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Evolution chronologie des télécommunications Les télécommunications (télécoms),
ou communications à distance, ne sont pas considérées
comme une science, mais comme des technologies et techniques appliquées.
On entend par télécommunications toute transmission, émission
ou réception de signes, de signaux, décrits, dimages,
de sons ou de renseignements de toutes natures, par fil, radioélectricité,
optique ou autres systèmes électromagnétiques Cliquez le lien associé
à la date : (certains liens extérieurs
à ce site ne sont peut être plus bons, désolé) Lobjet de cet article, fondé sur un corpus
de revues françaises publiées entre 1876 et 1900, est dinterroger
le concept de « communauté de pratique » à travers
la circulation des écrits en Europe. Plus précisément,
il sagira de voir comment les revues délectricité
ont véhiculé les caractéristiques de cette communauté
dingénieurs au point den faire des éléments
didentité. On se demandera également si ces revues
sont allées jusquà structurer la communauté
de pratique en sortant de la publication des seuls écrits techniques.
Généralement attribué à Jean Lave et Etienne
Wenger qui en ont fixé les dimensions, le concept de communauté
de pratique avait déjà trouvé une définition
dans les travaux dEdward W. Constant II. Ce dernier définit
les communautés de pratique technologique comme un regroupement
dindividus ou dorganisations de métiers différents
autour dun projet commun à une époque donnée.
Pour cet auteur, le concept sapplique dabord aux secteurs
industriels de haute-technologie. Les membres dune communauté
de pratique sont impliqués, dans la durée, dans une relation
de construction et dexercice des savoirs ce qui leur donne limpression
de participer à une entreprise commune. Une communauté de
pratique a ainsi besoin, pour exister, de sapproprier un minimum
de connaissances techniques, de règles mais aussi de mémoire
delle-même. La communauté des électriciens fut
dabord un réseau de correspondants scientifiques.
La première tentative de fédération
des professionnels autour dune revue spécialisée échoua.
Les années 1879-1881 furent décisives pour la structuration de cette communauté technicienne. Sinscrivant dans la filiation de la communauté des savants, les techniciens et ingénieurs français se placèrent demblée à léchelle de vie de lindustrie électrique qui était la dimension internationale. La France fut loin dêtre lun des pays leaders de lélectrification. Allemagne, Etats-Unis et Suisse menèrent linstallation du système technique dans la totalité des pays européens. Dans cette optique, la France était un marché essentiel pour les entreprises étrangères du fait de la population, certes peu urbaine mais tout de même nombreuse, et de son industrie concentrée dans les grandes métropoles et le quart nord-est du pays. Les entreprises délectricité furent demblée des compagnies multinationales et la circulation des technologies, des capitaux et des ingénieurs fut une caractéristique majeure de cette industrie naissante. Ce contexte général dun retard industriel français se retrouve naturellement dans les publications. Chroniqueurs et éditorialistes furent à laffût des nouveautés venant de létranger et lisaient avec attention les publications spécialisées allemandes et britanniques. Bien entendu, rien ne faisait plus plaisir à ces rédacteurs que la citation dans une revue étrangère comme ce fut le cas pour La Lumière électrique dans Magnet du 2 août 1880 : « Cest une revue strictement scientifique et elle donne, dans chacun de ses numéros, des illustrations bien exécutées. Elle nest jamais en retard pour faire connaître à ses lecteurs, dans des articles écrits avec lucidité, et par des gravures de grand prix, tous les perfectionnements et toutes les expériences qui se rattachent à notre science particulière ». La diffusion internationale des revues françaises fut naturellement facilitée par la langue qui était alors privilégiée dans les échanges internationaux et dans les formations techniques. Dès le lendemain de lexposition de 1881, les abonnements à destination de létranger firent leur apparition. Mais, au-delà de lauto-satisfaction liée à la reconnaissance internationale dune revue, ce caractère international prit corps dans les articles publiés. La plupart des revues consacrèrent ainsi deux à trois pages de chaque numéro (soit 10 à 15 % de la pagination) à rendre compte de lactualité en Allemagne et en Grande-Bretagne. Parfois, les Etats-Unis eurent également droit à une chronique. Les autres pays (Suisse, Italie, Belgique et, dans une moindre mesure, Espagne et Hongrie) étaient traités sous forme de brèves. La revue Lélectricien avait ainsi trois rubriques internationales (notes anglaises, notes américaines et notes allemandes) auxquelles il convient dajouter une sélection bibliographique en français, anglais, allemand et italien. Ces petites rubriques relayaient très simplement les informations quotidiennes : électrification de telle ville, conférence scientifique de telle institution, décès de telle personnalité, compte rendu de telle expertise technique. Naturellement, de nombreux articles plus étoffés détaillaient les réalisations majestueuses de Berlin ou de New-York et les études de cas portaient généralement sur des exemples étrangers. Les articles portant sur la France furent relativement peu nombreux avant 1900, principalement en raison de la lenteur de lintroduction de lélectricité dans les grandes villes où les compagnies gazières bénéficiaient de monopoles âprement défendus. Il est important de noter que ces rubriques internationales ne se contentaient pas de rendre compte des techniques et des usages de lélectricité (statistiques, législation ) mais quelles laissaient également une large place à la sociabilité professionnelle avec, par exemple, des récits précis du banquet annuel de lInstitution des ingénieurs électriciens anglais. Enfin, les revues françaises permirent à certains de leurs chroniqueurs de participer aux discussions internationales. Les articles sinscrivant dans les débats techniques firent ainsi référence aux publications étrangères comme Electrical World and Engineer ou Electrical Review, deux revues américaines. LElectrician de Londres ou LElettricita en Italie sont régulièrement citées, de même que Elektrotechnische Zeitschrift, journal allemand créé en 1880. Il sagit bien, pour les ingénieurs, scientifiques et techniciens français de lélectricité de sinscrire dans une communauté internationale en gestation. Dans cette période de définition des principes
administratifs et juridiques du système technique de lélectricité,
les revues firent plus que retranscrire les débats et prirent position,
évidemment en faveur de lélectricité. Lapparition
de lélectricité constitua une réelle concurrence
pour lindustrie gazière qui avait de solides positions dans
la plupart des grandes villes. Surtout, la construction des réseaux
électriques, les rapports entre les entreprises, les abonnés
et les autorités publiques, les incidents et accidents liés
à lélectricité provoquèrent un grand
nombre dactions juridiques. La préparation des lois donnait
lieu à de nombreux articles et les publications les plus en vue,
comme La Lumière électrique et Lindustrie électrique,
ne cachaient pas leur fonction doutil du lobby pro-électricité.
Au-delà de la seule promotion de lélectricité,
ces articles sinscrivaient dans le saint-simonisme ambiant des ingénieurs,
qui nétait pas sans lien avec laction du duc de Morny
sous le Second Empire et qui fut partiellement récupéré
par le républicanisme politique. La quête de linfluence
politique souda un milieu hétérogène et participa
concrètement à sa transformation en véritable communauté.
Malgré des pratiques finalement très différentes,
les électriciens des années 1880 se retrouvèrent
dans la promotion de lélectrification tous azimuts. Les revues,
et tout particulièrement La Lumière électrique, unifièrent
et formalisèrent les revendications et les propositions dun
milieu informel devenant ainsi communauté technicienne. Si la première revue, Lélectricité, parut seule à partir de 1876, lengouement suscité par lexposition internationale délectricité de Paris en 1881 lança véritablement les publications spécialisées dans ce secteur industriel. La Lumière électrique, dont le premier numéro date davril 1879, était un mensuel de vingt pages qui adopta, dès octobre 1879, une périodicité plus intense en paraissant deux fois par mois. Puis, en 1880, la revue devint hebdomadaire, rythme conservé par la suite sauf entre le 1er juillet et le 31 décembre 1881, période qui vit la sortie dun numéro deux fois par semaine (le mercredi et le samedi). Lactualité était évidemment portée par lExposition internationale délectricité qui ouvrit ses portes le 1er août 1881, et dont La Lumière électrique aurait voulu être lorgane officiel, mais dautres publications commencèrent à faire leur apparition. Ce fut notamment le cas, le 15 avril 1881, de LElectricien dont le sous-titre, Revue générale de lélectricité, prenait lexact contre-pied de celui de La Lumière Electrique, Journal universel dElectricité. La Lumière Electrique avait beau jeu de se proclamer « promoteur de cette grande entreprise scientifique » puisquen effet, ses rédacteurs avaient été les principaux artisans de lexposition internationale. Il nen demeure pas moins que les titres se multiplièrent : le Journal du gaz et de lélectricité (1881), le Journal des applications électriques (1884), la Revue internationale de lélectricité et de ses applications (1885), Létincelle électrique (1886) Certaines de ces publications neurent quune très brève existence. A leur sujet, Théodore du Moncel évoqua le « déluge de feuilles électriques qui ont pris naissance comme par enchantement » avant de reconnaître que « hélas : on sait très bien que le nombre des vrais électriciens est chez nous très restreint, et en conséquence ces feuilles ne peuvent avoir rien de bien sérieux ». Dautres sadressaient à un lectorat très spécifique comme les spéculateurs boursiers en quête dinformations sur la nouvelle économie électrique ou bien les élus des municipalités qui cherchaient les informations administratives et juridiques pour établir des réseaux électriques sur leur territoire. La profusion nest donc quapparente et correspond davantage à léclatement du domaine de lélectricité en sous-domaines spécialisés. Derrière ces titres, les rédacteurs, gérants et propriétaires se livraient une lutte bien réelle. Si le comte Théodore du Moncel, membre de lInstitut et figure de référence pour La Lumière électrique, semblait bien avoir une certaine avance sur ses concurrents, Edouard Hospitalier, professeur délectrotechnique, pour Lindustrie électrique et Gaston Tissandier puis Henri de Parville avec lhebdomadaire La Nature, simposèrent également comme des vulgarisateurs des techniques électriques. Au décès de Théodore. du Moncel, en 1884, Gaston Tissandier, auteur de la nécrologie dans La Nature, se permit quelques piques estimant ainsi que « le savant électricien na cessé de publier, avec une abondance quelquefois trop exubérante », et rappelant également que son éminent collègue ne voulut pas croire à linvention du téléphone (pourtant relatée dans un article de La Nature dès 1877 comme le souligne perfidement Tissandier), même lorsque le premier appareil lui fut présenté. Au-delà de ces attaques personnelles, la floraison des titres provoqua une compétition pour la position de vulgarisateur et les arrières-pensées politiques (réseaux monarchistes contre républicains) ne furent pas absentes de cette rivalité. Les revues qui avaient été créées dans lélan de lexposition de 1881 restaient directement liées à lactualité scientifique. Multipliant les comptes rendus des débats de lAcadémie des sciences et des congrès de la société française de physique, elles furent progressivement marginalisées au profit de titres focalisés sur les applications industrielles de lélectricité. En effet, les progrès de lindustrie électrique provoquèrent un changement déchelle et les expérimentations pionnières ne se déroulèrent plus, à partir du milieu des années 1880, dans les laboratoires ou les cénacles scientifiques mais sur le terrain, dans les usines et les villes, avec des expériences en grandeur nature. De nouveaux titres firent lors apparition en mettant laccent sur les enjeux industriels : Lindustrie électrique (1892), le Journal de lélectricité (1893), La semaine électrique (1893), la Revue pratique délectricité (1894), Lénergie électrique (1894), LEtincelle électrique (1894) ou encore Lélectrochimie (1895). Les entreprises délectricité, fondées pour la plupart dans les années 1890 en France, sinvitèrent également dans les publications spécialisées afin de faire connaître leurs matériels et leurs réalisations. Là où La Lumière électrique et LIndustrie électrique pouvaient comparer, sur deux mois dans une série de sept ou huit articles, les matériels dune dizaine de fabricants différents, les constructeurs cherchèrent à limiter les informations les concernant tout en vantant les qualités de leurs produits. Les véritables examens techniques auxquels se livraient quelques ingénieurs sur des matériels de consommation courante se comprennent du fait de linstabilité des technologies employées. Pour les lampes à incandescence, par exemple, lapparition de nouveaux modèles (avec lemploi de nouveaux filaments) était si rapide quune révolution technique était annoncée tous les six mois. La reprise en main de linformation technique par les constructeurs passa par loccupation du champ des publications. Précisons que les firmes qui se lancèrent dans les publications étaient bien les manufacturiers, fabricants de matériels, et non les producteurs-distributeurs dénergie électrique. Ainsi, dès avril 1894, la Compagnie française Thomson-Houston, fondée en 1893 comme filiale de la firme américaine General Electric, publia un bulletin mensuel qui dura jusquen 1912. La communication institutionnelle des entreprises resta très limitée en France mais, dans le secteur électrique, le modèle dEdison inspira certaines firmes. En effet, celui qui était parfois surnommé le « sorcier de Menlo Park » sut bâtir sa légende personnelle et utilisa habilement la presse pour la promotion de ses produits, à la fois en donnant des interviews et par la publicité. Sa controverse avec George Westinghouse au sujet du courant alternatif fut lune des premières utilisations de la communication institutionnelle par une entreprise. La Lumière électrique cessa brutalement sa parution le 11 août 1894, vraisemblablement emportée par les ennuis de son directeur, le Dr Cornélius Herz, qui était au cur du scandale de Panama. Elle reparut sous le nom de LEclairage électrique avant de reprendre son titre originel en 1908. A cette date, la revue intégra des pages consacrées à lindustrie (rubriques industrielles, commerciales et financières avec en particulier les adjudications, les résultats des sociétés, la mention des catalogues techniques ) conformément à sa nouvelle place puisquelle était dorénavant portée par lUSE. « La Lumière électrique continuera son passé en publiant des études techniques sur toutes les questions délectricité, et tous les documents industriels et financiers qui émanent des nombreuses sociétés de constructions électriques, de production et de distribution. Nous savons quelle importance ont ces renseignements pour les industriels et les ingénieurs, et tout en nous limitant aux faits, nous étendrons cette partie de notre travail ». Les applications industrielles furent donc le domaine de prédilection de lélectricité à la veille de 1900 ce qui provoqua lapparition dune kyrielle de publications. A cette date, lidentité des électriciens est fixée comme relevant du secteur industriel et non plus du champ scientifique. La concurrence entre les revues francophones de génération différente savait toutefois être mise de côté lorsque des intérêts supérieurs lexigeaient, ce qui était bien évidemment le cas face à lindustrie étrangère et en particulier allemande. Sil est bien connu que les expositions universelles jouèrent le rôle de champ de compétition symbolique entre les nations, en particulier sur le plan technique, les revues spécialisées étaient nourries du même dualisme : échanges pacifiques autour de connaissances techniques et rivalité des intérêts nationaux. Ainsi, lorsque Brunner de Wattenvyl présenta à la Société des ingénieurs et architectes de Vienne, le 26 mars 1881, un modèle de « chemins de fer électriques » pour le transport des lettres et journaux, les ingénieurs français ne manquèrent pas de relever quun système équivalent avait été présenté quelques mois plus tôt à ladministration française des télégraphes et quun petit chemin de fer circulaire expérimental avait même été installé dans le jardin du ministère. Plein de dépit, le chroniqueur ne manqua pas de souligner que : « ces projets semblent tombés dans loubli, et lon attendra sans doute, pour les exécuter, que les Allemands, qui viennent de reprendre cette idée, en aient fait leur propriété en la mettant en pratique sur une grande échelle ». A de multiples reprises, le même sentiment dimpuissance est perceptible, tant vis-à-vis de lAllemagne que des Etats-Unis ou de lAngleterre. Dans toutes les comparaisons, et elles furent nombreuses, les lacunes structurelles de lindustrie française étaient mentionnées En ce sens, les revues des années 1880 et 1890 diffèrent très nettement des revues électriques des années 1920 et 1930 qui sacraliseront la dimension internationale en faisant de lEurope des infrastructures électriques le premier pas vers la paix sur le continent. Le succès du concept de « communauté de pratique » ne saurait faire oublier la nécessité détudier les outils porteurs de la cohérence, voire de la convergence, de professionnels isolés. Létude des revues délectricité montre quelles furent bien davantage que les miroirs dun secteur industriel émergent. Trois dimensions se dégagent pour comprendre leur rôle. Tout dabord, elles donnèrent une profondeur historique à une communauté en gestation : les grandes figures scientifiques qui patronnèrent les revues délectricité permirent la filiation symbolique entre la science et lindustrie. Cest dans le contexte dune industrie naissante que les revues spécialisées jouèrent un rôle déterminant, la communauté des électriciens basculant du réseau des savants à celui des ingénieurs. Ces revues eurent également une dimension politique revendiquée qui permit de souder, autour de projets communs, des praticiens du secteur. En ce sens, lunité de la profession ne vint pas tant des compétences techniques ni des diplômes, à une date où les formations techniques spécialisées apparaissaient tout juste, que du consensus pour assurer la promotion de lélectricité dans les sphères politique, juridique et administrative. Cest en sortant du champ technique que les revues spécialisées gagnèrent leur légitimité professionnelle. Le troisième élément est bien évidemment la dimension internationale. En se plaçant à ce niveau, et non à une échelle nationale avec des correspondants à létranger, les revues délectricité pouvaient porter des messages à destination des hommes politiques français. La multiplication des comparaisons avec létranger et la chronique de la diffusion de lélectricité dans les principaux pays industriels dressent, en creux, un portrait de la France et justifient le projet collectif daccélération de limplantation de lélectricité sur le territoire national. Cest bien le caractère international de ces publications qui fonde leur légitimité à porter des projets politiques et donc à unifier des professionnels aux pratiques hétérogènes. |