Petrina
admet : « Nous n'obtiendrons jamais un courant continu et durable,
mais nous pouvons nous en approcher en faisant tourner deux cylindres
sur un même axe. Plus les bobines, avec leurs cylindres de fer,
changent rapidement de pôle, c'est-à-dire plus elles tournent
vite entre les aimants, plus nous nous rapprochons d'un courant continu
». Petrina recommande ces appareils aux médecins pour des
applications d'électrothérapie, car, selon lui, «
le choc électrique est bénéfique à tous
les organes du corps humain ». Il précise également
que sa machine magnétoélectrique est si puissante que
personne ne peut résister à ses chocs et qu'il est impossible
de lâcher la poignée en raison de violents spasmes provoqués
par la rotation trop rapide des cylindres. « Ces machines sont
très bénéfiques en médecine, cela ne fait
aucun doute. Les publications médicales les plus récentes
nous apportent des résultats à la fois efficaces et la
théorie revêt une importance capitale. Elles invitent tout
médecin curieux à se former avec diligence et prudence
dans ce nouveau domaine, pour le bien de l'humanité malade et
le progrès de la science. »
L'histoire de l'harmonica électrique de Petrina, dont les anches
vibraient électromagnétiquement, demeure quelque peu obscure.
Il s'agissait d'une invention de Petrina, qu'il garda jalousement secrète.
Il présenta son harmonica lors d'une réunion de la section
des sciences mathématiques et naturelles de la KCSN, le 8 mars
1852, mais aucune publication n'en témoigne. Petrina était
très actif au sein de cette société. Lors des réunions
de la commission, il rendait souvent compte de nouvelles découvertes
en physique ou présentait de nouveaux dispositifs. Ces présentations
sont brièvement consignées dans les comptes rendus publiés
des réunions de la section, de 1845 à 1855. On y trouve
également des communications sur l'optique et la thermique.
Petrina a consacré plusieurs publications à la télégraphie,
sujet d'actualité dans les années 1840 à travers
le monde, y compris au sein de la monarchie autrichienne. Son ouvrage
« Télégraphe électromagnétique »,
publié dans la collection Casopis ceský Museum, témoigne
de sa pédagogie rigoureuse. Avant de décrire son propre
appareil, il propose une explication, dite « d'après
Adam », de la nature et de la production de l'électricité,
et décrit les expériences de Galvani, la colonne de Volta,
les expériences d'Oersted sur les effets magnétiques du
courant, etc. Il définit le télégraphe (du grec
« telegraph ») comme un dispositif permettant,
à l'époque, de transmettre des messages à la vitesse
maximale entre deux lieux, aussi éloignés soient-ils.
Et s'il repose sur les effets magnétiques du courant, il s'agit
alors d'un télégraphe électromagnétique.
Petrina explique le principe du télégraphe lui-même
à l'aide de l'exemple du dispositif Bain-Eckling utilisé
sur la ligne de chemin de fer Prague-Vienne (via Olomouc). L'article
fait suite à une description détaillée du télégraphe
à cloche, comprenant un tableau de conversion des nombres en
lettres. À la fin de l'article, Petrina exprime son admiration
pour l'esprit humain : « Si nous considérons l'uvre
merveilleuse à laquelle l'esprit humain a été conduit
par sa constance depuis le léger frémissement des muscles
de la grenouille, nous sommes émerveillés et nous réjouissons
de sa puissance et nous tournons de tout cur nos regards vers
Celui qui a si richement doté notre esprit. Il est impossible
pour un naturaliste de se perdre dans les marécages du matérialisme,
comme on le lui suggère souvent. Même un lecteur qui ne
connaît les lois de la nature que par les livres admire les pouvoirs
et la sagesse de Dieu, ce que seul un naturaliste, qui a la chance de
pouvoir questionner les lois éternelles et permanentes de la
nature et, parfois du moins, de lever le voile qui en obscurcit l'origine
à l'il curieux, peut faire ! » Une explication pratiquement
identique du télégraphe électromagnétique
a été publiée par Petrina à la même
époque également en allemand Petrina n'a pas seulement
fait des rapports sur la télégraphie, mais l'a également
étudiée intensivement au cours des dernières années
de sa vie. Lors d'une réunion de la section des sciences mathématiques
et naturelles de l'Académie impériale de Vienne, un article
a été présenté. L'article de Petrina, dans
lequel il recommande l'utilisation de courants ramifiés en télégraphie,
a été examiné. Il y affirmait avoir construit,
grâce à de nombreuses expériences, un dispositif
permettant d'alimenter huit appareils d'enregistrement à partir
d'une seule pile locale. Selon Petrina, une pile ordinaire, de capacité
appropriée et consommant proportionnellement plus de zinc, suffirait
pour une station télégraphique. Le dispositif amélioré
de Petrina fut rapidement testé par le Bureau télégraphique
de Vienne et installé dans cinq stations. Sur un total initial
de 1 120 piles, seules 324 étaient désormais nécessaires,
ce qui représentait une économie considérable.
Fin mai 1853, Petrina annonça à la section des sciences
mathématiques et naturelles de la KCSN qu'il pouvait télégraphier
de manière fiable sur une distance de 160 kilomètres autrichiens
en utilisant une seule pile Grove comme source d'énergie. Cette
annonce figurait également dans une communication à l'Académie
de Vienne. Outre Petrina, J. W. Gintl, originaire de Prague, a également
contribué à ces travaux.
Petrina, professeur de physique à Graz, directeur du bureau télégraphique
de la KCSN à Vienne à partir de 1850 et membre correspondant
de l'Académie impériale des sciences de Vienne à
partir de 1848, s'intéressait également à la télégraphie.
Gintl est l'auteur d'un télégraphe électrochimique,
dont le principe reposait sur l'enregistrement de codes Morse par passage
d'un courant électrique à travers du papier traité
chimiquement, et d'un télégraphe portatif pour les chemins
de fer. Il a également expérimenté la télégraphie
simultanée dans les deux sens sur la même ligne. En novembre
1854, Petrina présenta, lors d'une réunion de la KCSN,
un rapport sur la télégraphie bidirectionnelle simultanée
à l'aide d'un appareil Morse sur un seul fil, soit le problème
soulevé par Gintl. Dans une longue communication, Petrina s'efforça
d'expliquer les expériences susmentionnées de Gintl et
contesta ses points de vue sur la question. Ce n'était pas la
première polémique entre Petrina et Gintl. Gintl avait
déjà critiqué dans son ouvrage de 1848 sur le magnétisme.
Par ailleurs, le dernier ouvrage publié de Petrina, rédigé
d'après les notes par son assistant A. Novák (qui le remplaça
dans ses cours de physique jusqu'en 1858, date à laquelle le
nouveau professeur Viktor Pierre (1819-1886) prit la relève),
traite de la télégraphie. Petrina ne s'intéressa
que marginalement à l'astronomie (travaux sur les éclipses
solaires et lunaires), préférant l'électricité
et le magnétisme. Ses connaissances en théorie du magnétisme
étaient limitées, comme en témoignent ses divergences
d'opinions avec J. Chr. Poggendorff et H. Reese sur la polarité
du fer magnétisé, ou avec l'idée, pourtant juste,
de Gintl selon laquelle le champ magnétique est également
influencé par la présence de substances non ferromagnétiques.
Ses faiblesses théoriques l'ont d'autant plus distingué
comme praticien et pédagogue. S'il n'était pas mort prématurément,
il aurait pu apporter une contribution majeure, notamment en télégraphie.
Frantiek Adam Petrina fut sans conteste le plus important physicien
tchèque de la première moitié du XIXe siècle.
Certains de ses dispositifs trouvèrent des applications pratiques.
Par exemple, sa spirale, utilisée comme coupe-circuit rudimentaire,
fut employée en électrotechnique pendant une période
relativement longue. Il s'agissait d'une spirale de fil d'argent suspendue
verticalement dans un support faisant également office de source
de courant. L'extrémité inférieure de la spirale,
lestée, était immergée dans du mercure où
était injecté le courant. Lorsque le courant traversait
la spirale, celle-ci se raccourcissait, son extrémité
émergeait du mercure et le courant était interrompu. On
voit donc clairement qu'il s'agissait d'une idée simple que Petrina
sut mettre en uvre...
Machine magnéto-électrique de conception
optimale pour les applications médicales et physiques, accompagnée
d'une explication théorique, d'une description claire et d'un
mode d'emploi. Linz, Eurich, 1844. In-8 ; VIII, 56 pp., 1 feuillet ;
avec 10 gravures sur bois.
.
Petite parenthèse : Le moteur électrique
de Page
Extrait du "JOURNAL OF SCIENCE AND ART."
Page a fait ses études primaires à la Grammar School de
Salem, puis est entré à l'Université Harvard en
1828, où il a obtenu son diplôme en 1832.
Il a étudié la médecine à la faculté
de médecine de Boston et, en 1838, il s'est installé avec
ses parents en Virginie, où il a exercé sa profession.
Vers 1841, il a été nommé l'un des examinateurs
principaux à l'Office des brevets des États-Unis. À
cette époque, il n'y avait qu'un seul autre examinateur principal,
et cette fonction était d'une grande responsabilité, car
la décision concernant toutes les demandes de brevets dans les
catégories d'inventions relevant de sa compétence reposait
généralement sur l'examinateur principal.
En 1844, il fut élu professeur de chimie au département
de médecine du Columbian College, à Washington D.C., mais
en 1849, il démissionna de son poste de professeur en raison
de la pression exercée par ses fonctions à l'Office des
brevets.
En 1852, il prit sa retraite de l'Office des brevets afin de se consacrer
à l'effort auquel il était alors engagé pour introduire
l'électromagnétisme comme force motrice. Faute de moyens
pour poursuivre ses expériences, il abandonna cette entreprise
et s'associa à MM. J. J. Greenough et Charles L. Fleischman pour
la publication de l'American Polytechnic Journal, qui débuta
au début de l'année 1853.
Après l'arrêt de la publication de la revue de ce journal
à la fin de l'année 1854, le professeur Page ne réapparut
dans aucune fonction publique jusqu'en 1861, année où
il réintégra l'Office des brevets en tant qu'examinateur,
poste qu'il occupa jusqu'à la fin de sa vie.
Le zèle et l'activité qu'il déploya dans la recherche
et l'expérimentation en électricité, qui marquèrent
particulièrement les quelques années qu'il passa à
Salem après avoir achevé ses études, sont attestés
par ses nombreuses contributions à ce Journal à cette
époque. Doté d'une grande propension à l'invention,
il prenait plaisir à concevoir des dispositifs mécaniques
pour l'application pratique et l'illustration intéressante des
lois de l'action électrique et électromagnétique.
Expérimentateur habile et versé dans la théorie
de l'électricité, il était aussi un écrivain
prolifique et enthousiaste, et ses publications ont certainement contribué
à approfondir les connaissances en électricité
et à susciter un vif intérêt pour cette discipline.
L'auteur de cette notice peut assurément témoigner de
sa propre dette envers lui à cet égard.
En 1836, il réalisa une série d'expériences précieuses,
publiées dans le volume 31, première série de ce
Journal, sur l'induction des courants électriques, faisant suite
aux découvertes antérieures des professeurs Faraday
et Henry sur ce sujet. Le professeur Henry
(dans ce journal, 1re série, vol. xxviii, p. 328) avait obtenu
des étincelles et des chocs électriques à partir
du « calorimoteur » par induction du courant sur
lui-même dans un long ruban de cuivre enroulé en spirale
plate serrée, après avoir été recouvert
d'une gaine isolante. Le professeur Page a répété
et modifié ces expériences avec un ruban spiralé
d'un pouce de large et de 220 pieds de long, et a franchi une étape
importante en augmentant l'intensité du choc grâce à
un circuit de batterie de longueur réduite, associé à
un circuit d'induction de plus grande longueur, ce dernier étant,
bien entendu, partiellement ou totalement extérieur au circuit
de batterie. Parmi les autres formes d'expériences détaillées
dans l'article auquel il est fait allusion, il a obtenu le choc à
partir d'une partie de la spirale entièrement extérieure
à la partie du circuit de la batterie, ce qui est conforme à
l'observation élémentaire de Faraday sur l'induction d'un
courant sur un conducteur voisin, mais il a constaté que le choc
le plus important était obtenu, avec cette hélice et la
batterie d'une seule paire utilisée, lorsque toute la longueur
de la spirale était incluse dans le circuit d'induction, et seulement
une fraction de sa longueur dans le circuit de la batterie. Il n'a proposé
aucune théorie pour expliquer ce résultat, mais aujourd'hui,
alors que les lois du circuit voltaïque sont non seulement connues
mais aussi bien comprises, et que les lois de l'induction sont mieux
comprises qu'à l'époque dont nous parlons, notamment grâce
aux nombreuses recherches menées par le professeur Henry environ
deux ans plus tard, il est facile de constater qu'après qu'un
certain volume de métal conducteur a été parcouru
par un courant grâce à une surface de batterie proportionnelle
au volume de métal, l'efficacité de la résistance
d'une coupure dans le circuit, c'est-à-dire la rapidité
avec laquelle elle interrompt le courant, est proportionnelle au nombre
d'éléments en série de la surface de la batterie,
le volume de métal étant disposé sur une longueur
appropriée. Ainsi, l'intensité du choc provenant du circuit
d'induction, la longueur de ce dernier restant inchangée, sera
accrue en réduisant la longueur et l'intensité du circuit
de la batterie. Autrement dit, si l'étincelle produite par une
interruption dans le circuit d'induction doit avoir une durée
(résistance) supérieure à celle de l'étincelle
brève produite par une interruption dans le circuit de la batterie,
la longueur du circuit d'induction doit être proportionnellement
plus grande que celle du circuit de la batterie.
C'est dans cette optique que le professeur Page a énoncé
le principe fondamental sur lequel reposent les effets des bobines
d'induction voltaïque. La démarche qu'il a entreprise
en 1836, comme mentionné précédemment, fut, à
notre connaissance, la première dans ce sens. Un compte rendu
de cette démarche fut rapporté en Europe par feu Francis
Peabody de Salem et communiqué, de manière imparfaite,
au philosophe anglais Sturgeon, avant sa publication aux États-Unis.
D'après le récit de Sturgeon, cette communication semble
avoir donné l'impulsion initiale à une série d'expériences
assez importantes menées par ce dernier. Moins d'un an après
son entretien avec Peabody, il construisit une bobine d'induction, décrite
dans les Annals of Electricity d'octobre 1837, vol. I, p. 477. Le circuit
de la batterie était constitué d'une hélice intérieure
de fil de cuivre assez épais, longue de 79 mètres (260
pieds), et le circuit d'induction d'une hélice extérieure
de 396 mètres (1300 pieds) de fil très fin. Il utilisa
ce dispositif tantôt avec, tantôt sans, un noyau de fer
dans l'axe commun des deux hélices, et obtint de fortes décharges
électriques dans les deux cas. Entre-temps, le professeur Callan
du Maynooth College, à Treland, avait mené des expériences
à grande échelle et avait poussé la multiplication
de la longueur du circuit d'induction, par rapport à celle du
circuit de la batterie, bien plus loin que dans la bobine de Sturgeon,
mentionnée précédemment. Ses résultats avaient
été publiés dans les Annales de Sturgeon. Cependant,
ses expériences utilisaient l'induction de très grandes
masses de fer et, en négligeant l'interférence des courants
électriques nécessairement induits dans la masse métallique
de l'électroaimant, il s'était empêché de
découvrir une étape cruciale pour l'amélioration
de ces machines. L'électroaimant et la bobine d'induction dans
lesquels il avait utilisé, plusieurs mois auparavant, le circuit
de batterie raccourci, étaient, en ce point précis, presque
identiques à la bobine de Page, créant ainsi un circuit
d'induction deux fois plus long que celui de la batterie.
Cependant, Page l'avait précédé de trois mois,
comme l'attestent la date de son article dans ce Journal (janvier 1837)
et celle de l'article de Callan dans le London and Edinburgh Philosophical
Magazine (décembre 1836). Sturgeon affirme que la communication
de M. Peabody à MM. Sturgeon et Clarke a eu lieu une ou deux
semaines avant la réunion de Bristol de la British Association.
Cette réunion s'est tenue le 22 août 1836, et le dernier
article de Callan mentionné était daté du 23 août
1836 à Maynooth. Par conséquent, bien qu'il ne fasse aucun
doute que le professeur Callan ait été totalement indépendant
du professeur Page dans cette avancée importante, il est clair
que la priorité revient à ce dernier. Nous nous sommes
donc longuement attardés sur ce sujet car il nous a semblé
impossible de rendre autrement justice au professeur Page et à
tous ceux qui sont directement concernés.
En lien avec ce principe, une autre découverte intéressante
faite par le professeur Page lors de la même série d'expériences
fut que l'intensité du choc était accrue lorsque la rupture
du circuit de la pile (à mercure) se produisait sous un liquide
non conducteur. On peut se demander si cette observation ne mériterait
pas un nouvel examen.
Au cours de ses expériences avec la spirale plate, il obtint
l'étincelle et le choc à partir d'un courant thermoélectrique
(ce Journal, I, vol. XXXIII, p. 118), ajoutant ainsi un élément
supplémentaire aux liens déjà établis par
Faraday pour démontrer l'identité de la thermoélectricité,
de l'électricité voltaïque et de l'électricité
statique. Il réussit également à charger une bouteille
de Leyde au moyen du courant induit, un résultat appartenant
à la catégorie des faits qui justifient l'emploi du terme
« courant » pour exprimer correctement la relation
réelle existant entre l'électricité statique et
l'électricité voltaïque, ou dynamique. Après
avoir allongé sa spirale plate jusqu'à 97,5 mètres
(320 pieds), il parvint même à réaliser cette opération
avec une pile voltaïque d'une seule paire.
Il convient également de mentionner qu'il projeta le courant
induit (dans ce Journal, octobre 1837, p. 355) entre des pointes
de charbon « avant contact ».
On doit également au professeur Page l'adaptation à la
bobine d'induction du disjoncteur automatique, c'est-à-dire un
disjoncteur actionné par le courant lui-même. Le disjoncteur
qu'il utilisa en premier (1836) était la roue dentée de
Barlow, qui tourne entre les pôles d'un aimant permanent en forme
de fer à cheval.
Peu après (dans ce Journal, 1re série, vol. xxxii), il
conçut plusieurs autres formes de disjoncteurs automatiques,
dont l'une consistait en un levier vibrant miniature actionné
par le courant et dont l'amplitude de mouvement était limitée
et régulée par une vis de blocage afin de lui conférer
« l'extrême rapidité d'oscillation souhaitée ».
La coupure du circuit d'un courant voltaïque par l'action du courant
lui-même avait été réalisée quelques
années auparavant dans le moteur électromagnétique
du professeur Henry, déjà mentionné, mais le professeur
Page semble avoir été le premier à envisager la
possibilité d'utiliser ce mode d'action pour produire l'extrême
rapidité d'alternance requise dans ces machines à induction
*, et à concevoir et présenter au public un dispositif
mettant en uvre cette idée.
( * Afin de prévenir toute injustice, nous reproduisons
ce qui suit de l'article du professeur Henry, paru dans le volume xx
de 1831 de ce journal et republié par le professeur Page dans
l'American Polytechnic Journal, vol. i, p. 6. Il y est indiqué
que l'électroaimant oscillant du moteur de Henry mesurait «
environ sept pouces de long et était mobile sur un axe central
». Si les tambours sont remplis d'acide fortement dilué,
le mouvement est d'abord très rapide et puissant, mais il cesse
presque entièrement. En remplissant partiellement les tambours
d'acide faible et en ajoutant occasionnellement une petite quantité
d'acide frais, un mouvement uniforme à la fréquence de
soixante-quinze vibrations par minute a été maintenu pendant
plus d'une heure. )
Ce premier instrument est, à cet égard, le type des disjoncteurs
automatiques aujourd'hui très couramment utilisés avec
la bobine d'induction voltaïque.
La découverte de l'effet remarquable produit par le remplacement
des barres de fer massif par des fils de fer dans les bobines d'induction
fut faite indépendamment par Sturgeon, Bachoffner et Page, mais
la découverte des philosophes anglais était antérieure.
En avril 1838, Daniel Davis Jr., de Boston, construisit, sous
la direction du professeur Page, une machine à bobine intégrant
toutes les découvertes et améliorations apportées
jusqu'alors par lui-même et d'autres, notamment un dispositif
permettant d'interrompre le circuit de la batterie sous un liquide.
Avec quelques variations dans les accessoires, ces machines furent rapidement
produites en grande quantité aux États-Unis. Les seules
améliorations considérables apportées depuis lors,
outre la construction par Rubmkorff à une échelle beaucoup
plus grande, sont l'invention par Fizeau du condensateur,
nom quelque peu inapproprié qu'on lui donne, et le mode amélioré
de Richie pour l'enroulement de la bobine secondaire, ou d'induction,
en fil fin, afin de diviser, à l'extrême, le courant sur
son enroulement.
Le gouvernement des États-Unis a témoigné sa reconnaissance
envers le professeur Page pour sa contribution à l'invention
et au développement de cette catégorie de machines, en
promulguant une loi spéciale autorisant la délivrance
d'un brevet, à la discrétion du commissaire aux brevets.
Ce brevet lui a donc été délivré à
la fin de sa vie, après avoir suivi la procédure d'examen
habituelle à l'Office des brevets.
Une autre machine, construite par le professeur Page et décrite
dans ce journal en octobre 1838, se composait d'un électroaimant
en forme de U, constitué de fils de fer. Autour de celui-ci s'enroulait
une bobine supplémentaire pour les courants induits, en plus
de la bobine d'alimentation. Un induit en fer était monté
sur l'arbre de l'électroaimant et comportait un disjoncteur rotatif
pour le courant de la batterie, réglable. L'induction pouvait
être produite dans la bobine supplémentaire, sans interrompre
le circuit de la batterie, grâce à la perturbation magnétique
résultant du passage de l'induit rotatif devant les pôles
de l'électroaimant. Mais en mettant en marche et en réglant
correctement le disjoncteur du circuit de la batterie, le mouvement
de l'induit était maintenu par la batterie, et en laissant ouvert
ou fermé le circuit de la bobine supplémentaire ou d'induction,
et en faisant varier le réglage du disjoncteur de circuit tournant
sur l'arbre de l'induit, des résultats curieux et instructifs
ont été produits pour illustrer l'influence des courants
induits sur le mouvement des moteurs électromagnétiques,
pour le détail de quoi nous devons nous référer
à l'article auquel il est fait allusion. Dans le même volume
de ce Journal, il décrit également une machine magnétoélectrique,
semblable à celle de Saxton, qu'il a construite à grande
échelle. Dans cette machine, il a muni les deux armatures rotatives
de commutateurs permettant de faire circuler les courants alternatifs
induits dans les bobines d'armature dans un seul sens, à travers
un conducteur reliant les extrémités des fils de ces bobines.
Les armatures étaient constituées de barres de fer droites
de dix pouces de long, parallèles à leur axe de rotation,
et recouvertes chacune de 800 pieds de fil de cuivre n° 20. Elles
étaient placées entre deux puissants aimants permanents
composés, un à chaque extrémité des armatures.
Les deux bobines pouvaient être utilisées comme 800 pieds
de fil double ou 1 600 pieds de fil simple. Cette machine permettait
une décomposition très rapide de l'eau et, en interrompant
le circuit des bobines, produisait une étincelle d'un demi-pouce.
Divers résultats intéressants sont détaillés,
mais nous n'avons pas la place de les reproduire ici. Une autre machine
magnéto-électrique qu'il construisit, et dont les résultats
obtenus sont encore plus remarquables, fait l'objet d'une notice dans
le rapport de l'Office des brevets de 1844, reproduit dans le volume
48, première série, de ce journal. Grâce au courant
produit par cette machine, un électroaimant fut chargé
à un degré tel qu'il put supporter une force de mille
livres. Malheureusement, à notre connaissance, aucune description
complète de la machine n'existe. La machine elle-même fut
offerte à la Smithsonian Institution, mais fut détruite
lors de l'incendie qui ravagea une partie du bâtiment il y a quelques
années. Elle était cependant similaire, dans sa construction
générale, à la machine mentionnée précédemment,
à ceci près que les hélices entourant les armatures
rotatives étaient constituées d'une série de disques
de cuivre, et non de fils, chaque disque étant fendu, et l'un
de ses bords fendus étant joint aux bords du disque adjacent.
Le professeur Page nous a également informés (Histoire
de l'induction, p. 124) que « les aimants en acier pesaient environ
soixante livres chacun et, une fois chargés, supportaient chacun
leur propre poids », et que « la force de levage combinée
n'a jamais dépassé cent trente livres ». Il est
évident que la longueur du conducteur dans l'hélice de
cette construction était relativement faible. Nous ne disposons
d'aucune information directe sur la longueur et la section du fil qui
entourait l'électroaimant de mille livres. Cependant, il nous
semble assez plausible, d'après ce résultat, que cette
longueur soit bien supérieure à la longueur virtuelle
des hélices de l'induit rotatif de la machine. Le courant induit
dans l'hélice de l'induit rotatif doit être généré
en un demi-tour, et la limite fixée à son intensité
par son induction sur elle-même et par sa réaction à
l'aimantation de l'induit est la même pour toutes les vitesses
de rotation, aussi grandes soient-elles.
Mais si une résistance interposée entre les bornes de
l'hélice empêche le courant d'atteindre sa limite d'intensité,
la force électromotrice nécessaire pour traverser cette
résistance peut être augmentée indéfiniment
en augmentant la vitesse de rotation. Ainsi, un fil extérieur
reliant les bornes de l'hélice, pourvu que seuls les courants
de l'hélice soient déchargés, au moyen d'un inverseur
de pôles, dans une seule direction à travers ce fil extérieur
(de sorte qu'il n'y ait pas d'induction de courant en sa faveur), peut
avoir une longueur considérablement supérieure à
celle du conducteur de l'hélice, sans aucune réduction
proportionnelle de l'intensité à laquelle le courant est
limité. D'où l'électroaimant puissant que l'on
peut produire en enroulant ce fil extérieur allongé en
bobine autour d'une barre de fer. Admettons que ce soit bien le principe
d'action auquel le professeur Page ait eu recours pour produire un électroaimant
d'une force d'appui de 1 000 livres à partir d'aimants dont
la force d'appui combinée ne dépassait pas 125 ou 130
livres. Nous obtenons ainsi un élément principal de la
célèbre machine de Wilde, qui utilise le puissant électroaimant
ainsi formé comme aimant d'une seconde machine magnétoélectrique.
L'« Histoire de l'induction », ouvrage de 124
pages in-octavo auquel nous avons fait référence, a été
écrite par le professeur Page durant la dernière année
de sa vie, alors qu'il luttait contre sa maladie fatale. Elle contient
une histoire détaillée des découvertes et inventions
relatives à cette branche de l'électrotechnique.
La plus grande entreprise de la vie du professeur Page fut son effort
pour introduire l'électromagnétisme comme substitut, plus
ou moins important, à la force motrice de la vapeur. Il fut un
précurseur, bien que non le premier, de l'électromagnétisme
comme force motrice, et ses premières recherches sur ce sujet
furent menées à la fin de 1836.
En 1839, il publia dans ce Journal, vol. XXXV, p. 106, un article très
instructif sur les conditions de fonctionnement des machines électromagnétiques
composées d'électroaimants. Les difficultés particulières
de cette catégorie de machines l'amenèrent à privilégier
la force avec laquelle le pôle d'un électroaimant est attiré
dans son hélice magnétisante. L'utilisation de cette force
pour les moteurs électromagnétiques, comme nous l'apprenons
de son propre récit, lui est apparue lorsqu'il a vu un électroaimant
de M. Vail. Dans cet électroaimant, la force infime exercée
par une aiguille de fer enroulée en une petite hélice
était portée à environ 500 grammes, voire 350 grammes,
bien que l'électroaimant et l'hélice fussent encore de
taille réduite. Notre ami a rapidement compris qu'en augmentant
encore la taille, on pouvait s'attendre à un développement
prodigieux de la force, celle-ci étant en quelque sorte du double,
et que cette forme de force offrait une bien meilleure capacité
à combiner la force avec une grande amplitude de mouvement que
l'action mutuelle entre des morceaux de fer magnétisé.
Il a donc conçu un moteur dans lequel une grande amplitude de
mouvement est obtenue en faisant parcourir au pôle de l'électroaimant
l'axe de plusieurs bobines de fil conducteur en série, le courant
voltaïque étant envoyé successivement dans une bobine,
puis dans une deuxième, puis dans une troisième, et ainsi
de suite, en suivant le pôle de l'électroaimant.
Un petit moteur de ce type fut construit vers 1846, grâce aux
moyens fournis par un ami. Il comportait deux électroaimants
alternatifs en forme de U, formés de barres de fer rondes d'un
pouce de diamètre, reliés par des pièces de laiton
en une seule pièce mobile, de manière à fonctionner
alternativement. L'auteur assista à un essai de ce moteur en
juillet 1848. La batterie utilisée par Grove contenait cinquante
plaques de platine, chacune de quatre pouces de côté. Ce
même moteur alternatif, avec, nous le pensons, la même batterie,
fut également présenté lors d'un court cycle de
conférences publiques sur l'électricité et l'électromagnétisme
qu'il donna à Washington en février 1849.
À cette occasion, devant une commission du Sénat américain
présidée par M. Benton, le moteur servit à actionner
une petite raboteuse, et des planches de quelques pieds de long et de
sept à dix centimètres de large furent rabotées.
À cette même occasion, une barre de fer de cinquante livres
fut soulevée par son hélice magnétisée.
Il convient de préciser, pour illustrer son jugement et son tact
en matière d'expérimentation, que bien que cette dernière
étape ne soit que la deuxième avancée connue ou
supposée qu'il ait réalisée au-delà de l'échelle
de la barre ronde d'un pouce de diamètre de la machine, l'auteur
eut l'occasion d'admirer le succès des deux étapes dès
le premier essai. Le 1er mars, la même machine fut utilisée
pour imprimer à raison de 1 200 impressions par heure sur
une presse Napier unique, à plateau de 24 x 41 pouces, avec 1
pied carré de page imprimée par impression. Le comité
du Sénat fut si favorablement impressionné par les expériences
auxquelles il avait assisté que, sur la base de son rapport,
le Congrès vota un crédit pour couvrir les frais d'expérimentations
à grande échelle. Les opérations commencèrent
immédiatement. De nombreuses expériences préparatoires
furent réalisées avec des barres de fer de différentes
tailles et qualités, pleines et creuses. Dans une première
série, les barres restaient immobiles dans leurs hélices
magnétisantes ; dans une seconde, elles se déplaçaient
dans une petite machine expérimentale spécialement conçue
à cet effet. Il est fort regrettable que les comptes rendus de
ces expériences préliminaires aient été
perdus. De même, concernant les grandes machines construites ultérieurement
et les expériences menées avec elles, à quelques
exceptions près, les comptes rendus restants, pour la plupart
déjà publiés, sont très incomplets. Au cours
de ses expériences, de grosses barres de fer rondes, pesant plusieurs
centaines de kilos, furent soulevées du sol par leurs hélices
magnétisantes, avec un poids supérieur à celui
d'un homme adulte. Le professeur Page relate ainsi le résultat
d'une expérience dans une lettre aux rédacteurs parue
dans ce journal en janvier 1851.
« La barre de 532 livres placée à l'intérieur
de l'hélice est conçue pour démarrer dans la bobine
et vibrer dans l'air sans support visible. » Il faut une force
de 508 livres supplémentaire à son propre poids pour l'extraire
de l'hélice, ce qui équivaut à soulever une barre
de 1040 livres dans l'hélice. En comparant cela avec son rapport
au secrétaire de la Marine, reproduit dans le volume x, 2e série
de ce journal, tiré du National Intelligencer du 4 septembre
1850, où il est fait mention de barres de deux à huit
pouces de diamètre et généralement de trois pieds
de long, nous concluons que cette barre de 532 livres avait un diamètre
de huit pouces et, par conséquent, une longueur d'environ trois
pieds.
« Le premier grand moteur construit, ou du moins le premier dont
nous puissions donner une description détaillée, comportait
deux barres de fer rondes, chacune de six pouces de diamètre
et de trois pieds de long, équilibrées l'une contre l'autre
sur une course verticale de deux pieds au moyen de manivelles opposées
sur un arbre de volant d'inertie commun. L'extrémité inférieure
de chaque barre se déplaçait dans l'axe vertical de ce
qui était en fait une seule bobine continue de gros fil de cuivre
carré, et l'extrémité extérieure Le diamètre
de la bobine, de mémoire, devait être d'environ quinze
pouces. Elle était composée d'un grand nombre de sections
très courtes, d'une longueur ou épaisseur axiale d'environ
trois pouces chacune, fabriquées séparément et
assemblées bout à bout. Chaque jonction était reliée
à une pièce de contact métallique plate, permettant
le contact avec l'un ou l'autre pôle de la batterie. Ces pièces
de contact formaient une surface plane continue sur toute la longueur
de la bobine, à l'exception des espaces entre elles, suffisants
pour éviter tout contact. Les pôles de la batterie se déplaçaient
sur ces pièces de contact, leur mouvement étant directement
transmis par la barre de fer. Un pôle était situé
près de l'extrémité inférieure (ou d'avancement)
de la barre, et l'autre au-dessus (c'était le dispositif en pratique,
bien que dans cette machine particulière, il y eût une
rangée de pièces de contact distincte pour chaque pôle).
Ce système permettait d'inclure entre eux et d'intégrer
simultanément au circuit de la batterie plusieurs courtes sections
de la bobine situées autour de l'extrémité d'avancement
de la barre. Ainsi, lors de la course descendante, une seule courte
section à la fois était entraînée. Le circuit
était amorcé à l'avance, et une courte section
à la fois était coupée à l'arrière.
Jusqu'ici, les étincelles d'induction, qui avaient causé
tant de problèmes au professeur, étaient devenues relativement
faibles. La difficulté de couper complètement le courant
à la fin de la course persistait cependant, notamment dans cette
machine où le magnétisme de la barre n'était pas
maintenu et où, si la mémoire de l'auteur est bonne, la
course ascendante n'était pas utilisée. Même dans
les machines qui lui succédèrent, et dans lesquelles le
magnétisme de la barre était maintenu par l'utilisation
des deux courses, le transfert du courant d'une extrémité
de la barre à l'autre ne s'effectuait pas sans une étincelle
résiduelle très puissante, très destructrice pour
les pièces de contact utilisées à cet effet. Nous
verrons qu'il conçut par la suite ce qu'il considérait
comme un remède partiel, mais qui, selon nous, aurait été
considéré comme un remède assez complet à
cette difficulté, bien qu'il fût trop tard pour le mettre
en uvre.
Après diverses expériences avec cette machine, elle fut
démontée et ses pièces disponibles utilisées
pour construire une machine à vapeur alternative horizontale
de deux pieds. course.
Nous ne pouvons affirmer avec certitude si l'on a utilisé, pour
cette dernière, les mêmes bobines et l'une des barres (de
six pouces) du moteur vertical. Il semble toutefois qu'une seule barre
ait été employée, munie de bobines à chaque
extrémité, afin de maintenir le magnétisme de la
barre par leur action alternée lors de la course directe et de
la course inverse.
Dans cette machine, la bobine à chaque extrémité
de la barre présentait exactement la même disposition en
série que celle de la machine verticale décrite précédemment,
et le circuit de la batterie était acheminé de manière
sensiblement identique le long de la bobine. Ce moteur horizontal à
double effet fut présenté lors d'une conférence
publique à la Smithsonian Institution, où il fut utilisé
pour effectuer des travaux mécaniques, probablement du sciage.
Des expériences systématiques furent toutefois menées
pour mesurer sa puissance. Les expériences dont nous possédons
le compte rendu le plus complet furent réalisées par feu
le professeur Walter R. Johnson, et son rapport figure en annexe du
volume 10, 2e série, de cette revue. D'après ses mesures,
qui semblent suffisamment fiables, bien que peu précises, le
moteur développait, lors de ses expériences, environ sept
chevaux-vapeur au maximum. Dans une lettre aux rédacteurs de
cette revue, le professeur Page annonce que le moteur a par la suite
atteint dix chevaux-vapeur. La question se posera naturellement de savoir
quelle fraction de la puissance totale de ce moteur est due au courant
galvanique de la batterie utilisée. Si l'on se fie aux calculs
de Petrie en 1850, on obtient un cheval-vapeur pour une livre et demie
(156) de zinc consommée par heure dans une batterie Daniell,
soit environ six dixièmes de ce poids consommé dans une
batterie Grove. Ce point ne semble pas avoir été étudié
lors des expériences du professeur Johnson. Le professeur Page
et son ingénieur en chef ont fait quelques observations sur la
consommation de zinc par cheval-vapeur dans l'un des moteurs testés,
mais nous avions alors l'impression que ces observations n'avaient pas
été suffisamment approfondies pour donner des résultats
fiables.
En réalité, le professeur Page considérait ces
tests comme moins importants que l'étude du fonctionnement de
certains détails du moteur. Il avait d'ailleurs raison sur un
point essentiel, car l'équivalent mécanique théorique
du zinc consommé se détermine plus facilement sans moteur,
et les conditions élémentaires d'un rendement économique
élevé dans l'action du courant galvanique de ces « moteurs
axiaux » sont aisément identifiables. L'une d'elles
consiste à éviter le gaspillage d'énergie dû
aux fortes étincelles d'induction. Il s'est donc beaucoup intéressé
à ce sujet, même si, jusqu'à la fin de ses expériences,
il n'avait pas trouvé de méthode pour éliminer
l'étincelle d'induction particulièrement intense en fin
de course. Par la suite, il a cependant conçu et décrit
dans l'American Polytechnic Journal, vol. I, p. 369, un dispositif permettant
d'y parvenir.
Ce dispositif ne nécessite aucune interruption du circuit de
la bobine lorsqu'il est parcouru par un courant, et nous ne pensons
pas, contrairement à ce qu'il semble penser, que son utilisation
doive se limiter à un fonctionnement ralenti du moteur. Nous
pensons également qu'il surestime légèrement l'objection
relative à la fermeture momentanée de la batterie, inhérente
à ce dispositif, en cas de court-circuit ou par un fil résistif,
et à l'étincelle provenant de la rupture immédiate
du circuit de batterie ainsi formé.
....
Page devina l'importance de l'électromagnétisme et, parce
qu'il en avait bien appréhendé les principes fondamentaux
scientifiques, il se fit l'avocat des inventeurs à l'«
office des brevets » américains. Il est surtout connu dans
l'histoire des sciences pour sa position dans les télécommunications
aux États-Unis alternativement pour ou contre Samuel Morse.
Après avoir quitté le domaine médical, il travailla
comme examinateur de brevets de 1841 à 1852 et de 1861 jusqu'à
sa mort. Durant cette période, il fut également professeur
au Columbian College (Université George Washington) et corédacteur
de l'American Polytechnic Journal.
Page s'intéressa à la locomotion avec
l'électricité comme source d'énergie. Subventionné
par l'État à hauteur de 20 000 $, ses travaux se révélèrent
un échec, car il fit partie des inventeurs voulant adapter le
système bielle-manivelle des machines à vapeur et obtenir
la rotation des roues ; il n'avait pas de plus prévu les surtensions
dégradant le matériel par arc électrique et les
chocs mécaniques. Il a publié de multiples essais dans
les Annals of Electricity, Magnetism, and Chemistry de William Sturgeon,
imprimées en Angleterre.
Son expérience médicale, après ses études
au Harvard College[7], lui est venue d'un cabinet de suivi de patients
sur lesquels il procéda à des tests sur les effets de
l'électricité, un usage fréquent à l'époque.
Il s'est intéressé au spiritisme.
À cause de la guerre de Sécession ses installations de
recherche furent détruites ; ses contributions furent, pensait-il
« mésestimées » ; son matériel disparut
des musées : à l'époque contemporaine, il est peu
mis à l'honneur.
Il contesta à la fin de sa vie la paternité de la
bobine Ruhmkorff et appela à cette occasion le Congrès
à faire acte de nationalisme américain.