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1877-1895
HISTOIRE DU TELEPHONE EN FRANCE
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Petit rappel de la situation en France,
après la période ou l'on communiquait par messages écrits
et transportés par une personne, un cavalier, est arrivé
la période du télégraphe optique de Chappe,
à l'époque le plus grand système de télégraphe
optique au monde, presque exclusivement à des fins administratives
et militaires . Vers 1800, le développement de l'électricité
fit naître l'ère du télégraphe électrique.
En 1832 Samuel Morse s'inspira des travaux de ses prédécesseurs
pour inventer un système simple et robuste : le télégraphe
électrique.
Il y a aura bientôt cent quatre vint dix ans naissait le monopole
des télécommunications. Le 2 mai 1837, Louis-Philippe
signait en effet une loi réglementant le télégraphe
de Claude Chappe au profit exclusif de l'Etat. C'est cette loi qui,
jusqu'à la modification du code des PTT cinquante ans plus tard
en 1987, a régi télégraphe, téléphone,
radio et télévision en France et inspiré de nombreuses
législations étrangères.
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Au service de gouvernements forts ou absolus, le télégraphe
aérien, inventé par Claude Chappe, a pu s'établir,
s'étendre et fonctionner sans problèmes jusqu'en 1830,
et cela sans la protection d'aucune loi. Tout change avec l'avènement
de Louis-Philippe, période où souffle déjà
le vent du libéralisme.
Jusque-là, le télégraphe avait été
au service exclusif de l'Etat, quoique sa rapidité (pour l'époque)
aurait bien intéressé les milieux d'affaires, surtout
les banquiers. Claude Chappe avait un moment songé à mettre
sa découverte au service du commerce et même de la presse,
mais Bonaparte, sous le Consulat, s'y était opposé. Un
financier, Alexandre Ferrier, après consultation des plus éminents
juristes du moment, décide de créer des lignes télégraphiques
privées en France, fonde une compagnie à cet effet et
met en route une première ligne entre Paris et Rouen. L'administration
télégraphique, fort inquiète, réalise qu'étant
maintenant dans un Etat de droit, elle est sans protection juridique.
Son directeur, Alphonse Foy, tente d'obtenir la promulgation d'une loi
garantissant le monopole de l'Etat, et soumet à plusieurs reprises
des projets au président du conseil. Mais le ministre de l'intérieur
a, en ces années 1831-1834, d'autres préoccupations plus
urgentes, il se contente, par des manuvres dilatoires, à
la limite de la légalité, de décourager Ferrier
et ne se presse pas de faire étudier et voter une loi. Les choses
restent en l'état jusqu'en 1836, année où éclate
un scandale
à Bordeaux. Depuis quelque temps, les agents de change et
les assidus de la Bourse de cette ville commencent à trouver
étrange le " flair " particulier de deux banquiers
bordelais, les frères Blanc. Entre 1834 et 1836, afin de connaître
avant tout le monde la clôture des cours de la vente à
la Bourse de Paris. Le piratage a été rendu possible par
la corruption d'un agent télégraphique de Tours, qui ajoutait
discrètement le chiffre du cours aux messages envoyés
par l'État. Ceux-ci, un ou deux jours avant l'arrivée
du courrier transmettant la cote, vendent avant la baisse, ou achètent
avant la hausse, réalisant de fructueuses opérations sur
la vente d'Etat, le fameux 3 %, base des fortunes de l'époque.
La divulgation de cette manuvre a contribué au vote de
la loi de 1837 sur le monopole public des communications télégraphiques.
Plus tard en 1850 Louis Napoléon Bonaparte permettra
lusage du télégraphe pour la correspondance privée
tout en maintenant le monopole, cest le début du service
public.
Pendant les années 1800 Jean-François Sudre, né
à Albi (paroisse Saint-Etienne), le 15 aout 1787,, est un musicien
et professeur de musique français, connu pour avoir inventé
la téléphonie et la langue musicale universelle,
appelée ensuite solresol. Ce n'était pas encore la transmission
de la parole.
Admis au Conservatoire de Paris, il suit lenseignement de François-Antoine
Habeneck pour le violon et de Charles-Simon Catel pour lharmonie.
Il enseigne dabord chant, guitare et violon à Sorèze
puis fonde, en 1818 une école denseignement mutuel pour
la musique à Toulouse et publie quelques pièces. En 1822,
il ouvre un magasin de musique à Paris. Dès 1817,
il pense à un système de communication à distance
par les sons des instruments de musique. En janvier 1828, il
le propose à lexamen de lInstitut de France dont
une commission composée de Prony, Arago, Fourier, Raoul-Rochette,
Cherubini, Lesueur, Berlon, Catel et Boieldieu exprime son approbation
: « La commission croit que ce nouveau moyen de communication
de la pensée peut offrir de grands avantages, et que le système
de M. Sudre renferme en lui tous les germes d'une découverte
ingénieuse et utile. »
Le ministère de la guerre se montre intéressé et
fait faire au Champ-de-Mars des expériences de communication
au clairon qui se révèlent concluantes. La marine conclut
de même. Sudre donne dès lors à son système
le nom de téléphonie.
Sudre donne dès lors à son système le nom de téléphonie.
À partir de 1833, il donne des conférences en France,
Belgique, Angleterre, où il fait la démonstration de traduction
instantanée de phrases dictées tout en améliorant
son système, ce que note un rapport des académies de lInstitut
de France en date du 14 septembre 1833. Il publie à Paris, en
1838, une brochure de 62 pages, en format in-8°, Rapports sur la
langue musicale inventée par M. F. Sudre, approuvée par
lInstitut royal de France, et opinion de la presse française,
belge et anglaise, sur les différentes applications de cette
science. Pour permettre lutilisation de sa langue par les aveugles,
sourds et muets, il la transforme en supprimant intonation et son, nen
laissant que les éléments rythmiques traduits par les
mains. Il travaille aussi à un double dictionnaire qui ne sera
publié quen 1866, après sa mort.
Source Gilbert Rose, « La téléphonie de Jean-François
Sudre », dans Mémoires de l'Académie nationale de
Metz.
Ce n'est qu'en 1844 que le gouvernement français songea
sérieusement à étudier la question de la télégraphie
électrique, alors que en 1838, Morse était déjà
venu à Paris, présenter son télégraphe (le
plus évolué pour cette époque) à l'Institut
de France auprès du baron von Humboldt, François Arago
et d'autres scientifiques, Morse avait obtenu son brevet le
18 août 1838, premier brevet au monde pour son télégraphe
électrique traçant (qui écrit) .
Le télégraphe de Morse utilisait un cylindre sur
lequel un ruban de papier était entraîné par un
mécanisme d'horlogerie, un stylet encré relié à
l'armature de l'électro-aimant récepteur traçait
les impulsions courtes et longues sur le papier en mouvement (point
et trait) .
Morse a inventé l'alphabet Morse permettant de traduire les séquences
de traits et points en caractères alphabétiques (peut
importe la langue).
Morse
Foy
Cependant, Alphonse Foy administrateur des lignes télégraphiques
françaises, responsable de plus de 1 000 opérateurs de
stations de télégraphe optique, dont la plupart étaient
analphabètes, doutait que son peuple puisse apprendre l'alphabet
Morse.
En 1839, sans autre justification, Foy informa Morse
que son système ne sera pas en France !!!
Foy organisa une mission en Angleterre pour étudier le
télégraphe électrique à aiguilles en expérimentation
depuis 1837 par Cooke et Wheatstone.
Foy demanda à Louis-François
Breguet, petit-fils d'Abraham-Louis Breguet et fournisseur régulier
du télégraphe optique, de fabriquer un télégraphe
électrique à aiguilles reproduisant les mouvements du
sémaphore pour faciliter la transition de la télégraphie
optique à la télégraphie électrique en France.
Le télégraphe Breguet-Foy qui en a résulté
utilisait deux aiguilles, ce qui pouvait montrer huit positions
sémaphoriques différentes.
Il fut d'abord expérimenté entre Paris, Saint-Cloud et
Versailles en 1842. - La Maison Breguet
est fondée en 1783 par lhorloger Abraham Breguet, originaire
de Suisse
Depuis 1833, elle est dirigée par Louis Breguet, qui développe
lactivité de son père en se lançant dans
la construction dappareils scientifiques.
En 1845, il est récompensé pour ses travaux sur la télégraphie
électrique par la Légion dhonneur. Il est élu
à lAcadémie des sciences en 1874.
1842, des tests approfondis ont été effectués
simultanément avec les équipements télégraphiques
optiques utilisés la nuit.
Les expériences ont clairement montré que les performances
du télégraphe électrique étaient de loin
supérieures à celles du télégraphe optique.
Un essai comparatif de télégraphes électriques
a ensuite été effectué le long de la voie ferrée
entre Paris (Gare Saint-Germain) et Rouen en mai 1845.
Trois types d'équipements différents ont été
testés: le télégraphe à deux aiguilles Cooke
et Wheatstone, le télégraphe à deux aiguilles Breguet
et un télégraphe d'écriture élaboré
cette année-là par M. Dujardin.
Suite aux tests effectués les 11 et 18 mai 1845, les équipements
Breguet ont été installés
cette même année sur la ligne ferroviaire Paris-Rouen entre
Paris et Lille. Breguet a très vite remplacé le télégraphe
à deux aiguilles à deux fils par un télégraphe
pas à pas à un fil plus avancé (similaire
au télégraphe à pointeur Wheatstone et Cooke).
Le télégraphe Breguet, également appelé
télégraphe français, était un équipement
standard sur les chemins de fer français pendant de nombreuses
années, il a même été exporté au Japon,
où le service télégraphique public a été
inauguré en utilisant le télégraphe de Breguet
et modifié pour lutilisation de caractères japonais.
En 1851, le réseau Français possède 5 000
km de lignes pour 556 stations. Puis sera de 23 000 stations en 1864
et 55 000 en 1877 pour 4587 bureaux.
Le premier câble sous-marin international a été
posé en 1851 entre lAngleterre et La France, le télégraphe
s'étend sur le monde.
La principale réalisation de la télégraphie électrique,
en plus de faire de linformation un produit de valeur et daméliorer
sensiblement la sécurité et la fiabilité du transport
ferroviaire, a été la création dune infrastructure
de télécommunication internationale; une condition préalable
au développement des télécommunications mondiales.
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Les progrès de la télégraphie
électrique furent timides , jusqu'à l'arrivée
de M. de Vougy comme directeur général
des ligues télégraphiques, le 28 octobre 1853.
S'en suivi un système de télécommunication
plus efficace
La guerre franco-allemande de 1870-1871, parfois appelée
guerre franco-prussienne ou guerre de 1870, est un conflit qui
oppose, du 19 juillet 1870 au 28 janvier 1871, la France à
une coalition d'États allemands dirigée par la
Prusse et comprenant les vingt-et-un autres États membres
de la confédération de l'Allemagne du Nord, ainsi
que le royaume de Bavière, celui de Wurtemberg et le
grand-duché de Bade. Cette guerre fut considérée
par le chancelier Otto von Bismarck comme une conséquence
de la défaite prussienne lors de la bataille d'Iéna
de 1806 contre l'Empire français.
La victoire entraîne l'annexion
par le Reich de l'Alsace (excepté le Territoire
de Belfort) et d'une partie de la Lorraine (Moselle actuelle),
que la France ne récupérera qu'en 1918 à
la suite de la Première Guerre mondiale.
Carte Alsace
Lorraine 1871-1918 , Voir la page Allemagne.
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Plus tard le 'Scientific Américain'
du 26 Aout 1876 relatait un évènement de 1870 pendant
le siège :
TÉLÉGRAPHIE MUSICALE À PARIS.
On propose maintenant d'utiliser à Paris le système
de télégraphie musicale de Paul de La
Cour, en liaison avec le projet de M.Bourbouze
d'envoyer des messages télégraphiques sans fil. M. Bourbouze
a eu l'idée, pendant le siège de Paris en 1870, de se
servir de la Seine comme d'un conducteur, de manière que la ville
assiégée puisse communiquer avec les provinces sans que
l'ennemi s'en doute. Des essais ont effectivement prouvé que
le plan était réalisable, mais avant qu'il puisse être
mis en pratique, l'armistice a été déclaré,
et le dispositif est devenu inutile. M. Bourbouze
a récemment présenté de nouveau son idée
et propose d'utiliser l'eau des canalisations de la ville comme conducteur.
Chacun ayant l'appareil simple nécessaire pourrait alors apprendre
à télégraphier pour lui-même. Chaque maison
serait une station, et n'importe quel citoyen pourrait converser avec
des amis dispersés dans tous les quartiers de la ville sans bouger
de son domicile. A ce projet quelque peu optimiste, il y a une objection
fatale : c'est que le résultat serait une nouvelle Babel ; car
des centaines de personnes télégraphieraient simultanément,
et à moins que chaque dépêche n'ait une caractéristique
facilement reconnaissable, une confusion inextricable s'ensuivrait.
Comme indiqué au début, on suggère que le télégraphe
musical de M. La Cour pourrait fournir un moyen de transmettre des dépêches
distinctes. L'invention a été décrite récemment
dans le 'SUPPLÉMENT SCIENTIFIQUE AMÉRICAIN'.
En 1870 Alfred Niaudet neveu de Mr Louis
Bréguet , organisait le service télégraphique
de larmée du Rhin ; enfermé à Metz, il créa
un système de communications aériennes pour tromper le
blocus. Habillé en civil, il sen échappait pour
rejoindre les armées de la Défense nationale.
On ne va pas trader à revoir ce Mr Niaudet
quelques années plus tard, contribuer à l'histoire qui
nous intéresse : le téléphone.
1873 A cette date, le télégraphe est rattaché
à ladministration des Postes.
Le 6 décembre, lAssemblée Nationale vote la fusion
de la poste appartenant au ministère des finances et du
télégraphe au ministère de lintérieur.
Celle ci ne deviendra effective que dans les années 1876 et 1877.
Transmettre la parole à distance avec l'électricité
1854 Les travaux de Charles Bourseul,
alors ingénieur Français au télégraphe décrit
le concept de la téléphonie dans un article.
Le professeur allemand Philipp Reis,
avait construisit un instrument reproduisant des sons électriquement,
mais suscitèrent pourtant peu d'intérêt.
Il faudra attendre encore 20 ans et les travaux de A.G.
Bell pour réaliser le premier appareil de téléphone
breveté à cette époque .
Bien avant 1876 les téléphones acoustiques étaient
d'usage dans beaucoup de maison, propriétés, bureaux,
entreprises ... pour communiquer d'un point à un autre sur une
courte distance : voir la page "Téléphone
acoustique".
1876
LA DECOUVERTE DU TÉLÉPHONE ELECTRIQUE
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En France, ce fut une tête couronnée
qui affirma l'existence et vanta le mérite de la nouvelle découverte
issue du génie américain A.G.Bell.
L'Empereur du Brésil, don
Pedro I er, qui venait de visiter l'Exposition universelle de
Philadelphie en 1876 , et avait été mis par l'inventeur
au courant de tous ses travaux, il arriva à Paris, à
la fin de l'année 1876.
Dans Les
Annales Télégraphiques de 1876 , l'administration
des télégraphes n'est pas très bavarde, voici
ce que l'on peut lire page 613 :
Télégraphe parlant
On fait certain bruit depuis quelques jours autour d'une «
véritable merveille télégraphique »,
pour employer l'expression dont on s'est servi.
On viendrait de découvrir tout dernièrement le moyen
de transmettre la parole à des distances quelconques. Il suffirait
de parler a portée
du télégraphe pour se faire entendre d'un bout
a l'autre de l'Europe. On chanterait a New-York et l'on entendrait
à Londres.
Le morceau de musique joué à Paris serait entendu à
Vienne, et réciproquement. On pourrait, avec un fil télégraphique,
faire assister toute la province a l'audition d'un opéra nouveau,
de la vraie musique de chambre, cette fois
Rien n'empêcherait de louer son fil télégraphique
et d'entendre a domicile le meilleur orchestre du monde. J'en passe...
L'avenir nous réserve très-vraisemblablement de pareilles
surprises; mais n'allons pas si vite.
La nouvelle est vraie en principe : on peut transmettre des sons par
un fil électrique; on peut même reproduire, tant bien
que mal, à distance, une mélodie, c'est exact; la nouvelle
est vieille, et il n'est pas inutile de rétablir les faits
sous leur véritable jour.
Après l'exposition de Philadelphie ou l'on dévoile
au monde le téléphone de Bell, la nouvelle se
propage vite par la presse d'abord aux Usa, dans les journaux locaux,
puis en Angleterre, en Allemagne et enfin France dans la presse scientifique
comme "Les Annales Télégraphiques", dans des
rapports de scientifiques comme celui du plus illustre Th.
Du Moncel , de même dans les nombreuses conférences
que Bell organise.
Les articles publiés dans les numéros du 25 Mai et du
25 Juin 1877, pages 559 et 596, du "Le journal télégraphique"
révèlent tardivement aux scientifiques les progrès
en télégraphie, les noms et travaux de Reis
De La Rive et Poul la Cour :
En 1860, Philipp Reis, a
produit un "téléphone" qui pouvait
transmettre des notes de musique, et même un mot ou deux zézayant
; et une dizaine d'années plus tard, M. Cromwell
Fleetwood Varley, F.R.S., un électricien anglais connu,
a breveté un certain nombre de dispositifs ingénieux
pour appliquer le "téléphone musical" pour
transmettre des messages en divisant les notes en signaux courts ou
longs, après le code Morse, qui pourrait être interprété
par l'oreille ou par l'il en leur faisant marquer un papier
en mouvement. Ces inventions n'ont pas été mises en
pratique ; mais quatre ans après, Herr Poul la Cour,
un inventeur danois, a expérimenté un appareil similaire
sur une ligne de télégraphe entre Copenhague et Fredericia
dans le Jutland. Dans celui-ci un diapason vibrant interrompait le
courant qui, après avoir traversé la ligne, traversait
un électroaimant, et attirait les branches d'un autre diapason,
lui faisant frapper une note comme la diapason émetteur. En
brisant la note à la station émettrice avec une touche
de signalisation, le message était entendu comme une série
de bourdonnements longs et courts. De plus, les bourdonnements étaient
amenés à s'enregistrer sur papier en transformant le
récepteur électromagnétique en relais, qui actionnait
une imprimante Morse au moyen d'une pile locale
Dans la revue
"Le monde illustré" du 17 Mars 1877
on annonce brièvement ce nouveau procédé de communication
.
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Durant toute lannée 1877, Graham Bell va assurer la promotion
de son invention. A Salem (Massachusetts) devant 600 personnes il
discute ave un interlocuteur de Boston, situé à 22 kilomètres.
Lexpérience, qui a un grand retentissement, est rapportée
par le journal américain «The Scientific», relayé
en France par « Le Siècle » qui conclut : «
... On entendait tousser, chanter, on reconnaissait la voix des
personnes. Bref, toute la gamme des sons humains peut être transmise
par le fil électrique ».
Au Usa, depuis mai 1877 commence alors l'essor du téléphone
quand Bell présente au public son invention sous une nouvelle
forme imaginée par le professeur Preece
: "the Hand Telephone"
ou "Téléphone à Main" aussi appelé
"butterstamp" aux Usa.
l'intégral
du "Scientific American du 6 octobre 1877", le monde découvre
le Hand Téléphone
Après des mois d'améliorations et d'expositions publiques
de son invention aux États-Unis, Alexander Graham Bell se marie
le 11 juillet 1877 à Cambridge, dans le Massachusetts. Son épouse,
Mabel, était la fille de Gardiner Green Hubbard, un sponsor de
longue date de son travail, qui seulement deux jours auparavant avait
été élu administrateur de la nouvelle Bell Telephone
Company..Après avoir créé la Bell Telephone Company,
Graham Bell, soucieux de protéger son invention, sembarque
pour lEurope le 4 août 1877 pour y déposer ses brevets.
Première étape, Plymouth, où il présente
son appareil à une assemblée de scientifiques anglais
remplis dadmiration devant son fonctionnement.
Le couple Bell s'embarqua pour l'Angleterre, emportant avec eux une
réserve de téléphones pour ce qui était
censé être un court voyage de noces comprenant quelques
activités promotionnelles, mais la grossesse précoce de
Mabel rendait conseillé un séjour plus long. Ils ne furent
de retour en Amérique avec leur petite fille que
le 10 novembre 1878.
Pendant ce temps, les Bell s'installèrent à Londres, mais
les conférences et les engagements commerciaux de l'inventeur
l'amenèrent dans de nombreux endroits en Grande-Bretagne et en
Irlande, ainsi que il s'est avéré à
Paris, à au moins trois reprises.
Ce qui suit est un bref compte rendu de ces voyages, s'appuyant en grande
partie sur les informations contenues dans les lettres familiales mises
à disposition sur Internet par la Bibliothèque du Congrès
des États-Unis. On tente de replacer ces voyages dans le contexte
auquel ils appartiennent, c'est-à-dire les débuts de l'histoire
du téléphone en France.
En Europe, l'épopée du téléphone commence
d'abord en Angleterre, au retour de l'exposition de Philadelphie,
Sir W. Thomson (Britannique).
présente le téléphone de Bell comme la "merveille
des merveilles", au sein de l'association britanique réunie
à Glasgow en septembre 1876.
Très impressionné par la découverte de Bell et
la démonstration auquel il assista le 25 juin 1876 à l'Exposition
universelle de Philadelphie, Sir William
Thomson, obtint une nouvelle
démonstration en privé le lendemain et avant de s'embarquer
pour l'Angleterre, il est passé par Boston, c'est la que Bell
lui a donné un ensemble de téléphones comme ceux
qu'il avait vus à Philadelphie, c'est à ce moment que
commence l'aventure du téléphone en Europe.
Si on relit la presse française de l'époque dans le Petit
Parisien du 31 mars 1877, on y découvre les premiers
propos sur le Téléphone
GAIS PROPOS
On annonce une merveilleuse découverte : la sécurité
des maris en voyage, la tranquillité des femmes jalouses,
la joie des hommes politiques et des diplomates ! Demandez, mesdames
et messieurs, demandez le téléphone.
Bien entendu, la chose nous vient d'Amérique, cette terre
féconde en inventions, en attractions de toute sorte. Il
n'a pa suffi à l'Amérique d'inonder l'Europe de
clowns et de doctoresses, d'acrobates et de Barnums; non contente
de faire désolations à Offenbach et à Blondin,
de donner un asile aux Mormons et à quelques douzaines
de sectes également bizarres, elle vient d'inaugurer le
téléphone.
L'expérience a été, parait-il concluante.
On donnait un concert à New-York et les exécutants
étaient à Philadelphie. Eh bien! mesdames et messieurs,
interrogez les dilettantes qui assistaient au concert; personne
n'a perdu la moindre vocalise de la prima donna le plus léger
trille du ténor; aucune nuance de l'ophicléide n'est
restée en route; tous les mugissements du violoncelle sont
arrivés à destination avec une exactitude parfaite.
Très sérieusement, le téléphone offre
d'inépuisables ressources.
Un mari soupçonné par sa femme se prétend-il
obligé de passer toutes les soirées à son
ministère ? Madame installe subrepticement un téléphone
communiquant avec le bureau conjugal, et acquiert bientôt
la conviction que l'infidèle n'y met jamais les pieds.
Pas le plus léger bruit qui signale la présence
du coupable. Le bureau reste vide, le téléphone
n'apporte aucun son. Un jeune étudiant en droit affirme
t'il à sa famille qu'il travaille toute l'après-midi,
chez son répétiteur ? Ici, encore, l'emploi du téléphone
est indiqué.
Qne M. de Lorgeril éprouve un pressant besoin d'assurer
le roi de son dévouement, que M. de Rajuste veuille mettre
son cur enflammé aux pieds du Saint-Père,
ces honorables pourront se satisfaire, sans le moindre déplacement,
sans frais de voyage le téléphone ne sera-t-il pas
là .
Et quelle admirable application du nouvel instrument au régime
parlementaire. Sans se déranger, sans affronter un aréopage
toujours inquiétant, le député prononcerait
un discours au milieu de ses électeurs charmés et
attendris il parlerait à Brives, à Dunkerque ou
à Landernau, et le téléphone porterait ses
paroles à Versailles, où elles seraient recueillies
par les sténographes. Le même appareil transmettrait
la réponse de l'adversaire. MM. Mitchel ou Tristan Lambert
interrompraient, M. Grévy les rappellerait à l'ordre,
toujours par téléphone.
Au lieu d'orateurs à la Chambre, on aurait ainsi des orateurs
en chambre, une forme nouvelle du parlementarisme.
A la rigueur, un député empêché par
un enrouement ou par une partie de pêche, pourrait se faire
remplacer par quelqu'un de ses électeurs doué d'une
belle voix de tambour :de ville ou le chantre de la paroisse.
PIERRE BENOIT. |
Dans la presse technique, "Extrait
de l'exposé sur l'électricité de TH Du Moncel"
(en pdf avec les gravures)
Pour commencer, c'est un peu avant l'arrivée de A.
G. Bell sur le continent, que son agent en France
Cornelius Roosvelt avait pris ses marques et ses liens avec l'administration
pour déposer le premier Brevet 117492
en France le 13 mars 1877 Intitulé Télégraphe
de quartier .
En juillet 1877 , M. WH Preece, qui devint plus tard Sir William
Preece, ingénieur en chef de la poste, avec Bell
présentent le téléphone à la British
Association à Plymouth. Dans la presse scientifique,
voici ce qu'écrit Th. Du Moncel, notre
Scientifique Français 
Ce téléphone, en effet, reproduisait les mots articulés,
et ce résultat dépassait tout ce que les physiciens avaient
pu concevoir. Cette fois ce n'était plus une conception que l'on
pouvait, jusqu'à preuve contraire, traiter de fantastique : l'appareil
parlait, et même parlait assez haut pour n'avoir pas besoin d'être
placé contre l'oreille.
Côté administration des Télégraphes, dans
les Annales
télégraphiques page 180-181 , page 218 à 224
on décrit les appareils de Bell en 1876, page 267 on reprend
les informations du journal officiel sur une liaison entre New-York
et Philadelphie, un peu de théorie sur le téléphone
de Bell et Varley page 537 à 542 , on parle déjà
des progrès comme le téléphone d'Edison,
page 548 à 551.
En pages 552 à 60 on décrit l'exposé de Preece
à Plymouth Angleterre ... l'administration s'intéresse
surtout à la télégraphie, ne voyant pas venir que
le téléphone va profondément changer le moyen de
communiquer.
Le 25 Juillet 1977 Bell déposa le brevet n°119626
en France , "pour des perfectionnements dans la téléphonie
électrique ou la transmission des sons comme dépêches
télégraphiques, ainsi que dans les appareils téléphoniques.
Brevet
Bell de 15 ans, du 25 juillet 1877.C'est aussi la revue scientifique
"Le journal télégraphique" du 25 septembre
1877 qui présente cette découverte
La téléphonie.
Le Journal télégraphique a déjà à
plusieurs reprises entretenu ses lecteurs des expériences
faites dans des directions différentes par MM. Elisha Gray,
Graham Bell et Poul la Cour pour développer l'idée
primitive de Reiss sur la transmission du son par l'électricité.
Les articles publiés dans nos numéros du 25 Mai
et du 25 Juin derniers, pages 559 et 596, ayant fait connaître
avec quelques développements les résultats des essais
de M. La Cour, nous nous occuperons surtout ici des études
des autres inventeurs parmi lesquelles, celles de MM. Graham Bell
et Elisha Gray ont déjà obtenu des résultats
remarquables.
M. Bell s'est attaché plus spécialement à
perfectionner son instrument en vue de la reproduction de la voix
humaine, tandis que M. Gray cherche d'une manière générale
la reproduction du son ou le perfectionnement du système
électro-harmonique. Aucun des deux inventeurs n'exclut,
d'ailleurs, les expériences spéciales faites par
l'autre.
M. Graham Bell a organisé dans différentes villes
des Etats-Unis des séances publiques où des phrases
de conversation et des discours tout entiers sont transmis par
le fil télégraphique. Dans d'autres occasions il
a transmis des mélodies et autres productions musicales.
D'après le Télégraphie Journal, vol. V, page
65, M. Bell a fait à Salem sur son système une conférence
que son appareil téléphonique reproduisait en même
temps à Boston, soit à une distance de 29 km. On
prétend même que l'auditoire de Boston aurait entendu,
quand l'orateur a cessé de parler, les applaudissements
de l'auditoire de Salem. Le 23 du même mois des expériences
semblables auraient été faites également
avec succès entre les deux mêmes villes, non plus
avec la parole humaine, mais avec un orgue et avec un cornet.
Un peu plus tard, elles furent tentées sur une plus grande
échelle entre Boston et Providence, avec des circuits de
190 et de 240 kilomètres.
D'après le Journal of the telegraph (vol. X, pag. 100,102
et 107), les essais auraient rencontré alors beaucoup plus
d'obstacles que sur des lignes courtes. L'on serait parvenu cependant
à distinguer les paroles et même à reconnaître
les particularités de timbre de voix de différents
orateurs. L'imprésario Strakosch, dont le nom est bien
connu aussi en Europe, s'est déjà emparé
de la nouvelle invention. Il a donné dans différentes
grandes villes des Etats-Unis des concerts où, en dehors
des productions musicales ordinaires, il a fait entendre des morceaux
exécutés dans une autre ville et transmis par l'appareil
téléphonique.
Les résultats ainsi obtenus ont encouragé un riche
particulier, M. Williams, à faire établir entre
ses propriétés la première ligne expressément
affectée à la téléphonie. Cette ligne
dont l'étendue est de 8 kilomètres fonctionnerait
très-bien et permettrait d'entretenir à cette distance
une conversation aussi facilement que si les interlocuteurs se
trouvaient dans la même pièce.
Quant aux dispositions de l'appareil téléphonique
de Bell, voici la description qu'en donne M. Cardarelli dans Elettricista.
« L'appareil transmetteur se compose essentiellement d'un
petit tube en laiton, d'un diamètre de 7cm. Une des ouvertures
est fermée par une membrane tendue extrêmement mince
au milieu de laquelle est collé à l'extérieur
un petit disque de fer doux de forme ronde ou allongée.
Ce petit disque est placé tout près des pôles
d'un électro-aimant à une distance que des vis micrométriques
permettent de régler à volonté. L'appareil
est disposé de façon qu'on puisse parler dans le
tube. Le fil de la bobine de l'électro-aimant communique
avec la ligne et par celle-ci avec le récepteur à
l'autre station. Le récepteur est également très-simple;
il se compose d'un électro-aimant à une seule bobine,
enfermé dans un tube de fer qui, entre autres fonctions,
a pour effet de condenser l'intensité du champ magnétique.
L'ouverture du tube de fer est fermée par une feuille de
fer doux très-mince fixée par un seul point au tube
qui dans toutes ses autres parties peut vibrer librement.
Cette feuille mince de fer est influencée par les courants
qui traversent la bobine de l'électro-aimant et répète
par conséquent les vibrations de la membrane du transmetteur.
Les deux appareils, le transmetteur et le récepteur, sont
montés sur des caisses de résonnance pour renforcer
le son.
« Quand une parole où note est émise dans
le tube par la voix ou l'instrument, la membrane vibre à
l'unisson avec elle et le morceau de fer doux: en face de l'électro-aimant
vibre également et induit dans ce dernier une série
de courants électriques qui passent par là ligne
et la bobine de l'électro-aimant du récepteur de
la station de réception. La feuille mince de fer doux du
récepteur est aimantée et désaimantée
à l'unisson avec les vibrations de l'air dans le tube du
transmetteur. Ainsi le son ou la parole articulée se transmet
fidèlement d'une extrémité de la ligne à
l'autre ».
D'un autre côté, MM. Cecil et Léonard
Wray (Télégraphie Journal, vol. V, page 38)
ont récemment imaginé une nouvelle forme de téléphone
que l'on peut considérer comme inspirée directement
par l'invention primitive de Reiss. Dans leur système,
MM. Wray font usage d'une membrane intermédiaire entre
la voix et la membrane de transmission. Cette dernière
consiste en une feuille mince de gutta-percha au milieu de laquelle
est fixée une petite rondelle de platine portant deux fils
de cuivre recourbés et plongeant dans deux godets remplis
de mercure. La rondelle peut ainsi être mis en communication
continue avec un pôle d'une pile sans que la membrane soit
en aucune façon gênée dans ses vibrations.
Au-dessous de la rondelle est une pointe en platine à une
distance qui peut être réglée par une vis
micrométrique, de façon qu'à chaque oscillation
de la membrane la pile soit fermée et ouverte une fois.
Le récepteur se compose de deux électro-aimants
juxtaposés avec des noyaux libres d'un côté
qui reproduisent les vibrations de la membrane. Le son est également
renforcé par une disposition de résonnance.
Malgré les beaux résultats obtenus de nos jours
avec la téléphonie, il nous paraîtrait encore
prématuré de se prononcer dès maintenant
sur son application pratique et durable. L'avenir nous dira prochainement,
sans doute, si ce nouveau mode de communication électrique
est appelé à sortir des limites des succès
de cabinet et des expériences de curiosité, pour
entrer dans le domaine plus vaste de l'exploitation pratique qui
subirait alors
une transformation radicale. |
En 1876, Léonard Wray
inventa un téléphone et
l'exposa à la Society of Telegraph Engineers et à la Royal
Society . Ce système, n'est qu'un simple perfectionnement de
celui de M. Reiss, imaginé en vue de rendre les effets produits
plus énergiques. (voir Téléphone
de MM. Cécil et Léonard Wray )
A la réunion annuelle
de l'association Britannique (BAAS) à Plymouth au mois de septembre
1877, on apprit les progrès fait depuis et W.Preece,
avec la participation de Bell, ils firent la première démonstration
pratique avec la fameuse paire de Hand-Téléphones amené
par WH Preece.
|
A cette réunion Alfred
Niaudet, neveu de Mr Louis Bréguet (père) et
célébre constructeur de matériel électrique
chez Bréguet, qui parle couramment l'Anglais et
qui est aussi membre de la "Society of telegraph Engineers",
le lendemain Niaudet reçoit des mains même de
l'inventeur deux paires de téléphones (dont
une est au musée du cnam, photo ci contre) pour les amener
en France.
Niaudet est aussi membre de la Société Française
de Physique dès sa fondation et deviendra administrateur
de la Société
Générale des Téléphones
à sa création.
Rentré à Paris, plein denthousiasme, Antoine
déclare à des collègues « Depuis
que jai ce magique petit appareil entre les mains, je
ne dors plus ! »
Ces deux téléphones traversèrent la Manche,
dans une boite fermée à clef. Ils étaient
en bois de frêne blanc tout à fait rustique et
assez semblable à un bilboquet, la paire sera par la
suite, donnée par la veuve A.Breguet au Musée
des arts et métiers à Paris en 1884 et y sont
toujours visibles.
Breguet sans tarder fit une présentation devant
un petit comité appartenant à l'institut et Collège
de France.
Fin septembre 1877 Niaudet et Breguet organisent une présentation
à l'Académie des Sciences à Paris.
|
 |
Dans le bulletin scientifique du journal,
le Phare de la Loire, on peut lire :
« Cest Monsieur Breguet qui a joui du précieux
avantage de tenir entre ses mains et dessayer, à son
aise, le téléphone. Pareil à saint Thomas, il
a pu croire parce quil a vu et touché. Aussi sest-il
empressé de faire part à lAcadémie des
Sciences de létonnement que lui a inspiré le merveilleux
appareil américain, non seulement par les résultats
incroyables obtenus, mais aussi par la simplicité des organes
qui le composent. La pureté de la voix humaine et ses nuances
sont si bien conservées que lon peut reconnaître
la voix de la personne qui parle »
39
quai de lHorloge Paris
Puis début novembre 1877 Breguet installe le téléphone
dans ses ateliers du 39 quai de lHorloge pour que tout le monde
puisse lessayer :
« Nous eûmes le plaisir de voir latelier de M.
Breguet et le cabinet de travail où se trouvait alors le seul
téléphone double quon connût en France.
M. Breguet nous fit voir lappareil et nous pûmes assister
à une expérience concluante.
On prévint par une sonnerie les ouvriers qui se trouvaient
au troisième étage. Ils prirent tour à tour le
téléphone en mains et communiquèrent dans le
cabinet de travail leurs impressions, des appréciations sur
la température ; ils lurent des fragments de journal, comptèrent,
et enfin lun deux, qui avait une jolie voix, électrisa
positivement, sans jeu de mot, le grand air de La Fille de Madame
Angot. La voix sortit de linstrument un peu nasillarde,
mais fort nette, et avec ses nuances les plus faibles. Cétait
stupéfiant ! Beaucoup de hauts personnages, de magistrats,
de littérateurs, de généraux, furent reçus
par Monsieur Breguet et lécoutèrent avec attention,
curieux surtout de voir le téléphone. Après avoir
vu par eux-mêmes, après avoir parlé, chanté
eux-mêmes, ils sen allaient satisfaits et émerveillés
».
La Maison Breguet du quai de lHorloge ne désemplit pas
pendant quAntoine expérimente le téléphone
devant ses amis académiciens, et des représentants de
diverses sociétés savantes. Les commentaires sur les
résultats sont unanimes : « cest merveilleux ».
Enfin, le 2 novembre 1877, Alfred Niaudet, le cousin dAntoine,
présente officiellement le téléphone Bell à
la société française de physique. Les nombreuses
démonstrations sont irréfutables mais un peu décevantes
sur le plan technique car les conversations sont perturbées
par le brouhaha de la foule présente.
Graham Bell charge alors Antoine Breguet et
Cornelius Roosevelt, ingénieur
électricien dorigine américaine, de faire connaître
le téléphone en France.
La famille Breguet acquit une licence auprès de Bell
et commença la production de téléphones dès
le début 1878.
Fait intéressant, l'atelier de Breguet était situé
dans le même bâtiment où avait débuté
la production du télégraphe à sémaphore
de Chappe en 1792, et où furent fabriqués les premiers
appareils télégraphiques électriques français
en 1842. Ainsi, ce bâtiment a été témoin
de trois époques marquantes de l'histoire des communications.
En premier lieu, Antoine Breguet, soucieux de préserver la
réputation de haute qualité de la Maison, améliore
laspect extérieur du téléphone.
On peut lire dans le Petit Journal :
« Lindustrie parisienne, si délicate toujours,
na pas tardé à faire une jolie chose dun
assez gros bilboquet, et le téléphone que nous a montré
Monsieur Breguet est véritablement un joli petit objet, quand
on le compare à lappareil rustique apporté de
Londres ».
En se lançant dans lindustrie du téléphone,
la Maison Breguet naura de cesse den améliorer
les performances, laspect pratique et lesthétique
A. Niaudet termine en annonçant que M. Bell lui avait formellement
promis de venir bientôt à Paris et dy prendre la
parole dans une réunion scientifique. Ce sera une fête
pour les admirateurs de lheureuse invention du téléphone.
1878 Téléphone Bréguet
Les premières démonstrations en France se font au Congrès
Scientifique du Havre en septembre 1877
|
Plusieurs savants venant de
Plymouth (Angleterre) sont présents au Congrès
Scientifique du Havre qui se tient peu après les séances
de l'Association Britannique en aout 1877 comme raconté
ci dessus. .
"Ils ont assistés aux expériences de M. Bell,
ils ont fait fonctionner eux-mêmes le téléphone.
Ils ont pu converser avec des amis, à une distance de
plusieurs centaines de mètres, et ce n'est pas sans une
légitime émotion qu'ils reconnaissaient la voix
de ceux qui parlaient au loin, en approchant l'oreille de l'ouverture
du Téléphone à la station d'arrivée"
(La Nature, 1877).
Les frères Poussin deux industriels Elbeuviens (de
la ville d'Elbeuf, Seine-Maritime, France),, très
intéressés par les nouvelles applications de la
science, se rendent à Paris pour rencontrer Antoine Bréguet.
En Normandie en mars 1877, une démonstration téléphonique
eut lieu à Elbeuf. Après avoir rencontré
Bréguet à Paris, les frères Alexandre et
Louis Poussin construisirent un prototype de téléphone.
ils demandent à A.Breguet de construire sur ses indications
(sous licence C.Roosvelt) une paire de téléphones.
Après l'avoir expérimenté, ils décident
d'en faire profiter les membres de la Société
Industrielle d'Elbeuf. Cette société, créée
par leur père en 1857, réunit tout ce que la ville
compte de notables, industriels et commerçants.
En décembre 1877 l'Industriel Elbeuvien écrit
:"aujourd'hui, un téléphone est à
la disposition des membres de la Société Industrielle
qui pourront ainsi confirmer tout ce que nous avons déjà
dit de cet appareil extraordinaire".
Le président de la société, Monsieur
Pelletier, s'empresse de nommer une commission chargée
d'étudier l'appareil. Cette commission organise le 11
décembre 1877 une expérience décisive :
un téléphone Bell est installé dans le
local de la société, un fil d'une longueur d'environ
six cent mètres va sur la tour Saint-Jean et revient
vers un deuxième Téléphone situé
dans une autre pièce de la société.
Les expériences faites hier ont parfaitement réussi.
A une très grande distance et dans deux pièces
fermées, la commission, divisée en deux groupes,
a pu correspondre. La parole, un peu affaiblie à la vérité,
est parfaitement claire et permet même de distinguer la
personne qui parle. Tous les sons, toutes les syllabes s'entendent
parfaitement bien. Une boîte à musique dont les
sons sont assurément peu intenses, placée à
l'une des stations, a fait entendre à l'autre extrémité
les mêmes sons, avec la plus grande pureté, et
l'on distinguait même très bien le timbre de l'instrument.
L'audition était la même que si la boîte
à musique avait été placée à
quelque distance de l'oreille" (l'Industriel Elbeuvien,
décembre 1877).
|
Le 10 décembre 1877, une
expérimentation téléphonique est tentée
avec succès entre Bordeaux et Margaux (distantes de 25
km) et Bordeaux et Soulac (distantes de 95 km) par la Société
Industrielle où les paroles, les voix, et les musiques émises
de chaque extrémité sont audibles et compréhensibles
par l'autre extrémité de chaque liaison.
La Ville de Rouen découvre le Téléphone
le 12 décembre 1877
( vous pouvez lire le compte rendu dans le
Bulletin 1877 de la Société industrielle de Rouen
de cette présentation)
Messieurs Gouault et Dutertre,
membres de la Société Industrielle de Rouen, présentent
le Téléphone Bell lors d'une conférence publique
organisée dans la grande salle de l'Hôtel de ville
de Rouen (Seine-Maritime, France).
La Société Industrielle de Rouen se définit
à l'époque comme "une association ouverte à
toutes les bonnes volontés, étudiant les applications
des découvertes de la science, cherchant à propager
l'instruction technique, s'efforçant de vulgariser les
procédés industriels, en un mot, travaillant à
faire la lumière ". Elle regroupe près de 700
membres de toutes origines, chaque département français
est représenté ainsi que la plupart des pays étrangers
(Etats-Unis, Russie, Allemagne, Angleterre, Suisse, Espagne, Belgique,
Hollande,...).
Monsieur Gouault présente l'appareil : "le Téléphone
que je vais décrire et expérimenter est le cornet
acoustique portatif. Il remplit les fonctions alternatives de
transmetteur lorsqu'il reçoit la voix, et de récepteur
lorsqu'il l'apporte à l'oreille. Cet appareil se compose
d'un pavillon, destiné à recevoir la bouche ou l'oreille.
Derrière ce pavillon, une membrane métallique en
fer doux, de un à deux dixième de millimètres
d'épaisseur, est tendue entre deux pinces annulaires en
bois réunies par des vis en cuive. Cette membrane est l'appareil
vibrant destiné à recevoir l'impulsion de la parole
ou à la reproduire. Derrière cette plaque, et à
une distance mesurée par une fraction de millimètre,
se trouve un système composé d'une bobine entourée
d'un fil de cuivre isolé et d'un aimant central. Les deux
fils de la bobine ressortent de la gaine en bois de l'appareil
par deux bornes ; l'un est mis en communication avec un fil télégraphique
aboutissant au récepteur ; l'autre est conduit à
la terre, comme dans les appareils télégraphiques
ordinaires" (Bulletin de la Société Industrielle
de Rouen, 1878).
Cette description très scientifique cède parfois
la place à une description plus terre à terre :
"l'appareil de Monsieur Graham Bell se compose essentiellement
de deux parties ayant assez l'aspect des patères en bois
qui servent à retenir les draperies" (le Journal de
Rouen, 1877). Monsieur Gouault donne ensuite le principe du Téléphone
: "le premier principe, d'ordre philosophico-physiologique,
est antérieur à Bell ; le second principe, d'ordre
purement physique, était connu de la science et était
implicitement renfermé dans la loi de Lentz. Bell a eu
le bonheur d'en trouver le premier, je crois, une application
pratique". Enfin Messieurs Gouault et Dutertre réalisent
une série d'expériences qui réussissent parfaitement.
Ils montrent qu'il est possible d'entretenir une conversation
à distance, un deuxième poste étant installé
dans l'hôtel de la gendarmerie, à plus de 300 mètres
de la salle de conférence. Ils présentent également
leurs essais sur de longues distances :
le petit appareil que vous avez sous les yeux a été
expérimenté par Monsieur Dutertre et moi-même
jusqu'à 300 kilomètres de résistance locale.
Monsieur Bréguet affirme avoir perçu les sons que
transmet le téléphone avec des résistances
de 1000 kilomètres ! Les expériences faites sur
des fils de lignes ont été moins concluantes, en
raison même de la grande sensibilité de l'appareil.
C'est qu'en effet les fils voisins des lignes télégraphiques,
soumis à des courants électriques intenses, agissent
par induction sur le fil télégraphique. Ces courants
induits se superposent à l'action principale du Téléphone
et la troublent d'une manière sérieuse. C'est ainsi
que lors d'une expérience opérée sur un fil
de ligne de l'Etat, j'ai entendu très distinctement, superposés
à la voix transmise, les bruits donnés par trois
télégraphes ordinaires du service. On reconnaissait
très nettement le fonctionnement d'un Morse, d'un Bréguet
et d'un Hughes. En dehors de ces actions et de ces inconvénients
extérieurs qu'un service général téléphonique
ne comporterait pas, la transmission par l'appareil de Bell se
fait, sur les fils de ligne, à des distances importantes.
On peut citer les expériences faites il y a quelques semaines,
entre Paris et Mantes, à une distance de 58 kilomètres,
lesquelles ont parfaitement réussies".
Monsieur Gouault termine sa conférence en présentant
ce que pourrait être les premières applications du
téléphone : "il remplacera, dans un avenir
rapproché, les tuyaux accoustiques des habitations privées
et des manufactures. Il rendra de grands secours, en campagne,
pour les services des avant-postes, des reconnaissances des aérostats
militaires. On peut espérer même l'utiliser pendant
les batailles, lorsqu'il sera devenu plus puissant. Il aura d'ailleurs
toujours cet immense avantage de n'exiger la présence d'aucun
télégraphiste, et de permettre, dans des cas graves,
la relation directe du général en chef avec les
commandants des camps engagés. Son emploi est dès
à présent indiqué pour les expériences
de tir au polygone, dans le but de remplacer l'espèce de
langage télégraphique constitué par les sonneries
au clairon. Enfin Monsieur Bell fait des recherches pour en réaliser
l'application à la télégraphie transatlantique
et il a la conviction d'y réussir dans un avenir très
rapproché". Le lendemain, Monsieur Gouault organise
une deuxième conférence pour le public. Dans son
rapport annuel de janvier 1878, le président de la société
s'en félicite : "la présence de la foule qui
est venue entendre la conférence publique et gratuite a
affirmé le succès que notre collègue avait
eu la veille".
Voici comment le Journal de Rouen relate la conférence
: "l'orateur, après avoir rappelé qu'un simple
jouet avait été le précurseur du téléphone,
a présenté l'instrument et minutieusement décrit
les pièces dont il se compose, puis il a cherché
à exposer la manière dont se fait la perception
des sons. Toutes les fois, a-t-il dit, que nos sens se trouvent
placés dans des circonstances différentes, mais
semblables par leur résultante matérielle, ils transmettent
au cerveau les mêmes impressions, et notre individu se croit
absolument dans des conditions identiques ; c'est ce qui fait
que les amputés croient percevoir une sensation dans le
membre qu'ils n'ont plus ; qu'avec le stéréoscope,
nos yeux croient voir des objets en relief, en examinant une image
plate. |
La première liaison
téléphonique, le Premier Communiqué de Presse
Le 18 décembre 1877, Monsieur Gouault, invité
par la Société Industrielle d'Elbeuf, donne, "devant
un auditoire d'élite, une conférence sur le Téléphone".
Après avoir présenté l'appareil, il passe
aux expériences.
Voici comment le Bulletin de la Société Industrielle
d'Elbeuf relate les faits : "au moyen des appareils de Messieurs
Poussin, une communication a été établie
entre le local de la Société Industrielle et l'Hôtel
de Ville.
Le conférencier et d'autres personnes ont pu converser
avec les personnes placées dans ce dernier local. Des phrases
ont été échangées ; la sonnerie d'une
montre, produite à l'Hôtel de Ville, s'est faite
entendre très distinctement dans la salle où avait
lieu la conférence ; on a pu, de la même manière,
entendre l'air et les paroles d'un couplet de chanson".
Enfin, grâce à la complicité de l'Inspecteur
des lignes télégraphiques de Rouen, Monsieur Gouault
va soulever l'enthousiasme de son auditoire.
Réalise-t-il alors qu'il va effectuer la première
liaison téléphonique "commerciale" en
Normandie et probablement le premier communiqué de
presse français ? Le Téléphone Bell est alors
relié par un fil qui, tiré du local de la Société
Industrielle, rejoint le bureau télégraphique puis
emprunte la ligne télégraphique Elbeuf - Rouen.
Voici le commentaire du bulletin de la Société Industrielle
:
"une communication a pu être établie entre le
local de la conférence et la guérite télégraphique
de la gare Saint-Sever à Rouen, et vers 10 heures et demie
du soir, Monsieur Gouault transmettait la dépêche
téléphonique suivante :
"Président Société Industrielle d'Elbeuf
à Président Société Industrielle de
Rouen. Une conférence très intéressante sur
le téléphone a été faite ce soir à
la Société Industrielle d'Elbeuf, par Monsieur Gouault,
ingénieur. Mis en communication avec Rouen grâce
à l'obligeance de Monsieur le Directeur des Télégraphes,
le conférencier transmet cette dépêche oralement
pour être communiquée aux journaux : un incendie
qui menaçait de prendre de graves proportions s'est déclaré
ce soir rue de l'Hospice. Un ouvrier a été sérieusement
brulé au bras et à la poitrine. On est actuellement
maître du feu".
"Les termes de cette dépêche ont été
répétés mot par mot, par la personne qui
la recevait à Rouen : la transmission avait donc parfaitement
réussie".
A cette date on pouvait acheter une paire de téléphones
pour la somme de 15 francs ce qui équivalait 2 jours de
travail pour un ouvrier qualifié. |
Mrs Gouault et Dutertre ne tardèrent pas en 1878
de déposer un brevet 123441
le 1er abvril 1878 qui sera suivi de deux améliorations le 23
avril et le 3 juillet 1878. - "commutateur automatique avertisseur
pour téléphone" 123441 01.04.1878 ; (12 pages)
Parallèlement, fin 1877 , Cornelius Roosevelt
Américain (et cousin du futur Président des USA) qui a
quitté sa patrie en octobre 1877 pour s'établir en France;
s'intéresse aux applications de l'électricité,
principalement au télégraphe, multiplie les démarches
auprès de l'administration des Postes et Télégraphes
pour obtenir une autorisation d'installer un réseau de lignes
privées et exploiter un brevet de "Télégraphe
de quartier" en mars 1877, qu'il n'obtiendra pas mais qui lui permettra
de bien connaître l'organisation des Postes et Télégraphes
et de rencontrer les grands directeurs.
Roosevelt informé sur l'invention du téléphone
de BELL, se rend à Washington pour rencontrer le beau père
de Bell, Gardiner Hubbard et lui propose d'acheter les droits français
de son brevet pour l'exploiter en France.
Bell accepte l'accord de Roosvelt et se mettra en relation avec A. Niaudet
(neveu de Mr Louis Bréguet) qu'il
rencontra en Angleterre à la réunion de Plymouth, car
Antoine Breguet fils parle l'Anglais et est aussi membre de la "
Society of telegraph Engineers".
C'est donc A.Breguet qui présenta officiellement le premier
téléphone à la séance du 29 octobre 1877
de l'académie des sciences.
Voici comment un journaliste du quotidien " le Temps " relate
l'événement :
" le succès n'a pas répondu complètement aux
espérances des opérateurs. Les sons entendus étaient
peu distincts et les communications avec la salle du premier étage
beaucoup plus difficiles qu'elles ne l'auraient été avec
un tube acoustique "
Antoine Bréguet qui connaissait bien l'administration des
P&T, réussit à organiser un rendez vous entre A.G.
Bell et Mr Pierret, le directeur des Postes et
Télégraphes (qui ne s'appelle pas encore les PTT).
Quelques jours plus tard, Graham Bell charge alors Antoine Breguet et
Cornelius Roosevelt, de faire connaître le téléphone
en France. En premier lieu, Antoine Breguet, soucieux de préserver
la réputation de haute qualité de la Maison, améliore
laspect extérieur du téléphone.
On peut lire dans le Petit Journal :
« Lindustrie parisienne, si délicate toujours, na
pas tardé à faire une jolie chose dun assez gros
bilboquet, et le téléphone que nous a montré Monsieur
Breguet est véritablement un joli petit objet, quand on le compare
à lappareil rustique apporté de Londres ».
En se lançant dans lindustrie du téléphone,
la Maison Breguet naura de cesse den améliorer les
performances, laspect pratique et lesthétique.
Le 2 Novembre 1877, en FRANCE , Alfred Niaudet et Antoine Breguet
expérimentent " le téléphone" devant
des membres de l'institut et du collège de France. Telle était
la situation lorsque Bell effectuait son premier voyage à Paris
(lire la page "Bell en France").
Bell arrive à PARIS le 21 novembre, le soir tout juste
arrivé de Londres, Bell s'assoit dans sa chambre de l'hôtel
Wagram pour écrire une lettre à sa femme. Il avait à
peine eu le temps de lui raconter la mer agitée qu'il avait rencontrée
entre Folkstone et Boulogne, qu'à huit heures il fut interrompu
par la visite de Niaudet. Après un entretien de deux heures et
demie, il reprend sa lettre : Niaudet se chargera de traduire et de
publier en France une conférence non précisée de
Bell.
Le lendemain, Bell devait voir Le Gay et un autre marchand appelé
Aymler, ainsi que le chef des Télégraphes français,
Pierret, et le ministre de la Guerre, à qui il
comptait donner des téléphones à des fins expérimentales.
Bell et Pierret conviennent de faire des essais sur les lignes télégraphiques
de l'état.
Dès le lendemain A.G Bell communique sur une ligne
spéciale de son domicile de Paris avec Léon
Say au ministère des finances et des postes et télégraphes
puis avec le ministre de la guerre.
Bell a notamment rencontré Antoine Breguet et son
père, Louis F. C. Breguet et ils obtiennent quatre licences
pour la production de postes téléphoniques en France
.
Le 25 novembre Niaudet transporta les nouveaux téléphones
Breguet à la Société Française de Physique,
où il annonça que Bell « lui avait promis »
formellement de venir prochainement prendre la parole lors d'une réunion
scientifique ». Niaudet a également fait une démonstration
du téléphone à l'École Polytechnique lors
de l'ouverture du cours de physique de Jules Jamin et, le 7 décembre,
à la Société des Ingénieurs Civils.
Décembre 1877 A.Niaudet et C. Roosevelt créent
la "Société Anonymes des Téléphones
Bell"
Cest la première société de téléphonie
créée en France . Son siège social est situé
au 1, rue de la Bourse, à Paris.
La Société Anonyme des Téléphones Bell sera
présente à lexposition universelle de 1878.
Cest là où Cornélius
Roosevelt rencontre Frederic Allen Gower
et que les deux hommes décideront de travailler ensemble.
En décembre 1877, A.G.Bell réalise une communication
gare Saint Lazare entre Paris et Saint Germain
voici ce que l'univers illustré du 22 décembre 1877
rapporte sur l'Expériences faites à Paris avec le téléphone.
 
En même temps Breguet faisait une expérience concluante
entre Mantes la Jolie et Paris.Dans la lettre datée du 29 novembre,
Hubbard félicitait chaleureusement son porteur.
Une page "Bell en France" développe
avec plus de détails les passages de Bell en France pour promouvoir
son téléphone.
Dans les archives, on retiendra aussi que le 8 janvier 1878, une expérimentation
Téléphonique avait été tentée avec
succès à Marseille, entre deux téléphones,
par deux ingénieurs britanniques MM. Brown et Payne. un téléphone
est installé rue Pavé-d'Amour, dans les bureaux du Télégraphe
Sous-marin, l'autre téléphone est installé à
proximité du Château Borély, à une distance
de 4500 mètres.
Le même 8 janvier 1878 Léon LESEUR Ingénieur des
Arts et Manufactures, faisait une intéressante
conférence sur le téléphone dans le grand salon
de l'Hôtel de Ville de Thonon . Consultable en livre à
feuilleter
conférences scientifiques.
A Londres pour organiser la logistique de ses conférences Bell,
fait appel à Fréderic Allen Gower,
jeune éditeur du journal "Providence Press".
Récit dans "Le figuier 1878 " "L'année
scientifique et industrielle"
Le mémoire lu par Bell à la société
des ingénieurs télégraphistes de Londres le 31
octobre 1877 et a été reproduit clans le journal
de la société.
En février 1878 G.A.Bell encore en Angleterre, repasse en
France et offre à Léon Say ministre des finances
et des Postes et Télégraphes, un appareil identique à
celui qui servit à St Lazare .
Cet appareil nommé "the William's coffin" a
été donné au musée des postes et télégraphes
puis au musée des arts et métiers en 1920. Appareil avec
un ou deux récepteur/émetteur (sans microphone)
Lire aussi dans la nature
Petite histoire et parenthèse importante pour la suite du développement
du téléphone en France et en Angleterre : Frederick Allen
Gower travailla
comme éditorialiste chez Providence Press et Star en
1871. Il est dit que Gower rencontra Bell par hasard, lorsqu'il
perdit un pari avec un autre membre du personnel, le perdant devant
interroger le "fou" qui a pensé qu'il était
possible de transmettre la voix humaine sur des fils télégraphiques.
Intrigué par les idées de Bell, Gower devint agent
de presse de Bell, puis partenaire d'affaires et conseiller en chef,
ce qui en fit un homme riche.
Selon un article paru dans le journal Providence en 1940, Gower aurait
convaincu Bell que le téléphone était une invention
pratique destinée à un usage autre que commercial.
Le journal "LA NATURE"
du 23 Mars 1878, du 27 AVRIL 1878, du 4 MAI 1878.... reproduis presque
en totalité la conférence de
M. Bell. faite pour la revue 'La Nature'.
Ce document, inédit en France, nous paraît offrir une importance
capitale ; nous le recommandons à lattention de nos lecteurs.
Les premiers téléphones en France sont alors installés
entre le laboratoire et l'atelier sur deux étages différents
de la maison des Breguet au 39 Quai de l'Horloge, en 1878, la
production de téléphones commence.
Antoine Breguet a présenté son téléphone
à l'Académie française des sciences en 1878.
C'est A. Bréguet fils début 1878 qui fut chargé,
pendant 5 ans de construire les téléphones pour la France,
dans les ateliers Breguet 39 quai de l'horloge à Paris
Compte tenu que aux US, Watson fabriquait manuellement quelques appareils
Bell, on peut considérer que ce bâtiment est donc le plus
ancien lieu de production déquipements de télécommunications
au monde.
La maison Breguet chargé de fabriquer les téléphones
brevet bell en améliore l'aspect et la fiabilité.
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Dans le petit monde des collectionneur,
on appelle ce modèle LA POIRE , savez vous d'ou
vient ce petit nom ?
Réponse : D'une page
publicitaire vu dans "La Tribune des inventeurs, 1891"
"Non, messieurs ! La
poire téléphone nest pas seulement un
merveilleux appareil scientifique, mais encore son prix peu
élevé, la solidité de sa construction,
la rapidité de son installation, la facilité de
son emploi, les services infinis quelle rendra la mettent
au premier rang des découvertes modernes dun usage
réellement pratique. "
Modèle
Breguet entre fin 1877 et début 1878 "Pour la France",
collection Jean Godi
Le poinçon Bell représentant un téléphone
ne sera apposé sur les téléphones que jusqu'en
fin 1878 ou Roosevelt racheta à Breguet tous les droits
sur les brevets Bell déposés en commun au cours
de cette année.
|
Ces appareils
étaient vendus 30 francs à l'époque ce qui
équivaut à 350 € actuels, ils étaient
accompagnés de La
Notice
.
Avec les mises en garde, les explications du pourquoi on en trouve
encore beaucoup qui n'ont pas de marque ...
|
 |
Lisons le reste de cette notice
Les téléphones peuvent servir à établir
des communications entre deux points ou plusieurs pièces d'une
maison ou d'un édifice quelconque, soit pour des besoins purement
domestiques, soit pour des usages commerciaux, industriels ou administratifs.
Les observations suivantes pourront servir de guide aux personnes qui
auront à établir des communications de ce genre avec le
téléphone Bell.
1 - pour obtenir le maximum d'effet il faut avoir dans chaque endroit
deux téléphones à main, c'est à dire deux
de ces cornets représentés par la figure suivante

Quant on écoute, on en met un à chaque oreille; il est
clair qu'on entend mieux avec deux oreilles qu'avec une seule et d'ailleurs
en procédant ainsi, on se garanti contre les bruits extérieurs
qui ne peuvent que troubler.
Quant on parle, on présente devant la bouche l'un des cornets
et on parle dans l'embouchure; mais en même temps on garde le
second téléphone à l'oreille pour saisir les moindres
interruptions de son interlocuteur.
2 - Avant de parler à son correspondant, à son employé,
il faut l'avertir qu'on va parler et, en général il faut
une sonnette comme nous le dirons tout à l'heure.
Cependant si l'un des interlocuteurs A est à son bureau et que
le téléphone soit placé assz près de son
oreille, il entendra que B l'appelle, si B crie un peu fort à
l'autre bout du fil et si A a l'habitude d'entendre ses appels.
On peut même entendre un cri poussé à l'extrémité
B dans toute la pièce A si les conditions sont favorables.
Cette manière de faire pourra être employée quand
l'un des interlocuteurs ne pourra pas à raison de son grade ou
de sa position sociale être sonné par l'autre.
3 - On peut d'ailleurs disposer les choses d'une manière dissymétrique
comme-suit :
Le bureau A n'a pas de sonnette, il n'a qu'une paire de téléphone
et un bouton d'appel. Quand le correspondant A veut appeler B il presse
le bouton et fait marcher la sonnerie B; la conversation s'engage entre
A et B; car le bureau B a, outre sa sonnerie, deux téléphones
pour parler et entendre. Mais il n'a pas dans ce second bureau B de
bouton d'appel. En résumé donc A peut appeler B; mais
B ne peut pas appeler A. Cela suffira dans un grand nombre de cas.
Pour réaliser cette combinaison on pourra placer un fil spécial
pour la sonnerie et se servir comme fil de retour de l'un des conducteurs
du téléphone. Ce sera le plus économique et le
plus simple quand la distance ne sera pas grande, car le prix du fil
spécial de la sonnerie sera plus élevé.
Si au contraire la distance est grande il faudra faire usage d'une combinaison
spéciale pour employer les fils mêmes du téléphone
pour faire fonctionner la sonnerie. Cette combinaison sera du genre
de celle que nous alons faire connaître ci-après.
4 - Dans le cas général c'est à dire dans le cas
ou A et B pourront se sonner indifféremment dans les deux sens,
il y aura dans chaque bureau deux téléphones, un bouton
pour appeler le correspondant, une sonnette électrique pour être
appelé par lui, une pile pour fournir le courant aux appels et
enfin un support pour les téléphones au sujet duquel nous
allons entre dans quelques détails.
Ce support ou tablette présentent deux patères sur lesquelles
on place les téléphones. L'une des ces patère est
fixe, mais l'autre est mobile autour d'un axe et fait un petit mouvement
de bascule quand le poids du téléphone change son équilibre.
Ce déplacement entraine un changement de communication; si le
téléphone est à la patère, la ligne est
en communication avec la sonnerie; si au contraire on prend le téléphone
à la main, la patère remonte aussitôt, en basculant,
la ligne en communication avec le téléphone.
La manuvre se fait de la manière suivante : A presse son
bouton d'appel, la sonnerie de B se met à tinter; B presse à
son tour son bouton en réponse et la sonnerie de A se fait entendre.
Aussitôt chacun des deux correspondants prend ses deux téléphones
dans ses mains et la conversation commence.
Quand elle est achevée, chacun replace ses téléphones
sur leur patère et chaque bureau se retrouve sur sonnerie; c'est
à dire prêt à recevoir les appels de l'autre.
5 - Si un bureau doit communiquer avec plusieurs autres, si par exemple
le Directeur d'une usine veut parler successivement à tous ses
contremaîtres, il suffira dans le bureau central d'une seule paire
de téléphones qu'on emploiera sur l'une des lignes aboutissant
aux bureaux secondaires.
Il faudra dans ce bureau central :
-une sonnerie commune pour toutes les lignes,
-un tableau indicateur faisant savoir quelle ligne a appeler, un bouton
d'appel pour chaque ligne, pour appeler le poste correspondant,
-un commutateur pour chaque ligne pour mettre cette ligne en rapport,
soit avec le tableau indicateur (position d'attente), soit avec le bouton
d'appel (position temporaire) soit enfin avec les téléphones
(position de correspondance).
-Une paire de téléphone.
Il n'y aura pas lieu d'avoir ici le système de patère
mobile faisant commutateur dont nous avons parlé plus haut; mais
il sera indispensable dans chacun des bureaux ou stations secondaires.
Le 2 Janvier 1878 est indiqué
dans "La Nature" : Très-récemment, dans une
soirée donnée à la préfecture maritime de
Cherbourg, on fut fort étonné, au milieu des salons, dentendre
sonner un vulgaire clairon de la troupe. Le son en était apporté
du bout de la digue par un téléphone dont le perfectionnement
est dû à M. Collard. M. du Moncel, en rapportant ce fait
piquant, a indiqué rapidement en quoi consiste le perfectionnement;
mais bien que M. Bréguet ait donné aussi son explication,
nous ne sommes pas assez sûr davoir bien compris, pour rien
dire de plus à nos lecteurs En
1881, Antoine Breguet transforme lhorlogerie familiale en société
anonyme sous la dénomination « Maison Breguet » avec
pour objet « la construction, linstallation et le commerce
» de matériel électrique (télégraphie,
téléphonie, signaux, éclairage, transmission de
force à distance, etc.).
Le téléphone, à partir de 1878, requiert de véritables
démonstrations du fait de son usage relativement complexe associant
électricité, manipulation de lobjet, procédures
dappel
La puissante concurrence qui apparaît rapidement,
notamment entre les compagnies Bell et Edison, multiplie encore les
salons de démonstrations. Toute lannée 1878, le
« seul concessionnaire » des appareils Bell propose : «
pour assister aux expériences à une distance de 3 kilomètres,
sadresser tous les jours (sauf le dimanche) de une heure à
cinq heures » chez Cornelius Rossevelet, 1 place de la Bourse
.

A droite : publication 'Expériences publiques pour les téléphones
Bell', Le Figaro, 15 mai 1878.
Bell n'a pas pu protégé son brevet dans tous les pays
car son invention s'est très vite propagée.
En Belgique, le premier brevet dimportation relatif au téléphone
fut déposé par Alexandre Graham Bell, dEdimbourg
(Ecosse), professeur de physiologie vocale à lUniversité
de Boston (États-Unis), le 27 juillet 1877, sous le n°
42696, et accordé le 16 août de la même année.
Le brevet français porte la date du 25 juillet 1877.
Nous donnons ci-après les diverses revendications de Graham Bell.
Comme elles nont jamais été reproduites, en Belgique
du moins, nous pensons que leur publication est destinée à
attirer lattention de tous ceux qui sintéressent
à cette admirable invention.
Nous transcrivons en observant lordre indiqué dans le dit
brevet.
1° Dans un téléphone électrique, la combinaison
dun aimant tubulaire avec une membrane en fer, acier ou autre
matière susceptible daction inductive, comme cela a été
ci-dessus décrit;
2° Dans un téléphone électrique, la combinaison
dune membrane en fer, acier ou autre matière susceptible
dune action inductive avec un aimant tubulaire, de manière
que la membrane en fer soit en contact avec un des pôles de laimant
tubulaire et libre de vibrer dans le voisinage de lautre pôle,
le tout devant fonctionner de la manière indiquée et décrite
;
3° Dans un téléphone électrique, comme cela
a été ci-dessus décrit et illustré, un aimant
tubulaire devant être employé pour parler ou pour entendre,
à leffet de conduire les sons dans la direction de la plaque
ou sécartant de la plaque;
4° Dans un téléphone électrique, comme cela
a été ci-dessus décrit et illustré, lemploi
dun aimant servant de poignée pour lever le téléphone
soit à la bouche, soit à loreille;
5° Dans un téléphone électrique, la combinaison
avec un aimant tubulaire et une plaque métallique, dune
bobine de fil métallique isolé remplissant complètement
lintérieur du téléphone, comme cela a été
ci-dessus indiqué et illustré;
6° Dans un téléphone électrique, un aimant
tubulaire composé comme cela a été ci-dessus indiqué
et décrit;
La méthode pour produire des ondulations dans un courant voltaïque
continu en augmentant ou diminuant graduellement la puissance de la
batterie, comme cela a été ci-dessus décrit;
7° La méthode de transmission électrique des sons
vocaux ou autres, en faisant varier lintensité dun
courant électrique, dune manière proportionnelle
aux variations de la densité produite dans lair par les
dits sons;
8° La méthode de transmettre électriquement des sons
vocaux ou autres, en faisant varier lintensité et la polarité
dun courant, suivant une manière proportionnelle à
la vélocité et à la direction du mouvement des
particules de lair pendant la production des sons;
9° Lunion sur un circuit électrique et à laide
de ce circuit, de deux ou dun plus grand nombre de téléphones
construits pour opérer comme il a été dit, de sorte
que si larmature platine de lun ou de lautre des dits
instruments soit mobilisée dune manière quelconque,
les armatures de tous les autres téléphones sur le même
circuit seront mobilisées de la même manière et
que si larmature de transmission est mobilisée ou mise
en vibration par un son, des sons similaires seront produits par le
mouvement ou vibration de larmature des autres téléphones
sur le circuit ;
10° Dans un système de télégraphie électrique
ou téléphonie consistant en des instruments transmetteurs
et récepteurs réunis sur un circuit électrique.
Je revendique la production, dans larmature de chaque instrument
récepteur, dun mouvement donné quelconque, en soumettant
la dite armature à une attraction variante dune intensité,
quel que soit le mode de production de cette variation dans laimant
et doù je revendique la production dun son ou de
plusieurs sons par larmature de linstrument récepteur,
en soumettant la dite armature à une attraction dont lintensité
varie, de manière à mettre larmature dans cette
forme de vibration qui caractérise le son ou les sons donnés;
11 ° La combinaison avec un électro-aimant dune plaque
en fer, acier ou autre matière susceptible dune action
inductive qui peut être mise en vibration par le mouvement de
lair ambiant ou par lattraction dun aimant ;
12° Conjointement avec une plaque et électro-aimant, les
moyens ci-dessus décrits ou leurs équivalents, pour ajuster
la position des deux, de sorte que sans se toucher, ils peuvent être
montés aussi près lune de lautre que possible
;
13° Dans un téléphone électrique, la combinaison
avec la plaque dun aimant ayant des spères sur lextrémité
ou les extrémités de laimant les plus rapprochées
de la plaque, comme cela a été ci-dessus décrit;
14° La combinaison avec un téléphone électrique,
tel que ceux ci-dessus décrits, dune boîte sonore,
telle que celles ci-dessus décrites ;
15° Conjointement avec un téléphone électrique
ci-dessus décrit, lemploi dun tube pour transmettre
aussi bien que pour recevoir ces sons passant par le téléphone,
comme cela a été ci-dessus décrit;
16° Dans un téléphone électrique, la combinaison
avec un aimant permanent et une armature plaque, dun pôle
en fer doux formant le noyau pour la bobine, comme cela a été
ci-dessus décrit;
17° Dans un système de télégraphie dans lequel
le récepteur vibrant opère lorgane interrompant
le circuit, dun circuit local indépendant du dit récepteur,
comme cela a été décrit, dun organe vibratoire
servant à interrompre le courant pour le dit circuit local, consistant
en un bras à ressort léger dont lextrémité
libre déborde la portion vibrante du récepteur, conjointement
avec une portion du récepteur et conjointement avec une pointe
de contact dans le dit circuit, avec laquelle le dit bras établit
et interrompt le contact comme cela a été décrit;
et
18° Le télégraphe autographe, comprenant la combinaison
dune série de transmetteurs et de fils transmetteurs, un
seul fil de ligne, des récepteurs correspondants en nombre avec
les transmetteurs accordés à un diapason pour vibrer en
unisson avec la succession dimpulsions électriques transmises
de leurs transmetteurs respectifs, organes vibratoires pour interrompre
le circuit, dont un pour chaque récepteur et un circuit local
et fil récepteur pour chacun de ces organes vibratoires, la série
des fils portant sur du papier préparé, le tout pour fonctionner
comme il a été ci-dessus décrit.
Un second brevet fut déposé à Bruxelles, le
i3 février 1878, sous le n° 44273B, et accordé
le 28 février de la même année.
Voici quelles sont les revendications indiquées par Graham Bell
dans ce brevet :
1° La méthode sus décrite pour produire ou transmettre
des notes musicales à laide de courants ondulatoires délectricité
et à laide desquels deux ou un plus grand nombre de signaux
ou dépêches peuvent être transmis simultanément
sur un seul circuit dans la même ou dans des directions opposées;
2° Lemploi dans un système de télégraphie
multiple à courants ondulatoires délectricité,
dinstruments récepteurs dont les armatures sont accordées
à des diapasons définis, de manière à vibrer
seulement quand un son de même diapason est transmis, comme cela
a été ci-dessus écrit;
3+ Un système de télégraphie dans lequel le récepteur
est mis en vibration par lemploi de courants ondulatoires délectricité,
comme cela a été ci-dessus décrit;
4° La combinaison sus décrite dun aimant permanent
ou autre corps susceptible dune action inductive, avec un circuit
fermé, de manière que la vibration de lun occasionne
des ondulations électriques dans lautre ou dans lui-même
et se revendique cette disposition, que laimant permanent soit
mis en vibration dans le voisinage du fil de conduite formant le circuit
ou que le fil de conduite soit mis en vibration dans le voisinage de
laimant permanent ou soit que le fil de conduite et laimant
permanent soient tous les deux simultanément mis en vibration
dans le voisinage lun de lautre;
5° La méthode pour produire des ondulations dans un courant
voltaïque contenu par la vibration ou mouvement de corps susceptibles
dune action inductive ou par la vibration ou mouvement du fil
de conduite lui-même dans le voisinage de ces corps, comme cela
a été ci-dessus décrit.
Le payement des premières annuités de ces deux brevets
ayant été négligé, conformément à
la loi du 24 mai 1854, par les arrêtés des 7 avril et 21
août 1881, la déchéance de ces deux brevets fut
prononcée. Doù il résulte quen Belgique,
de même quen France et dans beaucoup dautres pays,
les premiers brevets de linventeur du téléphone
sont tombés dans le domaine public.
Toutefois il nen est pas de même en Amérique et en
Angleterre où tous les droits de linventeur ont été
sauvegardés.
En Angleterre et en France, Bell enchaîne les démonstrations
et fait parler la presse scientifique, il établit
la première liaison téléphonique intercontinentale
(36 Km) entre Douvres et Calais sur un seul fil (télégraphique)
et retour par la terre.
Dans l'univers illustré page 754 du 1 décembre
1877, nous lisons dans "la France" que le
téléphone vient de fonctionner entre la France et l'Angleterre.
Deux cornets acoustiques aimantés ont été placés
la semaine dernière a Saint-Margaret, sur la côte
anglaise, près de Douvres, et a Sangatte, près
de Calais, puis reliés entre eux par un fil métallique.
Des conversations ont été échangées ainsi
à travers le détroit, les résultats obtenus ont
paru très satisfaisants aux inspecteurs des lignes de Douvres
et de Calais.
Les téléphones qui ont servis à cet événement
sont aujourd'hui chez un collectionneur
Australien 
En Amérique
les premiers téléphones conçus par Bell (comme
la photo ci jointe) fin 1877 seront appelés de façon
populaire "the butterstamp", pour équiper les
premiers clients.
Plus tard la même année, le "Butterstamp"
a été remplacé par le "Coffin Téléphone
" (oui son boîtier fait penser un peu à un cercueil).
Le Coffin est équipé d'un générateur
à magnéto entraîné par une manivelle
à main qui envoie du courant alternatif sur la ligne pour
alimenter un dispositif de sonnerie relié directement au
bureau central , afin d'alerter un opérateur, ou à
l'autre correspondant en point à point.
( Watson a déposé le brevet de la sonnerie , le
1er Août , 1878. ) . ,
|
 |
Les lecteurs du journal scientifique
"La Nature" découvrent le "téléphone
parlant "pour la première fois dans la presse
spécialisée.
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Schéma de principe (La nature de 1877)
 
Page 274, 275 et 276, (extrait du journal la nature de
1877)
et aussi (en
1878)
Page 383, 384
|
Systèmes
Bell , de Bréguet et Roosevelt :
 |
Concrètement voici
ce qui était proposé aux premiers clients :
Planche Breguet INSTALLATION
CLIENT : exposé au Cnam à Paris
Sur une planchette d'acajou
suspendue à la muraille, sont disposées d'abord une sonnerie
trembleuse ordinaire au-dessous de laquelle est fixé un bouton
transmetteur, et en second lieu deux fourches servant de support
aux deux téléphones et dont une est adaptée à la bascule d'un
commutateur disposé comme une clef de Morse.
Les deux téléphones sont reliés, par deux fils conducteurs disposés
de manière à être extensibles, à quatre boutons d'attache dont
deux sont reliés directement l'un à l'autre et les deux autres
à la ligne, à la terre et à la pile par l'intermédiaire du commutateur,
du bouton transmetteur et de la sonnerie. Le commutateur A se
compose d'une bascule métallique ac portant au-dessus de son
point d'articulation, la fourche de suspension F' de l'un des
téléphones; elle se termine par deux taquets a et c
au-dessous desquels sont fixés les deux contacts du commutateur,
et un ressort presse le bras inférieur de la bascule de manière
à faire appuyer constamment l'autre bras contre le contact supérieur.
Pour plus de sûreté, une languette d'acier ab adaptée
à l'extrémité inférieure de la bascule, frotte contre une colonnette
b munie de deux contacts isolés qui correspondent à ceux
de la planchette. La bascule est en communication avec le fil
de ligne par l'intermédiaire du bouton d'appel, et les deux
contacts dont nous venons de parler, correspondent l'un, le
supérieur, avec l'un des fils des téléphones qui sont intercalés
dans le même circuit, l'autre avec la sonnerie S, qui elle-même
communique à la terre. Il résulte de cette disposition, que
quand le téléphone de droite appuie de tout son poids sur son
support, la bascule du commutateur est inclinée sur le contact
inférieur, et, par conséquent, la ligne est mise directement
en rapport avec la sonnerie, ce qui permet d'appeler la station.
Quand, au contraire, le téléphone est enlevé de son support,
la bascule est sur le contact supérieur, et les téléphones sont
reliés à la ligne. Pour appeler la station en correspondance,
il suffit d'appuyer sur le bouton transmetteur; alors la liaison
de la ligne avec les téléphones est brisée et établie avec la
pile du poste, laquelle envoie un courant à travers la sonnerie
du poste correspondant. Pour obtenir ce double effet, le ressort
de contact du bouton transmetteur appuie en temps ordinaire
contre un contact adapté à une équerre qui l'enveloppe par sa
partie antérieure, et, au-dessous de ce ressort, se trouve un
second contact qui communique avec le pôle positif de la pile
du poste. L'autre contact correspond au fil de ligne, et une
liaison est établie entre le fil de terre et le pôle négatif
de la pile du poste, ce qui fait que ce fil de terre est commun
à trois circuits:
1o Au circuit des téléphones;
2o Au circuit de la sonnerie;
3o Au circuit de la pile locale.
La seconde fourche qui sert de support au téléphone de droite
est fixée sur la planchette et n'a aucun rôle électrique à remplir.
|
Il est facile de comprendre que ce
dispositif peut être varié de mille façons différentes, mais nous
nous bornerons au modèle que nous venons de décrire qui est le plus
pratique.
 |
Cette affichette annonce une
conférence sur le téléphone et le phonographe
donnée par Antoine Bréguet le 12 mai 1878 à
Bernay.
On doit à ce brillant
physicien la construction de la machine de Gramme, des travaux
sur le téléphone et l'invention, avec Clément
Ader, du Théâtrophone.
Antoine Bréguet fût le premier à annoncer
dès le 1° janvier 1878 qu'un appareil capable d'enregistrer
les sons de la voix humaine était sur le point de faire
son apparition en France.
L'article très intéressant, qu'il publia le
1° août
1878
dans la Revue des deux mondes (La transmission
de la parole / Le Phonographe, le microphone, l'aérophone)
parait correspondre à cette la conférence.
|
Brevet
122 452 déposé pr M.Brandon au nom de Cornelius
Roosevelt et Louis François clément Breguet le 5 février
1878. Cette coopération Breguet Roosevelt dura jusqu'à
la fin de 1878, date à laquelle Roosevelt racheta à
Breguet ses droits sur les brevets déposés en commun
au cours de l'année contre une somme de 5000 francs.
(consultez
le document INPI)
Donc
- Les grandes villes sont reliées par le télégraphe,
mais il reste à établir les communications entre les bourgs
et les villages
- Les installations téléphoniques nécessaires aux
particuliers servent avant tout pour des communications locales.
- Les postes et Télégraphes considèrent que ce
n'est pas à eux de créer des réseaux de communications
téléphoniques urbains et locaux. L'administration des
Télégraphes a déjà bien du mal à
faire face aux nombreux problèmes que suscite son rattachement
à celle des Postes.
La diversité des techniques qui apparaissent sur le marché,
depuis le télégraphe électrique au téléphone
en 1875, traduit lattitude de lÉtat de ne pas développer
les innovations lui-même et de laisser linitiative privée
sen charger. Le cas de figure du réseau téléphonique
est en ce sens exemplaire.
L'Exposition
universelle de Paris de 1878
Placée sous le signe de la réconciliation nationale
elle rassemble 16 millions de visiteurs. Lancien Palais du Trocadéro
est construit et six allégories des différents continents
bordent la terrasse surplombant le jardin détruit en 1935.
Les bronzes animaliers, dont le fameux rhinocéros, se trouvent
aujourdhui devant le musée dOrsay. Du côté
des inventions, on honore la machine à coudre de Benjamin Peugeot
et le praxinoscope dÉmile Reynaud. C'est dans
le domaine des techniques de communication que sont présentées
pour la première fois au public deux innovations appelées
à un grand avenir.
La CLASSE 65 présente principalement la télégtaphie
et les téléphones Bell, l, rue de la Bourse, Paris.
A l'occasion de l'exposition le public parisien découvre le
téléphone et le phonographe .
Dans L'Exposition Universelle de 1878 illustrée, Jules Brunfaut
les décrit : «Deux merveilleuses inventions ayant pour
but les transmissions du son et de la voix humaine: le téléphone
et le phonographe, marqueront notre siècle comme une des plus
grandes victoires de la science. . .»
1er mai 1878 : le Maréchal Mac Mahon, président
de la République inaugure l'Exposition universelle de
Paris
Se trouvant en rapport avec les membres
d'une commission officielle qui s'occupait d'organiser la section
d'électricité, pour l'Exposition universelle de 1878,
au palais du Champ de Mars, Don Pedro Empereur du Brésil,
fit connaître à cette commission le téléphone
magnétique du physicien de Boston.
L'impériale majesté eut beaucoup de peine à faire
admettre aux membres de ladite commission l'existence réelle
et les prodigieux effets du nouvel appareil ; mais il leur répéta
tant de fois et avec tant d'insistance les vers de Molière
:
Je l'ai vu, dis-je, vu. de mes propres yeux, vu, Ce qu'on appelle
vu ! qu'il finit par les convaincre.
Les électriciens de Paris se firent alors les admirateurs sincères
et les sympathiques propagateurs de l'invention américaine.
La Maison Breguet et Niaudet contre-attaquent
les faussaires en développant des versions modifiées/améliorées
du téléphone.
Ils furent présentés à l'Exposition universelle
qui s'ouvrit à Paris le 1er mai 1878.
En plus de décrire les changements dans la construction
de l'appareil conventionnel, les journaux rapportèrent un modèle
de poche de « montre » ou de « tabatière
», un type de boîte modifié. pour les longues lignes
et un arrangement assez simple pour appeler le poste correspondant
en chantant dans le téléphone.
modèle Bell
tabatière
|
Pour l'exposition universelle
de Paris en 1878, la presse écrivait :
Cet instrument, ayant fait son apparition récemment,
est appellé à une réelle utilité
pour communiquer la parole à une grande distance.
A dix kilomètres, on peut entendre exécuter
la musique. Son prix est tellement réduit que personne
ne peut s'en dispenser.
Les collèges, les usines, les grands ateliers
ainsi que les pensions, trouveront avantage à notre instrument
pour transmettre des ordres d'un point à un autre.
PRIX des Téléphones. En zinc, distance
10 mètres, 3 fr. en nickel, distance 10 mètres,
5 fr. Fil supplémentaire pour prolonger la communication,
10 centimes le mètre. Expédition franco, arec
guide d'installation contre mandats-poste.
Adresser les demandes à MM, M.-P. Benoni, 71, Faubourg
du Temple. à Paris.
On demande dés représentants et des dépositaires.
Bonne remise.
Dans "Le Patriote albigeois" du 27 juillet
1878 il était précisé ;
TÉLÉPHONE MONTEILLET
Cet instrument, dorigine américaine, navait
pas à sa première apparition, toutes les qualités
désirables; par tous les perfectionnements que jy
ai apportés, il atteint maintenant le but désiré
: la preuve, cest que mon téléphone permet,
à une distance de 60 kilomètres, de reconnaître
la voix de la personne qui parle et que lon perçoit
à cette même distance tous les sons dun morceau
de musique. Son utilité est incontestable pour transmettre
des ordres dun endroit à un autre, et son prix
est si réduit que toute personne voudra en faire lacquisition.
Le prix du Téléphone Monteillet perfectionné,
modèle déposé, garanti à 50 kilomètres
sur facture, est de 10 fr. lappareil, et Je fil double
conducteur à raison de 15 centimes le mètre.
Le Téléphone de poche qui transmet les sons à
une distance de 400 mètres est de : en zinc, la pièce
1 fr. 50 ; en nickel (riche), la pièce 3 fr., avec une
longueur de 40 mètres de fil conducteur pour chacun,
le fil pour prolonger la communication est tarifé au
prix de 1 fr. les 30 mètres.
Expédition franco avec notice contre mandat-poste, pas
de timbres.
Toutes les demandes doivent être adressées
à M. MONTEILLET, fabricant dappareils électriques,
430, Boulevard Richard-Lenoir.
Pour.la vente en gros une forte remise est offerte sur tousi
ces articles.
Le catalogue des cent mille articles est expédié
franco.
Bell s'était certainement
senti obligé de réagir aux appels de détresse
venant de France.
Son instrument était simple et facile à copier,
si bien qu'au moins un commerçant parisien avait réussi
à avoir des téléphones prêts à
être vendus à Noël 1877.
Il s'agissait de Guillaume Walcker, propriétaire
du Bazar du Voyage, un grand magasin place de
l'Opéra qui donc se procurait ses téléphones
chez Monteillet.
(Voir, par exemple, Le Figaro du 25 décembre 1877, Le
Temps du 30 décembre 1877 et Le Gaulois du 27 janvier
1878. L'annonce du Figaro a probablement été motivée
par la publicité du téléphone de Walcker
que le journal diffusait la veille)
|
 |
Roosevelt a immédiatement commencé
à annoncer dans la presse que la Maison Breguet avait été
choisie comme fabricant exclusif et à avertir les fabricants
sans licence qu'ils seraient poursuivis en justice. Mais en vain. Selon
une source, Walcker « fabriquait et vendait environ deux ou trois
mille » téléphones « au mépris des
brevets de Bell ». (George Lewis Gower, frère de Frederick,
pionnier du téléphone, dans une lettre au Chicago Daily
Tribune, 3 septembre 1879)
On constata que Bell n'ayant pas obtenu
l'exclusivité des ventes comme en Amérique, en Allemagne
... beaucoup d'électriciens de cette époque ont fabriqué
et commercialisé leur production. (pour le bonheur des collectionneurs)
En juin 1878, Frederick Allen Gower, ancien
assistant de Bell, arriva d'Angleterre, rejoignit Roosevelt et commença
également à travailler sur le téléphone,
sa première réalisation étant probablement une
nouvelle modification du modèle de la Box qu'il avait breveté
avec son nouveau partenaire en septembre.
Gower Brevet français 126
511, déposé le 12 septembre 1878, « Perfectionnements
dans le téléphone appelé la BOX»
Dans la lettre, Roosevelt faisait également appel à l'honneur
de Bell : "Les Edison et Gray avec Phelps ont combiné
leurs intérêts et ont fait beaucoup de bruit ici en exposant
à l'Exposition, devant la presse, etc. à en juger par
leur ton, on pourrait imaginer que Bell était un imposteur et
un tricheur".
Ce même été, à l'occasion de l'Exposition
universelle, Roosevelt et Gower s'inquiétaient beaucoup de l'intérêt
suscité à Paris par les travaux téléphoniques
de Thomas Alva Edison et d'autres inventeurs américains, comme
Elisha Gray et George May Phelps.
Le 7 septembre 1878 , après que Roosevelt eut tenté
en vain de voir Bell à Londres, ils lui écrivirent ensemble
une lettre lui demandant d'attendre « un coup écrasant
» : « une grande exposition » de ses téléphones
améliorés, qui aurait lieu entre Paris-Londres-Versailles.
Cependant, Bell n'y est pas allé. Son humeur de cette époque
se reflète clairement dans une lettre qu'il a envoyée
à sa femme le 9 septembre depuis Greenock, en Écosse,
où pendant une courte période il a repris avec plaisir
l'enseignement de la parole aux sourds :
"Une chose, je suis tout à fait déterminé,
c'est de ne plus perdre de temps ni d'argent au téléphone.
Si je dois donner encore plus de mon temps, ce doit être pour
l'objet qui me tient le plus à cur. Si c'est absolument
Il est nécessaire pour les intérêts de M. Roosevelt
que j'aille à Paris, il doit payer mes frais de Greenock à
Paris et retour et me rémunérer pour mon temps
sinon je ne songerai pas à bouger. Je suis allé
deux fois à Paris pour M. Roosevelt à. des dépenses
et des désagréments considérables pour moi et ma
présence n'était pas absolument nécessaire, bien
qu'il me l'ait laissé croire, je n'ai pas l'intention d'y aller
une troisième fois, j'en ai assez du téléphone
et j'en ai fini avec ça sauf pour jouer. chose pour amuser
mes moments de loisirs"
Si lon considère que lorsque Bell effectua son premier
voyage à Paris en novembre 1877, Roosevelt nétait
pas encore entré en scène, ses propos suggèrent
quil revint dans la ville dans lintérêt du
concessionnaire après son premier entretien avec lui en janvier
1878. Aucune correspondance familiale ni article de presse faisant référence
à ce troisième voyage n'ont été retrouvés,
mais un quatrième est bien documenté. Cette fois, la priorité
de Bell dans linvention du téléphone était
en jeu, comme Hubbard lavait exprimé sans ambages dans
une lettre du 26 septembre, faisant référence à
lExposition universelle.
" Les journaux de ce pays ont été remplis d'annonces
et d'annonces indiquant que des médailles d'or ont été
décernées à M. Gray et à M. Edison et aucune
à vous. Cette annonce nous fait un grand préjudice, et
nous pensons qu'elle a été obtenue grâce à
des représentations frauduleuses, et que l'attribution finale
ne sera décernée que le 21 octobre. Le président
du jury estime que l'invention est si merveilleuse qu'elle n'a pu être
réalisée que par un scientifique et un électricien.
Les agents de Gray ont prétendu que Gray était un scientifique
et un électricien, alors que vous ne l'étiez pas ;
et que vous lui avez volé l'invention. Maintenant, nous voulons
que vous vous rendiez immédiatement [à] Paris à
nos frais, que vous emmeniez les lettres de Gray avec vous, que vous
voyiez le président et le jury et que vous fassiez votre propre
explication. Cela suffira, n'importe qui lors d'une petite conversation
verra que vous en savez assez pour avoir inventé le téléphone
et que vous êtes à la fois scientifique et électricien.
J'ai également envoyé par la poste le livre de Prescott
du téléphone qui contient la mise en garde de Gray, montrant
à quel point il en savait peu, et une copie de votre brevet pour
montrer qu'il était disponible deux semaines avant son dépôt28.
Votre intérêt pécuniaire dans cette affaire est
trop grand pour être négligé, et votre honneur est
également quelque peu en jeu.".
Les informations de Hubbard nétaient pas tout à
fait exactes. Ce que le jury a réellement fait n'a pas été
de priver Bell d'un prix mais de le mettre au même niveau que
ses rivaux Gray et Edison en décernant à chacun d'eux
la plus haute distinction, une « grande médaille »,
pour leur travail téléphonique, qui chez Edison Le cas
de Reconnaissait également son invention du phonographe. Edison
fut d'ailleurs fait Chevalier de la Légion d'Honneur. Bell semble
avoir pris la décision de manière plutôt sportive.
Le 20 octobre, il se trouve de nouveau à l'Hôtel
Wagram, prêt à assister le lendemain à la cérémonie
officielle de remise des prix, après quoi il partira immédiatement
pour Londres puis pour Oxford, où le philologue Max Müller
l'a invité à donner une série de conférences
sur discours, son dernier engagement scientifique avant de partir pour
l'Amérique.
(Bell a dû donner une idée de ses intentions, car dans
une courte lettre datée du 9 octobre, Roosevelt lui a dit poliment
que le jour qu'il fixerait lui conviendrait, et il a ajouté avec
un certain ressentiment : « Mais je dois vous dire que votre
visite, à part le plaisir de vous voir ne nous sera plus d'une
grande valeur maintenant, car le temps est passé et il est trop
tard. Que Gray et Edison aient porté atteinte à votre
réputation, cela ne fait aucun doute, comme je vous lai
écrit à plusieurs reprises, et même si vous parvenez
à « démolir efficacement leurs affirmations »,
le temps est passé.)
Le seul document retrouvé de ce voyage à Paris est une
lettre datée du 20 octobre écrite à Mabel par Adam
Scott, l'un des compagnons de voyage de Bell, et continuée sur
la même feuille de papier par Bell lui-même. Après
avoir fait un reportage en plaisantant sur un dîner chez Roosevelt
la veille au soir, Scott continue avec une nouvelle importante :
"Ce matin (dimanche) Alec a été présenté
au comte du Moncel et l'a complètement converti à ses
vues". Ceci est particulièrement important parce que du
Moncel est une grande autorité ici et s'est laissé induire
en erreur par le parti Gray et Edison. » Il est vexé d'avoir
ainsi fait une injustice à Alec, et arrangera les choses. "
La deuxième édition de son Livre sur le téléphone
serait publiée cette semaine, et Alec était arrivé
juste à temps pour arrêter les épreuves " Du
Moncel corrigera les vues données dans le livre, et j'irais plus
loin sans la prudence de garder les preuves réelles sous silence
"
Il a donné à Alec un exemplaire de la première
édition et Alec est en train de la lire, pour prendre connaissance
de son contenu, car les épreuves de la deuxième édition
doivent lui être envoyées ce soir..."
Bell, écrivant après Scott, confirme la bonne nouvelle
et ajoute :
" Mon arrivée ici est des plus heureuses en ce moment.
La Western Union publiera probablement des extraits de l'ouvrage de
Du Moncel " mais quel triomphe ce sera pour ton père de
pouvoir descendre sur la Western Union avec la deuxième édition
!! "
Une lecture comparée des deux premières éditions
de Le téléphone, le microphone et le phonographe de Du
Moncel montre bien le dénouement de cet épisode, en effet
très favorable à la prétention de Bell.
Des changements majeurs apparaissent à deux endroits dans
la deuxième édition : les paragraphes traitant de la question
de priorité entre Gray et Bell dans le point « Un coup
d'oeil historique » qui ouvre l'ouvrage (pp. 7-9, correspondant
à 8- 10 dans la première édition), et tout le point
« Part de M. Elisha Gray dans l'invention du téléphone
» (pp. 57-61, correspondant aux 56-60 de la première édition.Septembre
1878 Letter from Cornelius Roosevelt & Frederic Gower to Alexander
Graham Bell
Octobre
1878 Lettre de Cornelius Roosevelt à Alexander Graham Bell,
9 octobre
Bell de son
côté se montre visionnaire, voici le texte d'une conférence
faite en Angleterre fin 1878 :
| La nature simple et économique
du téléphone rend possible la mise en relation
de chaque domicile, bureau ou usine avec un bureau central,
de façon à lui donner le bénéfice
de communications directes avec ses voisins pour un prix n'excédant
pas celui du gaz ou de l'eau on peut concevoir que les câbles
des fils téléphoniques pourront être posés,
souterrainement ou suspendus en l'air, communiquant par des fils
de branchement avec des domiciles privés, maisons de campagne,
magasins, usines, les réunissant ainsi par des fils principaux
au bureau central où les fils pourront être connectés
suivant la demande, établissant ainsi des liaisons directes
entre deux lieux quelconques de la ville je crois même que,
dans l'avenir, les fils réuniront les bureaux centraux
d'une ville à l'autre, et qu'un homme pourra converser
d'un bout du pays à l'autre ". |
Après lexposition universelle
de 1878 Cornélius Roosevelt et Frederic Allen Gower,
décident de travailler ensemble.
Automne 1878 les deux Américains venus en France pour
développer les intérêts de Bell, deviennent associés
dans le but d'accélérer la mise en place de réseaux
téléphoniques.
Arrivé vers octobre ou novembre 1878, Gower s'installe d'abord
chez Roosvelt. ils se mirent à la tâche, déposant
4 brevets en quelques mois pour tous les accessoires utiles à
une utilisation commerciale : sonnerie, câbles ...
Gower s'occupa de racheter et développer des ateliers de construction
pour la production d'appareils téléphoniques.
Le 31 octobre 1878, Bell a navigué de Liverpool à Québec,
pour ensuite faire face à une longue période de litige
en matière de brevets aux États-Unis. Gower, qui a déclaré
plus tard dans une interview qu'en France, le brevet de Bell «
était malheureusement trop tard pour avoir une valeur juridique
». », continua à travailler sur l'invention de son
ami, publia les résultats et déposa de nouveaux brevets
auprès de Roosevelt, le dernier le 18 juin 1879. Le 6, le gouvernement
français avait lancé un appel à propositions pour
établir des réseaux téléphoniques de service
public. Les démonstrations faites par Alexander Bell en
Angleterre et les développements commerciaux qui en ont résulté
ont montré que le téléphone, bien qu'encore un
produit immature essayant de trouver son application, avait un grand
potentiel commercial. Pour Bell et ses associés, il était
clair qu'après avoir obtenu les brevets américains, leur
invention devait également être protégée
en Europe.
Le premier pays à déposer une demande de brevet fut la
Grande-Bretagne, un choix évident pour de nombreux inventeurs
américains de lépoque. Pour Bell, c'était
très intéressant, car les droits étrangers n'étaient
pas inclus dans l'accord d'association et pouvaient constituer pour
lui une source de revenus supplémentaires. Pour obtenir son brevet
britannique, affaire compliquée et comportant toujours le risque
d'une publication préalable, il passe un accord avec les frères
canadiens Brown. Cependant, cet effort a échoué et cest
par une voie différente que Bell a obtenu le brevet britannique
4 765 en 1876. Ce brevet ne contrôlait cependant que le récepteur
téléphonique, alors que le brevet britannique dEdison
contrôlerait lémetteur.
Bientôt, Bell s'est organisée pour obtenir des droits de
brevet dans d'autres pays européens. Là encore, il a rencontré
les mêmes problèmes. Obtenir un brevet en Europe était
compliqué car chaque pays avait sa propre loi sur les brevets.
En novembre 1877, il écrivit à Hubbard : J'ai déposé
des brevets en Italie, en Norvège, en Suède et au Danemark,
mais aucun brevet n'est accordé aux Pays-Bas ou en Suisse et
si je ne vends pas rapidement ici, l'Europe sera inondée de téléphones
bon marché en provenance de Hollande et de Suisse. .
Les brevets scandinaves ont été obtenus grâce au
fait quun ingénieur civil norvégien nommé
Jens Hopstock a, de sa propre initiative, déposé des brevets
scandinaves au nom de Bell. Le reconnaissant Bell lui a donné
une licence de deux ans . Cependant, le brevet allemand avait été
perdu parce que Bell était arrivé trop tard selon les
règles de la loi allemande sur les brevets.
Et en effet, la société allemande Siemens & Halske,
déjà un fabricant électrique dominant actif dans
le domaine de la télégraphie entre autres moteurs
électriques et dynamos , a rapidement produit des téléphones
bon marché. Obtenir un brevet aux Pays-Bas était impossible
car le droit des brevets y avait été suspendu en 1869.
Et en France, la demande de brevet était menacée
parce que la téléphonie menaçait le système
télégraphique gouvernemental.
Faire des affaires dans tous ces différents pays s'est avéré
encore plus difficile. Les gouvernements ont agi différemment
et les partenaires commerciaux locaux potentiels nont pas toujours
été choisis judicieusement. Et Edison était un
adversaire sérieux en Grande-Bretagne en raison de sa position
en matière de brevets, et non en raison du succès de son
entreprise. P uis, après pas mal de difficultés, Edison
et Bell unissent leurs forces et créent la « United
Telephone Company Ltd. » (brevet de Bell et Edison) le 13
mai 1880.
Dans l'ensemble, le voyage en Europe aurait pu sensibiliser le public
au nouveau phénomène de la téléphonie, mais
d'un point de vue commercial, il n'a pas été très
réussi. Pour Alexander Bell personnellement, faire des affaires
ne faisait pas partie de ses meilleures capacités, comme il le
reconnut quelques années plus tard lorsqu'il écrivait
: Je ne suis pas un homme d'affaires et je dois admettre que les relations
financières me déplaisent et ne correspondent pas du tout
à mon métier.
Cependant, dautres ont désormais compris le potentiel commercial
du télégraphe parlant. Pas seulement en Angleterre, mais
dans toute l'Europe du Nord.
Si quelques effets du microphone ont été découverts
à différentes époques avant M. Hughes, on n'y avait
prêté qu'une médiocre attention, puisque la plupart
n'ont même pas été publiés.
Après les travaux de Hughes, c'est
un autre américain Thomas
Edison, fin 1877 qui va apporter les premières évolutions
nécessaires au téléphone de Bell : le microphone
à charbon et la bobine d'induction
 |
En 1877, Thomas
Edison (1847-1931) a été invité par
la Western Union Telegraph Company à développer
et améliorer les méthodes de transmission
de la parole.
En 1878 L'émetteur à poudre de carbone est
l'un des développements qui en résulte, il
est très similaire aux microphones conçus
par David Edward Hughes (1831-1901) qui reste l'inventeur
du microphone à charbon.
Son premier brevet de micro à charbon est déposé
en avril 1877 aux USA. |
Edison avait compris que
le téléphone devait communiquer à grande
distance, ce que ne faisait pas le système Bell, alors
il employa l'énergie de "la pile" et conçu
un transmetteur (microphone) à variation de résistance.
30 juillet 1877 Edison
dépose un deuxième brevet qui montre l'utilisation
de la bobine d'induction pour amplifier le courant microphonique.
Avec les téléphones à pile, le problème est plus complexe,
à cause de l'emploi d'une pile qui doit être commune à deux systèmes
d'appareils, et de la bobine d'induction qui doit être intercalée
dans deux circuits distincts.
Dans ce dispositif, la planchette d'acajou porte au milieu une
petite étagère C pour y poser les deux téléphones par leur partie
plate. La sonnerie S est mise en action par un parleur électromagnétique
P qui peut servir, par l'adjonction d'une clef Morse M au système,
à l'échange d'une correspondance en langage Morse, si les téléphones
faisaient défaut, ou pour l'organisation de ces téléphones eux-mêmes.
Au-dessous de ce parleur, est disposé un commutateur à bouchon
D pour mettre la ligne en transmission ou en réception, avec ou
sans sonnerie, et enfin au-dessous de la planchette étagère C,
est disposée, dans une petite boîte fermée E, la bobine d'induction
destinée à amplifier les courants voltaïques. Quand le commutateur
est placé sur réception, la ligne correspond directement soit
au parleur, soit au téléphone récepteur, suivant le trou dans
lequel le bouchon est introduit; quand, au contraire, il est placé
sur transmission, la ligne correspond au circuit secondaire de
la bobine d'induction. Dans ces conditions, la manœuvre ne peut
plus être automatique; mais comme ce genre de téléphone ne peut
être appliqué avec avantage que pour la télégraphie et que ce
sont alors des personnes habituées aux appareils électriques qui
en font usage, cette complication ne peut présenter d'inconvénients.
19 décembre 1877 Edison
dépose un brevet à Paris no 121 687 pour
"des perfectionnements dans les instruments pour contrôler
par le son, la transmission des courants électriques et
de la reproduction des sons correspondants au lointain"
30 juillet 1877 Edisson dépose un brevet de
microphone.
Il se compose d'un bouton de poudre de carbone molle comprimée,
de la taille d'une pièce de dix pence, placée entre
deux disques de laiton, contre l'un desquels appuie un diaphragme
de fer.
La parole dans l'embouchure fait vibrer le diaphragme et produit
des variations de la résistance.
(photos de l'original).
|
  |
Edison ayant revendiqué
la priorité de la découverte du Microphone, sir
William Thomson;
un des plus grands physiciens d'Angleterre, membre de la Société
royale de Londres, trancha le différend par une lettre dont nous
extrayons les passages suivants :
« Au plaisir que le public a éprouvé en prenant
connaissance de ces magnifiques découvertes qui, sous le nom
de téléphone, de microphone et de phonographe, ont tant
étonné le monde savant, est venu se mêler dernièrement,
très inutilement, j'ai besoin de le dire, un des incidents les
plus regrettables qui puissent se produire. Il s'agit d'une réclamation
de priorité accompagnée d'accusation de mauvaise foi,
qui a été lancée par M. Edison contre une personne
dont le nom et la réputation sont depuis longtemps respectés
dans l'opinion publique.
« Avant de faire intervenir le public dans une semblable affaire,
M. Edison aurait dû, évidemment, établir sa réclamation
en montrant avec calme la grande similitude qui pouvait exister entre
son téléphone à charbon et le microphone de M.
Hughes qui l'avait suivi. Mais par son attaque violente contre M. Hughes,
par son accusation de piraterie, de plagiat, d'abus de confiance, il
a ôté tout crédit à sa réclamation
aux yeux des personnes compétentes. Rien d'ailleurs n'est moins
fondé que ces accusations. Les magnifiques résultats présentés
par M. Hughes, avec son microphone, ont été décrits
par lui même sous une .forme telle qu'il est impossible de mettre
en doute qu'il n'ait travaillé sur son propre fonds et en dehors
de toutes les recherches de M. Edison qu'il n'avait pas le plus petit
intérêt à s'approprier.
« Il est vrai que le principe physique appliqué par M.
Edison dans son téléphone à charbon, et par M.
Hughes dans son microphone, est le même, mais il est également
le même que celui employé par M. Clérac dans son
cylindre à charbon, qu'il avait donné à M. Hughes
et à d'autres, en 1866, pour des usages pratiques importants,
appareil qui, du reste, dérive entièrement de ce fait
signalé, il y a longtemps, par M. Du Moncel, que l'augmentation
de pression entre deux conducteurs en contact produit une diminution
dans leur résistance électrique.
Ce principe du microphone et de la bobine d'induction va se généraliser
et contribera au développement du téléphone dans
le monde entier.
Schéma de la batterie locale et bobine d'induction pour amplifier
le courant microphonique

A termes tous les téléphones du monde entier seront équipés
de la bobine d'induction et du micro à charbon .
En dehors de Edison et Navez,
nous avons découvert dans la rubrique Le
microphone de Hughes les revendications et les polémiques
que cela engendre , les autres plus importantes réclamations
sont celles de Berliner, Donough,
Dutertre, Wcntwork-Lacelles-Scott, Weyher,
"Microphone" et " transmetteur téléphonique"
La question des téléphones semble maintenant s'être
éclaircie dans ce sens que tout téléphone d'avenir
doit être muni d'un transmetteur spécial.
C'est la question du transmetteur qui est la principale et celle du
téléphone, c'est-à-dire du récepteur, est
devenue secondaire. L'on peut employer presque indifféremment
l'un quelconque des divers systèmes de téléphone,
sous condition d'avoir un bon transmetteur. Telles sont les raisons
qui ont, dans ces derniers temps, amené les inventeurs à
se préoccuper, pour ainsi dire, exclusivement de perfectionner
le transmetteur.
Les formes les plus diverses furent données par la suite, aux
microphones à charbon. On peut citer les microphones de: Crossley
(1878), Gower (1878), Ader (1899), Baillehach'e (1880), Locht-Labyc
(1880), Paterson, Boudet, Maiche,
dArsonval (1880), dArgy (1882),Berliner
(1887), White (1897), dont le système est connu sous le nom de
solid-back.
Les premiers dispositifs de M.
Dutertre se rapprochent du microphone de Hughes, et les
expériences auxquelles ils ont donné lieu sont rapportées
dans les journaux de Rouen de février 1878 ; mais à
cette date, M. Hughes avait déjà fait voir les siennes,
et d'ailleurs, jusqu'aux communications de ce dernier savant à
la Société Royale de Londres, on n'avait prêté
aucune attention aux travaux entrepris dans cet ordre d'idées.
| 10 avril 1876 Le
transmetteur de M.Donough présente une disposition
qui, dans une certaine mesure, se rapproche de celle du
microphone, bien qu'à vrai dire la principale condition
pour l'amplification du son ne s'y rencontre pas. Il est
constitué en effet par deux plaques métalliques
à surface rugueuse C C adaptées sur un diaphragme,
et sur ces plaques appuient les deux extrémités
relevées d'une sorte d'arc métallique D' en
argent allemand guidé par un pivot vertical D T fixé
sur le diaphragme. Les surfaces de contact de cet arc sont
aussi rugueuses. Bien que le rôle de ces surfaces
rugueuses ne soit pas indiqué dans le brevet, il
est présumable que c'était pour rendre le
contact moins parfait et plus susceptible de fournir des
variations dans sa résistance, sous l'influence des
trépidations causées par les vibrations du
diaphragme |
 |
16 octobre 1877 Le microphone
Berliner n'est à proprement parler qu'un transmetteur
téléphonique du genre de celui de Pollard
dont la lame vibrante est constituée par une lame de charbon
sur laquelle viennent appuyer, du côté opposé
à l'embouchure, une ou deux vis métalliques en rapport
avec le circuit téléphonique, et qui constituent
les pièces fixes du contact. On mentionne dans le brevet
que ces pièces peuvent être constituées avec
du charbon; de sorte que l'on pourrait admettre que ce serait
M. Berliner qui aurait le premier combiné les transmetteurs
à charbon.
Les brevets de M. Donough et de M. Berliner, sont
plutôt des parleurs microphoniques que des microphones
basés sur les variations de résistance du circuit
téléphonique, suivant l'amplitude des vibrations
d'un diaphragme, |
|
Des microphones à poudre de
Lippens, Hughes et Trouvé
que l'on pouvait déjà trouver dans les catalogues :

Le brevet de microphone Anglais d'Edison, qui est le plus ancien date,
en effet, du 30 juillet 1877, et son brevet Américain du 15 décembre
1877.
Mais ce qui est surtout curieux dans le brevet de Berliner,
c'est qu'il indique aussi l'emploi des bobines d'induction pour
augmenter l'intensité des sons téléphoniques et
qu'il montre que le récepteur peut n'être autre qu'un appareil
exactement semblable au transmetteur.
Nous ferons toutefois remarquer que cet appareil, comme le précédent,
était un transmetteur microphonique et non un microphone, du
moins dans le sens que M. Huges avait donné à ce mot dans
l'origine. En plus du microphone à charbon , il y eut
le microphone à condensateur de Varley, de Pollard
de Herz qui n'ont pas étés
exploités, le microphone à charbon étant bien plus
simple et performant.Dès lapparition du téléphone,
Siemens sintéresse à cette nouvelle technique, il
a alors plus de 63 ans ! Il dépose un premier brevet à
Paris dès le mois de janvier 1878 pour un appareil utilisant
la même technique que celui de Bell.
En 1878 Bourseul dans son Lot natal,
travaille aussi sur le microphone à charbon :
|
1878 : RAPPORT
SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES,
...
Je ne veux pas sortir du domaine de la science sans vous rappeler
les belles expériences faites au sein de de notre Société
par M. Bourseui, directeur des postes et télégraphes
du Lot. M. Bourseul nous a d'abord montré, dans une première
séance, les applications du téléphone et
du microphone ; mais de nouvelles recherches lui ayant permis
d'inventer cet autre appareil, auquel il a donné le nom
d'électrophone, il s'empressa, dans une séance
ultérieure, d'expérimenter devant vous sa découverte
; vous avez pu constater combien, au moyen du nouvel appareil,
les paroles prononcées étaient exactement reproduites
par le fil conducteur, intermédiaire fidèle des
nombreux admirateurs de M. Bourseul, réunis les uns dans
notre salle des séances, les autres au Château
d'eau.
L'ingénieux inventeur de l'électrophone se propose,
nous assure-t-on, d'apporter de nouveaux perfectionnements à
son appareil. Nous espérons que ses efforts mettront
enfin en lumière les mérites de M. Bourseul et
que nous finirons par nous apercevoir que les inventeurs américains
n'ont pas seuls l'initiative de ces découvertes qui,
depuis quelques années, occupent à si juste titre
le monde savant. ...
Séance du 2 décembre
1878 : OBJET DE LA SÉANCE :
Expérience de l'électrophone, nouvel
appareil inventé par M. Bourseul, Directeur des
Postes et Télégraphes à Cahors.
L'assistance est divisée en deux groupes : l'un est placé
à la Mairie, dans la salle des séances de la Société;
l'autre s'est rendu au Château d'eau distant de la Mairie
d'environ 1 kilomètre.
Les deux stations sont reliées par le fil télégraphique
de secours en cas d'incendie. Ce fil est transformé pour
la circonstance en fil électrophonique.
Avant l'ouverture de la séance plusieurs assistants engagent
spontanément entre les deux stations des conversations
suivies.
M. le Président profite d'un instant de suspension pour
déclarer la séance ouverte. Il ajoute que les
assistants n'étant pas tous présents dans la salle,
la lecture du procès-verbal de la séance précédente
et les communications de M. le secrétaire général
sont remises à la prochaine réunion.
M. Bourseul, au Château d'eau, et M. Pelet, à la
Mairie, expliquent le jeu des appareils;
Un courant électrique de quelques couples passe dans
le fil unique qui relie la Mairie au Château d'eau. La
terre complète le circuit.
A chaque station sont deux appareils à travers lesquels
passe le courant : un appareil expéditeur devant lequel
on parle, et un appareil récepteur que
l'on tient constamment à l'oreille.
L'appareil récepteur est encore le téléphone
de M. Bell qui dans la séance de juillet, porté
successivement de la bouche à l'oreille, tenait lieu
des deux appareils. Cette disposition avait l'inconvénient
de ne rien transmettre chaque fois que l'un des deux interlocuteurs
changeait trop tôt ou trop tard son instrument de position.
La présence de deux appareils à chaque station
fait disparaître cet inconvénient. La personne
qui a la réplique plus prompte peut interrompre
l'autre aussi facilement que dans un tête à tête.
Le téléphone de M. Bell est aussi trop sensible
aux bruits étrangers, sa suppression partielle remédie
en partie à cet autre inconvénient.
L'appareil expéditeur est la partie nouvelle de la découverte
de M. Bourseul. Cet appareil exécuté par M. Sarcos
se compose d'une boîte verticale
en bois de placage. Cette boîte a environ dix centimètres
de hauteur, dix centimètres de largeur et un centimètre
d'épaisseur. Elle est fixée sur
un socle en bois que l'on place sur un coussinet destiné
à intercepter les vibrations sonores étrangères.
La boîte est remplie de poudre de coke très fine.
Ses deux faces principales, au-devant de l'une desquelles on
parle, sont percées d'un trou d'environ un centimètre
carré. Chacun de ces trous est fermé par un morceau
de charbon.
Les deux charbons pénètrent dans la boîte
jusqu'à la distance de quelques millimètres l'un
de l'autre ; l'intervalle qui les sépare est occupé
par la poudre de charbon ; extérieurement, ils communiquent
avec deux boutons à vis de pression fixés sur
le socle par lesquels ils sont maintenus en contact avec les
électrodes.
La voix fait vibrer les parois et le contenu de la boîte,
d'où résultent des variations qui modifient le
courant jusqu'à l'appareil récepteur. Là
elles produisent des vibrations qui reproduisent les sons articulés
et même le timbre de la voix assez fidèlement pour
qu'on reconnaisse quelle est la personne qui a parlé.
L'interposition de la poudre de charbon entre les deux conducteurs
est un perfectionnement très important. Sans cette poudre,
il n'est pas impossible, il est vrai, de régler la distance
et la mobilité des conducteurs de manière que
le courant soit affecté convenablement par les vibrations
sonores ; mais ce réglage qui dépend de l'intensité
des sons à transmettre, de la distance de la station
et de plusieurs autres causes accidentelles est très
difficile à obtenir et à conserver. L'électrophone
de M. Bourseul n'a point besoin d'être réglé.
M. Bourseul travaille à d'autres perfectionnements. Le
fil électrophonique de l'expérience longe sur
une partie de son parcours les fils du télégraphe.
Aussi jusqu'à neuf heures du soir des courants induits
accidentels s'y développent au point que le bruit des
appareils télégraphiques est transmis en même
temps que la voix, ce qui occasionne, par moments, quelque trouble
dans l'auditoire et nécessite des répétitions.
Mais après la fermeture des bureaux télégraphiques,
les conversations les plus animées s'établissent
entre les deux stations avec autant de facilité et d'entrain
que si l'on eût été dans une salle unique.
L'heure à laquelle se terminent d'ordinaire les séances
de la Société étant arrivée, M.
Arnault, président, transmet à M. Bourseul, au
Château d'eau,
les félicitations et les remerciements de la réunion
de la Mairie, et, après un échange d'adieux entre
les deux stations, chacun se retire.
Ce travail se concrétisera
en 1879, Bourseul imagine
un microphone à grenaille : "deux charbons de cornue
cylindriques sont enfoncés dans un manchon de caoutchouc
très souple.
Le manchon serre les deux charbons qui s'y trouvent placés
à 1/2 mm l'un de l'autre. Il se forme ainsi un petit
espace clos que je remplis de poudre de coke"
Bourseul après plus de 200 essais n'est toujours pas
satisfait, c'est A.C. d'Argy
qui en 1882 réussi à le faire fonctionner puis
c'est CC. Mildé en 1884 qui le rendra plus fiable.
Micro
d'Argy
|
Parallèlement en 1878, Breguet continu ses travaux, que
l'on peut lire dans un Comptes rendus hebdomadaires des séances
de lAcadémie des sciences, ou il publia :
| PHYSIQUE APPLIQUÉE. Sur
quelques modifications nouvelles apportées au téléphone.
« J'ai l'honneur de présenter
à l'Académie les intéressants résultats
que j'ai obtenus d'après les indications de MM. Garnier
et Pollard, ingénieur des constructions navales
à Cherbourg.»
Ayant entendu parler des travaux de M.Edison relatifs à
la téléphonie voltaïque, M.Pollard a cherché
à réaliser les expériences de ce savant,
en employant, comme lui, de la plombagine pour constituer un
conducteur à résistance variable.
Une petite plaque de fer-blanc, tout à fait analogue
à celle du téléphone de Bell, est mise
en contact avec l'extrémité d'un crayon ordinaire
à la mine de plomb, cette extrémité exerçant
une légère pression sur la partie centrale de
la plaque. Le crayon, d'une part, et la plaque, de l'autre,
sont reliés par des fils de lignes ordinaires aux deux
extrémités du fil de la bobine d'un téléphone
de Bell, et la tige aimantée du téléphone
est remplacée ici par une tige de fer doux. Une pile
de dix éléments Leclanché est interposée
dans le circuit.
Lorsque, en parlant, on met en vibration la plaque de l'appareil
transmetteur, l'extrémité du crayon de plombagine
subit une série de modifications dans son contact avec
la plaque, sans que ce contact soit jamais rompu. Ces modifications
se traduisent par des variations dans la résistance du
circuit, au point de contact même, et par conséquent
par des variations dans l'intensité du courant permanent
de la pile.
On conçoit dès lors que ce courant, dont l'intensité
ne varie que d'après les mouvements élémentaires
de la plaque vibrante, produise, dans l'électro-aimant
du téléphone récepteur, des alternatives
d'attraction et de non-attraction. Celles-ci agissent absolument
à la- manière ordinaire de l'appareil de Bell,
et permettent par conséquent d'entendre la voix d'une
personne parlant au loin dans le transmetteur.
Outre que l'expérience est intéressante par elle-même,
nous croyons que ces expérimentateurs s'engagent dans
une voie qui pourra les mener à un accroissement de l'intensité
de la voix perçue dans les téléphones ordinaires.
»
Autre Note :
Pendant que MM Garnier et Pollard répétaient en
France les expériences de M. Edison; M.Salet, du laboratoire
de M.Wurtz, était arrivé dans la même voie,
à des résultats qui intéresseront peut
être l'Académie.
Il avait déjà, en inversant l'application du principe
de M.Edison, constitué un téléphone fondé
sur les variations de conductibilité au contact entre
un morceau de graphite et une ou plusieurs pointes mousses métalliques.
Ses expériences avaient aussi porté sur différents
corps médiocrement conducteurs, entre autre le charbon
de cornue.
A l'aide de cette dernière substance, M.Salet, en la
faisant communiquer par un large contact avec la membrane vibrante,
a obtenu de notables variations d'intensité dans le courant
d'une pile, variations plus considérables qu'avec les
graphites.
Il est donc permis d'espérer que c'est encore là
un résultat qui doit amener à la réalisation
d'un téléphone à plus grande intensité.
|
Poste
Trouvé après 1878 Les
prix d'époque.
1878 à 1880 Les trois premières années de
l'arrivée du téléphone en France, font l'objet
de dépôt de nombreux brevets.
|
De 1878 à 1880
les trois premières années de l'arrivée
du téléphone en France, voici la liste des documents
accessibles numérisés.
- 1878
Pour chaque ligne est noté : Numéro,
Brevet (cliquez sur le lien), Durée du brevet, Nom
du déposant (et lien), et Titre du brevet.
121965
B. de 15 ans, 7 janvier; WALCKER
Wilhelm; système avertisseur applicable aux communications
téléphoniques, domestiques et autres.
122046.
B. de 15 ans, 10 janvier; Pelletier
aîné, Amavet frères et comp. (Société).
Système de téléphone à
commutateur adhérent.
122074.
B. de 15 ans, 12 janvier; Tighe.
Perfectionnements dans la production de lélectricité
magnétique, et son application aux téléphones
ou télégraphes parlants.
122125.
B. de 15 ans, 16 janvier; Siemens
et Halske. Perfectionnements dans la téléphonie
électrique et dans les appareils téléphoniques.
122212.
B. de 15 ans, 22 janvier ; Arger
et companie. (Société). Système
perfectionné de téléphone.
122322.
B. de 15 ans, 29 janvier; Biloret
et Mora. Perfectionnements apportés à
la téléphonie électrique.
122416.
B. (brevet anglais devant expirer le 27 novembre 1891) pris
le 2 février, par
De Bejar OLawlor. Perfectionnements dans
les appareils pour la transmission électrique des communinications
téléphoniques
122452.
B. de 15 ans, 5 février ; Roosevelt
et Bréguet. Perfectionnements aux téléphones
122580.
B. de 15 ans, 12 février; Bell.
Perfectionnements dans les appareils téléphoniques.
122709.
B. de 15 ans, 15 février ; Fichét
et société Arger et comp. Perfectionnements
dans létablissement des lignes téléphoniques
et dans la construction des téléphones
122717.
B. de 15ans, 19 février; Bablon.
Perfectionnements à la téléphonie
ou transmission des sons à distance par lélectricité.
122898.
B. de 15 ans, 28 février ; Secretan.
Avertisseur électrophonique.
122927.
B. de 15 ans, 1 er mars ; Richmond.
Perfectionnements dans les téléphones
ou instruments pour transmettre et recevoir des sons articulés,
transportés télégraphiquement, dits :
télégraphes parlants.
122955.
B. de 15 ans, 2 mars ; Breguet.
Téléphone capillaire.
123108.
B. de 15 ans, 9 mars ; Trouvé.
Système de téléphone transmetteur.
123277.
B. de 15 ans, 18 mars ; Trouvé.
Perfectionnements dans les téléphones.
123441
B. de 15 ans, 1 avril ; GOUAULT
Alexandre DUTERTRE Georges; commutateur automatique avertisseur
pour téléphone ;
124406.
B. de 15 ans, 10 mai; Gray.
Perfectionnements dans les téléphones
et leurs appareils accessoires.
124600.
B. (brevet anglais devant expirer le 2 mai 1892) pris le 20
mai, par Bailey.
Perfectionnements dans les téléphones
parlants et leurs accessoires.
124763
B. de 15 ans, 21 mai
; PARIS
LANGE; disposition des signaux destinés aux téléphones
125018
B. de 15 ans, 11 juin;
SAINT-GEORGE Arthur-French - perfectionnements apportés
dans les appareils servant à produire les courants
induits d'électricité, et à transmettre
des signaux aux téléphones
125565.
B. de 15 ans, 11 juillet ; Rodde.
Perfectionnements dans les téléphones.
119626.
B. de 15 ans, 25 juillet; Bell.
Perfectionnements dans la téléphonie
électrique ou la transmission des sons comme dépêches
télégraphiques, ainsi que dans les appareils
téléphoniques
126074.
B. de 15 ans, 12 août ; Righi.
Perfectionnements aux téléphones.
126389.
B. de 15 ans, septembre; Roger
Edouard. Système de téléphone
à sons amplifiés, dit: téléphone-trompette.
126511.
B. de 15 ans, 12 septembre; Roosevelt
et Gower. ¦ Perfectionnements dans le téléphone
à boîte.
126686.
B. de 15 ans, 25 septembre ; Mandroux
et Bailey. Avertisseur électrique applicable
aux transmissions téléphoniques et autres.
126697.
B. de 15 ans, 26 septembre ; Gower
et Roosevelt. Téléphone à
signal pneumatique.
127071.
B. de 15 ans, 22 octobre; Janssens,
représenté par Desnos. Perfectionnements
aux microphones.
127383.
B. de 15 ans, 12 novembre ; Stein.
Appareil électrotéléphonique destiné
à explorer les mouvements du cur et du pouls.
127390.
B. de 15 ans, 12 novembre ; Bailey.
Perfectionnements dans les téléphones
électriques et dans les appareils qui sy rattachent.
127417.
B. de 15 ans, 13 novembre ; Gower
et Roosevelt. Signal magnétique pour téléphone.
127733.
B. de 15 ans, 3 décembre; Gower
et Roosevelt. Nouveau téléphone dit
: téléphone-chronomètre.
127860.
B. de 15 ans, 10 décembre; Boudet
de Paris. Perfectionnements au micro-téléphone.
- 1879
128324.
B. de 15 ans, 6 janvier ; Roger
et Magnier. Système de téléphone-signal,
dit : téléphone-Roger et Magnier.
128393.
B. de 15 ans, 10 janvier ; Dufort
et Humblot. Genre de microphone.
128550
Brevet de 15 ans, 20.janvier BARRAULT Emile Déposant
1 : GOWER
Frédéric-Allen
128583.
B. de 15 ans, 21 janvier ; Gower
et Roosevelt. Système de téléphone
à signal mécanique.
129212
B. de 15 ans, 20 février ; GOWER:
nouveau système de transmission et de réception,
par fils métalliques sans isolateurs, de la parole
et des sons confiés à des appareils téléphoniques,
magnophoniques,
129320.
B. de 15 ans, 27 février; Ader.
Récepteur téléphonique à
vibrations moléculaires électro-magnétiques.
129897.
B. de 15 ans, 1 er avril; Dunand
et Chevrant. Microphone à torsion.
130464.
B. de 15 ans, 3 mai; Keenan.
Perfectionnements dans les avertisseurs téléphoniques.
130489.
B. de 15 ans, 5 mai ; Dumoutier
et Grenier. Téléphone à avertisseur
magnéto-électrique.
131271.
B. de 15 ans, 18 juin; Gower
et Roosevelt. Système de câble pour
relier les appareils téléphoniques ou télégraphiques.
131387.
B. de 15 ans, 23 juin ; Bréguet.
Système de transmission téléphonique
avec sonnerie avertisseur.
131914.
B.de 15 ans, 24 juillet ; Soulerin.
Système perfectionné de transmetteur
téléphonique.
131974.
B. de 15 ans, 26 juillet; Ader.
Système de téléphone à pôles
magnétiques concentrés.
132137.
B. de 15 ans, 7 août; Bailey
Composition pour confection de boîtes de téléphones
132155
B. de 15 ans, 8 août; Bailey
Système perfectionné d'électromotographe
132357
B. de 15 ans,: 21.août. Bailey
Perfectionnements apportés dans la disposition et l'agencement
des postes en communication téléphonique
132270.
B. de 15 ans, 16 août; Bailey.
Perfectionnements dans les téléphones
magnétiques.
132315.
B. de 15 ans, Bailey.
Perfectionnements dans les téléphones
à pile.
132454.
B. de 15 ans, 29 août; Short.
Perfectionnements apportés au téléphone.
132477.
B. de 15 ans, 1 er septembre;
dArsonval. Nouveau microphone.
132618
B. de 15 ans, 6 septembre;
HAHN
station centrale avec maniement hydraulique ou pneumatique
des aiguilles, des signaux et des barrières, avec communication
téléphonique ambulante de tous les points d'une
gare
132640.
B. de 15 ans, 8 septembre; Francis.
Perfectionnements dans les signaux pour téléphones
et lignes télégraphiques .
132944.
B. de 15 ans, 30 septembre; Ader.
Système davertisseur téléphonique
sans pile, à signal visible.
133092.
B. de 13 ans, 10 octobre; Buchin.
Système de téléphone à
deux diaphragmes à réglage indépendant,
dit : téléphone Buchin.
133337.
B. de 15ans, 24 octobre; Ader.
Téléphone récepteur à pôles
magnétiques surexcités.
133637.
B. de 15 ans, 13 novembre ; Holmes
et Greenfierd. Perfectionements dans les câbles
ou conducteurs téléphoniques.
133653.
B. de 15 ans, 14 novembre ; Brown
et Bailey. Système téléphonique
central, système Brown.
134222.
B. de 15 ans, 18 décembre ; Connolly
(les sieurs) et Mac-Tige. Procédés et
appareils perfectionnés pour faciliter la communication
téléphonique.
134325.
B. de 15 ans, 29 décembre ; Bède.
Perfectionnements aux appareils de transmissions téléphoniques
- 1880
134481.
B. de 15 ans, 8 janvier ; Berliner.
Perfectionnements aux microphones et transmetteurs téléphoniques.
134596
. de 15 ans, 16 janvier ;SCRIBNER
P perfectionnement dans la pose des câbles souterrains
et dans les appareils et les mécanismes pour faciliter
la conversation par téléphones
134734.
B. de 15 ans, 26 janvier ; Bramao.
Améliorations apportées aux téléphones.
134838.
B. de 15 ans, 31 janvier; Watson
et Eldred. Perfectionnements apportés aux
relais des systèmes télégraphiques ou
téléphoniques.
134858.
B. de 15 ans, 4 février; Godefroy.
Avertisseur téléphonique.
135067
B. de 15 ans, 14 février;
KLINKERFUES
Wilhelm téléphonographe ou porte-voix
perfectionné
135119.
B. de 15 ans, 17 février; Société
dite : The Chinnock Electric Company. Perfectionnements
dans les conducteurs électriques pour lignes télégraphiques,
téléphoniques, etc., empêchant les troubles
provenant des courants induits.
135120.
B. de 15 ans, 17 février ; Société
dite : The Chinnock Electric Company. Perfectionnements
apportés aux conducteurs électriques pour lignes
télégraphiques et téléphoniques,
en vue dempêcher les courants induits de troubler
la transmission des messages.
135667.
B. de 15 ans, 28 février; Ader.
Système de poste téléphonique
et appareils employés à cet effet.
141875.
22 mars; Maiche.
Pour un système de transmission télégraphique
et téléphonique.
141998.
20 mars; Dolbear.
Pour des perfectionnements dans les appareils téléphoniques.
135873.
B. de 15 ans, 2 avril ; Maiche.
Nouveau téléphone, dit : téléphone
Louis Maiche.
142169.
6 avril; Brasseur
et Déjart. Pour un commutateur pour assurer
le secret des communications téléphoniques.
142645.
12 avril; Barbier
et Lartigue. Pour un système de câbles
ou de lils conducteurs pour télégraphie, téléphonie,
sonneries électriques, et
142423.
20 avril; Currier
et Rue. Pour perfectionnements dans les appareils
électriques ayant pour but dappeler ou de signaler,
et pouvant être appliqués aux appareils télégraphiques
et téléphoniques.
136391.
B. de 15 ans, 28 avril ; Bourdin.
Dispositif général de bureau central
téléphonique ou télégraphique,
faisant usage de conducteurs doubles
136420.
B. de 15 ans, 29 avril ; Lartigue.
Perfectionnements aux appareils téléphoniques.
136471.
B. brevet anglais ; pris
le 1 er mai, par Eaton. (devant expirer le 20 février
1894) Perfectionnements apportés aux aimants,
aux téléphones et aux combinaisons des aimants
avec téléphones.
136593.
B. de 15 ans, 10 mai; Klemm,
Marx et Kayser. Appareil téléphonique
perfectionné.
136812.
B. de 15 ans, 22 mai ; Dunand
et Ciievrant. Système de téléphone
à électro-aimant.
136892.
B. de 15 ans, 25 mai; Eaton.
Perfectionnements dans les appareils dappel ou
à signaux pour des buts téléphoniques
ou télégraphiques.
136471
B. de 15 ans, 25 mai; Eaton.
Perfectionnements apportés aux aimants, aux téléphones
et aux combinaisons des aimants avec téléphones
136896.
B. de 15 ans, 25 mai ; Aboilard.
Microphone perfectionné.
136988.
B. de 15 ans, 1 er juin; Anders
et Watson. Perfectionnements apportés aux
appareils signaux employés dans les communications
téléphoniques.
136989.
B. de 15 ans 1 er juin; Anders.
Perfectionnements apportés aux commutateurs
employés dans les échanges téléphoniques.
136996.
B. de 15 ans 1 er juin ; Russell.
Perfectionnements dans les aimants composés
permanents et dans les électro-aimants, dans les téléphones
électriques et les circuits téléphoniques.
137121.
B. de 15 ans, 8 juin ; Anders.
Perfectionnements apportés aux appareils-signaux
employés dans les communications téléphoniques.
137172.
B. de 15 ans, 9 juin; Herz.
Nouveau système téléphonique.
137258.
B. de 15 ans, 15 juin ; Lockwood
et Bartlett. Perfectionnements apportés
aux transmetteurs pour téléphones ou télégraphes
à son articulé.
137430.
B. de 45 ans, 24 juin; Gower.
Perfectionnements : dans les appareils et transmissions
téléphoniques.
137259.
B. de 15 ans 25 juin; Lockwood
et Bartlett. Perfectionnements apportés
aux récepteurs pour téléphones ou télégraphes
à son articulé.
137439.
B. de 45 ans, 25 juin; Le
Goarant de Tromelin. Nouveau système d'avertisseur
téléphonique fonctionnant sans pile.
137473.
B. de 15 ans, 26 juin ; Bourdin.
Perfectionnements dans les téléphones
à source électrique.
137514.
B. de 15 ans, 29 juin ; Bell
et Tainter. Perfectionnements dans les appareils
denregistrement employés dans les systèmes
de communication téléphoniques.
137521.
B. de 15 ans, 29 juin ; Lamb.
Perfectionnements dans les conducteurs pour télégraphes,
téléphones et autres fils souterrains.
137645.
B. de 15 ans, 7 juillet; Johnson.
Perfectionnements dans les appareils employés
pour les signaux téléphoniques.
137803.
B. de 15 ans, 15 juillet; Herz.
Système téléphonique ou télégraphique
fondé sur lemploi de diffuseurs pour déterminer
le mouvement électrique dans des circuits ouverts.
137931.
B. de 15 ans, 24 juillet; Westinghouse
jeune. Système et appareils perfectionnés
pour relier les conducteurs pour communications téléphoniques.
138097.
B. de 15 ans, 4 août; Bartelous.
Système de communications électriques
pouvant sappliquer aux installations téléphoniques
ou télégraphiques.
138227.
B. de 15 ans, 12 août; Davis
et Dowü. Perfectionnements dans les appareils
télégraphiques et téléphoniques.
138921.
B. de 15 ans, 29 septembre; Havard.
Système de communication téléphonique
au moyen de stations publiques.
138963
B. de 15 ans, 2 octobre; TROUVE
Gustave Système
d'appareil avertisseur pour téléphones
139029.
B. de 15 ans, 7 octobre ; Boudet
de Paris. Nouvel appareil microphonique.
139164
B. de 15 ans, 15 octobre ; GAUTHIER
poteaux et supports
d'isolateurs pour fils télégraphiques et téléphoniques,
neutralisant les effets de la vibration
139684.
B. de 15 ans, 17 novembre ; Gros
et Carpentier. Télégraphie et téléphonie
à grandes distances.
139755.
B. de 15 ans, 29 novembre ; de
Nottbeck. Perfectionnements dans les téléphones.
139809.
B. de. 15 ans, 23 novembre ; Haskins.
Perfectionnements dans les appareils employés
au service téléphonique.
139777.
B. de 15 ans, 23 novembre ; POUGET
para-foudre perpétuel
électrodiérétique, destiné à
protéger notamment les lignes et les appareils télégraphiques,
téléphoniques et autres contre les atteintes
de la foudre.
139921.
B. de 15 ans, 30 novembre; Ranoall.
Perfectionnements apportés aux appareils téléphoniques.
140065
B. de 15 ans, 3 décembre ; Bell
Système dit le photophone, permettant d'envoyer
des signaux et de communiquer à distance au moyen de
de la lumière solaire ou autre
139997.
B. de 15 cns, 6 décembre ; Culbertson
et Brown. Perfectionnements dans les communications
électriques, téléphoniques et autres.
140015.
B. de 15 ans, 7 décembre; Rossetti.
Perfectionnements aux téléphones parlants
magnéto-électriques.
140017.
B. de 15 ans, 7 décembre ; Crossley.
Perfectionnements dans les appareils et les dispositions
pour lusage des téléphones et des microphones.
|
En 1881 ce sera le microphone
Dolbear
à condensateur . brevet US 239 742 A, 5 avril 1881 qui restera
sans succès.
D'autres améliorations du microphone qui sont les plus anciennes
plus ou moins connues seront celles de Ducretet, Bonis, Crossley,
Gaiffe,
Trouvé, Lippens et de Courtois, Breguet,
D'Arsonval, Maiche,
Berthon, Mildé, Ochorowicz , Abdank ... et Clémént
Ader :
Clément
Ader, comptera beaucoup pour le développement du téléphone
en France et en Europe.
Né le 2 avril 1841 à Muret 
il obtint à Toulouse, son baccalauréat à
15 ans.
C'est un élève très sérieux, particulièrement
doué en mathématiques. En 1857 s'ouvre une nouvelle
section dans l'établissement : une école industrielle
amenant un diplôme d'ingénieur équivalent
aux Arts et Métiers.
Ader fait partie de la première promotion, d'où
il sortira diplômé en 1861.
On pense qu'il prépara les concours d'entrée aux
Grandes Écoles, mais soit il ne se présenta pas
aux concours, soit il échoua. Ses études terminées,
il se mit en quête d'une situation stable. |
Lorsque
la guerre de 1870 éclate et sil
ne participe pas aux combats, Ader prend contact avec le ministre
de la Guerre afin de mettre ses compétences dinventeur
au service de la nation, notamment au travers dun projet
de cerf-volant conçu pour emporter un être humain
dans les airs afin dobserver les positions ennemies. Satisfait
davoir obtenu lautorisation dutiliser le polygone
de Toulouse pour ses expérimentations,
Ader na pas le temps de rendre opérationnel son prototype,
et le tumulte politique de laprès-conflit coupe court
à ses recherches.
Après la guerre, il travaille dans une entreprise de céramique
(Douarche, à Castelnaudary), où il profite du matériel
et du personnel pour perfectionner un planeur de son invention.
Linventeur fait jouer le réseau de son correspondant
afin dobtenir à Paris une salle pour montrer au public
son « planeur en plumes », espérant ainsi attirer
lattention dun investisseur. Malgré ses efforts,
lexposition du planeur en 1874 dans les salons de latelier
de photographie où Nadar immortalise les personnalités
à la mode ne lui apporte aucun soutien financier, et suscite
parfois même des sarcasmes.
Ader décide néanmoins de rester à Paris
le seul endroit où il peut mettre en uvre
ses projets et réussit à convaincre son père
de venir sinstaller avec lui.
Il tente alors de publiciser un brevet quil a déposé
en 1866 pour un « système de chemin de fer, dit rail
amovible.
Avec laide de son père qui se fait cocher intermittent,
il construit son prototype et dépose un nouveau brevet,
puis promène son attelage à Paris, au jardin des
Tuileries ou au parc des Buttes-Chaumont, où il conduit
parfois jusquà trente enfants.
Malgré les recensions enjouées de la presse, il
ne trouve toujours pas dacquéreur pour son invention. |
Clément Ader peut sembler
nêtre quun bricoleur de talent, sans réelles
préoccupations scientifiques. En réalité,
il sintéresse de près aux récentes
avancées et communications de lAcadémie et
des revues spécialisées quil lit afin de se
tenir informé : ses inventions sont pour la plupart directement
liées aux derniers progrès savants et industriels.
Mais au-delà de ces préoccupations concrètes,
il ambitionne lui aussi de participer à lavancée
de la science, même lorsquelle nest pas en lien
direct avec ses activités techniques.
Ainsi, ses carnets (Carnets intitulés « Recherches
» : Fonds ADER, doc. 2349) portent la trace de questionnements
liés au rayonnement solaire, à lélectricité
spatiale, à l« obscure action du magnétisme
sur la gélatine », à linduction magnétique
terrestre, et même à léther, dont la
preuve de lexistence est alors au cur du débat
scientifique international, puisque les expériences dAbraham
Michelson et Edward Morley interrogeant la réalité
de la notion (jusquà ce quAlbert Einstein,
expert au bureau des Brevets à Berne, publie en 1905 un
article remettant en cause lidée déther
et de temps absolu). Dans les années 1880, Ader ne possède
pas de formation scientifique suffisante pour résoudre
définitivement la question, bien quil sy essaie,
comme en témoignent plusieurs pages de calculs et croquis
dans ses carnets.
La communauté savante lui reconnaît certains mérites
: deux de ses mémoires sont présentés et
lus à lAcadémie des sciences
Ader a ainsi conservé plusieurs cartes de visite obtenues
auprès de scientifiques plus ou moins influents (comme
Jules Janssen, académicien et directeur de lObservatoire
de Paris, ou Gabriel Lippmann, maître de conférences
à la Faculté des sciences), griffonnées de
quelques notes de circonstances sur lintérêt
de leur rencontre. On perçoit ainsi le travail quAder
réalisait pour constituer et entretenir ses contacts jusque
dans les enceintes de lAcadémie.
Désormais inventeur-entrepreneur à plein temps,
Ader organise son travail autour de sa demeure parisienne, rue
de lAssomption, qui lui sert datelier pour la plupart
de ses projets. Ses correspondants sadressent à lui
en tant quingénieur, comme le montrent ses échanges
épistolaires avec clients et fournisseurs auprès
desquels il possède une réputation, puisque certains
dentre eux connaissent la nature particulière et
parfois hors du commun de ses exigences, et linvitent à
ajouter des plans précis à plusieurs de ses commandes.
Ader possède ainsi tout un réseau de relations professionnelles
dans le milieu des artisans et constructeurs dinstruments.
Par ailleurs, il salarie un petit groupe douvriers, relativement
fidèle à son service sur le long terme, pour réaliser
certains projets. Enfin, il travaille avec le cabinet dagents
de brevets Armengaud jeune, après avoir quitté son
ancien agent Émile Barrault le centralien, visiblement
chagriné par la rupture de leur collaboration une fois
la réputation dAder établie et ses affaires
florissantes, lappelle « mon cher ami » et tente
visiblement de le circonvenir par ses flagorneries (Lettre dÉmile
Barrault à Clément Ader, 31 décembre 1881)
. Le statut et lactivité dAder témoignent
donc dun milieu dinventeurs-entrepreneurs suffisamment
vivace pour faire vivre plusieurs agents de brevets sur la place
de Paris, et illustrent bien ce moment précis (avant que
la grande entreprise nabsorbe ces vocations au siècle
suivant) où les avancées conjointes de lindustrie
et des savoirs scientifiques rendent possible lexistence
dune profession libérale (parfois abusivement qualifiée
dingénieur-conseil) qui produit de linvention
en continu en vue de bénéfices le plus souvent industriels,
mais parfois aussi militaires ou administratifs. La liste de brevets
déposés par Ader et gérés par le bureau
Armengaud jeune est impressionnante, et senrichit de plus
dune centaine de dépôts et additions de modifications
en lespace de quelques années seulement.
Cest par ailleurs au cours des années 1880-1890 quAder
se consacre en grande partie à son projet davion,
lÉole tout dabord puis lAvion II et lAvion
III. Les archives contiennent lintégralité
de son échange de lettres, souvent estampillées
« Secret défense » ou « Confidentiel
», avec le ministère de la Guerre, suite aux contrats
quil signe avec lÉtat en 1892 et 1894 et aux
difficultés dexécution qui sensuivent.
Cette histoire a été amplement documentée
et nous en apprend peu sur le statut dentrepreneur dinvention
à la fin du siècle : nous nous permettons donc de
renvoyer à la bibliographie en ce qui concerne les échecs
dAder en matière aéronautique.
La dernière partie de lactivité inventive
dAder sorganise autour de la télégraphie
et de la télégraphie sans fil, puisquil participe
à la mise en place de communications longue distance,
Le dernier succès dAder concerne la propulsion automobile,
à laquelle il consacre ses recherches dès lors que
lengouement pour ce moyen de transport se généralise,
ce qui lui permet de réinvestir certains résultats
de travaux effectués pour les moteurs de ses avions. Il
dépose plusieurs brevets, et signe initialement un nouveau
contrat avec la Société générale des
téléphones devenue Société industrielle
des téléphones, avant que ses moteurs ne soient
repris par une société anglaise, qui commercialise
les voitures Ader dont plusieurs modèles de course
qui obtiendront des prix, lingénieur sétant
toujours passionné pour la vitesse. |
Revenons au téléphone
et abordons le sujet qui peut déranger certaines personnes :
Ader poursuit un but: se consacrer à la construction d'un appareil
volant. Il en possède les données, il a une confiance
absolue dans la réussite, (depuis 1871...) mais il sait aussi
que la réalisation de ses machines exigera des moyens financiers
considérables. Il va les demander à une invention susceptible
de les lui procurer en lui apportant une fortune.
Là aussi il a vu juste. Il s'agit du téléphone
. Nous sommes quelques mois avant l'Exposition de 1878 , Ader reçoit
la visite d'un savant de ses amis, Du Moncel, et, comme la conversation
se porte sur la chronique d'une revue américaine qui parle vaguement
d'une nouvelle invention, le téléphone de Graham Bell,
il est amené à faire part au visiteur de ses propres travaux
sur le même sujet.
Ader qui n'avait jamais rien écrit sur le téléphone
commence un récit en 1921, alors qu'il avait 80 ans et que les
faits qu'il relate dataient de plus de 40 ans...
Ader évoque son intérêt pour la téléphonie
: Jétais un ami de Du Moncel ; un jour, cétait
quelques années avant lexposition de 1878, il me montra
un article dune revue américaine où on parlait vaguement
pour la première fois de téléphone. En même
temps, il mapportait un de ces livres: Exposé de
lélectricité. Tome III, Hachette 1856. ouvert
à la page 110 Transmission électrique de la parole
Pour votre édification, il est indispensable que vous
lisiez cet ouvrage dans lintérêt de lhonneur
français. Vous voyez, me dit-il, on y pensait avant vous et avant
les américains.
Selon les textes, la rencontre avec Du Moncel date "de quelques
mois" ou "des quelques années" avant l'exposition
de 1878, mais comme Ader dit : "Le récepteur ne ressemblait
en rien à celui que Bell venait d'imaginer", on peux supposer
raisonnablement que le téléphone avait déjà
été inventé et que Du Moncel, avec la curiosité
scientifique qu'il avait, en connaissait le fonctionnement... Il est
peu probable que Du Moncel ait seulement montré à Ader
son vieux livre alors qu'il en écrivait un nouveau, très
documenté, dont la deuxième édition fut publié
en novembre 1878.
Dans les papiers d'Ader, après sa mort un dossier que nous devons
à M. Georges de Manthé (gendre d'Ader) dans son livre
"Le père de l'aviation"., on y trouve : un chapitre
"Commencement de mon futur ouvrage sur les origines du téléphone"
ou Ader, écrit
"... Au milieu d'une planchette j'avais enfoncé une pointe
qui venait s'appuyer contre une deuxième semblable plantée
sur un bout de buis, le tout formant pupitre avec les deux pointes reliées
à un circuit.
"Le récepteur ne ressemblait en rien à celui que
Bell venait d'imaginer (nous serions donc après 1876), ni comme
principe, ni comme forme. Il se composait simplement d'une autre plaquette
de cinq à six centimètres de longueur, dans laquelle j'avais
plaqué un fil de fer doux de un millimètre de diamètre
et de quarante environ de longueur qui prenait dans l'intérieur
d'une petite bobine dont il formait le noyau et qui, de l'autre bout,
était soudé à une petite masse de cuivre (le hasard
avait voulu que ce fut un bouton de porte ... première
pièce venue).
"Transmetteur et récepteur avec une pile Leclanché
étaient dans le même circuit.
"Mon père, installé dans une chambre, m'aidait et
parlait sur le transmetteur avec une inlassable patience. Le récepteur
à l'oreille, j'écoutais ... C'était un bruit de
vibrations informes accompagnées de crépitements que les
interruptions de contact des pointes produisaient. Cela dura quelques
jours et même quelques semaines.
"J'accusais le contact de s'oxyder sous l'étincelle de retour,
mais, après nettoyage, polissage et même platinage, l'effet
n'était pas meilleur.
"J'avais un crayon de charpentier sous ma main. L'idée me
vint de détacher un bout de sa mine et de l'interposer entre
les contacts du transmetteur.
"Aussitôt que l'expérience fut reprise j'entendis
clairement la voix de mon père qui récitait pour la centième
fois le même conte ou la même fable.
"Mes instruments très rudimentaires n'étaient guère
présentables; à peine les fis-je voir à des amis
de la maison ... qui d'ailleurs, eux, n'y comprirent rien.
"Je ne pris aucun brevet, ajournant cette dépense
pour plus tard, lorsque j'aurais perfectionné mes appareils,
et le temps s'écoula.
Cependant ..." Et, comme dans un feuilleton, le manuscrit s'arrête
sur ce mot. Son livre sur "son" invention du téléphone
était terminé....
Et il n'avait pris aucun brevet, dommage !
Ses carnets portent la trace des très nombreuses expériences
quil réalise et qui aboutissent en 1878 au dépôt
dun nouveau brevet pour un procédé téléphonique
de son invention.
|
Les expériences de
C. Ader en 1878 : Téléphones sans diaphragme
et sans aimant
  
La présence d'un noyau aimanté dans le
téléphone récepteur n'est pas indispensable,
et nous avons vu que l'électrophone de M. Ader emploie
de petits électro-aimants microscopiques en fer doux.
En faisant des expériences sur ces appareils, M. Ader
a été conduit à construire un récepteur
composé d'une simple tige de fer de un millimètre
de diamètre, enroulée d'une bobine de fil fin,
et il a pu transmettre la parole dans ces conditions avec une
très grande netteté. Le petit fil de fer était
piqué sur une planche, et il constata qu'en appliquant
contre le second bout libre de cette petite tige de fer une
masse pesante, l'intensité des sons était plus
que doublée.
Il construisit alors le simple téléphone récepteur
représenté figure 101, formé d'un loquet
de porte B, une tige de fer doux d'un millimètre de diamètre
CC, planté dans une planchette carrée de sapin
de 5 centimètres de côté et une petite bobine
A roulée sur un tuyau de plume d'oie.
Le transmetteur employé par M. Ader était celui
de son électrophone , mais tous les transmetteurs à
charbon peuvent faire parler le téléphone ainsi
constitué. On peut, avec ce petit instrument, faire une
expérience de spiritisme assez amusante en fichant le
fil de fer CC sur une table par dessous, en dissimulant habilement
les conducteurs et en faisant parler dans le transmetteur un
compère placé dans une pièce un peu éloignée.
Si l'expérience est faite dans le silence, à une
heure avancée de la nuit, par exemple, toute la table
parle, on peut l'entendre en se plaçant assez près
tout autour, et cette expérience produit l'effet le plus
singulier sur les personnes crédules ou impressionnables.
M. Ader en continuant ses expériences a construit
un second téléphone encore plus simple fig.
102;
 |
il
est formé d'une planchette AB et d'une bobine C sur
laquelle est roulé un fil fin avec des spires très
peu serrées collée sur la planchette.
L'appareil parle dans ces conditions sous Faction d'un transmetteur
à charbon et de trois piles Leclanché. Si
les spires sont trop serrées ou noyées dans
la gomme laque, le téléphone ne parle plus,
mais en introduisant dans la bobine un clou D, un petit
fil de fer ou une aiguille aimantée Tenant appuyer
contre la planchette, aussitôt on perçoit très
distinctement la parole. £n retirant le clou, le téléphone
redevient muet. |
Puis Ader construit un téléphone
sans diaphragme, sans aimant et sans bobine.
 |
Le téléphone récepteur suivant est
encore plus simple. Il se compose d'une tige de fer doux
A (fig. 103) et d'une planchette de bois B. En appliquant
la planchette B contre l'oreille et une masse métallique
pesante à l'autre extrémité du fil
A,
M. Ader a pu reproduire la parole en employant un transmetteur
à charbon.
De la Rive, en 1846, avait constaté les sons produits
dans des conditions analogues avec des courants interrompus
mais M. Ader est le premier qui ait reproduit les sons articulés
par des moyens aussi simples.
Il faut ajouter cependant que ces sons sont très
faibles, mais ils sont néanmoins très distincts
et nous devons remercier ici M. le comte du Moncel qui a
bien voulu nous répéter toutes les expériences
que nous venons de signaler, et dont nous garantissons la
parfaite exactitude.
Ce système pourtant ultra simple restera dans le
domaine des expériences. |
Puis le 23 juillet 1878,
Ader obtiendra le brevet 125 782 d'un électrophone
à main ou Système de correspondance vocale,
Dans une lettre écrite en 1921, Ader évoque son
intérêt pour la téléphonie : Jétais
un ami de du Moncel ; un jour, cétait quelques
années avant lexposition de 1878, il me montra
un article dune revue américaine où on parlait
vaguement pour la première fois de téléphone.
En même temps, il mapportait un de ces livres :
Exposé de lélectricité. Tome III,
Hachette 1856. ouvert à la page 110 Transmission
électrique de la parole Vous voyez, me dit-il,
on y pensait avant vous et avant les américains.
L'électrophone à main :
 
brevet 125 782 |
Cet appareil
se distingue des autres téléphones à
pile par quelques dispositions nouvelles et intéressantes.
Le transmetteur est constitué par une sorte de porte-crayon
mobile en bois terminé par une soucoupe devant laquelle
on parle. L'extrémité de ce porte-crayon se
termine par un petit cylindre de charbon arrondi à
son extrémité et qui appuie sur un second
morceau de charbon fixe de plus grande section. Le courant
traverse le charbon fixe, le petit crayon mobile et sort
par un fil très fin et très élastique
pour rejoindre la ligne.
En maintenant l'appareil vertical, on rompt le circuit;
en l'agitant, on produit des chocs qui se traduisent sur
le récepteur par des bruits intenses pouvant être
entendus à une assez grande distance; en tenant l'appareil
un peu incliné, il y a un léger contact entre
les deux charbons et la transmission téléphonique
directe, sans bobine d'induction, s'effectue très
nettement et avec une grande puissance. |
Le récepteur est un tambour
de basque (!) de 15 à 18 centimètres de diamètre,
tendu d'une feuille de parchemin, sur lequel sont fixées
six petites armatures en fer-blanc très minces et très
étroites disposées sur un cercle de 6 centimètres
de diamètre.
En face de ces armatures sont placés six petits électro-aimants
microscopiques, chacun d'eux pouvant être réglé
séparément à l'aide d'une vis.
C'est M. Marcel Deprez qui a employé, le premier, ces petits
électro-aimants dans ses enregistreurs pour éviter
l'inertie magnétique des électro-aimants plus gros,
inertie qui produit un retard dans l'aimantation et par suite
dans l'inscription des phénomènes.
Les six petits électro-aimants sont tous disposés
en tension et agissent simultanément sur leurs armatures
dans le même sens avec une très grande rapidité.
Avec ce récepteur, la parole peut être entendue à
5 ou 6 mètres de distance en employant le transmetteur
que nous avons décrit, mais le réglage en est fort
difficile, car la membrane est trop sensible à la chaleur
et à l'humidité.
brevet N°127 180, du 28 octobre 1878 "Récepteur
électrophone parlant à haute voix"
Nous gardons le souvenir d'une conférence dans laquelle
l'appareil, parfaitement réglé quelques heures auparavant,
a complètement refusé de se faire entendre devant
un public aussi attentif que bienveillant, comme doit le faire
tout instrument bien élevé dans une expérience
publique.
Aujourd'hui (1881) M. Ader emploie de préférence
son téléphone à surexcitation magnétique
(p. 247) comme récepteur, les résultats sont presque
aussi puissants et beaucoup plus sûrs qu'avec l'électrophone. |
Depuis les expériences de M. Ader,
M. Boudet de Paris a construit un téléphone récepteur
analogue dans lequel la planchette de bois est remplacée par
un diaphragme d'acier. Cet appareil reproduit la parole avec le parleur
microphonique du même auteur en employant un seul élément
Leclanché.Le développement du téléphone
et sa commercialisation peut commencer :
Jusqu'au tout début des années 1880, le modèle
dominant : celui de la télégraphie, ne permit pas aux
innovateurs de penser en d'autres termes.
Le télégraphe et ses usages étaient ancrés
dans un système simple et transparent. Les messages écrits
étaient portés dans les bureaux ouverts, publics. On ne
pouvait se défaire tout de suite de l'idée que c'était
là le seul mode pratique de télécommunications.
Alors qu'en Allemagne, Von Stephan utilisa d'emblée le téléphone
comme un simple auxiliaire du télégraphe, y compris aux
Etats-Unis, l'idée de réseau organisé n'a pas été
envisagée immédiatement. Ce ne sera pas le cas en France.
Voici raconté dans les grandes lignes les moments les plus
importants, mais il faut aussi raconter la petite histoire de ceux qui
ont poussés au développement du téléphone
en France :
A Cherbourg en
janvier deux ingénieurs en construction navale avaient mis au
point un téléphone selon le principe d'Edison. Les essais
ont étés fait à la préfecture maritime .
D'autres expériences ont lieu comme à Nantes, à
Clermont Ferrand, à Lyon à La Chapelle St
Mesmin c'était l'abbé Godefroy qui avait équipé
son séminaire de 4 postes .... , la plupart par des bricoleurs
en quête d'amélioration des appareils. C'était empirique,
chacun dans l'espoir de déposer un brevet et permettre de développer
un commerce.
Des particuliers ou des services furent les premiers à s'équiper
de téléphones (reliés point à point) pour
un usage privé sans pouvoir communiquer avec l'extérieur.
Cependant il devint possible de louer une ligne télégraphique
pour relier deux appareils téléphoniques
Le Figaro déjà pourvu d'un réseau à tubes
acoustiques pour communiquer en interne s'équipa en 1879 du téléphone
pour communiquer à l'extérieur.
De même certains journaux Le temps, Le Moniteur ... s'équipèrent
de réseau similaires.
Dans l'industrie les installations sont nombreuses. Antoine Bréguet
va beaucoup contribuer à faire connaître le téléphone
en France.
Il fait des démonstrations à l'Institut, à la Société
des Ingénieurs Civils et installe dans ses ateliers le téléphone
Bell afin que tout le monde puisse l'essayer : " beaucoup de hauts
personnages, de magistrats, de littérateurs, de généraux,
furent reçus par Monsieur Bréguet. Ils s'en allaient satisfaits
et émerveillés " (le Téléphone expliqué
à tout le monde, Giffard, 1878).
Voici à ce propos ce que nous lisons dans Lécho
du Nord rendant compte d'expériences téléphoniques
faites dans les mines de Ferfay le 5 mars 1878 :
« Il s'agissait principalement d'étudier l'emploi possible
des téléphones dans les charbonnages.
L'essai a pleinement réussi. Les interlocuteurs placés
les uns au haut, les autres au fond d'un puits, ont pu correspondre
aisément à une distance de 350 mètres ; un air
de musique a été joué et aucune note n'a échappé
aux oreilles qui devaient le recueillir.
Toutefois on a constaté qu'on entendait beaucoup mieux sur le
sol que en sous le sol.
La cause de cette déperdition du son est expliquée par
la submersion du câble qui, dans les mines, reçoit perpétuellement
l'eau des cuvelages. »
Enfin, à la suite d'expériences faites le 31 mars
dernier, la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) décidait
l'installation d'appareils téléphoniques dans toutes les
gares importantes de son réseau.
En Fevrier 1878 on pouvait lire dans le "Journal Télégraphique"
| Note de M. L. DE CHAMPVALLIER.
(Extrait dei Comptes-rendus de l'Académie dei seteneet
de Farii, T. LXXXVI, N° 5).
L'hôtel de l'Ecole de
l'artillerie, à Clermont, est relié au
village de la Fontaine-du-Berger (champ de tir) par un
fil télégraphique de 14 kilomètres; ce
fil passe par le bureau central télégraphique
de Clermont sans entrer dans l'intérieur de ce bureau
(les poteaux qui supportent le fil de l'Ecole portent en tout
: du bureau télégraphique central au pont de Jaude,
distance 300 mètres environ, huit fils; le fil de l'Ecole
est le quatrième en partant du haut)
A cette distance de 14 kilomètres, un service téléphonique
fonctionne parfaitement : le téléphone employé
est le téléphone ordinaire, petit modèle.
Ce service n'est établi du reste qu'à titre d'expérience.
Egalement à titre d'expériences, un service téléphonique
a été établi entre l'observatoire de
Clermont et celui qui est situé au sommet du Puy-de-Dôme
; la distance est de 15 kilomètres.
Le fil qui relie ces observatoires est porté par les
mêmes poteaux que le fil de l'Ecole, depuis le bureau
télégraphique central jusqu'au col des Riarneaux,
c'est-à-dire pendant une longueur de 10 kilomètres;
ce fil passe dans l'intérieur du bureau télégraphique
central; la communication téléphonique entre les
deux observatoires se fait aussi parfaitement. Ces conditions
exceptionnelles nous ont permis de faire quelques observations
intéressantes.
° On communique téléphoniquement entre les
deux stations de l'Ecole, distance 14 kilomètres, même
lorsque des dépêches sont lancées sur les
fils voisins par les appareils Morse.
° On entend très distinctement et on lit couramment
au son toutes les dépêches Morse qui passent sur
les fils, voisins du fil de l'Ecole et même les dépêches
qui passent sur des fils séparés de lui par un
autre fil: celles-ci donnent seulement un son beaucoup plus
faible.
° Quand on parle, au moyen du téléphone, du
sommet du Puy-de-Dôme à l'observatoire de Clermont,
nous entendons très-nettement la voix, de manière
à en reconnaître le timbre, et à distinguer
si c'est un homme ou une femme qui parle ; parfois, nous pouvons
même entendre la dépêche et la comprendre,
quand aucun bruit étranger ne vient contrarier l'audition.
Ce fait démontre la prodigieuse sensibilité du
merveilleux instrument de M. Graham Bell.
En effet, le fil des observatoires est porté, pendant
10 kilomètres, par les mêmes poteaux que le nôtre;
mais il en est séparé par une distance de 85 centimètres
au moins, car un autre fil, celui de Rochefort, est placé
entre ces deux fils sur les mêmes poteaux.
Ainsi le courant d'induction lancé, par le téléphone,
du sommet du Puy-de-Dôme, peut déterminer un nouveau
courant induit sur un fil placé à près
de 1 mètre de distance; ce nouveau courant induit suffit
pour déterminer des vibrations perceptibles à
l'oreille. Nous avons remarqué que nous entendions bien
plus distinctement .
° Du pont do Jaude au col de Riamaux, distance 50 kilomètres,
les poteaux portent trois fils; le fil de l'Ecole est le troisième
ou le plus bas;
° Enfin du col des Riamaux à la Fontaine-du-Berger,
distance A kilomètres, le fil de l'Ecole est seul sur
les poteaux qui le supportent.les dépêches lancées
du sommet du Puy-de-Dôme que celles qui partent de Clermont
: ce fait, qui tient peut être à la nature de la
voix de la personne qui parle au Puy-de-Dôme, provient
aussi peut-être de la position respective de notre station
à Clermont par rapport aux deux observatoires.
Quoi qu'il en soit, il résulte de nos expériences,
faites par plusieurs officiers et par des professeurs, les conclusions
suivantes.
° On lit les dépêches Morse qui passent sur
des fils distants de notre fil de 45 ou 90 centimètres,
même quand ces fils n'accompagnent le nôtre que
sur une longueur de 300 mètres, et cette addition ne
gêne en rien si ce n'est par un petit bruit dont on fait
facilement abstraction, le passage et l'audition des dépêches
téléphoniques. Ainsi, au moins jusqu'à
10 kilomètres, et très-probablement beaucoup plus
loin, on peut correspondre avec des fils portés sur des
poteaux qui supportent des fils livrés au passage des
dépêches ordinaires. Nous allons prolonger jusqu'à
leur limite ces expériences.
° Deux lignes télégraphiques voisines, mais
sans communication, mélangent leurs dépêches,
et il nous est arrivé de répondre au Puy-de-Dôme
et d'en recevoir une dépêche, sans que nos fils
soient nulle part. rapprochés de plus de 85 centimètres.
Ajoutons que nous avons mis dans le même circuit sept
téléphones et que sept personnes pouvaient entendre
à la fois la même dépêche, soit Morse,
soit téléphonique, et même une dépêche
induite téléphoniquement, sans affaiblissement
appréciable de l'intensité du son, malgré
les résistances occasionnées par les jonctions
de fils.
Il semble que le nombre d'auditeurs d'une même dépêche
passant par un même fil peut être très considérable,
et nous regrettons de n'avoir pas un nombre plus grand de téléphones
pour en faire l'expérience.
Toutes nos expériences
sont faites avec un seul fil, avec communication à la
terre aux deux extrémités de la ligne.
|
En même temps dans Comptes rendus
hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences de
1878 on peut aussi y lire :
|
ÉLECTRICITÉ.
Sur le téléphone. Note de M. IZARN.
« J'ai installé,
depuis quelques semaines, au lycée de Clermont,
un téléphone dans un fil unique d'une cinquantaine
de mètres, qui, traversant la grande cour du lycée,
va du laboratoire de Physique, où il s'accroche à
un bec de gaz, à une pièce placée près
de la loge du concierge, où il s4accroche à un
autre bec de gaz.
Cette disposition améliore la perception des sons dans
mon appareil et m'a permis de constater un fait que je crois
intéressant.
En appliquant l'oreille au téléphone, j'entends
très nettement les signaux télégraphiques
Morse ou autres, qui proviennent, soit du bureau télégraphique
de Clermont, soit du bureau téléphonique fonctionnant
entre l'École d'artillerie de Clermont et le polygone
de tir établi à 14 kilomètres de la
ville, au pied du Puy-de-Dôme. J'entends même des
paroles et surtout des commandements militaires, émis
dans le téléphone du polygone et destinés
à être entendus à l'École. Or mon
fil est absolument indépendant de ceux où circulent
ces signaux, il en est même très éloigné,
et il est impossible d'invoquer pour l'explication du phénomène
une induction quelconque, s'opérant entre fils attachés
sur une longueur quelconque aux mêmes poteaux.
Mais, comme les prises de terre du bureau télégraphique
et de l'École d'artillerie se font à une petite
distance des tuyaux de gaz, il n'est pas douteux que le phénomène
ne soit du à une dérivation de courant produite
dans mon fil par l'intermédiaire du sol humide et du
réseau métallique des tuyaux. Ce qui confirme
cette explication, c'est que, pendant le jour, j'entends dans
mon téléphone tous les grattements qui se produisent
quand j'envoie mon aide installer un autre téléphone
à l'autre bout du fil, et qui sont la traduction de toutes
les petites variations d'intensité produites par cette
opération dans le courant qui traverse le fil. Pendant
la nuit, lorsque les dépêches de la station télégraphique
ou de l'École se font rares ou ont cessé, on n'observe
plus rien de pareil, ce qui éloigne l'idée d'attribuer
le phénomène aux courants telluriques.
Quoi qu'il en soit, l'Administration
des télégraphes aurait intérêt à
établir ses prises de terre à une distance aussi
grande que possible des tuyaux de gaz, pour ne pas être
exposée à voir ses correspondances saisies au
passage, dans certains cas, par tout particulier ayant le gaz
à sa disposition. »
|
Ces expériences se font par dizaine dans tout le pays, tout le
monde veut éxpérimenter ce nouvel instrument merveilleux
capables de transporter la voix.
| Application du téléphone
à bord du croiseur le Desaix. Note de M. TREVE.
Dans une de ses dernières
sorties, le Desaix avait à la remorque un vieux
navire, l'Argonaute servant, dans l'escadre d'évolution,
au tir des torpilles d'exercice.
Un fil conducteur fut enroulé autour de l'un des câbles
remorques; l'un des bouts du fil était à bord
du Desaix, l'autre à bord de l'Argonaute. Le circuit
était fermé par la mer au moyen des doublages
en cuivre des deux navires. Un téléphone fut interposé
de part et d'autre dans ce circuit, et les communications furent
aussitôt établies entre les deux navires.
Pendant tout le temps de notre navigation, nous pûmes
causer de navire à navire aussi facilement que si nous
nous fussions trouvés dans le même cabinet. Nous
croyons même avoir remarqué que le retour par la
mer donnait plus de netteté au son.
Depuis, un des officiers du Desaix, M. le lieutenant de vaisseau
Des Portes, a eu la très heureuse pensée d'appliquer
le merveilleux instrument à la manuvre des scaphandres.
On a remplacé une glace du casque par une plaque en cuivre
dans laquelle est enchâssé le téléphone;
ce qui fait que le scaphandrier n'a qu'un léger mouvement
de tête à faire, soit pour recevoir des communications
de l'extérieur, soit pour en adresser.
On comprend tout l'avantage d'un pareil dispositif.
Nous avons à visiter nos carènes; les scaphandriers
descendent et peuvent nous rendre compte de tout ce qu'ils voient
ou font, sans qu'il soit besoin de les ramener hors de l'eau,
comme cela s'est fait jusqu'à ce jour.
Grace au téléphone, un homme parcourant les profondeurs
des mers peut rester constamment en communication parlée
avec son semblable resté à la surface.
Note de M. Gm Essnm, présentée par M. Faye.
L'appareil dont j'ai fait usage sur la ligne de Pontivy
à Loudéac (25 kilomètres) est de petit
modèle et ne coûte que 13 francs.
Le téléphone était relié dans chaque
poste par deux fils, d'une part à la terre, de l'autre
à une borne isolée que l'on mettait à volonté
en communication avec le fil de ligne au moyen d'un commutateur.
Le circuit formé par le fil de ligne et les fils du téléphone
ne comprenait les bobines d'aucun électroaimant et ne
pouvait recevoir aucun courant, conditions qui me semblent indispensables.
J'ai constaté, comme toutes les personnes qui se sont
servies de fils télégraphiques pour réunir
deux téléphones, un bruit de grésillement,
dû à des courants induits dans le fil téléphonique
par des influences extérieures. Mais ces influences me
semblent être de deux natures bien distinctes. Un premier
grésillement assez net est dû à l'induction
des courants passant par les autres fils, alternativement fermés
et rompus par un manipulateur quelconque. On distingue alors
parfaitement les coups du manipulateur, et même de plusieurs
manipulateurs, fonctionnant en même temps dans différents
bureaux, pourvu que le fil téléphonique suive,
.sur un parcours même très-restreint, les fils
de lignes de ces différents manipulateurs.
J'ai fait, à l'occasion de cette espèce de grésillement,
une observation qui m'a paru intéressante. Avec une seule
pièce du téléphone, reliée, comme
il a été dit plus haut, à un des fils de
ligne inactif, des mots d'une dépêche, envoyée
de Saint-Brieuc à un bureau voisin sur un fil qui côtoyait
le nôtre sur une très-petite distance, ont été
clairement saisis à Loudéac par le directeur du
bureau télégraphique, habitué à
lire une dépêche au son. Cette observation a été
répétée à plusieurs reprises par
le directeur du poste télégraphique de Pontivy,
et il ne peut y avoir aucun doute à cet égard.
Seulement la perception n'est pas facile pour tout le monde;
et la multiplicité des appareils, qui fonctionnent presque
toujours en même temps, produit un grésillement
plus compliqué, où il est alors impossible de
rien démêler.
Indépendamment de ce grésillement, il se produit
dans le téléphone un bruissement très-confus,
un froissement assez intense parfois pour croire que la plaque
vibrante va se déchirer. C'est: plutôt le soir
que dans le jour qu'on entend ce bruissement, qui devient même
insupportable et empêche de se comprendre au téléphoné,
alors qu'on n'est plus troublé par le travail des bureaux.
On entend aussi ce bruit quand on fait usage d'une seule pièce
du téléphone; et nous l'avons constaté,
dans la nuit, au bureau télégraphique de Pontivy,
sur les différentes lignés de Guémené,
de Loqueminé, de Loudéac, de Lorient. Pour nous-assurer
que ce bruit était. du également à des
courants d'induction, nous avons interposé dans le circuit
du téléphone un bon galvanomètre et nous
savons constaté en même temps des déviations
très sensibles, tantôt dans un sens, tantôt
dans l'autre.
J'avais cru d'abord que ce bruissement confus était du
au vent ou à la pluie, et qu'il n'était qu'un
écho des vibrations des fils télégraphiques,
qu'on entend facilement près des poteaux. Mais les déviations
simultanées du galvanomètre me portent à
attribuer ce bruit à été que notre fil
est placé en différents endroits dans des couches
d'air dont le potentiel subit des variations notables et rapides,
d'où résulte la production de courants d'intensité
et de directions variables, sensibles au galvanomètre
et plus encore au téléphone. Les différents
fils dont nous nous servions passent sur des points élevés,
c'est-à-dire dans des couches d'air ou le potentiel électrique
est notablement plus fort qu'à là hauteur habituelle
des fils télégraphiques. De plus, 1e soir, ces
mêmes couches sont plus chargées d'électricité
que dans la journée.
Peut-être pourrait-on, à l'aide du téléphone,
constater, suivre et étudier exactement les variations
de l'électricité atmosphérique, en reliant
à la terre, par l'intermédiaire d'un téléphone,
soit un fil isolé placé à une grande hauteur,
soit une pointe avec ou sans flamme.
Et si, au moyen de la plaque vibrante et d'nn styte, on parvenait
à inscrire les vibrations dues àux variations
de l'électricité atmosphérique, on réaliserait
peut-être aussi un moyen commode pour étudier ces
variations.
Je chercherai a déterminer avec plus de certitude encore
la causée de la production de ce bruissement, en l'absence
de-toute transmission télégraphique par les fils
voisins, et je serai heureux de communiquer à l'Académie
les résultats dermes recherches.
|
Même après un an
et demi après l'invention, il n'y a guerre que la presse scientifique
qui relate ces événements, il n'y a pas encore de débouché
pour cet instrument qui ne sert que pour converser de point à
point entre de rares utilisateurs.
L'un des premiers réseau en France : Retournons en Normandie,
la ou la première liaison a été établie
en décembre 1877.
En juillet 1878, M. Dutertre
installe un fil téléphonique entre sa demeure particulière
et la mairie de la petite commune de La Vaupalière dont
il est le maire.
Puis peu à peu, il ajoute de nouveaux fils: il relie le
garde champêtre distant de 1600 mètres, le receveur
des contributions, distant de 2000 mètres.
Et en mai 1879, il fait la demande officielle pour un réseau
avec 6 stations : j'ai l'intention de faire construire
un réseau complet de lignes aériennes qui relieraient
à la Mairie la recette des contributions indirectes, dont
le receveur est un conseiller municipal et le domicile du garde-champêtre.
Les mêmes poteaux serviraient à supporter des fils
spéciaux mettant en communication la Mairie avec le presbytère
et la maison de l'adjoint au maire plus le prolongement de la
ligne vers ma demeure particulière.
Les avantages généraux de cette installation seraient
de relier les extrémités de la commune avec la Mairie
d'où seraient expédiés des ordres, il serait
facile d'obtenir promptement les secours des sapeurs pompiers
ou de la gendarmerie.
En mai 1880 M. Dutertre obtient du Ministre, avec avis
favorable du préfet, l'autorisation de relier son réseau
à Maromme, le chef lieu de canton situé à
4 km de La Vaupalière.
Voici la description du réseau : "l'appareil
choisi est celui de Gower (système de Bell perfectionné).
Des études comparatives ont fait reconnaître que
le système Bell est encore celui qui a la supériorité
pour transmettre les caractères distinctifs de la voix
M. Dutertre a ajouté un ingénieux petit système
avertisseur, pour qu'il fût possible de savoir sans retard
si quelqu'un se trouvait à l'appareil sollicité
pour répondre immédiatement. Le fil est supporté
à l'aide d'isolateurs mobiles dits à queue. La portion
du fil susceptible d'être en contact avec le support est
entourée d'un morceau de caoutchouc vulcanisé. Dans
une grande étendue du parcours, les supports-isolateurs
sont piqués aux arbres de la forêt le long de la
route qui conduit à La Vaupalière. Une fois en haut
de la côte, les isolateurs sont apposés contre les
maisons; puis, sur un espace d'environ deux kilomètres,
ils sont attachés à des poteaux placés de
90 mètres en 90 mètres. En face de la mairie, un
certain nombre de fils devant provenir de différentes directions
et attendant une destination sont réunis dans un tuyau,
traversent le chemin sous terre et arrivent au système
receveur. Pendant ce cours trajet les fils sont chacun revêtus
d'une couche de gutta-percha ; cet enduit a pour but d'isoler
les courants.
Là, chaque fil est mis en rapport avec un commutateur
suisse.
Par le moyen de cet appareil, on établit la communication
avec le point téléphonique avec lequel on doit correspondre.
Les essais sont tout à
fait concluants et certifiés par le docteur Laurent,
membre de la Société Industrielle de Rouen, qui
rapporte: j'ai entendu distinctement les paroles et les phrases
émises par les personnes qui ont communiqué avec
moi par le téléphone administratif de M. Dutertre.
Le son de la voix arrive à l'oreille, de manière
à comprendre très clairement. Le timbre présente
même des différences caractéristiques qui
permettent de reconnaître la voix des personnes qui parlent
".
De son côté, M. Dutertre écrit au Directeur
ingénieur des télégraphes de Rouen : "ce
fil a fait ses preuves; gendarmes, contrôleur des contributions
directes et indirectes, percepteur, agent-voyer, l'ont tous
employé pour avoir des renseignements plus prompts; des
malfaiteurs, des conducteurs de voiture ivres ou sans lanterne,
ont pu être arrêtés, signalés au passage
par le secrétaire de la mairie' (juin 1881).
En novembre 1880,
M. Dutertre présente à ses collègues de
la Société Industrielle, un projet de "téléphonie
administrative dans les communes rurales et de son application
au service public". II montre tout d'abord la supériorité
du téléphone sur le télégraphe :
"pour un service télégraphique il faut un
employé spécial, un employé initié
aux difficultés de la marche de l'appareil télégraphique.
Avec l'appareil téléphonique, point de complications
semblables. Tout le monde est apte à parler dans un cornet
téléphonique, à mettre le cornet à
l'oreille, à écouter. Il suffit d'une explication
fort simple, d'une démonstration élémentaire
pour permettre à même une personne dont l'instruction
est très restreinte, pour ne pas dire nulle, de correspondre
par le téléphone. ".
M. Dutertre insiste ensuite
sur les profits que chaque commune rurale doit retirer du téléphone
: "je mentionnerai tout d'abord les communications qui
doivent avoir lieu dans la commune. Quand il est nécessaire
de recourir au garde champêtre, il faut avoir sous la
main quelqu'un à envoyer chez ce fonctionnaire, il faut
écrire l'ordre à transmettre, remarquez la vitesse
d'exécution avec l'emploi du téléphone.
Une communication verbale est rapidement faite et allège
le fardeau bureaucratique. Actuellement, il faut de trois à
cinq jours pour les communications de commune à commune.
Les intérêts agricoles
eux mêmes ont une part considérable à attendre
du téléphone administratif. Les dépêches
astronomiques, le cours des denrées, certains conseils
urgents, etc... pourront être propagés dans un
bref délai parmi les habitants. Il n'est pas jusqu'à
l'administration militaire pour le recrutement; lors d'une levée
d'hommes, en cas de guerre, et même la stratégie
qui n'aient à profiler largement de linstallation
en question.
En cas d'incendie, on ne saurait
encore contester qu'il soit du devoir de l'autorité municipale
de recourir le plus promptement possible, à tous les
moyens, pour faire appel aux personnes capables de porter secours.
II en sera de même s'il arrive un accident.
Un aune point essentiel que
je ne puis passer sous silence, c'est l'assistance médicale
dans les campagnes. Vous remarquerez que notre petite commune,
comme bien d'autres, est trop petite pour posséder un
médecin et un pharmacien. Les habitants sont obligés,
pour se faire soigner, de sadresser à un praticien
domicilié à une distance plus ou moins gronde
; le médecin n'est pas chez lui, est en tournée,
quelquefois dans une commune avoisinant La Vaupalière
; il retourne fort tard à son domicile où il trouve
l'adresse du malade de La Vaupalière. Le médecin,
harassé de fatigue renverra au lendemain matin la visite
à faire. Avec l'installation d'un appareil téléphonique
quelle différence ! Un appareil serait placé chez
le médecin cantonal chargé de la médecine
chez les indigents et le médecin le plus voisin de la
commune. Le médecin pourrait être prévenu
par le téléphone, chez lui et dans les communes
où il est en tournée, Il pourrait en passant à
chaque station téléphonique, s'informer s'il est
demandé. On peut dire de même pour ce qui concerne
le pharmacien et l'obtention de médicaments urgents.
Ainsi encore, au moment des
élections, pour les renseignements nombreux que les autorités
réclament ,cette installation sera on ne peut plus utile.
M. Dutertre propose ensuite
la formation dun réseau plus complet qui relierait
13 communes du canton de Maromme.
Il prévoit même des lignes supplémentaires
qui fonctionneraient dans le cas où une ligne du réseau
serait interrompue pour une cause ou pour une autre".
Après avoir pris contact avec les deux compagnies qui
exploitent le téléphone â Paris, il évalue
le coût total à 6.500 Fr dont 150 Fr par km de
fil et 100 Fr pour chaque station téléphonique.
Enfin, pour rentabiliser le
réseau, M. Dutertre propose que le téléphone
administratif soit autorisé à servir les particuliers
pour les communications privées Cela créerait
une source de revenus qui pourrait être employée
: premièrement à la défalcation des premières
dépenses d'installation , deuxièmement à
la satisfaction des frais d'entretien , troisièmement
à la rémunération des employés ou
des personnes employées à la manipulation et au
soin des appareils.
Est-il nécessaire de
préciser que ce projet fut présenté au
Conseil Général et au préfet, qu'il fut
jugé intéressant mais que, personne n'y donna
suite mis à part une demande d'enquête du Ministre
en juin 1881 qui écrivait alors : 'j'ai tout lieu de
craindre aujourd'hui que la ligne ne serve à tout autre
chose qu'à l'usage auquel elle était primitivement
destinée." Heureusement pour M.Dutertre, une discrète
vérification des gendarmes permet au préfet de
répondre : "le fil ne sert que dans un intérêt
administratif et général".
Malgré le support du
docteur Laurent, membre de la Société Industrielle
de Rouen, qui argumenta sur la supériorité dun
réseau téléphonique entre communes rurales
par rapport au télégraphe, Louis Dutertre qui
avait construit et entretenu ce réseau à ses propres
frais dans le souci de lintérêt administratif
et général dut se résoudre à en
arrêter les améliorations en labsence de
certitudes durables de la part des autorités.
|
De la Téléphonie administrative dans les communes
rurales et de son application au service public. septembre 1881
RAPPORT sur l'installation faite par M. Dutertre, maire de La
Vaupalière, membre de la Société industrielle,
etc PAR M. le D'' LAURENT.
SEANCE DU 2 SEPTEMBRE 1881.
( que vous trouverez à cette adresse https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1225841/)
MESSIEURS,
Dans la séance de novembre 1880 du comité d'utilité
publique, M. Dutertre a appelé l'attention des membres
présents sur l'application qu'il avait faite de la téléphonie
à La Vaupalière, commune dont il est maire, et
M. Mairesse a été choisi pour rapporteur. Mais
des occupations nouvelles et non prévues ont obligé
cet honorable collègue de renoncer à l'élaboration
de ce travail. C'est ainsi que, dans la séance du 20
juillet dernier, j'ai été désigné
pour vous exposer l'organisation téléphonique
installée à la mairie de La Vaupalière.
Vous vous rappelez les conférences faites à l'Hôtel-de-Ville
de Rouen, en décembre 1877, par notre collègue,
M. Gouault. Après avoir démontré les principes
essentiels sur lesquels était basé le téléphone,
le conférencier nous a parlé des détails
de sa construction et des services que cet instrument était
appelé à rendre dans un avenir plus ou moins prochain.
Je n'ai donc pas à m'occuper de la description du téléphone
ni de sa théorie. Je ne crois pas non plus qu'il m'incombe
de vous signaler dans ce rapport les améliorations successives
apportées aux appareils téléphoniques,
depuis décembre 1877. D'ailleurs, une exposition industrielle
réservée à l'électricité
est ouverte à Paris depuis le 1er août, et je suis
persuadé que chacun des membres de la Société
industrielle de Rouen sera désireux d'examiner les merveilleux
petits instruments dont l'usage se répand si rapidement
depuis la découverte de Graham Bell. Tout ami du progrès
ne peut manquer de reconnaître la nécessité
de s'initier aux améliorations qui vont permettre de
généraliser de plus en plus ce moyen de communication.
Il appartenait à notre distingué collègue,
M. Dutertre, de nous faire apprécier par la pratique
quelques-uns des services que peut procurer la téléphonie.
J'ai dit appartenait; en effet, Messieurs, la science télégraphique
est redevable à cet électricien de perfectionnements
importants, qui ont même été adoptés
par l'Administration des Télégraphes. C'est vous
faire remarquer, dès le début, quelle compétence
possède le créateur du service téléphonique
administratif dans les communes rurales.
Dès le mois de février
qui suivit la conférence (février 1878), M. Dutertre
a installé un fil entre sa demeure particulière,
à La Vaupalière, et la mairie. Puis, peu à
peu, il a ajouté de nouveaux fils à La Vaupalière
même plus tard, en avril 1880, il a relié cette
commune avec le chef-lieu du canton.
J'ai vérifié à différentes reprises
le fonctionnement de la ligne téléphonique dont
j'ai à vous entretenir. Ce fonctionnement avait été
examiné précédemment par plusieurs membres
de notre compagnie, et notamment par MM. Besselièvro,
Mairesse, Bernardini et Deshays. Ces messieurs pourraient donc
vous confirmer les résultats qui seront consignés
par moi dans ce rapport. J'ai entendu distinctement les paroles
et les phrases émises par les personnes qui ont communiqué
avec moi par le téléphone administratif de M.
Dutertre.
Etant à Maromme, j'ai conversé à La Vaupalière
avec M. Quibel, receveur des Contributions, avec M. Dutertre,
avec M. Manneville, secrétaire de la mairie. J'ai entendu,
de Maromme même, la conversation qui avait lieu à
La Vaupalière entre deux points téléphoniques
à l'un était M. Dutertre, à l'autre M.
Manneville. A La Vaupalière, je me suis entretenu avec
le secrétaire de la mairie de Maromme, M. Morel, avec
le garde champêtre et le receveur des Contributions. Le
son de la voix arrive à l'oreille, de manière
à comprendre très clairement. Le timbre présente
même des différences caractéristiques qui
permettent de reconnaître la voix des personnes qui parlent.
Il faut se rendre compte par soi-même de ces phénomènes
réellement curieux pour croire qu'il n'y a rien d'exagéré
dans les résultats publiés par les expérimentateurs.
Comment se figurer que la voix parvienne si distinctement, après
avoir parcouru une distance plus ou moins considérable,
passant par un fil très mince ? Les physiciens ont trouvé
que la vitesse de propagation du son dans le fer peut être
évaluée à 5 kilomètres par seconde.
Ici, il ne s'agit plus du son seulement, mais bien de rélectricité,
dont la vitesse de propagation est de 120,000 lieues par seconde.
Les paroles parties du point le plus éloigné du
réseau actuel mettent donc bien moins d'une seconde à
se rendre à l'autre extrémité. Leur transmission
a lieu instantanément. Enfin, étant à Rouen,
j'ai eu recours aux deux voies télégraphique et
téléphonique pour correspondre avec M. Dutertre.
Le secrétaire de la mairie de Maromme a bien voulu servir
d'intermédiaire. La dépêche télégraphique
étant adressée à M. Morel, cet employé
l'a transmise téléphoniquement, à La Vaupalière,
à M. Dutertre. Cette combinaison des deux moyens nous
a permis de correspondre plus facilement; par la voie télégraphique
seule, qui s'arrête à Maromme, on eût été
contraint d'envoyer ensuite un express à la commune de
La Vaupalière.
Mes essais ont donc été
aussi variés que possible pour m'éclairer sur
les avantages de cette installation.
La ligne téléphonique, dont il est question ici,
est constituée en ce moment par un réseau partant
de la mairie de La Vaupalière et s'étendant par
des ramifications :
1° Chez le garde champêtre de La Vaupalière
son habitation est à 1,600 mètres de la mairie
2° Chez le receveur des Contributions, dont le domicile
est à 2 kilomètres de la mairie
3° A la mairie de Maromme, chef-lieu du canton, située
à 4 kilomètres de la mairie de La Vaupalière.
Ce réseau est incomplet. Dans ses essais primitifs, limités
dans la commune seule, M. Dutertre avait installé quelques
lignes supplémentaires qu'il a été obligé
de supprimer. L'installation a donc dû rester jusqu'à
présent bornée aux ramifications précédentes.
La téléphonie
administrative dans les communes rurales est une innovation.
Malheureusement, dans notre beau pays, tout ce qui est innovation
rencontre le plus souvent des entraves diverses et puissantes.
On a à compter avec la routine, l'ignorance, les préventions,
les superstitions, etc. Aussi, dois-je dire qu'il a fallu la
force de conviction et la méritante persévérance
de notre collègue pour ne pas être rebuté
et ne pas renoncer entièrement à cette entreprise
d'utilité publique. Car, il ne s'agit pas d'une exploitation
privée, mais bien d'un réseau qui a pour but les
intérêts de la commune, les intérêts
du canton et les intérêts départementaux.
Je dois ajouter que c'est à ses frais, avec ses propres
deniers, que M. Dutertre a installé et entretient ce
service administratif. Ne sachant pas si la ligne téléphonique
serait autorisée à fonctionner, et si, par conséquent,
elle avait l'espoir d'une existence plus ou moins durable, notre
collègue a cru devoir s'arrêter dans la voie des
améliorations. Cette ligne marche aujourd'hui telle qu'elle
a été disposée tout d'abord. A La Vaupalière,
sous la main du secrétaire de la mairie, dans la maison
commune, est placé un appareil téléphonique.
A chaque point avec lequel a lieu la communication existe un
autre appareil téléphonique.
L'appareil choisi est celui de Gower (système de Bell
perfectionné). Des études comparatives ont fait
reconnaître à notre collègue que le système
Bell est encore celui qui a la supériorité pour
transmettre les caractères distinctifs de la voix. Mais
peu importe, an point de vue qui nous occupe, l'appareil mis
en usage. Il n'est pas douteux que les progrès de la
construction téléphonique feront adopter successivement
le mécanisme le plus approprié.
M. Dutertre a ajouté un ingénieux petit système
avertisseur, pour qu'il fût possible de savoir sans retard
si quelqu'un se trouvait à l'appareil sollicité
pour répondre immédiatement.
Un petit bouton à ressort donne lieu à une première
sonnerie (sonnerie d'appel), qui transmet l'avis du désir
de correspondre. Dans le système employé par M.
Dutertre, une seconde sonnerie renfermée dans une petite
boîte superposée à l'appareil fondamental,
informe de la présence d'un auditeur. On n'a pas besoin
d'attendre longtemps pour s'assurer s'il y a, oui ou non, quelqu'un
qui répondra à l'appel du point de départ.
Le fil est supporté à l'aide d'isolateurs mobiles
que l'on peut facilement fixer soit contre le tronc d'un arbre,
soit contre une maison, soit sur des poteaux. Ce sont des isolateurs
dits à queue, et dont la tige terminale s'implante très
facilement dans le bois. La portion du fil en contact et susceptible
d'être en contact avec le support est entourée
d'un morceau de caoutchouc vulcanisé. On évite
ainsi l'usure résultant du frottement que produit l'agitation
du fil par le vent.
J'ai constaté que, dans une grande étendue du
parcours, les supports-isolateurs étaient piqués
aux arbres de la forêt, le long de la route qui conduit
à La Vaupalière. Une fois au haut de la côte,
les isolateurs sont apposés contre les maisons puis,
sur un espace d'environ deux kilomètres, ils sont attachés
à des poteaux placés de 90 mètres en 90
mètres. En face de la mairie, un certain nombre de fils
devant provenir de différentes directions et attendant
une destination sont réunis dans un tuyau, traversent
le chemin sous terre et arrivent au système receveur.
Pendant ce court trajet, les fils sont chacun revêtus
d'une couche de gutta percha cet enduit a pour but d'isoler
les courants. Là, chaque fil est mis en rapport avec
un commutateur suisse. Par le moyen de cet appareil, on établit
la communication avec le point téléphonique avec
lequel on doit correspondre. M. Dutertre a appelé tout
particulièrement mon attention sur la commodité
des isolateurs qu'il a employés. C'est ainsi que notre
collègue a pu, dans l'espace de deux heures et demie
au plus, établir tous les fils sur la partie du réseau
qui va de la mairie de Maromme à la Maine. La promptitude
d'une installation a une valeur dont il est bon de tenir compte
pour la pose première ou les réparations ultérieures.
M. Dutertre considère encore comme très important
l'état de relâchement du fil de fer dans l'intervalle
d'un support isolateur à l'autre. La tension aussi exacte
que possible n'est nullement nécessaire, quoiqu'elle
soit exigée pour les lignes télégraphiques.
C'est là un résultat pratique démontré
par une expérience suffisante, puisqu'il en est ainsi
depuis la pose du fil qui va de Maromme à La Vaupalière,
c'est-à-dire depuis avril 1880 jusqu'à ce jour,
fin juillet 1881, seize mois environ.
En examinant la disposition des supports-isolateurs sur les
arbres d'une certaine hauteur, on constate facilement que lorsqu'il
fait du vent, des ouragans, les arbres sont mis en mouvement,
s'écartant et se rapprochant plus ou moins sous l'influence
des perturbateurs atmosphériques sur la cime et les branches.
Un étirement exact tend infailliblement à amener
la rupture du fil, soit par la force soutenue, soit par la brusquerie
de l'effort. On explique de cette façon la rupture assez
fréquente des fils télégraphiques soumis
aux révolutions aériennes. Or, comme M. Dutertre
l'a vérifié, l'in extension des fils téléphoniques
ne gêne en rien la transmission, et on aurait tort de
croire à une déperdition capable d'interrompre
la circulation vocale. Elle offre même un certain avantage,
en ce que la transmission téléphonique n'est pas
gênée par le bruit que le vent détermine,
lors des ouragans, dans les fils fortement tendus.
J'ai même vu que quelques poteaux avaient été
renversés dans une partie du trajet. Le 61 porte simplement
sur une haie d'épine et il n'existe pas d'interruption.
Les poteaux n'ont pas été relevés jusqu'à
présent. Ce fait est une preuve de plus de l'effet de
l'in extension du fil téléphonique.
Ces détails pratiques méritent d'être appréciés,
et tendent à démontrer la facilité de la
pose d'un trajet téléphonique. Il convient toutefois
d'isoler le fil de tout corps susceptible de propager le courant
transmis. Les corps qu'il importe d'éviter sont ceux
dénommés conducteurs de l'électricité.
Les fils installés par M. Dutertre passent dans la forêt,
à travers les feuilles, et même, sont plus ou moins
en rapport avec des ramifications de petite dimension. Jusqu'ici
on n'a pas accusé la moindre viciation dans la transmission.
J'ai parlé plus haut de préventions et superstitions
contre lesquelles tout inventeur a à lutter. Il ne faudrait
pas croire que M. Dutertre, tout maire qu'il était, n'a
eu qu'à prier ses administrés pour être
autorisé à poser ses supports-isolateurs contre
les maisons ou à la proximité des propriétés.
Un certain nombre avaient peur que les fils n'attirassent le
tonnerre. Notre collègue a dû parlementer à
maintes reprises, et tâcher de les persuader de toutes
les manières, que les voisins de fils téléphoniques
ne devaient pas redouter plus que les autres la chute de la
foudre. Les événements sont même venus favoriser
les efforts de M. Dutertre. Depuis l'installation téléphonique,
la foudre n'est tombée qu'une fois à La Vaupalière,
mais à une distance assez grande d'une maison supportant
un de ces fils, à quarante mètres environ. Ce
fait n'a pas peu contribué à rassurer les voisins
des isolateurs.
Messieurs, je ne sais si je vous ai tracé d'une façon
suffisamment explicite les traits qui doivent reproduire dans
votre esprit l'organisation téléphonique due à
l'initiative de M. Dutertre.
Notre collègue a été amené à
cette installation, la première qui existe sur tout le
territoire français, par le désir de satisfaire
à certaines parties du service administratif, et, ici,
Messieurs, je tiens à vous faire reconnaître la
supériorité réelle d'un service téléphonique
pour faire communiquer les communes rurales sur un service télégraphique
employé au même objet.
Rendons-nous bien compte des exigences d'un poste télégraphique
et comparons-les à celles d'un poste téléphonique.
Pour un service télégraphique, il faut un employé
spécial, un employé initié aux difficultés
de la marche de l'appareil télégraphique, un employé
que vous devez payer dans une certaine proportion, en raison
de ses études préliminaires. Malgré la
diffusion de plus en plus grande de l'instruction, vous recruterez
rarement cet employé parmi les habitants de la commune
rurale.
Avec l'appareil téléphonique, point de complications
semblables. Tout le monde est apte à parler dans un cornet
téléphonique, à mettre le cornet à
l'oreille, à écouter, à interrompre un
trajet, une communication à l'aide du commutateur. Il
suffit d'une explication fort simple, d'une démonstration
élémentaire pour mettre à même une
personne dont l'instruction est très restreinte, pour
ne pas dire nulle, de correspondre par le téléphone.
Veuillez approfondir toutes les conséquences de cette
facilité du fonctionnement téléphonique.
De quel prix n'est pas la simplicité de manipulation
?.
Mais voici un autre avantage non moins précieux qu'il
convient de vous signaler.
Tandis qu'avec le télégraphe vous ne pouvez faire
passer qu'un nombre de mots très limité dans un
temps donné, dans le même temps, si l'on a recours
au téléphone, on aura conversé très
longuement, et des réponses nombreuses auront été
échangées de part et d'autre; une quantité
presque incalculable de mots aura circulé. En outre,
remarquez à ce sujet ce qui a lieu dans les campagnes
pour le fonctionnement télégraphique.
Une dépêche arrive pour une commune située
à deux ou trois lieues du bureau. Les dépêches
sont assez rares. On n'a pas immédiatement à sa
disposition, comme dans les grandes villes, un employé
ou un commissionnaire pour porter la dépêche. Ce
n'est qu'après un temps plus ou moins long qu'on se procure
quelqu'un qui consente à aller remettre une lettre. Ce
commissionnaire met un certain temps à parcourir la distance
nécessaire et arriver chez le destinataire, même
quand il y met toute la célérité possible.
Que sera-ce dans le cas où le commissionnaire fera certaines
rencontres, s'arrêtera chez un ami, prendra un rafraîchissement,
etc.? Il faut ensuite rapporter la réponse au bureau
et expédier télégraphiquement cette réponse.
Quand on réfléchit à ces lenteurs obligées
d'un service télégraphique dans les communes rurales,
n'est-il pas opportun de constater au contraire, avec l'adoption
du système téléphonique, des avantages
multiples, avantages de temps, avantages d'argent ?
Je vais insister sur les profits que chaque commune rurale doit
retirer du téléphone administratif.
Si nous examinons les nécessités spécialement
administratives, je mentionnerai tout d'abord les communications
qui doivent avoir lieu dans la commune seule.
Quand il est nécessaire de recourir au garde champêtre,
il faut avoir sous la main quelqu'un à envoyer chez ce
fonctionnaire, il faut écrire l'ordre à transmettre,
il faut donc en plus le temps d'écrire cet ordre. On
peut en dire autant pour le receveur des Contributions directes
et indirectes, l'agent voyer, le commissaire. Remarquez la vitesse
d'exécution avec l'emploi du téléphone.
Une communication verbale est rapidement faite et allège
le fardeau bureaucratique. Actuellement, il faut de trois à
cinq jours pour les communications de commune à commune.
J'extrais d'une lettre officielle, adressée par M. Dutertre
à M. le Directeur, ingénieur des Télégraphes,
à Rouen, le passage suivant M. le Directeur contestait
au garde champêtre le rang de fonctionnaire et voulait,
pour la ligne qui va de la mairie de La Vaupalière chez
ce fonctionnaire, exiger une rétribution comme n'étant
pas une communication administrative.
« Le garde champêtre, écrit M. Dutertre,
insuffisamment payé est obligé d'avoir recours
à un travail manuel et ne peut être astreint à
venir tous les jours à la mairie (son habitation est
à 1,600 mètres de la maison commune). Faudra-t-il,
lorsqu'il arrivera une demande de renseignements ou un ordre,
courir le chercher à près de deux kilomètres?
(Ma commune a près de six kilomètres de longueur.)
Le secrétaire de la mairie, instituteur, ne peut ni ne
doit se déranger. »
« Ce fil a fait ses preuves; gendarmes, contrôleurs
des contributions directes et indirectes, percepteur, agent-voyer,
l'ont tous employé pour avoir des renseignements plus
prompts; des malfaiteurs, des conducteurs de voitures ivres
ou sans lanterne, ont pu être arrêtés, signalés
au passage par le secrétaire de la mairie. » (Lettre
du 7 juin 1881.) Les intérêts agricoles eux-mêmes
ont une part considérable à attendre du téléphone
administratif. Les dépêches astronomiques, le cours
des denrées, certains conseils urgents, etc pourront
être propagés dans un bref délai parmi les
habitants.
Il n'est pas jusqu'à l'administration militaire pour
le recrutement, lors d'une levée d'hommes, en cas de
guerre, et même la stratégie qui n'aient à
profiter largement de l'installation en question.
En cas d'incendie, on ne saurait encore contester qu'il soit
du devoir de l'autorité municipale de recourir, le plus
promptement possible, à tous les moyens, pour faire appel
aux personnes capables de porter secours. Le téléphone
administratif sera encore là dans son rôle. Il
en sera de même s'il arrive un accident. Un autre point
essentiel que je ne puis passer sous silence, c'est l'assistance
médicale dans les campagnes.
Pour ne parler que de La Vaupalière, vous remarquerez
que cette petite commune, comme bien d'autres, est trop petite
pour posséder un médecin et un pharmacien. Les
habitants sont obligés, pour se faire soigner, de s'adresser
à un praticien domicilié à une distance
plus ou moins grande. Actuellement, il faut aller à Maromme,
à Notre-Dame-de-Bondeville, à Déville,
etc. Il faut un certain temps pour se rendre à la demeure
du médecin le médecin n'est pas chez lui, est
en tournée, quelquefois dans une commune avoisinant La
Vaupalière. La personne envoyée ne peut revenir
assez tôt pour l'atteindre dans cette autre commune, d'où
le praticien, continuant ses visites dans une autre direction,
est parti pour retourner fort tard à son domicile où
il trouve l'adresse du malade de La Vaupalière. Le médecin,
harassé de fatigue, renverra au lendemain matin la visite
à faire. Quel est celui qui souffre le plus de tous ces
retards ? C'est le pauvre malade.
Avec l'installation d'un service téléphonique,
quelle différence Un appareil serait placé chez
le médecin cantonal, chargé de la médecine
chez les indigents ou le médecin le plus voisin desservant
la commune de La Vaupalière. Le médecin pourrait
être prévenu par le téléphone, chez
lui et dans les communes où il est en tournée.
Il pourrait, en passant à chaque station téléphonique,
s'informer s'il est demandé.
On peut en dire de même pour ce qui concerne le pharmacien
et l'obtention des médicaments urgents.
Je n'ai pas la prétention d'avoir énuméré
tous les services que le téléphone administratif
est appelé à rendre dans les communes rurales.
Ainsi encore, au moment des élections, pour les renseignements
nombreux que les autorités réclament, cette installation
sera on ne peut plus utile.
Comme vous pouvez vous en rendre compte, elle facilitera considérablement
les relations de commune à commune et les relations de
chaque commune avec le chef-lieu de canton. Il y aura évidemment
plus de célérité dans l'envoi des documents
et des rapports, etc.
Messieurs, notre collègue,
M. Dutertre, en établissant le téléphone
administratif de La Vaupalière à Maromme, s'est
surtout préoccupé de servir les intérêts
de sa commune et de la région qu'il habite. Il a étudié
la formation d'un réseau qui comprendrait tout le canton
de Maromme.
Je mets sous vos yeux le tracé de ce réseau qui
intéresse treize communes, dont Maromme qui est le chef-lieu
de canton des douze autres.
(Voir pl. XIX.) représente la ligne téléphonique
qui fonctionne actuellement entre la Vaupalière et Maromme.
Les tracés indiquent les communications projetées
avec les autres communes.
Les lignes représentent des lignes supplémentaires
qui fonctionneraient dans le cas où une ligne du réseau
serait interrompue pour une cause ou pour une autre.
Le tracé proposé par M. Dutertre paraît
à notre collègue constituer ce qu'il y aurait
de plus économique et ce qui répondrait le mieux
à toutes les exigences des relations administratives.
La longueur du tracé est d'environ 36 kilomètres,
l'évaluation maximum de la dépense est de 150
fr. par kilomètre. Il faut ajouter 100 fr. par chaque
station téléphonique. Ce serait un total d'environ
6,500 fr.
Les lignes pointillées ne sont pas comprises dans les
frais. Chaque commune pourrait ensuite compléter les
lignes ci dessus, suivant les différents besoins, au
point de vue de la bienfaisance ou assistance (service médical,
service des incendies, etc.), au point de vue de la sécurité
(gendarmerie, garde champêtre, etc.), etc.
Je croirais sortir du cadre
de cet exposé en essayant d'esquisser les ramifications
que réclameraient ces divers services dans chaque commune.
Après ce que je viens de dire, il suffit de les énoncer
pour avoir une idée satisfaisante de leur utilité
et de la facilité de leur établissement.
Avant de clore ce rapport, permettez-moi
de vous lire un passage emprunté à un livre paru
récemment (1881) sur les télégraphes, par
Ternant (Bibliothèque des Merveilles), page 54.
« Alors qu'en France, le service des communications
téléphoniques se limite à Paris, en ce
moment on compte actuellement dans le nouveau monde quatre-vingt-cinq
villes qui se servent de ces installations. A Chicago, il y
a 3,000 abonnés, 600 à Philadelphie, autant à
Cincinnati, un nombre sans cesse croissant à New-York,
et le chiffre des personnes abonnées aux compagnies téléphoniques
en Amérique dépasse 70,000. »
Ce passage n'est pas, je crois, tout à fait exact quant
à la France. Si je suis bien informé, nous avons
dans notre département quelques installations téléphoniques
privées. Si les nouvelles inventions y rencontrent un
nombre considérable de sceptiques, nous possédons
des amis du progrès qui sont bien aises d'encourager
les inventeurs. Il y a aussi des industriels qui s'empressent
d'expérimenter les innovations. Ils sont en petit nombre,
il est vrai, mais il en existe et il importe de stimuler leurs
idées généreuses.
Si le téléphone administratif était autorisé
à servir les particuliers pour les communications privées,
on créerait une source de revenus qui pourraient être
employés à : 1° la défalcation des
premières dépenses d'installation; 2° à
la satisfaction des frais d'entretien; 3° à la rémunération
des employés ou personnes préposées à
la manipulation et au soin des appareils. Mais à ces
résultats qu'il est nécessaire d'envisager quand
une organisation est à fonder et qui constituent la partie
matérielle de l'uvre, viennent s'en adjoindre qu'on
ne peut passer sous silence.
En facilitant les communications
entre les communes d'un même canton, en facilitant les
communications entre les habitants de ces communes, on multiplie
les éléments de progrès, on augmente les
moyens de développement de l'intelligence, et par cela
même de développement du commerce et de l'industrie,
on ouvre la véritable voie de prospérité
d'un pays quel qu'il soit, tout en contribuant aussi à
assurer son bien-être.
Si l'établissement d'un téléphone administratif
est déjà une amélioration considérable
pour une population, l'adjonction de la téléphonie
privée est un complément nécessaire et
je ne doute pas que les hommes qui ont souci de l'intérêt
général ne s'efforcent de concourir à un
but aussi louable, en contribuant de leur influence et même
de leurs capitaux.
CONCLUSIONS.
Pour résumer les développements donnés
dans le cours de ce rapport, me servant des expressions citées
précédemment, je puis dire sans crainte d'être
démenti le téléphone administratif de La
Vaupalière à Maromme a fait ses preuves.
Je dois en même temps faire ressortir :
1° Les avantages inhérents au fonctionnement d'un
service téléphonique dans les communes rurales;
2° La supériorité du téléphone
sur le télégraphe pour les communications des
habitants des campagnes;
3° Enfin, l'initiative de notre collègue, M. Dutertre.
L'installation dont je vous ai entretenu est due à sa
spontanéité. C'est la première de ce genre
sur le territoire français et je crois qu'il importe
de lui donner tout le développement que mérite
son utilité incontestable.
Le comité d'utilité
publique a l'honneur de proposer 1° De solliciter le concours
de la Société industrielle en faveur d'un projet
qui, d'ailleurs, émane d'un de ses membres; 2° Que
MM. les membres de la Société veuillent bien inviter
son Bureau à prier M. le Préfet de soumettre à
l'approbation de MM. les membres du Conseil général
l'achèvement du réseau téléphonique
du canton de Maromme.
Le fonctionnement de ce réseau
servirait de type à l'établissement de réseaux
semblables dans les autres cantons de la Seine-Inférieure.
|
Beaucoup de constructeurs et d'ingénieurs réaliseront
de merveilleux systèmes, des téléphones plus ou
moins astucieux, élégants ... pour le bonheur des collectionneurs
d'aujourd'hui, retenons les principaux :
Aboillard - Ader -
Atea - Bailleux -Berliner - Berthon
- Blake - Bourseul
- Breguet - Burgunder - Charron-Bellanger
- Crossley - D'Arsonval
- Delafon - Digeon - Duchatel - Ducousso - Dunyach-Leclerc - Edison-
Eurieult - Gallais - Grammont - Jacqueson
- La Séquanaise - Maiche - Milde - Morlé-Porché
- Morse - Albank - Nee - Ochorowiz - Pasquet
- Pernet - Picart-Lebas - Radiguet - Roulez
- Rousselle-Tournaire - S.I.T - Tavernier - Vande-Meerssche - Wery -Wich
.... (voir la page les téléphones)
En premier on trouve dans le livre "Le
téléphone expliqué à tout le monde"
de Giffard en février 1878, un bon aperçu des faits,
des discours, des croyances .... de l'état de l'art à
cette date.
Dans la presse scientifique dès 1878 et 1879 comme dans le premier
numéro de "La lumière électrique" de
1879", on trouve la description du dispositif Ducretet ,
Perrodon, Siemens ... Récits de Th
Dumoncel
Modèle Ducretet
Du catalogue Ducretet, 30 Francs de l'époque.  
...
Ader continue ses expérimentations
et déposa plusieurs brevet dont :
Brevet du 02 décembre 1879 US222118
MAGNET-TELEPHONES.
Brevet du 27 février
1879 Récepteur téléphonique à vibration
moléculaire électro-magnétique, vue dans le Scientific
American Supplément 178
ADER s'attacha tellement à sa première découverte
que, la perfectionnant sans cesse, il ne prit pas moins de cinquante
brevets successifs entre 1878 et 1884.
Nous le relirons un peu plus tard que Ader écrivit à M.
Chaumet, sous-secrétaire aux postes, pour l'informer qu'il était
disposé à donner à l'État la marque des
récepteurs-Ader "dont il pourrait exclusivement se servir".
La réponse vint à quelque temps après sous la sous
forme d'un avertissement de l'administration des P.T.T. lui réclamant
le paiement de sa ligne téléphonique personnelle. Ader,
inventeur des appareils téléphoniques français,
répondit qu'il ne paierait pas, laissa couper sa ligne et jamais
plus de sa vie n'eut de téléphone à son domicile.
A cette Période dans la presse locale on peut découvrir
à cette même période l'invention de Edison
le PHONOGRAPHE
Dans La
Semaine du Clergé
du 10 Octobre 1877 figure le premier article relatif à l'invention
du phonographe, signé Le Blanc.
Sous le pseudonyme de ce chroniqueur scientifique se cache l'abbé
Lenoir, un ami de Charles Cros.
Pour la première fois, le mot phonographe est employé
pour désigner l'invention décrite quelques mois plus tôt
par le poète dans son pli cacheté adressé le 18
avril 1877 à l 'Académie des Sciences.
Ouvrons une parenthèse sur le phonographe d'Edison :
la même année que Charles Cros, le 17 juillet 1877, Thomas
A Edison décrit un appareil qui enregistre un message télégraphique
sur du papier qui ensuite pouvait être envoyé de nouveau
par télégraphie. Il en conclut qu'un message téléphonique
peut être enregistré de la même manière.
On a là l'exemple d' une fécondation croisée de
deux techniques, celle du télégraphe et du téléphone.
(clic sur l'image pour voir le document origine).
Le matin suivant, il se rend compte qu'il n'enregistre pas seulement
un message mais un son.
18.- Juillet 1877 - Esquisse d'un " appareil parlant " 
Une fois esquissé, il fera réalisé le prototype
par son assistant John Kruesi du 4 au 6 décembre 1877. Thomas
A Edison teste alors la nouvelle machine en chantant "Mary had
a little lamb." A sa grande surprise, la " machine parlante
" répèta la chanson.
Il en fit ensuite la démonstration dans les bureaux du Scientific
American à New York City qui relate l'évènement
dans son édition du 22 décembre 1877. Auparavant, Thomas
A Edison avait déposé sa demande de brevet le 19 décembre
1877 pour son "phonographe".
Le brevet fut accepté le 17 fèvrier 1878 et décrivait
un appareil très simple.

Archives Edison "
The Edison papers " Antoine Bréguet, dans la Revue des
deux mondes de juillet-août 1878 sur « La Transmission
de la parole : le phonographe, le microphone, laérophone
», insiste sur laptitude du Nouveau Monde à concevoir
mais surtout mettre en uvre les avancées du progrès
technique.
" Aux Etats-Unis, tout devient franchement commerce
Thomas Edison est peut-être lexemple le plus frappant de
notre époque dun physicien prodigieusement fécond
qui nest jamais tenté de recherches abstraites
Nous avions annoncé, il y a déjà plus de six mois,
quun appareil capable denregistrer les sons de la voix humaine
était sur le point de faire son apparition. Cette prophétie,
alors presque téméraire, sest réalisée
aujourdhui. Plusieurs esprits distingués soccupaient
à la fois de trouver une solution de ce séduisant problème.
Cest à lAmérique que revient la gloire davoir
présenté le premier phonographe, le seul encore pour le
moment. Il est difficile de concevoir un appareil plus simple que celui
dEdison."
A propos de ces deux inventions le Téléphone et
le Phonographe il y a un beau récit d'un journaliste
Maurice Dreyfous à Paris, en 1913
" Ce
qu'il me reste à dire : un demi siècle de choses
vues et entendues (1848-1900)" :
...
J'étais installé rue de la Bourse depuis fort peu
de temps, lorsque je reçus la visite d'un jeune journaliste
prodigieusement débrouillard, qui était accompagné
d'un Américain à grosses lunettes d'or, parlant
fort mal le français, lequel avait nom Roosevelt.
Tous deux m'invitèrent à venir voir, dans une boutique
située juste en face de chez moi, un instrument bizarre,
que Roosevelt désignait sous le nom de plume électrique.
(Il prononçait « le ploume électric ».)
C'était la plus stupide de toutes les inventions. Elle
consistait en une sorte de petite batterie électrique actionnant
une aiguille, prise dans un tube. On écrivait en tenant
le tube comme un porte-plume. L'aiguille toujours en mouvement
piquait d'une série de petits trous un papier sur lequel,
on étendait, au moyen d'un. rouleau de l'encre d'imprimerie.
Grâce à ce dispositif, on pouvait faire un nombre
indéfini de copies.
C'est cet objet inepte que le groupe d'Américains installé
rue de la Bourse considérait comme des plus extraordinaires
et destiné à les enrichir.
Ce groupe d'Américains comportait trois personnages principaux
: Roosevelt déjà nommé, Graham Bell, que
les autres avaient l'air de considérer comme un personnage
de médiocre importance, et enfin, un homme actif, insinuant,
toujours en vedette, aimable, empressé, qui n'était
ni grand ni petit, plutôt gras que maigre.
Alors que les autres jargonnaient à peine le français,
il le parlait à peu près bien, mais avec un accent
difficile à définir, ni anglais, ni allemand, ni
français non plus. Il parlait pour eux tous, il était
le metteur en uvre de toute l'aventure.. Il n'avait pas
le sol, et il eût été très difficile
de lui assigner une profession définie. Il se targuait
vaguement du titre de docteur en médecine, mais il ne se
parait jamais de ce titre dans ses relations qui, alors, n'étaient
pas très étendues. Il se contentait de s'appeler,
avec une aimable simplicité, Cornélius
Herz.
A côté de la plume électrique, il y avait
trois inventions :
1 - Une lampe électrique au charbon dont l'un des charbons
était en forme de tige comme celui des appareils de démonstration,
en usage dans les laboratoires d'étude, tandis que l'autre,
là résidait la nouveauté était en
forme de pion de damier. Un mouvement d'horlogerie l'animait d'un
va-et-vient et la largeur de la surface productrice d'étincelles
multipliait les ressources d'incandescence. Nos inventeurs comptaient
beaucoup sur cette lampe je crois que leurs espoirs ont été
déçus. Tout au moins a-t-elle eu l'avantage de servir
de guide aux ingénieurs qui ont créé les
lampes électriques au charbon encore en usage aujourd'hui.
2 - Il y avait bien aussi, dans la boutique où nos inventeurs
exhibaient la plume électrique, un drôle de joujou,
une drôle de mécanique.
Au moyen d'un cornet, d'une sorte de porte-voix retourné,
on envoyait des paroles sur un petit appareil posé sur
un cylindre bardé comme un perdreau d'une pâte sur
laquelle on collait une feuille d'étain très mince.
Tout en parlant dans le cylindre, on tournait une petite manivelle
qui faisait reculer le cylindre à mesure qu'on parlait.
Puis, cette première manuvre étant terminée,
on actionnait la manivelle dans le sens opposé, et la mécanique
répétait, avec une voix de polichinelle essoufflé,
ce qu'on venait de dire dans le cornet récepteur.
Ces messieurs comptaient sur cette amusante machine pour l'exploiter
sur les champs de foire.
Ils l'avaient, dès le premier jour, appelée phonographe.
3 - Enfin, dans la même boutique, se trouvait un petit appareil
dont ses importateurs voyaient vaguement l'application pratique.
Il se composait d'une paire de tubes de bois surmontés
d'une rondelle qui leur donnait l'aspect d'une patère de
rideaux.
Tout un mécanisme spécial s'y trouvait enfermé,
les deux appareils étaient reliés entre eux par
un fil métallique, recouvert de soie.
On mettait l'un d'eux devant sa bouche, et l'autre à l'oreille
du voisin, le voisin, alors, entendait ce qui avait été
dit dans l'autre tube.
C'était encore un joujou. Toutefois ce joujou, présenté
à l'Académie des Sciences par l'illustre Bréguet,
avait déjà été pris au sérieux
dans le monde savant. Lorsque l'Académie des Sciences fut
appelée à le voir, il n'en existait que deux exemplaires.
C'était le téléphone de Graham Bell.
Elle le reçut avec une curiosité froide et défiante.
Au sortir de la séance, Graham Bell n'eut rien de mieux
à faire que de le replacer dans la boutique de la rue de
la Bourse, où il fonctionna pour la joie des voisins.
A quelques jours de là, Graham Bell et Cornelius Roosevelt,
flanqués de l'inévitable Cornelius Herz, tout joyeux,
me racontaient le succès d'une première expérience
qu'ils venaient d'exécuter entre une maison de la rue Vivienne,
et une maison de la place de la Bourse située à
une centaine de mètres de celle-ci.
C'est là que fut donné le premier coup de téléphone
qui ait retenti en France, et peut-être même en Europe.
Cornélius Herz se démena, intrigua jusqu'à
ce qu'il eût abordé le ministre compétent,
et obtenu de lui l'autorisation de se servir des lignes télégraphiques
pour faire un essai de conversation entre Versailles et Paris.
L'expérience réussit, on causa entre le palais de
Versailles, et le cabinet du Ministre.
Le lendemain, l'invention. du téléphone était
lancée.
Il ne restait plus qu'à la vulgariser pour arriver à
l'exploiter. C'était là une grosse affaire.
Cornelius Herz s'y employa, avec intelligence et ténacité.
Il ne se faisait point faute de chercher, partout où il
le pouvait, les gens qui consentiraient à s'abonner au
téléphone, même en payant très bon
marché. Il n'en trouvait guère.
Le phonographe réussit beaucoup plus facilement que le
téléphone. Le jeune journaliste qui marchait de
pair avec la troupe d'Américains, eut l'idée ingénieuse
d'organiser des auditions du phonographe dans une salle du boulevard
des Capucines, ordinairement consacrée à des conférences.
La première représentation du phonographe est restée
pour lui et pour moi quelque chose de mémorable.
La stupéfaction des invités, en entendant cette
mécanique, qui parlait toute seule, fut bien l'une des
impressions les plus bouffonnes que jamais des hommes aient ressenties.
Un employé spécial faisait un boniment qu'il commençait
chaque fois en ces termes
« Monsieur le phonographe, parlez-vous français ?
» L'appareil ripostait en nasillant Oui,monsieur. Oui, oh!
alors c'est très bien! » Nos auditeurs se tordirent
de rire, mais leur gaîté devint délirante
lorsqu'on eut placé des chanteurs de l'Opéra devant
l'appareil et quand la mécanique proclama, sur l'air de
Guillaume Tell, et avec des accents de baryton traduits par Polichinelle
A mon pays je dois la vie, Il me devra la liberté
Le tout se terminait par un couac et par un bruit de friture spécial
et jusqu'alors inconnu.
Pendant tout l'hiver, chaque soir, moyennant dix ou vingt sous
par personne, le phonographe proclama, devant des salles pleines,
qu'il parlait français ; qu'il était très
bien et qu'il avait été inventé par Edison.
Puis chose assez curieuse pendant bien des années, les
représentations de phonographes furent abandonnées
aux seuls tenanciers des baraques foraines.
Quant au téléphone, il a subi bien des transformations,
mais il n'en reste pas moins que l'appareil de Graham Bell, en
sa forme primitive ou à peu près, existe encore
d'une façon courante dans certains postes téléphoniques.
On eut bien vite oublié la quasi indifférence qui
l'a accueilli à son début au temps où Roosevelt
et ses partners coiffés de leur idée « du
ploume électric» ne le présentaient qu'en
seconde ligne.
Maurice Dreyfous Paris, 1913 |
C'est Tivadar Puskas,
Hongrois et collaborateur favori d'Edison,
qui inspiré par les commutateurs télégraphiques
à barres, conçut le premier l'idée du commutateur
téléphonique central, ainsi que l'atteste le témoignage
d'Edison, en possession de la famille de Puskâs
Le 5 décembre 1878 Puskas représentant des intérêts
de Thomas Edison en Europe, fonde La Société
du Téléphone Edison
.
Cest la deuxième société de téléphonie
en France, Puskas dans une maison de l'avenue de l'Opéra,
ouvre le premier central téléphonique parisien.
Sur les téléphones du début, le courant microphonique
ne parcourait pas de grandes distances, c'est Edison qui trouva le moyen
de solutionner ce handicap en introduisant la bobine d'induction
permettant de franchir de grandes distances.
La bobine schéma
de connexion entre deux postes avec piles
La sonnerie
Dans un premier temps les vibrations
faites par l'appareil suffisait pour se manifester comme sur l'appareil
Gower ou Siemens,
En 1878 C'est Watson qui adapta la sonnerie au besoin du téléphone
pour appeler le correspondant. Les sonneries d'appel appliquées aux
services téléphoniques ont été combinées de diverses manières. Quand
on emploie les sonneries trembleuses, il devient nécessaire d'employer
une pile, plus tard en 1879 Edison Brevetea
la "Magnéto Electric Machine", la fameuse "magnéto"
qui équipera beaucoup d'appareils dans le monde. Relier les abonnés
entre eux : en 1878 c'était la prochaine étape a franchir.
Un récepteur, un transmetteur,
une pile, une bobine, une sonnette, un bouton ou une magnéto
et des fils : nous
avons tous les ingrédients pour pouvoir communiquer d'un
point à un autre, et pour communiquer à travers
un réseaux de personnes, il ne manquait plus qu'un organe
central pour mettre en connexion les abonnées.
C'est le début des centraux manuels gérés
par des opérateurs. (Voir la rubrique
Bell son invention, le premier switchbord de New Haven ...
)
Communément appelé RTC, le « Réseau
Téléphonique Commuté », est la technologie
historique utilisée pour fournir un service de téléphonie
fixe. Il est à différencier du réseau
physique en cuivre (la boucle locale cuivre) qui est le support
physique et qui aboutit le plus souvent à une prise physique
dans les locaux des abonnés. La boucle locale cuivre permet
la transmission de la téléphonie via le RTC, |
.jpg) Ader
Gower 
Les commutateurs (switchboard) des premiers bureaux centraux
téléphoniques à PARIS étaient identiques
aux commutateurs utilisés par le télégraphe.
Les lignes étaient unifilaires et reliées à
l'une des barres du commutateur, les barres de l'autre série
communiquaient «chacune avec un appareil».
Un bouchon (bâton de cuivre) établissait la connection
entre les barres métalliques.
C'était la terre qui bouclait le circuit et reliant les
abonnés deux à deux.
En même temps en 1878, M.Bourbouze publiait le résultat
de ses expérimentations : Suppression du fil de retour dans l'emploi
du téléphone.
Note de M. Bourbouze.
J'ai l'honneur de faire connaître à l'Académie
les résultats que j'ai obtenus en appliquant au téléphone
la disposition qui est employée en télégraphie.
Hier, dans l'ancien collège Rollin, j'ai fait une série
d'expériences qui peuvent se résumer ainsi. Mon collaborateur,
M. Barraud, et moi, nous étant placés aux extrémités
du jardin, c'est-à-dire à 70 mètres de distance,
nous avons d'abord, pour nous assurer du fonctionnement du téléphone,
correspondu au moyen du double câble; puis, nous avons
supprimé un fil, et nous avons, chacun de notre côté,
fermé le circuit par la terre, au moyen de lames de cuivre doré
d'environ 1 mètre de long et 2 centimètres de large, enfoncées
dans le sol du jardin à 40 o u 50 centimètres de profondeur.
Nous avons pu constater que les sons se produisaient alors avec bien
plus de netteté. Lorsqu'on supprimait la communication avec la
terre, aucun son n'était perceptible.
Guidé par les résultats que j'ai obtenus pour la télégraphie
sans fils, je me propose de répéter ces expériences
dans les conditions où je me suis déjà placé;
j'aurai l'honneur de présenter à l'Académie le
résultat de ces nouvelles recherches. »
Tivadar Puskás Ingénieur et inventeur Hongrois
qui après avoir étudié le droit à
Vienne, des études d'ingénieur à l'université
de Budapest, émigre en 1866 à Londres, puis en 1873
part travailler aux États-Unis, où il collabora
avec Thomas Edison et son équipe, pour créer
le « Telegraph Exchange », un multiplex qui aboutit
à la construction du premier centre manuel expérimental,
il fut inauguré par la Bell Telephone Company à
Boston en 1877.
En février 1878, en collaboration avec Edison,
il introduit le phonographe en Europe puis décide
de s'installer à Paris.
Après lexposition universelle de 1878, il se rapproche
de Josuah Franklin Bailey qui
représente les intérêts dElisha
Gray.
Les deux hommes sassocient avec Georges Alexis Godillot
qui leur amène le capital nécessaire pour créer
une nouvelle société.
En contrepartie, ce dernier impose un de ses jeunes ingénieurs,
Louis Alfred Berthon,
pour le poste de directeur technique.
La société A. Berthon et Compagnie, dite
Société du Téléphone Edison,
a pour objet « lexploitation des brevets français
apportés à la Société pour les téléphones
parlants et leurs accessoires
En 1879 Puskás reviendra en Hongrie et, en collaboration
avec son frère (Ferenc), il construisent des centraux
manuels sur le territoire de l'empire austro-hongrois, ainsi
que le premier véritable centre téléphonique
manuel de grande envergure à Paris en premier, en
Europe, à Marseille, à Budapest ... . |
La légende raconte que le mot « Allô
! » (ou « ha-lo ! ») utilisé internationalement
pour les appels téléphoniques vient du hongrois, parce
que le pionnier du téléphone Tivadar Puskás lors
de son premier essai répondit : « Je vous entends »,
ce qui se dit en hongrois : hallom, et les étrangers qui
assistaient à cette expérience reprirent ce mot sous la
forme d'une onomatopée, qui devint internationale à
l'exception des Italiens qui disent pronto!, des Portugais qui disent
estou?/estou, sim?, ou des Japonais qui disent mushi mushi.
Selon une autre source, ce mot viendrait du terme anglais, «
haloo » utilisé par les bergers normands installés
en Angleterre après linvasion de Guillaume le Conquérant
au XIème siècle, pour sappeler ou pour rassembler
leurs moutons.
Selon les dictionnaires le mot proviendrait dune salutation
que les marins anglais échangeaient d'un bateau à l'autre
et qui sapellait « Hallow ».
«allô » est la version française de
«hello »
La forme écrite de « Hello » nest apparue qu'après
1880 alors que le mot est devenu la salutation la plus courante au téléphone
en Amérique et par la suite dans le monde entier.
Le 21 août 1879, le premier central téléphonique
européen, The Telephone Company Ltd, ouvre à Londres.
Il est situé au 36 Coleman Street. The Telephone Company Ltd
avait une capacité de 150 lignes et a ouvert avec environ 8 abonnés.
1878-79
LE TÉLÉPHONE EN FRANCE : MONOPOLE OU CONCESSION
?
|
1878, création de lÉcole Supérieure de
Télégraphie Ou lémergence dun nouveau
métier : ingénieur des télégraphes.
Les modalités dintégration à lÉcole
sont quasiment identiques à celles en vigueur aujourdhui.
Il y a bien sûr les élèves de lÉcole
Polytechnique, classés daprès leur rang de sortie
dans les télégraphes. Il existe également un concours
externe, ouvert aux licenciés ès sciences, aux anciens
de lÉcole Polytechnique, de lÉcole Normale
Mais lÉcole est aussi destinée à offrir des
chances de promotion au personnel télégraphiste. Ils doivent
réussir un concours interne.
 |
Louis-Adolphe
Cochery, président du Congrès de l'Union
postale à Paris en 1878, fut le fondateur de lÉcole,
il en attend deux effets de cette sélection.
Le premier est social : si lorigine des candidats est variée,
leur avancement dans le service après leur sortie a lieu
dans des conditions identiques. Les distinctions dorigine
disparaissent définitivement.
Le second effet sera denrichir le corps des ingénieurs
: « donner à lÉtat, des fonctionnaires,
non seulement au courant de la science actuelle, mais prêts
encore à en hâter les progrès ». |
Le premier directeur de lÉcole
fut Edouard Blavier, secondé par Ernest Mercadier
qui devait par la suite sillustrer comme directeur des études
de lÉcole Polytechnique.
Cest lui qui y fit installer lélectricité,
dimportation toute récente en Europe.Cest pourquoi
largot de lX a désigné cette lumière
par le terme de « merca ». Avec linvention du télégraphe
électrique par Samuel Morse en 1837 et la mise au point du téléphone
par Alexander Graham Bell aux États-Unis en 1876, les premiers
besoins en formation se font rapidement et cruellement sentir.
Le lundi 4 novembre 1878 souvre lÉcole Supérieure
de Télégraphie, ancêtre de lENST,
le Service des Télégraphes vient dêtre uni
à celui des Postes au sein dun Sous-secrétariat
des Finances.
Sur le plan administratif on
est en pleine réorganisation : l'heure n'est peut-être
pas bien choisie pour prendre en charge une invention nouvelle.
Le 1er
mars 1878, Adolphe Cochery
fut nommé, au sein du sous-secrétariat d'État
aux Finances, directeur du service des Postes et
Télégraphes,
Un évènement majeur se produit en janvier 1879 :
Jules Grévy succède au maréchal de Mac Mahon.
Son premier gouvernement, présidé par William Waddington,
décide la création dun ministère des
Postes et Télégraphes.
Il est confié à Adolphe Cochery, républicain
de centre gauche et artisan obstiné depuis dix ans de la
fusion des Postes et des Télégraphes ; il devient
le premier ministre des P&T.
Il occupera ce poste dans huit gouvernements successifs jusqu'au
30 mars 1885.
Il fut à l'origine de l'Exposition internationale d'Électricité
(Paris, 1881) et présida la première Conférence
pour la protection des câbles sous-marins.
Ci-contre : gravure représentant M. le Ministre des Postes
& Télégraphes - Adolphe Cochery - par Néraudau
- Musée de la Poste.
|
agrandir |
La diversité des techniques
qui apparaissent sur le marché, depuis le télégraphe
électrique au téléphone en 1875, traduit lattitude
de lÉtat de ne pas développer les innovations
lui-même et de laisser linitiative privée sen
charger. Le cas de figure du réseau téléphonique
est en ce sens exemplaire.
Adopter le modèle du télégraphe et développer
un grand réseau public ?
Ou bien en concéder l'exploitation à des compagnies
autorisées ? En
ce début d'année 1879 la
balance penche plutôt en faveur de la concession pour bien des
raisons. La concession ne
représenterait pas une innovation absolue. Il y a des précédents.
C'est une procédure prévue par la loi de 1851 qui régit
le monopole des communications en France et elle a été
abondamment utilisée pour le développement des lignes
de télégraphie sous-marine. Sur le plan juridique, il
n'y a donc pas de problème.
L'exploitation sous forme de concession est à la mode dans
les milieux économiques.
Les capitaux français se désengagent peu à peu
des grosses opérations du type compagnie de Chemin de fer et
se portent volontiers vers des secteurs à mi-chemin de l'industrie
et des services souvent protégés par des monopoles comme
les Compagnies urbaines du gaz, de l'eau ou des omnibus qui se multiplient
alors.
Enfin l'application stricte du monopole d'exploitation des réseaux
de communications par l'État ne semble pas indispensable dans
le cas du téléphone.
Elle se justifie surtout (pour des raisons de sécurité)
dans le cas des grands réseaux capables de couvrir l'ensemble
du territoire.
Or le téléphone en 1879 est bien loin de prétendre
à de semblables performances. Au cours de l'année 1878
on s'est enquis des possibilités réelles de la nouvelle
technique : elles semblent minces.
Linvestissement de lÉtat
consenti pour le développement du télégraphe
naura pas lieu pour le téléphone. Les services
sont en pleine réorganisation, le débat entre attribuer
des concessions, selon le modèle utilisé par le Second
Empire pour développer le chemin de fer, à des opérateurs
ou établir un monopole nest pas tranché. Le ministre
Cochery décide de créer une commission dexamen
pour évaluer les différents systèmes téléphoniques.
|
La décision du ministre
est prise : on procédera par concessions, mais par concessions
provisoires de cinq ans renouvelables.
Le 26 juin 1879, est publié le cahier des charges
fixant les conditions auxquelles les compagnies candidates pourront
exploiter des réseaux téléphoniques urbains.
Commencent alors 10 ans d'expérience libérale.
Adolphe Cochery autorise les entrepreneurs
de l'industrie privée (qualifiés dans le texte de
Permissionnaires) à construire et à exploiter dans
certaines villes des réseaux téléphoniques
en fixant ses clauses et conditions.
Cet arrêté en substance :
- précise la durée des autorisations concédées
à l'industrie privée pour 5 années. Autorisations
éventuellement renouvelables.
- précise que lÉtat peut racheter de plein
droit les équipements de l'industrie privée quand
il le souhaite, à un prix négocié par les
deux parties, ou en cas de désaccord par des experts.
- ajoute que l'exploitation sera soumise au contrôle de
lÉtat : les agents du Service du Télégraphe
désignés par le Ministre pourront pénétrer
dans les locaux téléphoniques à toute heure
du jour ou de la nuit pour y exercer le contrôle qu'il appartiendra
d'accomplir.
- fixe les conditions, notamment financières d'entrée
dans le dispositif, de versement de cautions pour couvrir leur
faillite éventuelle, droit d'usage annuel, redevances régulières
de l'industrie privée.
- précise que les tarifs et les conditions tarifaires seront
fixés par le Ministre des P&T à sa volonté.
- ajoute que les tarifs proposés aux clients devront être
les mêmes pour tous (dans le réseau considéré),
les tarifs de faveur étant strictement interdits. |
Le monde scientifique fut informé
par "Le journal télégraphique du 25 octobre
1879"
Trois Compagnies téléphoniques
exploitant, l'une le système Bell, l'autre le système
Edison, la troisième le système Gower, sont actuellement
établies à Paris, pour desservir les communications
spéciales qui seraient demandées par des établissements
ou des particuliers. Un arrêté récent du Ministre
des postes et des télégraphes (le France a réglé
les clauses et conditions auxquelles les communications pourraient
être installées et exploitées.
Nous résumons ici les principales dispositions de cet arrêté.
Les fils extérieurs de communication sont établis
et entretenus par le service télégraphique, aux
frais exclusifs des permissionnaires et à la charge par
eux de se munir des autorisations nécessaires auprès
des municipalités ou des propriétaires d'immeubles
qui seraient affectés par la présence des fils et
de payer les indemnités voulues. Aucune responsabilité
n'incombe à l'Etat à raison de l'exécution
des travaux ni des dérangements ou interruptions éventuelles
qui pourraient se produire. Les concessionnaires restent chargés
de l'introduction des fils dans l'intérieur des immeubles
et de l'installation des bureaux et des appareils dont le système
employé devra avoir reçu l'approbation du Ministre
des postes et télégraphes.
L'autorisation implique le droit, pour les permissionnaires, de
mettre, selon le cas, pour l'usage des correspondances, chacun
des établissements reliés aux différents
bureaux centraux en communication directe, soit avec ces bureaux,
soit entre eux; mais, en aucun cas, ces correspondances ne pourront
avoir d'autre objet que les usages personnels des clients de l'entreprise,
toute communication faite par ces clients au profit de tiers étant
rigoureusement interdite.
Les tarifs à percevoir par abonnement seront soumis à
l'approbation du Ministre. Is devront être établis
sur des bases uniformes pour tous les clients de l'entreprise,
tout tarif de faveur étant interdit, sauf pour les établissements
publics de l'Etat ou de la Ville qui seraient desservis par l'entreprise,
en faveur desquels le Ministre se réserve le droit de déterminer
une réduction dans les limites de 50 pour cent du tarif
applicable aux particuliers.
L'exploitation sera soumise au contrôle de l'Etat. L'entrepreneur
paiera à l'Etat, à titre de droit d'usage du téléphone,
une redevance annuelle égale au dixième des recettes
brutes encaissées par l'entreprise, cette redevance ne
pouvant, pour une année entière, être moindre
de cinq mille francs.
Comme garantie des dépenses d'établissement et d'exploitation
de l'Etat et des redevances à lui dues, l'entrepreneur
doit déposer:
1° avant la délivrance de l'autorisation, un cautionnement
de 20 mille francs jusqu'à l'entier achèvement des
travaux et un second cautionnement de
5 mille francs jusqu'à la fin de l'entreprise;
2° dans le mois qui suit la date de l'autorisation, un cautionnement
de 20 mille francs, jusqu'à la fin de l'entreprise.
Les autorisations sont personnelles et ne peuvent être transférées
sans l'autorisation expresse du Ministre.
Elles ne confèrent aucun privilège pour l'entrepreneur,
ni aucune obligation pour l'Etat, en matière d'autorisation
ou d'exploitation concurrente. Elles sont annulées ou peuvent
être retirées, sans indemnité, de la part
de l'Etat, faute par l'entreprise d'avoir satisfait aux clauses
et conditions de l'acte de concession ou en cas de faillite.
L'Etat se réserve la faculté de racheter, à
toute époque, les droits des concessionnaires ou de faire
l'acquisition des systèmes d'appareils exploités
par eux, sans surélévation provenant des droits
de brevet. ... |
A la demande du ministre A. Cochery,
le 5 juillet 1879 des expériences sont réalisées
sur le réseau télégraphique civil de Paris à
Versailles, puis d'Asnières à Sceaux.
Elles et se sont révélées peu concluantes, le système
Allemand Siemens-halske est définitivement écarté
au profit du système Edison.
Les expériences de transmission téléphonique de
l'armée n'ont pas été plus encourageantes.
Le Téléphone offre incontestablement
le plus frappant exemple de la rapidité avec laquelle, de nos
jours, se propagent dans le monde entier les inventions réellement
utiles.
Accueilli d'abord avec une certaine défiance, considéré
tantôt comme un instrument de laboratoire, tantôt comme
un jouet scientifique, grâce à des perfectionnements de
détail, il ne tarde pas à s'imposer, non seulement aux
savants, mais encore à tous ceux qui s'intéressent aux
applications de la science, comme la solution parfaite du problème
de la transmission instantanée de la parole.
Les chiffres nous démontre qu'aujourd'hui les capitales et les
villes, qui se font remarquer par l'activité de leur commerce
ou leur industrie, possèdent des réseaux de communication
téléphonique dont le développement s'est accru
d'une manière surprenante.
Le succès de celle découverte, unique dans l'histoire
des conquêtes de la science, s'explique par les facilités
que le public trouve à leur emploi pour l'expédition des
affaires courantes, les économies de temps qu'il permet de réaliser,
etc., etc.
Les différents régimes sous lesquels fonctionne l'exploitation
des réseaux téléphoniques sont les suivants :
1° Régime de la liberté absolue, sous la seule
observation des règlements de police ou de voirie. Dans ce régime,
les réseaux téléphoniques sont assimilés
à une industrie quelconque. l'État n'intervient aucunement
dans l'exploitation. C'est le système adopté aux États-Unis,
en Suède et en Norvège, et dans la plupart des colonies
anglaises.
2° Régime de l'exploitation par l'État.
Ce mode d'exploitation est établi en Europe, en Allemagne
en Suisse et en France (du 1er septembre 1889).
3° Régime d'exploitation définitive, c'est-à-dire
l'organisation sous le contrôle de l'État, dans des conditions
de durée assez étendue, et suivant une réglementation
offrant assez de garantie et de stabilité
4° Enfin le Régime d'exploitation provisoire, ou les
concessions ne sont accordées que pour un nombre d'années
très limitées et insuffisantes, où la réglementation
administrative n'a pas encore un caractère définitif et
pourrait être modifiée d'un jour à l'autre par les
pouvoirs constitués.
Ce système d'exploitation provisoire a été appliqué
en France pendant dix ans, mais on en a reconnu les inconvénients,
aussi le gouvernement a-t-il renoncé à un provisoire qui
n'a plus de raison d'être pour les téléphones au
degré de perfectionnement où déjà ils sont
parvenus; il est revenu au régime d'exploitation par l'État
à la date du 1" septembre 1889
En France, nous avons toujours la déplorable habitude de nous
montrer méfiants pour les nouvelles inventions, ou trop légers
à leur égard, et de ne songer à les adopter qu'après
une longue application à l'étranger; nous perdons toujours
ainsi un temps précieux.
Lexemple de la France sera rapidement suivi,
en1880, par l Angleterre, la Belgique, le Danemark, la Hollande,
la Norvège, la Suède, lAllemagne;
en 1881 par l'Autriche, l Italie, le Portugal, la Suède;
en 1872 par la Hongrie, la Russie;
en 1883 par la Chine;
en 1885 par l Espagne.Alors que les premiers centraux manuels
s'installent, en 1879 Daniel et Thomas Connolly avec J.McTighe
Américains de Grande Bretagne, mettent au point le premier commutateur
téléphonique automatique au monde, il sera perfectionné
en 1881, et breveté en 1883
Il sera présenté à l'exposition universelle de
1881 à PARIS
|
1879 Le combiné
téléphonique. c'est un perfectionnement qui
se fait naturellement .
Le concept d'un appareil portatif
monobloc qu'un utilisateur de téléphone tiendrait
contre son oreille et devant sa bouche est apparu à Londres
peu après l'invention officielle du téléphone.
Bien que les premiers brevets de CE McEvoy et GE Pritchett n'aient
pas donné lieu à des appareils commerciaux en
1877, RG Brown de New York a réussi l'année
suivante à concevoir un combiné émetteur-récepteur
combiné, qu'il a utilisé dans un central téléphonique
local dans le district. de la "Bourse de New York".
Ayant peu de succès dans la promotion de l'appareil ailleurs
aux États-Unis, Brown partit pour la France pour devenir
ingénieur électricien à la Société
Générale des Téléphones
à Paris. Là, ses créations trouvèrent
un écho et leurs adaptations furent largement utilisées
en Europe, où elles devinrent connues sous le nom de
téléphones français .
BROWN a été précédé par les
inventeurs britanniques, McEvoy et Pritchett qui
reçurent des brevets en 1877 pour les combinés.
McEvoy a décrit un récepteur "Butterstamp"
avec un tube parlant attaché qui descendait devant la
bouche de l'utilisateur. Le tube attaché à un
autre émetteur Bell du côté du téléphone.
Pritchett a décrit un combiné au son plutôt
moderne en termes généraux, mais comme le matériel
pratique n'existait pas à l'époque pour le construire,
son brevet n'a pas suscité d'intérêt.
 |
L'Américain
Brown dit: "Je ne revendique pas globalement la
combinaison dans un instrument de deux téléphones
de manière à ce que lorsque l'un est appliqué
à la bouche, l'autre soit appliqué à
l'oreille ... un tel objet n'est pas nouveau ". Son
brevet concernait un agencement du récepteur qui
permettait de l'ajuster à la longueur de la tête
de l'utilisateur et un émetteur semi-pivotant dont
l'angle s'ajusterait quelque peu pour faire face à
la bouche de l'utilisateur.
Brown a construit certains de ses téléphones
pour la Western Union's Gold and Stock Exchange, pour laquelle
il travaillait.
Nous n'avons aucune information sur qui a suggéré
pour la première fois de joindre deux instruments,
mais le concept était bien connu de Brown.
C'est tardivement le 3 février 1880, que Robert
G Brown reçu un brevet américain pour
un "téléphone parlant électrique"
qui était simplement un combiné. (voir
brevet ci contre)
L'invention de Brown a été vu avec
un manque total d'intérêt aux USA, alors
Brown est allé en France et est devenu ingénieur
général pour la Société Générale
des Téléphones qui aimé l'idée
du combiné et ils ont produit leur premier modèle
en 1879. |
  
Principalement utilisés par les opératrices de centre
manuel, afin de se libérer une main. Le Combiné
Berthon
Pour
opératrice. Autre
Modèle Plus tardif, qui équipera des téléphones
mobiles Ader et Berthon.
L'inventeur français Mercadier a montré
qu'un récepteur pouvait être réduit à
une taille assez petite, si certains rapports critiques tels
que l'écart entre le diaphragme et l'assemblage magnétique
étaient maintenus.
Modèle
Radiguet
Ces premiers modèles sont appelés "Poêle
à frire" par les collectionneurs.
Cela a permis à Ader, en particulier, de développer
un récepteur de boîtier de montre qui était
assez efficace et assez petit pour être utilisé
sur un combiné.
L'Europe avait l'avantage d'avoir de nombreux inventeurs et
de sociétés travaillant sur les problèmes
les perfectionnements, mais aux États-Unis, en raison
des protections, des brevets, des exigences en capital d'un
système téléphonique en constante évolution,
les fonds de recherche étaient limités.
Les émetteurs de carbone Hunnings, Berliner et Edison,
bien qu'ignorés par Bell aux États-Unis, ont été
transformés en petits émetteurs pratiques en Europe.
Même l'émetteur crayon carbone de Berthon a été
miniaturisé à la taille du combiné.
Il était plutôt sensible aux vibrations, mais cela
a aidé à réduire le tassement des granules
de carbone, ce n'était donc pas autant un inconvénient
qu'il n'y paraissait.
Les américains l'appelèrent le French Phone.
En France cette disposition en combiné restera jusqu'à
aujourd'hui (même sur nos smartphones) alors qu'aux Usa
il faudra attendre les années 1910, jusqu'alors tous
les téléphones américains avaient un micro
fixe et un écouteur tenu par une main.
|
En 1879, le ministre des Postes et Télégraphes, Albert
Cochery, décide de créer une commission dexamen
pour tenter de savoir ce que valent vraiment les différents systèmes
téléphoniques. Lexpérience a lieu le 5 juillet
1879, dans la salle 25 du bureau central des Télégraphes
entre Paris, Versailles, Asnières et Sceau.
Le système allemand Siemens est alors définitivement écarté
au profit du système américain dEdison : «
On a essayé les téléphones Siemens et Halske.
Ce dernier ne portait pas jusquà Versailles et lappel
nétait même pas entendu ! ».
L'arrêté relatif aux autorisations d'établissements
de communications téléphoniques le 26 juin 1879 (BO P&T
1879 n° 17 page 585), le Ministre des Postes et des Télégraphes
Adolphe Cochery, autorise les entrepreneurs de l'industrie privée
(qualifiés dans le texte de Permissionnaires) à construire
et à exploiter dans certaines villes des réseaux téléphoniques
en fixant ses clauses et conditions.
Il y aura trois demandes de concessions, pour l'organisation de réseaux
téléphoniques formulées par des sociétés
présentant des garanties suffisantes et furent admises , trois
sociétés détentrices de brevets américains
chargés d'établir et d'exploiter pendant cinq ans des
réseaux dans quatre importantes villes de France : Paris, Lyon,
Marseille et Bordeaux.
Les centres manuels avec opératrices étaient déjà
largement utilisés aux Usa, en France sauf dans quelques rares
d'installations privées, il n'y avait encore pas de standard
manuel pour interconnecter les utilisateurs du téléphone.
L'usage jusqu'à maintenant était de relier deux points,
deux téléphones par une liaison privée ou une liaison
télégraphique louée.
|
La première société
à demander une concession est la Compagnie
du Téléphone Gower Roosvelt la CdTG
Gower à cette date avait racheté
les ateliers Rodde du 9 boulevard Magenta, ainsi que
la collaboration de Rodde qui lui aussi avait cherché
à mettre au point un nouveau téléphone.
Gower installa aussi un atelier et des bureaux près
de la place Vendôme, 66 rue des petits champs.
 |
La CdTg obtient l'autorisation le 29 juin 1879 pour
les villes de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes
et Lille grâce à Gower qui avait le soutient
du Sénateur Hébrard.
Le représentant de cette société
étant M. le Sénateur Adrien Hébrard.
Elle ouvre son Central 66 Rue Neuve des Petits Champs
à Paris en décembre 1879.
Ce fut le premier central téléphonique français,
on y raccorda les 42 premiers abonnés au réseau
Parisien fin 1879 et 60 personnes ont signé une
promesse dabonnement.
Restait un problème
à résoudre, le financement. La banque"
le crédit mobilier" pris le contrôle
de la CdTG en obtenant le transfert de la concession le
août 1879.
L'abonnement a été fixé à
1000 francs par an.
|
Cornélius Rossvelt
possède les droits d'exploitation Bell, Gower avaient
déjà en décembre 1878 brevetés une
modification du téléphone Bell " le téléphone
chronomètre" : brevet du 3 décembre
1878. C'est l'appareil qui est présenté à
la l'Académie des sciences du 27 janvier 1879.
Appareil très performant et n'utilisant pas d'électricité.
Gower eut l'idée de replier l'aimant en arc de cercle,
de manière à présenter ses deux pôles
en regard de la membrane de fer sur laquelle ils doivent agir.
L'action doit être plus énergique, puisqu'elle
s'exerce par deux pôles au lieu d'un. En même temps,
M. Gower donna à la membrane vibrante plus de surface,
ce qui accrut l'effet de résonnance. La membrane de fer
circulaire est placée au fond d'une boîte ronde,
en laiton.


Lire "La
Nature de Décembre 1878" qui présente
ce nouveau téléphone magnétique Gower
(photo Cnam à Paris)
Le
commutateur suisse
" M. Stroh a appelé
l'attention des membres de la Société des ingénieurs
télégraphistes et électriciens de Londres
sur les difficultés qu'on avait à fabriquer du
bon acier à aimants en Angleterre . Deux morceaux coupés
dans la même barre donnent des résultats différents
.
En France , d'autre part , il a trouvé que les aimants
puissants de bonne qualité étaient en acier fondu
de MM . Charrière et Cº . La puissance remarquable
du téléphone Gower - Bell est due en grande partie
à l'emploi d'acier français . Avec du bon acier
le mode d'aimantation n'a aucune influence .
En réponse à M. Stroh , M. Le Neve Foster a dit
qu'il se sert d'acier français à Silvertown depuis
un an et que ses excellentes propriétés magnétiques
provenaient de sa composition dans laquelle le tungstène
entre dans la proportion d'environ trois pour cent ".
Paris offrait un espace excellent
car il ny avait pas besoin de creuser des tranchées
ou de créer une canalisation spéciale : on utilisa
le réseau dégouts dont la Ville de Paris
a été dotée par Belgrand pour la construction
des lignes téléphoniques souterraines. De plus,
lune des spécificités de la ville (et de
la préfecture) de Paris est davoir imposé
à la compagnie de renoncer aux fils aériens et
demprunter le réseau des égouts. Ceci se
révéla fort utile au niveau de la connectivité,
étant donné quil fallait relier plusieurs
points diversement espacés par des lignes disposées
de manière à permettre le plus grand nombre de
liaisons directes, avec une longueur la plus petite possible.
Le réseau dégout sy prêtait
justement. Nous pouvons imaginer le visage quaurait eu
Paris, si la ville avait été quadrillée
par des fils aériens à limage de New York
ou de San Francisco du début du 20e siècle.
Le 30 septembre 1879,
le premier central téléphonique manuel de France
est ouvert à Paris.
Il s'agit du Bureau A, sis 27, avenue de l'Opéra qui
compte 454 abonnés au téléphone à
sa création. (Au 31 décembre 1880 : 474 abonnés
au téléphone à Paris).
À la manière des agences bancaires, la Société
des Téléphones Edison (puis la SGT un an plus
tard) attribue une Lettre-indice pour chaque bureau téléphonique
créé.
Le texte dune annonce publiée dans les journaux
de lépoque : Abonnez-vous au téléphone
Il y a déjà à Paris quelques abonnés
au téléphone. La Société des Téléphones
Edison, 45, Avenue de lOpéra, annonce quelle
reçoit les abonnements au tarif de 600 francs payables
50 francs par mois, labonnement comporte la pose et lentretien
des fils et appareils.
Les abonnés, contre
toute attente ne reçoivent pas un numéro. Il faut
dire que le téléphone ne concerne au départ
qu'une élite peu nombreuse, voire même confidentielle...
Ainsi donc, chaque abonné d'un réseau téléphonique
est-il simplement identifié par son Nom de famille ;
éventuellement complété par son Prénom
en cas de doublon ; voire par sa profession ! Cet usage peu
mathématique, voire surprenant, perdurera toutefois jusqu'en
1896 !
Premier choix technologique en téléphonie
: choix du nombre de fils par ligne abonnés...
La France, dès le début du téléphone,
retient la solution que chaque poste téléphonique
d'abonnés soit pourvu de 2 fils électriques en
cuivre, et ces deux fils soient reliés par une une paire
de fils cuivre tirée jusqu'au Central desservant la ville
ou le quartier considéré : choix de la technologie
de la ligne téléphonique bifilaire en France.
Solution qui semble évidente, mais qui ne le fut pas
pour certains autres pays, dont certains de nos voisins.
La Suisse, dès le début du téléphone,
adopte une technique directement copiée sur la technique
télégraphique. Ainsi chaque abonné au téléphone
suisse est relié au central par un unique fil électrique
en cuivre, le second pôle électrique du téléphone
étant directement relié à la Terre, et
le Central récupérant la Terre par un pieu métallique
planté... dans la Terre : choix de la technologie de
la ligne téléphonique unifilaire en Suisse. Solution
télégraphique qui s'avérera altérer
la qualité des conversations modulées par la voix
des abonnés, la Terre ayant tendance à "ramasser"
toutes sortes de parasites telluriques, météorologiques
ou d'origine artificielle... Cette technique sera d'ailleurs
abandonnée dès le début des années
1880 par les quelques pays qui l'avaient adoptée...
Second choix technologique en téléphonie
: comment alimenter les postes téléphoniques d'abonnés
?
En fonction des impératifs techniques de cette lointaine
époque et des possibilités réduites de
solutions à peu près viables, il est décidé
que chaque abonné devra, au moyens de piles électriques
salines à son domicile veiller à l'alimentation
électrique de son poste téléphonique.
Ainsi, les premiers centres téléphoniques ne délivreront
pas aux abonnés le courant électrique nécessaire
au fonctionnement du microphone et de l'écouteur du téléphone
pendant les conversations. Chaque poste téléphonique
d'abonné devra-t-il s'alimenter par lui-même grâce
à des piles électriques dédiées.
Le système initial retenu est dit : à Batterie
Locale.
Solution aisée pour les débuts du téléphone,
qui présentera à la longue moult défauts
dans l'exploitation téléphonique et génératrice
de nombreux dérangements : Les piles peuvent couler,
les piles s'usent et il faut savoir les remplacer. Avant d'être
usée, une pile perd sa force électromotrice de
manière progressive, ce qui fait que les téléphones
des abonnés ne sont plus forcément alimentés
convenablement, ce qui aboutit à dégrader la qualité
des transmissions téléphoniques...
Ainsi, un des objectifs prioritaires ultérieurs sera
de remplacer dès que la technologie le permettra, la
technique de la Batterie Locale par une future technologie restant
encore à inventer, puis à déployer...
Troisième choix technologique : comment
réaliser l'opération de Commutation au Central
?
En France, qui fait le choix de la Ligne Bifilaire, les premiers
Tableaux de Commutation retenus sont les Tableaux Jack-Knife.
Chaque ligne d'abonnés se termine au Central sur un organe
de connexion appelé Jack-Knife.
Un Jack-Knife est en fait une prise femelle bipolaire intégrée
dans le Tableau du Commutateur Manuel. Pour chaque abonné
au téléphone, il y a deux trous dans le Tableau,
où, pour chaque trou, les deux pôles du téléphone
de l'abonné sont reliés.
Pour mettre deux abonnés en relation téléphonique,
l'Opératrice doit connecter, avec un cordon souple, chaque
fil de la ligne d'un abonné demandeur sur chaque fil
de la ligne de l'abonné demandé.
Pour ce faire, l'Opératrice enfonce la fiche mâle
du cordon bifilaire dans une des deux prises femelles Jack-Knife
des deux abonnés à relier ensemble.
Pour chaque abonné connecté, en cours de conversation,
une seule prise femelle Jack-Knife est utilisée. L'autre
peut donc être utilisée par l'Opératrice
pour écouter les conversations. Cette possibilité,
d'écoute fera couler beaucoup d'encre, et sera supprimée
par la suite avec l'arrivée des Tableaux de type Bailleux
où seule subsistera une seule prise femelle bipolaire
pour chaque abonné aboutissant dans le Tableau.
Quatrième choix technologique : la signalisation.
- Comment un abonné demandeur entre-il en contact avec
son Central de rattachement au début du Téléphone
en France ?
Dans les tous premiers systèmes manuel, à Batterie
Locale, l'abonné demandeur actionne un bouton réservé
à cet effet, relié à des piles spécifiques
réservées uniquement à cet usage (et non
pas pour la conversation).
Au bout de quelques années, les piles spéciales
utilisées pour "sonner" l'Opératrice
du Central sont supprimées et le bouton du téléphone
de l'abonné remplacé par une dynamo-alternateur
avec une petite manivelle. Cette première évolution
permet de supprimer une partie des piles du domicile des abonnés
et supprima une des causes de dérangements dus aux piles...
Cette action sur un bouton ou sur une manivelle active l'ANNONCIATEUR
au Central Téléphonique. Il s'agit d'un électro-aimant
spécifique (un électro-aimant dédié
par abonné) qui, dès lors qu'il est activé
par l'abonné demandeur, laisse tomber un petit volet
basculant.
C'est le basculement de ce volet qui va indiquer à l'Opératrice
du Central téléphonique de rattachement qu'un
de ses abonnés veut lui parler...
Ainsi donc, l'Opératrice doit relever l'appel en connectant,
grâce à une clef d'écoute, son poste d'observation
(un combiné ou un casque) sur l'abonné demandeur
puis, une fois la demande notée par ses soins, doit établir,
à l'aide d'un cordon bifilaire, le branchement sur l'abonné
demandé, en ayant pris soin au préalable de contacter
l'abonné demandé pour vérifier sa présence.
Une fois la conversation terminée, l'abonné demandeur
doit actionner une seconde fois le bouton ou la manivelle ce
qui aura pour rôle d'actionner l'Annonciateur à
nouveau, afin d'avertir l'Opératrice du Central de rattachement
de la fin de la conversation. L'Opératrice relève
une seconde fois n'a plus qu'à retirer le cordon bipolaire
des deux Jack-Knife des deux abonnés en conversation
pour la rompre.
- Comment une Opératrice d'un Central Téléphonique
entre-t-elle en contact avec un abonné demandé
?
L'Opératrice actionne un dispositif générateur
de courant alternatif directement sur la ligne de l'abonné
demandé grâce à une clef spécifique
du Tableau, qui va actionner au domicile une sonnerie magnétique
à timbre(s) métallique (s).
Si l'abonné demandé répond à l'Opératrice,
l'Opératrice peut accomplir la mise en relation de l'abonné
demandeur et de l'abonné demandé...
Le bureau central du réseau de Paris est dirigé
par un jeune ingénieur, Clément Ader, qui ne tardera
pas à faire parler de lui.
Ainsi le 24 septembre 1879 la société Gower a
demandé a la préfecture du département
de la Seine l'autorisation de faire
établir dans les égouts de Paris 101 lignes téléphoniques.
Un plan est joint à la demande.
Cela ne se fera ni sans frais ni sans délais. La société
doit d'abord verser une provision de 20 000 F, un cautionnement
spécial de 5 000 F plus un cautionnement supplémentaire
de 20 000 F.
Ceci fait, le Directeur des travaux de Paris affirme aux gérants
de la Société "je ne vois aucun inconvénient
â ce que vous procédiez, dès â présent,
à l'établissement des fils" sauf bien sûr
â donner avis du début des travaux à au
moins trois ingénieurs détenteurs de l'autorité
sur une parcelle du sous-sol : l'ingénieur de l'assainissement
pour le service des égouts, l'inspecteur des eaux, et
1'ingénieur de la section intéressée en
ce qui concerne les tranchées sur la voie publiques.
Les premières lignes : Il
y a en tout huit lignes à chacun six conducteurs qui
divergent à partir de la rue Neuve des Petits Champs
siège de la Société. Ceci permet accessoirement
de voir qui étaient les 48 premiers abonnés :
des banques "dont celles qui finançaient la Compagnie
(Société générale, qui utilise le
réseau un peu comme un réseau intérieur
entre ses propres bureaux, le Crédit mobilier, la Société
financière, la banque franco Egyptienne, la Banque générale
de Change) des financiers (Chambre syndicale des agents de Change),
des hommes d'affaires intéressés dans le financement
des sociétés de télégraphie sous-marine
et de téléphone (Erlanger), des journaux (La Lanterne,
le National) , ainsi que l'agence Havas.
Le réseau bénéficie au départ de
la concentration de ce type d'activités autour de la
Bourse et le trajet des fils suit le tracé des rues avoisinantes
.
La prévision d'extension du réseau est réduite
à sa plus simple expression.
Deux jours plus tard, le 29 octobre la Société
Gower dans une nouvelle lettre précise à l'inspecteur
qu'elle "le prie de bien vouloir utiliser le sixième
fil de la sixième ligne (un câble â six conducteurs)
pour le Cercle franco-américain 4, place de l'Opéra.
Le premier modèle de téléphone Gower fut
adopté pendant quelque temps, pour la correspondance
téléphonique, par la Société de
Paris, qui ne tarda pas néanmoins à l'abandonner,
vu son prix élevé, son volume considérable
et sa trop faible portée.
Un autre modèle fut créé et utilisé
principalement en Angleterre.
Modèle Anglais
Gower-Bell
et Gower Bell Français
|
|
La deuxième société
à demander une concession est la "Société
Française de Correspondance Téléphonique",
elle obtient une autorisation pour la seule ville de Paris.
Son représentant est M. le Sénateur Louis-Alexandre
Foucher de Careil.
Le siège social était au 7 avenue de l'opéra,
dirigé par un ingénieur : Léon Soulerin
Soulerin est né le 15 juillet 1844 en Ardèche.
D'abord géomètre en Haute-Savoie, il travailla
ensuite comme ingénieur en Amérique du Nord, de
1867 à 1879. C'est à ce titre qu'il prit part
à la construction du chemin de fer de Milwaukee Manitowoc
et Gree-Bay.
Il part aux Etats-Unis en 1868 où il se lance dans la
construction de ponts.
Dès 1877, il sintéresse au téléphone
et devient le vice-président de la Chicago Telephonic
Exchange.
Il rejoint alors la France et obtient la concession pour exploiter
le téléphone dans la ville de Paris le 23 juillet
1879.
Le système proposé est le récepteur
de Bell avec le transmetteur microphonique de Francis
Blake, un Américain qui vient de faire breveter
son système et de le vendre à la Bell Telephone
Company.

Grâce à une communication habile et une redevance
dabonnement nettement moins chère que ses deux
concurrents, 400 francs par an, la société dispose
de 72 souscripteurs à la fin de 1879.
Soulerin ne réussit pas à installer un bureau
central capable de relier ses futurs abonnés
Petite anecdote : Article lu dans un article du Figaro daté
du 21 décembre 1884
Il nous apprend dans quelles circonstances M. Soulerin installa
la première ligne de téléphone dans la
capitale en 1878 :
Le téléphone qui alors allait d'une chambre à
l'autre dans un appartement, ne pouvait pas grand chose ; il
fallait le faire fonctionner à une longue distance pour
convaincre les récalcitrants.
Le Ministre ne permettait point la pose d'un câble sur
la voie publique ; la question était à l'étude,
comme on dit. On sait ce que cela signifie le plus souvent,
n'est-il pas vrai ? Une question à l'étude, c'est
quatre vingt dix neuf fois sur cent un enterrement de première
classe pour l'invention qui en est l'objet. Le téléphone
Bell, appareil américain, importé par un Français,
M. Soulerin, était moins appuyé en haut lieu que
ses concurrents. Poussé à bout, cet homme ingénieux
fit un véritable coup d'État... Dans la nuit,
sans permission préalable, il fit établir un téléphone,
partant de la halle aux blés et aboutissant dans la haute
rue Richelieu, et, par une ironie audacieuse..., il attacha
le poteau conducteur sur l'ancien hôtel des Postes, monument
officiel...
Les gardiens de la paix, en voyant les ouvriers affairés
sur la toiture de M. Cochery, ne se doutaient de rien ; au petit
jour, le téléphone clandestin fonctionnait et
M. Cochery fut invité à venir le voir.«
Savez-vous que vous venez de commettre un délit ? »
s'écria M. Cochery, « et que vous pourriez être
arrêté pour avoir établi une ligne télégraphique
en dehors de l'État ? ». « Ce soir, j'aurai
fait enlever votre téléphone ! »Mais la
première colère passée, M. Cochery se ravisa.
Non seulement il ne fit pas enlever le premier fil, mais il
existe encore aujourd'hui (en 1884) ...
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Le 8 septembre 1879 la troisième
société, est la future " Société
Française des Téléphones " SFT, avec
le système Edison.
Son siège était au 45 avenue de l'opéra.
Comme nous l'avons vu, Théodore Puskas né
en Hongrie immigre en Angleterre puis aux Etats-Unis sympathise
avec Thomas Edison.
En février 1878, Edison introduit le phonographe en Europe
puis décide de sinstaller à Paris. Après
lexposition universelle de 1878, il se rapproche de Josuah
Franklin Bailey qui représente les intérêts
dElisha Gray. Les deux hommes sassocient avec Georges
Alexis Godillot qui leur amène le capital nécessaire
pour créer la nouvelle société. En contrepartie,
ce dernier impose un de ses jeunes ingénieurs, Louis
Alfred Berthon, pour le poste de directeur technique.
La société A. Berthon et Compagnie, dite Société
du Téléphone Edison, a pour objet « lexploitation
des brevets français apportés à la Société
pour les téléphones parlants et leurs accessoires
».
La société obtient le 8 septembre 1879 lautorisation
dexploiter un réseau téléphonique
à Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille, Nantes et Lille,
mais, dans un premier temps, elle choisit de concentrer ses
efforts sur Paris. Le siège social est situé au
45, rue de lOpéra, à Paris.
La compagnie installe chez ses abonnés le téléphone
à pupitre imaginé par George Phelps : les récepteurs
sont des Phelps, le microphone à charbon est celui dEdison.
Récepteur à craie
modèle Phelpps
Les téléphonistes du bureau central sont équipés
du premier combiné introduit en France par lAméricain
Brown.
Au mois de mars 1880, 24 abonnés sont raccordés
et 150 ont signé une promesse dabonnement.
La Société des Téléphones Edison,
annonce quelle reçoit les abonnements au tarif
de 600 francs payables 50 francs par mois, labonnement
comporte la pose et lentretien des fils et des appareils.
Jeudi 28 août 1880 des expériences fort intéressantes
sont faite sur les téléphones perfectionnés
du système Edison, téléphones destinés
au service de communications quune Société
se propose détablir entre les abonnés de
Paris et de la banlieue.
Voici en quelques mots en quoi consiste ce service. Chaque abonné
reçoit mensuellement une liste de tous les abonnés
avec un numéro dordre correspondant à chacun
deux. Si, par exemple, labonné 107 veut correspondre
verbalement avec labonné 218, il envoie un signal
au poste central établi avenue de lOpéra.
Le poste central ainsi averti demande alors à labonné
107 quelle est la personne avec laquelle il désire que
la communication soit établie. Après que le poste
central a été averti que la communication doit
être établie avec le n° 218, il avertit ce
dernier que le n° 107 demande à lui parler. Le poste
central établit alors la communication entre le no 107
et le n° 218. Lorsque la conversation est terminée
(conversation que le poste central ne peut entendre), un signal
spécial en avertit le poste central qui supprime alors
les communications entre les n 03 107 et 218 et remet alors
les appareils dans la position d'attente. Il ny a ainsi
ni perte de temps ni fausse manuvre. Ce système
fort ingénieux, fonctionne déjà à
New-York, Boston, San Francisco, etc., et y donne les meilleurs
résultats. Le nombre de communications entre particuliers
saugmente de jour en jour, ce qui est la meilleure preuve
du succès.
La Société du téléphone Edison se
propose détendre le réseau téléphonique
aux environs de Paris, de telle sorte quun particulier
puisse correspondre à la fois avec les autres abonnés,
son usine, les usines voisines, sa maison de campagne, etc.,
etc. Nous entrerons dans peu de détails relativement
aux appareils employés par la Société Edison.
Les abonnés auront à leur choix deux systèmes
de communications à leur disposition. Le premier, qui
garantit le secret des correspondances, se fera par un téléphone
à charbon transmetteur relié à un téléphone
Phelpps . Ce système oblige le correspondant à
approcher loreille de linstrument ou linstrument
de loreille pour entendre les paroles émises par
le correspondant. Dans le second système, que nous avons
vu fonctionner jeudi avec grand succès à la gare
de lOuest, les paroles se reproduisent avec assez dintensité
pour être perçues à plusieurs mètres
de linstrument.
Ce second système a été décrit dans
le numéro de la Nature du 17 mai 1879, mais nous devons
signaler ici un grand perfectionnement qui lui a été
apporté. Le cylindre composé de chaux, de potasse
et dacétate de mercure na plus besoin dêtre
maintenu humide comme dans le premier modèle que nous
avons décrit, ce qui dispense absolument de toute espèce
dentretien. Lorsque lappareil reste muni dun
mouvement dhorlogerie permettant de supprimer la manivelle
mue à la main, son fonctionnement reste parfait et sera
certainement très apprécié dans le cas
où le secret des communications ne constitue quune
condition secondaire du service téléphonique.
Dans les expériences auxquelles nous avons assisté
le loud speaking téléphone, tel est le
nom donné par linventeur à cet appareil,
nous avons pu entendre dans une salle de plus de 100
mètres carrés de superficie des airs de flûte
joués à Asnières à dix centimètres
de lembouchure du transmetteur. Dans une autre expérience,
des paroles prononcées à Mantes ont été
très distinctement entendues dans la salle entière.
Espérons que ces expériences ne resteront pas
lettre morte et que Paris sera bientôt doté dun
réseau téléphonique au moins aussi complet
que celui de plusieurs villes de lAmérique, dont
linitiative hardie doit nous encourager et nous stimuler
dans la voie du progrès.
Après un désaccord entre ses fondateurs, la Société
du Téléphone Edison sera dissoute et se transforme
en Société Française des Téléphones,
système Edison et autres, le 27 mars 1880.
|
Il s'ensuit un jeu de transfert de
capitaux et de concessions d'exploitation assez compliqué entre
hommes d'affaires :
- Le 21 août 1879, l'État transfère à M.
Charles Wallut, directeur du Crédit Mobilier, l'autorisation
en date du 27 juin 1879 accordée initialement à M. Adrien
Hébrard, à la demande de ce dernier.
- Le 23 septembre 1879, l'État transfère à M. Léon
Soulerin, Ingénieur, l'autorisation en date du 12 juillet 1879
accordée initialement à M. Louis-Alexandre Foucher de
Careil, à la demande de ce dernier.
Il apparaît probable que les deux sociétés Compagnie
du Téléphone (Système Gower) et Société
Française de Correspondance Téléphonique, aient
employé les services de deux sénateurs de la République
pour négocier plus aisément l'obtention auprès
de lÉtat des deux concessions (27 juin 1879 et 12 juillet
1879), puis que ces deux sénateurs se soient ensuite retirés.Les
premiers postes téléphoniques installés par la
Société Générale sont des Gower ou des Edison
puis des Crossley et enfin des appareils Ader de types mobiles ou muraux.
Les trois sociétés détentrices de brevets américains
sont donc chargés d'établir et d'exploiter pendant cinq
ans des réseaux dans quatre importantes villes de France : Paris,
Lyon, Marseille et Bordeaux. On s'aperçoit vite que ces trois
systèmes ne sont pas compatibles entre eux (interconnectables).
Vu dans le Journal Télégraphique
de Octobre 1879
T rois Compagnies téléphoniques exploitant, l'une
le système Bell, l'autre le système Edison, la troisième
le système Gower, sont actuellement établies à
Paris, pour desservir les communications spéciales qui
seraient demandées par des établissements ou des
particuliers.
Un arrêté récent du Ministre des postes et
des télégraphes (le France a réglé
les clauses et conditions auxquelles les communications pourraient
être installées et exploitées. Nous résumons
ici les principales dispositions de cet arrêté.
- Les fils extérieurs de communication sont établis
et entretenus par le service télégraphique, aux
frais exclusifs des permissionnaires et à la charge par
eux de se munir des autorisations nécessaires auprès
des municipalités ou des propriétaires d'immeubles
qui seraient affectés par la présence des fils et
de payer les indemnités voulues. Aucune responsabilité
n'incombe à l'Etat à raison de l'exécution
des travaux ni des dérangements ou interruptions éventuelles
qui pourraient se produire.
- Les concessionnaires restent chargés de l'introduction
des fils dans l'intérieur des immeubles et de l'installation
des bureaux et des appareils dont le système employé
devra avoir reçu l'approbation du Ministre des postes et
télégraphes.
- L'autorisation implique le droit, pour les permissionnaires,
de mettre, selon le cas, pour l'usage des correspondances, chacun
des établissements reliés aux différents
bureaux centraux en communication directe, soit avec ces bureaux,
soit entre eux; mais, en aucun cas, ces correspondances ne pourront
avoir d'autre objet que les usages personnels des clients de l'entreprise,
toute communication faite par ces clients au profit de tiers étant
rigoureusement interdite.
- Les tarifs à percevoir par abonnement seront soumis à
l'approbation du Ministre. Us devront être établis
sur des bases uniformes pour tous les clients de l'entreprise,
tout tarif de faveur étant interdit, sauf pour les établissements
publics de l'Etat ou de la Ville qui seraient desservis par l'entreprise,
en faveur desquels le Ministre se réserve le droit de déterminer
une réduction dans les limites de 50 pour cent du tarif
applicable aux particuliers.
- L'exploitation sera soumise au contrôle de l'Etat.
- L'entrepreneur paiera à l'Etat, à titre de droit
d'usage du téléphone, une redevance annuelle égale
au dixième des recettes brutes encaissées par l'entreprise,
cette redevance ne pouvant, pour une année entière,
être moindre de cinq mille francs.
Comme garantie des dépenses d'établissement et d'exploitation
de l'Etat et des redevances à lui dues, l'entrepreneur
doit déposer:
1° avant la délivrance de l'autorisation: un cautionnement
de 20 mille francs jusqu'à l'entier achèvement des
travaux et un second cautionnement de 5 mille francs jusqu'à
la fin de l'entreprise;
2° dans le mois qui suit la date de l'autorisation: un cautionnement
de 20 mille francs, jusqu'à la fin de l'entreprise.
- Les autorisations sont personnelles et ne peuvent être
transférées sans l'autorisation expresse du Ministre.
Elles ne confèrent aucun privilège pour l'entrepreneur,
ni aucune obligation pour l'Etat, en matière d'autorisation
ou d'exploitation concurrente. Elles sont annulées ou peuvent
être retirées, sans indemnité, de la part
de l'Etat, faute par l'entreprise d'avoir satisfait aux clauses
et conditions de l'acte de concession ou en cas de faillite. -
L'Etat se réserve la faculté de racheter, à
toute époque, les droits des concessionnaires ou de faire
l'acquisition des systèmes d'appareils exploités
par eux, sans surélévation provenant des droits
de brevet. |
En même temps, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord, qui s'intéresse
aussi au téléphone pour remplacer ses télégraphes,
se livre à des recherches et dès 1880 réussit une
première transmission entre Paris et Saint-Quentin (140 kilomètres).
L'amplificateur-répéteur n'existe pas encore et il faut
utiliser du fil à forte section très lourd.
Ce premier essai de liaison interurbaine est réalisé sur
la voie ferrée qui passe entre Marest et Quierzy ... où
il faudra attendre encore 40 ans avant l'arrivée du téléphone.
Le jeu de transfert de capitaux et de concessions d'exploitation bat
son plein.
D'un côté :
- le 2 février 1880, est fondée officiellement la Compagnie
des Téléphones. ex Compagnie
du Téléphone Gower Roosvelt , chargé
d'exploiter les réseaux de Marseille Lyon Nantes Bordeaux Lille
et Le Havre et Paris .
Son Président est M. Amédée Jametel, Banquier
du Crédit Mobilier à Paris . Cette société
est créée à l'occasion de l'absorption de la Société
Française de Correspondance Téléphonique en grande
difficulté (alors détenue par M. Léon Soulerin)
par la Compagnie du Téléphone Gower (alors détenue
par M. Charles Wallut) .
A Paris se trouvent le bureau central, situé au siège
social 66, rue Neuve-des-Petits-Champs à Paris, et un bureau
annexe à La Villette avec 30 lignes, mais 4 nouveaux bureaux
sont en construction.
Au mois doctobre 1880, 200 abonnés sont déjà
reliés et 130 attendent leur tour. La société installe
chez ses abonnés le téléphone Gower.
Son but est « la création et lexploitation en France
et dans les Colonies Françaises de réseaux téléphoniques
».
Au mois doctobre 1880, 200 abonnés sont déjà
reliés et 130 attendent leur tour. La société installe
chez ses abonnés le téléphone Gower.
En province, la compagnie a ouvert un réseau à Lyon avec
23 abonnés « reliés », à Marseille
avec 25 abonnés et à Nantes avec 19 abonnés (octobre
1880). Elle est aussi installée à Bordeaux, Lille et Le
Havre où les discussions sont en cours avec les municipalités,
au Havre c'est la guerre ave la compagnie des téléphones
qui demande des droits trop élevés.
La société installe chez ses clients de province le téléphone
à crayons de charbon de John Crossley
Au 2 février 1880, il ne reste plus que deux sociétés
exploitant le téléphone en France.
Le 2 avril 1880, l'État transfère ensuite à M.
Amédée Jametel, fondateur de la Compagnie des Téléphones,
les deux concessions d'exploitation téléphonique accordées
les 27 juin 1879 et 12 juillet 1879 détenues jusques alors par
MM Wallut et Soulerin, à la demande de ces derniers.
Le 23 Avril 1880, l'État transfère ces deux concessions
directement à la personne morale de la Compagnie des Téléphones,
à la demande de son Président, M. Amédée
Jametel.
Reste de l'autre côté : la SFT
Le 27 mars 1880,
La Banque Franco-Égyptienne fonde la Société
Française des Téléphones (Système
Edison et autres), en rachetant la Société Berthon
et Cie.
Au mois doctobre 1880, 240 abonnés sont raccordés
et 330 sont en attente de construction ; le bureau central est
situé au 45, avenue de lOpéra, et deux bureaux
auxiliaires fonctionnent. La société installe chez
ses clients lappareil à pupitre Edison-Phelps
mais reçoit de nombreuses plaintes du fait du fonctionnement
très délicat du microphone Edison qui demande de
fréquents déplacements chez les clients pour le
remettre en état.
Le 21 avril 1880, l'État transfère à
la Société Française des Téléphones
(système Edison et autres), fondée par la Banque
Franco-Égyptienne, la concession d'exploitation accordée
le 8 septembre 1879 détenue jusques alors par M. Alfred
Berthon, à la demande de ce dernier. |
 |
LA Fusion :Trois sociétés,
trois systèmes. On comprend les problèmes dinterconnexion
qui surgissent rapidement.
Les deux systèmes trop différents des deux sociétés
restantes n'arrivent pas à raccorder leurs nouveaux abonnés.
De plus la ville de Paris avait donné une autorisation mais
provisoire aux deux sociétés pour utiliser les égouts,
envisage de réglementer la situation et de prélever
une redevance pour cela.
La société Edison tente de raccorder ses clients en
aérien, mais d'une part cela était trop couteux, et
d'autres parts de nombreux propietaires refusaient la fixation de
câbles aux toitures et façades de leur habitations.
Devant ce problème, John Harjes représentant de la Société
Française des Téléphones, et la banque Franco-Egyptienne
renouent les contacts avec la Compagnie des Téléphones,
contribue au rapprochement des deux sociétés trouvant
l'une et l'autre leur intérêt financier. De plus la Compagnie
des Téléphones trouve intéressant de pouvoir
récupérer les brevets Edison et de pouvoir augmenter
sa capacité de production. Pour la Société Générale
des Téléphones , cette alliance devait lui permettre
de se développer en province et retrouver une existence légale.
Pour ces raisons c'est la Compagnie des Téléphones qui
va absorber l'autre société, bien que cella n'arrangeait
pas Edison.
- Le 16 et 17 août 1880, est fondée officiellement
la Société Générale des Téléphones.
Cette société, présidée par Amédée
Jametel, est créée dans le but prévisionnel de
fusionner la Compagnie des Téléphones (Gower) et la
Société Française des Téléphones
(Système Edison et autres).
Edison tenant à ce que son nom apparaisse dans la nouvelle
société, s'en sort satisfait .
- le 7 et 30 octobre 1880, au cours de la première assemblée,
la fusion entre la Compagnie des Téléphones (Gower)
et la Société Française des Téléphones
Système Edison et autres, est officialisée.
- Le 10 décembre 1880,
la Société Générale
des Téléphones se constitue, elle décide
d'exploiter le système Bell-Grower amélioré par
Ader et M. Berthon. Avant sa création, la société
projetée s'appelait également Compagnie Générale
des Téléphones créée par Ader
ou apparaît le premier réseau téléphonique
de la capitale. .
En avril 1880, cinquante lignes
étaient en service à Paris, et la Compagnie Générale
des Téléphones s'apprêtait à installer
des réseaux dans d'autres grandes villes.
Cest au cours de lannée 1881, que la SGT devint
propriétaire des inventions de Clément Ader et quelle
sassura sa collaboration exclusive en matière de téléphonie.
Le directeur nommé de la SGT est Henri Lartigue, ex
directeur de la Compagnie des Téléphones.
|
Le 10 décembre 1880,
l'État transfère enfin à M. Amédée
Jametel, Président de la Société Générale
des Téléphones, la concession d'exploitation accordée
le 8 septembre 1879 détenue depuis le 21 avril 1880 par
la Banque Franco-Égyptienne, à la demande de cette
dernière.
La formation de cette Société téléphonique
fut accueillie avec joie par les hommes de progrès.
Elle établit son siège social à Paris,
66 rue Neuve-des-Petits Champs, et le transféra plus
tard au 41 rue Caumartin.
Cette Société s'occupa activement et avec un plein
succès de l'établissement de ses réseaux
téléphoniques en province, et de la réorganisation
du réseau de Paris déjà installé
depuis 1879.
Cependant cette concession à durée limitée
n'est valable que jusqu'en 1884.
Alfred Niaudet, qui a reçu des mains même de
Bell les deux téléphones importés en France,
aussi membre de la Société Française de
Physique dès sa fondation et devient un administrateur
de la Société générale des Téléphones.
Un autre administrateur redoutable est Jules Armengaud, ingénieur
conseil en brevets d'invention.
La SGT « inaugura le service
téléphonique de Paris avec 400 souscripteurs,
le 30 septembre 1879.
Fin 1880 la SGT compte plus
de 450 abonnés sur Paris et 460 en attente de raccordement.
Et chaque abonné ne passe pas plus d'un appel par jour
en moyenne.
|
le téléphone
acoustique de Mr Léger : Article du 01 janvier 1880
de la revue "Le Panthéon de l'industrie"
QUEL est le véritable avenir réservé
au téléphone ?
Bien que l'on puisse dire que ses applications en sont encore
à la période d'essai, on peut affirmer, dès
aujourd'hui, sans témérité, que cet instrument
n'acquerra jamais une puissance suffisante pour se substituer
au télégraphe électrique, dans les communications
à des distances dépassant quelques kilomètres,
et que, pour les communications à des distances relativement
très-faibles, il ne pourra remplacer utilement les simples
appareils acoustiques, qui sont infiniment plus commodes.
En somme, il existe actuellement deux grands modes de communication
à distance : l'électricité, qui transmet
les signaux d'une extrémité de la terre a l'autre
; les ondes sonores, qui les transmettent très-commodément
entre les diverses pièces d'un même édifice.
Le téléphone, appareil mixte, dans lequel le courant
électrique sert à la transmission des ondes sonores,
donne tout naturellement des résultats moyens, transmettant
la parole à des distances médiocres et exigeant
quelques-unes des ressources, comportant quelques-uns des embarras,
causant quelques-unes des dépenses du télégraphe
lui même.
On ne peut donc attribuer qu'à un engouement irréfléchi
l'empressement qu'ont mis quelques particuliers à démolir
les tubes acoustiques dans leur hôtel ou leur usine, à
leur substituer les fils du téléphone, et à
installer des piles gênantes, coûteuses, malpropres,
dangereuses même, à la place des simples pavillons
de porte-voix ou des simples embouchures qui leur avaient rendu
jusque-là, sans frais et sans embarras, de si excellents
services.
Mais laissons là cette manie passagère, qu'explique
l'enthousiasme inspiré par tonte nouveauté.
On s'apercevra rapidement qu'on n'a pas absolument besoin d'une
pile voltaïque pour demander ses chaussettes à son
valet de chambre, et que le tube acoustique accomplit plus sûrement
et plus simplement une pareille besogne.
Et pour qu'on n'éprouve aucune hésitation à
y venir ou à y revenir, pour qu'on n'accuse pas, comme
on l'a osé faire, ces tubes d'avoir une trop faible portée,
nous examinerons l'état vrai de la question, en signalant
le point de perfection auquel ces tubes ont été
amenés par l'unique spécialiste de ce genre dé
construction, M. Léger, qui étudie depuis vingt
cinq ans les questions d'acoustique pratique.
Nous demanderons même à nos lecteurs la permission
de ne pas sortir des beaux ateliers de la rue Saint-Denis, 156,
sans signaler à leur attention deux autres créations
de M. Léger, dont une se rapporte également à
l'acoustique.
Notons tout d'abord ce fait que M. Léger, dans la construction
de ses canalisations acoustiques, emploie exclusivement le fer-blanc,
c'est-à-dire, comme on sait, la mince tôle de fer
étamée. Il y a, de ce choix, deux raisons principales
: l'économie, qui condamne les tubes de cuivre, et le besoin
d'éviter les sels vénéneux qui ne tardent
pas à se développer sur la surface du même
métal, et, dans le cas actuel, peuvent nuire gravement
à la santé.
Maintenant, on adresse aux tubes acoustiques deux grands reproches
: la faible portée qu'ils auraient et qui limiterait leur
emploi à de très-petites distances, la difficulté
qu'y rencontreraient les ondes sonores à franchir les coudes,
ce qui rendrait leur emploi presque impossible, les communications
en ligne droite étant un fait exceptionnel.
Appliquées aux tubes de M. Léger, ces objections
n'ont aucune portée ; nous ne le prouverons non par des
théories, mais par des faits incontestables, attestés
dans des rapports officiels à la Société
d'Encouragement, à la Société des Sciences
industrielles, à l'Académie nationale, à
l'Institut des Arts industriels, etc.
Nous trouvons là l'indication d'un tube acoustique installé
dans un grand hôtel du faubourg Saint Honoré, établissant,
malgré la présence de seize coudes, des communications
parfaitement distinctes, à 135 mètres de distance.
Dans la maison du Bon Marché, qui possède quinze
appareils établis par M. Léger, plusieurs de ces
appareils ont plus de 125 mètres de développement,
et l'un d'entre eux, qui atteint 200 mètres, n'a pas moins
de trente-cinq coudes.
Nous pourrions signaler des circonstances tout à fait semblables
dans les 800 mètres de tubes établis à Noisiel,
dans l'usine de M. Menier, dans les vingt et un appareils que
possède l'hôtel du même industriel au parc
Monceaux, etc., etc. ; mais nous pensons, que les exemples précédents
suffisent a éclairer nos lecteurs sur les services que
peuvent rendre es appareils installés par M. Léger
dans les hôtels, les bureaux,, les magasins, les ateliers,
les restaurants, sur les bateaux à vapeur, etc.
N'oublions pas, du reste, que ces appareils ont obtenu, seuls
parmi les appareils acoustiques, six médailles et un diplôme
d'honneur dans les Expositions et à la suite de rapports
entièrement favorables dus à diverses Sociétés
savantes.
Nous avons dit comment M. Léger avait étudié,
pendant un quart de siècle, le perfectionnement des appareils
acoustiques.
Parmi les améliorations qu'il y a réaliser, il en
est deux qui nous paraissent particulièrement remarquables
:
C'est d'abord' l'emploi d'un système d'embranchement qui
permet de communiquer à la fois, très commodément.
dans diverses directions, et c est ensuite une embouchure en forme
dé conque, qui concentre les paroles émises à
4 ou 5 mètres de distance, et permet, soit de communiquer
sans se déplacer, soit d'entendre la conversation de malfaiteurs
réunis dans un bureau pour le dévaliser.
La construction des porte-voix et des cornets acoustiques, étudiée
par M. Léger avec un zèle non moins persévérant,
s'est enrichie d'une multitude de types très-habilement
appropriés aux divers cas de surdité.
L'idée du plus remarquable de tous a été
inspirée à M. Léger par un hasard heureux.
Mis en possession d'un cornet biauriculaire très défectueux,
sans valeur aucune, mais construit d'après une idée
très juste du docteur Constantin Paul, il l'étudia,
le remania, le transforma, réussit à en faire le
plus merveilleux cornet acoustique qu'on eût connu jusque-là.
Mis au courant: de ce qui s'était passé, le docteur
Constantin Paul, après des expériences multipliées
à l'hôpital Saint-Antoine, encouragea l'habile constructeur
qui-avait si admirablement interprété et développé
sa pensée, l'aida même de ses conseils, et aujourd'hui
le cornet auriculaire dans les mille formes que M. Léger.
lui a données, opère dè véritables
miracles. Nous en citerons deux. Un sourd-muet, qui avait perdu
l'oui à l'âge de deux ans que Hall considérait
comme affecté d'une surdité congénitale.
et qui avait été instruit, comme tel, dans le langage
des sourds-muet, qui fut pris tout à coup d'une stupéfaction
voisine de la terreur lorsque muni du cornet Léger, il
entendit parler pour la première fois de sa vie, sans comprendre
(il l'écrivit lui-même) aucune des paroles qu'on
lui adressait. Un autre exemple attesté par un certificat
: une jeune fille du monde, âgée de seize ans, sourde-muette
de naissance, put, grâce au cornet Léger, assister
aux concerts, aux auditions musicales que son infirmité
lui avait jusque-là empêché de fréquenter.
Dans sa forme la plus complète,
le cornet biauriculaire comprend : deux oreillons en fer-blanc
terminés par des olives en ivoire qu'on introduit dans
le conduit: de chaque oreille; deux tubes en caoutchouc, munis
à l'intérieur d'un ressort à boudin en
fil de fer émaillé, et s'embranchant sur un tube
unique terminé par un pavillon placé devant la
poitrine ; une bride passant sur la tète et retenant
en place les deux oreillons, de façon que les mains restent
entièrement inoccupées. Une application très-curieuse
de cet appareil consiste à retourner le pavillon sur
la poitrine, pour s'ausculter soi-même. Le cornet Léger
est, du reste, dans tous les cas, un excellent stéthoscope.
Nous voudrions dire quelques mots d'une autre invention très-remarquable
de M. Léger, dont la description, malheureusement, s'éloignerait
trop de notre sujet. Il s'agit d'un petit appareil domestique
qui, par des transformations très-simples, peut servir
de chaufferette, de bassinoire, de boule pour le lit, de veilleuse,
de réchaud, et qui ne consomme qu'un demi-centime par
heure.
Nous n'insistons pas, ne voulant
pas. d'ailleurs, diviser l'attention de nos lecteurs, qui doivent,
à cette heure, considérer, comme nous, les inventions
acoustiques de M. Léger comme un des plus remarquables
progrès' de la science industrielle.
L. B.
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1880 Faisons le
point de la situation en Europe Extrait du Journal Télégraphique
de janvier 1880
Le téléphone en ville (Téléphone exchanges),
par M. ROTHEN, Directeur-adjoint des télégraphes Suisse.
On entend souvent les personnes
qui ne s'occupent pas directement des applications de l'électricité,
demander pourquoi le bruit qui s'est fait autour du téléphone
il y a deux ans, a cessé aussi subitement et si de ce silence
on doit conclure que la nouvelle invention a été
abandonnée.
Ces personnes oublient que c'est le propre de toute invention,
après avoir au moment de son apparition, surtout si elle
présente des effets aussi merveilleux que le téléphone,
surexcité tous les esprits, d'entrer dans une période
de calme relatif, de recueillement où l'invention
se consolide et se perfectionne. C'est dans cette période
que se trouve aujourd'hui le téléphone.
Toutefois, l'accueil qu'il a reçu du public est bien différent
d'un côté ou de l'autre de l'Atlantique. Bien qu'il
y ait certainement en Europe un nombre assez considérable
de téléphones en activité, il est pourtant
incontestable qu'il ne s'y est pas encore complètement
acclimaté et vulgarisé. Son établissement
souvent ne répond qu'à une satisfaction de curiosité,
d'autres fois qu'à des besoins superflus. La masse du public
n'y songe pas et n'étant sollicitée par aucun désir
de communications plus fréquentes, plus faciles que celles
dont la télégraphie ordinaire la fait jouir, oublie
complètement le téléphone. Il n'est
pas rare de trouver des villes considérables où
pas un seul appareil téléphonique n'est en activité.
En Amérique, les choses sont toutes différentes.
Là, le téléphone est devenu comme une nécessité
de la vie moderne. Dans presque toutes les villes de quelque importance
il existe des réseaux téléphoniques plus
ou moins étendus, établissant entre les clients
de l'entreprise des communications directes. Ainsi à Washington
il y a plus de 200, à Chicago plus de 1200 maisons reliées
ainsi entre elles par des fils téléphoniques. Ce
nouveau système de communication est si apprécié
en Amérique que son extension ne s'arrête pas et
que l'on peut prévoir le moment où la moindre ville
aura son réseau spécial de téléphones.
Le téléphone ainsi appliqué, nous paraît
offrir au commerce et aux relations de famille de tels avantages
qu'au moment où se font aussi, dans quelques grandes villes
européennes, des tentatives pour l'implanter dans les habitudes
de la vie quotidienne, une étude des téléphone
exchanges américains et des moyens de les adapter aux conditions
de nos moeurs et de nos usages européens, nous paraît
présenter un intérêt tout particulier d'actualité.
En Amérique, le réseau téléphonique
d'une ville se compose d'un ou de plusieurs offices centraux d'où
rayonnent dans toutes les directions des fils aboutissant chacun
à la maison d'un des clients de l'entreprise. Tout
possesseur d'un téléphone peut ainsi être
mis en communication directe avec tous les autres. S'il
y a 400 abonnés dans une ville, un abonné quelconque
a la faculté d'entrer en communication directe avec les
399 autres. Avec le nombre des abonnés, la valeur du téléphone
s'accroît naturellement pour chacun d'eux, puisque cette
augmentation étend le cercle de ses relations possibles.
Une fois le premier noyau formé, l'augmentation du nombre
des abonnés d'une même ville se produit sûrement
comme s'augmente nécessairement avec le temps la cristallisation
autour d'un noyau plongé dans une solution saturée
et cette augmentation tend même à progresser par
un mouvement accéléré, jusqu'au jour où
il est donné satisfaction à tous les besoins de
communication.
Dès qu'il a atteint une certaine étendue, les services
que peut rendre dans une ville le réseau téléphonique,
sont incomparables.
C'est le malade qui désire à chaque instant conférer
avec son médecin ou c'est ce dernier qui tient à
être constamment informé de la marche de la maladie.
Ce sont les fournisseurs auprès de qui il faut provoquer
immédiatement l'envoi des objets nécessaires pour
répondre à une exigence imprévue; c'est le
commissionnaire dont ou a besoin pour une course, pour le transport
de colis ou de malles; c'est l'intervention de la police ou des
pompiers que réclame un accident ou un commencement d'incendie;
c'est le moyen de se procurer un supplément de marchandises
pour satisfaire à une commande dont l'importance dépasse
le stock disponible; pour le banquier, c'est la facilité
d'obtenir immédiatement la garantie qu'il peut en toute
sécurité payer la traite présentée
inopinément à sa caisse, etc., etc.
On pourrait aisément multiplier le nombre de ces exemples,
mais les quelques-uns que nous venons de résumer suffisent
pour faire ressortir combien les communications téléphoniques
peuvent épargner de temps, de courses et de peines pour
atteindre plus vite et, en supprimant les intermédiaires,
plus sûrement au but désiré. Aussi ne nous
étonnerons-nous pas de trouver dans les journaux américains
un concert unanime d'éloges de la part de ceux qui font
usage de ces communications téléphoniques et l'expression
de leur désir d'en conserver la jouissance, alors même
que cette jouissance leur coûterait beaucoup plus cher.
En dehors des réseaux dont nous venons de parler, il existe
aussi des lignes téléphoniques indépendantes,
par exemple, celles qui relient les bureaux d'un industriel à
son usine, le comptoir d'un, commerçant à sa maison
d'habitation. Or, si l'une de ces deux stations téléphoniques
particulières est en communication avec le réseau
général, l'autre s'y trouve naturellement aussi.
Quelquefois, le réseau général est établi
d'une manière un peu différente.
Du bureau central les fils rayonnent aussi dans toutes les directions,
mais sur chaque fil il y a plusieurs abonnés intercalés.
Ce système revient bien meilleur marché que le premier,
car il demande moins de fils; et ceux-ci étant généralement
des fils souterrains, tiennent une place importante dans l'ensemble
des frais d'installation. Mais il a le grand inconvénient
de ne pas assurer le secret absolu des communications. Le premier
est donc préférable malgré l'augmentation
des dépenses d'établissement.
En se rendant compte des services énormes que peut rendre
dans une ville un réseau téléphonique, l'on
est amené à se demander pourquoi Ton n'a pas songé
plus tôt à en installer dans les villes européennes.
Il y a à cela différentes raisons dont deux nous
paraissent surtout importantes ; la première, c'est que
les téléphones perfectionnés sont encore
trop peu connus; la seconde c'est que les Administrations télégraphiques
font obstacle à l'installation de réseaux téléphoniques
comme entreprises privées.
Occupons-nous d'abord de la première raison.
Il y a beaucoup de personnes qui croient le téléphone
encore dans l'état d'enfance où il se trouvait il
y a deux ans, époque où les résultats obtenus
n'étaient pas, en effet, assez encourageants pour provoquer
sa prompte vulgarisation. La reproduction de la parole était
incertaine, extrêmement faible et n'était saisissable
que par une oreille exercée. L'on entendait bien qu'on
parlait, mais peu de personnes étaient en état de
reconnaître les mots proférés. Même
avec les téléphones perfectionnés, l'on peut
observer des faits analogues. Certaines personnes n'arrivent à
saisir les paroles prononcées à l'extrémité
de la ligne qu'à moins de recourir aux meilleurs téléphones
connus.
Depuis sa première apparition, le téléphone
a subi d'innombrables modifications et soi-disant améliorations.
La plupart d'entre elles ont disparu peu de temps après
leur apparition et il n'en a subsisté qu'un petit nombre.
On peut diviser ces dernières en deux catégories
: téléphones sans pile et téléphones
avec pile; ou bien encore les distinguer en téléphones
où le même instrument sert de transmetteur et de
récepteur et téléphones avec transmetteur
spécial.
Les spécimens les plus connus des téléphones
perfectionnés sans pile, sont le téléphone
Siemens et le téléphone Gower. Le premier
dont le Journal télégraphique a donné une
description détaillée (vol. IV, page 304) est excellent.
Il se distingue par une reproduction parfaite du son articulé,
par un appel très caractéristique qui peut s'entendre
même d'une chambre voisine et par un réglage facile.
En le réglant il faut seulement avoir soin de ne pas chercher
à atteindre la dernière limite de clarté
et de force, car pour y arriver l'on doit rapprocher l'aimant
aussi près que possible du diaphragme sans toutefois que
ce dernier se courbe sous l'influence de l'attraction. Mais le
diaphragme se trouve presque alors à l'état d'équilibre
instable, et la moindre influence, par exemple un changement de
température, suffit à le dérégler.
Avec l'habitude du réglage du téléphone,
un pareil accident est sans importance, mais entre des mains inexercées
il devient, comme nous avons pu nous en convaincre plus d'une
fois, un obstacle sérieux à l'usage du téléphone.
- Le téléphone Gower se présente sous la
forme d'une boîte cylindrique de peu de hauteur qu'on applique
le long d'une paroi. A l'orifice central est fixé un tube
flexible en caoutchouc avec embouchure en forme d'entonnoir. Un
sifflet à l'intérieur de la boîte tient lieu
de la petite trompette d'appel du téléphone Siemens.
L'aimant a la forme d'un demi-cercle avec pôles recourbés
vers le centre dans la direction du diamètre. Chaque pôle
est armé d'une bobine ovale. Le diaphragme est assez grand
et épais. Les appréciations relatives aux effets
du téléphone Gower sont très contradictoires
; quelques-unes le prônent comme un des meilleurs sinon
le meilleur des téléphones, tandis que d'autres
le considèrent comme ne donnant pas des résultats
satisfaisants. N'ayant pas eu l'occasion de l'expérimenter
personnellement, nous nous abstiendrons de nous prononcer sur
sa valeur.
Quant aux téléphones à pile où à
transmetteur spécial, ils ont, tout d'abord, par rapport
aux autres, un grand désavantage, celui de nécessiter
l'emploi d'une pile; mais cet inconvénient est racheté
par d'autres bonnes qualités. Nous citerons comme spécimens
principaux de ces téléphones, le transmetteur Blake,
le transmetteur Edison et le téléphone électrochimique
du même inventeur.
- Le transmetteur Blake est une sorte de microphone. Extérieurement,
il affecte la forme d'une boîte verticale suspendue à
une paroi, avec embouchure sur la face antérieure et quatre
serre-fils. Derrière l'embouchure se trouve un diaphragme
ordinaire métallique. Quant à l'intérieur
de la boîte, en voici la disposition. En arrière
et au centre du diaphragme est fixée perpendiculairement
une tige en métal ou en charbon de cornue extrêmement
courte, qu'un ressort fait presser légèrement contre
le diaphragme. Derrière la tige et appuyant contre elle
au moyen d'un second ressort, se trouve un cylindre compacte de
noir de fumée. La partie de la petite tige qui touche ce
cylindre est appointie et si la tige est, un charbon de cornue,
cette pointe est platinée pour assurer un bon contact.
Quand maintenant le diaphragme est mis en vibration par la voix
humaine ou autrement, la tige exerce, par secousses, des pressions
réitérées contre le cylindre de noir de fumée
et la résistance électrique de celui-ci varie en
conformité de ces pressions. Les deux ressorts qui soutiennent
la tige ^ le cylindre de noir de fumée, font partie d'un
circuit Métrique local où sont en outre intercalés
une pile de quelques éléments, de préférence
Leclanché ou Callaud, et le fil primaire d'une petite bobine
d'induction. Lorsque 'instrument est intercalé pour la
transmission, le courant continu prend donc le chemin suivant.
Partant du pôle positif de la pile il passe à travers
la tige et le cylindre de noir de fumée; puis il parcourt
le fil primaire de la bobine d'induction et retourne au pôle
négatif de la pile. L'intensité de ce courant continu
variant suivant la pression exercée par le diaphragme sur
la tige et le cylindre de noir de fumée, ces variations
produisent dans le fil secondaire de la bobine des courants d'induction
que le fil de ligne conduit à l'autre station où
ils passent par un téléphone Bell ordinaire ou toute
autre espèce de téléphone perfectionné.
L'appel s'effectue au moyen d'une sonnerie qu'actionne un courant
électrique. Dans le système Blake, l'installation
téléphonique exige l'emploi d'un permutateur pour
interrompre le circuit local et intercaler la sonnerie quand les
téléphones sont au repos. Le système du réglage
de la pression est simple et ingénieux.
- Le transmetteur d'Edison ressemblant beaucoup à
celui de Blake, nous nous bornerons à indiquer les parties
par lesquelles il en diffère. Un petit cylindre creux en
laiton est collé par une matière isolante au diaphragme.
Ce cylindre presse en trois points sur un disque en charbon de
cornue d'un diamètre d'environ 16mm, revêtu du côté
du diaphragme d'un dépôt galvanique de cuivre. Ce
disque repose sur un autre disque de noir de fumée, de
même diamètre et d'un millimètre d'épaisseur
environ, lequel à son tour appuie contre une plaque métallique.
Une vis sert à régler la pression. Le récepteur
est un téléphone Bell, de préférence
du système modifié par M. Phelps sous le nom de
« Pony-Crown-Telephone. » Il est très petit
et possède un aimant recourbé en cercle qui sert
en même temps de poignée. Il suffit de un à
trois éléments Leclanché pour produire le
courant local qui circule dans le transmetteur à charbon
et le fil primaire de la bobine d'induction. La « Gold and
Stock Telegraph Company» à New-York qui paraît
investie des droits d'exploitation de ce téléphone,
combine les deux instruments avec une sorte de petit pupitre qui
porte, en outre, une sonnette d'appel, un permutateur automatique
et un petit bouton de contact pour l'appel. Le transmetteur est
fixé par un bras à la gauche du pupitre, ce qui
permet de lui donner la position convenable pour correspondre,
tout en laissant les deux mains libres. Au côté droit
du pupitre est suspendu à une corde en double fil métallique
le téléphone Phelps. Le crochet qui maintient ce
téléphone dans les moments de repos, n'est autre
chose que le permutateur automatique. En décrochant le
téléphone, le permutateur se déplace, intercale
la pile locale et généralement établit les
communications nécessaires. Quand le téléphone
Phelps est suspendu à son crochet, le transmetteur et le
récepteur sont exclus du circuit, et à leur place
se trouve intercalée la sonnerie d'appel. Nous avons pu
nous convaincre, par notre propre expérience, de l'efficacité
de ce téléphone. C'est le plus parfait que nous
connaissions. La reproduction de la parole y est extrêmement
distincte et n'a rien de confus. Les personnes qui ne sont pas
familiarisées avec les communications téléphoniques
et même celles qui ont l'ouïe un peu dure, saisissent
néanmoins dès le premier moment tout ce qui est
transmis par ce téléphone. Si, au lieu d'un seul
récepteur, on en emploie deux, en en appliquant un à
chaque oreille, la conversation n'est pas troublée par
les bruits extérieurs même très-forts. L'usage
de ce téléphone n'est donc pas limité à
des locaux tranquilles. Son prix est, il est vrai, un peu élevé.
Tandis, eu effet, qu'un couple de téléphones
Siemens coûte 87 frs. 50. et un couple de téléphones
Gower 200 frs, deux pupitres Edison-Phelps reviennent à
470 francs.
Depuis bientôt un an, on parle d'un nouveau téléphone
d'Edison, c'est-à-dire d'un récepteur électrochimique
qui, dans l'installation que nous venons de décrire, remplacerait
le récepteur Phelps et qui donnerait de merveilleux résultats.
Ce récepteur est basé sur le principe déjà
appliqué par M. Edison dans son électromotographe.
Comme d'ordinaire, il comporte un diaphragme, mais ce diaphragme
est en mica. Au centre est fixée une tige mince de quelques
centimètres de longueur, dont la pointe recourbée,
repose sur un cylindrique de chaux imbibé d'une solution
d'hydrate de potasse et d'acétate de mercure. Les impulsions
électriques engendrées dans le fil secondaire de
la bobine d'induction à la station correspondante, s'écoulent
à la terre par la tige et par le cylindre de chaux. Quand
on tourne le cylindre, le frottement considérable de la
chaux a pour effet d'avancer un peu la pointe de la tige et le
diaphragme se courbe légèrement vers l'intérieur,
prenant une forme concave; mais chaque courant qui passe de la
pointe au cylindre diminuant le frottement, la tige revient en
arrière et, le diaphragme peut, suivant la force et durée
du courant, arriver à reprendre plus ou moins exactement
la forme plane. Les impulsions du courant se transforment donc
mécaniquement en vibrations du diaphragme de mica. L'inconvénient
de ce téléphone consiste dans l'obligation de tourner
le cylindre avec une manivelle aussi longtemps qu'on doit recevoir.
A la réunion annuelle des naturalistes américains,
à Saratoga en 1879, ce téléphone, exhibé
par M. Edison lui-même, a produit une grande sensation.
Nous avons lu aussi de divers côtés des appréciations
très-enthousiastes, mais ne le connaissant que par les
comptes-rendus, nous ne pouvons juger ce système d'après
nos expériences personnelles. Un fait, toutefois, qui s'est
produit récemment, serait de nature à éveiller
nos doutes à son égard. Une Administration télégraphique
ayant, à notre connaissance demandé l'automne dernier
à un électricien renommé des Etats-Unis,
l'envoi d'un couple des meilleurs téléphones qui
existent en Amérique, cet électricien n'a pas même
mentionné le téléphone électrochimique,
et ce sont les transmetteurs à charbon et les téléphones
Phelps qu'il a choisis.
Quoi qu'il en soit, l'inefficacité de tel ou tel système
n'est plus un obstacle à la généralisation
du téléphone. Il existe actuellement des spécimens
assez parfaits pour que, dans toutes les conditions, n'importe
qui puisse s'en servir sans incertitude ni confusion.
Passons maintenant à la seconde raison qui nous paraît
entraver la généralisation rapide des téléphones
en Europe.
En Amérique il n'y a pas de monopole télégraphique.
Les Sociétés téléphoniques n'ont à
compter qu'avec les propriétaires dont elles empruntent
le terrain pour poser leurs lignes. En Europe, le téléphone
est, avec raison, regardé comme relevant du monopole de
la télégraphie. Les intéressés ont
bien cherché à faire placer le téléphone
en dehors des communications i électriques dont l'exploitation
est réservée à l'Etat, mais ces prétentions
ne résistent pas à l'examen impartial de la question.
Il suffit de se demander ce que la loi a, par le monopole de la
télégraphie, entendu attribuer à l'Etat pour
reconnaître de suite que le mode de transmission électrique
n'est pas limité aux communications dont le sens se révèle
par l'intermédiaire de la vue et qu'il s'étend à
celles dont la connaissance parvient à l'esprit par le
canal de l'oreille. S'il y avait là pour le téléphone
un titre à échapper au monopole légal, il
en serait de même pour nombre d'appareils qu'utilise depuis
longtemps la télégraphie électrique, par
exemple, les parleurs, les récepteurs à cloche,
etc. Du moment que le courant engendré à l'extrémité
d'une ligne se traduit à l'autre extrémité
par un langage intelligible, il y a télégraphie
électrique. Or, la fonction du téléphone
rentre évidemment dans les limites de cette conception.
Partant de ce point de vue, les Administrations ne sauraient considérer
les installations téléphoniques privées comme
échappant à leur action et elles doivent ou les
prohiber complètement ou les soumettre à un droit
de concession. Admettons même le cas peu probable où
une jurisprudence étroite arguerait, dans certaines législations,
des termes d'une loi qui n'a pu prévoir le téléphone,
Pour contester à l'Etat ses droits régaliens, il
serait toujours facile, ce semble, d'obtenir des pouvoirs publics
une nouvelle loi ou une modification plus compréhensive
de la loi existante, qui soumettrait le téléphone
au monopole qui est à la base du service télégraphique.
Telle a été, en effet, l'attitude des Administrations
télégraphiques dans tous les pays où le téléphone
a cherché à s'implanter.
En Angleterre, l'Office britannique a paru, d'abord, vouloir interdire
les circuits téléphoniques, et s'il semble maintenant
revenu de cette idée première, ce n'est qu'en imposant
aux établissements de ce genre une redevance assez élevée.
En France, les Compagnies téléphoniques ont dû,
pour pouvoir poser leurs fils et ouvrir leur exploitation, se
pourvoir de concessions de l'Etat, concessions toujours révocables
et soumises aussi à des redevances déterminées.
En Suisse, chaque kilomètre de fil téléphonique
est imposé d'une redevance annuelle de dix francs et la
concession n'est donnée que sous des clauses spéciales
garantissant le secret des dépêches télégraphiques
proprement dites. Les autres Administrations ont, sans doute,
garanti leurs droits par des précautions de même
nature. Actuellement où le téléphone est
encore dans son enfance, ces précautions peuvent suffire
; mais cet enfant grandira et il y a lieu de craindre qu'en dépit
de toutes ces restrictions, le téléphone ne vienne
briser un jour le monopole télégraphique, si les
Administrations ne se décident pas dès maintenant
à le monopoliser complètement, c'est-à-dire
à établir et à exploiter elles-mêmes
les réseaux téléphoniques.
Dans notre opinion, c'est en entrant hardiment dans cette voie
que l'Etat pourra lutter efficacement contre les atteintes à
son monopole, car les circuits téléphoniques nous
paraissent appelés à un tel avenir qu'ils ne tarderont
pas à accaparer toutes les communications intérieures
des villes. Que fera-t-on alors ? Essaiera-t-on de mettre en communication
le bureau central de l'Etat et les bureaux centraux des exploitations
téléphoniques indépendantes ? Mais ne serait-ce
pas là un commencement d'abdication ? Ce résultat
fatal, il faut donc le prévenir à temps, et le moyen
c'est d'englober le téléphone dans la télégraphie
! Il va sans dire que cette absorption n'empêcherait point
d'accorder aux particuliers des concessions pour des lignes téléphoniques
isolées, de même que l'Etat concède actuellement
des lignes télégraphiques d'intérêt
privé. Cette ligne isolée ne porte aucun préjudice
au monopole gouvernemental tant qu'elle reste indépendante
du réseau Public, mais ce qu'il ne faut pas aliéner,
même contre de redevance élevée, ce sont les
réseaux urbains, car c'est toujours chose difficile que
de racheter des privilèges une fois qu'on les a laissés
échapper. Ce que butent aux Gouvernements les rachats des
chemins de fer ce qu'a coûté à l'Office britannique
le rachat de ses télégraphes, est un exemple et
une leçon.
Pour nous bien pénétrer de cette vérité
que les «téléphone exchanges » ne sont
que de la télégraphie, jetons un coup d'il
sur la manière dont ces entreprises ont organisé
leurs Offices centraux dans les villes américaines. Tous
les fils qui desservent différents souscripteurs aboutissent
à un centre commun, chacun d'eux passant par un électro-aimant
spécial devant lequel une plaque légère couvre
un numéro qui est le numéro de l'abonné.
Quand celui-ci le client 23, par exemple pousse
son bouton d'appel, le couvercle de l'électroaimant correspondant
tombe et le numéro 23 apparaît. Un certain nombre
d'agents, jeunes garçons et jeunes filles, surveillent
continuellement ces numéros et aussitôt que le couvercle
tombe, on prévient par l'appel « hallo » le
client N" 23, celui-ci répond: «je désire
être mis en communication avec tel numéro, par exemple
le numéro 47.» Ce désir est communiqué
au «switchman» qui dirige le grand permutateur (switch)
qui se trouve au milieu de la salle. Le switchman (souvent il
y en a plusieurs) a à sa disposition un certain nombre
de petites cordes métalliques se terminant à chaque
extrémité par une fiche. Il prend une de ces cordes,
place une des fiches dans le trou 23; l'autre dans le trou 47
et les deux clients se trouvent en communication directe. Toutes
ces opérations demandent moins de temps que leur description.
Souvent le bureau central est organisé de façon
que le demandeur d'une communication est avisé, par les
mots «ail right», quand l'Office central a établi
la communication demandée et que la fin de l'entretien
des deux interlocuteurs est indiquée à l'Office
central par un nouveau signe qui frappe à la fois l'oreille
et l'il et attire ainsi l'attention des employés
sur les deux numéros dont la communication peut être
interrompue.
Les dispositions de détail varient légèrement,
suivant les Sociétés et les instruments qu'elles
emploient. Nous nous bornerons à décrire, dans ses
détails, l'une des méthodes les plus en usage et
dont la connaissance peut donner l'idée du mode de fonctionnement.
Supposons que le nombre de souscripteurs soit assez grand pour
qu'ils ne puissent être tous réunis dans un seul
et même permutateur. On augmente alors le nombre de ces
derniers qui s'élève quelquefois à 10 et
même à 20. Au-dessous de la rangée des permutateurs
est disposée une série de rails métalliques
isolés l'un de l'autre et passant devant chacun d'eux.
Au commencement du service, les switchinen se rangent à
l'une des extrémités de la série des permutateurs.
Le premier client demandant une communication, est desservi par
le premier switchman qui, après avoir accompli sa tâche,
vient se mettre à l'extrémité de la rangée
de ses collègues; c'est au second switchman à desservir
le second client et ainsi de suite. I Chaque switchman reste avec
son client jusqu'à ce qu'il se soit assuré que la
communication demandée est bien établie. Le long
des permutateurs sont disposés un certain nombre de «
switchman's téléphones. » Dans ces téléphones
portatifs, le transmetteur et le récepteur sont réunis
en une seule pièce, de sorte que quand on porte
le récepteur à l'oreille, le transmetteur se trouve
devant la bouche. Le switchman met la fiche de la corde téléphonique
dans le trou du client et le prévient par l'exclamation
« hallo » ou « well, sir ? » Ayant appris
avec quel numéro le client désire être abouché,
si ce numéro se trouve dans un autre permutateur, il détache
la corde du téléphone et la fixe avec l'autre fiche
à un rail non encore occupé. Alors il se rend au
permutateur où figure le numéro demandé,
place la fiche d'une corde dans le ti*ou en question et avec une
seconde corde également à fiche, il frappe trois
fois sur une plaque qu'une pile met en communication avec la terre.
La sonnerie de la personne appelée fonctionne et avec son
téléphone le switchman se met en communication avec
le client. Aussitôt cette communication établie,
l'autre fiche de la corde est fixée au rail qui la relie
au premier permutateur et le switchman peut alors correspondre
avec les deux clients et les informer qu'ils sont reliés
en circuit direct. Chaque rail communique avec la terre par l'intermédiaire
d'un relais très-sensible. Quand les deux clients ont fini
leur entretien, l'un d'eux presse son bouton d'appel, le relais
réagit, ferme une pile locale dans l'Office central et
un signal très-apparent indique que tel et tel rail devient
libre, sur quoi on retire les fiches.
Avec le nombre des clients, les difficultés de l'Office
central augmentent rapidement, comme on a pu le voir par l'article
publié dans notre dernier numéro, p. 583; mais MM.
Haskins et Wilson seraient, paraît-il, arrivés, par
une combinaison ingénieuse, à triompher de ces difficultés.
Il serait trop long de donner ici la liste de toutes les villes
américaines qui possèdent déjà des
téléphone exchanges avec un nombre plus ou moins
grand de souscripteurs. Disons seulement qu'à Cincinnati
où il y a plus de 800 souscripteurs, les demandes de communications
faites à l'Office central dépassent 6000 par jour;
En Europe, c'est dans les villes anglaises que les communications
téléphoniques semblent prendre le plus facilement.
Londres, Manchester, Liverpool, Glasgow, Shèffield, Hull,
Durham, Birmingham ont déjà leurs télé
phone Compagnies; quelques-unes de ces villes même en ont
deux ou trois se faisant concurrence. A Manchester, on se propose
de relier téléphoniquement entre elles les places
de Boehdale, Oldham, Ashton, Bolton, Bury, Middleton, Stalybridge
et Stockport.
Sur le continent, nous ne trouvons guère encore
à nommer que Paris, où trois Compagnies
de téléphones se sont constituées et ont
commencé par se faire la guerre jusqu'à ce qu'elles
aient trouvé plus profitable à leurs intérêts
de s'amalgamer.
Quant à l'application du téléphone
à des lignes particulières, elle est très-répandue.
On en trouve dans les stations de chemin de fer, les hôpitaux,
les châteaux, les grands établissements industriels,
même les églises. Ce sont les célèbres
brasseurs Bass et C° qui ont peut-être le réseau
particulier le plus complet, avec leurs 12 fils partant d'un bureau
central vei-s leurs différents établissements. La
Soufheni-Railroad-Pittsburgh-Washington Gy a remplacé ses
appareils télégraphiques par des téléphones.
Le téléphone est établi à Windsor
Castle et au palais Buckinghnm. Les journaux Le Figaro et Le Temps
ont leurs circuits téléphoniques.
Pour les téléphones exchanges, les fils doivent
la plupart du temps être des fils souterrains, par cette
raison déjà que ces réseaux sont établis
à l'intérieur des villes, et aussi à cause
du grand nombre de fils qui doivent rayonner du bureau central
dans toutes les directions. La nouvelle invention de M. Brooks
qui consiste à réunir les fils dans des tubes à
gaz remplis de pétrole, semble avoir beaucoup facilité
l'établissement de ces réseaux
La règle des Compagnies téléphoniques est
de procéder exclusivement par location. La jouissance des
lignes, des instruments et l'entretien des uns et des autres sont
assurés aux souscripteurs moyennant une redevance annuelle
fixe
En Amérique cette location annuelle est de 7.5 à
8 dollars; à Londres, on demande 20 £ si la ligne
ne dépasse pas 1600m de longueur; à Paris le loyer
varie entre 500 et 1000 francs.
Nous avons jeté un rapide coup-d'oeil sur le mouvement
téléphonique qui se prépare à envahir
l'Europe.
Notre génération peut se féliciter d'être
dotée de cette nouvelle facilité de communication
qui, par le temps qu'elle fait gagner journellement, tend à
prolonger la vie, mais, nous le répétons encore
une fois, le moment est venu pour l'Etat de prendre en main l'exploitation
de ce moyen merveilleux de communication, car les telephones
exchanges ne tarderont pas à devenir une puissance qu'il
sera plus tard difficile de déposséder. |
Jusquà lannée 1881, année de lExposition
universelle qui sest tenue à Paris, les pouvoirs publics
ne portèrent pas attention à la diffusion du téléphone,
ce qui explique quil ne fut pas une priorité des politiques
officielles déquipement. Entre lalternative dun
financement par lÉtat ou la concession, cest la seconde
qui fut choisie. Cest dailleurs la règle générale
depuis Louis Philippe et le télégraphe. Dautres
raisons motivèrent le choix de la concession. La première
raison est que ladministration du télégraphe est
en crise. Le développement dune nouvelle technique nécessite
beaucoup dinvestissements et ladministration nest
pas en mesure de les apporter. « En 1877, une des premières
décisions du gouvernement républicain, revenu au pouvoir
après lintermède Mac Mahon, a été
de provoquer la fusion, au sein dun même ministère
des Postes et Télégraphes, puisque jusqualors la
poste dépendait du ministère des Finances et les télégraphes
du ministère de lIntérieur. (
) Par ailleurs,
la tendance économique générale est à la
multiplication des concessions, en particulier des régies urbaines
: compagnies des eaux ou des tramways électriques ». Or,
jusquen 1884, la technique du téléphone nautorise
que des réseaux urbains, il parait logique dadapter le
même système de concession. Ainsi, le ministère
des PT laisse le soin à linitiative privée de développer
lensemble de lexploitation téléphonique de
Paris. Le système de la concession, procédure quont
également connue les chemins de fer, fut par conséquent
adopté pour permettre de garder un certain contrôle.
Revenons sur Clément Ader, devenu l'INGENIEUR-CONSEIL
DE LA SGT qui lui achète les droits d'exploitation de ses brevets
.
Il a innové et construisit ses premiers appareils dans les ateliers
Bréguet, Ils sont équipés d'un microphone
à crayon de charbon de sa conception et de deux écouteurs
aussi de sa conception. Ader ne sera pas salarié de la société,
il préféra se contenter d'un intéressement et des
droits d'exploitation négociés avec la SGT. Ceal lui permit
d'acheter un pied à terre sur Paris, 68 rue de l'Assomption ou
il installe son laboratoire.
Ader revenant aux fondamentaux de Hughes et de Crossley, construit
le microphone composé de 10 bâtons en charbon montés
sur 3 traverses.
Il est très simple à fabriquer et pas onéreux,
facile à installer, ne nécessite aucun réglage
: il est donc très avantageux.
Le microphone de Crossley
(à gauche ) et le micro Ader 
 
Brevet US274246A approuvé
le 20 Mars 1883
Le téléphone longue distance dEdison les concurrençait
sur le territoire américain et la conquête du marché
français ouvrait ainsi de nouveaux débouchés.
....
..   
Ces modèles sont aujourd'hui recherchés par tous les collectionneurs
de vieux téléphones . En
1880 le système Crossley est installé sur les
réseaux de Lyon, Marseille, Bordeaux et Nantes, puis sera commercialisé
par la SGT jusuqu'en 1890 pour la province.

Microphone Crossley à charbon qui inspira Ader.
1880 vu dans Lélectricité N°19 du 5 octobre
1880 Lélectrophone Louis Maiche
(son parcours en détail)
Le système de communications
téléphoniques imaginé par M. Louis Maiche
se compose de deux appareils qui sont tous deux semblables à
celui que nous allons décrire et qui sont mis en rapport
A. une distance quelconque par un fil télégraphique.
 
Lélectrophone de
ce physicien se compose dune boite en bois AA ayant environ
25 centimètres de côté, devant laquelle
se place la personne qui veut parler.
Lintérieur de cette
caisse est doublé dune seconde caisse en verre
B, isolée de la première pur une épaisse
couche de ouate CC ; cest cette caisse en verre qui reçoit
les ondes sonores produites par la parole et transforme le mouvement
vibratoire de lair en action mécanique se résumant
par une différence de pression sur deux billes en charbon
D, qui fixées à deux charnières E E reçoivent
le courant électrique dune pile composée
dun ou deux éléments et transmettent les
différences dintensité résultant
des différences de pression à un téléphone
Identique situé à une distance quelconque et servant
de bobine dinduction au moyen des conducteurs ordinaires.
La bobine dinduction,
les boules en charbon et les conducteurs qui les relient sont
disposés de manière à navoir jamais
besoin dêtre touchés ni réglés.
Lappareil, tel quil est sur le dessin, peut fonctionner
indéfiniment sans aucune espèce de réparation
et entre toutes les mains.
A gauche se trouve un petit
bouton G, semblable à ceux des sonneries électriques
dappartement.
Quand on parle à une
distance de la cloche en verre, qui peut aller jusquà
plusieurs mètres, celle-ci vibre à lunisson
de lair, et ses vibrations se transforment instantanément
et complètement en effets mécaniques se traduisant
par des différences de pression des deux boules en charbon,
lesquelles déterminent dans la bobine les courants induits
qui peuvent être recueillis à la station darrivée
de la même manière quils ont été
produits, cest-à-dire à laide de la
bobine de Ruhmkorff du récepteur.
Les mouvements moléculaires
du verre, dont la surface est cent fois plus grande que celle
du disque vibrant dun téléphone ordinaire,
acquièrent une grande intensité en se concentrant
ou se totalisant sur le point où reposent les boules
en charbon.
Lintensité des
effets ainsi accumulés permet de donner aux boules en
charbon et aux pièces qui les supportent des dimensions
et un poids qui assurent une parfaite stabilité et dispensent
de toute espèce de réglage, en se plaçant
bien au-dessus de toutes les causes de dérangement.
Il ny a plus rien là
qui rappelle le microphone, et cependant la sensibilité
de lappareil est si grande quune résistance
de quinze cents kilomètres nempêche pas dentendre
distinctement les battements dune montre et le souffle
de la respiration.
Parmi les expériences
les plus intéressantes qui ont eu lieu sur lélectrophone,
nous citerons lessai qui a été fait entre
la Chambre des députés et le Sénat ; un
autre entre le Bureau central des lignes télégraphiques
de Paris et celui de Versailles. Deux autres postes sont établis
dans les conditions les moins favorables qui puissent se présenter,
sans que le résultat en soit influencé en quoi
que ce soit. Lun relie les forges dAntoigné
(Sarthe) à la gare de Monbizot ; lautre, partant
également des forges dAntoigné, relie cet
établissement avec les bureaux de M. Chappée,
leur propriétaire, situés au Mans, à une
distance de 28 km environ. Le fil est disposé sur les
poteaux ordinaires qui supportent les fils de lÉtat
et ceux de la Compagnie du chemin de fer de lOuest. Le
voisinage de ces fils na rien de nuisible ; le retour
se fait par la terre comme dans les installations télégraphiques
ordinaires.
Dans latelier de M. Louis
Maiche, que nos abonnés pourront visiter, à notre
recommandation, en nous en adressant la demande, nous avons
pu entendre une conversation en intercalant dans le circuit
un morceau de bois blanc dune épaisseur dun
décimètre, et même une cloche de verre,
sans que le son de la voix fût très notablement
diminué. Pour exécuter ces belles et curieuses
expériences, il faut appliquer de chaque côté
de la substance intercalée une feuille détain
semblable à celle dun condensateur. Cette circonstance
montre admirablement lextrême facilité que
les courants dinduction ont à se propager malgré
les obstacles dont leur route est semée.
Elle permet de concevoir lespérance
que le courant téléphonique ainsi constitué
puisse être utilisé pour faire franchir à
la parole humaine des mers profondes.
|
Dès que les premiers réseaux
téléphoniques urbains furent installés en France,
la lutte s'engagea entre les constructeurs d'appareils.
Certains réseaux étaient exploités par la Société
générale des téléphones, d'autres restaient
la propriété de l'État,
Évidemment, la Société n'admettait sur ses réseaux
que les appareils dont elle possédait les brevets; mais l'État
restait libre d'adopter pour son service tels appareils qui lui convenaient;
il avait intérêt même, tout en n'admettant que des
instruments de premier choix, à établir la concurrence
entre les fabricants, de façon à faire profiter les abonnés
des perfectionnements que cette concurrence ne manquerait pas de faire
naître.
Pour le bonheur des collectionneurs d'aujourd'hui, le nombre des types
de téléphones, d'abord restreint, augmenta rapidement,
à mesure que la téléphonie elle-même se développait.En
juin 1880, Cornéluis Herz suivant ses
travaux pour la téléphonie il put faire entendre son "condensateur
parlant".
c'est un téléphone à condensateur étudié
pour s'affranchir des longues distances. Mais ce sysème ne sera
jamais adopté en pratique.
En 1881 M. le Dr Herz voulut faire l'expérience de ses appareils
dans des conditions réellement pratiques.
Un certain nombre de lignes télégraphiques de l'État
furent mises à sa disposition, et il put même opérer
sur un câble sous-marin, entre Brest et Penzanec (Angleterre).
Avec ce câble, dans lequel les transmissions télégraphiques
présentent tant de difficultés, on obtint la transmission
assez nette de la parole, Avec les lignes télégraphiques
aériennes la réussite fut plus complète.
Les expériences furent faites, avec succès, d'Orléans
à Blois, puis d'Orléans à Tours. On
transmit ensuite d'Orléans jusqu'à Poitiers, Angoulème,
et enfin Bordeaux, où la distance atteignit 457 kilomètres.
La transmission était parfaitement nette, et les conversations
se faisaient avec la plus grande facilité.
On voulut obtenir davantage; on porta la distance à 1140 Km.
A cet effet, on opéra entre Brest et Tours, en passant par
Paris.
A cette distance énorme, on put envoyer et recevoir distinctement
des mots et des phrases.
...
La Compagnie des chemins de fer du Nord fit faire plusieurs expériences
de téléphonie à grande distance entre Paris et
Saint-Quentin et entre Paris et Amiens (retour par Creil). La longueur
de la ligne sur laquelle on opérait dans ces dernières
conditions, est de 260 kilomètres environ.
La Compagnie des chemins de fer de l'Est, ainsi que les autres
Compagnies se livrèrent aux mêmes expériences ou
se prêtèrent à celles que l'on voulut faire sur
des distances plus grandes encore.
M. de Parville écrivait à ce sujet : « On a fait
au mois d'août 1880, des expériences intéressantes
sur les transmissions téléphoniques à l'administration
centrale des télégraphes et sur nos principales lignes
de chemins de fer. Après les incertitudes et les tâtonnements
de la première heure, le téléphone entre définitivement
dans le domaine de la pratique.
Déjà, aux États-Unis, on se sert du téléphone
dans les principales grandes villes pour correspondre d'un quartier
à l'autre. Tout porte à croire que Paris va posséder
à bref délai son réseau téléphonique.
Chaque particulier pourra se faire entendre d'un bout à l'autre
de la ville et converser à l'aise à quelques lieues de
distance. Nous croyons bon, à ce propos, de faire connaître
ment les résultats des essais qui sont en cours d'exécution.
A l'administration, les expériences entreprises sur l'initiative
du Ministre des Postes et des Télégraphes ont lieu entre
Paris et Versailles, Asnières et Sceaux.
« La distance entre Paris et Versailles est de 21 kilomètres;
entre Paris et Asnières, de 8 kilomètres; entre Paris
et Sceaux, de 10 kilomètres.
Les téléphones sont installés à Paris dans
la salle n° 25 du bureau central, au milieu de laquelle fonctionnent
sans interruption plus de 100 appareils Hughes et Morse. Il était
bon de savoir si, malgré le bruit des manipulations, on pourrait
se servir utilement des téléphones.
« Les téléphones sont en relation avec les fils
télégraphiques ordinaires. Jusqu'aux fortifications, c'est-à-dire
sur un parcours de 4 kilomètres, les fils sont enfermés
dans des câbles ; c'est seulement hors de Paris que la ligne devient
aérienne jusqu'à destination. Les transmissions se font
par un seul fil. Le retour a lieu par la terre.
« Dans une première expérience, la communication
avec le sol a été faite en commun avec celle des autres
appareils; dans une seconde, on a relié avec la terre hors de
Paris ; dans une troisième, seulement, à Asnières.
Les transmissions ont été excellentes dans tous les cas,
mais naturellement encore plus accentuées dans la troisième
expérience.« Les essais du bureau central ont été
exécutés avec le téléphone Edison, le
seul à à notre avis, qui, dans l'état, actuel des
choses, donne des résultats satisfaisants aux grandes distances.
Les premières expériences effectuées mettent hors
de doute que l'articulation de la voix est bonne et que les sons se
distinguent nettement avec le téléphone Edison. Pendant
plus de deux heures, les différents employés de l'administration
ont pu communiquer avec leurs collègues des bureaux télégraphiques
de Versailles, Asnières et Sceaux. Les cours de la Bourse ont
été transmis ainsi sans erreur. Les noms propres ont seulement
produit de l'hésitation chez quelques agents. Il semble préférable
de les transmettre lettre par lettre, comme s'il s'agissait de communications
télégraphiques ..............
« Les expériences entreprises par les chemins de fer sont
encore plus concluantes.
Au chemin de fer de l'Ouest, M. Noblet, chef du service télégraphique,
a mis en service un téléphone Edison entre Paris et Saint-Germain
(21 km.), Paris et Mantes (37 km.), Paris et Rouen (140 km.). On se
sert du fil télégraphique aérien sur les poteaux
de Saint-Germain; il est bon de dire toutefois que ce fil est réuni
dans un câble, sur une longueur de 400 mètres environ,
avec les autres fils de la ligne dans la traversée des tunnels.
Les transmissions se font très nettement, plus rapidement et
plus commodément qu'avec les appareils télégraphiques.
Les résultats obtenus de Paris à Mantes ont été
excellents.
De Paris à Rouen la parole arrive nette aussi ; l'intensité
du son est seulement un peu affaiblie ; certains mots doivent être
répétés.
« Sur la ligne du Nord, M. Lartigue a établi un
téléphone Edison, de Paris à Creil (50 km.),
de Paris à Creil par Pontoise (65 km.), de Paris à Amiens
avec retour par Creil (260 km).. Sur les deux premières lignes
les communications n'ont rien laissé à désirer.
On a pu parler sans perdre un mot de la conversation. Sur la troisième,
après un parcours de 260 kilomètres, les sons sont arrivés
affaiblis ; pratiquement, la limite de transmission semble atteinte;
il faut élever la voix et répéter quelquefois le
même mot pour pouvoir se faire entendre. On ne saurait encore
dire si l'affaiblissement des sons est dû à la grande distance
franchie ou aux. pertes de courant résultant des dérivations
à la terre.
« Au chemin de fer de l'Est, le téléphone
Edison a été employé entre Paris et Lagny (28 km.)
et Paris et Meaux (40 km.). De l'avis unanime, les transmissions ont
été parfaites........
« En somme, il n'y a aucun doute à avoir maintenant sur
ce point. On peut, en se servant des fils aériens ou souterrains
porter la voix nettement et assez fort à plus de 50 kilomètres
avec le téléphone à charbon et à pile d'Edison;
on peut parler aussi facilement à 5 kilomètres avec le
téléphone magnétique de Phelps, Gray, Gower, en
s'isolant du bruit des voitures et des conversations. Mais le téléphone
ne rendra de services réels aux chemins de fer et aux particuliers
que sur des distances peu grandes; il est évident qu'il y aura
surtout avantage à établir des communications entre les
points extrêmes de la ville et principalement entre le centre
de la zone suburbaine et les petites villes ou les groupes de villas
des environs.
Le téléphone Edison reste très pratique dans ces
conditions d'exploitation.
« En résumé, il résulte de ces détails
qu'il est aujourd'hui parfaitement démontré qu'avec des
lignes convenables on peut transmettre la parole à des distances
qui sont, en pratique, largement suffisantes pour assurer le service
téléphonique d'une grande ville. C'est un progrès.
»
La même année, le général de Nansouty, qui
a créé au sommet du pic du Midi-de-Bigorre, dans le département
des Hautes-Pyrénées, un observatoire météorologique,
fit installer sur la montagne un téléphone qui met la
station scientifique du pic en communication avec la station télégraphique
de la petite ville do Bagnères-de-Bigorre. La distance est de
26 kilomètres.
D'autres installations téléphoniques particulières
furent également établies à Paris et dans plusieurs
villes de province. En 1880 la « Société Générale
des Téléphones »
racheta les divers réseaux, lexemple de la France sera
rapidement suivi
en1880, par : lAngleterre, la Belgique, le Danemark, la Hollande,
la Norvège, la Suède, lAllemagne;
en 1881 par: l'Autriche, lItalie, le Portugal, la Suède;
en 1882 par : la Hongrie, la Russie;
en 1883 par la Chine;
en 1885 par lEspagne
Dès 1880, une prospection commerciale fut entreprise par la
S.G.T. pour constituer des réseaux dans différentes grandes
villes de province.
La S.G.T. mit en service successivement les réseaux de
- Lyon, le 15 octobre 1880,
- Marseille, le 15 décembre 1880,
- Nantes, le 15 janvier 1881,
- Le Havre, le 15 avril 1881,
- et Bordeaux le 30 juin 1881.
Le premier appareil téléphonique
à la Présidence de la République fut installé
en novembre 1880.
On a procédé à l'Elysée, sous la surveillance
du bureau télégraphique, à la pose et installation
d'un téléphone dans le cabinet du président
de la République. Cet appareil est relié par des
fils spéciaux aux bureaux de la présidence de la
Chambre, à ceux de la présidence du Sénat
et à tous les ministères.
Voici comment la presse de l'époque rapporta l'évènement
:
"On a procédé il y a quelques jours à
la pose de l'appareil qui est relié par des fils spéciaux
aux bureaux de la Présidence de la Chambre des Députés,
à ceux de la Présidence du Sénat et aux différents
ministères, de manière que le chef de l'Etat puisse
communiquer verbalement avec tous les membres du gouvernement
chaque fois qu'il sera nécessaire". Mais en fait
cette installation fut réalisée à l'insu
du Président.
Le poste "Ader" du Président Grévy
et Monsieur
Cochery Ministre des Postes et Télégraphes
Ecoutons Clément Ader relater dans ses mémoires
comment les choses se sont réellement passées :
"Monsieur Grévy était Président
de la République, Monsieur Cochery Ministre des
Postes et Télégraphes et Monsieur Caël Directeur
de la région télégraphique de Paris. Le téléphone
était peu connu à cette époque. Le Président
ne témoignait aucun désir de l'avoir et cependant
il fallait, dans ses hautes fonctions, qu'il en eût un à
portée de main, sur sa table de travail. Un jour, à
l'insu du Président, nous installâmes une ligne téléphonique
depuis le ministère des Télégraphes jusqu'au
bureau de l'Elysée, aboutissant à un téléphone
placé sur le bureau du Président".
Lorsqu'il entra dans son cabinet, l'appareil attira tout de suite
son attention. Le régisseur, prétextant une raison
de service, s'y trouvait déjà. Le Président
lui demanda : "que signifie cet objet ?, d'où vient-il
? C'est Monsieur Cochery qui a donné l'ordre de le placer
là. Dans ce cas, ce doit être un instrument utile
!"
Et aussitôt le régisseur présente l'appareil
au Président en lui expliquant la manière de s'en
servir. Pendant ce temps, Monsieur Caël assurait la communication
avec le Ministre. On devine l'équivoque qui suivit ces
préparatifs. "Mais c'est la voix de Cochery que j'entends,
s'écria le Président... Merci cher ami de m'avoir
réservé cette surprise. Je ne m'attendais pas à
une telle satisfaction !...Merci encore ! "
Et Monsieur Cochery, déconcerté par ces remerciements
inattendus, ne trouvait à répondre que des : "Ah!...Ah!...bien...très
heureux, Monsieur le Président, si j'ai pu vous être
agréable !". |
Fin 1880 La France compte 3039 abonnés au téléphone
sur le réseau public de Paris plus 1812 abonnés hors de
Paris.
En 1880, le réseau téléphonique de Paris n'avait
que 440 kilomètres de développement.Ader continue
ses expérimentations, et dépose de très nombreuses
additions à son brevet initial, ainsi quun nouveau
brevet pour un appareil permettant de retransmettre stéréophoniquement
(cest-à-dire en reproduisant la spatialité de lécoute
grâce à deux micros et deux écouteurs) une représentation
théâtrale
Brevet du 13 janvier 1882 US257453
TELEPHONIC TRANSMISSION OF SOUND FROM THEATERS
|
1881 lexposition
internationale délectricité de 1881.
Le directeur de cette exposition
n'est autre que Cornélius Herz
. Le journal La Lumière électrique entama une
campagne en faveur de l'Exposition projetée, et contribua
puissamment à amener son succès.
Au début, l'initiative privée devait se charger
de tous les détails d'exécution et fournir les
fonds nécessaires.
Dans ce but, le docteur Cornélius
Herz avait provoqué la formation d'un comité,
composé notamment de MM. Hébrard, sénateur,
directeur du journal le Temps; Jules Bapst, directeur du Journal
des Débats; baron Jacques de Reinach, Georges Berger,
qui devint ensuite le commissaire général, et
le docteur Cornélius Herz.
Ce comité élabora le plan d'ensemble du projet
d'Exposition internationale d'électricité, et
il était tout disposé à se charger lui-même
de son exécution.
Ce projet, présenté au Gouvernement, ayant été
très chaudement accueilli, par M. Varroy, alors ministre
des Travaux publics, puis par son successeur, M. Sadi Carnot,
fut adopté par le conseil des ministres.
Le Gouvernement, jaloux de s'approprier cette création,
demanda à se substituer à l'initiative privée,
et à faire de l'Exposition d'électricité
une entreprise de l'État. Soutenu par le ministre des
travaux publics Sadi Carnot, le ministre des Postes et Télégraphes,
M. Cochery, fut chargé d'en diriger l'exécution
ainsi que de former un Congrès international d'électriciens.
L'ouverture officielle de cette Exposition, d'un genre absolument
nouveau, se fît le 10 août 1881, en présence
du Président de la République Jules Grévy,
avec une solennité qui convenait à une manifestation
aussi importante, au point de vue des progrès de la science
électrique.
On ne se doutait guère que dans ce vaste Palais de l'Industrie,
construit il y avait trente ans à peine, pour renfermer
des Expositions universelles et générales, s'ouvrirait
un jour une Exposition, non pas même d'une science, mais
d'une branche restreinte d'une seule science.
Ce fut là un phénomène bien remarquable,
et qui montre d'une façon bien frappante le développement
qu'a pris de nos jours l'application des sciences à l'industrie.
Les expositions internationales constituent ces grands rendez-vous
du 19ème siècle entre les états du monde
"développé".
Chacun y expose sa puissance technique et économique
dans une rivalité qui saffirme vouloir nêtre
que "pacifique".
Lélectricité y prend naturellement toute
sa place. Cest le cas à Londres en 1862, à
Paris en 1867 et 1878, à Vienne en 1875 et à Philadelphie
en 1876. Mais lexposition de 1881, à Paris,
est une innovation.
Cest la première fois quune exposition internationale
est entièrement consacrée à lélectricité
et à ses applications. Cette rencontre prendra une importance
particulière avec lorganisation, pendant lexposition,
du premier congrès international des électriciens.
750 000
personnes visiteront lexposition entre le 11 août
et le 20 novembre. Dès lentrée dans
le Palais des Champs-Élysées le spectacle
est grandiose. Au milieu du rez-de-chaussée, un phare
électrique, modèle de ceux qui doivent être
installés sur les côtes, éclaire la
salle de ses feux tournants de différentes couleurs.
Ce phare symbolise à lui seul deux des grandes affaires
de cette exposition : léclairage et lutilisation
des génératrices électriques de forte
puissance.
Le Télégraphe :
Le télégraphe occupe nécessairement
une place importante dans cette exposition. Cest en
1838 que Samuel Morse a fait breveter, en même temps
que son alphabet, Depuis cette date le télégraphe
a déjà fait le tour du monde et il sest
amélioré. Le télégraphe à
cadran en usage dans les chemins de fer se lit sur des cadrans
portant les lettres de lalphabet. Le télégraphe
imprimeur de Hughes utilise un clavier du type de celui
de nos actuelles machines à écrire. Le système
Wheatstone utilise des bandes perforées. Le système
Baudot est un concentré dingéniosité.
Il permet dexpédier, ensemble, plusieurs signaux
qui, de plus, sont imprimés à larrivée.
Avec le procédé duplex dEdison les messages
peuvent se croiser sur la même ligne. |
 |
 |
Le Téléphone
Mais lattraction vedette de lexposition
est le téléphone.
Lappareil avait déjà été
présenté en 1876 à lexposition
de Philadelphie.
Le téléphone de Bell et ses variantes, tel
celui de Edison, se répandent avec une extrême
rapidité.
La raison essentielle en est la densité du réseau
de lignes télégraphiques déjà
existantes. Elles sont utilisées par le téléphone
qui a dailleurs souvent été désigné
comme un "télégraphe parlant".
Le problème est cependant celui de la résistance
électrique de ces lignes et la faible intensité
du signal émis.
Les cinq ans qui séparent la découverte
de lexposition de 1881 ont été mis
à profit par Bell lui-même et par dautres
ingénieux techniciens pour trouver des solutions.
Un premier "amplificateur" est utilisé
au niveau de lémetteur. Celui-ci devient
un "microphone" capable de transmettre au loin
les sons les plus faibles.
Sa réalisation met en uvre une propriété
du graphite dont la découverte est attribuée
à lAméricain David Hughes.
Lintensité du courant débité
par la pile varie donc au gré des vibrations et
son intensité est bien plus forte que celle du
faible courant produit dans la bobine inductrice initialement
proposée par Bell. Dès lors la résistance
des fils de la ligne télégraphique nest
plus un problème.
Plusieurs microphones sont ainsi présentés
à lexposition dont celui construit par D'arsonval
et Paul Bert (photo ci contre) qui comporte une
série de tubes de graphite soumis à une
pression réglable.
|
Lexposition de M. Edison
au Palais de lIndustrie, occupe deux salons formant
à eux seuls une exposition complète et unique.
Lélectricité y apparaît sous toutes
ses formes : télégraphes, téléphones,
aimants diviseurs des minerais, phonographe, appareils de précision
pour les expériences de cabinet, électromotographe,
etc. ; et autour de tous ces objets, le long des cloisons, ou
suspendues au plafond, ses lampes isolées sur des genouillères,
des chandeliers, ou groupées dans les cristaux des lustres.
Nous navançons rien de contraire à la plus
stricte vérité, en disant que léclairage
à incandescence de M. Edison, constitue, à cause
de ses dispositions pratiques, industrielles, une véritable
révolution dans l'éclairage de nos immeubles,
révolution que la presse française a unanimement
pressentie, et qui est en voie daccomplissement dans la
capitale des États-Unis. A New-York, les travaux dinstallation
sont déjà faits pour quinze mille lampes; ils
se poursuivent activement dans divers quartiers de cette ville
; lorsquils seront terminés on dotera les autres
villes des États-Unis et du Canada du système
Edison, car pour linstant il est impossible de répondre
à toutes les demandes qui en sont faites.
M. Edison a exposé une collection de photographies des
fabriques où se construisent le matériel de son
système déclairage, composé non seulement
de sa lampe, mais dune canalisation ingénieuse,
dont tous les organes sont si intimement reliés les uns
aux autres, que, sans elle, lapplication pratique générale
de la lumière électrique ne pourrait être
réalisée. Ses barres en matière isolante,
traversées par les conducteurs ; ses boîtes de
jonction doù les barres conductrices se répartissent
dans les rues et dans les maisons ; ses patères dattache
aux cloisons ; ses genouillères semblables à celles
du gaz, sont exposées dans le salon. Il est facile de
se rendre compte que la fabrication de ces objets est du domaine
de lindustrie courante. Une des photographies représente
la première fabrique de lampes établies à
Menlo-Park, la résidence de M. Edison. Elle occupe 150
personnes qui fabriquent 2,000 lampes par jour. On y voit successivement
le soufflage du verre, la carbonisation des filaments de bambou,
les pompes à faire le vide dans les lampes, le montage
des lampes et leur emballage. Les machines-outils y sont actionnées
par des machines électro-dynamiques du système
Edison. Auprès de la maison qu'il habite sélève
un laboratoire, subdivisé en sections de physique, de
chimie de métallurgie et de mécanique. Cent personnes
environ y sont actuellement occupées à réaliser,
dans la pratique, les expériences conçues par
M. Edison. Une force motrice de 80 chevaux, disponible nuit
et jour, sert au fonctionnement des machines. Il est aisé
de concevoir quels résultats positifs, sérieux,
peuvent être obtenus par un tel concours defforts
réunis sous la direction unique du savant américain.
Ajoutons que sa bibliothèque est constamment tenue au
courant de toute les publications des sociétés
savantes : Comptes rendus de l'Académie des sciences,
Annales de physique et de chimie, Annales Poggendorf, de Transactions
and Proceedings of the Royal Society of London, Sillimans
journal, Il Nuovo Cimento, etc. A New-York, Goork-Street, la
compagnie concessionnaire du système Edison occupe trois
cents ouvriers ; cest le centre daction actuel.
Là, sont rassemblés tous les moteurs à
vapeur, chaudières, machines dynamo-électriques
employés dans le système Edison et provenant dusines
liées à la Compagnie par un contrat avec cahier
des charges.
M. Edison a prévu, pour Paris, le cas où linstallation
de ses deux salons ne suffirait pas à dissiper les préjugés
des personnes que leurs habitudes ou une certaine prévention
desprit, retiennent attachées au système
déclairage au gaz, à lhuile ou au
pétrole, etc. Il monte une chaudière à
vapeur pour un moteur de 150 chevaux ; une machine dynamo-électrique
à vapeur se composant dun moteur à vapeur
à grande vitesse, parfaitement équilibré,
tournant à 360 tours par minute et actionnant, à
la même vitesse, une armature qui lui est directement
attachée, et dont le poids dépasse trois tonnes
et demie. Cette armature développe une énergie
électrique équivalant à 120 chevaux et
est mise en mouvement par le moteur à vapeur qui en développe
125. Elle doit alimenter sept cents lampes qui serviront à
léclairage du grand escalier du Palais. La quantité
de charbon consommée sous le générateur
de vapeur sera comparée à celle utilisée
pour produire une égale quantité de lumière
de gaz, de façon à établir par une expérience
industrielle, léconomie de la lumière Edison.
Parmi les nombreux appareils du même inventeur, disposés
dans les deux salons du Palais de lIndustrie, fonctionne
le télégraphe quadruplex qui permet denvoyer
à la fois plusieurs dépêches pouvant se
bifurquer dans deux directions par un seul et même fil;
le téléphone à charbon, utilisé
actuellement dans le monde entier, et qui est accompagné
de modèles de toutes formes de cet instrument, depuis
la première expérience avec du charbon en fil
jusquau transmetteur de charbon compact employé
pour reproduire les sons de la voie humaine ; tous ces appareils
sont exposés dans une collection historique qui montre
à quel point le sujet a été étudié
par M. Edison.
On voit aussi plusieurs formes de magnéto-téléphones
construits par M. Edison bien avant que cet inventeur ait exécuté
ses premiers essais de téléphone parlant. Citons
également le phonographe qui enregistre la parole humaine,
la reproduit, et qui, par des dispositions toutes nouvelles,
la transmet en outre à distance par le téléphone
; plus loin cest la plume électrique qui permet
de reproduire une lettre, un dessin, à un nombre considérable
dexemplaires. Parmi les appareils servant aux expériences
de laboratoire, se trouvent le microtésimètre
avec lequel, en 1878, M. Edison a pu mesurer les changements
les plus faibles de température. Cet appareil lui a permis
de reconnaître des rayons calorifiques dans les rayons
lumineux émis par la plupart des étoiles fixes:
il a aussi démontré le premier la possibilité
denregistrer les phases de mouvement produites par un
rayon de lumière ondulatoire. Lorodoscope, appareil
qui permet de rendre visible la présence de certaines
huiles essentielles et des vapeurs dhydrocarbure, et denregistrer
leur action. Le Webermètre, balance très délicate
qui enregistre la quantité de courant qui a traversé
un circuit pendant un temps donné. Les avantages de cet
instrument seront très appréciés par les
physiciens qui soccupent des quantités électriques
et connaissent la valeur du pont de Wheatstone et du galvanomètre
de Thompson. Le "Webermètre révèle
et permet de mesurer un courant si faible quil ne déposerait
que dix milligrammes de cuivre dans lespace d'un siècle.
L'électromotographe, qui permet de transmettre la parole
au loin comme le télé phone, mais en la reproduisant
avec son intensité naturelle, est lobjet de la
vive curiosité du public.
Le Ministère des Postes
et Télégraphes aux commandes.
La mise en uvre de
lexposition de 1881 a été confiée
au Ministère des Postes et Télégraphes
désigné sous le sigle P&T.
Le téléphone c'est la merveille, le grand
évènement de lExposition de 1881 pour
le public, et lon peut ajouter, pour les savants eux-mêmes.
Cest une foule qui se précipite tous les soirs
dans les quatre salles destinées aux démonstrations
du téléphone. Il faut attendre souvent plusieurs
heures avant dentrer, par groupes de vingt, dans une
salle dont les murs sont tapissés de tapis dOrient
et le sol recouvert dun épais tapis. Là,
chacun peut écouter pendant 5 minutes les airs qui
se chantent ou se jouent à lOpéra relié
à la salle par une ligne traversant les égouts.
Laccueil est enthousiaste : " Il faut avoir entendu
dans les téléphones de lExposition dElectricité,
pour se rendre exactement compte de la délicatesse
avec laquelle les sons se trouvent transmis. Non seulement
on entend les artistes, mais on reconnaît leur voix,
on distingue les murmures du public dans la salle, on perçoit
ses applaudissements. |
 |
La plus importante exposition
téléphonique fut celle de la S.G.T .
La Société générale des Téléphones
est propriétaire ou concessionnaire exclusive, en France,
des brevets relatifs aux appareils indiqués dans son
catalogue comme brevetés. Elle entend exercer tous ses
droits sur les appareils et sur leurs dérivés
couverts par ses brevets.
En conséquence, elle seule construit ou fait construire
les appareils faisant lobjet de ses brevets; ils ne peuvent
être vendus que par elle ou par les intermédiaires
auxquels elle en fournit; ils portent tous sa marque et
son poinçon.
Tout appareil qui ne porterait pas cette marque sera réputé
contrefait. La Société poursuivra les constructeurs,
introducteurs, vendeurs et détenteurs dappareils
contrefaits.
M. Ader, qui avait présidé de la manière
la plus intelligente et la plus heureuse à toutes ces
installations, fit ainsi reconnaître la supériorité
de son appareil et les appareils de diverses sortes posés
chez les abonnés furent tous retirés et remplacés
par le téléphone à microphone Ader.
De cette époque date réellement l'extension de
la téléphonie en France.
Elle avait établi dans l'intérieur du Palais de
l'Industrie un bureau central desservant une trentaine de stations
repérées par des numéros et éparpillées
dans toutes les parties du Palais.
Pour diminuer les bruits ambiants, chaque poste téléphonique
était installé dans une sorte de guérite
en bois de chêne dont l'intérieur était
capitonné sur toutes ses faces (en quelque sorte ce furent
les premières cabines téléphoniques publiques).
Ce qui détermina le triomphe
de la téléphonie, à l'Exposition d'électricité,
celui d'abord la distribution, à l'intérieur du
palais, d'un certain nombre
de pavillons téléphoniques, sortes de petits réduits
dans lesquels on avait établi des pupitres de téléphone
Ader, que le public faisait lui-même
parler.
La commission supérieure de l'Exposition avait pensé,
avec raison, que c'était là le meilleur moyen
de convaincre les visiteurs de la valeur et de l'utilité
pratique de la nouvelle invention de la téléphonie.
Mais ce qui fit particulièrement le succès de
la téléphonie, ce fut le coup de théâtre
c'est le cas de le dire des auditions musicales.
M. Ader parvint à résoudre le problème,
jusque-là fort imparfaitement résolu, de faire
entendre à plusieurs kilomètres de distance un
orchestre, des churs et des chants d'opéra.
Déjà sans doute, et dès les premiers temps
de sa découverte, c'est-à-dire en 1877, M. Graham
Bell était parvenu, en modifiant son transmetteur, à
faire entendre, de Boston à Salem, des chants, un solo
d'instrument et même quelques morceaux d'orchestre. Mais
si l'on essayait d'augmenter le nombre des chanteurs et des
instruments, l'audition devenait confuse et incomplète.
M. Ader s'occupa, avec une ardeur sans égale, à
vaincre toutes les difficultés du transport téléphonique
des représentations théâtrales, et il parvint
à en triompher merveilleusement. En disposant sur le
théâtre plusieurs transmetteurs microphoniques,
convenablement distribués, et aboutissant tous au même
récepteur, il parvint à faire entendre au Palais
de l'industrie les chants, l'orchestre et les churs qui
composaient une représentation du Grand Opéra.
Le plus grand succès fut l'installation des auditions
téléphoniques du grand Opéra. désigné
sous le nom de "théatrophone",
et fonctionne en stéréophonie.
Devant la scène de lopéra des "transmetteurs"
(larges plaques posées sur des tiges de graphite), sont
disposées de chaque côté de la loge du souffleur.
Chaque série est reliée à lun des
deux écouteurs dont dispose lauditeur restituant
ainsi le "relief" du son.
Si le téléphone est une révélation
pour la majorité des visiteurs, ce nest pourtant
pas une nouveauté à Paris.
Il y existe un réseau dont ses promoteurs nhésitent
pas à affirmer quil est "le plus parfait de
ceux fonctionnant aujourdhui, tant en Europe quaux
Etats-Unis" .
A cette exposition Louis Maiche
représentait "La société de l'électrophone"
et ses nombreux appareils divers.
SOCIÉTÉ DE
L'ÉLECTROPHONE L. MAICHE & C ie PARIS
3, RUE LOUIS LE GRAND PARIS
M. L. Maiche, dont les découvertes scientifiques
et industrielles sont bien connues, expose toute une série
dappareils, qui se distinguent par un caractère
de frappante originalité et une grande fécondité
de conception. De nombreux problèmes, parmi les plus
complexes de la science électrique, ont été
abordés par lui avec une véritable hardiesse,
et sont résolus sous nos yeux de la manière
la plus heureuse.
Chacun deux ayant une importance pratique considérable,
nous allons les examiner en détail et séparément
:
Électrophone. (Transmetteur de la parole
à grandes distances.)
Cet appareil est exposé dans la grande galerie du
premier étage, où deux postes ont pu être
établis à chacune de ses extrémités.
Il fonctionne au milieu du bruit des machines, du piétinement
et des conversations des promeneurs, sans quaucune
précaution ait été prise pour se soustraire
à ces inconvénients. Ces conditions fâcheuses
ont été choisies à dessein pour démontrer
au public la supériorité de lappareil.
Nous avons été frappés par la hauteur
du ton et la netteté de la voix transmise; malgré
les bruits environnants, pas un mot dune lecture rapide
à voix basse ne nous a échappé. Il
nétait pas nécessaire de sapprocher
de lappareil pour parler, nous pouvions même
lui tourner le dos. Cest certainement, suivant lopinion
de toutes les personnes présentes, le plus puissant
des appareils connus.
Mais cest surtout en vue des longues distances que
M. Maiche a combiné les différentes parties
de son électrophone. On sait que la transmission
de la parole sur les lignes télégraphiques,
présente des difficultés de toutes natures;
M. Maiche les a surmontées avec un rare bonheur.
Les journaux scientifiques ont relaté les essais
de son appareil, faits de Calais à Douvres et de
Douvres à Londres, dans laprès-midi,
à lheure où le service des lignes télégraphiques
est le plus actif : on sait que ces expériences ont
eu le succès le plus complet. La conversation sest
effectuée entre ces points pendant plusieurs heures,
librement, et sans interruption. Pour obtenir ce résultat,
il fallait, entre autres difficultés, supprimer les
bruits dinduction produits parles fils conducteurs
les uns sur les autres, sous linfluence de lenvoi
de dépêches télégraphiques dans
les lignes voisines, bruits qui sont assez hauts pour couvrir
la voix.
Suppression de linduction. Une expérience
extrêmement curieuse est faite sous nos yeux, en vue
de démontrer lefficacité des moyens
employés par M. Maiche pour anéantir ces bruits
dinduction, et laisser subsister la voix dans toute
sa plénitude. On se sert dun câble renfermant
trois fils isolés. Dans lun de ces fils, passe
le courant interrompu dune pile; le deuxième
est mis en rapport avec un téléphone ordinaire,
dans lequel on entend un bourdonnement insupportable; le
troisième est celui qui relie, entre eux, deux électrophones.
Le bruit produit par le courant interrompu de la pile, et
qui est entendu avec tant de force dans le deuxième
fil, nest plus perçu dans le troisième
(qui est cependant voisin du premier au même degré
que le deuxième), il se trouve complètement
anéanti, et le tic-tac dune montre, placée
près de lun des électrophones, est clairement
et seul entendu à lautre poste, bien que des
résistances équivalant à plusieurs
milliers de kilomètres aient été interposées
dans le circuit.
Transmission et réception de plusieurs voix
sur un seul fil. M. Maiche nous fait aussi voir
la transmission et la réception simultanée
de plusieurs voix sur une même ligne. Au départ,
deux personnes parlent en même temps. A larrivée,
deux personnes écoutent. Chacune de ces deux personnes
entend séparément la voix quelle veut
entendre, et sans aucun mélange. Dans les appareils
télégraphiques Duplex, on utilise le temps
perdu entre lenvoi de chaque signal. Ici, rien de
semblable : les voix sont mélangées sur la
ligne et se séparent à larrivée.
Condensateur expéditeur de la parole.
Lutilisation du condensateur (un simple cahier de
papier) comme expéditeur de la parole est toute une
révélation. Il est employé seul, cest-à-dire
sans le secours daucun téléphone, microphone
ou bobine. On avait déjà réussi à
se servir du condensateur comme récepteur, mais jusquà
présent, personne navait imaginé de
lutiliser comme transmetteur. La découverte
de M. Maiche sur ce point est certainement grosse pour lavenir,
le condensateur présentant sur le microphone des
avantages pratiques marqués. Nous ne nous étendrons
pas davantage sur ce sujet; nous nous contentons den
signaler toute limportance, et de mentionner les résultats
très surprenants obtenus par M. Maiche.
M. Maiche expose aussi, dans cet ordre didées,
une collection des appareils dits « électrophones
», quil a imaginés jusquà
présent, et qui ont subi peu à peu les transformations
qui ont abouti au type actuel. Nous remarquons, entre autres,
lappareil breveté en 1878.
Cest une caisse sonore, transmettant les vibrations
du son à une série de charbons cylindriques
disposés dune manière spéciale.
Cette disposition des charbons multiples avait donné
lieu, dans lorigine, à quelques critiques,
cependant elle forme la base des imitations que constituent
certains appareils actuels très prônés.
M. Maiche y a substitué depuis ses dispositions actuelles
qui, suivant lui, sont bien préférables. Télégraphie.
On sait de quelle utilité sont ces relais qui permettent
lenvoi de dépêches à de très
grandes distances.
Le système exposé par M. Maiche permet la
transmission de ces dépêches à des distances
illimitées. Pour le démontrer, M. Maiche fait
fonctionner un récepteur ordinaire de Morse au moyen
dun seul élément de pile, même
le plus faible, en employant pour résistance le vide
dun tube de Geisler. Chaque signal qui simprime
à larrivée paraît dabord
sous la forme dune lueur dans le tube, ce qui permet
au public de « voir passer » la dépêche.
Pile inusable. La pile télégraphique
Maiche a vivement excité lattention des électriciens.
La dépolarisation seffectue par la combinaison
de loxygène de lair avec lhydrogène
de leau, sous l'influence de charbons platinés
humides, renfermés dans un vase en porcelaine plongeant
légèrement dans de leau acidulée.
Une petite coupe en porcelaine, disposée au-dessous
du vase poreux, contient un peu de mercure, sur lequel repose
le zinc. Des conducteurs en platine transmettent le courant
à deux bornes fixées à un couvercle
en ébonite qui recouvre le bocal, et sert de support
à tout le système. Le résultat se résume
ainsi : usure du zinc réduite à ses dernières
limites ; dépolarisation indéfinie ne coûtant
rien ; constance rigoureuse ; grande propreté. Pour
la télégraphie, les sonneries, les signaux,
etc., on peut dire que cest la pile par excellence.
Sa force électro-motrice est égale à
1,250, celle de Daniel étant égale à
1,000.
Lumière électrique à domicile.
Il nous reste à parler du système de régénération
des piles, imaginé par M. L. Maiche.
Ce système nau aucun rapport direct avec les
appareil dits « accumulateurs. » M. Maiche a
pour but de fournir la lumière électrique
à domicile de la manière suivante, qui est
des plus simples : Étant donné une pile capable
de produire cette lumière électrique (500
bougies, par exemple), cette pile, sans odeur, nayant
besoin daucun entretien, est enfermée dans
un endroit quelconque de lappartement, ou même
de la cave. Pour séclairer, il suffît
de tourner un commutateur, et la pile fonctionne sur toute
espèce de lampe électrique. Elle finirait
par sépuiser après huit ou dix heures
de travail, mais un simple fil conducteur la met en rapport
avec une usine électrique, installée plus
ou moins loin, laquelle transmet à la pile, par ce
même conducteur, un courant électrique inverse.
Ce courant régénère la pile, pendant
la journée, la remet dans son état primitif,
et la rend ainsi propre à servir de nouveau sans
délai. Cette pile se régénère
ainsi indéfiniment, au fur et à mesure quon
la utilisée.
On voit, par le rapide exposé que nous venons de
faire, tout lintérêt que présente
lexposition de M. Maiche. Cet intérêt
explique laffluence de public que lon remarque
dans cette partie du Palais. Nous regrettons que le cadre
qui nous est imposé ne nous permette pas de nous
étendre davantage sur le côté technique
de chacune des inventions que nous venons dénumérer.
Mais nos lecteurs auront pu néanmoins se rendre compte
de la grande importance pratique de ces travaux considérables,
et ceux qui auront été à même
de les examiner sur place partageront certainement les impressions
que nous avons exprimées au début de cet article.
|
Entre le palais du Trocadéro
et un autre palais hâtivement bâti sur le champ
de Mars, la galerie des machines, la galerie du travail, l'exposition
sur l'histoire de l'industrie abritent les merveilles du «
siècle de l'industrie ».
Dans un coin de la section électricité, un petit
dispositif pour le moment n'attire guère l'attention.
On l'appelle le téléphone.
La commission chargée de mettre en place la section d'électricité
de l'Exposition a même failli l'oublier.
Pourtant les représentants commerciaux des inventeurs
américains Bell et Edison
s'activent. Ils ont déposé des brevets en Europe
et rassemblent des capitaux pour monter des sociétés
de Téléphone. Ils adressent au ministre des P.
et T. des demandes de concession en bonne et due forme.
Fort heureusement, Cornelius Roosvelt chargé par
Bell de l'exploitation du téléphone en France
avait profité de cette opportunité pour demander
un espace aménage à l'exposition, car depuis l'exposition
de 1876 à Philadelphie, le téléphone Bell
n'avait pas beaucoup d'audience auprès du public.
Bell n'était pas le seul dans le domaine, il y avait
l'italien Righi avec un téléphone plus
abouti ... En voici une Note de M. Righi, présentée
par M. du Moncel. (Extrait) lors des Comptes rendus hebdomadaires
des séances de l'Académie des sciences
« Le récepteur
de ce téléphone est, à peu près,
un téléphone Bell; seulement, la lame de fer
est fixée sur une membrane de papier parchemin, tendue
au fond d'un entonnoir, et l'aimant est plus gros qu'à
l'ordinaire. Le transmetteur se compose d'une planchette
dé bois, ou d'une lame métallique, ou encore
d'une membrane tendue, au- milieu de laquelle est fixée
une pièce métallique dont la surface inférieure
est plane. Cette pièce s'appuie sur de la poudre
conductrice contenue dans un dé métallique,
qui est porté par une lame élastique pressée
par une vis. La poudre peut être formée d'argent,
de cuivre, de fer, de charbon, de plombagine, ou mieux encore
d'un mélange d'une des dernières substances
avec de l'argent. »
Le courant dune pile passe par la poudre et par la bobine
du récepteur. Les trépidations de la pièce
métallique qui touche la poudre produisent dans celle-ci
des variations notables de conductibilité, qui donnent
lieu à des variations d'intensité dans le
courant, et enfin à des vibrations dans la membrane
du récepteur, L'avantage qu'il y a à faire
usage d'une poudre au lieu de corps solides, tels que le
charbon ou le graphite, c'est qu'avec ces corps, qui sont
friables, des parcelles se détachent et donnent lieu
à des sons discordants qui empêchent de bien
comprendre les mots.
Pour correspondre entre deux postes, il faut placer, à
chacun, un transmetteur et un récepteur. Une boussole
indique le passage et l'intensité du courant, et
un commutateur permet d'enlever du circuit le transmetteur
dans le poste où l'on écoute. Ou peut faire
fonctionner l'appareil avec des lignes d'une grande résistance,
en adaptant des bobines d'induction. A chaque poste, on
a une pile dont le courant se ferme, en passant par le gros
fil de la bobine d'induction, dans le récepteur et
dans le transmetteur (lorsque l'on transmet). - On a ainsi
deux circuits indépendants dans les deux postes.
Un troisième circuit est formé par la ligne
de terre et le fil fin des deux bobines. On a pu intercaler
des bobines de résistance représentant 2000
kilomètres, sans que les sons aient été
sensiblement affaiblis. Enfin, celui qui écoute dans
un des postes peut, à tout moment, parler à
son tour et interrompre, s'il le faut, son correspondant.
» |
A l'exposition universelle
de 1881, on pourra voir fonctionner le premier commutateur
téléphonique automatique au monde. (brevet automatic
telephone-exchange 22.458 de 1979 ).
Une invention de Daniel et Thomas Connolly
et J.McTighe Américains de Grande Bretagne en
1879 inventent le , il sera perfectionné
en 1881, et breveté en 1883.
L'utilisation d'un cadran est beaucoup plus ancienne que le
téléphone. il a été suggéré
par William F.Cooke en 1836 en liaison avec la télégraphie
et a été utilisé pour la première
fois dans le télégraphe à cadran de 1839
du Professeur Wheatstone. Au cours des années suivantes,
il a fait l'objet de nombreuses améliorations et a été
utilisé non seulement dans les systèmes de télégraphie
à cadran, mais aussi dans les systèmes d'alarme
d'incendie et de messagerie de district.
Le premier cadran de téléphone pour le système
Connolly est alors inspiré
du système télégraphique Froment de 1851.
Froment en 1843, produisit le premier télégraphe
à cadran en France.
|
Trente postes téléphoniques
à pupitre Ader sont disponibles sur l'exposition pour communiquer
sur l'ensemble de l'exposition.
Afin de s'isoler du bruit ambiant ils étaient installés
dans des guérites en bois, capitonné à l'intérieur
. Ce sont ces même premières cabines téléphoniques
que l'on commencera à installer sur les réseaux en 1885
!
On découvre ainsi dans les allées de l'exposition les
nouveaux appareils de Wheatstone destinés à la transmission
automatique des dépêches par l'appareil Morse et «augmentant
donc dans une large proportion la capacité des lignes.
Une grande place est accordée également aux appareils
imprimeurs de Dujardin, D'Arlincourt, Bijeon, Digney ou bien encore
Hughes. Ces appareils, ainsi que les appareils autographiques de Meyer
et Lenoir issus des travaux de Caselli, posent les jalons des futurs
développements du télex à partir de la fin des
années 1920 et de la télécopie dans la première
moitié des années 1970. Outre les progrès techniques,
l'exposition laisse entrevoir l'importance croissante de la télégraphie
électrique. Depuis l'exposition de 1867, la télégraphie
a confirmé et accentué son rôle économique
et stratégique. Le réseau des câbles sous-marins
dépasse alors la longueur totale de 60 000 milles marins. De
réelles évolutions se sont manifestées dans les
modes de réalisation des câbles. De véritables progrès
ont vu le jour dans la technique de pose dans les fonds sous-marins.
Quant aux tentatives de transmissions simultanées sur un même
fil (transmissions en temps partagé), elles viennent d'aboutir
avec les travaux de Wheatstone, de Meyer et surtout avec les recherches
accomplies par le télégraphiste français Emile
Baudot.
Le téléphone, quant à lui, n'occupe qu'une place
médiocre à l'exposition. L'accueil qui lui a été
fait en 1877 quand Antoine Bréguet l'a présenté
à l'Académie des sciences, est loin d'être enthousiaste.
Ce n'est que discrètement et après bien des pressions
dont celle de l'empereur du Brésil qu'il trouve
une modeste place, «perdu» dans des collections d'appareils
télégraphiques.
Si le télégraphe et les techniques qui s'y rapportent
(dont le «télégraphe parlant» de Graham Bell)
occupent donc en 1878 un certain espace, nombreux sont les chroniqueurs
qui se plaignent du peu de place accordée aux autres applications
de l'électricité :
Les démonstrations emportèrent l'adhésion des journalistes
mais pas celui du public qui était plutôt intéressé
par le phonographe d'Edison.
Le résultat obtenu fut l'inverse de celui attendu.
L'autre succès est le Théatrophone
de Ader , sous l'initiative de Antoine Breguet il réalisa l'installation
de transmetteurs Ader à l'Opéra de Paris. Des récepteurs
étaient disponibles dans un salon de l'exposition pour pouvoir
écouter à distance ce qui était joué à
l'Opéra.
La maison Breguet et la SGT reçurent un diplôme d'honneur
à l'issue de l'exposition. Clément Ader reçu une
médaille d'or.
Avec plus de 900 000 visiteur, l'Exposition de 1881 réussit,
comme on le sait, au delà de toutes les espérances.
Aussi, dans l'année qui suivit, le Gouvernement français
voulut-il témoigner sa reconnaissance à l'initiateur d'une
manifestation si heureuse pour notre pays, en nommant M. le docteur
Herz officier de la Légion d'honneur. M. LARTIGUE donne quelques
renseignements sur l'installation des lignes téléphoniques
à Paris .
Les fils sont partout doubles , pour éviter l'induction . Pour
les auditions de l'Opéra , il existait dix microphones de chaque
côté de la rampe ; les récepteurs étaient
divisés en 10 séries , de 8 chacune ; chaque microphone
correspondant à 8 téléphones , places en tension
, destinés chacun à l'oreille droite d'un auditeur , et
le microphone symétrique à 8 téléphones
destinés à l'oreille gauche . Le récepteur était
le téléphone Ader å surexcitateur . Le courant était
fourni à chaque microphone par 15 éléments Leclanché
fonctionnant successivement par séries de 3 : la bobine intercalée
dans le circuit avait un circuit inducteur dont la résistance
était 1 ohm,5 et un circuit induit de 150 ohms . Chaque bobine
du récepteur avait une résistance de 40 ohms : la résistance
totale de chaque récepteur est de 80 ohms . La
société SGT lance en 1881 le Théâtrophone,
sur une idée de C.Ader. Ecouteurs
à l'exposition Transmetteurs
à l'Opéra
La SGT se distingua lors de lexposition internationale délectricité
de 1881, avec la mise en place dans lenceinte de lexposition
du « théâtrophone»
permettant dentendre les spectacles donnés à lOpéra
ou à la Comédie française.
Des micros sont installés de chaque côté de la scène
de l'Opéra Garnier et permettent découter lopéra
en restant chez soi. Il s'agit de simples micro au carbone à
simple phase, une technologie ancienne qui ne permettait pas un très
bon rendu acoustique et musical. Même si les micros sont installés
de chaque côté de la scène cela ne signifie pas
que le spectacle était retransmis en stéréo.
Le système sera rapidement étendu à d'autres salles
de spectacle. Le Tribut de Zamora de Charles Gounod fut le premier opéra
de lhistoire à être retransmis via des fils téléphoniques
dans un autre immeuble. Au lendemain de la quinzième représentation,
on pouvait lire dans Le Ménestrel du 22 mai 1881 : « [Le
téléphone] a été mis en communication avec
la salle de lOpéra, à lheure même des
représentations. Réussite complète ! On entendait
parfaitement, rue Richer [dans les magasins de lOpéra],
les voix de Mmes Krauss, Dufrane, Janvier, celles de MM. Sellier, Melchissédec
et Lorrain, dans Le Tribut de Zamora. » « C'est très
curieux. On se met aux oreilles deux couvre-oreilles qui correspondent
avec le mur, et l'on entend la représentation de l'Opéra,
on change de couvre-oreilles et l'on entend le Théâtre-Français,
Coquelin, etc. On change encore et l'on entend l'Opéra-Comique.
Les enfants étaient charmés et moi aussi »
...
Inventeur et maître duvre de ce système qui
fut lun des clous de cette exposition, Clément Ader
fut récompensé par une médaille dor
Ce succès contribua à renforcer les liens entre Ader et
la Société générale des téléphones.
Cest au cours de lannée 1881, en effet, que cette
dernière devint propriétaire des inventions de Clément
Ader et quelle sassura sa collaboration exclusive en matière
de téléphonie.
On pouvait lire dans la revue "L'Electricien" de 1881, l'article
de A. NIAUDET .
Il a été fait ces
jours derniers entre l'Hippodrome et les bureaux de la Compagnie
internationale des Téléphones , 15 , place Vendôme
, une expérience intéressante . L'orchestre de l'Hippodrome
, qui joue dans la journée et le soir pour les deux représentations
quotidiennes , a été entendu par de nombreux invités
réunis place Vendôme . Il y avait là 96 récepteurs
téléphoniques ; chaque auditeur en ayant deux ,
48 personnes pouvaient entendre à la fois .
Nous allons entrer dans quelques détails sur les dispositions
prises par le docteur J. Moser pour obtenir ce résultat
.
Grâce à la complaisance de l'administration de l'Hippodrome
et à celle de la Société générale
des Téléphones , on a pu faire usage des deux fils
qui servent habituellement à la direction de l'Hippodrome
qui compte parmi les abonnés du réseau de Paris
. Mais de ces deux fils , il en fallait un pour l'échange
des conversations , ordres donnés , avis transmis , etc.
, etc. , tout à fait indispensables pour mener à
bien une opération exécutée , comme celle
- ci , entre deux points éloignés .
Il ne restait donc plus qu'un seul fil pour l'audition musicale
. Voici comment les appareils étaient disposés à
l'Hippodrome .
Il y avait 25 transmetteurs microphoniques montés sur une
planche unique , placée elle - même un peu inclinée
sur l'horizon tale et au - dessus du chef d'orchestre . Les microphones
étaient , bien entendu , au - dessus de la planche , protégés
de la poussière par une boîte légère
. La planche elle - même était suspendue par quatre
cordes . La pile agissant sur ces microphones était composée
de 5 accumulateurs Reynier - Faure au début ; l'intensité
du courant était indiquée par un galvanomètre
Deprez placé dans le circuit ; on la maintenait sensiblement
constante en ajoutant à ces 3 accumulateurs un autre ,
puis un autre , jusqu'au nombre total de 9. Le résultat
aurait pu être obtenu également avec 5 éléments
Danvell modèle Reynier , qui ont une très faible
résistance et une constance absolue . Le courant de la
pile est dérivé entre les 25 microphones , puis
dans les 24 fils primaires de 24 bobines d'induction , montés
par 2 en série et 12 en dérivation . L'intensité
du courant est de 12 ampères environ .
Les 24 circuits secondaires des 24 bobines d'induction sont groupés
par 4 en série et 6 en dérivation . La résistance
de chacune est de 300 ohms , soit pour leur ensemble 1200 ohms
.
La ligne de l'hippodrome , de 3512 mètres de longueur ,
aboutit 66 , rue des Petits - Champs , à l'un des bureaux
de la Société générale des Téléphones
auquel aboutit également la ligne de la place Vendôme
qui est très courte . Avec le raccordement à la
rue des Petits - Champs , la communication était établie
. Les récepteurs du type Ader étaient
groupés par 16 en série et 6 en dérivation
.
La netteté de l'audition a été parfaite et
il a paru que tous les auditeurs , ceux de l'après - midi
et ceux du soir , partaient satisfaits .
Nous ne croyons pas qu'on puisse
contester qu'il y ait là un progrès sensible sur
le mode d'installation mis en uvre entre l'Opéra
et le palais de l'Industrie , lors de l'Exposition d'électricité
de 1881. Il y avait d'un côté 10 microphones et
de l'autre 80 récepteurs ; mais la moitié seulement
des récepteurs était en service à la fois
; il y avait donc en fait 4 récepteurs par microphone
avec 2 fils , soit en tout 20 fils . La réduction du
nombre des fils facilitera la pose ; elle diminuera le coût
de l'installation , et par suite permettra un plus grand nombre
d'applications .
L'expérience de M. Moser
a été faite avec un seul fil , parce que le second
avait un autre usage ; mais nous ne prétendons pas que
, dans d'autres cas , il faille n'employer qu'un fil ; tout
au contraire , nous pensons qu'il conviendra généralement
d'unir ainsi deux fils pour éviter les bruits d'induction
.
Nous dirons en terminant que dans
les dispositions de M. Moser la principale nouveauté consiste
dans l'association en dérivation des 25 microphones , dans
l'association des 24 fils secondaires des bobines d'induction
en tension et en quantité comme on fait avec des éléments
de pile .
P.-S. Nous apprenons
au moment de mettre sous presse que la Société
technique russe a été chargée , par la
Direction de l'Exposition d'électricité à
Saint - Pétersbourg , d'établir entre l'Exposition
et le Grand Opéra des auditions téléphoniques.
Il y avait 8 téléphones Blake ,
placés dans les loges , parce que des difficultés
assez grandes s'opposaient à ce qu'on les mit devant
la rampe . Chacun d'eux n'avait qu'un seul élément
Leclanché , mais on le remplaçait de temps à
autre par un second de rechange , au moyen d'un commutateur
.
Les fils secondaires des transmetteurs étaient groupés
par 4 en tension , de sorte qu'il y avait deux circuits allant
à l'Exposition , composés chacun d'un fil isolé
et de la terre pour le retour . On plaça les deux fils
, chacun d'un côté du canal , pour éviter
l'induction ; c'était là un avantage , mais payé
par une double dépense de poteaux .
Chacune de ces lignes , y compris les appareils , avait une
résistance de 1171 ohms .
Les récepteurs étaient au nombre de 20 pour chaque
circuit , soit 40 en tout , ou 20 auditeurs simultanés
.
Cette expérience pratique
est intéressante , mais on voit qu'elle a été
dépassée par celle de Paris .
|
Antoine Breguet avec Clément Ader,
qui présentent le « théâtrophone »,
audition téléphonique de lOpéra, ce qui constitue
le plus grand succès de lExposition internationale. En
même temps, il lance la construction de nouveaux ateliers au 19,
rue Didot dans le quartier de Plaisance (14e arrondissement) dont il
ne verra pas lachèvement. Surmené, Antoine Breguet
succombe à 31 ans, le 8 juillet 1882, à un accident cardio-vasculaire.
Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.
Durant la première
moitié des années 1880, cette collaboration fut intense
et, en 1884, Clément Ader était à lorigine
de près de 74 brevets et certificats daddition.
Limplication de Ader dans la téléphonie lui permet
par ailleurs délargir son réseau dinfluence
: impressionné par le succès de linstallation au
Palais de lindustrie, Adolphe Cochery, ministre des Postes et
Télégraphes, le fait nommer chevalier de la Légion
dhonneur :
Pendant près de vingt ans, Clément Ader fut donc un collaborateur
essentiel de la Société des téléphones.
Ader écrivit à M. Chaumet, sous-secrétaire aux
postes, pour l'informer qu'il était disposé à donner
à l'État la marque des récepteurs-Ader "dont
il pourrait exclusivement se servir". (Ader fournira dans sa vie
d'autres marques de désintéressement).
La réponse vint à quelque temps après sous la sous
forme d'un avertissement de l'administration des P.T.T. lui réclamant
le paiement de sa ligne téléphonique personnelle. Ader,
inventeur des appareils téléphoniques français,
répondit qu'il ne paierait pas, laissa couper sa ligne et jamais
plus de sa vie n'eut de téléphone à son domicile.
Le succès général de la téléphonie
à l'Exposition d'électricité de Paris détermina
la création de la correspondance téléphonique en
France.
Déjà l'Amérique avait pris les devants, et appliqué
sur une assez grande échelle cette invention au service du public,
pour remplacer le télégraphe électrique. On mit
plus de temps en France à l'adopter. L'administration des télégraphes
suscitait toutes sortes de difficultés et d'obstacles à
une méthode de correspondance rapide, dont elle redoutait, à
bon droit, la concurrence pour la télégraphie électrique.
Ces résistances, toutefois, ne pouvaient durer. Trois compagnies
s'étaient créées à Paris, pour exploiter
les correspondances par le téléphone, et chacune avait
adopté des appareils différents.
Devant se développer après le succès de l'exposition,
les demandes abondent et pour faire face la SGT doit quitter son petit
atelier qui ne produit qu'une centaine de poste par mois. Celle i décide
alors à procéder à une augmentation de capital
et pour aller plus vite il est nécessaire de dissoudre la société
et d'en recréer une autre . Ce sera fait le 4 novembre 1881 lors
d'une assemblée extraordinaire.
Les nouveaux statuts de la " Société Générale
des Téléphones, Réseaux téléphoniques
et Constructions électriques" sont déposés
le 16 novembre.
(Les noms de Gower et Edison ont disparus !!)
Son siège social rue Neuve-des-Petits-Champs est transféré
au 41 rue Caumartin en 1882.
Les activités de la SGT sont alors :
- L'exploitation des réseaux téléphoniques de Paris
et des plus importantes villes.
- La construction et la vente des appareils électriques
- Les industries se rapportant à la fabrication de câbles
électriques et à l'emploi du caoutchouc et de la gutta
percha.
Le nombre des abonnés inscrits à Paris, à la
Société générale des Téléphones,
qui n'était que de 1602 vers la fin de 1881, était un
an plus tard de 2394.
C'était une augmentation de 792 abonnés en un an; en province,
l'augmentation était de 664 dans le même laps de temps;
ce qui formait un total de 3846 abonnés au 30 septembre 1882.
Nantes : Un appareil téléphonique affecté au service
des abonnés (cabine publique) fut installé à cette
époque à l'hôtel de la bourse, ainsi qu'à
la préfecture.
L'ancienne société des téléphones
est liquidée : Extrait dans "Le Courrier du Finistère"
du 10 décembre 1881, on y lisait :
Le Journal général
d'Affiches publie l'avis suivant :
La Société générale des Téléphones,
systèmes EDISON, GOWER et autres, en liquidation, a l'honneur
d'inviter MM. les actionnaires à déposer leurs actions
au siège social, 66, rue des Petits-Champs, à Paris,
en exécution de la délibération de l'assemblée
générale extraordinaire du 4 novembre courant, à
l'effet :
1° D'échanger ces actions contre des récépissés
provisoires, contre lesquels il leur sera délivré
un nombre identique d'actions, entièrement libérées,
de la Société générale des Téléphones
(réseaux téléphoniques et construction électriques)
société anonyme au capital de 45 millions de francs,
en formation, dont les statuts sont aux minutes de Mr DUP0UR,
notaire à Paris, à la date du 8 novembre 1881, ???
la constitution définitive de cette Société.
2° De recevoir, sur les actions de la Société
en liquidation, les intérêts calculés à
raison de cinq pour cent l'an, du l er janvier au 31 octobre 1881,
sur les sommes dont les actious étaient libérées,
sous déduction des impôts résultant des lois
de finance.
3° D'user du droit de préférence qui leur est
réservé jusqu'au 10 décembre inclusivement,
à la souscription au pair, de 17300 scions de la Société
générale des Téléphones (réseaux
téléphoniques et constructions électiriques
avec irréductibilité, à raison d'une action
de la nouvelle Société pour une action de la Société
en liquidation.
MMrs actionnaires devront accompagner le dépôt de
leurs titres du premier versement de 125 franc sur chaque action
de la Société générale des Téléphones
(réseaux téléphoniques et constructions électriques)
qu'ils ont l'intention de souscrire, versement à opérer
an crédit de la Société en formation.
Dans le cas où à l'expiration du délai qui
leur est réservé pour user de ce droit de souscription,
soit après le 1er Décembre, les 17.300 actions n'auraient
pas toutes été souscrites, MM. les actionnaires
souscripteurs en seront prévenus par un avis inséré
au Journal des annonces légales et par lettre recommandée,
et ils devront déclarer, dans le délai de trois
jours, s'ils entendent souscrire les actions ainsi disponibles,
et ce, an prorata des actions possédées par eux,
sinon, ils seraient considérés somme ayant abandonné
leurs droits. |
D'autres innovations : 1880-1882 Paul Bert et
d'Arsonval
Le premier modèle
février 1880 construit par Ducretet
Téléphone magnétique
à pôles concentriques La Lumière Electrique,
12 août 1882, et Académie des Sciences, 7 août
1882
 |
Cet appareil
constitue un perfectionnement important du téléphone
de Bell, au double point de vue de la simplicité
de construction et des effets obtenus. Jai démontré,
contrairement aux idées reçues alors, que
la force portante de laimant nentre pour rien
dans les effets obtenus au point de vue de la netteté
et de la force de la production de la parole par cet instrument.
La seule chose qui ait de linfluence, cest la
longueur du fil noyé dans le champ magnétique,
et le nombre de lignes de force qui coupent la bobine normalement
son axe.
Par conséquent, pour obtenir le maximum de force,
il faut noyer complètement bobine dans un champ magnétique
aussi intense que possible.
Je suis arrivé à ce résultat en faisant
un aimant annulaire dont un des pôles occupe le centre
et dont le second se recourbe autour du premier ; la bobine
se place entre les deux et tout le fil qui la garnit se
trouve ainsi soumis laction 4u champ magnétique. |
Ainsi que le montre la figure 49,
laimant se compose dun élément de spire
A dont une extrémité porte le pôle central
n sur lequel sq place la bobine B, lautre extrémité
porte un cylindre de fer T, enveloppant, de toute part, cette
bobine qui se trouve ainsi noyée dans un champ magnétique
annulaire très condensé. Ce modèle a été
adopté exclusivement sur les réseaux téléphoniques
de l'Etat et pour les postes destinés à notre artillerie.
Il a reçu différentes formes et différentes
dimensions, suivant la destination
Voici lopinion du célèbre électricien
anglais M. Preece, au sujet de cet instrument (congrès
de Sou» thampton) :
« DArsonval a, de son
coté, perfectionné le récepteur Bell. Il
a placé la bobine dans'un puissant champ magnétique
de forme annulaire, de façon à concentrer sur elles
les lignes de force. La bobine induite est noyée entièrement
dans le champ magnétique. Les effets sont considérablement
augmentés. Laugmentation de lampleur de la
voix ne saccompagne nullement de la perte darticulation,
comme cela a lieu dordinaire, la parole est reproduite sans
aucun changement du timbre »,
Daprès l'éminent directeur du post-office
de Londres, cet appareil était le seul, transmettant avec
une parfaite netteté, les consonances si variées
du the anglais .
Nouveaux microphones En commun avec Paul Bert (Biologie
et journal « La Nature », 1879)
Au cours des recherches sur
la surdité, je fus amené, avec Paul Bert, à
moccuper du microphone pour essayer dutiliser les
propriétés amplificatrices de linstrument
primitif de Hughes. Comme il arrive en bien des cas, nous avons
trouvé autre chose que ce que nous cherchions. Par des
perfectionnements successifs de notre premier appareil, nous
arrivâmes à combiner différents instrument
qui donnèrent dexcellents résultats pour
la téléphonie pratique. Les premiers en date sont
fondés sur le groupement des contacts microphoniques
en quantité.
La figure représente
un microphone composé dune sérié
de crayons de charbon C, enfilés verticalement dans
deux plaques percées de trous qui leur servent de
guide.
Leur partie inférieure trempe dans un bain de mercure,
contenu dans le tyibe, et ce liquide, en exerçant
une poussée, égale sur
chacun deux, constitue un ressort dune grande
douceur. La partie supérieure de ces mêmes
charbons vient appuyer légèrement sur un diaphragme
portant un disque de charbon et qui reçoit les vibrations
de la voix. La pression des charbons contre le diaphragme
et, par conséquent, la sensibilité de linstrument
est facilement réglée en faisant varier le
niveau de mercure dans le tube,
Dans les modèles, ci contre, nous avons supprimé
le mercure et utilisé simplement la pesanteur comme
force appuyant les contacts microphoniques. |
 |
Microphones à réglage
magnétique, en commun avec Paul Bert (Académie
des Sciences, i 5 mars 1880 et « La Lumière Electrique
», ti novembre 1882)
Dans tout appareil microphonique, les contacts doivent être
appuyés lun sur lautre, avec une force plus
ou moins grande, suivant le degré de sensibilité
quon veut donner à lappareil. Dans nos précédents
appareils nous avions, Paul Bert et moi, employé, soit
la poussée dun liquide, soit la pesanteur, Ce système
de réglage ne permet pas de placer indifféremment
lappareil dans toutes les positions.
En 1879, nous en avons trouvé un qui a le double
avantage d'agir dans toutes les positions et à distance
c'est 1'attraction magnétique.
Le réglage de leffort exercé est rendu
des plus précis et peu sappliquer à nombre
dinstruments. Le premier dispositif de ce réglage
ne nous donna pas, en pratique, de bons résultats. Pensant
bien que cela tenait, non au principe, mais au mode dapplication,
je me suis attaché ultérieurement à varier
les les modèles et jai complètement réussi
en adoptant la disposition suivante :
   
1881 Brevet N° 140 690 construit par Ducretet
Le microphone est un simple microphone Hughes vertical à
quatre crayons de charbon montés sur pointes.
Ces charbons sont entourés ainsi que le montre le dessin,
dune chemise de fer blanc.
Derrière eux se trouve un aimant en fer à cheval,
quon peut approcher plus ou moins, et dont lattraction
magnétique règle à distance la pression
de charbons.
  
Des modèles spéciaux de ces appareils ont été
étudiés pour résister aux chocs des plus
violents ; et comme, grâce à leur réglage
magnétique, ils fonctionnent dans toutes les positions,
on a pu introduire le microphone dans le service des forts,
des écoles à feu, des polygones dartillerie,
etc.
Jai combiné ces différents modèles
sur la demande de mon éminent ami le général
Brugère pour ses expériences de tir.
Malgré le mauvais état des lignes ils ont donné
aux polygones de Vincennes, de Châlons et de Cercottes.
des résultats complètement satisfaisants. Ces
mêmes appareils fonctionnent également au palais
de la Bourse pour les transmissions téléphoniques
à grande distance (Paris-Bruxelles, Paris- Reims, etc.).

Modèles différents du même appareil, adoptés
pour les réseaux de lÉtat. La figure ci
dessous est un modèle à pied se posant sur une
table ou un bureau.

Combiné d'opération pour bureau central. Il se
compose dun microphone et dun téléphone
accouplés sur le même manche, on a ainsi une main
libre.
|
Dès 1880 le standard
téléphonique : l'organe central ou sont raccordés
toutes les lignes de téléphone des clients pour pouvoir
les mettre en relation est expliquée dans cette rubrique Réseaux
et Centraux manuels. qui décrit l'aspect technique du centre,
des raccordements et aussi des conditions de travail des opératrices
à l'époque.
Quant au mot standard téléphonique, il vient certainement
de l'anglais stand (debout), position des opératrices
devant le tableau (switchbord).Centre urbain ,
petit centre à 25 lignes
Dans les premiers centraux, les demoiselles étaient debout
pendant de longues heures.Le 1er décembre 1880, le service
téléphonique des premiers bureaux téléphoniques
parisiens exploités par la Société Générale
des Téléphones devient permanent, 24 heures sur 24.
La récupération et l'ouverture des Centraux Téléphoniques
Manuels à Paris, par la Société Générale
des Téléphones (notamment telles qu'annoncées dans
la presse d'époque) :
Bureau A : 27, avenue de l'Opéra (premier central mis en service
en France, le 30 septembre 1879, par la société des Téléphones
Edison), 1er bureau.
Bureau S : 66, rue Neuve-des-petits-champs (mis en service le 3 octobre
1879, par la Compagnie des Téléphones Système Gower
- hors service le 26 août 1882), 2ème bureau.
Bureau B : 4, rue de Logelbach (mis en service en 1880), 3ème
bureau.
Bureau C : 2, quai de Seine / 204, boulevard de la Villette (mis en
service en 1880), 4ème bureau.
Bureau D : 10, place de la République (mis en service le 1er
décembre 1880), 5ème bureau.
Bureau G : 62, rue du Bac (mis en service le 20 décembre 1880
- hors service avant Novembre 1884), 6ème bureau.
Bureau I : 80, rue de Passy (mis en service le 10 février 1881),
7ème bureau.
Bureau L : 42, rue Lafayette (mis en service le 20 août 1882),
8ème bureau.
Bureau M : 25, rue Étienne Marcel (mis en service le 28 juin
1883), 11ème bureau.
Bureau O : 65, rue d'Anjou-Saint-Honoré (mis en service le 8
novembre 1883), 12ème bureau.
Bureau E : 24/26, rue de Lyon (déjà en service en 1883),
Bureau F : 20, avenue des Gobelins (déjà en service en
1883),
Bureau G : 183, boulevard Saint-Germain (déjà en service
en 1883),
Bureau H : 123, rue Lecourbe (déjà en service en 1883),
Bureau Provisoire : Champs de Mars (Exposition Universelle - mis en
service du 1er mars au 31 octobre 1889). Le
réseau de 430 Km au moment de la fusion des compagnies sagrandit
rapidement pour atteindre 820 Km en 1881.
Cette extension a permis de nouveaux points daccès se traduisant
par de nouveaux abonnés.
Au commencement de 1881, la SGT comptait déjà sept bureaux
centraux desservant son réseau de Paris et avait construit plus
de trois cents lignes.
« Le nombre des abonnés sest élevé
de 454 à 1240, sur lesquels 905 sont reliés. Le nombre
de communications demandées en une semaine, qui était
de 4000 en octobre, a atteint 45 000 la semaine dernière ; il
a plus que décuplé.
Dès le début des années 1880, des évolutions
vinrent améliorer le fonctionnement des Tableaux d'abonnés
et faciliter le travail des Opératrices.
De nouveaux Tableaux à Cordons Monocordes font leur apparition.
- Sur un Tableau à Monocorde, chaque ligne bifilaire d'abonné
aboutit désormais d'une part sur un cordon bifilaire pourvu en
son extrémité d'une fiche mâle à deux pôles
et d'autre part, en parallèle, un Jack-Knife (femelle) à
simple rupture toujours encastrée dans le Tableau, couplé
avec l'annonciateur et sa clef d'écoute reliée au poste
de l'Opératrice si elle est actionnée.
- Lorsqu'un Annonciateur bascule, l'Opératrice actionne désormais
seulement la clef d'écoute de l'abonné demandeur qui met
directement son combiné ou son casque d'observation en conversation
avec l'abonné demandeur (sans avoir désormais besoin de
brancher son combiné ou son casque avec sa fiche dans une prise
différente à chaque prise d'appel.... Simplification des
tâches)
- Puis l'Opératrice actionne la clef d'écoute de l'abonné
demandé pour rentrer en relation avec lui, et s'il répond,
l'Opératrice relie le cordon monocorde de l'abonné demandeur
avec la fiche mâle dans le Jack-Knife (femelle) de l'abonné
demandé.
- En fin de conversation, l'abonné demandeur actionne à
nouveau l'Annonciateur, qui fait basculer à nouveau le volet,
et qui donne le signal au tableau à l'Opératrice pour
retirer le cordon monocorde de l'abonné demandeur du Jack-Knife
de l'abonné demandé.
Schéma général de fonctionnement du bureau central,
afin de mettre en communication deux abonnés.

Rappel : il n'y a pas encore la batterie centrale à cette
époque. Les postes d'abonnés sont équipés
de piles (batterie)
Vers la moitié des années 1880, des évolutions
vinrent améliorer le fonctionnement des Tableaux d'abonnés
et faciliter le travail des Opératrices.
De nouveaux Tableaux à Cordons Dicordes font leur apparition.
Directement inspirés des Tableaux Monocordes, les Tableaux Dicordes
en reprennent le principe en l'améliorant... En effet, dans un
Tableau Monocorde, il faut autant de cordons Monocordes munis de fiches,
autant de clefs d'écoute et autant de boutons d'appel qu'il y
a d'abonnés sur un Tableau.
Aussi, les Tableaux Dicordes remplacèrent rapidement les Tableaux
Monocordes qui étaient, au niveau de leur architecture technique,
désormais simplifiés :
- Désormais, il n'y avait plus que le nombre d'organes nécessaires
à la liaison des différents Jack-Knife d'abonnés,
correspondant au nombre maximal possible de liaisons à l'heure
de la journée la plus chargé.
Ce qui amène à une réduction du prix de fabrication
par l'élimination d'organes redondants, une simplification de
leur maintenance, et de leur utilisation facilitée pour les Opératrices.
- Sur un Tableau à Dicordes, chaque ligne bifilaire d'abonné
aboutit désormais seulement à un Jack-Knife (femelle)
à double rupture toujours encastré dans le Tableau, couplé
avec un annonciateur d'appel.
- Lorsqu'un Annonciateur bascule, l'Opératrice, munie d'un cordon
Dicorde, n'a qu'à brancher une première fiche d'un cordon
Dicorde disponible sur le Jack-Knife de l'abonné demandeur et
actionner la clef d'écoute dans une première position,
clef d'écoute qui équipe désormais ce cordon Dicorde
pour relever l'appel et noter la demande de l'abonné.
- Puis, une fois la demande notée, de brancher la seconde fiche
de ce même cordon Dicorde sur le Jack-Knife (femelle) de l'abonné
demandé, puis d'actionner à nouveau la clef d'écoute
dans une seconde position pour rentrer en contact avec l'abonné
demandé par un bouton d'appel relié à ce même
cordon Dicorde.
- Si l'abonné demandé répond, l'Opératrice
remet dans sa position d'origine la clef d'écoute du cordon Dicorde,
ce qui met en relation les deux abonnés, et déconnecte
l'Opératrice de la conversation en cours.
- En fin de conversation, l'abonné demandeur actionne à
nouveau l'Annonciateur, qui fait basculer à nouveau le volet,
et qui donne le signal au tableau à l'Opératrice pour
retirer le cordon monocorde de l'abonné demandeur du Jack-Knife
de l'abonné demandé.
En fait, il a été conçu un nouveau type de cordons,
le Cordon Dicorde, d'un modèle très élaboré,
qui permet de simplifier à la fois les opérations à
accomplir par les Opératrices ainsi que la construction de ces
nouveaux Tableaux.Le 26 août 1882, la Société Générale
des Téléphones quitta son siège du 66, rue neuve-des-petits-champs,
pour le 41, rue Caumartin, à Paris.
En cette occasion, le Bureau S, sis au 66, rue neuve-des-petits-champs,
est mis définitivement hors service à cette même
date.
A l'Exposition internationale d'électricité de
1881 était exposé les Commutateurs manuels, qui ont
servis à concevoir ceux utilisés en France à cette
l'époque par Tivadar Puskás (voir plus haut)
Dès le début, dans
les bureaux centraux téléphoniques urbains , devenus déjà
assez importants, on reconnut la nécessité de permettre
à une seule opératrice, malgré le nombre élevé
des abonnés, de terminer seule l'établissement d'une communication
demandée.
Avec la croissance des abonnés et des centraux manuels, d'ingénieux
systèmes permettaient d'établir des connections entre
abonnés de bureaux différents avec le concours d'opératrices
pour manuvrer. Cela allongeait les temps d'établissement
des mises en relation et amenait de l'affaiblissement sur les communications.
Plus tard pour y remédier, Scribner inventa le «
multiplage » des jacks terminaux des lignes d'abonnés,
c'est-à-dire la dérivation sur chaque ligne d'abonné,
à intervalles réguliers, d'un nombre de jacks égal
au nombre des opératrices du central téléphonique.
Ce concept s'appliqua aux grandes villes comme Paris.
La demoiselle du téléphone
appelé téléphoniste ou opératrice à
l'extérieur de la France, était une personne, presque
toujours féminine sauf au tout début, qui actionnait un
standard téléphonique pour établir les communications
entre usagers dans les premières décennies de la téléphonie,
jusque dans les années 1960 en France..
L'expression demoiselle du téléphone, caractéristique
de la téléphonie française, remonte à une
période où le réseau téléphonique
commuté n'était pas automatisé. Les plus célèbres
figures de ce microcosme sont les « demoiselles du téléphone
», ainsi appelées parce que cette catégorie de personnel
était recrutée exclusivement parmi des jeunes filles célibataires,
dont l'éducation et la morale sont irréprochables.
Durant les premières décennies de la téléphonie,
elles perdaient généralement leur emploi lorsqu'elles
se mariaient.
Leur fonction est de prendre les demandes d'appel des abonnés,
puis de les mettre en relation. Leur poste de travail est constitué
d'un tableau à prises jack et de cordons appelés dicordes,
servant à connecter les abonnés entre eux.
Regardons la face cachée , côté
Bureau central manuel , installation
des câbles, des lignes avec les étapes de déploiement
du réseau de Paris.
Le travail des demoiselles du téléphone était
réputé éprouvant pour les nerfs, particulièrement
en heure de pointe où malgré le faible nombre d'abonnés,
les appels pouvaient être incessants. Cependant, dès les
années 1900, elles disposaient de congés payés
d'un mois, de tarifs réduits pour les billets de train et d'un
médecin du travail. À Paris, en plus de leur salaire,
elles recevaient une prime pour couvrir leurs frais de logement et une
indemnité de repas.
Ces demoiselles sont aussi des cibles parfaites pour les clients
mécontents du service. On leur reproche leur mauvaise humeur
ainsi que la lenteur d'établissement des communications.
Dans le contexte du début du XXe siècle, les abonnés
sont surtout des gens fortunés qui ne supportent pas que le «
petit personnel » ait autant d'influence sur leurs affaires. Pourtant,
des concours d'efficacité sont organisés pour améliorer
la qualité du service : on met en compétition des opératrices
pour assurer le maximum de connexions à l'heure. Les records
sont de l'ordre de 400 établissements de connexion à l'heure,
qui correspond à une communication toutes les dix secondes.
Dans une de ses Chroniques au Figaro, Marcel Proust
décrit sa fascination pour le travail des «Demoiselles
du téléphone», ces «vierges vigilantes par
qui les visages des absents surgissent près de nous», qu'il
reprend presque littéralement dans Le côté de
Guermantes à propos de la conversation téléphonique
du Narrateur et de sa grand-mère,
| Un matin, Saint-Loup mavoua
quil avait écrit à ma grandmère
pour lui donner de mes nouvelles et lui suggérer lidée,
puisquun service téléphonique fonctionnait
entre Doncières et Paris, de causer avec moi. Bref, le
même jour, elle devait me faire appeler à lappareil
et il me conseilla dêtre vers quatre heures moins
un quart à la poste. Le téléphone nétait
pas encore à cette époque dun usage aussi
courant quaujourdhui. Et pourtant lhabitude
met si peu de temps à dépouiller de leur mystère
les forces sacrées avec lesquelles nous sommes en contact
que, nayant pas eu ma communication immédiatement,
la seule pensée que jeus, ce fut que cétait
bien long, bien incommode, et presque lintention dadresser
une plainte : comme nous tous maintenant, je ne trouvais pas assez
rapide à mon gré, dans ses brusques changements,
ladmirable féérie à laquelle quelques
instants suffisent pour quapparaisse près de nous,
invisible mais présent, lêtre à qui
nous voulions parler et qui, restant à sa table, dans la
ville quil habite (pour ma grandmère cétait
Paris), sous un ciel différent du nôtre, par un temps
qui nest pas forcément le même, au milieu de
circonstances et de préoccupations que nous ignorons et
que cet être va nous dire, se trouve tout à coup
transporté à ces centaines de lieues (lui et toute
lambiance où il reste plongé) près
de notre oreille, au moment où notre caprice la ordonné.
Et nous sommes comme le personnage du conte à qui une magicienne,
sur le souhait quil en exprime, fait apparaître dans
une clarté surnaturelle sa grandmère ou sa
fiancée en train de feuilleter un livre, de verser des
larmes, de cueillir des fleurs, tout près du spectateur
et pourtant très loin, à lendroit même
où elle se trouve réellement. Nous navons,
pour que ce miracle saccomplisse, quà approcher
nos lèvres de la planchette magique et à appeler
- quelquefois un peu trop longtemps, je le veux bien - les Vierges
Vigilantes dont nous entendons chaque jour la voix sans jamais
connaître le visage, et qui sont nos Anges gardiens dans
les ténèbres vertigineuses dont elles surveillent
jalousement les portes ; les Toutes-Puissantes par qui les absents
surgissent à notre côté, sans quil soit
permis de les apercevoir ; les Danaïdes de linvisible
qui sans cessent vident, remplissent, se transmettent les urnes
des sons ; les ironiques Furies qui, au moment que nous murmurions
une confidence à une amie, avec lespoir que personne
ne nous entendait, nous crient cruellement : « Jécoute
» ; les servantes toujours irritées du Mystère,
les ombrageuses prêtresses de lInvisible, les Demoiselles
du téléphone !
Et aussitôt que notre
appel a retenti, dans la nuit pleine dapparitions sur
laquelle nos oreilles souvrent seules, un bruit léger
- un bruit abstrait - celui de la distance supprimée
- et la voix de lêtre cher sadresse à
nous.
Cest lui, cest sa
voix qui nous parle, qui est là. Mais comme elle est
loin ! Que de fois je nai pu lécouter sans
angoisse, comme si devant cette impossibilité de voir,
avant de longues heures de voyage, celle dont la voix était
si près de mon oreille, je sentais mieux ce quil
y a de décevant dans lapparence du rapprochement
le plus doux, et à quelle distance nous pouvons être
des personnes aimées au moment où il semble que
nous naurions quà étendre la main
pour les retenir. Présence réelle que cette voix
si proche - dans la séparation effective ! Mais anticipation
aussi dune séparation éternelle ! Bien souvent,
écoutant de la sorte, sans voir celle qui me parlait
de si loin, il ma semblé que cette voix clamait
des profondeurs doù lon ne remonte pas, et
jai connu lanxiété qui allait métreindre
un jour, quand une voix reviendrait ainsi (seule, et ne tenant
plus à un corps que je ne devais jamais revoir) murmurer
à mon oreille des paroles que jaurais voulu embrasser
au passage sur des lèvres à jamais en poussière.
Extrait de Le côté
de Guermantes (À la recherche du temps perdu de Marcel
Proust)
|
La difficulté à établir
les communications a inspiré Fernand Raynaud qui en a fait un
sketch comique, Le 22 à Asnière.
...
On était, dès cette époque, accoutumé à
construire dans les grandes villes des centraux téléphoniques
urbains pouvant recevoir chacun jusqu'à 10000 abonnés.
Pour desservir un tel central, il fallait un minimum d'une centaine
de positions de dames employées, et encore davantage s'il y avait
à prévoir dans une très grande ville des intercommunications
entre plusieurs centraux, la réalisation de ces intercommunications
diminuant évidemment le rendement de chaque opératrice.
Dans les années 1880-1930, la tendance a été
d'augmenter la commodité des manuvres de l'opératrice,
de façon à augmenter son rendement.
Les clés d'appel et d'écoute dont elle se sert ont été
rendues plus ou moins automatiques, de telle sorte que le temps pris
pour servir chaque appel soit réduit au minimum. Les cordons
de l'opératrice d'une position urbaine sont devenus très
compliqués, et toute une série d'électro-aimants,
avec des câblages enchevêtrés, viennent jouer en
temps utile sur chaque cordon pour permettre à la téléphoniste
de ne pas s'immobiliser sur un appel qu'elle a commencé à
servir. D'autres électros, montés également sur
chaque cordon, comptent les conversations de chaque abonné, en
discernant si la conversation a été efficace ou non. Chaque
cordon est enfin muni d'électros et de lampes de signalisation
spéciales pour que l'opératrice soit avertie du raccrochage
de l'appareil chez chaque abonné en conversation.
Dans une grande ville comme Paris, nous sommes arrivés à
faire assurer par des téléphonistes l'écoulement
de 160 demandes de communication à l'heure. C'est un chiffre
tout à fait remarquable, surtout si l'on songe qu'à Paris,
il y a une quarantaine de séries téléphoniques
différentes, et que presque toujours une demande de communication
émanée d'une série est à destination d'une
autre. A la fin de l'année
1891, 812 demoiselles du téléphone sont comptabilisées
en France.
1881 La compagnie de téléphone européenne Edison
Gower-Bell d'Europe a été créée le
28 octobre 1881.
Ses zones d'opérations couvraient toute l'Europe continentale,
à l'exception de la France, de la Turquie et de la Grèce.
Elle a été créée pour contrôler
les brevets et les intérêts commerciaux dAlexander
Graham Bell , de Thomas Edison et de Frederic Allan Gower, des États-Unis,
qui détenait auparavant une franchise de la Bell Telephone Company
en Nouvelle-Angleterre au début des années 1880.
En France au commencement de 1881, la Société générale
des Téléphones comptait déjà 7 bureaux centraux
desservant son réseau de Paris,
et avait construit plus de 300 lignes.
Cette Société avait en plus établi des réseaux
téléphoniques dans de Grandes villes de province.
Le prix de l'abonnement avait été fixé par un arrêté
ministériel à 600 francs par an pour le réseau
de Paris et à 400 francs pour les réseaux de province.
- A Lyon, le réseau a progressé assez rapidement.
Depuis 1881, les habitants de cette ville peuvent en cas d'accident
grave ou d'incendie, prévenir instantanément le bureau
central de police. Cinq bureaux de police étaient reliés
à cette époque avec le bureau central : le bureau du 2°
arrondissement, rue Sorbier; du 3° arrondissement, rue Annonay ;
du 4e arrondissement, rue Soleysel ; du 5e arrondissement, rue Bourgneux,
et à l'abattoir de Mattetières.
- A Nantes, le téléphone fut reçu avec faveur.
Dès le mois de mai 1881, c'est-à-dire quelques mois à
peine après son ouverture, le réseau de la Société
générale avait atteint un développement de 20 kilomètres
et desservait plus de 40 abonnés dans cette ville
- Au Havre, le réseau téléphonique établi
en 1881, atteignit rapidement 100 abonnés; la Société
des Téléphones inaugura au mois d'août 1881, un
service de petits facteurs ou commissionnaires pour courses, ou port
de petits paquets, dépêches télégraphiques,
échantillons, etc. Mais ce service ne dura que quelques jours
; il fut supprimé sur l'injonction du ministre des postes et
des télégraphes.
- A Bordeaux, le réseau téléphonique,
installé en 1880, se développait rapidement. En juillet
1881, la Société générale des Téléphones
desservait déjà dans cette ville plus de 50 abonnés.
La Chambre de commerce de Bordeaux fit relier plusieurs locaux, dépendant
de son administration, au bureau central. Elle permit aussi l'organisation
à la Bourse, d'un bureau spécial d'où chaque abonné
du réseau, sur la présentation de sa carte d'abonnement,
pouvait être mis en communication avec les autres abonnés.
Plusieurs industriels sont, depuis 1881. reliés directement avec
leurs succursales situées dans un autre quartier de la ville
que la maison-mère.
En raison du développement rapide de son réseau téléphonique,
la Société générale des Téléphones
décida qu'à partir du 15 novembre 1881, le service aurait
lieu à Bordeaux, sans interruption, nuit et jour.
- A Paris, à l'Institut, quai Conti, les salles des diverses
académies sont, depuis le mois de décembre 1881, reliées
entre elles par des appareils téléphoniques, et les bureaux
des diverses sections en séance sont en relation directe avec
le personnel des secrétariats perpétuels pour demander
les renseignements ou les manuscrits dont ils peuvent avoir besoin.
- A Saint-Etienne (Loire), des postes téléphoniques
furent établis en 1881, reliant entre eux les bureaux de police.
Le téléphone fut également installé dans
d'importantes maisons de cette localité, des fabriques de rubans,
d'armes à feu, de quincaillerie, de verrerie, de coutellerie,
et surtout dans toutes les grandes exploitations houillères de
la ville et des environs.
- A Angoulême, un service téléphonique entre
l'École d'artillerie, l'arsenal de la Madeleine et les autres
établissements militaires fut établi au commencement de
1881. Soit par suite de l'indifférence du public, qui regardait
le téléphone comme un simple jouet sans utilité
pratique, soit surtout par suite des nombreuses difficultés élevées
par l'administration, qui craignait l'absorption du télégraphe
par le téléphone, jusqu'en 1882, ce nouveau mode de transmission
avait, en somme, fait peu de progrès en France.
A l'époque, une prodigieuse confusion régnait, non
dans la question scientifique , mais dans l'exploitation industrielle
du téléphone.
Plus de deux cents appareils avaient été décrits,
construits, brevetés, pour assurer la transmission de la parole
à de grandes distances.
Les compagnies exploitant les brevets Graham Bell, Edison, Elisha Gray,
Gower, Blake, Crossley, Ader, etc., se disputaient le privilège
d'exploiter les correspondances par le téléphone. Cent
et un inventeurs réclamaient leur part au soleil de la gloire,
ou plutôt de l'argent, et personne n'était en état
de voir juste dans cette véritable tour de Babel de l'électricité.
Les savants, égarés au milieu de cette nuée de
perfectionnements ou prétendus tels, étaient dans l'impossibilité
de porter un jugement à leur sujet.
Il fallait qu'un grand coup fût porté, pour faire jaillir
la lumière au milieu des ténèbres de ces questions,
pour apporter l'équité, la justice, dans tant de controverses
intéressées.
Ce grand coup fut frappé, cet événement désiré
se produisit, et ses conséquences ne se firent pas attendre.
Au mois de juillet 1881, s'ouvrit à Paris, le concours universel
d'électricité auquel étaient conviées toutes
les nations des deux mondes.
Comme l'imposant aréopage de ses jurys internationaux comptait
la fine fleur de la science européenne, on put examiner avec
connaissance de cause et avec maturité toutes les questions que
soulevait la téléphonie au point de vue scientifique ou
industriel, et la lumière ne tarda pas à se faire.
Les divers systèmes de téléphonie à l'Exposition
d'électricité de Paris en 1881,
Succès du téléphone de M. Graham Bell.
Les auditions de l'Opéra et leur influence pour la vulgarisation
de la téléphonie.
Établissement de la correspondance par le téléphone
en Amérique et en Europe.
Le transport à grande distance reste le seul desideratum
de la téléphonie.
Limites actuelles de la portée du téléphone.
Les appareils téléphoniques du Dr Herz pour les
transmissions à grandes distances.
Système de M. Van Rysselberghe, de Bruxelles.
Le système Hopkins et les expériences de transmission
à grande distance faites en 1883, de New- York à Chicago
et Cleveland.
Au moment où s'ouvrit, à Paris, l'Exposition internationale
d'électricité, les systèmes électriques
en compétition étaient à peu près les suivants
:
1° Le téléphone magnétique de M. Graham Bell,
avec son transmetteur et son récepteur identiques, fonctionnant
sans pile électrique et seulement par les courants ondulatoires
provoqués par un aimant, appareil
2° Le téléphone musical de M. Elisha Gray;
3° Le téléphone à transmetteur de charbon de
M. Edison, avec son récepteur particulier.
4° Le téléphone Gower, constitué essentiellement
par la disposition circulaire de l'aimant et la large surface vibrante
du transmetteur; appareil
5° Le téléphone Crossley, peu différent du
téléphone Ader et qui avait fait ses preuves en Angleterre;
6° Le téléphone Ader, résultant de la réunion
du microphone de Hughes et du récepteur Gower, avec addition
de certains procédés reconnus avantageux pour renforcer
le courant électrique.
« J'en passe et des meilleurs, » ainsi que dit don Ruy Gomez
au roi d'Espagne, au 5ème acte à'Hernani. L'épithète
élogieuse que nous fournit le poète nous permet de passer
courtoisement sous silence une nuée d'appareils qui, par leur
variété et leur complication, jetteraient le plus grand
trouble dans l'esprit du lecteur, si nous voulions les étudier
de près.
A l'Exposition universelle d'électricité, le téléphone
musical de M. Elisha Gray, le téléphone à transmetteur
de charbon de M. Edison, et le téléphone
Gower, furent absolument distancés par le téléphone
Ader.
Le récepteur "Ader à petit anneau" deuxième
version
Impossible de retracer d'une façon précise la genèse
de ce récepteur, les médias d'époque consultés
sont tous restés silencieux à ce propos, mais il a des
pistes à suivre...En abandonnant le "surexcitateur"
(partie essentielle de l'appareil...), Ader aurait donc "proposé"
un second type de récepteur.
Toujours dans le "Cours d'installations téléphoniques"
de H. Milon de 1923, on trouve les dessins et la description de ce récepteur
Ader :
Dans les
types Ader plus récents (fig.7), la poignée est indépendante
de l'aimant, et celui-ci est constitué par des barreaux demi-circulaires
disposés à plat dans le boîtier. Deux séries
de ces barreaux superposés sont placés en regard l'une
de l'autre, avec les pôles de même nom en opposition, de
façon à former une sorte d'aimant circulaire avec deux
pôles diamétralement opposés.
Sur ces pôles on fixe les équerres de fer doux qui doivent
supporter les noyaux des bobines. Cette forme a l'avantage d'être
peu encombrante, et de permettre de donner à la poignée
ou au support une forme quelconque, adaptée au mode d'emploi
de l'appareil et à la convenance de la personne qui l'utilise;
mais elle ne permet pas l'emploi d'aimants aussi puissants. (Que le
modèle à surexcitateur).
Comme le récepteur "Ade r" n'a donné lieu à
aucun brevet de la part d'Ader, on peut supposer qu'il a été
développé par le bureau d'étude de la Société
générale des téléphones
Après la création de SGT en 1880, comment se passe un
projet de réseau pour les villes qui en ont l'intention
?
A savoir : c'est en mai 1880 que la première demande a été
déposée à la Compagnie des Téléphones
de PARIS avant la création de la SGT.
voici l'exemple de LILLE, renouvelant sa demande à la
SGT, débattue par le Conseil Municipal à la Séance
du Mardi 7 Juin 1881
|
M. Rochart présente
le rapport suivant au nom de la Commission des travaux :
Messieurs, La question dinstallation à Lille ,
dun réseau téléphonique, que vous
avez renvoyée le 6 Mai courant, se limite à une
demande dautorisation faite par la Société
générale des téléphones.
Cette question paraît donc très simple et , dans
une certaine mesure, il aurait pu nous suffire peut-être
de vous rapporter quaprès étude , nous étions
daccord avec lAdministration, et quen conséquence
nous vous priions daccorder lautorisation demandée.
Votre commission, toutefois, ne la pas pensé ainsi
et elle a cru, au contraire, devoir vous retracer les efforts
et les travaux de lAdministration de telle sorte que,
par eux, la question vous fut plus intimement connue et que
votre discussion, sil sen établit une à
ce propos , fût plus facile et plus précise.
Depuis un an déjà la ville de Lille était
sollicitée par plusieurs Compagnies pour autoriser létablissement
dun réseau téléphonique.
Les premières demandes remontent en effet aux 4 et 14
Mai 1880. Elles étaient produites alors par :
1.° La Société des téléphones
de Paris, devenue la Société générale
des téléphones, et combinée à
2.° La Compagnie téléphonique du Nord qui
postulait également et dont les principaux membres se
sont aujourdhui fondus dans la Société générale.
A cette époque, et étant donné lintérêt
de ce service, notre honorable Maire dabord , M. DUTILLEUL
, visita pour renseignements M . le Ministre des postes et télégraphes.
M. le Ministre linvita à attendre que la Société
générale actuelle se fût formée,
car elle le devait faire à un capital considérable
; elle devait se nantir de tous les brevets spéciaux
et jouir de lautorisation du Ministre spécial.
Cette Société sest formée en effet
et sest constituée en assemblée générale,
le 3o Octobre dernier, au capital de 8,65o,ooo fr. suivant document
acquis au dossier. Elle est autorisée à établir
des réseaux téléphoniques par bureaux centraux
aux charges dun cahier créé le 26 Juin 1879,
par le Ministère des postes et télégraphes
quii, assimilant les téléphones aux télégraphes,
prentd à sa charge la pose et lentretien des réseaux
extérieurs, moyennant les conditions quil impose
à la Société.
Proposition de M. A. Jametel .
Le 10 Décembre dernier, M. A , JAMETEL, Président
de cette Société, renouvelait la demande faite
précédemment à lAdministration municipale.
Il rappelait les charges qui lui avaient été verbalement
réclamées et donnait le mode et la mesure de son
intervention gratuite. Il proposait deux moyens, dont le premier
consistait en létablissement d'un réseau
spécial aux services municipaux , et le second en le
raccordement de ces services au bureau central de la Société
, comme lavaient fait, disait-il, plusieurs municipalités
belges.
Dans le premier cas , la Ville devait se pourvoir des autorisations
gouvernementales, faire construire ses lignes et fournir le
personnel nécessaire à son service. La Société
offrait, mais avec conservation de la propriété,
les appareils nécessaires à quatorze postes et
lentretien constant à titre gratuit.
Dans le second cas , la Société sengageait
à installer à ses frais quatorze lignes reliées
son bureau central et à assurer le bon fonctionnement,
dans les termes de larrêté ministériel
du 26 Juin 1879 , que nous avions au dossier.
Si des dispositions prises par lAdministration et le service
des travaux municipaux ne réduisaient pas à néant
ces deux présentations , il y aurait eu , pour votre
Commission des travaux, à étudier de très
près les conséquences introduites par le choix
de l'un ou lautre moyen et à vous le présenter
avec détails et conclusions.
Premières dispositions de lAdministration
.
Cette étude a été faite ,mais une acceptation
ultérieure de la gratuité absolue en rend la présentation
inutile. Vous connaîtrez un peu plus loin la modification
acceptée par la Société. LAdministration
envoya à létude du service des travaux,
la demande de M. JAMETEL, et M. MONGY lui adressa le 20 Décembre
un rapport aux termes duquel on demandait à la Société
les deux sacrifices suivants :
1 ° Relier par un réseau téléphonique
lHôtel-de-Ville avec les postes de police, les postes
de pompiers, le réservoir de lArbrisseau et le
réservoir dEmmerin ;
2 ° Payer une taxe de 10 f,. par chaque kilomètres
de fil traversant la Ville et la banlieue.
On demandait donc létablissement gratuit dun
poste à lHôtel-de-Ville ;
Huit postes de police pour les huit arrondissements ;
Plus deux pour les nouveaux récemment établis
;
Quatorze postes de pompiers, dont les fils sont déjà
établis pour leur télégraphie actuelle
; mais dont les détails devront être revus et sans
doute modifiés comme isolateurs particulièrement
et généralement appropriés à leur
double fonction future ;
Deux postes aux établissements hydrauliques , soit vingt-sept
postes au lieu de quatorze offerts ;
Nous pouvons aussi juger, si vous le voulez bien, de l'importance
de la taxe que lon se proposait dappliquer.
L a Société compte, dans un temps assez rapide,
posséder environ cinq cents abonnés dont la moyenne
de longueur de fils serait de deux kilomètres. Le produit
de la taxe devrait donc être de : 5oo X 2 X 10 = 10 000
fr. Par abonné 20 fr.
Cette taxe devait porter en effet sur les abonnés, car
la Société avait déjà alors obtenu
lhomologation dun tarif que nous vous dirons plus
loin et dailleurs ... Elle se refusait très absolument
à supporter aucune taxe.
Dans ces conditions le service des travaux propose à
lAdministration de remplacer les conditions ci-dessus
par les suivantes déclarant en passant quétant
donné larrêté dassimilation
des fils téléphoniques aux fils télégraphiques,
il ne paraissait pas en effet, y avoir plus de raisons dimposer
les uns que les autres.
Voici quelles furent les conditions modifiées :
1.° Etablissement dun réseau téléphonique
complet pour relier lHôtel-de-Ville avec les postes
de police, les postes de pompiers, létablissement
hydraulique dEmmerin et le réservoir supérieur
de lArbrisseau ;
2.° Installation dun indicateur magnétique
permettant de Connaître à chaque instant le niveau
deau du réservoir supérieur de lArbrisseau
;
3.° Obligations de placer les fils aériens du réseau,
en suivant pour la traversée des voies publiques, les
indications qui seront données par lAdministration
municipale ;
4.0 Obligation par la Compagnie dopérer, à
première réquisition de lAdministration
municipale , toutes les modifications qui pourraient être
réclamées dans la hauteur et la direction des
fils.
L Administration, à ce moment, avant que de vous
présenter son sentiment, voulut encore léclairer
par la recherche de précédents quavaient
déjà créés dautres villes.
C est ainsi quà sa demande il lui a été
répondu par les villes de: 1.° Nantes, 2.° Bordeaux,
3.° du Havre.
Enquête ouverte
par ladministration
Tarif dabonnement
Il est peut être intéressant de vous faire connaître
ces réponses ; nous allons vous les indiquer sommairement
:
Il fut répondu de Nantes :« Quil avait
été donné autorisation à la Société
des téléphones, autorisée par le Ministère»
des postes et télégraphes, de manière précaire
et révocable, la Ville réservant tous ses»
droits. »
De Bordeaux : Par lexposé de conditions
particulières aux poses souterraines et aériennes
et par cette réflexion que « dans lintérêt
de la propagation des communications téléphoniques
, la Ville » de Bordeaux renonçait, quant à
présent du moins, à frapper la Société
d'une taxe ou » redevance. »
Du Havre enfin : « Que la Ville avait autorisé
la Société à ses risques et périls,
sous privilège et aux » conditions du n.° 18
du tarif de ses droits de voirie, et que jusquà
présent la Compagnie » navait pas, malgré
ses efforts, commencé à fonctionner. » Le
n.° 18 du tarif de voirie de la ville du Havre, Messieurs
, frappe les fils ou cables de télégraphie et
de téléphonie particulières soit aériens,
soit souterrains, dune taxe de :
0.10 fr le mètre courant pour réseaux de 1 mètre
à 5oo par an ;
0.05 fr pour longueur de 501 à 1,000 mètres;
0.25 fr pour longueur de plus de 1,000 mètres ;
Ces droits poursuivant les abonnés jusquà
leurs appareils.
Au compte dabonnés que nous avons supposé
à Lille et pour leur longueur moyenne également
supposée, limposition au taux du Havre, serait
à Lille de 5oo X 2000 X 0,25=3 25,000 fr. Soit par abonné
25,000/500 = 5o francs.
Cette taxe est, sans aucun doute, la raison qui fait que la
Société réunit très peu dabonnés
au Havre, car déjà le tarif homologué dabonnement
à ladite Société est assez lourd. Il est
en effet de :
400 fr. par an et par ligne ou de
375 fr. par an pour deux lignes à la même personne,
ou de
35o fr. par an pour trois lignes à la même personne.
Vous pouvez voir maintenant, Messieurs, par cet exposé,
sans doute très long pour une question paraissant aussi
simple, toute léconomie de la demande d'autorisation.
Avant que de vous dire quelles sont les conclusions de votre
Commission , nous allons vous rappeler quelles sont les dernières
demandes de lAdministration et quelle est la valeur de
laccord que la Société générale
des téléphones paraît être disposée
à nous faire. Voici dabord cet accord :
Daprès une discussion verbale qui a eu lieu en
derniers contacts entre lAdministration municipale représentée
par son Directeur des travaux et M. LARTIQUE , Directeur général
des téléphones (Société générale)
M. MONGY aurait dit à M. LARTIGUE : Nous sommes disposés
à vous donner lautorisation que vous recherchez,
sauf approbation par le Conseil municipal aux conditions que
nous vous avons dites déjà, mais à condition
aussi , que vous nous établirez notre réseau et
nos services sans que nous intervenions pour quoi que ce soit.
M. LARTIGUE aurait promis de faire accepter ces conditions par
la Société générale des téléphones
.
Cest à cette déclaration que nous faisions
allusion alors que nous vous disions quil était
devenu inutile de vous présenter létude
que nous avions faite des dispositions du cahier des charges.
La Société nous constitue par là des bénéfices
de services que nous pensons estimables et assez coûteux
pour elle.
En effet : En établissant le réseau à ses
frais, la Société peut avoir à payer à
lEtat, service des télégraphes, une redevance
immédiate de 260 fr. par kilomètre de fil, et,
étant données les dernières demandes de
lAdministration , sans y comprendre les fils des pompiers
qui ne sont quà approprier , ni le fil dEmmerin
qui doit aussi exister , il y a environ 40 kilomètres
municipaux à faire établir présentement.
Cela fait un sacrifice denviron 40 x 25o = 10.000 fr.
plus; pour entretien annuel à 20 fr. = 800 fr.
En nous constituant labonnement gratuit sur 27 postes
,plus deux réclamés par lAdministration
en dernier lieu, soit sur 29 ; en distrayant lHôtel-de-Ville
, considéré comme un bureau central municipal,
soit, au plus juste , 28 postes ou réseaux , il en vient
un abandon de 28 x 35o, tarif inférieur réduit
au terme du cahier des charges (article 6) à 175, cest-à-dire
à 5o pour 100 , doù somme annuelle de 4,900
fr.C est donc un sacrifice de 10 000 fr. une fois payés
et une somme de 4,900 x 800 = 5,700 fr. abandonnée annuellement.
Dans ces conditions donc, il paraît à votre Commission
superflu de gêner lessor de la Société
par laddition dune taxe quelconque , du moins appliquée
présentement.
Dans ses conclusions , votre Commission réserve dailleurs
tous vos droits à cet égard. Nous vous demandons
la permission de vous répéter maintenant les demandes
de lAdministration municipale à la Société
générale des Téléphones :
1.° Etablissement dun réseau téléphonique
complet reliant lHôtel-de-Ville avec la Préfecture
, les postes de police, les postes de Pompiers , labattoir,
lusine hydraulique dEmmerin et le réservoir
supérieur de lArbrissean ;
2.° Installation d'un indicateur magnétique permettant
de connaître à chaque instant le niveau de leau
du réservoir supérieur de lArbrisseau ;
3.° Obligation de placer les fils aériens du réseau
, en suivant, pour la traversée des voies publiques ,
les indications qui seront données par lAdministration
municipale ;
4.° Obligation par la Société dopérer
à première réquisition toutes les modifications
qui pourraient être réclamées dans la hauteur
et dans la direction des fils.
Réflexions de la Commission.
Sur le premier point : Nous sommes daccord avec lAdministration;
mais nous proposons dy ajouter létablissement
, aux mêmes conditions , des postes futurs de pompiers
et de police. Ces postes additionnels devant en effet correspondre
à une augmentation de population provoquée par
nos efforts et nos dépenses , constituent pour la Compagnie
des chances de sûre clientèle dont elle nous doit
reconnaissance.
Sur le second point : Nous sommes daccord également
et demandons quil soitajouté à lindicateur
un appareil denregistrement automatique. C est dailleurs
sans importance.
Sur les troisième et quatrième points : Nous ferons
observer quaux termes des rapports créés
par le cahier des charges du 26 Juin entre l Etat et la
Société , les obligations réclamées
par lAdministration municipale doivent porter, non sur
la Société téléphonique, mais bien
sur le service détat des télégraphes
; toutefois , la Société générale
des Téléphones se déclarant certaine de
lagrément de lEtat, nous pensons suffisant
de lui réclamer ces dites obligations, quitte à
elle de les obtenir de ses contractants, et rien , du reste,
nempêche lAdministration municipale de rechercher
conjointement cette même acceptation du service dEtat.
Demande de la commission
Votre Commission, sortant maintenant du cadre de lAdministration
, vous demande de réclamer avec elle le raccord du bureau
central municipal indispensable à la rapidité
des communications, comme aussi à leur toute entière
discrétion ... avec le « bureau central de la Société.
»
Voici pourquoi : Il se peut très bien que des rapports
en quelque sorte directs sétablissent entre ladministration
et certains abonnés , et même tous les abonnés
, et quinversement, des rapports sétablissent
des abonnés aux services municipaux.
Supposez , par exemple , des appels aux pompiers ou aux postes
de police pour cause dincendie ou de meurtre. Ces communications
deviennent précieuses .
Il est facile de réaliser cette communication. On le
pourrait faire par un seul fil ; mais il aurait le désagrément
de rendre les communications limitées à un seul
service à la fois.
On le peut faire avec deux fils et jouir dune réduction
de tarif déjà indiquée.
Votre Commission a pensé que trois fils seraient le nombre
à choisir pour la plus grande facilité de tous
rapports de lAdministration à abonnés, ou
de tous rapports inverses, dautant que le tarif, qui sapplique
à trois fils pour une même personne (collective
ou non), est encor einférieur et vous le connaissez
à celui de deux fils.
Ce service, dailleurs très peu coûteux, quoique
très agréable , doit être payé par
nous cependant, car la Société et lEtat
nous démontrent ici que le service nest plus exclusivement
municipal, mais est au moins mi privé. Toutefois, nous
ne le paierions pas au tarif ordinaire, car nous vous prierions
de réclamer de lAdminisjration quelle veuille
bien solliciter lapplication du tarif réduit indiqué
à larticle 6, § III et IV , du cahier des
charges du 26 Juin 1879, qui stipule :
« Quil sera (toutefois) accordé un tarif
réduit aux établissements publics de lEtat
ou municipaux qui seraient desservis par une entreprise. »
E t que :
« Le taux de la réduction sera déterminé
par le Ministre des Postes et Télégraphes , sans
» pouvoir dépasser la moitié de la taxe
applicable aux particuliers. »
Notre sacrifice annuel
Donc , le taux pour trois lignes à une même personne
sera pour nous , sans nul doute , de 35o f r . x 0,5, = 175
fr. par ligne, soit de 175 x 3 = 525 fr. par an, comprenant
linstallation à faire par la Société
téléphonique , comme aussi lentretien.
Soins municipaux.
Quant au service municipal, il sera très bien assuré
par le personnel actuel organisé, s dépenses pour
cela, à la condition peut-être de quelques soins
supplémentaires . II réclame un service nocturne,
déjà assuré par les pompiers.
En résumé, Messieurs , votre Commission
des travaux vous propose :
1.° Le vote des conclusions de lAdministration
municipale;
2.° Le vote des conclusions de votre Commission des travaux
;
3.° Le vote, par suite, dune imputation annuelle de
525 fr. pour le service conjugué du public et de lAdministration
.
En appuyant toutefois sur ce point que votre autorisation est
accordée sans privilège, ni monopole.
Elle vous demande par surplus et à titre de vu
:
Dexprimer le désir de voir à lavenir,
et le plus tôt possible , opérer par le consentement
du Ministre des Postes et des Télégraphes , le
raccord entre les abonnés des lignes téléphoniques
et les services télégraphiques spéciaux,
pour lexpédition directe des télégrammes
et vice-versa , pour leur directe réception.
M. MARSILLON sétonne de voir figurer, parmi les
conditions réclamées par la Ville , la pose dun
indicateur magnétique, destiné à indiquer
le niveau deau dans le réservoir de lArbrisseau.
Ce nest pas là de la téléphonie.
M. le RAPPORTEUR répond quétant donnée
la nécessité détablir un fil le long
de la distribution deau, il devenait facile dobtenir
lindication électrique du niveau des bassins ,
et que lAdministration a agi véritablement dans
un intérêt municipal en réclamant cet indicateur.
Les conclusions du rapport de la Commission sont ensuite
mises aux voix et adoptées.
|
Pour Lille, l'aventure commence, le bureau est installé
au 3 de la place de la gare, les lignes sont construites sur le toit
des immeubles, le réseau est inauguré le 1er mai 1882
avec 26 lignes et 94 demande sont en attente. Le 1er avril 1883 se sera
le tour de de Roubaix-Tourcoing qui ouvrira son réseau.
Le "Dictionnaire de la
conversation et de la lecture.. de 1882 a édité
un état des lieux sur le téléphone :
... Mais les plus belles découvertes de ce siècle
daus le domaine du son, on les doit aux Américains Bell
et Edison (1877), inventeurs du téléphone et du
phonographe, et à l'Anglais Hughes, qui a trouvé
le microphone (1878)...
TÉLÉPHONE, instrument ayant pour objet de transporter
à une distance aussi grande qu'on le voudra les effets
produits par les vibrations du son. Jusqu'en 1876, l'appareil
n'existait qu'à l'état rudimentaire. Le porte-voix
à ficelle, qui se vend depuis trois quarts de siècle
chez tous les marchands de jouets, et le fonoscopio, beaucoup
plus ancien, des indigènes de la Nouvelle-Grenade et de
l'Équateur sont assurément les ancêtres du
téléphone de M. Grabam Bell ; mais c'est au professeur
de Boston qu'on doit d'avoir fait entrer cette découverte
méconnue dans une phase aussi nouvelle que pratique. Son
instrument, qui fit sensation à l'exposition de Philadelphie,
est des plus simples. Il se compose de deux parties identiques
: le transmetteur où l'on parle, le récepteur où
l'on entend, l'un et l'autre composés de deux cornets dont
le fond est une membrane en fer très mince et très
élastique. On parle devant l'embouchure du cornet, et la
membrane reçoit la série des vibrations successives
qui constituent la parole. Il faut les transmettre et les reproduire
: mais, pour les transmettre, au lieu de ficelle on emploie l'électricité.
Derrière la membrane se trouve une tige d'acier aimantée
perpendiculairement à cette même membrane, et autour
de la tige est enroulée une petite bobine de fil de cuivre
dont l'extrémité se relie à une bobine semblable
dans l'autre partie de l'appareil. Or, entre l'aimant et la membrane
en fer il y a des rapports intimes, comme une sorte de parenté
: s'approche-t-elle de l'aimant, le magnétisme de celui-ci
est attiré ; s'en éloigne-t-elle, son magnétisme
recule ; enfin, chaque mouvement de la membrane et, par conséquent,
chaque vibration de la parole se traduit par un déplacement
de l'aimantation de l'acier. Ainsi la série des courants
induits produits par les vibrations de la membrane est lancée
dans l'appareil récepteur qui se trouve à l'autre
station ; ils y produisent des variations de magnétisme
identiques à celles qui leur ont donné naissance
; ces variations produisent, dans la membrane du récepteur,
des mouvements identiques à ceux de la membrane du transmetteur.
La répétition des mêmes mouvements vibratoires
entraîne la répétition des mêmes sons.
L'invention de M. Bell fit immédiatement fureur en Amérique,
où les administrations s'empressèrent de la mettre
en pratique. En Angleterre, on essaya mieux : dès novembre
1877, on réussit, en se servant du câble sous-marin
de Douvres à Calais, à transmettre des paroles d'une
extrémité à l'autre du détroit : ce
fut l'événement scientifique à sensation
de cette année.
Par malheur, on a beau crier
dans le téléphone, il ne parle que bas, et très
bas. Au début, c'était comme une voix venant des
profondeurs d'une cave, une voix de ventriloque, incomplète,
avec un timbre aigre et criard. On a donc dû se préoccuper
de le perfectionner, et on y est arrivé, de manière
à le rendre plus sonore. Le téléphone de
M. Gower (1879) constitue, entre autres, un véritable
perfectionnement. La membrane étant beaucoup plus large
et l'aimant plus fort, il entend mieux, il parle mieux, il chante
très bien. De plus, il est muni d'un avertisseur, c'est-à-dire
d'un système destiné à appeler l'attention
; car il est de toute nécessité de prévenir
son correspondant qu'on a quelque chose à lui dire, et
il faut être prévenu qu'on va vous parler pour
se mettre le cornet à l'oreille et se préparer
à écouter. Le système d'avertisseur consiste
en une des sonneries électriques qui sont en usage dans
la télégraphie ordinaire.
Trois autres modèles de téléphones sont
encore à signaler. Le téléphone à
mercure de M. Antoine Bréguet est une application du
principe de l'électromètre capillaire de M. Lippmann.
L'appareil consiste en un système de deux de ces électromètres
rudimentaires recouverts chacun d'une membrane élastique
et associés l'un à l'autre par deux fils conducteurs.
Si l'on parle devant la membrane (hl premier tube qui sert de
transmetteur, la membrane vibre, et ses vibrations produisent
des déplacements correspondants du mercure dans la pointe
capillaire : ces mouvements du mercure engendrent des courants
qui sont transmis à l'appareil récepteur, où
ils reproduisent les phénomènes réciproques,
c'est-à-dire des mouvements du mercure, des vibrations
de la membrane et les sons correspondants. Ce téléphone,
aussi simple que celui de M. Bell, fonctionne sans pile, et
le récepteur est identique au transmetteur. Les deux
instruments doivent leur simplicité à la réversibilité
des phénomènes, principe sur lequel ils sont l'un
et l'autre fondés.
Autre chose est, au contraire, le téléphone inventé
par M. Edison, où l'appareil récepteur est essentiellement
différent de l'appareil transmetteur, chacun d'eux étant
basé sur des principes distincts. Les deux parties sont
réunies par deux fils conducteurs, constituant les fils
de ligne. Le transmetteur fait partie d'un circuit fermé,
dans lequel passe, d'une manière continue, le courant
d'une pile locale : il se compose d'une membrane élastique,
superposée à un couple de lames de platine pressant
entre elles une rondelle de charbon. Ce système constitue
un conducteur, dont la résistance varie avec la pression
et, par suite avec le nombre de points de contact du métal
et du charbon. Si l'on parle devant la membrane, elle vibre,
et ces mouvements vibratoires, se communiquant à cet
organe, en modifient les contacts et, en conséquence,
la résistance. On sait qu'à chaque variation de
résistance correspond, une variation dans l'intensité
du courant qui traverse le circuit. Dans ce même circuit
se trouve une bobine d'induction, où le courant de la
pile sert de courant inducteur. On sait aussi que, dans ces
conditions, chaque variation d'intensité du courant inducteur
produit un courant induit. Ce sont ces courants induits successifs
qui sont envoyés dans le récepteur par l'intermédiaire
d'un fil de ligne qui revient à la bobine. Le téléphone
de M. Bell sert généralement de récepteur
pour le transmetteur à charbon : cependant, M. Edison
a, de son côté, imaginé un système
récepteur qu'il a appelé l'électromotographe.
Ce récipient est formé aussi d'une membrane élastique,
qui peut être mise en vibration par un procédé
extrêmement curieux. Un petit ressort d'acier, fixé
d'un côté à la membrane, se termine de l'autre
côté par une pointe mousse en platine, laquelle
s'appuie à la surface d'un cylindre métallique
recouvert d'une couche d'une substance particulière à
base de phosphate de chaux : ce cylindre est mobile autour de
son axe; on le fait tourner à la main à l'aide
d'une manivelle. Le frottement de la surface du cylindre contre
la pointe mousse suffit pour entraîner légèrement
celle-ci, ainsi que le ressort, ce qui imprime une impulsion
à la membrane. M. Edison a découvert que si un
courant électrique passe par le cylindre, par le point
de contact et par le ressort, le frottement pendant ce mouvement
est considérablement modifié. Plus de frottement,
plus d'entraînement du ressort, plus d'impulsion communiquée
à la membrane. Si donc on lance une série de courants
instantanés dans le cylindre pendant qu'on le fait tourner,
on imprimera à la membrane une série d'impulsions
successives qui la feront vibrer. C'est ce qui se passe dans
cet instrument. On a déjà vu comment les vibrations
de la membrane du transmetteur produisent une série de
courants induits; ces courants passent par le cylindre, impriment
à la membrane du récepteur une série d'impulsions
qui la font vibrer, de manière à reproduire les
sons comme dans le téléphone de M. Bell. L'appareil
de M. Edison est vulgairement connu sous le nom de téléphone
à charbon.
Le troisième modèle a été appelé
condensateur chantant ; mais il est inférieur, à
certains points de vue, aux deux précédents. Le
transmetteur est relié à plusieurs récepteurs,
composés de petites boites aplaties en carton, à
surface découpée, suspendues de distance en distance.
Chacune de ces boîte est un condensateur formé
par des feuilles de papier d'étain séparées
par d'autres feuilles intactes de papier minca : les feuilles
métalliques de rang pair sont réunies entre elles;
celles de rang impair le sont également. On reconnaît
bien là la constitution d'un condensateur ordinaire multiple.
C'est M. Varley qui a construit cet appareil en utilisant ce
fait, découvert par Foucault, qu'une succession de courants
induits, alternativement directs et inverses, envoyés
dans un condensateur, lui fait rendre un son. Mais, si l'appareil
chante juste, il nasille, ce qui constitue son infériorité:
cela tient à ce que le timbre de la voix. est altéré
par la superposition du timbre particulier aux vibrations des
feuilles de papier. L'essai n'en a pas moins son mérite.
En 1878, M. Auguste Trève
a appliqué le téléphone à la transmission
des ordres à une escadre ou, plus simplement, d'un navire
à l'autre : en outre, il a été constaté
que cet appareil est un excellent moyen de correspondance entre
bâtiments remorqueurs et remorqués. En même
temps, le lieutenant de vaisseau Desportes imaginait de l'utiliser
pour la manuvre des scaphandres et pour les opérations
des plongeurs, en substituant une plaque de cuivre à
l'une des glaces du casque et en enchâssant un téléphone
dans cette plaque : ce second essai a également bien
réussi. Dans l'été de 1879, MM. Jovis et
Langlois ont reconnu que la transmission du son s'opérait
non moins facilement par le téléphone entre un
ballon et la terre. L'instrument peut donc être appliqué
dans tous les milieux.
Peut-il être employé dans la pratique médicale
? M. d'Arsonval a démontré, en 1878, que le téléphone
constitue le neilleur, le plus sensible des galvanoscopes, qu'il
peut rendre des services notoires pour étudier le tétanos
électrique des muscles, qu'il permet de constater l'existence
des courants hydro-électriques ou thermo-électriques
les plus faibles. A la date du 7 janvier 1882, le Médical
Record de New-York annonçait qu'un médecin du
Massachussetts venait de diagnostiquer et de traiter heureusement
un cas de croup à deux milles de distance à l'aide
du téléphone ; la toux croupale de l'enfant malade
était transmise distinctement.
Dès son apparition, le
téléphone est entré dans la voie pratique
aux États-Unis : des compagnies téléphoniques,
moyennant une redevance de 12 fr. 50 par mois, se sont mises
à installer dans chaque maison des appareils de transmission.
Au 10 janvier 1880, on comptait déjà 130,000 téléphones
Bell fonctionnant dans l'Union; l'Angleterre, en même
temps, suivait cet utile élan. En France, une Société
téléphonique s'est formée à Paris
en août 1879, et 20,000 appareils fonctionnaient en janvier
1880. Il est à supposer que ce mouvement va progresser
rapidement chez nous : le grand prix Volta, de 50,000 fr., décerné
à M. Bell par notre Académie des sciences, puis
les expériences faites au palais de l'Exposition d'électricité,
que l'on avait relié téléphoniquement à
l'Opéra et à la Comédie-Française,
expériences reprises à j'Élysée
et dans divers ministères, ces témoignages publics
de l'intérêt officiel ont ouvert les yeux au public
qui s'est laissé convaincre. A Paris les fils des téléphones
sont envoyés et distribués par les canaux des
égouts.
Une fois le problème
de la parole transmise à distance résolu, on tenta,
naturellement, davantage, c'est-à-dire de recueillir,
d'écrire et de fixer le discours afin de le reproduire
mécaniquement au moment où on le voudrait. En
1878, M. Edison fit cette nouvelle découverte en produisant
le phonographe. Cet instrument écrit tout à la
fois et parle; il est son propre traducteur, et, de plus, il
garde fidèlement inscrite la phrase qu'on lui a confiée.
Il se compose d'un cylindre en cuivre placé horizontalement,
soutenu par un axe que l'on fait manuvrer avec une vis,
laquelle tourne dans un écrou qui fait avancer ou reculer
le cylindre. Une manivelle permet de faire tourner celui-ci,
qui alors, tout en tournant, avance ou recule suivant le sens
dans lequel on fait agir la manivelle. Près de l'extrémité
du cylindre opposé à cette manivelle est fixée
une embouchure, dont l'orifice renferme un diaphragme métallique
: le centre de ce diaphragme porte une pointe, également
en métal, regardant le cylindre et peu distante de celui-ci.
Sur ce cylindre est tracé un filet de vis en creux et
par-dessus une feuille d'étain enroulée. Le style
le touche aux endroit qui sont au-dessus du sillon ; il s'y
appuie, il l'écrase il y fait des creux, et ceux-ci persistent.
C'est bien une sorte d'écriture du discours parlé,
gravée en creux sur une feuille d'étain qui la
garde. Pour éviter, néanmoins, une lecture compliquée,
il s'agira de retrouver mécaniquement la parole même.
On tourne le cylindre en sens inverse on mène le style
à son point de départ, et on recommence le mouvement
direct. Le style qui touche la feuille en suis désormais
la surface jusque dans les cavités que lui même
a creusées; il se relève aux points qu'il n'a
pas toucher il recommence tous les mouvements que lui avait
imprimés la voix. Dès lors, il les rend à
la membrane ; celle-ci exécute à nouveau ses vibrations,
elle reproduit la voix. Pour donner un mouvement, régulier
au cylindre, c'est-à-dire pour le faire chanter juste,
M. Hardy s'est avisé, en 1879 d'y adapter un mouvement
d'horlogerie, ce qui a convenablement perfectionné le
résultat.
Si extraordinaire qu'il soit, on avait beaucoup exagéré
les mérites de cet instrument. Il ne reproduit exactement
d'ailleurs, ni le timbre ni les intonations. « Tout au
plus a dit M. Jamin, le phonographe pourrait-il être un
excellent sténographe; mais il faudrait un cylindre énorme
une feuille d'étain immense, et cela jusqu'ici est absolument
impossible à réaliser. Gardons-le donc pour ce
qu'il est pour un appareil de simple curiosité scientifique,
d'une curiosité de premier ordre, il est vrai; mais ne
lui demandons pas de réaliser tout ce qu'on a pu en espérer
lors de son apparition. » Il en est, on le comprend, tout
autrement du téléphone, dont l'invention restera
une gloire du siècle comme la télégraphie
électrique elle-même, qu'il continue et perfectionne,
qu'il a simplifiée.
|
1882
Antoine Breguet décédera en 1882, son partenaire Alfred
Niaudet en 1883, et Louis Breguet, a près de 80 ans
est incapable de supporter ces malheurs, il meurt une quinzaine de jours
après Niaudet. Il semble que l'usine de production de téléphone
de Breguet ait été reprise par Clément Ader.
En juillet 1882, le Ministre des
Postes et Télégraphes obtint un crédit de 250 000
Francs destiné à expérimenter l'exploitation de
réseaux téléphoniques dans certaines villes de
province.
A. Cochery émet un décret qui permet l'établissement
et l'usage des lignes télégraphiques d'intérêt
privé.
Ce qui permet de pouvoir relier des lignes privées au réseau
télégraphique de l'état ou bien de relier entre
eux deux établissements privés.
Les frais d'établissement sont de 250 francs par km de ligne,
les frais d'entretien sont de 20 francs par an et par km de ligne et
l'état prélève un droit d'usage de la ligne de
15 francs par an et par km de ligne.
Dès 1882
- la Société Générale des Téléphones,
la souveraine, s'inquiète des trop nombreux constructeurs qui
commençaient à proposer des téléphones pour
les installations domestiques et à lui faire de l'ombre
- la Société général des téléphones
obtint du gouvernement de pouvoir relier sur un même fil à
abonnement réduit, deux abonnés habitant un même
immeuble.
Un appareil spécial installé à chaque étage
permet à chacun des locataires de communiquer avec tous les abonnés
du réseau et réciproquement.
Dans les administrations importantes, la Société générale
des Téléphones a eu l'idée d'installer des petits
réseaux téléphoniques destinés à
desservir tous les services intérieurs. De petites lignes, partant
des bureaux des différents chefs de services d'une même
administration, viennent aboutir à un tableau central à
plusieurs directions ; ces lignes peuvent être en nombre illimité.
Le tableau central étant relié lui-même au bureau
central du réseau de la Société, il s'ensuit que
chaque chef de service peut, de son bureau, être directement mis
en communication, non seulement avec ses collègues, mais avec
tous les abonnés du réseau.
 |
La figure gauche représente
un de ces tableaux à plusieurs directions, qui est la
réduction d'un bureau central d'administration.
Le nombre des directions est variable
La figure droite est un poste
central mobile composé d'une planchette horizontale supportant
une boîte forme pupitre, en acajou, noyer ou bois noir,
sur laquelle sont montés des leviers qui font office
de commutateurs Jack-Knives, et qui contient la bobine d'induction,
les communications et le crochet commutateur automatique pour
mettre le poste sur sonnerie ou sur téléphone,
crochet auquel on suspend l'appareil téléphonique
combiné.
Le tout est monté sur un pied en fonte.
A droite un autre modèle Berthon-Ader
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Ce poste central est composé d'une
planchette verticale munie de bornes, avec annonciateurs à disque
et commutateurs Jack-Knives, grand modèle, cordon avec fiche,
repos de fiche, crochet pour suspendre les cordons de communication
à deux fiches et place réservée pour un appareil
transmetteur Ader, ou pour un appareil transmetteur Berthon; le tout
monté au double fil.
La Société a donné une forme encore plus pratique
aux postes centraux destinés à desservir ces réseaux
locaux; elle a construit des postes mobiles, aussi gracieux que commodes,
comportant chacun un nombre plus ou moins grand d'annonciateurs et de
commutateurs et qui permettent à chaque chef de service d'être
relié directement aux autres chefs de service ou à leurs
subordonnés sans passer par un poste central commun. Tous les
services si nombreux de la Compagnie générale Transatlantique,
dans son hôtel de la rue Auber, sont ainsi reliés entre
eux et de plus sont, mis en communication, par un poste central spécial,
avec le réseau de Paris. C'est le type parfait de ces d'installations.
Outre que cette prodigalité de lignes, dont l'utilité
n'est pas toujours démontrée, est une charge pécuniaire,
elle est surtout une grande source d'embarras pour les personnes qui
ont à s'adresser à ces administrations. On ne sait sur
quelle ligne on doit sonner pour avertir la personne avec laquelle on
a besoin de s'entretenir. Il arrive souvent qu'un chef de service se
trouve dérangé pour un autre, ce qui est un ennui pour
lui et une perte de temps pour celui qui demande.
Remarquons en passant que dans plusieurs administrations un certain
nombre de lignes téléphoniques relient différents
services directement avec le réseau de Paris.
Ces inconvénients sont dus à l'incompétence pratique
des personnes qui sont chargées de faire faire ces installations.
Il est facile de les éviter, en concentrant sur un même
point toutes les lignes appartenant à une même administration.
C'est d'ailleurs ce qu'ont fait plusieurs administrations bien avisées,
sur les conseils de personnes compétentes.
Toute personne ayant à s'adresser à ces administrations
correspond directement avec un fonctionnaire chargé spécialement
de ce service.
Selon la nature du renseignement demandé, celui-ci le fournit
immédiatement ou met le demandeur en communication directe avec
le service ou la personne intéressée.
De la sorte, nul n'est dérangé inutilement et toute demande
reçoit une prompte solution. Economie de temps et d'argent.
 |
Beaucoup de
maisons de commerce un peu importantes, à Paris et
dans les grandes villes de province, possédaient déjà
le téléphone.
Les municipalités de Marseille, de Lyon, de Bordeaux
organisèrent des réseaux dits municipaux.
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Les postes de pompiers, les bureaux
d'octroi, les commissariats de police et les divers grands services
de l'administration de chaque ville furent reliés à
un poste central placé à la mairie. Les villes du Havre,
de Rouen, suivirent cet exemple , d'autres moins importantes s'y rallièrent.
La province devança Paris dans cette voie.
Mais ces réseaux municipaux, sauf deux ou trois, comme ceux
de Marseille, de Lyon, de Calais, sont absolument fermés et,
contrairement à ce qui existe dans tous les autres pays, il
serait difficile de trouver dans la liste des abonnés des réseaux
urbains, une ligne téléphonique pouvant permettre au
public de se mettre en rapport, soit avec un poste de police, soit
avec un poste de pompiers, en cas de sinistre ou d'incendie .C'est
seulement en 1889 que fut établie une ligne téléphonique
reliant le réseau de Paris avec l'état-major des sapeurs-pompiers
,quartier général d'incendie).
Vers la fin de 1882, en même temps que l'on s'occupait de l'installation
d'un réseau téléphonique à Nice, on établissait
un poste de téléphone près de cette ville, au
sommet du Mont-Vinaigre, le point le plus central des montagnes de
l'Estérel. On a construit sur le Mont-Vinaigre une maisonnette
où se tiennent deux gardiens chargés de donner le signal
lorsque des incendies se déclarent dans la forêt de l'Estérel.
Toutes les maisons forestières de l'Estérel sont reliées
entre elles par un réseau téléphonique qui communique
avec l'inspection centrale dont le siège est à Fréjus
A PARIS : A partir de 1882 cependant le réseau se structure
et ses caractéristiques techniques se mettent en place. Borné
par les fortifications le réseau téléphonique
parisien s'organise autour de 9 puis 12 bureaux "centraux".
Ceux-ci sont bien entendu manuels.
L'établissement des communications se fait ainsi : Quant
un abonné veut parler à un autre il peut se présenter
deux cas :
1° le second abonné habite le même arrondissement
téléphonique, c'est le cas le plus simple ;
2° le second abonné habite un autre arrondissement ; la
téléphoniste du bureau À, appelée par
le premier abonné, appelle le bureau D, qui appelle à
son tour le second abonné".
Hormis l'adoption précoce des circuits â deux fils, choix
"moderniste" dont on ne cessera par la suite de féliciter
la S. G. T. les caractéristiques du réseau sont encore
très frustes. Tous les câbles sont isolés, sur
le modèle des câbles sous-marins, â la gutta percha.
II n'existe que deux types de câbles. D'une part les lignes
auxiliaires qui relient entre eux les bureaux. D'autre part les câbles
qui desservent les abonnés : les deux fils constituant chaque
circuit sont réunis dans les égouts en câbles
de sept paires toronnées et protégées par une
enveloppe de plomb.
Le réseau a cependant fait l'objet de quelques choix de structure
délibérés. Ainsi la société explique
que "tous les fils qui joignent les divers bureaux centraux de
Paris passent tous par un point central situe 27 avenue de l'Opéra.
On aurait pu établir des lignes allant par le chemin le plus
court du bureau A a chacun des autres, du bureau B a tous ceux des
lettres suivantes, du bureau C aux suivants etc. Cette méthode
aurait même diminué la longueur totale de câble
employé a ce service. On a cependant preféré
le système du point central d'ou rayonnent les fils venant
de tous les bureaux .
Cela permet de tirer parti des rosaces sur lesquelles les fils correspondant
a chaque abonné sont disposés a l'aboutissement des
câbles si on reconnait que le bureau C fait un usage peu actif
de ses fils auxiliaires avec D tandis que les communications entre
D et I sont actives et sont quelquefois retardées par le manque
de lignes, la manuvre a faire est facile... On disjoint un fil
double CD a son extremité C dans la rosace et on le relie a
un câble libre venant du bureau I.
Cette adaptation du réseau au trafic observe ne vaut pas seulement
pour les lignes auxiliaires. Pour faciliter le travail des opératrices
"il y a lieu de réunir (sur les tableaux) autant que possible,
les abonnes en groupes sympathiques, si on nous permet cette expression,
c'est-a-dire en groupes de personnes causant le plus habituellement
ensemble. Cette distribution des abonnes n'est pas une chose une fois
faite ; il y a des mutations fréquentes pour diverses raisons
changement, de domicile d'un abonné, arrivée d'un nouvel
abonné, etc.
Ce type de gestion du réseau correspond à un petit réseau.
Parallèlement , après Cornéluis Herz, des travaux
sont repris et développés par un électricien
belge, M. Van Rysselberghe, directeur du service météorologique
de Bruxelles, ils ont donné des résultats dans le monde
scientifique , mais l'idée et les études préliminaires
sont entièrement dues au docteur Herz.
Les essais de M. Van Rysselberghe furent faits entre Paris
et Bruxelles, le 17 mai 1882, à une distance de
544 kilomètres.
M. Van Rysselberghe, outre qu'il supprime l'induction dans les fils
voisins, comme l'avait fait son prédécesseur, est arrivé
à ce résultat remarquable, de pouvoir faire fonctionner
en même temps, et sur un même fil, un appareil téléphonique
et un appareil télégraphique.
La revue "L'Electricen" nous raconte :
Des expériences téléphoniques très
intéressantes , et qui peuvent avoir des conséquences
praliques importantes , ont été faites , le mois dernier
, entre Paris et Bruxelles . M. van Rysselberghe , directeur du service
météorologique de Belgique , inventeur du nouveau procédé
, a , d'une part , perfectionné le téléphone
, et de l'autre , il a trouvé un système faisant disparaitre
l'induction occasionnée par les lignes télégraphiques
. Enfin , il a atteint ce résultat remarquable de pouvoir faire
travailler , en même temps , sur un même fil , un appareil
télégraphique et un appareil téléphonique
, en sorte que l'on peut à la fois sur ce fil faire passer
une conversation et un échange de dépêches .
Voici , par exemple , deux messages qui ont été envoyés
simultanément le 17 mai 1882 .
Par le Morse on a transmis ce qui suit :
A Monsieur Call , directeur - ingénieur des télégraphes
. Je prie monsieur le directeur - ingénieur Caël de recevoir
par Morse , de Bruxelles à Paris , mes compliments les plus
affectueux ; la présente dépêche passée
, en même temps qu'un télégramme téléphonique
, à M. le ministre Cochery , sur l'unique fil qui nous relie
en ce moment .
En même temps le téléphone dictait le message
suivant :
A Monsieur COCHERY , ministre des postes et des télégraphes
. Je suis heureux de transmettre à M. le Ministre des postes
et des télégraphes de France , au nom de l'administration
des télégraphes de Belgique , la première dépêche
téléphonique Transmise entre Bruxelles et Paris , par
une méthode due à M. van Rysselberghe et permettant
de transmettre par un même fil des télégrammes
ordinaires en même temps que des dépêches parlées
.
Je suis certain d'être l'interprète de M. le Ministre
des travaux publics de Belgique en exprimant à M. le Ministre
des postes et des télégraphes de France toute la satisfaction
que nous éprouvons en constatant la possibilité d'augmenter
encore les relations entre les deux pays .
Dans d'autres expériences, faites avec beaucoup d'attention,
par l'administration française, en 1882, entre Paris et Nancy,
on a fait franchir à la
voie 555 kilomètres. Pendant une heure les ingénieurs
conversèrent entre eux d'une gare à l'autre, au moyen
du fil de la ligne télégraphique.
Bien mieux que les Américains avec le système
Hopkins à la même époque, des expériences
faites en France, avec le téléphone de M. le Dr Cornélius
Herz, on a pu transmettre la parole beaucoup plus loin, puisqu'on
a pu parler de Tours à Brest, en passant par Paris,
sur une longueur de circuit de 1140 kilomètres, avec
le fil de fer de 4 millimètres des télégraphes
.1882-1883 Evolution du téléphone dans le monde en
nombre d'abonnés
Derrière les Etats unis, la France est plutôt bien équipée.1883
la SGT décide de leur faire un procès
pour contrefaçon pour essayer d'enrayer cette concurrence.
La SGT est représenté par Armengaud
Jeune, ingénieur conseil et administrateur de la société,
et J.E.Engrand avoué de 1ere instance auprès
du tribunal de la Seine. Suivirent des saisies descriptives chez certains
constructeurs et fait assigner devant le tribunal de la Seine des
sociétés dont : La Société anonyme Maison
Bréguet; Maiche, Lenczewski, Journaux, De Locht-Labye , Beillahache,
M portevin fils... Mildé fils, la Société du
gaz de nice , Bert et D'Arsonval, D'Argy ...
A.Jeune expert en brevet tend à prouver que les appareils dérivent
des brevet français d'Edison pour l'emploi du micro à
charbon et de la bobine d'induction.
Le régime des réseaux exploités par l'Etat fut
également fixé par un arrêté en date du
1er janvier 1883.
Pour diminuer la dépense à la charge de l'Etat, l'Administration
admit le principe de la contribution de l'abonné en vue de
l'établissement de la ligne : l'abonné avance une certaine
somme et l'Etat le rembourse en ne lui faisant pas payer ses futures
redevances annuelles.
L'abonnement est moins élevé que celui de la S.G.T.,
il est de 200 Francs pour les réseaux de moins de 200 abonnés
et 150 Francs pour les autres mais contrairement à la S.G.T
qui fournit le poste, les abonnés doivent acheter leurs appareils.
L'Etat installe le poste et fournit les piles et les accessoires moyennant
une redevance supplémentaire de 75 Francs. Pour la même
prestation et pour un réseau de plus de 200 abonnés,
le coût à la S.G.T est donc de 400 Francs et 425 Francs
pour un réseau d'Etat.
l'État qui a certes concédé les réseaux
de certaines villes à l'industrie privée, n'en a pas
pour autant renoncé à ses droits, et décide d'ouvrir
en propre des réseaux téléphoniques dans d'autres
villes, moins peuplées, donc moins favorables à l'essor
du téléphone.
Ainsi, le 1er avril 1883, l'Administration ouvre-t-elle à l'exploitation
téléphonique les réseaux téléphoniques
des villes de Reims et de Roubaix-Tourcoing puis Saint
Quentin le 31 décembre 1883.
De son côté la Société Générale
mettait en service ses derniers réseaux :
- Calais le 1er juillet 1883,
- Rouen le 15 juillet 1883,
- Alger le 26 juillet 1883,
- et Oran le 10 août 1883.
 |
En 1883, larchitecte
du nouvel Hôtel de ville de Paris ouvre un marché
pour linstallation dun service complet de 400 sonneries
électriques dalarme, dun service dincendie
de 45 postes et dun système de 100 porte-voix pour
la correspondance des cabinets.
Charles Mildé remporte la totalité du marché
en proposant dinstaller, au même prix, un service
téléphonique complet à la place des
porte-voix.
Il sassocie alors avec Arthur dArgy qui vient
de mettre au point un microphone à poudre de charbon
et ils déposent ensemble un brevet pour « un nouveau
poste téléphonique à bon marché
»
En 1884, Charles Mildé
a lidée daméliorer légèrement
le microphone dArgy et dépose un brevet à
son seul nom, spoliant alors linventeur
|
Au 1er janvier 1883, la Société
générale des Téléphones comptait 2.692 abonnés
à Paris et 1.500 dans les autres départements.
En septembre de la même année, le nombre total des
abonnés de la Société s'élevait à
4.739, répartis de la manière suivante :
Paris, 2.992; Lyon, 528 ; Marseille, 336 ; Bordeaux, 280; le Havre,
191; Lille, 128; Nantes, 89; Saint-Pierre-lès-Calais,85; Rouen,
62; Oran, 30; Alger,18.
A Rouen, le réseau ne put être établi qu'en 1883.
Une des causes du retard qu'a subi l'établissement définitif
des lignes dans cette ville provient de la difficulté qu'éprouva
la Société à obtenir des propriétaires l'autorisation
de poser les supports sur les toits de leurs immeubles.
Saint-Pierre-les-Calais (Calais-Saint-Pierre depuis la fusion des deux
municipalités), aujourd'hui le premier centre manufacturier du
Pas-de-Calais, est une des villes de France où le téléphone
a pris le plus rapide accroissement.
Au 1er décembre 1883, son réseau téléphonique
comptait 87 abonnés, tandis que Rouen n'en avait à la
même époque que 63 pour une population plus que triple.
Un certain nombre d'installations téléphoniques furent
faites, dans le courant de cette année, chez des propriétaires
d'usines de Paris et des environs qui ont leurs fabriques et leurs maisons
reliées par une ligne téléphonique privée.
Au 31 décembre 1883, la SGT compte 3 039 abonnés.
|
A PARIS, Le plus gros
central, Opéra, a 603 abonnés ; le plus
petit rue Lecourbe en a 50.
les canalisations souterraines : A partir de
1882, le réseau se structure, et ses caractéristiques
techniques se mettent en place.
Borné par les fortifications, le réseau téléphonique
parisien s'organise autour de huit, puis de douze bureaux «
centraux ».
RÉPARTITION DES BUREAUX CENTRAUX de PARIS.
Les chiffres placés au-dessous du nom de chaque bureau
indiquent la classe d'abonnés desservis par ce bureau
;
l'abonné 728-43 sera relié au 43e Jack de la 28e
section du multiple de Saxe ;
l'abonné 1018-24 sera relié au 24e jack de la
18e section du nouveau multiple des Archives
Mais la répartition par
centraux a évolué. Le quartier de l'Opéra
y compris le secteur de la rue Lafayette compte toujours un
fort pourcentage d'abonnés mais le coeur du système
s'est déplacé vers les quartiers industriels et
commerciaux de la rue Etienne Marcel et de la place de la République.
Plus
de détails sur les Réseaux et Centraux manuels.
|
|
Le musée Grévin fut mis
en communication avec le concert de l'Eldorado. Tous les soirs des auditions
téléphoniques théâtrales avaient lieu au
musée.
Plus tard ce musée fut également relié aux théâtres
des Nouveautés et des Variétés. En
1883, l'État qui a certes concédé les réseaux
de certaines villes à l'industrie privée, n'en a pas pour
autant renoncé à ses droits, et décide d'ouvrir
en propre des réseaux téléphoniques dans d'autres
villes, moins peuplées, donc moins favorables à l'essor
du téléphone, mais à des conditions tarifaires
et de services proposés plus avantageuses que ne l'offre la S.G.T
dans les villes concédées.
Ainsi, le 1er avril 1883, l'Administration ouvre-t-elle à l'exploitation
téléphonique les réseaux téléphoniques
des villes de Reims et de Roubaix-Tourcoing !
En juillet 1883, l'hôtel
et la maison de banque de M. le baron de Rothschild, rue
Laffitte, à Paris, furent mis en communication téléphonique
avec le château de Ferrières, une des résidences
du baron Alphonse de Rothschild ,dans le département de
Seine-et-Marne.
Cette installation comprend 90 kilomètres de fils doubles.
A l'aide d'un commutateur spécial, M. de Rothschild peut
communiquer à tous les instants du jour et de la nuit,
de son château de Ferrières, avec tous les abonnés
du réseau de Paris.

C'est le 21 mars 1885 que fut créé la Compagnie
des signaux magnétiques et communications téléphoniques.
Siège à Paris au 51rue Vivienne par Cornéluis
Herz et Adren François Hebrard

Il a été construit un poste à appel magnétique
et à transmetteur microphonique par la Compagnie des signaux
magnétiques et communications téléphoniques.
ce poste a été expérimenté entre les
bureaux de MM. Rothschild frère rue Laffitte et le château
de Ferrières, distance de 38 kilomètres, qui a donné
les résultats les plus satisfaisants.
Ce poste est représenté dans les figures ci dessus.
Le microphone est du système Hughes et chaque poste possède
deux éléments Lalande et Chaperon fixés au
dos des parois latérales de la boîte. Cet appareil
est dune sensibilité excessivement grande. La figure
gauche donne une vue extérieure du poste complet; la figure
droite montre la disposition des organes intérieurs. |
Dans le département de Seine-et-Oise,
12 postes téléphoniques reliaient entre eux les établissements
des grandes fabriques Decauville.
Les fils aboutissent à Petit-Bourg, Évry et Corbeil; de
sorte que les chefs de gare de ces trois localités peuvent prévenir,
par le téléphone, M. Decauville de l'arrivée en
gare de ses marchandises.
Depuis le l° septembre 1883, les grandes compagnies de chemins de
fer de France ont adopté le téléphone comme appareil
avertisseur concurremment avec le télégraphe.
A cette époque, la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest reliait
par une ligne téléphonique ses deux grandes gares de Paris,
Montparnasse et Saint-Lazare.
Des postes téléphoniques dits postes de secours furent
posés à la gare Saint-Lazare, ainsi que dans les stations
de Bois-Colombes et Colombes embranchement.
Le succès qui venait de couronner les efforts de la Société
générale des Téléphones, avait fait comprendre
aux plus incrédules toute la valeur de la nouvelle invention
et l'avenir qui lui était réservé.
Aussi, dans la session ordinaire de 1882, le ministre des postes et
des télégraphes demanda aux Chambres et en obtint un crédit
de 250.000 francs destiné à expérimenter l'exploitation
de réseaux téléphoniques dans certaines villes
de province.
Pour diminuer les dépenses de premier établissement, l'administration
fit participer l'abonné aux frais de construction de la ligne;
voici les bases du régime sous lequel les réseaux de l'État
sont exploités d'après l'arrêté du 1er janvier
1883.
La part contributive de l'abonné aux frais d'installation est
:
Pour les lignes aériennes dans le périmètre de
distribution gratuite des télégrammes par kilomètre
de fil simple de.................................. 150 francs
Pour les lignes souterraines : En câble multiple.............
500 francs, En câble simple............... 900 francs
En dehors du périmètre de distribution gratuite, les fils
sont considérés comme des lignes privées, et soumis
aux règlements spéciaux. Les appareils sont également
fournis par l'abonné.
Ainsi un abonné, relié au bureau central par un fil de
1 kilomètre, aura à payer au moment de la mise en service
de sa ligne :
Pour 1 kilomètre de ligne....... 150 francs
Pour achat d'appareil............. 133 francs
Pour piles et installations........ 75 francs
Soit un total de...................... 300 francs
Juste pour le plaisir de raconter, 1883 est aussi une
date importante pour ce siècle des découvertes :
 |
- Le 24 décembre
1883, lingénieur allemand Paul Nipkow,
alors étudiant à Berlin, réalise pour
la première fois dans une chambre dhôtel
le balayage dune image à laide dun
disque percé de trous : le principe de la télévision
naissait, avant dêtre breveté en 1884.
Se basant sur ce procédé, ainsi que sur les
travaux notamment de Herz, de Marconi
et de Braun (tube cathodique), linventeur écossais
John Baird présente en 1926 son procédé
de réception dimages, quil nomme «
Televisor ».
Le public voit apparaître sur lécran la
première émission télévisée
: le visage de deux ventriloques.
|
Le chant du téléphone. On découvre ce qu'on
appellera plus tard le "larsen" , phénomène
redouté des acousticiens et musiciens.
On désigne ainsi un phénomène
très curieux que plusieurs expérimentateurs ont
déjà signalé, et sur lequel de récentes
observations de M. Deckert, de Vienne, attirent plus particulièrement
l'attention. Il consiste dans ce fait qu'un téléphone
placé dans des conditions déterminées, peut,
en quelque sorte, entretenir sa propre vibration et faire entendre
un son indéfiniment prolongé. Les dispositions à
prendre pour réaliser l'expérience sont très
simples en elles-mêmes, ne demandent qu'un peu de soin et
de bons appareils : un microphone de grande sensibilité
étant mis en court circuit sur sa batterie et le fil primaire
de sa bobine d'induction, on place un téléphone,
de préférence bipolaire, de construction soignée,
en face et à faible distance du microphone. Si, dans ces
conditions, on vient, en soufflant ou en sifflant, à ébranler
la couche d'air qui sépare les deux appareils, le récepteur
téléphonique rend un son qui pourra ne cesser que
lorsque le courant qui actionne le microphone aura pris fin.
Le son émis est assez intense et de hauteur variable, selon
les appareils utilisés; il persiste lorsqu'on intercale
un diaphragme de faible épaisseur; un tube de même
diamètre que l'intervalle le renforce, de même que
l'adjonction de quelques éléments de pile. Avec
des appareils de précision, le téléphone
chante dès qu'on le touche légèrement, ou
même parfois spontanément.
On a donné diverses explications de ce phénomène
: une l'attribue à l'action du courant dont les variations
se traduiraient par des effets calorifiques, puis acoustiques,
la fréquence des vibrations allant en s'affaiblissant ;
une autre en fait une théorie purement acoustique. La plus
plausible et la plus complète de ces théories paraît
être celle qu'en donne M. A.-W. Lamberg; elle repose sur
ce fait connu, que le passage d'un courant constant par un contact
imparfait, mobile et élastique, met en vibration le conducteur
lui-même, qui produit une sorte de bourdonnement : ce serait
le cas du microphone. Pour expliquer le chant du téléphone,
M. Lamberg distingue trois périodes : la première
impulsion part de la membrane du microphone, dont le mouvement
vibratoire est modifié par suite du mouvement de l'atmosphère
ambiante; le contact des charbons devient plus parfait et la résistance
diminuant, le courant primaire acquiert plus d'intensité
: cela se traduit dans la deuxième période par des
courants induits qui influencent le magnétisme du téléphone;
enfin le troisième terme de cette série est le phénomène
acoustique de la vibration de la. colonne d'air qui se trouve
entre les diaphragmes des deux appareils. Entre ces trois moments
il s'exercerait une action réciproque, analogue k celle
qui se produit entre le système inducteur et l'induit d'une
dynamo qui s'amorce et qui tendrait à renforcer le phénomène
jusqu'à son maximum d'intensité.
Quoi qu'il en soit de l'exactitude de ces causes, le chant
du téléphone, ainsi provoqué par le seul
rapprochement convenable des deux principaux organes téléphoniques,
serait susceptible d'être transmis à distance et
deviendrait le sujet d'applications nouvelles très intéressantes
, dont quelques-unes sont déjà brevetées.
|
En 1884, au 31 mars, la S.G.T dessert en tout et pour
tout 11 villes avec un total de 5.079 abonnés en
France+Algérie, dont 3.227 pour Paris.
(Nous parlons bien d'abonnements réels 1 abonnement=1 ligne téléphonique
reliée au central, et non pas du nombre de "postes de toute
nature", notion flatteuse qui permettait de doubler artificiellement
le nombre d'abonnés au téléphone, en comptant les
multiples téléphones souvent branchés en parallèle
sur les lignes... Ces deux notions étant souvent confondues par
erreur dans les divers ouvrages rédigés a postériori).Les
11 villes desservie sont : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes,
Lille, le Havre, Rouen, Saint-Pierre-lès-Galais, Alger et Oran.
En 1884 furent mis en service les réseaux de Halluin, Troyes,
Nancy, Dunkerque et Elbeuf.
La concession accordée à la S.G.T. en 1879 arrivant à
terme en 1884, cette expérience avait pour but de fournir de
précieux renseignements sur l'un ou l'autre mode d'exploitation,
le 19 juin 1884, paraît au Journal Officiel, page 3187, un
Rapport daté du 4 mai 1884 adressé au Président
de la République, sur l'organisation des services des Postes
et des télégraphes avant et depuis l'année 1878.
Ce rapport est chargé de faire le point, notamment sur le développement
téléphonique en France depuis 1879.
Les termes de la nouvelle concession furent consignés dans le
cahier des charges du 18 juillet 1884. Ils reproduisaient les principales
clauses de celui de 1879 :
- La concession est accordée pour cinq ans,
- Le permissionnaire paie à l'Etat, à titre de droit d'usage,
10 % des recettes brutes,
- L'Etat construit et entretient les réseaux aux frais des concessionnaires
et peut à tout moment racheter le matériel de l'entreprise.
De son côté le permissionnaire est chargé de l'introduction
des fils à l'intérieur des immeubles, d'installer les
téléphones chez les souscripteurs, d'assurer le service
téléphonique en installant les centraux et en rémunérant
les techniciens et les demoiselles du téléphone.
Il y est détaillé qu'en seulement une année d'exploitation,
la ville de Reims compte une densité d'abonnés par habitants
supérieure à celle des villes placées sous concession
privée de la S.G.T depuis 4 années. (23 abonnés
pour 10.000 habitants pour Reims) supérieure à la meilleure
densité d'une ville sous concession de la S.G.T (allant de 3
à 22 abonnés pour 10.000 habitants)
En conclusion, en une seule année d'exploitation, l'Administration
des Postes et Télégraphes fait mieux que la S.G.T en 4
années d'exploitation...L'arrêté du 26 juin 1879
est remplacé par l'arrêté du 18 juillet 1884 (BO
P&T 1884 n°20 page 845) autorisant à nouveau l'industrie
privée à demander, à partir du 8 septembre 1884,
une nouvelle autorisation d'exploitation, et fixant le cahier des charges.
Dans la foulée, la seule société privée
qui exploite encore des réseaux téléphoniques en
France, la Société Générale des Téléphones,
parvient à faire renouveler sa concession pour 5 années
de plus.LEtat crée la première ligne importante,
reliant le réseau de la ville de Reims au palais de la
bourse de Paris, quil équipe de cabines téléphoniques.
Jugeant certainement la situation précaire, la S.G.T. diminua
ses investissements. Elle céda à l'Etat le réseau
de Lille et mit en service son dernier réseau à Saint-Etienne
le 15 juillet 1884.Par contre les affaires de l'Etat devenaient florissantes
et en 1884 furent mis en service les réseaux de Halluin, Troyes,
Nancy, Dunkerque et Elbeuf.
Le premier réseau Normand fut celui d'Elbeuf mis en service
le 25 novembre 1884 avec 46 abonnés.
 |
LES CABINES
TÉLÉPHONIQUES
Avant la fin de 1884, on commença l'installation de cabines
téléphoniques publiques à Paris et dans
quelques villes de province.
Ces cabines, qui rendent tant de services, existent actuellement,
à Paris, dans tous les bureaux de postes et télégraphes
et les bureaux centraux de la Société générale
des Téléphones, au nombre de 82 à Paris,
et 77 dans les villes de province. |
Ce service fut ouvert au public le 1er janvier 1885.
Fin 1885, Paris compte 35 cabines enregistrant chacune une trentaine
de communications hebdomadaires
Le régime
de ces communications a été fixé par décret
du 31 décembre 1884, dont voici les termes
|
Le Président de la
République française.
Vu l'article 2 de la loi du 2l mars 1878 ;
Vu la loi du 5 avril 1878;
Sur le rapport du Ministre des Postes et des Télégraphe
;
Décrète :
|
|
Article
premier.
|
Toute personne peut, à
partir des cabines téléphoniques mises par l'Étatà
la disposition du public, correspondre, soit avec une autre personne
placée dans une cabine téléphonique de la
même ville, soit avec un abonné du réseau.
La taxe à percevoir pour l'entrée dans les cabines
publiques est fixée, par cinq minutes de conversation :
A Paris, à 0 fr. 50
Dans toutes les autres localités de France, d'Algérie
et de Tunisie, à 0 fr. 25 |
|
Article 2.
|
|
Des communications téléphoniques
à distance peuvent être mises à la disposition
du public.
Les lignes auxquelles est appliquée cette mesure sont
indiquées par décision ministérielle.
La taxe à percevoir par cinq minutes de conversation
de ville à ville est fixée :
Pour toute distance inférieure à 100 kilomètres,
à 1 franc.
Cette taxe peut être réduite à 50 centimes
lorsque les deux villes entre lesquelles l'échange des
conversations par téléphone a lieu, ont été
classées, par décision du Ministre des Postes
et des Télégraphes, comme faisant partie d'un
seul et môme groupe téléphonique.
Les conditions dans lesquelles cette taxe est perçue,
soit sur la personne qui demande la communication, soit par
moitié sur chacune des deux personnes en correspondance,
et en général toutes les conditions d'exécution
du service sont déterminées par arrêtés
du Ministre des Postes et des Télégraphes.
Fait à Paris, le 31 décembre
1884. Signé : JULES GRÉVY.
Par le Président de la République,
Le Ministre des Postes et des Télégraphes,
Signé : AD. COCHERY.
|
Depuis cette époque toute personne
est admise à communiquer avec n'importe quel abonné au
réseau de Paris aux conditions suivantes :
Les personnes non abonnées au service téléphonique
du Paris, payent une taxe de 50 centimes pour cinq minutes de conversation.
Dans toutes les autres localités de France, d'Algérie
et de Tunisie, 23 centimes.
Le gouvernement délivre aux abonnés de Paris, sur
la présentation de leur contrat, une carte d'abonnement,
dont le prix est de 40 francs par an, et qui leur permet de communiquer
dans tous les bureaux téléphoniques et bureaux de quartiers
de la Société générale des Téléphones
indistinctement.
La Société générale des Téléphones
remet à tous ses abonnés, sur la présentation de
leur contrat d'abonnement, des cartes de communication, leur donnant
droit de communiquer gratuitement dans tous les bureaux de quartiers
de la Société générale des Téléphones,
mais dans ses bureaux seulement.
Chaque abonné a droit à autant de cartes qu'il a d'abonnements.
Les cercles et les établissements publics, tels que cafés,
restaurants, hôtels, etc, abonnés aux réseaux téléphoniques
concédés à l'industrie privée, sont autorisés
à mettre le téléphone à la disposition de
leurs membres ou clients, moyennant le payement d'un abonnement double
de celui qui est fixé par le tarif applicable aux abonnés
ordinaires.
Le deuxième abonnement perçu par le permissionnaire revient
intégralement à l'État.
Le produit des communications par cabine publique est entièrement
acquis à l'État dans les réseaux de l'État
; dans les réseaux de la Société, il se partage
entre l'État et la Société.
Après neuf heures du soir, le public n'était pas admis
toutefois àtéléphoner dans les cabines de Paris;
depuis le 1er avril 1887, un certain nombre de cabines ont été
mises à sa disposition après neuf heures dans les bureaux
suivants :
Toute la nuit : bureau n° 44, rue de Grenelle ;
Jusqu'à minuit : bureau n° 92, rue Boissy-d'Anglas .
...................................... 11, avenue de l'Opéra;
.......................................89, au Grand-Hôtel;
11 heures du soir: bureau n° 5, place de la République;
.......................................17, rue des Halles ;
.......................................26, gare du Nord ;
.......................................33, boni, de l'Hôpital;
.......................................45, av. des Ch.-Elysées
:
.......................................91, boul. Saint-Denis.

1883 - 1885 à NICE
jeudi 14 juin 1883 Le Petit Niçois nous apprend
quune entreprise de la ville vient d'installer un téléphone,
qui serait le troisième à Nice.
À noter quil sagit encore de liaisons point à
point et que, dun poste dappel, on ne peut joindre que le
seul correspondant auquel le câble vous relie.
« Téléphones. Un troisième téléphone
a été établi hier à. Nice.
Cest la Société générale de transports
qui la fait établir pour mettre en communication ses bureaux
de la rue Gubernatis avec ses remises situées au quartier Riquier.
On sait quil existait déjà deux téléphones
dans notre ville : lun entre la Caisse de Crédit et la
Villa de M. Sicard à Saint-Jean ; lautre entre le Théâtre
Français et le café de la Maison Dorée. »
Un autre article du Petit Niçois paru le 6 mars 1885 écrit
« Téléphone. À la suite dune
démarche auprès de M. le ministre des postes et télégraphes,
des avantages plus sérieux viennent dêtre accordés
à notre ville pour létablissement dun réseau
téléphonique. M. Cochery persiste toujours il est
vrai à refuser une exploitation quelconque des téléphones,
exploitation quil ne saurait concéder à une cité
sans être immédiatement assiégé de demandes
analogues, mais il consent, en faveur de Nice, à une nouvelle
réduction dans le chiffre des abonnements pour commencer les
travaux.
Ce chiffre, qui avait déjà été réduit
à 80 au lieu de 200, se trouve maintenant fixé à
50. Dans ces conditions excellentes nous espérons que nos concitoyens
sempresseront de profiter des faveurs accordées par le
gouvernement à la ville de Nice et que prochainement fonctionnera
parmi nous cet utile et rapide moyen de communication. »1885
L'affaire de contrefaçon de 1882 intentée par la SGT
refait surface.
Les avocats de la SGT produisent un document pour instruire le futur
procès ( à lire dans la lumière électrique
du 21 mars 1885), pour Louis Maiche la conclusion est sans appel "Ce
parleur de M.Maiche reproduit tous les caractères distinctifs
du système Edison"; L.Maiche ne peut pas luter contre la
mauvaise foi de la puissante et souveraine SGT. Et c'est pareil pour
les autres sociétés poursuivies : La Société
anonyme Maison Bréguet; Lenczewski, ... Bert et D'Arsonval, d'Argy,
Mildé ....
Cela entraina la faillite de Locht Labye ainsi que d'autres constructeurs.
1885 Avec la constructions des appareils télégraphiques
et des progrès ininterrompus, les lignes aériennes
n'avaient pas évoluées depuis plus de trente ans sous
le règne des télégraphes jusqu'à ce que
Lazare Weiller, Ingénieur chercheur et inventeur se livre
dans l'atelier de son usine à des expériences sur la conductivité
de l'électricité par les métaux et lorsqu'il est
à Paris, travaille dans un laboratoire du Collège de France.
Il met au point un alliage qu'il nomme "bronze siliceux" ou
"bronze phosphoreux" et qui allait révolutionner le
transport du courant électrique car le bronze siliceux est
bien plus avantageux sur tous les plans pour construire nos réseaux
téléphoniques.
On peut lire l'étude de 1885 "Construction
des réseaux électriques aériens en fils de bronze
siliceux" de Vivarez, Henry.
1885 Conformément aux conventions passées entre
le ministre des postes et télégraphes et la Société
générale des Téléphones, les abonnés
du réseau téléphonique de Paris pourront prochainement
expédier et recevoir leurs dépêches télégraphiques
par le téléphone. A cet effet, on procède actuellement
à l'établissement, dans le bureau télégraphique
central de la rue de Grenelle-Saint-Germain, d'un service téléphonique
qui fonctionnera de jour et de nuit.
Les télégrammes échangés dans ces conditions,,
seront soumis à la taxe du tarif en vigueur ; mais les abonnés
qui voudront profiter de cette nouvelle mesure, devront contracter un
abonnement supplémentaire, dont le ministre a fixé le
montant à la somme de 50 francs par an.
Toujours en 1885 , en revenant du Portugal où il a effectué
des expériences à grande distance, M. Van Rysselbergh
a eu une entrevue avec M. Cochery au sujet de l'installation
des communications téléphoniques entre Rouen et le Havre,
Les travaux sont déjà commencés dans les bureaux
télégraphiques de ces deux villes et, d'ici peu de temps,
les abonnés des réseaux pourront correspondre entre eux,
comme le font déjà ceux d'Anvers et de Bruxelles.1885
Le gouvernement s'occupa de la réception et de la transmission
des dépêches télégraphiques par téléphones.
Conformément à une convention passée entre le Ministre
des Postes et des Télégraphes et la Société
générale des Téléphones, depuis le 15 février
1885, les abonnés du réseau téléphonique
de Paris peuvent expédier et recevoir leurs dépêches
télégraphiques par le téléphone. Un service
téléphonique qui fonctionne de nuit et de jour est établi
à cet effet dans le bureau télégraphique central
de la rue de Grenelle.
Les télégrammes échangés dans ces conditions
sont soumis à la taxe du tarif en vigueur ; mais les abonnés
qui veulent profiter de cette mesure doivent contracter un abonnement
supplémentaire, dont le montant fixé par le ministre,
est de 50 francs par an.
Le texte des dépêches adressées aux abonnés
de ce service doit être précédé du mot :
TÉLÉPHONE.
Toute dépêche téléphonée est en même
temps confirmée par écrit par le service ordinaire des
tubes pneumatiques.
La Société générale des Téléphones,
étant responsable vis-à-vis de l'État de l'acquittement
des taxes à percevoir pour les dépêches transmises
par téléphone, peut exiger que chaque abonné à
ce service spécial lui constitue une provision eu rapport avec
l'usage qu'il compte en faire.
Les dépêches en langues étrangères ne peuvent
être transmises par téléphone.
L'administration supérieure a pris les dispositions suivantes
concernant la façon d'utiliser les bons de réponses payées
dans le cas des télégrammes téléphonés
à domicile :
1° L'autorisation de conserver et utiliser les bons de réponse
sera donnée au receveur du bureau n° 44, au lieu et place
des agents de la Société.
2° Toute dépêche avec réponse payée,
restituée au poste central après avoir été
transmise par téléphone à l'abonné, sera
envoyée au bureau n° 44.
3° Le bureau n° 44 établira le bon de réponse
dans tous les cas de dépêches téléphonées,
le conservera s'il en a l'autorisation, et l'appliquera eh établissant
les taxes à un télégramme expédié
par le bénéficiaire
du bon.
4° Si l'autorisation n'a pas été donnée, le
bon sera inséré dans le télégramme à
expédier par les tubes au destinataire. Sur l'adresse du télégramme
et sur le reçu, il sera fait mention de l'envoi du bon.
Nota. L'abonnement annuel de 50 francs, mentionné ci-dessus,
donne, en même temps, le droit d'user du service des communications
interurbaines, c'est-à-dire de communiquer avec tous les réseaux
téléphoniques reliés ou à relier à
celui de Paris, dans les conditions prévues par l'arrêté
ministériel du 2 février 1887.
Par suite de cette convention, il fut décidé que la transmission
des télégrammes par téléphone pourrait être
faite clans plusieurs villes, notamment à Bordeaux et à
Marseille. Il fut décidé, en outre, que des cabines téléphoniques
publiques seraient placées dans certains bureaux des postes et
télégraphes de ces villes. En 1885, l'Administration
ouvre la première liaison grande distance entre Rouen
et Le Havre En 1885 Edouard ESTAUNIÉ
ingénieur des télégraphes, réalise avec
son collègue Émile Brylinski le premier dispositif permettant
de mesurer les courants électriques dans les lignes téléphoniques.
Ce système obtiendra une médaille de bronze à l'Exposition
Universelle de Paris en 1889.
À partir des Tableaux Monocordes puis Dicordes à Batterie
Locale, la fabrication se normalise. On les appelle usuellement les
Tableaux Standards à Batterie Locale. Les Tableaux Standards
à Batterie Locale sont fabriqués pour 10, 25, 50, 100
voire 200 abonnés...
Lorsque l'on dépassait ce nombre d'abonnés, l'on pouvait,
sans trop de gêne pour l'Opératrice "du meuble",
en accoler un second contre le premier, étant donné que
les cordons avaient une longueur suffisante pour raccorder deux abonnés
de deux meubles différents.
Il n'en allait pas de même dans les grandes villes, où
l'on se heurtait au nombre élevé d'abonnés rattachés
à un seul Central Téléphonique... Ce qui amenait
à accoler un nombre élevé de Tableaux Standards
au fur et à mesure de l'accroissement du nombre de lignes d'abonnés...
Pour contourner cette difficulté, il était nécessaire
de créer entre les différents meubles, des lignes auxiliaires,
sorte d'intermédiaires électriques disponibles entre deux
meubles...
Du coup, deux Opératrices étaient désormais nécessaires
pour établir une conversation entre deux abonnés rattachés
au même Central Téléphonique mais sur des meubles
éloignés... Ce qui nécessitait plus de personnel,
plus de manuvres, plus de délai pour établissement
de la conversation et plus de risques d'erreurs...
Ce sont dans les grandes villes (Paris ou Marseille, par exemple) que
le travail d'Opératrice s'avère alors le plus pénible,
le plus stressant, le plus usant... N'est pas Opératrice pendant
plusieurs années qui le veut, mais qui le peut...
Parfois, aux heures les plus chargées, plus aucune ligne auxiliaire
entre certains meubles d'un même Central Téléphonique
n'était disponible, et il était nécessaire de différer
les appels, source de limitation et de fort mécontentement des
usagers...
Avec l'expérience, il a été constaté qu'au
delà de 500 abonnés, l'exploitation des Tableaux ainsi
regroupés devenait particulièrement lourde et pénible
pour les Opératrices. Il était donc nécessaire,
pour les grandes villes de trouver de nouveaux procédés
de Commutation...C'est en 1883 que la Western Electric Company invente
une technique révolutionnaire : le Multiplage.
Le Multiplage est un mode de conception et de raccordement qui permet
de créer un Tableau pouvant regrouper et commuter jusqu'à
10.000 abonnés !
Sans aucun intermédiaire, une Opératrice peut désormais
relier chaque abonné demandeur de sa section avec n'importe quel
abonné demandé du même Tableau Multiple, directement,
sans aucun intermédiaire.
Cette évolution majeure va autoriser l'amélioration de
l'exploitation téléphonique manuelle dans les grandes
villes, pour un certain temps.
Les premiers Commutateurs Multiples, construits à partir de 1885,
sont des Commutateurs Multiples en Série, à Batterie Locale.
Un Commutateur Multiple en Série est donc un Commutateur de grande
capacité, qui est exploité par plusieurs Opératrices
simultanément.
Mais comme pour un Commutateur de petite capacité, une Opératrice
ne s'occupe que de 100 ou 200 abonnés...
Chaque Opératrice est donc en charge de "ses" abonnés,
sur la partie du meuble qu'elle exploite.
Pour "ses" abonnés dont elle est en charge, l'Opératrice
dispose sur sa partie de meuble d'un Jack dédié à
chaque abonné, comme pour les centres de petite capacité.
Mais dans un Centre de grande capacité, chaque Opératrice
dispose en plus de Jacks Généraux et d'un nombre de clefs
de manuvres suffisant qui lui permettent de joindre, pour "ses"
abonnés demandeurs n'importe quel abonné demandé
de ce même Central, directement, sans avoir besoin de faire appel
à une seconde Opératrice intermédiaire.
Cette solution, qui sera déployée dans le monde à
partir de 1885 permettra une meilleure exploitation téléphonique
dans les grandes villes, et de moins pénibles conditions de travail
pour les Opératrices.
De surcroît les Commutateurs Multiples en Série à
Batterie Locale les plus récents voient leurs Annonciateurs à
volet basculant remplacés par des ampoules à incandescence,
qui en s'allumant signalent à l'Opératrice que tel ou
tel abonné demandeur souhaite joindre le Central, et s'éteignent
lorsque les conversations téléphoniques sont terminées
et que les abonnés demandeurs ont renvoyé un appui sur
le bouton d'appel ou un tour de manivelle.
L'opératrice n'a désormais plus à relever physiquement
le volet basculant à la fin de chaque conversation, ce qui permet
une économie de gestes pour l'Opératrice.
En revanche, les Commutateurs Multiples en Série, s'ils offrent
une réelle amélioration dans l'exploitation téléphonique,
sont porteurs de certains défauts de conception.
En effet, avant d'utiliser un Jack Général, il est d'abord
nécessaire d'effectuer un test d'occupation, pour savoir si un
Jack Général est libre ou déjà occupé
par une conversation en cours.
Ce test se fait par le deuxième fil de l'abonné (fil b)
au moyen d'une seule et même pile de test commune à tout
le bureau.
Or, en cas de mauvais isolement de certains abonnés, le résultat
des tests s'en trouve souvent faussé, ce qui entraîne des
erreurs d'exploitation et des fausses manuvres par les Opératrices
ainsi induites en erreur.
De plus, les Commutateurs Multiples en Série souffrent de câblages
et de contacts très nombreux, très complexes, ce qui entraîne
beaucoup de temps perdu dans la maintenance et la recherche des pannes.
Enfin, leur défaut majeur réside dans le fait qu'en cas
d'extension nécessaire, lorsque l'on souhaite rajouter un ou
plusieurs meubles dans le Commutateur Multiple en Série déjà
en service, il faut obligatoirement couper l'ensemble des lignes générales,
pendant toute la durée des travaux, ce qui rend le Commutateur
Multiple en Série à peu près inutilisable jusqu'à
la fin de tout travail d'extension...
Affublés de ces défauts, les Commutateurs Multiples en
Série sont remplacés à partir de 1892 aux USA par
de nouveaux Commutateurs Multiples en Parallèle
LES COMMUNICATIONS INTERURBAINES
C'est aussi en 1885, que le gouvernement entreprit l'établissement
des lignes téléphoniques interurbaines.
Le 16 janvier de cette année, deux communications à longue
distance furent mises à la disposition du public entre Rouen
et le Havre (192 kilomètres).
Les abonnés du réseau téléphonique de ces
deux villes peuvent correspondre entre eux à partir de leur domicile,
en payant une taxe de 1 franc par cinq minutes de conversation.
Entre Auxerre et Clamecy, sur le canal de l'Yonne, une installation
téléphonique établie par l'administration des ponts
et chaussées, avec des appareils du système Ader, relie,
entre elles, toutes les écluses sur une longueur de 63 kilomètres.
40 postes fonctionnent parfaitement bien depuis 1883.
Du reste, depuis 1882, la direction technique des télégraphes,
des départements du Nord et du Pas-de-Calais, avait appliqué
ce système de communication aux canaux de ces deux départements.
Aux mines d'Anzin, une installation analogue de 38 postes téléphoniques,
faite par la Société générale des Téléphones,
en 1883, relie toutes les gares de la Compagnie et toutes les fosses
de la région. En
janvier 1886, le nombre total des abonnés, en France, était
de 7.173. répartis sur 22 réseaux.
Onze de ces réseaux, exploités par la Société
générale des Téléphones, formaient un total
de 6.180 abonnés.
A cette époque l'État fit construire des lignes téléphoniques
entre Paris et Reims, Rouen et le Havre, Lille et Roubaix-Tourcoing.
En juillet de la même année le téléphone
fut substitué au télégraphe pour relier les différentes
stations du chemin de fer à voie étroite de Vahnondois
(Aisne)
Le 24 février 1887, à huit heures du matin, a été
inauguré le service de la correspondance téléphonique
entre Paris et Bruxelles.
La distance est de 333 kilomètres.
A la Bourse de Paris, le public a l'usage de deux cabines dont l'une
est affectée aux communications d'une façon permanente.
A Bruxelles, une cabine accessible jour et nuit est installée
au bureau du dépôt des télégrammes. Une seconde
cabine, établie près de la grande salle des réunions,
est ouverte au service pendant les heures de la Bourse seulement.
Extrait du journal La Nature, n°714 du 21 février 1887
:
Samedi dernier, 29 janvier, a
eu lieu linauguration officielle de la ligne téléphonique
de Paris à Bruxelles. Toutes les personnes invitées
à cette cérémonie ont été vivement
frappées de la netteté et de la clarté des
communications. On a mis aussi à létude les
moyens à adopter pour
relier la ligne aux postes dabonnés des deux réseaux
ce qui lui donnerait une valeur considérable. On a également
essayé, la semaine dernière, de transmettre à
Bruxelles la musique de lOpéra de Paris ; lexpérience
a bien réussi et Sa Majesté la Reine a pu entendre
de son palais tout un acte de Faust. Actuellement la ligne relie
deux cabines respectivement placées dans les bourses des
deux capitales. Elle est aérienne sur tout son parcours,
sauf dans lintérieur de Paris, depuis la porte de
la Villette jusquà la Bourse ; dans cette partie
elle est faite suivant le système Fortin Hermann, qui,
comme on le sait, supprime les effets de retardation présentés
par les lignes souterraines ordinaires et place celles-ci dans
des conditions analogues à des fils aériens. La
ligne comprend deux fils, aller et retour, de bronze siliceux
de 3 millimètres de diamètre, se croisant à
chaque poteau. Cest à cette disposition, ainsi quà
lemploi dun métal de haute conductibilité,
quest due la netteté de la transmission. Les appareils
placés dans les cabines des deux bourses, sont ceux qui
sont employés dans tous les postes dabonnés
; on nà pas eu besoin davoir recours à
des téléphones très sensibles, comme sur
la ligne de Paris à Reims. |
Quelques mois plus tard, un second article
nous en dévoile les aspects techniques La Nature, n°756 du
26 novembre 1887 :
Il y a aujourdhui neuf
mois que louverture du service téléphonique
de Paris à Bruxelles a eu lieu : les résultats obtenus
ont dépassé les espérances, et lencombrement
de cette ligne est devenu tel à certaines heures de la
journée, quil a fallu songer à doubler le
service en établissant une seconde ligne dont la construction,
est, ou va être terminée. Nous croyons donc intéressant
de résumer les conditions dinstallation techniques
qui ont permis de réaliser effectivement ces communications,
et dutiliser la ligne aux communications télégraphiques
et téléphoniques simultanées. Disons tout
dabord que la netteté des transmissions téléphoniques
entre Paris et Bruxelles nemprunte absolument rien aux vertus
particulières des transmetteurs et récepteurs téléphoniques
employés. Tous les microphones et téléphones
expérimentés ont donné sensiblement les mêmes
résultats satisfaisants. La facilité relative des
transmissions tient simplement à la nature de la ligne,
à double fil, en bronze phosphoreux ou siliceux de très
grande conductibilité et aérienne, dans la plus
grande partie de sa longueur qui est de 320 km, soit 640 km de
fil total. Cette ligne comporte trois tronçons distincts,
lun en bronze phosphoreux, le deuxième en bronze
siliceux, le troisième en câbles enfermés,
système Fortin-Hermann, de la Chapelle à la Bourse
de Paris. La résistance totale de la ligne ne dépasse
pas 1 600 ohms, ce qui, joint à lemploi du double
fil contribue à assurer une excellente transmission téléphonique.
La ligne est anti-inductée par un croisement des deux fils
à chaque poteau ; ils se substituent lun à
lautre dans le prolongement de chaque ligne et égalisent
les effets dinduction des nombreux fils télégraphiques
parallèles voisins par une succession de boucles dans lesquelles
ces effets dinduction étant égaux et de signes
contraires, sannulent à peu près complètement.

Les appareils employés à Paris sont des microphones
dArsonval avec des récepteurs dArsonval ou
Aubry. À Bruxelles on fait usage des microphones Berliner
ou Dejongh avec des récepteurs Bell. Les piles qui desservent
le circuit microphonique (les deux postes fonctionnent avec des
bobines dinduction) sont à Paris, les éléments
de Lalande et Chaperon ; à Bruxelles des piles Leclanché,
modèle à sac de M. Warnon.
Les combinaisons des circuits assez complexes exigés aux
deux bureaux où aboutissent les lignes, Bourse de Paris
et Bourse de Bruxelles, sont toutes faites à partir dun
tableau général. La figure montre les dispositions
densemble de ce tableau pour le poste de la Bourse de Paris
: toutes les communications des circuits entre eux sétablissent
à laide de crochet Sieur, dont la manuvre est
très rapide et qui donnent des contacts très sûrs. |
Une seconde ligne téléphonique directe, de Paris
à Bruxelles, a été ouverte au public le 13 mars
1888.
Le nombre des cabines aux Bourses des deux villes a été
doublé.
Aux termes d'une convention établie entre les gouvernements français
et belge, le tarif d'abonnement des correspondances téléphoniques
entre Paris et Bruxelles est établi ainsi qu'il suit :
Mensuellement, pour un usage quotidien
de 10 minutes consécutives ou moins........ 100 fr.
plus de 10 minutes jusqu'à 20 minutes........200 fr.
plus de 20 minutes jusqu'à 30 minutes....... 300 fr.
plus de 30 minutes jusqu'à 40 minutes....... 400 fr.
plus de 40 minutes jusqu'à 60 minutes ...... 300 fr.
plus de 60 minutes jusqu'à 70 minutes....... 530 fr.
plus de 70 minutes jusqu'à 80 minutes....... 600 fr.
et ainsi de suite en augmentant de 30 francs par période de 10
minutes.
Voici le régime des abonnements :
Les correspondances de plus de 10 minutes s'opèrent en une ou
plusieurs séances de 10 minutes au maximum; la communication
n'est maintenue à l'expiration de chaque période de cette
durée que s'il n'y a aucune autre demande en instance. Le montant
des taxes est perçu par anticipation.
La durée de l'abonnement est d'un mois au moins; elle se prolonge
de mois en mois par tacite reconduction. L'abonnement peut être
résilié de part et d'autre moyennant avis donné
quelques jours à l'avance.
Il n'est fait aucun décompte de taxe à raison d'une interruption
de service d'une durée de 2 heures au moins. Passé ce
délai de 24 heures, il est remboursé à l'abonné,
pour chaque période nouvelle de 24 heures d'interruption, un
trentième du montant mensuel de l'abonnement.
Jusqu'à disposition contraire à concerter entre les administrations
des postes et télégraphes, les correspondances du régime
de l'abonnement ne sont point admises durant les heures de la tenue
des Bourses de Bruxelles et de Paris.
Les communications d'État jouissent de la priorité attribuée
aux télégrammes d'État.
La date de la mise en vigueur du régime d'abonnement n'est pas
encore fixée.
Voici les documents officiels concernant ce nouveau service :
RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE MINISTÈRE DES POSTES ET DES TÉLÉGRAPHES
Le Président de
la République,
Vu l'article 2 de la loi du 21 mars 1878 ;
Vu la loi du 5 avril 1878;
Vu l'article 17 de la convention télégraphique
internationale de Saint-Pétersbourg et l'article
67 du règlement de service annexé à
cette convention et révisé à Berlin
;
Décrète : |
| Article premier. |
| La taxe à percevoir
pour les communications téléphoniques entre
Paris et Bruxelles est fixée à 3 francs
par cinq minutes de conversation |
|
Article
2.
|
| Les produits de ces taxes
seront répartis entre la France et la Belgique
dans la proportion déterminée, pour le partage
des produits des taxes télégraphiques, par
l'arrangement conclu entre les deux pays à la date
du 22 juin 1886. |
|
Signé
: JULES GRÉVY
Par le Président de la République,
le Ministre des Postes et Télégraphes.
Signé : F. GRANET.
Pour ampliation :
Par le Chef de bureau du Personnel.
Signé : LEROY
|
REPUBLIQUE FRANÇAISE
MINISTÈRE DES POSTES ET DES TÉLÉGRAPHES
Le Ministre des Postes et des Télégraphes,
Vu le règlement de service arrêté,
en exécution de l'article 9, de la convention internationale,
le 1er décembre 1886;
Vu l'article h de ce règlement;
Arrête : |
|
Article
premier.
|
| Les abonnés au
réseau téléphonique de Paris, qui
en feront la demande au Ministre, pourront être
autorisés à communiquer avec Bruxelles à
partir de leurs domiciles. |
|
Article
2.
|
| Les modifications qu'il
pourrait être nécessaire d'apporter aux postes
téléphoniques de ces abonnés seront
faites par les soins de la Société concessionnaire
du réseau de Paris aux frais des abonnés. |
|
Article
3
|
| La liste de ces abonnés
sera tenue au bureau de lu Bourse et un compte sera ouvert
à chacun d'eux. |
|
Article
4
|
|
Chacun
de ces abonnés devra verser une provision de
soixante francs (60 francs) représentant vingt
communications de cinq minutes sur laquelle sera prélevé
le montant des taxes à percevoir pour les communications
données avec Bruxelles.
|
|
Dès
que ces prélèvements auront réduit
la provision d'un abonné à 20 francs ou
au-dessous, cet abonné sera invité à
compléter sa provision normale de 60 francs.
Il est interdit aux agents des cabines d'accorder des
communications aux abonnés dont la provision
serait épuisée.
|
|
Article
5.
|
|
Les conditions
applicables à ces communications seront celles
qui sont en vigueur pour les conversations échangées
à partir de la cabine de la Bourse, c'est-à-dire
que les cinq minutes de conversation commenceront à
partir du moment où les deux correspondants sont
mis en relation effective.
|
|
Article
6.
|
| Le présent arrêté
sera déposé au cabinet du Ministre bureau
du Personnel) pour être notifié à
qui de droit. |
|
Fait
à Paris, le 23 février 1887.
Signé : F. GRANET.
|
|
CONSTRUCTION DE LA LIGNE DE PARIS A MARSEILLE
Nous donnons ci-après la description de l'installation de la
ligne téléphonique qui relie Paris à Marseille.
En raison des distances considérables que l'on est parvenu à
franchir, cette ligne fait, en quelque sorte, époque dans l'histoire
de la téléphonie.
Le lecteur aura ainsi un aperçu de la construction des
lignes téléphoniques interurbaines.
De la Bourse de Paris, elle est souterraine jusqu'à la gare de
Vincennes, place de la Bastille; elle devient aérienne sur le
reste du parcours. Elle suit le chemin de fer de Vincennes jusqu'à
la ligne de Grande Ceinture, par laquelle elle rejoint le chemin de
fer de Paris à Mulhouse.
Elle quitte cette ligne à Troyes, et va rejoindre, à Dijon,
la ligne de Marseille.
Son développement est. en chiffres ronds, y compris les croisements,
changements, etc., de 1.000 kilomètres, soit pour le circuit
complet, de 2.000 kilomètres.
S'écartant quelque peu de la ligne principale de Paris à
Marseille, les fils téléphoniques passent par Troyes,
Dijon, Arles, Marseille. Ils sont en cuivre de haute conductibilité.
Leur diamètre est de 4,Smm. Le poids est d'environ 146 kilogrammes
par kilomètre et le prix de 2 fr. 30 le kilogramme.
La construction de la ligne téléphonique de Paris à
Marseille a coûté près d'un million.
La longueur moyenne des couronnes est de 200 mètres.
Le raccordement s'opère suivant le mode de jonction adopté
pour les lignes télégraphiques, à l'aide de manchons
et non de ligatures, le tout recouvert d'une soudure spéciale.
Il se trouve donc une soudure tous les 200 mètres de fil courant
; il faut ajouter à ce nombre considérable de points de
jonction, les soudures placées aux croisements des conducteurs,
supérieurs et inférieurs.
Les conducteurs placés en tète des appuis, sont posés
ainsi : le premier fait face à la voie, le second est fixé
du côté opposé à 50 centimètres au-dessous
de l'autre. En ligne, c'est-à-dire hors des villes et en libre
parcours, ils sont alternés de kilomètre en kilomètre,
pour l'atténuation des effets d'induction.
Sur certains points où les dispositions du réseau ordinaire
le permettent, les croisements n'ont été faits que de
deux en deux kilomètres. Ce cas se présente pour quelques
départements. Par contre, à proximité des grandes
nappes de fils des lignes principales des départements du Rhône
ou des Bouches du-Rhône, l'alternat des fils de bronze se trouve
beaucoup plus rapproché.
Pour la traversée de certains tunnels qu'il n'était pas
possible d'éviter, on a raccordé les sections aériennes
à l'aide de câbles du type Fortin-Hermann, composés
de fils de cuivre de haute conductibilité, enfilés séparément
dans des chapelets de petits cylindres en bois paraffiné, puis
tordus ensemble au nombre de six, permettant d'établir deux autres
circuits téléphoniques. La torsade entière est
contenue dans un tube de plomb très épais, dont les sections
sont réunies à l'aide de manchons spéciaux
 |
On a enfin,
il n'est fait usage comme supports, et pour assurer un
isolement parfait, que d'isolateurs grand modèle
double cloche. adopté la disposition suivante :
soit A l'appui, B le fil supérieur placé
face à la voie, C le fil inférieur regardant
l'extérieur de la voie. On place en avant du poteau
un isolateur double aa' ; puis toujours en avant, un isolateur
simple b à 0,25m au dessous du précédent. |
On fixe en arrière du
poteau un second isolateur simple V à la hauteur de b
et, à 0,25m au-dessous de lui, un isolateur double cc'
séparé ainsi verticalement du premier support
aa' par une distance de 0,20m. Le fil supérieur antérieur
Best arrêté, comme il est dit plus loin, sur l'isolateur
a, passe sur l'isolateur b et de là sur le fil inférieur
postérieur C'. Inversement, le fil B' supérieur
descend en arrière du poteau sur le support postérieur
b' et se rattache en c au fil postérieur inférieur
C..
Les figures ci contre montrent le mode de raccord par manchons
employés dans la construction des lignes en fil de bronze.
|
 |
Manchon de ligne
Les deux brins passent dans le manchon et,
au lieu de se couder simplement sur une longueur de quelques
millimètres, le dépassent de chaque côté
de plusieurs centimètres. Les fils de bronze devenant
aigres et cassants quand ils sont
chauffés et refroidis trop vivement, ce qui peut
se produire lors de la confection des manchons, pour éviter
une rupture du crochet et, par suite, du fil, on roule,
à droite et à gauche sur le fil opposé,
les brins laissés en excédent (fig. 118).
Le tout est noyé dans la soudure. Le manchon viendrait-il
à se rompre, les torsades se serrent en glissant
l'une vers l'autre et la communication n'est pas interrompue.
 |
Manchon de croisement.
-
- Les deux fils traversent le manchon et se recouvrent comme
ci-dessus. Mais, en outre, un fil de bronze de 1 millimètre
de diamètre passe entre les brins principaux et s'enroule
ensuite d'un côté sur le fil de ligne, de l'autre
sur la tringle de croisement. Le tout, d'une grande solidité,
est noyé ensuite dans la soudure.
|
Ainsi établie, la ligne offre
une résistance électrique moyenne de 1.08 ohm par kilomètre
L'oeuvre des ambulances urbaines a décidé,
au commencement de 1887, d'employer le téléphone pour
mettre l'hôpital Saint-Louis, où est établi le premier
poste de secours, en communication avec les postes avertisseurs destinés
à signaler les accidents et à demander des secours. Ces
postes, au nombre de vingt-neuf, pour le moment, sont placés
chez les pharmaciens et dans les bureaux de police et reliés
par des lignes souterraines spéciales : ils fonctionnent actuellement
et rendent les plus grands services.
Au Havre, les grands paquebots sont souvent obligés de rester
plusieurs heures en rade en attendant l'heure de la marée pour
pouvoir entrer, et lorsqu'ils arrivent pendant la nuit ou par un temps
brumeux, il est impossible de les signaler à la Compagnie Transatlantique,
qui ne peut, par conséquent, prendre les dépêches
ou les passagers.
Aussi cette Compagnie a fait relier téléphoniquement,
en 1888, la rade du Havre avec la ville et, par suite, avec Paris, puisqu'il
existe déjà une communication téléphonique
entre les deux villes.
La Compagnie a mouillé en rade une bouée téléphonique
de forme cylindro-conique, qui est reliée par un câble
avec la terre.
Tous les grands bateaux de la Compagnie étant pourvus d'une installation
téléphonique, il suffit de relier le téléphone
à bord avec la bouée.
Le nombre des abonnés reliés aux différents réseaux
de la Société générale des Téléphones
était :
1880 de 537 en 1881 -- 1 893
1882 -- 3 519 en 1883 -- 4 804
1884 -- 5 636 en 1885 -- 5 694
1886 -- 6 748 en 1887 -- 7 588
1888 -- 8 549
répartis dans onze réseaux.
La Société générale des Téléphones
paye à l'État une redevance de 10 % sur les recettes brutes
de tous les réseaux qu'elle possède en France. Elle paye
également, à la ville de Paris, un droit de passage des
fils téléphoniques dans les égouts, qui est calculé
à tant par mètre de fil. Ce droit augmente dans la même
proportion que la longueur des câbles.
Les redevances payées à l'État et à la ville
de Paris se sont élevées pour
1879 à la somme de fr. . .2.424.70
1880 ............................16.082.30
1881.............................79.463.72
1882...........................277.502.94
1883...........................417.384.19
1884...........................523.637.06
1885...........................543.718.46
1886...........................659.324.99
1887...........................717.804.23
1888...........................813.415.92
Pendant la période de 1880 à 1888, l'État a reçu
pour prélèvements divers........ 3.729.422 fr. 47En
1887, arrive la première liaison internationale entre Paris
et Bruxelles. Il en coute une taxe de 3 Francs pour cinq minutes de
conversation. 1888En octobre
1888, le gouvernement, préoccupé d'assurer l'extension
des communications téléphoniques, étudie une combinaison
nouvelle.
Cette combinaison est destinée à permettre l'établissement
de réseaux téléphoniques dans les villes qui n'en
sont pas encore dotées, sans obliger l'État à immobiliser
un capital, et à lui assurer en outre, au bout d'un petit nombre
d'années, sans qu'il ait eu à s'exposer à aucun
risque ni à supporter aucune charge, la valeur importante que
représente un réseau téléphonique.
Elle fit l'objet d'un projet de loi qui fut voté par les deux
Chambres et promulgué le 22 décembre 1888.
Voici la convention passée entre l'État et la ville de
Limoges, qui doit servir de base à l'établissement de
tous les réseaux urbains
Entre les soussignés :
M. le Directeur général des Postes et des Télégraphes,
agissant au nom et pour le compte de l'État, sous la réserve
de l'approbation de II. Le Ministre des Finances, d'une part,
Et M. Fourneau (Léon), chevalier de la Légion d'honneur,
adjoint, agissant aux lieu et place de M. Tarrade (Adrien), maire,
absent, au nom et pour le compte de la ville de Limoges, en vertu
d'une délibération du conseil municipal en date
du dix octobre mil huit cent quatre-vingt-huit, d'autre part,
il a été convenu et stipulé ce qui suit : |
|
Article
premier.
|
Un réseau téléphonique
sera établi par les soins de l'administration des Postes
et Télégraphes pour l'usage des habitants de la
ville de Limoges, dans un délai de quatre mois à
partir du jour où le présent traité sera
devenu définitif.
La ville de Limoges avancera à l'État :
1° Toutes les dépenses de premier établissement;
2° Les frais d'entretien et d'exploitation du réseau.
Celle double obligation prendra fin lorsque la Ville sera remboursée
de ses avances, en exécution des articles 3 et 4 ci-après. |
|
Article
2.
|
Les dépenses d'établissement
afférentes à la construction et à l'installation
du poste central téléphonique et des appuis nécessaires
pour recevoir quatre cents fils sont fixées à forfait
à la somme de dix-huit mille quatre cent cinquante-sept
francs (18.457 fr.).
Celles afférentes à la construction des lignes sont
fixées à cent cinquante francs (150 fr.) par kilomètre
de fil.
Les sommes avancées à titre de dépenses d'établissement
seront versées avant l'exécution des travaux.
Les frais d'entretien seront calculés à raison de
vingt francs (20 fr.) par an et par kilomètre de fil.
Les frais d'exploitation seront calculés à raison
de deux mille francs (2.000 fr.) par an et par cinquante abonnés
ou fraction de cinquante abonnés, et d'une somme complémentaire
de mille francs (1.000 fr.) par an et par vingt-cinq abonnés
on fraction de vingt-cinq abonnes en plus des cinquante premiers
abonnés. |
Les sommes avancées à
titre de frais d'entretien et d'exploitation seront versées
avant la mise en exploitation des lignes.
Tous les versements seront faits à titre de fonds de concours
à la caisse du trésorier général du
département. |
|
Article
3.
|
| L'État sera propriétaire
des lignes construites, mais il délègue, dès
à présent, à la ville, le droit d'encaisser
à son profit toutes les sommes qui seront dues par les
abonnés, soit comme contribution aux frais d'établissement
de leurs lignes, soit comme abonnement pour l'usage de ces lignes,
jusqu'à concurrence des sommes avancées à
l'État pour dépenses de premier établissement,
d'entretien ou d'exploitation. |
|
Article
4
|
L'État se réserve
la faculté de mettre à toute époque fin à
la dite délégation en remboursant à la Ville
les sommes dont elle sera restée à découvert
du chef des versements effectués à l'État.
Si ce remboursement était rendu nécessaire par l'adoption
d'un projet confiant à l'industrie privée l'exploitation
des réseaux téléphoniques appartenant à
l'État, il pourrait n'être effectué qu'en
prenant pour bases les termes et conditions auxquels se ferait
la concession de cette exploitation; mais, dans ce cas, les avances
faites par la Ville produiraient intérêts au taux
de quatre pour cent. |
|
Article
5
|
| La ville de Limoges s'engage
par avance à adopter les mesures de comptabilité
usuelles qui seraient jugées nécessaires pour assurer
le contrôle des recettes dont le recouvrement lui est attribué
par la présente convention. |
|
Article
6
|
| Toute disposition résultant
d'actes législatifs ou réglementaires, ou de décisions
administratives en vigueur ou à intervenir en ce qui concerne
les réseaux téléphoniques de l'État,
s'appliquera de plein droit an réseau téléphonique
de Limoges. |
|
Article
7
|
| La présente convention
sera soumise à l'approbation des Chambres. |
|
Article
8
|
| Les frais de timbre et d'enregistrement
sont à la charge de la ville de Limoges.Fait double à
Limoges le 14 octobre mil huit cent quatre-vingt-huit. |
|
Signé
: L. POUMEAU, adjoint.
Signé : G. COULON.
|
1887
Un médecin de Paris vient détablir un cabinet
médical auquel on peut demander des consultations par téléphone.
Le médecin se fait donner le plus de renseignements possible
sur létat du malade et dicte son ordonnance au client,
qui linscrit sur un carnet spécial, délivré
à cet
effet à tous les abonnés de la Société
générale des Téléphones.
Cette innovation est simplement destinée à suppléer
à labsence du médecin au début dune
maladie; elle ne peut évidemment pas remplacer complètement
celui-ci, mais dans certains cas et notamment dans les cas urgents,
elle est susceptible de rendre des services...
1887 Pour la première
fois un réseau téléphonique vient d'être
établi en France pour relier entre elles les stations d'une
ligne de chemin de fer. Il s'agit de la ligne à voie étroite
de Valmondois, inaugurée récemment. Voilà
un premier pas qui en appelle d'autres.
En 1887, en France,
l'exploitation interurbaine manuelle est complètement généralisée
entre toutes les villes qui sont équipées d'un réseau
téléphonique urbain déjà en service.
1888 SITUATION DES LIGNES TÉLÉPHONIQUES INTERURBAINES
|
VILLES
on sont établis
les réseaux
|
DATE
de la mise en
service
|
NOMBRE D'ABONNÉS
EN
|
| 1880 |
1881 |
1882 |
1883 |
1884 |
1885 |
1886 |
1887 |
1888 |
|
PARIS
|
Septemb. 1879
|
479
|
1245
|
2347
|
3039
|
3784
|
3983
|
4548
|
5276
|
6120
|
|
LYON
|
Octobre...1880
|
33
|
216
|
356
|
498
|
582
|
344
|
694
|
730
|
755
|
| MARSEILLE
|
Décembre.1880
|
25
|
142
|
257
|
359
|
386
|
397
|
391
|
407
|
421
|
| BORDEAUX |
Juin............1881
|
..
|
114
|
232
|
298
|
323
|
352
|
371
|
403
|
431
|
| NANTES |
Janvier......1881
|
..
|
67
|
78
|
87
|
90
|
91
|
105
|
104
|
113
|
| LE
HAVRE |
Avril..........1881
|
..
|
109
|
155
|
188
|
196
|
199
|
191
|
237
|
271
|
| LILLE |
Février......1882
|
..
|
..
|
94
|
134
|
'1'
|
<<
|
<<
|
<<
|
<<
|
| ROUEN |
Juillet .......1883
|
..
|
..
|
..
|
65
|
98
|
103
|
113
|
118
|
148
|
| CALAIS |
Juillet .......1883
|
..
|
..
|
..
|
89
|
107
|
107
|
107
|
82
|
58
|
| St-ETIENNE
|
Octobre....1885
|
..
|
..
|
..
|
..
|
..
|
26
|
96
|
105
|
104
|
| ALGER |
Juillet........1883
|
..
|
..
|
..
|
17
|
21
|
33
|
77
|
88
|
92
|
| ORAN |
Août ........1883
|
..
|
..
|
..
|
30
|
49
|
59
|
55
|
38
|
36
|
| |
TOTAUX |
537
|
1893
|
3519
|
4804
|
5636
|
5694
|
6748
|
7588
|
8549
|
|
(1) I,c réseau
de Lille a été repris par l'état
à la fin de 1884.
|
|
|
VILLES
on sont établis
les réseaux
|
DATE
de la mise en
service
|
NOMBRE D'ABONNÉS
EN
|
| 1883 |
1884 |
1885 |
1886 |
1887 |
1888 |
|
Amiens
|
01 Mai
|
.. |
.. |
.. |
38 |
48 |
53 |
|
Armentieres
|
01 Juin 1885
|
.. |
.. |
12 |
13 |
15 |
13 |
|
Boulogne.sur.Mer....
|
16..février..1886
|
.. |
.. |
.. |
27 |
27 |
25 |
|
Caen
|
16....Novembre
|
.. |
.. |
.. |
23 |
26 |
25 |
|
Cannes
|
01 Mars 1986
|
.. |
.. |
.. |
68 |
94 |
126 |
|
Dunkerque
|
15 Oct 1984
|
|
46 |
79 |
90 |
103 |
120 |
|
Elbeuf
|
25 Nov 1884
|
.. |
47 |
52 |
52 |
57 |
56 |
|
Fourmies
|
01 Fev 1887
|
.. |
.. |
.. |
.. |
116 |
122 |
|
Halluin
|
11 Fev 1884
|
.. |
9 |
10 |
11 |
11 |
11 |
|
Lille
|
11 Fev 1884
|
.. |
149 |
159 |
232 |
295 |
352 |
|
Nancy
|
17 Déc 1884
|
.. |
68 |
104 |
119 |
138 |
156 |
|
Nice
|
22 Déc 1886
|
.. |
.. |
.. |
7 |
19 |
62 |
|
Reims
|
01 Avr 1883 |
206 |
235 |
256 |
289 |
342 |
382 |
|
Roubaix-Tourcoing
|
01 Avr 1883 |
172 |
244 |
297 |
381 |
451 |
530 |
|
Saint-Quentin
|
31 Déc 1883 |
36 |
49 |
64 |
88 |
96 |
106 |
|
Troyes
|
01 Avr 1884 |
.. |
125 |
130 |
137 |
145 |
149 |
| |
TOTAUX |
414 |
972 |
1163 |
1575 |
1983 |
2288 |
|
|
DESIGNATION DES LIGNES
|
Distance en Km
|
Date de la mise en service
|
| Rouen-Havre |
90
|
01 Jan
1885
|
| Paris-Reims |
172
|
01 Dec
1885
|
| Elbeuf-Louviers |
20
|
01 Fev
1886
|
| Rouen-Elbeuf |
20
|
01 Fev
1886
|
| Rouen-Louviers |
40
|
01 Fev
1886
|
| Paris-Havre |
228
|
08 Mai
1887
|
| Paris-Rouen |
140
|
25 Juin
1887
|
| Paris-Lille |
250
|
01 Dec
1887
|
| ParisBruxelles.1ecircuit |
335
|
24 Fev
1887
|
| ParisBruxelles.2.circuit |
|
15 Mars1888
|
| Paris-Lyon |
512
|
06 Août
1888
|
| Paris-Marseille |
863
|
06 Août
1888
|
|
Marseille-Lyon
|
352
|
06 Août
1888
|
| Paris-Versailles |
19
|
18 Nov
1889
|
| (1) Réseau tout
à fait local et limité. |
|
|
L'expérience de l'industrie
privée, sévèrement encadrée par lÉtat,
n'a pas été une réussite en terme de développement
du nombre de réseaux, d'accroissement des réseaux, de
souscription de nouveaux clients et encore moins de leur satisfaction.
À cet échec, deux explications sont avancées.
Suivant ses propres opinions de pensée, l'on pourra choisir
celle qui nous satisfera le mieux, mais peut-être la vérité
est-elle située quelque part entre ces deux options :
1) la Société Générale des Téléphones
accuse lÉtat d'avoir dès le départ entravé
la libre entreprise administrativement par une sur-réglementation
et surtaxé de manière trop lourde et inconséquente
les recettes, sans considérer les dépenses d'investissement
et les frais d'exploitation à engager avant de pouvoir produire
des profits taxables.
2) lÉtat accuse la S.G.T de plus penser à rétribuer
grassement ses actionnaires, plutôt que d'investir dans l'ouverture
de nouveaux réseaux, dans leur développement et dans
l'embauche de personnel en nombre suffisant pour faire évoluer
les réseaux et le service.Les centraux manuels ont atteint
les bornes de leurs possibilités.
Les gains de productivité se font essentiellement en augmentant
la productivité du personnel (rationalisation du travail des
opératrices, chronométrage) ce qui conduira d'ailleurs
aux grandes grèves de 1906-1909.
L'autre possibilité d'obtenir les gains de productivité
porte sur l'organisation du réseau. C'est pourquoi paraissent
les premiers articles théoriques sur l'organisation des réseaux
des grandes villes et du réseau parisien en particulier.
Il faut par exemple tenir compte dans la prévision du nouveau
réseau de la longueur des fils. Plus il y a de centraux, moindre
est la longueur de chaque ligne d'abonné et on obtient donc
un coût d'établissement moins élevé ainsi
qu'une meilleure qualité de transmission puisque, en l'absence
de tout dispositif d'amplification dans le réseau de Paris,
l'affaiblissement est directement proportionnel à la longueur
du câble.
En revanche avec les centraux manuels que l'augmentation du nombre
des abonnés a amenés à la limite supérieure
de leurs capacités, la nécessité ,inhérente
au réseau de la S. G. T, de passer au moins par deux centraux
pour la majorité des communications devient un obstacle considérable
â la rapidité d'établissement des communications.
En outre, le passage par deux centraux fait perdre en affaiblissement
ce que l'on, gagnait en raccourcissant les lignes d'abonnés.
Enfin la multiplication des centraux multiplie les opératrices
dont le salaire est devenu le poste le plus lourd dans l'exploitation
du réseau. La S. G. T. palliait ces inconvénients en
bricolant les lignes auxiliaires ou en groupant les abonnés
par affinité. Dans un réseau â 10 000 abonnés,
il n'en est plus question.
1888 : lÉcole Professionnelle des Postes et
Télégraphes évolue.
Dix ans après sa création, lÉcole Supérieure
de Télégraphie accomplit sa première transformation
en devenant lÉcole Professionnelle des Postes et Télégraphes.
Elle comporte donc deux sections : à la section des élèves-ingénieurs
sétait ajoutée une section délèves-administrateurs.
Plus dun demi-siècle avant la création de lÉcole
nationale dadministration (ENA), on avait jugé que la
gestion, elle aussi, réclamait une formation supérieure
et des techniques propres.
Parmi les directeurs de lÉcole, on remarque Léon
Thévenin, dont le nom reste associé au célèbre
théorème quil énonça et qui constitue,
encore de nos jours, un outil danalyse des systèmes électriques
linéaires.
Édouard Estaunié lui succèdera en 1901. Célèbre
à plus dun titre, il a largement marqué lévolution
de lÉcole. Ce polytechnicien, grand commis de lÉtat
et romancier connu, inaugura des cycles de leçons données
par des conférenciers extérieurs à ladministration
; Henri Poincaré et Pierre Curie en firent partie. Il introduisit
également des cours de culture générale, emmenant
même les élèves au Louvre le dimanche matin ;
comme quoi la question des humanités ne date pas dhier
! É. Estaunié donna ainsi à lÉcole
cet élan de haute université quelle na cessé
de présenter et de développer depuis lors. Cest
lui qui, en 1904, forgea le terme de « télécommunication
» en voulant faire la synthèse de tous les « appareils
» et de toutes les disciplines enseignées sous sa responsabilité.
Du 6 Mai 1889 au 31 Octobre
1889 s'ouvre l'Exposition Universelle de Paris Centenaire
de la Révolution française.
Au pied de la Tour Eiffel, entre le pavillon finlandais et celui
de la Compagnie du gaz, la Société des téléphones
a installé un pavillon, qui contient en même temps
son exposition et le bureau du service téléphonique
de l'Exposition universelle.
Comme construction, ce pavillon représente le type de la
bâtisse par excellence ; il est en bois armé de fer
ou, si l'on aime mieux, en fer armé de bois. Par exemple,
les montants principaux sont formés de quadruples madriers
de sapins, reliés par des boulons, tandis que les poutres
sont formées de fer en I, garnies de deux madriers de sapin,
un sur chaque face. L'extérieur est en panneaux de bois,
montés sur des fers à T... Toutes les pièces
transversales, ayant rigoureusement la même dimension (3m,30),
sont pour ainsi dire interchangeables, et tout l'ensemble, vissé,
fer sur bois ou bois sur fer, peut se régler à l'aide
de tournevis ou de clés anglaises, si les variations de
l'atmosphère font gonfler ou gondoler le bois, ou dilatent
le métal. Ce n'est presque plus une maison, c'est un coucou
de la Forêt Noire.
Mais il faut rendre cette justice à ce genre de construction,
qu'elle est parfaitement d'accord avec la nature du téléphone
lui-même. Qu'est-ce en effet qu'une installation téléphonique?
Un ensemble d'appareils, de conducteurs, de postes, etc., qu'il
s'agit d'accoler par application et par superfétation à
des immeubles déjà existants, en les dégradant
le moins possible, et en dépensant fort peu de temps et
d'argent. Quoi de mieux, par conséquent, pour synthétiser
le système téléphonique, que ce pavillon
que l'on eût pu élever eu quelques heures, s'il n'avait
fallu, pour trouver un sol propice, se livrer à des travaux
de fondations qui rendent le sous-uvre bien pi us important
que la construction extérieure.
La Société des téléphones a fait édifier
ainsi un pavillon, composé d'une partie centrale et de
deux ailes.
La partie centrale est surmontée d'une tourelle téléphonique,
dite de concentration. Cette tourelle est sur le modèle
de celles qui surmontent les stations centrales des téléphones,
dans les villes où l'on n'a pas cru devoir imposer aux
sociétés téléphoniques les ruineuses
installations souterraines.
J'ai dit ruineuses; ces installations le sont surtout pour les
consommateurs, parce que les compagnies, qui n'entendent pas y
perdre, ce en quoi elles ont, du reste, bien raison, sont
forcées de surélever, d'une manière véritablement
exorbitante, le prix des abonnements. Ainsi nous payons à
Paris 600 francs par an, pour un abonnement au seul réseau
urbain, tandis que l'on paie en Belgique 60 francs, dix fois moins,
pour avoir la jouissance du réseau belge, qui comprend
plusieurs villes, et par conséquent une étendue
très considérable.
C'est peut-être afin de décider le gouvernement à
autoriser ces installations aériennes que la Société
des téléphones a montré sa tourelle flanquée
de herses, qui remplissent le même but de réunir
les fils aboutissant, par exemple, sur la même maison.
Pénétrons dans le pavillon, examinons-le en détail.
Constatons d'abord que l'idée première du téléphone
revient à un Français, M. Bourseul, qui publia ses
idées en 1854. Malheureusement il s'en tint là.
Ce n'est qu'en 1876, que Bell installa le premier téléphone
et c'est en novembre 1877 que ce téléphone fut introduit
pour la première fois en Europe, où il excita la
curiosité et l'admiration la plus grande. De son côté,
Edison chercha à perfectionner cet appareil et pensa y
faire intervenir le courant de piles électriques.
Pendant quelques temps les perfectionnements apportés furent
nuls, mais ils devinrent importants, quand l'invention du microphone
donna une impulsion nouvelle à la question.
Combien sommes-nous loin déjà des téléphones
à ficelle, véritables jouets d'enfants, qui cependant
auraient dû depuis longtemps tenter l'esprit de perfectionnement
de nos physiciens, mais ils n'ont pas daigné s'en occuper,
c'était trop vieux, il remontait à 1667.
Le principe général des téléphones
est le suivant. Les vibrations de la voix sont communiquées
à une plaque vibrante placée devant un aimant. L'extrémité
de l'aimant est enveloppée d'un long fil de cuivre entouré
de soie. Voilà le transmetteur.
Le récepteur est identiquement semblable, sinon comme forme,
mais comme construction et c'est le même fil qui, formant
bobine au transmetteur, s'enroulera aussi autour de l'aimant du
récepteur, en bobine également, de sorte que ce
fil de cuivre est sans fin. Et le transmetteur pourra être
très éloigné, pourvu qu'il soit relié
au récepteur par le même fil.
Si l'on parle devant la plaque vibrante, ses mouvements de va-et-vient
réagissant sur la force magnétique de l'aimant,
engendrent un courant électrique dans le fil qui se transmettra
au récepteur. Sous l'influence de ce courant, l'aimant
de ce dernier subira les mêmes variations de force magnétique
que le premier, et la plaque plus ou moins attirée, entrera
en vibrations pour reproduire la voix. Ce qui se trouve transmis,
ce n'est donc pas, à proprement parler, la voix, mais une
série de courants ondulatoires électriques qui la
reproduisent.
Pour augmenter la portée des téléphones,
on leur a adjoint des microphones. Leur forme est des plus variables,
ce sont de petits bâtonnets ou des boules de charbon de
cornue, qui entrant aussi en vibration, accroissent l'intensité
du son.
En 1879, trois sociétés avaient l'autorisation d'installer
le service téléphonique. Elles exploitaient trois
systèmes différents; les appareils Grower, Edison,
Blake.
L'année suivante les trois sociétés ayant
fusionné, constituèrent la : Société
générale des téléphones.
Les premières autorisations données furent renouvelées
jusqu'en septembre 1889. Et aujourd'hui la Société
devient, pour l'exploitation des lignes, propriété
de l'Etat, non sans protestations de la part de la Société,
qui est propriétaire de ses appareils, ateliers et magasins
de vente. Car la Société s'était adjoint
la fabrication en grand des câbles. A cet effet, elle avait
acquis les établissements Rattier à Bezons, qui
étaient une manufacture de caoutchouc.
Au centre du Pavillon des Téléphones, au premier
étage est un bureau, tout installé et fonctionnant
pour assurer le service de l'Exposition.
Chaque abonné a une ligne spéciale, aboutissant
à un bureau central, où les employés donnent
les communications demandées. Mais comme on ne peut mettre
une sonnerie par abonné, il y a un système spécial
représenté dans le haut du commutateur central.
Lorsqu'on veut appeler, une petite plaque se renverse, et montre
le numéro de l'abonné et, en tombant, ferme le circuit
delà sonnerie qui marche.
Au-dessous des séries de numéros, on voit les commutateurs,
disposés en Jack-Knifs. Ce nom provient de ce qu'à
l'origine, le ressort de contact était comme une lame de
couteau, et que cette disposition était due à un
Canadien nommé Jack. C'est par ces commutateurs que s'établissent
les relations des abonnés du bureau, entre eux.
La troisième partie, la plus inférieure, comporte
encore du Jack-Knifs, mais pour les abonnés de bureaux
différents.
De nombreuses fiches sont suspendues tout le long du bureau pour
agir sur les Jack-Knifs, elles sont composées de deux parties
métalliques, isolées l'une de l'autre, et adaptées
au même manche.
Donc, si un abonné veut une communication, il prévient,
une plaque tombe qui montre son numéro, en même temps
que la sonnerie marche.
Les demoiselles, chargées du service du bureau, se mettent
en communication avec l'abonné pour lui demander à
qui il veut parler, l'employée prévient la personne
indiquée qu'on la demande et quand il lui est répondu,
elle met les deux abonnés en relation par une fiche.
Ceci est très simple en apparence, mais exige une habitude
excessivement grande.
Les fils des téléphones sont souterrains. Ils traversent
les égouts pour arriver au grand bureau central, 27, avenue
de l'Opéra, au nombre de plusieurs mille. Ils sont recouverts
de gutta-percha, et réunis par faisceaux d'une dizaine,
dans des tubes de plomb. Ces fils arrivent dans la cave et sont
épanouis circulairement autour de quatre grands trous pratiqués
sur les quatre faces d'une chambre, située au milieu de
la cave. Cette disposition est représentée à
la partie inférieure du pavillon du Champs de Mars. Puis
les fils remontent au bureau, pour se distribuer aux commutateurs
divers. On réunit autant que possible entre eux, les abonnés
qui sont le plus souvent en rapport.
Le poste installé à l'Exposition, donne la communication
immédiate avec un abonné quelconque du bureau central.
Quant aux lignes auxiliaires des villes où il y a plusieurs
bureaux, elles sont considérées comme une ligne
ordinaire.
Enfin, un avantage que les employés apprécient beaucoup,
ils sont assis.
L'appareil Berlhon-Ader, composé d'un récepteur
Ader et d'un microphone Berthon, exclusivement employé
par la Société, disposé sur une poignée
métallique, permet d'avoir à la fois le récepteur
à l'oreille et le transmetteur devant la bouche. Cette
disposition en fait l'appareil de bureau par excellence, qui permet
de parler, d'entendre et d'écrire au besoin.
Une forme commode encore, est le poste Ader avec magnéto
pour l'appel et sonnerie électrique. Là, la sonnerie
marche, grâce à un courant déterminé
par la rotation d'une bobine devant un aimant. Le transmetteur
est un petit pupitre portant en son milieu une plaque de bois
mince, faisant fonction de plaque vibrante, le microphone est
sous cette plaque. Cet appareil est très répandu
sur les réseaux étrangers.
Enfin, le même poste Ader simple, sans la sonnerie magnéto,
de la forme que nous représentons, ou de la forme à
colonne, est très apprécié, pour sa justesse,
sa régularité et sa commodité.
Le poste militaire portatif, est la forme réduite du poste
Ader avec sonnerie d'appel, magnéto-électrique,
mais le transmetteur et le récepteur sont de la forme Berthon-Ader
combiné. Il pèse 7 kilogrammes.
Près de ces appareils se trouvent encore, dans l'exposition,
des postes-centraux fixes ou mobiles, à plusieurs directions;
ainsi que les nouvelles piles à l'agar-agar. Ce sont des
piles sèches, dans lesquelles le chlorhydrate d'ammoniaque
est en suspension dans de la gélatine de varech ou agar-agar.
Ces piles sont très employées.
On trouve aussi les formes les plus fantaisistes de boutons de
sonnerie.
Dans la vitrine sont des télégraphes, des relais,
destinés à augmenter l'intensité des courants
à certains moments.
Adroite du bureau central, se trouve tout le matériel construit
par la Société.
D'abord le caoutchouc et tous ses emplois divers, soit en caoutchouc
souple, soit en caoutchouc dur : courroies, tuyaux, clapets, tissus.
Et une exposition de câbles des plus intéressantes.
Les câbles téléphoniques sont surtout isolés
au caoutchouc vulcanisé. Qu'ils soient aériens ou
souterrains, ils sont cordés par paire, pour éviter
les effets d'induction.
Il y a aussi des câbles à lumière électrique
et des câbles transatlantiques.
La Compagnie possède des réseaux téléphoniques
à Paris, Calais, Saint-Étienne, le Havre, Rouen,
Lyon, Marseille, Nantes, Alger, Oran.
La ligne de Paris à Bruxelles a 314 kilomètres.
Il y a un double fil conducteur en bronze siliceux de 3 millimètres
de diamètre. Ce double conducteur est fixé sur les
mêmes poteaux que les fils télégraphiques,
ce qui créait une difficulté assez grande, car les
courants télégraphiques nuisent beaucoup aux courants
téléphoniques. Pour parer à cet inconvénient,
les fils téléphoniques sont croisés entre
eux de distance en distance, de sorte que c'est alternativement
le fil d'aller et le fil de retour qui se trouvent le plus près
du fil télégraphique, et cela suffit pour que les
courants induits se trouvent annulés.
La ligne de Paris à Marseille a 800 kilomètres,
elle passe par Troyes, Dijon, Bourg, Lyon, Valence, Avignon, Arles.
C'est aussi une ligne aérienne à double fil, en
bronze siliceux de 4 millimètres 1/2. Les fils sont croisés
comme sur la ligne de Bruxelles. Il y a interruption à
Lyon. La correspondance se fait de Paris à Lyon, et Lyon
donne la communication sur Marseille.
On a renoncé aux fils de cuivre ou de fer, qui n'offraient
pas assez de résistance. On adopte exclusivement maintenant
du bronze phosphoreux ou siliceux. Aussi, avec des fils semblables
de 1 millimètre 1/4 de diamètre, on a pu espacer
les poteaux de 270 mètres supportant 40 fils, à
Anvers il y a une portée de 275 mètres pour 125
fils, à Gand une portée de 340 mètres avec
3 fils. Enfin la ligne du château de Laeken au théâtre
de la Monnaie, a une portée de 700 mètres.
Les plus violentes tourmentes de neige n'abîment pas ces
fils, et de plus, le bronze ne s'oxyde pas comme le fer.
N'oublions pas de parler des
auditions téléphoniques théâtrales,
qui, au début, ont tant émerveillé le public.
Elles ont lieu dans le bas du pavillon. Et ce qui intrigue le
plus, c'est que non seulement on entend parfaitement l'orchestre
et les acteurs, mais on a même la sensation du déplacement
de l'acteur sur la scène. Voici comment ce résultat
est atteint :
Ce sont les téléphones Ader qui servent à
ces auditions. A cet effet, un certain nombre de téléphones
sont disposés sur le devant de la scène parallèlement
à la rampe, et de chaque côté du trou du
souffleur. Supposons qu'il y ait dix téléphones
le long de la rampe, de chaque côté du souffleur.
Prenons par exemple le dernier téléphone de gauche
près des décors, et le premier téléphone
de droite, près du souffleur, et supposons que ces deux
téléphones soient reliés de telle façon
que le téléphone de droite arrive à l'oreille
droite. Si l'acteur est au milieu de la scène, le téléphone
de droite plus proche, sera plus influencé que celui
de gauche et les sons seront plus intenses dans l'oreille droite
que dans l'oreille gauche. Si l'acteur s'éloigne, le
son s'affaiblit naturellement, s'il s'approche à gauche,
c'est l'oreille gauche qui entendra le mieux. Ce procédé
bien simple est des plus remarquables.
Il y a aussi les auditions de concert, aux quatre coins du grand
bureau du premier étage du pavillon. En mettant une pièce
de 50 centimes, on met en mouvement un téléphone
qui vous fait entendre un morceau du concert.
Ce pavillon est vraiment organisé comme un vrai théâtre,
avec des dessous, des acteurs, invisibles, mais que l'on entend
parfaitement. Assis tranquillement dans un fauteuil, on pourrait
assister à nos diverses représentations théâtrales,
s'offrir une revue tous les soirs.
|
Revenons sur l'illustre Lazare Weiller :
A partir d'octobre 1886, Weiller est impliqué dans la préparation
de l'Exposition universelle de Paris (1889), dont il est membre du
comité technique d'électricité. Est-ce dans ce
contexte qu'il commence à s'intéresser à la problématique
de la vision à distance, alors que circulent des rumeurs sur
les téléphotes de Thomas A. Edison et de Courtonne ?
A-t-il eu, l'occasion de rencontrer Edison lors de son passage à
l'Exposition universelle ? Toujours est-il qu'en octobre 1889, alors
que se termine l'Exposition, il publie dans Le Génie civil
un article majeur "Sur la vision à distance par l'électricité"
proposant un appareil, le phoroscope, dont une des composantes, la
roue à miroirs, va jouer un rôle éminent dans
les expériences de télévision des quatre premières
décennies du vingtième siècle. Lazare Weiller
est un homme habile dans les relations sociales et qui base sa stratégie
sur des réseaux d'alliances. Comme la Société
des Téléphones est un des principaux clients de la tréfilerie,
il l'a fait entrer au capital de sa société et lui-même
Il entre au Conseil d'administration de cette entreprise, "On
peut donc dire que Lazare Weiller fut, à ce titre, un des premiers
introducteurs du téléphone" conclut son fils. Après
la nationalisation des réseaux téléphoniques
en 1889, l'administration des Postes et Téléphones devient
un de ses principaux clients.

Compte rendu de l'article de Lazare Weiller "La suppression des
distances", in La Revue des Revues, 1er août 1899.
16 Juillet 1889 : Nationalisation
du Téléphone Français
C'est en 1889 que se déroule le processus
de nationalisation du Téléphone
français et son assimilation au sein de l'Administration
des P & T . .
Puis le dimanche 1er septembre 1889, douze Ingénieurs (ou
sous-Ingénieurs) des P & T, mandatés par M. le Directeur-Ingénieur
de la région de Paris - Caël, prennent possession au nom
de lÉtat des douze Centraux Téléphoniques
de Paris.
Chaque ingénieur est accompagné par un Commissaire de
Police et d'une ordonnance du Président du Tribunal de Commerce
de Paris. Il en sera de même pour toutes les villes de province
ou des colonies concernées par cette nationalisation.
 |
Chaque Commissaire de police lit l'arrêté du 30 août
1889 à haute voix, puis chaque responsable local de la
Société Générale des Téléphones
remet une protestation écrite, le tout en présence
d'huissiers de justice. À la reprise par l'État,
le Réseau de Paris compte 6.504 abonnés au téléphone.
Les douze centraux téléphoniques de Paris alors
exploités par la SGT à la veille de la nationalisation
sont :
Bureau A : 27, avenue de l'Opéra (premier central mis en
service en France, le 30 septembre 1879).
Bureau B : 4, rue de Logelbach (mis en service en 1880)
Bureau C : 2, quai de Seine / 204, boulevard de la Villette (mis
en service en 1880)
Bureau D : 10, place de la République (mis en service le
1er décembre 1880)
Bureau E : 24/26, rue de Lyon (déjà en service en
1883),
Bureau F : 20, avenue des Gobelins (déjà en service
en 1883),
Bureau G : 183, boulevard Saint-Germain (déjà en
service en 1883 ; hors service en 1900 - transféré
sur Saxe),
Bureau H : 123, rue Lecourbe (déjà en service en
1883 ; hors service en 1900 - transféré sur Saxe),
Bureau I : 80, rue de Passy (mis en service le 10 février
1881),
Bureau L : 42, rue Lafayette (mis en service le 20 août
1882),
Bureau M : 25, rue Étienne Marcel (mis en service le 28
juin 1883),
Bureau O : 65, rue d'Anjou-Saint-Honoré (mis en service
le 8 novembre 1883),
Bureau Provisoire : Champs de Mars (Exposition Universelle - mis
en service du 1er mars au 31 oct 1889) |
La prise de possession des téléphones
par l'État a eu pour premier et heureux résultat la
réduction de l'abonnement aux réseaux téléphoniques
urbains.
Le réseau de Limoges a
été livré au public le 1er juillet 1889
En France, le service téléphonique
était concédé depuis 1879 à l'industrie
privée, mais les réseaux exploités par la Société
générale des téléphones n'étaient
établis que dans les plus grandes villes, le Gouvernement désira
par conséquent doter aussi de ce service les villes moins importantes
et le Parlement lui alloua
à cet effet, en 1882, un premier crédit de 250 000 fr.
Les résultats de cette mesure furent excellents : le produit
des abonnements fut suffisant pour amortir le capital engagé
dans la construction et pour donner un
nouveau développement à ces réseaux secondaires.
C'est ainsi que l'Administration a pu établir successivement
des systèmes téléphoniques à Reims,
Roubaix, Tourcoing, Troyes, St-Quentin, Elbeuf et dans d'autres
villes, sans demander des crédits supplémentaires.
Une comparaison entre la situation des réseaux téléphoniques
de l'Etat et celle des réseaux exploités par la Société
générale des téléphones, montre que les
systèmes établis par cette dernière entreprise
dans les Départements se sont péniblement développés
et que le nombre de leurs abonnés s'est lentement accru, tandis
que les réseaux de l'Etat se sont rapidement étendus.
Dans son rapport à la Chambre des députés à
Paris séance du 28 Mai 1889 sur le projet de
loi concernant le rachat des réseaux téléphoniques
privés et l'établissement de réseaux téléphoniques
d'intérêt local, l'honorable député, M.
George Cochery fils de Adolphe Cochery,
donne le tableau comparatif ci-après de la situation des réseaux
de l'Etat et de ceux de la Société générale:
VILLES. Nombre d'habitants par abonné.
1. Fourmies . . . ....................... 123 Etat.
2. Cannes ................................ 198 ,
8. Reims .................................. 243 ,
4. Roubaix-Tourcoiug .............. 268 ,
5. Dunkerque . . ....................... 308 ,
6. Troyes ................................. 308 ,
7. Paris .................................... 370 Société.
8. Le Havre . . .......................... 344.
9. Saint-Quentin . ..................... 396 Etat.
10. Elbeuf .................................410 ,
11. Nancy .................................468 ,
12. Lyon ..................................498 Société.
13. Lille ....................................605 Etat.
14. Bordeaux . . .......................512 Société.
15. Alger ................................. 619 ,
16. Rouen ............................... 716 ,
17. Calais ............................... 798 ,
18. Marseille . . ....................... 862 ,
19. Saint-Etienne . ....................1.057 ,
20. Nantes ...............................1.094 ,
21. Nice ..................................1.241 Etat.
22. Halluin .............................. 1.273
23. Amiens ..............................1.396 ,
24. Oran ..................................1.472 Société.
25. Caen ................................. 1 644 Etat.
26. Boulogne-sur-Mer ..............1.760
27. Armentières. . ................... 1.923
Le même rapporteur fait ressortir que le réseau principal
de la Société générale, celui de Paris,
figure dans ce tableau au septième rang et que les réseaux
des centres de population les plus importants, où les distances
sont plus grandes, où il règne une plus grande activité
et où le téléphone peut rendre par conséquent
le plus de services, sont desservis par les Sociétés
concessionnaires; néanmoins, malgré les conditions moins
favorables des réseaux de l'Etat, ces derniers ont eu un développement
plus intense que les systèmes téléphoniques de
la Société. Les résultats obtenus par l'Administration
ont été si satisfaisants que le Parlement français
a accueilli avec faveur et adopté à une grande majorité,
par la loi du 26 Juillet 1889, le rachat des concessions téléphoniques
privées.
1889 M. le directeur des Postes et Télégraphes vient
détablir un projet de décret daprès
lequel les personnes habitant un immeuble où se trouve déjà
un poste téléphonique dabonné pourront
jouir du téléphone moyennant un abonnement supplémentaire.
L'abonné principal reste seul en communication directe avec
un poste central, l'abonné supplémentaire prend communication
sur la ligne de l'abonné principal.
Le montant de cet abonnement supplémentaire est fixé
à 160 francs à Paris et 120 francs dans les départements.
Si, dans une maison composée de dix locataires, on compte un
abonné principal, ce dernier pourra sentendre avec ses
voisins, lesquels, en prenant un abonnement supplémentaire,
jouiront de tous les avantages dune ligne directement reliée
à un poste central et pour une somme relativement minime.
Labonné principal et les neuf abonnés supplémentaires
pourront sentendre pour le payement en commun des frais de labonnement
au téléphone, et nauront ainsi à verser
an nuellement que la somme de 184 francs pour avoir chez eux, sous
la main, lappareil téléphonique.
Quant à l'appareil, l'abonné létablira
à ses frais et tel qu'il lui plaira. Le directeur des Postes
et Télégraphes na pas voulu, en effet, imposer
tel ou tel système de microphones ou de téléphones
domestiques. Il laisse à labonné le soin de choisir,
selon ses goûts, ses préférences, la nature de
l'installation projetée entre tous les appareils que les constructeurs
offrent au public.
Cest là, croit-on, le moyen le plus sûr et le plus
efficace de favoriser linitiative des inventeurs. Cependant,
pour assurer le fonctionnement régulier des appareils téléphoniques,
ladministration dressera une liste des appareils dont les abonnés
pourront faire usage. Tout appareil qui naura pas été
expérimenté par les ingénieurs de lEtat
et qui naura pas été reconnu bon ne pourra être
installé sur les lignes urbaines.
Ladministration craint que, sil nen était
pas ainsi, il pût suffire dun appareil construit par un
électricien fantaisiste et adopté par un abonné
non moins fantaisiste pour compromettre le service régulier
dune ligne téléphonique. On étudie aussi
le système employé en Angleterre et qui permet à
tout abonné daccorder l'usage de ses appareils à
nimporte qui, moyennant remise dun ticket semblable à
ce lui quon vend pour les cabines dans les bureaux de posté.
Le prix des tickets serait partagé entre le Trésor et
labonné.
Après
La nationalisation, 1890 Il y a, cette année : 10 000
abonnés au téléphone en France
Au 1er septembre 1889, date de la
reprise par l'État de l'exploitation des réseaux concédés,
l'administration a laissé les choses dans le statu quo mais
elle a décidé qu'en raison de l'insuffisance de l'outillage
du réseau de Paris, il ne serait plus jusqu'à nouvel
ordre accordé de concessions d'appel direct entraînant
l'usage d'un fil auxiliaire.
Cet état de chose ne devant être que provisoire, le décret
du 14 Mars 1890 a fixé les tarifs auquel l'usage de ses lignes
doit être soumis à partir du 1er janvier 1890; ce tarif
est le suivant : 150 francs dans les réseaux souterrains et
37 fr 50 dans les réseaux aériens.
Ce tarif kilométrique ,calculé sur la longueur réelle
des lignes auxiliaires, est perçu d'avance en deux termes égaux,
au 1 er janvier et au 1 er juillet de chaque année, en même
temps que l'abonnement urbain.
L'abonnement souscrit pour l'usage d'une ligne auxiliaire ne peut
être moindre d'une année.
Il se renouvelle d'année en année par tacite reconduction
s'il n'a pas été dénoncé au moins un mois
avant son expiration.
Le décret du 31 Mars 1890 modifie celui du 21 septembre 1889.
Les principales dispositions en sont reportées sur le modèle
de police d'abonnement que nous donnons ci-après, modèle
réglé par l'arrêté du 11 juin 1890.
Modèle de Police.
.......DIRECTION
GENERALE .........ABONNEMENT PRINCIPAL No.......... DES POSTES
ET DES TÉLÉGRAPHES RÉSEAU TÉLÉPHONIQUE,
D.............
Je soussigné ....................................................................................................................................................................................................
dans le but de relier ...............................................................................
situé à .............. ................:........
rue ........................................... n" ....
au réseux téléphonique d........................................................................
Déclare contracter un abonnement principal d'UN an, moyennant
le prix de ....................................cent francs par
an et aux clauses et conditions énumérées
dans le règlement ci-dessous.
.................................................. , le..................
.......... 18
|
|
Des abonnements.
Article premier.
|
Les abonnements à un réseau
téléphonique urbain sont de deux sortes : l'abonnement
principal et l'abonnement supplémentaire.
L'abonnement principal comporte l'usage d'une ligne reliant l'établissement
de l'abonné à un bureau central et d'un poste téléphonique.
L'abonnement supplémentaire comporte l'usage d'un poste
téléphonique desservi par une ligne greffée
sur la ligne de l'abonné principal, avec l'autorisation
de l'Administration et de cet abonné principal.
Le poste téléphonique se compose, outre les générateurs
d'électricité, d'un appareil récepteur et
transmetteur et d'un dispositif d'appel. |
| Droits
de l'abonné. Article 2. |
|
L'abonnement
confère à l'abonné le droit de correspondre
au moyen da son poste avec tous les abonnés du même
réseau.
Ce droit ne peut être exercé que par le titulaire
de l'abonnement, ses employés et les personnes habitant
avec lui.
Les personnes fréquentant un cercle ou établissement
public peuvent faire usage de l'appareil téléphonique
dont il est pourvu, mais il est formellement interdit au titulaire
de l'abonnement de percevoir une redevance quelconque.
|
| Article
3. |
|
Pendant toute
la durée de l'abonnement, l'abonné peut, avec
l'autorisation de l'administration, céder à des
tiers les droits qu'il tient soit de l'abonnement principal,
soit des abonnements supplémentaires, à charge
par lui de rester responsable du payement intégral du
montant des abonnements pendant toute la durée du contrat.
|
| Article
4. |
| Les
noms des abonnés ou de leurs concessionnaires sont inscrits
sur une liste qui leur est distribuée périodiquement. |
|
Installation
et entretien de la ligne et du poste.
Article 5.
|
|
Le matériel
de la ligne et les générateurs d'électricité
sont fournis par l'État. Les divers appareils composant
un poste téléphonique et les accessoires qui seraient
demandés par l'abonné sont fournis par lui. Il
est tenu de les choisir parmi les modèles types indiqués
par l'Administration et de pourvoir à leur renouvellement
quand ils seront devenus impropres au service. Ces appareils,
avant d'être mis en place, doivent avoir été
vérifiés et acceptés par les agents de
l'Administration.
La ligne, les postes téléphoniques et les accessoires
sont installés et entretenus par l'Administration et
à ses frais.
Mais l'entretien des meubles et objets de luxe (pupitres, accoudoirs,
etc.}, dont l'abonné complète l'installation du
poste pour ses facilités ou ses convenances personnelles,
reste à la charge de cet abonné.
Quand les postes sont situés en dehors du périmètre
du réseau urbain, cet entretien donne lieu au remboursement
par l'abonné des frais de transport et de séjour
des agents qu'il aura appelés.
Toutes les détériorations qui seraient le résultat
d'un fait extérieur ou d'un usage anormal de l'appareil
resteront à la charge de l'abonné.
|
| Article
6. |
|
Le poste de l'abonné
est établi à l'endroit désigné par
lui dans les locaux qu'il occupe.
L'abonné doit obtenir du propriétaire l'autorisation
de faire les installations nécessaires. Il prend à
sa charge les diverses réparations qu'entraînerait
l'établissement ou la suppression de ces installations.
Dès que les travaux sont commencés, l'abonné
ne peut obtenir l'installation du poste dans un autre immeuble
ou à une autre place du même immeuble que celle
qu'il aura d'abord désignée s'il ne s'engage à
payer les frais qu'entraînerait ce changement.
|
| Article
7. |
|
Il est interdit
à l'abonné de greffer aucun fil sur celui dont
l'usage lui est concédé, de démonter ou
de déplacer les fils, appareils ou accessoires, ni de
faire aucune modification dans son installation.
L'administration se réserve la faculté d'introduire
dans son installation tous les changements qu'elle croira utiles
au fonctionnement du service.
|
| Article
8. |
|
L'abonné
doit accorder aux agents de l'Administration, chargés
du service téléphonique, qui justifient de leur
qualité, l'accès, à des heures convenables,
des locaux où sont installés la ligne et le poste.
|
|
Article 9.
|
|
Abonnement
principal..
. Le montant annuel de l'abonnement principal est fixé
:
. Dans le périmètre du réseau :
à 400 francs à Paris et 300 francs dans les départements,
pour les réseaux souterrains;
à 200 francs pour les réseaux aériens.
Il peut être fixé par décret à 150
francs ou 100 francs, dans certains cas particuliers.
Il est réduit de 50 pour 100 pour les services publics
de l'Etat et de 25 pour -100 pour les services publics des départements
et des communes.
Les abonnés des réseaux classés
dans la catégorie des réseaux annexes peuvent
à leur gré contracter soit un abonnement au réseau
local dans les conditions du tarif ordinaire, soit un abonnement
au réseau principal auquel est rattaché le réseau
annexe.
Les abonnés de cette dernière catégorie
acquittent l'abonnement principal ou supplémentaire tel
qu'il est fixé par le présent article aux paragraphes
1 et 2 ci-dessus (A) augmenté d'un supplément
d'abonnement de 10 francs par kilomètre de ligne reliant
le bureau central annexe au bureau central du réseau
principal.
Les cercles et établissements accessibles au public
acquittent l'abonnement principal augmenté de la moitié
de cet abonnement lorsqu'ils mettent leur poste téléphonique
à la disposition de leurs clients.
Dans certaines villes, des abonnements dits de saison
seront admis, pour une période de six mois, pour la totalité
ou pour partie des abonnés. Dans ce cas, le montant de
l'abonnement réduit à la moitié de l'abonnement
normal annuel doit être versé au commencement de
chaque période semestrielle; en outre, la contribution
aux frais de premier établissement dos ligues doit être
versée en une seule, fois en même temps que le
premier terme, d'abonnement. Une interruption d'une année
entière dans l'usage du poste entraînerait la résiliation
de l'abonnement.
Les accessoires installés sur la demande de l'abonné
entraînent un supplément d'abonnement égal
à 15 pour 100 de la valeur de ces accessoires mis en
place, sans que ce supplément puisse être inférieur
à 5 francs, toute fraction de franc étant d'ailleurs
comptée pour 1 franc.
|
| Durée
de l'abonnement. Article 10. |
| L'abonnement
court à partir du jour où l'inslallation du poste
permet la communication avec le réseau. |
| Article
11. |
|
L'abonnement
principal ou supplémentaire, ne peut être consenti
pour moins de une année calculée à partir
du 1er janvier ou du 1er juillet qui suit ladite installation.
|
| Article
12. |
|
Après
la première période d'une année, l'abonnement
se renouvelle de trimestre en trimestre par tacite reconduction.
|
| Article
13 |
|
En cas de décès
de l'abonné, la durée de son abonnement n'est
pas interrompue et ses héritiers sont solidairement tenus
de son exécution.
|
|
Article 14.
|
|
L'administration
peut à toute époque mettre lin au contrat, à
charge par elle de rembourser à l'abonné les sommes
imputables sur la période restant à courir.
|
| Article
15. |
|
L'abonnement
est versé à la caisse du Receveur du bureau de
poste et de télégraphe de la localité desservie
par le réseau. II est payé eu deux termes égaux,
sauf le cas de résiliation, dans la première quinzaine
de janvier et de juillet de chaque année. Toutefois,
le premier semestre est payé au moment de la signature
du contrat. En outre, la partie de l'abonnement correspondant
à la période comprise entre la date où
le poste peut être utilisé par l'abonné
et le commencement du premier semestre est versée au
moment de la mise en service.
Le défaut de paiement aux dates indiquées tient
lieu de demande de résiliation. Sur la demande des abonnés
et moyennant le paiement d'une indemnité de 0 fr. 25
pour quittance, le montant de l'abonnement sera recouvré
à leur domicile.
|
| Lignes
auxiliaires. Article 16. |
|
Les lignes auxiliaires
des réseaux téléphoniques urbains peuvent
être mises, par voie d'abonnement, à la disposition
des abonnés pour leur permettre de communiquer entre
eux, deux par deux, d'une manière permanente.
Le tarif d'abonnement est fixé à cent cinquante
francs (150 fr.) dans les réseaux souterrains et à
trente-sept francs cinquante centimes (37 fr. 50) dans les réseaux
aériens, par an et par kilomètre de ligne, à
calculer d'après la longueur réelle. II
est perçu d'avance on deux termes égaux au 1er
janvier et au 1er juillet de chaque année, en même
temps que l'abonnement au réseau urbain.
|
| Télégrammes
téléphonés. Article 17. |
|
Les abonnés
peuvent expédier et recevoir des télégrammes
par la ligne qui les rattache au réseau.
La transmission de ces télégrammes est effectuée
gratuitement, sauf l'exception visée ci-après;
mais elle est subordonnée au dépôt préalable
d'une provision destinée à garantir le remboursement
de la taxe télégraphique.
Dans les villes comportant un réseau souterrain, l'abonné
qui se propose d'user de la disposition qui précède
est tenu de verser, annuellement et d'avance, une redevance
de 50 francs.
|
| Correspondance
à partir des cabines publiques. Article 18. |
|
Les abonnés
peuvent obtenir, sur leur demande et moyennant la justification
de leur identité, la faculté de correspondre gratuitement
dans les limites du réseau, par l'intermédiaire
des cabines publiques qui y sont reliées.
|
|
Droits de l'État.
Article 19.
|
|
L'État
n'est soumis à aucune responsabilité à
raison du service de la correspondance privée par voie
téléphonique.
Tous travaux exécutés par l'Administration qui
auraient pour conséquence une interruption du service
de plus de quinze jours, entraîneraient une diminution
correspondante dans le montant semestriel de l'abonnement.
|
| Article
20. |
|
La correspondance
téléphonique peut être suspendue par le
Gouvernement, soit sur une ou plusieurs lignes du réseau
séparément, soit sur toutes les lignes à
la fois.
|
| Article
21. |
|
L'étendue
du réseau urbain, sa nature, la durée quotidienne
du service et toutes les mesures que son exécution rendra
nécessaires, sont déterminées par des décisions
administratives auxquelles l'abonné est tenu de se conformer
|
| Sanctions.
Article 22. |
|
En cas d'inexécution
des dispositions qui précèdent, spécialement
lorsque la ligne est utilisée dans des conditions autres
que celles déterminées eu l'article 2, l'Administration
peut suspendre provisoirement la communication téléphonique.
Si, huit jours après une mise en demeure notifiée
par lettre recommandée, les irrégularités
signalées n'ont pas cosse, l'Administration peut retirer
définitivement à l'abonné l'usage de sa
ligue.
|
| Dispositions
transitoires. Article 23. |
|
Les tarifs d'abonnement
déterminés par la présente police ne sont
pas applicables aux abonnés des réseaux do l'État
qui payaient une redevance inférieure.
Ces abonnés pourront renouveler leur abonnement aux conditions
de prix antérieurement fixées; mais s'ils cèdent
leur droit à l'abonnement, leurs cessiounaires devront
acquitter intégralement le montant des taxes.
|
| Ordre
et durée des conversations. Article 24 |
|
Les communications
sont données suivant l'ordre strict des demandes. Deux
correspondants ne peuvent occuper une ligne auxiliaire pendant
plus de dix minutes, lorsque d'autres personnes attendent leur
tour de communiquer.
Dans ce dernier cas, si, à l'expiration des dix minutes
réglementaires, les correspondants ne se conforment pas
à l'invitation qui leur est faite de cesser la conversation,
la communication leur est retirée d'office.
|
|
Article 25
|
|
Les clauses de
la présente police recevront leur exécution à
partir du 1 er juillet 1890.
|
| Article
26 |
|
Les frais de
timbre et ceux d'enregistrement auxquels pourrait donner lieu
le contrat d'abonnement sont à la charge de l'abonné.
NOTA. L'abonné soussigné demande que le
montant de son abonnement soit recouvré à son
domicile. (Art. 15.)
|
| Signature
: |
1890 depuis le 3 novembre, un nouveau service, dit des messages
téléphonés, fonctionne dans Paris.
Après 1889, le financement des réseaux n'a pas été
assuré de façon massive et centralisé comme cela
avait été le cas pour la télégraphie. L'administration
semble avoir sous-estimé l'importance des investissements à
effectuer.
Le jeune ministère des P & T se heurte au ministère
des finances. Grand maître des crédits, dépendent
de lui aussi bien le montant des investissements que celui des effectifs
et donc l'entretien qu'il sera possible de réaliser. Dans l'incapacité
d'être maîtresse de ses investissements (la demande d'un
budget annexe est repoussée en 1891/1892), l'administration fait
appel aux "avances remboursables". En vert de la loi du 20
mai 1890, les conseils généraux , municipalités,
chambre de commerce et autres personnes morales, sont conviés
à faire au monopole l'avance sans intérêt du capital
nécessaire à la construction des lignes, sauf à
être remboursés petit à petit sur les produits ultérieurs
. Ainsi l'Administration n'installera de téléphones que
la ou les collectivités locales assureront le préfinancement
de l'opération. La puissance publique donne ainsi une représentation
de sa toute puissance par la voie royale de la nationalisation. Et s'empresse
bine vite, par le biais du financement des réseaux, de se rendre
impuissante.
Outre qu'ainsi les notables (ils détiennent les cordons de la
bourse) sont dorénavant maître du réseau, ce type
de financement ne permet pas de poser la question majeure du développement
des liaisons interurbaines. Mais plus grave et plus aberrent sur le
plan économique , ce type de financement provoque l'éparpillement
des réseaux car les organismes prêteurs exigent souvent
en échange de leur avance, l'installation d'un central.
Les avances remboursables ont provoqués une véritable
prolifération de centraux. La France accuse, par rapport à
ses principaux voisins, un réel retard.
Une circulaire, adressée
le 9 août 1890 aux préfets par le Ministre du Commerce,
de l'Industrie et des Colonies, appelle leur attention sur l'importance
qu'il y aurait à développer sans retard le réseau
téléphonique municipal.
Cette circulaire n'est que le développement de la loi votée
le 20 mai 1890 et du décret du 9 juillet 1890; elle fait ressortir
les conditions auxquelles peuvent être établis les bureaux
téléphoniques municipaux.
Les communes feront à l'État l'avance entière
des frais de premier établissement; mais cette avance leur
sera, par la suite, intégralement remboursée, sans intérêts,
sur les produits réalisés par l'application d'une surtaxe
fixe de 25 centimes par chaque télégramme téléphoné
à leur bureau ou par leur bureau.
Ces principes s'appliquent également aux établissements
publics et particuliers et aux syndicats d'intéressés,
à condition toutefois que le téléphone, installé
sur leur demande, soit à la disposition du public; dans le
cas contraire, ce bureau rentrerait dans la catégorie des postes
d'intérêt privé prévus par les règlements
antérieurs.
En 1890, avec les appareils mis en service, le prix de premier établissement
d'un bureau téléphonique peut être fixé
:
1° A 130 francs en moyenne et à 230 francs au plus par
kilomètre de ligne;
2° A 300 francs au plus pour l'installation du bureau et des appareils.
Dans certaines circonstances, lorsqu'il s'agira, par exemple, de l'installation
de deux bureaux téléphoniques employant le même
fil, cette dépense pourra même être réduite.
L'entretien des appareils et des fils ainsi établis, et l'indemnité
allouée à l'agent chargé de transmettre les télégrammes
téléphonés (15 centimes au départ et 10
centimes à l'arrivée par télégramme téléphoné)
ainsi que de percevoir la taxe ordinaire et la surtaxe spéciale,
demeureront à la charge de l'Etat.
L'Administration se préoccupe d'une organisation de service
qui permettrait d'échanger des conversations téléphoniques
entre la commune dotée du téléphone et le bureau
télégraphique auquel elle se trouvera rattachée,
et même entre plusieurs communes reliées au même
bureau télégraphique.
Un décret du 31 décembre 1890, suivi d'une longue instruction,
règle la comptabilité téléphonique à
dater du 1er janvier 1891.
L'article 9 du décret du 31 mai 1890 permet de réduire,
par décret, à 130 ou 100 francs, dans certains cas particuliers,
les abonnements aux réseaux aériens, dont le taux normal
est de 200 francs.
Par décret du 7 novembre 1890, cette mesure est rendue applicable
à tous les réseaux dont la population ne dépasse
pas 25 000 âmes. L'abonnement à ces réseaux est
réduit à 150 francs. Toutefois, les localités
de cette catégorie, déjà pourvues d'un réseau,
ne sont admises à bénéficier de cet abaissement
de tarif qu'autant que le nombre des abonnés n'est pas supérieur
à 100.
Jusqu'à ce jour (31 octobre 1890), les circuits téléphoniques
à longue distance, sauf celui de Paris-Bruxelles, dont le service
est permanent, et celui de Paris-Havre, dont le service vient d'être
prolongé jusqu'à minuit, ne sont mis à la disposition
du public que pendant les heures du service de jour, c'est-à-dire
de 7 heures du matin en été et de 8 heures en hiver
à 9 heures du soir.
Le trafic est très actif sur ces lignes, à certaines
périodes de la journée, et notamment pendant la durée
de la Bourse, mais il faiblit ensuite. Pour accroître le rendement,
il a semblé possible d'appliquer des réductions de taxe
à des circuits spécialement désignés,
et durant les heures de service pendant lesquelles le trafic normal
est à peu près nul. En conséquence, il est créé,
pour les heures de nuit, un tarif de conversation à prix réduits,
fixé par unité de conversation interurbaine et par 100
kilomètres ou fraction de 100 kilomètres à 30
centimes pour les conversations ordinaires et à 20 centimes
pour les conversations par abonnement.
A dater du 3 novembre 1890, toute personne pourra, à partir
de l'une quelconque des cabines téléphoniques publiques
du réseau de Paris, expédier par téléphone
un message, dans le rayon de distribution compris entre la Seine et
les grands boulevards (suivent les noms des bureaux distributeurs).
|
La transmission
des messages n'est autorisée provisoirement que de 10
heures à 6 heures du soir.
La remise d'un ticket de conversation donne accès dans
la cabine dont l'occupation est limitée à cinq
minutes et qui peut être étendue à dix,
moyennant une nouvelle taxe de 50 centimes.
La période de conversation commence au moment où
le préposé a établi la communication avec
le bureau télégraphique destinataire du message.
L'indication lui en est fournie par l'expéditeur qui
lui fait connaître le nom et le numéro de la rue.
Le message doit être téléphoné en
français et en langage clair; il doit être dicté
lentement et très distinctement, pour permettre à
l'employé de la cabine destinataire de le transcrire
facilement.
L'agent chargé de la réception doit collationner
l'adresse, les mots qui lui paraissent douteux et le texte in
extenso, si l'expéditeur l'exige. Le message est, dès
sa réception, remis au service de distribution.
Les abonnés du réseau téléphonique
de Paris peuvent, de leur domicile, expédier des messages,
sous la réserve du versement d'une provision au bureau
des postes et des télégraphes qui dessert leur
domicile.
Le décret du 23 mars 1891 crée des abonnements
spéciaux comportant l'usage d'une ligne destinée
à relier un établissement public ou privé
à un ou plusieurs circuits téléphoniques
interurbains. L'abonnement confère à l'abonne,
moyennant payement des taxes réglementaires, le droit
de correspondre à partir de son domicile :
1° De réseau à réseau par les lignes
interurbaines ;
2° Avec les abonnés de même catégorie
aboutissant au même bureau, lorsqu'il n'existe pas dans
la ville de réseau téléphonique urbain.
|
Un des grands avantages qui résulteront de cette innovation,
sera notamment, pour les transmissions commerciales, la suppression
des intermédiaires entre maisons de commerce; les négociants
pourront s'entretenir de leurs bureaux avec leurs correspondants et
traiter directement, de patron à patron, les affaires.
Il suffira de l'envoi d'albums de dessins reproduisant par la photographie
les dimensions réduites des modèles, de carnets d'échantillons,
pour permettre de conclure les marchés et entretenir à
l'avenir les relations commerciales, débarrassées de tout
leur cortège d'intermédiaires qui surchargent de frais
le prix des marchandises.
Les prix seront débattus de vive voix et l'affaire sera terminée
par une conversation de quelques minutes, au besoin confirmée
par la correspondance, nous l'admettons, mais faisant gagner un temps
précieux pour l'exécution de la commande.
Ainsi donc, économie de temps, réduction de frais, par
conséquent réduction du prix et accroissement de la consommation,
tels seront les résultats généraux de l'application
de la téléphonie à grande distance aux transmissions
commerciales de ville à ville, de pays à pays.
Quant aux expériences de téléphonie a grande distance
par câble sous-marin, elles n'ont données jusqu'ici que
des résultats peu satisfaisants ; entre autres celles qui furent
tentées entre Douvres et Ostende, par M. Van Rysselberghe.
Ces insuccès qu'il est fort important de signaler, assurent à
la France, sur le continent, une prépondérance sur l'Angleterre.
La distance de Paris, par câble télégraphique
aux principales places commerçantes de l'Europe les plus
éloignées est de :
Naples................ 2032 kilomètres
Lisbonne............ 2124
Bucharest............2560
St-Petestburg......2719
Odessa................2760
Constantinople...3230
Toutes ces distances sont inférieures à trois mille
deux cent cinquante kilomètres, limite admise provisoirement
pour la conversation par un fil de cinq millimètres.(Il
parait certain qu'avec un fil équivalent à 5mm on
correspondrait à trois mille deux cent cinquante kilomètres).
La France doit donc profiter de l'insuccès de la téléphonie
par câble sous-marin pour faire prévaloir la prépondérance
de son commerce sur le commerce anglais en Europe.
Il appartient à l'Etat, dans la période de crise
commerciale que traverse la France à cette époque,
de marcher pour ainsi dire à la conquête de ces succès
pacifiques qui sont le privilège du plus hardi et surtout
du plus diligent. |
 |
Dans les réseaux aériens,
l'abonné doit, en outre, comme part dans les frais de premier
établissement, une somme de 15 francs par 100 mètres
ou fraction de 100 mètres de fil simple.
Toutefois, les frais d'établissement des lignes présentant
des difficultés spéciales sont remboursés intégralement
à l'Administration, d'après les dépenses de matériel
et de main-d'uvre, y compris 5 pour 100 à titre de frais
généraux.
Le montant de cette redevance peut, sur la demande de l'abonné,
être réparti sur toute la période de l'abonnement
et perçu semestriellement par parties égales.
En dehors du périmètre du réseau, l'abonnement
principal, tel qu'il est fixé aux paragraphes ci-dessus, est
augmenté d'un supplément d'abonnement de 30 francs par
kilomètre de fil simple souterrain, et 15 francs par kilomètre
de fil simple aérien, pour la section de ligne comprise entre
le domicile de l'abonné et le périmètre du réseau
urbain.
L'abonné doit, en outre, participer aux frais d'établissement
de cette section de ligne d'après le tarif adopté pour
les ligues d'intérêt privé.
Abonnement supplémentaire.
Le montant de l'abonnement supplémentaire est fixé ainsi
qu'il suit :
Quand le poste, supplémentaire est installé dans le
même immeuble que le poste principal :à 160 francs à
Paris, à 120 francs dans les départements.
Quand le poste est installé dans un immeuble différent,
situé soit dans le périmètre, soit en dehors
du périmètre du réseau, l'abonnement supplémentaire
fixé par le paragraphe précédent est augmenté
d'un supplément d'abonnement de 30 francs par kilomètre
de fil simple souterrain et 15 francs par kilomètre de fil
simple aérien, pour la section de ligne reliant le poste supplémentaire
au fil de l'abonné principal. L'abonné doit, en outre,
participer aux frais d'établissement de cette section de ligne
d'après le tarif adopté pour les lignes d'intérêt
privé.
Les postes téléphoniques desservis par des lignes d'intérêt
privé aboutissant au domicile d'un abonné peuvent être
mis en communication avec le réseau moyennant le payement de
l'abonnement supplémentaire fixé ci-dessus. Les appareils
composant ces postes doivent être choisis parmi les modèles
admis par l'Administration.
Le titulaire d'un abonnement principal on supplémentaire peut
demander l'installation d'appareils téléphoniques destinés
à doubler, pour ses besoins personnels, le poste pour lequel
il a contracté son abonnement. Cette installation ne peut avoir
lieu que dans le même immeuble et après vérification
des conditions dans lesquelles il sera fait usage des appareils. Une
redevance de 50 francs à Paris et de 40 francs dans les départements
est perçue pour chaque appareil installé dans ces conditions.
En 1890 débute l'ouverture
au téléphone manuel de la banlieue parisienne. 48 réseaux
annexes de Paris seront créés jusqu'en 1893.
Puteaux (+ Suresnes) - 1er juillet 1890 - (Seine)
Montmorency - 9 août 1890 - (Seine)
Enghien-les-Bains - 13 août 1890 - (Seine-et-Oise)
Choisy-le-Roi - 4 septembre 1890 - (Seine)
Saint-Denis - 15 octobre 1890 - (Seine)
Ivry-sur-Seine - 20 décembre 1890 - (Seine)
Asnières - 1er janvier 1891 - (Seine)
Clichy - 1er janvier 1891 - (Seine)
Saint-Germain-en-Laye - 18 janvier 1891 - (Seine-et-Oise)
Issy-les-Moulineaux - 6 février 1891 - (Seine)
Fontenay-sous-Bois - 11 février 1891 - (Seine)
Juvisy-sur-Orge - 23 mars 1891 - (Seine-et-Oise)
Nogent-sur-Marne - 25 mars 1891 - (Seine)
Bellevue-Meudon - 27 mars 1891 - (Seine-et-Oise)
Saint-Cloud - 24 avril 1891 - (Seine-et-Oise)
Charenton - 27 avril 1891 - (Seine)
Créteil - 27 avril 1891 - (Seine)
Rueil - 27 avril 1891 - (Seine-et-Oise)
Argenteuil - 23 mai 1891 - ( Seine-et-Oise)
Montreuil - 19 juin 1891 - (Seine)
Corbeil - 23 juin 1891 - (Seine-et-Oise)
Le Vésinet - 15 juillet 1891 - (Seine-et-Oise)
Sèvres - 18 juillet 1891 - (Seine-et-Oise)
Saint-Ouen - 26 août 1891 - (Seine)
Bondy - 16 septembre 1891 - (Seine)
Boulogne-sur-Seine - 27 septembre 1891 - (Seine)
Gonesse - 10 octobre 1891 - (Seine-et-Oise)
Neuilly-sur-Seine - 12 octobre 1891 - (Seine)
Fontainebleau - 21 octobre 1891 - (Seine)
Pantin - 11 décembre 1891 - (Seine-et-Marne)
Courbevoie - en 1891 - (Seine)
Le Raincy - en 1891 - (Seine-et-Oise)
Marly - 1er janvier 1892 - (Seine-et-Oise)
Maisons-Laffitte - 17 mars 1892 - (Seine-et-Oise)
Livry-en-Aulnoye - 7 avril 1892 - (Seine-et-Oise)
Vincennes - 7 avril 1892 - (Seine)
Saint-Mandé - 15 avril 1892 - (Seine)
Aubervilliers - 25 avril 1892 - (Seine)
Gentilly - 25 avril 1892 - (Seine)
Le Pré-Saint-Gervais - 25 avril 1892 - (Seine)
Saint-Maur - 25 avril 1892 - (Seine)
Montrouge - 12 juillet 1892 - (Seine)
Clamart - 19 juillet 1892 - (Seine)
Bry-sur-Marne - 6 décembre 1892 - (Seine)
Nanterre - 10 mars 1893 - (Seine)
Arcueil-Cachan - 22 avril 1893 - (Seine)
Joinville-le-Pont - 22 juin 1893 - (Seine)
C'est également le 1er janvier
1890 que les premières positions de travail assises des Opératrices
sont mises en service pour la première fois en France, par
l'Administration, dans le Bureau Téléphonique du 27,
avenue de l'Opéra à Paris.
En 1891 l'administration décide
de modifier le réseau de Paris.
L'idéal serait de relier tous les abonnés de Paris à
un central unique.
Le nombre des abonnés et la longueur des lignes alors nécessaires
empêchent de recourir à cette solution. On adopte alors
une solution médiane.
Le nombre des bureaux de quartier sera réduit â quatre
seulement dont l'un beaucoup plus important que les autres.
Le grand bureau central sera localisé rue Gutenberg près
des Halles pour tenir compte du déplacement du centre de gravité
du trafic et desservira les 6 000 abonnés du centre. Un autre
bureau avenue de Wagram desservira les 3 000 abonnés
d'Auteuil, Passy et des Batignolles ; un troisième bureau rue
de Belleville reliera les 6 000 abonnés de Ménilmontant
, la Villette, Belleville etc.; un quatrième bureau desservira
la rive gauche.
Le tout devrait permettre d'atteindre 20 000 abonnés
L'administration abandonne les câbles sous plomb de la SGT car
l'expérience a montré que la gutta percha qui servait
d'isolant, si elle est pratiquement inaltérable en milieu sous-marin,
perd ses propriétés lorsqu'elle est exposée â
l'air.
Les nouveaux câbles sont isolés au papier et à
circulation d'air.
En même temps le réseau est systématiquement hiérarchisé
et de nouvelles notions comme les manchons de jonction ou les chambres
de coupures sont introduites.
En 1891 l'organisation du réseau est la suivante :
"La ligne double sans fils de plomb isolé à la
gutta percha, partant de l'appareil d'un abonné arrive à
l'égout où elle rencontre d'autres lignes doubles et
suit parallèlement ces autres lignes jusqu'à un manchon
de jonction qui sert â relier 7 abonnés â un câble
sous plomb â 14 fils isolés au papier.
Sept câbles semblables correspondant à 49 abonnés
aboutissent à une chambre de coupure d'où part un câble
à 104 conducteurs (49 lignes plus 3 de réserve). Ces
câbles à 104 conducteurs arrivent directement dans le,
bureau central**.
Hiérarchiser ainsi le réseau permet de disposer de réserves
de transmission, seule la dernière partie de la ligne devant
être construite pour raccorder un nouvel abonné. Cela
permet aussi de procéder plus rapidement aux réparations.
Enfin en 1891, l'administration se préoccupe de la qualité
de la transmission et donc de la longueur des lignes : si la longueur
moyenne des câbles â 2 fils reliant chaque abonné
â un manchon de jonction est faible, la longueur moyenne des
câbles de 7 abonnés est de 2 km et celle des câbles
de 49 abonnés de 1 600 m, ce qui correspond à une qualité
de transmission assez médiocre.
En outre l'évolution technique des câbles et l'augmentation
de leur capacité commence à poser le problème
de la localisation du réseau dans les égouts. L'encombrement
à proximité des centraux est excessif. A partir de 1891
l'administration des téléphones tente, non sans de grosses
difficultés d'établir quelques liaisons en tranchées.
II faudra une dizaine d'années pour appliquer réellement
ce plan . Tous les bureaux crées par la S. G. T. â l'exception
de celui de Passy seront successivement fermés : 3 en 1894,
3 en 1895 et 2 en 1900, et remplacés par d'autres . Le central
Gutenberg, le plus important sera commencé dès 1893..
En 1891, à partir du 1er janvier, par le décret
du 31 décembre 1890 (BO P&T 1891 n°1 page 31), la
séparation comptable des dépenses entre services des
télégraphes et des téléphones entre en
vigueur.
Un Budget Annexe des Téléphones est créé.
Mais ceci ne durera que 2 petites années.
Les dépenses afférentes :
1) à la construction des circuits téléphoniques
interurbains;
2) au rétablissement, à l'extension, à la mise
en bon état de fonctionnement ainsi qu'à l'entretien
des réseaux téléphoniques urbains,
devront être liquidées sur les fonds d'un budget annexe
des téléphones.
Toutefois, au niveau organisation, le téléphone est
encore accolé au télégraphe.
1891 eu lieu la première
communication publique entre Londres et Paris (avec
des téléphones plus perfectionnés pour franchir
les plus grandes distances). La Poste Britanique annonce le lancement
imminent du service téléphonique public Londres-Paris.,
pour 3 minutes, d'une valeur de 40 £ d'aujourd'hui (2020).
Pour plus de détails consultez la page Paris-Londres
Dans les essais de télégraphie et de téléphonie
simultanées, effectués entre Paris et Londres, au mois
d'avril 1893, l'office anglais réalisait une importante
amélioration. sur l'emploi du système duplex Wheatstone
et Hughes.
 |
Le bi-telephone
dErnest Mercadier (1891)
Avec linnovation technologique
de lingénieur français Ernest Mercadier
et le développement dun appareil quil nomme
bi-téléphone, le casque audio commence
à sapprocher de la forme que nous lui connaissons
aujourdhui : deux écouteurs, un câble les
reliant de part et dautre du visage, et un poids permettant
un port prolongé sans fatigue excessive.
Destiné aux opérateurs
téléphoniques, le bi-téléphone est
conçu pour maintenir les pièces en position
opérative sans quil soit nécessaire duser
de la main pour les supporter, et par là même libérer
les mains afin deffectuer dautres tâches.
(traduction de la rédaction, contenu du brevet déposé
en 1891
Ci contre, le schéma
issu du brevet
US Patent N°US454138, du 16 juin 1891.
|
Toujours en 1891 les résultats pratiques obtenus en télégraphie
et de téléphonie simultanées, et en service régulier
de entre Paris et Bruxelles ne laissent subsister aucune objection contre
ce système. Les Hughes installés fonctionnent dans des
conditions pratiques aussi normales que sur un fil ordinaire; L'adjonction
du télégraphe au téléphone n'entrave en
aucune façon les communications téléphoniques,
celles-ci restent aussi silencieuses que de coutume.
A titre d'essai, pendant la journée du 4 mai , un circuit Paris-Anvers
est mis en service sur un fil de circuit téléphonique;
il a assuré le service télégraphique de Paris central
avec Anvers tandis que fonctionnaient régulièrement les
deux communications téléphoniques Paris-Bruxelles et Bruxelles-
Anvers. D'autre part, il a été relié aussi à
Lyon, de manière à constituer sur le circuit télégrapho-téléphonique
Paris-Bruxelles et Bruxelles-Anvers une communication directe télégraphique
Lyon- Anvers. L'expérience, concluante quoique de peu de durée,
montre qu'on pourrait réaliser, sur un triple circuit
1891 Etat des réseaux téléphoniques en France
Cliquer pour agrandir
En 1892, le 1er juillet, par
le décret du 20 juin 1892 (BO P&T n°7 page 591), le
Service Téléphonique de la région de Paris est
constitué en une direction a la tête de laquelle est
placé un Directeur-Ingénieur.
La Direction du service téléphonique de la région
de Paris comprend, comme la Direction Régionale, de Paris,
les départements de la Seine, de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne.
(Ce qui représente actuellement la totalité de la région
Île-de-France.)
Monsieur Jean Baptiste Pol BERTHOT est le premier Directeur du Service
Téléphonique de la région de Paris nommé
au 1er juillet 1892. (décret du 20 juin 1892 (BO P&T n°7
page 591)). Il le restera jusqu'à son départ en retraite
le 15 juillet 1894.
En dehors de la région de Paris, seuls des Directeurs des Postes
et Télégraphes (les Télégraphes incluant
les Téléphones sans qu'il en soit fait mention) sont
nommés.
C'est donc à Paris (et uniquement à Paris) qu'est nommée,
en la personne du Directeur du Service Téléphonique,
la première autorité qui ne va s'occuper que de téléphone.
(restant pourvue d'une autonomie budgétaire plus symbolique
que réelle).
La loi de finances du 26 décembre
1892 supprime le Budget Annexe des Téléphones, après
seulement deux exercices annuels.
Normalisation de la fabrication des appareils de téléphone
:
L'abaissement des taxes après la nationalisation de 1889, eut
pour conséquence une augmentation considérable dans le
nombre des abonnements.
Chaque constructeur d'appareils électriques voulut avoir son
modèle de téléphone. Beaucoup cherchèrent
à produire à bon marché. Il en résulta que,
si les appareils avaient bel aspect, si les parties visibles étaient
soignées, les organes cachés n'étaient pas toujours
d'un fini irréprochable. « Du moment que l'appareil fonctionne
bien, disait-on dans Les milieux intéressés, cela suffit.
» Non, cela ne suffit pas, et l'Administration chargée
des réparations, tant pour son compte que pour celui des abonnés,
ne pouvait se désintéresser de la question.
Aussi, le 10 juin 1892, adressait-elle aux constructeurs un programme
auquel ils devaient se conformer, à dater du 1er janvier 1893,
sous peine de voir prononcer l'interdiction de l'emploi de leurs appareils
sur le réseau.
« 1° Toutes les vis
entrant dans la construction des appareils téléphoniques
devront être faites avec des tarauds fabriqués avec
un jeu qui sera établi par les soins du Dépôt
central des Télégraphes et dont un exemplaire sera
remis aux constructeurs qui en feront la demande.
« 2° Les contacts à butée seront absolument
proscrits et remplacés par des contacts à frottement.
« 3° Il y aura lieu de supprimer les boudins qui sortent
des joues des bobines d'induction. Noyer dans ces joues des plots
métalliques sur lesquels on prendra les communications
avec les circuits de la bobine.
« 41 Ne faire usage que de paillettes d'acier, avec contacts
platinés, pour les ressorts de communication.
« 5° Le ressort antagoniste du crochet mobile devra
fonctionner, d'une façon normale, sous des poids de 200
à 600 grammes attachés au crochet.
« 6° Les vis à bois seront remplacées
par des vis à métaux ou par des boulons. Les têtes
des boulons seront munies d'un pied et les écrous refendus,
pour permettre le serrage au tournevis.
« 7° Toutes les communications seront établies
en fil de cuivre, recouvert d'un isolant avec tresse de coton
ou de soie et terminé par des poulies en laiton. La tresse
sera rouge pour le circuit primaire, bleue pour le circuit secondaire,
jaune pour le circuit d'appel et des trois couleurs pour les fils
communs à plusieurs circuits.
« 8° Les bornes auront la disposition et porteront les
indications : L1+L2 pour les fils de lignes, S1+S2 pour
la sonnerie d'appel, ZS+CS aux pôles - et + de la pile d'appel,
ZM+CM aux pôles - et + de la pile du microphone.
« 9° On n'emploiera, pour les joues des bobines d'induction,
que du bois de buis, bien sec et bien sain. (Depuis, l'emploi
de l'ébonite a été autorisé.)
« 10° Les cordons souples seront attachés sur
les récepteurs à des bornes extérieures.
« 11° Les membranes des récepteurs seront vernies.
» Enfin, l'Administration, sans en faire une obligation,
conseille l'adoption des dispositions suivantes :
11 - 1° Fendre les têtes des boutons pour permettre
le serrage au tournevis.
11 - 2° Placer le crochet commutateur à gauche, ce
qui permet à la personne qui se sert du téléphone
d'avoir la main droite libre..
11 - 3° Ne plus faire usage, pour les bobines des récepteurs,
de bobines en bois qui se fendent, et employer, au contraire,
des joues métalliques soudées sur le noyau, en veillant
à ce que cette carcasse métallique soit bien isolée
du fil qu'elle supporte.
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Marquages attestant
de la conformité des appareils se présente
sous la forme de 3 groupes de lettres et chiffres apposés:
soit au fer rouge au dos ou sous les appareils en bois
soit sous forme de 3 poinçons sur les parties métalliques.
Le premier poinçon
est composé des lettres "LT" au
centre d'un ovale, un losange, etc...
LT étant le sigle du service chargé de vérifier
la conformité des appareils (Lignes Téléphoniques).
Le second est un groupe de 1 ou 2 chiffres représentant
le mois du contrôle,
Le troisième poinçon représente l'année
du contrôle.
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Il est donc normal que la date
mentionnée par ces poinçons soit postérieure
à la date de marché ou d'adjudication apparaissant
sur la plaque constructeur.
Depuis tous les appareils ayant accès au réseau
de l'état sont dotés d'un numéro de série
constructeur.
La plupart des constructeurs d'appareils téléphoniques
se sont conformés à ces prescriptions et ont présenté
des appareils répondant aux nouvelles exigences ; quelques-uns
se sont abstenus, et leurs appareils ne sont plus admis sur les
réseaux français ; d'autres, enfin, en ont profité
pour apporter à leurs systèmes des améliorations
plus étendues que celles que l'Administration réclamait,
et qui avaient principalement pour but de diminuer les chances
de dérangements et de faciliter l'entretien.
Nous nous plaisons à reconnaître que le programme
de l'Administration a provoqué une sorte d'émulation
entre les constructeurs, et que les nouveaux types de récepteurs
et de transmetteurs sont beaucoup plus soignés que les
anciens.
A titre d'exemple de changement
en 1893 :

En 1893 Breguet dans son nouveau modèle de récepteur
à manche à placé à l'extérieur
les bornes (auparavant à l'intérieur), puis
a adopté un aanneau (plutôt que la barre de
fer doux droite). A l'intérieur du boitier en laiton
est placé une cuvette FF au centre de laquelle est
calée une bobine à joues métalliques
dont le fil recouvert a une résistance de 320 ohms.
Les extrémités du fil de la bobine, soudées
à la poulie en laiton, sont pincées sous des
vis qui soutiennent en même temps les bornes DD. Vis
et bornes sont isolées du boitier et de la cuvette
par des rondelles en ébonite. Un anneau A sert de
poignée.
La plaque vibrante N a un diamètre do 50 millimètres
et une épaisseur de 0,2 millimètre. |
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Par suite des modifications provoquées par l'Administration
dans la construction des appareils téléphoniques,
l'installation des postes simples d'abonnés
se réduit aujourd'hui à deux types : l'un
pour le modèle mural (ftg. 52); l'autre pour le
modèle portatif (fig. 53).
Pour cette dernière installation, on a admis que,
dans tous les postes, les brins du cordon souple seraient
attachés à la planchette de raccordement,
de la manière suivante :
le brin bleu à la première traverse,
rouge seconde
blanc troisième
vert quatrième
jaune cinquième
marron sixième
noir septième
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Changement pôur
les transmetteurs Ader numéros 1, 2, 3, 4, 7.
La figure ci contre représente le mécanisme
du nouveau levier-commutateur.
Changement du Transmetteur
Sieur : Le mécanisme du levier-commutateur de l'appareil
Sieur a été complètement changé
Récepteur Sieur : Le récepteur Sieur est
resté simple, comme il l'était au début,
toutefois, en raison des modifications apportées
au système de bascule du levier mobile du transmetteur,
il a fallu changer la forme de l'anneau de suspension,
pour que le récepteur puisse indifféremment
s adapter aux transmetteurs de l'ancien et du nouveau
modèle.
.....
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Décembre 1893 Création
de la Société Industrielle des Téléphones
(SIT) suite à la fusion des usines de câbles et
caoutchouc Menier et de la Société Générale
des Téléphones (SGT).
Son capital est de 18 millions de francs et son siège social
est situé au 25, rue du 4 septembre, à Paris.
Elle possède la quasi-totalité des brevets en matière
de téléphonie : Gower, Edison, Blake, Crossley, Ader
Le nouveau directeur technique spécialisée en téléphonie,
est Gérard Bailleux. Celui-ci met rapidement au point
un nouveau transmetteur à grenaille à base de parcelles
danthracite concassées. Il équipe bientôt
une nouvelle gamme de téléphones de luxe.
Sit mural Sit
sur pieds
Berthon-Ader
« Le transmetteur vertical porte une embouchure permettant de
parler à voix basse, même à grande distance, et
les récepteurs sont munis dune poignée évitant
la fatigue dans les conversations un peu longues ».
Les financements du téléphone sont alors reversés
au budget général de lÉtat. La situation
va ainsi s'étendre sur une durée de 31 ans...
En province, organisation des bureaux
interurbains, avec le système Mandroux :
En France, antérieurement au 1er janvier 1890, les communications
interurbaines ne pouvaient s'échanger, en principe, qu'entre
les deux points extrêmes d'une même ligne.
Depuis cette époque, le réseau téléphonique
interurbain a été constitué de manière
à permettre aux réseaux d'une même région
de communiquer entre eux par l'intermédiaire d'un poste central.
De plus, ce poste central peut mettre tous les réseaux urbains
de sa région en communication avec les autres régions.
C'est ainsi que Rouen sert de poste central à tous les réseaux
de Normandie; de même, Lille est le centre des communications
interurbaines du Nord.
Des bureaux centraux analogues ont été également
installés à Reims, Nancy, Lyon, Marseille, Nice, Bordeaux,
etc.
Cette organisation a pris un développement d'autant plus
considérable que le réseau téléphonique
interurbain s'étendait davantage.
La table de coupure et de jonction, imaginée par M. Mandroux,
a pour objet de rendre faciles et rapides les opérations que
le personnel des bureaux centraux interurbains est appelé à
exécuter.
Un certain nombre de ces tables sont déjà en service,
notamment à Bordeaux, Orléans, Nimes,
Montpellier, Béziers, Limoges ; elles
fonctionnent très régulièrement.
D'ailleurs, par des modifications de détail, l'inventeur a
adapté chacune de ses tables aux besoins locaux du poste qu'elle
est appelée à desservir.
Avant le téléphone
automatique qui arrivera en 1913 pour Nice et 1928 pour Paris
Carnot , c'était le règne des centres manuels
Divers modèles de commutateurs des bureaux centraux téléphoniques
se sont succédés. je vais vous en faire une très
rapide esquisse.
Phase préhistoire
« Dans les premiers bureaux centraux les lignes étaient
unifilaires et reliées à lune des barres dun
commutateur suisse, les barres de lautre série
communiquaient «chacune avec un appareil ». On se
servit bien vite des jacks-knives qui furent dailleurs bientôt
remplacés par divers systèmes.
On ne pouvait, certes, pas établir plus de cinquante à
soixante communications environ, à l'heure comme les premiers
modèles de Paris vus juste avant.
lère phase. Au montage en moncorde qui exigeait
autant de clés découte, de boutons dappel
et de fiches quil y avait de jacks dans le tableau, on substitua
le montage en dicorde ou en standard. Les tableaux standards pouvaient
être, exceptionnellement, construits pour 200 abonnés
au maximum.
2ème phase. Dans les bureaux importants,
le nombre des abonnés devenant de plus en plus considérable,
on dut rechercher un mode de groupement plus commode. Survint
alors le commutateur multiple, grâce auquel chaque
opératrice peut, sans quitter sa position, atteindre la
totalité des lignes des abonnés du réseau,
puisque chacune des lignes est représentée : par
un jack général placé à portée
de sa main. Comme ce jack général se reproduit autant
de fois qu'il le faut, Le long du meuble, et, , toujours à
la même place, par rapport aux : positions successives des
opératrices, on dit qu'il est disposé en multiple,
d'où le nom de multiple donné à l'ensemble
du système.
Cest la « Western Electric Cy » qui en 1883
installa les (premiers tableaux multiples).
Le multiple en série constituait un grand progrès
et permettait d'atteindre environ cent communications à
l'heure pour chaque position d'opératrice.
3ème phase. Le montage en série présentait
cet inconvénient quun seul contact mal assuré
isolait de la ligne tous les jacks défectueux.
En 1892, on vit apparaître, dabord à Albany
(New- York), puis à Zurich les multiples en dérivation
dans lesquels chaque ligne était dérivée
sur les différents jacks, sans que linterruption
de lun puisse gêner les autres.
Un nouveau pas en avant fut constitué par la découverte
du multiple en dérivation, dont les signaux d'appel,
a relèvement automatique, sont situés à la
partie supérieure du meuble, ce qui force la téléphoniste,
à chaque appel, à fixer son regard d'abord vers
le haut du meuble pour lire le numéro d'appel, de transcrire
mentalement ce numéro dans celui du jack local correspondant
situé à la partie inférieure du meuble et
d'enfoncer ensuite une fiche de réponse dans ce jack local.
Malgré cet inconvénient, qui était la cause
d'une grande fatigue pour la téléphoniste, ce meuble
fut considéré, à ce moment, comme un progrès
réel, car il permettait d'élever le nombre des communications
à l'heure à 125 environ par opératrice.
4ème phase. Quelques années après,
on remédie aux inconvénients des signaux à
relèvement placés à la partie supérieure
du meuble, en les remplaçant par les lampes minuscules
associées aux jacks locaux. Ceci permit de réduire
en un faible espace la surface occupée par ces jacks et
ces lampes, à la partie inférieure du meuble, bien
à portée de la main de l'opératrice. De ce
fait, le service était très notablement amélioré
et facilité, ce qui permettait à l'opératrice
d'établir environ 150 commutations à l'heure.
5ème phase. Vers 1896, apparurent les premiers
multiples à batterie centrale. J'insiste tout particulièrement
sur l'immense progrès que représente l'application
du système dit à batterie centrale, car, c'est grâce
à lui que les autocommutateurs, déjà inventés
depuis 1887, purent ensuite atteindre leur degré de développement
et de perfection actuels. La batterie centrale concentre, en un
point unique, la source d'énergie électrique destinée
à remplacer la totalité des piles primaires qui
jadis étaient éparpillées chez tous les abonnés
du réseau. Ceci représente également une
grande économie d'entretien, une plus grande sécurité
de fonctionnement et une meilleure distribution de l'énergie
électrique pour l'ensemble de tous les abonnés.
Cela permet également de simplifier les installations des
postes et des tableaux chez les abonnés, à cause
de la suppression de toutes les piles microphoniques, dé
la suppression de toutes les magnétos d'appel et enfin
de la réduction à deux fils de tous les circuits
de connexion chez les abonnés. Il y a, en même temps,
grâce à la batterie centrale, une simplification
énorme dans les manuvres imposées aux abonnés,
car ceux-ci, pour appeler, n'auront plus qu'à décrocher
leur récepteur et pour donner le signal de fin, n'auront
plus qu'à le raccrocher.
En effet, la remise au crochet du récepteur donne automatiquement
ce signal de fin au bureau central, grâce au fonctionnement
du signal de supervision réservé à chacun
des 2 deux abonnés. Vous savez, en effet, qu'au bureau
central la communication est établie par une paire de cordons,
or, chacun des abonnés est représenté dans
le cordon qui lui correspond par une lampe de supervision qui
ne s'éteint que lorsque l'abonné a son récepteur
décroché, c'est-à-dire pendant toute la durée
de la conversation. Donc, à la fin de la conversation,
Lorsque l'abonné raccroche son récepteur, la lampe
de supervision, qui le représente, s'alllume. Lorsque les
deux lampes de supervision sont simultanément allumées,
il en résulte un signal de fin de communication tellement
précis que la téléphoniste n'a nul besoin
de rentrer sur la ligne pour s'assurer que les abonnés
ont bien terminé leur conversation. Il en résulte,
pour la téléphoniste, une très grande sécurité
dans ses manuvres et un gain de temps énorme, ce
qui lui permet d'établir : environ 200 communications à
l'heure. Au moyen du signal de supervision, un des deux abonnés
peut appeler l'attention de la téléphoniste et lui
donner l'ordre de rentrer en écoute sur la ligne, en faisant
produire par cette lampe des éclats lumineux, éclats
qui résultent du fait que l'abonné soulève
et rabaisse, dans un mouvement lent, le crochet de son récepteur.
L'ensemble des progrès réalisés par la batterie
centrale permit d'améliorer considérablement le
service téléphonique.
6ème phase. Mais le progrès ne s'arrêta
pas là, c'est à partir de ce moment que se fait
sentir l'évolution vers l'automatisme, et quoique la batterie
centrale fût déjà très automatique
en certaines de ses opérations, elle se transforma néanmoins
en un commutateur perfectionné, par l'adoption des relais
dont le fonctionnement permet de supprimer les clés d'appel
et les clés d'écouté. Ceci réduit
les manuvres de l'opératrice au simple geste de l'enfoncement
de la fiche de réponse dans le jack local associé
à la lampe d'appel et d'introduire ensuite la fiche d'appel
dans le jack général de l'abonné demandé.
Lorsque les deux lampes de supervision s'allument, l'opératrice
retire les deux fiches, ce qui remet aussitôt tous les organes
au repos, prêts à être réutilisés
pour une nouvelle communication.
7ème phase. 14 ans environ, après
que la Batterie Centrale eut été bien mise au point,
les ingénieurs de la Western Electric Company se mirent
à l'uvre pour développer un nouveau système
automatique basé sur des principes entièrement nouveaux.
Cette étude fut terminée vers 1910 et l'on aménagea
à cette époque, à New-York, un bureau' central
semi-automatique desservant 45o postes d'abonnés pouvant
être reliés au réseau général.
Jusqu'à ce jour, ce bureau a donné toute satisfaction
et il a permis de garantir l'excellence du système; non
seulement au point de vue de la rapidité et de la sécurité
des communications, mais encore au point de vue de l'économie
de l'entretien. Ce système est remarquable par la robustesse
i et la simplicité de son mécanisme absolument indéréglable.
Il est identique à celui de la Batterie Centrale sauf que
certaines machines y font, le travail des opératrices;
Au début , avec un commutateur semi-automatique il puvait
assurer 5oo communications à l'heure. |
A
PARIS Il y a en 1893, environ 23.000 abonnés, qui sont
répartis entre huit centraux dont voici la nomenclature
:
-- Les abonnés dont le numéro commence par un 1,
sont reliés au 2e étage de la rue Gutenberg
-- Ceux dont le numéro commence par un 2, sont reliés
au 3e étage de la rue Gutenberg
-- par un 4, à la rue Chaudron,
-- par un 5 à la place Vagram et à
la rue Desrenaudes
-- par un 6, à Passy
-- par un 7, rue Lecourbe et boulevard Saint-Germain
-- par un 8, boulevard Port-Royal
-- par un 9, rue de la Roquette.
Le poste le plus important est celui de la rue Gutenberg
qui réunit à lui seul 14000 abonnés
sur 23000 : ce n'est pourtant ni le mieux installé, ni
le plus perfectionné.
Il tient le milieu entre le poste du boulevard Saint-Germain où
sont les plus anciens appareils, et celui de la rue Desrenaudes
où nous trouverons les innovations dernières.
Au boulevard Saint-Germain l'installation est déplorable,
dans une salle obscure, insalubre, où une cinquantaine
de jeunes filles sont empilées, manquant d'air, obligées
de se tenir continuellement debout.
Hâtons-nous de dire, d'ailleurs, que ce bureau disparaîtra
d'ici quelques mois, ainsi que celui de la rue Lecourbe, et que
tous deux seront remplacés par celui de l'avenue de Saxe
qu'on est en train de construire. |
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1893 l'Hôtel central des téléphones, GUTENBERG
le système dit multiple constitue une amélioration considérable.
Cliquez
sur un étage pour voir en détail
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Le
journal illustré du 3 septembre 1893
Enfin l'hôtel
des téléphones est achevé et il faut espérer
que les abonnés cesseront de gémir sur la lenteur
et la difficultés des communications provenant de ce qu'a
chaque station, chaque fil devait être embranché,
ce qui faisait perdre beaucoup de temps.
Cet Hotel des téléphones est un magnifique monument
situé rue Gutenberg.
Il a été bâti sur la petite bande de 1000
mètres de terrain qui resta à l'Etat, entre la rue
du Louvre et la rue Jean-Jacques Rousseau, après l'édification
de l'hotel des Postes.
Commencé en Avril 1891 sous la direction de JM. Boussard,
architecte, auquel on devait dèjà les plans de la
Caisse d'Epargne Centrale, située rue Saint Romain, ul
présente un aspect entièrement nouveaux, tant par
l'emploi presque exclusif de la brique vernissée et du
fer, que par la prédominances des vides sur les pleins,
ce qui lui donne l'aspect d'une vaste ruche vitrée. La
grande façade, tout en fer, fait preuve d'une hardiesse
inaccoutumée dans l'emploi du métal ; le complément
est en brique émaillées de couleur blanche veinées
de vert, suivant des procédés qu'on dit restitués
de l'industrie persane.
Il en résulte pur l'ensemble un aspect de légèreté
et un éclat qu'on est plus habitué à trouver
aux constructions orientales qu'a celles de l'occident. La moindre
pluie lavera spontanément toute cette faïence et la
fera paraitre éternellement neuve.
De l'aveu de personnes autorisées, ayant visité
la plupart des installations téléphoniques de l'Europe
et de l'Amérique, les salles de l'hôtel des Téléphones
de Paris sont les plus belles qui existent au monde.
Plus de détails sur les
Réseaux et Centraux manuels. |
Période
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