LE
PROCES DE LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DES TÉLÉPHONES
Rappel de la situation du téléphone en France
Dès l'année 1879, c'est à dire trois ans après
la découverte du téléphone, le Ministre des Postes
et Télégraphes, Albert Cochery,
décida de doter les plus grandes villes françaises du
téléphone. L'Etat français ne sachant pas exactement
quel pourrait être l'avenir du téléphone va préférer
en confier l'exploitation à l'industrie privée. Il était
difficile à cette époque d'être éclairé
sur cette nouvelle application de l'électricité, de
pouvoir soupçonner la place qu'elle prendrait dans les habitudes
de la vie,
Dans le courant de lannée
1879, on entendit parler à Paris des expériences publiques
quun inventeur américain, Ava Edison,
venait de faire au chemin de fer de lOuest, avec son merveilleux
appareil lElectro-motographe.
Tandis que les téléphones dérivés de linvention
de Graham Bell exigeaient, pour une bonne audition,
dêtre maintenus près de loreille, lélectro-motographe
parlait si haut et si fort que, de tous les points dune vaste
salle dattente, on en tendait distinctement un orateur placé
à Mantes, malgré les bruits dinduction qui étaient
notables.
Un principe tout à fait nouveau et franchement original avait
servi de point de départ à cet appareil. Le fil de platine
actionnant un tympan de mica et frottant sur un petit cylindre de
craie imprégnée de potasse donnait bien à la
voix un ton un peu nasillard, mais on était en droit
despérer que ce léger défaut ne tarderait
pas à être corrigé, soit par linventeur
lui-même, soit par un de ses nombreux représentants en
France, il nen a hélas ! rien été.
En même temps le Ministre prit un arrêté à
la date du 26 juin 1879 afin que les réseaux téléphoniques
puissent être exploités par des sociétés
privées dans le cadre d'une concession particulière.
- La première demande de concession fût déposée
le 27 juin 1879 par le sénateur Hebrard au nom de la Compagnie
des Téléphones Gower.
- Une deuxième société demanda ensuite une concession.
Il s'agissait de la Société Française de Correspondance
Téléphonique représentée par le sénateur
Foucher de Careil, exploitant les brevets Blake-Bell.
- Enfin, le matériel Edison fut
proposé par une troisième société, la
Société Française des Téléphones,
le 8 septembre 1879. Elle était dirigée par un ingénieur
français, Berthon.
- Les deux premières sociétés fusionnent le 2
février 1880 et créent la Compagnie des Téléphones.
Du fait de l'existence des deux sociétés restantes qui
utilisaient du matériel différent, l'interconnexion
entre les deux réseaux était impossible. Cette situation
n'étant pas non plus économique pour les deux sociétés.
Au final la Société
du téléphone Edison fusionne
avec les deux autres Sociétés créées antérieurement
pour donner naissance à la Société
Générale des Téléphones (SGT)
le 10 décembre 1880.
Durant ces année 1878-1884 les constructeurs et les inovations
sont nombreuses, ce qui occasionna une petite guerre des propriété
pour la SGT exposé dans la revue "La Lumière électrique".
sommaire
Procès
en contrefaçon SOCIÉTÉ GÉNÉRALE
DES TELEPHONES
Contre la maison Bréguet, la Société Maiche et
Co, la Société Lenczewski et Co, M. Journaux, M. de
Locht-Labye, M. de Baillehache, M. Portevin fils, la Société
du Gaz de Nice, la Société Mildé fils et Co.
M. Corneloup, M. Desruelles, M. Fontenilles, M. d'Argy, M. Paul Bert
et M. d'Arsonval.
1884
"La Lumière électrique"
Depuis dix-huit mois la Société
des téléphones a assigné devant le
tribunal civil les principaux constructeurs de Paris, ayant fait,
dans un but téléphonique, un usage simultané
de microphone et de bobine dinduction.
Cette combinaison serait, au dire de la Société, sa
propriété exclusive comme étant comprise dans
le brevet Edison dont elle est concessionnaire.
Nous avons sous les yeux ce brevet Edison, il ne contient pas moins
de vingt-quatre revendications comme brevet principal et six autres
dans un certificat daddition.
Cest la première fois qu'il nous est donné de
voir dans un même brevet une telle profusion de revendications
aussi disparates, c'est presque une
trentaine de brevets en un seul.
Il sera très intéressant pour les inventeurs féconds
dapprendre par le tribunal de quelle élasticité
est susceptible larticle 6 du titre II de la loi du 5 juil
let 1844 qui veut que la demande dun brevet soit limitée
à un seul objet principal.
Cest là une question incidente qui regarde les jurisconsultes,
nous ne voulons traiter ici que le côté technique du
procès.
Supposons donc que la troisième revendication du certificat
daddition demandé par les ayants droit dEdison,
le 15 janvier 1878 ait la valeur dun brevet, y a-t-il ou ny
a-t-il pas dantériorité opposable à cette
revendication ainsi conçue:
« La combinaison avec le circuit électrique et un
diaphragme, dune bobine dinduction et d'un aimant comme
cela a été ci-dessus décrit. »
Outre que la bobine dite de Ruhmkorff a été bien souvent
employée avant linvention de la téléphonie
pour obtenir en télégraphie des tensions élevées,
nous trouvons dans la collection des brevets américains qui
figure dans la précieuse bibliothèque du docteur Cornelius
Herz, un brevet Berliner antérieur au brevet Edison et dont
voici lentête :
United States patent office
EMILE BERLINER or WASHINGTON, DISTRICT or COLUMBIA improvement
in téléphones
spécification forming part of letters patent, n° 199 141,
dated january 15, 1878; application filed octobre 16, 1877.
Coïncidence bizarre, la date de la délivrance du brevet
Berliner, 15 janvier 1878, est la même que celle de la demande
du certificat daddition Edison, point de départ du procès;
la description et le des sin du brevet Berliner sont très précis,
les revendications sont au nombre de cinq, dont la troisième
est précisément la combinaison pour le transmetteur,
dun microphone en charbon et dune bobine dinduction;
le récepteur spécial de Berliner contient également
une bobine dinduction.
Nous mettons, bien entendu, tous les documents que nous possédons
à la disposition de M. le Président de la troisième
chambre.
Les dates que nous venons de citer suffisent pour faire tomber la
revendication n° 3 de laddition Edison.
Nous doutons quil y ait lieu à expertise, à moins
que la Société ne cherche à faire durer le procès
dans lespoir de prolonger les illusions de ses
actionnaires en matière de monopole.
Dans le cas cependant où le tribunal nommerait des experts,
nous ferons remarquer que lappareil dinduction imaginé
par Edison nest pas, à proprement parler, la bobine Ruhmkorff
universellement adoptée aujourdhui, même par la
Société demanderesse.
Tout le monde sait en effet que la bobine de Ruhmkorff porte un noyau
de fer doux; la bobine dEdison se compose dun noyau en
acier trempé et aimanté, portant à chaque extrémité
une bobine distincte ; lune porte le fil induit, lautre
le fil inducteur, or, dans tous les téléphones construits
par
la société, la bobine est celle de Ruhmkorff dans laquelle
le fil induit et le fil inducteursont enroulés lun sur
lautre.
Si cherchant une autre arme dans son arsenal de brevets la société
invoque la patente Crossley, elle sait le sort qui lattend.
On peut prévoir que l'effet de tout ce débat sera une
plus grande admiration pour le téléphone de Bell tombé
dans le domaine public et pour le merveilleux microphone inventé
par le professeur Hughes, qui a refusé de prendre un brevet.
Quant aux nombreux perfectionnements inventés par M. Ader et
par bien dautres électriciens, le public va bientôt
être appelé à les comparer.
Jules. Bourdin.
Paris, 14 août 1884.
Monsieur le Directeur,
Il était permis despérer quayant connaissance
du brevet Berliner, la Société des Téléphones
se hâterait de faire des excuses aux constructeurs quelle
a attaqués en contrefaçon.
Elle a préféré attendre le jugement de première
instance à la suite duquel elle formera probablement appel;
il est même à supposer quune tentative en cassation
suivra, de telle sorte que si nous voulions attendre la fin de ce
procès pour en rendre compte, nous aurions le temps de faire
plusieurs fois le tour du monde.
Dans son audience du 8 août, à laquelle nous assistions,
le tribunal a désigné comme experts : MM. Potier, ingénieur
des mines ; Perisse, ingénieur civil, et Clérac, ingénieur
des postes et télégraphes. Lavoué de la
Société a essayé, sans succès, du reste,
de faire récuser M. Clérac en raison de ses fonctions.
Il eût été très regrettable que le choix
de M. Clérac nait pas été maintenu, car
cest justement un des premiers électriciens qui ont signalé
les variations de résistance des contacts charbonneux.
Pour ne pas faire perdre un an ou deux à nos lecteurs, nous
reproduirons prochainement en fac-similé les dessins des différents
brevets mis en présence, et nos abonnés au ront ainsi
tous les éléments nécessaires pour juger immédiatement
et prévoir en toute connaissance de cause lissue du débat.
Je serai tout particulièrement aidé dans ce travail
par mon collègue et ami M. J. Brailsford-Bright.
Veuillez agréer, etc.
Jules BOURDIN
Fidèles à la promesse que nous avons faite dans le numéro
du 23 août dernier nous donnons ci-joint:
1° le dessin du brevet Berliner ;
2° la partie du dessin du brevet Edison correspondant à
la revendication du 15 janvier 1878;
3° un dessin du téléphone Crossley copié
sur la spécification anglaise.

Nous avons parmi les très nombreux brevets dont la société
des téléphones est plus ou moins concessionnaire choisi
l'appareil Crossley parce quil est la première réalisation
industrielle des expériences de Hughes et quil a à
son tour servi de modèle à la plupart des téléphones
poursuivis et surtout au téléphone Ader celui pour lequel
la société jetterait volontiers tous ses autres télé
phones au panier si cela devait rendre son brevet Ader un brevet de
principe.
Dans lappareil Crossley on trouve réunis dans un but
unique:
1° Un groupe de microphones Hughes porté par une planchette
isolée élastiquement ;
2° Une bobine Ruhmkorff;
3° Un récepteur téléphonique de Graham Bell.
Si cette combinaison triple était la propriété
de la société des téléphones le procès
aurait une base sérieuse ; il faut dire aussi que les appareils
incriminés nexisteraient peut-être pas.
Malheureusement les deux brevets français de téléphone
au nom de M. Crossley ont été pris postérieurement
à la publication par le Telegraphic Journal de la patente dont
nous donnons la figure 5, ces deux brevets sont par conséquent
impuissants à reprendre au domaine public les revendications
de la patente anglaise.
Ne pouvant légalement sappuyer sur un brevet dont la
nullité serait incontestable, la Société a cherché
ailleurs un moyen d'empêcher les imitations du Crossley, imitations
dont elle voudrait créer un monopole pour M. Ader. Or en lisant
la troisième revendication de laddition du brevet Edison
MM. les concessionnaires actuels et leurs ingénieurs ont cru
reconnaître dans lappareil représenté figure
2 une bobine Ruhmkorff et c'est sans doute pour consulter sur cette
hypothèse M. Edison lui-même, quun ingénieur,
délégué par la Société, vient de
partir pour Menlo Park.
Il est probable que lorsque cet ingénieur demandera au célèbre
inventeur américain si cest bien la combinaison dun
microphone et dune bobine Ruhmkorff, quil a entendu revendiquer
dans son brevet du 15 janvier 1878 celui-ci lui répondra :
'Mon cher Monsieur, quand on sappelle Edison et quon
a besoin dun appareil dinduction pour augmenter la portée
d'un téléphone on en invente un soi-même, on ne
va pas acheter dans la boutique du premier opticien venu une vieille
bobine inventée depuis plus de trente ans. On laisse cela à
M. Berliner. Lappareil décrit et breveté par moi
se compose essentiellement dun barreau fortement aimanté,
je fais agir le courant primaire sur un des pôles au moyen dune
première bobine de gros fil et jemploie, pour lancer
dans la ligne le courant induit, une deuxième bobine de fil
fin placée à lautre pôle et les variations
magnétiques de mon barreau servent dintermédiaires
aux deux bobines. Faites comprendre à vos administrateurs que
cest là un tout autre appareil quils ont eu le
tort de mépriser.
« Je vous avais cédé lexploitation de
mon téléphone en France, vous avez presqu'entièrement
abandonné mon transmetteur pour celui de votre monsieur Ader,
qui nest que le losange de M. Crossley, complètement
aplati, et vous navez fait aucun usage de mon barreau à
deux bobines qui vous eût donné dexcellents résultats;
vous avez préféré, toujours pour imiter M. Crossley,
revenir à la bobine Ruhmkorfi; je ne vois pas pourquoi vous
mêlez mon nom à toute cette affaire. »
Ce que nous venons de dire est, en substance, la conversation qui
doit avoir eu lieu entre M. Edison et son interlocuteur, si toutefois
lentrevue a eu lieu.
Quand le procès sera fini, on va voir paraître un nombre
incalculable de nouveaux microphones; le carré, représenté
fig. 3, a déjà subi bien des transformations : losange,
parallélogramme, rectangle, cercle divisé en secteurs,
etc., etc.; la Société en a même acheté
un de ce dernier genre, que ses ouvriers appellent un peu familièrement
peut-être : le gâteau des rois; mais cela ne sarrêtera
pas là, et nous nous attendons à voir défiler
sous forme microphonique toutes les figures de la géométrie.
Les conseillers qui ont poussé la Société à
faire cet étonnant procès pourront en faire leur meA
culpâ.
Nous ne voulons pas préjuger lavis des très honorables
experts choisis par le tribunal, mais de deux choses lune :
ou ils décideront que le barreau aimanté dEdison
à deux bobines nest quune bobine Ruhmkorfi déguisée,
et alors lantériorité Berliner fait tomber la
revendication Edison; ou ils décideront le contraire, et alors
le tribunal demandera à la Société de quoi elle
ose e plaindre, puisque personne na imité le barreau
Edison, pas même elle.
Le rhéostat qui figure au brevet Edison et qui a pour but datténuer
les crachements,1 semble navoir pas eu plus dimitateurs
que le barreau aimanté.
Jules Bourdin et J. BRAILSFORD-BRIGIT.
1885
"La Lumière électrique"
Info autre
Les procès téléphoniques en contrefaçon
ne sont pas encore terminés en Angleterre, où l'United
Téléphone Co vient de faire saisir deux nouveaux appareils
téléphoniques, la valve-téléphone et lappareil
Boult, qui tous les deux tombent sous les brevets de la Société.
Dans lavant-dernier numéro de La Lumière Electrique,
notre collaborateur Brailsford Bright a signalé à lattention
du monde savant un fait des plus étranges ; il a démontré
de la façon la plus in déniable que le célèbre
téléphone, exploité en France depuis 1880 sous
le nom de telephone Edison était un appareil breveté
en Amérique sous le nom dun autre ingénieur très
connu, M. Phelps. La société dite du téléphone
Edison ne sest même pas donné la peine d'en changer
laspect : elle avait fait venir dAmérique lappareil
Phelps, elle la démonté et fait reproduire exactement
par certains constructeurs, se contentant de faire graver sur les
nouveaux instruments Société du Téléphone
Edison. Son successeur, la Société générale
des téléphones, a continué les mêmes errements
en fabricant et ven
dant le même appareil toujours sous le même nom dEdison.
Javoue que je nai pas été un des moins étonnés
en apprenant la mystification dont javais été
tout le premier la dupe. Attribuer une pareille supercherie à
Edison me répugnait tellement que je me mis à mon tour
à faire des recherches dans les mille et un brevets américains
signés Thomas Edison et, à force de chercher, jai
trouvé une patente n° 203,016 demandée le 7 mars
1878 et qui contient une justification partielle et
des aveux précieux qui ne sont guère de nature à
améliorer le procès que la Société sest
imaginé de faire récemment à la plupart des constructeurs
français de téléphone à microphone, procès
dont nous avons justement raconté les péripéties,
M.Brailsford Bright et moi, et dont nous avons sus pendu la publication
jusquà louverture du rapport que préparent
en ce moment les experts désignés par le tribunal.
La Société générale des téléphones
nest pas sans avoir lu larticle de M. Braidsford Bright,
et je suis certain quune rectification en faveur dEdison
eût été favorablement accueillie dans ce journal.
La Société a préféré garder le
silence et, puisquelle ne défend pas lhomme sur
le nom du quel, faute de mieux, elle cherche à édifier
un mo nopole, je crois de mon devoir de lui signaler le brevet cité
plus haut, demandé le 27 mars 1878, cest-à-dire
postérieurement à l'invention du microphone Hugues.
Edison y dit notamment : " I find that the carbon heretofore
employed in connection with a diaphragm is not adapted to use in the
primary circuit of an induction coil because its resistance is too
great, and the necessary rise and fall of tension is not produced".
Nous publions aujourdhui, sans commentaires, les dires écrits
de la Société générale des Téléphones;
nous attendrons, pour analyser ce volumineux document, que les défendeurs
nous aient communiqué leurs réponses écrites.
Nous publierons ensuite, dès quil sera connu, le rapport
des experts.
Voici la traduction de cet aveu dépouillé dartifice
: « Je trouve que le charbon employé jusqu'ici en connexion
avec un diaphragme, nest pas propre à être employé
dans le circuit primaire dune bobine dinduction à
cause de sa grande résistance, doù il résulte
que la variation nécessaire de tension NE SE PRODUIT PAS. »
Ce même brevet demandé le 7 mars 1878 contient en outre
le dessin d'une véritable bobine Ruhmkorff, quEdison
emploie et revendique pour la première fois au lieu et place
de l'appareil décrit dans son brevet français de décembre
1877 janvier 1878. Tous les efforts de la Société des
téléphones pour établir une confusion entre ces
deux appareils deviennent dune inutilité évidente
et la raison du silence de la Société est tout-à-fait
limpide. Elle ne pouvait produire en faveur d'Edison cette justification
partielle, sans citer le brevet que nous venons de mentionner et sans
ruiner, par conséquent, toute largumentation de ses prétentions
juridiques par les aveux même dEdison.
La conclusion des articles que nous avons pu bliés le 8 août
et le 20 septembre 1884 devient de plus en plus manifeste: il ny
a eu de téléphonie microphonique pratique que postérieurement
à linvention du professeur Hughes, et en sinspirant
de ses magnifiques expériences publiées dans lEngineering,
les Comptes-Rendus de lAcadémie des sciences, etc., etc.
J. Bourdin
...
La Lumière électrique N°12 21 mars 1885
Nous publions aujourdhui, sans commentaires, les dires écrits
de la Société générale des Téléphones;
nous attendrons, pour analyser ce volumineux document, que les défendeurs
nous aient communiqué leurs réponses écrites.
Nous publie rons ensuite, dès quil sera connu, le rapport
des experts.
Procès en contrefaçon
SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DES TELEPHONES
Contre la maison Bréguet, la Société Maiche et
Co, la Société Lenczowski et Co, M. Journaux. M. de
Locht-Labye, M. de Baillehache, M. Portevin fils, la Société
du Gaz de Nice, la Société Mildé fils et Co.
M. Corneloup, M. Desruelles, M. Fontenilles, M. d'Argy, M. Paul Bert
et M. d'Arsonval.
EXPERTISE
Dire pour la Société générale des Téléphones
Ier. PRÉLIMINAIRES
La Société générale des Téléphones
est devenue, aux termes de divers actes reçus les 16 mai et
17 août 1880 et 16 novembre 1881 par Me Dufour et son collègue,
notaires à Paris, propriétaire dun brevet dinvention
pris en France par M. Edison, le 19 décembre 1877, pour - des
perfectionnements aux instruments destinés à contrôler
par le son la transmission des courants électriques et la reproduction
de sons correspondants au lointain », ainsi que du certificat
daddition annexé à ce brevet en date du 15 janvier
1878.
Cette Société, qui a été constituée
principalement dans le but dexploiter cette invention dEdison
en créant des réseaux téléphoniques a
vu bientôt surgir un grand nombre de contrefaçons. Recourant
alors aux moyens que lui procurait la loi du 5 juillet 1884, elle
a fait procéder à des saisies descriptives chez un certain
nombre de constructeurs, et elle a assigné devant le tribunal
civil de la Seine: la Société anonyme maison Bréguet,
MM. Maiche et Co, MM. Lenczewski et Co, M. Journaux, M. de Locht-Labye,
M. de Baillehache, M. Portevin fils, la Société anonyme
déclairage et de chauffage par le gaz de Nice, MM. Charles
Mildé fils et Co, M. Corneloup, M. Desruelles, M. Fontenilles,
M. dArgy, M. Paul Bert et M. dArsonval.
Dans son audience du 8 août 1884, le tribunal
civil de première instance du département de la Seine
a rendu en laudience publique de la 3e chambre un jugement dont
nous extrayons le passage suivant:
Le tribunal,
- Et, avant faire droit au principal sur les diverses demandes dont
sagit, les joint provisoirement pour être procédé
sur celles à une commune instruction.
Dit que trois experts qui seront convenus par les parties dans les
trois jours de la signification du présent jugement, sinon
par Potier, ingénieur en chef des mines, Périsse, ingénieur
et Clérac, ingénieur des télégraphes,
que le tribunal nomme doffice, serment par eux préalablement
prêté devant le président de cette chambre, les
brevet et certificat daddition dEdison sus-énoncés
seront examinés à leffet de dire sils sont
valables ou au contraire sils sont nuis ou frappés de
déchéance par suite dantériorités
ou de divulgation antérieure, et spécialement en ce
qui touche le certificat daddition sil est nul comme ne
se rattachant pas au brevet principal; dit que les divers appareils
saisis seront comparés avec ceux faisant lobjet des brevets
pour en constater les ressemblances et dissemblances, et rechercher
sils constituent des contrefaçons.
Dit que les experts sexpliquerontet donneront leur avis sur
les différents moyens invoquéspar les parties. Les autorise,
dans ce but et aux fins de la présente mission, à sentourer
de tous les renseignements quils jugeront nécessaires
pour, sur leur rapport fait et déposé, être par
les parties requis et par le tribunal statué ce quil
appartiendra... »
En exécution de la mission qui leur avait été
confiée parle tribunal, MM. les experts ci-dessus désignés,
après avoir prêté serment devant le président
du tribunal, ont convoqué les parties afin de recevoir verbalement
leurs explications.
M. Armengaud jeune, ingénieur-conseil, et M. Berthon,directeur
de la construction et de lexploitation de la Sociétégénérale
des Téléphones, ont exposé devant MM. les experts
les revendications que formulait la Société demanderesse
en vertu du brevet Edison dont elle est propriétaire, et ils
ont démontré que les appareils qui avaient été
saisis étaient la contrefaçon du brevet Edison.
Les défendeurs ont répondu par un certain nombre dobservations
qui ont été réfutées verbalement.
Après quatre séances dexpertise tenues les 12,
19, 24 décembre 1884 et 9 janvier 1885, MM. les experts ont
demandé aux parties de préciser leurs revendications
et leurs observations sous forme de dires écrits.
Cest pour répondre à ce désir que nous
venons, au nom de la Société générale
des Téléphones, demanderesse, leur remettre le présent
dire.
S 2. EXPOSÉ
Pour présenter dune façon claire et rationnelle,
les arguments que la Société générale
des Téléphones croit devoir soumettre à MM. les
experts, à lappui de la cause quelle soutient devant
la justice, nous suivrons lordre qui est tout naturellement
indiqué et qui, dailleurs, a été suivi
dans les discussions pendant les quatre séances dexpertise.
Nous analyserons dabord le brevet Edison du 19 décembre
1877 et le certificat daddition du 15 janvier 1878 annexé
à ce brevet, dans le but de montrer les caractères distinctifs
du téléphone Edison.
Nous examinerons ensuite les appareils saisis, argués de contrefaçon,
et nous prouverons que ces appareils reproduisent les dispositions
essentielles du téléphone Edison.
Enfin, comme, au cours des discussions, les adversaires ont soulevé
plusieurs objections tirées notamment de la prétendue
insuffisance de la description du brevet Edison, de la non nouveauté
de linvention, et encore de la différence qui existerait
entre les appareils saisis et le téléphone breveté
par Edison, nous aurons également à réfuter ces
objections.
Tels sont les points que nous traiterons successivement dans ce dire,
dont les conclusions se succédant dans lordre des questions
soumises à MM. les experts par le Tribunal, établiront
la légitimité des droits de la Société
générale des Téléphones et le bien-fondé
de ses revendications.
S 3. - ANALYSE DU BREVET EDISON DU 19 DÉCEMBRE 1877 ET DU CERTIFICAT
D'ADDITION DU 15 JANVIER 1878
Linvention brevetée par Edison le 19 décembre
1877 « appartient (comme lexpose la description) à
cette classe dinstruments électriques dans lesquels le
son devient un des éléments dans la transmission de
la communication et le même son est produit à la station
de réception, de sorte que des communications orales peuvent
être transmises parlélectricité et clairement
reconnues à la station de réception.
Dans sa description, Edison explique quil « fait usage
des vibrations transmises à un diaphragme pour produire une
augmentation et une diminution de la tension électrique sur
la ligne avec une précision telle que les pulsations électriques
ou ondes représenteront les ondes atmosphériques de
son produites par larticulation et laimant électrique
à la station de réception, répondra aux ondes
électriques, de manière à reproduire larticulation
en agissant sur une plaque ou diaphragme résonnant. »
Cette phrase que nous extrayons textuellement du brevet Edison,
montre que le premier caractère de cette invention consiste
dans la combinaison dun transmetteur spécial et dun
récepteur à aimant (ou magnétique), le premier
étant placé à la station de lune des extrémités
de la ligne, et le second étant disposé à lautre
extrémité de la ligne. Comme on le voit encore, ce transmetteur
spécial comporte une membrane dont les vibrations augmentent
ou diminuent la tension électrique sur la ligne, et laction
se transmet jusquau téléphone magnétique
de la station de réception.
Cette combinaison du transmetteur à pile avec le récepteur
magnétique est très clairement expliquée par
les figures et a du dessin annexé au brevet Edison, où
lon voit dans lune le transmetteur et dans lautre
le récepteur; un fil de communication est établi entre
les deux appareils, et une pile électrique fournit le courant
qui doit circuler dans la bobine pour agir, comme le montre nettement
la figure 2, dans la bobine entourant laimant du téléphone
magnétique récepteur.
La transmission de la parole de lappareil parleur à pile
à lappareil magnétique qui constitue lappareil
d'audition, est le résultat des augmentations et diminutions
de la résistance que rencontre le courant électrique
par suite des vibrations de la membrane; cest là un second
caractère de linvention dEdison.
Comme conséquence de cette disposition, le circuit offert au
courant est toujours fermé; Edison en montre lutilité
dans le passage suivant de la description de son brevet :
« Je trouve quil nest pas pratique douvrir
et de fermer la ligne de circuit dans les instruments servant à
transmettre la voix humaine. Le circuit à la ligne doit toujours
êtrefermé et la transmission produite par une augmentation
et une diminution de la tension électrique résultant
de la résistance plus ou moins grande dans la ligne.
La continuité du circuit dans lequel est placé le transmetteur
est donc au point de vue de la disposition générale,
un troisième caractère distinctif du système
Edison.
Jusquici, nous navous considéré que lensemble
du système téléphonique imaginé par Edison,
cest-à-dire embrassant à la fois le transmetteur
et le récepteur. En poursuivant létude du brevet,
nous abordons lorganisme même dutransmetteur qui est la
partie fondamentale de linvention de M. Edison.
On comprend en effet, par ce qui précède, que
lorgane le plus important du transmetteur dEdison doit
être celui qui, subissant les vibrations de la membrane ou diaphragme,
consfitue ce que linventeur a appelé le régulateur
de la tension électrique; cet appareil modifie la tension du
courant et lamplifie ou la diminue dans des conditions sans
cesse variables, ce qui détermine son action sur la membrane
du récepteur et la fait vibrer. La nature de ce régu.
lateur de la tension électrique est spécifiée
de la manière suivante dans la description du brevet :
Cette résistance peut être produite de différentes
manières : jen ai indiqué plusieurs qui seront
nommées ci-après, mais je trouve que les plus délicates
sont des mèchesou disques de fibres élastiques semi-conducteurs,
tels que la soie avec matière intermédiaire conductrice
ou semi-conductrice. Je donne à cette pièce le nom de
régulateur de la tension électrique; il est plus ou
moins comprimé, suivant les vibrations du diaphragme ou tympan,
et la tension du courant électrique augmente lorsquil
est comprimé et diminue au fur et à mesure que les fibres
se dilatent.
Plus loin, on lit :
Les filaments sont rendus semi-conducteurs en les frottant
avec de la plombagine, un métal doux ou autre matière
similaire, ou par un dépôt de métal sur sa surface,
ou par des particules de matière conductrice ou partiellement
conductrice y mélangée, la force de conduction variant
avec la densité de la mèche de libres. »
On lit encore dans la description du brevet quon peut employer
des ressorts armés de pointes en plombagine comprimée;
et, dans la suite, Edison ajoute :
« Comme la tension du régulateur, consistant en fibres
ou en plombagine, augmente sa résistance énormément
sous leffet de légers changements de pression, il sensuit
que la force des ondes électriques sera en proportion suivant
que la voix de la personne qui parle est forte ou faible. »
Dans le certificat daddition du 15 janvier 1878, M. Edison précise
encore ce point en disant que pour la préparation du régulateur
de tension, il trouve que, dans certains cas, il est préférable
de faire usage de noir de fumée mélangé avec
de la plombagine amorphe pure et une très petite quantité
de matière non-conductrice, telle que du caoutchouc dissous
dans un dissolvant qui sévaporisera entièrement.
Comme cela ressort des extraits qui précèdent, le régulateur
de tension électrique est donc formé par une matière
semi-conductrice de l'électricité, et spécialement
du charbon qui est interposé dans le circuit de la ligne téléphonique;
cest cette matière semi-conductrice, ce charbon, qui,
par suite des vibrations de la membrane, détermine les variations
de résistance du courant électrique.
Cest pour mieux assurer cet effet que M. Edison a songé
à régler le jeu du régulateur de tension électrique
par rapport à la membrane vibrante au moyen dune vis
ou autrement.
Comme le dit la description, cette vis est à ajustement et
constitue un comprimeur variable pour régler la résistance
du régulateur de tension dans le circuit électrique.
Le régulateur de tension, organe fondamental du transmetteur
Edison, et dans lequel le charbon entre commeélément
constitutif, réunit donc trois conditions essentielles.
Le corps interposé dans le circuit est solide, semi-conducteur
de lélectricité et soumis à une pression
élastique déterminée, cest-à-dire
quil tend à revenir à la pression initiale de
repos.
Enfin, un dernier caractère essentiel du téléphone
Edison et sur lequel il convient dappeler lattention,
réside dans la combinaison avec le transmetteur à pile
dune bobine dinduction intercalée dans le circuit
de la pile électrique. Edison explique comme suit la disposition
de cette bobine dinduction dans le certificat daddition
du 15 janvier 1878 :
- La figure 24 représente le diaphragme 10, le régulateur
de tension t avec sa vis dajustement et le circuit local contenant
la batterie B passant dans une bobine à induction primaire
49, et il y a une clef 50 dans le même circuit.
- Une bobine à induction secondaire 51 est dans la ligne du
circuit, et elle est influencée électriquement par le
changement de tension dans le circuit local produit par les vibrations
du diaphragme 10. -
Nous arrêtons ici lanalyse du brevet et du certificat
daddition.
Les citations que nous y avons puisées suffisent pour résumer
les caractères distinctifs de linvention Edison,
qui sont les suivants :
1 ° La combinaison de deux appareils téléphoniques
1, un à pile et à régulateur de tension et lautre
magnétique, réunis par un fil de ligne, le premier disposé
à la station de lexpédition et constituant le
parleur ou transmetteur, le second placé à la station
de réception constituant lappareil dau dition ou
récepteur.
2 ° La combinaison dune plaque vibrante et dun corps
Solide, soumis à une pression élastique initiale et
semi-conducteur de lélectricité, du charbon notamment,
ces deux éléments étant disposés de manière
que la plaque ou membrane puisse transmettre ses vibrations à
certains organes conducteurs liés au charbon dune façon
permanente.
3° Lemploi dune matière solide soumise à
une pression élastique et semi-conductrice, et spécialement
du charbon, comme corps interposé dans un circuit téléphonique
pour déterminer les variations de résistance en rapport
avec les vibrations de la membrane.
4° La circulation du courant électrique dune pile
par le ou les organes qui reçoivent les vibrations de la membrane
et à travers le charbon qui est en liaison constante avec ses
organes, ce courant électrique nétant jamais interrompu
par suite de la permanence des contacts.
S* La transmission de la parole provenant des variations de la tension
du courant par suite des augmentations et diminutions de la résistance
du circuit électrique sous linfluence des vibrations
de la membrane agissant sur le régulateur de tension à
charbon.
6° La combinaison avec lappareil transmetteur à pile
et à régulateur de tension dune bobine dinduction
intercalée dans le circuit électrique fourni par la
pile, les courants secondaires engendrés dans cette bobine
par les variations de la résistance que rencontre le courant
de la pile ayant pour effet dagir sur le récepteur magnétique.
Tels sont, tant au point de vue de la disposition générale
du système quau point de vue de ses organes constitutifs,
les caractères essentiels et distinctifs du système
de téléphone connu sous le nom de téléphone
Edison, ainsi quil résulte du brevet du 19 décembre
1877 et du certificat daddition du i5 janvier 1878.
Nous rendrons encore plus tangible la structure générale
de ce système téléphonique par les deux croquis
suivants, qui le représentent avec ou sans bobine dinduction.
1° Disposition avec bobine dinduction. M Membrane
vibrante du parleur.
C Substance semi-conductrice (charbon).
A Vis réglant la pression du charbon.
B Bobine dinduction.

2" Disposition sans bobine dinduction.
M membrane vibrante du parleur.
C substance semi-conductrice (charbon).
A vis réglant la pression du charbon.
P pile dont le courant passe par le charbon G et le circuit
de la ligne.
R récepteur magnétique qui reçoit le courant
de la ligne.
Ces deux diagrammes font nettement ressortir, dans toute sa simplicité,
le combinaison essentielle qui est la caractéristique du système
téléphonique Edison, et quon peut résumer
ainsi : combinaison dun transmetteur à pile et à
charbon avec un récepteur magnétique, avec ou sans linterposition
dune bobine dinduction.

Ayant ainsi défini et caractérisé, tant dans
son ensemble que dans ses parties, linvention du téléphone
Edison, nous allons maintenant examiner les systèmes de téléphones
argués de contrefaçon.
S 4. EXAMEN DES APPAREILS SAISIS. DÉMONSTRATION
DE LA CONTREFAÇON.
1° Téléphone Bréguet.
Les appareils téléphoniques saisis à la maison
Bréguet sont de deux types. Quels que soient les détails
de construction, ces appareils se composent dune membrane M
en dessous de laquelle sont fixés des supports DD percés
de trous qui servent à recevoir les extrémités
de baguettes de charbon C par lesquelles passe le courant électrique;
celui-ci circule également dans le circuit primaire dune
bobine dinduction dont le circuit secondaire est dans la ligne
téléphonique.
Ces appareils téléphoniques reproduisent tous les caractères
distinctifs du système Edison, savoir :
1° Un transmetteur à charbon combiné avec un récepteur
magnétique, formant lappareil daudition.
2° Une membrane vibrante et un régulateur de tension à
charbon relié à la membrane dune manière
permanente.
3 Le charbon interposé dans le circuit de la pile soumis
à une pression élastique initiale et subissant linfluence
des vibrations de la membrane, ce qui produit les variations de résistance
du courant.
4° Le circuit électrique toujours fermé.
5° Une bobine dinduction est intercalée dans le circuit
de la pile.
2° Téléphone Maiche.
Les appareils téléphoniques de Maiche sont de deux sortes
: les premiers de ces appareils comportent un diaphragme vertical
ou membrane M sur lequel est fixé un bloc en charbon C; contre
celui-ci appuie par laction de la pesanteur un bloc C de même
matière; ce dernier bloc de charbon est appuyé contre
le premier par laction dun contrepoids P dont la position
est réglable sur la tige même du levier. Ce contrepoids
détermine donc une pression élastique initiale entre
les points de contact des charbons CC.
Sous linfluence des vibrations de la membrane M, les pressions
entre les charbons CC' sont sans cesse modifiées; de là,
les variations de résistance que rencontre le courant électrique
lorsquil passe dans l'appareil. En outre, le cou rant qui passe
entre les charbons circule également dans le circuit primaire
dune bobine dinduction dont le circuit se condaire est
dans le circuit de la ligne téléphonique.
Ce parleur de M. Maiche reproduit tous les caractères distinctifs
du système Edison.
Quant au second type dappareil Maiche, sa membrane et les charbons
qui y sont reliés dune manière invariable sont
disposés, quant au principe, comme les appareils Brèguetprécités;
cet appareil présente également les caractères
distinctifs du système Edison.
3°Téléphone Paul Bert et d'Arsonvat.
Le téléphone transmetteur de MM. Paul Bert et dArsonval
saisi chez MM. Lenczewski et Co est également un téléphone
à pile comportant la combinaison dune membrane vibrante
avec des contacts de charbon soumis à une pression élastique
initiale par lesquels passe le courant de la pile électrique.
On y trouve aussi une bobine dinduction sur le trajet du courant
de la pile. Enfin, cet appareil constituant le parleur est combiné
avec un téléphone magnétique qui forme le récepteur.
Cet appareil est donc également une contrefaçon du système
Edison.
4° Téléphone Journaux.
Lappareil Journaux est formé dune planchette ou
membrane en bois M contre laquelle sont fixés des charbons
D; contre ces charbons reliés à la membrane sappuient
des crayons de charbon CC par lesquels passe le courant électrique
de la pile. Cet appareil comporte également une bobine dinduction,
de sorte que le récepteur magnétique avec lequel on
relie le transmetteur à pile reçoit les courants secondaires
résultant des variations de tension du courant électrique
de la pile.

Le fonctionnement de cet appareil est identiquement le même
que celui du téléphone Edison; les crayons de charbon
tendent à descendre par leur poids
contre les charbons que porte la membrane; cest là ce
qui constitue ta pression électrique initiale. Il y a donc,
natrellement, toujours contact entre ces charbons, et la pression
aux points de contact varie en intensité suivant limportance
et le sens des vibrations de la membrane; il en résulte des
variations dans la résistance et la tension du courant électrique
fourni par la pile.
Ici encore, nous retrouvons les six caractères fondamentaux
du système breveté par Edison.
5° Téléphone Locht-Labye.
Le système de M. Locht-Labye, que ce dernier appelle antèlèphonc,
se compose essentiellement dune mince plaque de liège
M suspendue par deux faibles lames de ressort a à une boite
verticale B.

Cette plaque de litige M porte, près de sa partie inférieure,
une pastille de charbon C qui appuie sur un bras métallique
A avec une pression élastique initiale. Le courant électrique
dune pile passe par la pastille de charbon, le bras A, et le
circuit primaire dune bobine dinduction qui est disposée
dans la boîte de lappareil.
Lappareil téléphonique Locht-Labye reproduit également
les points caractéristiques du système breveté
par Edison, il eu est la contrefaçon.
69 Téléphone de Baillehache.
Lappareil Baillehache présente une grande ressemblance
avec les appareils de Maiche et de Bréguet; des supports D
D fixés à la membrane M sont percés de trous
dans lesquels sont engagés les tourillons de charbons creux
C, qui renferment intérieurement de petites masses dont lintervention
nexclut pas la ontrefaçon du principe Edison.
7° Téléphone Corneloup-Desruelles.
Ce téléphone présente la plus grande ressemblance
avec le téléphone de Maiche, et il comporte une bobine
dinduction; il ny a pas lieu dy insister autrement
pour démontrer la contrefaçon.
8° Téléphone d'Argy.
Le téléphone dArgy se compose dune membrane
vibrante M à laquelle est fixé un cylindre de charbon
C; ce charbon est entouré dun tube de caoutchouc a qui
se prolonge pour recevoir un autre cylindre de charbon C' séparé
du premier par de la grenaille de charbon b. Le courant électrique
dune pile traverse les cylindres C C', et le charbon en grenaille
quils comprennent entre eux.
On comprend que cette grenaille détermine par son poids une
certaine pression élastique initiale entre les deux charbons
C C'; par suite des vibrations de la membrane sous linfluence
de la parole, cette pression de la grenaille contre les charbons est
sans cesse modifiée. Ce sont ces variations de pression qui
augmentent ou diminuent la tension du courant électrique, et
par suite influencent le récepteur magnétique du poste
opposé, de sorte que la membrane de cet
appareil reproduit les vibrations du transmetteur.
Ce téléphone dArgy reproduit les cinq premiers
points caractéristiques du système Edison; il ne diffère
du système Edison, tel que nous lavons présenté
dans son ensemble, que par la suppression de la bobine dinduction.
Mais, comme on la vu, la bobine dinduction nest
nullement indispensable pour le fonctionnement du téléphone
à pile; et la meilleure preuve est que le téléphone
dEdison, établi daprès le brevet principal
du 19 décembre 1877, ne comportait pas de bobine dinduction.
Comme on le voit, tous les appareils saisis reproduisent les dispositions
caractéristiques du transmetteur téléphonique
Edison. Sans reprendre ici tous ces points un à un, nous insisterons
surtout sur lorgane essentiel de tous ces appareils, cest-à-dire
le régulateur de tension électrique.
Les adversaires ont essayé de soutenir que dans leurs appareils,
le charbon se trouve dans des conditions autres que dans le téléphone
Edison : quelques mots suffiront pour dissiper tout malentendu à
cet égard.
En expliquant la situation dans laquelle se trouve le charbon dans
le téléphone Edison, nous avons dit que le charbon était
soumis à une pression initiale, quen second lieu cette
pression était modifiée par les vibrations de la membrane,
et quenfin la pression était élastique. Par pression
élastique, on entendra comme nous que le charbon revient sans
cesse à sa condition initiale, au point de vue de la pression,
de lintimité du contact entre les surfaces et même
de létendue de ces surfaces en contact, et cela aussitôt
après lextinction de chaque vibration; en un mot, le
charbon reprend sa position déquilibre ou de repos.
Les choses se passent ainsi dans tous les transmetteurs que nous venons
détudier.
Lorsque les charbons reposent ou appuient librement sur la membrane
ou sur des supports solidaires de cette membrane, il y a pression
initiale due à la pesanteur propre du ou des charbons. Sous
linfluence de lébranlement vibratoire de la membrane,
cette pression varie sans cesse.
Enfin, la pression revient à sa valeur initiale chaque fois
que la membrane reprend sa position normale; la pression est donc
élastique.
On nous objectera peut-être que laction de la pesanteur
ne donne pas la pression élastique, et que, dans les transmetteurs
à baguettes de charbon, celles-ci pèsent toujours de
la même quantité sur leurs supports. A cela nous répondons
que, si le poids reste constant, la répartition des efforts
varie par suite des oscillations de la membrane et de la résistance
quoppose linertie même des charbons quelque soit
leur mode de suspension; et à chaque point dappui il
se produit dans la pression exercée par le charbon des variations
qui se combinent avec les variations détendue ou dintensité
des contacts pour faire naître dans la résistance opposée
au courant électrique les modifications qui concordent avec
les ondulations sonores à transmettre.
Mais, nous le répétons, après chaque vibration,
les circonstances de ce phénomène complexe se retrouvent
à létat normal; léquilibre est rétabli.
Dans notre opinion, ce nest quen vertu de cette élasticité
de lorganisme de lappareil quon peut expliquer comment
le téléphone est apte à recommencer indéfiniment
le rôle quil est appelé à jouer dans la
transmission de la parole.
Nous pensons que les explications qui précèdent ne laisseront
subsister aucun doute dans lesprit de MM. les experts sur la
similitude complète qui existe entre les appareils saisis et
le téléphone Edison, au point de vue du but, des principes,
de la construction, du fonctionnement et des résultats.
S 5. RÉFUTATION DES OBJECTIONS DES DÉFENDEURS
Au cours des séances dexpertise, nos adversaires ont
fait valoir certaines objections. Nous pouirions ne pas les discuter
et attendre que nos adversaires les aient formulées dans le
dire quils remettront à MM. les experts. Mais, tenant
compte des discussions qui ont eu lieu, nous réfuterons dès
à présent les arguments de nos adversaires, tout en
nous réservant de les discuter plus complètement sil
le faut dans la réplique que nécessiteront les dires
de la défense.
Ces objections peuvent, pour la clarté des débats, être
groupées de la manière suivante:
1° Le brevet Edison serait frappé de nullité parce
quil y a complexité dinvention dans ce brevet;
2° La description du brevet serait insuffisante;
3° Lidée détablir un téléphone
à pile avec du charbon constituant un régulateur de
tension électrique ne serait pas brevetable parce quelle
aurait été réalisée avant le brevet Edison;
4° Linvention dEdison aurait été divulguée
avant la demande du brevet français;
5° Il y aurait lieu, selon nos adversaires, détablir
une distinction radicale entre le téléphone et le microphone,
et, daprès eux, leurs appareils étant des microphones,
se trouveraient par cela même à labri de toutes
revendications appuyés sur le brevet Edison;
6° Enfin, on prétendrait, et cest M. Locht-Labyc
qui sest fait lorgane de cette prétention, que
le brevet français subirait le contre-coup du procès
qui a eu lieu en Angleterre.
Nous démontrerons successivement que ces diverses objections
sont sans fondement.
1° Prétendue complexité de linvention brevetée.
Il nous suffira de rappeler à MM. les experts que les tribunaux
ne sont pas compétents en cette matière et que cest
à ladministration seule quappartient, en vertu
des articles 6 et 12 de la loi du 5 juillet 1844, le droit dexaminer
à ce point de vue les demandes qui lui sont soumises, et de
les rejeter si la complexité lui paraît exister. Tous
les juris consultes sont daccord sur ce point et de nombreux
juge ments rendus par nos tribunaux ont fixé la jurisprudence
à cet égard. Il est absolument incontestable quun
brevet dinvention, par cela seul quil a été
délivré par ladministration, est légalement
réputé lavoir été conformément
aux dispositions légales. Au surplus, les articles 30 et 32
qui précisent toutes les causes de nullité et de déchéance
des brevets, sont absolument muets sur la complexité.
Cet argument des défendeurs est à écarter. Ils
ny ont pasdailleurs sérieusement insisté.
2° Prétendue insuffisance de la description du brevet.
Il faudrait vouloir ne pas lire le brevet Edison du 19 décembre
1877 et le certificat daddition qui y est annexé, pour
soutenir que M. Edison na pas décrit complètement
son téléphone, tel que nous venons de le présenter.
Lanalyse que nous avons faite au chapitre III du brevet et du
certificat daddition et les extraits que nous y avons puisés,
répondent parfaitement à cette objection. MM. les experts,
en se reportant dailleurs à ces descriptions, y trouveront
très clairement spécifiés les six points que
nous avons mis en relief comme caractérisant linvention
de M. Edison.
3° Le téléphone à pile et à charbon
constituant un régulateur de tension électrique ne serait
pas brevetable pour défaut de nouveauté.
Les adversaires ont essayé de soutenir qu'antérieurement
à Edison on avait songé à utiliser la propriété
semi-conductrice du charbon pour constituer un régulateur de
tension électrique pour téléphone à pile;
on a signalé tout dabord à MM. les experts les
travaux de M. Clérac et de M. du Moncel.
Il est incontestable que M. Clérac a fait, vers 1865, des recherches
très intéressantes sur les différences de conductibilité
quéprouvent les corps sous l'influence de la pression,
et on connaît bien le rhéostat quil combina avec
un tube renfermant de la plombagine dans lequel une électrode
mobile, poussée par une vis, pouvait, en pressant plus ou moins
sur la plombagine, faire varier la résistance de cette substance.
Mais M. Clérac na jamais eu lidée dappliquer
cette propriété de la plombagine pour la transmission
de la parole. Nous navons pas à en donner dautre
preuve que la déclaration de M. Clérac lui-même,
lun des experts commis par le tribunal. M. Clérac a nettement
affirmé à la première réunion de lexpertise
quil navait pas étudié, avant Edison, lapplication
du charbon à la téléphonie.
M. du Monccl avait également porté ses études
sur la conductibilité électrique des corps en contact,
et notamment des corps médiocrement conducteurs. Si ce savant
vivait encore, il nhésiterait pas à sassocier
à lhonorable M. Clérac pour déclarer que
ses travaux ont été purement scientifiques et que les
propriétés quil a pu observer sur les corps semi-conducteurs
nont pas reçu dapplication pratique. A défaut
dune déclaration verbale, nous pouvons consulter les
ouvrages de M. du Moncel, relatifs à la téléphonie;
si celui-ci y relate ses travaux sur la conductibilité électrique
des corps, il ne conteste en aucune façon que
cest à Edison que revient lhonneur davoir,
le premier, appliqué le charbon, corps semi-conducteur de lélectricité,
pour constituer un parleur téléphonique.
On a encore parlé dun essai qui aurait été
tenté par Bell vers 1876 et dont il aurait fait mention incidemment
dans son mémoire lu à la Société des ingénieurs
télégraphistes de Londres le 3i octobre 1877. Bell aurait
fixé à une membrane vibrante une tige de platine dont
la pointe plonge dans de leau, un courant électrique
passant par la tige de platine et l'eau; il aurait, en outre, indiqué
lemploi dune pointe en plombagine trempant dans de leau,
de leau acidulée ou salée, ou du mercure.
Il est bien évident que cette expérience, dont lexactitude
et la date sont moins que certaines, peut être suspectée
avec raison et na absolument aucun rapport avec le téléphone
Edison; car, même dans le cas où Bell aurait prévu
lemploi dune pointe de plombagine, il est clair que les
vibrations de la membrane ne déterminent pas de modifications
dans la pression subie par le charbon ou dans sa structure moléculaire.
Si Bell a pu, dans ses nombreux travaux, songer à faire intervenir
le courant électrique dune pile en combinaison avec une
membrane vibrante, il ne sest pas arrêté à
cette idée, parce quil navait pas pensé
à interposer dans le circuit ce corps semi-conducteur, le charbon,
appuyé dune part contre une plaque vibrante et de lautre
contre une partie fixe, pour que ce charbon subisse des variations
de pression entre ses deux points dappui.
Nos adversaires nous sembleraient bien mal fondés à
soulever a posteriori une antériorité que Bell lui-même
na pas revendiquée à son profit. Le silence de
Bell, nexerçant aucune réclamation en Amérique
contre les patentes de son compatriote Edison, doit faire comprendre
quil reconnaissait lui-même que ce dernier avait dirigé
ses recherches dans une autre voie que celle quil avait choisie
pour réaliser un transmetteur de la parole par lélectricité.
Nos adversaires ont également opposé comme antériorités
les travaux anciens de Reiss et de Gray.
On sait que lappareil de Reiss consiste en une membrane métallique
au-dessus de laquelle est fixée une pointe de platine, qui
constitue avec le disque linterrupteur du courant. Lorsquon
fait vibrer la membrane en faisant résonner devant elle un
instrument de musique, ces vibrations donnent lieu à une succession
dinterruptions du courant électrique qui se traduisent
à lappareil récepteur par des vibrations sonores.
Ainsi que tous les savants le reconnais
sent avec nous, cet appareil ne peut en aucune façon être
assimilé au téléphone Edison. En effet, il ne
possède pas de Il est incontestable que M. Clérac a
fait, vers 1865, des recherches très intéressantes sur
les différences de conductibilité quéprouvent
les corps sous l'influence de la pression, et on connaît bien
le rhéostat quil combina avec un tube renfermant de la
plombagine dans lequel une électrode mobile, poussée
par une vis, pouvait, en pressant plus ou moins
sur la plombagine, faire varier la résistance de cette substance.
Mais M. Clérac na jamais eu lidée dappliquer
cette propriété de la plombagine pour la transmission
de la parole. Nous navons pas à en donner dautre
preuve que la déclaration de M. Clérac lui-même,
lun des experts commis par le tribunal. M. Clérac a nettement
affirmé à la première réunion de lexpertise
quil navait pas étudié, avant Edison, lapplication
du charbon à la téléphonie.
M. du Monccl avait également porté ses études
sur la conductibilité électrique des corps en contact,
et notamment des corps médiocrement conducteurs. Si ce savant
vivait encore, il nhésiterait pas à sassocier
à lhonorable M. Clérac pour déclarer que
ses travaux ont été purement scientifiques et que les
propriétés quil a pu observer sur les corps semi-conducteurs
nont pas reçu dapplication pratique. A défaut
dune déclaration verbale, nous pouvons consulter les
ouvrages de M. du Moncel, relatifs à la téléphonie;
si celui-ci y relate ses travaux sur la conductibilité électrique
des corps, il ne conteste en aucune façon que
cest à Edison que revient lhonneur davoir,
le premier, appliqué le charbon, corps semi-conducteur de lélectricité,
pour constituer un parleur téléphonique.
On a encore parlé dun essai qui aurait été
tenté par Bell vers 1876 et dont il aurait fait mention incidemment
dans son mémoire lu à la Société des ingénieurs
télégraphistes de Londres le 3i octobre 1877. Bell aurait
fixé à une membrane vibrante une tige de platine dont
la pointe plonge dans de leau, un courant électrique
passant par la tige de platine et l'eau; il aurait, en outre, indiqué
lemploi dune pointe en plombagine trempant dans de leau,
de leau acidulée ou salée, ou du mercure.
Il est bien évident que cette expérience, dont lexactitude
et la date sont moins que certaines, peut être suspectée
avec raison et na absolument aucun rapport avec le téléphone
Edison; car, même dans le cas où Bell aurait prévu
lemploi dune pointe de plombagine, il est clair que les
vibrations de la membrane ne déterminent pas de modifications
dans la pression subie par le charbon ou dans sa structure moléculaire.
Si Bell a pu, dans ses nombreux travaux, songer à faire intervenir
le courant électrique dune pile en combinaison avec une
membrane vibrante, il ne sest pas arrêté à
cette idée, parce quil navait pas pensé
à interposer dans le circuit ce corps semi-conducteur, le charbon,
appuyé dune part contre une plaque vibrante et de lautre
contre une partie fixe, pour que ce charbon subisse des variations
de pression entre ses deux points dappui.
Nos adversaires nous sembleraient bien mal fondés à
soulever a posteriori une antériorité que Bell lui-même
na pas revendiquée à son profit. Le silence de
Bell, nexerçant aucune réclamation en Amérique
contre les patentes de son compatriote Edison, doit faire comprendre
quil reconnaissait lui-même que ce dernier avait dirigé
ses recherches dans une autre voie que celle quil avait choisie
pour réaliser un transmetteur de la parole par lélectricité.
Nos adversaires ont également opposé comme antériorités
les travaux anciens de Reiss et de Gray.
On sait que lappareil de Reiss consiste en une membrane métallique
au-dessus de laquelle est fixée une pointe de platine, qui
constitue avec le disque linterrupteur du courant. Lorsquon
fait vibrer la membrane en faisant résonner devant elle un
instrument de musique, ces vibrations donnent lieu à une succession
dinterruptions du courant électrique qui se traduisent
à lappareil récepteur par des vibrations sonores.
Ainsi que tous les savants le reconnaissent avec nous, cet appareil
ne peut en aucune façon être assimilé au téléphone
Edison. En effet, il ne possède pas de Il est incontestable
que M. Clérac a fait, vers 1865, des recherches très
intéressantes sur les différences de conductibilité
quéprouvent les corps sous l'influence de la pression,
et on connaît bien le rhéostat quil combina avec
un tube renfermant de la plombagine dans lequel une électrode
mobile, poussée par une vis, pouvait, en pressant plus ou moins
sur la plombagine, faire varier la résistance de cette substance.
Mais M. Clérac na jamais eu lidée dappliquer
cette propriété de la plombagine pour la transmission
de la parole. Nous navons pas à en donner dautre
preuve que la déclaration de M. Clérac lui-même,
lun des experts commispar le tribunal. M. Clérac a nettement
affirmé à la première réunion de lexpertise
quil navait pas étudié, avant Edison, lapplication
du charbon à la téléphonie.
M. du Monccl avait également porté ses études
sur la conductibilité électrique des corps en contact,
et notamment des corps médiocrement conducteurs. Si ce savant
vivait encore, il nhésiterait pas à sassocier
à lhonorable M. Clérac pour déclarer que
ses travaux ont été purement scientifiques et que les
propriétés quil a pu observer sur les corps semi-conducteurs
nont pas reçu dapplication pratique. A défaut
dune déclaration verbale, nous pouvons consulter les
ouvrages de M. du Moncel, relatifs à la téléphonie;
si celui-ci y relate ses travaux sur la conductibilité électrique
des corps, il ne conteste en aucune façon que
cest à Edison que revient lhonneur davoir,
le premier, appliqué le charbon, corps semi-conducteur de lélectricité,
pour constituer un parleur téléphonique.
On a encore parlé dun essai qui aurait été
tenté par Bell vers 1876 et dont il aurait fait mention incidemment
dans son mémoire lu à la Société des ingénieurs
télégraphistes de Londres le 3i octobre 1877. Bell aurait
fixé à une membrane vibrante une tige de platine dont
la pointe plonge dans de leau, un courant électrique
passant par la tige de platine et l'eau; il aurait, en outre, indiqué
lemploi dune pointe en plombagine trempant dans de leau,
de leau acidulée ou salée, ou du mercure.
Il est bien évident que cette expérience, dont lexactitude
et la date sont moins que certaines, peut être suspectée
avec raison et na absolument aucun rapport avec le téléphone
Edison; car, même dans le cas où Bell aurait prévu
lemploi dune pointe de plombagine, il est clair que les
vibrations de la membrane ne déterminent pas de modifications
dans la pression subie par le charbon ou dans sa structure moléculaire.
Si Bell a pu, dans ses nombreux travaux, songer à faire intervenir
le courant électrique dune pile en combinaison avec une
membrane vibrante, il ne sest pas arrêté à
cette idée, parce quil navait pas pensé
à interposer dans le circuit ce corps semi-conducteur, le charbon,
appuyé dune part contre une plaque vibrante et de lautre
contre une partie fixe, pour que ce charbon subisse des variations
de pression entre ses deux points dappui.
Nos adversaires nous sembleraient bien mal fondés à
soulever a posteriori une antériorité que Bell lui-même
na pas revendiquée à son profit. Le silence de
Bell, nexerçant aucune réclamation en Amérique
contre les patentes de son compatriote Edison, doit faire comprendre
quil reconnaissait lui-même que ce dernier avait dirigé
ses recherches dans une autre voie que celle quil avait choisie
pour réaliser un transmetteur de la parole par lélectricité.
Nos adversaires ont également opposé comme antériorités
les travaux anciens de Reiss et de Gray.
On sait que lappareil de Reiss consiste en une membrane métallique
au-dessus de laquelle est fixée une pointe de platine, qui
constitue avec le disque linterrupteur du courant. Lorsquon
fait vibrer la membrane en faisant résonner devant elle un
instrument de musique, ces vibrations donnent lieu à une succession
dinterruptions du courant électrique qui se traduisent
à lappareil récepteur par des vibrations sonores.
Ainsi que tous les savants le reconnaissent avec nous, cet appareil
ne peut en aucune façon être assimilé au téléphone
Edison. En effet, il ne possède pas de régulateur de
tension à charbon, avec pression élastique, et, en outre,
le courant est sans cesse interrompu, à chaque vibration de
la membrane, tandis quun caractère important du système
Edison et sur lequel Edison insiste tout particulièrement dans
son brevet, est que le circuit électrique doit être constamment
fermé pour la transmission de la parole.
Aussi l'appareil de Reiss n'a-t-il pu reproduire que des sons musicaux
; dans létat où la construit M. Reiss, il
est absolument impropre à la transmission de la parole. En
fait, il na jamais pu être utilisé dans ce but.
Quant à lappareil que Gray aurait imaginé vers
1874 et que les adversaires opposent également comme une anté
riorité au brevet Edison, il repose sur le même principe
que lappareil de Reiss, et il nest capable de reproduire
que certains sons musicaux et encore très imparfaitement. En
effet, lappareil de Gray comporte, comme le précédent,
un interrupteur disposé de manière à produire
des vibrations assez nombreuses pour émettre des sons. Dans
tous les cas, lappareil de Gray ne peut pas transmettre la parole
et il nest en aucune façon opposable au brevet Edison
de 1877.
Les adversaires ont encore opposé comme antériorité
une certaine patente prise aux Etats-Unis au nom de Berliner et dont
la demande a été déposée le 16 octobre
1877. Sans examiner linvention dont cette patente a été
l'objet, il nous suffit de faire observer quelle na été
délivrée que le 15 janvier 1878, cest-à-dire
postérieurement au brevet Fraçais Edison, et le jour
même du dépôt de la demande du certificat daddition
Edison. Cest seulement apiès le 15 janvier que linveution
Berliner pouvait être connue et constituer une antériorité
légalement opposable à linvention dEdison.
Cette simple constatation de date réduit à néant
tous les arguments quon essaie de puiser dans la patente Berliner.
4° Prétendue divulgation de l'invention dEdison avant
la demande du brevet français.
La défense allègue que la découverte du téléphone
Edison a été annoncée par M. Preece, ami de linventeur,
dans une lecture faite à Plymouth, lors dune réunion
de la British Association , avant le dépôt
de la demande du brevet Edison en France. Divers journaux ont reproduit
cette lecture : le premier dentre eux serait le numéro
du 1er septembre 1877 du Telegraphic Journal.
La note sommaire que contient à ce sujet le Telegraphic Journal
nest accompagnée daucun dessin démonstratif;
on ne peut y voir quune simple indication du principe daprès
lequel Edison aurait combiné son téléphone, mais
non pas une description réelle de cet appareil. Cette note
dit simplement quEdison, partant du transmetteur électromusical
de Reiss de 1850, a eu lidée de remplacer la pointe de
platine par un petit cylindre de plombagine.
Or, linvention dEdison nest pas bornée à
cette substi.tion ni à une simple indication de principe. Ainsi
que nous lavons vu, Edison, tirant parti de la propriété
des corps semi-conducteurs de lélectricité, étudiée
par M. le comte du Moncel en 1856, et appliquée par M. Clérac
en 1865 pour obtenir des résistances variables, en a réalisé
une application à la transmission de la parole en combinant
le régulateur de tension à pression élastique,
organe essentiel de son appareil transmetteur, et réalisé
suivant les conditions que nous avons expliquées. La combinaison
de ce régulaleur de tension nest nullement décrite
dans la note de M.
Preece, et cest dans le brevet français du 19 décembre
1877 que cette invention apparaît en France pour la première
fois.
Lobjection que tirent nos adversaires dune prétendue
divulgation de linvention dEdison est donc absolument
sans fondement. Dailleurs, lun dentre eux, dont
la compétence en cette matière est incontestable, lhonorable
M.dArsonval, a déclaré lui-même devant MM.
les experts quaprès avoir étudié la notice
de M. Precce, il avait bien entrepris des expériences, mais
quil navait pas réussi à établir
un appareil capable de transmettre la parole.
On ne peut donc pas dire que linvention dEdison ait reçu
antérieurement à la date du dépôt de la
demande, une publicité suffisante pour pouvoir être exécutée.
Eu conséquence, les articles 30 et 3. de la loi du 5 juillet
1844, ne sont pas aoplicables dans lespèce.
5° Il y aurait une distinction a établir entre le microphone
et le téléphone au point de vue de la transmission de
la parole.
On a voulu soutenir devant MM. les experts que les appareils argués
de contrefaçon ne sont pas des téléphones, mais
bien des microphones, cest-à-dire des appareils dérivant
de linvention de Hughes, dailleurs postérieure
au brevet Edison. Par microphone, son auteur entendait un appareil
amplificateur des sons, cest-à-dire produisant à
distance des sons élevés, alors que les sons ou bruits
générateurs sont faibles.
Quoique nous ne reculions pas devant une discussion scientifiqne,
nous ferons observer que ce qui est surtont à considérer
dans ce procès, cest le côté pratique de
la question, les résultats obtenus. En un mot, les théories
doivent seffacer devant les faits dans les débats que
soulève une question de propriété industrielle.
Toutefois, nous nhésitons pas à dire quelques
mots sur la comparaison du microphoneet du téléphone,
qui a soulevé tant de controverses entre
Edison et Hughes et leurs partisans.
Hughes prétendait, comme le font aujourdhui les défendeurs
pour les besoins de leur cause, que dans son appareil les charbons
agissent dans des conditions différentes decelles quon
rencontre dans le téléphone Edison. Il soutenait, notamment,
que, tandis quil y a pression entre le charbon dans le téléphone
Edison, il y a simple contact entre les charbons dans son appareil,
quil appelle microphone.
Rappelons que, dans le microphone de Hughes tel quil a été
conçu primitivement, les vibrations se transmettaient sans
diaphragme et par lair ambiant. Ce nest quaprès
avoir été présenté comme microphone, cest-à-dire
comme amplificateur de sons, que cet appareil fut proposé par
différentes personnes pour être employé comme
transmet teur téléphonique.
Dune différence à lorigine dans la conception
et dans le but des deux appareils, on a voulu déduire une différence
dans leur nature et dans leur fonctionnement. Ce raisonnement est
illogique, car, on perd de vue la ressemblance des deux instruments,
à la fois dans leur organisme et dans lapplication industrielle
quon en fait.
En effet, le téléphone et lappareil dénommé
faussement microphone comportent le même organe essentiel, savoir
un régulateur de tension électrique, composé
de charbon substance semi-conductrice de lélectricité,
ce charbon supportant une pression initiale élastique, en subissant
les vibrations de la membrane devant laquelle on parle.
Dans ces deux appareils quon cherche en vain à différencier,
on trouve le charbon dans la même situation, maintenu dune
part contre un organe fixe et subissant dautre part les vibrations
de la membrane. Dans lun et dans lautre, le charbon est
dans une même condition de pression initiale élastique
: pour lappareil Edison, la pression initiale élastique
est exercée au moyen de la vis dajustement; dans les
appareils argués de contrefaçon, quon les appelle
microphones, téléphones, pantéléphones,
microté-léphones ou autrement, cette pression élastique
existe; elle est le résultat de la pesanteur des charbons eux-mêmes
de laction dun contrepoids ou de toute autre cause.
Pour ces raisons, téléphone et microphone sont un seul
et même système de transmetteur téléphonique
et la confusion que lon cherche à faire naître
dans les esprits à leur sujet en employant des dénominations
différentes nexclut en aucune façon lidée
de contrefaçon.
6° Le brevet français Edison serait invalidé par
suite de la situation de la patente en Angleterre et du procès
qui a eu lieu dans ce pays.
M. Locht-Labye a présenté ses observations à
ce sujet dans un dire écrit, adressé à Messieurs
les Experts. Nous y répondrons brièvement.
M. Locht-Labye soutient que le brevet français Edison doit
subir le sort de la patente prise en Angleterre antérieurement
le 30 juillet 1877, et quen conséquence, les revendications
qu'Edison a abandonnées en Angleterre nont plus aucune
valeur en France. Notre contradicteur se trompe étrangement,
car le brevet français ne peut en aucune façon être
annulé dans quelques-unes de ses parties, par ce motif que
les exigences spéciales de la loi anglaise ont pu obliger linventeur
à renoncer à certaines de ses premières revendications.
Tout d'abord, il convient de dire que si en Angleterre les revendications
« claims » (réclamantes) ont une importance exceptionnelle,
parce quelles délimitent létendue du privilègeque
demande le breveté, et quil ne pourra jamais étendre
davantage, il en est- tout autrement en France. Notre loi, en effet,
nexige pas que linventeur précise son invention
dans des revendications.
En outre, la loi anglaise, qui est à cet endroit très
rigoureuse, ne permet pas au patenté de revendiquer un seul
point qui ne soit pas nouveau, ou encore un point qui nait pas
été prévu dans la protection provisoire qui est
le premier degré de la patente. Le patenté doit abandonner
les revendications ainsi irrégulières, sous peine de
voir invalider sa patente tout entière. Il nen est pas
de même en France. Alors même quune seule revendication
se rapporterait à un point valablement breveté, le brevet
nen est pas moins valable, pour cette seule revendication, quoique
susceptible de nullité pour tout le reste.
Ces considérations suffisent pour montrer qu'on ne peut en
aucune façon, déduire de la situation de la patente
anglaise celle du brevet français, parce que les lois dans
ces pays sont toutes différentes.
Voici, dailleurs, quel est exactement le résultat des
procès qui ont eu lieu en Angleterre relativement au télé
phone Edison.
En 1882, un jugement rendu en Ecosse, à la suite dune
action en contrefaçon, reconnaissait la validité de
la patente anglaise Edison, malgrc les objections faites alors contre
sa validité.
Plus tard, une action semblable fut portée devant les tribunaux
anglais. Les adversaires soulevèrent également des objections,
et prétendirent, notamment, que les droits de M. Edison étaient
mal établis en Angleterre, parce quil avait revendiqué
lappareil connu sous le nom de « phonographe C quoique
cet appareil ne fût pas spécifié dans la protection
provisoire. La Compagnie propriétaire de la patente anglaise
Edison se trouva donc dans lobligation dabandonner par
un « disclaimer » (clause de non-responsabilité)
la revendication relative au phonographe; et le - disclaimer »
fut accordé, mal gré lopposition que firent les
tiers.
Depuis cette époque, la patente anglaise Edison, débarrassée
de lirrégularité quon avait pu lui reprocher,
est considérée comme absolument valable, et le téléphone
transmetteur Edison est régulièrement patenté
en Angleterre.
Dailleurs, M. Locht-Labye reconnalt lui-même quen
Angleterre, on a maintenu la revendication suivante:
« Dans un instrument pour transmettre des impulsions électriques
par le son, la combinaison avec un diaphragme ou tympan de régulateurs
de tension électrique », ainsi quil a été
décrit, pour varier la résistance du circuit fermé,
comme il a été expliqué.
Cette revendication résume très bien la disposition
fondamentale du transmetteur téléphonique Edison, et
nous ne lavons pas décrit autrement. .
Il ressort de ce qui précède que le téléphone
Edison est parfaitement patenté en Angleterre, et dans toute
son intégrité. Quoique nous nayons pas à
nous préoccuper en aucune façon de la situation de la
patente anglaise Edison puisquelle ne peut pas influer sur la
situation du brevet français, nous devions, par respect pour
la vérité et pour la propre édification de MM.
les experts, faire connaître exactement quelle a été
lissue des procès intentés en Angleterre et den
indiquer tes résultats.
S 6. - QUESTIONS SUDSIDIAIRES.
En dehors des points que nous venons de traiter, nos contradicteurs
ont encore cherché à opposer deux autres objections
secondaires, comme sils voulaient suppléer par le nombre
à la faiblesse de leurs arguments. Bour nen laisser aucune
sans réfutation, nous répondrons brièvement à
ces deux objections dans ce chapitre spécial.
1° Daprès le jugement qui a ordonné lexpertise,
MM. les experts ont encore à examiner si le certificat daddition
du 15 janvier 1878 se rattache au brevet principal du 9 décembre
1877. Cette question a été soulevée incidemment,
au cours des plaidoiries devant le tribunal, sans être discutée
à fond par nos adversaires. Quoi quil en soit, puisque
le tribunal désire connaître sur cette question lopinion
des experts, nous devons dire quelques mots sur le lien intime
qui unit le certificat daddition du 15 janvier 1878 au brevet
principal.
Il sagit, en effet, dans ce certificat, du même appareil
transmetteur téléphonique qui a fait lobjet du
brevet principal. M. Edison, après avoir décrit les
perfectionnements quil a apportés au régulateur
de tension, explique comment il peut combiner lappareil avec
une bobine dinduction.
Cest donc bien toujours ici la même invention à
laquelle Edison, conformément à larticle 16 de
la loi du 5 juillet 1843, a pu très légitimement apporter
des perfectionnements, changements ou additions. Ladjoncticon
de la bobine dinduction rentre évidemment dans cette
catégorie de modifications ou améliorations, que linventeur
peut toujours faire subir à son invention première.
Il est certes bien inutile que nous insistions sur cette objection.
MM. les experts seront convaincus, à la simple lecture du certificat,
quil vise le même but que le brevet principal. cest-à-dire
linvention des téléphones à pile et à
charbon.
La validité du certificat daddition nest donc pas
contestable.
2° Nos adversaires ont prétendu que la Société
générale des Téléphones nexploitait
pas lappareil Edison et que celui quelle employait nétait
autre que lappareil Phelps, décrit dans une patente américaine
demandée le 6 décembre 1878 et délivrée
le 29 avril 1879.
Tout dabord, si lon compare lappareil de Phelps
avec le téléphone breveté par Edison, on constate
quil nen est quune variante, attendu quil
reproduit tous les éléments caractéristiques
du système Edison : le charbon, le diaphragme avec lequel il
est tenu en contact par une vis dajustement, en un mot lorganisme
du régulateur de ten sion. La seule innovation de Phelps sest
bornée à des détails de construction, et notamment
à la liaison du transmetteur à son support par un bras
mobile articulé.
Si Phelps sétait fait breveter en France, ce qui nest
pas, qu'il eût été tributaire du brevet Edison
et naurait pu exploiterson appareil.
En ce qui concerne la Société des Téléphones,
elle a suivi, pour la forme à donner à ses appareils,
lexemple que lui donnait Edison, qui na jamais eu à
sinquiéter des dispositions de détail ou des transformations
de formes que son système a pu recevoir en Amérique
de la part de différents
constructeurs.
Dailleurs, la Société ue sest pas arrêtée
à ce type adopté par Edison ; elle a elle-même
transformé successivement le transmetteur Edison pour lapproprier
aux besoins et aux commodités exigées dans la pratique;
et c'est ainsi quelle a remplacé, peu à peu, le
type primitif par le modèle connu sous le nom dappareil
Ader. Mais le transmetteur Edison, dans sa forme dorigine, a
été et est encore en usage comme parleur dans les bureaux
centraux de son réseau.
En résumé, les appareils téléphoniques
à charbon dont fait usage la Société des Téléphones,
quels que soient leurs noms, leurs formes et leurs destinations particulières,
ne sont autres que des modifications ou variantes d'un même
appareil de principe, qui est le téléphone Edison.
La Société des Téléphones na donc
jamais cessé dexploiter, conformément à
la loi, le brevet qui est sa propriété et quelle
défend contre les contrefacteurs.
S 7. CONCLUSSONS.
A la suite des considérations exposées dans ce dire
et les explications par lesquelles nous avons répondu aux objections
soulevées par les défendeurs, et après avoir
formulé les revendications que nous appuyons sur le brevet
Edison du 19 décembre 1877 et son certificat daddition
du 15 janvier 1878, nous répondons de la manière suivante
aux questions posées par le tribunal à MM. les experts.
1° Le brevet Edison du 19 décembre 1877 et le certificat
daddition du 15 janvier 1878 sont valables; car ils satisfont
à toutes les conditions de brevetabilité et de nouveauté
exigées par les articles 2, 30 et 3I de la loi du 5 juillet
1844.
2° Les arguments tirés des antériorités invoquées
par les défendeurs comme opposables a la validité desdits
brevet et certificat daddition, ainsi que le fait de divulgation
antérieure à la demande du brevet, sont sans fondement
et ne peuvent en aucune façon frapper de nullité le
brevet Edison et son certificat daddition.
3° Le certificat daddition du 15 janvier 1878 se rattache
au brevet principal du 19 décembre 1877; il est pris, conformément
aux prescriptions de larticle 16 de la loi du 5 juillet 1844,
et ne tombe pas sous lapplication du dernier paragraphe de larticle
30 de ladite loi.
4 Tous les appareils saisis reproduisent les caractères
distinctifs du système Edison, et ils en sont la contrefaçon.
5° Subsidiairement, les autres moyens invoqués par la défense
et discutés dans ce dire sont à rejeter comme dénués
de tout fondement.
Paris, le 23 février 1885.
Pour la Société générale des Téléphones
:
J. E. ENGRAND. Avoué de 1er instance
ARNENGAUD jeune, Ingénieur conseil au tribunal de la Seine
La Lumière éléctrique N°13
28 mars 1885
On nous communique une partie des réponses faites aux dires
de la Société générale des téléphones
par les défendeurs.
Avant de publier ces réponses nous donnons aujourdhui
une copie entière du brevet français dEdison,
afin d'éviter à ceux de nos lecteurs que ce procès
intéresse, une démarche onéreuse au dépôt
des brevets, lusage si pratique des spécifications publiées
à la manière anglaise ou américaine nétant
pas appelé à être imité prochainement par
ladministration routinière que lEurope est censée
nous envier.
BREVET n° 131687, en date du 19 décembre 1877.
A M. Edison, pour des perfectionnements aux instruments destinés
à contrôler par le son la transmission des courants électriques
et la reproduction de sons correspondants au lointain.
Pl. IV, fig. I à 17.
Cette invention a rapport à cette classe dinstruments
électriques dans lesquels le son devient un des éléments
dans la transmission de la communication, et le même son est
produit à la station de réception, de sorte que des
communications orales peuvent être transmises par lélectricité
et clairement reconnues à la station de réception.
Des notes musicales peuvent également être transmises;
mais mon invention actuelle est spécialement propre à
transmettre et à recevoir des communications orales.
Lorsquon transmet des notes musicales, les notes respectives
ont chacune une période définie pour chaque vibration,
doù il y a une réponse à la station de
réception provenant des notes qui vibrent en mesure avec les
pulsations transmises; mais quand on parle, il y a peu de changement
dans le ton musical, mais beaucoup dans la modulation et inflexion
de la voix.
Suivant ma présente invention, je fais usage des vibrations
transmises à un diaphragme ou tympan en parlant dans une caisse
résonnante, pour produire une augmentation et une diminution
de la tension électrique sur la ligne avec une précision
telle, que les pulsations électriques ou ondes représenteront
les ondes atmosphériques de son produites par larticulation,
et laimant électrique à la station de réception,
répondra aux ondes électriques, de manière à
re.produire larticulation en agissant sur une plaque ou diaphragme
résonnant.
Les instruments suivant une forme complète sont repré
sentés dans les fig. 1 et 2.
Fig. I, coupe de linstrument de transmission.
Fig. 2, coupe de linstrument de réception.
Lembouchure ou caisse de résonance a affecte la grandeur
et la forme voulues pour quon puisse parler dans cet instrument;
il est percé sur une face ou côté, et est armé
dun ou de plusieurs diaphragmes b, contre lesquels les ondes
du son de la voix humaine agissent, et ces ondes et le mouvement que
reçoit le diaphragme sont les moyens qui produisent une augmentation
et une diminution de la tension électrique sur la ligne par
les organes ci-après décrits, de sorte que la batterie
B, reliée avec la ligne 1, transmettra un courant plus ou moins
inteuse à laimant élctrique éloigné
m, fig. 2, et augmentera ou diminuera le magnétisme des fers
doux, et, en ce faisant, agira sur une plaque résonnante cet
développera un son correspondant à larticulation
faite à la station de transmission.
Les traits caractéristiques ainsi décrits régnent
dans toute mon invention; mais, pour leur mise en pratique, plusieurs
modifications utiles et importantes ont été faites,
que je dé crirai actuellement.
Pour plus de commodité, linstrument dans lequel on parle,
fig. I, est pourvu duue poignée a' et de conducteurs
flexibles allant à la batterie et à la ligne respectivement,
de sorte quil puisse être manipulé et porté
à la bouche, et, de la même manière, il est préférable
de placer linstrument daudition, fig. 2, dans une poignée
amovible b, de façon quil puisse être placé,
avec la plaque c, contre loreille; ceci rapproche le son des
organes de louïe, et le contact de la plaque de résonance
avec loreille augmente la netteté du son et empêche
toutes vibrations, fausses ou prolongées, de la plaque.
Dans quelques-unes des modifications, jai représenté
linstrument parlant comme étant fixe et linstrument
daudition sous forme de tube résonnant fixe; ces dispositions
seront variées pour saccommoder aux personnes ou aux
emplacements.
Le premier trait caractéristique spécial, qui exige
une considération séparée, est le tube résonnant
pour la voix; jai éprouvé une grande difficulté
à produire le son des consonnes à sifflement, telles
que le s : ceci paraît résulter du fait que le son est
défléchi du haut en bas de son émission de la
bouche et quil nagit pas distinctement sur le diaphragme.
En adaptant dans le tube résonnant un rebord au-dessous de
lembouchure sur laquelle ces sons sont reçus, les vibrations
sont transmises au tube résonnant ou bien défléchies
au diaphragme.
Je trouve quil est préférable de faire usage dun
trou à la partie inférieure de lembouchure, contre
les bords duquel sont dirigées les ondes du son voyageant de
haut en bas. Le même effet sera produit en plaçant un
rebord de vibration dans la partie inférieure de lembouchure,
ou bien louverture dans la boite résonnante peut être
contractée à environ 12 millimètres de diamètre.
Le point suivant à considérer est le caractère
du diaphragme dans linstrument parlant. J'ai essayé plusieurs
matières, telles que les métaux, la corne, le archemin,
la cellulose, livoire, etc.; mais presque toutes ces matières
produisent une vibration prolongée ou secondaire, due à
leur nature résonnante, doù il résulte
que larticulation est défective et que les vibrations
du son se confondent.
Après de longs essais, je trouve que le mica est presque entièrement
exempt daction résonnante: il en résulte quil
répondra avec la plus grande précision aux vibrations
du son ; comme cette matière est de nature laminée,
elle peut être employée de toute épaisseur voulue;
lorsquelle est assujettie par ses bords, elle répond
avec la plus grande précision aux vibrations du son et ne demande
pas à être tendue; de plus, les changements de température
et de conditions atmosphériques nexercent que peu ou
point deffet nuisible sur le diaphragme ou tympan en mica.
Je trouve quil nest pas pratique douvrir et de fermer
la ligne de circuit dans les instruments servant à transmettre
la voix humaine. Le circuit à la ligne doit toujours être
fermé et la transmission produite par une augmentation et une
diminution de la tension électrique résultant de la
résistance plus ou moins grande dans la ligne.
Cette résistance peut être produite de différentes
manières : jen ai indiqué plusieurs qui seront
nommées ci-après, mais je trouve que les plus délicates
sont des mèches ou disques de fibres élastiques semi-conducteurs,
tels que la soie avec matière intermédiaire conductrice
ou semi-conductrice. Je donne à cette pièce le nom de
régulateur de la tension électrique; il est plus ou
moins comprimé, suivant les vibrations du diaphragme ou tympan,
et la tension du courant électrique augmente lorsquil
est comprimé et diminue au fur et à mesure que les fibres
se dilatent.
Les filaments sont placés dans un petit galet t, entre le ressort
fin du diaphragme u, fig. 9, et le comprimeur va riable v, ajustable,
par une vis ou autrement, dans le circuit électrique en cet
endroit; ou bien ils peuvent être placés à lintérieur
dune cavité dans ledit comprimeur y, comme dans la figure
1, où se trouve une pièce centrale délicate w
en liège, attachée au diaphragme b par une feuille de
platine x en contact avec les filaments.
Dans toutes les dispositions, le circuit télégraphique
à lendroit du diaphragme est établi par une mince
bande de platine ou matière similaire, se projetant au centre
et provenant de la liaison avec la ligne ou la batterie.
Les filaments sont rendus semi-conducteurs en les frottant avec de
la plombagine, un métal doux ou autre matière similaire,
ou par un dépôt de métal sur sa surface, ou par
des particules de matière conductrice ou partiellement conductrice
y mélangée, la force de conduction variant avec la densité
de la mèche de fibres.
Le ressort fin w, fig. 9, sur le diaphragme en mica b, est facilement
assujetti par de la soudure introduite dans de petits trous percés
dans le mica.
A la figure 3, le régulateur de tension est fait avec de leau
ou autre fluide électrolytique semi-conducteur, dans un godet
f. Les fils à la batterie sont conduits aux électrodes
ou points conducteurs 2 et 3 de ce godet, qui sont vis-à-vis
des points 4 et 5, sur le diaphragme b.
Le godet est ajustable pour varier la distance entre les électrodes,
et laugmentation et la diminution de la tension résultent
des distances variantes entre les électrodes mobilisées
par les vibrations du diaphragme.
Sil y a plusieurs électrodes vis-à-vis lune
de l'autre et isolées, sauf à leurs extrémités,
et que le circuit soit dirigé de lune à lautre,
de sorte que le courant passe dans toutes les électrodes successivement,
laugmentation et la diminution de la tension électrique
sera favorisée, parce que la plus petite vibration dune
série délectrodes est multipliée par le
nombre de places où le circuit métallique est inter
rompu ou varié.
Dans linstrument de réception ou daudition, la
plaque résonnante c doit consister en du fer étamé
portant sur les bords de la caisse, et laimant doit être
ajustable en len approchant ou lécartant, et être
monté dune manière libre par des languettes fendues.
Cette plaque répondra aux pulsations électriques par
lattraction des fers doux aimantés, et le son qui en
résulte sera sensible à l'ouie quand la plaque sera
placée en proximité de ou contre loreille.
Si la plaque est écartée de laimant par un ressort
léger ou par leffet de son propre poids, linstrument
peut être employé pour appeler en faisant usage d'une
clef ou aiguille à la station de transmission pour ouvrir et
fermer le circuit et ainsi mobiliser la plaque pour produire un sou
élevé.
Dans certains cas, je fais usage dune résistance variable
résultant dune intimité plus ou moins grande de
la surface de contact, comme cela résulterait dun disque
recouvert de plombagine ou autre matière semi-conducteur, de
sorte que la proximité ou étendue de la surface en contact
produira laugmentation et la diminution de la tension, les organes
respectifs étant en circuit télégraphique.
Je fais également usage quelquefois dun circuit dévitement
dans la ligne ou dun circuit dembranchement à la
terre, dans lequel est placé un électro-aimant pour
neutraliser toute charge ou décharge statique dans la ligne;
je perfore quelquefois le diaphragme et je place une bande de matière
élastique en travers dudit diaphragme, sur le trou, et sur
cette matière je place une feuille métallique, de sorte
quelle répond à des vibrations très faibles;
dans certains cas, deux ou un plus grand nombre de diaphragmes sont
établis sur des parois différentes de la boite résonnante,
chacun avec son régulateur de tension, ces diaphragmes ayant
tous les mêmes grandeurs, caractères ou tensions, ou
bien des grandeurs, caractères ou tensions différents,
de manière à répondre aux sons ou conditions
acoustiques variants.
Les différents régulateurs de tension étant dans
le circuit électrique, ceci produira une plus grande augmentation
et diminution de tension pour les longues lignes, vu que les diaphragmes
agissent simultanément sur les régulateurs de tension.
Dans certains cas, il est préférable de donner à
lembouchure de linstrument parlant une grandeur ou évasement
suffisant pour recevoir toutes les vibrations sonores, quelles
proviennent de la bouche, du nez ou de la gorge.
On peut faire usage de plusieurs pointes de contact en platine contiguës
au diaphragme, qui agissent pour augmenter ou diminuer la surface
de contact, suivant lamplitude de vibration du diaphragme, et
une goutte de liquide, telle que de lhuile ou de la glycérine,
entre le point de contact et le diaphragme servira à maintenir
un circuit fermé; mais le mouvement du diaphragme produit laugmentation
et la diminution de tension.
Le régulateur de tension, confectionné de fibres et
de matières conductrices ou semi-conductrices, peut-être
sec ou humecté avec un liquide.
Je puis enregistrer les sons produits par la voix humaiue, ou autrement,
en enregistrant les mouvements du diaphragme sur du papier, et alors
le papier peut être employé dans un instrument pour reproduire
les sons sur un diaphragme délicat en lui imprimant une vibration
semblable à celle donnée en premier lieu par la voix.
h, figure 4, transmetteur à dépressions, le diaphragme
ayant une pointe à lame de couteau. i, papier qui a été
en premier lieu passé dans une machine pour y produire ou élever
une surélévation en forme de V, 6.
Le mouvement du diaphragme de h, lorsque le tambour se meut, déprime
la pointe à lame de couteau l et produit la surélévation
à des profondeurs différentes, suivant lamplitude
de vibration du diaphragme.
Ainsi ces dépressions représentent avec précision
tous les tons et inflexions variants de la voix humaine; après
y avoir formé ces dépressions, le papier est passé
dans un second appareil », figure 5, presque semblable à
h.
Un ressort a un rebord en lame de couteau qui porte sur le rebord
surélevé 6, le ressort étant relié à
un diaphragme délicat 10 par une ficelle ou paille.
Le pli surélevé reproduit dans le ressort q le mouvement
de la pointe à dépression, et, soit par action directe,
soit par les vibrations dune ficelle, conduit le même
mouvement au diaphragme de h et reproduit les premiers sons; si ces
sons doivent être transmis sur une ligne télégraphique,
le diaphragme 10, figure 6, est pourvu du disque en liège w
et du régulateur filamenteux de tension t susdécrit,
pour produire laugmentation et la diminution de la tension électrique
sur la ligne.
Les sons peuvent être enregistrés à lencre,
comme cela est représenté figure 7. Le diaphragme de
h actionne une plume alimentaire automatique très flexible
o et produit une ligne large ou étroite, suivant lamplitude
de vibration du diaphragme.
Lencre ou le fluide employé doit sécher rapidement,
et la bande peut être passée, à un moment quelconque
après, dans linstrument indiqué à la figure
8, au dessous du bras 12, ayant une ou des pointes portant lur le
papier.
Ce bras est relié avec un diaphragme résonnant, et les
marques faites par lencre produisent plus ou moins de frottement,
suivant la largeur et la quantité dencre dé posée,
et ceci fera vibrer le diaphragme de n et reproduira les vibrations
du diaphragme de h.
Une modification évidente serait de revêtir le papier
dune substance qui engendrerait beaucoup de frottement ou même
on pourrait faire usage de papier rugueux non collé, et une
ficelle, armée dune pointe polie assez plate, polirait
la surface du papier plus ou moins, suivant la vibration du diaphragme,
et les différences dans la surfacedu papier produiraient une
réponse dans le diaphragme récepteur., . . -
.
Je dispose quelquefois la batterie par rapport avec linstrument
transmetteur, comme cela est indiqué à la figure 10.
h, chambre de résonnance, à lextrémité
de laquelle se trouve le diaphragme 10, et, à chaque côté
de ce diaphragme, il y a des ressorts c*. ce, armés de pointes
en plombagine comprimée, préférablement mélangée
avec du caoutchouc; mais on peut faire usage dune substance
quel conque, qui nest pas sujette à une décomposition
rapide, ou bien on peut faire usage du régulateur susmentionné
de tension à filaments élastiques.
Ces pointes se font face lune à lautre sur des
côtés opposés du diaphragme et font contact avec
la feuille de platine sous forme de disque attachée au diaphragme.
Le ressort c' passe dans un trou ou petite fente pratiquée
dans la paroi de la chambre h. d', a3, batteries principales. .
La batterie d', a du zinc à la ligne ou le ressort C3; lorsque
es ressorts c?, c', sont ajustés pour faire contact avec le
diaphragme également, aucun courant ne passe à la ligne;
mais quand le diaphragme est mis en vibration, son mouvement sur un
côté, soit c2, produit une plus grande pression sur la
plombagine de ce ressort et une diminution de la pression sur la plombagine
en c*, doù l'équilibre des batteries c2, c3, sera
détruit. c,ayant lavantage, enverra un courant
négatif à la ligne; ors du retour du diaphragme, les
courants des batteries se neutraliseront de nouveau. La vibration
du diaphragme sur lautre côté renverse la pression,
et la batterie d3 transmettra un courant positif à la ligne.
Comme la tension du régulateur, consistant en fibres ou en
plombagine, augmente sa résistance énormément
sous l'effet de légers changements de pression, il sensuit
que la force des ondes électriques sera en proportion suivant
que la voix de la personne qui parle est forte ou faible.
Figure I1, ressort de contact, qui peut être adapté adjacent
au diaphragme sur un ou deux côtés de cet organe. e»,
ressort en forme de U, attaché à la vis et, qui est
ajusté en avant et en arrière par lécrou
eï. es, pilier qui tient cette vis. r, pièce de caoutchouc
souple ou une substance équivalente placée entre les
bras du ressort c3. e, fil métallique ou bande qui sert à
lier les bras solidement contre le caoutchouc r, de manière
à empêcher que les bras agissent comme un diapason qui
transmettrait des vibrations harmonieuses dont on na que faire.
r2, pointe de contact en plombagine.
Le but du ressort en forme de U et du caoutchouc est de présenter
une pointe pour contact semi-rigide, de manière à empêcher
un rebord et permettre un léger fléchissement quand
la plombagine est comprimée par le diaphragme.
A la figure 3, le diaphragme de linstrument récepteur
est vibré par une bande de papier préparé chimiquement,
qui est en mouvement, les pulsations de lélectricité
passant sur la ligne et produisant plus ou moins de frottement entre
e papier et un bras sur le diaphragme.
La boite résonnante ou chambre « est armée dun
diaphragme, comme il a été dit, et un bras 12 est relié
à ce diaphragme; à son extrémité externe,
il y a une vis dajustement hs qui presse sur un ressort de platine
h qui est attaché à ce bras, et ce ressort porte
sur la bande de papier qui passe sur le tambour h5.
Le papier est mobilisé lentement en tournant le tambour 15
et les ondes délectricité, venant sur la ligne,
passen dans le bras ha au ressort h* à face de platine; de
là, par le papier à la terre.
Si un courant négatif passe dans la direction opposée,
toute friction entre la plaque de platine et le papier cesse presque
immédiatement, et le diaphragme de la boîte résonnante
H reprend sa position normale.
Quand le courant positif passe dans la même direction, le frottement
normal du papier est augmenté et la surface chimique, agissant
sur le bras à ressort de platine, sert à donner un mouvement
davance au diaphragme de la boite résonnante : ainsi
la force mécanique, appliquée pour faire mouvoir le
papier ou surface chimique, agit avec le courant électrique
pour produire la vibration du diaphragme de la boite résonnante,
et ces vibrations correspondront avec celles du diaphragme b, produites
en parlant dans le tube a.
Le principe de cette méthode dobtenir un mouvement par
la décomposition électrochimique est que, lorsquune
surface en mouvement est en contact avec une substance qui fléchit
légèrement, il y a tendance à mouvoir cette dernière
par et avec la première.
Si les circonstances du contact sont variées, ladhésion
des surfaces sera suffisante pour que la surface en mouvement fasse
mouvoir la surface susceptible de fléchir, ou bien de faire
glisser plus librement la surface à flexion, et, par leffet
de son ressort, la faire voyager dans le sens opposé à
celui de la surface en mouvement.
Le passage de lélectricité à la surface
en contact changera ladhésion de frottement, laugmentant
plus ou moins, suivant les substances employées.
En équilibrant les forces mécaniques de sorte que, quand
les surfaces en contact ne sont pas électrifiées, la
surface en mouvement entraîne la surface à flexion et
que, quand elle est électrifiée, la surface à
flexion glisse en arrière par-des sus la surface en mouvement
ou vice versa, un mouvement mécanique est obtenu qui dépend
de la condition électrique des surfaces en contact.
Lorsquil est nécessaire dobtenir une articulation
très parfaite, et quand un ton très élevé
nest pas essentiel, je fais usage dune modification indiquée
fig. 12 de la disposition pour comprimer et dilater la mèche
de fibres conducteurs, laquelle modification consiste à placer
entre le diaphragme 10 et les fibres b une languette vibrante 21 en
acier aimanté dune manière permanente, et à
la disposer pour agir de la même manière sur le régulateur
de tension I, comme si elle était le diaphragme.
Je remplace le liège sur le diaphragme par une mince armature
de fer 22, qui est à proximité très rapprochée
de la languette aimantée, laquelle languette est assujettie
à une extrémité comme un tube acoustique.
En cette position, le' diaphragme peut se mouvoir librement, et son
rapprochement et écartement de la languette aimantée
contraint ladite languette de suivre ses mouvements par lattraction
magnétique, et ainsi la languette est contrainte de faire ce
que le diaphragme faisait préalablement en variant la tension
de lélectricité sur la ligne.
Une modification de linstrument magnétique de réception
consiste en une plaque de fer munie de louverture dun
tube résonnant et assujettie par un support central, laissant
sa circonférence externe libre pour vibrer quand le métal
est attiré par les pôles de lélectro-aimant,
lesquels se présentent, bien entendu, sur chaque côté
de son centre; mais il est préférable de placer le support
légèrement en dehors du centre, parce que quelques portions
de la plaque seront alors en ton pour chaque son.
Une plaque soutenue excentriquement, et libre sur ses bords quand
elle est placée dans le porte-voix, répond avantageusement
aux tons de la voix; le circuit avec cette plaque est complété
par un ou plusieurs régulateurs de tension placés autour
de ses bords.
Jai découvert que la vulcanite ou caoutchouc durci produit
des ondes de froid et de chaleur sur sa surface par l'effet du plus
petit mouvement; dans certains cas, jen fais usage comme diaphragme
de la caisse résonnante i, fig. 13; je place une pile thermo-électrique
h en très grande proximité de ce caoutchouc, de
sorte que la vibration du diaphragme 10, qui produit les changements
de température, établira des courants délectricité
dans la pile, et ceux-ci, passant sur la ligne 1 et actionnant un
électro-aimant très délicat et un diaphragme,
reproduiront les sons qui agissent sur le diaphragme de caoutchouc.
En pratique, je combine avec lappareil parlant ou téléphonique
des timbres avertisseurs, de telle manière que si le téléphone
nest pas employé, la ligne est reportée sur le
timbre par un commutateur qui agit également sur les timbres
comme un avertissement.
Je fais remarquer, en ce qui regarde ces timbres, que laimant
qui actionne le timbre est fait avec une très grande résistance
en faisant usage de fil en melchior dans la bobine, et ainsi empêche
une consommation trop rapide de puissance.
On peut actionner un très grand nombre de fils téléphoniques
avec une seule batterie quand on fait usage de ces timbres.
La méthode que jemploie pour revêtir des substances
non conductrices avec des substances métalliques est la réduction
à létat métallique de métal de leurs
sels, en les exposant aux vapeurs provenant dun phosphure humide
dun métal tel que le phosphure de calcium ou en plaçant
la soie,par exemple, dans un tube scellé pourvu délectrodes
métalliques, et en volatilisant les électrodes par le
passage détincelles électriques; ces métaux
volatilisés se déposent sur la soie et la recouvrent.
Quand un son très élevé est demandé, comme
dans des ateliers, le tympan de linstrument récepteur
peut être établi pour contrôler une soupape atmosphérique
dun réservoir dans lequel de lair est emmagasiné
sous une pression réglée; lair quon laissera
échapper agira avec une grande force sur un diaphragme local.
Ce diaphragme, pour en obtenir des sons clairs, doit être pourvu
dun registre pour amortir les vibrations prolongées;
il peut être étouffé par le contact des doigts
ou par une corde légèrement tendue en travers du diaphragme,
ou par une vis pourvue dune pointe de caoutchouc qui appuie
dessus.
Pour répéter dun circuit dans un autre, je fais
usage, avec le diaphragme récepteur, dun régulateur
élastique à tension (fig. 1), en sus de lélectro-aimant,
et je relie le relais ou le second circuit avec ce régulateur,
de sorte que des ondes reçues de la station éloignée
contraignent laimant de faire vibrer le diaphragme, et ceci,
actionnant le régulateur à tension, transmet les ondes
dans le second circuit, et elles sont reçues à lautre
extrémité par un électro-aimant et un diaphragme.
Dans certains cas, j'enregistre les sons par les mouvements du diaphragme,
faisant usage, à cet effet, dune bande de papier avancée
régulièrement entre deux rouleaux 25 et 2b, comme dans
les figures 14 et 15, et il y a un fil lisse ou un fil de métal
doux et fin, 30, entre le papier et le rouleau supérieur 25,
et qui se meut avec ce dernier.
Le diaphragme 10 de la boite résonnante h est relié
par une tige délicate 28 avec ce fil textile ou métallique,
aussi près du contact des deux rouleaux que possible, une fourche
ou il étant établi pour le passage du fil, d'où
il résulte que des déflexions ou plis sont faits dans
le fil textile ou métallique juste avant quil soit encastré
dans le papier par la pression des rouleaux; ceci peut être
employé pour reproduire les sons en faisant vibrer un diaphragme
résonnant par les ondulations de la gorge faites par le fil
ou corde.
En plaçant le régulateur filamenteux à tension
dans une petite bande de caoutchouc, il est rendu plus élastique,
et les fibres peuvent se dilater sous laction de la chaleur
du courant sans changer la tension électrique.
Dans les cas où lon introduit une bande de caoutchouc
durci on une corde de soie, ou autre matière, revêtue
de plombagine ou dune feuille métallique entre le diaphragme
et un support rigide, la dilatation et la contraction dues au passage
des courants électriques produiront an mouvement sur le diaphragme
correspondant au diaphragme produisant les pulsations électriques.
Dans certains cas, le diaphragme doit pouvoir vibrer sans être
amorti par le contact dune substance stationnaire quelconque;
à cette fin, je place sur le diaphragme ou tympan 10 (fig.
17), un petit cylindre t7 en caoutchouc durci ou matière non
conductrice, à lintérieur duquel se trouve le
régulateur fibreux de tension , portant sur une lamelle de
platine reliée à un pôle de la batterie, et à
lintérieur de ce cylindre t7 il y a un disque t10 en
fer ou autre métal affolé, mais poussé vers le
régulateur à tension par un ressort 48 et un chapeau
vissé to, et lautre conducteur électrique est
relié avec ledit ressort.
Linertie du disque de métal produit plus ou moins de
compression du régulateur de tension pendant la vibration du
diaphragme, d'où il résulte que les pulsations électriques
sont transmises sur la ligne en harmonie avec les vibrations; on produit
presque le même effet en reliant le disque t10 à un ressort
de flexion t11, qui se projette en travers du diaphragme dun
rebord à lautre, comme cela se voit figure 16.
Cette construction dun organe à régler la tension
convient spécialement aux grands diaphragmes; dans certains
cas, je fais usage dun diaphragme de caoutchouc souple immédiatement
en contact avec le diaphragme transmetteur ou récepteur, de
manière à empêcher toute vibration prolongée
ou fausse et rendre le son plus clair et exempt de tons prolongés.
Je revendique :
1° Dans un instrument servant à transmettre les impulsions
électriques par le son, un diaphragme ou tympan de mica;
2° Dans un instrument servant à transmettre les impulsions
électriques par le son, la combinaison, avec un diaphragme
ou tympan, dun régulateur de tension électrique
pour varier la résistance dans un circuit fermé;
3) La combinaison, dans un instrument électrique actionné
par le son d'un diaphragme ou tympan, dun conducteur et dun
régulateur de tension électrique compose de fibres élastiques
et dune matière conductrice de lélectricité;
4° La combinaison, avec le diaphragme et le conducteur électrique,
dun disque en liège et dun régulateur de
tension ;
5° Dans un télégraphe actionné par le son,
la transmission et la reproduction de la voix humaine, en augmentant
et diminuant la résistance du circuit;
6° La combinaison,-avec un diaphragme ou tympan, de fluide électrolytique
et délectrodes, les derniers étant appelés
à vibrer par le diaphragme et variant la résistance
dansle circuit électrique;
7° Dans un instrument pour transmettre les sons parlélectricité,
une caisse résonnante ayant une ouverture ou bord contre lequel
les sons sympathiques ou consonnants agissent;
8° La combinaison, avec le diaphragme ou tympan et le régulateur
de tension électrique, dune vis à ajustement ou
comprimeur, variable pour régler la résistance du régulateur
de tension dans le circuit électrique;
9° La combinaison avec le diaphragme, dans un instrument à
télégraphie parlant, dune surface mouvante et
dun mécanisme à enregistrement actionnés
par le diaphragme outympan ;
10° La combinaison, avec un diaphragme ou tympan récepteur
dans un télégraphe actionné par le son, dune
surface mouvante, dune pointe ou plume et dune liaison
de cette dernière au diaphragme;
11° La combinaison, dans un instrument pour recevoir les sons
électriquement, dun électro-aimant et dune
plaquedarmature ;
12° La combinaison, dans le circuit électrique, de deux
ou un plus grand nombre de tympans, dune boite résonnante
et dun ou plusieurs organes servant à clore le circuit
pour chaque tympan;
13° La combinaison, avec le diaphragme, dune caisserésonnante,
d'organes établissant le circuit des deux côtés
du diaphragme et dune batterie ;
14° Dans un instrument télégraphique actionné
par le son, une boite ou caisse résonnante, un diaphragme et
des organes flexibles pour établir le circuit, doù
il résulte que linstrument est rendu portable et peut
être porté à la bou che lorsquon parle;
15° Dans un instrument télégraphique actionné
par le son, un électro-aimant et une plaque résonnante
ou diaphragme pourvu dune poignée et de conducteurs flexibles;
16° Linstrument récepteur, consistant en un électro-aimant,
une caisse et une plaque métallique affolée, disposé
et actionné comme il a été décrit pour
annoncer ou pour recevoir le message;
17° Dans un appareil télégraphique actionné
par le son,une ou plusieurs pointes de contact en matière susceptible
de fléchir, qui produisent une augmentation et une diminution
de la tension proportionnelle à la pression exer cée
par le diaphragme;
18° Dans un appareil télégraphique actionné
par le son un instrument récepteur pourvu dune surface
résonnante, conjointement avec une surface à frottement
mobilisée par une force motrice et agissant conjointement avec
le courant électrique pour vibrer ce récepteur résonnant
et produire des tons correspondants à ceux produits à
Lappareil transmetteur;
19° La combinaison, avec une pile thermo-électrique, dun
diaphragme en vulcanite ou caoutchouc durci;
20° La méthode spécifiée pour inscrire les
ondulations du diaphragme ou matière susceptible de fléchir,
et la reproduction des sons par laction de cette matière
sur un diaphragme pour communiquer à cette pièce des
vibrations semblables aux vibrations originales;
21° La combinaison, avec le diaphragme et le régulateur
de tension, dune languette aimantée et dune plaque
de fersur le diaphragme;
22° Conjointement avec le diaphragme actionné par le son,
un électro-aimant, une valve et une chambre contenant de lair
ou des gaz comprimés pour reproduire les sons sur un ton plus
élevé;
23° La méthode ci-dessus spécifiée pour préparer
les fibres pour les régulateurs de tension électrique
à laide de matières conductrices ou semi-conductrices
associées intimement avec ces fibres;
24° Dans un instrument pour recevoir télégraphiquement
les sons, une plaque affolée à ses rebords et soutenue
sur un pilier ou montant.
Certificat en date du 15 janvier 1878.
Pl. IV, fig. 18 à 29.
Pour la préparation du régulateur de tension, je trouve
que, dans certains cas, il est préférable de faire usage
de noir de fumée mélangé avec de la plombagine
amorphe pure et une très petite quantité de matière
non conductrice, telle que du caoutchouc, dissous dans un dissolvant
qui s'évaporisera entièrement
A la figure 18, jai représenté le diaphragme 10
comme étant perforé, une bande de matière élastique
40 étant placée en travers du diaphragme et des trous
y percés; sur cette matière élastique il y a
une pièce de métal très mince: ceci répondra
à de très faibles vibrations.
A la figure 19, jai représenté le circuit comme
passant dans les diaphragmes 10, les régulateurs de tension
t et une batterie sèche Duluc DP B à la terre.
Cette batterie est composée denviron trois cents paires
de disques en papier, revêtus dargent et doxyde
noir de manganèse.
Figure 20, disposition mentionnée dans le brevet pour intensifier
le son jo, diaphragme mis en vibration par le son
42, valve commandée par ce diaphragme.
43, réservoir contenant de lair sous une pression donnée.
b, diaphragme contre lequel vient agir lair quon laisse
échapper de la valve. t, régulateur de tension pour
transmettre les pulsations electriques, ou bien une caisse acoustique
résonnante peut être adaptée dans ce même
emplacement.
Plusieurs faits curieux et utiles ont été développés,
par mes recherches de longue durée, dans la transmission et
la reproduction du son, parmi lesquels on peut mentionner quun
diaphragme de cuivre ou de mica, ou autre matière flexible
contenant du cuivre, agira avec le fer doux dun électro-aimant
polarisé pour transmettre ou pour recevoir.
Si un diaphragme, armé dun bouton métallique,
se trouve à proximité suffisante du fer doux dun
aimant permanent, figure 21, pour que les vibrations du diaphragme
produites par le son fassent frapper le bouton contre le fer doux,
une pulsation électrique correspondante sera engendrée
dans une bobine établie autour de laimant, et ces pulsations
agiront dans un aimant électrique à linstrument
éloigné par leffet du dérangement moléculaire.
Si le diaphragme 10 est armé à son centre dun
tube mince, comme on le voit figure 5, et que ce tube se projette
dans une bobine établie autour dun des pôles dun
aimant 48, le courant engendré dans la bobine par la vibration
du diaphragme et du tube sera beaucoup plus grand que celui résultant
dune armature plate sur le diaphragme ou du diaphragme lui-même.
Laimant 48 peut être polarisé par une bobine, un
circuit local et une batterie.
Si un des pôles de laimant permanent m5, figure 23, est
relié avec la plaque c de sorte que cette dernière soit
polarisée par induction, le courant engendré dans la
bobine autour dun des pôles dudit aimant est intensifié.
Dans ce cas, je pratique une gorge ou entaille dans lextrémité
du pôle à bobine et jinsère dans cette entaille
un petit morceau de caoutchouc souple ou de tube qui sert à
amortir les vibrations du diaphragme et empêche quil ne
se produise des vibrations fausses ou harmoniques lorsquon parle.
La figure 24 représente le diaphragme 10, le régulateur
de tension t avec sa vis dajustement et le circuit local contenant
la batterie B passant dans une bobine à induction primaire
49, et il y a une clef 50 dans le même circuit.
Une bobine à induction secondaire 51 est dans la ligne du circuit,
et elle est influencée électriquement par le changement
de tension dans le circuit local produit par les vibrations du diaphragme
10.
La bobine secondaire doit se faire quelquefois avec plusieurs couches
de fil métallique fin pour engendrer un courant d'une haute
tension, afin de surmonter leffet inductifvenant des fils de
la ligne adjacents lun à lautre.
Je place linstrument récepteur à la station éloignée
entre la bobine dinduction et la terre comme en R, et je fais
usage dun électro-aimant EM avec armature polarisée
pour frapper un timbre; ceci répondra lorsque la clef So, dans
le circuit local à la station éloignée, est ouverte
ou fermée.
Figure 25, une bobine similaire à induction 49 et un circuit
local sont représentés; mais le régulateur de
tension est confectionné avec une feuille de platine très
mince sur la surface de deux tubes de caoutchouc souple, dont lun
sur le diaphragme et lautre sur la vis dajustement ; un
évitement et un rhéostat en R' servent à prolonger
le magnétisme dans la bobine dinduction, et ainsi à
assurer une augmentation et une diminution graduelles de la tension
électrique dans la ligne, au lieu dune cessation de ces
effets lorsque les surfaces de platine séloignent, et
au diaphragme récepteur c l'augmentation et la diminution de
la tension électrique, dans la ligne et sa bobine, actionnent
laimant permanent pour produire les vibrations du diaphragme
c, et en reliant un évitement autour de la bobine
et en y établissant la batterie secondaire S B, composée
de plaques métalliques dans de leau acidulée,
laction est rendue plus informe et le son plus distinct.
Lorsque le diaphragme est disposé, comme figure 9, pour actionner
un ressort 56 par lintervention dune pièce de caoutchouc
souple, ledit ressort 56 produit une augmentation et une diminution
de la tension électrique; en employant une rangée de
résistances 57 à languettes à ressort adjacentes
à 56, plus les vibrations du diaphragme seront amples, plus
les connexions du circuit électrique seront directes, et moins
il y aura de résistance, parce que le circuit passera le long
du ressort au lieu de passer dans toutes les bobines à résistance.
Lorsquil se trouve un disque résineux ou électrophore
58 immédiatement en face de chaque diaphragme 10, comme figure
10, et que les connexions de la ligne sont faites au diaphragme et
que les connexions de la terre sont faites à ces disques électrophores
58, le diaphragme répond à l'un et à lautre,
soit en parlant, soit en écoutant
Lorsque plusieurs fils de ligne sont à proximité lun
de lautre, le fil employé pour le télégraphe
acoustique ou parlant est influencé par induction, et des sons
faux sont produits.
Je surmonte cette tendance en plaçant un ou plusieurs électro-aimants
60 dans le circuit des lignes adjacentes et en amenant les fers doux
opposés de 60 à une distance telle de 59, quune
certaine action magnétique sera engendrée dans 59 par
induction dans le sens opposé aux courants inductifs de la
ou des lignes adjacentes.
En ajustant la distance entre ces aimants, quand le télégraphe
pariant nest pas employé jusquà ce quil
ny ait pas de son au diaphragme résultant des courants
dinduction; alors ces courants sont neutralisés, quils
soient forts ou faibles, et ne produisent nas de sons faux quand on
fait usage du télégraphe parlant.
Je fais également usage de doubles bobines de fil métallique
dans le même but, dont une dans le fil acoustique et l'autre
dans le fil devant être compensé.
Figure 29, disposition commode pour lenregistreur du son ou
phonographe, consistant en un cylindre 61, autour duquel est creusée
une entaille spirale recouverte dune feuille détain
très mince.
Ce cylindre est tourné régulièrement par un mouvement
dhorlogerie, et, en même temps, mobilisé dans le
sens de sa longueur à l'aide dun pas de vis taillé
sur son arbre, de sorte que la pointe 1, produisant des dépressions
et actionnée par le diaphragme 10 de h, sera toujours eu ligne
avec cette entaille ou gorge, doù il résulte que
les vibrations dece diaphragme seront inscrites ou enregistrées
sous forme de dépressions faites dans la feuille métallique
recouvrant lentaille, et que les mêmes sons seront reproduits
par la pointe 12 de l'instrument n, où on les écoute
donnant au diaphragme n les mouvements qui résultent des dépressions
de la feuille métallique se mouvant en contact avec cette feuille.
Rien nempêche de faire usage, dans le même but,
dune feuille plate adoptée sur une plaque plate.
Je revendique:
1° La combinaison avec le diaphragme transmetteur et le diaphragme
récepteur de la pile sèche, figure 19;
2° La combinaison, dans un instrument téléphonique,
d'un diaphragme de fer et dun aimant dont une extrémité
est attachée à laimant;
3° La combinaison, avec le circuit électrique et un diaphragme,
dune bobine dinduction et dun aimant ;
4° La combinaison, avec la bobine dinduction diaphragme
et de circuit local, dune clef dans ledit circuit et dun
timbre ou sonnerie à la station éloignée;
5° La combinaison, avec un diaphragme, de rhéostats ou
résistances dans la ligne ou circuit local, et de moyens de
diminuer ces résistances proportionnellement au mouvement du
diaphragme;
6° La combinaison, avec un circuit électrique contenant
des instruments servant à reproduire les sons, dun ou
de plusieurs électro-aimants et dun ou de plusieurs aimants
compensateurs pour neutraliser leffet inductif des fils télégraphiques
adjacents.
sommaire
Dans le catalogue
Mildé 1888 on y retrouve
tous les appareils et on peut y lire :
Dès l'apparition, en 1878,
du merveilleux instrument: le microphone, dû à Hughes,
nous nous préoccupâmes d'adjoindre à nos ateliers
de construction d'appareils électriques l'exploitation de la
micro-téléphonie. Car, en effet, avant cette découverte,
le téléphone seul était impuissant pour bien
transmettre la parole. Aussi avons-nous fait intervenir dune
façon générale, dans tous nos postes, le microphone,
qui, pour les ondes sonores, jouc le nême rôle que le
microscope pour les objets. En outre, notre but constant ayant toujours
été de donner aux appareils destinés à
la transmission de la parole une simplicité dans le fonctionnement
des organes, indiquée par le principe même du microphone,
il en résulte que, les premiers, nous fâmes en état
de pouvoir offrir au public des postes bon marché, capables
de faire pénétrer cette belle application de lélectricité
dans les usages domestiques.
Nous reconnûmes aussi que certaines dispositions de microphones,
notamment celle indiquée par Bourseul,
l'éminent ingénieur télégraphiste français
qui, dès 1851, c'est-à-dire plus de vingt ans avant
Bell, avait eu la prescience de la téléphonie,
se prétait à la transmission électrique directe
des ondes sonores, cest-à-dire quil nétait
pas utile de transformer le courant primaire en un courant secondaire,
nécessitant l'intervention dune bobine d'induction. Nos
postes ont donc toujours été exempts de cet adjuvant
qui peut avoir sa raison dêtre pour les microphones généralement
employés, mais qui na aucune utilité avec notre
système basé sur l'emploi dematières pulvérulentes
semi-conductrices.
Les conséquences de cette suppression ont été
fécondes en résultats:
C'est ainsi que nous avons pu réaliser des procédés
dinstallation de postes téléphoniques extrêmement
économiques. par exemple, dans un petit réseau domestique,
voire même, et surtout, dans une grande installation de ville,
il suffit d'éléments au poste central pour actionner
tous les microphones des postes, de telle sorte que, si lon
fait usage du poste à appel magnétique, on peut supprimer
complètement les batteries de piles chez labonné.
( Voir plans I4 et 16.)
Le résultat n'est pas sans intérêt puisque nous
voyons chez les abonnés du réseau de Paris, chaque poste
en service flanqué de trois boîtes contenant chacune
trois éléments de piles. La dépense est énorme
et lentretien considérable.
Une autre
conséquence non moins importante de cette suppression de la
bobine d'induction, dans tous nos postes micro-téléphoniques,
est la certitude où nous sommes, daprès le rapport
des ingénieurs électriciens, commis par le tribunal
à leffet dexaminer les revendications de la Société
générale des Téléphones, d'être
dégagés du procès
que cette dernière nous avait intenté
ainsi qu'à la plupart des constructeurs électriciens.
Nous pouvons done livrer au public en toute assurance, nos excellents
postes micro-téléphoniques, sans que ceux qui en feront
usage aient à se préoceuper des prétentions au
monopole que la dite Société de Téléphone
s'était hâtivement empressée de publier.
Nous ninsistons pas sur tous les avantages que présentent
maintenant les appareils micro-téléphoniques.
sommaire
1885 l'affaire de contrefaçon
de 1882 intentée par la SGT refait surface.
Les avocats de la SGT produisent un document pour instruire le futur
procès, pour Louis Maiche la conclusion est sans appel "Ce
parleur de M.Maiche reproduit tous les caractères distinctifs
du système Edison"; L.Maiche ne peut pas luter contre
la mauvaise foi de la puissante et souveraine SGT.
Et c'est pareil pour les autres sociétés poursuivies
: La Société anonyme Maison Bréguet; Lenczewski,
... Bert et D'Arsonval, d'Argy, Mildé
....
Cela entraina la faillite de Locht Labye ainsi que d'autres constructeurs.
RÉPONSE DE MM. MILDÉ ET DARGY
Au dire déposé par la Société générale
des Téléphones le 23 février 1885
Messieurs les experts,
Le dire déposé par M. Armengaud,
au nom de la Société générale
des Téléphones, dont il est administrateur depuis
1880, est une véritable plaidoirie, dans laquelle M. Armengaud
n'a pas craint :
1° de substituer deux dessins de son invention aux 29 dessins
officiels du brevet Edison;
2° de remplacer les 30 revendications dEdison
par six revendications que, de son autorité privée,
il déclare être les véritables caractéristiques
du dit brevet. Il est parvenu, par ce procédé, à
transformer en un brevet de principe un brevet que son auteur avait
plus modestement et plus exactement ntitulé :
Des perfectionnements aux instruments destinés à
contrôler par le son, les transmissions des courants électriques
et la reproduction des sons correspondants au lointain.
Quels sont donc ces instruments destinés, etc., etc., aux quels
Edison a apporté des perfectionnements formant lobjet
de son brevet ?
M. Armengaud affecte dans son dire de les connaître à
peine: - On a encore parlé, dit-il, d'un essai qui aurait
été tenté par Bell vers 1876 et dont il aurait
fait mention incidemment dans son mémoire lu à la Société
des ingénieurs télégraphistes de Londres, le
31 octobre 1877, etc., etc.
Or, cet instrument est classique, il est décrit et dessiné
dans les mêmes ouvrages de M. du Moncel,
auxquels se ré fère à chaque instant M. Armengaud
quand il trouve un éloge en faveur dEdison, et, puisque
la date nen parait pas certaine, nous avons lhonneur de
déposer entre les mains de MM. les experts le recueil des procès-verbaux
de la Société des ingénieurs télégraphistes
de Londres.
Nous avons, daprès le dessin ci-joint, calqué
sur le procès-verbal de la séance du 31 octobre 1877,
construit un apareil que nous tenons à la disposition de MM.
les experts.
Ils pourront se convaincre que, malheureusement pour largumentation
de M. Armengaud, les 5 premières caractéristiques quil
attribue à Edison sont précisément les caractéristiques
du téléphone à pile et à charbon de Graham
Bell, antériorité incontestable du brevet Edison. Nemployant
pas de bobine dinduction, nous navons pas à nous
occuper de la 6e caractéristique de M. Armengaud revendiquant
pour Edison la bobine Ruhmkorff; nous avons la ferme conviction que
nos co-defendeurs feront justice de ce 6° point sans aucune difficulté.
M. Berthon, ingénieur de la Société
des Téléphones, a, dans une des séances dexpertise,
prétendu que la double capsule cannelée de notre téléphone
forme ressort et peut, par suite, être assimilée à
la vis antagoniste dun des perfectionnements nombreux formant
lobjet du brevet Edison.
Nous avons construit un microphone sans cannelures, pour prouver à
M. Berthon lerreur dans laquelle son imagination lavait
entraîné; nous tenons cet appareil à la disposition
de MM. les experts.
Conclusion : laccusation de contrefaçon portée
contre nous par la Société générale des
Téléphones, les saisies judiciaires quelle a fait
pratiquer jusque dans lintérieur de lHôtel-de-Ville,
nont jamais été quune manuvre pour
retarder toute concurrence à sa concession, dont le prix dabonnement
est exorbitant, comme chacun le sait. Nous entendons réclamer
des dommages et intérêts pour les deux ans et demi pendant
lesquels elle est parvenue processivement à paralyser notre
industrie.
MILDÉ, DARGY.
Paris, ce 15 avril 1885
RÉPONSE DE M. DARSONVAL
Au dire pour la Société générale des Téléphones
.du 23 février 1885.
Dans le court travail que jai lhonneur dadresser
à MM. les experts, en réponse au dire de la Société
générale des Téléphones, je désire
rester exclusivement sur le terrain scientifique.
En me plaçant à ce point de vue, le seul qui soit de
ma compétence dans le débat actuel, jespère
démontrer quaucun des principes scientifiques ni aucune
des combinaisons ma térielles qui ont rendu la téléphonie
pratique, nest la propriété exclusive dEdison,
contrairement à ce que prétend la
Société des Téléphones.
BASES DE LA TÉLÉPHONIE ACTUELLE
La transmission électrique de la parole a été
réalisée pratiquement, pour la première fois,
par Graham Bell.
En inventant le téléphone magnétique qui porte
son nom, ce savant a créé un appareil réversible
servant indistinctement de transmetteur ou de récepteur. Dans
le téléphone magnétique, lénergie
produisant le courant électrique est empruntée aux vibrations
mêmes des cordes vocales de
la personne qui parle. Par suite même de son origine, ce courant
est dune faiblesse extrême, et son énergie nest
pas suffisante pour franchir la résistance et charger statiquement
de longues lignes télégraphiques, malgré la sensibilité
du récepteur.
Donc, le premier perfectionnement qui simposait à la
pratique consistait à inventer un transmetteur plus puissant
que le téléphone, tout en conservant ce dernier, instrument
comme récepteur.
Pour que la téléphonie entrât dans la pratique,
il fallait donc:
1° Faire intervenir une énergie étrangère,
autre que les vibrations vocales;
2° Diriger cette énergie par la voix elle-même, de
façon à amplifier sans les déformer, les variations
du courant électrique produites par la parole;
3° Employer le téléphone de Bell comme récepteur.
Toute la téléphonie actuelle repose sur ces trois principes.
Voyons à présent par qui ils ont été réalisés
pour la première fois.
Les brevets dEdison qui ont motivé les poursuites exercées
contre nous par la Société des Téléphones
sont, ou le sait, du 19 décembre 1877 et du 15 janvier 1878.
Or, le 14 février 1876, Graham Bell faisait breveter lappareil
suivant (Voir la figure reproduite dans le dire précédent).
Un fil de platine p fixé à une membrane tendue complète,
par son immersion dans leau, le circuit réunissant la
pile au téléphone magnétique; en parlant devant
la membrane tendue, les vibrations communiquées à la
pointe de platine modifient la résistance du circuit, dans
des conditions telles que le courant réagit sur le récepteur
par impulsions ondulatoires tout-à-fait semblables à
celles des courants induits. Les sons produits devenaient plus forts
quand le liquide était légèrement acidulé
ou salé, et lon obtenait encore de bons résultats
au moyen d'une pointe de plombagine immergée dans du mercure,
dans de leau acidulée ousalée, ou dans une solution
de bichromate de potasse.
Graham Bell fit construire cet appareil en mars 1876. Le 10 mai 1876
cet appareil fut lobjet dune communication de lauteur
à lAcadémie américaine de Boston. Il figura
en juin 1876 à lExposition de Philadelphie et enfin son
auteur le décrivit dans son mémoire lu à la Société
des Ingénieurs télégraphistes de Londres, le
31 octobre 1877, ainsi quil est facile à MM. les Experts
de sen assurer en consultant les documents authentiques quon
trouve dans la bibliothèque du journal La Lumière Electrique.
En résumé, je concluerai avec M. du Moncel quil
est démontré aujourdhui que cest bien M.
Bell qui, le premier, a pu faire parler le téléphone,
en lui appliquant des courants continus et ondulatoires, fonction
des vibrations de la voix, et quil a résolu le problème,
soit avec des courants induits
résultant des vibrations mêmes de lappareil transmetteur,
soit par des variations de résistance dun conducteur
imparfait mis en rapport avec le circuit et résultant elles-mêmes
des effets vibratoires.
Cest donc Bell, incontestablement, qui, le premier, en téléphonie
:
1° A fait intervenir une énergie étrangère
aux vibrations locales (la pile voltaïque);
2° A imaginé un système directeur de cette énergie
(appelé plus tard régulateur de tension par Edison);
3° A combiné deux appareils téléphoniques,
lun à pile et à régulateur de tension et
lautre magnétique, réunis par un fil de ligne,
le premier disposé à la station de lexpédition
et constituant le parleur ou transmelleur, le second placé
à la station de réception, constituant- lappareil
daudition ou
récepteur;
4° A réalisé la combinaison dune plaque vibrante
el dun corps solide ou liquide, semi-conducteur de lélectricité,
du charbon notamment (plombagine), ces deux éléments
étant disposés de manière que la plaque ou membrane
puisse transmettre ses vibrations à certains organes conducteurs
liés au régulateur de tension dune façon
permanente.
Cest également Bell qui, par l'appareil ci-dessus décrit
:
5° A réalisé pour la première fois la transmission
de la parole provenant des variations de la tension du courant, par
suite des augmentations et diminutions de la résistance du
circuit électrique sous linfluence des vibrations de
la membrane agissant sur le régulateur de tension.
6° A réalisé pour la première fois la circulation
du cou rant électrique dune pile à travers un
régulateur de tension, ce courant électrique nétant
jamais interrompu par suite de la permanence des contacts.
Il ressort clairement de la lecture de ces documents, dont lauthenticité
ne peut être mise en doute, que Bell, bien avantEdison, a inventé
et publié linstrument appelé plus tard, par Edison,
régulateur de tension, même celui où il entre
du charbon. MM. Engrand et Armengaud jeune affirment que dans la disposition
de Bell, avec pointe de plombaginetrempant dans le mercure, les vibrations
de la membrane ne déterminent pas de modifications dans la
pression subie par le charbon. Cest une erreur complète:
En face dunepointe animée dune grande vitesse par
suite de ses vibrations rapides, le mercure se comporte, par inertie,
comme un conducteur solide à pression initiale. Cest
pour la même raison quune pierre, animée de vitesse,
fait ricochet sur leau; corps encore plus mobile et moins dense
que le mercure, et pourtant dans ce cas M. Armengaud niera-t-il que
la pierre puisse être déformée (1) ?
Dailleurs lexpérience a parlé et M. Armengaud
peut sassurer par lui-même que le dispositif indiqué
par Bell fonctionne parfaitement.
De tous ces faits, il résulte que le régulateur de tension
dEdison est une simple modification de forme de celui deBell,
et que la Société des Téléphones nest
propriétaire que de cette forme spéciale.
Quant à la bobine dinduction, il résulte des pièces
déposées par M. de Locht-Labye entre les mains de MM.
les experts, que Bell la également décrite dans
son brevet anglais de 1876, bien avant Edison (2).
(1) On sait également quune balle tirée sur
leau arrive à saplatir.
(2) Dailleurs la disposition indiquée par Edison nest
pas une bobine de Ruhmkorff, à deux fils superposés.
Daprès cette discussion, résultant des documents,
que reste-t-il à Edison, sinon la forme spéciale donnée
au régulateur de tension ? Cette forme spéciale, lavons-nous
copiée, M. Paul Bert et moi ?
Evidemment non, car notre microphone se compose exclusivement dun
microphone de Hughes, auquel nous avons conservé la disposition
verticale que ce savant lut a donnée à lorigine.
M. Paul Bert et moi avons simplement rendu pratique cet appareil pour
la transmission de la parole en exerçant sur les charbons mobiles
une attraction magnétique qui supprime les crachements et permet
de donner au microphone tel degré de sensibilité quon
désire. Nous navons donc en rien contrefait lappareil
dEdison.
Au cours de la discussion qui a eu lieu devant MM. les experts, jai
dit que je navais pas pu faire parler un microphone à
pastille dEdison, je ny suis arrivé que plus tard
en employant deux pastilles, dont lune mobile sur un pivot et
appuyée contre la pastille du diaphragme au moyen de lat
traction magnétique (dispositif décrit dans la note
présentée à lInstitut par M. Paul Bert
et moi, dans la séance du 15 mars 1880).
MM. Engrand et Armengaud ont voulu prendre acte de mes paroles. Ce
que jai dit, prouve uniquement : dabord ma maladresse,
puisque M. Maiche a réussi dans les mêmes circonstances,
et secondement lès défauts de la disposition dEdison,
défauts encore mieux démontrés par labandon
complet que la Société a fait des appareils dEdison
pour adopter diverses modifications du microphone de Hughes.
Dr A.
DARSONVAL.
RÉPONSE DE M. JOURNAUX
Au dire de la Société générale des Téléphones
Le procédé employé par M. Armengaud pour établir
les soi-disant droits dEdison au monopole de la téléphonie
à pile et à charbon, consiste à rechercher les
points communs à tous les téléphones à
pile et à charbon et à les déclarer une sélection
rationnelle des points revendiqués par Edison dans son brevet
du 19 décembre 1877, avec certificat daddition du 15
janvier 1878.
M. Armengaud a rédigé ainsi six points distincts; il
y a ajouté deux dossiers fantaisistes et ayant bien établi,
à sa manière, cette habile substitution, il fait remarquer
que les six points revendiqués par lui se retrouvent dans nos
appreils. Donc : contrefaçon manifeste.
Ce que M. Armengaud a oublié, c'est de démontrer que
lingénieuse sélection quil a faite est bien
la propriété dEdison, quoique ce dernier ait,
au fond, dans les trente revendications de son brevet, revendiqué
tout autre chose quon sest dailleurs bien gardé
de lui prendre, et pour cause.
Edison ne nie pas les antériorités sur lesquelles glisse
si éloquemment M. Armengaud, puisque son brevet ne prétend
revendiquer que des perfectionnements aux instruments destinés
à contrôler par le son la transmission des courants électriques
et la reproduction des sons correspondants au lointain.
Abusant de la renommée dEdison comme inventeur de lampes
électriques, M. Armengaud a, dès le début de
lexpertise, posé Edison en inventeur de la téléphonie
à pile.
Cette légende, qui pourtant na plus cours nulle part,
a absorbé presque toute la première séance dexpertise.
A nos interruptions rappelant particulièrement le téléphone
à pile et à charbon de Graham-Bell, M. Armengaud nous
a répondu que ce nétait pas à lui den
parler, puisque cétait une antériorité.
Par contre, dans son dire écrit, il daigne mentionner lappareil
de Bell, mais en déclarant son existence absolument problématique.
Aux on-dit et aux peut-être de M. Armengaud, nous répondons
en déposant entre les mains de MM. les experts :
1° Le procès-verbal officiel de la séance du 31
octobre de la Société des Ingénieurs télégraphistes
de Londres, avec dessin authentique du téléphone à
pile et à charbon de Graham-Bell. Cette date suffit déjà
à établir lantériorité.
2° Nous y joignons le compte rendu du procès fait par Bell
aux Edison, Bake, etc., et le jugement déclarant que
les téléphones à pile et à charbon de
ces messieurs sont des contrefaçons du téléphone
Bell à pile et à charbon. Il serait par trop contraire
à léquité quun brevet Bell annulé
en France par suite dune communication prématurée
aux corps savants pût, après plusieurs années
doubli, être revendiqué au nom dun autre
inventeur, obligé, en Amérique, de se désister
en faveur de Bell.
CONCLUSION
Les cinq premières caractéristiques prêtées
à Edison par M. Armengaud pour les besoins de la Société
des Téléphones sont du domaine public comme ayant appartenu
à Bell, non breveté en France. La sixième caractéristique
relative à la bobine dinduction est aussi dans le domaine
public : 1° comme dessinée et décrite dans les brevets
Elisa Gray, etc., n° 166,095 et n° 166,096, du 27 juillet
1875;
2° comme suffisamment décrite dans le brevet anglais Bell
n° 4765, du 9 décembre 1876;
3° comme décrite et revendiquée dans le brevet Berliner
délivré le 15 janvier 1878, jour de la prise en France
du certificat daddition dEdison.
On retrouve avec étonnement la bobine dinduction à
deux hélices superposées, telle que tout le monde lemploie
aujourd'hui, revendiquée par Edison en Amérique, dans
un brevet n° 203,016 en date du 3o avril 1878, brevet que nous
tenons à la disposition de MM. les experts comme preuve surabondante
de la différence qui existait, dans lesprit même
dEdison, entre la bobine Ruhmkorff et lappareil dinduction
à aimant et bobines séparées de son certificat
du 15 janvier 1878, appareil qui nest que la reproduction rigoureuse
de ceux qui figurent dans ses brevets américains antérieurs
au 30 avril 18?8.
Le jugement ordonnait la comparaison de lappareil formant lobjet
du brevet avec les appareils saisis. Cette comparaison na pas
eu lieu par suite de limpossibilité de la Société
de présenter un seul appareil ressemblant sérieusement
aux dessins de son brevet.
D'autre part, loriginalité de notre téléphone
tient à ce que leffet microphonique est produit par le
glissement des charbons mobiles dans la gaine charbonneuse, ce qui
est facile à démontrer en remplaçant la gaine
charbonneuse par une gaine métallique.
Leffet téléphonique disparalt alors presque entièrement,
ce qui prouve bien quil était dû à la friction
des deux sur faces rugueuses eu charbon.
Nous repoussons de ta façon la plus absolue laccusation
portée contre nous par la Société et nous nous
réservons de revendiquer devant le tribunal une indemnité
proportionnelle au tort commercial qui nous a été fait
volontairement.
JOURNAUX, constructeur.
BOURDIN, ingénieur conseil
sommaire
1885 l'affaire
de contrefaçon de 1882 intentée par la SGT refait surface.
Les avocats de la SGT produisent un document pour instruire le futur
procès ( à lire dans la lumière électrique
du 21 mars 1885), pour Louis Maiche la conclusion est sans appel "Ce
parleur de M.Maiche reproduit tous les caractères distinctifs
du système Edison"; L.Maiche ne peut pas luter contre
la mauvaise foi de la puissante et souveraine SGT. Et c'est pareil
pour les autres sociétés poursuivies : La Société
anonyme Maison Bréguet; Lenczewski, ... Bert et D'Arsonval,
d'Argy, Mildé ....
Cela entraina la faillite de Locht Labye ainsi que d'autres constructeurs.
1896 A
lire ci dessous la fin de l'Affaire
Locht-Labye TRIBUNAL CIVIL DE LIÈGE. Jugement 20 mai 1896.
Ces récits sont fastidieux
à lire mais remplis de détails techniques; de dates,
de noms ... de faits non détaillés dans les autres pages
de ce site.
sommaire
En belgique à la défense
12 mars 1885 Réponse de Locht-Labye (Pantéléphone)


Fin
AFFAIRE SGT
/Société anonyme du gaz de Nice C. Locht-Labye
. pour
le Pantéléphone
Juriceprudence générale Dalloz Article
tiré du Journal Universel d'éléctricité
TRIBUNAL CIVIL DE LIÈGE. Deuxième
chambre. Présidence de M. Perot, vice-président.
20 mai 1896.
GARANTIE INCIDENTE. FRANCE. COMPÉTENCE. BREVET.
EXEQUATlEUR. GARANT.
Dans une action en garantie, même incidente, peuvent être
com-prises des demandes étrangères à la demande
principale.
En France, les tribunaux civils ont la plénitude de juridiction.
Si un brevet délivré en pays étranger a été
déclaré valable en ce pays contre le garanti et le garant,
celui-ci ne peut ensuite en Belgique, sur une demande d'exequalur,
et en l'absence surtout du demandeur principal, réclamer la
revision de la décision étrangère au point de
vue île la validité du brevet.
JUGEMENT.
« Attendu qu'il est constant que, le 19 décembre
1881 et postérieurement, Léon de Locht-Labye
a vendu et successivement livré à la Société
anonyme du gaz de Nice 250 appareils téléphoniques
dits « pantéléphones », construits
à Paris, expédiés de cette ville et brevetés
en France au profit du défendeur, les 30 août et
18 octobre 1879, sous le n° 132,464 ; qu'à la
connaissance de ce dernier, la Société du gaz de
Nice les destinait à la création d'un réseau
téléphonique en France, et en a payé le prix
intégralement au fur et à mesure de leur livraison
;
« Attendu que, suivant procès-verbal de l'huissier
Bonnet, de Nice, en date du 8 juin 1883, la Société
générale des téléphones de Paris,
agissant pour la sauvegarde des droits qu'elle détenait
en vertu d'un brevet d'Edison, du 19 décembre 1877, dont
elle était le représentant, ainsi que d'un certificat
d'addition, du 14 janvier 1878, fit procéder, dans les
magasins de la Compagnie du gaz de Nice, à la saisie de
248 appareils téléphoniques lui vendus par Léon
de Locht, et assigna ce dernier et la Compagnie du gaz de Nice,
par exploit du 4 novembre 1882, devant le tribunal de la Seine
pour voir et entendre déclarer les dits appareils contrefaits
et confisqués ;
« Que, devant ce tribunal, la Compagnie du gaz de Nice,
par acte du palais, du 9 mars 1888, forma incidemment un recours
éventuel en garantie contre son vendeur de Locht, du chef
d' éviction ;
« Attendu que le jugement du tribunal de la Seine, du 5
jan-vier 1889, qui déboutait la Société générale
des téléphones de son action, fut réformé
par arrêt de la cour d'appel de Paris, en date du 19 février
1891, lequel proclama les appareils contrefaits, en prononça
la confiscation et, statuant sur l'appel récursoire formé
éventuellement parla Société du gaz de Nice
en cas d'infîrmation de la sentence du premier juge, condamna
Léon de Locht-Labye à payer à cette société,
à titre de restitution et de dommages-intérêts
:
1° la somme de fr. 36,371-93, prix des appareils vendus;
2° celle de fr. 12,133-45 pour intérêts au 1er
mars 1888;
3° celle de fr. 18,189-53 pour intérêts au 1er
juillet 1894;
4° enfin fr. 5,689-89, représentant le montant des
frais judiciaires,
soit ensemble la somme de fr. 72,381-82;
« Attendu que cet arrêt, déféré
à la censure de la cour suprême, à la requête
de de Locht et de la Compagnie du gaz de Nice, fut confirmé
par un arrêt de rejet de la chambre civile de la cour de
cassation de France, du 8 mai 1894, et consacra ainsi définitivement
la contrefaçon et la confiscation des pantéléphones
saisis ;
« Attendu que l'action actuelle, introduite par exploit
du 24 septembre 1894, tend à faire déclarer exécutoire
en Belgique l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 19 février
1891, mais en tant seulement qu'il statue sur le recours en garantie
dirigé, du chef d'éviction, contre de Locht, vendeur
des objets déclarés contrefaits ;
« Attendu que le défendeur de Locht oppose à
cette demande d'exequalur plusieurs moyens tendant à la
l'aire déclarer non recevable, et conclut subsidiairement
à la revision au fond de l'arrêt précité,
tant au point de vue de la demande principale en contrefaçon
qu'au point de vue de l'action récursoire;
« Qu'il soutient en premier lieu que la Compagnie du gaz
de Nice ne s'est pas bornée à se pourvoir dans les
limites de l'action principale, mais qu'elle a, sous la forme
incidente du recours en garantie, réclamé la résiliation
de certaines opérations de vente d'appareils faites entre
parties et comprenant même d'autres appareils que ceux argués
de contrefaçon, tels que cornets, tableaux indicateurs,
etc.; qu'ainsi le juge français a accueilli une action
principale dont il n'était pas saisi ;
« Que le défendeur conteste en deuxième lieu
la compétence ralione materia: du juge étranger
à raison du caractère commercial de la vente avenue
entre parties ;
« Qu'il prétend, en outre, que le recours en garantie
n'a pas été débattu, et que la cour d'appel
de Paris aurait dû ordonner aux parties de s'expliquer sur
la portée et la nature du recours et les conséquences
de la confiscation; qu'alors que la confiscation ne portait que
sur une partie des objets vendus, à savoir la bobine d'induction,
la cour de Paris a ordonné la restitution du prix de toute
la vente ; qu'elle statuait ainsi au delà des limites de
l'action principale et méconnaissait les droits de la défense
et les principes d'ordre public en matière de compétence
et de garantie ;
« Qu'enfin le défendeur fait état de ce que
la condamnation en garantie ne devient exécutoire qu'autant
que la condamnation principale a été mise, elle-même,
à exécution et que c'est à la société
demanderesse à justifier de cette exécution ;
« Attendu qu'il échet d'abord d'apprécier
le mérite des fins de non-recevoir ci-dessus exposées
;
« Attendu, sur le premier moyen, que la garantie s'exerce
par action principale et introductive d'instance ou par action
incidente ; que la société demanderesse en exequatur,
en recourant à la voie incidente devant la juridiction
étrangère, a usé de son droit et mis on uvre
une procédure autorisée et organisée pat
la loi (ait. 1640, cod civ.; 175 et suiv., 181, code proe. civ.)
;
« Attendu que, si généralement l'action en
garantie se renferme dans les limites restreintes de l'action
principale, ce n'est que pour autant que l'une et l'aure dérivent
exclusivement de la même cause ou du même titre ;
mais que rien ne s'oppose à ce que ces deux actions se
meuvent dans un cadre différent, lorsque, comme dans l'espèce,
elles n'ont ni le même objet ni la même base légale,
et que les intérêts engagés dans chacune d'elles
contrastent par leur dissimililude et leur gravité, suivant
la nature et l'importance spéciales des obligations auxquelles
sont soumises les parties vis-à-vis l'une de l'autre, soit
par l'effet de la loi, soit en vertu d'un engagement contractuel
;
« Attendu que le but du législateur, en permettant
aux tribunaux de joindre et de comprendre dans la même instruction
la demande principale et la demande en garantie, a été
uniquement de simplifier et accélérer la procédure
dans l'intérêt des plaideurs, mais qu'il a eu si
peu en vue d'identifier ces demandes et de les subordonner l'une
à l'autre, que l'article 184 du code de procé-dure
civile autorise les tribunaux, soit à écarter la
demande de jonction, soit même à ordonner la disjonction
des deux actions, suivant leur état d'instruction ;
« Attendu, sur le deuxième moyen, qu'il est de principe,
en France, que les tribunaux civils possèdent la plénitude
de juri-diction; qu'ils peuvent connaître d'un litige commercial
sans devoir se déclarer d'office incompétents et
ne sont tenus de s'en dessaisir que lorsqu'il a été
soulevé devant eux iin déclinatoire reconnu fondé
; ce Attendu que le défendeur n'a proposé, devant
aucun degré de la juridiction étrangère,
aucune exception d'incompétence et que, partant, le deuxième
moyen manque de base;
« Attendu, au surplus, que la cour de Paris, comme juge
d'appel, était compétente, quel que fût le
caractère civil ou commercial de la contestation soumise
à son appréciation;
« Attendu, sur le troisième moyen, qu'il résulte
des qualités et constatations de l'arrêt du 19 février
1891, qu'à l'audience du 9 février, même année,
IIe Coeuri, avoué de de Locht-Labye, a conclu comme suit
:
« qu'il plût à la cour, statuant sur l'appel
« éventuel relevé par la Société
du gaz de Nice d'un jugement « rendu parle tribunal civil
de la Seine, le 5 janvier 1889,déclarer le dit appel nul
et de nul effet, subsidiairement non recevable; condamner la Société
du gaz de Nice à l'amende et aux dépens de son appel
éventuel ;
« Que, dans le préambule de son arrêt, la cour
constate qu'elle a entendu en leurs conclusions et plaidoiries
respectives :
Pouillet, avocat de la Société des téléphones
; Huart, avocat de de l.ocht-Labye, assisté de Me Coeuri,
avoué...;
« Attendu qu'il est donc inexact de soutenir que l'action
récursoire n'aurait pas été débattue
devant la cour ; que le contraire est authentiquement établi
;
« Attendu, d'ailleurs, que les parties se trouvant être
parfaitement d'accord sur la hauteur exacte du prix de vente payé
des appareils litigieux déclarés confisqués,
l'allocation des différentes indemnités prononcées
par la cour au profit de la Compagnie du gaz de Nice s'imposait
à sa décision par application de l'art. 1630 du
code civil, qui en déterminait les bases sans discussion
possible ;
« Attendu, sur le quatrième moyen, qu'il conste des
documents produits et notamment de la correspondance entre la
Société des téléphones et du gaz de
Nice, que, dès le 10 avril 1891, c'est-à-dire plus
de trois ans et demi avant l'intentement de la présente
action, la Société des téléphones,
par l'organe de son directeur, M. Berthon, mettait la Compagnie
du gaz de Nice en demeure de lui représenter et mettre
à sa disposition les 248 appareils saisis; que le 18 avril,
même année, la Société du gaz de Nice
se déclara prête à s'exécuter sous
certaines réserves dont il lui fut donné acte ;
que cet acte de soumission aux injonctions de la Société
des téléphones équivaut à l'exécution
de la condamnation principale prononcée à son profit;
que, si l'exécution matérielle n'a eu lieu que le
30 avril 189S, c'est qu'elle était suspendue par l'effet
du pourvoi en cassation dont le sort fut réglé par
l'arrêt de cassation du 8 mai 1894; qu'il n'appert d'aucun
document que cette exécution aurait été sollicitée
par la Compagnie du gaz do Nice ; qu'enfin il convient encore
de ne pas perdre de vue qu'à cette époque le procès
ouvert entre la Société des téléphones
et la Compagnie du gaz de Nice n'était pas terminé,
puisque la cour d'appel de Paris avait encore à trancher
la question des dommages-intérêts dus par le Gaz
de Nice à la Société des téléphones
et que celle-ci devait libeller par étal Au fond :
« Attendu que les principes qui régissent la souveraineté
poli-tique et territoriale des nations entre elles s'opposent
à ce que les tribunaux belges puissent connaître
de la validité, en pays étranger, d'un brevet délivré
par un gouvernement étranger, exploité dans les
limilcs du territoire étranger et octroyé sous les
conditions et formalités prescrites par la loi de ce pays;
qu'il suit de là, d'une part, que la prétention
du défendeur de faire reviser l'arrêt de Paris au
point de vue de la demande principale de la Société
des téléphones et d'ailleurs sans l'intervention
de celle-ci, est inadmissible, et que, d'autre part, la cour de
Paris, en reconnaissant la validité du brevet d'Edison
du 19 décembre 1877 et du certificat d'addition du 14 janvier
1878, a proclamé un fait définitif dont l'existence
est désormais certaine et à l'abri de toute attaque;
que celte décision fût-elle même erronée,
ce serait encore au défendeur à en supporter toutes
les conséquences;
« Attendu, d'ailleurs, que la question de validité
du brevet d'Edison en France est tout aussi étrangère
qu'indifférente au procès actuel ;
« Attendu, en effet, que la société demanderesse
poursuit l'exequatur de l'arrêt de Paris, non pas en ce
qu'il a reconnu la validité en France du brevet d'Edison
et prononcé la confiscation des appareils saisis, mais
en tant seulement qu'il a accueilli le recours en garantie qu'elle
a formé contre le sieur de Locht ; qu'il serait oiseux
de rechercher s'il a été bien ou mal jugé
par la cour de Paris en ce qui touche l'action principale, puirvie,
l'erreur de la cour vînt-elle même à être
démontrée, les faits invoqués par la Société
du gaz de Nice à l'appui de son recours n'en seraient pas
moins consacrés définitivement et irrémédiablement
en France ; qu'il ne faut pas perdre de vue que la Société
du gaz de Nice destinait à être utilisés en
France, au su de Léon de Locht, les appareils que, dans
ce but, elle lui avait achetés et que ce dernier avait
fait construire et breveter en France; que l'objet et l'intérêt
de la demande en exequatur portent exclusivement sur le point
de savoir si les faits reconnus judiciairement constants constituent
une éviction autorisant la Société du gaz
de Nice à s'en faire garantir ;
« Attendu, à cet égard, que la saisie du 8
juin 1883, antérieure de près de huit années
à l'arrêt du 19 février 1891, a eu pour effel
de frapper d'indisponibilité, entre les mains de la compagnie
demanderesse, les appareils qui en étaient frappés
et a troublé celle-ci dans la libre et paisible possession
de ces objets ; que l'arrêt de la cour d'appel, confirmé
en cassalion le 8 mai 1894, n'a fait que consacrer définitivement
la dépossession de la Société du gaz de Nice
; que cet arrêt, en outre, et conformément à
la loi française du 5 juillet 1844, a déclaré
la Société du gaz de Nice contrefacteur elle-même
des appareils saisis, à raison de la seule détention
qu'elle en avait au moment de la saisie ;
« Attendu qu'il est de principe que le vendeur est tenu
d'assurer à l'acheteur la paisible possession de la chose
vendue; qu'au cas où l'acheteur est troublé ou évincé
dans celle possession par un tiers qui prétend en justice
avoir un droit quelconque sur la chose vendue, le vendeur est
obligé à la garantie, soit en faisant rejeter l'action
dirigée contre l'acheteur, soit en indemnisant celui-ci
de tout le dommage résultant de l'éviction qu'il
n'aurait pas pu repousser;
« Attendu que, dans ces conditions, la cour d'appel de Paris,
en adjugeant à la Société du gaz de Nice
les indemnités déterminées dans l'exploit
introductif d'instance du 24 septembre 1894, a fait une saine
application de l'article 1630 du code civil ;
« Attendu que, vainement, le défendeur objecte, en
se fondant sur ce que la confiscation n'a pu porter que sur la
bobine d'induction et non sur les autres accessoires de l'appareil,
tels que cornets, tableaux indicateurs, etc., que la cour de Paris
lui a fait grief en le condamnant à la restitution du prix
de vente tout entier, au lieu simplement delà partie du
prix représentant la valeur de la bobine d'induction;
« Attendu, en effet, qu'au point de vue du but poursuivi
par la Société du gaz de Nice et de la destination
qu'elle réservait aux appareils achetés en vue de
créer en France un réseau téléphonique,
la confiscation de la bobine d'induction entraînait virtuel-lement
la dépossession des autres parties de l'appareil qu'il
faut considérer comme les différents éléments
d'un tout homogène et indivisible; que, partant, les engins
accessoires séparés de la bobine d'induction sans
laquelle ils ne répondraient plus à l'usage sur
lequel comptait la Société du gaz de Nice, devenaient
pour elle sans aucune milité; qu'ainsi on rentre dans un
cas d'application de l'article 1636 du code civil ;
« Attendu qu'il résulte de toutes les considérations
qui précèdent et des multiples éléments
de la cause, qu'il a été fait une fidèle
observation des prescriptions et formalités énoncées
en l'article 10 de la loi du 25 mars 1876;
« Par ces motifs, le Tribunal, ouï M. REMY, substitut
du procureur du roi, en son avis conforme, et rejetant toutes
conclusions plus amples ou contraires, déclare la demanderesse
recevable et fondée en son action ; en conséquence,
déclare exécutoire en Belgique l'arrêt de
la cour d'appel de Paris, en date du 9 février 1891, en
tant qu'il a fait droit au recours en éviction formulé
par elle contre Léon de Locht-Labye ; ce fait, condamne
le défendeur à payera la société demanderesse
la somme de fr. 72,381-82, montant des condamnations reprises
au dit arrêt et énoncées en l'exploit introductif
d'instance jusqu'au 1er juillet 1894, laquelle somme sera majorée
des intérêts à 6 p. c. jusqu'au jour du payement;
condamne en oulre le défendeur aux intérêts
judiciaires et aux dépens; dit qu'il n'y a pas lieu d'ordonner
l'exécution provisoire du présent jugement nonobstant
appel et sans caution... »
(Du 20 mai 1896. - Plaid. MMES DUPONT et VLKMINCX c. DE
LOCHT, ces deux derniers du barreau de Bruxelles.) |
Plus tard dans le RECUEIL PÉRIODIQUE
ET CRITIQUE DE JURISPRUDENCE, DE LÉGISLATION ET DE DOCTRINE
EN MATIÈRE CIVILE, COMMERCIALE, CRIMINELLE, ADMINISTRATIVE
ET DE DROIT PUBLIC
ANNÉE 1895. A PARIS AU BUREAU DE LA JURISPRUDENCE GÉNÉRALE
COUR DE CASSATION de PARIS
BREVET
D'INVENTION :
1° et 2° DÉCHÉANCE, DÉFAUT D'EXPLOITATION,
OBJET BREVETÉ, OBJET EXPLOITÉ, DIFFÉRENCES,
CARACTÈRE, POUVOIR DU JUGE; 3° et 4° APPLICATION
NOUVELLE, MOYENS CONNUS, RÉSULTAT INDUSTRIEL, POUVOIR DU
JUGE ; 5U et 6° CONTREFAÇON, OBJETS CONTREFAITS, ACHAT,
DÉTENTION EMPLOI COMMERCIAL, BONNE FOI, DOMMAGES-INTÉRÊTS,
CONFISCATION ; 7° OBJETS CONTREFAITS, CONFISCATION, SAISIE,
CONSIGNATALRE, MISE EN CAUSE. 8° MOTIFS DES JUGEMENTS, MOYEN,
MANQUE DE PRÉCISION.
Le breveté, qui exploite un objet différent
de celui qui a fait l'objet du brevet, n'est pas déchu
de ses droits pour défaut d'exploitation de son brevet,
s'il est constaté par les juges du fond que les différences
entre l'appareil employé et celui décrit ou brevet
ne sont pas assez importantes pour impliquer l'abandon de l'invention
primitive (L. 5 juill. 1844, art. 32; 1" espèce,
1" et 2" ; arrêts; 2" espèce) (1);
Et les constatations du juge du fond à cet égard
sont souveraines et échappent au contrôle de la
cour de cassation (lre espèce, 1er et 2e arrêts;
(2) espèce) .
(1 et 2) L'art. 32 de la loi du 5 juill. 1844 déclare
l'inventeur déchu de son brevet et par voie de conséquence
du certificat qui s'y rattache, lorsque pendant deux ans il
a négligé de l'exploiter en France. Mais, pour
échapper à cette déchéance, est-il
nécessaire que l'inventeur exploite l'invention même
telle qu'elle a été décrite dansle mémoire
annexé au brevet? Si, depuis la prise de son brevet,
il a apporté certaines modifications à sa découverte,
de sorte que celle qu'il exploite n'est pas identiquement celle
qu'il a fait breveter, devra-t-on le considérer comme
ayant encouru la déchéance? A cet égard,
la doctrine et la jurisprudence s'accordent pour décider
qu'une solution absolue ne saurait être donnée.
La question ne comporte pas une réponse unique; tout
dépend de l'importance ou du caractère des différences
existant entre l'objet exploité et celui du brevet. Si
les différences sont légères, insensibles,
si elles laissent subsister les éléments essentiels
du brevet, le breveté ne perd pas son droit. Mais, au
contraire, si les modifications sont tellement profondes que
l'invention primitive se trouve complètement transformée,
il faut dire que le brevet n'est pas exploité et que
l'inventeur doit, en conséquence, être déclaré
déchu. Au surplus, c'est aux juges du fait à apprécier
si les différences sont assez faibles pour que les deux
objets soient considérés comme semblables ou si
elles sont essentielles (V. Pouillet, Traité théorique
et pratique des brevets d'invention, 3» édit.,
n°s 518 et suiv.; Rendu, Code de la propriété
industrielle, t. 1er, n° 246 ; Ruben de Couder, Dictionnaire
de droit commercial, v» Brevet d'invention, n" 622
: Allart, Traité des brevets d'invention, t. 2, n°
346 ; Jur. gén., v° Brevet d'invention, n° 263;
Supplément, eod. v<>, n" 230. V. aussi Crim.
rej. 23 mai 1857, Annales de la propriété industrielle,
1857, p. 181 ; 30 avr. 1869, D. P. 70. 1. 236 ; Montpellier,
20 mai 1852, Annales de laproprieté industrielle, 1873,
p. 347 ; Req. 18 nov. 1872, D. P. 73. 1. 109; Civ. rej. 8 avr.
1879, D. P. 79. 1. 205 ; Paris, 5 juill. 1884, Annales de la
propriété industrielle, 1885, p. 289)
Le fait d'appliquer à la transmission de la parole
articulée un procédé qui, jusque-là,
n'avait été appliqué qu'à des transmetteurs
de sons musicaux, constitue une application nouvelle de moyens
connus pour l'obtention d'un résultat industriel et peut,
dès lors, faire l'objet d'un brevet ou d'un certificat
d'addition (L. 5 juill. 1844, art. 2; lre espèce,
1" et 2° arrêts; 2e espèce) (3).
(3) V. conf. Jur. gén., v° cit., n° 45 ; Supplément,
eod. v° n° 31, et les arrêts cités; Pouillet,
op. cit., n°» 31 et suiv. ; Allart, op. cit., t. 1,
n°" 23 et suiv. V. notamment Civ. rej. 24 mars 1875
(D. P. 75. 1. 294); Paris, 19 juin 1890 (D. P. 92. 1. 417);
Req. 17 janv. 1893 (D. P. 93. 1. 88).
Les juges du fond sont souverains pour décider qu'il
y a dans un cas donné application nouvelle de moyens
connus pour l'obtention d'un résultat industriel (1"
espèce, 1" et 2" arrêts ; 2e espèce)
(4)
(4) V. Pouillet, op. cit., n» 36 ; Crim. rej. H mai
1883, Annales de la propriété industrielle, 1883,
p. 160.
L'achat et la détention d'un objet contrefait constituent
l'emploi délictueux prévu par l'art. 40 de la
loi du 5 juill. 1844 et rendent ainsi le détenteur, même
de bonne foi, punissable comme contrefacteur et, par suite,
passible de dommagesintérêts envers le propriétaire
du brevet, quand il se sert dudit objet non pour son usage personnel,
mais dans un intérêt commercial ou industriel (1
espèce, 2e arrêt) ; (5)
Et, en pareil cas, la confiscation de l'objet saisi doit également
être ordonnée (L. 5 juill. 1844, art. 40 et 49;
1" espèce, 2" arrêt). (6)
(5 et 6) Aux termes de l'art. 40 de la loi du 5 juill. 1844,
il y a délit de contrefaçon non seulement dans
la fabrication de produits brevetés, mais encore dans
l'emploi de ces produits. De quelle nature doit être cet
emploi? La majorité des auteurs et la jurisprudence sont
d'accord pour décider que l'emploi constitutif du délit
de contrefaçon est celui qui est fait par un industriel
et un commerçant se servant des objets contrefaits comme
initruments de son commerce ou de son industrie, et sans qu'il
y ait à distinguer si le commerçant est ou non
de bonne foi. Celui qui, dans l'exercice de sa profession, fait
usage d'objets contrefaits, spécule sur l'emploi de ces
objets :il en retire un profit, puisque c'est grâce à
cet emploi qu'il peut s'adonner, dans des conditions plus faciles
ou plus avantageuses, à la profession lucrative qu'il
exerce. Il est donc de toute justice qu'il supporte les conséquences
de cet usage illicite (V. Pouillet, op. cit., nos 679 et suiv.;
Blanc, Traité de la contrefaçon, p. 618 ; Picard
et Olin, Brevets d'invention, nos 451 et suiv.; Jur. gén.,
V cit., noa 307 et suiv.; Supplément, eod. va, n°»
294 et suiv. V. également Crim. rej. 27 févr.
1858, D. P. 58. 1. 337; 22 nov. 1872, D. P. 72. 1. 477; Crim.
cass. 7 févr. 1873, D. P. 73. 5. 45; Crim. rej. 5 févr.
1876, D. P. 77. 1. 96). Et il peut, par suite, être condamné
à des dommages-intérêts envers le propriétaire
du brevet. Les dommages-intérêts sont, en effet,
le mode de réparation le plus ordinaire du préjudice
que la contrefaçon fait éprouver au breveté
(Pouillet, op. cit., n" 991). Mais les dommages-intérêts
ne sont pas la seule réparation du préjudice subi.
Suivant l'art. 49 de la loi du 5 juill. 1844, la confiscation
des objets contrefaits peut être ordonnée contre
le contrefacteur, le vendeur, l'introducteur ou le débitant,
même en cas d'acquittement, et il est admis que la bonne
foi n'est pas exclusive de la confiscation (Pouillet, op. cit.,
n" 985; Blanc, op. cit., p. 677 ; Jur. gén., v°
cit., n° 372; Supplément, eod. v°, n" 367;
Crim. cass. 9 déc. 1848, D. P. 51. 5. 55; Poitiers, 17
févr. 1855, D. P. 55. 2. 110 ; Angers, 29 juin 1870,
D. P. 70. 2. 210).
Le propriétaire des objets saisis comme
contrefaits ne peut pas se plaindre que la confiscation desdits
objets ait été ordonnée sans que la personne
chez qui la saisie a été pratiquée eût
été appelée à l'instance, alors
que cette personne était un simple consignataire du propriétaire
et, par suite, n'avait aucun intérêt dans le débat
(L. 5 juill. 1844, art. 49; 2e espèce) (7) . (7) Comp.
Pouillet, op. cit., n» 984.
L'acheteur d'objets contrefaits qui, dans ses conclusions, s'est
borné, pour le cas où la confiscation des objets
serait prononcée, à réclamer la restitution,
avec intérêts, des sommes payées au vendeur,
ne peut se faire un grief de ce que les juges ne lui ont pas
accordé un recours contre son vendeur pour les dommages-intérêts
auxquels il avait été condamné envers lepropriétaire
du brevet, alors que ce recours n'a pas été demandé
par lui (ire espèce, 2e arrêt). (8)
(8) Les juges ne sont tenus de répondre qu'aux chefs
précis des conclusions des parties. (V. Jur. gén.,
v° Jugement, nos 969 et suiv.; Supplément, eod. N°,
n° 3 702 et suiv.; Table des vingtdeux années, V
Motifs des jugements, nos 19 et suiv. ; Table des dix années,
eod. N°6 et suiv. ; Nouvelle table des dix années,
tod. N°, n°" 6 et suiv. Comp. Civ. rej. 13 mars
1894, D. P. 94.1.351) de la fabrication du sieur de Locht-Labye,
ingénieur à Liège, et, le 8 juin 1883,
dans les bureaux de la Société du Gaz de Nice,
des appareils du même type. Ces saisies furent suivies
d'instance en contrefaçon, et, le 8 août 1884,
le tribunal civil de la Seine, devant qui la Société
générale des téléphones s'était
pourvue, commit trois experts à l'effet d'examiner le
brevet et le certificat d'addition d'Edison, pour dire s'ils
étaient valables ou, au contraire, nuls ou frappés
de déchéance par suite d'antériorité
ou de divulgation antérieure, et spécialement,
quant au certificat d'addition, s'il était nul comme
ne se rattachant pas au brevet principal. Il ordonna, en outre,
qu'ils compareraient les divers appareils saisis avec ceux faisant
l'objet du brevet pour en constater les ressemblances et dissemblances,
et rechercher s'ils constituaient des contrefaçons. Les
experts déposèrent leur rapport le 27 mars 1886.
Avant de taire connaître leurs conclusions, il est indispensable
de préciser, d'après ce rapport d'ailleurs, quelques
points
1° (De Locht-Labye C. Société générale
des téléphones.)
2° (Société du gaz de Nice C. Société
générale des téléphones.)
3° (Journaux C. Société générale
des téléphones.)
Nous croyons devoir emprunter au rapport de
M. le conseiller Durand l'exposé de faits qu'il a consacré
aux affaires reproduites ci-dessous :
Par actes des 16 et 17 août 1880 et du 16 nov. 1881, la
Société générale des téléphones
est devenue propriétaire d'un brevet d'invention pris
en France par l'Américain Edison, le 19 déc. 1878,
et d'un certificat d'addition délivré à
cet inventeur le 15 janvier suivant.
En 1882 et 1883, elle a fait pratiquer, à divers domiciles,
plusieurs saisies d'appareils téléphoniques qu'elle
prétendait contrefaits, notamment, le 28 oct. 1882, chez
le sieur Journaux, manufacturier à Paris, un appareil
du type dit « le Pantéléphone »,
de la fabrication du sieur de Locht-Labye, ingénieur
à Liège, et, le 8 juin 1883, dans les bureaux
de la Société du Gaz de Nice, des appareils du
même type. Ces saisies furent suivies d'instance en contrefaçon,
et, le 8 août 1884, le tribunal civil de la Seine, devant
qui la Société générale des téléphones
s'était pourvue, commit trois experts à l'effet
d'examiner le brevet et le certificat d'addition d'Edison, pour
dire s'ils étaient valables ou, au contraire, nuls ou
frappés de déchéance par suite d'antériorité
ou de divulgation antérieure, et spécialement,
quant au certificat d'addition, s'il était nul comme
ne se rattachant pas au brevet principal. Il ordonna, en outre,
qu'ils compareraient les divers appareils saisis avec ceux faisant
l'objet du brevet pour en constater les ressemblances et dissemblances,
et rechercher s'ils constituaient des contrefaçons. Les
experts déposèrent leur rapport le 27 mars 1886.
Avant de faire connaître leurs conclusions, il est indispensable
de préciser, d'après ce rapport d'ailleurs, quelques
points
Après des essais et des découvertes
qu'il n'est pas nécessaire de rappeler pour la solution
des questions soumises à la cour, deux Américains,
Gray (brevet français du 27 juill. 1874) et Graham Bell
(patente anglaise du 9 déc. 1876), avaient réalisé
le téléphone harmonique transmettant à
de grandes distances les sons musicaux, et, pour augmenter la
force de leur appareil, ils avaient fait emploi de la bobine
de Rhumkorff ou bobine d'induction. A l'aide d'un transmetteur
liquide composé, selon la formule de Gray, d'eau acidulée
dans laquelle plongeait une pointe en platine, et, selon celle
de Bell, d'un bain de mercure en contact avec une pointe de
plombagine, ils étaient ensuite arrivés à
résoudre le problème de la transmission de la
parole à distance, mais théoriquement seulement;
car, au dire des experts, l'altération du liquide et
l'action du gaz qui s'en dégageait produisaient dans
l'appareil une perturbation telle qu'il resta un simple instrument
d'expériences et de laboratoire. Aux liquides employés
de cette façon par Bell et Graham, Edison substitua,
sous le nom de régulateur d'intensité, un corps
solide semi-conducteur de l'électricité formé
de fibres de soie enduites de plombagine dont la résistance
au passage du fluide diminuait à mesure qu'augmentait
la pression exercée par le diaphragme vibrant sous l'influence
de la voix. Il parvint ainsi à construire un téléphone
pratique qui se composait de la combinaison de deux organes,
le transmetteur et le récepteur; le transmetteur comprenant
essentiellement un diaphragme, une substance solide semi-conductrice
et un fil venant d'une pile produisant un courant ininterrompu,
le récepteur consistant en une plaque métallique
placée devant un aimant, et, en conséquence, magnétique.
Ce fut pour cet appareil qu'il prit le brevet d'invention du
19 déc. 1877; mais il ne tarda pas à le perfectionner.
Pour transmettre la parole à de plus grandes distances
et éviter l'emploi ae piles nombreuses d'intensité
variable, il combina avec l'appareil transmetteur à pile
et à régulateur de tension une bobine d'induction,
le circuit primaire de la bobine contenant le transmetteur,
tandis que le circuit secondaire était en rapport avec
la ligne et le récepteur. C'est ce perfectionnement qui
a été l'objet du certificat d'addition du 14 janv.
1878.
Les experts conclurent à la validité
du brevet du 19 déc. 1877, mais déclarèrent
que les appareils fabriqués par de Locht-Labye
ne présentaient aucun des caractères propres à
ce brevet, et. par suite, que, quant à ce, ils ne constituaient
pas une contrefaçon. Pour le certificat d'addition, leur
avis fut qu'il était également valable, et qu'en
ce qui le concernait il y avait eu, au contraire, contrefaçon
par l'emploi de la bobine d'induction. Ils déclarèrent
encore que si les appareils employés par la Société
générale des téléphones dans son
bureau central étaient différents des appareils
d'Edison et semblables à ceux décrits dans une
patente accordée à l'Américain Phelps,
ces différences n'avaient pas une importance telle qu'on
pût considérer comme encourue la déchéance
prononcée par l'art. 32 de la loi du 5 juill. 1844 pour
non-exploitation de brevet.
Un an après le dépôt de
leur rapport, le 25 juin 1887,1a Société des Téléphones
fit encore saisir quatre autres appareils du type de Locht-Labye,
remis en consignation par Journaux à un sieur Mora, chez
qui ils avaient été trouvés, et conclut
également à ce qu'ils fussent déclarés
contrefaits.
Le tribunal civil de la Seine statua le 5 janv.
1889. En ce qui concernait le brevet du 19 déc. 1877,
il approuva entièrement le rapport des experts. Quant
au certificat d'addition, il repoussa, au contraire, les conclusions
du rapport et déclara que ce certificat n'était
pas valable en droit parce que l'emploi Je la bobine, tel qu'il
avait été fait par Edison, ne constituait pas
l'application nouvelle de moyens connus pour l'obtention d'un
résultat industriel susceptible d'être breveté
aux termes de l'art. 2 de la loi du 5 juill. 1844. Sur la question
de déchéance tirée de la non exploitation
du brevet, il se rangea enfin à l'avis des experts, et
statua dans les termes suivants :
« Attendu qu'enfin on oppose au brevet la déchéance
prévue par l'art. 32 de la loi de 1844, pour non-usage
pendant deux ans; qu'en effet, les experts ont constaté
que les appareils, employés par la Société
générale des téléphones, étaient
différents de celui breveté par Edison et semblables
à ceux décrits dans une patente Phelps, mais qu'il
n'est pas démontré que les appareils d'Edison
n'aient pas été exécutés après
le brevet; que la déchéance n'est pas suffisamment
établie. »
A la suite et par application de ces solutions, la Société
générale des téléphones fut déclarée
mal fondée en ses demandes et conclusions, et le tribunal
l'en débouta. Mais elle interjeta appel de sa décision
contre Journaux, de Locht-Labye, la Société du
gaz de Nice, et, devant la cour d'appel de Paris, elle prit
des conclusions tendant aux mêmes fins que devant les
premiers juges. De son côté, la Compagnie du Gaz
de Nice se porta éventuellement appelante, et pour le
cas où le jugement du 5 janv. 1889 serait infirmé
sur l'appel de la Société des téléphones,
et où la cour de Paris prononcerait la confiscation des
appareils saisis sur elle, elle conclut à ce que de Locht-Labye
fût condamné à lui payer la somme de 36,371
fr. 95 cent, pour prix desdits appareils, plus 12,133 fr. 45
cent, pour intérêts au 1er mars 1880, ainsi que
les intérêts à 6 pour 100 de ces deux sommes
à partir de cette dernière date à titre
de supplément de dommages-intérêts.
l re Espèce : (1° De Locht-Labye
C. Société générale des téléphones.
2° Société du gaz de Nice C. Société
générale des téléphones.)
La cour d'appel de Paris a rendu, le 19 févr. 1891, un
arrêt ainsi conçu :
Sur l'appel principal :
Considérant qu'à l'appui de sa demande
en contrefaçon, la Compagnie générale des
téléphones invoque les dispositions et revendications
formulées dans le brevet d'Edison aux droits duquel elle
se trouve, en date du 19 déc. 1877 et dans son certificat,
d'addition, en date du 14 janv. 1878 ;
En ce qui concerne le brevet, sa validité,
son étendue, la déchéance qui lui est opposée,
et la contrefaçon qui résulterait à la
charge de l'intimé de la violation de la loi du brevet
:
Considérant qu'il résulte de l'étude
approfondie que les experts ont faite, dans leur rapport, de
la téléphonie et de ses progrès jusqu'à
la fin de 1877, qu'à celte date le problème de
la transmission de la parole à l'aide de l'électricité
n'avait pas encore été pratiquement résolu;
que si le Français Charles Bourseul peut, à juste
titre, revendiquer l'honneur d'avoir le premier, et dès
1854, conçu l'idée de la transmission à
l'aide d'un instrument approprié, sa conception n'est
point sortie du domaine théorique et n'a point été
par lui réalisée; Qu'en 1861, Reiss parvint
à construire un appareil téléphonique auquel
il donna la forme d'un électroaimant, transmettant à
distance et reproduisant dans l'organe récepteur le nombre
des vibrations, c'est-à-dire la hauteur du son initial,
ayant mis en mouvement la plaque vibrante d'un transmetteur,
mais que cet appareil était impuissant à transmettre,
en raison même des courants intermittents fournis par
la pile avec une intensité constante, les ondulations
électriques de même forme que les ondes sonores
engendrées par la parole et qui ne pouvaient être
produites que par des courants permanents, d'intensité
variable, dans un circuit toujours fermé; Que
ce résultat fut à peu près obtenu en 1876
et simultanément par Elisha Gray et Graham Bell, à
l'aide du transmetteur à liquide, composé, selon
la formule de Gray, d'eau acidulée dans laquelle plongeait
une pointe en platine et, selon celle de Bell, d'un bain de
mercure en contact avec une pointe de plombagine dont était
armé le diaphragme du transmetteur; Considérant
que, par cetle double et précieuse découverte,
le problème de la transmission de la parole à
distance était résolu, mais théoriquement
seulement, car, au dire des experts, l'altération du
liquide, l'action du gaz qui s'en dégageait, produisaient
dans l'appareil téléphonique une perturbation
telle, qu'il est resté un simple instrument d'expérience
et de laboratoire; Considérant, au contraire, qu'Edison,
en substituant aux liquides employés par Gray et par
Bell, pour former dans son appareil un régulateur d'intensité
électrique, un corps solide semi-conducteur de l'électricité,
dont la résistance, au passage de ce fluide, diminue
à mesure que la pression exercée par le diaphragme
augmente, a produit un téléphone véritablement
pratique, et que son invention, quoique devant être circonscrite,
en ce qui concerne l'emploi des corps a employer pour la construction
du régulateur d'intensité, dans les limites fixées
par les experts, a pu être valablement brevetée;
Adoptant, au surplus, sur toutes les questions ci-dessus
indiquées, relatives au brevet du 19 déc. 1877,
les motifs des premiers juges en ce qu'ils n'ont rien de contraire
aux considérations qui précèdent ; Et homologuant
sur les mêmes points le rapport des experts nommés
par le tribunal, rapport éclairant suffisamment la religion
de la cour et rendant inutile toute expertise nouvelle;
En ce qui concerne le certilicat d'addition
du 15 janv. 1878 : Considérant que la Compagnie
des téléphones exerçant encore les droits
d'Edison, revendique comme sa propriété légitime,
protégée par le certificat d'addition ci-dessus
indiqué, la combinaison de la bobine d'induction à
son télégraphe à piles constituant, selon
elle, une application nouvelle de moyens connus, pour la production
d'un résultat industriel dans le sens du dernier paragraphe
de l'art. 2 de la loi du 5 juill. 1844 ; Considérant,
tout d'abord, qu'il est certain, ainsi que le constatent les
experts dans leur rapport, que le résultat industriel
obtenu par cette combinaison est considérable ;
Que c'est grâce à l'application de la bobine d'induction
au téléphone à piles qu'ont pu être
établis les réseaux téléphoniques
indispensables à la transmission à grande distance
de la parole articulée, par suite des obstacles nombreux
qu'elle rencontre, et dispensant de l'emploi coûteux des
piles nombreuses, d'intensité variable suivant la distance
à parcourir par le courant électrique ;
Considérant, d'autre part, que cette combinaison constitue
en droit une application nouvelle d'un procédé
déjà connu; Qu'en effet, si Elisha Gray
et Graham Bell avaient, ayant Edison et dans les mêmes
conditions, employé la bobine d'induction, tombée
depuis longtemps dans le domaine public, l'un et l'autre n'en
ont fait emploi « qu'en conneiion avec des transmetteurs
de sons musicaux, le circuit de la bobine étant périodiquement
ouvert et fermé par des vibrations d'un diapason ou d'une
lame, tandis qu'Edison a combiné la bobine avec un transmetteur
parlant » (Rapport, p. 32); Que si, dans les deux
cas, le rôle de la bobine est le même, le but poursuivi,
le résultat industriel obtenu sont différents;
que la bobine d'induction a donc été transportée
par Edison dans sa combinaison à une chose autre que
celles auxquelles elle avait été employée
précédemment et a produit ainsi un résultat
nouveau utile à l'industrie ;
Considérant qu'il s'agit maintenant d'examiner
les moyens de nullité du certificat d'addition invoqués
par l'intimé ; en ce qui concerne le moyen de nullité
tiré de ce que ce certificat d'addition ne se référait
pas au brevet du 19 déc. 1877 : Considérant
que les experts observent que l'objet principal du brevet dont
il s'agit est la reproduction, au loin, du son par l'emploi
du transmetteur à piles ; qu'il y a lieu d'ajouter qu'il
a spécialement pour objet, ce en quoi il a été,
dans la première partie du présent arrêt,
déclaré valable, la reproduction par un transmetteur
à piles de la parole articulée; Que l'emploi
de la bobine avec ce transmetteur à piles se rattache
donc intimement au brevet lui-même;
Sur le moyen tiré de ce que Edison aurait,
en Angleterre, renoncé, par les disclains, à réclamer,
comme lui appartenant, l'emploi de la bobine d'induction mentionnée
dans ses patentes anglaises des 30 juill. 1877 et 15 juin 1878
; Considérant que cette renonciation qui aurait
eu pour résultat de faire tomber le certificat d'addition,
en même temps que les patentes anglaises susvisées,
n'est point justifiée; Que les termes peu précis
dans lesquels sont conçus les disclains invoqués
ne permettent pas d'affirmer que telle avait été,
en, les formulant, la pensée d'Edison ; Que ce
qui démontre, au contraire, que telle n'a point été
sa volonté et la portée de ces disclains aux yeux
de l'autorité anglaise chargée de les recevoir,
c'est que la revendication de la bobine d'induction avec un
transmetteur à piles, n'a point été, sur
les minutes des patentes, rayée à l'encre rouge
ainsi qu'il est d'usage de le pratiquer en Angleterre pour toutes
les revendications qui ont été l'objet d'un disclain,
pas plus que ne l'ont été les revendications relatives
au phonographe et à l'électro-mototélégraphe
dont la propriété ne lui a jamais été
contestée et qui sont indiqués sous le même
numéro dans ladite patente ; sur le moyen tiré
de l'absence de nouveauté, résultant de la patente
Berliner déposée le 16 oct. 1877, et qui n'a pu,
suivant les prescriptions de la loi américaine, être
rendue publique que le 15 janvier suivant, c'est-à-dire
le jour même du dépôt à Paris du certificat
d'Edison : Considérant, en premier lieu, qu'il
n'est point justifié qu'en vertu de la loi américaine
la délivrance de la patente remonte au jour du dépôt
de la demande et non pas seulement au jour où cette patente
est délivrée; Qu'on ne saurait utilement,
dans la cause, invoquer les dispositions de l'art. 29 de la
loi de 1844, supprimer complètement les brevets d'importation;
Considérant, en second lieu, ainsi
que l'ont, au surplus, reconnu les experts et les premiers juges,
que la patente Berliner n'ayant été rendue publique
que le 15 janv. 1878,c'est-à-dire le jour même
du dépôt, à Paris, du certificat d'addition
Edison, ce dépôt, l'heure de Washington étant
en retard de cinq heures sur l'heure de Paris, a été
de toute nécessité effectué avant qu'on
ait pu connaître dans cette ville l'invention de Berliner
; Qu'en outre, les divers documents invoqués par
l'intimé, pour justifier que, dès les mois de
septembre et d'octobre 1877, l'invention de Berliner aurait
été divulguée en Amérique, en admettant
qu'ils soient assez précis et assez clairs pour permettre
la reproduction de cette invention, sont loin de porter en eux-mêmes
la preuve de l'authenticité de la date assignée
à leur publication ; Considérant enfin
que l'invention de Berliner, faisant l'objet de la patente publiée
le 15 janv. 1878 et comprenant la combinaison d'un transmetteur
à piles et à charbon, non pas avec une seule bobine
d'induction, mais avec deux bobines réagissant l'une
sur l'autre, devait nécessairement présenter des
différences notables avec la combinaison revendiquée
par Edison dans son certificat d'addition, puisque les autorités
américaines dont la mission ne se borne pas, comme en
France, à recevoir purement et simplement la demande
du brevet qui leur est déposée, mais à
vérifier, préalablement à la délivrance,
si l'invention dont on revendique la propriété
présente bien le caractère d'une invention, ont
délivré à Edison, à la date du 30
avr. 1878, une patente ayant le même objet que son certificat
d'addition, alors que la patente de Berliner lui avait été
délivrée le 15 janvier précédent;
Qu'on peut, au surplus et en fait, si peu soutenir que
Edison s'est inspiré de la découverte de Berliner
pour revendiquer la combinaison décrite dans son brevet
d'addition du 15 janv. 1878, qu'il l'avait déjà
revendiquée dans sa patente anglaise du 30 juill. 1877,
c'est-à-dire près de six mois avant la publication
de la patente Berliner, et plus de trois mois avant la divulgation
qui, contre toute vraisemblance, aurait été faite
de son invention dont il voulait pourtant s'assurer la propriété
;
Qu'il résulte donc de tout ce qui précède
que le certificat d'addition du 15 janv. 1878 est régulier
et valable, qu'il n'a encouru aucune déchéance
et qu'il assure à Edison ou à ses représentants,
la propriété exclusive de la combinaison d'un
téléphone parlant avec la bobine d'induction;
Qu'il y a lieu, dès lors, de réformer sur
ce point, le jugement dont est appel, d'entériner, dans
toutes les parties qui s'y réfèrent, le rapport
des experts et de déclarer contrefaits les appareils
saisis comme renfermant la combinaison d'un transmetteur à
piles et d'une bobine d'induction dont le circuit secondaire
contient le récepteur ; Qu'il y a lieu également
d'allouer à la Compagnie des téléphones
des dommages-intérêts en réparation du préjudice
certain par elle souffert, mais que la cour ne peut, à
défaut de justification de l'importance de ce préjudice,
fixer dès à présent le montant de ces dommages-intérêts
; Par ces motifs, etc.
Cet arrêt a été frappé
d'un double pourvoi en cassation par le sieur de Locht-Labye
et par la Société du gaz de Nice.
POURVOI du sieur de Locht-Labye :
1° Violation des art. 1 et 32, § 2, de la loi du 5
juill. 1844, 7 de la loi du 20 avr. 1810, et des règles
en matière de preuve, en ce que l'arrêt attaqué,tout
en reconnaissant que l'appareil en usage diffère de l'appareil
breveté, a refusé de prononcer la déchéance
des brevets et certificats d'addition sous prétexte que
l'inexécution absolue du brevet ne serait pas démontrée.
2° Violation des art. 1, 2, 16 de la loi du 5 juill. 1844,
en ce que l'arrêt attaqué a déclaré
valable un certificat d'addition ayant pour objet un perfectionnement
déjà connu et employé de la même
manière dans d'autres industries ou d'autres appareils
analogues aux appareils prétendus contrefaits.
ARRÊT (après délib. en la
ch. du cons.).
LA COUR;
Sur le premier moyen : Attendu que, par homologation
du rapport des experts commis parles premiers juges, l'arrêt
attaqué adéclaré que, s'il y avait des
différences entre l'appareil employé par la Société
générale des Téléphones dans son
bureau central, sous le nom de transmetteur Edison, et les appareils
décrits dans le brevet du 19 déc. 1877, ces différences
n'avaient pas une importance telle qu'on pût considérer
l'art. 32 de la loi du 5 juill. 1844, qui déclare le
breveté déchu de ses droits pour défaut
d'exploitation, comme applicable dans l'espèce;
Qu'en statuant ainsi, par appréciation souveraine des
documents delà cause, il a suffisamment répondu
aux conclusions de Locht-Labye et justifié son refus
de prononcer la déchéance dudit brevet et du certificat
d'addition y afférent;
Sur le deuxième moyen : Attendu qu'il est déclaré
par l'arrêt attaqué, d'une part, que c'est grâce
à l'application de la bobine d'induction au téléphone
à pile qu'ont pu être établis les réseaux
téléphoniques indispensables à la transmission
à grande distance de la parole articulée, d'autre
part, que si Gray et Bell avaient déjà, et dans
les mêmes conditions, employé cette bobine tombée
depuis longtemps dans le domaine public, l'un et l'autre n'en
avaient fait usage ainsi qu'en connexion avec des transmetteurs
de sons musicaux, tandis qu'Edison Ta combinée avec un
transmetteur parlant; Qu'en jugeant, en l'état
de ces constatations qui rentraient dans ses pouvoirs souverains,
qu'il y avait, dans l'espèce, une application nouvelle
de moyens connus pour l'obtention d'un résultat industriel,
et par suite, que le certificat d'addition pris par Edison le
15 janv. 1878 était valable, la cour de Paris n'a violé
ni l'art. 2 de la loi du 5 juill. 1844, ni les autres articles
invoqués par le pourvoi ;
Par ces motifs, rejette.
Du 8 mai 1894.-Ch. civ.-MM. Mazeau, 1er pr.-Duiand, rap.-Rau,
av. gén., c. conf.- Georges Devin et Mornard, av.
POURVOI de la Société du gaz de Nice :
1° et 2° Moyens identiques à ceux du pourvoi
du sieur de Locht-Labye; 3° Fausse application des art.
1382 c. civ., 40, 41, 49 de la loi du 5 juill. 1844, violation
des art. 1641 et suiv. c. civ. et des principes en matière
de garantie, en ce que l'arrêt attaqué, tout en
reconnaissant la détention de bonne foi de la partie
saisie, l'a condamnée à des dommages-intérêts
sans recours contre son vendeur et à la confiscation
de l'objet prétendu contrefait.
M. le conseiller Durand a présenté
sur le 3° moyen les observations suivantes :
Suivant le pourvoi, la contrefaçon constitue
un vice de la chose vendue. Quand l'acheteur l'ignorait, garantie
lui est donc due par le vendeur dans les termes de l'art. 1641
c. civ., puisqu'il s'agit, en définitive, d'un vice qui
rend la chose impropre à l'usage auquel il la destinait.
D'autre part, ce n'est que contre le contrefacteur et son complice
que la confiscation est édictée par la loi. Telle
est du moins la solution à laquelle conduisent les art.
40, 41 et 49 de la loi du 5 iuill. 1844, qui est enseignée
par la majorité des auteurs (Duve"rgier, 1844, p.
616; Renouard, Brevets d'invention, n0 23; Nouguier, Brevets
d'invention, n» 27), et qui a été consacrée
par votre jurisprudence (Crim. cass. 25 mars 1848, D. P. 49.1.
24 ; Crim. rej. 12 juill. 1851, D. P. 51. 5. 56 ; Civ. rej.
1" févr. 1892, D. P. 92. 1. 417). Or, si aux termes
de vos arrêts (arrêt précité du 12
juill. 1851 et Crim. rej. 5 févr. 1876, D. P. 77. 1.
96), on ne peut considérer comme complice du délit
de contrefaçon celui qui a commandé ou acheté
des objets contrefaits non dans le but de faire un trafic, mais
seulement pour s'en servir à son usage personnel ou même
pour les employer dans l'exercice d'une profession étrangère
à l'industrie du breveté, à plus forte
raison ne peut-on appliquer les peines de la contrefaçon,
et, par suite, ordonner la confiscation et prononcer des dommages-intérêts
au profit du propriétaire du brevet, contre le détenteur
de bonne foi d'objets contrefaits qui n'en fait pas commerce
(Crim. rej. 27 févr. 1858,D.P. 58. 1.337; Civ. rej. 25
juill. 1866, D. P. 66. 1. 309; Civ. cass.21 févr.l870,D.P.70.1.111;Req.
5 mars 1872.D.P 72.1.318; Civ. cass. 1« juin 1874, D.
P. 74.1.388; 22 déc. 1880, D. P. 81.1.63). Qu'a fait
cependant l'arrêt attaqué? Par application souveraine
des fans de la cause, il a constaté que la Compagnie
du gaz de Nice était détenteur de bonne foi, et
malgré cela, il l'a, d'une part, condamnée envers
la Société des téléphones à
des dommagesintérêts à fixer par état,
sans lui accorder aucun recours de ce chef contre de Locht-Labye,
son vendeur, et, d'autre part, il a ordonné contre elle
la confiscation des appareils qu'elle avait achetés,
en condamnant de Locht-Labye à lui en rembourser le prix
avec intérêts. En statuant ainsi, il a donc méconnu
et violé les articles de loi ci-dessus rappelés.
Dans ce moyen, la défense distingue deux branches. Au
principal, dit-elle, la Société du gaz de Nice
soutient que c'est à tort qu'elle a été
condamnée envers la Société des téléphones
à des dommages-intérêts et à la confiscation,
et subsidiairement elle fait grief à la cour de Paris
d'avoir prononcé contre elle condamnation auxdits dommages-intérêts
sans lui accorder recouis contre son vendeur. La seconde branche,
d'ailleurs, est étrangère à la Société
des téléphones, et, en conséquence, la
défense ne s'occupera que de la première. Est-il
donc vrai, comme le prétend le pourvoi, que les condamnations
prononcées contre la Société du gaz de
Nice au profit de la Société des téléphones
ne soient pas justifiées? La défende maintient
qu'elles le sont l'une et l'autre.
En ce qui concerne d'abord les dommages-intérêts,
que déclare, en effet, l'art. 40 de la loi du 5 juill.
1844? Qu'il y a délit de contrefaçon, non seulement
dans la fabrication de produits brevetés, mais encore
dans l'emploi des moyens faisant l'objet du brevet. Et comment
la doctrine (en majorité du moins) et la jurisprudence
entendent-elles cette disposition ? En ce sens que l'emploi
constitutif du délit est celui qui est fait par un industriel
ou un commerçant se servant des objets contrefaits comme
instruments de son commerce ou de son industrie, et sans qu'il
y ait à distinguer si le commerçant est ou non
de bonne foi. C'est ce qu'enseignent notamment MM. Pouillet,
Traité théorique et pratique des brevets d'invention,
noa 679 et suiv. ; Blanc, Traité de la contrefaçon,
p. 618; Allart, Brevets d'invention, n°« 212 et suiv.
; Picard et Olin, Brevets d'invention, n 08 451 et suiv. C'est
ce que vous avez décidé aussi lorsque, le 22 nov.
1872 et le 7 févr. 1873 (D. P. 72. 1. 477 et 73. 5. 45)
notamment, vous avez dit que l'individu qui, même de bonne
foi, a acheté et employé un appareil contrefait,
si c'est pour l'utilité de son commerce, doit être
considéré comme contrefacteur, qu'il est en faute
de n'avoir pas usé des moyens de se renseigner sur l'existence
du brevet (Junge Crim. rej. 12 juill. 1851, D. P. 51. 5. 56
; 27 févr.1858, D. P. 58. 1. 337; 5 févr. 1876,
D. P. 77. 1. 96). Or, dans l'espèce, c'était incontestablement
pour l'exercice de son industrie que la Société
du gaz de Nice faisait usage des 248 appareils qui ont été
saisis dans ses bureaux. Ce point, il est vrai, n'est pas formellement
spécifié par l'arrêt attaqué comme
il l'est dans les arrêts des 27 févr. 1858 et 5
févr. 1876 ; mais qu'importe? La nature de l'emploi ne
résulte-t-elle pas nécessairement ici de la qualité
même du possesseur de l'appareil contrefait et du nombre
des appareils saisis? Quel autre usage, en effet, qu'un usage
commercial pourrait faire du téléphone une personne
morale comme la Société du gaz de Nice qui n'a
précisément d'existence juridique que pour le
commerce ? Et, dun autre côté, quel est le particulier
qui, pour son usage privé,aurait besoin de 248 téléphones
reDrésentant, d'après la cour de Paris, une somme
supérieure à 36,000 fr. ? Dans ces conditions,
la condamnation aux dommages-intérêts prononcée
contre la Compagnie du gaz de Nice est donc à l'abri
de toute critique.
Quant à la confiscation, c'est par l'art.
49 de la loi de 1844 qu'elle est prescrite. Or, comment cet
article est-il généralement interprété?
En ce sens qu'il est applicable en toute hypothèse, que
le détenteur de l'appareil contrefait soit ou non de
bonne foi, qu'il ait fait servir l'appareil à l'exercice
de son industrie ou qu'il 1 ait, au contraire, employé
à un usage personnel : « L'usage personnel, dit
notamment M. Pouillet (op. cit., n» 985), dans le cas
où il est exclusif de la contrefaçon, est-il en
même temps exclusif de la confiscation? Nous ne le croyons
pas, et il nous semble que les raisons qui ont déterminé
le législateur à prononcer la confiscation même
en cas de bonne foi, existent ici avec plus de force encore
s'il est possible. » M. Blanc s'exprime dans des termes
identiques, et c'est aussi la doctrine qu'ont consacrée
plusieurs cours d'appel. Si on l'admet, rien n'est donc plus
régulier que la confiscation prononcée contre
la Société du gaz de Nice. Le pourvoi maintient,
à la vérité, que vous attribuez à
l'art. 49 un sens plus restrictif. Mais, en définitive,
ceux de vos arrêts qu'il invoque sont tous rendus au profit
de détenteurs d'objets contrefaits qui, non seulement
étaient de bonne foi, mais encore ne faisaient emploi
de ces objets que pour leur usage personnel. Or ce n'était
pas à un usage individuel que la Société
du gaz de Nice faisait servir les appareils saisis; c'était
manifestement pour les besoins de son industrie qu'elle s'en
servait. La thèse du pourvoi est donc ici sans application,
et, dès lors, le moyen doit être rejeté.
ARRÊT (après délib. en la
ch. du cons.).
LA COUR; Sur le premier moyen : Attendu (motifs
identiques à ceux de l'arrêt de Locht-Labye);
Sur le deuxième moyen : Attendu (motifs identiques
à ceux de l'arrêt de Locht-Labye);
Sur le troisième moyen : Attendu, d'une part,
que l'achat et la détention d'un objet contrefait constituent
l'emploi délictueux prévu par l'art. 40 de la
loi du 5 juill. 1844, et rendent ainsi le détenteur,
même de bonne foi, punissable comme contrefacteur et,
par suite, passible de dommagesintérêts envers
le propriétaire du brevet, quand il se sert dudit objet
non pour son usage personnel, mais dans un intérêt
commercial ou industriel; Attendu, d'autre part, que
l'art. 49 de la même loi ordonne la confiscation des objets
déclarés contrefaits contre le contrefacteur,
le receleur, l'introducteur ou le débitant; Attendu
que, dans l'espèce, il résulte des circonstances
relevées par le juge du fait, du procès-verbal
de saisie et des conclusions des parties que les appareils contrefaits
étaient employés dans l'intérêt de
l'exploitation commerciale de la Société du Gaz
de Nice; que, dès lors, en condamnant cette Société,
pour réparation du préjudice résultant
de la contrefaçon à payer à la Société
Générale des Téléphones des dommages-intérêts
à fixer par état, et en prononçant la confiscation
des appareils saisis, la cour de Paris n'a violé aucune
loi; Et attendu que, dans ses conclusions sur l'appel
qu'elle avait formé éventuellement contre de Locht-Labye,
la Société du gaz de Nice s'est bornée,
pour le cas où la confiscation des appareils susmentionnés
serait prononcée, à réclamer la restitution,
avec intérêts, des sommes qu'elle avait payées
à son vendeur; que dès lors, elle ne peut faire
grief à l'arrêt attaqué de ne pas lui avoir
accordé contre de Locht-Labye, pour les dommages-intérêts
auxquels elle a été condamnée envers la
Société du Téléphone, un recours
qu'elle n'a pas demandé ;
Par ces motifs, rejette.
Du 8 mai 1894.-Ch. civ.-MM. Mazeau, 1er pr.-Durand, rap.-Rau,
av. gén., c. conf.-Bickart-Sée et Mornard, av.
2e Espèce: (Journaux. Société
générale des téléphones.)
La cour de Paris a rendu, le 19 févr. 1891, un arrêt
dont les motifs sont identiques à ceux de la décision
relative à l'affaire de Locht-Labye et Société
du gaz de Nice, en tant du moins qu'elle concerne le sieur de
Locht-Labye, mais dont le dispositif contient un chef spécial
ainsi conçu :
Déclare contrefaits les appareils saisis chez Mora, le
25 juin 1887 ; Ordonne la confiscation desdits appareils,
etc.
POURVOI en cassation par le sieur Journaux : 1° et
2° (Moyens identiques à ceux du pourvoi du sieur
de LochtLabye) ;
3° Violation de l'art. 49 de la loi du 5
juill. 1844, en ce que l'arrêt attaqué a prononcé
la confiscation des appareils saisis, bien que le détenteur
ne fût pas en cause.
ARRÊT (après délib. en la
ch. du cons.).
LA COUR ; Sur le premier moyen
: Attendu (motifs identiques à ceux de l'arrêt
de Locht-Labye) ;
Sur le deuxième moyen :
Attendu (motifs identiques à ceux de l'arrêt de
Locht-Labye) ;
Sur le troisième moyen :
Attendu que, d'après la déclaration de Journaux
lui-même, telle qu'elle est relatée dans ses conclusions
rapportées aux qualités de l'arrêt attaqué,
les appareils saisis chez Mora avaient été par
lui remis en consignation à ce dernier ; Qu'il
en était donc resté propriétaire, et que,
dès lors, la confiscation a pu en être valablement
ordonnée, sans que Mora, qui, au fond, était sans
intérêt dans le débat, eût été
appelé à l'instance ;
Par ces motifs, rejette.
Du 8 mai 1894.-Ch. civ.-MM.
Mazeau, 1er pr.-Durand, rap.- Rau, av. gén., c. conf.-Georges
Devin et Mornard, av.
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