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INTRODUCTION
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Jusqu'à 1890. - Cette période
comprend toute la série des tentatives et la transformation
incessante des méthodes techniques par lesquelles dès
la première connaissance des phénomènes électriques
il a été possible de fixer les grandes lignes de ce
qui deviendra plus tard la l'industrie électrique moderne.
Il est particulièrement important de suivre les phases de
cette évolution pour comprendre pour quelles raisons la technique
définitive s'est établie sur certains préceptes
plutôt que sur certains autres, quelles sont les difficultés
rencontrées, quelles sont les raisons des nombreuses tentatives.
Le principe d'un télégraphe électrique fut
décrit dès 1753 par un mystérieux « C.M.
» dans une lettre au Scots Magazine'.
L'identité de l'auteur n'a jamais été complètement
établie. Certaines sources affirment que les initiales sont
celles d'un certain Charles Marshall de Renfrew (la lettre a été
postée de Renfrew). D'autres affirment que l'auteur était
un certain Charles Morrison de Greenock. La lettre décrit
un télégraphe électrique doté de plusieurs
fils parallèles : un pour chaque code, ou caractère,
à transmettre. De petites boules de moelle étaient
placées près du récepteur, près des
bornes de chaque fil. L'émetteur pouvait placer une charge
d'électricité statique sur l'un des fils (en déchargeant
une bouteille de Leyde) et provoquer le déplacement de la
boule de moelle correspondante au niveau du récepteur.
Les premières réalisations .
- Alors qu'avant 1800 et Alessandro Volta les expériences
électriques formaient un objet de pure curiosité,
après la découverte des piles et du courant électrique
les physiciens virent la possibilité de s'en servir pour
des résultats d'intérêt pratique et travaillèrent
à fond sur cet objet.
Sir Humphry Davy a réussi en 1807 avec le courant électrique
à obtenir du potassium et du sodium libres à partir
d'alcalis et à effectuer un grand nombre de décompositions
qui ont ouvert la voie à l'électrochimie. JFD Arago
en 1820 et dans les années suivantes montra que le fer
pouvait être magnétisé par le courant électrique,
il fit des expériences d'électromagnétisme
et construisit des appareils qui constituèrent le germe d'applications
importantes.
L. Nobili en 1825 a inventé le galvanomètre
astatique, qui a été le premier appareil de mesure
adapté à la technique et à l'origine de l'industrie
de la mesure électrique ; plus tard, il a construit le premier
modèle de moteur électrique, qui est resté
oublié et dont l'original est conservé au Musée
Scientifique de Florence.
Le premier des générateurs aptes aux applications
fut la cellule à deux liquides, avec dépolarisation
au sulfate de cuivre, inventée par JF Daniell
en 1836.
...
La télégraphie fut la première industrie électrotechnique,
et mobilisa bientôt beaucoup de capitaux, avant que toute
autre application de l'électricité ne devînt
industrielle. avec une seule ligne, et diverses applications ont
suivi .
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| Définition du terme "Télécommunications"
Le terme télécommunications n'a été
défini officiellement, pour la première fois, qu'à
la conférence internationale de Madrid en 1932.
En fait, jusqu'à cette date, il existait deux entités
juridiques différentes, la Conférence internationale
télégraphique, d'une part (la plus ancienne : elle
avait été créée en 1865 à Paris)
et la Conférence internationale radiotélégraphique
(dont la première réunion s'était tenue à
Berlin en 1906).
En 1932, ces deux conférences se réunirent à
nouveau, mais ensemble, à Madrid. La langue française,
qui demeurait encore la seule langue officielle, fut utilisée
pendant toute la conférence et pour la rédaction des
actes finals. Il fallut d'abord trouver un nom pour la nouvelle
organisation. Après discussions et échanges de vue,
on s'entendit finalement sur l'appellation Union
Internationale des Télécommunications (UIT).
Quant au terme même de télécommunication il
a été défini à la conférence
de Madrid de la façon suivante :
« Toute communication télégraphique
ou téléphonique de signes, de signaux, d'écrits
et de sons de toute nature, par fil par radio ou autres systèmes
ou procédés de signalisation électriques ou
visuels (sémaphores) ».
La conférence de Madrid, qui fut la dernière
conférence de plénipotentiaires avant la Seconde Guerre
mondiale, marque la fin d'une époque, c'est-à-dire
celle d'une période d'une cinquantaine d'années qui
avait vu le développement du télégraphe, l'avènement
et l'expansion prodigieuse du téléphone, puis l'apparition
des radiocommunications.
C'est en 1947, à Atlantic City, aux États-Unis,
que se tint la première grande conférence internationale
de l'après-guerre.
De multiples problèmes y furent abordés et étudiés,
tant techniques qu'administratifs ou politiques.
Les relations entre l'Organisation des Nations Unies et l'Union
internationale des télécommunications furent précisées
et, après bien des discussions, l'ONU donna son accord pour
que l'UIT soit reconnue comme « l'institution spécialisée
» en matière de télécommunications.
Une nouvelle définition du mot télécommunication
fut adoptée tu cours de la Conférence d'Atlantic City.
Cette version, qui n'est pas fondamentalement très différente
de la première, constitue la définition officielle
actuelle.
« On entend par télécommunication
toute transmission, émission ou réception de signes,
de signaux, d'écrits, d'images, de sons ou de renseignements
de toute nature par fil, radioélectricité, optique
ou autres systèmes électromagnétiques ».
Peu après 1830, une nouvelle compréhension
de l'induction électromagnétique fut apportée
grâce aux travaux de Michael Faraday en Angleterre et de Joseph
Henry aux États-Unis.
Le contenu d'une télécommunication
peut donc être pratiquement de n'importe quelle nature, mais
le moyen de transmission doit être de type électromagnétique,
ce qui est d'ailleurs très vaste, puisque l'on sait, depuis
Maxwell, que les ondes électromagnétiques englobent
l'électricité et l'optique. Une transmission par voie
acoustique n'est donc pas, à proprement parier, une télécommunication.
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COMMUNIQUER
Avant
le téléphone magnétique
Aussi loin que l'histoire nous permette de remonter le cours des
temps, l'homme a essayé de communiquer par les moyens dont
il disposait, essentiellement, la vue et l'ouïe. Les dieux
eux-mêmes, avaient un messager, Hermès ou Mercure,
qui, avec ses ailes sur le dos et aux talons, se riait des distances.
Quant à l'Archange Gabriel, il est devenu le protecteur officiel
des transmetteurs.
Mais les moyens humains se heurtent un obstacle commun : la distance.
L'invention de l'écriture a eu pour corollaire, la possibilité
de porter des messages.
Mais la vitesse d'une telle transmission a été limitée,
pendant des millénaires, à celle du coureur à
pied ; témoin en est l'histoire du soldat de Marathon.
Pour résoudre les problèmes dus à la lenteur
des transports de messages et à la limite de portée
de la parole, l'homme a utilisé des signaux codés
ayant une signification connue des deux interlocuteurs et utilisant
un support à plus longue portée.
En effet, certains signaux sonores peuvent franchir des distances
fort respectables, que ce soit le tam-tam africain, les sirènes
ou les sifflets de la marine, ou même, la corne de brume,
bien connue des plaisanciers.
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Une chanson de geste française, écrite au début
du Xllème siècle, assure qu'un preux de Charlemagne,
Roland, avant d'être tué vers 780 dans un combat contre
des montagnards basques, fut capable d'alerter son empereur à
des lieues de distance en sonnant du cor : le fait témoigne
surtout de la vigueur de son souffle...
Mais c'est surtout le domaine des signaux optiques qui a été
et est encore utilisé : signaux de fumées des Indiens
d'Amérique, de feu des Grecs et des Romains, pavillons ou
sémaphore de la marine. |
Le télégraphe
optique, fut pendant un siècle, le premier système
de télécommunications digne de ce nom.
Le plus connu et le plus utilisé fut celui du français
Chappe
(1792).
Quant à la transmission directe de la parole elle-même,
elle fut toujours utilisée malgré l'obstacle de la
distance.
Si l'on entend par téléphone tout appareil propre
à transmettre un son au loin, la téléphonie
a existé de tout temps.
A la rigueur, on pourrait dire que crier c'est téléphoner,
de telle sorte que les Gaulois employaient la téléphonie,
d'après le témoignage de Jules César qui a
été cité dans le chapitre précédent
au sujet des premières transmissions rapides.
Les historiens rapportent qu'Alexandre le Grand se servait d'un
cor gigantesque pour appeler ses soldats et donner des ordres à
ses troupes éloignées; c'était encore là
de la téléphonie rudimentaire.
Les cloches, les tambours, les clairons sont des instruments téléphoniques.
Les coups de canon sont des moyens de téléphoner.
Certaines dispositions particulières peuvent fournir à
deux personnes éloignées la faculté de s'entendre
l'une ou l'autre en causant à voix basse.
Dans une des salles du Conservatoire des arts et métiers,
à Paris, deux visiteurs peuvent, grâce à la
forme de la voûte, converser en parlant bas dans les deux
angles diagonalement opposés.
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Dans la salle
des antiques du musée du Louvre, on a placé deux coupes
gigantesques en marbre; quoique ces coupes soient séparées
par toute la longueur de la salle, on entend très distinctement,
en écoutant dans l'une, les propos tenus àvoix basse
dans l'autre.
Le porte-voix est aussi un téléphone.
Il se compose d'un tube de fer blanc légèrement conique,
terminé à l'une de ses extrémités par
un large pavillon, à l'autre par une embouchure à
laquelle les lèvres peuvent s'adapter exactement, de manière
que les sons émis soient entièrement recueillis par
l'instrument.
En suivant le tube, les ondes sonores prennent des directions divergentes
et se transmettent au loin.
Avec un bon porte-voix, on peut, quand l'atmosphère est tranquille,
se faire entendre à plus de deux kilomètres.

Je vous recommande l'excellent ouvrage "L'ACOUSTIQUE par Rodolphe
Radau Librairie Hachette 1870" qui permet de comprendre ou
en était les recherches sur la transmission du son, à
quelques années de cette fabuleuse découverte "
Le téléphone" Magnétique ".
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EXPÉRIENCES DE DOM CAUTHEY
Nous savons qu'en 1782 un jeune
bénédictin, Dom Gauthey, imagina un moyen de
correspondre, entre deux points éloignés, au moyen de
tubes métalliques dans lesquels la voix se propageait sans
perdre sensiblement de son intensité.
Les expériences que fit l'inventeur constituent le premier
essai de téléphonie.
On doit même dire que l'on n'accorda pas à ces expériences
tout le crédit et toute l'attention qu'elles méritaient
: on jugea qu'elles ne comportaient rien de pratique, et peut-être
on se trompa.
La vérité, c'est que, dans des tubes métalliques,
convenablement construits et établis, non seulement les sons
émis ne perdent rien de leur intensité en parcourant
une distance considérable, mais encore cette intensité
augmente.
C'est ainsi, par exemple, que si l'on tire un coup de pistolet à
l'une des extrémités d'un tube de cent mètres
de longueur, on entend à l'autre extrémité une
détonation comparable à celle d'un coup de canon.
C'est ainsi que le mouvement d'une montre à peine sensible
à l'oreille à une distance d'un mètre se perçoit
très nettement au bout d'un tuyau métallique de seize
mètres de longueur, sans que la montre touche la paroi de ce
tuyau.
On a pu communiquer, en parlant à voix basse, de l'une à
l'autre des extrémités d'un tube de deux cents mètres
de longueur, dont les diverses portions étaient mal
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jointes et formaient onze coudes à
angle droit; on a constaté, de plus, que les bruits extérieurs
ne nuisaient en rien à la netteté de la perception des
sons.
Ces observations ont conduit à l'invention des téléphones
d'appartement et d'administration, qui consistent en des tubes allant
d'une pièce à une autre et permettent à des personnes
séparées par un plancher ou par un mur de communiquer
sans se déranger.

Dans l'air, le son se propage beaucoup moins loin que dans des conducteurs
tabulaires ; on a cependant enregistré des cas où des
bruits ont été perçus à des distances
considérables. |
Pendant
la traversée d'Amérique en Europe, le docteur Arnoldt
entendit à bord du paquebot le son des cloches.
Il crut à une illusion, car on était à cent lieues
de la côte ; mais, plus tard, il apprit qu'au jour même
et à l'heure exacte où il avait perçu les sons,
il y avait eu à Rio-Janeiro un branle-bas de cloches à
l'occasion d'une fête publique.
Il chercha alors l'explication du phénomène, et il la
découvrit : au moment de l'audition, il se prouvait placé
au foyer d'une voile rendue concave par une forte brise de terre;
la brise avait poussé le son vers le navire, où il avait
été recueilli dans le creux formé par la voile.
En se fondant sur ce fait et sur d'autres analogues, le docteur
Arnofdt proposa l'établissement de lignes télégraphiques
à langage parlé ; en d'autres termes, de lignes téléphoniques.
L'appareil dont il recommandait l'emploi consistait en un miroir métallique
concave, placé sur une éminence de terrain à
l'une des extrémités de la ligne, et en un grand porte-voix
parabolique installé à l'autre extrémité,
la distance entre les deux postes étant de plusieurs lieues. |
En se plaçant
au foyer du miroir, disait-il, les sons envoyés par le porte-voix
devaient être parfaitement distincts.
Ce système de correspondance est-il pratique ou ne l'est-il
pas, on l'ignore, attendu qu'il n'a été l'objet d'aucune
expérience; s'il l'était, il aurait le grand mérite,
de pouvoir être utilisé n'importe où et à
peu de frais.
François Sudre, professeur à l'école de
Sorèze, passa six années de sa vie, de 1817 à
1823, à établir une langue musicale universelle,
qui devait servir, entre autres applications, à la téléphonie.
En 1827, il présenta à l'Institut un mémoire
qui fut l'objet d'un rapport très flatteur.
L'auteur, était-il dit dans ce document, avait parfaitement
atteint le but qu'il s'était proposé; il avait créé
une véritable langue musicale, qui offrait aux hommes un nouveau
moyen de se communiquer leurs idées et de se les transmettre
à des distances éloignées. |
FRANÇOIS SUDRE ET LA TÉLÉPHONIE MUSICALE
C'est en combinant
de manières diverses les sept notes de la gamme que
Sudre était parvenu à exprimer toutes les idées.
En somme, le professeur de Sorèze recourait, comme Chappe,
à des signes conventionnels; mais, au lieu de rendre ces signes
visibles à l'oeil, il les rendait perceptibles pour l'oreille.
Des expériences eurent lieu par ordre du ministère de
la guerre et du ministère de la marine.
On fit évoluer une escadre et l'on fit exécuter des
manuvres à des troupes en donnant les commandements au moyen
de cinq notes du clairon combinées d'après les indications
de Sudre.
Toutes ces expériences réussirent à souhait,
et la commission d'officiers généraux devant qui elles
avaient eu lieu conclut à l'adoption du nouveau système
dans l'armée et dans la marine.
Après une seconde série d'épreuves, aussi concluante
que la première, une commission supérieure proposa d'accorder
une somme de cinquante mille francs à l'inventeur comme indemnité
de ses travaux, et un traitement annuel de trois mille francs comme
directeur d'une école de téléphonie dont la création
s'imposait.
Malheureusement pour François Sudre, le gouvernement ne crut
pas devoir réaliser ces desiderata. |

François Sudre
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L'inventeur
cependant continua à prôner son système ; il fit
même mieux, il le perfectionna.
Il réduisit d'abord à trois le nombre des notes qu'il
employait; il arriva à ne se servir que d'une seule note, ce
qui permettait de transmettre les ordres par un instrument quelconque
ne donnant qu'un son unique.
De nouvelles expériences eurent lieu le 4 février 1846;
et voici, d'après le Moniteur, comment les choses se passèrent
:
Des expériences de télégraphie acoustique pratiquée
par le canon ont été faites aujourd'hui à Vincennes,
en présence de M. le duc de Montpensier, de M. le général
Gourgaud, président du comité d'artillerie, et de plusieurs
autres officiers généraux et supérieurs.
On avait mis à la disposition de M. Sudre huit pièces
d'artillerie qu'on avait placées en avant de la porte sud du
château.
L'élève de M. Sudre, qui devait interpréter les
ordres, était derrière les buttes du polygone. Tous
les ordres, transmis avec une grande rapidité et sans autre
auxiliaire que le canon, ont été interprétés
avec la plus scrupuleuse fidélité; et, lorsque la séance
a été terminée, S. A. R. ainsi que les généraux
ont témoigné toute leur satisfaction à M. Sudre.
Le 3 mars 1850, nouvelles expériences, en se servant de trois
notes de clairon (sol grave, do, sol aigu).
II s'agissait, cette fois, de savoir si des ordres partant de l'École
militaire pouvaient être communiqués, au moyen de plusieurs
postes de clairons échelonnés de distance en distance,
au village de Rueil, éloigné de dix kilomètres
du point de départ. |
Le succès le plus complet a été
obtenu.
Voici le texte des ordres que M. le général Guillabert
a donnés à M. Sudre :
Gardez-vous sur votre flanc gauche; nous sommes attaqués
par des forces supérieures ; envoyez-nous de l'artillerie.
De son côté, l'officier d'état-major qui était
à Rueil a transmis au général Guillabert les
deux ordres suivants : La brèche est faite au bastion n°
25, prenez vos dispositions pour que l'assaut soit donné
demain matin; rentrez au camp.
Malgré ces résultats, on n'introduisit pas officiellement
la téléphonie dans l'armée; mais on s'en servit,
en 1855, pendant la guerre de Crimée.
Du reste, Sudre ne fut pas sans obtenir pour ses travaux quelques
récompenses : en 1855, le jury de l'exposition universelle,
présidé par le prince Napoléon, lui alloua
une somme de dix mille francs; sept ans plus tard, en 1862, il obtint
à l'exposition universelle de Londres une médaille
d'honneur pour son invention de la langue musicale universelle et
de la téléphonie.
François Sudre est mort le 2 octobre 1862; il avait passé
quarante-cinq ans de sa vie à trouver ou à perfectionner
son système.
Sa veuve a publié, en 1866, un ouvrage qui porte pour titre
: Langue musicale universelle inventée par François
Sudre, également inventeur de la téléphonie
musicale.
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PREMIERS ESSAIS DE TÉLÉPHONIE ACOUSTIQUE
Tout le monde
sait que le son met un certain temps à se propager dans l'air,
tandis que la lumière parcourt des distances considérables
dans un temps inappréciable.
Si l'on tire un coup de canon à quelques kilomètres
de nous, nous apercevons immédiatement la lueur produite, et
nous n'entendons la détonation qu'après plusieurs secondes;
de même, l'éclair nous apparaît avant que le bruit
du tonnerre ne nous parvienne.
C'est en 1822 que l'on a déterminé, en une expérience
célèbre, la vitesse du son dans l'air.
Les membres du Bureau des longitudes s'étaient séparés
en deux groupes, dont le premier s'était porté à
Villejuif et le second à Montlhéry, sur deux éminences
de terrain d'où ils s'apercevaient réciproquement.
A chacune des stations une pièce de canon avait été
installée.
Les observateurs étaient convenus que toutes les cinq minutes
un coup de canon serait tiré alternativement à Villejuif
et à Montlhéry et qu'à chaque détonation
on noterait le nombre de secondes écoulées entre le
moment de l'apparition de la lumière et celui de l'audition
du son ; la moyenne de ces nombres devait donner une évaluation
très exacte de la vitesse du son.
Chaque groupe était d'ailleurs muni de longues-vues et de chronomètres
parfaitement réglés.
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Le résultat de l'expérience fut
que le son parcourt trois cent quarante mètres quatre-vingt-huit
centimètres par seconde à la température de
seize degrés.
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La vitesse du son dans l'eau a été déterminée
par Colladon et Sturm, en 1827, sur le lac de Genève.
Une cloche plongée dans l'eau était frappée
par un marteau extérieur, et le choc provoquait l'inflammation
d'une petite quantité de poudre.
A une distance mesurée d'avance avec une rigoureuse exactitude,
un observateur appuyait l'oreille contre l'embouchure d'un cornet
acoustique dont le pavillon s'ouvrait dans l'eau à une profondeur
égale à la profondeur d'immersion de la cloche.
Comme dans l'expérience de Villejuif, on notait le temps
écoulé entre l'instant de la vision et celui de la
perception.
Le résultat auquel on arriva fut que le son parcourt dans
l'eau mille quatre cent trente-cinq mètres par seconde à
la température de huit degrés.
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La vitesse
du son dans l'eau a été déterminée par
Colladon et Sturm, en 1827, sur le lac de Genève.
Le résultat auquel on arriva fut que le son parcourt dans l'eau
mille quatre cent trente-cinq mètres par seconde à la
température de 8 degrés. |
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LE TELEGRAPHE
Le premier réseau télégraphique du monde a
été constitué par le télégraphe
aérien français, imaginé et construit par les
frères Chappe
à partir de 1794. Développé et exploité
par des entrepreneurs civils (les Chappe), construit pour des raisons
politiques, et rattaché dès 1797 au ministère
de lintérieur, le télégraphe aérien
français est un télégraphe dEtat (préfigurant
le réseau actuel du ministère de lintérieur)
.
Les militaires utiliseront ce télégraphe sur :
la ligne Paris-Strasbourg pendant les guerres napoléoniennes
;
la ligne Paris-Bordeaux-Bayonne pour la campagne française
en Espagne (1823) .
Le télégraphe,
système est destiné à transmettre des messages
(télégrammes) sur de grandes distances à laide
de codes.
Le 9 novembre 1799, une dépêche télégraphique
annonce la nomination du général Bonaparte
comme commandant de la force armée de Paris.
Le lendemain, le pouvoir exécutif est confié à
trois Consuls, cette information ne peut être envoyée
par le télégraphe
Chappe en raison du mauvais temps. La télégraphie
aérienne, malgré son innovation, présente une
grande faiblesse, celle dêtre tributaire des conditions
atmosphériques.
Napoléon, désireux de posséder un système
dinformations rapide et sûr, prend des mesures pour
que le télégraphe aérien soit mis à
sa disposition : un décret du 4 vendémiaire an IX
(26 septembre 1800) stipule que « le citoyen Chappe, ingénieur
télégraphe, ne pourra sous quelque prétexte,
même pour les détails de son service faire aucune transmission
par le télégraphe daprès lordre
signé par le Premier Consul. » Celui-ci donne lordre
dinstaller durgence une ligne télégraphique
entre Paris et Metz afin quil puisse communiquer avec les
plénipotentiaires réunis pour le Congrès diplomatique
de Lunéville. Treize jours après le début des
travaux, la ligne est en état de fonctionnement, démontrant
la grande efficacité de léquipe de Claude Chappe.
En dépit de son utilité le télégraphe
na pas, sous lEmpire, un développement aussi
grand quon aurait pu le supposer.
Napoléon Bonaparte charge Abraham Chappe de rechercher un
moyen détablir une communication télégraphique
de jour et de nuit entre les côtes de France et dAngleterre
en vue dun débarquement outre-Manche, projet avorté
suite à labandon de cette campagne.
Abraham Chappe est nommé le 30 août 1805 directeur
des télégraphes auprès de la Grande Armée,
chargé de « traduire les dépêches télégraphiques
que lEmpereur, son lieutenant et son Major Général
voudront transmettre ou qui lui seront adressées. »
Napoléon souhaite disposer dun réseau lui permettant
de diriger depuis Paris des opérations stratégiques,
mettant en mouvement ses armées ou ses escadres du nord au
sud de lEurope. Cest dans cette optique que la ligne
du Nord est prolongée en 1808 jusquà Anvers
et jusquau port de Flessingue. Cette ligne atteint Amsterdam
en 1810. Vers lItalie, la ligne Paris-Lyon est prolongée
jusquà Turin (1805), jusquà Milan (1809)
et jusquà Venise (1810). Napoléon veille personnellement
au développement de ce réseau. Le 16 mars 1809 il
écrit au ministre de lIntérieur : « Je
désire que vous fassiez achever sans délai la ligne
télégraphique dici à Milan et que dans
quinze jours, on puisse communiquer avec cette capitale »
et le 10 avril dans un courrier au vice-roi dItalie, le prince
Eugène4 il précise que « le 15, le télégraphe
doit communiquer avec Milan, il me tarde bien de savoir que cette
communication est ouverte. »
Cest en 1810 que le réseau télégraphique
atteint son apogée. Les stations télégraphiques
se multiplient et assurent les communications rapides qui sont utilisées
de façon complémentaire aux autres moyens dinformation.
Au retour de la campagne de Russie, lEmpereur ordonne la prolongation
de la ligne Paris-Strasbourg jusquà Mayence (travaux
effectués en deux mois). Lors de son retour de lîle
dElbe, sa progression est suivie heure par heure grâce
à des dépêches régulières. Le
21 mars 1815, le duc de Bassano fait expédier aux préfets
la circulaire télégraphique : « S. M. lEmpereur
est entré à Paris hier, à huit heures du soir,
à la tête des troupes qui, le matin, avaient été
envoyées contre elle, et aux acclamations dun peuple
immense. »
La poste française connait une première révolution
en 1830 avec la création de la poste rurale. La population
française majoritairement rurale devant aller chercher son
courrier dans le bureau de poste le plus proche (1 775 bureaux pour
36 000 communes), un grand nombre de lettres narrive jamais
à destination. La poste recrute alors 5 000 facteurs ruraux,
notamment chez les anciens soldats de lEmpire napoléonien
habitués aux longues marches.
Aucun gouvernement, depuis 1794 jusquà
1851, nenvisagera sérieusement de faire du télégraphe
un instrument économique.
L'ère des télécommunications
modernes commence avec les premiers pas du télégraphe
électrique, plus précisément, c'est l'invention
du télégraphe électrique par Samuel Morse,
en 1837, aux États-Unis, qui constitue l'événement
décisif.
Certes, exactement à la même époque, Cooke et
Wheatstone, en Grande-Bretagne, faisaient les premières démonstrations
de leur « télégraphe à aiguilles »
qui allait prendre par la suite une assez grande extension. La Grande-Bretagne
sera même le premier pays à construire et à
mettre en exploitation des liaisons télégraphiques,
à partir de 1843. Néanmoins,
il ne fait aucun doute que la grande invention est celle de Samuel
Morse.
Morse, qui sut, concevoir un système d'une étonnante
simplicité : un code séquentiel à deux éléments
seulement (le trait et le point). Ce code s'adaptera parfaitement
à tous les moyens de communication futurs et notamment à
la radio, aussi bien en phonie (lecteur au son) qu'en graphie.
En quelque sorte, l'invention de Morse était un événement
porteur d'avenir, et c'est à ce titre qu'il peut être
qualifié d'historique et marque le début des télécommunications
modernes
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Qui fut le premier à
faire fonctionner un télégraphe au moyen d'une pile
?
Cet honneur revient tout entier au baron Schilling, officier
fie l'armée russe, qui construisit à Saint-Pétersbourg
le premier télégraphe électro-magnétique,
et nous verrons comment ce fait détermina l'introduction
des télégraphes électriques en Angleterre.
On sait que Smmering, en Allemagne, avait construit un télégraphe
dans lequel les signaux étaient produits par l'action du
courant galvanique dans l'eau qu'il décompose. Il reste
à fixer l'époque exacte et la cause de cette découverte;
car les auteurs diffèrent tous sur cette époque,
et Steinheil lui-même, qui vivait dans la même ville
que Smmering, commet une erreur de date. Poppe et Kohi,
comme Steinheil, ne décrivent d'ailleurs pas correctement
l'appareil.
Le 6 août 1809, fut construit ce premier télégraphe
galvano-électrique .
Le docteur Samuel-Thomas von Smmering, né à
Thiin en 1755, et décédé en 1830 à
Francfort-sur-le-Mein, avait fait ses études à l'Université
de Gttingen. Nous le trouvons professeur d'anatomie à
Mayence de 1785 à 1796; puis, médecin pratiquant
à Francfort jusqu'en 1805; ensuite à Munich, où
il devint membre de l'Académie des sciences et conseiller
privé du roi de Bavière.
Le galvanisme l'avait occupé, comme Hiimhohlt et d'autres,
et il recherchait à l'appliquer à la découverte
des mystères de la physiologie.
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Dés le mois de novembre
1801, son attention s'était surtout fixée sur
l'action chimique du courant galvanique, et en janvier 1808,
aidé du chimiste Gehlen, son collègue de l'Académie,
il communiqua à ce corps savant les brillantes découvertes
chimico-galvaniques de Humphry Davy, dans son laboratoire de
l'Institution royale de Londres.
Smmering, abandonnant la voie des télégraphes
optiques, chercha si l'évolution visible du gaz qui résulte
de la décomposition de l'eau par l'action du courant
galvanique ne pourrait pas lui fournir le moyen de communication
désiré, et il inscrit dans ses notes :
« Je ne me suis pas reposé jusqu'à ce que
j'aie pu réaliser mon idée de faire un télégraphe
au moyen de l'évolution du gaz. »
Le 22 juillet, son appareil était si avancé qu'il
pouvait fonctionner, et il écrit : « Enfin, mon
télégraphe est terminé » puis : «
La nouvelle petite machine télégraphique fonctionne
bien. »
II l'améliora toutefois encore, et ce ne fut que le 6
août qu'il considéra son télégraphe
comme complet. Il en était enchanté, car
il le faisait fonctionner à travers un circuit de 724
pieds, et il note ce jour-là :
«J'ai essayé mon appareil, maintenant complet,
et il répond entièrement à' mon attente.
Il fonctionne avec vitesse à travers fies fils ayant
deux fois 362 pieds prussiens, ce qui forme un circuit de 724
pieds. »
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Deux jours plus tard, ce circuit
était élevé à mille pieds, et le 18
à deux mille. Enfin, le 29, il présenta son appareil
à l'Académie des sciences de Munich.
Le baron Larrey , revenant de l'armée, visita son ami Smmering,
qui ne manqua pas de lui montrer son télégraphe.
Il fut de suite convenu que Larrey l'emporterait à Paris
pour le présenter à l'Institut.
L'appareil fut en effet présenté à l'Institut;
mais aucun rapport ne fut rédigé par la commission
d'examen.
Sans doute le télégraphe de Chappe paraissait suffisant
à l'Académie.
A l'époque où Smmering fut nommé membre
de l'Académie des sciences de Munich (1805), un officier
russe, le baron Pawel Lwowitsch Schilling (de Cronstadt) était
attaché à la mission militaire de l'ambassade.
Cet officier vit les expériences de Smmeiïug,
en 1810, et fut tellement frappé de l'utilité de
l'invention qu'il fit, dès ce jour, son étude favorite
dn galvanisme et de ses applications. Ce fut vers cette époque
(le 23 août 1810) que Smmering inventa la première
sonnerie électrique. En voici la description sommaire :
Le gaz, s'élevant dans deux tubes pleins d'eau sous l'influence
des pointes électrisées, s'accumulait sous une espèce
de cuillère en verre dont le levier, en s'abaissant graduellement,
opérait le déclenchement d'un autre levier qui libérait
une petite balle en plomb, dont la chute sur un timbre produisait
l'alarme.
Ce petit appareil causa une grande joie à Soemmering.
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Cette sonnerie n'est pas représentée
dans la description du télégraphe de Soemmering,
dans les Mémoires (Denkschriften) de l'Académie
de Munich publiés en 1811, qui ne contient que la description
sommaire que nous avons reproduite ci-dessus.
Le 7 septembre 1810, Smmering et Schilling expérimentèrent
le télégraphe avec des fils recouverts d'une solution
de caoutchouc, puis d'un vernis. C'est sans doute la première
application d'une matière isolante soluble sur un fil
conducteur. Smmering habitait alors la maison de Leyden,
et son fil sole faisait plusieurs fois le tour de cette habitation.
Au printemps de 1812, Schilling, poursuivant l'amélioration
de l'isolement des conducteurs électriques, les avait
suffisamment isolés pour pouvoir envoyer le courant sans
perte à travers de longues distances sous l'eau. La guerre
pendante entre la France et la Russie rendait Schilling anxieux
de pouvoir relier le champ de bataille aux places fortes au
moyen d'un câble de ce genre. Il voulait aussi faire sauter
des mines à travers les cours d'eau. Son moyen d'enflammer
la poudre était remarquable pour l'époque et consistait
à obtenir, de deux morceaux de charbon de bois taillés
en pointe, la flamme qui devait embraser la mine. Dans l'automne
de 1812, il fit sauter plusieurs mines de cette façon
à travers la Neva, à Saint-Pétersbourg.
Ayant rejoint l'armée à la fin de 1813, il fit
la campagne de France en 1814, et, étant entré
dans Paris le 31 mars, à la suile de l'empereur Alexandre
Ier, il reprit ses expériences durant son séjour
dans la capitale, où l'on put le voir plusieurs fois
faire sauter des mines au moyen du courant électrique
à travers la Seine.
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A son retour à Munich, en
1815, Schilling communiqua à Scemmering un petit livre
imprimé à Paris, en 1805, et intitulé : Manuel
du galvanisme, par Joseph Izarn, professeur de physique au lycée
Bonaparte. Ce manuel fait mention de la découverte de Romagnesi.
Toutefois, ni Smmering ni son ami ne furent frappés
de l'application pratique que la découverte de Romagnesi
pouvait recevoir. Smmering et Schilling connaissaient donc,
la découverte de Gian-Domenico Romagnesi, et ils avaient
lu son mémoire publié à Trente, le 3 août
1802, et commençant ainsi : « II signore consigliere
Gian-Domenico Romagnesi si affretta a communicare ai fisici dell'
Europa 11110 sperimento relative alfluido galvanipo applicato
al magnétisme. » On connaît l'importante découverte
de Romagnesi, qui avait fait dévier une aiguille aimantée
sous l'influence d'un courant galvanique.
On sait que l'année 1820 ouvrit une ère nouvelle
à l'électricité. C'est à dater d'alors
que l'avenir de la télégraphie électrique
pouvait être prévu.
Hans Christian rstedt avait étudié plus attentivement
que Romngnesi les effets d'un courant voltaïque sur l'aiguille
aimantée. Arago avait communiqué à l'Académie
des sciences les expériences d'rstedt, et Delarive,
en septembre 1820, avait répété avec Pictet
ces expériences à Genève.
On a prétendu qu'rstedt avait eu connaissance de
la découverte faite, en 1802, par Romagnesi.
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Nous avons vu que cette découverte
avait été indiquée dans le Manuel du galvanisme
d'Izarn ; elle était pareillement décrite dans
un livre publié en 1801, à Paris, par Giovanni
Aldiui (neveu de Galvani) et intitulé : Essai théorique
et expérimental sur le galvanisme, imprimé à
Paris en 1804 et dédié à Bonaparte. Il
dit, à la page l'.M : « M. Romagnesi, physicien
de Trente, a reconnu que le galvanisme faisait décliner
l'aiguille aimantée. .»
rstedt, qui vint à Paris en 1802 et 1803, et de
nouveau en 1813, fut chaque fois en relation avec Aldini. Le
manuel d'Izarn, imprimé en 1805, semble reproduire textuellement
ce passage du livre d'Aldini imprimé en 1801; voici ce
passage : « D'après les observations de Romagnesi,
physicien de Trente, l'aiguille déjà aimantée
et que l'on soumet au courant galvanique éprouve une
déclinaison. » N'est-ce pas là littéralement
ce que le monde a été habitué à
appeler, depuis 1820, la découverte d'rstedt. II
était certainement du à Romagnesi de le reconnaître
comme ayant défriché un terrain qui a tant rapporté
à d'autres depuis.
Le livre d'Aldini fait aussi mention du chimiste Joseph Mojon,
de Gènes, comme ayant, avant 1804, observé une
sorte de polarité dans les aiguilles non aimantées
qu'on exposait dans le voisinage du courant galvanique. Izarne
répète dans son Manuel du galvanisme qui, ayant
été, par ordre, placé dans la bibliothèque
de tous les lycées de France, doit exister encore en
nombre dans notre pays.
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Ampère fut le premier
à émettre l'idée que les mouvements de l'aiguille
aimantée, ainsi obtenus, pourraient servir à la
télégraphie; mais ni lui ni personne autre ne songea
alors à construire un appareil sur cette base.
Il était réservé au baron Schilling de construire,
à Saint-Pétersbourg, le premier télégraphe
électro-magnétique. Ses relations avec Smmering
l'avaient rendu passionnément attaché à l'idée
de faire de la télégraphie au moyen du galvanisme.
Son premier appareil se composa d'une aiguille aimantée
suspendue horizontalement par un fil de soie au centre d'un multiplicateur
de Schweiger; sous l'aiguille, il avait placé un disque
de papier teinté en deux couleurs, de façon à
mieux distinguer ses mouvements.
Afin de donner de la fixité à son aiguille et éviter
les oscillations, Schilling avait placé, à l'extrémité
inférieure de son axe, une petite pièce légère
en platine, plongée dans une coupe pleine de mercure. Graduellement,
il simplifia son appareil.
Longtemps il employa cinq aiguilles; puis il parvint à
signaler avec nue seule aiguille et un seul multiplicateur, produisant,
par une combinaison de mouvements dans les deux directions, tous
les signaux nécessaires pour les lettres et les chiffres.
En septembre de cette année, Schilling exhiba son appareil
devant la réunion des naturalistes allemands de Bonn, sur
le Rhin, dans la section de physique et de chimie que présidait
le professeur Georg Whilhelm Muncke, de l'Université d'Heidelberg.
Ce savant fut tellement charmé de cet appareil qu'il en
fit construire immédiatement un semblable, pour le montrer
dans ses conférences.
Cet appareil existe encore dans le cabinet de physique de l'Université
d'Heidelberg.
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Vue
avant du télégraphage à aiguille
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Il nous reste à voir comment
ce télégraphe, qui fut d'ailleurs imité par
Weber de Gttingen, fut ensuite importé à Londres.
On sera surpris de voir le nom de lord Byron apparaître
ici, mais ses uvres poétiques mentionnent, dans un
quatrain, le nom de John William Rizzo Hoppner, qui fut l'ami
intime de William Fothergill Cooke, l'introducteur du télégraphe
en Angleterre.
W. F. Cooke ne songeait aucunement an télégraphe,
ni aux applications de l'électricité à la
télégraphie, pendant le séjour qu'il fit
à Heidelberg à partir de l'été 1835.
Fils du docteur William Cooke, professeur de médecine à
Durham, il s'était fixé à Heidelberg, pour
y apprendre à mouler, en cire, les pièces anatomiques
nécessaires à sa profession.
Ce fut au commencement de mars 1836 que son ami Hoppner, étudiant
de I'université d'Heidelberg, lui apprit que le professeur
de physique avait dans son cabinet un appareil électrique
au moyen duquel il pouvait transmettre des signaux d'une pièce
à une autre. Ce professeur n'était autre que l'ami
de Schilling, Georg Whilelm Muncke, qui avait relié son
habitation au cabinet de physique où il donnait ses leçons,
au moyen de fils suspendus.
M. Hoppner mena son ami Cooke à une des leçons du
docteur Muncke, le 20 mars 1830.
Quand M. Cooke eut vu l'appareil et qu'on lui eut expliqué
qu'il pouvait fonctionner à de grandes distances, il fut
frappé de l'utilité qu'offrirait un pareil moyen
de correspondance en Angleterre, particulièrement dans
les tunnels de chemin de fer qui, à l'époque, s'étendaient
chaque jour de plus en plus. Il se décida dés lors
à abandonner ses études anatomiques à Heidelberg,
et à rentrer en Angleterre pour y poursuivre l'établissement
de télégraphes électriques.
M. Cooke, qui ne s'était jamais occupé de physique
en général , ni d'électricité, en
particulier, ne fit pas la connaissance du professeur Muncke,
qu'il appelle Moncke dans ses écrits. Il n'avait donc pas
l'idée que le télégraphe qu'il avait vu avait
été imaginé par Schilling et construit sur
le modèle qu'il avait à Bonn. Il en attribue tout
le mérite à Gauss qu'il appelle Gaüss.
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Vue arrière
du télégraphage à aiguille
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Voici d'ailleurs ce que Cooke écrivait
sur ce sujet en 1841 : «Étant revenu des Indes en
congé, pour cause de santé, j'étudiais l'anatomie
et modelais mes dissections à Heidelberg, lorsque, en mars
1830, il m'arriva d'assister à une de ces applications
si communes de l'électricité à des expériences
de télégraphie, que l'on a répétées
sans aucun résultat pratique depuis un demi-siècle.
Comprenant que l'agent employé pouvait être utilisé
à un objet plus utile que l'illustration de leçons
de physique, j'abandonnai immédiatement mes études
d'anatomie et donnai toute mon attention à la construction
d'un télégraphe électrique pratique. »
On ne s'imaginerait guère, en lisant ceci, que M. Cooke
avait vu des expériences faites avec une copie d'un télégraphe
électromagnétique construit en Russie par Schilling,
qui l'avait apporté à Bonn six mois avant l'époque
dont parle Cooke. Le fonctionnement de cet appareil est d'ailleurs
traité par lui « comme une de ces expériences
si communes répétées depuis un demi-siècle
»; conséquemment, avant même la découverte
de la pile de Volta et de l'électro-magnétisme.
Lorsque, par suite de différents désagréables
entre le professeur Wheatstone et M. Cooke, sir lsambart Brunel
et le professeur Daniell furent nommés arbitres, en
1840, sans prendre la peine de rechercher l'origine du télégraphe
de Cooke, ils décidèrent dans leur arbitrage (en
1841) que «M. Cooke avait vu, en mars 1830, à Heidelberg
où il s'occupait de recherches scientifiques, et cela pour
la première fois, une de ces expériences bien connues
sur l'électricité (considérée au point
de vue des moyens de communications télégraphiques),
qui ont été essayées et reproduites de temps
en temps, depuis des années, par divers physiciens. »
|
Mr. Cooke écrit ailleurs
: «An mois de mars 1836, j'étais à Heidelberg
occupé d'anatomie, lorsque, le 6 mars, une circonstance
fortuite donna une direction toute nouvelle à ma pensée.
Ayant vu faire une expérience de télégraphie
électrique par le professeur Moncke d'Heidelberg, qui
avait, je crois, emprunté ses idées à Gaüss,
je fus tellement frappé du pouvoir étonnant de
l'électricité et si fortement impressionné
de l'application qu'on peut en faire à la transmission
télégraphique des nouvelles, qu'à partir
de ce jour j'abandonnai complètement mes occupations
antérieures et m'adonnai avec toute l'ardeur qu'on me
connaît à la réalisation pratique d'un télégraphe
électrique, objet qui a toujours occupé toute
mon énergie depuis. L'expérience du professeur
Moncke était, à cette époque, la seule
que j'aie vue ou dont j'aie entendu parler sur ce sujet. »
M. Cooke nous informe que, trois semaines après avoir
vu l'expérience de Muncke, il avait construit, en partie
à Heidelberg (où M. Hoppner l'assista), en partie
à Francfort, un appareil semblable, mais ayant trois
aiguilles, produisant vingt-six signaux.
Il revint à Londres le 22 avril 1836, où il s'appliqua
jour et nuit à la construction de ce qu'il appelle un
instrument mécanique, mis en mouvement par l'attraction
d'un électro-aimant.
Cet appareil fut soumis, eu janvier 1837, à certains
des directeurs du chemin de fer de Liverpool à Manchester,
et M. Cooke leur proposa l'adoption de son système dans
le long tunnel qui descend d'Edge-Hill, près de Liverpool,
à la station centrale de Lime-Street, mais sa proposition
ne reçut aucune suite.
|
|
Après avoir consulté deux fois
Faraday, Cooke, sur le conseil du Dr Roget, fit une visite, le
27 février 1837, au professeur Charles Wheatstone, à
sa résidence de Conduit-Street, et peu après au
cabinet de physique du professeur au « King's-College ».
Le résultat de ces entrevues amena, en mai 1837, la résolution
d'allier leurs efforts pour introduire l'emploi du télégraphe
en Angleterre.
Le professeur Wheatstone n'était pas encore certain à
cette époque que l'électro-aimant pût fonctionner
à de grandes distances, et M. Cooke, qui avait laissé
derrière lui l'appareil construit à Heidelberg,
en construisit un nouveau avec quatre aiguilles. L'opinion commune
était que le principe qui faisait agir l'appareil de Muncke
était celui qu'il fallait adopter pour l'usage pratique.
Ni le professeur Wheatstone, ni M. Cooke, ne savaient qu'en agissant
ainsi ils se servaient du plan de Schilling.
Le 12 juin, le brevet fut enregistré, et il fut décidé
qu'on ferait une expérience préliminaire avec l'appareil
télégraphique projeté, sur nue ligne de quelque
étendue.
En conséquence, le 25 juillet 1837, un essai fut fait à
la station du London and Birmingham Railway, alors en construction,
sur des fils d'une longueur de un mille et quart, reliant Euston-Square
à Gamden-Town. C'était la première fois que
l'on faisait une pareille expérience au dehors, en Angleterre,
avec un appareil électrique. Cette expérience eut
lieu treize jours avant la mort du baron Schilling, qui succomba
à Saint-Pétersbourg, le 7 août, sans avoir
jamais eu connaissance de l'introduction de son télégraphe
en Angleterre.
|
Le 19 novembre 1837, MM. Cooke
et Wheatstone conclurent un acte d'association, et le 12 décembre,
ils envoyèrent au « Patent Office » la description
de leur appareil.
Cette description n'était pas désignée
comme une invention nouvelle, mais comme un perfectionnement.
En réalité, ses parties essentielles étaient
fondées sur le même principe que celui de Schilling,
c'est-à-dire sur la déviation de l'aiguille aimantée
sous l'effet de multiplicateurs.
Le professeur Wheatstone avait considérablement amélioré
l'application, comme on devait s'y attendre d'un pareil physicien,
et les aiguilles étaient maintenues verticales au lieu
d'être horizontales.
L'abbé Moigno, citant une communication l'aile à
l'Académie des sciences de Paris, dit que Schilling avait
employé aussi jusqu'à cinq aiguilles verticales
dans son appareil. Schilling n'a jamais eu d'aiguilles verticales
dans son instrument.
Le premier appareil construit sur les données de Wheatstone
avait cinq aiguilles; elles furent promptement réduites
à deux, et sur certaines lignes on en construisit même
à une aiguille.
Il faut rendre à M. Cooke cette justice, que son zèle
et ses efforts ont certainement déterminé l'établissement
de la télégraphie en Angleterre.
Après tout ce qui s'était fait on Europe avant
le mois de septembre 1837, par Schilling, Steinheil, Gauss et
Weber, Cooke et Wheatstone, il est pénible de remarquer
que le peintre américain Morse, qui fit, le 4 septembre
1837, une pauvre expérience qu'il considéra comme
ayant réussi, ait pu être considéré
par toute l'Europe comme l'inventeur du Télégraphe
électro-magnétique.
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Samuel Finley Breese Morse
naquit en 1791 et était l'aine de trois frères.
Son père, le Révérend Jedediah Morse, avait
encouragé son goût pour la peinture, et Morse voyageait
parfois en Europe pour copier des tableaux. Pendant l'automne
de 183:2 il rentrait du Havre en Amérique.
À bord du paquebot le Sully se trouvait, parmi les passagers,
le Dr Charles F. Jackson, de Boston, qui avait assisté
aux conférences faites par Pouillet à la Sorbonne.
On se souviendra, sans doute, qu'en 1831 Pouillet avait exhibé
dans ces conférences son grand électro-aimant, supportant
un poids supérieur à plus de 1 000 kilogrammes.
Pendant le voyage, qui dura du 8 octobre au 15 novembre, le Dr
Jackson ramena constamment la conversation sur l'électricité
et l'électro-magnétisme, ce qui amena l'occasion
de parler de la possibilité de télégraphier
au moyen de signaux électro-magnétiques.
Le Dr Jackson avait à bord un petit électro-aimant,
acheté à Paris, chez Pixii fils, et aussi une petite
pile galvanique. Arrivé à New-York, Morse reprit
sa profession de peintre, qui le faisait vivre, et songea, comme
on peut le penser, à ses conversations à bord du
Sully.
Comme on a toujours désigné Morse sous le titre
de professeur, il convient de rappeler ici qu'il n'était
pas autre chose que professeur de littérature et de dessin,
titre qui lui fut donné par l'Université de New-York,
où il n'a d'ailleurs jamais professé. Vers la fin
de 1835, Morse fit des essais de signaux électromagnétiques,
mais n'obtint aucun résultat.
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Morse
Deux ans plus tard (1837), ayant appris les découvertes
faites en Europe (son frère Sidney éditait un
grand journal), il s'aboucha avec un amateur de science, et,
mettant à profit les expériences faites à
Princetown par le professeur Henry, il produisit un appareil
qui ne donna toutefois aucun résultat pratique.
Les professeurs américains Henry et Bâche avaient
été à Londres en 1837 et avaient fait une
visite à Wheatstone à « King's Collège
» le 11 avril, et plusieurs Américains connaissaient
le désir de Wheatstone de protéger ses inventions
en Amérique en y prenant des brevets.
Morse n'avait pas alors l'idée de produire sur le papier
des lettres représentées par des signes.
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Ses signaux se bornaient à
la représentation des chiffres de la numération.
Avec les nombres ainsi obtenus, il trouvait dans un vocabulaire
les mots que ces groupes de chiffres représentaient.
Quand des chiffres et non des mots devaient être exprimés,
un onzième signe en donnait avis.
Pour chaque signal, il avait construit des types dentés
qui, introduits successivement dans une règle, pouvaient
recevoir un mouvement en avant.
Les dents des types soulevaient un levier par le moyen duquel
le courant électrique, après avoir traversé
la ligne, s'écoulait à travers les bobines d'un
électro-aimant, qui attirait une armature à l'extrémité
de laquelle on avait fixé un crayon.
Ce crayon, en passant lentement sur un rouleau, inscrivait sur
une bande des zigzags ressemblant aux dents d'une scie.
Les signaux ainsi obtenus et représentant des nombres étaient
alors traduits d'après le vocabulaire.
Le Dr Léonard D. Gale, professeur de chimie, et résidant
dans la même maison que Morse, lui avait appris à
construire les bobines d'un électro-aimant.
Il lui avait également procuré le fil nécessaire
et une pile convenable. Morse l'associa à ses travaux,
et lui fit obtenir plus tard (1846) une position dans le«
Patent office » de Washington.
Lorsque, vers la fin d'août 1837, arriva en Amérique
un compte rendu des travaux de Steinbeil, à Munich, traduit
du Neue Wiirzlurfier Zeitung du 30 juin, le lendemain même,
par l'influence de Morse et de son frère, un journal américain
publia un article où il tançait vertement la feuille
qui avait traduit le compte rendu allemand, Malheureusement
pour François Sudre, le gouvernement ne crut pas devoir
réaliser ces desiderata.
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Comme le journal annonçait
aussi que Morse avait son télégraphe à son
logis, il reçut la visite de nombreuses personnes désireuses
de voir « la merveille du temps. »
Parmi elles se trouvait le jeune Alfred
Vail qui, avec son frère George, devint très
utile à Morse qui en fit ses co-associés.
Alfred Vail construisit lui-même, aux ateliers de Speedwell,
Morristown, New-Jersey, l'appareil qui fut plus tard exposé
à Washington, dans la salle du comité du commerce,
au Capitole.
Cet appareil fonctionnait avec plus de régularité
que celui inventé par Morse.

Le jour dit, 2 septembre, la machine de Morse ne voulait rien
marquer correctement.
De grands efforts furent faits pour la faire fonctionner; mais
ce ne fut que le 4septembre que Morse arriva à en obtenir
des nombres représentant cinq mots et la date.
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Pour cette phrase, il avait fallu soixante-deux zigzags et quinze
lignes droites sur le papier.
Ces signaux représentaient les nombres suivants: 215,
36, 2, 58, 112, 04, 01837.
En cherchant dans le vocabulaire le sens de ces nombres, on
trouva qu'ils exprimaient la phrase suivante : Suceessf'ul experiment
with telegraph Septembeir 4, 1837.
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On retrouve la reproduction de la bande ainsi
obtenue dans le journal de Silliman : American Journal of Science
and Arts, 23e volume, page 168, et dans le London Mechanic's
Magazine du 10 février 1838.
Morse écrivit à cette époque (1er
février 1838) au capitaine Pell, commandant du Sully
,je prétends avoir inventé le télégraphe
électro-magnétique, le 19 octobre 1832, à
bord du paquebot le Sully, dans ma traversée de France
aux États-Unis; conséquemment, je suis l'inventeur
du premier télégraphe vraiment praticable basé
sur les principes électriques.
Tous les télégraphes européens praticables
sont basés sur un principe différent, et, sans
une seule exception, ont été inventés ultérieurement
au mien.
Ainsi parlait le peintre Morse, après avoir obtenu, le
4 septembre, le pauvre résultat que nous avons décrit
au moyen de la machine que le docteur Gale l'avait aidé
à construire.
Il réclamait la priorité sur tout ce qui avait
été fait avant lui en télégraphie.
Son résultat, il l'avait obtenu un mois après
la mort de Schilling qui, 27 ans auparavant (1810), avait vu
à Munich, chez Smmeriug, le,premier télégraphe
galvanique connu, et qui, environ douze ans avant Morse, avait
construit le premier télégraphe électro-magnétique,
que nous avons vu exhibé à Bonn deux années
plus tard, puis transféré à Heidelherg,
d'où Cooke l'importa en Angleterre.
C'est là, d'ailleurs, qu'un télégraphe
construit sur le même principe que celui de Schilling
avait fonctionné sur une ligne de un mille et quart,
quarante et un jours avant le 4 septembre 1837.
II convient de noter ici qu'à l'époque
de son voyage à Londres et à Paris, en 1838, Morse
put croire, par ce qui lui en fut dit, que Schilling n'avait
inventé son télégraphe qu'en décembre
1832 ou 1833.
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Cette erreur fut un encouragement pour Morse
à réclamer la priorité mal fondée
que nous trouvons dans sa lettre d'octobre 1832.
Malheureusement aussi, tous les traités de télégraphie
électrique perpétuent cette erreur, en donnant
1833 comme date de l'invention de Schilling.
Grâce aux efforts d'Alfred Vail et de son frère,
le Morse actuel, cet appareil si véritablement utile,
atteint un degré de perfection qui permet son adoption
par toutes les administrations, et restera longtemps, le meilleur
type d'appareil alphabétique.
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La première ligne télégraphique
exploitée au moyen de l'électricité fut
construite par M. Cooke, de Londres (Paddingtou), sur le GreatWestern
Railway, à West-Drayton en 1838-1839.
L'année suivante, il établit le télégraphe
sur le chemin de fer de Blackwall, et en 1841 sur le chemin
de fer d'Edimbourg et de Glasgow.
En 1842-43, la ligne de West-Drayton fut continuée jusqu'à
Slough.
Elle servit, le 1er janvier 1845, à arrêter le
meurtrier Tawell, ce qui donna de suite une grande importance
au télégraphe, que l'on avait peu employé
jusqu'alors.
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En Amérique, la première
ligne, allant .de Washington à Baltimore, fut complétée
en 1844.
Le 24 mars de cette année, une phrase dictée par
la fille de l'ami de Morse, M. Elsworth, chef du Patent office,
fut transmise par la ligne et répétée par
Baltimore.
L'original de ce premier télégramme a été
conservé dans le Musée de la Société
historique de Hartford (Connecticut).
L'Allemagne eut la gloire d'avoir établi les premières
correspondances de télégraphie électrique.
Ce fut, il est vrai, sur de très petites lignes qui unissaient
l'intérieur des villes de Gttingue et de Munich
avec les observatoires de M. Gauss d'une part, et de M. Steinheil
de l'autre; mais c'était réellement la solution
ébauchée du grand problème.
Dès le commencement de 1842, M. Wheatstone avait importé
à Berlin deux de ses appareils, qui fonctionnèrent
à travers un simple fil métallique porté
par deux poteaux.
La première grande ligne allemande, de Mayence à
Francfort, fut installée en 1849 par M. Fardely, ingénieur
de Manheim.
Cet essai éveilla l'attention du gouvernement prussien,
qui relia par le f'1 électrique le palais de Berlin au
château de Potsdam.
L'Autriche ne fut pas non plus en retard, et possédait
trois lignes importantes eu 1851.
La première communication télégraphique
établie en Belgique entre Bruxelles et Anvers était
due à l'entreprise privée. Toutefois, peu de temps
après son inauguration, elle devint la propriété
du gouvernement.
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|
Un acte du parlement belge, en
date du 15 mars 1851, ouvrit ces lignes au public moyennant un
tarif de 2f.50 pour 20 mots dans la zone inférieure à
75 kilomètres, et 5 francs pour la même dépêche
an delà de cette limite.
Le premier télégraphe construit en Suède,
en 1853, reliait Stockholm à Upsala, distance d'environ
80 kilomètres.
En Norvège, on attendit l'année 1850 pour relier
d'abord Christiania, la capitale, avec Drammen.
La compagnie du chemin de fer de Saint-Pétersbourg à
Moscou avait établi, vers 1852, un fil souterrain longeant
sa ligne; ce fil devint promptement mauvais, et le gouvernement
russe, qui avait déjà relié Cronstadt à
la capitale en 1853, décida en 1854 de racheter la ligne
de la compagnie du chemin de fer, afin d'assurer les communications
avec Moscou.
La Suisse parait avoir été une des premières
à apprécier l'importance du télégraphe
électrique. Une loi fédérale en date du 5
décembre 1852 établit une taxe uniforme de 1 franc
par dépêche de 20 mots, de 2 francs jusqu'à
50 mots, et de 3 francs jusqu'à cent.
M. Matteucci établit la première ligne télégraphique
d'Italie eu 1847, en reliant Pisé à Livourne.
|

Il fit construire ses appareils par M. Pierucci,
mécanicien de l'Université, sur le modèle
de ceux que lui avait fournis M. Bréguet.
L'Espagne suivit très tardivement le mouvement général.
Une ligne expérimentale, construite en 1854 sur la route
de Madrid à Irun, ne fut complétée qu'en
1856, époque à laquelle le public commença
à participer aux avantages des communications télégraphiques.

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DÉBUT DE LA TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE EN
FRANCE
Le premier opérateur de télécommunications
en France sappelait « La Compagnie des Télégraphes
de Paris à Strasbourg » et a été créé
en 1792.
Il faudra attendre le règne de Napoléon III (1852-1870)
pour que le télégraphe électrique connaisse
un développement spectaculaire.
On ne peut considérer l'avènement
du télégraphe aérien de Chappes comme celui
dun nouveau média. Ce nouveau média, ce sera
le télégraphe électrique.
Napoléon sappuie sur ce nouvel outil, le télégraphe
Chappe, qui subsista jusqu'en 1855.
En France très tôt depuis la découverte de l'électro-magnétisme,
les scientifiques suivent les évolutions, expérimentent
ses nouveaux systèmes :
1828: Le Français De Saint-Amand reprend lidée
dAmpère de 1820 mais décide de nutiliser
quune seule aiguille et de coder lalphabet en fonction
du nombre de ses déviations. Sa proposition demeure sans
écoute.
1837: A Caen, Masson expérimente un télégraphe
à deux aiguilles et émetteur magnéto-électrique.
12 juillet 1838, Amyot propose un télégraphe
à une seule aiguille avec un émetteur automatique.
18 août 1838: l'Américain Morse obtient un brevet
en France, mais son système nest retenu ni dans ce
pays, ni en Angleterre, ni en Russie.
Il faudra attendre le 18 mai 1845: lors d'un essai le long de la
ligne de chemin de fer Paris-Rouen, dun appareil conçu
par le docteur Dujardin de Lille, comportant un émetteur
magnéto-électrique et un récepteur écrivant.
Lorsque le télégraphe électrique apparaît,
la France est le seul pays du monde qui dispose dun réseau
de télégraphie optique aérienne étendue
sur tout son territoire.
Les progrès de la télégraphie électrique
furent très lents en France, à l'origine,
et ne reçurent de développement qu'à l'avènement
de M. de Vougy comme directeur général des
ligues télégraphiques, le 28 octobre 1853. La conséquence
est quelle nadopte quassez tard le télégraphe
électrique: les techniques nouvelles ont du mal à
simposer, à tel point que lAdministration du
Télégraphe, qui tient à conserver son monopole
et garder lusage exclusif du réseau pour les services
de lEtat, fait voter une loi en 1837 pour se protéger
contre toute velléité dinitiative privée
:
« Quiconque transmettra sans autorisation des signaux dun
lieu à un autre, soit à laide de machine télégraphique,
soit par tout autre moyen sera puni dun emprisonnement dun
mois à un an et dune amende de 100 à 10.000
francs».
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Grâce à l'influence considérable
de certains personnages, la télégraphie aérienne
subsista jusqu'en 1855, époque à laquelle elle alla
succomber en Crimée, où elle rendit d'ailleurs des services;
mais elle était tenace, et certains inventeurs qui, comme le
Dr Jules Guyot, avaient intérêt à faire prévaloir
leurs inventions, la critiquaient d'une façon qui paraîtra
bien étrange à notre époque.
Le Dr Guyot, qui passait à bon droit pour un des savants de
son époque, était bien aveuglé par son intérêt
en écrivant les lignes qui suivent, le 30 avril 1846 (notez
la date), dans un mémoire écrit à la Chambre
des députés, pour défendre les télégraphes
aériens menacés de destruction par un projet de loi
de l'administration, demandant un crédit de 408 650 francs
pour remplacer sur la ligne de Lille la télégraphie
aérienne par la télégraphie électrique.
Nous ne donnerons que de courtes citations de ce long factura, qui
s'explique parce fait qu'en 1843, sur un rapport de M. Pouillet à
la Chambre des députés, le Dr Guyot avait obtenu un
crédit de 30000 francs pour l'établissement de son télégraphe
de nuit entre Paris et Dijon ; que son système, fruit de longs
travaux, était, comme le télégraphe Chappe, entièrement
bouleversé par l'introduction du télégraphe électrique,
et que ses espérances de voir ce système étendu
en France s'évanouissaient avec la décision de l'administration.
Voici donc ce que disait le Dr Guyot, en 1846 :
« Autant, comme étude de physique, comme application
de grand luxe à quelques besoins de vastes établissements,
la télégraphie électrique est intéressante,
autant elle est ridicule, on peut le dire, comme moyen de gouvernement.
Ridicule est le mot propre, si celui qui la prône est de bonne
foi et ne sait pas ce qu'il fait; blâmable, si elle est appliquée
en connaissance de cause.
Car, fonctionnât-elle dans la perfection, ce qui est loin d'être
démontré, elle est sans protection possible et laisse
le pouvoir à la merci des plus légères excitations
populaires et des moindres caprices du premier mauvais sujet venu.
Que peut-on attendre de misérables fils dans de pareilles circonstances
?
En vérité, notre nation aurait à rougir de honte,
si elle voyait ainsi renverser le sens commun et détruire,
par des procédés si infirmes et des considérations
si peu fondées, les uvres du génie.
Deux des frères Chappe vivent encore; ils auraient dû
mourir plus tôt, ils n'auraient pas été témoins
de ces outrages à la grande découverte à laquelle
est attaché leur nom, et qui a rendu tant de services au pays
depuis cinquante ans.
..... Quoi qu'il en soit, Messieurs, la télégraphie
électrique n'est point une télégraphie gouvernementale
sérieuse, et le jour n'est pas loin où cette vérité
vous sera pleinement démontrée.
Cette imbécillité de la télégraphie
électrique est tellement évidente, qu'elle a dû
frapper les esprits les plus prévenus : ainsi l'administrateur
en chef des télégraphes (M. Foy), par la bouche de M.
le ministre (car M. le ministre m'a dit à moi-même qu'en
fait de télégraphie, il s'en rapportait à l'administrateur),
sent la nécessité de répondre d'avance à
mes objections dans l'exposé des motifs, etc. »
Et plus loin : « Tout esprit sensé peut affirmer que,
en un seul jour, et sans qu'on puisse l'en empêcher, un seul
homme pourra couper tous les fils télégraphiques aboutissant
à Paris ; on peut affirmer qu'un seul homme pourra couper en
dix endroits, dans les vingt-quatre heures, les fils électriques
d'une même ligne sans être arrêté, ni même
reconnu.
Si l'on veut enlever à cette action tout ce qu'elle aurait
de blâmable pour en faire une simple expérience, il est
facile de fournir la démonstration de cette assertion. »
Voilà à quel degré d'aberration peut arriver
un homme d'esprit prévenu par ses intérêts.
Le Dr Guyot, qui avait, en homme intelligent, prévu l'utilité
de la télégraphie pneumatique dans les grands centres,
eût bien mieux fait de poursuivre cette idée, et sans
doute qu'il eût doté la France, dès son époque,
de la poste tubulaire. Il ne faut pas, d'ailleurs, s'étonner
de l'animosité du Dr Guyot ; n'avons-nous pas vu M. Thiers
nier la possibilité des chemins de fer, et M. Babinet celle
des télégraphes sous-marins ?
Heureusement, Arago, devenu secrétaire
de lAcadémie des Sciences, soppose vigoureusement
à ce projet et révèle aux députés
les avantages incomparables du télégraphe électrique
qui est déjà en service en Angleterre . A quoi le
député Pouillet, responsable de la commission chargée
détudier le projet de loi, répond que le télégraphe
électrique « paraissait peu convenable et peu rationnel
» et quil constituait « une utopie brillante qui
ne se réaliserait jamais ».
Ce nest pas le principe de linstrument proprement dit
qui semble avoir alimenté les scrupules et lopposition
de ladministration, mais bien plutôt la crainte de ne
pouvoir défendre les fils contre la malveillance. On ne peut
envisager quun immense fil conducteur tendu librement à
travers villes et
campagnes puisse rester à labri des atteintes de gens
mal intentionnés. Seules les voies ferrées qui étaient
soumises à une surveillance sévère pouvaient
offrir un terrain dessai à une ligne télégraphique.
1839 Lorsque, Samuel Morse vient à Paris pour
rencontrer Alphonse Foy, ladministrateur des lignes
télégraphiques, et lui proposer son appareil électromagnétique,
il se heurte à une fin de non-recevoir.
Vers 1840 Charles Wheatstone lança le premier
télégraphe à cadran en Angleterre. En Allemagne
Werner Siemens travailla lui aussi sur le sujet et présentait
en 1847 un modèle bien avancé. Lidée
lui était venue au cours de sa carrière à larmée
prussienne (régiment de la télégraphie), doù
il
démissionna en 1847 pour mettre sur pied, ensemble avec le
mécanicien de précision Georg Halske, sa propre société.
Puis la protestation dArago est enfin entendue ; le ministre
de lIntérieur convient que « les télégraphes
électriques semblent destinés à remplacer complètement
les télégraphes actuellement en usage » et décide
de faire commencer des essais sur un crédit extraordinaire.
En 1841, une ligne de télégraphe électrique
est établie entre Paris, Saint Cloud et Versailles. Equipée
dappareils de Wheatstone, elle permet de réaliser des
communications télégraphiques journalières.
Par décision de M. Passy, ministre de lIntérieur,
Louis-Clément Breguet
est chargé den diriger les travaux dinstallation,
aidé par Messieurs Gounelle et Bergon, deux jeunes polytechniciens
employés du Télégraphe.
Louis-Clément connaît bien cette ligne car il travaille
depuis plusieurs années au développement dun
télégraphe électrique à cadran alphabétique
dont il est en train de négocier ladoption par la compagnie
des chemins de fer de Paris à Rouen.
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Pour éviter davoir à former
ses employés dont beaucoup sont illettrés, Monsieur
Foy, administrateur en chef des télégraphes, exigea
que soient conservés les signes employés dans la télégraphie
aérienne. Louis-Clément a donc dû fabriquer
un appareil spécial qui représente un télégraphe
optique en miniature : assemblage complexe de mécanique de
précision et dappareillage électrique, il est
formé dune branche horizontale immobile et de deux
petits bras mobiles autour des deux extrémités de
cette branche. Il est baptisé télégraphe
français ou appareil Foy-Breguet.
Le 30 janvier, on commence à tendre les fils de cuivre destinés
à former le circuit. Ces fils sont soutenus par trois mille
poteaux en bois (un tous les cinquante mètres environ) de
quatre mètres de haut. Tous les quatre cents mètres,
des poteaux plus forts supportent les appareils destinés
à tendre ou relâcher les fils. Les poteaux sont recouverts
dune couche de glu marine pour les isoler le plus possible
du sol et ils sont abrités de la pluie par un petit toit
pour empêcher lhumidité de les faire communiquer
avec le sol. Les fils sont en cuivre rouge de 2,5 millimètres
de diamètre espacés lun de lautre de trente
centimètres et tenus sur des poulies de porcelaine.
Le 1er mars, le double fil est placé de Paris à Mantes
et les premiers essais préparatoires sont effectués
; ils seront continués à des distances plus grandes
au fur et à mesure du placement du fil.
Arago, qui assiste à une séance dessais, apporte
une conclusion intéressante : « Nous avons trouvé
que le courant né à Paris et transmis à Mantes
le long du fil attaché aux poteaux revenait par la terre
beaucoup mieux que par le deuxième fil. »
Enfin, les premiers signaux peuvent être échangés
entre les stations de Paris et Rouen, le dimanche 4 mai.
Linauguration de la ligne est rapportée dans le Moniteur
Industriel :
Appareil N°1 Foy et Breguet à une aiguille
« ... Le dimanche 11 juin 1845, les signes conventionnels
à obtenir de lappareil à aiguilles étant
bien connus des membres de la commission, la première dépêche
télégraphique fut transmise. M. Breguet était
à Rouen, et les autres membres de la commission à
Paris. Rouen commença la conversation suivante :
Rouen : La commission est-elle rassemblée ?
Paris : Laiguille de gauche ne marche pas.
Rouen : Les nôtres marchent bien.
Paris : Les nôtres aussi. Donnez les déviations (cest-à-dire
les déviations mesurées en degrés de laiguille
du galvanomètre mis dans le courant qui
parcourt les deux fils).
Rouen : fil supérieur, 30 degrés ; inférieur,
30 ; métallique, 15. (Quand la déviation était
de 30 degrés, le circuit était fermé par la
terre ; elle nétait
que de 15 quand le circuit était fermé par un second
fil.
Paris : Comment va M. Breguet ?
Rouen : Bien ; il fume son cigare »...
Un premier rapport souligne que ce télégraphe fonctionne
à la vitesse « merveilleuse » de deux cents signaux
par minute, ou même que sa vitesse na dautre limite
que celle de la dextérité de son opérateur.
Pour le récompenser davoir réussi cette première
liaison télégraphique, Louis-Clément est fait
chevalier de la Légion dHonneur.
Il faudra attendre une ordonnance
de Louis-Philippe du 23 novembre 1844 pour quenfin
les choses bougent : « ... LAdministration doit procéder
à un essai de télégraphe électrique
dont la longueur sera au moins de 120 kilomètres. Pour ce
faire, un crédit provisoire de 240.000 francs est ouvert...»
11 juin 1845 Cest donc
six ans après lAngleterre, en partie grâce à
la persévérance et à léloquence
persuasive de Arago, que lAdministration française
sengage à son tour dans la construction dun réseau
électrique en inaugurant, la première ligne Paris-Rouen
et en ouvrant lannée suivante la liaison Paris-Lille.
Elle avait commandé à cette fin aux ateliers Breguet,
son constructeur habituel, un curieux appareil.
Appareil N°1 à deux aiguilles
Appareil Breguet-Foy à double aiguille aimantée, qui
reproduit en les simplifiant les signaux Chappe.
Cet appareil reproduit certains mouvements (ceux des deux «
indicateurs ») du télégraphe aérien de
Claude Chappe cela afin de dispenser les « stationnaires »
dapprendre un nouveau code de transmission.
Les signaux sont donc formés par les huit positions de deux
aiguilles pivotantes. Cet appareil, connu sous le nom de «
Foy et Breguet », sera relativement vite délaissé,
parce que son prix est beaucoup plus élevé que ceux
des appareils anglais et allemands déjà sur le marché,
et parce quil nécessite deux fils électriques
(avec le retour par la terre).
Louis Breguet a essayé de remédier à cet inconvénient
en construisant une nouvelle version de son télégraphe,
cette fois ci avec une seule aiguille.
On se sert du même alphabet mais les signaux se décomposent
en deux parties : on forme dabord le signal de gauche, quon
fait suivre immédiatement du signal de droite. Ce type de
télégraphe na eu quune courte durée
de vie.
Et pourtant le télégraphe à signaux, type Foy-Breguet
ne peut être que dun emploi transitoire car il cumule
nombre de handicaps : il limite le développement de la télégraphie
en la rendant tributaire du vieux système de vocabulaire
de Chappe, spécial à la France, et ne peut donc pas
participer à un réseau international ; dautre
part, il ne laisse aucune trace matérielle des signaux et
ne permet aucun contrôle.
11 août 1846: La compagnie de
chemin de fer Paris à Saint-Germain est autorisée
à utiliser le télégraphe électrique.
Vers 1848 Louis Breguet mettait à son tour
un appareil à cadran pas à pas au point.

Le télégraphe à cadran pas à pas
Sur le récepteur les lettres, chiffres et quelques signes
sont inscrits sur une circonférence de cercle et forment
un cadran analogue à celui dune horloge Une aiguille
est mobile au centre du cercle ; chaque passage ou chaque interruption
de courant la fait tourner dun pas et donc passer dune
lettre à la suivante. Lorsquelle sarrête
pendant un certain temps dans une de ses positions, elle indique
la lettre transmise. Laiguille peut tourner par lintermédiaire
dun mouvement dhorlogerie (dans les systèmes
Wheatstone et Siemens cest sous linfluence du courant
du signal reçu). Le manipulateur (émetteur) porte
sur le pourtour de son cadran en laiton les mêmes caractères
dans le même ordre Une manivelle est articulée au centre.
En la tournant lon ferme dabord le circuit électrique
en avançant dun caractère (dun pas) pour
fermer le circuit en passant au caractère suivant et ainsi
de suite. Et comme on a vu, cest ce train dimpulsions
de courant qui fait avancer laiguille du récepteur.
"Notons quexistait déjà depuis plusieurs
années des télégraphes à cadran, comme
par exemple celui de Wheatstone (Angleterre, déjà
en 1839 !), Fardely (Allemagne en 1843) et celui de Siemens &
Halske (Allemagne 1847)".

1847. Régnault, ingénieur de la Compagnie de
lOuest, équipe des postes de signaux avec un télégraphe
électromécanique quil vient de mettre au point.
Le 8 février 1850 : Jules-Auguste Hovyn de Tranchère,
député de Gironde, demande l'accès public à
la télégraphie à loccasion de discussions
sur dimportants crédits destinés à la
construction de nouvelles lignes devant relier Paris à Angers,
Tonnerre, Le Havre, Châlons-sur-Marne, Nevers, Châteauroux
et Dunkerque.
En 1850 le Prince-président
Louis-Napoléon Bonaparte prend la décision de développer
la télégraphie électrique en France. Le 29
novembre 1850 une loi met le télégraphe à la
disposition du public ; elle entre en vigueur le 1er mars 1851 et
permet de communiquer autrement que par lettre.
1er mars 1851: , le réseau télégraphique
jusque là réservé à lEtat et aux
chemins de fer, est ouvert au public.
La politique de développement de la télégraphie
électrique seffectue méthodiquement ; la
première étape, mise en uvre par les décrets
des 6 janvier et 5 juillet 1852, vise à diffuser rapidement
les ordres du gouvernement sur tout le territoire et à relier
toutes les préfectures à Paris.
Les premières lignes concernent surtout
les grands axes économiques. Elles relient Paris à
Lille, à Angers, à Nantes, à Chalon-sur-Saône,
à Lyon. Puis cest au tour des grands ports (Dunkerque,
Le Havre, Bordeaux) dêtre reliés à la
capitale.
En juillet 1852, la ligne télégraphique électrique
ParisStrasbourg est mise en service en même temps que
la ligne de chemin de fer, entrainant la suppression du télégraphe
aérien sur ce trajet.
1851 un premier câble sous-marin
relie la France (Sangatte, près de Calais), à travers
la Manche, à la Grande-Bretagne (Southerland, près
de Douvres).
13 février 1851: Le Français Froment obtient
un brevet pour un appareil à cadran à émetteur
alphabétique à clavier.
Les récepteurs du télégraphe de Froment
et du télégraphe de Bréguet sont identiques,
mais les émetteurs se distinguent par un mode particulier
d'ouverture et de fermeture du passage du courant.
16 juillet 1852: Mise en service de la liaison
ParisStrasbourg.
26 août 1852: Prolongation de la ligne Paris-Strasbourg sur
le grand duché de Bade, par Kehl.
27 décembre 1852: Convention télégraphique
franco-suisse permettant une liaison Strasbourg-Bâle utilisant
lappareil Breguet-Foy.
En octobre 1853, Alphonse Foy est remplacé par le
comte de Vougy comme directeur de lAdministration télégraphique.
1854: Premiers essais du télégraphe Morse en
France.
1854, le réseau télégraphique français
est long de 9 200 km.
1855 toutes les préfectures de France
sont en communication télégraphique avec Paris.
1855, la dernière ligne de télégraphe aérien
française est abandonnée tandis que lon construit
cinq nouvelles lignes autour de Paris sur un rayon de 10 km pour
le ministère de lIntérieur. Elles sont démolies
lannée suivante.
1856 Le code Morse est adopté en France.
Après les préfectures, les chefs-lieux darrondissement
et les localités ayant un intérêt économique
sont reliés, ces lignes étant financées par
des initiatives privées.
Finalement cest le système morse qui
va gagner la bataille commerciale et devenir lappareil «
standard » en Europe.
Morse avait déjà construit un grossier appareil en
1837 mais se présentait ici avec un modèle beaucoup
plus pratique. Lémetteur de ce télégraphe
comprend un manipulateur (clef), qui permet de mettre la pile dans
le circuit. Ce circuit est formé par un seul fil, la terre
fonctionnant comme deuxième fil. Le récepteur est
essentiellement un électro-aimant qui entraîne le système
décriture. Si lon appuie sur le manipulateur,
le circuit est fermé et la pile envoie le courant dans lélectro-aimant
du récepteur. Celui-ci attire le stylet qui est normalement
retenu en position de repos par le ressort. La bande de papier est
entraînée par un mécanisme de ressort. Au fur
et à mesure que lon appuie plus au moins longtemps
sur le manipulateur, on griffe des points ou des traits dans la
bande de papier.

Télégraphe Morse de construction
Breguet et Appareil de ladministration.
Il sagit dun système entraîné par
des poids et le signal est griffé dans la bande de papier
à laide dune pointe métallique. Il est
équipé dun relais afin « damplifier
» les signaux électriques reçus.
La figure suivante montre un « vrai » télégraphe
morse de Breguet, toujours à impression « en relief
». La figure à droite montre un modèle ancien
à encre de la maison Digney avec son relais. Le système
qui imprimait les points et les traits sur la bande a été
introduit au début des années 1850 par ce constructeur.
Dans la figure suivante on peut voir le modèle français
classique (ici une fabrication par la maison Ducretet-Lejeune).
1854 Le premier télégraphe à impression
utilisé en Europe est dû à un ingénieur
américain dorigine anglaise : David Hughes.
et en 1855 il le fait breveter.
Dans les années 1860, un réseau municipal et un réseau
électro-sémaphorique sont créés ; la
préoccupation devient économique et conduit le Second
Empire à ouvrir, au public, le 27 février 1861 les
stations installées dans les préfectures.
1862, la décision est prise de créer un réseau
cantonal. Enfin, ladministration sattache à la
création des réseaux urbains, qui permettent denvoyer
des télégrammes à lintérieur de
la ville. Paris possède le sien, tout en utilisant des lignes
souterraines, déjà dès 1854.
Cest en France que les premiers « téléscripteurs
» opérationnels Hughes
sont exploités au début des années
1860 (pour rester en service jusquà la fin des années
1940 !).
Télégraphe de Hughes
Lémetteur est composé dun clavier «
style piano ».Vingt-six touches portent lindication
dune lettre et dun chiffre ou caractère spécial..
Deux autres touches commandent linversion lettres/chiffres.
A chaque fois que lopérateur déclenche une touche
il envoie une impulsion électrique au poste. A la réception,
limpulsion déclenche la projection dune bande
papier sur une « roue des types » qui tourne en permanence.
A ce moment précis, le signe est imprimé sur la bande.
Il est évident que les deux machines doivent tourner en parfait
synchronisme, à cette fin différents dispositifs de
réglage sont prévus. Notons que le Hughes pouvait
transmettre de 40 à 45 mots à la minute, le morse
lui de 20 à 25.
A partir de 1860, la mise en place de services de
prévision météorologique sappuie sur
lutilisation du télégraphe qui permet une circulation
rapide de linformation et sur des méthodes inédites
de cartographie et danticipation des états atmosphériques.
Cest à lObservatoire de
Paris, sous le Second Empire, que ces méthodes dites synoptiques
sont tout dabord expérimentées avant dêtre
utilisées dans le monde entier, les câbles télégraphiques
traversant les continents et les océans raccourcissant drastiquement
le temps de transmission de linformation. Grâce au télégraphe,
astronomes et géodésiens sont capables dévaluer
les différences de longitudes avec une précision inégalée.
En France, le promoteur de lutilisation du télégraphe
à des fins de suivi et danticipation des conditions
météorologiques est Urbain Le Verrier, découvreur
de la planète Neptune. En 1854, Le Verrier remet à
lEmpereur un rapport dans lequel il expose ses projets pour
lObservatoire de Paris. Lun de ses adjoints, responsable
du secteur météorologie et géomagnétisme,
Emmanuel Liais, propose dutiliser le télégraphe
pour anticiper la survenue des tempêtes sur les côtes
françaises. La guerre de Crimée va permettre à
Le Verrier dimposer ses vues. Le 14 novembre 1854 une tempête,
au large de Sébastopol, cause la perte de 40 navires. Il
sadresse à un grand nombre dastronomes européens,
leur demandant leurs observations météorologiques
pour la période du 12 au 16 novembre 1854. La synthèse
de Liais indique quune perturbation atmosphérique de
grande ampleur aurait traversé la France quelques jours avant
le 14. Selon Le Verrier, la flotte française aurait pu être
alertée, par le télégraphe, du danger à
venir.
Lastronome soumet alors un projet à
Napoléon III courant février 1855 où il propose
de mettre sur pied un réseau dobservation météorologique
avec centralisation des données par le télégraphe.
Le projet est approuvé par lEmpereur et les modalités
dorganisation du réseau rapidement définies.
Chaque matin les agents de certains bureaux notent la pression,
la température, la force du vent et létat du
ciel et les communiquent à lObservatoire de Paris.
Le réseau compte à ses débuts 6 postes (Dunkerque,
Bayonne, Mézières, Strasbourg, Le Havre et Avignon)
pour atteindre une douzaine dans les années 1860-1870. Le
Verrier cherche à mettre sur pied un réseau européen.
A partir de 1857, il sadresse aux directeurs de tous les observatoires
du continent, leur demandant de télégraphier chaque
jour les observations réalisées. Le réseau
sétend rapidement : 8 stations étrangères
fin 1850, 15 fin 1859 et 19 fin 1860. Le système international
est réglé par un jeu complexe daccords entre
lObservatoire de Paris, les institutions scientifiques et
les compagnies télégraphiques publiques ou privées
des différents pays. Chaque jour, le Bulletin de lObservatoire
donne un état précis et chiffré de la situation
météorologique en France et sur tout le continent
européen.
Le télégraphe contribue aussi à
une intégration accrue du système économique
mondial autour dun petit nombre de places commerciales et
financières dont il renforce linterdépendance.
Les gouvernements lutilisent pour administrer efficacement
les territoires coloniaux et les relier aux centres de décisions
métropolitains. Le développement du télégraphe
suscite des transformations culturelles majeures, comme la naissance
dune sphère médiatique structurée autour
des agences de presse et du fil de lactualité
internationale.
1er janvier 1863, la France possède 28 671 km de lignes
télégraphiques comprenant 88 238 km de fils,
1 022 bureaux et 3 752 agents de tous grades.
Le 17 mai 1865, laccord portant création
de la première organisation internationale moderne - lUnion
télégraphique internationale - est signé
dans le salon de lHorloge du Quai dOrsay. Cette volonté
de moderniser la France et daccroitre son influence en Europe
et au-delà amène Napoléon III à organiser
la première conférence télégraphique
internationale. Les représentants de 20 pays se réunissent
sous la présidence du ministre des Affaires étrangères
Edouard Drouyn de Lhuys qui explique que lobjectif est de
rationaliser le traitement télégraphique international
en plein essor. Un traité, signé par tous les participants
sauf le le Royaume-Uni, valide des dispositions novatrices, notamment
la mise en place dun système de tarification par zone
avec un tableau de tarification des messages transfrontaliers dans
une monnaie unique le Franc français - en annexe.
Le règlement prévoit également ladoption
du code Morse et la convention entre en vigueur le 1er janvier 1866.
Napoléon III soutient la création
par linventeur Giovanni Caselli de plusieurs stations en France
permettant denvoyer des images grâce à une première
version du télécopieur : le pantélégraphe.
Cet appareil permet la reproduction, à distance via une ligne
télégraphique, dun dessin fait au moyen d'un
crayon et d'un support spéciaux : le document est tracé
au crayon à mine isolante sur un support en feuille détain
conducteur alors que le récepteur utilise un papier imprégné
électrosensible (synchronisation manuelle des appareils au
début de la transmission). Le 10 mai 1860, Napoléon
III assiste à une démonstration de lappareil
dans les ateliers de Paul-Gustave Froment. En novembre 1860, des
tests sont réussis sur la ligne télégraphique
Paris-Amiens. En septembre 1861, des démonstrations sont
faites lors de lExposition de Florence,à la demande
du roi Victor-Emmanuel II. En 1863, une autorisation est accordée
pour lexploitation officielle entre Paris et Marseille. Le
16 février 1865, le gouvernement français adopte le
pantographe Caselli pour ladministration des lignes télégraphiques
et instaure une taxe calculée daprès la dimension
de la surface du papier.
Si cette invention reçoit un accueil
très favorable, elle na pas le résultat économique
attendu. Outre le fait que la transmission exige un dessin avec
un matériau spécial, ladministration des télégraphes
en France maintient un tarif prohibitif sur les télégrammes
autographes correspondant au long temps de transmission nécessaire.
Le prix par centimètre carré cantonne le pantélégraphe
aux transmissions des signatures autographes même sil
peut transmettre nimporte quel dessin.
Si le télégraphe Hughes permet limpression du
message sous la forme où il est déposé et délivré,
un problème reste posé aux techniciens : comment augmenter
le rendement des circuits ?
En 1874 Cest un agent des télégraphes,
Emile Baudot, qui proposa une solution et fit breveter son
système sous lapplication « système de
télégraphie rapide ».

Son principe était lutilisation dune ligne télégraphique
en « temps partagé », cest-à-dire
la mettre successivement (à une vitesse imperceptible) à
la disposition de plusieurs opérateurs. Il utilisait pour
la première fois un code « binaire ». Les signaux
étaient composés de cinq moments (« bits »)
successifs dégale durée. A la réception,
une imprimeuse électrique, le traducteur reproduisait le
texte en caractères immédiatement lisibles. A cette
fin il utilisait des deux côtés de la ligne un «
distributeur ». Sur chaque distributeur il y a un balais qui
tourne à la même vitesse en gardant entre eux la même
« phase ». Ces balais passent successivement sur les
cinq plots de contact du distributeur de transmission et de réception,
de sorte quà chaque tour les polarités des cinq
leviers du manipulateur manuel (le petit clavier) sont appliquées
aux cinq électro-aimants du récepteur. Cet organe
effectue la lecture de la combinaison reçue et imprime le
caractère correspondant Grâce à cette longueur
dimpulsions constante on pouvait assez facilement appliquer
le principe de multiplexage dans le temps. Il « suffit »
dajouter aux distributeurs pour chaque système cinq
plots supplémentaires. Emile Baudot parvint finalement à
faire fonctionner simultanément six systèmes sur une
seule ligne.
Le télégraphe de Baudot introduit en 1874 est officiellement
adopté par le service télégraphique français
fin 1877, après un perfectionnement du système. Il
est mis en service sur la ligne Paris-Bordeaux, cest un franc
succès. On exploite ensuite lappareil sur toutes les
grandes liaisons en France et avec létranger. Sa capacité
était de 60 mots à la minute.
Lorsquil est utilisé en quadruple, quatre télégraphes
sont reliés à la même ligne; il permet alors
datteindre les 1670 mots à lheure.
Lappareil Baudot fut utilisé jusquaux années
1950 avant dêtre progressivement remplacé par
le réseau Télex.
En 1875, le réseau télégraphique
français est long de 51 600 km
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ORGANISATION DES ADMINISTRAIONS DES POSTES ET DES TELEGRAPHES
Comment expliquer que l'on soit passé d'un réseau
télégraphique français considéré
comme le meilleur au monde en 1864 (1), d'un domaine où les
innovations françaises obtiennent des succès sur la
scène internationale dans les années 1870, à
un état désastreux du réseau téléphonique
en 1900 ?
L'étude de l'attitude d'un groupe spécifique parmi
les ingénieurs du télégraphe que nous baptiserons
« groupe des Annales », et de sa volonté
de favoriser la recherche et la culture technique des télégraphistes
va nous permettre d'apporter à cette question des éléments
de réponse tranchés par rapport aux explications traditionnelles.
L'invention des premiers instruments électriques
permettant l'échange d'informations écrites à
distance (télégraphe) est réalisée simultanément,
en 1836-1837, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne (2).
L'installation des premières lignes, puis des premiers réseaux,
dès le début des années 1840, sont effectives
dans les principaux pays développés (Grande-Bretagne,
Etats- Unis, France, Etats allemands...) quelles que soient les
formes empruntées (réseaux d'Etat
en Europe, privés aux Etats-Unis).
Partie avec un temps de retard, la France va connaître un
développement spectaculaire dans les années 1850-70
grâce à la conjonction de plusieurs facteurs :
l'octroi de crédits importants
autorise l'installation du réseau dès la fin des années
1840. Rompant avec les tergiversations et les résistances
de la Monarchie de Juillet, la politique d'équipement votée
par l'éphémère Seconde République sera
amplifiée sous Napoléon III,
l'ouverture du télégraphe
aux échanges commerciaux, opérée dans les premières
années du Second Empire, va permettre une croissance soutenue
du trafic et des recettes,
la mutation de l'Administration traditionnelle
(la « maison Chappe ») sera entreprise très tôt
sous le règne du directeur général de Vougy,
la mesure la plus spectaculaire étant la promotion des inspecteurs
techniques au détriment des anciens chefs de station, dont
le rôle était essentiellement administratif et politique
(les garants du secret des dépêches) (3),
la création par A. Foy, dès
le début des années 1840, d'une politique de recrutement
de personnel technique de haut niveau, ingénieurs issus de
l'Ecole polytechnique et même, en 1860, d'un ingénieur
conseil féru d'électricité (Théodose
du Moncel (4),
l'existence, au sein du tissu social
français, d'une tradition de petits ateliers de mécanique
performants appuyés sur les compétences des anciens
élèves des Arts et Métiers. L'exemple de la
collaboration d'Emile Baudot, célèbre employé
de l'Administration, inventeur de la lignée des télégraphes
multiple-imprimeurs portant son nom et de Victor Cartier, ancien
de l'Ecole des Arts et Métiers de Châlons- sur-Marne,
chef du bureau des études aux ateliers Carpentier (5,) est
tout à fait significatif (6).
Ce qui caractérise cette période de la télégraphie
française tient dans la capacité d'un groupe d'ingénieurs,
qui se constitue au sein de l'Administration des télégraphes
dès la fin des années 1840, à poser les bonnes
questions techniques, à mettre en place une politique de
veille technique et technologique, à favoriser l'innovation,
à lutter inlassablement pour la mise sur pied d'une école
d'ingénieurs électriciens, bref à « inventer
» l'embryon de ce que l'on baptisera plus tard « politique
de recherche ».
1. C'est l'affirmation de H. de Vougy, directeur
général de l'Administration des télégraphes,
qui donne les principaux chiffres des divers réseaux européens.
C'est convaincant sauf pour la Grande-Bretagne.
2. Cette simultanéité des "découvertes"
ou "inventions", qu'elles soient d'ordre conceptuelles,
figure classique du développement des sciences et des techniques.
3. BERTHO, 1981, p. 104.
4. Théodose du Moncel et non pas Théodore comme on
le rencontre souvent dans la littérature secondaire.
5. Jules Carpentier (1851-1912), polytechnicien passé très
rapidement dans l'industrie privé (Compagnie des Chemins
de fer PLM) rachète, à la mort de Rhumkorff, ses ateliers
de constructions d'instruments de mesure électriques.
6. Pour le rôle des Écoles des Arts et Métiers
au XIX' siècle, voir T. Shinn, A. Grêlon.
La constitution du groupe des Annales
Saisissant très tôt l'importance
que va prendre la technique, Foy recrute des polytechniciens (7
) et émet le vu de créer une école d'application
analogue aux écoles des Mines ou des Ponts et Chaussées.
Eugène Gounelle (1821-1864) en 1844, puis Edouard Blavier
(1826-1887) en 1846, dirigent le chantier de la première
ligne électrique installée entre Paris et Rouen. Bien
d'autres suivront dont nous ne citerons que les plus connus. Jules
Ray- naud (1842-1888), docteur es physique en 1870, popularise,
à l'occasion des essais et mesures qu'il effectue sur les
câbles fabriqués à Toulon, les équations
de Kirchhoff tombées dans l'oubli en France (8). Ernest Mercadier
(1836-1911), entré aux télégraphes à
sa sortie de polytechnique en 1859, est un grand spécialiste
de l'histoire de la science musicale et de la physique appliquée
à la musique.
Républicain convaincu, il est mis à l'index par de
Vougy en 1866 et se met en disponibilité en 1868. Il sera
rappelé en 1870 par Stee- nackers et sera nommé chef
du laboratoire de l'Ecole supérieure de télégraphie
en 1878 ; il est nommé en 1882 directeur des études
à l'Ecole polytechnique, école dans laquelle il enseignait
depuis 1875. Vaschy (1857-1899), brillant théoricien, enseignera
à l'Ecole supérieure des télégraphes
et à l'Ecole polytechnique. Charles Bon- temps (1839-1884)
sera chargé des cours pratiques de télégraphie
à l'Ecole supérieure de télégraphie
(9).
Tous collaboreront activement aux Annales
Télégraphiques, (consultables en
ligne) tant sous la forme d'articles de recherche originaux
que par des notes d'analyses des travaux et inventions réalisés
en France et à l'étranger. Ils vont jouer durant quarante
ans un rôle technique, scientifique et politique original
au sein de l'Administration (10).
Le premier souci de ces ingénieurs et particulièrement
du plus illustre d'entre eux, Blavier, est celui de la formation,
de l'éducation technique des télégraphistes,
quelle que soit la place qu'ils occupent dans la hiérarchie.
Blavier publie un traité de télégraphie en
1857 (seconde édition très enrichie en 1867) qui sera
le traité de référence de l'Administration
pendant plusieurs décennies. On retrouve Blavier et Gounelle,
dès 1860, dans la commission d examination des chefs de station
(grade issu de l'ancienne administration) aspirant à devenir
inspecteur à l'issue d'un recyclage. Responsable des cours
supérieurs internes à l'administration organisés
à partir des années 1870, Blavier sera logiquement
nommé directeur de l'Ecole supérieure de télégraphie
à sa création en 1878.
7. On ne voit pas où l'administration des télégraphes
aurait pu puiser ailleurs les ingénieurs dont elle avait
besoin. Mis à part l'École polytechnique et ses écoles
d'application, civiles ou militaires, il n'existait dans les années
1840 que l'école Centrale des arts et manufactures, résolument
hostile à envoyer ses élèves dans les administrations
d'État voir Grêlon (1984), Shinn (1980).
8. BUTRICA, 1988.
9. Nous ne citons que les plus connus. Il faudrait y ajouter les
noms des élèves de l'École, après 1878,
comme Thévenin, Guillebot de Nerville qui sera directeur
du Laboratoire central d'électricité (LCE) dès
sa création, Cailho, Barbara...
10. Pour plus de détails sur ce groupe d'ingénieurs,
voir M. Atten, A. Butrica.
Cette entreprise pédagogique se prolonge
par la part active qu'il prend, avec Gounelle jusqu'en 1864, puis
avec Raynaud, Vaschy... à partir de 1874, à la publication
des Annales Télégraphiques. Cette revue organise,
dès 1858, une véritable politique de veille technique
et technologique pour utiliser un vocabulaire d'aujourd'hui. Suivi
et popularisation des théories de l'électricité
les plus modernes (avec traduction d'articles scientifiques de W.
Thomson, Faraday, Kirchhoff, Maxwell...), reproduction systématique
de notes (des Comptes rendus de l'Académie) ou articles traitant
de questions concernant l'électricité (des dynamos
aux courants forts...), suivi des revues étrangères
de télégraphie et d'électricité (britanniques
et américaines avant tout) (11), analyse du développement
de la télégraphie dans le monde, description des appareils
du monde entier, qu'ils soient issus des administrations ou de fabricants
privés... Cet organe est d'autant plus précieux qu'il
est le seul journal d'électricité en France, entre
1858 et 1876 (12). Revue de veille technique mais également
de recherche : les travaux des ingénieurs français
portent sur la théorie des transmissions, sur les unités
électriques, sur les diverses techniques de transmission
(duplex, multiplex), sur les technologies des fils (matériaux),
des parafoudres, des relais, des électroaimants, des piles,
des systèmes d'impression...
La participation de ces ingénieurs
à la commission chargée d'étudier les perfectionnements
ou inventions proposés par les membres de l'Administration,
par des électriciens ou par des ateliers de construction
d'appareils électriques, leur permet
de favoriser l'innovation.
Les décennies 1860-1880 de la télégraphie française
font apparaître un remarquable dynamisme avec la mise au point
des appareils de Meyer, de Hughes, de Baudot, de Lenoir... dont
certains, tels les Baudot connaîtront un succès international
indéniable.
Cette réussite tient aux liens privilégiés
que ces ingénieurs, qui sont des savants, des scientifiques,
entretiennent avec l'exploitation technique. L'expression de Gounelle
résume leur position : « On ne peut séparer
la théorie de la pratique ; sans la première, on marche
en aveugle, sans la seconde, on ne marche pas » (13). C'est
là que leur exigence pédagogique trouve sa raison
d'être : « développer l'instruction technique
au-delà du strict nécessaire, s'efforcer de former
des agents qui soient non seulement à hauteur de leur tâche
journalière, mais encore capables de contribuer au progrès
» (14). En prise directe avec la réalité quotidienne
de la pratique télégraphique, ils ont une claire conscience
des contraintes et contradictions propres à l'innovation.
« L'innovation, pour être vraiment utile, ne doit pas
être perpétuelle : en effet, elle ne se présente
pas, comme certains se l'imaginent, complète et parfaite
du premier jour ; elle a besoin d'essais, de tâtonnements,
d'améliorations graduelles, elle n'atteint que peu à
peu sa forme définitive, et c'est seulement alors qu'elle
devient profitable » (15). Evidemment, une telle conception
ne rencontre pas que des assentiments, y compris au sein même
de l'Administration des télégraphes comme le montre
l'éviction de Blavier par de Vougy, en 1865, peu après
la mort de Gounelle. « Dans la crainte sans doute que l'attrait
des questions théoriques ne détournât ses fonctionnaires
de leurs occupations administratives, M. de Vougy crut devoir prendre
en dehors du corps les conseillers scientifiques de son administration
» (16).
11. Cette attitude, évidente de nos jours,
ne sera pratiquée systématiquement par les physiciens
français qu'à partir de la création du Journal
de physique en 1872.
12. Excepté pour la période 1866-1873. L'Électricité,
premier journal spécifique à cette branche n'apparaît
qu'en 1876 et la Lumière Électrique en 1879.
13. Cité dans "notice de Blavier", p. 1
14. 14. idem, p. 106.
15. idem, p. 112.
16. BLAVIER, "Notice..." par Raynaud, p. 38.
Afin de montrer l'interaction entre formation professionnelle
de niveau élevé, action du groupe des Annales et innovation,
nous nous appuierons sur l'exemple de Baudot. Après une instruction
primaire et une adolescence consacrée aux travaux des champs,
Emile Baudot (1845-1903) entre comme surnuméraire de l'Administration
des télégraphes en 1870. Il mène dès
lors de pair ses travaux inventifs et son éducation technique.
Promu contrôleur en 1880, il est reçu, grâce
à la formation interne à l'Administration, à
l'examen d'inspecteur-ingénieur en 1882. Son brevet (juin
1874) repose sur le choix de l'alphabet de Gauss et Weber (1834)
permettant de transmettre sur un seul fil 31 signes distincts par
la combinaison de cinq éléments (17). La commission
chargée d'examiner le projet (composée de Blavier,
Raynaud, et des chefs de la Station centrale de Paris, du service
du contrôle et des ateliers) propose l'ouverture d'un crédit
de 2 000 francs pour la construction d'un prototype (18). Rappelons
que ce système va connaître un succès international
important : il est introduit en Italie (1887), en Hollande (1895),
en Suisse (1896), en Autriche et au Brésil (1897), en Angleterre
(1898), en Allemagne (1900)... Nous avons bien d'après cet
exemple le mélange d'ingrédients supposés ci-dessus
: les cours internes qui permettent la formation d'employés
brillants mais sans instruction supérieure de par leur origine
modeste, les contacts noués dans ce cadre entre Baudot et
ses professeurs, le soutien reçu de la commission des perfectionnements
au sein de laquelle ces mêmes ingénieurs jouent un
rôle décisif, les conseils amicaux et les encouragements
techniques qu'ils prodiguent au jeune inventeur,
tout cela favorise l'innovation.
Enfin, il est un aspect de l'activité
de ce groupe d'ingénieurs qu'il convient de souligner parce
qu'il jouera un rôle par la suite : les liens noués
avec les mondes industriel et universitaire. De part leur activité,
ces ingénieurs nouent de nombreux contacts avec les fabricants
de matériels télégraphiques et, d'une façon
plus générale, avec l'industrie électrique
naissante. Ces liens seront particulièrement visibles lors
de l'exposition internationale d'électricité de 1881,
ou avec l'élection de Blavier comme vice-président
de la Société internationale des électriciens.
Les liens avec la communauté scientifique
et, plus particulièrement, avec les physiciens sont tout
aussi ténus. Partie prenante de la création de la
Société française de physique en 1872, Blavier
en sera élu président en 1878. On voit ces ingénieurs
prêter leurs instruments aux laboratoires de la Sorbonne.
Blavier réalise, au début des années 1880,
un important travail sur les courants telluriques qui l'amène
à collaborer avec Mascart, professeur au Collège de
France. Enfin, les liens sont très étroits avec l'Ecole
polytechnique où Raynaud, Mercadier, Vaschy seront répétiteurs,
et plus particulièrement avec les professeurs de physique,
Potier et Cornu (ce dernier présente leurs notes à
l'Académie des sciences...).
En résumé, par leurs exigences théoriques,
l'accent mis sur la recherche et l'innovation, par la parfaite connaissance
de l'exploitation, leur insistance à développer la
culture technique du personnel, par leur action constante de veille
technique, c'est, en utilisant une expression anachronique, une
pratique de recherche et développement que porte ce groupe
d'ingénieurs. Il convient toutefois de préciser cette
appréciation : nous parlons de pratique parce qu'il ne s'agit
pas d'une « politique » identifiée comme telle,
construite sur l'appréciation consciente, raisonnée
du poids à attribuer aux divers paramètres.
Dans un tel contexte, la création de l'Ecole supérieure
de télégraphie en 1878 peut apparaître comme
un aboutissement logique. Nous allons voir qu'il n'en est rien.
L'existence et la logique de ce groupe vont se heurter à
d'autres déterminations, à commencer par les rapports
entre les administrations des postes et des télégraphes.
17. Mimault, employé des télégraphes
à Poitiers et concurrent malheureux de Baudot dans le long
conflit qui opposera ces deux hommes, avait proposé dans
son brevet déposé en janvier 1834 un système
utilisant le même code à 31 signes mais sur cinq fils.
Voir, entre autres articles, "Baudot et son uvre"
(biblio).
18. C'est la même commission qui rejettera la proposition
de Mimault, ce qui conduira cet employé, se considérant
comme floué au terme d'une longue bataille juridique (12
ans), à assassiner, dans un moment de folie, J. Raynaud en
1888.
Le débat sur la fusion dans les années
1860
Une grande question agite ces deux administrations
tout au long du XIXe siècle : leur fusion.
La solution adoptée va sceller le sort des télécommunications
françaises pour un bon siècle. C'est dans les années
1820 que naît cette idée, mais elle ne prend corps
et ne devient un problème concret, débattu, qu'à
partir des années 1860.
En 1864, les Annales Télégraphiques
publient les rapports des deux directeurs généraux,
E. Vandal pour les postes et H. de Vougy pour les télégraphes.
Les grandes lignes de l'affrontement y sont tracées, les
principaux arguments avancés ; ils ne varieront guère
jusqu'à l'absorption finale des télégraphes
par les postes dans les années 1880.
Ces rapports, destinés aux ministres de tutelle (Finances
et Intérieur), sont provoqués par la demande de crédits
des télégraphes (quelque 12 millions de francs) en
vue d'étendre le réseau télégraphique
jusqu'au cur de chaque canton, soit la création d'environ
4 000 petits bureaux télégraphiques
qui viendront s'ajouter aux 1 147 bureaux existants.
Les arguments de Vandal sont assez simples
:
la séparation de ces deux administrations
à vocation similaire (transporter des messages) est contre-nature
(19),
le réseau des bureaux de poste,
beaucoup plus étendu (4 558 bureaux fin 1864), laisse entrevoir
des économies qui paraissent évidentes, particulièrement
dans les cantons,
la fusion est inscrite dans la marche
de l'histoire ; cela est confirmé par une évolution
analogue dans la plupart des pays européens, affirme Vandal,
les postes et télégraphes
sont complémentaires : les postes ont les bras et les locaux
dont les télégraphes ont besoin ; ces derniers ont
un encadrement supérieur pléthorique dont les postes
feraient le meilleur usage (20).
Avant d'examiner les réponses du directeur
des télégraphes, nous ferons deux remarques.
Il y a un long développement du rapport de Vandal consacré
à l'opposition entre « les postes, instrument démocratique
et populaire » face « au télégraphe, instrument
des riches » qui nous paraît digne de la Troisième
République.
Voilà qui pourrait soutenir une des raisons avancées
pour expliquer le démantèlement de l'administration
des télégraphes (bonapartiste) si l'on pouvait croire
un seul instant à une administration des postes républicaine
en plein Second Empire (21). La seconde remarque a trait à
l'absence totale de préoccupation technique dans le texte
de Vandal. La seule allusion tient en trois lignes : « On
sait combien l'appareil télégraphique est facile à
manier et combien il se prête aux aptitudes des femmes »
(22) . L'accent mis sur les terminaux et leur maniement semble occulter
totalement le réseau qui les relie. Ce qui n'est pas étonnant
en regard de la logique purement administrative de Vandal.
19. Cet argument, qui va peser lourd, reste sans
réponse de la part de Vougy, ce qui est un peu surprenant.
Pourquoi, avec le même type de raisonnement, ne pas confier
les chemins de fer aux Ponts et Chaussées ? Ce qui, au XIXe
siècle, aurait provoqué un beau tollé.
20. "Au point de vue budgétaire, la fusion réaliserait
l'économie suivante : le personnel télégraphique
est monté avec un luxe réel, luxe qui a été
remarqué par le corps législatif. Vandal, op. cité
p. 615.
21. Cf. Bertho. Cet argument qui traduit probablement une certaine
réalité nous paraît un peu court ; surtout parce
qu'il présuppose l'homogénéité des administrations,
peu crédible pour les postes et fausse pour les télégraphes.
Le groupe des Annales, par exemple, inclut au moins un républicain
notoire et engagé, Mercadier.
22. VANDAL, 1864, p. 613.
La caractéristique la plus surprenante de
ce débat tient au fait que la réponse du directeur
des télégraphes, de Vougy, se situe dans la même
logique. Il justifie son opposition à la fusion par cinq
arguments essentiels :
le réseau cantonal sera construit
par étapes, en collaboration financière avec les communes
intéressées (sur les 4 000 stations cantonales potentielles,
seules 344 sont légitimes à court terme, ce qui réduit
considérablement les investissements nécessaires immédiatement).
l'affirmation de Vandal d'une fusion
réalisée dans les autres pays d'Europe est fausse,
assure de Vougy. Il fournit, en annexe à son rapport, une
analyse de la situation des administrations, pays par pays (Prusse,
Russie, Angleterre, Autriche, Italie, Belgique, Espagne, Suisse...).
Le seul exemple de fusion, celui de la Prusse, ne concerne précisément
que le réseau cantonal, affïrme-t-il.
il se propose de conclure un accord
avec son homologue pour unifier les petits bureaux secondaires (confiés
pour certains, à titre d'expérience, au secrétaire
de mairie ou à l'instituteur).
argument ultime : le télégraphe
est un outil d'ordre public qui ne saurait être confié
qu'au ministère de l'Intérieur (les postes sont rattachées
à cette époque aux Finances).
Le seul argument d'ordre technique évoqué
par de Vougy est symétrique à celui de Vandal : le
maniement des appareils télégraphiques est délicat
et demande une sérieuse instruction (par exemple, il faut
un an pour former un opérateur sur le Hughes (23).
Sur recommandation du rapporteur, «
une commission est instituée par les ministères des
Finances et de l'Intérieur en vue d'étudier les moyens
pratiques de la réforme ». Quelques bureaux municipaux
sont organisés en commun à titre d'expérimentation.
Le débat est donc gelé jusqu'à 1870.
23. Le télégraphe de Hughes, amélioré
par les français en accord avec l'inventeur, est complexe.
Il est évidemment exclu de l'installer dans les bureaux cantonaux
!
La fusion dans les années 1870-1880 : un changement
de tactique
La question va évidemment ressurgir (nous
avons comptabilise huit rebondissements en dix-huit ans), le plus
souvent à l'initiative de la direction de la Poste avec quelques
contre-offensives des ingénieurs. Il semble que la direction
du télégraphe, confiée entre 1871 et 1878 à
Pierret (24), un polytechnicien issu du sérail, soit particulièrement
effacée. Après la période des grands débats
des années 1860, la tactique des postiers change, conduisant
à une prise du pouvoir par petits pas. (25)
C'est la guerre franco-prussienne qui relance
les hostilités. Le télégraphe apparaît,
en ces temps troublés, comme un instrument décisif,
stratégique du point de vue militaire. De plus, les ingénieurs,
sous la direction de Blavier, font un travail remarquable permettant
d'établir des liaisons avec le front, rétablissant
dans des délais record le réseau français amputé
de l'Alsace et de la Lorraine. Il n'est pas très étonnant,
dans ces conditions, que les deux administrations soient regroupées
sous la direction des télégraphistes (unité
au seul niveau de la direction supérieure, les deux administrations
restant par ailleurs autonomes). Thiers rétablit la situation
antérieure dès 1871. La même année, une
des cinq commissions de l'Assemblée nationale « émet
l'avis, longuement motivé, que le maniement des appareils
télégraphiques pouvait être confié aux
agents des postes dans les petits bureaux, mais que les deux personnels
devaient rester entièrement distincts pour tous les postes
de quelque importance ».
Les deux administrations pourraient être placées sous
une autorité unique, le ministère des Travaux publics.
Fort du prestige acquis sur le front, les ingénieurs,
par la voix de leur plus illustre représentant, osent (26)
faire entendre leur conception.
En 1872, Blavier publie un opuscule de 120 pages sur cette question
dans lequel il propose une véritable « politique »
de rapprochement qui tienne compte de la dimension technique d'un
domaine fortement structuré par l'innovation (27).
Reprenant les arguments un à un en les triant, il présente
le contexte de fonctionnement d'un réseau, précise
les divers postes en service, en déduit les aptitudes à
demander au personnel pour arriver à la conclusion que seule
la fusion de petits bureaux communaux présente un intérêt.
Il combat l'idée émise de confier la construction
des lignes aux Ponts et Chaussées au nom de l'indispensable
unité entre utilisation et entretien des fils. Mais ses critiques
sont essentiellement concentrées sur le rôle de l'Administration
centrale que l'on veut « cantonner dans des travaux purement
administratifs ; il réclame un bureau de statistiques, un
bureau scientifique chargé de la direction des recherches
techniques et théoriques, un laboratoire, une bibliothèque,
des crédits pour encourager les travaux, un journal pour
les faire connaître » (28).
Il conclut en proposant comme solution institutionnelle
« la création d'un ministère spécial
des postes et des télégraphes dans lequel
les deux services conserveraient leur autonomie, sans être
subordonnés l'un à l'autre ». Et de repousser
radicalement le rattachement aux Finances pour sa propension à
la fiscalisation : « cette tendance, si naturelle, si justifiée
dans une administration financière, à s'attacher surtout
à ce qui rapporte et à redouter ce qui peut devenir
une occasion de dépenses, on pourrait craindre un peu de
parcimonie à l'égard des recherches, des essais et
des innovations ».
Malgré l'avis de la commission parlementaire
de 1871, l'intervention de Blavier, l'idée de la fusion fait
son chemin, notamment dans plusieurs pays européens. Une
loi est votée en 1873 qui confie la gestion des bureaux municipaux
aux postes. La crise économique de 1873, faisant suite à
celle de 1867, pèse lourd dans la décision de l'Assemblée
nationale de faire des économies (29).
Toutefois, les choses traînent en cette période incertaine
de la Troisième République. Les règlements
d'application sont promulgués en 1876 et les décrets
d'application en octobre 1877 et en février 1878. A la clé,
la création de l'Ecole supérieure de télégraphie.
Cochery, artisan de cette politique, obtient « son »
ministère en 1879.
Ce n'est pas le moindre paradoxe (30) de cette
histoire que de voir Cochery s'appuyer sur les ingénieurs
du télégraphe pour asseoir son ministère alors
même que la direction des postes, sous sa tutelle, continue
son grignotage. En effet, l'entente entre les ingénieurs
et Cochery semble bonne.
24. Jugé très timide par le Journal
télégraphique de Berne, cité dans "Blavier
: Notice..." et dans la nécrologie que les Annales lui
consacrent.
25. Peut-être le mot tactique est-il un peu fort ? Déterminer
dans quelle mesure la démarche de la direction des postes
est consciente reste à étudier.
26. Les relations entre le groupe des Annales et la direction de
l'Administration des télégraphes restent à
étudier ; mais, en aucune façon, les ingénieurs
ne sont habilités à parler au nom de l'Administration.
27. E. Blavier, Considérations sur le service télégraphique
et sur la fusion des Postes et des Télégraphes. Nancy
(1872). La forme employée par Blvier, un opuscule et non
pas un article dans les Annales, nous paraît un indice de
la position inconfortable des ingénieurs.
28. Cité dans Notice sur la carrière... Annales télégraphiques
(1888), p. 103. Rappelons qu'à cette époque les Annales
avaient été arrêtées à la suite
de l'hostilité affichée par de Vougy.
29. La commission parlementaire chargée d'évaluer
les économies supputées (par réduction du personnel
entre autre) en profite pour stigmatiser l'emploi de deux ingénieurs
électriciens qui "n'ont d'autre fonction que de réaliser
des expériences pour hâter le développement
de l'art télégraphique" (cité dans A.
Butrica). La nécessité d'une politique de recherche
de la part d'une Administration d'État semble loin.
30. Ce paradoxe tient peut-être au manque d'études
plus précises sur cette question.
La création de l'Ecole supérieure
de télégraphie et de son
laboratoire associé, avec des moyens adéquats, ravit
les ingénieurs et constitue un indéniable succès
pour l'obstiné Blavier. Cochery « avait entendu témoigner,
par le choix du chef, du prix qu'il attachait à l'institution
» assure le biographe de Blavier. Nous pourrions ajouter que
Cochery se fait ainsi des alliés décisifs qui vont
l'aider sérieusement à prendre la direction du grand
projet d'exposition universelle d'électricité de 1881
et du congrès scientifique qui l'accompagne, alors même
que l'initiative de l'exposition appartenait aux industriels (31)
. Une proposition pour organiser une telle exposition avait été
avancée dès 1879 par le comte d'Arroz (32). On retrouve
le soutien direct de Cochery à Blavier, en 1882, lors des
essais utilisant des fils souterrains du réseau qui conduisent
ce dernier à son importante et remarquée étude
des courants telluriques (33). L'état de nos recherches ne
nous permet pas de nous prononcer sur la cohérence de Cochery.
Mais il semble clair que son initiative de décharger les
ingénieurs de leurs tâches administratives se soit
transformée en instrument de pouvoir contre les ingénieurs.
Dans le même temps, le grignotage, l'absorption
des télégraphes par la direction des postes continue.
Le décret de 1883 est à cet égard décisif
; il établit la coupure entre services techniques et services
d'exploitation, décision qui, au delà des conséquences
évidentes et immédiates sur le rapport de force entre
ingénieurs et administrateurs, aura des effets à long
terme sur la recherche.
Les ingénieurs, dès lors cantonnés
dans les services centraux ou les services techniques des régions
(au nombre de seize), perdent, trois ans plus tard, ce qu'il leur
restait de pouvoir. En effet, la nouvelle réforme de 1886
leur retire la direction des services techniques des régions
qui est confiée aux directeurs départementaux des
postes (34). Ne restent aux mains des ingénieurs que l'Ecole
supérieure de télégraphie et la recherche,
qu'ils vont perdre deux ans plus tard (35). Afin de tenter d'avancer
des éléments d'explication à cette évolution,
il convient de revenir à l'Ecole supérieure de télégraphie.
31. On peut parler de "coup" politique
parfaitement réussi : en plus du succès de masse de
l'exposition tout à fait conséquent dont Cochery tire
une bonne part du bénéfice, ce dernier réussit
à se faire nommer président du congrès scientifique
!
32. F. Caron voit dans cette manifestation le point de départ
d'une concurrence accrue entre industriels de l'électricité.
Cela souligne qu'en aucune façon, l'organisation par l'État
de cette manifestation ne peut être comprise comme l'amorce
d'une politique technique de l'État.
33. "La contribution la plus importante depuis Gauss à
l'étude du magnétisme terrestre..." commente
W. Thomson.
34. On est loin désormais des arguments avancés par
Vandal pour justifier la fusion, notamment celui qui consistait
à souligner la complémentarité des des administrations,
la Poste fournissant les bras et le Télégraphe l'encadrement
supérieur dont il était pourvu avec luxe.
35. GUILLET, 1989. 36. VEDEL, 1984.
Les dix ans de l'Ecole supérieure de télégraphie
II semble que la création de cette
Ecole soit la contrepartie offerte aux ingénieurs à
la mainmise des cadres administratifs de la Poste sur l'ensemble
des P. et T (36). Mais c'est aussi le résultat d'années
d'efforts des ingénieurs. Rappelons qu'à la mort de
Gounelle en 1864, de Vougy supprime l'embryon de formation supérieure
mise sur pied par Gounelle et Blavier et confie la formation élémentaire
des surnuméraires (stagiaires) à Guillemin, professeur
de physique à l'école Saint-Cyr. Ce n'est qu'après
la chute du Second Empire et la guerre qu'une politique sérieuse
de formation du personnel est rétablie avec des cours pratiques
dispensés dans tous les grands centres et « un cours
supérieur destiné à former des électriciens
» (Raynaud, Mercadier... y enseignent). Ce cours supérieur,
de dimension modeste au départ (une douzaine d'agents pendant
trois mois chaque année), s'étoffe en 1877 (25 agents).
Mais les contraintes de service, une durée trop courte (3
mois) en limitent l'efficacité.
La création de l'Ecole supérieure de télégraphie
transforme cette situation. Outre la formation permanente du personnel
qu'elle continue à assurer, sa mission essentielle est la
mise sur pied d'une véritable formation d'ingénieurs
électriciens : un programme beaucoup plus vaste, incluant
des matières scientifiques (mathématique, physique,
chimie...) de haut niveau, une scolarité de deux ans, des
épreuves d'admission exigeantes... (37) Pratique nouvelle
pour ce secteur, le travail en laboratoire, particulièrement
pour les mesures électriques, est favorisé comme le
montre le cours autographié de Vaschy (1886) divisé
en deux parties : la première consacrée aux théories
de l'électromagnétisme, la seconde aux appareils et
dispositifs de mesures de grande précision (38). Afin de
ne pas exclure le personnel des télégraphes, des facilités
et des cours préparatoires sont institués.
Si cette création est un incontestable succès des
ingénieurs, elle reste ambiguë. C'est une école
d'ingénieurs qui très rapidement ne recrutera plus
que quelques candidats français tous les deux ans et des
élèves envoyés par des administrations étrangères.
La vision de Blavier : en faire une école d'ingénieurs
électriciens, va se heurter à la logique de la direction
de l'administration des P. et T. qui cantonne son école au
recrutement des ingénieurs dont elle a besoin, et à
l'hostilité des électriciens qui ne veulent pas d'une
école d'Etat. En l'absence d'école d'ingénieurs
dans ce domaine (39), dans le contexte d'une demande forte de ce
type de spécialiste de la part d'une industrie électrique
en plein décollage dans les années 1880, c'est probablement
une occasion manquée pour l'enseignement technique supérieur
français.
37. Le recrutement visé concerne les polytechniciens,
bien sûr, mais également les normaliens, les centraliens
et les licenciés de l'université.
38. L'inventaire de ce laboratoire reste à faire. Une chose
est certaine : dans un état des lieux établi en 1910
(Notices descriptives sur quelques installations récentes
du service des postes, télégraphes et téléphones,
Paris, Imprimerie nationale, 1910), les instruments de mesure du
laboratoire de l'École supérieure des FIT décrits
semblent, pour une bonne part, appartenir à l'héritage
des dernières décennies du XIXe siècle. Notons
également que le laboratoire de l'École supérieure
de télégraphie possédait un stand propre lors
de l'Exposition d'électricité de 1881. Voir, entre
autres, Guillet, 1988, p. 24.
39. GRELON, 1986. 40. ATTEN, 1988. 41. Les fameuses "bobines
de pupin" permettant de réduire l'affaiblissement et
la distorsion.
Malgré sa courte existence, l'action de l'Ecole
est loin d'être négligeable.
L'enseignement dispensé est parmi les plus avancés,
notamment pour les théories de l'électricité
(introduction de Maxwell en France. Elle favorise la recherche tant
théorique que pratique. Liée aux nécessités
de l'enseignement, une politique de traduction d'ouvrages britanniques
est entreprise par le groupe des annales. Vaschy, qui supplée
à Raynaud dans les années 1880, y développe
ses remarquables travaux sur la théorie des transmissions
débouchant sur une solution originale de résolution
de l'équation des télégraphistes, travaux que
Pupin revendiquera comme source première de ses innovations.
La prise en compte de l'irruption du téléphone, peu
avant la création de l'école, y est nette. De nombreux
essais de lignes, de matériaux (fils en cuivre, en bronze,
étude d'isolant : gutta- percha...), de liaisons associant
fils aériens, souterrains et sous-marins, entre la France
et la Grande-bretagne..., des parafoudres, l'étude des courants
de terre, etc, sont menés dans le laboratoire par les professeurs
et les élèves, les résultats publiés
par les Annales. Des voyages d'études aux Etats-Unis, en
Grande-Bretagne sont organisés. Bref, malgré des moyens
de plus en plus restreints, les dix années de l'Ecole se
soldent par une moisson de travaux dont les Annales témoignent.
Ce dernier bastion des ingénieurs finit par
tomber en 1888 avec la transformation de l'Ecole supérieure
de télégraphie en Ecole professionnelle des P. et
T. qui ne laissera qu'une place réduite aux ingénieurs.
La création de l'Ecole supérieure
de télégraphie et la part prise dans le succès
de l'exposition de 1881 marquent incontestablement l'apogée
du groupe des Annales ; elles en traduisent aussi les limites. Loin
d'être le point d'appui d'une politique de recherche plus
ambitieuse, l'Ecole supérieure de télégraphie
va devenir un point de focalisation des critiques, une position
de plus en plus circonscrite, coupée de la réalité
technique quotidienne et des lieux de décision. Le groupe
des Annales va consacrer ses forces à faire vivre l'Ecole,
à la défendre contre les attaques de plus en plus
virulentes, à faire face au défi technique et technologique
que représente l'irruption du téléphone...
Du rêve de Blavier, créer une école supérieure
d'ingénieurs électriciens, il ne reste bientôt
plus rien. La transformation de l'Ecole supérieure de télégraphie
en Ecole professionnelle consacre le retour à la situation
antérieure : une structure de formation interne à
l'administration.
Cochery, dont on a vu que la politique s'est
retournée contre le groupe, n'en était pas le moindre
supporter. Mais il meurt en 1885 et son ministère disparaît
peu après. Les P. et T. se retrouvent sous la tutelle des
Finances, solution que les ingénieurs ne semblent pas considérer
comme la plus favorable à leurs intérêts. Du
côté des physiciens et de l'enseignement supérieur,
des changements importants interviennent également entre
la fin des années 1870 et les années 1880. Renforcement
conséquent des universités (au détriment du
système des écoles d'ingénieurs ?) et surtout
fort développement d'une critique de l'Ecole polytechnique
et de son système élitiste. D'où l'affaiblissement
du plus solide allié du groupe des Annales. Enfin, la mort
de Blavier en décembre 1887 suivie de l'assassinat de Raynaud,
son successeur, quelques mois plus tard semblent être des
éléments contingents qui accentuent l'affaiblissement
de la résistance des ingénieurs.
La logique première de la fusion, forte de
certains arguments non dénués de fondements pour les
bureaux cantonaux, va se muer en technique d'absorption au profit
d'une vision très anti-technique. La logique de fusion des
deux administrations à tous les niveaux s'est donc réalisée
de façon administrative. En plus de cette logique qui occulte
la dimension technique des réseaux, d'autres éléments
sont à prendre en compte.
Le téléphone arrive en France au moment
même où la nouvelle direction des P. et T. est confrontée
à des problèmes d'envergure telles la création
de la Caisse nationale d'épargne et la mise sur pied du service
des colis postaux.
L'absence de politique de recherche, l'incompréhension
de la spécificité technique des services du télégraphe
et du téléphone, patentes dès le début
des années 1870, sont encore plus visibles au niveau des
choix opérés pour le développement du téléphone.
La politique des concessions à très court terme (5
ans) va se révéler catastrophique. Les recherches
historiques doivent être poursuivies sur cette question car
l'hostilité des ingénieurs à ce choix ne semble
pas faire de doute comme en témoigne
la courte nécrologie de Lartigue, président de la
Société
générale des téléphones,
publiée par les Annales en 1885 : « C'est lui qui a
donné à cette puissante et courageuse Compagnie les
moyens pratiques de vaincre toutes les difficultés inhérentes
à l'établissement d'un service public dont les habitants
de nos grandes villes n'ont pas apprécié immédiatement
tous les bienfaits et la commodité ; auquel les administrations
de l'Etat, dominées par les exigences fiscales de la loi
et des règlements, n'ont jamais pu prêter qu'un concours
d'apparence intéressée. » Mis à part
le thème classique utilisé par les techniciens pour
expliquer leurs déconvenues (« c'est la faute aux clients
qui ne comprennent pas l'intérêt de notre magnifique
invention »), nous y lisons le constat (fait par les ingénieurs)
du désintérêt de l'Administration pour le développement
du téléphone.
Il convient d'introduire une nuance. Si les travaux
sur le téléphone menés par les ingénieurs
français dès le début des années 1880
sont remarquables, il traduisent une approche du téléphone
analogue à celle du télégraphe : l'accent est
mis sur les questions théoriques des transmissions. En un
certain sens, on peut dire que ce sont des hommes du câble.
Or, le téléphone est bien différent du télégraphe
: par son terminal, d'abord, qui doit être installé
chez les abonnés, ce qui multiplie les contraintes, par son
réseau ensuite, qui posera très rapidement la question
de la commutation. Deux terrains sur lesquels les ingénieurs
français vont être absents. Le terrain sur lequel ils
sont présents et même à la pointe de la recherche,
l'amplification, ne débouchera sur des solutions concrètes
que dans les premières décennies du XXe siècle.
Absence également des ingénieurs de l'Administration
du domaine de la télégraphie sans fil dans les années
1890.
Le télégraphe
pneumatique
Entre 1851 et 1867, le nombre de stations
télégraphiques passe de 17 à 2 200 et entraine
une saturation des lignes de la capitale.
Les services télégraphiques doivent alors utiliser
des navettes à cheval partant toutes les 15 minutes entre
deux points névralgiques du système parisien. Les
résultats étant peu satisfaisants en raison de lintense
circulation routière, il est décidé dutiliser
le tube pneumatique pour relier les stations du télégraphe
à Paris.
En 1852, Ambroise Ador, lun des inventeurs
du tube pneumatique procède à des essais au Parc Monceau
en transportant de petits colis par air comprimé.
En 1854, Antoine Galy-Cazalat reproduit lexpérience
et dépose un brevet pour le transport des dépêches
par pression de lair. La première ligne, longue de
1 050 mètres est ouverte en décembre 1866, reliant
le Grand-Hôtel (12 boulevard des Capucines) au central télégraphique
de Paris-Bourse (rue Feydeau). Le tube dacier de 65 mm de
diamètre permet de faciliter les communications de la riche
clientèle. Le message est rédigé sur un formulaire
et remis à un tubiste qui lexpédie par le tube
au central télégraphique. Là, un télégraphiste
le transmet en code vers nimporte quelle ville de France ou
vers une capitale étrangère. La réponse suit
le même chemin.
En 1867, un circuit unidirectionnel
en forme dhexagone - est constitué entre les centres
télégraphiques de la place de la Bourse et le 103
rue de Grenelle. (rue de Grenelle > rue Boissy dAnglas
> Grand Hôtel > place de la Bourse > place du Théâtre-Français
> rue des Saints-Pères).
Toutes les 15 minutes un « train omnibus » effectue
le circuit complet en 12 minutes. Cest à partir de
ce circuit que se développe la poste pneumatique.
Dès 1872, la circulation devient bidirectionnelle.
Lors de la fusion des postes et des télégraphes en
1879, le service se développe et souvre aux particuliers.
La poste pneumatique nest plus, désormais, un vecteur
auxiliaire de la télégraphie.
Autre innovation Le pantélégraphe
Le pantélégraphe est un télégraphe
autographique, l'ancêtre du fax.
Le pantélégraphe de Caselli permet
la transmission d'une reproduction fidèle d'un manuscrit,
d'un dessin, d'un plan ou d'un portrait. C'est le fruit des recherches
de Caselli sur la transmission télégraphique
des images.
1856 : premier prototype concluant
1857 : début de la collaboration entre Caselli et
Paul Gustave Froment, Création de la Société
du Pantélégraphe
1860, 10 mai : démonstration de l'appareil face à
Napoléon III dans les ateliers de Froment
1860, novembre : tests réussis sur la ligne télégraphique
Paris-Amiens
1861, septembre : démonstrations à l'occasion de l'exposition
de Florence, sur la demande du roi Victor-Emmanuel II
1863 : Autorisation accordée pour l'exploitation officielle
d'une première ligne entre Paris et Marseille
Autorisation d'une exploitation expérimentale de quatre mois
entre Londres et Liverpool
Démonstration face à deux hauts fonctionnaires de
l'Empire chinois, l'intérêt pour la transmission des
idéogrammes est élevé
1884 : Tractations entre la Chine et l'Italie dans le but de réaliser
une expérimentation du pantélégraphe à
Pékin. Elles restent sans suite.
Le pantélégraphe reçut un accueil
particulièrement euphorique. Toutefois, cette invention n'a
pas eu de résultat économique à la hauteur
de cet accueil. Ceci pour plusieurs raisons :
La Société du Pantélégraphe
n'entreprend pas de promotion énergique du produit
L'exploitation en Italie est abandonnée
L'administration des Télégraphes en France maintient
un tarif prohibitif sur les télégrammes autographes
Le pantélégraphe apparaît au moment de la mutation
du réseau télégraphique optique Chappe vers
un réseau télégraphique banalisé (Hugues,
Morse, Baudot). "On" cantonne le pantélégraphe
aux transmissions des signatures autographes, même s'il pouvait
transmettre n'importe quel texte.
Les câbles télégraphiques
sous-marins avant le début du téléphone
1838 : premier essai de câbles sous-marins
isolés au caoutchouc.
1843 : découverte de la gutta18, isolant
naturel, à Singapour.
1845 : Werner von Siemens invente lextrusion
et le collage de la gutta percha sur un fil de cuivre.
28 août 1850 : John Watkins Brett pose
le premier câble sous-marin entre les caps Gris-Nez (France)
et Southerland (Angleterre) qui ne fonctionne que 11 minutes ; il
sagit plus dun fil conducteur entouré de gutta
percha que dun câble.
1851 : le premier câble sous-marin à
4 conducteurs renforcé à 8 tonnes est posé
entre les caps Gris-Nez (France) et Southerland (Angleterre) et
fonctionnera plus de 40 ans. Il est considéré comme
le premier câble commercial sous-marin télégraphique.
1er décembre 1852 : une liaison télégraphique
directe est établie entre Paris et Londres ; les messages
sont transis en moins dune heure entre les bourses de Paris
et de Londres, au lieu de 3 jours auparavant.
10 juin 1853 : Napoléon III accorde
une concession aux frères Brett pour relier la Corse et lAlgérie
à la France
Lhistoire des câbles télégraphiques
en Méditerranée est intimement liée aux projets
impériaux, ce moyen de communication servant les fins coloniales
en Méditerranée et permettant daffirmer la toute
récente présence française en Algérie.
Alors que la diffusion de linformation saccélère
sur terre, les espaces marins continuent de poser de sérieux
problèmes techniques. Suite au succès du câble
traversant la Manche, John Watkins Brett développe le projet
dun câble Méditerranéen reliant La Spezia
(près de Gênes) à la Corse, puis à la
Sardaigne et enfin lAfrique du Nord jusquà Bône
(Algérie française). Ce projet est à la croisée
de plusieurs volontés géopolitiques : le royaume de
Sardaigne afin dunifier le territoire royal, la France pour
rattacher la Corse et lAlgérie au territoire métropolitain
et le Royaume-Uni où ce câble sera la première
étape dune connexion télégraphique avec
lInde. Cest un échec, les eaux profondes de la
Méditerranée se révélant complexes pour
les poseurs tandis que le câble construit pour la portion
Sardaigne-Algérie est trop court. Ce problème est
récurrent pour la pose du câble Crète-Alexandrie.
Le projet de câble entre Toulon et Alger en 1860 doit être
modifié et devient un câble Alger-Minorque, se raccordant
ensuite au câble espagnol reliant les Baléares à
Barcelone, le but étant de réduire les portions submergées
des câbles en priorisant les îles.
Si la pose des câbles est perçue à
lépoque comme une grande réussite (surtout le
câble Atlantique de 1866) les câbles nont rien
de définitif et ne remplacent pas la circulation des nouvelles
par voie maritime.
Entre 1850 et 1860, la longueur totale des
câbles sous-marins sélève à 20 826
km dont 5 173 km en Méditerranée et en Mer noire.
En 1860, il est décidé dabandonner les câbles
posés par plus de 300 m de profondeur après leur
premier dérangement.
5 août 1858 : le premier câble
transatlantique est posé entre lIrlande et Terre-Neuve,
prolongeant ceux existants entre le Canada et les Etats-Unis dune
part et entre lIrlande et la Grande-Bretagne dautre
part. Dès 1840, Samuel Morse déclarait sa conviction
de la faisabilité dune ligne télégraphique
sous-marine à travers lAtlantique. Cyrus West Field
est à lorigine de la construction de ce câble
dont les études préalables débutent en 1854.
Il est composé de 7 fils de cuivre recouverts de 3 couches
de gutta percha et enroulé dans du chanvre goudronné
autour duquel une gaine de 18 brins composés chacun
de 7 fils métalliques est posée en spirale. Il ne
fonctionne que 3 semaines ; le premier télégramme
officiel transmis entre les deux continents émane de la reine
Victoria :« LEurope et lAmérique sont
unis par la télégraphie, Gloire à Dieu au plus
haut des cieux, paix et bonne volonté aux hommes sur Terre ».
Il est suivi dun message de félicitation au président
des Etats-Unis James Buchanan, le 16 août 1858 qui répond
: « Cest un triomphe plus glorieux, parce que beaucoup
plus utile à lhumanité, que ceux gagnés
par des combattants sur le champ de bataille. Que le télégraphe
transatlantique, avec la bénédiction du ciel, se révèle
être un lien perpétuel de paix et damitié
entre les nations apparentées, et un instrument destiné
par la Divine Providence à répandre la religion, la
civilisation, la liberté et la loi dans le Monde ».
En septembre 1858, suite à la détérioration
progressive de lisolant et à la corrosion du câble,
celui-ci tombe en panne. La tentative suivante nest entreprise
quen 1865 avec dautres matériaux.
31 juillet 1865 : le « SS Great
Eastern20 » après avoir posé près de
2 000 km de câbles rentre en Angleterre suite à
la rupture du câble.
13 juillet 1866 : la pose dun nouveau
câble permet de retrouver le 9 août 1866 celui perdu
en 1865 et de le connecter au câble présent dans la
cale du navire ; les deux câbles télégraphiques
transatlantiques sont opérationnels.
En 1863, le « Dix-Décembre »
devient le premier navire câblier français ; il est
rebaptisé Ampère le 29 octobre 1870. Un
atelier de maintenance est créé à Toulon.
1864 : la pose dun câble entre
Oran et Carthagène par le « Dix-Décembre »
échoue.
1866 : Le « Dix-Décembre »
installe un réseau de 194 km entre la Corse et lItalie.
1869 : le premier câble sous-marin reliant
la France aux Etats-Unis entre Brest et Cape Cod près de
Boston (Etats-Unis) via Saint-Pierre-et-Miquelon, est commandé
par la Société du câble Transatlantique français
et posé par le « SS Great Eastern ».
5 février 1870 : la liaison Marseille-Bône-Malte
(828 km) est posée avec la technologie britannique. Les câbles
sont désormais sous monopole britannique.
Pour encore plus de détails, consultez la page des câbles
sous-marins de ce site.
LE TELEPHONE ACOUSTIQUE
Avant l'invention
de la téléphonie électrique, la conversation
à distance se faisait à l'intérieur des
habitations, voire même entre immeubles voisins, au moyen
de porte-voix, dits acoustiques.
Ces appareils consistaient simplement en un tube de cuivre qui
reliait les deux points entre lesquels devaient se produire
les entretiens.
A chaque extrémité du tube de cuivre était
fixée une embouchure en bois destinée à
faciliter l'émission de la parole.
L'acoustique est, comme on le voit, d'une grande simplicité
et son emploi a été fréquent toutes les
fois qu'il s'agit de converser entre deux pièces très
rapprochées, comme par exemple d'un étage à
un autre ou entre deux appartements voisins.
On conçoit que le tube de cuivre ne saurait être
d'une seule longueur.
Dans les parties droites on se sert de tubes ayant d'ordinaire
de 2m,80 à 3 mètres et on les raccorde au moyen
de petites parties d'un tube d'un diamètre un peu supérieur
appelées mandions et qui chaussent sur les premiers.
Pour permettre au porte-voix de suivre les contours des murs,
on se sert de différentes pièces de formes appropriées.
Les coudes servent à contourner les angles, les S à
échapper des entablements ou parties de boiseries en
saillie.
A chaque extrémité d'un porte-voix, on met ce
que l'on appelle une bague à vis servant à relier
un tube souple qui se termine par l'embouchure en bois que l'on
approche ainsi aisément de ses lèvres.
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D'autres fois on simplifie les choses et on rend les appels
plus faciles en posant une sonnerie électrique annonce
et réponse qui double en quelque sorte le porte-voix.
L'addition d'appareils électriques a cet avantage qu'elle
permet de donner un appel dont on peut faire varier l'intensité
en prenant des sonneries plus ou moins fortes.
Ces dernières peuvent également Nous allons
donner quelques installations de porte-voix prises parmi les
plus couramment employées.
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Les porte-voix les plus simples sont ceux
qui servent à transmettre des ordres entre deux pièces
superposées que l'on réunit directement par
un tube en cuivre de fort diamètre (30 millimètres
d'ordinaire).
L'extrémité du tube placée à côté
de la personne qui transmet les ordres est terminée
par une embouchure en cuivre sur laquelle elle applique ses
lèvres pour parler ; l'autre extrémité
est munie d'un pavillon de forme très évasée,
semblable à celui des instruments de musique. Ce pavillon
porte le nom de conque. Il permet d'entendre les ordres transmis
dans toute la pièce où il se trouve.
A ce porte-voix il n'est adjoint aucun mode d'appel d'avertissement,
les deux personnes qu'il met en rapport sont supposées
être constamment près de l'appareil.
C'est le porte-voix du capitaine de navire qui donne au mécanicien
tous les ordres de marche.
C'est également celui qui est en usage dans de nombreux
restaurants et qui réunit la salle occupée par
le public à la cuisine située au sous-sol.
Les ordres se transmettent de la même façon.
Au lieu de commander : En avant, plus vite, doucement, stop
! ! les garçons de restaurant indiquent à haute
voix au cuisinier affairé autour de ses fourneaux,
les différents plats commandés par leurs clients,
en faisant suivre souvent leur énonciation d'un Boum
! que dans les moments de presse ils envoient avec un brio
tout professionnel.
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Dans cette embouchure en
bois est enfoncé un sifflet. Quand l'un des interlocuteurs
veut entrer en conversation, il retire le sifflet de l'embouchure
et souffle dans celle-ci pour faire résonner le sifflet
placé dans l'autre embouchure, et le remet ensuite
en place.
La personne appelée retire son sifflet et souffle
à son tour afin d'avertir qu'elle est prête
à écouter, et l'entretien commence en portant
alternativement l'embouchure de la bouche à l'oreille
pour parler et écouter.
On trouvera, dans la vue ci contre, un spécimen de
porte-voix dans lequel nous avons réuni toutes les
pièces les plus couramment usitées dans la
pratique.
Lorsque d'un seul endroit on désire correspondre
à plusieurs autres, on en fait partir un nombre de
tubes égal à celui des directions à
relier au poste central.
Les appels se font ainsi qu'il a été dit pour
un porte-voix simple. Toutefois, comme au central on a besoin
de savoir de quelles directions viennent ces appels, on
munit chaque embouchure d'un sifflet donnant un son différent
qui permet de les distinguer entre eux.
Quand on désire savoir si on a été
appelé pendant une absence ou encore si l'on veut
éviter les sifflets de sons différents, on
fait usage d'embouchures à signal. Le sifflet de
ces embouchures est muni d'une petite tige en bois terminée
par une boule qui la rend plus visible. Quand on souffle
dans ce sifflet, cette tige est projetée au dehors
du logement qu'elle occupait et reste apparente tant qu'elle
n'a pas été remise en place à la main.
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Cliquez sur les pièces pour les agrandir
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Un porte-voix à peu
près analogue est celui que l'on emploie dans les maisons
où l'enfant est confié aux soins d'une nourrice
occupant une chambre assez éloignée de celle
où se tient la mère du bébé.
Un gros tube réunit les deux pièces. L'extrémité
qui se trouve dans la chambre de la nourrice aboutit au-dessus
même du berceau et se termine par un large pavillon
placé en quelque sorte comme la pomme d'un appareil
à douche, de façon à ce que l'on puisse
entendre en prêtant l'oreille à l'autre bout
ce qui se passe dans la pièce.
La mère peut ainsi surveiller à distance son
enfant, se rendre compte s'il crie ou s'il se plaint et au
besoin parler à la nourrice.
Nous avons dit que le porte-voix le plus couramment employé
consistait en un tube de cuivre droit muni à chacun
de ses bouts d'une embouchure avec sifflet.
Un tube souple sert d'intermédiaire et rend plus facile
l'entretien.
Quand on doit appeler de deux points différents à
un seul endroit, on se sert d'une fourche ou Y et, pour faciliter
les appels, on emploie les sonneries électriques.
Dans les hôtels à voyageurs, on met souvent un
porte-voix qui relie chacun des étages au rez-de-chaussée
: le même tube comporte un branchement par étage.
L'embouchure du rez-de-chaussée est munie d'un sifflet
qui indique les appels ; les autres embouchures sont fermées
par un bouchon sans sifflet.
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Si on veut pouvoir appeler
réciproquement, on installe des sonneries électriques
afin de pouvoir sonner à tel étage que l'on
désire, et au besoin on met un tableau indicateur au
rez-de-chaussée, au cas où la personne qui doit
répondre est exposée à s'absenter.
On pourra également se servir de porte-voix séparés
pour relier ensemble les différents appartements d'un
même immeuble à la loge du concierge. Chaque
locataire a, de la sorte, la faculté de demander ce
dernier ou de lui transmettre des ordres pendant le jour ou
la nuit. Un tableau électrique est alors à peu
près indispensable, à moins que le nombre d'étages
ne dépasse pas deux ou trois, auquel cas les deux ou
trois embouchures du rez-de-chaussée comportent simplement
des sifflets de sons différents ou des sifflets à
signal.
Donnons enfin un système de porte-voix assez peu connu
et qui cependant pourra rendre des services.
Il consiste en deux porte-voix A A mettant en relation deux
pièces éloignées avec une troisième
B. Les deux porte-voix sont simples, c'est-à-dire se
terminent chacun par des embouchures ordinaires distinctes.
On pourra, en employant une embouchure dite conjuguée,
mettre en relation directe les deux pièces A, soit
momentanément, soit pour un laps de temps voulu. A
cet effet, on enlèvera les deux sifflets en B et on
fixera les deux embouchures dans le tube & double cône
C, De la sorte, on obtiendra un porte-voix direct entre A
A qui pourront s'appeler et se causer en cas d'absence de
la personne placée en B .
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Les embouchures de porte-voix sont d'ordinaire soutenues
par des lyres en cuivre. Ces lyres ont le double but et d'éviter
que les sifflets ne tombent si l'embouchure restait pendante,
ce qui empêcherait tout appel, et de la mettre commodément
à portée de la main. Lorsque plusieurs porte-voix
sont placés à côté les uns des
autres, les lyres, de formes spéciales, comportent
des étiquettes indiquant les pièces auxquelles
ils correspondent.
Pour remédier à la chute des sifflets, on a
fait usage, il y a un certain nombre d'années, d'embouchures
ayant un mécanisme spécial supprimant le sifflet.
Ces appareils coûtaient fort cher et étaient
d'un fonctionnement assez irrégulier, aussi ont-ils
été peu à peu abandonnés.
Je ne m'arrêterai pas davantage sur ce sujet.
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L'établissement des
porte-voix ne présente que des difficultés matérielles
d'exécution qui réclament simplement du soin
et une certaine habitude de faire les percements et de poser
correctement les tubes.
Les fabricants donnent à toutes les personnes qui désirent
les utiliser les renseignements que nous ne pourrions donner
ici, parce qu'il faudrait trop multiplier les détails
si l'on voulait embrasser tous les cas que l'on rencontre
dans la pratique.
L'emploi simultané des appareils électriques
et des porte-voix rend des services fort appréciés
dans les grandes administrations, les hôtels, les usines,
etc.
Les porte-voix ont l'avantage de ne demander aucun entretien
et transmettent la parole de façon constamment régulière.
Ils présentent par suite une sécurité
absolue lorsqu'il est nécessaire de pouvoir éviter
toute interruption de service.
Ils échappent à des causes de dérangement
souvent difficiles à éviter avec les téléphones
électriques et ne réclament d'ouvriers spéciaux
ni pour leur installation, ni pour leur entretien.
Quand on a à lutter contre de fortes trépidations,
ou encore lorsqu'il faut réunir deux ateliers bruyants
soumis à des vibrations mécaniques violentes,
les téléphones ne donnent que des résultats
médiocres ou nécessitent un établissement
spécial, parfois celui de cabines isolées; le
porte-voix leur sera alors préféré si
la distance le permet.
C'est ainsi que l'usage du porte-voix a été
maintenu pour certaines applications dans lesquelles les téléphones
n'ont pu donner satisfaction en dépit de toute leur
perfection.
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Aujourd'hui avec les progrès de science,
nous avons plus d'explications
Le déplacement du son est caractérisé
par une onde.
Ces ondes, dites mécaniques, ont besoin
d'un milieu dans lequel se déplacer par exemple dans l'eau,
dans l'air, dans les métaux etc.. Par contre, le son ne peut
pas se propager dans le vide spatial.
Ce sont les particules composant le milieu
qui véhiculent l'onde sonore.
Les particules se déplacent, se heurtent
et transmettent leur énergie aux particules voisines.
Ces mouvements particulaires créent
des zones de pression et de dépression (voir schéma
ci-dessous : représentation graphique d'une onde en bleu
et représentation particulaires des zones de pression et
dépression en dessous).


DATES CLES avant le téléphone
14 mars 1837 - Wheatstone & Cooke envoie
le premier message télégraphique britannique.
10 juin 1837 - Charles Wheatstone, de Hanover
Square, Middlesex, et William Fothergill Cooke, de Breeds Place,
Hastings, reçoivent un brevet anglais pour le « télégraphe
à cinq aiguilles » électrique ; nécessitait
six fils entre chacune de ses stations;
6 janvier 1838 - Samuel Morse et son associé,
Alfred Vail, ont fait la première démonstration publique
d'un système télégraphique électrique
à Vail's Speedwell Iron Works à Morristown, NJ (a
transmis une phrase de 2 miles) ; 24 janvier 1838 - deuxième
manifestation à l'Université de New York ;
21 février 1838 - Morse fait une démonstration
du télégraphe au président Van Buren, cabinet
à Washington ;
21 janvier 1840 - Charles Wheatstone et WF
Cooke reçoivent le premier brevet télégraphique
alphabétique anglais ; Le télégraphe ABC était
populaire en Angleterre et en Europe et ne nécessitait pas
de télégraphiste qualifié pour lire et envoyer
les messages ; première application pratique de la communication
numérique codée en série.
10 juin 1840 - Wheatstone a reçu un brevet américain
pour une "amélioration du télégraphe électromagnétique"
("améliorations nouvelles et utiles pour donner des
signaux et déclencher des alarmes dans des endroits éloignés
au moyen de courants électriques transmis à travers
des circuits métalliques"); 10 jours avant Morse a reçu
le brevet, mais Morse a eu la priorité en tant que premier
inventeur ; le brevet Morse décrivait le prototype du célèbre
code point-dash ; au Royaume-Uni, leur télégraphe
n'avait aucun moyen d'enregistrer des messages (Morse le considérait
comme un grand inconvénient).
20 juin 1840 - Samuel FB Morse, de New York,
NY, reçoit un brevet pour les « signes télégraphiques
» (« Amélioration du mode de communication d'informations
par signaux par application de l'électromagnétisme
») ; "Télégraphe électromagnétique
américain".
3 mars 1843 Le Congrès adopte
un projet de loi prévoyant une dépense de 30 000 $
pour une ligne télégraphique entre Washington, DC
et Baltimore ; - Première ligne télégraphique
publique, de Paddington à Slough.
24 mai 1844 - La première ligne téléphonique
américaine est terminée,
L'inventeur américain Samuel FB Morse
inaugure la première ligne télégraphique commerciale
au monde lors d'une démonstration en présence de membres
du Congrès ; message télégraphique envoyé
(« Qu'est-ce que Dieu a fait ? » tiré de la Bible,
- suggéré à Morse par Annie Ellworth, fille
du commissaire aux brevets) du Capitole des États-Unis à
Alfred Vail à la gare de Baltimore, MD ; message télégraphié
au Capitole un instant plus tard par Vail.
6 novembre 1845 - Première ligne télégraphique
(commerciale) payante (deuxième ligne aux États-Unis)
ouverte le long de l'emprise ferroviaire entre Lancaster, Pennsylvanie
et Harrisburg, Pennsylvanie ; 8 janvier 1946 - premier message
reçu.
18 avril 1846 - Royal E. House, de New York,
reçoit un brevet pour un « télégraphe
à impression » ; un téléscripteur qui
imprimerait les lettres de l'alphabet ; capable d'imprimer à
une cadence de 50 mots par minute en lettres romaines.
5 juin 1846 - Ouverture d'une ligne télégraphique
entre Philadelphie et Baltimore.
27 juin 1847 New York et Boston reliées
par des fils télégraphiques.
10 juin 1848 Première liaison
télégraphique établie entre New York et Chicago.
13 juin 1848 - réédition du brevet pour «
Amélioration des télégraphes électromagnétiques
» ; Morse.
1849 - Antonio Meucci découvre le
principe du téléphone (découvre la transmission
de la voix humaine par électricité en appliquant l'électrothérapie
à un patient souffrant de rhumatismes à la tête)
;
1859 - Meucci dépose un cavea de modèle de
téléphone fonctionnel (de nombreuses années
avant le brevet d'Alexander Graham Bell en 1876). Cependant, les
aléas de l'histoire et du bureau des brevets ont déterminé
qu'Antonio Meucci ne sera reconnu qu'en Italie comme le véritable
inventeur du téléphone ;
1er mai 1849 - Samuel FB Morse reçoit
un brevet pour un « télégraphe » («
amélioration des télégraphes électriques
») ; registre télégraphique; incorporé
les fonctionnalités de base du récepteur 1844 et la
méthode de marquage de points et de tirets sur papier.
Avril 1851 - Un groupe d'hommes d'affaires
de Rochester, dans l'État de New York, forme la New York
and Mississippi Valley Printing Telegraph Company ;
13 novembre 1851 Début du service
télégraphique entre Londres et Paris.
1856 - Hiram Sibley et Don Alonzo Watson acquièrent
une série de systèmes télégraphiques
concurrents (le plus grand actionnaire d'Ezra Cornell) ; a changé
son nom pour The Western Union Telegraph Company (signifie l'union
des lignes télégraphiques « occidentales »
avec les lignes orientales ») ;
20 mai 1856 David Edward Hughes. de
Louisville, KY, a reçu un brevet pour un « télégraphe
» ; premier téléscripteur qui a imprimé
avec succès des caractères ; 1857 - vend les droits
pour 100 000 $ à la Commercial Co.
19 mai 1857 - William
F. Channing, de Boston, MA, Moses G. Farmer, de Salem, , ont
reçu un brevet pour un « télégraphe d'alarme
incendie électromagnétique pour les villes »
(« pour donner une alarme instantanée et définitive,
soit générale ou local, dans une ville ou un village,
en cas d'incendie");
4 août 1858 - Cyrus W. Field a achevé
le câble de l'Atlantique, établi la communication télégraphique
entre les États-Unis et l'Angleterre (avait conçu
l'idée du câble télégraphique en 1854,
obtenu une charte pour poser une ligne bien isolée à
travers le fond de l'océan Atlantique ; obtenu l'aide des
Britanniques et des Américains. des navires de guerre ; firent
quatre tentatives infructueuses en 1857 ; quatre navires britanniques
et américains [Agamemnon, Valorous, Niagara, Gorgon] se rencontrèrent
au milieu de l'océan pour une cinquième tentative
en juillet 1858, avec leur chargement de câbles, partis pour
la baie de la Trinité ; , Terre-Neuve, Agamemnon et Valorous
s'embarquèrent pour Valentia, Irlande le 29 juillet 1858);
5 août 1858 - le navire Niagara, ancré sur
la côte de Terre-Neuve, pose 1 016 milles de câble ;
quelques jours plus tard, l'autre extrémité du câble
a atterri avec succès en Irlande ; s'étendait sur
près de 2 000 milles à travers l'Atlantique à
une profondeur souvent supérieure à deux milles ;
16 août 1858 - Le président James Buchanan
a échangé des messages d'introduction et de compliments
officiels avec la reine Victoria ; Il a fallu près de 18
heures pour atteindre Terre-Neuve (99 mots, 509 lettres, en moyenne
environ 2 minutes par lettre ; message transmis à travers
Terre-Neuve par fil aérien soutenu par des poteaux ; à
travers le détroit de Cabot par câble sous-marin jusqu'à
Aspy Bay, Cap-Breton ; par fil aérien à travers l'est
Canada et Maine, via Boston jusqu'à New York) ;
Septembre 1858 - le câble s'est avéré
faible, le courant insuffisant et a cessé de fonctionner
;
1866 - Câble amélioré posé avec
succès.
8 octobre 1860 Ouverture de la ligne
télégraphique entre Los Angeles et San Francisco.
1861 achèvement de la première
ligne télégraphique transcontinentale, assurant des
communications rapides d'un océan à l'autre pendant
la guerre civile américaine ;
24 octobre 1861 - La Western Union
Telegraph Company reliait les réseaux télégraphiques
de l'est et de l'ouest du pays à Salt Lake City, UT ; la
ligne transcontinentale achevée, a permis une communication
instantanée entre Washington, DC et San Francisco (huit ans
avant que le chemin de fer transcontinental ne soit achevé)
; Stephen J. Field, juge en chef de Californie, a envoyé
le premier télégramme transcontinental au président
Abraham Lincoln, prédisant que la nouvelle liaison de communication
contribuerait à garantir la loyauté des États
occidentaux envers l'Union pendant la guerre civile.
24 mai 1862 - Télégraphe de campagne utilisé
pour la première fois dans la guerre américaine ;
quartier général du général de l'armée
près de Williamsport, en Virginie. connecté par fil
à l'avant-garde à plusieurs kilomètres de là
à Mechanicsville, en Virginie.
1866 introduction du premier stock ticker, a fourni
aux sociétés de courtage les cotations de la Bourse
de New York ;
27 juillet 1866 - Après deux échecs, Cyrus
W. Field réussit à poser le premier câble télégraphique
sous-marin entre l'Amérique du Nord et l'Europe.
1869 - Elisha Gray, client, rachète
la participation de George Shawk, copropriétaire de l'atelier
de fabrication de Cleveland associé aux sociétés
télégraphiques Western Union ; formé Gray and
Barton, en partenariat avec Enos N. Barton, ancien opérateur
télégraphique en chef pour Western Union à
Rochester, New York ; Anson Stager, surintendant général
de Western Union, a rejoint le partenariat ;
1870 - lancement du service de gestion du temps, a contribué
à standardiser l'heure à l'échelle nationale
(a été distingué en tant que « le gardien
du temps de la nation » pendant près d'un siècle
);
7 juin 1870 - Frank L. Pope, d'Elizabeth,
NJ, et Thomas A. Edison reçoivent
un brevet pour une "amélioration des instruments d'imprimerie
et de télégraphie" ("les communications
peuvent non seulement être enregistrées automatiquement
en caractères imprimés, à un ou plusieurs points
éloignés, au gré de l'opérateur émetteur,
mais grâce auxquels ce résultat peut être obtenu
avec une plus grande certitude et d'une manière beaucoup
plus simple").
28 décembre 1871 - Meucci
dépose sa première opposition au brevet (avis d'intention
de déposer un brevet), sur le "Talking Telegraph",
renouvelé en 1872 et 1873 mais, malheureusement, pas par
la suite ; déclenchant une série dévénements
mystérieux et dinjustices qui seraient incroyables
sils nétaient pas aussi bien documentés.
1871 - Introduction du service de transfert d'argent de Western
Union, qui est devenu le principal service de l'entreprise ; entreprise
;
1872 - Réorganisée sous le
nom de Western Electric Manufacturing Company après que Stager
ait convaincu le président de Western Union, William Orton,
d'investir dans une entreprise manufacturière ; est devenu
le principal fournisseur de Western Union ;
30 juillet 1872 - Mahlon Loomis reçoit un brevet pour
une « amélioration du télégraphe »
(« mode nouveau et amélioré de télégraphie
et de génération de lumière, de chaleur et
de force motrice ») ; radio sans-fil.
22 octobre 1872 - Thomas A. Edison a reçu des brevets
pour une amélioration du "Papier pour télégraphes
chimiques" (utilisant une pâte très fine de farine
et d'eau qui, avec une solution d'iodure de potassium, pénétrerait
dans le tissu en papier) et pour un "Appareil" amélioré.
for Perforating Paper for Telegraph Use" (une machine compacte
pour perforer du ruban perforé utilisé pour transmettre
des messages télégraphiques - un seul trou pour un
point ou trois trous pour un tiret).
1er juillet 1873 - Thomas Edison reçoit un brevet
pour une « amélioration des circuits pour télégraphes
chimiques » ; concernait une méthode pour réduire
le problème des marques qui se rejoignent sur du papier chimique
dues à l'action électrique d'une pulsation d'un fil
télégraphique qui ne s'efface pas avant la suivante
; 3 mai 1892 Thomas Edison reçoit un brevet pour un
télégraphe parlant.
4 février 1873 - Thomas A. Edison obtient son brevet
pour une « amélioration des circuits pour télégraphes
chimiques » ; méthode pour aiguiser les impulsions,
réduire le problème des marques qui se rejoignent
sur le papier chimique dues à l'action électrique
d'une pulsation d'un fil télégraphique qui ne s'efface
pas avant la suivante.
26 mai 1874 - Thomas A. Edison reçoit
un brevet pour la « télégraphie automatique
et ses perforateurs » ; produit le message directement sur
une bande de papier de telle sorte qu'il soit prêt à
être plié, envoyé immédiatement à
sa destination ; lettres formées par un carré de 5x5
de 25 fils perforés.
1875 - Gardiner G. Hubbard, de
Cambridge, MA, et Thomas Sanders, de Haverhill, MA, acceptent de
financer les travaux d'Alexander Graham Bell
qui essayait d'inventer un télégraphe parlant - un
téléphone ;
6 avril 1875 - Alexander Graham Bell, de Salem, a reçu
un brevet pour une « amélioration des émetteurs
et récepteurs pour télégraphes électriques
» ; attribué à Hubbard et Sanders;
1875 - Gray vend sa participation
et prend sa retraite ;
7 mars 1876 - Bell a reçu un brevet pour «
l'amélioration de la télégraphie » ;
9 juillet 1877 - Bell, Greene, Hubbard et Thomas Watson
fondent Bell Telephone Company pour
exploiter l'invention ;
18 février 1876 Liaison télégraphique
directe établie entre la Grande-Bretagne et la Nouvelle-Zélande.
14 février 1876 Bell et son inventeur rival
Elisha Gray déposent une demande de brevet pour le téléphone
à quelques heures d'intervalle ;
3 mars 1976, Alexander Graham Bell, de Salem,
reçoit le brevet n° 174 465 pour le téléphone.
Avril 1876 - Lars
Magnus Ericsson ouvre un atelier électromécanique
dans une cuisine louée à Stockholm pour réparer
les instruments télégraphiques et autres appareils
électriques ; le fonds de roulement était de 1 000
couronnes, empruntées à Mme Maria Stromberg de Nygard
; société nommée LM Ericsson & Co. ; Novembre
1878 - livraison des premiers téléphones de la fabrication
Ericsson.
30 mai 1876 - Thomas a. Edison a reçu
trois brevets pour une « amélioration des télégraphes
duplex » ; le signal transmis activé soit envoyé
sur le même fil que le signal reçu.
27 juillet 1876 - Après deux échecs,
Cyrus W. Field réussit à poser le premier câble
télégraphique sous-marin entre l'Amérique du
Nord et l'Europe.
9 octobre 1876 - La première conversation
téléphonique bidirectionnelle a eu lieu sur des fils
extérieurs entre Alexander Graham Bell et Watson sur une
ligne télégraphique reliant Boston et East Cambridge.
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