LE TELEPHONE A DAX

Entre 1878 et 1900, la Société de Borda s’est passionnée pour la téléphonie à travers plusieurs expérimentations.

Charles Henry du Boucher de Dax avec d'autres dacquois, fonde en 1876 la société de Borda, avec pour but d'encourager l'étude de tout ce qui concerne les Landes. Il en est membre de 1876 à 1891 et son premier président de 1876 à 1889.
C’est dans ce contexte que, Jules Thore (petit-fils du botaniste Jean Thore), informé de cette invention, confie à son ami Eugène Dufourcet, vice-président de la Société de Borda, sa volonté de construire lui-même un exemplaire de téléphone.
Toutefois, il est rapidement arrêté par l’impossibilité de fabriquer à Dax certaines pièces.
Thore s’adresse alors à l’un de ses amis parisiens qui ne lui fournit pas les pièces demandées, mais, à sa grande surprise, « deux téléphones complets » qu’il réceptionne le 19 janvier 1878 (Par qui ? Peut être Breguet ou Roosevelt ou Walcker, propriétaire du Bazar du Voyage à Paris début 1878). Des essais sont faits le jour même avec Dufourcet.
Mis au courant, le président Henry du Boucher a aussitôt l’idée de faire profiter la Société de Borda de l’avantage qu’avaient ces deux sociétaires, d’être parmi les premiers en France à posséder cette invention.

Néanmoins, Graham Bell n’avait pas encore signé à cette époque de contrat avec un concessionnaire en France. Thore ne dispose donc pas du modèle américain, mais probablement d’exemplaires s’en inspirant.
Lors de la séance du 7 février 1878, Du Boucher annonce qu’il a sollicité Fulcrand Ouy, l’inspecteur en chef du service télégraphique des Landes à Mont-de-Marsan, afin de demander la mise à disposition des fils de l’État pour de futures expériences. Celui-ci appuie la demande auprès de sa direction générale. En attendant l’autorisation, à l’issue de la séance, « tous les membres présents se sont rendus chez M. Thore où ont eu lieu de curieuses expériences de téléphonie. »
L’avis favorable de Paris arrive le 19 février. Cette faveur va plus loin. Fulcrand Ouy y ajoute le concours de son personnel, de son matériel et celui, plus précieux encore, de ses connaissances sur tout ce qui concerne l’électricité appliquée à la télégraphie.

Dès le 21 février, une première expérimentation est réalisée. La bienveillance du directeur du bureau du télégraphe de Dax permet à Henry du Boucher et à Pascal Peyris, sociétaire, de pouvoir correspondre avec un point quelconque de la ligne de Soustons / Saint-Geours-de-Maremne. Dans le même temps, un groupe de sociétaires, où l’on retrouve notamment Jules Thore, Eugène Dufourcet, Hector Serres (vice-président), Paul Calmon (receveur particulier des finances), Raymond Aylies (procureur), Félix Lacoin (substitut), Jules Pelletier (fondateur de la banque homonyme et trésorier de la Société de Borda), partent établir le deuxième poste « sur la route de Bayonne, au Pont de Mauhourat, en face de la propriété de M. Gardilanne, maire de Dax » qui s’est joint à eux avec son premier adjoint, Vincent Pées. Il s’agit de l’actuel Pont Napoléon à Saint-Paul-lès-Dax. Les deux postes sont séparés de cinq kilomètres. Dans son rapport, Eugène Dufourcet se souvient que :
« L’installation fut des plus simples, nous accrochâmes avec un fil isolé celui du télégraphe et nous prîmes notre terre dans le ruisseau voisin, puis nous attendîmes longtemps plein d’anxiété qu’on nous appelât de la ville. […] Nous entendîmes comme un fourmillement dont nous découvrîmes bientôt la cause, ce bruit était occasionné par la transmission des dépêches au moyen des appareils Morse. »
Après un moment d’attente, puis l’arrivée du signal convenu, les sociétaires engagent la conversation avec ceux restés à Dax. Dufourcet signale que « M. le Maire demanda le cours de la Bourse [il était banquier et négociant de son état], il lui fut répondu par la reproduction exacte de la dépêche officielle qu’on venait de recevoir. »
Après ce premier succès rapporté à Fulcrand Ouy, celui propose de venir renouveler l’expérience sur une plus longue distance. Deux jours plus tard, le 23 février, un nouvel essai est effectué entre Dax et Pouillon, où se trouvait le bureau télégraphique le plus proche (moins de 18 km).
Le succès est de nouveau au rendez-vous. Le lendemain, l’expérience est réitérée cette fois-ci publiquement pour les membres de la Société de Borda résidant à Dax et leurs familles, le 24 février étant un dimanche.
Annoncée dans ses colonnes, le rédacteur du "Réveil des Landes" rapporte que 300 personnes étaient présentes dans la grande salle de l’hôtel de ville de Dax cet après-midi-là. Cette expérience prend des allures de réunion mondaine, puisque parmi les notabilités, se trouvent le sous-préfet, l’archiprêtre, le capitaine de gendarmerie, des conseillers municipaux, des officiers du 28e bataillon des chasseurs à pied stationnant en ville, ainsi que des professeurs du collège. Les dernières paroles de l’allocution du président Du Boucher et les acclamations ont été parfaitement entendu depuis le poste de Pouillon où se trouvent Dufourcet, Serres et Thore. Peu après, le public est invité à échanger avec leurs interlocuteurs.
Le rédacteur rapporte que :
« Pour cela, un silence absolu était indispensable, et pourtant n’était pas chose facile à obtenir. Les organisateurs l’avaient prévu : aussi avaient-ils installé le téléphone dans une salle attenante et qui sert, croyons-nous, aux délibérations du Conseil municipal. On n’y était admis que par quinze – dix dames et cinq messieurs – ; puis les portes étaient impitoyablement fermées. Mais ces portes étaient si minces, il y avait aux premiers rangs tant de jolies causeuses, que le bruit parvenait quand même jusqu’au sanctuaire où on initiait aux mystères du téléphone. Comment donc fermer ces petites bouches mutines ? Les membres de la Société de Borda ont prouvé que l’on peut faire marcher de pair la science moderne et la vieille galanterie française. Ils ont invité les messieurs à se retirer dans la pièce qui précède la grande salle ! Enfin, tout le monde a bien voulu y mettre de la bonne volonté et le silence s’est peu à peu établi.»
Le public a pu percevoir, à certains moments, la voix, le son même et le caractère de cette voix si clairement que l’on pouvait reconnaître l’interlocuteur. Mais pas toujours comme le rappelle Victor Lorrin, présent à Pouillon, dans sa conversation avec un Dacquois :
« Celui-ci prit [m]a voix un peu fluette par celle d’une jeune fille et [m]e traita aimablement de Mademoiselle. Mais le téléphone répara lui-même bien vite la méprise dont il s’était rendu coupable et la suite de la conversation parfaitement comprise de part et d’autre, y gagna d’avoir été égayée par cet incident.»
Des couplets de romances, des airs de clairon et de trompette ont été joués jusqu’au son d’une tabatière à musique !

D’autres expériences ont suivi, portées à 42 km entre Dax et Morcenx, puis à 83 km entre Dax et Mont-de-Marsan, toujours avec le même succès. Pour ce dernier essai, la Société de Borda a pu bénéficier cette fois-ci de « deux véritables téléphones Bell » prêtés par Pierre Landry, un docteur en pharmacie originaire de Pauillac qui avait son officine à Dax. Au moyen de bobines étalonnées servant à l’administration pour éprouver les appareils télégraphiques, les expérimentateurs ont l’idée d’introduire dans le circuit des résistances équivalant à des nombres déterminés de kilomètres de lignes aériennes. De là, ils peuvent arriver à correspondre avec Mont-de-Marsan, en faisant traverser au courant téléphonique une distance artificielle, mais effective, de 1 183 km, qui est celle de Dax à Bruxelles.
Assez rapidement toutefois, l’administration retire son concours, obligeant la Société à payer une redevance aux P.T.T. pour son « fil téléphonique » jusqu’en 1889.

Un mémoire relatif aux expériences de Jules Thore est même présenté à la Royal Society de Londres (1887), grâce au physicien britannique William Crookes avec lequel il était en contact.
En 1905, la Société de Borda pouvait déclarer avoir été une des premières, peut-être, à expérimenter la transmission de la parole à grande distance.

A Dax M. Dufourcet, de Dax, qui a signalé, depuis 1878, les bruits nombreux et variés qu’on entend dans un téléphone installé sur une ligne dont les deux extrémités sont en communication avec la terre, suivant les changements de temps, les troubles atmosphériques et les orages, a constaté une grande perturbation dans les courants telluriques et a entendu des bruits anormaux dans le téléphone, lors des tremblements de terre du midi de l’Espagne, le 25 décembre 1884.
Depuis lors, M. Dufourcet a observé de notables perturbations, quoique moins importantes, chaque fois qu’il y a, même au loin, des tremblements de terre, et particulièrement pendant les tremblements de terre qui ont eu lieu en Italie et dans le midi de la France en février 1887. M. Dufourcet pense même que l'observation de ces phénomènes permettrait peut-être d’avertir quelques heures à l’avance, les populations menacées.


J'ai retrouvé le "
BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE BORDA TROISIÈME ANNÉE (1878) DEUXIÈME SÉRIE" qui détaille bien plus ces événements.
A la séance du 7 mars 1878
... La Société décide qu'à la prochaine séance, un rapport sur les expériences de téléphonie qui ont été faites à Dax et à Pouillon sera lu par un des membres qui y ont pris part. ...

RAPPORT SUR LES EXPÉRIENCES DE TÉLÉPHONIE FAITES PAR LA SOCIÉTÉ DE BORDA par DUFOURCET

MESSIEURS,
Avant de vous raconter, en détail, les nombreuses expériences faites par plusieurs de vos collègues, depuis deux mois environ ; avant même de vous dire grâces à quel heureux enchaînement de circonstances il a été donné à notre Société d'être la première à faire connaître dans le département des Landes, bien plus dans la contrée toute entière, la merveilleuse découverte de Graham-Bell ; permettez-moi de vous faire, en quelques mots , la description et l'historique de cet appareil aussi remarquable par sa simplicité que par les effets les plus extraordinaires qu'il a pu produire.
Je donnerai , ainsi, une faible compensation à ceux d'entre vous qui n'ont pas eu l'heureuse chance d'assister à la mémorable séance du 24 février dernier et d'entendre ce même sujet, traité par notre honorable Président, avec la distinction et la clarté d'exposition qui lui sont propres.
Je tâcherai, néanmoins, de ne pas oublier que mon mémoire n'est qu'un procès-verbal et après quelques explications sommaires, empruntées à des publications récentes, je me bornerai à vous exposer, aussi succinctement que possible, ce qui a été fait par ce que j'appellerai votre commission officieuse.
Le téléphone, vous le savez tous , est un instrument qui transmet les sons à de grandes distances, en d'autres termes, c'est un télégraphe parlant.
D'après M. V. H. Preece, membre de l'institution Royale de La Grande-Bretagne, l'art de la téléphonie ne serait pas nouveau. Sans remonter jusqu'aux Grecs, qui , d'après ce savant ingénieur, auraient connu cet art et l'auraient appliqué à diverses pratiques du culte des idoles , il est certain que déjà en 1667, un écrivain anglais, Robert Hooke, rendait compte de véritables expériences de téléphonie dans lesquelles on avait réussi à transmettre des sons musicaux.
Reiss est le premier à avoir appliqué l'électricité à la transmission des sons à distance, son appareil, qui n'a que le défaut d'être très-compliqué, a été construit en 1861 et n'a jamais pu servir qu'à des expériences de cabinet.

Avant cette époque, et il y a déjà une vingtaine d'années, M. Boursolle, aujourd'hui inspecteur du service télégraphique à Auch , avait, lui aussi, imaginé un système de transmission des sons par le moyen des courants électro-magnétiques ; il fit part de son idée à M. de Vougy, alors directeur général de l'administration des télégraphes. Ce haut fonctionnaire mit son employé en rapport avec M. du Moncel électricien de l'administration qui ne crut pas à la possibilité de la chose et ne l'a communiquée à l'Académie des sciences que depuis la découverte du physicien américain.
Si le docte académicien avait attaché plus d'importance à la communication du jeune télégraphiste, le téléphone aurait été probablement inventé depuis longtemps et la France aurait eu la gloire de devoir à un de ses enfants ce que M. W. H. Precce appelle, avec raison , une des Merveilles de notre siècle de Merveilles .
Nota : Je pense qu'il y a erreur, que Dufourcet évoquant Boursolle
voulait dire Bourseul sous-inspecteur des lignes télégraphiques à Auch.
Erreur de Dufourcet ou de transcription du rapport ?


Quoiqu'il en soit, voici dans toute sa simplicité , l'appareil que Graham Bell a présenté , pendant les fêtes du centenaire américain, à l'admiration
des visiteurs de l'exposition de Philadelphie et qu'il a à peine modifié depuis lors :
Sa forme extérieure étonne à première vue, et tout le monde le compare tout d'abord à un patère de rideaux dont il a, à peu près, l'aspect et les dimensions . Avec cette différence que le disque qu'il présente a l'une de ses extrémités est percé d'un trou conique, (A, fig. 1) , et laisse voir une
plaque métallique, (P) . L'extrémité opposée est pourvue d'une vis (V) , dont nous verrons plus bas l'utilité , et de deux bornes (C. C.) servant à attacher à l'appareil les deux fils télégraphiques nécessaires pour son fonctionnement.
(C'est le modèle appelé Butterstamp)
L'intérieur n'est pas plus compliqué : il ne renferme qu'un aimant, (H) , portant à son extrémité polaire supérieure (B) une bobine (D. D) , sur laquelle viennent s'enrouler 60 mètres environ d'un fil de cuivre très-fin recouvert de soie. Les deux bouts de ce fil descendent le long de l'aimant et vont rejoindre les deux bornes (C. C.) , de façon à mettre la bobine en rapport direct avec la ligne télégraphique . L'aimant ( H) est fixé an bois du manchon (X) par la vis de rappel (V) qui sert à rapprocher, ou à éloigner, le pôle de la plaque vibrante (P) .
L'appareil d'expédition et celui de réception sont construits identiquement de la même manière. On porte le téléphone à l'oreille pour entendre parler et on le place devant la bouche, à quelques centimètres des lèvres pour expédier la dépêche verbale. Il n'est pas nécessaire de crier bien fort mais il faut avoir soin de parler bien distinctement, en scandant et en articulant les mots aussi nettement que possible .
Voici maintenant comment le système fonctionne et les divers phénomènes physiques qui se produisent quand on parle dans l'embouchure (A) : les vibrations de l'air, occasionnées par l'émission de la voix, viennent frapper laplaque (P) , et se transforment en vibrations métalliques, la plaque les communique à l'aimant (H) , dans lequel elles deviennent des ondes magnétiques et se transforment encore en courants électriques dans la bobine (DD). Ces courants suivent les conducteurs télégraphiques et arrivés au poste correspondant subissent, mais en sens inverse, les mêmes transformations qu'à leur départ : l'électricité devient onde magnétique dans l'aimant, vibrations métalliques dans la plaque, vibrations dans l'air et enfin vibrations dans l'appareil auditif. Ces dernières vibrations sont tellement semblables à celles émises par la bouche qui a parlé dans l'appareil expéditeur qu'elles reproduisent le son de la voix d'une façon si nette et si parfaite que, quelque soit la distance, il est facile de reconnaître la personne avec laquelle on est en conversation.
Telle est la théorie donnée par M. Demonget, de Nantes, dans un des derniers numéros du journal Le Cosmos .
L'expérience nous a démontré que la plaque métallique n'est pas seule à recevoir et à reproduire les vibrations, et que le barreau aimanté vibre aussi ; si bien que nous avons pu transmettre et entendre des sons en supprimant complètement la membrane (P). Il est vrai que ces sons étaient considérablement affaiblis, quoique parfaitement perceptibles cependant. M. Demonget établit dans un premier mémoire que le son transmis par un bon téléphone est approximativement estimable à 1/1000 du son primitif; c'est vous dire si les expérimentateurs ont de la marge et s'ils peuvent rechercher avec confiance le perfectionnement d'une machine, qui quoiqu'imparfaite, donne déjà des résultats aussi étonnants que ceux que nous allons constater ensemble en lisant le compte-rendu ci-après :
Dès le premier mois de janvier, mon excellent ami M. Jules Thore, me parla de la possibilité de construire nous-même un téléphone, il se mit à l'œuvre et se vit bientôt arrêté par une difficulté, qu'il a su vaincre depuis : impossible de fabriquer à Dax des plaques assez minces pour vibrer sous l'impulsion de la voix. (1)
(1) Dans le cours de nos expériences M. Thore a remplacé les plaques en tôle de nos téléphones par d'autres plaques de divers métaux et il a constaté que celles en fer-blanc donnaient des résultats bien supérieurs à ceux obtenus avec les autres , comme intensité du son et surtout comme moelleux. Il est arrivé par cette substitution à faire disparaitre complètement le ton nasillard qu'ont remarqué tous ceux qui se sont servi du téléphone Bell.
Il s'adressa à un de ses amis de Paris et le pria de lui procurer deux plaques , sans lui dire l'usage qu'il voulait en faire, il en donnait seulement les dimensions. L'ami devina facilement ce à quoi elles étaient destinées et sa réponse fut l'envoi , non pas des plaques, mais bien de deux téléphones complets . Ils arrivèrent le samedi 19 janvier, jugez s'il leur fut fait bon accueil . Nous les essayâmes le jour même et nous fûmes étonnés du résultat de cette première expérience. M du Boucher eut aussitôt l'idée de faire participer la Société à l'avantage, que nous valaient M. Thore et son ami , d'être des premiers en France à posséder ces précieux instruments. Il faut vous dire qu'à cette époque Bell n'avait pas traité avec son concessionnaire actuel et on n'avait fait encore que quelques rares essais dont les journaux avaient rendu compte dans des articles qui de tous côtés excitaient la curiosité publique .

A la séance du jeudi 7 février, M. le Président fit part à la Société du projet qu'il avait formé et il nous annonça qu'il avait déjà présenté à M. le Directeur général des lignes télégraphiques une demande tendant à obtenir l'autorisation de faire avec les fils de l'Etat, des expériences de téléphonie. Cette demande avait été transmise hiérarchiquement par la voie de l'inspection de Mont-de-Marsan. Dès qu'il l'eut recue M. Fulcrand-Ouy, inspecteur chef du service départemental, s'empressa de nous en accuser réception et de nous donner l'assurance qu'il avait appuyé notre suplique par un avis des plus favorables ; puis avec une affabilités et une obligeance dont je suis heureux de pouvoir lui témoigner publiquement notre reconnaissance, il mit complètement à notre disposition le matériel de son administration, son personnel et, ce qui vaut mieux, son expérience et ses connaissances profondes de toutce qui concerne l'electricité appliquée à la télégraphie . Grâces à son puissant appui l'autorisation que nous demandions nous fut bien vite accordée.

Nous en étions avisés le 19 février et dès le 21 nous faisions une première expérimentation avec les conducteurs de la ligne télégraphique . Laissez-moi vous la raconter avec toutes ses péripéties, qui vous intéresseront, si j'en juge par l'intérêt qu'elles nous ont offert.
Dès le matin, M. Bouvard, directeur du bureau du télégraphe de Dax, avait, avec la complaisance que vous lui connaissez et dont il ne s'est pas départi un moment pendant le cours de nos longues et fatigantes expériences, tout préparé pour nous permettre de correspondre de son bureau, ou plutôt de son salon, avec un point quelconque de la ligne de Soustons et St-Geours . M. du Boucher et M. Peyris restèrent avec M. Bouvard, tandis que avec MM. Thore, Victor Serres, Calmon, Aylies, Lacoin, Pelletier, etc. , etc. , nous allames établir notre poste sur la route de Bayonne, au Pont de Mauhourat, en face de la propriété de M. Gardilanne, maire de Dax, qui avait bien voulu se joindre à nous avec M. Péés, premier adjoint. Notre station était séparée de celle de nos interlocuteurs par cinq kilomètres environ de distance, en tenant compte de la longueur réelle du fil qui devait nous mettre en communication. L'installation fut des plus simples, nous accrochâmes avec un fil isolé celui du télégraphe et nous prîmes notre terre dans le ruisseau voisin, puis nous attendîmes longtemps pleins d'anxiété qu'on nous appelat de la ville. J'oubliais un détail important : à peine notre contact fut-il établi que nous entendîmes comme un fourmillement dont nous découvrîmes bientôt la cause, ce bruit était occasionné par la transmission des dépêches au moyen des appareils Morse. Nous savions que ce phénomène avait déjà été observé et que, soit par un effet d'induction, soit par suite d'une simple dérivation de courant par le bois, toutes les dépêches expédiées par un fil quelconque attaché à un poteau venaient se répercuter dans le téléphone accroché à un autre fil ayant avec celui-ci un parcours commun , quelque peu long que soit ce parcours .
Après un moment d'attente, et ce moment nous parut durer plusieurs heures, j'eus le plaisir d'entendre le premier le signal convenu, puis nous pûmes engager avec nos collègues une conversation suivie et nous féliciter mutuellement de notre succès. M. le Maire demanda le cours de la Bourse, il lui fut répondu par la reproduction exacte de la dépêche officiellle qu'on venait de recevoir.
Nous fimes part, dès le soir même, à M. l'Inspecteur du résultat dont nous étions fiers, et en réponse à notre communication, ce sympathique fonctionnaire nous offrit de venir expérimenter avec nous sur une plus longue distance ; il fut convenu que le samedi suivant nous essayerons de correspondre entre Dax et Pouillon (18 kilomètres) , et que si la réussite secondait nos espérances, nous ferions le lendemain dimanche des expériences publiques auxquelles seraient invités les membres de la Société résidant à Dax et leurs familles .
Le samedi, le succès fut complet. J'étais à Pouillon avec M. Fulcrand-Ouy et M. Thore ; M. du Boucher était à Dax avec M. Bouvard ,M. Peyris , etc., etc. Nous fimes absolument les mêmes constatations que dans notre première expérience ; M. l'Inspecteur put lire de Pouillon des dépêches échangées entre Pau et Bordeaux. Il distingua le bruit des différents appareils télégraphiques : Morse, Hugues et Bréguet .
Rentrés en ville, nous préparâmes nos convocations pour la réunion du lendemain. Une nombreuse assistance répondit à notre tardive invitation :
une centaine de Dames et près de deux cents Messieurs se rendirent dans la salle de la Mairie où eut lieu une séance dont nous garderons longtemps le souvenir. M. du Boucher, dans un charmant discours, véritable conférence, expliqua à ses auditeurs la théorie et le fonctionnement du mystérieux appareil. J'étais à Pouillon avec M. Hector Serres et M. Thore, et nous n'exagérons pas en disant que les applaudissements qui accueillirent son allocution sont parvenus jusqu'à nous. Après cette entrée en matière, divers membres de la Société, qui avaient bien voulu se charger de faire les honneurs de la réunion, introduisirent par série de six personnes dans la salle où se trouvait l'appareil les nombreux assistants, qui tous à leur grand ébahissement, purent échanger quelques mots avec leurs lointains interlocuteurs ou entendre des airs de clairon, de trompette et même le son d'une tabatière à musique. Tout le monde se retira enchanté et si les ressources de la Société nous l'avaient permis , nous aurions pu, comme on l'a fait à Rouen, frapper et distribuer à nos invités une médaille commémorative de la séance du 24 février 1878.
On n'aurait pas trouvé que nous faisions trop.

Quelques jours après, M. l'Inspecteur nous donna rendez-vous à la gare de Morcenx. M. Aubé s'y rendit ; nous restâmes au bureau de Dax avec plusieurs des expérimentateurs de Pouillon et nous pûmes parfaitement correspondre, malgré les 42 kilomètres qui nous séparaient.
Nous constatâmes alors pour la première fois un bruit nouveau venant s'ajouter à ceux des appareils télégraphiques, c'était comme un cri d'oiseau de proie. Depuis nous avons toujours entendu ce même cri chaque fois que nous avons opéré à longue distance et nous devons avouer que nous cherchons encore l'explication de ce phénomène bizarre .
M. Aubé remit de notre part à M. l'Inspecteur les deux appareils qu'il avait portés à Morcenx, et deux jours après nous commencions entre Mont-de- Marsan et Dax une série d'expériences des plus intéressantes. Ces expériences réussirent d'autant mieux que notre nouveau collègue M. Landry avait eu l'obligeance de nous prêter deux véritables téléphones Bell bien supérieurs à ceux dont nous nous étions servi jusqu'à l'heure .
Avec ces derniers instruments nous sommes arrivés à des résultats réellement surprenants , dont voici quelques exemples : Aux 83 kilomètres de la ligne qui séparent Dax du chef-lieu des Landes M. l'Inspecteur a ajouté successivement, et à diverses reprises, des résistances factices équivalant à une ligne de 1,100 kilomètres, et nous avons pu quand même entretenir une conversation des plus animées ; les sons étaient considérablement affaiblis, mais ils conservaient toute leur netteté. Dans une autre circonstance nous avons correspondu avec un fil, portant dans les plans de l'administration le n° 7, et avec un troisième téléphone placé sur un autre fil , portant le n° 3, nous avons pu suivre la conversation et y prendre part, même lorsque la résistance était portée à 1,182 kilomètres. Une autre fois nous avons interposé entre nos appareils une bobine de Ruhmkoorf, d'un fort modèle , l'un des téléphones étant attaché aux fils inducteurs de cette bobine et l'autre aux fils induits, et les sons nous sont parfaitement parvenus, soit par la ligne nº 7, soit celle n° 3. Ces expériences ont été répétées par tous les temps et ont toujours également bien réussi .
Cette communication possible par un fil autre que celui servant à relier les deux appareils correspondants nous a montré combien, à l'occasion, le téléphone pourrait favoriser la curiosité de voisins indiscrets, et même de personnes bien éloignées qui voudraient surprendre les secrets des dépêches transmises entre deux points déterminés. L'expérience suivante en fournit la preuve : Un soir, je savais que M. Landry expérimentait entre la gare de Dax et celle de Bayonne avec les fils de la compagnie du Midi, j'installai en compagnie de M. Bouvard un de nos instruments sur le fil de l'Etat allant dans la même direction, mais séparé du premier par toute la largeur de la voie ferrée, soit 15 mètres au moins ; et notre étonnement fut grand quand nous entendîmes parfaitement ce que notre collègue et son ami de Bayonne disaient entre eux ; nous pûmes, même, par nos interruptions, porter le trouble dans leur conversation. Nous savions d'avance que ces Messieurs nous pardonneraient une semblable indiscrétion .
Mais comment pouvions nous recevoir par le fil de l'Etat la transmission qui se faisait par celui de la compagnie ? Etait-ce par suite d'une induction se produisant à quinze mètres de distance ? Ou bien par une dérivation, ou plutôt un courant direct s'établissant par les fils de terre, qui d'un côté sont communs à la gare pour la ligne de Bayonne et celle qui réunit la gare à la ville, et d'un autre encore communs dans le puits du bureau pour cette dernière ligne et celle qui de Dax se dirige vers le bureau télégraphique de Bayonne? Ne serait-ce pas même par une nappe d'eau également commune aux deux puits de la ville et de la gare que se produisait la communication ?
Les dernières expériences dont nous rendrons compte dans ce rapport , donnent une certaine vraisemblance à toutes ces hypothèses.
Un autre soir, car ces expériences avaient toujours lieu le soir, après la fermeture des bureaux, M. l'Inspecteur s'était rendu à Bayonne, et après un moment de causerie avec nous il nous demanda de le mettre en communication directe avec son fils, resté à Mont-de-Marsan.
(Voir fig. II . Dax est à 83 kil. de Mont-de- Marsan et à 52 de Bayonne ; ces deux dernières villes sont donc à une distance de 135 kil. l'une de l'autre) .
Nous le fimes et sans rien dire nous établîmes un de nos téléphones sur un autre fil. Il nous fut ainsi permis de suivre la conversation et même d'entendre à merveille des airs de flûte et de trombone échangés entre ces deux postes éloignés. Ce ne fut que vers la fin de la soirée que nous eûmes l'idée d'envoyer à notre tour un air de musique : l'un de nous joua avec un clairon la marche d'infanterie, cette sonnerie fut admirablement entendue à la fois, à Bayonne et à Mont-de-Marsan. M. l'Inspecteur, habitué à notre clairon, reconnut après un moment d'hésitation, la provenance de cette audacieuse interruption, il nous accusa et notre avœu lui parvint aussi distinctement que notre musique.
Nous continuâmes la soirée par une conversation des plus suivies entre les trois villes : Bayonne et Mont-de-Marsan avec leur fil direct et nous avec un fil à côté .
La sensibilité dont le téléphone avait fait preuve dans ces premières expériences nous donna l'idée d'employer cet instrument comme électromètre. Nous savions que M. Bréguet avait fait des essais du même genre, ainsi, nous devons l'avouer, l'idée n'est pas tout à fait la nôtre , mais je crois pouvoir affirmer que personne encore n'a soumis cet appareil à une épreuve aussi sérieuse et aussi probante que celle que lui a fait subir M. Thore en ma présence : il prit une pièce de un franc, la posa sur sa table, la recouvrit d'un morceau de papier à cigarettes humecté avec de la salive, puis mit sur ce papier un petit carré de deux millimètres de côté, au plus , taillé dans une plaque de zinc des plus minces.
Hé bien ! quelqu'extraordinaire que la chose paraisse , l'expérience est du reste facile à faire et tout le monde peut contrôler notre affirmation. Le courant infinitésimal produit par cette pile en miniature se fit parfaitement sentir sur la plaque vibrante du téléphone et fit entendre, à chaque interruption, un bruit comparable à celui de télégraphes Morse fonctionnant à de très grandes distances .

Encourages par ce premier résultat nous voulûmes aller encore plus loin dans cette voie toute nouvelle, et persuadés que si nous mettions notre incomparable instrument en rapport avec deux fils plongeant dans la terre. en deux points différents , nous ferions quelque constatation intéressante , nous fîmes dans mon cabinet de travail une installation complète. Je conduisis jusqu'à la table sur laquelle j'écris ce mémoire trois fils aboutissant, tous les trois, à la terre, mais d'une manière tout à fait différente. Le premier est attaché a la pompe du puits de M. Dulos, mon voisin, le second est joint par un contact des plus serrés au bec de gaz qui est devant ma porte , le troisième est jeté dans le puits de l'ancien établissement des frères . Les fils de terre du bureau du télégraphe vont également se perdre dans ce dernier puits.
En attachant aux bornes du téléphone le fil venant du puits Dulos et celui du bec de gaz, nous avons, tout d'abord, constaté l'existence d'un courant électrique d'une intensité comparable à celui d'une pile. En l'interrompant à l'aide d'une lime, ou bien mieux encore en frottant l'un des conducteurs sur la surface polie d'une aiguille à tricoter, on lui fait produire dans l'appareil un bruit spécial qu'on entend à distance. Mesuré à la boussole des sinus il donne 15° d'écartement et serait probablement suffisant pour mettre en mouvement une petite sonnerie. Après de nombreuses recherches , M. Thore a fini par démontrer que ce courant provient de l'attaque lente, mais constante, subie par les métaux qui composent la pompe placée dans le puits. Nous avons essayé avec d'autres puits munis de pompes métalliques et nous avons toujours obtenu un courant aussi intense, tandis que les puits qui n'ont pas de pompe, mis en communication avec le gaz ne nous ont jamais procuré qu'un courant beaucoup moins fort, de 4 à 5 degrés seulement.
En prenant de mon cabinet le puits des Frères et le fil qui conduit aux tuyaux du gaz, on entend le bruit des Morse et des autres appareils télégraphiques aussi bien que lorsqu'on opère avec un fil de ligne .
Lorsqu'on remplace le puits des Frères par celui de M. Dulos, on entend moins bien, mais assez distinctement encore pour que M. Fulcrand-Ouy ait pu lire, au son, une dépêche allant de Dax à Mont-de-Marsan et la réponse venant de Mont-de- Marsan à Dax.
Mon cabinet est situé à 20 mètres environ du bureau de Monsieur Bouvard, à 15 mètres du puits des Frères et à 25 du puits Dulos ; les deux puits sont entr'eux à une distance de 30 mètres environ.
Il est évident que la communication entre les appareils du télégraphe et notre instrument ne peut se faire que par la nappe d'eau commune aux deux puits. On ne peut l'expliquer que de la manière suivante : par induction ou par dérivation, le courant de la pile expéditrice communique avec le puits des Frères, dans lequel, comme nous l'avons dit plus haut, viennent aboutir tous les fils de terre de la station, puis il suit la nappe d'eau, arrive au puits Dulos et de là dans mon cabinet, quoique le conducteur ne soit même pas isolé. Dans ces expériences, le circuit a été fermé par les tuyaux de gaz qui jouaient humblement le rôle de fil de terre.
Dans l'expérience suivante, au contraire, nous allons les voir élevés à la dignité de fils de ligne et remplir leur nouveau rôle d'une manière bien satisfaisante . Voici du reste ce que nous avons fait : M. Lajus, avoué, notre collègue, a bien voulu nous autoriser à établir dans son étude deux fils communiquant l'un au puits, qui se trouve dans la cour de la maison qu'il habite, et l'autre au bec de gaz, situé dans l'angle de la rue Cazade et de la rue du Palais. M. Thore a installé son téléphone avec ces deux conducteurs, non isolés, et je suis venu dans mon cabinet en attacher un second aux deux fils allant également d'un côté au bec de gaz, de l'autre à mon puits. Avec ces deux appareils ainsi reliés, par la canalisation du gaz et par l'eau des deux puits, nous avons pu parfaitement transmettre le son de divers instruments de musique et même parler assez distinctement pour nous comprendre, surtout lorsque nous chantions, car il est à remarquer que le chant se transmet toujours beaucoup mieux que la parole ordinaire, alors même qu'en chantant on crie moins fort qu'en parlant.
Nous n'avons pu réussir cette expérience qu'une seule fois, nous avons bien essayé de la renouveler, mais les pluies, qui étaient tombées en abondance depuis notre première tentative avaient probablement mis les tuyaux du gaz en communication avec la nappe d'eau qui alimente nos deux puits, et notre circuit restera fermé par l'humidité du sol jusqu'à ce qu'il se produise une nouvelle sécheresse. ( 1) .
(1) Depuis la lecture de notre rapport nous avons essayé de nouveau de correspondre par cette voie souterraine et nous avons parfaitement réussi, quoique le sol fut encore très-humide. Nous avions des téléphones d'un nouveau modèle, construits par M. Peyris.
De chez M. Lajus on entend encore les Morse assez distinctement pour lire les dépêches expédiées du Bureau de M. Bouvard qui est éloigné de l'étude de 120 à 130 mètres .
Je croyais, pour ma part, que là allaient s'arrêter nos découvertes, nous avions déjà obtenu des résultats faits pour nous donner satisfaction et nous faire éprouver une jouissance comparable à celle que M. le Marquis de Folin , promet, dans son dernier mémoire, à ceux qui voudront se livrer à l'étude de l'histoire naturelle et faire comme lui, de longues et fatigantes excursions. Mettant en pratique les sages conseils que nous donne l'honorable Président de la Société de Bayonne, je revenais, dans le silence de mon cabinet, sur tout ce que nous avions constaté, j'essayais de me rendre compte des choses, d'abord inexplicables, puis presque toujours expliquées, qui nous avaient le plus frappé depuis que nous étions atteints, comme l'a prétendu un de nos bons amis, du délire du téléphone.
Un soir que je me laissais aller, au coin du feu, à de semblables rêveries , je fus tout à coup réveillé, comme en sursaut, en recevant de M. Thore une carte sur laquelle il avait tracé ces mots à la hâte : « Viens de suite. C'est a de plus fort en plus fort, les sons se transmettent sans conducteurs !!!
J'accourus aussitôt et j'assistai à une expérience dont l'importance est vraiment capitale, car elle démontre d'une manière en quelque sorte palpable la vérité de la théorie d'Ampère et prouve de la façon la plus simple et en même temps la plus positive, que la pile électrique n'est qu'un solénoïde, un aimant ayant comme tous les autres sa ligne neutre et ses deux pôles, et faisant ressortir au loin son influence magnétique. Voici comment mon ami avait disposé les instruments de physique dont il se sert pour cette expérience : il avait placé sur la table qui se trouve au milieu de son laboratoire un élément de Grenet ; deux fils en cuivre recouverts de cotón conduisaient le courant de cette pile à une bobine de Ruhmkoorff, d'un tout petit modèle , posée sur une chaise dans un appartement à côté, dont la porte fut fermée avec soin. Lorsqu'on mettait la bobine en action il était absolument impossible d'entendre le bourdonnement particulier qu'elle produit, l'oreille la plus délicate n'aurait, je vous assure, rien entendu. Je pris un téléphone, démuni de tout fil conducteur, et je m'approchai doucement de la pile en écoutant avec attention, je ne tardai pas à entendre le bruit de la bobine aussi distinctement que si cet appareil avait subitement été rapporté dans le cabinet. Lorsque je me plaçais des deux côtés de la pile dans une direction perpendiculaire à celle du courant j'entendais toujours aussi bien, mème à une certaine distance, tandis que du côté opposé, derrière le bocal, c'est-à-dire lorsque je me trouvais dans le prolongement de la ligne formée par les conducteurs, je n'entendais plus rien. M. Thore me fit constater encore qu'en suivant, avec le téléphone à l'oreille, les fils entre la pile et la bobine on entendait aussi le même bruit. (1)
(1) Monsieur Fulcrand-Ouy a fait depuis cette expérience avec la pile, à plusieurs éléments du bureau télégraphique de Mont-de-Marsan et il a obtenu les mêmes résultats.
Ces faits me paraissent si extraordinaires que je me contente de vous les faire connaître sans oser même essayer d'en tirer les conséquences, que d'autres pourront, mieux que moi, en déduire. Je laisse ce soin à M. Thore qui continue au point de vue scientifique, l'étude qu'il a si bien commencée, de l'appareil qui occupe aujourd'hui tant de savants ; j'espère qu'il nous donnera avant longtemps un travail complet résumant les nombreuses observations qu'il fait tous les jours. Quant à moi, je n'avais qu'à vous entretenir, à un point de vue purement expérimental, de ce que nous avons fait en commun.

J'aurai terminé ma tâche quand je vous aurai dit quelques mots d'une dernière expérience qui a eu lieu le lundi 25 mars.
Comme nous, M. Fulcrand-Ouy s'était souvent demandé si, en opérant sur une ligne complètement soustraite aux influences des lignes voisines , et n'ayant rien de commun avec elles, ni parcours ni fil de terre, on entendrait et le bruit des Morse, et les cris d'oiseaux de proie, et un fourmillement tout particulier, que nous avions toujours entendu et qui suivant l'expression pittoresque d'une dame, assurément bonne ménagère, ressemblait au crépitement d'une friture. Nous voulions surtout tâcher d'arriver à une explication quelconque de nos fameux cris d'aigle et depuis longtemps nous avions formé le projet d'aller les observer ensemble sur la ligne qui va de St-Geours à Soustons, après avoir fait préalablement couper, sur une longue étendue, le fil qui relie ces deux stations à celle de Dax .
Nous avons, enfin, réalisé notre projet il ya huit jours : M. l'Inspecteur est allé à Soustons et je me suis rendu à St-Geours avec M. Bouvard. Comme on peut le supposer facilement nous avons pu correspondre à merveilles, nous n'étions qu'à 12 kilomètres les uns des autres et pour nous ce n'est plus une distance ; mais nous n'avons entendu absolument rien que les paroles que nous nous transmettions réciproquement, ni cris d'oiseaux, ni Morse, ni Hughes, ni cadran, je me trompe , on faisait bien quelque part frire quelque chose, mais c'était si loin, si loin que nous entendions à peine le bruissement de la graisse.
J'allais oublier, presqu'intentionnellement une autre constatation : elle m'est toute personnelle et je vous ai si souvent parlé de moi que j'hésite à vous en faire part ; je m'y résigne cependant et ce sera la morale de la fin .
Elle vous prouvera une fois de plus que la prudence est la mère de la sûreté, même quand on fait de la téléphonie.
C'était le dimanche 24 mars dernier, à 10 heures 45 du soir, je me trouvais seul dans mon cabinet et comme je le fais souvent à pareille heure, je mis un moment le téléphone à l'oreille pour ausculter l'atmosphère et voir si je ne pourrais pas faire quelque observation nouvelle. Je fus servi beaucoup plus qu'a souhait. Je savais que le temps était orageux mais j'étais loin de me douter de l'intensité de l'orage, j'entendis tout de suite dans mon appareil un vacarme épouvantable, on aurait dit une averse des plus fortes, mêlée de vents et de grêlons qui venaient frapper avec fracas la plaque vibrante ; puis tout à coup la tempête devint plus violente encore et je ressentis une secousse qui faillit me renverser. Le téléphone s'échappa de mes mains , je crus qu'il avait volé en éclats .
Je sus le lendemain, par M. Bouvard, que j'avais couru un véritable danger : l'orage dont j'avais éprouvé les effets avait été assez fort pour l'obliger à isoler tous les appareils de son bureau. L'employé de Soustons qui n'avait pas pris la même précaution avait eu une bobine brûlée par la foudre. Je serai prudent à l'avenir.

E. DUFOURCET

Séance du 4 avril 1878
...
Dufourcet lit un rapport contenant le compte-rendu des nombreuses expériences de téléphonie faites par divers membres de la Société de Borda .
Il fait d'abord l'historique du téléphone et expose la théorie des phénomènes physiques qui se produisent pendant le fonctionnement de cet appareil. Il raconte ensuite par quel enchaînement de circonstances et comment, grâce à l'intervention sympathique de M. Fulcrand-Oüy, inspecteur des lignes télégraphiques à Mont-de-Marsan et au concours dévoué de M. Bouvard , chef de station à Dax, il a été donné à lui et à ses collègues d'expérimenter àlongues distances et de faire les constatations suivantes :
1º Dans une première expérience entre Dax et le pont de Mauhourat, à cinq kilomètres de cette ville, on a pu parfaitement correspondre et entendre
la transmission des dépêches échangées entre divers bureaux avec les divers appareils télégraphiques ;
2º De Pouillon, à 18 kilomètres, M. l'Inspecteur a pu lire les dépêches Morse échangées entre Pau et Bordeaux ;
3º De Morcenx à Dax, quarante-deux kilomètres, la correspondance a été des plus faciles . Dans cette expérience ont été constatés pour la première fois des bruits tout particuliers ressemblant à des cris d'oiseaux de proie, dont on n'a pu encore avoir l'explication ;
4º Entre Dax et Mont-de-Marsan, quatre-vingt-trois kilomètres, on a fait la conversation aussi facilement qu'à petite distance et cela non-seulement avec les deux téléphones attachés au fil direct, mais encore avec un troisième accroché à un autre fil dans la même direction. Avec ce dernier appareil on a reçu et transmis les dépêches verbales aussi facilement qu'avec les deux autres. Est-ce là un phénomène d'induction ou une simple dérivation de courant par le bois des poteaux ? Ces deux phénomènes semblent se produire en même temps ;
5º Aux quatre-vingt-trois kilomètres entre Dax et Mont-de-Marsan , M. l'Inspecteur a ajouté successivement des résistances équivalant à onze cents kilomètres, et les sons, quoique affaiblis, se sont toujours transmis assez distinctement pour que la conversation fût possible, par le fil direct et par le fil à côté ;
6° Une bobine de Ruhmkoorff a été interposée entre les deux postes, l'un des téléphones étant attaché aux fils conducteurs et l'autre aux fils induits, et la conversation a eu lieu quand même avec les trois téléphones ;
7° M. Fulcrand-Oüy s'étant rendu à Bayonne et causant avec son fils resté à Mont-de- Marsan , les observateurs de Dax ont mis leur téléphone sur un autre fil que celui qui reliait les deux postes correspondants et un air de clairon joué à Dax a été entendu à la fois à Bayonne et à Mont-de-
Marsan, après quoi la conversation s'est continuée entre les trois postes avec la plus grande facilité ;
8. Un soir que M. Landry correspondait de la gare de Dax avec celle de Bayonne à l'aide des fils de la compagnie, M. Dufourcet a pu suivre la conversation avec un téléphone attaché au fil de l'Etat allant dans la même direction et séparé du premier par toute la largeur de la voie ferrée ;
9º Une pile composée d'un sou sur lequel on place une feuille de papier à cigarette humectée avec de la salive et une petite plaque très-mince de zinc, de deux ou trois millimètres carrés produit un courant qui fait vibrer très sensiblement et avec bruit la plaque du téléphone ;
10° En reliant avec des fils métalliques non isolés un puits garni d'une pompe avec un bec de gaz on obtient un courant très-fort mesurant quinze
à vingt degrés à la boussole des sinus et suffisant pour faire marcher une petite sonnerie ;
11° Avec une semblable installation, c'est-à-dire avec un puits et les tuyaux du gaz, reliés par des fils à un téléphone, on a pu entendre parfaitement la transmission des dépêches télégraphiques, soit de chez M. Dufourcet (trente mètres du bureau) soit de chez M. Lajus (cent vingt mètres) ; de ce dernier poste, M. Bouvard a pu lire au son des dépêches Morse reçues ou transmises dans son bureau ;
12° Entre les maisons de MM. Lajus et Dufourcet (cent mètres environ), on a pu transmettre des sons musicaux et même faire la conversation toujours avec les fils allant d'un côté à des puits et de l'autre à la canalisation du gaz ;
13º Avec un téléphone démuni de tout conducteur, M. Thore a constaté que tous les sons transmis par une ligne viennent se répercuter dans la pile expéditrice et que cette pile qui n'est en définitive qu'un véritable solénoïde a, comme tous les aimants, ses deux pôles et sa ligne neutre.
14° Dans une circonstance , M. Dufourcet en faisant des observations en temps d'orage a reçu dans son téléphone une décharge électrique qui a failli le renverser et qui lui a fait tomber l'appareil des mains. Il termine son mémoire en recommandant aux observateurs d'être très-prudents quand le temps est orageux .
Sur la proposition de M. le Président et de M. Dufourcet, la Société vote des remerciments à M. Fulcrand-Oüy et à M. Bouvard et charge M. le Président de les transmettre à M. l'Inspecteur des lignes télégraphiques .

A la séance du samedi 5 avril 1879
...
L'ordre du jour appelle ensuite la lecture d'un Mémoire de M. Dufourcet intitulé Deuxième Rapport sur les expériences de Téléphonie, de Microphonie, et de Phonographie faites par plusieurs membres de la Société de Borda.
...
Dans ce rapport, M. Dufourcet rend compte des différentes expériencss faites par lui et quelques-uns de ses collègues, des perfectionnements qu'ils ont apportés aux instruments connus et des phénomènes curieux qui se sont produits, et il termine en proposant à l'attention du Ministre des Postes et Télégraphes la transformation du système télégraphique actuel et son remplacement partiel par un service téléphonique, au moins pour les lignes rurales d'une faible distance.
Après une discussion à laquelle prennent part tous les membres présents, la Société vote l'impression in extenso dans le Bulletin du mémoire de M. Dufourcet.

DEUXIÈME RAPPORT SUR LES EXPÉRIENCES DE TÉLÉPHONIE DE MICROPHONIE ET DE PHONOGRAPHIE
FAITES PAR Quelques Membres de la Société de Borda .

MESSIEURS ,
Mon premier rapport se terminait par ces mots : « Je serai prudent à l'avenir. » Je ne pensais en vous faisant cette promesse qu'au danger physique que j'avais couru , sans m'en douter, et j'étais loin de prévoir que nos expériences nous exposeraient à des foudres plus redoutables et surtout plus difficiles à conjurer que celles de l'atmosphère.
Nous nous sommes mis à l'abri de ces dernières à l'aide d'un paratonnerre des plus simples et des moins coûteux, qui en temps d'orage les dirige vers le puits Dulos, dont vous avez conservé le souvenir ; quant aux premières , leur nature toute morale nous a mis aux prises avec des difficultés que nous avons cru un moment insurmontables et dont nous n'avons pu triompher encore qu'imparfaitement.
La suite de mon mémoire vous dira à quels événements je crois devoir faire allusion en commençant. Je n'ose pas, quant à présent, parler plus clairement, ayant la certitude que nous n'avons été victimes que d'un malentendu administratif qui cessera, avec toutes ses conséquences, quand nous pourrons faire parvenir la vérité jusqu'au nouveau Ministre des Postes et des Télégraphes.
Nous sommes convaincus que M. Cochery, au lieu d'entraver nos études par des formalités et des exigences, que le décret du 27 décembre 1851 n'a certainemement pas édicté pour nous, daignera, au contraire encourager nos efforts en nous accordant comme l'avait fait M. le Directeur des lignes télégraphiques, l'autorisation dont, je le dis bien haut, nous n'avons jamais abusé, d'expérimenter nos appareils avec les fils de l'Etat, pendant la fermeture des bureaux.
Quoi qu'il en soit et malgré les nombreux obstacles qu'il nous a fallu surmonter, nous avons beaucoup travaillé pendant l'année qui s'est écoulée depuis le 4 avril 1878, jour où j'ai eu l'honneur de vous rendre compte des travaux déjà exécutés par ce que j'appelais alors : « Votre commission officieuse de téléphonie ».
Permettez-moi de vous raconter ce que nous avons fait depuis. Vous verrez, en le comparant avec ce qu'on a fait ailleurs, que nous ne sommes pas restés en arrière dans le grand mouvement scientifique qui s'est produit à l'occasion de la merveilleuse découverte de Graham-Bell, et vous constaterez, avec nous, que les résultats auxquels nous sommes arrivés n'ont rien à redouter de la comparaison que je vous propose.
J'en suis d'autant plus fier que je n'ai qu'une modeste part à revendiquer dans le succès de notre entreprise commune et que l'honneur doit en être attribué surtout à nos excellents collègues et amis ; MM. Jules Thore, Pascal Peyris et Aymar Davezac de Moran.
Dès les premiers jours du mois de mai M. Peyris alla, comme il le fait tous les ans, s'établir avec sa famille au château de Hinx qu'il habite pendant l'été. Ce vieux manoir, bâti probablement par les Anglais au XIIIme siècle est situé à douze kilomètres environ de Dax, et à huit cents mètres de la route qui se dirige vers la Chalosse le long de cette route passe le fil télégraphique de Montfort.
Déjà, avant son départ, notre actif et adroit collaborateur avait construit, d'après des plans de M. Thore, divers appareils nouveaux donnant, à petite distance, des résultats bien supérieurs à ceux du téléphone Bell, comme intensité et surtout comme qualité des sons. Il les emporta avec lui et pour les éprouver à notre aise nous reliâmes, avec l'agrément de l'ancienne administration des télégraphes, d'un côté le château de M. Peyris à la ligne de Montfort, de l'autre le bureau télégraphique de Dax à mon cabinet, puis à celui de M. Davezac, où se trouve notre atelier de construction, et enfin, au laboratoire de M. Thore, qui était alors dans la maison Longuefosse, sur les remparts.
La communication ne nous était donnée qu'après neuf heures et nous ne pouvions en rien déranger le service des dépêches ni surprendre, quoi qu'on en ait dit, les secrets des correspondances.
Ainsi installés nous commençâmes une série d'expériences des plus intéressantes. Tous les soirs c'étaient des constatations nouvelles .
Je ne vous parlerai pas des conversations échangées entre les visiteurs que la curiosité attirait aux deux postes opposés. Je vous dirai seulement que les Dacquois, toujours aimables, se contentèrent de nous féliciter des progrès que nous avions faits depuis la fameuse séance du 24 février, tandis qu'à Hinx l'admiration des spectateurs faillit se traduire d'une façon bien moins agréable pour notre collègue .
Pendant que M. Peyris attachait, lui-même, un fil de fer non galvanisé aux arbres du chemin qui va du bourg au château, les paysans du voisinage et surtout les villageois accoururent en grand nombre et, se tenant à distance, ils se demandèrent tout d'abord si le jeune chatelain n'avait pas perdu la tête. A quel usage pouvait-il destiner ce fil de fer tendu par lui avec tant de précautions ? Pourquoi les clous qui le supportaient étaient-ils couverts de soie noire ? Les plus hardis s'approchèrent et furent bientôt suivis par tous les autres. Une des fortes tètes de l'endroit, plus malin que ceux qui prétendaient que Mme Peyris voulait simplement établir un tendoir pour sa lessive, demanda à notre expérimentateur s'il travaillait à la confection d'un télégraphe. « Tu y es presque » , répondit son obligeant voisin, « mais c'est plus encore ; à l'aide de ce fil, je te ferai parler ce soir avec les Dacquois. » Notre homme se mit à rire de ce bon rire fin et narquois qui, pour les Chalossais, comme pour les Béarnais, est une manière polie de vous dire que vous êtes un menteur. « Tu en doutes » , continua notre ami , « viens, après ton souper tu commanderas, toi-même à Dax ton dessert et il arrivera par le courrier. »
La proposition fut acceptée avec un empressement mèlé d'une certaine défiance et le soir à neuf heures, je recevais par le téléphone la commission d'envoyer une tarte à Hinx par le courrier du lendemain. De crainte que M. Peyris ne l'eût commandée d'avance il fut bien spécifié par les assistants qu'elle serait mi- partie a la crème, mi-partie à la confiture.
Toute la nuit on fit bonne garde autour du château ; jamais, depuis la guerre de cent ans, il n'avait subi un siége aussi en règle : toutes les issues furent scrupuleusement surveillées et le défiant Hinxois put constater le matin en relevant ses factionnaires qu'aucune sortie n'avait été même tentée par les assiégés. Cependant, au grand épatement de tout le village, la tarte arriva par le courrier de Mugron : elle était en tout conforme à la commande et, de plus, excellente.
Mais la ne devait pas s'arrêter l'étonnement des bons habitants de Hinx ; ils vinrent en plus grand nombre encore le second soir, l'histoire de la tarte magique avait eu au loin du retentissement. Tous voulurent entendre parler les Dacquois par le fil. On me demanda de jouer avec un clairon l'air légendaire de la casquette au père Bugeaud, le premier qui l'entendit tomba évanoui. Plus de doute, ce qu'on disait tout bas depuis la veille, on le disait plus haut : M. Peyris se livrait à des pratiques inavouables !! Les moins timides proclamaient nettement qu'il était sorcier !
Heureusement que le temps n'est plus où on brûlait les gens convaincus de sortilège et que nos populations landaises valent mieux que la réputation qui leur est faite par des auteurs qui ne les connaissent seulement pas.
Tout le monde est revenu aujourd'hui de cette première impression ; on connaît à Hinx, et dans les environs le télégraphe parlant ; les plus lettrés l'appellent même par son nom et notre collaborateur n'est plus sorcier. Il a reconquis la confiance de ses voisins qui tous se plaisent à rendre hommage à son savoir et à son amour du travail. On va jusqu'à lui attribuer l'invention du téléphone.
J'ai cru devoir raconter cette aventure, qui vous aura peut-être offert quelqu'intérêt, ne fût-ce qu'en vous donnant une idée de la perfection de nos appareils et de la subtilité des petits courants induits développés par l'aimant qui , vous le savez, est l'âme de ces instruments nouveaux. Malgré la distance, malgré le défaut presqu'absolu d'isolement de la ligne (nous avons vu que M. Peyris avait simplement accroché aux arbres de la route avec des clous recouverts de soie, un fil de fer ordinaire) , nous avons pu correspondre et soutenir des conversations suivies, par tous les temps, même avec des pluies torrentielles mouillant la soie et établissant entre le fil de fer et le sol une communication des plus nuisibles.
Nous avons eu, dans ces premières expériences, entre mon cabinet et le château de Hinx une autre preuve, bien plus forte encore, de la facilité avec laquelle les courants téléphoniques se laissent conduire, ou plutôt passent, d'eux-mêmes, à travers toutes les résistances pour aller choisir leur conducteur, le meilleur de ceux qui leur est offert, s'en contentent quelle que soit sa qualité, qu'il conduise bien ou mal pourvu qu'il conduise de quelque manière, le suivent et vont produire au loin des effets qui surprennent d'autant plus que l'intensité de ces courants est connue et se rapproche de l'infiniment petit .
Je vous ai déjà expliqué, je crois, que le bureau sur lequel j'écris était relié au poste télégraphique. Pendant la journée et pour éviter tout inconvénient au point de vue du service, ma ligne était mise à la terre, c'est-à-dire attachée à un câble allant comme tous ceux des divers appareils de la station se perdre dans le puits de l'ancien établissement des Frères.
Je n'étais mis en relation avec le fil de Montfort qu'après l'heure de la clôture. Le premier soir, nos montres avançaient, peut-être, ou bien si vous le préférez, mettez la chose sur le compte de notre impatience, nous primes nos cornets un peu avant neuf heures. J'appelai mon correspondant . il me répondit aussitôt mais de si loin que je pouvais à peine l'entendre.
J'étais, pour ma part, bien contrarié et pendant que je cherchais la cause de ce que je considérais comme un véritable insuccès, la voix de mon interlocuteur se rapprocha tout à coup, et me parvint, cette fois, de si près , qu'instinctivement je levai la tête et je regardai devant moi machinalement cherchant à le voir comme s'il avait été subitement transporté en ma présence.
M. le Receveur des Télégraphes me donna l'explication de ce singulier phénomène, elle était bien simple à comprendre : nous avions commencé à causer avant d'avoir la communication et l'apparition subite de M. Peyris avait eu lieu au moment où ma ligne avait été soudée à celle de Montfort.
Jusqu'à ce moment le fluide électrique partant de mon appareil était allé dans le puits des Frères, là il s'était divisé entre les divers fils de terre du bureau télégraphique ; une partie seulement (et c'est ce qui explique l'affaiblissement des sons que nous avions constaté) avait remonté vers Montfort et était arrivé à Hinx avec une intensité encore suffisante pour faire vibrer la plaque du téléphone récepteur à l'unisson de celle de l'expéditeur.
J'ai dit à l'unisson, ce mot n'exagère rien et me servira de transition pour vous faire part d'une des premières lois dont nous avons reconnu l'existence et qui doit être minutieusement observée si on veut téléphoner dans de bonnes conditions .

Les téléphones sont de véritables instruments de musique.
Non-seulement ils reproduisent fidèlement les sons rendus par d'autres instruments , mais encore ils ont un son qui leur est propre. En frappant avec le doigt sur la plaque, vous leur ferez rendre une note parfaitement appréciable, qui conserve son influence lorsque la vibration de cette plaque est occasionnée par un autre son et modifie, à la fois, son intensité et sa tonalité .
La note produite par le téléphone seul, vibrant par l'effet d'un choc ou d'un frottement quelconque, varie avec les dimensions de l'appareil , surtout avec celles de la boîte sonore, ou cavité dans laquelle est enfermée la bobine. Deux autres causes amènent encore le changement de ton de l'instrument . plus la plaque vibrante est serrée, plus les sons sont aigus, plus elle est lâche, plus ils sont graves ; plus l'aimant est près de la plaque, plus le ton est haut, plus il en est éloigné, plus les notes deviennent basses, plus aussi , comme nous le verrons tout à l'heure, la sensibilité de l'appareil diminue jusqu'à ce que l'attraction devenant nulle et ne produisant plus de vibrations sur la membrane, celle-ci devienne complètement muette.
Les conséquences de cette observation étaient faciles à déduire : il fallait évidemment arriver à construire des appareils parfaitement identiques comme tonalité, ou tout au moins comme la chose est presque impossible , trouver le moyen d'accorder nos instruments comme tous les autres instruments musicaux.
Nous avons obtenu ce résultat et voici comment : Nous avons adopté définitivement les dimensions données par M. Thore et indiquées, par moi, dans la figure qui est jointe à mon premier mémoire ; nous avons construit tous nos téléphones invariablement d'après ce plan qui offre tous les avantages désirables notamment au point de vue de la sonorité. De plus tous nos cornets ont été faits avec le même bois.
Puis, pour l'accorder plus commodément, nous avons fait subir au téléphone Bell les modifications suivantes : Nous avons remplacé les vis qui fixent l'embouchure au corps de l'appareil par des boulons, plus faciles à serrer et nous avons évité ainsi ce qu'on appelle en menuiserie le foirage, inconvénient qui se produisait d'autant plus fréquemment que notre bois est moux et étoupeux .
Nous avons évité encore ce dernier inconvénient par un autre moyen rendant également très facile l'accordage de la plaque : les vis et les boulons ont été supprimés et pour en tenir lieu on a tourné en forme d'écrou l'intérieur du chapeau , c'est- à-dire de la partie supérieure du téléphone dans laquelle on avait préalablement plaqué un bois des plus durs , du buis de préférence ; des pas de vis également en buis et collés sur le pourtour de la partie inférieure ont été disposés de façon à venir mordre dans cet écrou, se serrant à volonté et serrant en même temps la plaque. Cette disposition est des plus commodes ; nous la devons à M. Davezac de Moran à qui nous sommes redevables aussi d'une idée qu'il a mise en pratique et qui nous a fait arriver à régler convenablement les aimants .
Les barreaux d'acier aimanté employés par M. Davezac se terminent par une pointe en forme de clou venant se ficher dans une sorte de bouchon en bois dur, armé de nombreux filets très-serrés constituant une vis de précision. L'écrou devant recevoir cette vis est placé à l'intérieur de la partie inférieure du cylindre qui termine le cornet, à l'endroit où Bell a mis la vis de rappel, que ce bouchon remplace avec avantage.
Il est aisé de comprendre le fonctionnement du système : un tour, une fraction de tour de cette vis en bois rapprochera ou éloignera la tête de l'aimant d'un dixième de millimètre et même de moins de la plaque et amènera dans la tonalité et dans la sensibilité de l'appareil des variations successives, faciles à apprécier, permettant de le régler avec une justesse presqu'absolue.
Si à la vis en bois on substituait une véritable vis de précision en acier, ce système serait parfait. Tel qu'il a été construit par notre zélé collaborateur, il résout d'une manière bien suffisante le problème que nous nous étions posé.
Le choix du bois qui doit servir à la confection des téléphones n'est pas une chose indifférente : nous avons essayé toutes les essences dont se servent les constructeurs d'instruments de physique et les ébénistes : frêne, hêtre, sapin, acajou, etc. , etc., et nous avons tout d'abord constaté que les bois mous étaient préférables aux bois durs. (Les facteurs de violons le savent depuis longtemps.) L'acajou nous donnait cependant une sonorite satisfaisante et nous aurions , comme M. Bell, choisi ce genre de bois, lorsque le hasard nous fit mettre la main sur une espèce qui lui est bien supérieure. L'un de nous ayant demandé un morceau de ce dernier bois à un menuisier du voisinage, celui-ci lui envoya du cèdre rouge, qu'on appelle aussi faux acajou . M. Peyris, le premier, construisit un appareil avec ce bois , depuis nous n'en avons plus voulu employer d'autre, et nous ne craignons pas d'affirmer que les téléphones en cèdre sont incomparablement meilleurs que tous leurs devanciers.
Ils supportent même la comparaison avec ceux que M. Thore vient d'imaginer et qui, eux aussi, sont excellents parce qu'ils réalisent une condition dont je crois devoir faire une seconde loi, ainsi formulée : Les parois de la boîte sonore doivent être aussi minces que possible, presque réduites à zéro . M. Peyris l'avait compris lorsqu'il fit son téléphone en bois de cèdre, il ne leur laissa qu'une épaisseur suffisante pour supporter l'embouchure et les boulons, et c'est à cela que j'attribue la perfection de cet instrument .
M. Thore s'est encore plus rapproché de mon idéal en remplaçant le bois par du métal et en construisant (ne riez pas), un des meilleurs téléphones dont je me sois servi , avec une boîte ayant contenu du Café des Gourmets .

Déjà depuis longtemps on avait fabriqué dans le commerce des cornets téléphoniques en fer blanc ou en cuivre blanchi ; n'allez pas confondre ces jouets d'enfants avec l'appareil construit par notre collègue Dans ce dernier, la boîte sonore est seule en métal et ne fait qu'un avec la plaque vibrante . Le reste de l'instrument est en bois de cèdre .
Les dimensions de l'embouchure et de la boîte ont aussi une influence des plus grandes sur la qualité et sur l'intensité des sons. Dans nos expériences nous les avons fait varier à l'infini et nous nous sommes arrêtés à celles que vous trouverez dans mon premier travail, c'est-à-dire, pour la boîte : un diamètre de 0,08 c. sur une hauteur de 0,045. Nous avons, après bien des tâtonnements, conservé au pavillon la forme et la mesure indiquées dans la figure .( Bulletin de la Société de Borda, vol. de 1878, page 122.)
Je crois vous avoir suffisamment décrit nos instruments ; permettez-moi cependant avant de vous dire les résultats qu'ils nous ont donnés de formuler une troisième loi résultant de nos expériences : plus la distance est grande entre les deux postes correspondants plus la plaque doit être serrée , plus l'aimant doit être rapproché de la plaque ; en d'autres termes , les téléphones doivent être accordés sur un ton dont l'élévation augmentera en raison directe de la distance .
Nous soupçonnons bien l'existence d'une quatrième loi, mais nous n'osons pas encore l'affirmer. Nous croyons que nous arriverons à établir que la longueur et la section du fil de la bobine doivent eux aussi être proportionnés au parcours ; je veux dire que le nombre de spires de la bobine d'induction doit augmenter avec l'espace et la résistance que le courant induit aura à vaincre ; et plus ce fil sera long, plus il devra, pour ne pas trop s'éloigner de l'aimant inducteur, être fin et ténu.
Avec des instruments bien réglés, bien accordés, nous sommes arrivés à des effets vraiment prodigieux. Vous allez en juger par quelques exemples :
M. Peyris étant à Hinx avec tous les siens, M. Davezac et M. Thore dans leurs cabinets respectifs et moi dans le mien, nous avons, en réalité, passé ensemble de nombreuses soirées. Nous étions à chaque poste deux ou trois observateurs, munis chacun d'un cornet et nous nous livrions à des conversations générales aussi animées, aussi suivies que si nous avions été tous réunis dans le même salon. L'un de nous lisait-il le journal, tous les autres entendaient à la fois et faisaient des réflexions dont profitait toute cette réunion à distance. Ceux de nos collègues qui ont le bonheur d'être musiciens entonnaient-ils, à Dax ou à Hinx, un joyeux refrain ou un grand air d'Opéra, immédiatement des accords des plus justes partaient de tous les points et ceux qui, comme moi, se contentaient d'écouter entendaient un concert des plus mélodieux exécuté par des choristes placés à plusieurs lieues les uns des autres .
Un air de clairon joué à Dax, à quatre mètres du téléphone, était entendu à Hinx par tous les assistants sans qu'ils eussent besoin de mettre l'appareil
à l'oreille .
C'est même ainsi que j'appelais, tous les soirs , mes lointains correspondants. Il était convenu entre nous qu'ils plaçaient après leur dîner le téléphone sur la table autour de laquelle toute la famille lisait ou travaillait, puis, tout d'un coup, j'intervenais, ou plutôt le magique instrument jouait une marche militaire ou quelquefois appelait par son nom Monsieur ou Madame Peyris .
Dans plusieurs circonstances, les jours où la communication était bonne,il m'est arrivé d'entendre de mon bureau ce qui se disait dans le salon de Hinx en dehors du téléphone ; je savais qu'en écoutant je ne commettais pas d'indiscrétion. Vous voyez que si nous ne sommes pas arrivés à la perfection nous nous en sommes un peu rapprochés. Je ne veux vous citer qu'un fait de plus pour vous en donner la preuve un soir, en présence de M. Aubé, ingénieur des Ponts et Chaussées, j'eus l'idée de battre du tambour avec mes doigts sur ma table de travail, mon téléphone étant à côté ; M. Peyris entendtt si bien qu'il sut me dire que j'avais battu la générale.
Il faut reconnaître que nous ne réussissions pas toujours à correspondre d'une manière aussi parfaite.
Quelquefois, une expérience fort bien commencée finissait fort mal et nous avons été longtemps à chercher la cause de ces intermittences que nous avions, en premier lieu, mis sur le compte des caprices bien connus de l'électricité.
Nous en avons enfin découvert le secret : nous nous servions, comme vous le savez, du fil télégraphique qui de Dax va à Montfort et à Mugron.
Tant que ces deux postes restaient sur sonnerie, le courant plutôt que d'essayer de vaincre la résistance que lui offraient les bobines des électro-aimants de ces sonneries, ou des parleurs par inversion dont sont munis ces deux bureaux, se dirigeait en entier vers nos téléphones ; mais , dès que par crainte de l'orage la Receveuse de Montfort mettait ses appareils à la terre, le phénomène se produisait en sens contraire et nous ne recevions qu'une faible partie de notre courant si faible déja par lui-même.

Pour être complet, et sans en tirer vanité, parce que c'est d'après moi la vérité, je dois vous dire que, tenus au courant par des publications scientifiques, des divers systèmes mis en avant comme étant des perfectionnements du téléphone Bell, nous les avons tous ou presque tous expérimentés :
- Comme Edison nous avons tenté de renforcer les sons à l'aide du courant d'une pile faisant varier la résistance opposée au passage du courant téléphonique ;
- A l'exemple du colonel Navez, M. Thore a employé des rondelles de charbon dans le même but ; Nous avons fait diverses expériences avec des téléphones à mercure imités de ceux de Niaudet-Breguet ;
- Nous avons, avant M. Trouvé, multiplié les diaphragmes ;
- Nous avons fait des appareils énormes avec six, huit, et même un plus grand nombre d'aimants , ou avec un seul aimant long de 0m 25 et 0m 30,
armés de bobines contenant des kilomètres de fil, etc. , etc.;
Et malgré tout le soin apporté par nous à la confection et à l'installation de ces divers instruments, ils nous ont tous donné des résultats bien inférieurs à ceux que nous avons obtenus avec nos appareils.

Vous pourrez, du reste, vous en convaincre en comparant mon modeste mémoire (si licet parva componère magnis), avec le savant ouvrage de M. du Moncel , membre de l'Institut, rendant compte de toutes les expériences téléphoniques faites en France et à l'étranger.
Vous allez me trouver bien présomptueux, mais je crois néanmoins pouvoir me permettre d'adresser à tous ceux qui jusqu'ici ont tenté de perfectionner le téléphone un reproche sérieux : ils ont dénaturé l'invention de Graham Bell, en lui enlevant sa qualité principale, qui est du reste le propre de toutes les grandes découvertes, sa simplicité. Leurs essais sont, pour la plupart, un retour en arrière. Ils rappellent les premières expériences faites par Bell lui-même et par Elisha Gray.
Vers le mois de juillet, nos études allaient prendre une plus grande extension. M. Fulcrand Ouy, à l'obligeance et au dévouement duquel je suis heureux de pouvoir rendre un nouvel hommage, nous avait proposé de recommencer nos conversations avec Mont-de-Marsan interrompues depuis quelque temps et d'essayer à grande distance nos nouveaux appareils qui n'avaient encore fonctionné qu'à 12 kilomètres.

C'est alors que se produisit un événement administratif que je n'ai pas à apprécier autrement que pour dire qu'il a été bien malheureux pour nous.
Je veux parler de la fusion des Postes et des Télégraphes.
M. Ouy quitta bientôt Mont-de-Marsan et fut envoyé comme inspecteur à Versailles où sa présence nous a été plus tard bien utile.
L'autorisation officielle que nous avait donnée M. le Directeur général de l'ancienne administration des lignes télégraphiques par sa décision du 19 février 1878, fut considérée comme nulle et non avenue par M. le Directeur des Postes .
Bien plus, nous fûmes bientôt menacés de nous voir, ni plus ni moins, appliquer les dispositions pénales du décret du 27 décembre 1851 , promulgué, quelques jours après le coup d'Etat, pour empêcher les émeutiers de Paris et des environs de correspondre clandestinement entr'eux .
Je sais bien que ce décret a eu, d'après la jurisprudence, un autre but purement fiscal ; mais en quoi pouvions-nous frauder le fisc en correspondant à 137 mètres, entre chez M. Thore et chez moi ? Pouvait-on supposer raisonnablement que pour échanger les idées qui nous viennent à l'esprit, nous emploierions, nous, qui nous voyons à chaque instant, la poste ou encore moins le télégraphe ?
Aussi malgré deux sommations en due forme reçues les 23 et 25 octobre dernier, nous nous sommes obstinés à conserver le fil qui nous relie et que nous avions d'ailleurs établi avec l'agrément de M. le Maire et de M. le Sous-Préfet. Nous avons seulement, et à notre grand regret, coupé nos communications avec Hinx et supprimé une nouvelle ligne, très-confortablement installée , depuis quelques jours à peine, par M. Peyris, entre son habitation et la route de Montfort, que nous destinions à une application du téléphone à laquelle M. Thore songeait depuis longtemps .
Notre conflit avec l'Administration prit bientôt une grande importance :
nous dûmes faire intervenir MM. les Sénateurs et Députés qui font partie de la Société. Grâces à leur puissant appui et aussi aux nombreuses démarches faites en notre faveur par M. Fulcrand Ouy, nous sommes enfin arrivés à une sorte de transaction .
L'Etat nous a cédé son monopole pour la correspondance télégraphique entre la maison Thore, sise à Dax, rue Ste- Ursule , et la maison Dufourcet, située dans la même ville, rue Cazade, à une distance de 137 mètres de la première, et ce moyennant une redevance annuelle de 25 fr. par poste à la condition que notre ligne serait construite de façon à ne pas nous permettre de surprendre, en les lisant au son, les dépêches transmises par les appareils Morse en service au bureau de Dax, etc. , etc.
Nous nous sommes soumis. Vaut mieux un mauvais arrangement qu'un bon procès. Nous continuons nos expériences. C'est une chasse comme une autre. Nous avons notre permis et sommes à l'abri des procès-verbaux.
Quant à la seconde condition stipulée dans l'acte de concession, qu'il me soit permis de déclarer franchement que je la trouve pour le moins inutile ;
et je ne veux pas d'autres preuves de son inutilité que les constatations que j'ai faites déjà depuis longtemps. Ce n'est pas seulement par des effets d'induction d'une ligne sur une autre qu'on arrive à lire au son les dépêches ; il suffit pour cela de prendre deux fils, de les planter en terre dans une zone de plusieurs centaines de mètres de rayon tout autour d'un bureau, et de les attacher à un téléphone des plus médiocres ; toutes les dépêches transmises ou reçues par ce bureau viendront se répercuter sur la plaque vibrante et lui faire rendre un son assez fort pour qu'une personne un peu exercée puisse les lire .
Le moyen de vérifier mon assertion est bien facile : dans les localités d'une certaine importance vous aurez à la fois dans toutes les maisons le gaz et l'eau de la ville, ou tout au moins le gaz et un puits ; interposez un téléphone entre votre bec de gaz et votre robinet à eau, et si vous êtes assez rapproché du télégraphe il n'aura plus de secrets pour vous.
Comment éviter cet inconvénient si grave et si dangereux ? Je n'en vois qu'un, il est radical : supprimer les Morses dont la manipulation est du reste bien compliquée et qui , on vient de le découvrir, occasionne à la longue chez les agents qui le font habituellement fonctionner une maladie spéciale, qu'on a appelé la crampe des télégraphistes ou plus simplement le mal du télégraphe .
L'Etat devra, pour cette suppression, dépenser des sommes considérables , mais ce sacrifice est urgent et il sera, du reste, largement compensé par les avantages de toute sorte que présente la mesure que j'ose proposer.

La santé des employés est une chose à prendre en sérieuse considération et plus que suffisante, à elle seule, pour faire proscrire un instrument susceptible d'y porter une aussi grave atteinte.
De plus, l'adoption de systèmes plus simples que celui dont on se sert aujourd'hui , plutôt par routine que pour tout autre motif, facilitera la fusion
des Postes et des Télégraphes en dispensant les agents de la première de ces administrations d'un apprentissage long et laborieux et fera entrer l'administration nouvelle dans la véritable voie qu'elle est appelée à suivre .
Mais , me direz-vous , par quoi remplacer le Morse ? Ma réponse est toute prête :
Pour les grandes lignes, on lui a déjà substitué le télégraphe à touches de M. Hugues, imprimant les dépêches en caractères ordinaires .
Pour les lignes d'une importance moyenne on pourrait faire usage d'un appareil inventé par M. Rémond et construit par M. Loyseau fils. Comme le Hugues, cet instrument imprime en toutes lettres et son manipulateur est identiquement semblable à celui du télégraphe à cadran .
On se demande pourquoi on s'obstine à rejeter un système aussi complet, réunissant par une heureuse combinaison les qualités que présentent le Breguet, le Hugues et le Morse et n'ayant aucun des défauts que nous reprochons à bon droit à ce dernier. Ne serait-ce pas pour une raison analogue à celle qui fait que la pile Callot dont on reconnaît les défectuosités et l'insuffisance est néanmoins préférée pour les grands bureaux à celle de Leclanché qu'on daigne à peine employer dans les petites stations .

Enfin, pour les lignes rurales, je n'hésite pas à mettre en avant le téléphone. Les receveuse des postes pourront, avec notre appareil, transmettre et recevoir des dépêches sans étude préalable comme sans danger. Or, il est à noter, d'après M. Onimus, auteur d'un traité spécial de la maladie du télégraphe , que ce mal atteint plus fréquemment les femmes que les hommes. Leur système nerveux, plus délicat, plus impressionnable , les prédispose à cette terrible affection qui se termine souvent par la folie.
Si ma proposition venait à être acceptée, on verrait bientôt les installations télégraphiques se multiplier et avec elles les recettes. Chaque village, chaque bourg voudrait avoir son poste téléphonique. Les relations commerciales deviendraient plus promptes et plus faciles, les affaires, plus actives et plus nombreuses, et cette transformation se ferait sans imposer aux communes les moins riches une dépense trop lourde pour leur budget.
Voici , d'après mes calculs, ce que coûterait, en forçant les chiffres, une ligne entre deux localités situées à 12 kilomètres de distance et déjà reliées entr'elles par un chemin vicinal complanté d'arbres, auxquels on pourrait, comme l'a fait M. Peyris, attacher sans inconvénient le fil conducteur :
1º 120 poulies en poterie vernie, pour isoler les fils et les attacher aux arbres ..................................... 12 fr.
2º 120 vis, dites tirefonds, pour fixer ces poulies, à 0 fr . 25 c. l'une ...................................................30
3º 12,000 mètres de fil de fer galvanisé d'un millimètre de section, à raison de 8 francs par kilomètre.... 72
4° Pose de la ligne, deux ouvriers à 3 francs par jour pendant 12 jours ............................................... 96
EN TOTAL ................................................................................................................................... 210 fr
Soit par kilomètre 17 fr. 50 environ ; et si la pose était faite prestataires, soit par des hommes de bonne volonté comme on en rencontre si souvent dans nos campagnes, 11 à 12 francs seulement ( Sur les routes dépourvues d'arbres, on pourrait employer des poteaux en bois de pin durcis au feu ou enduits de coaltar jusqu'à une certaine hauteur. Il n'en faudrait pas plus de 10 par kilomètre et ils coûteraient 4 ou 5 francs chacun, mis en place) .
Le prix du matériel nécessaire pour chaque poste ne coûterait pas non plus bien cher. Il se composerait :
1º De deux téléphones à boîte métallique et à vis de réglage valant au plus............................................ 30 fr.
2º D'un commutateur à six directions (modèle de M. Thore) ............................................................... 15
3º D'une sonnerie d'appel ................................................................................................................... 6
4º D'un paratonnerre........................................................................................................................... 5
5. De six éléments Leclanchet ........................................................................................................... 18
EN TOTAL .................................................................................................................................... 74 fr .
Encore, à la rigueur, on pourrait fort bien supprimer la sonnerie, la pile et le commutateur et les remplacer comme avertisseur par une corne de chemin de fer, coûtant un franc au plus ; car le son de cette corne, émis au bureau du départ dans le pavillon du téléphone, s'entendra à l'arrivée avec une intensité suffisante pour attirer l'attention de l'agent préposé à la réception quelque grand que soit son bureau, quelque tapage qu'on fasse autour de lui. Ce moyen est du reste déjà employé dans plusieurs usines où l'on fait usage du téléphone. Le matériel ainsi réduit serait encore bien suffisant et plus spécialement destiné aux communes pauvres , mais pas assez cependant pour ne pas se permettre une dépense de 36 francs .
Je sais bien qu'on fait à l'application du téléphone à la télégraphie de nombreuses objections . Pour moi elles rentrent toutes dans les trois suivantes que nous allons examiner et discuter ensemble. Vous verrez qu'elles ne sont sérieuses qu'en apparence :
1º On reproche à notre appareil de ne pas enregistrer les messages vocaux. Mais cet enregistrement est-il donc bien nécessaire ? Ne peut-on pas garder comme minute de la dépêche l'original manuscrit déposé par l'expéditeur au poste de départ, le classer dans les archives et l'y retrouver , en cas de besoin, bien plus vite et plus facilement que les rouleaux du Morse ? C'est du reste ainsi qu'on procède, je crois, dans les bureaux qui se servent du système Hugues, car la bande imprimée par le récepteur est collée sur un papier spécial et remise à la personne à laquelle la dépêche est adressée .
2º Au point de vue du secret des transmissions le téléphone n'offrira pas plus de garanties que le Morse. A cela je répondrai qu'il est plus difficile qu'on ne le pense de surprendre au passage une conversation téléphonique. Il faut pour y parvenir accrocher la ligne et établir un fil en dérivation, faire en un mot une installation trop apparente pour qu'on ose opérer en plein jour. Or je ne propose l'usage des téléphones que pour les bureaux fermés au public dès sept heures du soir. Tandis que, nous l'avons vu plus haut, les indiscrétions avec le Morse peuvent se commettre clandestinement, à toute heure , au domicile même de l'indiscret en dehors de toute surveillance possible.
3º Restent, au moins les phénomènes d'induction d'un fil à un autre, qui font qu'une dépêche transmise par un bureau se reproduira dans tous les postes dont les conducteurs seront placés sur les mêmes poteaux.
Cette difficulté est, je l'avoue, la plus grave, mais elle est loin d'être insurmontable .
On a d'abord pensé, pour éviter cet inconvénient, à isoler les fils avec un enduit de gutta percha, ou une couverture en soie ou en coton, diminuant suffisamment les effets de l'induction. Mais la mise en œuvre de ce procédé coûterait fort cher et ferait perdre ainsi à la réforme que je propose un de ses principaux mérites .
M. Peyris a découvert une manière bien plus ingénieuse de surmonter cet obstacle. Son idée est bien plus pratique et présente à d'autres points de vue des avantages dont la télégraphie pourra peut-être tirer profit.
Il a inventé un appareil simple et d'une construction peu coûteuse, dont il vous donnera , j'espère, avant longtemps la description, à l'aide duquel, un nombre relativement considérable de bureaux , dix, quinze, vingt, situés dans la même direction, pourront correspondre avec un seul fil. Avec cela de particulier qu'un tableau indicateur fera simultanément connaître à tous les postes si deux d'entreux , qui seront désignés par leur nom, sont en correspondance, ou si la ligne est libre et toutes les stations au repos.
Supposons , pour mieux comprendre, le système de notre collègue fonctionnant sur une ligne que nous connaissons tous, entre Dax et St-Sever, avec ces six postes, Dax, Hinx, Montfort, Mugron, Montaut et St-Sever. Si Dax vient à correspondre directement avec St-Sever le tableau placé à Hinx, à Montfort et dans tous les autres bureaux, le fera savoir aux employés qui les dirigent, et dès que la conversation sera terminée, ils en seront également avertis par ce tableau en forme de cadran dont l'aiguille reviendra au cran de repos .
De semblables indications se produiront chaque fois que deux stations quelconques de la ligne échangeront une dépêche.
De plus , comme cela a lieu déjà avec l'appareil connu sous le nom de parleur par inversion de courant, qui permet de correspondre avec deux points différents en se servant du même fil, les postes tête de ligne et les intermédiaires pourront attaquer à leur choix un de leurs correspondants , et les autres, quoiqu'avertis, ne pourront pas surprendre leur correspondance, les transmissions restant complètement indépendantes et trois bureaux ne pouvant pas fonctionner en même temps.
Ce serait un inconvénient, plutôt qu'un avantage, si on voulait appliquer cet appareil nouveau à des lignes importantes, aussi n'en ai-je parlé qu'au chapitre où je traite de ce que j'appelle, avec l'administration, les lignes rurales. Je crois néanmoins qu'il pourra être très utilement employé par les compagnies de chemins de fer, surtout pour le réseau d'intérêt local qui est aujourd'hui en projet.
On peut, enfin, arriver à un résultat aussi complet, produire absolument les mêmes effets d'une manière encore moins compliquée, sans autre appareil qu'un commutateur imaginé par M. Thore ; c'est du reste ce moyen que nous employons dans nos trois postes depuis qu'une autorisation régulière nous a permis de faire une installation définitive.
Pour que vous saisissiez mieux mon explication j'en reviens a mon premier exemple et je suppose les stations de Hinx , Montfort, Mugron et Montaut munies du commutateur de M. Thore et disposées de façon à le faire fonctionner pour le mieux.
A l'entrée de chacun de ces bureaux, la ligne se bifurquera en deux fils, qui se réuniront à leur sortie. L'un de ces fils passera par le commutateur, l'autre, par le téléphone qui sera ainsi , en permanence, embroché ou à cheval (ces deux expressions sont devenues techniques), et pourra recevoir et transmettre, dans toutes les directions, en prenant sa terre aux deux postes extrêmes à travers les bobines des autres téléphones intermédiaires , ce qui pour les courants téléphoniques ne constitue pas une résistance appréciable . Nos expériences avec Hinx en sont la preuve.
Le fil dirigé vers le commutateur servira au passage du courant de la pile, plus difficile à conduire et qui pour éviter la résistance à lui offerte par les téléphones passera en entier par cette voie et aura assez d'intensité pour faire décleucher, à la fois , toutes les sonneries de la ligne. Il suffira d'avoir une pile et de dix à douze éléments grand modèle, surtout si on emploie de petites sonneries, bien sensibles .

Avant d'aller plus loin, je dois, si je veux être bien compris, vous décrire le commutateur qui est la pièce principale de mon système.
Il se compose d'un disque en cuivre rouge, A, placé sur un pivot isolateur en bois , B, à une hauteur d'un centimètre environ, d'une planchette, également en bois , P, d'un diamètre supérieur comme l'indique la figure II de la planche I.

Cette planchette est munie de six bornes reposant sur un égal nombre de lames métalliques , 1, 1, 1, 1, 1, 1, (planche I figure I), larges de trois à quatre millimètres, qui convergent vers le centre de l'appareil, passent sous des vis , v, v, v, v, v, v ( même planche figure II ) et sont, bien entendu.
séparées les unes des autres par le pilier central. Les vis sont en laiton, elles traversent le plateau en cuivre, A, et viennent, quand on les serre , s'appuyer sur les lames qui se trouvent au-dessous .
Si un courant arrive par la borne X ( figure II ) , et que je veuille le faire sortir par la borne Y, je n'aurai qu'à baisser les deux vis correspondantes . elles viendront établir avec la lame placée sous les bornes un contact, d'autant plus parfait qu'elles seront fortement serrées, et le courant traversant le disque A sera facilement conduit de X en Y.
Si nous fixons la ligne de Dax à la borne X et le côté St-Sever à la borne Y, nous obtiendrons la communication que nous cherchions à obtenir, et si encore nous mettons la borne Z en rapport avec la sonnerie du poste, en baissant la vis qui se trouve au-dessus, le courant envoyé de Dax à St-Sever fera nécessairement marcher la sonnerie. Une quatrième vis servira à lancer le courant de la pile pour appeler les bureaux correspondants, la cinquième sera destinée à mettre les appareils à la terre, en cas d'orage, et la sixième fera communiquer le poste avec la sonnerie de nuit.
Tous les bureaux étant ainsi installés, il n'y aura plus qu'à convenir d'un signal d'appel spécial pour chacun d'eux.
De plus, comme pour parler il faudra avoir soin de lever les deux vis de ligne, sans quoi on n'entendrait rien, chaque station pourra savoir si la voie est libre en essayant de sonner chez un de ses voisins et en écoutant avec son téléphone si la sonnerie fonctionne, ce qui s'entend parfaitement.
Si deux stations correspondent en ce moment, comme le circuit de la pile est coupé, puisque les vis de ligne sont levées, le courant ne passe pas , rien ne sonne. Si au contraire le correspondant répond , on n'a plus qu'a causer avec lui sans crainte d'être interrompu.

Ce n'est pas seulement à la télégraphie que le téléphone est appelé à rendre de grands services. Il a reçu et recevra encore de nombreuses applications , de genres bien différents. Je ne vous en indiquerai que quelques-unes pour ne pas trop agrandir le cadre de mon mémoire.
De plus compétents que moi vous diront que l'emploi de cet appareil peut ouvrir à la physiologie une voie nouvelle et amener des découvertes qui contribueront inévitablement à faire progresser la médecine et la chirurgie .
Nous connaissons ses qualités exceptionnelles comme électromètre : la sensibilité dont il a fait preuve dans les constatations délicates qu'il nous a permis de faire jusqu'à l'heure nous a fait penser à étudier avec son aide les variations subies, d'après certains auteurs, par la température de la Fontaine chaude .
En envoyant au fond du gouffre une soudure métallique, produisant des courants thermo-électriques d'une intensité proportionnelle à la chaleur qui les développera, nous pourrons arriver, je crois , avec un interrupteur et un téléphone, sinon à mesurer exactement l'intensité de ces courants et par contre la température qui les a produits, du moins à constater positivement si cette température est ou non variable.
Si nos communications avec Hinx n'avaient pas été interrompues, nous aurions depuis longtemps réalisé une idée de M. Thore, à laquelle j'ai fait allusion plus haut et qui vous étonnera, j'en suis sûr ; nous aurions appliqué le téléphone à l'étude de l'Astronomie .
N'allez pas croire que nous ayons eu la prétention de correspondre avec les habitants de la lune. Voici tout bonnement ce que nous aurions fait :
Entre Dax et le château de M. le commandant Peyris, nous avons, à vol d'oiseau , une distance que cet Offlcier supérieur du Génie avait eu la complaisance de mesurer mathématiquement. Cette base aurait été, d'après nous , suffisante pour qu'avec des observations simultanées, faites à l'aide de deux télescopes que nous aurions placés aux deux extrémités, et qui seraient devenues possibles grâces à une correspondance constante par le téléphone, nous avons eu au moins l'espoir, sinon la certitude, de parvenir a calculer la parallaxe des bolides qui se promènent autour de notre satellite.
Je termine par une dernière application moins scientifique mais certainement plus utile. Nous faisons, avec ce prodigieux instrument, entendre les sourds, et si nous n'allons pas jusqu'à faire parler les muets, nous sommes en bonne voie pour atteindre ce dernier résultat. Nous avons déjà enlevé à la bouche une partie du rôle actif qu'elle joue dans la transmission des sons produits par les vibrations des cordes vocales.
Voici , en effet, les intéressantes observations que nous avons faites tout dernièrement avec mon ami Thore .
Pour entendre, il n'est pas nécessaire de mettre le téléphone à l'oreille si on le place sur la bouche, sur les yeux, sur le crâne, sur la nuque, les vibrations se transmettent directement au cerveau sans passer par l'appareil auditif, et les sourds dont l'infirmité provient d'un dérangement, dans cet appareil perçoivent parfaitement les sons surtout si on leur fait serrer l'instrument avec les dents, et dans tous les cas, bien mieux qu'avec le meilleur des cornets acoustiques.
En sens inverse, si pour parler, vous mettez votre instrument, non plus sur la bouche , mais sur l'oreille, sur le front, et même comme l'a fait M. Du Moncel , sur le creux de l'estomac, la parole arrive au poste opposé assez nette pour être comprise ; si bien que M. Thore et moi en sommes venus à ne plus ôter, pour causer ensemble, le téléphone de l'oreille.
Je m'arrête , parce qu'il faut savoir se borner. J'aurais encore beaucoup à dire, mais je vous en fais grâce pour cette fois. Je vous raconterai seulement, aussi brièvement que possible, les quelques essais que nous avons faits de deux autres instruments, également en vogue aujourd'hui : Le Microphone et le Phonographe .

Le Microphone.
Le microphone, comme le dit avec raison M. Figuier, dans son Année scientifique 1878, n'est autre chose qu'un transmetteur particulier destiné à renforcer les sons du téléphone.
Il a été inventé par un physicien Américain, M. Hugues, qui n'a fait, en réalité, que donner une forme nouvelle, une disposition différente au téléphone de son compatriote Edison.
Les deux appareils ne sont, en effet, que l'application d'un même principe déjà constaté par M. Du Moncel, en 1865, et qui d'après le docte académicien français peut se formuler ainsi : « La plus ou moins grande pression exercée entre les pièces d'un contact des interrupteurs influe considérablement sur l'intensité des courants qui les traversent. » Où , encore mieux, comme le fait remarquer le même auteur dans son récent ouvrage sur le Téléphone , le Microphone et le Phonographe (Paris , Hachette, 1878) : en faisant varier la résistance dans un circuit parcouru par le courant téléphonique on renforce considérablement les sons .
De là, le nom grec donné à l'appareil qui agrandit la voix et qui fait entendre plus forts les sons les plus faibles , comme le microscope fait voir plus gros les objets les plus petits.
Rien de plus facile à construire qu'un microphone. Il suffit d'employer un moyen quelconque, et ils sont nombreux, pour intercaler dans le parcours des deux fils servant à conduire, à la fois, le courant induit du téléphone et celui d'une pile, un système dont une partie, solide ou liquide, vibrera sous l'action de ce dernier courant et fera varier, par conséquent, la résistance que le conducteur offrira au passage du premier.
Hugues et Edison se sont servis du charbon, d'autres ont préféré des liquides, notamment le mercure ; d'autres enfin ont obtenu le même résultat avec des clous, des pointes de Paris ou des fragments d'aiguilles à tricoter, mis en croix les uns sur les autres .
Après avoir essayé tous ces différents procédés, nous avons définitivement opté pour le charbon et nous vous soumettons la disposition qui a produit pour nous les meilleurs effets. Elle est due à M. Davezac de Moran, qui n'a fait, du reste, que modifier l'appareil de M. Gaiffe, en le rendant plus facile à manier et moins fragile.

Il se compose (voir la planche II) d'une petite plate-forme en bois p, p, supportée sur deux rouleaux en caoutchouc, R, R. Sur cette planchette est fixée une potence en cuivre T, munie d'une vis de réglage G, qui soutient un cube en charbon de cornue A, dont la partie inférieure est creusée en forme de V. Au-dessous de ce premier cube est placé un second de mêmes dimensions C, ayant aussi une entaille en V, mais à la partie supérieure.
Ce dernier V est coupé vers le milieu de l'épaisseur du cube par un fil de cuivre F, dont nous verrons bientôt l'utilité. Les deux charbons, ainsi disposés , sont réunis par une plaquette très mince B, également en charbon, retenue en haut et en bas par la double rainure en V que je viens de décrire et pouvant vibrer librement, s'appuyer tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, sans être exposée à tomber et à se casser quand bien même on renverserait l'appareil . Cette stabilité de la plaque vibrante a été obtenue par M. Davezac en taillant ses charbons de manière à la retenir en avant et en arrière et en plaçant sur le cube inférieur le fil F, passant dans la fente K, ce qui rend impossible sa chute par côté .
Les courants rentrent par la borne E, montent par la tige T, traversent les cubes et la languette en charbon A, B, C, et sortent par la borne D , pour aller rejoindre le téléphone d'arrivée.
Avec ce microphone, nous avons pu entendre de Hinx à Dax, non seulement le bruit de la montre de M. Peyris, mais encore son souffle qui prenait les proportions de celui d'un vrai soufflet de forge.
Les sons d'une boîte à musique ressemblaient par leur intensité à ceux de l'orgue de la cathédrale, et les pas d'une mouche sur la planchette retentissaient comme ceux d'un cheval sur le pavé.
Malgré cela, la parole n'était pas aussi claire ni aussi nette qu'avec le téléphone ; les mots étaient souvent coupés en deux et nous n'avons jamais pu correspondre avec le microphone d'une manière convenable et suivie.
Ces expériences nous ont offert un grand intérêt, mais nous n'avons pas tardé à nous convaincre de leur inutilité au point de vue pratique. Pour nous, cet appareil risque très fort de n'être jamais qu'un fort joli jouet.
On a bien essayé de l'appliquer à l'auscultation et à l'observation des divers mouvements qui se produisent dans l'organisme humain , mais je crois qu'il n'a pas encore produit de constatations ni plus sûres, ni plus délicates que celles faites avec les instruments déjà employés au même usage en médecine.

Le Phonographe.
Vous n'avez pas oublié l'accueil fait à ce nouvel instrument par M. Bouillaud , lorsque M. Du Moncel en parla pour la première fois à l'Institut. Comme saint Thomas, le docte académicien a dû se rendre à l'évidence et les visiteurs de notre dernière exposition ont pu admirer l'appareil inventé par Edison, comme ceux de l'exposition de Philadelphie avaient les premiers admiré le téléphone.
Le Phonographe, son nom le dit, enregistre la parole et la reproduit .
Avant Edison, deux Français, M. Léon Scot et M. Charles Gros étaient arrivés presqu'au même résultat. Le premier avait construit un appareil qu'il appelait le Phonautographe à l'aide duquel la parole s'imprimait d'elle-même, le second avait déposé, dès 1877, à l'Académie des sciences, un pli cacheté, contenant le moyen de reproduire les sons avec les traces fournies par un enregistreur à peu près semblable à celui que le premier avait fait fonctionner avant lui. Malheureusement ce pli n'a été ouvert que trop tard.
Le phonographe d'Edison se compose d'un cylindre métallique recouvert d'une feuille de papier d'étain, ressemblant à celui dont on se sert pour envelopper le chocolat. Ce cylindre tourne sur son axe ; son mouvement doit être très-lent et est obtenu avec une manivelle ou encore mieux avec un ressort d'horlogerie.
Au-dessus de cette première partie du système et venant presque la toucher, se trouve une embouchure de téléphone, dont la plaque vibrante est armée d'un petit stylet se déplaçant à chaque vibration et venant imprimer en quelque sorte cette vibration sur le papier qui cède sous l'impulsion qu'il reçoit et en conserve la trace .
Le cylindre, en tournant, est animé d'un autre mouvement dans le sens de sa longueur produit par une vis qui fait que la gravure des sons a lieu suivant une ligne en spirale, symétrique aux filets du pas de cette vis, et permet en même temps de ramener le rouleau à son point de départ, lorsqu'on a fini de parler dans l'embouchure.
Si donc on procède ainsi, si l'on parle un peu fort devant la plaque, comme dans un téléphone, pendant que le cylindre, ou rouleau , accomplit son double mouvement, la parole se grave en petits traits sur le papier d'étain . Si on fait ensuite passer à nouveau le cylindre sous le petit poinçon adhérent à la membrane téléphonique, après l'avoir ramené a son point de départ et en le faisant tourner comme précédemment, les secousses imperceptibles occasionnées au burin par les creux et les pleins de la gravure, produisent des vibrations semblables à celles qui ont été gravées et la plaque rend, quoique grandement affaiblis, mais dans le même ordre , les sons et les paroles qu'elle a reçus. Si pour augmenter sa sonorité on ajoute au pavillon de l'appareil un cornet en carton très-long et très-évasé, on renforce assez la parole pour qu'elle puisse être entendue et comprise par une nombreuse assistance.
Il m'a été donné d'entendre une seule fois le phonographe et je dois vous avouer que d'après ce que j'avais lu dans les journaux et même dans des ouvrages sérieux, j'avais le droit de m'attendre à mieux. Je suis cependant facile à enthousiasmer, c'est un reproche qu'on m'a adressé bien souvent et je sens que je le mérite. Eh bien, quoique l'instrument que j'ai vu fonctionner fut des meilleurs, m'a-t-on dit, je n'ai pas été enchanté des expériences auxquelles j'ai pu assister .
J'ai constaté avec peine que la parole était reproduite sur un ton nasillard rappelant celui d'un téléphone dont l'aimant serait trop près de la plaque et d'une façon presqu'inintelligible par moments. Le chant était répété un peu plus nettement et les sons d'un instrument à vent, un cornet à pistons quoiqu'un peu dénatures, étaient cependant redits assez exactement.
Quoi qu'il en soit, l'invention du grand inventeur américain n'en est pas moins admirable. N'est-ce pas merveilleux que l'homme ait pu arriver, même imparfaitement, à imiter un des grands chefs-d'œuvre du Créateur et à imaginer un agencement mécanique pouvant, comme le dit Figuier : remplacer l'organe de la voix , et produire les effets de la bouche, de la langue et du larynx .

Vous allez trouver, peut-être, que nous avons élevé nos prétentions bien haut : nous avons, nous aussi , essayé de faire un phonographe ! Et si nous n'avons pas réussi, nous ne désespérons pas de réussir un jour. M. Peyris et M. Thore ne sont pas hommes à se laisser décourager ; ils poursuivent la réalisation de leur projet avec un acharnement que le succès couronnera, j'en suis sûr.
Leur système diffère de celui d'Edison en ce que le cylindre en cuivre et le papier d'étain sont remplacés par une petite enclume en fer doux et par un fil en métal dur qui, en allant s'enrouler successivement sur deux dévidoirs qui le font mouvoir tantôt dans un sens, tantôt dans un autre passe entre l'enclume et le stylet de la plaque vibrante, assez près pour que les vibrations se gravent sur la face du fil en regard du burin. Ce burin est en acier fortement trempé et affecte la forme d'un ciseau des plus tranchants ; de telle sorte que les traces qu'il laisse sur le fil, sont de véritables gravures au trait, sans bavures, sans déchirures comme celles qui se voient sur le papier d'Edison, et qui sont la seule cause de l'altération que cet instrument fait subir aux sons qu'il reproduit.
Notre appareil n'a pas été encore construit avec assez de perfection pour produire des résultats comparables à ceux que je me permets de critiquer, mais il a cependant fonctionné d'une manière suffisante pour nous donner grand espoir et pour nous prouver que le principe est excellent et que l'exécution était seule défectueuse. C'est déjà beaucoup.
De plus, il a déjà permis à M. Thore de faire une observation qui , si elle est juste, fera de son phonographe un instrument bien plus précieux , bien plus pratique que s'il rendait la voix aussi parfaitement que possible.
L'impression des sons se fait sur le fil avec une netteté, une délicatesse de traits si grande qu'elle constitue une véritable graphique de la parole qu'elle enregistre. Les moindres altérations dans la voix laissent des traces sensibles et constantes, et des expériences répétées nous ont prouvé que ces altérations , variant avec leurs causes, produisaient toujours les mêmes traits, les mêmes figures sur le fil, quelle que soit la personne qui ait parlé.
Notre ami croit arriver à établir que chaque maladie des voies respiratoires et des poumons a sa graphique spéciale facile à obtenir et à dessiner avec son appareil. Vous devinez les services immenses que sa découverte rendrait à la médecine. En questionnant son malade et en le faisant répondre dans un phonographe, le médecin verrait le nom de l'affection dont est atteint le patient venir s'imprimer de lui-même, en quelque sorte , en toutes lettres, sur le fil métallique.
Quoi de plus sûr que ce diagnostic ?

EUG . DUFOURCET .

A la séance du 3 Juillet 1879
...
Une lettre de M. Guthman, annonçant l'envoi des publications de la Société académique des Hautes-Pyrénées et regrettant que quelques numéros soient épuisés. M. Guthman exprime, en outre, le désir qu'il lui soit fait don de deux exemplaires des mémoires de M. Dufourcet sur le téléphone et le phonographe ; ...

Séance du 6 novembre 1879 .
. ..
Dufourcet lit un mémoire intitulé : Catalogue raisonné des vicomtes de Dax, qu'll a extrait en grande partie des œuvres manuscrites de J.-B. Thore et complété à l'aide de documents divers et des archives de la ville.
Il lit un second mémoire dans lequel il rend compte de trois nouvelles expériences téléphoniques, faites par divers membres de la Société et qui qui peuvent se résumer ainsi :
1 º A l'aide de deux fils attachés l'un à un bec de gaz, l'autre à la pompe du puits de sa maison ou bien même en attachant ces fils à deux barres de fer, plantées en terre, dans sa cour, à sept mètres l'une de l'autre, M. Dufourcet a entendu et a fait entendre à diverses personnes non-seulement des dépêches du télégraphe Morse expédiées et reçues par le bureau de Dax, mais même celles échangées le soir après la fermeture de tous les bureaux du pays entre Bordeaux et Saint-Sébastien et vice-versa ;
2º Avec un téléphone, installé comme dans l'autre expérience, en communication avec la terre seulement, on est averti longtemps à l'avance des orages et des diverses perturbations atmosphériques. Les orages s'annoncent douze ou quinze heures à l'avance par un grésillement tout spécial qui va toujours en augmentant, jusqu'au moment où ils éclatent.
Les changements de température produisent dans l'appareil un bruit tout particulier qu'on a déjà comparé à des cris d'oiseaux. Enfin, la pluie s'annonce par une sorte de bruissement ressemblant à celui produit par une friture ;
3º Il n'est pas nécessaire pour faire fonctionner un microphone de se servir d'une pile. - En intercalant cet appareil dans le circuit entre la terre et le téléphone, il fonctionne à merveille. Le courant qui le fait fonctionner est-il fourni par l'attaque lente mais certaine que fait subir l'humidité du sol soit à la pompe, soit à la canalisation du gaz sur lesquels les expérimentateurs prennent leur terre ou bien ont-ils, sans s'en douter, capte des courants telluriques ? Telle est la question qui sera étudiée pour la prochaine séance par M. Thore. Quoiqu'il en soit, le microphone ainsi intercalé dans le circuit du téléphone, renforce d'une manière très sensible les sons produits par ce dernier.

NOTE SUR TROIS NOUVELLES EXPÉRIENCES FAITES A L'AIDE DU TÉLÉPHONE BELL MODIFIÉ PAR M. THORE

Ne fût-ce que pour donner raison à ceux qui prétendent que nous sommes atteints du délire de la téléphonie, permettez-moi de vous entretenir encore de mon sujet favori, en vous parlant de trois expériences nouvelles que nous venons de faire avec M. Thore et qui vous offriront peut-être quelque intérêt.
La première, vous prouvera, une fois de plus, la sensibilité toujours croissante de nos appareils. Ceux dont nous nous servons actuellement ne différent presque pas de celui que j'ai décrit dans mon dernier mémoire : la boîte sonore est en métal très-mince (une boîte de cartouches Gevelot pour carabine Flobert de 0m09m) ; ces dimensions sont à peu près les mêmes , 0m45m sur 0m65m, le manche et le pavillon sont toujours en bois de cèdre rouge. Avec ces instruments, plus simples encore que les premiers dont nous nous sommes servi, nous entendons parfaitement non-seulement les dépêches du télégraphe Morse expédiées et reçues par le bureau de Dax, mais même celles échangées entre tous les bureaux à plus de 40 lieues à la ronde. Je n'exagère pas et je suis prêt à faire entendre de mon cabinet, à tous ceux qui voudront s'en assurer par eux-mêmes, les télégrammes allant de Bordeaux à Saint-Sébastien et vice-versâ, le soir après neuf heures, par une ligne passant à la gare, n'entrant pas en ville par conséquent, et cela avec un téléphone accroché à deux fils attachés, l'un au bec de gaz qui est devant ma porte, l'autre à mon puits ; ou même encore, et c'est ici que la chose devient réellement étonnante, en plantant dans ma cour deux barres de fer à 7 à 8 mètres l'une de l'autre et en plaçant le téléphone entre ces deux fils de terre bien faciles à installer.
Il s'établit dans ce circuit un extra courant pris sur le retour par la terre des courants télégraphiques, et les interruptions du courant principal se répètent dans l'extra courant avec une intensité suffisante pour être perceptibles à l'aide de notre appareil. Peut-être un jour arriverons-nous à imprimer les vibrations qu'elles occasionnent dans la membrane sonore !
La deuxième expérience nous a donné des résultats plus pratiques et qui nous amèneront, je l'espère, à faire avant longtemps une application nouvelle de l'invention de Bell qui en a reçu déjà de si nombreuses et de si variées. Le téléphone est appelé , je crois, à rendre de grands services à la météorologie et voici les quelques observations qui me le font croire :
J'ai en permanence dans ma cour deux barres de fer plantées en terre , à chacune d'elles est fixé un conducteur en fil de cuivre recouvert aboutissant à mon appareil récepteur que je consulte régulièrement deux ou trois fois par jour et qui n'a jamais manqué de me signaler 12 ou 15 heures à l'avance les divers orages qui ont éclaté sur notre ville depuis plusieurs mois. Quand le temps est orageux, il se produit sur la plaque vibrante un bruit tout spécial, une sorte de grésillement, qui va en augmentant à mesure que l'orage approche et qui au moment où il a éclaté prend une intensité comparable à celui produit par la grêle frappant sur des carreaux de vitre. A chaque éclair, c'est comme si une pierre tombait dans la boîte sonore. Les perturbations atmosphériques, les changements de température sont aussi annoncés d'avance par un bruit tout particulier dont nous avons déjà parlé et que nous avons désigné sous le nom expressif de cris d'oiseaux. Il n'est pas nécessaire pour entendre ces cris d'expérimenter sur une longue ligne, comme nous l'avions cru tout d'abord, il suffit pour cela de faire une installation comme la mienne, de prendre, comme nous le disons en notre argot téléphonique, la terre en deux points distants de 7 à 8 mètres l'un de l'autre, au minimum .
La pluie s'annonce par un bruissement que nous avions déjà constaté depuis longtemps et que dans mon premier mémoire je comparais, avec M. Du Moncel, à celui que produit une friture.
Enfin, voici en quelques mots notre troisième constatation, j'allais dire découverte : Il n'est pas nécessaire pour faire fonctionner un microphone de se servir d'une pile. Vous vous souvenez que, dès le commencement de nos recherches, nous avons reconnu que le conducteur attaché au puits Dulos nous fournissait un courant mesurant 15º à la boussole des sinus ; nous avons eu l'idée d'essayer si ce courant était assez intense pour produire sur un microphone les interruptions destinées à renforcer le courant induit, et nous avons parfaitement réussi. Avec cette pile d'un nouveau genre, nous avons fait entendre de chez moi , chez mon excellent ami Thore, le tic-tac de ma montre, le souffle de la respiration, etc. En prenant au lieu du puits, toujours comme pile, le bec de gaz qui est dans la rue, on obtient les mêmes résultats. Si bien que nous nous demandons si l'électricité dont nous nous servons nous est fournie par l'attaque lente mais certaine que l'humidité du sol fait subir aux métaux qui composent soit ma pompe soit la canalisation du gaz , ou bien si le hasard n'a pas mis à notre service des courants telluriques que nous captons sans nous en douter. Nous étudierons cette question vraiment intéressante et à la prochaine réunion, M. Thore, plus compétent que moi , vous en donnera la solution (1).
Quoi qu'il en soit, le Microphone ainsi intercallé dans notre circuit, sans autre pile que le fil de terre, fonctionne à merveille et produit de plus l'effet
de renforcer sensiblement les sons en transformant le téléphone Bell en un véritable téléphone Edison d'une construction facile et surtout peu
coûteuse .

EUGÈNE DUFOURCET.

(1) Depuis la lecture de cette note nous avons acquis la certitude que ces courants nous sont fournis par la terre. Nous avons placé dans ma cour deux blocs de charbon de cornue, inattaquables par les acides les plus corrosifs, et nous avons obtenu des courants d'une intensité à peu près égale à celle de l'électricité venant de la pompe ou du bec de gaz.