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1911 - 1914 EVOLITION
DE LA TELEPHONIE ...
STRATEGIES, AMORTISSEMENT,
RENTABILITE, TRAVAUX D'EVOLUTIONS
1908
PREMIERES CONFÉRENCE INTERNATIONALE DES TÉLÉGRAPHISTES
La conférence qui vient de se tenir en septembre
1908, sest réuni à Paris, Elle a réuni,
non seulement des représentants de toutes les nations dEurope,
mais même des délégués venus dAmérique
des sociétés les plus importantes de téléphonie.
Cest dire lampleur quont pu y prendre les débats.
La liste des sujets soumis à la discussion
arrêtée par le Comité Directeur institué par
la première conférence, tenue à Vienne,
est :
- Service téléphonique manuel ou automatique.
- Standarisation des circuits et des appareils.
- Procédés de conservation, des poteaux.
- Coexistence des courants forts et des courants faibles.
Septembre 1911 DEUXIEME CONFÉRENCE
INTERNATIONALE DES TÉLÉGRAPHISTES
Au mois de septembre, sest réuni à
Paris, sous la présidence de M. Millerand, ministre
des Travaux Publics, des Postes et des Télégraphes, un Congrès
des techniciens des administrations télégraphiques.
Ces avancées et innovations sont transcrites dans les comptes
rendus au fil du temps par Mr. Devaux Charbonnel, Ingénieur
en chef des Télégraphes, sur la Télégraphie
et la Téléphonie, dans la revue "La Lumière
Electrique"
Mais avant d'entrer dans la contenu
de cette conférence, faisons le point sur l'exploitation téléphonie
avant 1911 en France :
Le premier
brevet de central téléphonique à cadran, n °
222 458, connu a été demandé le 10 septembre
1879 et délivré le 9 décembre 1879, conjointement
à MD Connolly, de Philadelphie; T. A. Connolly,
de Washington, D. C. ; et T. J. McTighe, de Pittsburgh.
Ce système n'a été que expérimental. S'en
suivit de nombreux systèmes et de
brevets , le 10 mars 1891 est déposé
le Brevet Strowger
, amélioré en 1897 ... qui deviendra le système Bell
le plus répandu dans le monde, puis en Europe en commençant
en Allemagne à partir de 1908.
Au cours des dernières années du XIXe siècle, de
nombreuses fonctionnalités ont par ailleurs été introduites
pour économiser l'effort d'exploitation, telles que la sonnerie
automatique d'un abonné appelé lorsqu'un opérateur
se branche sur sa prise, et le déclenchement automatique de la
sonnerie lorsqu'il répond. Tous ces développements et bien
d'autres ouvraient la voie à un système avec la numérotation
vraiment satisfaisant.
Le premier besoin réel d'opération de numérotation
dans le système Bell est apparu dans certaines des petites communautés
où il n'y avait pas d'exploitation à temps plein d'opérateur,
donc le service 24 heures sur 24 devenait très coûteux.
Les travaux ont donc commencé vers 1900 sur le développement
d'un petit central téléphonique et, en 1902, un système
de 50 lignes a été mis en service expérimental dans
le Queens, Long Island. Au cours de l'année suivante, il a été
remplacé par un système à 100 lignes.
D'autres systèmes de ce type, d'une capacité de 20 et 100
lignes, ont été construits en 1904 et 1905, pour un total
de plus de 40.
Une nouvelle société, la Société Internationale
de l'Autocommutateur Lorimer, a été
créée à Paris en 1908 pour commercialiser le système.
La France a acheté deux commutateurs pour Paris et Lyon. Le lundi
28 décembre 1908, est mis en service en France, à Lyon,
à titre d'essai, c'est le tout premier système à
commutation automatique expérimenté sur le réseau
public français, 200 abonnés peuvent alors s'appeler directement
entre eux, sans passer par une seule opératrice. L'autre commutateur
est mis en démonstration commerciale à Paris.
En 1910, le 5 septembre, se tient à la Sorbonne la deuxième
Conférence internationale des techniciens des Administrations des
Télégraphes et des Téléphones, placée
sous la présidence de M. le Ministre Travaux publics, Postes et
Télégraphes Alexandre Millerand. Lordre du
jour est la Communication téléphonique par voie automatique.
L'expérience a montré que l'utilisation d'équipements
de commutation avec la numérotation dans des bureaux sans surveillance
entraînait des exigences supplémentaires qu'il était
difficile, voire impossible de satisfaire à l'époque. En
conséquence, ces installations ont ensuite été reconverties
en exploitation manuelle. Ce n'est que plusieurs années plus tard
que la commutation avec numérotation pour les petits bureaux sans
surveillance s'est avérée techniquement et économiquement
réalisable.
À peu près à la même époque, cependant,
il a commencé à devenir évident qu'avant de nombreuses
années, la commutation avec la numérotation serait nécessaire
pour répondre aux conditions complexes des grandes villes, où
il était prévu qu'il n'y aurait pas un nombre suffisant
d'opérateurs compétents disponibles pour effectuer toutes
les commutations manuellement.
En conséquence, le développement de la commutation de numérotation
au sein du système Bell s'est transformé en un programme
intensif en 1905.
Bien que de nombreux brevets aient été délivrés
sur les systèmes de commutation avec cadran avant le début
des travaux du système Bell vers 1900, et que la plupart des principes
de commutation élémentaires aient été divulgués,
aucun des systèmes qui ont été conçus n'a
bénéficié d'une utilisation commerciale étendue,
à l'exception de celle d'Almon B. Strowger et de ses associés.
1906 Au USA, le développement du système automatique a commencé
avec un brevet reçu par Edward E. Clement, ( avocat spécialisé
en propriété industrielle à Washington, DC).
En 1907, North et Faller s'associent à Edward E, North a acheté
la National Engineering Co. de Baltimore parce qu'ils détenaient
de nombreux brevets et demandes de brevets, au nom d'Edward E. Clement,
qui s'appliquaient exclusivement à la commutation semi-automatique
et automatique impliquant des relais. North Electric a ensuite complété
un système semi-automatique, l'Automanual.
Le premier centre a été établi en 1908 à Ashtabula
Harbor, Ohio.
Depuis longtemps les questions dexploitation, cest-à-dire
les règles concernant léchange des correspondances
postales, télégraphiques ou téléphoniques
et les tarifs à appliquer, ont fait lobjet de conférences
internationales qui ont permis lélaboration des règlements
indispensables au fonctionnement commode et économique de ces importants
services publics.
Les conditions purement techniques dans lesquelles ces mêmes services
doivent être installés navaient jamais, jusquen
ces dernières années, été étudiées
à un point de vue international. Il y avait là une lacune
regrettable. Nombre de communications télégraphiques et
téléphoniques sont établies aujourdhui entre
pays différents.
La construction des appareils, létablissement des lignes
deviennent des questions dont limportance dépasse les frontières
dun Etat. Il nest plus suffisant de régler les conditions
administratives et financières des échanges; il faut choisir
quelques principes généraux, quelques règles techniques
qui puissent être universellement adoptés pour l'exploitation
en commun des communications internationales.
Cest là une tâche dont la difficulté apparait
immédiatement. Pour la mener à bonne lin, il faudrait être
à la fois praticien, technicien et diplomate. Elle ne peut donc
être assumée que par des gens connaissant parfaitement es
nécessités des services et les ressources que la science
met à leur disposition pour les satisfaire, ayant de plus la largeur
de vue et lesprit de conciliation qui permettent de sélever
au-dessus des mesquines questions d'amour propre national, pour nenvisager,
dans ces importants problèmes, que la solution réellement
conforme à lintérêt général.
Devant la complexité de pareilles questions, il serait puéril
de sattendre à ce que des solutions fermes et définitives
puissent immédiatement intervenir. Il est absolument inévitable
que les premières conférences ne présentent quun
caractère préparatoire.
Elles ne peuvent être quun échange de vues sur les
points principaux à étudier, quun classement des problèmes
à résoudre, quune amorce des résolutions qui
seront prises plus tard.
La conférence qui vient de se tenir est la deuxième de l'espèce.
Elle a réuni, non seulement des représentants de toutes
les nations dEurope, mais même des délégués
venus dAmérique des sociétés les plus importantes
de téléphonie. Cest dire lampleur quont
pu y prendre les débats.
La liste des sujets soumis à la discussion avait été
arrêtée par le Comité Directeur institué par
la première conférence, tenue à Vienne, en septembre
1908. La voici :
- Service téléphonique manuel ou automatique.
- Standarisation des circuits et des appareils.
- Procédés de conservation, des poteaux.
- Coexistence des courants forts et des courants faibles.
La téléphonie à grande distance.
Systèmes télégraphiques à grand rendement.
Les procès-verbaux des séances viennent dêtre
publiés. Le moment semble donc venu dexaminer le travail
qui a été fait et de voir les enseignements quon en
peut déduire et le profit quon peut en tirer.
Nous passerons succinctement en revue les sujets traités dans lordre
où leur discussion était inscrite au programme, nous bornant
aujourdhui à la première de ces questions, de beaucoup
la plus importante.
I. Service Manuel ou automatique.
Depuis quelques années, le téléphone a pris un développement
considérable. Il est devenu un objet de première nécessité,
au même titre que leau, le gaz, la lumière électrique;
non seulement il est un instrument indispensable pour les relations commerciales
et industrielles, mais encore il sintroduit dans la vie familiale
et fait partie du confort moderne.
La France est toujours restée un peu en arrière de ce grand
mouvement, tant à cause des habitudes du public que de lélévation
des tarifs. Mais cette situation ne peut tarder à se modifier et
il faut songer aux moyens de mettre le téléphone à
la portée de tous, dans des conditions pécuniaires modérées,
il faut sapprêter à donner satisfaction à une
demande intense de postes dabonnement. Les procédés
employés jusqu'à présent permettent-ils de résoudre
ces deux problèmes : augmentation considérable du nombre
des abonnés, diminution des tarifs ?
On peut répondre, sans aucune hésitation : non.
En effet, par un phénomène en contradiction avec les conditions
ordinaires de lévolution économique, plus le téléphone
se développe, plus il doit être cher. Les dépenses
afférentes à la construction des lignes et des appareils
dabonnés, au delà dun certain développement,
restent à peu près constantes pour chaque abonné;
mais les frais nécessaires pour mettre en communication les abonnés
entre eux deviennent de plus en plus considérables. Au début,
les abonnés sont reliés à un seul bureau central.
Il faut, pour permettre la liaison de deux abonnés quelconques,
que la ligne de lun deux puisse être réunie à
toutes les autres. Ceci ne sobtient que par le multiplage des jacks
et ce multiplage est dautant plus coûteux quil y a plus
dabonnés. Par la suite, quand le nombre des postes augmente,
un seul bureau central devient insuffisant. Il faut installer des bureaux
secondaires et les relier entre eux par des lignes auxiliaires. Il y a
là des frais très élevés de construction,
il y a également des dépenses plus grandes dexploitation,
car il faut alors deux téléphonistes, au minimum, au lieu
dune pour établir une communication, puisque la plupart de
ces communications passent par deux bureaux. Même sil sagit
de très grandes villes, dont la population est en perpétuel
accroissement et dont la superficie sétend en conséquence,
les frais de construction des lignes dabonnés tendent à
devenir plus élevés; car ces lignes deviennent plus longues,
et il faut leur donner un diamètre plus fort.
Lévolution du téléphone paraît donc soumise
à des lois toutes spéciales qui tendent à entraver
son essor.
Pour voir dans quel sens doit sorienter lingénieur
pour résoudre le difficile problème en face duquel il se
trouve placé, il est indispensable de passer en revue les moyens
généralement employés pour établir les communications
entre abonnés. Nous parlerons dabord du service manuel, le
seul usité en France, puis du service automatique.
Prenons le cas le plus général, celui où deux bureaux
doivent intervenir. Disons tout de suite que ce cas est tellement général,
quon a trouvé avantageux à Paris, même si un
seul bureau est intéressé, de séparer les places
"A, où est reçu lappel de labonné,
des places "B, où se fait la liaison avec le correspondant.
Labonné demandeur appelle donc le bureau auquel il est rattaché.
Une téléphoniste A lui répond et prend la demande.
Elle demande alors, au moyen dune ligne de conversation, l'abonné
demandé à une téléphoniste B du bureau correspondant
; elle reçoit de cette dernière lindication de la
ligne auxiliaire qui va servir à établir la liaison. La
téléphoniste A relie le demandeur à la ligne auxiliaire,
la téléphoniste B y relie le demandé et la communication
est établie.
Lemploi à Paris de la batterie centrale a permis dapporter
une grande amélioration dans le service. Cette batterie nest
pas intégrale, car elle nest pas chargée dalimenter
les microphones des abonnés qui ont conservé leurs piles
individuelles; elle a été appliquée seulement aux
signaux dappel et doccupation. Par son usage, le fait seul
de décrocher le récepteur produit lappel ; le fait
de le raccrocher indique que la conversation est finie. Il en résulte
de grandes commodités pour labonné et une grande facilité
au bureau pour la surveillance des communications.
En particulier, les lignes auxiliaires peuvent être immédiatement
rendues libres, sans risquer soit d'interrompre intempestivement une communication,
soit de les laisser inutilement inoccupées.
Si les téléphonistes sont instruites, attentives à
leur service, lexploitation d'un réseau téléphonique
dans ces conditions peut se faire dune façon irréprochable.
On ne peut lui trouver quun défaut, cest son prix élevé
de revient.
Voyons maintenant comment fonctionne en général le système
automatique.
Ici il ny a plus de téléphoniste : les liaisons nécessaires
sont effectuées par des organes mécaniques. Labonné
est chargé de mettre en uvre les différents appareils
qui doivent lui donner son correspondant. Pour ne parler que du système
Strowger qui seul, soit dans sa forme primitive,
soit avec de légères modifications, a été
mis régulièrement en service, les organes principaux sont
des sélecteurs.
On appelle ainsi un appareil placé dans un bureau et qui comprend
essentiellement des lames multiplées correspondant à des
lignes auxiliaires, disposées sur une partie de cylindre vertical,
sur laxe duquel se trouve un arbre portant des frotteurs. Cet arbre
peut avoir un mouvement de rotation dans le sens horizontal et un mouvement
de translation dans le sens vertical.
Chez labonné se trouve un disque portant
des chiffres ou tout autre dispositif permettant de figurer le numéro
demandé, et la suite des opérations est la suivante. Supposons
quon veuille appeler le numéro 4 727. Le demandeur manuvre
son disque, en mettant par exemple lindex dans le trou n° 4,
faisant tourner jusquà un arrêt fixe et laissant ensuite
le disque revenir sur lui-même. Pendant cette opération,
un courant sera envoyé 4 fois au sélecteur auquel est relié
labonné demandeur, ceci aura pour effet délever
larbre et les frotteurs à la hauteur de la quatrième
rangée, où sont des lignes auxiliaires, dix en général,
correspondant aux numéros compris entre 4 000 cf 4 999. Le sélecteur
tournant alors horizontalement choisira la première ligne libre
sur les 10 qui composent la rangée. (Le mécanisme de ce
choix, le verrouillage de larbre dans la position choisie, etc.
sont toutes opérations qui sont réalisées dune
manière très simple et très ingénieuse, mais
qui ne saurait être décrite en détail ici.)
Labonné, après cette première opération,
se trouve relié à une ligne auxiliaire qui lui permet datteindre
un deuxième sélecteur où il pourra choisir, dans
le sens de la hauteur, des lignes auxiliaires correspondant, la première
aux numéros de 4000 à 4 099, la deuxième de 4 100
à 4 199, etc. Pour avoir labonné 4 727, il faudra
donc toujours, au moyen du disque du poste dabonné, faire
mouvoir 7 fois le deuxième sélecteur, qui sarrêtera
toujours de la même façon sur une ligne auxiliaire libre
allant au groupe des abonnés compris entre 4500 et 4 799. Nous
arrivons ainsi au dernier sélecteur qui a reçu le nom de
connecteur et qui comprend 100 lignes dabonnés répartis
sur 10 rangées horizontales, la première contient les numéros
de 4 700 à 4 709, la deuxième de 4 710 à 4719, etc.
Pour avoir le 4727, il faudra élever larbre du connecteur
de deux rangées et le faire tourner de 7 crans dans le sens horizontal.
En résumé, quand il y a moins de 10 000 abonnés dans
un réseau, il faut disposer dun premier sélecteur,
dun deuxième sélecteur et dun connecteur. Si
le nombre des abonnés est supérieur à 10 000, il
faut un sélecteur de plus. Les difficultés mécaniques
de construction de ces systèmes automatiques ont été
très habilement vaincues et, à lheure actuelle, un
grand nombre de réseaux importants sont en service. Il y en a plus
de 150 en Amérique. Nous citerons le réseau de Los-Angeles,
en Californie, qui a 33 000 abonnés, celui de Columbus (Ohio) 13
000 abonnés, etc.
En Europe (1911), il nexiste jusqu'à présent
que de petits réseaux, celui de Hildesheim (Hanovre) pour 1 000
abonnés et celui de Munich desservant 3 000 abonnés.
Certains réseaux des Etats-Unis sont en service depuis plus de
9 ans..
Le service automatique est donc capable, aussi bien que le service manuel,
détablir correctement la liaison des abonnés dans
de grands réseaux. Au point de vue exploitation, lautomatique
présente la particularité de nexiger lintervention
daucun facteur humain.
Est-ce là un avantage, est-ce un inconvénient ? Les avis
sont très partagés sur cette question. Il est bien évident
que si le service manuel est fait par un personnel mal discipliné,
négligent, il faut lui préférer lautomatique.
Mais, dans ce dernier système, labonné est obligé
de faire lui-même le travail de commutation. Il a lavantage,
pendant quil procède à cette opération, de
ne pas remarquer le temps quelle demande, et il lui semble quil
est servi plus rapidement. Ceci est plutôt une illusion quune
réalité, et il est à craindre que, après quelque
temps de pratique, bien des abonnés ne se plaignent quon
les oblige à faire eux-même une partie du travail qui doit
être assuré par ladministration ou la société
dexploitation.
Il serait fort intéressant dautre part de considérer
le côté économique de la question.
Malheureusement, en ce qui regarde les très grands réseaux,
il na pas été apporté à la conférence
de données bien précises à ce sujet. Il semble cependant
résulter des renseignements fournis par M. Milon,
ingénieur de ladministration française, que les frais
dinstallation des bureaux centraux sont à peu près
les mêmes pour le service manuel et pour le service automatique.
Pour les postes dabonnés eux-mêmes, le prix est plus
élevé. Quant aux frais dexploitation, il paraît
assez généralement admis quils se trouveront sensiblement
réduits dans le cas de lautomatique.
Dune façon générale, le problème se
présente sous des aspects très différents suivant
limportance des réseaux. Aussi allons-nous le diviser en
trois paragraphes : grands, moyens et petits réseaux.
Grands réseaux.
La question de savoir si on doit, pour les très grands réseaux,
préférer lun ou l'autre des deux systèmes en
présence a été traitée, dun point de
vue fort élevé, par M. Carty,
ingénieur en chef de lAmerican Telephone Co. Le développement
du réseau téléphonique de New-York se produit dans
des conditions et des proportions que bien peu de personnes en Europe
sont en état de soupçonner. Aussi, la compagnie exploitante
est-elle obligée de faire des prévisions dont l'ampleur
na jusquici dégale en aucune autre ville. Pour
1900, elle prévoyait 5 1 400 postes et 43 bureaux centraux pour
3 437 000 habitants ; Pour 1910, 376 000 postes et 52 bureaux centraux
pour 4 800 000 habitants. Pour 1930, elle prévoit 2 142000 postes
et 109 bureaux centraux pour une population de 8 800 000 habitants.
Devant de semblables chiffres, il était du plus haut intérêt
de recueillir lopinion de lingénieur qui a la charge
dun pareil réseau; dici longtemps encore, il est peu
probable quon soit obligé, en Europe, de songer à
faire lace à de pareils besoins, mais il faut néanmoins,
sattendre à un développement très marqué
du téléphone ; il est sage, dès maintenant, de sintéresser
à la question et de sefforcer de profiter de lexpérience
acquise.
M. Carty estime que, dans le cas d'un grand réseau, le qualificatif
dautomatique est trompeur, car son exploitation nécessite
le concours dun nombreux personnel : des mécaniciens pour
la surveillance constante des centraux, et des mécaniciens même
tellement habiles quils découvrent instantanément
la défectuosité dun mécanisme et la réparent
de suite ; des téléphonistes pour les communications taxées,
pour les communications à grande distance, pour répondre
aux abonnés qui demandent un renseignement, etc. Et en somme, quand
on pénètre dans un bureau automatique, on y trouve des locaux
confortablement aménagés, des lavabos, des salles de repos,
enfin toutes les commodités désirables dans un système
manuel.
Il convient, dautre part, de ne pas se laisser séduire trop
vite par un genre de commutateur qui pourrait répondre aux besoins
présents. Il faut envisager lavenir et dans cet avenir tenir
compte non seulement du service local, mais du service urbain et même
du service international. De plus, en Amérique au moins, il faut
songer au service des bureaux privés annexes, cest-à-dire
de commutateurs placés chez les abonnés, reliés au
central par plusieurs lignes auxiliaires et desservant un nombre parfois
très considérables de postes répartis chez labonné.
Certains de ces bureaux comprenant jusqu'à 1 500 postes. Leur nombre
est considérable : il y en a 12 000 à lheure actuelle,
desservant 163 000 postes.
Ils comprennent donc près de la moitié du total des abonnés.
Malgré toutes les recherches faites jusquà ce jour,
il na pas paru possible de supprimer les téléphonistes
dans ces bureaux annexes. Une étude faite récemment a conduit
M. Carty à estimer que le système manuel exigeait 13 000
téléphonistes et que lintroduction du système
automatique, en tenant compte des bureaux annexes, des communications
taxées, du service interurbain, et des surveillantes, ne permettrait
pas de réduire leur nombre à un chiffre inférieur
à 10000. Et il convient encore de tenir compte des mécaniciens.
Une étude faite pour lEtat de Connecticut a montré
quil fallait 892 opératrices dans le système manuel
et 600 dans lautomatique. Tout ceci tend à montrer que le
système automatique, qui présente tant d'aspects attrayants
quand il sagit dun réseau restreint, devient moins
avantageux dès que le réseau prend du développement.
Enfin, au point de vue économique, M. Carty ajoute que des études
ont été faites de la façon la plus sérieuse
en tenant compte de tous les facteurs qui interviennent, entretien, amortissement,
impôts, assurances, etc., et que lavantage sest trouvé
du côté du système manuel. Si, de calculs faits par
des partisans de lautomatique, on a pu tirer des conclusions différentes,
cela provient de ce que, dans beaucoup de cas, on venait de remplacer
un meuble manuel, démodé et usé, par un automatique
tout neuf, du type le plus perfectionné.
Les considérations et les arguments produits par M. Carty nous
paraissent de la plus haute valeur. Dans le cas de très grands
réseaux, le terme automatique est certainement trompeur. On ne
peut éviter la présence dun grand nombre de téléphonistes
et alors lautomatique devient plutôt un semi-automatique.
Mais le commutateur manuel nest-il pas lui-même un semi-automatique
? Ne rentre-t-il pas, avec les dispositifs de la batterie centrale, de
plein droit dans cette catégorie ?
Voici, en conclusion, les propres paroles de M. Carty : Ayant dépouillé
notre question de son déguisement verbal, nous voyons que les deux
systèmes ne sont pas aussi antagonistes que cela pourrait paraître
à première vue. Ils sappuient tous les deux sur une
base commune. Chacun reconnaît limportance des opérations
manuelles, guidées par lintelligence humaine; chacun reconnaît
limportance du mécanisme automatique ; chacun emploie les
deux méthodes ; chacun est semi-automatique. La question devient
un problème de la division du travail, consistant à répartir
les opérations de telle façon que le travail guidé
par lintelligence humaine soit employé là où
il est le plus efficace et que le mécanisme automatique soit de
même employé là où il est aussi le plus efficace.
Ainsi établie, la question est la suivante: quel est le meilleur
type de commutateur semiautomatique à employer ?
Cest bien ainsi, à notre avis, que la question doit être
posée. Si on lenvisage à ce point de vue, on doit
chercher, dans chacun des deux systèmes, ce qui doit être
sacrifié et ce qui doit être conservé, de façon
à constituer l'idéal recherché. Tout dabord,
dans lautomatique, le dispositif dappel placé chez
labonné prête à de graves critiques. La manuvre,
sil sagit de plus de 10000 abonnés, est pénible
et fastidieuse ;que sera-t-elle pour un réseau de 100 000 ou de
un million ?
De plus, lappareil en lui-même devient fort compliqué
et par conséquent cher. La nécessité de le rendre
néanmoins accessible oblige à le construire un peu légèrement,
et à sacrifier la solidité au bon marché. Pour le
manuel, le grand reproche quon peut lui adresser est lentente
nécessaire entre les téléphonistes A et B pour trouver
la ligne auxiliaire convenable et relier deux abonnés. On peut
aisément trouver une solution qui soit à labri de
ces divers inconvénients. Conservons chez labonné
le poste ordinaire et, au bureau, la téléphoniste A ; mais
remplaçons la téléphoniste B par un sélecteur.
Nous y trouverons nombre davantages. Tout dabord, le sélecteur
sera mis en uvre par une téléphoniste, exercée
à cette manuvre et qui, par conséquent, commettra
moins derreurs quun abonné et sera mieux placée
que lui pour parer à une défaillance du mécanisme
; de plus, ces appareils seront beaucoup moins nombreux que ceux des abonnés,
ils pourront être établis dans des conditions bien meilleures
de solidité, tout en restant à des prix raisonnables. Enfin,
il y aura suppression des téléphonistes B, par conséquent
non seule ment économie pécuniaire, mais aussi suppression
des erreurs quelles peuvent commettre et qui, daprès
les statistiques, sont assez nombreuses. Ajoutons enfin que la manuvre
faite par la téléphoniste A, pour chercher labonné
demandé, pourra être plus rapide que dans le service manuel;
il y aura avantage pour le demandeur, et aussi pour lexploitation,
car le nombre des abonnés à desservir par une même
téléphoniste A pourra être augmenté: Lexpérience
de ce système va être tentée à New-York et,
si elle donne des résultats satisfaisants, ce sera une précieuse
indication pour les ingénieurs chargés de lentretien
de grands réseaux téléphoniques.
Réseaux moyens.
Mais la question des très grandes villes nest pas la seule
qui mérite dattirer lattention des techniciens. Pour
des réseaux de moindre importance, la comparaison entre lautomatique
et le manuel se présente sous un aspect différent quil
convient maintenant daborder. Pour cela, nous allons quitter la
vaste Amérique et ses cités, au vertigineux développement
économique, pour revenir en Europe. Aussi bien nous nous étions
posé deux questions : comment le téléphone peut-il
se développer de manière à satisfaire à un
accroissement considérable du nombre des abonnés ? Comment
pourra-t-on diminuer son prix de manière à le mettre à
la portée de tout le monde ?
Nous avons trouvé la réponse à la première
question, mais la deuxième na pas encore été
effleurée.
M. Steidle, assesseur supérieur des Postes, en Bavière,
et qui était chargé des fonctions de rapporteur général
à la conférence, a présenté, à ce sujet,
une étude des plus sérieuses et des plus complètes.
La contribution qui est demandée à un abonné correspond
à un certain nombre déléments. Tout dabord,
il faut construire une ligne, puis donnera labonné un appareil
et le relier à un dispositif dappel au bureau central. Ceci
correspond à une dépense qui, dans un réseau donné,
peut être considérée comme constante, en admettant
que la ligne est comptée pour chaque abonné pour une longueur
moyenne, ce qui est équitable, car le service rendu entre abonnés
est réciproque et celui qui est plus près du central ne
retire pas moins davantages du téléphone que celui
qui en est éloigné, au moins pour ce qui concerne lagglomération
principale.
Il faut encore envisager la dépense du matériel nécessaire
pour établir les communications entre les différents abonnés
et le personnel qui doit intervenir dans ces opérations.
Ces divers frais dépendent de lintensité du trafic
et doivent, approximativement, être proportionnels au nombre des
conversations.
Il convient encore dajouter une somme pour frais généraux,
frais dassistance, etc., qui est aussi proportionnelle au trafic.
Finalement, pour un réseau important, le tarif devra se composer
dune somme fixe, représentant les frais fixes, et dune
somme additionnelle proportionnelle au nombre des conversations. Dans
le cas dun réseau manuel de 10 000 abonnés, pour une
ligne de 2,5 kilomètres et pour dix conversations par jour, M.
Steidle arrive aux chiffres suivants :

On voit, daprès ce tableau, que la dé pense la plus
élevée est celle du personnel.
En examinant le cas du semi-automatique, M. Steidle arrive à conclure
que la somme des titres 3 et 4, cest-à-dire les dépenses
en matériel et en personnel pour létablissement des
communications, tombent respectivement à 20 % au lieu de 43 et
à 12 % au lieu de 24,5 pour le tarif des conversations et le tarif
total. Pour lautomatique complet, on arrive à une économie
encore plus grande, car les chiffres précédents tombent
à 12 etc.
Daprès M. Steidle, la solution automatique serait donc un
moyen efficace de diminuer le prix de revient du téléphone.
On peut, dailleurs, chercher à agir sur les autres facteurs,
par exemple, sur la ligne et les appareils.
Dans un certain nombre de pays, il y a des lignes communes, plusieurs
abonnés étant montés sur la même ligne (party
lines). Dans ce cas, les frais de construction de la ligne sont divisés
par le nombre des abonnés, ainsi que les frais dinstallation
des moyens dappel au bureau central.
On peut aussi diminuer le prix des lignes dune autre manière.
On peut grouper dans une sous-centrale un certain nombre dabonnés,
de petits abonnés causant peu, et ne les relier au central que
par un petit nombre de lignes auxiliaires. Le service de la sous-centrale
peut être manuel ou automatique.
Léconomie en frais de construction de ligne sera très
sensible. Les liaisons des abonnés à la sous-centrale pourront
être réalisées au moyen de câbles de très
faible diamètre, et les liaisons des sous-centrales à la
station principale seront dusage commun.
Les avantages économiques que peut présenter le système
semi-automatique pour les réseaux de moyenne importance ont été
exposés encore par M. Ambrosius, ingénieur
à Leipzig, et M. Hersen, ingénieur à
Berlin.
Le premier sest particulièrement attaché à
la suppression des téléphonistes B, par linstallation
de sélecteurs et le second à l'installa tion des sous-centrales
dans les quelles on peut placer un sélecteur dappel, un présélecteur,
permettant de choisir une ligne libre pour faire parvenir lappel
jusquau bureau principal. Ce système paraît préférable,
quand il sagit de petits abonnés, au distributeur dappel
qui permet, au lieu de donner lappel toujours à la même
téléphoniste A, de le renvoyer automatiquement, dans le
bureau principal lui-même, sur le poste de celle des téléphonistes
A qui est libre au moment où parvient cet appel.
Pour mieux faire comprendre comment on peut, suivant ces principes, organiser
un réseau de moyenne importance nous ne pouvons mieux faire que
de donner la description sommaire du réseau de Copenhague que nous
empruntons à une brochure de M. Johannsen, directeur
de la Compagnie des Téléphones de cette ville.
Il y a dans la ville 31 000 abonnés, dont les deux tiers environs
ont de petits abonnés.
Voici dailleurs leur tableau de répartition.
Il existe trois sous-centrales, comportant chacune 6 000 petits abonnés,
reliés au moyen de fils de 0,5 millimètre pris dans des
câbles à 700 paires.
Les gros abonnés sont reliés directement au bureau principal
qui est à multiplage complet.
Leurs communications leur sont données par une seule téléphoniste.
Dans les sous-centrales, il y a des téléphonistes A et B.
En résumé, les renseignements qui ont été
apportés à la conférence permettent de prévoir
de quelle manière on pourra réduire les frais dexploitation
de manière à abaisser les tarifs pour les petits abonnés.
Ces petits abonnés, dans le cas de villes importantes, devront
être groupés dans des sous-centrales auxquelles ils seront
rattachés au moyen de lignes peu coûteuses. Là, un
service manuel de téléphonistes leur donnera les communications
avec les autres abonnés au moyen de dispositifs qui auront probablement
avantage à être automatiques.
Si la ville est moins importante et quun bureau central unique soit
suffisant, on pourra encore constituer des sous-centrales, mais il y aura
avantage à placer dans ces stations un dispositif automatique,
un présélecteur dappel qui fera parvenir au central
les appels des petits- abonnés au moyen
dun nombre restreint de lignes; les gros abonnés seront reliés
directement au poste principal.
Petits réseaux.
Reste à examiner le cas des petits réseaux.
Là on peut dire que la solution de la question dépend surtout
des circonstances locales et il serait imprudent den préconiser
une, à lexclusion de toutes les autres. Remarquons tout dabord
que, étant donné le petit nombre des abonnés, la
manuvre dun appareil dabonné entièrement
automatique naura aucun des inconvénients qu'on rencontre
dans un grand réseau. Par conséquent, ce mode dexploitation
pourra être admis et il offrira lavantage de fonctionner de
tout temps, pendant toutes les heures de jour et de nuit, sans arrêt
les jours fériés. Si le centre est relié à
un ou deux centres voisins par des circuits interurbains dont le trafic
est peu chargé, le commutateur automatique pourra permettre datteindre
les villes voisines sans quil soit nécessaire de mettre au
bureau de départ une téléphoniste. Lautomatique
pourra donc être une solution très commode, économique
et simple.
Si, au contraire, il y a dans le petit réseau un trafic interurbain
important, si plusieurs abonnés peuvent fréquemment avoir
besoin aux mêmes heures des mêmes circuits, il semble bien
difficile déviter la présence dune téléphoniste
et, dans ce cas, le service devra plutôt être manuel.
Cest ainsi que l'installation d'un commutateur automatique à
Munich pour 3 000 abonnés a été reconnue avantageuse;
de même à Gratz (Autriche), i 200 abonnés vont être
reliés par ce même système.
En résumé, cest pour des bureaux dimportance
moyenne et pour les petits bureaux quon doit surtout se rallier
à lopinion, exprimée par M. Steidle, que le service
automatique présente une souplesse et une sûreté de
fonctionnement, au point de vue mécanique et électrique,
qui lui permet de répondre à tous les besoins, mais que
son adoption dépend, dans chaque pays, de raisons économiques.
Il semble bien que les ressources et les facilités nouvelles présentées
par des dispositifs automatiques sont de nature à rendre beaucoup
moins onéreuses la construction des lignes et linstallation
desmoyens dintercommunication. Il y a donc là un motif suffisant
pour fonder de sérieuses espérances sur le développement
intensif et à bon marché du téléphone, en
proportionnant toujours son prix au service rendu.
Pour les très grands réseaux, la solution
ne laisse pas dêtre complexe. Il ne sagit plus seulement
de se limiter à létude dun problème de
téléphonie. La question est beaucoup plus haute et plus
vaste. Cest un véritable problème déconomie
politique; et ce nest quaprès avoir observé
et prévu les lois du développement de tout un pays, de ses
besoins industriels et commerciaux, des modifications du groupement de
la population, quon peut espérer arriver à la conception
dun système de téléphonie en harmonie avec
létat présent de ce pays et capable de se
plier dans lavenir aux nécessités que le pro grès
viendra révéler.
En réalité, ces travaux nont pas, en général,
abouti à des conclusions explicites et formelles. La Conférence
a plutôt posé les questions quelle ne les a résolues.
Prenons la standarisation, par exemple : le cas des lignes homogènes
a donné lieu à des études précises. Mais il
nen a pas été de même des lignes hétérogènes,
qui sont, en fait, plus intéressantes.
De même, en traitant la délicate question de la coexistence
des lignes à courant fort et à courant faible,, le Congrès
na pu donner de règles fermes, relativement aux lignes à
simple fil.
Dans la téléphonie à grande distance, la «
pupinisation » joue un rôle dont lintérêt
nest pas contestable lorsquil sagit de lignes souterraines.
Pour les autres lignes, elle permet bien de réaliser une économie,
mais permettrait elle daccroître sensiblement leur portée
?
On a indiqué dintéressants procédés
de conservation des poteaux; enfin, lexamen des systèmes
télégraphiques à grand rendement, a fait lobjet
de la sixième et dernière question examinée par le
Congrès.
Si beaucoup de ces questions, comme lindique M. Devaux-Charbonnel,
restent encore à létude, il nen est pas moins
vrai que le Congrès de 1910 a très activement contribué
à déblayer le terrain, sur lequel le prochain Congrès
de 1913, pourra, on doit lespérer, édifier des constructions
stables et précises....
II. LA standarisation.
La deuxième question traitée à la Conférence
internationale est celle qui a le plus dimportance, car elle a pour
but de réaliser un accord international au sujet de la construction
des lignes et des appareils. Sous le titre général de standarisation,
on a groupé toutes les études qui ont pour objet, soit la
recherche du type le plus parfait de lignes ou dappareils, soit
celle dun type qui puisse servir détalon, de terme
de comparaison.
Les études de ce genre sont dautant plus nécessaires
que les différents pays ont adopté, pour les lignes et pour
les appareils, des dispositions particulières qui correspondaient
à certaines conditions climatériques ou à certaines
nécessités locales. II ny a pas lieu despérer
pouvoir ramener à luniformité cette diversité
qui a partout sa raison dêtre.
Mais il est indispensable de pouvoir comparer entre elles les diverses
solutions qui ont été adoptées, de pouvoir les classer
par ordre de valeur et se mettre ainsi à même de profiter
des progrès réalisés.
Comme les différents rapports présentés arrivaient
à des conclusions sensiblement différentes, on jugea opportun
de nommer une commission chargée détudier et de présenter
des propositions qui puissent être soumises à lapprobation
des membres de la Conférence. Il nous suffira de rendre compte
de ses travaux, pour faire un exposé complet de la question de
la standarisation .
Nous y ajouterons dailleurs un résumé des discussions
qui se sont engagées sur chacun des points envisagés.
Fréquences des courants téléphoniques.
Il a paru tout dabord indispensable de se mettre daccord sur
un point essentiel de théorie : les courants téléphoniques
doivent-ils être envisagés avec la complexité énorme
des fréquences différentes quils renferment ?
Y a-t-il, au contraire, parmi ces fréquences, quelquune qui
soit dune importance prépondérante ?
Peut-on ramener, au point de vue pratique, tous les problèmes de
téléphonie à létude des propriétés
dun courant sinusoïdal dune fréquence donnée
?
De nombreuses expériences faites par divers expérimentateurs
semblent bien indiquer que cette dernière hypothèse est
légitime. Nous rappellerons les expériences de MM. Cohen
et Shepherd qui se servaient dune ligne artificielle chargée
de bobines de self induction, de manière à éteindre
certaines fréquences bien déterminées. Ils trouvèrent
que la parole nétait intelligible que quand on conservait
les fréquences comprises entre 800 et 1 600. M. Haupt employait
une ligne formée de deux résistances égalés
réunies en leur milieu par une dérivation qui pouvait être,
à volonté et au moyen dun commutateur, constituée
par une résistance ohmique ou par un condensateur. En réglant
le condensateur de manière quil fût équivalant
en impédance à la résistance, on avait R =
1 / wC doù lon pouvait tirer
'w impédance'. On trouva ainsi que la fréquence était
voisine de 700 pour une voix dhomme, et de 900 pour une voix de
femme. Nous-même, nous avons analysé au moyen de loscillographe
les courants microphoniques. Nous avons trouvé que le son fondamental
de la voix humaine, variant de 150 à 250 vibrations à la
seconde, nétait pas la fréquence la plus importante.
Les harmoniques jouent un rôle prépondérant et en
cherchant à éteindre soit les sons graves au moyen dun
faible condensateur, soit les sons aigus par une forte self-induction,
nous avons trouvé que les fréquences indispensables à
lintelligibilité de la parole sont comprises entre 8oo et
I 200.
Enfin, toutes ces expériences, et bien d'autres de même genre,
amènent à conclure que les fréquences les plus importantes
de la voix sont certainement comprises entre 700 et 1 000. Aussi, dans
les rapports présentés sur cette question, M. Martin proposait
dadopter le chiffre de 750, M. Wagner 800 et nous-mêmes 950.
Seul, M. Béla Gati proposait 1 600. Ce chiffre est évidemment
trop élevé, sil s'agit de représenter le nombre
moyen des vibrations les plus importantes en téléphonie.
Il est certain quil y a dans la voix humaine des notes très
aiguës. Lanalyse y révèle des sons ayant 2000
et 3000 vibrations à la seconde, mais ces sons ne sont pas ceux
ont lamplitude est la plus grande. Il ne faudra pas les négliger
si on veut faire une étude complète des propriétés
dun dispositif téléphonique quelconque, mais leur
fréquence nest pas celle quil convient dadopter,
sil sagit de trouver le courant sinusoïdal qui peut être
substitué au courant téléphonique.
Néanmoins, la fréquence joue un rôle important dans
les propriétés des lignes et appareils. Leur impédance,
tout dabord, en est une fonction bien connue; mais, pour les lignes,
lélément le plus important, le coefficient daffaiblissement,
subit des variations très notables avec la fréquence. Les
lignes aériennes en cuivre de fort diamètre font seules
exception à cette règle ; mais les lignes en câble,
les lignes munies de bobines Pupin, sont loin de jouir du même avantage.
Il en résulte que le timbre de la voix est généralement
déformé et quil lest plus ou moins suivant les
lignes qui servent à la transmission. Il a paru, en conséquence,
nécessaire à la commission chargée détudier
cette question, tout en adoptant un chiffre pour la fréquence du
courant sinusoïdal qui, au point de vue de lintensité,
peut remplacer le courant téléphonique, de conseiller de
prendre en considération des fréquences voisines pour étudier
plus rigoureusement les propriétés dun dispositif
et tout particulièrement les questions de timbre.
Finalement, le texte qui a été admis est le suivant:
Dans les calculs pratiques, le courant téléphonique peut
être remplacé par un courant sinusoïdal. Pour ce qui
est relatif à l'intensité, la pulsation de 5 000 peut être
adoptée comme chiffre moyen. Il convient de considérer en
outre les pulsations de 3 000 et de 7000 pour ce qui concerne les questions
de timbre.
La ligne étalon. Cette question de léquivalence
du courant téléphonique et dun courant sinusoïdal
simple, question fonda mentale en téléphonie, ayant été
ainsi tranchée, il convenait dexaminer sil était
possible de trouver un étalon qui permît de comparer les
lignes entre elles. Le problème revient à rechercher une
ligne, de propriétés convenables, qui puisse servir de commune
mesure à toutes les autres.
La commission a été unanime à reconnaître quaucune
ligne ne possédait toutes les qualités nécessaires
pour être choisie comme étalon. En effet, il se produit entre
la ligne et les appareils de conversation des phénomènes
de réflexion assez complexes. Il en résulte que lintensité
du courant ne varie pas dune manière simple en fonction de
la longueur de la ligne, surtout si la longueur de cette dernière
est faible. Ainsi, le courant peut être plus fort pour une ligne
de certaine longueur que pour une ligne très courte. Il résulte
de là un certain nombre de conséquences très curieuses.
Supposons quon ait adopté une ligne étalon. Une autre
ligne, qui sera trouvée équivalente à une certaine
longueur de létalon, pour un appareil déterminé,
ne lui sera plus équivalente, si on change dappareil. Si
on considère, dautre part, deux longueurs de ligne et leurs
équivalents en ligne étalon, la somme des deux longueurs
ne sera pas égale à la somme de leurs équivalents.
Il nest donc pas possible de trouver un terme général
de comparaison.
Les phénomènes qui se produisent en téléphonie
sur les lignes dépendent uniquement de deux quantités. Lune
est la caractéristique, ou mieux limpédance caractéristique,
qui régit surtout les phénomènes de réflexion
qui prennent naissance, soit entre une ligne et les appareils de transmission,
soit au point du raccordement de deux lignes de spécification différente.
La caractéristique joue donc un rôle très important.
Mais ce rôle est certainement beaucoup moindre que celui de lexposant
damortissement, qui donne la loi exponentielle suivant laquelle
le courant va en saffaiblissant, à mesure quil se propage
sur la ligne. Cest pourquoi, à défaut dun étalon
qui soit dusage universel, la commission a émis lopinion
suivante :
Il est désirable, au point de vue international, d'avoir un
terme de comparaison qui permette d'apprécier les qualités
auditives des lignes téléphoniques. Le terme de comparaison
le plus convenable est l'exposant damortissement.
Amortissement pratique. Il a paru nécessaire
dindiquer quelles étaient les limites quon pouvait
accepter pour lamortissement.
Pour donner des chiffres, il faut naturellement bien définir les
conditions dans lesquelles on se place. On a proposé depuis quelque
temps des transmetteurs très puis sants, qui ont une portée
bien plus grande que ceux ordinairement en usage. Dailleurs, leur
emploi na pas encore été rendu absolument pratique.
Dautre part, il y a, comme nous lavons rappelé, des
phénomènes de réflexion qui dépendent de la
nature des appareils et des lignes et qui interviennent pour modifier
très notablement la valeur du courant. On a pensé quon
devait se limiter aux conditions qui se rencontrent réunies le
plus généralement, tout en attirant lattention sur
ce fait que les chiffres donnés ont le caractère dun
simple renseignement et peuvent être modifiés si les conditions
ne sont pas les mêmes. Voici le texte qui a été adopté.
Avec les appareils actuellement en usage et dans le cas dune ligne
aérienne ordinaire en cuivre, raccordée directement aux
appareils, on est généralement daccord sur les relations
suivantes entre l'audition et l'exposant damortissement :
Audition très bonne ... Exposant 2.5
Audition bonne .........................3.5
La limite pratique daudition est atteinte pour la valeur 4,8
de l'exposant d'amortissement. Pour les autres lignes uniformes, il peut
y avoir lieu de modifier les nombres ci dessus, ce qui pourra se faire
soit au moyen du calcul, soit au moyen dexpériences.
Enfin, un dernier paragraphe
est destiné à attirer lattention des techniciens sur
la question délicate des réflexions.
Dans le cas dune ligne non uniforme, il sera nécessaire
dexaminer si on ne doit pas tenir compte des phénomènes
de réflexion.
La question de la standarisation a donc été non pas résolue
par la conférence, mais nettement posée, et il y a tout
lieu despérer que, lattention des techniciens ayant
été appelée sur ce sujet si important et si délicat,
des résolutions plus nettes et plus impératives pourront
être prises à la prochaine réunion.
Lignes artificielles. Avant den terminer avec
celle question des lignes, il convient de signaler les différents
moyens qui ont été indiqués pour déterminer
lexposant damortissement. Nous ne parlerons pas du calcul
qui est évidemment le procédé le plus simple, une
fois que des expériences préalables et faites en général
sur de courtes sections de lignes, ont permis de mesurer les valeurs des
constantes électriques.
Nous ne ferons que signaler la méthode de mesure que nous avons
présentée et qui consiste à comparer le courant au
départ et à larrivée au moyen dun thermo-galvanomètre
de Duddell. Nous reviendrons très prochainement sur cette question
et nous lui consacrerons un article spécial.
Mais il est indispensable de dire quelques mots de la question des lignes
artificielles.
Kennelly a montré déjà depuis longtemps quune
ligne téléphonique pouvait être figurée, pour
un courant sinusoïdal de période donnée, par deux dispositifs
très simples.
Lun est le dispositif en T. Il comporte deux résistances
égales et un shunt inductif en leur milieu. Lautre est un
dispositif en II et comprend une résistance ohmique, shuntée
à ses deux extrémités par des shunts inductifs égaux.
Le premier de ces dispositifs a été réalisé
par M. Breisig et le deuxième par nous-même. Quel que soit
le principe sur lequel ils sont établis, on ne peut malheureusement
réaliser quun type de ligne bien défini.
Ces lignes peuvent donc servir à étudier commodément
les propriétés dune ligne déterminée,
en particulier la façon dont elle se comportera avec des appareils
de nature différente, mais elles ne pourront servir à déterminer,
au moyen dexpériences daudition, lexposant d'amortissement,
que si elles ont été établies pour représenter
le type de lignes à étudier. Cette remarque montre donc
lutilisation quon en peut faire et tendrait à donner
une certaine préférence aux lignes artificielles qui ne
sont pas invariablement construites, et dont les divers éléments
peuvent être rapidement et commodément modifiés pour
pouvoir représenter un type de ligne quelconque.
Standarisation des appareils. La recherche du meilleur
modèle dappareil est une question qui, à lheure
actuelle, est très peu avancée. Il nous suffira de donner
en quelques mots les conclusions des mémoires qui ont été
présentés sur cette question.
M, Béla Gati estime que la résistance ohmique des récepteurs
devrait être aussi faible que possible ; il en devrait être
de même de celle des transformateurs; mais ces derniers devraient
avoir un rapport de transformation élevé. Pour le transmetteur,
il est utile que sa résistance soit grande. M. Béla Gati
signale aussi que la plaque des microphones doit avoir une période
de vibration propre plus élevée quelle ne lest
généralement. Il conseille 800, qui est, daprès
ce que nous avons déjà exposé, la fréquence
la plus importante dans la voix humaine.
M. Breisig, examinant le cas où un transformateur est intercalé
pour relier un circuit à une ligne dabonné, arrive
à conclure que le rapport de transformation n doit être égal
à la racine carrée des caractéristiques des lignes
à réunir:
n =racine carré de z1/z2
M. Pleijel arrive à peu près à la même conclusion
.
Enfin, nous-même avons montré que le rapport de transformation
de la bobine dinduction ordinaire devrait être convenablement
choisi, suivant la résistance du microphone et la caractéristique
de la ligne. Toutes choses égales, ce rapport doit être inversement
proportionnel à la racine carrée de la résistance
du microphone.
Nous croyons dailleurs utile dinsister sur la remarque suivante
: la marge quon peut se permettre dans le calcul des appareils est
assez grande.
Après avoir calculé une bobine d'induction et lavoir
construite, avec tout le soin voulu, on ne constate pas toujours que son
emploi réalise une amélioration très notable.
Cest pourquoi les appareils usuels, qui ont été établis
par des moyens empiriques, bien que ne répondant pas toujours aux
conditions que leur imposerait la théorie, font néanmoins
un très bon service.
Piles primaires. Enfin, il est une question qui peut être
rattachée à celle des appareils, cest celle des piles
primaires qui sont encore, usitées dans les petits bureaux pour
les microphones, les appels et les signaux.
M. Lucas, dans une étude très documentée, a présenté
des données très intéressantes, au sujet de la durée
des piles Leclanché. Il a constaté lavantage marqué
du bioxyde de manganèse en poudre sur le bioxyde en grains, la
capacité dun élément étant, dans le
premier cas, de 47 ampères-heure,au lieu de 4 dans le second. Il
a remarqué aussi que la solution de chlorure dammonium peut
être avantageusement remplacée par du chlorure de manganèse.
Il ne se dégage plus de gaz ammoniac. Lélément
peut être complètement fermé, ce qui supprime lévaporation,
et, par conséquent, rend lemploi beaucoup plus commode.
III. Coexistence des lignes A COURANT FORT ET A COURANT FAIBLE.
Par la dénomination courant fort et courant faible, il faut entendre
les lignes industrielles, dune part les lignes télégraphiques,
téléphoniques et de signaux de chemins de fer, dautre
part. Aussi,lexpression nest peut-être pas très
heureuse, car elle ne correspond pas toujours à la réalité
des faits.
M. Hollos a proposé à la Conférence la classification
plus exacte en courants industriels et courants de communications intellectuelles.
Cette proposition na pas été adoptée et, faute
de mieux, on a accepté une terminologie imparfaite qui oblige à
attribuer aux mots un sens quils nont pas explicitement.
Quoi quil en soit, le problème posé à la Conférence
comporte deux parties : étude des influences réciproques
des courants forts et des courants faibles; précautions à
prendre pour éviter que ces influences ne soient nuisibles ou dangereuses
pour les personnes et pour les choses, précautions qui doivent
être rendues obligatoires par des textes réglementaires
ou législatifs.
La première partie, influences des courants forts sur les lignes
à courants faibles, a été examinée dans la
plupart des rapports et a conduit leurs auteurs à des conclusions
concordantes. Les lignes à courants faibles, quand elles se trouvent
au voisinage des lignes industrielles, deviennent impraticables si elles
sont à simple fil, à cause des dérivations du courant
fort qui pénètre par les terres et de linduction.
Les appareils à forte self-induction, comme les appareils Morse,
sont moins gênés que les autres. Mais les appareils télégraphiques
plus sensibles, et tous les appareils téléphoniques sont
fort troublés. Pour les lignes à double fil, les influences
sont beaucoup moindres. On peut supprimer leffet des dérivations
par une bonne isolation. Reste linduction et surtout linduction
électrostatique en présence des lignes à haut voltage.
On peut néanmoins se mettre à labri de ces perturbations
par une construction rationnelle, en enroulant, par exemple, les deux
fils des lignes à courant faible en hélice, de façon
à égaliser les influences, sur chaque fil, et à rendre
leur effet négligeable sur les appareils placés aux extrémités.
Mais il est nécessaire dajouter que léquilibre
ainsi réalisé est toujours assez précaire. M. Martin
cite de nombreux exemples de ce fait, et M. Pleijel, traitant la question
par le calcul, établit dune façon simple et élégante
des formules qui permettent de déterminer la tension et lintensité
du courant induit ainsi que le courant qui doit se produire dans les appareils,
dans le cas dune perte en ligne. Les résultats du calcul
sont daccord avec les faits cités par M. Martin.
Les effets du courant fort sont surtout nuisibles quand il circule sur
des lignes qui ne sont pas elles-mêmes équilibrées.
Cest le cas des tramways et chemins de fer électriques. Leur
voisinage est particulièrement gênant, quand il sagit
de traction par courant monophasé. Bien que la fréquence
soit très basse, 15 à 25 périodes, le courant monophasé
comporte' des harmoniques élevées qui rentrent dans la catégorie
des sons perceptibles par loreille, et influencent les lignes téléphoniques.
Quant aux lignes télégraphiques, qui peuvent généralement
être
maintenues au simple fil devant les lignes de traction, à condition
que les prises de terre soient suffisamment éloignées et
convenablement établies, quand le courant de traction est continu
ou du moins dénommé comme tel, ces lignes télégraphiques
à simple fil sont soumises à une induction intense de la
part du courant monophasé qui circule, lui aussi, dans un fil unique.
Mais, si lon connaît bien la nature du mal, il nest
pas commode de trouver le remède à lui apporter. Une solution
qui se présente tout dabord à lesprit paraît
être de nature à donner complète satisfaction. Cest
de ne construire les lignes à courants faibles quen employant
le double fil et en disposant ces fils en hélices, de manière
à réaliser un équilibre parfait. Pour le téléphone,
cette solution n'est pas difficile à adopter, car il a été
reconnu depuis longtemps que les lignes à double fil présentaient
des avantages indiscutables. Mais il nen est pas de même pour
les lignes télégraphiques. Les doubler devient une opération
non seulement coûteuse, mais très difficile à adopter,
à cause de lencombrement que sa réalisation apporterait
sur les appuis et des modifications profondes à introduire dans
linstallation des bureaux.
Aussi, la question na-t-elle pas reçu, jusqu'à présent,
une solution satisfaisante. Et cependant il serait fort désirable,
comme lexpose M. Muller, que des prescriptions uniformes soient
imposées aux constructeurs et entrepreneurs, afin qu'ils puissent
se rendre compte des charges auxquelles la réalisation de leurs
projets est soumise.
Au point de vue réglementaire, devra-t-on imposer une double protection,
cest-à-dire exiger que chaque installation, celle à
courant faible ou celle à courant fort soit établie, entretenue
et exploitée de manière que sa propre protection et celle
des autres installations soit assurée ? Si, au contraire, une seule
protection suffit, à qui devra-t-on limposer ? Ce devrait
être, en toute justice, à celle des installations qui est
postérieure en date.
Cependant, certaines installations sont dangereuses, même pour la
vie des personnes, et il semble que cest delles que lon
doit exiger des précautions, parce que cest là seulement
quelles seront réellement efficaces. Dautre part, quand
il sagit de simples troubles inductifs, il y a bien des cas où
les précautions sont plus faciles à réaliser, si
elles doivent être prises par les installations de courants faibles.
En résumé, nous nous trouvons là en présence
dun problème, dont les données sont nettement posées,
mais dont la solution nest pas encore trouvée, et devra faire
lobjet des délibérations des conférences futures.
IV. --- LA TÉLÉPHONIE A GRANDE DISTANCE.
Létude de cette question se ramène à celle
des moyens à employer pour étendre aussi loin que possible
la portée de la téléphonie.
Il est donc naturel, si on veut se rendre un compte exact de létat
de la technique à cet égard, dexaminer séparément
chacun des facteurs qui influent sur la distance franchissable pour le
courant téléphonique.
Tout dabord, le courant est engendré par un transmetteur
dont la puissance sera lélément le plus important
sur la portée du courant. Cest le transmetteur qui lui donnera
ses qualités principales, sa force électromotrice et sa
composition.
Ensuite, le courant sera affaibli par les lignes sur lesquelles il se
propagera, soit par amortissement, soit par réflexion entre les
différentes parties de ces lignes entre elles.
Enfin, ce courant aura à traverser dans les bureaux un certain
nombre dorganes de connexion qui contribueront à diminuer
son intensité; mais, dautre part, ce courant pourra être
revivifié, régénéré à travers
des relais ou des retransmetteurs.
Nous allons passer en revue ces différents éléments
en commençant par les appareils.
Transmetteurs. Les transmetteurs téléphoniques
sont toujours basés sur le même principe, cest celui
du microphone; mais, depuis quelque temps, des recherches fort intéressantes
ont été entreprises pour en augmenter la puissance. M. Béla
Gati conseille de prendre des membranes de microphone ayant une fréquence
propre beaucoup plus élevée que celles qui sont généralement
adoptées et de sapprocher autant que possible de la fréquence
800, qui est considérée comme la plus importante dans la
voix humaine. MM. Egner et Holmstrom ne sont pas complètement de
cet avis et déclarent que le microphone à grande puissance
quils ont construit et qui a permis datteindre des distances
jusquici inconnues, doit ses propriétés à dautres
causes. La membrane a une période propre qui ne dépasse
pas 200 vibrations par seconde. Mais le diaphragme est fortement tendu
et lélectrode étant assujettie à la partie
centrale du diaphragme, chaque point de lélectrode qui se
trouve en contact avec les granules de charbon vibre exactement avec la
même phase et la même amplitude. Dautre part, comme
le voltage employé est assez élevé et le courant
intense, un dispositif de refroidissement empêche le transmetteur
de séchauffer.
Avec un pareil microphone, M. Egner déclare quon a pu parler
sur des circuits réels dont lexposant damortissement
était 8, et sur des lignes artificielles dont lexposant était
de 12. Il nous suffit de rappeler que le maximum admis par la commission
de standarisation, pour les microphones ordinaires, est de 4,8 pour faire
comprendre combien le microphone de MM. Egner et Holmstrôm est plus
puissant que ceux qui ontété usités jus-quici.
Il convient de ne pas oublier quil sagit dun exposant
damortissement et que lamortissement varie dans des proportions
considérables .
Le courant doit donc être environ 23 fois plus puissant dans le
second cas que dans le premier.
Il est à souhaiter que ces nouveaux microphones deviennent pratiques
et puissent présenter les mêmes commodités que les
modèles actuellement usités.
Relais téléphoniques. La question
des relais téléphoniques a fait en ces dernières
années de très grands progrès. On se rappelle les
résultats très intéressants obtenus au moyen du relais
Brown basé sur les grandes variations de résistance que
présente un intervalle dair de très faible épaisseur.
Le courant de ligne passe dans un électro aimant et les mouvements
de très faible amplitude de larmature font varier la grandeur
dun espace dair placé dans le circuit de la pile qui
doit produire le courant dans la seconde partie du circuit. Mais le moyen
dutiliser dune façon absolument pratique ce relais
nest pas encore trouvé, et nous en sommes toujours à
la période dessai.
Il convient aussi de tenir compte, ainsi que le fait remarquer M. Béla
Gali, de ce que souvent les circuits téléphoniques sont
parcourus par des courants parasites qui atteignent, lorsque la-ligne
est longue, une intensité comparable à celle des courants
téléphoniques eux-mêmes. Le relais amplifiera ces
courants de la même manière que les courants de ligne. Aussi,
convient-il de prendre certaines précautions dans linstallation
des relais, et tout particulièrement il nest pas avantageux
de les placer trop loin sur les lignes, en des points où le courant
est trop affaibli.
Commutateurs. Le passage du courant à travers les
bureaux est une cause bien connue daffaiblissement. M. Lüschen
a étudié, dans son rapport, la grandeur des pertes qui proviennent
des dérivations à travers les transformateurs, relais de
fin ou de supervision, etc. Ges pertes peuvent augmenter lexposant
damortissement de 0,15 à 0,20 par bureau ; elles ne sont
donc pas négligeables.
D'ailleurs, lauteur indique que l'insertion dune bobine de
self-induction peut avoir un effet très avantageux.
En résumé, lon a le sentiment que de grandes améliorations
vont très probable ment être apportées à la
téléphonie du côté des appareils; des microphones
plus puissants donneront un courant plus intense, des relais pourront
retransmettre à plus grande distance, les pertes dans les bureaux
intermédiaires seront diminuées, mais ce sont là
des surprises agréables que lavenir nous réserve et,
pour le moment, les seuls progrès bien acquis qua fait la
téléphonie sont ceux qui sont dus au perfectionnements des
lignes. Nous allons en dire un mot.
Lignes aériennes. Des résultats très
intéressants ont été obtenus par la pupinisation
des lignes aériennes. Pendant longtemps ce procédé
a donné lieu à des mécomptes. Les bobines destinées
à augmenter la self des conducteurs étaient indépendantes.
Il était très difficile de leur donner une self identique;
des influences extérieures, coups de foudre, courants accidentels
intenses, faisaient varier létat magnétique des noyaux;
dautre part, lisolement des raccords avec les fils de ligne
était mal assuré. Les fils de ligne se trouvaient mal équilibrés
et étaient troublés par linduction des fils voisins.
De plus, lisolement étant imparfait, laffaiblissement
était augmenté dans de notables proportions et on perdait
de cette façon une grande partie de lamélioration
due à laugmentation de la self-induction.
Les procédés de fabrication et dinstallation des bobines
se sont notablement perfectionnés. On dispose aujourdhui
les deux bobines, qui doivent servir aux deux conducteurs, sur le même
noyau; on supprime ainsi le déséquilibre dû aux variations
daimantation. Une attention particulière a été
apportée à la confection des raccords. De sorte quaujourdhui
les qualités dune ligne pupinisée sont devenues à
peu près indépendantes des troubles atmosphériques,
pour arriver à ce résultat, employer des bobines de pupinisation
d'une construction spéciale, des bobines quadruples, comportant
quatre enroulements.
Les circuits fantômes, formés avec des circuits ordinaires,
sont en général équivalents aux circuits composants,
cest-à-dire qu'ils ont un amortissement à peu près
égal et la raison en est que la résistance du circuit fantôme
est à peu près moitié moindre, mais que, dautre
part, la capacité est environ deux fois plus grande et la self
deux fois plus petite. Si lés circuits sont au contraire pupinisés,
rien n'empêche de construire les bobines de telle manière
que la self du circuit fantôme soit égale à celle
des circuits composants. Aussi, M. Carty déclare-t-il que lefficacité
des circuits fantômes est supérieure à celle des circuits
composants, et que, par ce moyen, on espère établir un circuit
praticable entre New-York et Denver, soit sur une longueur de plus de
3500 kilomètres. Si ce circuit fonctionne dune manière
satisfaisante, ce sera là un fort joli résultat, car nous
navons jamais pu franchir jusquici, en Europe, des distances
aussi considérables.
Ajoutons encore, pendant que nous parlons des merveilles réalisées
au delà de lAtlantique, que les circuits téléphoniques
sont aussi utilisés par des communications télégraphiques,
chaque fil dun circuit pouvant être exploité en duplex,
de sorte que, par exemple, entre New-York et Denver, on aura les communications
suivantes, qui seront obtenues au moyen de quatre fils et sans aucune
gêne mutuelle :
- 3 circuits téléphoniques New-York-Chicago ;
- 3 circuits téléphoniques Chicago-Denver;
- 1 circuit téléphonique New-York-Denver;
- 8 communications télégraphiques.
En France, nous avons toujours évité jusquà
présent la superposition du télégraphe et du téléphone,
à cause des facilités avec lesquelles se produisent des
dérangements pour le téléphone.
Il y aura le plus grand intérêt à savoir comment se
comportent en Amérique ces dispositifs que nous avons jusquici
regardés comme imparfaits.
Lignes souterraines. Pour les lignes souterraines,
encore plus que pour les lignes aériennes, lamortissement
peut être réduit au moyen de laugmentation de la self-induction.
Deux solutions sont ici en présence : les bobines Pupin, et le
procédé Krarup, dit du cuirassement, qui consiste à
placer un ou plusieurs fils de fer fins autour du conducteur de cuivre.
La comparaison des deux procédés doit être faite à
deux points de vue différents : au point de vue économique
et au point de vue technique.
Au point de vue économique, il est certain que le procédé
Pupin est moins coûteux; il permet demployer des conducteurs
de moindre diamètre, il diminue plutôt quil naugmente
lencombrement, ce qui est une considération de grande importance
; au point de vue technique, il donne aux lignes une grande caractéristique,
ce qui est quelquefois désavantageux, comme nous le verrons plus
loin, quand il sagit damorces souterraines à relier
à des lignes aériennes ordinaires ; de plus, il introduit
sur les lignes des résistances qui augment lamortissement.
Si on laisse de côté la question économique, et quon
ne considère que la question technique, on trouve que la construction
de câbles ayant un amortissement inférieur à 6, pour
1000 kilomètres, est déjà très difficile.
M. Ebeling pense cependant quon pourra arriver à 4 et même
à 2,5.
Si on parvenait à ce chiffre, ce serait un résultat très
remarquable et qui ne saurait être atteint par aucun autre procédé
connu jusquici.
Les câbles cuirassés sont certainement moins avantageux,
car la self-induction ne peut en être augmentée que dans
une proportion beaucoup moins élevée. Pour leur donner de
lefficacité, il faut réduire la résistance,
ce qui oblige à choisir de gros conducteurs. Les câbles sont
lourds et dispendieux. On peut cependant arriver, de cette façon,
à faire des câbles dont lamortissement ne serait pas
supérieur à 6, pour, 1000 kilomètres. Ces câbles
ont, au point de vue technique, lavantage davoir une. caractéristique
égale à celle des lignes aériennes ordinaires et
il semble quon pourrait, pour le moment, juger ainsi la question
de supériorité entre les systèmes Pupin et Krarup.
Quand il sagit de lignes souterraines de grande longueur, les lignes
pupinisées sont à la fois celles qui sont les plus économiques
et les meilleures au point de vue de laudition. Pour les lignes
qui doivent être raccordées aux lignes aériennes,
il conviendra de prendre des lignes souterraines pupinisées, si
les lignes aériennes sont de ce même type. Sil sagit
de lignes aériennes ordinaires, la question devra être étudiée
de plus près. Il sera, en tout cas, avantageux de choisir un type
de ligne souterraine dont la caractéristique soit voisine de celle
de la ligne aérienne. Si la ligne souterraine est de faible longueur,
il pourra arriver que la self dune ligne pupinisée ne puisse
être suffisamment répartie pour quun effet favorable
soit obtenu, et quau total elle soit moins bonne quune ligne
non pupinisée. Dans ce cas, il y aurait lieu de songer à
une ligne cuirassée. Enfin, dans certaines circonstances spéciales,
par exemple sil sagit de lignes sous-marines, il pourra arriver
que linstallation des bobines soit peu commode et présente
même certains inconvénients au point de vue de la conservation
de lisolement et de lentretien ultérieur. Le câble
cuirassé pourrait alors, dans ces conditions, présenter
de grands avantages et donner une solution avantageuse à tous égards.
Phénomènes de réflexion. Un
mémoire des plus intéressants a été présenté
sur ce sujet par M. Pleijel. Lauteur fait remarquer que la propagation
de londe électrique peut être traitée comme
celle dune onde lumineuse ou dune onde sonore qui, au passage
dun milieu dans un autre, subit à la fois des phénomènes
de réflexion et de réfraction. Il arrive ainsi à
donner une méthode de calcul très élégante
qui, dans quelques cas particuliers , conduit dune manière
très simple et très rapide au résultat.
Dune manière générale, les phénomènes
de réflexion sont nuisibles et on doit sefforcer, par le
mode de construction des lignes et par le choix judicieux des appareils,
den réduire les inconvénients. Pour cela, il faut
que les différentes impédances caractéristiques soient
aussi voisines que possible les unes des autres, et cest à
ce point de vue que nous avons signalé plus haut le désavantage
des lignes pupinisées à grande caractéristique quand
elles doivent être reliées à des lignes ordinaires.
V. Procédés de conservation des poteaux.
On sait que les poteaux en bois ne se conservent que sils ont été
soumis à une préparation spéciale. Longtemps linjection
de sulfate de cuivre, par le procédé Boucherie, a paru le
moyen le plus commode, et le plus économique. Appliqué à
des arbres fraîchement coupés, il permet den éliminer
la sève, et de la remplacer par une substance métallique
qui, au bout dun certain temps, se combine avec la fibre du bois
et en produit une sorte de minéralisation. Ce procédé
est celui qui est appliqué en France et dans un certain nombre
dautres pays dEurope, en Hollande, par exemple. En ayant soin
de tailler en cône la pointe du poteau et dy appliquer tous
les deux ans une couche de peinture, toute la partie du poteau hors de
terre se conserve remarquablement bien. La partie enterrée est
moins résistante. Cependant, dans la plupart des cas, cest-à-dire
quand le poteau nest pas implanté dans des terrains septiques,
renfermant des germes de pourriture, il peut résister indéfiniment.
Certains poteaux ont, en France, plus de quarante années de service.
En moyenne, la durée est de quinze ans. Toutes choses égales
dailleurs, la créosote paraît donner de meilleurs résultats
et assurer une vie moyenne de vingt années. Mais ce produit présente
de nombreux inconvénients. Il brûle les vêtements et
attaque les mains des ouvriers. Si le climat est chaud, il se produit
des suintements qui rendent très pénibles les opérations
dentretien des lignes et, de plus, la substance préservatrice
se trouve ainsi peu à peu éliminée. M. Carty indiqué
à cet égard quau bout dune dizaine dannées,
toutes les parties constituantes de la créosote, ou des huiles
de goudron employées dans le même but, dont la température
débullition est inférieure à 2400, ont complètement
disparu. On doit cependant ajouter, en faveur de la créosote, que
les procédés nouveaux Rüpin et Guido Rütgers ont
beaucoup amélioré le procédé primitif dinjection
de Béthell. La quantité de créosote absorbée
est réduite au tiers ou au quart, le liquide imprègne seulement
les tissus circonscrivant les cellules, de sorte que les suintements ultérieurs,
surtout si la température nest pas trop élevée,
sont complètement évités, en même temps quune
bonne conservation du bois est assurée.
Les deux procédés sont, en somme, absolument comparables
dans les cas ordinaires ; mais, sil sagit de terrains septiques,
qui contiennent de nombreux germes de pourriture ou qui ont été
contaminés par des poteaux antérieurs, le procédé
au sulfate du cuivre est insuffisant. Il nempêche pas lattaque
des végétations mycotiques et souvent le poteau ne dure
même pas un an.
La kyanisation ou injection de bichlorure de mercure paraît donner
de meilleurs résultats que le sulfate de cuivre. Ce procédé
est employé en Bavière. Les poteaux y durent treize à
dix-sept ans. Mais ce produit est éminemment toxique et son maniement
nest pas sans présenter de danger. En Angleterre, on y a
renoncé, à cause du danger dempoisonnement des sources
deau, par lentraînement du produit par les eaux pluviales.
En somme, dans le cas de terrains malsains, cest surtout la partie
enterrée du poteau quil faut immuniser. On a cherché
à y parvenir par différents procédés. En Amérique,
on enduit à la brosse le pied du poteau de goudron de houille ou
de créosote ; en France, on emploie une substance particulière,
l'injectol, composée dhydrocarbures et de substances antiseptiques
qui est facilement absorbée par le bois. On a essayé également
lemploi dune sorte de cuirasse, en toile damiante enduite
de goudron, qui protège la partie la plus exposée, cest-à-dire
le collet du poteau. Tous ces procédés sont de date relativement
récente, et leur réelle efficacité ne pourra être
connue avant quelques années dexpérience.
On a proposé également demployer des socles en maçonnerie,
béton, ciment, etc., de manière que le poteau ne soit jamais
enterré.
Ce moyen est en effet très efficace puisquil supprime la
cause du mal. Mais, il est coûteux et mal commode et ne peut être
employé que dans certains cas spéciaux.
En résumé, le créosotage et le sulfatage paraissent
être les deux procédés les plus employés. La
préférence à accorder à lun ou à
lautre doit être dictée par des considérations
locales, où les conditions climatériques doivent surtout
entrer en ligne de compte.
VI. Les SYSTEMES TELÉGRAPHIQUES A GRAND RENDEMENT.
Des rapports très intéressants ont été présentés
à la Conférence par MM. Addey et Taylor sur les procédés
employés par le Post Office pour lexploitation des lignes
télégraphiques.
Ces procédés diffèrent totalement de ceux qui sont
usités en France et par le principe et par le détail. En
France nous adoptons en général le principe de la retransmission
et le relais est peu usité; nous ne superposons pas non plus très
volontiers plusieurs communications sur le même fil.
En Angleterre, le principe est tout différent. Le système
quadruplex exploité au Morse est très en faveur. On dispose
sur un seul fil, à la fois des relais polarisés et des relais
ordinaires, munis de ressorts de rappel, qui fonctionnent par variation
dintensité de courant. On obtient ainsi deux communications
distinctes qui peuvent être montées en duplex, ce qui donne
quatre communications entre deux points. Mais on peut encore faire
mieux. Au moyen de translateurs, on arrive à réaliser un
nombre très varié de combinaisons et, en particulier, on
peut installer des communications directes entre des postes dont les lignes
transitent par des bureaux intermédiaires qui ne sont nullement
dérangés par les communications des bureaux extrêmes.
Quant aux générateurs de courant, nous avons lhabitude
en France d'en disposer dans chaque bureau. Nous avons bien réalisé
quelques timides essais de batterie centrale, mais jusquici ce dispositif
na pas eu la faveur des services dexploitation. En Angleterre,
au contraire, ce système paraît avoir été très
sérieusement expérimenté et a pris, depuis quelques
années, un grand développement. Les avantages sont dailleurs
bien connus. Le générateur de courant nest installé
que dans des bureaux importants où il est bien surveillé
et bien entretenu. On réalise ainsi une économie très
grande par la suppression des piles dans les bureaux satellites, en même
temps quon assure un service plus parfait. Enfin, le montage des
bureaux satellites peut être simplifié, ce qui est très
précieux quand lexploitation de ces bureaux est confiée,
comme il arrive souvent,
à un personnel peu expérimenté et qui est surtout
préoccupé par des opérations dordre postal.
M. W. Blanchon a présenté sur cette question un rapport
qui est la reproduction darticles parus dans cette revue et où
il présente le système de son invention.
Il serait certainement à désirer que ladministration
française mette à létude les différents
systèmes qui sont actuellement connus et quelle recherche
consciencieusement si elle ne pourrait pas faire son profit de dispositifs
qui ont donné autre part des résultats
fort intéressants.
M. Taylor expose les installations réalisées en Angleterre
et a donné la description des batteries, des sounders et des relais,
ainsi que des rosaces de concentration des fils. Il donne aussi quelques
détails sur des dispositions particulières intéressantes
: la batterie pour lignes omnibus, la batterie montée temporairement
pour des événements extraordinaires (courses de chevaux,
procès sensationnels, etc.), les moyens à employer quand
la ligne est mal isolée, etc. Il y a là une documentation
de grand intérêt et dont il convient de faire son profit.
Enfin, des questions dordre plus général ont été
abordées. M. Wittichen a étudié les avantages présentés
par la construction dun réseau souterrain, tant au point
de vue de la sécurité des communications, que de léconomie
de lentretien, et M. Strecker a exposé des idées fort
judicieuses sur lorganisation des bureaux dessais et détudes
pour la télégraphie. Le personnel devrait y être versé
à la fois dans les questions de théorie et dans celles de
pratique. Comme ces qualités se trouvent rarement réunies
en une seule personne, il convient dappeler dans ces bureaux, des
savants, des techniciens et des constructeurs qui, dans une collaboration
intelligente et féconde, étudient et solutionnent les problèmes
difficiles de la télégraphie.
Le Congrès sest clos le 10 septembre et lannée
1913 a été choisie comme date de la future réunion.
Il est à espérer que la pro chaine Conférence pourra
trancher un certain nombre de questions qui restent encore à létude.
Le Congrès actuel a eu pour lui le mal de déblayer le terrain,
et ce sera justice de ne pas oublier lutilité de son travail,
quand, plus tard, les problèmes quil a indiqués et
posés auront reçu leur solution définitive.
DEVAUX-CHARBONNEL.
Dans "La Lumière Electrique" DEVAUX-CHARBONNEL
continue d'exposer ses travaux (principalement sur les cables téléphoniques
sous-marins) ainsi les progrès en télégraphie et
téléphonie:
1913 C'est à M. Devaux Charbonnel que nous
devions naturellement nous adresser pour avoir des aperçus autorisés
sur lavenir de ces deux branches spéciales de lélectricité
: la télégraphie et la téléphonie.
Sa grande compétence et ses travaux récents, couronnés
par le succès si remarquable de la téléphonie par
câble sous-marin entre Paris et Londres, augmentait encore, si possible,
lintérêt actuel de ses opinions.
De grands progrès techniques dans la télégraphie
et dans la téléphonie, on nen voit, selon M. Devaux
Charbonnel, que deux qui sont, il est vrai, dimportance : dans ces
dernières années, la télégraphie a été
dotée des appareils rapides que nous connaissons, et la téléphonie
des appareils automatiques dont lusage est déjà répandu
aux Etats-Unis. Il semble que lon soit ainsi parvenu à
la limite du perfectionnement désirable, ou presque. Du moins paraît-il
que le problème qui se pose désormais soit plutôt
de bien savoir utiliser les éléments dont on dispose, que
de chercher a gagner encore quelque chose sur les perfectionnements techniques
de ces éléments.
En télégraphie, par exemple, voici que les appareils Mercadier-Magunna
réalisent cette vitesse de transmission vraiment étonnante
de 12 dépêches sur un même fil à la fois; et
leur emploi peut se généraliser sans aucune difficulté.
Mais, au contraire, le service de la remise des télégrammes
(une fois arrivés à destination) comporte encore des pertes
de temps considérables, sur lesquelles il serait intéressant
de pouvoir faire quelques économies. Si, en effet, nous suivons
le télégramme depuis le moment de son expédition
jusquà son arrivée, nous voyons ceci, qui montre combien
le côté technique est en avance sur la partie « organisation
» propre ment dite. Entre le moment où un télégramme
est déposé à Marseille, par exemple, à destination
de Paris, et celui où lemployé de Marseille le transmet,
il sécoule, mettons dix minutes. De Marseille à Paris,
la transmission proprement dite sera instantanée, au retard près
dû à lencombrement des lignes : très peu de
chose dans tous les cas; mais une fois arrivé à Paris, ce
télégramme peut mettre deux heures avant darriver
à son destinataire ; ainsi, c'est là, entre le bureau d'arrivée
et un domicile, situé dans la même ville, que va se produire
la seule perte de temps importante. On voit combien ceci est peu rationnel.
Y aurait-il un remède ? Oui, sans doute ; il suffirait de créer
deux catégories de télégrammes, chacun avec un régime
différent.
Pour certaines personnes, en effet, le télégramme est simplement
un moyen de communiquer sensiblement plus vite que par lettre. Un télégramme
étant envoyé à telle heure arrive le jour même
quelques heures après; cela suffit. Dans ce cas, le télégramme
ordinaire est, daprès ce que nous venons de voir, parfaitement
acceptable. Dans dautres cas, au contraire, il sagit de communications
de toute urgence, que leurs expéditeurs désirent très
vivement voir arriver dans le temps strictement minimum. Ne serait-il
pas possible de prévoir, pour celle deuxième catégorie
de télégrammes (moyennant une taxe supplémentaire,
que lexpéditeur acquitterait volontiers), une distribution
durgence que lon peut concevoir de
bien dès manières; ou bien lemployé du poste
télégraphique récepteur téléphonerait
durgence au destinataire, si celui-ci est abonné au réseau
téléphonique, ou bien il téléphonerait au
bureau le plus voisin du domicile du destinataire, et tout cela abrégerait
beaucoup la durée de la distribution, par rapport à ce quelle
est actuellement avec la distribution par tubes et la promenade des petits
télégraphistes.
De même en ce qui concerne la téléphonie, le
problème du service automatique parait techniquement résolu.
Il sagit maintenant de lintroduire peu à peu dans nos
services.
Nous disons peu à peu, car il est évident qu'à Paris,
par exemple, où lAdministration des Téléphones
a dû construire des bâtiments tout récents, datant
de quelques années, et adaptés au système manuel,
il ne peut être question de jeter bas tout cela du jour au lendemain
pour installer un service automatique général.
Mais déjà l'on prépare à Nice des essais
de service automatique intégral, et bientôt à
Marseille auront lieu des essais de service semi-automatique.
Il s'agit du système Rotary de McBerty.
Les avantages pratiques du système automatique, par rapport au
système manuel, ne sont pas contestables. Lemploi du système
automatique permet de réaliser une économie de personnel
et aussi une économie de matériel. Il permet, en outre,
de supprimer deux inconvénients fâcheux du régime
actuel et qui sont les suivants :
Dabord, on sait quaujourdhui, dans nos réseaux
téléphoniques français, les employées du téléphone
se mettent en communication de bureau à bureau par des lignes spéciales,
dites lignes de conversation; cest-à-dire quà
Paris, par exemple, la téléphoniste du bureau Saxe à
laquelle vous vous êtes adressé devra se mettre en communication
avec la téléphoniste du bureau Port-Royal, qui est celui
de labonné que vous appelez.
Or, il ny a pas autant de lignes de conversation que de téléphonistes.
Ces lignes au contraire sont communes à un grand nombre dentre
elles, de sorte quil existe, dans la rapidité avec laquelle
la communication peut être obtenue, un coefficient personnel dû
à lhabileté plus ou moins grande que mettra la téléphoniste
du bureau appelant à sintroduire sur la ligne de conversation
de Port-Royal. On sait quavec le système automatique la ligne
de conversation est supprimée et par suite l'inconvénient
correspondant.
D'autre part, la faculté pour la téléphoniste de
répondre « pas libre » à l'abonné appelant,
sans que cela puisse être contrôlé, donne lieu à
quelques abus. Deux cas sont possibles ; ou bien la ligne nest vraiment
pas libre, ou bien lemployée ne désire pas être
dérangée. Or, avec le système automatique, il existe
des procédés mécaniques qui assurent la communication
si la ligne est libre.
Ainsi se vérifie ce fait que si les problèmes techniques
sont résolus, les problèmes dorganisation et dadaptation
de ces progrès à notre régime actuel, télégraphie
ou téléphonie, restent à résoudre.
Le 8 juillet 1912 à Nice,
la commande de l'autocommutateur Strowger est passée ; après
toutes ces études, le tout premier commutateur de type rotatif
strowger est mis en service
le 19 octobre 1913 à Nice
Dans l'avenir, sans doute, de nouvelles perspectives peuvent souvrir
devant la téléphonie lorsque lon disposera de microphones
puissants.
Ceux qui ont été jusqu'à présent essayés
sont de véritables petites usines, qui noffrent pas, par
conséquent, de grandes facilités d'utilisation pratique
et courante. Il reste à chercher de ce côté, et cest
par ce moyen seulement que lon étendra la portée des
communications téléphoniques.
De même, en ce qui concerne les câbles téléphoniques
sous-marins, il reste à en développer lemploi et à
leur appliquer en somme les perfectionnements qui ont déjà
fait leur preuve sur les lignes terrestres, notamment la pupinisation.
M. GUILBERT
Nous sommes particulièrement heureux de pouvoir joindre à
cette enquête lopinion dun technicien aussi averti et
compétent que A. G.-F. Guilbert.
Machines
En conformité avec dautres opinions déjà émises
au cours de cette enquête, M. C.-F.Guilbert estime que lon
est arrivé, en ce qui concerne la construction des dynamos, tout
près des limites du perfectionnement, quil sagisse
du rendement ou de lutilisation des matériaux. Depuis vingt
ans le poids des machines électriques a diminué de moitié,
à égalité de puissance; mais il ne saurait être
question de continuer à progresser à aussi belle allure;
on ne peut espérer gagner que quelques pour « pour cent »
encore sur léconomie de matière.
Comme domaine dapplications, on peut prédire un bel avenir
aux moteurs à collecteur (monophasés ou polyphasés);
on doit espérer les voir utiliser couramment dans la traction électrique.
Centrales
On est arrivé à pousser jusquà l'exagération
la concentration des puissances dans les usines génératrices,
en ce sens quon a dépassé les limites raisonnables
pour la puissance unitaire des groupes générateurs. Aux
Etats-Unis, on a été jusquà 30 000 kilowatts
par unité ; cest trop, beaucoup trop. Et, dautre part,
il paraît tout indiqué de scinder toujours en deux nos puissantes
centrales modernes; constituées en deux moitiés absolument
distinctes, elles ne risquent pas de se trouver totalement paralysées
par un accident unique, comme ce fut le cas, dans une occasion récente,
pour notre usine de Saint-Denis. Ainsi les services divers et si importants
qui dépendent, de nos jours, du fonctionnement d'une centrale,
seront assurés dans les conditions de sécurité indispensables.
La même considération fait apparaître les avantages
considérables quil y a à disposer, pour lalimentation
des grandes villes, dun groupe de stations interconnectées,
prêtes à se prêter un mutuel appui. Dailleurs,
la scission des divers services doit être pratiquée dès
la sortie de ce groupe dusines, afin de permettre, en cas daccident,
une sélection entre les divers services à assurer, tous
nétant pas dégale importance pour la vie de
lagglomération. De cette même condition de sécurité
dans le service découle encore une autre conséquence : cest
quil serait désirable de voir sétablir plus
d'uniformité dans les différents réseaux de distribution.
Lidéal serait d'adopter une même tension totale pour
la traction et les réseauix à trois ou cinq fils. Cet idéal
nest pas chimérique puisque les limites pratiques de tension
se rejoignent : 556 volts pour là traction, 400 et 500 volts pour
léclairage.
Enfin, une question qui se lie de plus près à celles-là.
et qui est beaucoup trop négligée en France, est celle de
la régulation automatique, dont lemploi doit se répandre
enfin chez nous et sous la forme la plus simple possible. Tandis que nous
hésitons entre divers procédés plus ou moins complexes,
les Américains emploient beaucoup le système Tirrill qui
réalise assurément le maximum de simplicité. Il y
a là lindication dun ordre détudes qui
doit être mené à bien dans le sens de la simplification,
afin de permettre la généralisation si désirable
du principe de lautorégulation.
PROBLEMES GÉNÉRAUX
Cest un lieu commun que de rappeler le rendement lamentable de la
transformation dénergie à laquelle nous avons aujourdhui
recours pour produire lélectricité : charbon-chaudière-machine
à vapeur-dynamo. Il ne reste en réalité d'utilisable
que quelques pour-cent de lénergie du charbon brûlé!
Une transformation plus directe présenterait donc un immense intérêt.
Le problème nest pas impossible, puisque les piles thermo-électriques
le résolvent, quoique dans des conditions encore bien fâcheuses.
Soit qu'on puisse améliorer le rendement de ces appareils, soit
autrement, cest dans la voie de la transformation directe de la
chaleur en électricité que doit sorienter leffort
des chercheurs. Dautre part, il nest pas dit qu'on ne puisse
pas un jour puiser directement dans cet immense réservoir d'électricité,
toujours prêt à fonctionner, quest l'atmosphère.
Enfin, il convient de dire quelques mots du problème connexe de
l'accumulation. Et dabord il y a bien les accumulateurs. Mais M.
Guilbert a toujours professé que l'accumulateur est un appareil
« qui a retardé de plus de vingt ans le développement
de l'électricité »: Le jugeant avec si peu dindulgence,
Ce nest pas de lui que M. Guilbert attendra la solution idéale.
Au contraire, l'emmagasinement de l'eau dans de vastes réservoirs,
idée qui a déjà été proposée,
pourrait présenter de grands avantages, puisque la transformation
de l'énergie des chutes deau en énergie électrique
est une de meilleures que nous connaissions, ne coûtant que 2 %
environ en pertes. On se rappelle à ce sujet que M. Routin avait
proposé daménager une vaste usine marchant à
pleine charge toute la journée, et servant, aux heures où
la demande faiblit, à pomper de l'eau dans un
vaste réservoir de plusieurs millions de mètres cubes.
ENSEIGNEMENT
Sur ce sujet spécial de lenseignement, il y a un desideratum
important à faire valoir : il serait à souhaiter que lon
pût unifier, sous le contrôle du Ministère du Commerce,
les divers diplômes actuellement délivrés par les
écoles techniques, de manière à les hiérarchiser
comme de véritables grades universitaires. Au baccalauréat
pourrait correspondre un diplôme détudes électriques;
au-dessus, un grade analogue à la licence sanctionnerait un enseignement
correspondant ait niveau actuel de notre École Supérieure
dElectricité. Au-dessus encore, un doctoral serait lapanage
des ingénieurs ayant fait des études supérieures
et analogue aux « docteurs ingénieurs » allemands.
Ainsi de véritables facultés techniques correspondraient
aux facultés universitaires.
Et, enfin, il serait encore plus souhaitable de voir én France
itn Carnegie fonder des établissements denseignement analogues
aux facultés ou aux instituts américains.
...
Létude de M. Devaux Charbonnel, Ingénieur en chef
des Télégraphes, sur la Télégraphie et la
Téléphonie, que nous commençons aujourdhui,
suscitera un vif intérêt. Lauteur débute par
une analyse succincte des avantages de lautomatique en téléphonie,
puis il aborde la question, toute dactualité, des troubles
causés dans les communications télégraphiques et
téléphoniques par la traction monophasée.
Nous donnions dernièrement un extrait détaillé de
létude si intéressante de M. Marguerre sur les perturbations
de cet ordre constatées sur le chemin de fer de Rjukan et sur les
procédés quon a employés pour y remédier.
M. Devaux Charbonnel reprend cette étude et il rappelle le procédé
simple et peu coûteux, imaginé par M. lIngénieur
des Télégraphes Girousse, pour supprimer dans les appareils
téléphoniques les bruits de friture causés par linduction
sur les lignes. Il constate aussi que l'emploi sur les chemins de fer
du Sud de la France du récepteur de M. Girousse donne en pratique
des résultats satisfaisants. Somme toute, on peut considérer,
semble-t-il, le problème de la mise à labri des perturbations
pour les lignes à courant faible comme actuellement résolu.
Il n'y a que la question des troubles causés sur les lignes télégraphiques
dont la solution nait pas encore reçu la sanction de lexpérience.
Aussi est-il à espérer que, dans un bref délai, les
Compagnies de traction tiendront à essayer le sectionnement des
lignes en plusieurs tronçons, préconisé par notre
éminent collaborateur; autant quon peut en juger a priori,
ce sectionnement devrait atténuer dans une large mesure les troubles
fort importants que cause sur les appareils télégraphiques
le débit du courant produit par la circulation des trains.
Lannée 1912 a vu naître bien peu didées
nouvelles en télégraphie ou en téléphonie.
L'Europe, toujours un peu tributaire de l'Amérique en matière
de téléphonie, sest contentée dexpérimenter
quelques-uns des nouveaux systèmes. En France on commence à
songer à lautomatique. La mise en usage de la batterie centrale
a simplifié les manuvres des abonnés et des téléphonistes,
et a permis à la fois daméliorer et daccélérer
le service. Lautomatique parait destiné à apporter
un progrès sensible dans lexploitation et une économie
importante dans la construction des lignes. La facilité de donner
une ligne libre à labonné qui désire avoir
une communication permet de grouper dans des bureaux satellites un certain
nombre dentre eux et de ne relier ces bureaux au centre principal
que par un nombre de lignes réduites, le dixième par exemple
du total des abonnés. Il y a là une économie énorme,
en même temps quun encombrement beaucoup moindre des égouts
ou du sous-sol des grandes villes. Des essais vont être tentés
dans certaines villes de France, notamment à Nice et à Marseille.
Dun autre côté, les procédés de lautomatique
permettent dutiliser beaucoup mieux le matériel et le personnel.
On a déjà commencé à Paris à donner
à un abonné plusieurs signaux dappel, répartis
sur différentes tables, la réponse étant servie par
la première téléphoniste qui se trouve libre.
Avec lautomatique on peut faire mieux. On peut distribuer les appels
et les diriger sans erreur sur un poste inoccupé.
On a même proposé daller plus loin dans cette voie.
Lappel nétant plus reçu par un organe individuel
appartenant au seul abonné appelant, sa spécialisation devient
inutile.
Une grande simplification peut sintroduire dans le montage des meubles.
Les relais dappel, de coupure, et les meubles destinés à
les recevoir deviennent inutiles. Lé répartiteur intermédiaire,
dont le rôle est de répartir les abonnés sur les différents
tableaux, de manière à égaliser sensiblement le travail
des téléphonistes, peut être purement et simplement
supprimé. A côté de ces avantages matériels
viennent sadjoindre des avantages dexploitation. Tout appel
arrivant au bureau est immédiatement servi. Le travail est également
réparti entre les opératrices qui donnent leur rendement
maximum. Labonné est desservi par une opératrice quelconque,
ce qui présente, comme on peut aisément le comprendre, plus
davantages que dinconvénients. Enfin le nombre des
opératrices peut facilement varier suivant les différentes
heures de la journée, de manière à correspondre toujours
au trafic du moment.
Il ne parait pas utile pour linstant de sétendre longuement
sur ces nouveaux procédés. Il est à présumer
que lexpérience viendra confirmer et réaliser les
espérances quils font naître dès maintenant.
Mais attendons dêtre mieux éclairés pour savoir
si leur généralisation est désirable.
Nous voudrions entretenir les lecteurs de la Lumière Électrique
de quelques autres questions qui sont un peu moins connues et un peu plus
nouvelles.
Nous parlerons tout dabord des troubles causés aux communications
télégraphiques et téléphoniques par la traction
monophasée et des moyens qui ont été proposés
pour y remédier.
Puis nous donnerons avec un peu de détails quelques renseignements
sur le problème de la téléphonie sous-marine, et
sur les solutions qui peuvent dès maintenant être adoptées
pour établir des communications de quelques centaines de kilomètres,
en attendant que les procédés de la téléphonie
sans fils aient reçu les perfectionnements qui leur sont nécessaires
pour entrer dans le domaine de la pratique.
La traction monophasée et le téléphone.
Le problème de la traction électrique sur les longues lignes
de chemin de fer parait avoir trouvé une solution pratique. Le
transport a distance de lénergie, qui saccommode mal
du courant continu, a depuis longtemps engagé les ingénieurs
à chercher, dans le courant alternatif seul, un moyen dalimenter
les moteurs de locomotives de grande puissance.
Le courant triphasé a tout dabord été mis à
lessai, mais la présence de trois fils de distribution complique
la construction des lignes et la prise du courant. Le courant monophasé
se présente au contraire avec une simplicité dinstallation
séduisante. Les essais effectués sont très encourageants
et il semble bien que pour le moment un bel avenir soit réservé
à ce mode de traction. Mais dès les premières mises
en service des nouvelles lignes, de grands troubles se sont manifestés
sur les lignes télégraphiques et téléphoniques
voisines. De même quà l'apparition des tramways électriques
à courant continu, les ingénieurs des téléphones
se trouvent en présence dun nouveau problème que leur
science doit sefforcer de résoudre. Il faut
que chemins de fer et téléphones vivent en bonne harmonie
malgré leur voisinage, car il ne peut être question dobliger
lune ou lautre de ces utiles applications de lélectricité
à céder le pas à sa rivale. Interdire lusage
des courants monophasés paraît aussi impossible que denlever
les innombrables fils télégraphiques qui longent les voies
ferrées.
LElektrotechnische Zeitschrift du 21 novembre dernier publie à
ce sujet une étude de M. Marguerre qui est des plus intéressantes.
Il sagit du chemin de fer de Rjukan, en Norvège, qui a déjà
été décrit dans cette Revue et qui est destiné
à desservir une grande fabrique de salpêtre. Deux lignes
sont en service : lune de 16 kilomètres, lautre de
30 kilomètres. Elles sont alimentées par du courant à
16 périodes sous 12 000 volts.
Avant la mise en service, on pensa à protéger les lignes
téléphoniques en les constituant au moyen dun câble
recouvert dune enveloppe de plomb. La cherté de la construction
dune ligne souterraine fit songer à la possibilité
dune ligne aérienne suspendue à un câble dacier.
On dut y renoncer parce que les constructeurs ne garantissaient pas la
durée dun câble sous plomb, suspendu à une âme
dacier, dans une contrée où les vents sont parfois
fort violents. Dailleurs, il ne semblait pas, au moment des études,
quil devait résulter de grands inconvénients de lemploi
des lignes aériennes ordinaires. En effet, les troubles causés
par les dérivations provenant du sol ne pouvaient atteindre que
les lignes à simple fil et seulement celles qui prenaient terre
dans le voisinage de linstallation. Pour ces dernières, il
suffisait de les doubler. Quant aux lignes à double fil, elles
devaient être peu influencées. Tout dabord les sons
de 16 périodes sont peu perceptibles à loreille, mais
même en admettant la présence dharmoniques supérieurs,
léquilibre des deux fils de la ligne téléphonique
devait en rendre les effets négligeables. Dailleurs, on avait
pris la précaution dexiger des fournisseurs des alternateurs
quaucun harmonique ne dépassât 4 % de lamplitude
de londe fondamentale.
Dès la mise en service, des troubles se manifestèrent non
seulement sur les lignes à simple fil, mais aussi sur les lignes
à double fil. Quand aucune locomotive nétait en marche,
on nentendait quun bruit sourd, mais dès quune
machine se mettait en mouvement, le bruit devenait plus aigu et augmentait
rapidement dintensité. Il paraissait dépendre assez
peu de la vitesse du train, ou de sa position sur la ligne. Il nempêchait
pas dailleurs toute conversation. Cependant, quand le temps était
humide, il devenait insupportable.
Pour étudier le phénomène, on prit des relevés
à loscillographe. A vide, on put reconnaître sur la
courbe de tension la présence dun cinquième et dun
septième harmonique, et surtout un harmonique provenant des encoches
qui étaient au nombre dei 8 par pôle. Lamplitude était
de 2 à 3 % et la fréquence de 560 périodes doubles
à la seconde.
Quand une locomotive était en marche, ces harmoniques prenaient
une amplitude beaucoup plus grande, jusquà 17 % de lamplitude
de la période fondamentale. Leur valeur ne paraissait dailleurs
que très peu affectée par la vitesse.
Des oscillogrammes pris sur les lignes téléphoniques donnèrent
des résultats identiques, et il fut ainsi établi que la
cause des troubles constatés résidait uniquement dans les
génératrices. Faisant ensuite débiter une génératrice
sur une simple résistance ohmique, une résistance liquide,
par exemple, on constata que les dentelures dues aux harmoniques nétaient
pas plus accentuées sur les courbes du courant que sur celles de
tension à vide. Si, au contraire, on faisait débiter une
machine sur une résistance inductive, on constatait une augmentation
considérable des dentelures, et encore plus marquée si la
machine débitait sur la ligne.
M. Marguerre montre quil doit bien en être ainsi: à
vide il y a deux sortes de pulsations qui interfèrent entre elles
et qui sont dues à ce quun pôle nembrasse jamais
un nombre égal de dents et d'encoches; en charge, la réaction
dinduit est maximum; quand la charge nest pas inductive, il
ne peut se produire doscillations. Ces dernières prennent
au contraire naissance quand le circuit extérieur est inductif.
Pour supprimer ces perturbations, on ne peut chercher à les atténuer
au moyen de dispositifs placés sur les lignes téléphoniques,
car leur fréquence est justement de lordre des vibrations
téléphoniques. On peut essayer de donner aux lignes téléphoniques
une symétrie parfaite, en employant des isolateurs pour haute tension
et aussi des transformateurs; mais il est bien difficile déviter
tous les défauts disolements et en particulier ceux qui proviennent
de causes accidentelles, comme le voisinage dune branche darbre,
etc.
Il a paru, au contraire, possible de disposer aux bornes des machines
un circuit résonnant ayant pour période celle des perturbations
à supprimer; on peut espérer ainsi que la ligne dénergie
sera court-circuitée pour les courants de cette fréquence,
et que ces derniers ne pourront sy manifester.
Il convient dailleurs de remarquer que, pour la constitution du
circuit résonnant, la self-induction de la machine nintervient
pas, puisque la tension correspondante doit être nulle aux bornes.
Après quelques essais, oni adopta une capacité de 0,2 microfarad
et une self de 0,40 henry, ce qui correspond à une fréquence
de 568. Les oscillogrammes montrèrent que les dentelures avaient
été considérablement diminuées quand les génératrices
débitaient sur la ligne, et lexpérience confirma que
les bruits dans les téléphones avaient été
réduits dune façon très sensible.
En résumé, létude de M. Marguerre, en dehors
de toute considération théorique, établit au moyen
des oscillogrammes que lorigine dharmoniques de même
ordre que les sons de la voix humaine provient des génératrices,
que lamplitude de ces harmoniques est considérablement augmentée
lors du débit des machines sur des circuits inductifs, et quenfin
on peut, au moyen d'un shunt placé aux bornes des machines et en
résonance
sur la fréquence de ces harmoniques, en atténuer considérablement
la valeur, et en envisagées pour faire diminuer sensiblement les
effets nuisibles sur les lignes téléphoniques.
Cette question prend pour le moment une grande importance, On a constaté
aussi en France des troubles très sérieux au voisinage des
lignes de traction monophasée, dans les Alpes-Maritimes en particulier,
le long du tramway de la Vésubie alimenté sous 6600 volts
à 25 périodes. Il en a été de même aux
essais effectués par la Compagnie P. L. M. sur la ligne de Cannes
à Grasse et par le Midi sur celle de Perpignan à Villefranche.
Dans une communication à la Société des Electriciens
du mois de juin 1912,
M. Girousse a exposé la nature des perturbations qui ont été
constatées sur les fils voisins de la ligne de traction. Les unes
sont dues aux dérivations provenant des prises de terre, les autres
dun effet dinduction électromagnétique. Ce dernier
rend impossible le fonctionnement des lignes à simple fil. Les
lignes à double fil, fréquemment croisées, sont à
labri des effets dinduction, tant que lisolement des
lignes est satisfaisant. Elles deviennent impraticables dès quun
défaut se déclare.
En dehors des effets électromagnétiques, on constate des
effets électrostatiques qui peuvent présenter un certain
danger. Le circuit Nice-Saint-Martin de la Vésubie qui est à
une distance moyenne de 4 kilomètres de la ligne de traction, est
porté au potentiel denviron 80 volts; celui de la Compagnie
des chemins de fer du Sud qui est sur les mêmes appuis que le fil
de trolley est porté à 1 200 volts. Les lignes influencées,
portées à ces hautes tensions, deviennent aussi dangereuses
que des lignes dénergie, plus dangereuses même, car
rien navertit quelles ne doivent plus être considérées
comme inoffensives.
Pour les lignes à double fil, il parait relativement facile de
les protéger. Des croisements anti-inducteurs fréquents,
des isolateurs à grande ligne de fuite paraissent devoir suffire
pour permettre léchange régulier des transmissions
télégraphiques ou téléphoniques. Leffet
des charges électrostatiques pourra être éliminé
par des bobines à self convenablement calculée, en dérivation
sur la ligne et permettant à ces charges de sécouler
au sol ; pour les postes téléphoniques, leur liaison avec
les lignes pourra se faire au moyen de transformateurs à haut isolement.
Les lignes elles-mêmes devront être considérées
comme des lignes à haute tension, au point de vue des mesures de
sécurité à prendre dans leur voisinage et les ouvriers
devront avoir soin de les mettre en communication avec le sol, quand ils
auront à travailler sur elles.
Pour les lignes à simple fil, M. Girousse a trouvé le moyen
dassurer leur fonctionnement régulier, malgré les
courants intenses qui les parcourent, et dont la fréquence, égale
à celle des courants de traction, fait vibrer dune façon
continue les armatures des récepteurs. Nous rappellerons que son
procédé consiste à prendre des récepteurs
à deux enroulements égaux, lun étant monté
en série avec une self et une capacité, lautre avec
une résistance. Les deux enroulements sont montés en différentiel;
le courant alternatif sy partage en deux courants égaux de
même phase, et qui par conséquent sannulent; le courant
continu ne passe quà travers un enroulement et fait fonctionner
le récepteur. Ce dispositif a donné en service de bons résultats,
et des appareils de ce modèle sont actuellement en usage dans les
Alpes-Maritimes.
En somme, il semble bien que le problème soit tout près
de recevoir une solution satisfaisante. Les lignes à courant faible
peuvent être mises à labri de perturbations. La génération
du courant monophasé peut, d'autre part, être améliorée
par lemploi de shunts résonnants. Mais on peut encore faire
mieux.
Le shunt résonnante supprime que les harmoniques supérieurs,
ceux qui sont gênants pour la téléphonie. Mais on
ne peut éviter linduction causée par la période
fondamentale elle-même, qui cause des troubles fort importants sur
les appareils télégraphiques.
Ces troubles se manifestent surtout quand la ligne débite, cest-à-dire
quand les trains circulent. Comme, dautre part, ils sont proportionnels
à la longueur du parallélisme entre fils de trolley et lignes
télégraphiques, il semble quun bon moyen de les atténuer
consisterait, ainsi que la fait déjà remarquer M.
Girousse, à sectionner la ligne de traction en plusieurs tronçons,
de longueur réduite, qui seraient alimentés chacun séparément.
De cette façon les parties agissantes du fil du trolley seraient
beaucoup plus courtes.
Lemploi de ce procédé paraît a priori devoir
être très efficace, et il nest pas à douter
que les Compagnies de traction consentiront à en faire lessai.
Continuant son étude de Telégraphie et de
Téléphonie, M. Devaux Charbonnel entre aujourdhui
dans des détails techniques peu connus relatifs à la téléphonie
sous-marine. Alors quen 1909, la mise en service dun câble
sous-marin de 80 kilomètres de longueur (Paris-Londres) offrait
encore les difficultés les plus sérieuses pour les communications
téléphoniques, il est possible à lheure actuelle
de correspondre à 600 kilomètres entre des villes séparées
par la mer. Ces chiffres sont assez éloquents par eux-mêmes,
pour quil soit inutile dinsister sur limportance des
progrès réalisés. dans ces dernières années
en matière de téléphonie sous-marine. Sans doute,
on est loin encore de pouvoir téléphoner comme on peut télégraphier;
il existe des câbles de 6000 kilomètres de longueur et les
relais permettent daccroître encore la distance à laquelle
la communication est possible.
L'infériorité de la téléphonie sur la télégraphie
tient, à deux causes principales.: 1° la mise en jeu par le
transmetteur téléphonique d'une énergie dun
ordre de grandeur infime ; 2° la dissipation de la majeure partie
de cette énergie par les phénomènes de propagation
du courant sur la ligne. C'est seulement, comme l'a fait remarquer, autrefois
M. Devaux Charbonnel, grâce à la merveilleuse sensibilité
du récepteur que la téléphonie à distance
est réalisable. Dans son exposé daujourdhui,
notre collaborateur démontre la possibilité, au point de,
vue électrique, demployer des lignes à simple fil
pour la téléphonie sous-marine, en mer profonde, ce qui
présente un très grand avantage, puisque aucun câble
à plusieurs conducteurs na pu jusquici être posé
dans des fonds moyens (2 500 mètres) ...
A l'heure actuelle, le câble sous-marin parait être le seul
moyen pratique détablir une communication téléphonique,
là où la mer sépare les deux points à relier.
La téléphonie sans fil, en effet, napporte pas encore
une solution satisfaisante du problème. Le microphone convenable
nest pas trouvé,
lénergie utilisable est trop réduite pour que la portée
puisse dépasser une centaine de kilomètres. De plus les
procédés mis en uvre sadaptent mal aux conditions
ordinaires dans lesquelles le public est habitué à se servir
du téléphone. Pour toutes ces raisons il devient nécessaire
de chercher autre part le moyen de créer des communications téléphoniques,
et il semble bien que le câble sous-marin soit lintermédiaire
auquel nous sommes réduits à songer.
Nous avons montré, dans un précédent article ce quon
avait fait jusquici dans cette voie. Les câbles nouvellement
mis en service entre la France et lAngleterre, entre lAngleterre
et la Belgique, fonctionnent dune manière très satisfaisante;
mais leur affaiblissement kilométrique, bien que très inférieur
à ceux des câbles dancien modèle, est encore
un peu élevé; il atteint 0,01. Si lon remarque que
les villes à relier sont généralement éloignées
des points datterrissage, il convient de ne consentir à la
ligne sous-marine quun affaiblissement réduit, bien au-dessous
de la limite acceptable pour la téléphonie ordinaire. En
général, on admet pour les lignes interurbaines un affaiblissement
total de 3,5, afin de permettre dassurer une bonne audition, malgré
les pertes inévitables des bureaux, des lignes auxiliaires et des
lignes dabonnés. Pour tenir compte des liaisons aériennes
supplémentaires qui viendront sajouter à la ligne
sous-marine, il parait prudent de ne pas donner à cette dernière
un affaiblissement supérieur à 2.
Dans ces conditions, les câbles qui ont été posés
jusquici ne permettent pas de franchir une distance supérieure
à 200 kilomètres.
Nous avons montré quon pouvait espérer beaucoup mieux.
Il est en effet possible, en employant des quantités de cuivre
et de gutta qui ne dépassent pas celles des modèles télégraphiques,
dobtenir un affaiblisse ment kilométrique de 6X 103,
ce qui doublerait presque la distance franchissable.
Avec de la gutta spéciale, ayant une valeur plus élevée
pour lisolement en courant alternatif, on peut même atteindre
un coefficient de 3,5 X 105, cest-à-dire une distance franchissable
de 600 kilomètres.
Ce résultat est assez satisfaisant et il en courage à étudier
la question de plus près.
Dans quelles conditions peut-on réaliser de pareils câbles,
tout en restant dans des limites acceptables de prix, et en prenant toutes
précautions pour que les opérations de pose et dentretien
ultérieur puissent seffectuer sans difficulté ?
Quand il sagit détablir un câble dune certaine
longueur, il faut sattendre en général à rencontrer
de grandes profondeurs dans la mer. Ainsi la distance de la France à
la Corse est inférieure à 200 kilomètres, et cependant
les fonds sont supérieurs à 2500 mètres. Or, les
communications téléphoniques sont constituées au
double fil, et jusquà présent, il na pas été
établi de câbles sous-marins de mer profonde à plusieurs
conducteurs. En effet, le câble à deux conducteurs ne présente
pas un toron symétrique, surtout pour des âmes un peu grosses.
La fabrication doit être particulière ment soignée,
et malgré cela, il est toujours à craindre que des déformations
ou des écrasements se produisent au moment des opérations
de pose, lors du passage sur les tambours dimmersion, ou sous leffort
des tractions auxquelles est soumis le câble, à lextérieur
du navire. Un câble à quatre conducteurs, cest-à-dire
à deux circuits téléphoniques, ne présente
pas ces inconvénients, car il est symétrique ; mais il a
dautres défauts. Il est forcément très lourd.
Il ne paraît pas possible darriver à lui donner, dans
leau, un poids inférieur à 2 kilogrammes par mètre.
Dans des fonds moyens de 2 500 mètres, la tension, à la
pose, sera voisine de 5 tonnes. Les machines de pose ne sont pas construites
pour résister à une tension aussi élevée.
En fait, les difficultés ont paru assez sérieuses, car aucun
câble à plusieurs conducteurs na jusquici été
posé.
On est donc naturellement conduit à songer au câble à
un seul conducteur. Cette solution offre un grand avantage au point de
vue économique, car les âmes sont chères; elles valent
de 2 000 à 3 000 francs le kilomètre. Mais il faut examiner
si en dehors des exigences mécaniques et économiques, les
conditions électriques seront satisfaisantes.
On doit tout dabord songer aux inconvénients du retour par
la terre pour les lignes téléphoniques, mais en considérant
qu'on peut choisir pour points datterrissement des régions
à labri des perturbations ordinaires, ou bien établir
un fil de retour de quelques kilomètres allant prendre contact
en mer avec le sol, on entrevoit immédiatement un moyen commode
et pratique de se protéger contre les phénomènes
de dérivation par la terre.
Mais il est deux autres questions qui paraissent plus difficiles à
résoudre. Les câbles téléphoniques devront,
ainsi que nous lavons montré, avoir un conducteur de cuivre
de gros diamètre; il en résultera que leur caractéristique
sera faible. Pour les câbles à un conducteur, la caractéristique
est environ la moitié de celle des lignes de même spécification
à double fil. D'importantes réflexions sont à craindre
aux points de raccordement avec les lignes aériennes ; la ligne
à simple fil ne sera acceptable que si on trouve le moyen den
atténuer les effets.
Enfin les lignes à simple fil sont le siège de phénomènes
particuliers. Un courant alternatif développe autour delles
un champ magnétique assez étendu. Des courants sont induits
dans les masses métalliques voisines.
La résistance apparente est augmentée, souvent dans des
proportions considérables, et la self-induction au contraire diminuée,
car les courants induits étant décalés par rapport
au courant inducteur, le champ magnétique est amoindri. Tous ces
phénomènes contri buent à augmenter laffaiblissement
de la ligne. En effet, considérons une ligne à double fil;
l'affaiblissement kilométrique a pour valeur sensiblement

Pour une même spécification, la résistance et la self
du simple fil devraient être sensiblement la moitié de R
et de L, et la capacité environ le double de C, de sorte que béta
devrait avoir la même valeur. Laugmentation de R et la diminution
de L, dont nous venons de parler, agissent au contraire dans le même
sens pour augmenter béta.
Nous allons successivement passer en revue ces deux questions de laffaiblissement
et de la caractéristique et voir quel rôle chacun de ces
facteurs joue dans les transmissions par câble sous-marin.
1. Résistance et affaiblissement des lignes à
simple fil.
La question des lignes unifilaires a déjà depuis plusieurs
années attiré notre attention.
Il ne semble pas impossible, a priori, de se mettre à labri
des perturbations dues à linduction des lignes voisines et
aux courants parasites de terre, et comme le prix dun simple fil
est moitié de celui des lignes bifilaires, ainsi que son encombrement
sur les appuis, il nous avait paru intéressant dexpérimenter
leurs qualités électriques. Malheureusement lexpérience
navait pas été favorable.
Ayant opéré sur une nappe aérienne très chargée
de fils, voici les résultats que nous avions obtenus pour des fils
de différents diamètres, par kilomètre (tableau I)

On voit que les résultats dépendent de la fréquence
; mais ce qui est très frappant, cest que pour la fréquence
1 000, qui est voisine de celle des sons de la voix, les constantes électriques
diffèrent peu, quel que soit le diamètre des fils. Ce fait
na rien de surprenant quand il sagit de la self-induction
et de la capacité, car il se présente avec les lignes à
double fil. Mais la résistance varie très peu avec le diamètre
du fil, elle se trouve même supérieure pour le fil de 5 millimètres
à celle du fil de 4 millimètres. On peut sexpliquer
ces résultats, bizarres à première vue, en considérant
que la résistance mesurée est une résistance effective
qui est proportionnelle à lénergie fournie au conducteur
par la pile. Cette énergie représente ici non seulement
lénergie dépensée par effet Joule dans le conducteur,
mais celle qui est consommée dans tous les conducteurs voisins
par induction. Comme la nappe de ces derniers est assez dense, celle énergie,
à peu près la même quel que soit le conducteur expérimenté,
se trouve supérieure à celle consommée dans le conducteur
seul. La résistance mesurée dépend donc surtout des
effets parasites et naugmente que légèrement avec
la résistance propre du conducteur. A une fréquence plus
basse, le phénomène est un peu moins sensible.
Quant à la self-induction, elle est diminuée dune
manière générale, mais surtout pour les fréquences
élevées.
Il résulte de là que sur des lignes chargées, et
aujourd'hui cest un cas assez général, les lignes
unifilaires ont au point de vue téléphonique des qualités
qui varient peu avec leur diamètre. Il conviendrait donc de nemployer
que des diamètres assez faibles. En ne considérant que le
fil de 3 millimètres, sa résistance est encore plus du double
de celle de la ligne bifilaire; elle serait donc inférieure à
une ligne bifilaire de longueur double, elle ne présenterait finalement
aucun avantage économique.
Nous avions à la même époque, par curiosité,
expérimenté également sur les lignes souterraines
isolées au papier. Là encore, nous avions constaté
une augmentation considérable de la résistance, mais pourtant
moindre que sur les lignes aériennes.
Les quelques chiffres du tableau II le montrent.

La résistance, ici encore, est fortement augmentée; elle
est plus que doublée, mais à linverse des lignes aériennes,
les fils de gros diamètres restent beaucoup moins résistants
que ceux des diamètres plus faibles. Cest quici, en
effet, les câbles sont de même modèle et comportent
le même nombre de conducteurs; mais, dans les gros câbles,
les conducteurs sont plus éloignés les uns des autres et
les phénomènes d'induction sont analogues. Lénergie
supplémentaire, consommée par induction dans les câbles
de diamètre plus fort, devrait être plus grande parce que
le conducteur influencé est moins résistant, mais, d'autre
part, elle doit être moins grande parce que la distance de linducteur
est augmentée.
Finalement elle se trouve à peu près égale, pour
1000 périodes, à celle qui est consommée dans le
conducteur principal, de sorte que la résistance effective est
le double de la résistance ohmique.
Il est dailleurs facile de voir que laugmentation de la résistance
effective dépend bien du nombre des conducteurs voisins.
Voici par exemple les résultats obtenus avec des câbles renfermant
des fils de 1 millimètre, mais ayant des nombres de conducteurs
différents (tableau III) :

On voit bien que la résistance effective sera d'autant plus augmentée,
quil y aura dans le voisinage plus de conducteurs dans lesquels
pourront être induits des courants.
Enfin nous avions aussi opéré sur des câbles souterrains
isolés à la gutta et à la paraffine. Voici les résultats
obtenus sur des câbles à 7 conducteurs (tableau IV):

En résumé, les recherches que nous avions faites jusquà
présent et qui avaient porté sur des lignes aériennes
et des lignes souterraines, nous avaient montré quil était
prudent de sattendre à une augmentation notable de la résistance
des lignes à simple fil. Cet accroissement dépendait de
la nature des lignes. Il était moins considérable avec les
lignes souterraines quavec les lignes aériennes, mais il
dépendait toujours de la nature des masses métalliques au
voisinage du conducteur, et de leur distance. Pour avoir une idée
de la valeur de l'accroissement de résistance quil y avait
lieu de prévoir pour des câbles sous-marins, il nous parut
indispensable de faire quelques expériences. Nous procédames
pour cela à des mesures sur le câble franco-anglais de 1912
qui renferme quatre âmes de même spécification : conducteur
de cuivre de 3,3 millimètres de diamètre, recouvert dun
fil de fer de o,3 millimètre enroulé en spires jointives,
et isolé par une épaisseur de 3,25 millimètres de
guttapercha.
Voici les valeurs des constantes électriques pour 1 000 périodes,
pour la ligne à simple et à double fil (tableau V)

Ces chiffres montrent que, pour ce modèle de câble, la self
en simple fil est plus grande que la moitié de la self en double
fil, et que la capacité nest pas tout à fait doublée.
Daprès une remarque que nous avons déjà faite,
le coefficient serait donc le même que pour le double fil, et même
un peu moindre, si la résistance était moitié. Cette
condition nest pas remplie, puisque la valeur 2,98 est supérieure
de 30 % à celle quelle devrait avoir, 2,30. Il en résulte
que le coefficient daffaiblissement est de 1,2 X 10-2 au lieu de
1,0 X 10-3, cest-à-dire supérieur de 20 %.
Des expériences qui ont été faites par le Post-Office
ont donné des résultats analogues ; elles ont montré
que la résistance dun câble à simple fil du
modèle ordinaire, à faible self-induction, augmentait pour
une fréquence de 1 000 de 20 % environ. Mais pour le coefficient
daffaiblissement, les
valeurs relativement avantageuses de la self et de la capacité
corrigent cet effet, et ce coefficient nest pas sensiblement augmenté.
Noublions pas que nous avons surtout à envisager le cas de
câbles à forte self-induction.
Si le câble ne renferme quun conducteur, il ny aura
pas dans le voisinage de lâme, dautres masses de cuivre
conductrices, comme dans le cas des câbles multiples ; mais les
fils de larmure seront plus rapprochés. Il sera donc prudent
de compter sur laugmentation de laffaiblissement que nous
a révélé lexpérience, et nous serons
ainsi conduits à choisir, au moins pour les premières études
à faire, un conducteur tel que son affaiblissement calculé
indépendamment du voisinage des fils de larmure soit de 20
% inférieur au coefficient limite que la longueur du câble
nous oblige dadopter.
Ayant ainsi reconnu la possibilité, sous réserve de quelques
précautions à prendre, demployer pour la téléphonie
sous-marine des lignes à simple fil, il reste à examiner
les conditions dans lesquelles ces lignes pour ront être raccordées
aux lignes aériennes.
Ceci nous amène à examiner en détail la question
des réflexions téléphoniques, entre lignes de spécification
différentes.
Dans sa dernière chronique de Télégraphie et Téléphonie,
M. Devaux Charbonnel avait commencé à exposer le côté
technique du problème si délicat de la téléphonie
sous-marine, en étudiant le rôle de laffaiblissement.
Aujourdhui il aborde la question des réflexions téléphoniques.
Pour donner une idée nette de ces phénomènes sans
recourir à des équations compliquées, lauteur
se borne à examiner deux cas particuliers, celui de lignes très
longues et celui de lignes très courtes. Il montre comment on peut
calculer dune façon simple la valeur de laccroisse
ment daffaiblissement dû aux phénomènes de réflexion
dans un câble; il prouve quon
trouve avantage, dans le cas des lignes très longues, à
donner aux lignes quon veut relier entre elles les mêmes caractéristiques;
puis il discute le rôle du transformateur téléphonique,
dont lemploi ne peut être avantageux que si les caractéristiques
des lignes à réunir sont assez différentes. M. Devaux
Charbonnel termine sa remarquable étude par une série de
conclusions pratiques qui pourront servir de guide pour le choix des types
de câbles à employer, selon les circonstances particulières,
dans la télégraphie sous-marine. Nous engageons le lecteurs
qui voudront bien saisir la portée technique de cette étude
à se reporter aux considérations que M. Devaux Charbonnel
a exposées dans la Lumière Électrique en 1909. ...
...
En somme, on est en état dès maintenant détablir
des câbles sous-marins ayant de bonnes qualités téléphoniques,
pouvant être constitués à simple fil, et par conséquent
ne présentant aucune difficulté particulière de pose
ou dentretien ultérieur. Sans donner aux conducteurs une
spécification plus coûteuse que celle des câbles télégraphiques
déjà posés, on pourra relier entre eux deux points
distants de 400 kilomètres dans tous les cas, quelle que soit la
profondeur des mers rencontrées. Si les circonstances sont favorables,
si les fonds sont bons et ne dépassent pas quelques centaines de
mètres, on pourra employer sans crainte la pupinisation et atteindre
une distance franchissable de 60o kilomètres, tout en assurant
une liaison téléphonique satisfaisante entre des points
éloignés de quelques centaines de kilomètres des
points datterrissement.
On voit par ces résultats que le problème de la téléphonie
sous-marine a dès maintenant une solution très intéressante.
Encore insuffisante pour relier entre eux des continents, elle dispose
de moyens capables de réunir a ces continents les îles voisines.
Cest un acheminement vers un résultat plus par fait que les
prodiges réalisés chaque jour par la technique nous laissent
lespoir d'atteindre dans un avenir rapproché.
Deux conférences internationales ont en 1912 jalonné la
marche au progrès de la télégraphie sans fil : la
Conférence Radiotélégraphique de Londres (juin 1912)
et la Conférence de lHeure (Paris, octobre 1912).
Le texte des conventions arrêtées par ces assemblées
est maintenant connu. Sans nous arrêter à examiner des détails
qui ne présentent dintérêt véritable
que pour les spécialistes, nous nous proposons de mettre en évidence
dans les nouveaux règlements un peu touffus les points essentiels
des accords internationaux qui ont été réalisés.....
(consultez La Lumière Electrique pour les détails)
En conclusion : Trop modeste pour les audacieux, trop hardie pour les
autres, elle semble par cela même se trouver bien proportionnée.
En montrant si elle est féconde, l'avenir indiquera en même
temps à la Conférence qui, en 1917, se réunira à
Washington, quels nouveaux vêtements, quelle nouvelle discipline,
il faudra donner à cet enfant prodige quest la T. S. F.,
enfant trop turbulent encore, et dont la prochaine Conférence célébrera
peut-être enfin lassagissement... en même temps que
la majorité. La tâche sera lourde si la jeune sur de
la T. S. F., la téléphonie sans fil, termine à cette
époque son apprentissage.
...
S'appuyant sur les travaux de Willoughby Smith et de Sir William
Thomson, Hughes chercha à détecter les variations de
résistance d'un fil conducteur sous l'effet du son. Il découvrit
que ces variations n'apparaissaient que lorsque son fil d'essai tendu
se rompait et lorsqu'il mettait ses extrémités en contact.
Il constata qu'une pression légère mais constante était
la seule condition essentielle et, dans cette expérience, il utilisa
des aiguilles d'acier en contact avec des blocs de carbone. Hughes ne
breveta pas ses découvertes, ce qui permit à des inventeurs
ultérieurs de les exploiter sans le mentionner.
...
Avril 1913 Lessai à Paris dun dispositif permettant
à un bureau téléphonique de recevoir les communications
destinées à des abonnés absents na pas été
apprécié autant qu'on aurait pu le supposer par les quelques
abonnés du bureau de Wagram qui ont été appelés
à en bénéficier depuis quelques mois. Au point de
vue technique, cet essai a donné dexcellents résultats,
mais on a pu constater pratiquement que les abonnés qui ont été
appelés à en bénéficier n'ont guère
fait usage de la nouvelle commodité qui leur était offerte.
Il serait regrettable à notre avis que lAdministration se
laissât arrêter par cette indifférence ; aussi souhaitons-nous
que les mêmes essais soient poursuivis avec dautres abonnés
qui mettront vraisemblablement à profit la nouvelle commodité
mise à leur disposition.
Que de fois, quand on rentre à son domicile ou à son bureau,
regrette-t-on de ne pouvoir être mis au courant des communications
que labsence a empêché de recevoir !.
Le système téléphonique semi-automatique Rotary
de McBerty, ayant donné à
Anvers de très bons résultats, le ministre des Postes
et des Télégraphes a décidé, comme on le sait
de le mettre à lessai à Marseille et à
Angers. Les installations devront être achevées au
mois de juillet prochain: à Angers, où il y a 1400 abonnés,
léquipement sera disposé de manière à
pouvoir en desservir 3 000, et à Marseille qui en compte 7 500,
on prévoit un maximum de 20 000 lignes dabonnés, ce
qui correspond au tiers seulement dun multiple téléphonique
récemment construit par une Compagnie suédoise . Daprès
la convention intervenue entre lEtat et linventeur, le service
semi-automatique devra pouvoir fonctionner à plein rendement dès
le mois de janvier prochain.
Lavantage du système Mc.Berty est de pouvoir aisément
se transformer en un système complètement automatique.
Linventeur ne sera indemnisé quau bout de six mois
de bon fonctionnement de ses appareils.
Comme le Gouvernement ne concède pas de monopole, il a été
stipulé dans le contrat passé par lAdministration
que tous les constructeurs français dappareils téléphoniques
auront le droit de construire les appareils du type Mc. Berty.
Dautres essais officiels sont faits actuellement à Nice
et à Orléans avec le système Strowger.
Il est à présumer, daprès les résultats
probants obtenus à létranger, que lexpérience
viendra confirmer et réaliser les espérances que lautomatique,
absolu ou mitigé, fait naître en France.
...
M. BÉLA GATI expose ses vues sur l'amélioration des communications
téléphoniques sous-marines au moyen de dérivations
inductives.
Il montre, avec exemple à l'appui, qu'il convient de donner aux
bobines de self-induction une résistance ohmique très faible,
de 0,1 à 100 ohms ;
il montre, en outre, que les câbles shuntés sont peu sensibles
aux variations accidentelles de lisolation et que les câbles
téléphoniques sous-marins à grande distance devraient
être à simple fil krarupisé, ce qui constituerait
évidemment la solution la plus économique.
Si ces calculs sont confirmés par l'expérience, il ne serait
probablement pas impossible, étant donnés les oscillogrammes
que l'auteur nous a communiqués, qu'on puisse avec son système,
téléphoner sûrement de Tunis à Marseille, par
la Sardaigne, la Corse et Nice, au moyen d'un câble à simple
fil....
...
Arrive l'Installation dun commutateur semi-automatique à
Marseille par l'administration des Postes, des Télégraphes
et des Téléphones.
On sait que dans le système automatique labonné en
manuvrant un dispositif spécial placé auprès
de son appareil se met lui-même en relations avec un abonné
quelconque de son réseau.
Dans le système semi-automatique, labonné qui veut
obtenir une communication décroche son téléphone.
Ce mouvement le met en relations avec une employée disponible du
bureau central. L'opératrice reçoit le numéro de
labonné demandé et établit la communication
en abaissant, sur un appareil placé devant elle, les touches qui
correspondent à ce numéro. L'appel de labonné
demandé et, après la conversation, la rupture des connexions
seffectuent automatiquement.
Des installations semi-automatiques fonctionnent à Ashtabula et
à Warren (Ohio) et, en Europe, à Amsterdam. Dautres
sont en construction à Pozen, Liegnitz, Dresde et Leipzig. La Bell
Telephonc Company qui exploite les brevets de ce système a des
commandes pour un central à Londres et un à Zurich.
Daprès lAdministration, les systèmes semi-automatiques
offrent sur le système entièrement automatique lavantage
d'une plus grande simplicité de l'installation du poste dabonné
et permettent de confier les manuvres du mécanisme à
un personnel plus exercé que ne le sont les abonnés.
Le système prévu a cet avantage tout spécial que
chaque poste dabonné sera, isolément et à un
moment quelconque, transformable à lautomatique pur.
Les expériences des deux systèmes automatique et semi-automatique
que ladministration poursuit, pour le premier, à Nice et
Orléans; pour le second, à Marseille et à Angers,
permettront de préciser leurs avantages relatifs en ce qui concerne
les frais de premier établissement, dexploitation et dentretien
et surtout la qualité du service.
Le multiple actuel de Marseille est insuffisant et il aurait été
nécessaire dengager pour son extension une dépense
de 234 000 francs. Le service, dailleurs, naurait jamais été
assuré dans les conditions quune ville aussi importante est
en droit dexiger aujourdhui. Le meuble est en effet dun
type ancien ne seprêtant pas à l'installation de la batterie
centrale; son remplacement se serait imposé à bref délai.
Le choix du réseau de Marseille pour un essai en grand du système
semi-automatique est donc justifié. Daprès les renseignements
insérés au rapport supplémentaire de M. Chéron
sur le budget général de lexercice 1913, le projet
étudié par ladministra tion engage une dépense
de 1702 500 francs .
...
Dans les réseaux de Dijon et de Limoges, où il peut être
contracté des abonnements téléphoniques sous le régime
des conversations taxées, linstallation de compteurs automatiques
de conversations entraînera la suppression de la tenue des procès-verbaux
sur les groupes urbains. Le travail des téléphonistes sera,
par suite, simplifié et moins fatigant. Il sera donc possible de
confier à une opératrice un plus grand nombre dabonnés.
En ce qui concerne Toulouse, Bordeaux et Lille où, dans la situation
actuelle, les abonnements au téléphone ne peuvent être
contractés que sous le régime forfaitaire, lAdministration
se propose de placer des compteurs pour préparer lapplication
du régime des abonnements à conversations taxées.
Cette installation, nécessaire de toutes façons, a lavantage,
si elle est faite à lavance, de permettre létablissement
de statistiques rigoureuses susceptibles de fournir à lAdministration
les indications les plus précieuses pour la fixation des bases
du nouveau régime.
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1914 La France entre en guerre contre l'Allemagne ...
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